Enquête du cardinal d’Estouteville
Âge moyen des témoins : 57 ans.
1. Les Anglais haïssaient Jeanne pour les avoir combattus, et voulaient la faire mourir
Le croit véridique.
Le croit véridique, surtout parce que Jeanne a fait lever le siège d’Orléans.
Le croit véridique ; jamais il n’estima que les Anglais agissaient par zèle de foi ou pour ramener Jeanne à une bonne ligne de conduite.
Le croit véridique.
Déclare croire que les Anglais n’avaient grande affection pour Jeanne. [Quel sens de l’euphémisme !]
Le croit véridique ; si elle avait soutenu les Anglais plutôt que les Français, elle n’aurait pas été traitée comme elle le fut.
Le croit véridique.
Véridique et notoire.
Présent à tout le procès avec Lemaître [également dominicain, dont il était l’assistant avec Martin Ladvenu, d’après la réponse 7 de Manchon ci-dessus] ; déclare l’article véridique.
Croit que les soldats anglais haïssaient Jeanne et désiraient sa mort.
Le croit véridique.
Le croit véridique, d’après les effets qui ont suivi.
Véridique. Déclare avoir été présent à la plus grande partie du procès, avec frère Jean Lemaître, alors sous-inquisiteur.
Croit que les Anglais n’aimaient pas beaucoup Jeanne, et que si elle avait été de leur parti, ils n’auraient pas procédé avec tant de zèle et de dureté.
Paraît véridique.
Le croit vrai.
Le croit vrai.
2. Les Anglais la craignaient
Le croit véridique et conforme à la commune renommée.
Croit que les Anglais retenaient Jeanne et voulaient bien la faire mourir.
Le croit véridique ; la renommée publique était telle dans toute la cité.
Le croit véridique et évident, car pour la garder il y avait cinq Anglais de jour et de nuit, dont trois étaient de nuit enfermés avec elle, et deux de nuit en dehors du cachot.
Le croit véridique.
Les Anglais lui semblaient comme effrayés par ses faits. Ignore s’ils voulaient la faire périr pour cela.
Le croit véridique.
Véridique.
Véridique. On disait à Rouen que les Anglais n’osaient assiéger Louviers tant que Jeanne serait vivante.
Croit qu’une partie voulait la faire périr, afin qu’elle ne pût leur nuire.
Véridique ; il était notoire que les Anglais craignaient Jeanne.
Déclare avoir entendu, d’un soldat anglais mort depuis, que les Anglais craignaient plus Jeanne que cent hommes en armes.
Le croit vrai.
Croit qu’ils procédaient contre elle parce qu’ils la craignaient.
Déclare qu’en raison des faits surprenants de Jeanne pendant la guerre, et parce que les Anglais sont généralement superstitieux, ils estimaient qu’elle avait quelque chose de funeste et cherchaient sa mort. Interrogé comment il sait que les Anglais sont superstitieux déclare qu’ainsi le tient la commune renommée et c’est un proverbe courant.
Le croit vrai. Ajoute qu’on disait communément que les Anglais n’auraient pas osé mettre le siège devant Louviers avant sa mort.
Les Anglais craignaient Jeanne et, à ce qu’il entendit, avaient très peur qu’elle ne s’évadât.
3. Les Anglais organisèrent un faux procès de foi à Rouen où ils étaient maîtres
Vers le milieu du procès, les deux notaires l’appelèrent à se joindre ; il vit Jeanne dans la prison du château de Rouen, dans une tour vers la campagne.
On disait que le procès était fait aux frais du roi d’Angleterre ; mais sur les craintes et les pressions mentionnées il n’a rien remarqué.
Déclare qu’elle fut conduite et transportée comme indiqué ; sur les pressions et autres ne sait rien.
Confirme le début de l’article.
Quant à la crainte et aux pressions, n’y croit pas quant aux juges ; croit au contraire qu’ils ont agi volontairement, surtout l’évêque de Beauvais. Il vit celui-ci revenir, après avoir conduit Jeanne, racontant sa mission au roi et au sire de Warwick, et dire, joyeux et exultant, certaines paroles qu’il ne comprit pas ; ensuite l’évêque parla en secret avec le comte de Warwick, mais ce qu’il dit alors le témoin l’ignore. [La mission au roi est probablement son ambassade auprès du duc de Bourgogne pour obtenir Jeanne. Cauchon s’entretenait directement avec Henri VI.]
Confirme le transfert à Rouen.
Quant aux pressions déclare que Jean de Châtillon, alors archidiacre d’Évreux, s’opposa aux interrogatoires trop difficiles ; d’autres assistants lui dirent plusieurs fois qu’il les gênait ; et lui répondit : Il faut que je soulage ma conscience.
On lui interdit de revenir à moins d’être convoqué. [Châtillon fut malgré tout l’un des assesseurs les plus présents, et assista à la première et à la dernière journée du procès.]
Il est notoire que Jeanne fut transférée à la prison du château de Rouen ; ignore le reste.
L’a vue une fois au château, alors qu’on la conduisait devant ses juges. Ne sait rien des craintes et pressions.
Corrobore le transfert de Jeanne dans la prison du château de Rouen et le procès mené par Cauchon/Lemaître.
Il en fut lui-même le notaire, sur l’injonction du Grand conseil du roi d’Angleterre, et il n’aurait pas osé désobéir à un ordre des seigneurs de ce conseil.
Cauchon procéda sans contrainte mais volontairement ; il convoqua Lemaître qui n’osa s’y opposer. Les Anglais poussaient à ce procès, qui fut conduit à leurs frais.
Il vit Jeanne incarcérée au château, dans une pièce située sous un escalier, vers les champs.
Croit que les juges et assistants agissaient par faveur envers les Anglais et qu’ils n’auraient pas osé contredire ceux-ci ; mais ne sait rien sur les pressions.
Véridique. Certains assistants agissait avec partialité, comme Cauchon ; certains, comme plusieurs docteurs anglais, par méchanceté et vengeance ; certains docteurs de Paris dans l’espoir d’une récompense ; certains, comme Lemaître, par peur.
Tout fut conduit sur l’ordre du roi d’Angleterre, du cardinal de Winchester, du comte de Warwick et d’autres Anglais, qui payèrent les dépenses faites pour ce procès.
A entendu que Jeanne avait été prise à Compiègne, diocèse de Beauvais, puis transférée et détenue à Rouen où Cauchon et Lemaître lui firent un procès de foi sur l’ordre des Anglais ; ignore quant aux pressions.
Il la vit au château de Rouen où elle fut incarcérée.
Ignore si les juges étaient dans la crainte.
La rumeur à Rouen disait que les Anglais faisaient faire tout par haine et colère.
Déclare avoir entendu : que Jeanne fut prise à Compiègne par les gens du sire de Luxembourg, diocèse de Beauvais ; qu’elle fut réclamée par les Anglais ; que Cauchon fut désigné pour lui faire son procès car prise dans son diocèse ; qu’elle fut conduite et emprisonnée au château de Rouen.
Croit aux pressions et à la crainte, bien qu’il ne sache rien de sûr.
Sait bien que Jeanne fut emprisonnée au château de Rouen, qu’on lui fit un procès de foi à la demande et aux frais des Anglais.
Ne sait rien de la crainte et des pressions.
Croit que le procès a été fait à la demande et aux frais des Anglais.
Ne sait rien des craintes et pressions.
Jeanne fut incarcérée au château ; on lui fit un procès de foi à la requête et aux propres frais, à ce qu il croit, des Anglais.
Sur la peur et les pressions déclare que certains intervinrent au procès par crainte, d’autres par partialité.
Sait que Jeanne fut conduite et incarcérée au château de Rouen pour être jugée ; croit que ce procès fut fait à la demande et aux frais des Anglais.
Ne sait rien de la crainte et des pressions.
Sait qu’elle fut conduite à Rouen, détenue au château, et qu’on lui fit un procès, et comme il l’entendit, que les Anglais s’en occupèrent et payèrent les salaires des docteurs et autres appelés au procès.
