Enquête à Paris et à Rouen
Âge moyen des témoins : 57 ans.
1-4. Vie et dévotion de Jeanne
A connu Jeanne à l’occasion de son procès à Rouen. Il déclina la première convocation, mais vint à la seconde : elle faisait de très belles réponses. — Il assista à un interrogatoire où les juges et les assistants se tenaient dans une petite pièce, derrière la grande salle du château : elle répondait prudemment, sagement et avec beaucoup de courage.
N’a connu Jeanne que pendant son procès, auquel il assista plusieurs fois. — C’était une bonne jeune fille. Il apprit ensuite de Pierre Maurice, qui avait entendu Jeanne en confession, qu’il n’avait jamais entendu pareille confession, qu’elle fût d’un docteur ou de quiconque. Il en déduit que Jeanne marchait selon la justice et saintement avec Dieu.
N’a pas eu connaissance de Jeanne avant son procès à Rouen, où il la vit deux ou trois fois. Ne se rappelle pas avoir assisté au procès, ni donné un avis. [Le procès n’indique sa présence qu’aux dernières séances publiques : l’admonestation du 23 mai, l’abjuration du 24, et le supplice du 30, ce qu’il confirme ensuite.]
N’a eu connaissance de Jeanne qu’à Rouen, et pas plus de son père, de sa mère ou de ses parents.
On disait qu’elle affirmait avoir eu des voix venant de Dieu.
N’a rien su de Jeanne ni de ses parents avant son arrivée à Rouen. Il y alla avec Jean Beaupère, dont il était le serviteur, en compagnie de Pierre Morice, Thomas de Courcelles et d’autres, convoqués peu avant le début du procès.
Vit Jeanne pour la première fois lors de la prédication de Saint-Ouen [24 mai].
Ne vit Jeanne qu’aux deux prédications qui furent faites à Rouen.
Ne sait rien sur les parents de Jeanne, ni sur Jeanne avant son procès à Rouen.
Elle répondait en catholique et avec prudence, attendu de son âge et de son état ; mais insistait trop dans les visions qu’elle prétendait avoir eues.
Elle paraissait simple et aussi bonne catholique qu’une autre.
Dernier jour de Jeanne Elle aurait été autorisée à communier le jour même. Livrée à la justice séculière, elle cria et se lamenta en invoquant le nom de Dieu, si bien que plusieurs en étaient fort tristes. Lui-même partit avant l’exécution, mû par la pitié jusqu’aux larmes, comme beaucoup d’autres, notamment l’évêque de Thérouanne [Louis de Luxembourg].
Ne sait rien des parents de Jeanne et ne l’a connue elle qu’à Rouen.
Arrivée de Jeanne à RouenOn la disait prise dans le diocèse de Beauvais, aussi Cauchon prétendait être son juge, et s’employa de toutes ses forces à ce qu’elle lui fût rendue, écrivant au roi d’Angleterre et au duc de Bourgogne. L’obtint finalement moyennant une somme de 1 000 livres [10 000 selon le procès-verbal] et 300 de rente annuelle, accordé par le roi d’Angleterre à l’homme du duc de Bourgogne qui avait pris Jeanne.
Début du procès Le procès commença ; lui-même fut pris comme notaire, avec Guillaume Boisguillaume ; ainsi fit-il la connaissance de Jeanne.
Jeanne était très simple, répondait avec simplicité, mais parfois aussi avec beaucoup de prudence, comme on peut le voir dans le procès. — Croit qu’elle n’aurait pu se défendre dans une cause si difficile contre tant de docteurs, si elle n’avait été inspirée.
Rédaction du procès Le témoin authentifie le registre du procès, signé par lui et ses collègues ; il l’avait rédigé en trois exemplaires qui furent donnés : à l’inquisiteur, au roi d’Angleterre et à Cauchon. — Le procès fut rédigé d’après une minute en français, écrite de sa propre main et qu’il a déjà remise aux juges ; et ensuite traduit du français en latin par maître Thomas de Courcelles et le témoin, dans la forme où il se trouve actuellement, le mieux possible, en suivant la vérité, longtemps après la mort et l’exécution de Jeanne. — Thomas de Courcelles intervint peu durant le procès.
Sens des Nota dans le procès français Les premiers interrogatoires furent très bruyants ; notamment le premier dans la chapelle du château de Rouen où Jeanne était interrompue presque à chaque mot quand elle parlait de ses apparitions. Deux ou trois secrétaires du roi d’Angleterre enregistraient à leur guise et à charge les paroles de Jeanne ; le témoin s’en plaignit et menaça de quitter sa charge ; on se déplaça dans une salle du château proche de la grande salle et gardée par deux Anglais. Lorsqu’on désirait réinterroger Jeanne sur un point, pour vérifier sa réponse ou la préciser, le témoin ajoutait un Nota en tête d’article.
Piété de Jeanne Ignore si Jeanne a vécu en catholique ; l’entendit demander à entendre la messe, aux dimanches des Rameaux et de Pâques, et à se confesser et à communier à Pâques. On lui refusa la confession, ce dont elle se plaignit beaucoup ; elle put se confesser à Nicolas Loyseleur.
Ne sait rien sur la famille de Jeanne sinon d’après ses réponses au procès, et ne la connut elle qu’à l’occasion de ce procès. Doyen de chrétienté à Rouen, il fut l’exécuteur des mandements portés contre elle, aussi chargé de convoquer les conseillers, de conduire Jeanne devant ses juges et de la ramener à sa prison. Pour cette raison il avait des relations très familières avec elle.
Mœurs et piété de Jeanne Elle était bonne, simple et pieuse. Une fois, alors qu’il la conduisait devant ses juges, elle lui demanda s’il y avait sur son trajet quelque église où fût le Corps du Christ ; le témoin lui montra une chapelle située sous le château et Jeanne insista beaucoup pour passer devant et y révérer Dieu ; ce qu’il fit volontiers. Elle y fit, agenouillée, une oraison très dévote. L’apprenant, Cauchon fut mécontent, et lui ordonna de ne plus jamais lui permettre de prier ainsi.
N’a jamais entendu parler de Jeanne avant son procès.
Rédaction du procès Reconnaît sa signature et authentifie le procès qu’on lui montre ; c’est l’un des cinq exemplaires semblables qui furent faits. Il fut associé aux notaires Guillaume Manchon et Pierre Taquel [Nicolas], et rédigèrent fidèlement les questions et les réponses, et après le déjeuner les collationnaient entre eux. Ils étaient impartiaux et ne travaillaient sous la crainte de personne.
Réponses de Jeanne Jeanne répondait très prudemment. Si on la réinterrogeait sur un point déjà abord elle renvoyait à ses dépositions qu’elle faisait lire aux notaires.
Ne sait rien de la famille de Jeanne ; la vit elle lorsqu’elle y fut amenée et livrée à Cauchon.
Elle avait environ vingt ans, était très simple, savait juste le Notre Père, mais répondait parfois avec sagacité.
N’eut connaissance de Jeanne et de sa famille qu’au moment du procès.
Elle paraissait vingt ans ; était simple et ignorante du droit ; pas en état de se défendre elle-même, elle conservait cependant une grande fermeté : beaucoup en déduisaient qu’elle avait un soutien spirituel.
N’a connu Jeanne et sa famille qu’à l’occasion de son procès à Rouen, auquel il assista jusqu’à la première prédication faite à Saint-Ouen.