Quant à la crainte et aux pressions : Après la première prédication, comme on la reconduisait en prison au château de Rouen, des valets se moquaient de Jeanne, avec la permission des Anglais, leurs maîtres ; et les principaux des Anglais étaient fort indignés contre l’évêque de Beauvais, les docteurs et les autres assesseurs du procès, parce qu’elle n’avait pas été confondue, condamnée et livrée au supplice. — Entendit dire que certains Anglais, ainsi irrités contre l’évêque et les docteurs qui revenaient du château, levèrent leur épée pour les frapper, sans toutefois le faire, disant que le roi avait mal dépensé son argent avec eux. — A entendu de certaines personnes que le comte de Warwick, après la première prédication, s’était plaint desdits évêque et docteurs, en disant que le roi était mal servi, parce que Jeanne s’en tirait ainsi ; sur ce l’un des docteurs répondit : Seigneur, ne vous faites pas de soucis ; nous la rattraperons bien.
4. Juges et conseillers agirent sous leur menace
N’a rien remarqué.
Ne sait rien sinon qu’un clerc anglais, bachelier en théologie, garde du sceau privé du cardinal d’Angleterre, présent lors de la première prédication au cimetière Saint-Ouen de Rouen, s’adressa au seigneur évêque de Beauvais, juge de ladite Jeanne, et lui dit : Dépêchez-vous ! Vous être trop favorable.
De quoi l’évêque, mal content, jeta le procès par terre, disant qu’il ne ferait rien d’autre ce jour là et qu’il agirait suivant sa conscience.
Pense que la plupart des assesseurs ont agi sans contrainte ; pour les autres, croit que plusieurs avaient peur, comme Pierre Minier, dont l’avis déplut à Cauchon, disant qu’à son avis maître Pierre Minier n’aurait pas dû mêler droit canonique et théologie, et qu’il aurait dû laisser le droit canonique aux juristes.
A entendu dire que Warwick aurait menacé de noyade frère Isambard de La Pierre, car il tentait de diriger les paroles de Jeanne pour qu’elle les répétât ensuite aux notaires ; croit l’avoir entendu de la bouche du sous-inquisiteur Lemaître, du même ordre que La Pierre (Frères prêcheurs).
Lui-même fut convoqué au procès mais fut renvoyé par Cauchon parce qu’il avait dit auparavant, en parlant avec maître Michel Colles [est-ce le notaire Guillaume Colles, dit Boisguillaume ?], qu’il était périlleux d’engager ledit procès pour plusieurs raisons, paroles qui furent répétées à l’évêque ; l’évêque le fit mettre en prison et on l’aurait peut-être exilé en Angleterre sans l’intervention de l’abbé de Fécamp et de quelques amis qui obtinrent sa libération.
De même il sait avec certitude que le sous-inquisiteur avait très peur, et il le vit très embarrassé pendant le procès.
Lui-même conduisait Jeanne de la prison à l’interrogatoire, y assistait toujours et la reconduisait en sa prison ; tous les assistants avaient peur.
Lorsque l’on apprit que Jeanne avait repris son habit d’homme, Andrée Marguerie répondit que la voir vêtue ne suffisait pas et qu’il fallait connaître ses motifs ; un garde anglais l’appela traître Armagnac
et le menaça de sa lance ; Marguerie s’enfuit, craignant d’être frappé ; il fut malade de cette affaire, ou très troublé.
Au début du procès, il avait dit n’avoir jamais vu en Jeanne que du bien, lesquels propos furent rapportés par un certain Eustache Turquetil à Cauchon qui le convoqua pour le réprimander, disant que sans ses amis il aurait été jeté à la Seine.
Déclare que les meneurs du procès étaient poussés à suivre la volonté des Anglais plus que la justice ; et les docteurs qui suivaient le procès étaient favorables aux Anglais.
Pour les juges, renvoie à sa réponse 3.
Le promoteur [d’Estivet] agit sans contrainte mais volontairement. Les assesseurs convoqués n’auraient pas osé s’y opposer. Pour le reste s’en rapporte à leur conscience.
S’en rapporte au procès.
Lorsque André Marguerie ou un autre a dit vouloir rechercher la vérité sur la manière dont Jeanne avait changé de vêtement, il entendit quelqu’un répondre, mais ne sait qui : qu’il se taise, au nom du diable !
Jean [de Saint-Avit], évêque d’Avranches fut menacé par le promoteur Benedicite [d’Estivet] parce qu’il refusait de donner son avis ; Nicolas de Houppeville fut menacé d’être exilé parce qu’il refusait d’assister au procès et de donner son avis.
Après la rétractation de Jeanne, lui, Jean de La Fontaine, frère Guillaume Vallée, et d’autres du rang des juges allèrent la trouver pour l’encourager à persévérer ; les Anglais, remplis de colère et de fureur, les chassèrent du château avec des glaives et des bâtons ; Jean de La Fontaine quitta la ville et n’y revint pas. [La Fontaine avait sans doute quitté la ville bien avant ; il n’apparaît plus après le 28 mars ; l’abjuration a eu lieu le 24 mai.] — Le témoin fut personnellement menacé par le comte de Warwick pour avoir conseillé à Jeanne de se soumettre au concile général.
Certains furent réprimandés pour n’avoir pas été assez favorable aux Anglais, mais ignore si quelqu’un fut en danger. Il apprit que Nicolas de Houppeville n’avait pas donné son avis.
Lui semble que certains assesseurs étaient volontaires et partiaux ; d’autres contraints et forcés ; beaucoup craintifs et certains s’enfuirent comme Nicolas de Houppeville. — Lui-même, ainsi que Jean Pigache et Pierre Minier qui le lui confièrent, donnèrent leur avis sous la crainte, les menaces et dans la terreur, si bien qu’ils formèrent le projet de fuir.
A entendu plusieurs Pierre Morisse raconter qu’après qu’il eut exhorté Jeanne à persévérer [après son abjuration], celui-ci fut en grand péril d’être battu par les Anglais mécontents.
Probable ; car elle fut toujours gardée par des Anglais, qui lui refusèrent la prison d’Église.
À la fin de la première prédication à Saint-Ouen, comme Jeanne était exhortée à se rétracter et hésitait, un clerc anglais dit à l’évêque de Beauvais qu’il favorisait Jeanne ; l’évêque lui répondit : Vous mentez. Moi, je dois, par ma fonction, chercher le salut de l’âme et du corps de cette Jeanne.
Lui-même fut convoqué devant le cardinal d’Angleterre, parce qu’il aurait été favorable à Jeanne, et dût s’excuser, craignant le péril de son corps.
A vu maître Nicolas de Houppeville conduit à la prison royale, parce qu’il ne voulait pas assister au procès.
Sans certitude quant aux assesseurs, croit qu’une partie avait peur l’autre était partiale.
Ne sait rien sauf ceci : comme on demandait à Jeanne si elle était dans la grâce de Dieu, le témoin présent dit que ce n’était pas une question convenant à une telle femme ; alors l’évêque de Beauvais lui répliqua : Il vaudrait mieux pour vous que vous vous taisiez.
Ne croit pas à la crainte et aux menaces, mais plutôt à la partialité, surtout parce que certains, comme il le croit et l’entendit dire, reçurent des présents. — Nicolas de Houppeville fut incarcéré et expulsé du procès parce qu’il avait parlé avec aigreur de la cause de Jeanne à Cauchon.
Il est notoire, lui-même le croit, que beaucoup se seraient volontiers abstenus ; et y assistaient plus par peur qu’autrement.
5. Les notaires ne purent écrire fidèlement les paroles de Jeanne
N’a rien remarqué.
Ne sait rien (car n’était pas présent pendant le procès).
Jean Lemaître lui rapporta que Jeanne se plaignit une fois des questions difficiles, et d’être trop tourmentée par des questions ne concernant pas le procès.
Manchon écrivait, non pas à la volonté de quelques-uns, mais pour la vérité. Lorsqu’on réinterrogeait Jeanne sur un point on constatait que Manchon avait compris et bien écrit.
Durant une longue période du procès, deux autres écrivains se tenaient cachés près d’une fenêtre ; après le déjeuner les notaires et les docteurs se réunissaient pour mettre au propre les notes du matin, et Manchon était incité à corriger son rapport d’après celui desdits écrivains : mais il n’a rien changé, mais a écrit fidèlement.
Il se rappelle que lorsqu’un désaccord surgissaient au cours d’une de ces réunions, Jeanne était réinterrogée et confirmait la version de Manchon, comme on peut le voir par l’inspection du procès.
Déclare que Jeanne avait accepté de se soumettre au pape, si seulement on l’envoyait et conduisait à lui, mais pas au tribunal ou à Cauchon qui étaient ses ennemis mortels.
Lorsque le témoin lui-même suggéra à Jeanne de se soumettre au concile de Bâle dans lequel se trouvaient beaucoup de prélats et de docteurs du parti du roi de France, elle s’y soumit ; alors Cauchon l’invectiva violemment en lui disant : Taisez-vous, au nom du diable !
Entendant cela, maître Guillaume Manchon, notaire de la cause, demanda à l’évêque s’il devait écrire cette soumission ; l’évêque répondit que non, et que ce n’était pas nécessaire ; aussi Jeanne dit à l’évêque : Ha ! vous écrivez bien ce qui est contre moi, et vous ne voulez pas écrire ce qui est pour moi.
Et il croit que cela ne fut pas écrit ; d’où s’ensuivit dans l’assemblée un grand murmure.
N’en sait rien car assista à peu d’interrogatoires [4 interrogatoires publics].
[Réponse groupée aux articles 5, 6.]
Croit que les notaires retranscrivirent fidèlement. — Il vit cependant Cauchon injurier violemment les notaires, quand ceux-ci ne faisaient pas ce qu’il voulait ; et la scène était très violente, à ce qu’il assure, d’après ce qu’il a vu et entendu.
[Réponse groupée aux articles 5, 6.]
Croit que les notaires rédigeaient fidèlement.
[Réponse groupée aux articles 5, 6.]
S’en rapporte aux notaires, croit qu’ils écrivirent fidèlement.
S’en rapporte aux notaires.
Les notaires ont écrit fidèlement quoique peut-être, à ce qu’il comprit, ils aient parfois été sollicités d’écrire autrement.
A entendu dire que les Anglais s’étaient plaints du notaire Manchon qu’il soupçonnait d’être favorable à Jeanne, parce qu’il ne venait pas volontiers et ne se conduisait pas à leur gré.
6. Les notaires devaient retrancher les paroles qui la justifiaient et en ajouter d’autres qui l’accablaient
N’a rien remarqué ; au contraire il lui paraît que les notaires écrivaient fidèlement.
A entendu dire qu’on interdisait aux notaires d’écrire certaines de ses paroles.
Croit que le notaire rédigeait fidèlement.
Croit que les notaires ont écrit avec fidélité et sans crainte.
Renvoie à sa réponse 5.
[Cf. 5.]
[Cf. 5.]
[Cf. 5.]
[Cf. 5.]
[Cf. 5.]
S’en rapporte aux notaires.
Comme 5.
7. Aucun conseiller n’osa la défendre par crainte pour sa vie
N’en n’a pas souvenir parce qu’il n’était pas présent au début du procès.
Ne sait rien sinon que Jeanne était seule, assise sur un siège. A entendu dire qu’elle répondait sans conseiller, mais ignore si elle n’en voulait pas ou s’il lui fut refusé.
Le croit véridique et conforme à la rumeur publique.
Lui-même était sur l’estrade avec Jeanne lors de la première prédication [première sentence, le 24 mai] ; il lui lut la cédule d’abjuration ; Jeanne l’interrogea et il l’instruisit du danger à signer avant l’examen des articles par l’Église ; le prédicateur Guillaume Érard l’interrompit et lui interdit de parler d’avantage à Jeanne ; celle-ci demanda un délai pour l’examen des articles, mais Érard la somma de signer de suite ou elle serait brûlée.
Aux environs de la semaine sainte, Jean de La Fontaine, assistant de Cauchon, frères Ysembart de La Pierre et Martin Lavenu, dominicains et assistants de Lemaître, poussés par la pitié, allèrent voir Jeanne dans sa prison ; et ils la persuadèrent de se soumettre à l’Église, sans quoi elle serait en danger de mort. Cauchon et Warwick l’apprirent et entrèrent dans une extrême colère ; en danger de mort, La Fontaine quitta la ville, les deux frères furent protégés par Lemaître. [La Fontaine n’apparaît plus au procès-verbal après le 28 mars.]
De même Jean Lohier fut sollicité pour donner son avis ; devant Cauchon il dit que le procès était nul pour plusieurs raisons : 1. il ne se déroulait pas en lieu sûr et Jeanne n’était pas gardée dans une prison d’Église ; 2. on y traitait de la cause d’un roi absent et non cité. Voyant que ses paroles ne plaisaient pas à l’évêque et aux seigneurs anglais, Lohier ne voulut pas attendre davantage et quitta Rouen le lendemain pour la cour de Rome.
Croit que personne n’aurait osé conseiller ou défendre Jeanne.
[Cf. 5.]
Ignore si Jeanne eut un conseiller ou en demanda un ; pense sans certitude qu’elle en demanda un au début. — Ignore si quelqu’un fut en péril de mort pour l’avoir défendue ; mais sait bien que ceux qui ont tenté de la diriger furent réprimandés durement et sévèrement, et taxés de partialité tantôt par Cauchon, tantôt par Jean Beaupère ; ce dernier disait à ceux qui la dirigeaient de la laisser parler, et qu’il était désigné pour l’interroger.
Ignore si Jeanne avait demandé un conseiller, mais croit que personne n’aurait osé la conseiller ou la défendre sans y être autorisé.
Sait que Jeanne n’eut aucun conseiller et que personne n’aurait osé se mêler de la conseiller, de la diriger ou de la défendre par peur des Anglais. Entendit dire que certains qui allèrent au château, sur l’ordre des juges, pour conseiller ou diriger Jeanne, avaient été durement repoussés et menacés château.
Ne fut pas présent à tous les interrogatoires mais, tant qu’il y fut, il ne vit pas qu’elle ait eu un conseil, ni qu’elle en ait demandé un.
A entendu dire qu’on lui offrit un conseiller ; mais pas que quelqu’un avait été en danger de mort ou autre pour lui avoir donné un avis.
8. Jeanne était confiée à la garde des Anglais, entravée de fer et isolée
Il a vu Jeanne en prison, entravée même pendant sa maladie ; un Anglais montait la garde devant son cachot, sans l’autorisation duquel personne ne pouvait l’approcher, même les juges.
Sait bien qu’elle était en prison dans le château de Rouen ; mais ignore si elle était enchaînée ; personne ne pouvait lui parler sans l’autorisation de quelques Anglais qui avaient sa garde. Il ne l’a vit sortir qu’escortée d’Anglais. Certains étaient enfermés avec elle, dans une pièce fermée par trois clefs gardées l’une par le seigneur cardinal ou le susdit bachelier [le cardinal d’Angleterre ou son garde de sceau, mentionné à sa réponse à l’article 4], l’autre par l’inquisiteur, la dernière par messire Jean Benedicite le promoteur ; et les Anglais redoutaient fort qu’elle s’évadât.
Sait que Jeanne était dans la prison du château et gardée par des Anglais seulement. Confirme la rumeur.
Véridique. Voir ses réponses.
Jeanne fut en prison au château de Rouen. Pour le reste ne sait rien.
Ne la vit pas en prison, mais entendit qu’elle était gardée par les Anglais.
Véridique ; il y avait quatre ou cinq gardiens, dont l’un était le chef.