Jeanne avait environ vingt ans ; elle était très simple et répondait avec sagesse, au point que pendant trois semaines il la croyait inspirée, bien qu’à son avis elle insistât beaucoup, et trop, sur ses visions.
A peu connu Jeanne car lorsqu’elle fut conduite en la ville de Rouen, lui-même était étudiant à l’Université de Paris. Il arriva à Rouen le jour de la prédication de Saint-Ouen par Guillaume Evrard, et c’est là qu’il vit Jeanne.
A connu Jeanne à l’occasion de son procès, auquel il assista pendant quelques jours, sans avoir été requis cependant. Il assista à un de ses interrogatoires, elle répondait avec assez de sagesse et avait une très bonne mémoire. En effet, elle répliquait parfois : J’ai répondu autrement et de telle manière
et faisait chercher par le notaire le jour de la réponse, et on la trouvait conforme à ce qu’elle déclarait, sans la moindre addition ou soustraction, ce qui surprenait, attendu son jeune âge.
A connu Jeanne à Rouen et ignore tout de sa famille. À la demande et grâce à la complicité de maître Jean Son, maître d’œuvre du château de Rouen, il entra deux fois dans sa prison et s’entretint avec elle. Il lui conseilla de parler avec prudence car elle jouait sa vie.
Jeanne devait avoir presque vingt ans. Elle était toute simple et sans doute ignorante du droit, bien qu’elle répondît avec prudence.
N’a connu Jeanne qu’au début du procès, auquel il assista peu. Elle était jeune quoique prudente en ses réponses.
N’a connu Jeanne qu’a son arrivée à Rouen. Il la vit au château, car on l’avait convoqué pour mettre Jeanne à la torture.
Elle fut interrogée quelque temps, se comportait avec beaucoup de sagesse dans ses réponses, si bien que les assistants s’en émerveillaient.
Enfin, le témoin et son aide se retirèrent, sans avoir attenté à sa personne.
N’a connu Jeanne qu’à Rouen, où il la vit pour la première fois. Il ne la vit plus ensuite jusqu’à la prédication de Saint-Ouen.
Vit Jeanne deux fois, lors de la prédication de Saint-Ouen, et lors de celle du Vieux Marché.
Elle avait environ vingt ans. Croit qu’elle était fidèle catholique, car à son dernier jour elle demanda et reçut la communion.
Lui-même est natif de Viéville près de Lamothe en Bassigny, non loin de Domrémy. Il n’a pas connu ni Jeanne, ni ses parents, mais à l’époque où Jeanne se trouvait auprès du roi de France, il apprit de deux marchands chaudronniers Nicolas Saussart et Jean Chando, comment Jeanne avait quitté la Lorraine. Elle s’était rendue à Vaucouleurs afin de convaincre Baudricourt qu’elle devait être conduite au roi de France, tant et si bien qu’il fut content de le faire. Arrivée à Chinon, on lui désigna un autre que le roi, à elle qui ne l’avait jamais vu, mais elle reconnut que ce n’était pas le roi. Enfin, après examen de clercs et de docteurs, elle parla au roi. Il n’en entendit plus parler jusqu’à ce qu’il la vît à deux prédications, à Saint-Ouen et au Vieux Marché.
Connut Jeanne pendant son procès car il fut l’un des notaires. Il arriva en cours de procès, n’assista pas aux interrogatoires dans la grande salle, mais uniquement à ceux dans la prison, vers le 14 mars, comme le prouvent ses lettres de commission.
Rédaction du procès Depuis cette date jusqu’à la fin du procès, il fut présent comme notaire aux interrogatoires et réponses de Jeanne. Lui-même ne rédigeât pas ; il écoutait et relatait aux deux autres notaires, à savoir Boisguillaume et Manchon, qui écrivaient, et surtout Manchon. — On lui montra le procès signé de son seing manuel, qu’il reconnut, ainsi que ceux de Manchon et Boisguillaume ; il confesse avoir signé ce volume et avoir certifié tous les actes auxquels il avait pris part. — Ce procès fut rédigé en sa forme actuelle très longtemps après la mort de Jeanne, mais il ignore quand.
Il reçut pour sa peine et pour son travail dix francs, et non vingt comme on le dit. Ces dix francs lui furent remis par les mains d’un certain Benedicite. D’où venait cette somme, il l’ignore.
N’eut connaissance de Jeanne que lorsqu’on l’amena à Rouen ; il était alors procureur de la ville de Rouen.
5-8. Invalidité du procès dès son ouverture
Il se rendit à la seconde convocation par crainte des Anglais ; ignore avec quelle passion ils procédaient contre elle.
Sur la passion des juges, s’en rapporte à leur conscience.
Lui-même n’a jamais donné son opinion au cours du procès, bien qu’il eût souscrit, forcé par Cauchon [il fait référence à la dernière délibération du 29 mai]. Il s’était excusé plusieurs fois que ce n’était pas de son métier d’opiner sur un tel sujet ; mais on lui fit savoir que s’il ne souscrivait pas comme les autres il lui arriverait malheur ; et il souscrivit. — De même Jean Lohier et Nicolas de Houppeville furent menacés d’être noyés, s’ils refusaient d’assister au procès.
Croit que Cauchon accepta la charge du procès de foi parce qu’il était conseiller du roi d’Angleterre et évêque de Beauvais, diocèse où Jeanne fut prise et faite prisonnière.
Entendit dire que l’inquisiteur reçut un don d’un certain Soreau, receveur, pour s’intéresser au procès, mais ignore si l’évêque reçut quelque chose.
À l’époque où Jeanne fut conduite à Rouen, lui-même, étant à Paris, fut convoqué pour le procès par Cauchon ; il se rendit à Rouen en compagnie de Nicolas Midi, Jacques de Touraine, Jean de Rouel, et d’autres dont il ne se souvient pas ; aux frais de ceux qui les conduisaient, dont l’un était Jean de Reynel.
Informations préalables Ignore si des informations avaient été faites, à Rouen ou dans le lieu de naissance de Jeanne ; lui-même n’en vit pas et au premières séances [préparatoires] du procès, il n’était question que des voix, qu’elle disait avoir entendues et affirmait venir de Dieu. On lui montra le registre du procès où il est précisé qu’en sa présence furent lues certaines informations préalables [séance du 19 février 1431], déclare n’avoir aucun souvenir de les avoir jamais entendu lire. — Après avoir consulté les pièces du procès, Jean Lohier lui dit qu’on ne devait pas procéder contre Jeanne en matière de foi sans une information préalable sur la réputation.
Délibérations Dans la première délibération [sans doute celle du 19 mai, après l’adhésion au conclusion de l’Université de Paris], il y eut grande dispute et divergence pour savoir si Jeanne devait être déclarée hérétique ; lui-même n’avança jamais qu’elle fût hérétique, sauf si elle s’entêtait à refuser de se soumettre à l’Église. — Dans la troisième et dernière délibération [29 mai], il lui semble n’avoir jamais déclaré d’une manière positive que Jeanne était hérétique, mais qu’elle était comme auparavant : c’est-à-dire que si auparavant elle était hérétique, elle l’était encore. — Affirme que jamais on ne délibéra d’une peine à infliger à Jeanne.
Art. 7-8 (sur l’incompétence des juges) Ne se souvient de rien.
Assista à trois ou quatre séances où il enregistrait les questions posées à Jeanne et ses réponses, non pas comme notaire, mais comme clerc et secrétaire de Jean Beaupère. Le témoin a reconnu son écriture sur un papier du procès fait en français.