Véridique.
Il entra deux fois dans la prison de Jeanne, grâce à maître Jean Son, alors maître d’œuvre audit château ; il s’entretint avec elle et l’avertit de parler avec prudence, s’agissant de sa vie. Et il ajoute qu’une cage de fer fut construite pour l’enfermer debout, et qu’il la vit peser dans sa maison ; cependant il ne vit pas Jeanne à l’intérieur.
En est sûr.
Croit qu’elle fut gardée par les Anglais car ils avaient la garde du château.
Jeanne était en prison au château, gardée, amenée et emmenée par les Anglais. Ne sait rien des entraves et des chaînes, bien qu’il eût entendu dire qu’elle était détenue durement et étroitement.
Véridique ; mais n’a pas vu Jeanne dans des entraves ou des chaînes.
Véridique.
Jeanne était en prison au château de Rouen, ne sait rien d’autre.
A entendu d’un serrurier qu’il avait fait une cage de fer pour y tenir Jeanne enfermée ; et croit qu’elle fut placée dans cette cage. Ne sait rien des gardiens.
N’a pas vu Jeanne en prison ; on disait que personne n’osait lui parler, qu’elle était enchaînée, et que les Anglais la gardaient.
Le croit vrai ; a entendu dire qu’on changeait souvent les gardes de Jeanne.
9. Jeune fille d’environ 19 ans, Jeanne était inapte à se défendre seule
Jeanne paraissait bien 19 ans ; ingénue comme une fille de son âge, répondant parfois bien, parfois hors propos.
Elle avait 19 ans, on disait qu’elle était assez sage dans ses réponses.
Le croit véridique et que la constance de Jeanne avait convaincu beaucoup de gens des secours spirituels reçus par elle.
Jeanne était âgée de 19-20 ans, très simple dans son comportement, mais humble et prudente dans ses réponses.
Jeanne lui semblait être bien jeune ; il l’a entendue une fois en pleine audience, elle parlait avec assez de sagesse. [D’après le procès de condamnation, Caval a assisté à deux interrogatoires.]
Jeanne avait 18/19 ans. On disait qu’elle répondait avec sagesse et habileté.
Croit que Jeanne avait l’âge indiqué.
Elle répondait parfois savamment et parfois avec simplicité. Croit qu’elle n’aurait pas été capable de se défendre seule contre tant de docteurs si elle n’avait été inspirée.
Jeanne avait environ 20 ans, parlait avec prudence ; mais croit qu’elle était ignorante du droit et peu capable de répondre à tant de docteurs.
Jeanne avait environ 19 ans, était intelligente et répondait sagement ; mais elle n’était pas capable de répondre aux questions difficiles qu’on lui posait.
Estime que Jeanne était avisée dans certaines de ses réponses.
Croit qu’elle avait l’âge indiqué.
Elle était ignorante du droit et de la procédure ; mais répondait avec sagesse et très exactement. Il entendit dire à l’abbé de Fécamp qu’un grand clerc aurait bien pu faillir dans les réponses aux interrogations difficiles qui lui étaient faites.
Jeanne avait vingt ans.
Croit qu’elle était naïve au point de penser que les Anglais ne cherchaient pas sa mort et d’espérer s’en sortir moyennant argent.
Il la vit répondre de manière catholique et sage sur des points touchant la foi, sauf sur les visions qu’elle disait avoir et sur lesquelles, au jugement du témoin, elle insistait trop.
D’accord sur l’âge.
Elle était très ignorante, savait à peine le Pater noster ; l’a entendue parfois répondre avec foi et sagesse.
Jeanne avait l’âge indiqué.
Elle répondait très sagement aux interrogations, mises à part les révélations, à tel point que pendant trois semaines il la crut inspirée. [Lefèvre assista à 6 interrogatoires entre le 21 février et 22 mars, puis à autant d’autres séances et délibérations.]
Pense qu’elle avait 18 ans.
A entendu de plusieurs assistants au procès qu’elle répondait avec autant de sagesse aux questions que l’aurait fait un excellent clerc.
A entendu dire qu’elle répondait avec sagesse ; à tel point que si certains des docteurs avaient été ainsi interrogés, ils auraient pu difficilement répondre aussi bien.
10. Les Anglais allaient la nuit feindre des révélations pour l’inciter à ne pas se soumettre à l’Église
Une rumeur disait que les Anglais allaient l’inquiéter la nuit, disant parfois qu’elle mourrait, parfois qu’elle serait tirée d’embarras ; mais ne sait si cela est vrai.
Entendit dire qu’on introduisit auprès d’elle certains individus feignant d’être des soldats du roi de France, pour la persuader de ne pas se soumettre au jugement de l’Église, et que c’est pour cette raison que Jeanne varia ensuite dans sa soumission à l’Église.
L’ignore, mais il entendit que Nicolas Loiselleur, se faisant passer pour un Français prisonnier des Anglais, entrait parfois secrètement dans la prison de Jeanne pour la persuader de ne pas se soumettre à l’Église, sinon elle se trouverait trompée.
A entendu dire que seul Nicolas Loiselleur, feignant être du parti de Jeanne, avait accès auprès d’elle ; alors il l’interrogeait et rapportait toutes ses paroles au tribunal.
A ouï-dire que quelques individus allèrent la nuit, à la dérobée, à la prison de Jeanne pour la persuader de ce qui est contenu dans l’article. Ignore si c’est la vérité.
N’en sait rien. Mais déclare avoir entendu qu’un homme alla une fois vers elle de nuit, avec des vêtements de prisonnier, à ce qu’on dit, et feignant d’être un prisonnier originaire des régions soumises au roi de France ; cet homme la persuadait de persister dans ses déclarations, disant que les Anglais n’oseraient pas lui faire du mal.
N’en sait rien personnellement.
Tient de la bouche même de Jeanne qu’un grand seigneur anglais était entré dans sa prison et avait essayé de la violer ; et c’était la raison pour laquelle, à son dire, elle avait repris les vêtements d’homme.
Ne sait rien.
Ne sait rien.
Entendit dire qu’après la première prédication, alors qu’elle était de nouveau placée dans la prison du château, on lui fit tant de vexations pour l’accabler, qu’elle avoua préférer mourir plutôt que rester davantage avec les Anglais.
11. Les interrogatoires étaient difficiles
Il était présent lors d’interrogatoires difficile. Elle répondait aux juges qu’il ne lui appartenait pas de répondre, et qu’elle s’en rapportait à eux. Quelques-uns des docteurs assistant lui disaient parfois : Vous avez bien parlé, Jeanne.
Dépose comme à l’article 5 ; il tient de Lemaître qu’elle se plaignait de questions trop difficiles et hors du sujet.
Se rappelle qu’on faisait à Jeanne des questions hachées, ou des questions difficiles lancées par plusieurs à la fois ; elle s’en plaignait : Faites l’un après l’autre.
Lui-même admirait comment elle pouvait répondre aux questions subtiles et captieuses qui lui étaient posées, questions auxquelles un homme cultivé aurait malaisément pu répondre bien.
S’en rapporte au procès.
Notoire, mais n’était pas là ; les Anglais travaillèrent de toutes leurs forces à la surprendre en paroles, car elle leur avait fait la guerre.
Véridique ; cependant, Jeanne répondait bien à certaines questions, comme on peut le constater par le procès.
Vraisemblable.
[Réponse groupée aux articles 11, 12.]
La vit interrogées sur des questions difficiles et captieuses auxquelles néanmoins, en considérant sa faiblesse de femme, elle répondait bien. Parfois elle faisait remarquer qu’elle avait déjà répondu à certaines questions qui lui étaient à nouveau posées, en indiquant le jour.
Ne l’a pas remarqué.
On lui posait des questions difficiles, qui ne convenaient pas à une telle femme, si simple. Ignore l’intention de ceux qui l’interrogeaient.
On l’interrogeait très profondément sur quelques points, et elle s’en tirait avec compétence. On passait parfois d’une question à une autre pour voir si elle modifierait ses propos.
Bien qu’absent au procès, l’a entendu dire ; croit que les interrogateurs cherchaient la fin indiquée.
On disait qu’on lui posait des questions très difficiles, et que, quand elle ne savait répondre, elle demandait un délai jusqu’au lendemain.
12. Les interrogatoires étaient longs et éprouvants
Jeanne, quelquefois fatiguée par de nombreux interrogatoires, demandait un délai jusqu’au lendemain, et on le lui accordait.
Le croit véridique ; on prétendait que les interrogatoires étaient partiels et captieux.
Véridique ; l’interrogatoire durait ordinairement de la huitième à la onzième heure.
Jeanne était interrogée deux ou trois heures le matin, et parfois encore l’après-midi ; elle était très fatiguée par ces interrogatoires.
Sur l’intention des juges s’en remet à leur conscience ; mais ils lui faisaient en l’interrogeant les questions les plus subtiles qu’ils pouvaient trouver.
Le croit véridique.
L’interrogatoire durait 3 heures le matin ; parfois suivi d’un autre l’après-midi. Elle s’est plusieurs fois plainte du grand nombre de questions.
[Cf. 11.]
N’y croit pas et n’a rien vu.
Sait qu’on la tourmentait beaucoup dans les interrogatoires, qui duraient trois heures ou environ, avant le déjeuner et après. Ignore l’intention et les fins de ceux qui l’interrogeaient.
Les interrogatoires étaient long, habituellement deux ou trois heures, à tel point que les docteurs présents en étaient très fatigués. Pour la fin de l’article, l’ignore.
Croit qu’ils lui faisaient tout le mal qu’ils pouvaient.
Il entendit dire que certains membre du tribunal s’étaient fait invectiver par les Anglais qui trouvaient que le procès duraient trop longtemps.
13. Jeanne affirma souvent ne rien vouloir soutenir contre la foi catholique
Atteste avoir plusieurs fois entendu Jeanne dire qu’elle ne voulait rien dire ni faire contre la foi. Et croit que cela fut écrit dans le procès.
N’était pas présent ; mais après la prédication faite à Saint-Ouen, Jeanne dit à haute voix, mains jointes, qu’elle se soumettrait au jugement de l’Église, priant saint Michel qu’il la dirigeât et conseillât.
Le croit véridique, cf. réponses précédentes.
Véridique ; il entendit plusieurs fois Jeanne dire que jamais Dieu n’aurait permis qu’elle dît ou fît rien contre la foi catholique.
[Réponse groupée aux articles 13, 14.]
Fut présent lors de la prédication de Saint-Ouen [24 mai] ; il vit et entendit l’abjuration de Jeanne. Un docteur anglais fut mécontent de la réception de l’abjuration, car Jeanne en prononçait quelques mots en riant ; il s’en plaint à Cauchon que c’était une dérision ; lequel répondit irrité qu’en tant que juge il devait chercher le salut de Jeanne plutôt que sa mort.
Jeanne demanda à entendre la messe aux Rameaux et à Pâques ; elle demanda à se confesser et à communier ; on lui refusa la communion, ce dont elle se plaint, mais on lui permit de se confesser audit Loiselleur, qui en cela agissait avec fausseté.
Croit le reste est véridique et en partie contenu au procès.
Déclare avoir entendu de la bouche de Jeanne, en pleine prédication à Saint-Ouen, les paroles contenues dans l’article.
Véridique ; l’a entendu lui-même de la bouche de Jeanne.
L’a entendu plusieurs fois de la bouche de Jeanne.
[Réponse groupée aux articles 13, 14.] Vrai ; l’a entendu lui-même de la bouche de Jeanne.
Vraisemblable. Lui-même l’a entendu de la bouche de Jeanne, peut-être hors interrogatoire.
Ne se souvient pas que Jeanne ait prononcé ces mots, se rappelle bien qu’elle dit ne rien vouloir dire ou faire qui fût contre Dieu.
Ne sait rien mais l’a entendu dire de beaucoup.
Il est notoire que Jeanne a tenu ces propos.
14. Jeanne déclara plusieurs fois soumettre ses paroles et ses actes à l’Église et au pape
L’atteste.
A entendu de plusieurs que Jeanne s’était soumise au pape et demandé qu’on la conduisît à lui.
Le croit véridique et conforme à la rumeur publique.
Véridique ; il entendit Jeanne dire aux juges que si elle avait mal dit ou fait, elle voulait corriger et amender cela à leur décision.
[Cf. 13.]
S’en rapporte au procès ; l’entendit plusieurs fois.
Notoire.
Véridique ; l’a entendu lui-même de la bouche de Jeanne.
Croit plutôt le contraire, car il a entendu Jeanne dire que ses convictions ne venaient de personnes, prélats ou Pape, mais uniquement de Dieu. C’est sans doute pourquoi on chercha sa rétractation.
L’entendit refuser de se soumettre au juge et aux assistants, mais se soumettre à l’Église et au pape, demandant à être conduite à lui. On lui dit que le procès serait envoyé au pape ; elle répondit que comme elle ne savait pas ce qu’on mettrait dans le procès, elle voulait y aller elle-même et être interrogée par lui.
[Cf. 13.]
L’a souvent entendue se soumettre au pape et demander à ce qu’on la conduisît à lui.
Ne s’en souvient pas mais l’a entendu dire.
Comme 13.
Il est notoire que Jeanne a tenu ces propos.
15. Les Anglais interdirent que soient écrites ses paroles de soumission
Ne se rappelle pas que des Anglais aient été présents lors des interrogatoires, hormis les garde ; ni qu’ils aient prononcé quelque interdiction, quoiqu’on eût interdit d’insérer certaines choses qui, au dire du témoin, ne concernaient pas la cause.
S’en rapporte au procès.
S’en rapporte au procès.
[Réponse groupée aux articles 15, 16.]
Au cours de cette prédication il entendit Jeanne dire qu’elle se soumettrait à l’Église ; mais ignore s’il fut interdit aux notaires de l’écrire.
[Réponse groupée aux articles 15, 16.]
A écrit tout ce qu’il a entendu.
Déclare que lorsqu’on pressait Jeanne de se soumettre à l’Église et lorsque frère Ysambart de La Pierre la persuadait de se soumettre au concile général, avoir entendu l’évêque de Beauvais dire au frère Bardin : Taisez-vous, au nom du diable !
Et cela se passait en justice, quand Jeanne était interrogée.
S’en rapporte au procès.
S’en rapporte au procès.
[Réponse groupée aux articles 15, 16.]
Ignore si sa soumission fut enregistrée mais témoigne que Jeanne s’est toujours soumise jugement du pape et de l’Église.
S’en rapporte aux notaires et au procès.
[Réponse groupée aux articles 15, 16.]
N’entendit jamais qu’elle eût refusé de se soumettre à l’Église ; du moins ne se souvient pas.
16. Il fut écrit au contraire qu’elle refusa de se soumettre
Ne se rappelle que Jeanne ait jamais refusé de se soumettre à l’Église, bien qu’il l’ait vue parfois troublée ; parfois des docteurs la dirigeaient ; et parfois on remettait jusqu’au lendemain.
S’en rapporte au procès.
Déclare n’avoir jamais entendu Jeanne [refuser de se soumettre], plutôt le contraire comme déposé plus haut.
[Cf. 15.]
[Cf. 15.]
S’en rapporte au procès.
S’en rapporte au procès.
[Cf. 15.]
S’en rapporte aux notaires et au procès.
[Cf. 15.]
17. Si certaines paroles paraissent suggérer qu’elle refusa de se soumettre, c’est qu’elle comprenait l’Église comme les ecclésiastiques du tribunal, partisans des Anglais
On expliqua à Jeanne ce qu’était l’Église, alors elle se soumettait au jugement de l’Église.
S’en rapporte à la compréhension qu’avait Jeanne.