Jeanne lui reprocha, à lui et aux notaires, de mal rédiger, et leur fit faire à plusieurs reprises des corrections.
Pour des questions qu’elle jugeait ne pas devoir répondre, elle disait s’en rapporter à la conscience de ceux qui l’interrogeaient, pour savoir si elle devait ou non répondre.
Les Anglais engagèrent le procès parce que Jeanne leur paraissait trop nuisible, et leur avait déjà fait des dommages considérables ; et croit qu’ils en payèrent les frais.
Quant à l’ardeur qui poussait les juges, s’en rapporte à leur conscience.
Il demeurait à Rouen à l’époque où Jeanne fut prise près de Compiègne et conduite à Rouen.
On disait que Cauchon la réclama pour faire son procès, mais il ignore par quelle passion fut-il poussé ou comment il procéda.
Il assista à la plupart du procès de Jeanne et entendit parler des informations mais ni ne les vit, ni ne les entendit lire.
Art. 6 Croit que les Anglais haïssaient Jeanne et désiraient sa mort par tous les moyens, car elle était venue en aide au roi de France très chrétien. Il entendit un chevalier anglais dire que les Anglais la craignaient plus que cent hommes d’armes et imputaient ses victoires à l’usage de sortilèges.
Les Anglais décidèrent du procès, firent pression sur les juges, et refusèrent que Jeanne soit gardée en prison d’Église.
Prédication de Saint-Ouen Après la rétractation de Jeanne, un ecclésiastique accusa Cauchon d’en être responsable, lequel répondit : Vous mentez ! Je dois, par mon état, chercher le salut de l’âme et du corps de cette Jeanne.
Le témoin lui-même fut dénoncé au cardinal d’Angleterre d’en être responsable, ce qu’il nia craignant que son corps fût en danger.
Croit que personne n’aurait osé aider ou défendre Jeanne, à moins d’y être autorisé.
Certains juges ne furent pas entièrement libres, d’autres volontaires.
Attendu la haine des Anglais on peut déclarer le procès et donc la sentences injustes.
Le procès tendait aussi à montrer l’infamie du roi de France.
Art. 7 Ne sait rien de plus.
Informations au lieu de naissance de Jeanne Les juges prétendaient avoir fait faire des informations, comme cela est contenu dans le procès ; ne se rappelle pas les avoir vues ou lues ; et les aurait insérées dans le procès si elles avaient été produites.
Intentions des juges Si les juges procédaient par haine ou autrement, il s’en rapporte à leur conscience. Croit que si lui-même avait été Anglais, il ne l’aurait pas traitée ni jugée ainsi. [Probable contresens : Croit que si Jeanne avait été anglaise, elle n’aurait pas été traitée ni jugée ainsi. (Ainsi traduit, ce propos se retrouve chez d’autres témoins.)]
Préparation du procès, sa convocation comme notaire Croit qu’elle fut jugée à Rouen et non à Paris, car c’est là qu’était le roi d’Angleterre ; fut placée dans la prison du château de Rouen. — Lui-même fut forcé d’être notaire et le fit contre son gré, car n’osait s’opposer à un ordre du conseil du roi. — Les Anglais menèrent et financèrent le procès. Cauchon et d’Estivet le firent volontairement ; les autres assesseurs n’auraient osé refuser, tous avaient peur. — Au début du procès il fut convoqué dans une maison, près du château, par Cauchon, l’abbé de Fécamp, Nicolas Loyseleur et plusieurs autres ; Cauchon déclara qu’il lui fallait servir le roi, qu’il avait l’intention de faire un beau procès ; on nomma Boisguillaume pour l’assister.
Jeanne demanda plusieurs fois à être conduite dans une prison d’Église, avant et pendant le procès ; on ne l’écouta pas, car les Anglais et Cauchon aurait refusé ; et aucun conseiller n’osa en parler.
Pression sur Lohier Cauchon interrogea sur le procès feu Jean Lohier qui venait d’arriver à Rouen ; le témoin alla l’interroger le lendemain et Lohier répondit qu’il avait vu le procès et qu’il était nul, car : les juges n’étaient pas libre, le procès concernait plusieurs personnes qui n’avaient pas été citées, il n’y avait pas d’avocat, et pour plusieurs autres raisons. Ce dernier ajouta qu’on avait l’intention de faire mourir Jeanne et il quitta la ville. Deux jours plus tard, Cauchon déclara que Lohier avait voulu placer leur procès en interlocutoire et le combattre, et qu’il ne ferait rien pour lui.
Pression sur La Fontaine Cauchon avait délégué Jean de La Fontaine pour interroger Jeanne ; celui-ci s’y rendit la semaine sainte avec frères Isambert de La Pierre et Martin Ladvenu, et voulut l’inciter à se soumettre à l’Église. Warwick et Cauchon l’apprirent et en furent mécontents ; La Fontaine quitta la ville et n’y revint plus ; les deux frères furent aussi en grand danger.
Pression sur Houppeville Nicolas de Houppeville fut lui aussi en danger pour avoir refusé de participer au procès.
Pression sur Lemaître Le sous-inquisiteur Jean Le Maistre évita, autant qu’il put, de participer au procès, car cela lui déplaisait beaucoup.
Pression sur Châtillon Une fois, Jean de Châtillon tenta d’aider Jeanne ; Cauchon le somma de se taire.
Autres pressions Un autre tentait de conseiller Jeanne sur sa soumission à l’Église fut rappelé à l’ordre par Cauchon : Taisez-vous au nom du diable !
Pression de Stafford Un autre fut poursuivi par Stafford, l’épée dégainée, et dut se réfugier dans un lieu sacré.
Assesseurs les plus hostiles Ceux qui lui paraissaient le plus partisans étaient Beaupère, Midi et de Touraine.
Art. 7-8 Ne sait rien de plus.
Ignore si l’on fit quelque information car il n’en vit jamais aucune.
Pression des Anglais Sait que nombreux avaient Jeanne en grande haine, et surtout les Anglais, qui la craignaient beaucoup et n’auraient osé venir en un lieu où ils l’auraient cru présente.
Croit la rumeur qui disait que Cauchon agissait non pour la justice mais pour les Anglais, alors en grand nombre à Rouen où se trouvait le roi d’Angleterre et son conseil. — Certains assesseurs disaient que Jeanne devait être remise aux mains de l’Église, mais Cauchon n’en avait cure et la remit aux Anglais. — Cauchon était très attaché au parti des Anglais ; beaucoup de conseillers avaient très peur et ne jouissaient pas de leur libre arbitre comme Nicolas de Houppeville qui fut banni avec plusieurs autres.
Pression sur Jean Lefèvre Lorsqu’on demanda à Jeanne si elle était en état de grâce, le frère Jean Le Fèvre qui jugeait ses réponses satisfaisantes, déclara cependant qu’on la persécutait trop ; les interrogateurs lui dirent de se taire.
Avis sur l’abbé de Fécamp L’abbé de Fécamp procédait plus par haine de Jeanne et partialité en faveur des Anglais que par zèle de justice.
Pression sur Jean de Châtillon Après que Jean de Châtillon déclara à Cauchon et autres assesseurs que le procès lui paraissait nul ; on interdit au témoin de le convoquer de nouveau. [Il apparaît pourtant bien jusqu’au dernier jour du procès.]