Renvoie à sa réponse à l’article 10.
Déclare avoir entendu Jeanne répondre : Vous m’interrogez sur l’Église triomphante et militante ; je ne comprends pas le sens de ces expressions ; mais je veux me soumettre à l’Église, comme il convient à une bonne chrétienne.
S’en rapporte à l’intention de Jeanne.
Jeanne ne comprenait pas la différence entre l’Église triomphante et l’Église militante.
Sur le reste s’en rapporte au droit.
S’en rapporte au droit et à l’intention de Jeanne.
Interrogée sur sa soumission à l’Église, Jeanne a longtemps cru qu’il s’agissait du tribunal qui la jugeait ; Pierre Morisse lui expliqua le sens du mot et elle se soumit toujours au pape, pourvu qu’on la conduisît à lui. Croit que son ignorance de l’Église était la raison pour laquelle parfois elle n’accepta pas de se soumettre à l’Église.
Croit que Jeanne ne comprenait pas ce qu’était l’Église. Ne se souvient pas qu’elle ait refusé de s’y soumettre.
Ne s’en souvient pas.
18. La traduction en latin retrancha des paroles qui la justifiaient et en ajouta qui l’accablaient
Déclare croire que les notaires écrivirent fidèlement, parfois en français, parfois en latin. — Il entendit que Thomas Courcelles fut chargé de la traduction en latin mais ignore si quelque chose fut changé, ajouté ou retranché.
A entendu dire que le procès fut rédigé en latin.
L’ignore.
Déclare avoir vu le procès écrit en français, et croit qu’ensuite tout le procès fut rédigé en latin ; ne sait rien d’autre.
Le premier original du procès fut écrit fidèlement par lui qui parle, en français, sauf la première session, et croit qu’il fut traduit fidèlement en latin.
S’en rapporte au procès.
Croit Manchon écrivit et relata fidèlement ; s’en rapporte au procès.
Le notaire écrivait en français et quand il y avait doute sur le texte il le relisait. Ne sait rien de la traduction.
S’en rapporte aux notaires.
Sait que le procès fut rédigé en français ; ne sait rien de la traduction.
Ne sait rien de la traduction ; ne se souvient pas si le procès fut reçu en latin ou en français.
S’en rapporte aux notaires.
19. Le tribunal jugea sous la crainte
S’en rapporte à ces précédentes réponses et au droit.
S’en rapporte au droit.
Déclare, comme il l’a senti et le sent encore, on doit parler de persécution voulue et recherchée, plutôt que de jugement.
[Réponse groupée aux articles 19, 20, 21.]
Déclare d’après ce qu’il a vu et su, que Jeanne fut condamnée injustement. Jeanne lui confia, après avoir repris ses habits d’hommes, que ses gardiens lui avaient retiré ceux de femmes pour les remplacer par ceux d’hommes ; elle demanda alors aux gardiens de lui rendre ses vêtements de femme, pour pouvoir se lever et soulager son ventre, mais ils refusèrent, disant qu’elle n’aurait rien d’autre que ce vêtement d’homme ; elle leur dit qu’ils devaient bien savoir cette reprise de vêtements d’homme interdite par les juges ; néanmoins ils refusèrent de lui donner ses vêtements féminins ; enfin, pressée par le besoin, elle mit les vêtements d’homme, et, après qu’on l’eût vue ainsi habillée toute la journée, on lui rendit le lendemain ses vêtements de femme. Ce fut la cause de relapse.
S’en rapporte au procès.
S’en rapporte au droit.
Notoire à Rouen qu’on procédait plus pour plaire aux Anglais qu’avec un souci de justice.
Croit que la sentence fut rendue par méchanceté et vengeance, plus que par amour de la justice.
Déclare vraie la première partie ; ne sait rien du reste.
Vrai quant au droit. Déclare que l’avis qu’il écrivit avec Pigache et Minier suivant leur conscience ne plut pas aux juges et que Cauchon dit : C’est cela que vous avez fait ?
.
S’en rapporte au droit ; croit que certains ne furent pas totalement libres et d’autres furent volontaires.
Pour le droit s’en rapporte au droit, pour le fait à ses dépositions ci-dessus.
N’a pas constaté de pression.
Déclare que où il n’y a pas libre arbitre, ni procès ni sentence ne valent ; mais ne peut rien dire d’autre que sa déposition ci-dessus si les juges et les assesseurs furent libres.
Déclare que la plupart de ceux qui agissaient dans le procès n’auraient pas procédé ainsi s’ils avaient été libres et n’avaient pas craint la colère des Anglais.
20. Le procès est mensonger, incomplet et vicié
S’en rapporte à ces précédentes réponses et au droit.
S’en rapporte au droit.
S’en rapporte au procès.
[Cf. 19.]
S’en rapporte au procès.
Ne croit pas l’article, compte-tenu de sa déposition.
S’en rapporte au procès.
Comme au 18.
S’en rapporte au droit.
Croit que les notaires ont bien et fidèlement rédigé.
Croit que les notaires furent fidèles.
S’en rapporte aux notaires.
S’en rapporte aux notaires.
S’en rapporte aux notaires.
21. Les juges n’ayant pas suivi le droit étaient incompétents
Le procès mentionne la capture de Jeanne dans le diocèse de Beauvais ; pour le reste s’en rapporte au droit.
S’en rapporte au droit.
Renvoie à sa réponse à l’article 19.
[Cf. 19.]
S’en rapporte au procès.
S’en rapporte au droit.
S’en rapporte au droit et au procès.
Déclare que les juges observaient suffisamment les règles du droit mais qu’ils agissaient avec méchanceté et par vengeance.
La sentence lui a toujours paru injuste, et la condamnation injustifiée. S’en rapporte au droit.
En raison de la haine des Anglais le procès peut à bon droit être dit injuste et par conséquent la sentence injuste.
S’en rapporte au droit.
S’en rapporte aux juges.
S’en rapporte au droit.
22. Jeanne n’eut pas la possibilité de se défendre
Répond comme au septième article.
Ne sait rien sinon que Jeanne répondait seule et sans conseil.
Le croit véridique.
Déclare qu’au début du procès, Jeanne se trouvant trop simple demanda un conseiller, mais qu’il lui fut refusé.
Ignore si Jeanne demanda un conseiller, mais elle n’en eut aucun pendant le procès ; sauf à la fin où elle eut Pierre Morisse et un carme pour la diriger et l’instruire.
S’en rapporte au droit et au procès.
Jeanne eut parfois des conseillers.
Lors de la première sentence [24 mai], le témoin crut qu’elle allait être brûlée tant elle différait sa rétractation. — Elle avait été conduite en voiture jusqu’au cimetière de Saint-Ouen de Rouen.
Il ne la vit répondre que seule et sans défenseur.
Croit l’article faux, tout en ignorant si on lui refusa un conseil.
Sur la nullité s’en rapporte au droit.
Sait qu’elle n’eut pas de défenseurs ou conseillers, bien qu’elle en eût demandé.
A dit tout ce qu’il sait ; pour la nullité de la sentence s’en rapporte au droit.
23. En lui accordant la communion les juges reconnaissaient qu’elle s’était soumise
Même s’il n’y assista pas, il fut notoire que Jeanne, avant sa mort, le jour même, reçut le corps du Christ ; il était en revanche présent lorsque l’autorisation fut donnée. Il arriva dans son cachot après, pour l’interrogatoire.
Il n’a jamais rien remarqué dans Jeanne qui ne fût d’une bonne catholique.
On lui a dit que peu avant de venir au lieu du supplice, elle fit de belles et dévotes prières à Dieu, à Marie et aux saints. Plusieurs personnes présentes en furent touchées aux larmes, et surtout maître Nicolas Loiselleur, promoteur de la cause, qui partit de la compagnie de Jeanne en pleurant, et qui, rencontrant une troupe d’Anglais dans la cour du château, fut insulté par eux, menacé et appelé traître ; à ces mots il eut grand peur, et, sans se détourner vers d’autres occupations, il alla voir le sire comte de Warwick pour être protégé ; et si le comte n’avait pas été là, le témoin croit que ledit Loiselleur aurait été tué.