Pression sur Jean de La Fontaine Jean de La Fontaine interrogea Jeanne quelques jours et s’en alla, car il avait dénoncé dans ce procès certaines choses.
Pression sur Jean Lemaître Jean Lemaître, convoqué comme inquisiteur, se récusa plusieurs fois et fît son possible pour ne plus être présent au procès. On lui fit savoir que s’il n’y assistait pas, il serait en danger de mort. Lemaître lui-même disait que pour celui qui ne suit pas la volonté des Anglais, la mort est proche.
Pression sur le témoin Lui-même fut en grand danger. Un jour qu’il menait ou ramenait Jeanne, il rencontra un Anglais nommé Anquetil, chantre de la chapelle du roi d’Angleterre, qui lui demanda ce qu’il pensait de Jeanne. Il répondit qu’il ne voyait rien en elle que de bon, et qu’elle lui paraissait être une femme de bien. Le chantre rapporta ce propos à Warwick, qui fut très mécontent. Après beaucoup d’effort il s’en tira finalement avec des excuses.
Art. 7 Vers le début du procès, Jeanne reprocha Cauchon d’être son adversaire, à quoi celui-ci répondit : Le roi m’a ordonné de faire votre procès et je le ferai.
Partialité du tribunal Cauchon engagea le procès en alléguant que Jeanne avait été prise dans son diocèse. S’il agit par haine ou autrement, s’en rapporte à sa conscience ; sait que tout se faisait aux frais du roi d’Angleterre et sur poursuite des Anglais, et que Cauchon et les autres obtinrent des lettres de garantie du roi d’Angleterre, car il les vit. On lui montra certaines lettres de garantie ; il reconnût le seing de Laurent Calot et confirma que c’étaient celles qu’il avait vues autrefois.
Informations sur Jeanne N’en sait rien, ne les a pas vues, et doute qu’on en ait jamais fait.
Pressions sur le tribunal Jeanne fut amenée à Rouen, détenue dans la prison du château, poursuivie dans un procès en matière de foi à la demande et aux frais des Anglais. Cauchon et d’autres voulurent et obtinrent des lettres de garantie du roi d’Angleterre que le témoin a bien vues entre leurs mains, signée de Laurent Calot. — Certains assesseurs venaient par crainte des Anglais, d’autres parce qu’ils leur étaient favorables.
Pression sur Nicolas de Houppeville Nicolas de Houppeville fut mis dans la prison royale pour avoir refusé de participer à ce procès.
Pression sur les assesseurs Jeanne n’eut aucun conseiller, sauf vers la fin du procès. Nul n’aurait osé la conseiller Jeanne par crainte des Anglais. Les juges envoyèrent une fois quelques conseillers à Jeanne, ils furent brutalement repoussés par les Anglais.
Pression sur Jean Lemaître Le sous-inquisiteur Lemaître, avec qui le témoin se rendait souvent au procès, avait été forcé d’y venir.
Pression sur La Pierre Frère Ysambard de La Pierre, compagnon du sous-inquisiteur, fut menacé d’être noyé dans la Seine pour avoir voulu une fois conseiller Jeanne.
Art. 7-8, 10 Ne sait rien.
N’a jamais estimé que Cauchon procédait pour la foi ou la justice, afin de ramener Jeanne dans le bon chemin, mais par haine contre elle, car elle favorisait le parti du roi de France ; il n’agissait non par crainte mais volontairement. Certains participèrent par complaisance envers les Anglais, les autres par craintes. — L’avis de Pierre Minier n’avait pas été agréable à Cauchon.
Pression contre La Pierre Tient du sous-inquisiteur Le Maistre, que Warwick menaça le frère Ysambert de La Pierre de le noyer dans la Seine, s’il continuait de conseiller Jeanne et de rapporter ses paroles aux notaires.
Pression contre lui-même Au début du procès il participa à quelques délibérations ; il fut d’avis que le tribunal était incompétent, attendu que les juges était du parti opposé à Jeanne, et qu’elle avait déjà été interrogée par le clergé de Poitiers et par l’archevêque de Reims, métropolitain de l’évêque de Beauvais. Cet avis provoqua la colère de Cauchon qui le fit citer devant lui ; il comparut, affirma qu’il ne lui était pas soumis, et que son juge était, non pas l’évêque, mais l’official de Rouen, et se retira. Comme il allait comparaître devant l’official de Rouen, il fut pris et enfermé dans la prison royale. Il demanda ce qu’il faisait là, on lui répondit que c’était à la requête de Cauchon ; il se douta que c’était à cause de sa prise de position, ce que lui confirma son ami Jean de La Fontaine en lui faisant parvenir un billet. On parla alors de l’exiler en Angleterre ou ailleurs, mais l’abbé de Fécamp et quelques amis parvinrent à le faire sortir de prison.
Pression sur Lemaître Frère Jean Le Maistre n’intervenait à ce procès que forcé, et plein de crainte ; il le vit extrêmement embarrassé pendant ce procès.
Les Anglais procédaient contre elle par haine, car ils la craignaient beaucoup ; mais ignore si les juges procédaient par haine ou par complaisance. Le procès était mené aux frais des Anglais.
Les assesseurs n’avaient pas pleine liberté de s’exprimer de peur d’être mal considérés. En effet on demanda à Jeanne si elle était en état de grâce ; le témoin déclara que Jeanne n’était pas tenue de répondre à une question difficile, mais fut repris par Cauchon : Il vaudrait mieux pour vous que vous vous taisiez.
Le bruit courait à Rouen que les Anglais avaient fait faire le procès contre Jeanne à cause de la haine et de la crainte qu’ils en avaient. Dans le procès et les sentences, la justice fut très offensée. On disait plusieurs assesseurs dégoûtés du procès ; certains furent en grand danger de mort, notamment Pierre Morice, l’abbé de Fécamp et Nicolas Loiseleur.
Croit que les Anglais n’avaient pas grand amour pour elle, mais ne sait rien des juges. Croit que les notaires écrivirent fidèlement, sans aucune crainte.
Ce procès fut fait non pour la foi ou la justice, mais par haine et à cause de la crainte qu’inspirait Jeanne aux Anglais. Le tribunal procédait avec partialité et sur les instances des Anglais.
Il entendit toute sorte de bruits au sujet de la reprise de l’habit d’homme. André Marguerie avait déclaré qu’il fallait bien rechercher la vérité sur le changement d’habit mais quelqu’un lui dit de se taire au nom du diable.
Personne n’aurait osé conseiller ou aider Jeanne.
A entendu que Jeanne fut au diocèse de Beauvais, à Compiègne, conduite à Rouen, détenue au château, où elle fut jugée en matière de foi, par Cauchon et le sous-inquisiteur, sous l’impulsion des Anglais. — Plusieurs assesseurs se virent reprocher de ne pas avoir parlé assez ouvertement comme les Anglais le voulaient ; mais ignore certains furent en danger de mort. Entendit juste dire que Nicolas de Houppeville refusa de donner son avis. — Certains Anglais procédaient par haine, mais les gens notables avec un bon esprit.
Art. 7-8 Ne sait rien.
Le procès fut mené à la demande des Anglais et par Cauchon, qui était très attaché au parti anglais, car on disait qu’elle avait été prise dans son diocèse. — Des Frères prêcheurs eurent beaucoup à faire, parce qu’ils conseillaient à Jeanne de se soumettre à l’Église.
La commune renommée était que tout ce que l’on faisait contre Jeanne était fait par haine du roi de France et de son parti, et que Jeanne avait subi une grande injustice.