Jeanne lui semblait bonne chrétienne.
Il sait qu’on lui apporta le corps du Christ au château dans son cachot, avant de la conduire au Vieux Marché, où elle fut exhortée et brûlée.
Croit que Jeanne fut bonne catholique et communia le matin de l’exécution.
Croit vrai le reste de l’article.
Sait que Jeanne, avant qu’on l’eût prêchée et abandonnée [le jour du supplice] demanda la communion, et la reçut des mains de Martin Ladvenu, avec l’autorisation de l’évêque de Beauvais et du sous-inquisiteur ; l’hostie fut apportée par un certain messire Pierre, d’une manière très irrévérencieuse ; Jeanne se confessa deux fois et communia très dévotement et en répandant beaucoup de larmes.
Déclare bien savoir qu’elle a été brûlée ; si cela fut juste ou injuste, il s’en rapporte au procès.
Dans les deux prédications où il la vit, il comprit par son maintien et ses gestes qu’elle était catholique, invoquant Dieu et les saints.
Ne sait rien de sa communion.
De la justice ou injustice de la sentence, s’en rapporte au droit.
Sait que Jeanne demanda et obtint des juges de communier le jour de sa mort, avant la prédication et sa sortie du château.
Ne s’est pas rendu à l’exécution de Jeanne, car son cœur n’aurait pu supporter ou souffrir cela par pitié pour elle. A entendu dire que Jeanne avait communié avant.
Vrai.
Ne sait rien, ni si elle a été condamnée injustement, ni si quelque injustice fut commise.
Notoire.
Déclare que si elle avait été en liberté, elle aurait été aussi bonne catholique qu’une autre.
Il entendit dire qu’elle avait pu communier, à sa demande.
Ne sait rien de plus sinon qu’elle fut jugée relapse, abandonnée à la justice séculière et enfin brûlée.
Déclare qu’il était évident pour les juges qu’elle s’était soumise à la décision de l’Église et qu’elle était fidèle catholique et pénitente ; c’est avec leur autorisation sur leur ordre, qu’il donna la communion à Jeanne.
Elle fut abandonnée comme relapse à la justice séculière.
Croit que si elle avait tenu le parti des Anglais, on n’aurait pas ainsi procédé contre elle.
Ne fut plus appelé au procès après le premier sermon fait à Saint-Ouen. [Le procès-verbal indique pourtant qu’il participa à la dernière délibération (et opina comme l’abbé de Fécamp).]
Il était notoire que Jeanne était bonne catholique et qu’elle fut brûlée. Ignore le reste.
Croit d’après la fin de ladite Jeanne, qu’elle était fidèle catholique. Il apprit qu’elle demanda la communion et croit qu’on le lui donna ; et sait qu’elle fut brûlée.
Croit que Jeanne était simple, bonne et fidèle catholique ; il la vit abandonnée par l’Église, et enfin conduite par le bourreau et d’autres au lieu du supplice pour être brûlée.
24. Les Anglais la brûlèrent sans sentence séculière
Une fois la sentence rendue, les autres ecclésiastiques partirent, et lui-même s’en alla.
Après la sentence ecclésiastique elle fut conduite à l’estrade du bailli par des hommes d’armes royaux ; sur cette estrade il y avait le bailli et d’autres officiers laïcs, et elle resta quelque temps avec eux ; mais ce qu’ils dirent ou firent, il l’ignore, si ce n’est qu’après leur départ elle fut livrée au feu.
Déclare avoir vu Jeanne pleurant beaucoup au sortir du château, et conduite au lieu du supplice et de la dernière prédication par cent vingt hommes environ, dont quelques-uns portaient des massues et d’autres des glaives ; aussi, mû de compassion, il ne voulut pas aller jusqu’au lieu du supplice.
Après la prédication de Nicolas Midi, Jeanne fut abandonnée par les ecclésiastiques. Ceux-ci partis, elle fut conduite, sans aucune sentence de justice séculière, au lieu du supplice.
Le lieu du supplice avait été préparé avant la prédication. Après celle-ci, Jeanne fut abandonnée par les juges ecclésiastiques et aussitôt saisie. Ignore si elle fut conduite directement au supplice ou d’abord au bailli.
Jeanne fut conduite au lieu du supplice avec une grande troupe d’environ quatre-vingt soldats armés d’épées ou d’épieux. Après son abandon par la justice ecclésiastique elle fut conduite au bailli, qui, sans autre délibération ou sentence, faisant un signe de la main, dit : Emmenez, emmenez.
Ainsi fut-elle conduite au lieu du supplice où elle fut brûlée.
L’a entendu dire ; car aucune sentence ne fut prononcée par un juge séculier.
Était présent et assure qu’aucune sentence ne fut prononcée par le juge séculier.
Après la prédication et une longue attente au même endroit, elle fut conduite au supplice par les clercs du roi. — Le témoin et frère Martin Lavenu l’accompagnèrent jusqu’à la fin.
Il assista à la dernière prédication mais parti avant l’exécution, tant cela faisait pitié ; ne sait rien du reste de l’article sinon que plusieurs des assistants pleurèrent, même monseigneur le cardinal de Luxembourg, évêque de Thérouanne.
Il n’était pas présent et n’a jamais parler d’une sentence prononcée par un juge séculier. La rumeur disait qu’elle avait été conduite au supplice par force et injustement.
Ignore si une sentence séculière fut portée ; mais Jeanne fut conduite au supplice en grande hâte par des soldats anglais.
Après son abandon par l’Église, elle fut saisie par des soldats anglais, présents là en grand nombre, sans aucune sentence de juge séculier, et malgré la présence du bailli de Rouen et du conseil de la cour séculière ; il le sait, car il resta toujours avec Jeanne depuis le château jusqu’à la fin ; et il lui administra, lui qui parle, sur l’ordre des juges, les sacrements de pénitence et d’eucharistie.
Fut présent au dernier sermon, au cours duquel elle demanda à tous les prêtres que chacun d’eux célébrât une messe pour elle ; mais ce qui s’ensuivit, il ne le vit pas, car il s’en alla.
Ne sait rien.
Après la dernière prédication elle fut abandonnée par les ecclésiastiques, et aussitôt il vit que les soldats et hommes d’armes anglais la saisirent et la conduisirent directement au lieu du supplice ; il ne vit pas qu’une sentence eût été portée par un juge séculier.
N’a pas entendu parler d’une sentence ou condamnation du juge séculier. Elle fut conduite directement au supplice.
25. Jeanne se comporta en bonne catholique jusqu’à son dernier souffle ; tous les assistants pleurèrent, même les Anglais
Il n’était pas présent au supplice mais il entendit que Jeanne était morte pieusement et en catholique, invoquant le nom de Jésus et de la sainte Vierge Marie.
Alors qu’on l’attachait, Jeanne implorait et invoquait spécialement saint Michel. Et il la vit bonne chrétienne jusqu’à la fin ; il vit aussi de nombreux assistants, jusqu’au nombre de dix mille, pleurer et se lamenter, en disant que c’était grande pitié.
Le croit véridique et conforme à la rumeur.
Véridique ; il ne vit jamais personne finir ses jours de manière aussi catholique.
Il ne fut pas présent lors de l’exécution et ne vit pas la foule des Anglais ; il apprit cependant de certains qu’elle criait et invoquait le nom de Jésus à ses derniers moments et qu’elle toucha plusieurs personnes aux larmes.
Vrai.
Juste après le prononcé de sa sentence, Jeanne fit de très belles oraisons, recommandant son âme à Dieu, à la bienheureuse Marie et à tous les saints, les invoquant et demandant pardon aux juges et aux Anglais, au roi de France et à tous les princes du royaume. Pour le reste ne ne vit rien, parce qu’il s’en alla ; mais il a bien entendu beaucoup de ceux qui assistaient à l’exécution dire qu’elle avait crié le nom de Jésus à la fin de sa vie.
L’a entendu dire ; et que maître Jean Tressart, secrétaire du roi d’Angleterre, revenant du lieu du supplice, triste et gémissant, se lamentait sur ce qu’il avait vu là en ces termes : Nous sommes tous perdus, car une personne bonne et sainte a été brûlée
; il croyait en outre que son âme était entre les mains de Dieu, puisque, au milieu des flammes, elle implorait toujours le nom du Seigneur Jésus.
Vrai. Ajoute que même Cauchon pleura.
Un soldat anglais, qui la haïssait extrêmement avait juré de placer de sa propre main un fagot sur son bûcher ; mais après avoir entendu Jeanne invoquer le nom de Jésus il fut frappé de stupeur et comme en extase ; on le conduisit à une taverne près du Vieux Marché, où il reprit des forces en buvant. Et après avoir déjeuné avec un frère de l’ordre des prêcheurs, cet Anglais confessa, le témoin l’entendit, par l’intermédiaire de ce frère anglais, qu’il avait gravement péché, qu’il se repentait de tout ce qu’il avait fait contre Jeanne, qu’il la jugeait une femme bonne ; car il semble que cet Anglais avait vu dans le dernier souffle de Jeanne une colombe blanche sortant de la flamme.
Le bourreau, l’après-midi du même jour, vint au couvent dominicain et dit au témoin et à frère Martin Lavenu sa grande crainte d’être damné, parce qu’il avait brûlé une sainte.
Déclare ne rien savoir de sa dévotion ; mais elle paraissait très troublée car elle disait : Rouen, Rouen, mourray-je cy !
Notoire.
Conforme à ce qu’il a entendu. Une fois abandonnée par l’Église, Jeanne commença à se lamenter et acclamer Jésus ; et aussi partit le témoin, ému de si grande pitié qu’il ne put voir l’exécution de Jeanne.
L’a vu et entendu.
Entendit le bourreau dire qu’elle avait été condamnée à mort d’une manière abusive.
Elle eut une fin très catholique, et émut aux larmes les juges et plusieurs autres par très grande pitié.
Croit qu’il en fut ainsi ; et il entendit de beaucoup qu’on vit le nom Jésus écrit dans la flamme du feu qui la consumait.
Vrai, comme il l’a vu et entendu.
Ajoute avoir entendu que maître Jean Alépée, alors chanoine de Rouen, présent lors de l’exécution de Jeanne, pleurant beaucoup, dit en présence du témoin et d’autres étant à proximité : Je voudrais que mon âme fût où je crois être l’âme de cette femme.
Il a vu presque tous ceux de ce pays pleurer et se lamenter. Il entendit lui-même de la bouche même de Jeanne qu’elle invoquait le nom de Jésus dans les flammes.
26. Les Anglais agirent par haine de Jeanne et pour déshonorer le roi de France très chrétien
Il dit croire que si Jeanne ne les avait combattu, les Anglais n’auraient pas procédé ainsi ; et qu’ils désiraient exalter leur parti et abaisser le roi de France.
Les Anglais redoutaient Jeanne plus que tout le reste de l’armée du roi de France, motif probable du procès.
Le croit véridique.
La rumeur à Rouen était que les Anglais procédaient par haine et peur, et aussi pour déshonorer le roi de France.
Le croit véridique.
Le prêcheur qui fit la première prédication parla en effet du royaume de France en ces termes : Ô royaume de France ! autrefois tu fus réputé et appelé très chrétien, tes rois et tes princes furent appelés très chrétiens ; mais maintenant à cause de toi, ô Jeanne ! ton roi qui se dit roi de France, en te soutenant et en croyant à tes paroles, est devenu hérétique et schismatique !
; et il répéta cela trois fois. Jeanne se dressant alors lui répondit en disant : Sauve votre révérence, ce que vous dites n’est pas vrai ; car je veux que vous sachiez qu’il n’y a pas meilleur catholique entre les vivants que lui.
Croit que les Anglais la craignaient, mais ignore s’ils agirent pour les motifs de l’article.
Croit que les Anglais la haïssaient et la craignaient ; et qu’ils la jugèrent sans doute à cause de ses faits d’armes.
Sur la haine et la crainte des Anglais : la rumeur dit que jamais les Anglais n’auraient osé mettre le siège devant Louviers sa vie durant.
Croit que les Anglais cherchaient à diffamer le roi de France. Dans sa prédication faite à Saint-Ouen, Guillaume Érard s’écria : Ô noble maison de France ! tu as toujours été sans tache et sans blâme d’erreur ; maintenant ce serait une grande pitié que tu puisses choir dans une telle erreur que d’ajouter foi à cette femme !
Le croit et notoire.
Vrai.
Croit que la principale raison du procès fut de déshonorer le roi de France. Guillaume Érard le proclama lorsqu’il dit : Seule la France manquait habituellement de monstres ; mais maintenant voici un monstre horrible avec cette femme schismatique, hérétique et sorcière, grâce à laquelle le roi de France veut recouvrer son royaume.
À cet Érard Jeanne répondit : Ô prêcheur ! vous parlez mal ! Ne parlez pas de la personne du roi Charles, notre sire, parce que c’est un bon catholique et ce n’est pas en moi qu’il a cru.
Croit que quelques Anglais, gens de peu, procédaient par haine et crainte ; mais il ne le croit pas des ecclésiastiques notables.
Déclare qu’un chapelain du cardinal d’Angleterre, présent à la première prédication, ayant dit à l’évêque de Beauvais qu’il était trop favorable à Jeanne, cet évêque lui répondit : Vous mentez, car je ne voudrais pas être favorable à quelqu’un dans une telle cause.
Et alors ce chapelain fut réprimandé par ledit cardinal d’Angleterre, qui lui dit de se taire.
Croit que Jeanne fut mise à mort pour les raisons de l’article, mais ignore si on avait l’intention de déshonorer le roi ; croit bien que c’est par mépris pour le roi qu’elle fut mise à mort, étant donné la manière de procéder et le genre du jugement.
Le croit vrai.
Véridique. Ajoute que Guillaume Érard s’écria au cours de son sermon au cimetière de Saint-Ouen, : Ô maison de France ! tu as toujours été exempte de monstres jusqu’à présent ; mais maintenant, en adhérant à cette femme, une sorcière, hérétique et superstitieuse, tu t’es déshonorée !
Sur la haine des Anglais, voir ses dépositions ci-dessus.
Ignore si l’on désirait déshonorer le roi de France ; estime cependant qu’en général on ne l’aimait pas.
Croit que si les Anglais avaient eu une telle femme, ils l’auraient fort honorée et ne l’auraient pas traitée ainsi.
Comme déposé ci-dessus, croit que les Anglais procédèrent pour les causes et pour les fins contenus dans l’article.
Le croit vrai.
27. Tous ces points sont notoires et admis, tant à Rouen que dans le royaume de France
Ce qu’il a dit est vrai ; et s’accorde avec la rumeur publique à Rouen.
Vrai et notoire, surtout à Rouen.
Contient la vérité, sans contredit.
Ce qu’il a déposé fut et reste notoire à Rouen.
A déposé ce qu’il sait.
Confirme ce qu’il a déposé.
Ce qu’il a déposé est notoire à Rouen.
Notoire.
Confirme sa déposition.
Ce qu’il dépose est notoire.
Déclare vraie sa déposition.
Déposition conforme à la renommée publique.
Ce qu’il a déposé est vrai et notoire, à Rouen et ailleurs.
Ce qu’il a dit est notoire.
Ce qu’il a dit est notoire à Rouen.
Ce qu’il a dit est conforme à la renommée à Rouen.
Croit vrai et notoire ce qui est dans sa déposition.
Toutes les enquêtes :
L'enquête de 1452 :
Les 4 enquêtes de 1456 :