Ignore l’intention des juges, mais croit que si Jeanne avait été du parti anglais, on n’aurait pas procédé pareillement contre elle.
Jeanne fut amenée à Rouen pour être jugée en matière de foi. — Le témoin était alors choriste de l’église de Rouen, et parfois il entendait les prêtres de l’église parler de ce procès.
Il entendit Pierre Morice, Nicolas Loiseleur et d’autres dire que les Anglais la craignaient au point de ne pas oser mettre le siège devant Louviers tant qu’elle serait vivante.
Pour plaire aux Anglais il fallait juger vite et trouver comment la condamner à mort. Croit que tout ce qui fut fait, le fut à la demande et aux frais des Anglais. — Le bruit courait que beaucoup d’assesseurs se seraient volontiers abstenus, et qu’ils venaient au procès plus poussés par la crainte qu’autrement.
À l’époque du procès de Jeanne, il rencontra à Rouen un notable qui revenait de Lorraine où il avait été commis spécialement pour faire une information au lieu d’origine de Jeanne et savoir quelle était sa réputation. Après avoir fait et transmis cette information à Cauchon il croyait recevoir une compensation pour son travail et ses dépenses, mais fut traité de traître et de mauvais homme, et qu’il n’avait pas fait ce qu’on lui avait demandé de faire. L’homme se plaignit de n’avoir pu avoir son salaire, parce que ces informations ne paraissaient pas utiles à l’évêque.
Il n’avait en effet rien trouvé sur Jeanne, qu’il n’eût désiré trouver sur sa propre sœur ; et cependant il avait fait les informations à Domrémy et dans cinq ou six paroisses voisines. Il avait trouvé que Jeanne était très pieuse, qu’elle fréquentait souvent une petite chapelle où elle avait l’habitude de porter des guirlandes à une statue de la Sainte Vierge, et qu’elle gardait parfois les animaux de son père.
Certains qui refusaient de participer au procès furent blâmés par les Anglais, notamment Nicolas de Houppeville.
9. Cruauté et illégalité de l’incarcération
Jeanne était emprisonnée à l’intérieur d’une tour du château ; il la vit enchaînée par les jambes ; il y avait aussi un lit.
Jeanne se trouvait dans la prison du château de Rouen ; il l’y vit.
Jeanne était dans la prison du château, sous la garde d’un certain Jean Grilz et de ses serviteurs, les pieds dans des entraves de fer ; mais ne sait si elle se trouvait toujours ainsi. — Beaucoup d’assistants auraient voulu qu’elle soit placée en prison d’Église, mais ne se rappelle pas qu’on en ait discuté lors des délibérations.
Ne sait rien, sinon qu’elle était détenue au château de Rouen.
Jeanne devait avoir vingt ans. Elle était assez simple pour croire que les Anglais ne cherchaient pas sa mort et la libérerait contre rançon.
Jeanne étaient gardée par des Anglais, en prison laïque, attachée par des chaînes, et tenue à l’isolement. — Ignore si elle fut dans des entraves de fer.
Il accompagna une fois Cauchon et Warwick dans la prison de Jeanne ; elle était dans des entraves de fer. Il entendit dire que la nuit elle avait le corps attaché par une chaîne de fer, mais ne l’a pas vue ainsi. Il n’y avait ni lit, ni rien pour coucher. Elle avait quatre ou cinq gardiens, hommes de peu.
Jeanne se trouvait au château de Rouen, dans une chambre à mi-étage, où l’on montait par huit marches. Il y avait un lit où elle couchait ; une grosse pièce de bois, dans laquelle était fixée une chaîne de fer servant à l’attacher ; et cinq Anglais de la plus misérable condition pour la garder, des houssepaillers [en français], qui désiraient sa mort et la tournaient en dérision, ce qu’elle leur reprochait. — Tient du forgeron Étienne Castille qu’il avait construit une cage de fer, dans laquelle Jeanne était détenue debout, attachée par le cou, les mains et les pieds, dans laquelle elle fut enfermée depuis son arrivée à Rouen jusqu’au début du procès. Cependant lui-même ne la vit pas dedans.
Jeanne était dans une prison forte, avec des entraves de fer. Elle avait un lit ; des gardiens anglais, dont elle se plaignit souvent qu’ils la tracassaient et la maltraitaient.
Ruse de Loiseleur Nicolas Loiseleur se faisait passer pour un cordonnier et prisonnier français de Lorraine pour entrer dans la prison de Jeanne et l’inciter à ne pas croire à ces gens d’Église ; car, si tu les crois, tu seras perdue
. Cauchon était sûrement au courant, sans quoi Loiseleur n’aurait pas osé agir ; et beaucoup d’assesseurs murmuraient contre lui à ce sujet. Ajoute que Loiseleur mourut subitement à Bâle. Entendit aussi dire que Loiseleur vit Jeanne condamnée à mort, il en eut le cœur touché et monta sur sa charrette pour lui demander sa grâce ; ceci indigna beaucoup d’Anglais présents et Loiseleur ne dût son salut qu’à Warwick, qui lui enjoignit de quitter Rouen au plus vite, s’il voulait sauver sa vie.
D’Estivet Le promoteur d’Estivet entra également dans la prison en se faisant passer pour un prisonnier . Il était très attaché aux Anglais, auxquels il voulait absolument plaire ; c’était un mauvais homme, harcelant les notaires et ceux qu’il voyait procéder avec justice ; il injuriait beaucoup Jeanne, l’appelant paillarde, ordure [en français]. Croit qu’il finit misérablement ses jours et qu’on le retrouva mort dans un pigeonnier, à une porte de Rouen.
Jeanne était dans une prison laïque, dans des entraves et attachée par des chaînes, et personne ne pouvait lui parler sans la permission des Anglais, qui la gardaient jour et nuit.
Jeanne était en prison au château de Rouen, gardée par les Anglais.
Jeanne était en prison au château de Rouen, mais ignore dans quelles conditions. Il déplaisait fort à plusieurs assesseurs qu’elle ne soit pas en prison d’Église ; lui-même murmura plusieurs fois, jugeant irrégulier qu’ayant été livrée à l’Église on l’ait remise à des laïcs, et surtout des Anglais ; plusieurs étaient de cette opinion, mais personne n’osait en parler.
Jeanne fut placée au château de Rouen, dans la prison du château, dans une pièce située sous un escalier, du côté de la campagne, où il la vit et lui parla deux fois. — On fit faire une cage de fer pour la détenir debout, laquelle fut pesée dans sa propre maison. Mais il n’y vit pas Jeanne enfermée dedans.
Il la vit dans la prison du château de Rouen. Croit qu’elle était gardée par les Anglais, car ceux-ci avaient la garde du château. Le témoin a toujours désapprouvé qu’elle soit gardée par des laïcs en un procès de foi, surtout après la première sentence, quand elle fut condamnée à la prison perpétuelle.
Elle était dans la grosse tour du château. Il l’y vit, appelé pour la soumettre à la torture, mais ne fit rien.
Elle était dans la prison du château de Rouen, et non dans la prison ordinaire, mais ignore comment et pourquoi.
Ne vit pas Jeanne dans sa prison, car on disait que personne n’aurait osé lui parler. Elle était au château, attachée, disait-on, par une chaîne de fer, et gardée par les Anglais.
Curieux de la voir Jeanne, il rencontra Pierre Manuel, un avoué du roi d’Angleterre, qui désirait également la voir, et ils partirent ensemble. Ils la trouvèrent au château, dans une tour, enchaînée, dans des entraves, avec une grosse pièce de bois par les pieds, gardée par plusieurs Anglais. Ce Manuel s’entretint avec Jeanne, en présence du témoin, lui disant, par plaisanterie, qu’elle ne serait pas venue là, si elle n’y avait été amenée. Il lui demanda si elle savait, avant sa capture, qu’elle serait prise ; elle répondit qu’elle s’en doutait bien ; on lui demanda pourquoi alors elle ne se tenait pas sur ses gardes le jour où elle fut prise ; elle répondit qu’elle ne connaissait ni le jour, ni l’heure, ni quand cela arriverait. — Il l’a vit une autre fois pendant son procès, alors qu’on la conduisait de la prison à la grande salle du château.
10. Dissimulation de l’examen de virginité
A entendu dire que Jeanne avait été examinée pour savoir si elle était vierge et trouvée telle. — Lui-même put constater selon la science médicale, qu’elle était intacte et vierge. En effet il la visita pour une maladie, la vit presque nue, la palpa aux reins et, autant qu’il put voir, elle était très étroite.
Ne se rappelle que Jeanne eût été examinée ; sait que si elle l’a été et trouvée vierge, cela n’a pas été mis dans le procès.
N’a jamais entendu délibérer s’il fallait examiner Jeanne pour savoir si elle était vierge ; croit cependant et Cauchon le disait, qu’on l’avait trouvée vierge ; croit aussi que si on l’avait trouvée non pas vierge, mais déflorée, on ne l’aurait pas passé sous silence dans le procès.
A entendu dire que Jeanne avait été examinée et trouvée vierge, et qu’elle avait été blessée au fondement par l’équitation.
A entendu dire Jeanne fut inspectée par la duchesse de Bedford, qu’on la trouva vierge.
Tient de Jeannot Simon, tailleur de tuniques, que la duchesse lui avait commandé une tunique de femme pour Jeanne. Lorsqu’il voulut l’en revêtir il la prit doucement par la poitrine, mais elle en fut si indignée qu’elle le gifla.
Jeanne fut examinée par des matrones ou accoucheuses, dont l’une s’appelait Anne Bavon, sur l’ordre de la duchesse de Bedford. Il tient de cette Anne qu’elle fut trouvée vierge et intacte. Aussi la duchesse fit défense aux gardiens et autres de lui faire violence.
A entendu dire que Jeanne avait été examinée par des matrones et qu’on l’avait trouvée vierge ; la duchesse de Bedford avait supervisé l’examen et le duc de Bedford se trouvait dans un endroit caché d’où il voyait tout.
Ignore si elle fut été examinée. Se souvient qu’on lui demanda une fois pourquoi elle s’appelait la Pucelle, et si elle l’était vraiment ; elle répondit : Je peux bien dire que je suis ainsi ; et, si vous ne me croyez pas, faites moi visiter par des femmes.
Elle consentait à l’examen, pourvu qu’il fût fait par des femmes honnêtes, comme c’est de coutume.
A entendu dire par plusieurs personnes, que la duchesse de Bedford avait fait examiner Jeanne et qu’on la trouva vierge.
Croit qu’elle fut examinée, sans certitude, mais sait qu’on la tenait pour vierge pendant le procès.
A entendu dire qu’elle avait été examinée pour savoir si elle était vierge ou non, et qu’on l’avait trouvée intacte.
11-14. Difficulté et acharnement des interrogatoires
Lors de l’interrogatoire auquel il assista, Beaupère était le principal interrogateur ; Jacques de Touraine, des frères mineurs, l’interrogeait parfois. — Touraine lui demanda si elle avait jamais été dans un lieu où des Anglais avaient été tués ; elle répondit : En nom Dieu si ay. Comme vous parlez doucement ! Pourquoi ne quittaient-ils pas la France et n’allaient-ils pas dans leur patrie ?
. — Un grand seigneur anglais dont il ne se rappelle plus le nom, l’ayant entendue, déclara devant lui et Guillaume Desjardins : Vraiment c’est une femme bonne. Si elle pouvait être anglaise !
— Ajoute qu’aucun docteur, si savant et subtil, n’eût été embarrassé et épuisé, s’il avait été interrogé comme Jeanne, par tant de maîtres, devant une telle assistance.
A vu une fois Jeanne, interrogée par l’abbé de Fécamp, être coupée de manière intempestive par Jean Beaupère qui lui posait d’autres questions. Elle ne voulut pas tout répondre en même temps et se plaignit qu’on lui faisait une grande injustice en la poursuivant ainsi, et qu’elle avait déjà répondu à ces questions.
Maladie Le cardinal d’Angleterre et le comte de Warwick l’envoyèrent chercher, ainsi que Guillaume Desjardins et d’autres médecins. Warwick leur dit qu’on disait Jeanne malade et nous ordonna de l’examiner et de la guérir, car le roi ne voulait à aucun prix qu’elle mourût de mort naturelle : il l’avait achetée cher, et ne voulait pas qu’elle mourût sans être jugée et brûlée. Le témoin et les autres médecins allèrent alors la voir ; lui-même et Desjardins la palpèrent sur le flanc droit et la trouvèrent fiévreuse ; ils préconisèrent une saignée mais Warwick s’y opposa : Gardez-vous de la saigner, car elle est rusée et pourrait se faire mourir.
Néanmoins elle fut saignée et aussitôt après guérie. — Sur ce arriva un certain Estivet, qui invectiva violemment Jeanne, l’appelant putain, paillarde, si bien qu’elle retomba malade. Warwick interdit à d’Estivet de l’injurier de nouveau.
On posa Jeanne plusieurs questions, mais ne se les rappelle pas. Une fois on lui demanda si ceux de son parti lui baisaient les mains. Ne se souvient pas que Jeanne se soit plainte des questions qu’on lui posait.
Art. 12, 18 Après plusieurs interrogatoires, on décida de les faire désormais devant peu de personnes. Ignore qui le proposa et dans quelle intention ; lui semble Jean de La Fontaine.
On posait à Jeanne des questions difficiles, auxquelles un maître en théologie aurait répondu avec difficulté, et qui semblaient fort l’accabler.
Elle fut malade, mais ignore si elle reçut la visite de médecins.
Le frère Jean Le Sauvage avait assisté au procès mais en parlait avec réticence. Il lui confia cependant qu’il n’avait jamais vu une femme de cet âge donner tant de peine à ceux qui l’interrogeaient, et qu’il admirait beaucoup ses réponses et sa mémoire. Une fois, comme le notaire relisait ce qu’il avait écrit, Jeanne lui dit qu’elle n’avait pas répondu ainsi, et s’en rapporta aux assistants, qui lui donnèrent tous raison.
Ruse de Loyseleur Warwick, Cauchon et Loyseleur convoquèrent les deux notaires ; pour élucider la question des apparitions de Jeanne, ils avaient décidé que Loyseleur se ferait passer pour un laïc lorrain et partisan du roi de France, serait laissé seul avec Jeanne, et qu’on les écouterait en cachette depuis la pièce d’à côté. Loyseleur s’introduisit, fit semblant de donner des nouvelles du royaume puis l’interrogea sur ses révélations ; les notaires refusèrent cependant d’enregistrer ses réponses, obtenues de manière malhonnête, et qu’il faudrait la réinterroger dans les formes de justice. — Jeanne eut toujours grande confiance en ce Loyseleur ; il l’entendit plusieurs fois en confession ; et allait généralement s’entretenir avec elle avant ses interrogatoires.
Interrogatoires Jeanne fut fatiguée par des questions nombreuses et diverses. — On l’interrogeaient trois ou quatre heures le matin ; et parfois deux ou trois heures l’après-midi, sur des points difficiles et subtiles extraits de ses dépositions. — On passait d’une question à une autre, en changeant de sujet ; malgré tout elle répondait avec sagacité et se souvenait de ses réponses ; ainsi disait-elle très souvent : Moi je vous ai répondu autrement sur cela
et s’en rapportait au notaire qui dépose [Manchon lui-même].
Lors des interrogatoires, Jeanne était interrogée par six assesseurs et les juges. Parfois, on l’interrompait dans sa réponse par une autre question, ce dont elle se plaignait : Beaux seigneurs, faites l’un après l’autre [en français].
Jeanne s’est très souvent plainte des questions subtiles et hors de propos.
Réponse de Jeanne sur l’état de grâce Une fois on lui demanda si elle était en état de grâce. Elle répondit que c’était une grande affaire d’y répondre et finit par dire : Si j’y suis, que Dieu m’y garde ; et si je n’y suis pas, que Dieu veuille m’y mettre ! Car j’aimerais mieux mourir que de n’être pas en l’amour de Dieu.
Ceux qui l’interrogeaient furent stupéfaits et abandonnèrent l’interrogatoire. [Interrogatoire du 24 février ; il s’est poursuivi après la réponse de Jeanne (d’après le procès-verbal).]
Pressions durant le procès Ignore si quelque pression ou contraintes furent mises sur certains.
Pression sur Nicolas de Houppeville Nicolas de Houppeville quitta la ville pour ne pas participer au procès.
On posait souvent des questions difficiles à Jeanne, qui ne convenaient pas à une femme aussi simple. On la tourmentait en l’interrogeant parfois trois heures le matin, et autant l’après midi. Ignore toutefois l’intention de ceux qui l’interrogeaient.
Il n’assista pas au procès, mais tient du sous-inquisiteur Jean Lemaître que Jeanne se plaignit qu’on la harcelait trop de questions difficiles et hors de propos. — Le bruit courait qu’on interdisait aux notaires d’écrire certaines des paroles de Jeanne.
On posait à Jeanne beaucoup de questions profondes, dont elle se tirait cependant assez bien. On passait volontairement d’une question à une autre, pour voir si elle se contredisait. On la fatiguait par de longs interrogatoires, de deux ou trois heures, qui fatiguaient aussi les docteurs. On l’interrompait. Si bien que l’homme le plus savant du monde aurait difficilement pu répondre.
Un jour, alors qu’on relisait à Jeanne ses déclarations au sujet de ses apparitions, il l’interpella car il lui semblait qu’une réponse avait été mal consignée ; elle demanda au notaire de la relire et témoigna qu’elle avait dit le contraire ; sa réponse fut corrigée. Guillaume Manchon l’invita à être plus vigilante.
N’a jamais assisté au procès, mais le bruit courait qu’on la harcelait beaucoup de toutes sortes de questions pour la piéger en paroles ; parce qu’elle avait mené la guerre contre les Anglais.
N’a pas assisté au procès ; on disait que les questions qu’on posait à Jeanne étaient très difficiles et qu’elle demandait un délai quand elle n’osait pas répondre. Le procès fut conduit selon la volonté des Anglais, mais sa longueur les exaspéraient.
A entendu dire que Jeanne répondait avec sagesse, au point qu’aucun des docteurs qui l’interrogeaient n’aurait mieux répondu.
A seulement entendu dire qu’elle suppliait souvent ceux qui l’interrogeaient, de ne pas tous l’interroger en même temps.
Se souvient que nombreux clercs participèrent, et les notaires Manchon et Boisguillaume, mais ignore dans quel esprit ils agissaient-ils.
Interrogatoires, mémoire de Jeanne A entendu dire que Jeanne dans ses réponses faisait merveille et qu’elle avait une mémoire surprenante ; en effet, interrogée une fois sur un point déjà traité peut-être huit jours avant, elle répondit : J’ai été interrogée tel jour […] et j’ai répondu ainsi.
; Boisguillaume déclara qu’elle n’avait pas répondu, d’autres assesseurs prétendait le contraire ; on fit lecture de la réponse au jour indiqué, et on trouva que Jeanne avait raison ; Jeanne s’en réjouit et dit à Boisguillaume que, s’il se trompait une autre fois, elle lui tirerait l’oreille.
15. Poursuite du procès après la récusation des juges et l’appel au pape
Se rappelle que lors d’un interrogatoire elle dit à Cauchon et aux autres qu’ils n’étaient pas ses juges.
Jeanne a plusieurs fois déclaré s’en remettre au pape pour ses paroles et ses actions.
16. Présomption en faveur de l’origine divine des visions
17-18. Soumission à l’Église
A entendu Jeanne se soumettre au pape.
A entendu plusieurs fois Jeanne affirmer et attester ne rien vouloir soutenir contre la foi catholique, et vouloir se séparer de tout ce qui en dévierait. Elle proclama plusieurs fois expressément se soumettre à l’Église et au pape.
On demanda à Jeanne si elle voulait se soumettre à l’Église triomphante ou militante ; elle répondit vouloir se soumettre au pape.
On racontait qu’un certain Nicolas Loiseleur se faisait passer auprès de Jeanne pour un prisonnier, afin de la pousser à agir contre elle concernant ladite soumission.
Jeanne fut plusieurs fois interrogée si elle voulait se soumettre au jugement de l’Église. Elle demandait ce qu’était l’Église, on lui répondait que c’étaient le pape et les prélats, elle répliquait se soumettre au pape, demandant à être conduite près de lui. — Il l’entendit dire, en dehors cependant du procès, qu’elle ne voulait rien soutenir contre la foi catholique, et qu’elle rejetterait tout ce qui en dévierait dans ses dits ou ses faits.
Ne se souvient pas que Jeanne ait refusé de se soumettre à l’Église. Au contraire, l’entendit plusieurs fois dire qu’elle ne voudrait rien soutenir ou faire qui fût contre Dieu.
A entendu dire que Jeanne s’était soumise à l’Église et au pape. L’entendit de la bouche même de Jeanne, au cours du sermon de Guillaume Érard à Saint-Ouen, lorsqu’elle dit ne vouloir rien soutenir contre la foi catholique, et rejeter tout dans ses paroles ou actes que les clercs jugeraient contre la foi.
A entendu de la bouche même de Jeanne, interrogée sur sa soumission à l’Église, que pour certaines choses elle ne croirait ni son évêque, ni le pape, ni quiconque, car elle les tenait de Dieu. Ce fut une des raisons pour lesquelles on chercha à obtenir une rétractation.
Tient de certains que Jeanne prétendait ne rien vouloir soutenir contre la foi catholique.
20-21. Infidélité des douze articles
Ignore qui a forgé les douze articles et ne croit pas avoir donné son avis dessus.
Les douze articles furent extraits des prétendus aveux et réponses de Jeanne, rédigés par feu Nicolas Midi lui semble-t-il d’après des conjectures vraisemblables, et beaucoup débattus. Ne sait cependant si on délibéra pour qu’ils fussent corrigés et s’ils le furent.
Ignore qui a rédigé les douze articles et s’ils furent fidèles aux aveux de Jeanne. Sait cependant que Jean Beaupère les porta à Paris.
S’en rapporte aux déclarations de Jeanne et aux articles fabriqués, comme on peut le constater. [Doit-on constater que les articles rapportent infidèlement les déclarations ?]
Bien en amont, Jeanne avait été interrogée et ses réponses enregistrée ; les assesseurs ordonnèrent ces réponses en plusieurs articles [les 70 articles du promoteur] ; et Jeanne fut réinterrogée sur chacun. Les assesseurs, notamment ceux de Paris, décidèrent, comme suivant l’habitude, que les principaux points des articles et de leurs réponses seraient résumés en quelques petits articles afin d’avoir des délibérations meilleures et plus rapides : les douze articles. — Le témoin s’y employa très peu, et ne sait qui les a composés.
Écart entre les réponses de Jeanne et les douze articles Quand au procès originaire, rédigé en français, croit qu’il est fidèle aux réponses de Jeanne et aux articles du promoteur ; mais pour les douze articles il s’en rapporte à ceux qui les ont fabriqués, qu’il n’aurait pas osé, ni lui, ni son associé, contredire. — Ignore quand furent présentés les douze articles, et s’il vérifia leur conformité avec les réponses de Jeanne.
Correction des douze articles On lui montra ces articles et on reconnut avec évidence une notable différence. On lui montra une petite note écrite de sa main, en français, datée du 4 avril 1431 et dans laquelle il est dit expressément que ces douze articles n’étaient pas bien rédigés, mais étaient au moins en partie sans rapport avec les déclarations de Jeanne, aussi devaient-ils être corrigés. Or, les articles semblent avoir été modifiés, mais non pas corrigés conformément à cette petite note. On demanda aux trois notaires : pourquoi et sur ordre de qui, les articles avaient-ils été insérés sans correction dans le procès et la sentence, et s’ils avaient également été envoyés sans correction à ceux qui en délibéraient. Les trois notaires (le témoin ainsi que Boisguillaume et Taquel) reconnurent l’écriture de Manchon mais ignorent qui fit ces douze articles. Tous trois déclarent qu’il était alors la coutume de faire des articles semblables ; ignore si les opinants reçurent les articles corrigés ou non, tant à Paris qu’ailleurs ; croient cependant qu’il n’en fut rien, comme le laisse penser une autre petite note écrite de la main du promoteur d’Estivet indiquant que les articles furent envoyés le lendemain par lui-même et sans correction ; et s’en rapporte au procès.
Écart les réponses de Jeanne et les articles Manchon répète que tout ce qui se trouve dans son procès est vrai ; quant aux douze articles s’en rapporte à leurs auteurs, car lui ne les a pas faits.
Poids des douze articles sur la délibération Interrogé si les délibérations portèrent sur tout le procès, ou sur ces douze articles, répond croire qu’elles ne portèrent pas sur tout le procès, qui ne fut rédigé qu’après la mort de Jeanne, mais sur ces douze articles.
Jeanne eut-elle connaissance des douze articles Interrogé si ces douze articles furent lus à Jeanne, répond que non.
Son opinion sur les douze articles Interrogé s’il a jamais perçu une différence entre ces articles et les déclarations de Jeanne, dit ne pas se souvenir ; qu’il n’y a pas prêté trop d’attention attendu qu’il n’aurait osé reprendre des hommes si importants, lesquels prétendaient qu’il était habituel de procéder ainsi.
Signa-t-il vraiment l’instrument de la sentence Interrogé comment il put signer l’instrument de la sentence dans lequel se trouvent insérés ces articles, et pourquoi l’instrument contient ces douze articles et non la demande du promoteur, répond qu’il a signé comme ses collègues. Pour l’énoncé de la sentence il s’en rapporte à celui des juges ; pour les articles, il fit ce que les juges voulaient.
Ignore qui présenta les [douze] articles.
Ignore qui a rédigé les douze articles ; ce n’est ni lui ni les autres notaires. Quant à leur fidélité aux dépositions de Jeanne, s’en rapporte au procès.
Ne sait rien sinon que certains articles furent rédigés pour être envoyés aux opinants, mais ignore s’ils furent bien et fidèlement rédigés.
Il entendit les autres notaires parler entre eux de certains articles qui devaient être fabriqués ; mais qui les fit, il n’en sait rien. Ces articles furent envoyés à Paris, mais ne se souvient pas s’ils furent signés ou non et croit ne pas les avoir signés. N’a pas mémoire d’avoir jamais signé autre chose que le procès et la sentence.
Correction des douze articles Interrogé au sujet d’éventuelles corrections déclare ne pas se le rappeler. On lui montra la petite note du 4 avril 1431 signalant que les articles devaient être corrigés, et au dos les corrections ; il reconnut l’écriture de Manchon, et croit avoir été présent. Croit cependant qu’aucune correction ne fut apportée, bien que cela eût été décidé, mais ne sait ni qui s’y opposa ni pourquoi, attendu tout le temps écoulé.
22. Emploi de notaires cachés et de conseillers déguisés
Tient de Nicolas Loiseleur lui-même, que celui-ci sous un déguisement s’entretint à plusieurs reprises avec Jeanne, mais ignore ce qu’il lui disait. Il lui confia seulement qu’il se présenterait à Jeanne et lui ferait savoir qu’il était prêtre. Croit aussi qu’il entendit Jeanne en confession.
A seulement entendu dire que certains allaient sous un déguisement s’entretenir avec Jeanne, mais ignore qui.
Avait entendu Manchon parler de gens cachés derrière les courtines et s’était plaint du procédé aux juges. Mais croit qu’au final le procès signé des notaires est fidèle.
Au début du procès, d’autres notaires se tenaient cachés dans une fenêtre par des tentures, sous l’œil de Nicolas Loyseleur, écrivant ce qu’ils voulaient et omettant les justifications de Jeanne. Lui-même, Boisguillaume et le clerc de Beaupère se tenaient aux pieds des juges. Leurs écritures différaient, entraînant des querelles ; d’où les Nota qu’il ajoutait à côté de certains points pour signaler qu’il faudrait réinterroger Jeanne (art. 2-4).
On disait que certaines personnes, se faisant passer pour hommes d’armes partisans du roi de France, furent introduits secrètement auprès de Jeanne, pour la persuader de ne pas se soumettre à l’Église, et que sinon les juges poursuivraient leur procès. C’est à cause de ces conseils qu’elle aurait varié plusieurs fois sur le fait de la soumission. Nicolas Loyseleur aurait été l’un de ces trompeurs.
Religion de Jeann Croit que Jeanne fut bonne catholique.
A entendu dire que Nicolas Loiseleur faisait semblant d’être sainte Catherine et incitait Jeanne à dire ce qu’il voulait.
23-25. Première sentence et abjuration
Était présent lors du sermon de Guillaume Evrard mais ne se rappelle pas de sa teneur. Se souvient bien de l’abjuration de Jeanne ; elle hésitait beaucoup et Evrard la poussait, disant que si elle suivait ses conseils elle serait libérée de sa prison. Elle le fit sous cette condition, et non autrement. Elle lut alors une petite cédule de six ou sept lignes sur une feuille de papier double ; le témoin était si près qu’il pouvait vraiment voir les lignes et leur forme.
Fut présent à l’exhortation faite à Jeanne [le 23 mai], mais ne se rappelle pas ce qui fut fait.
Fut présent le lendemain lors de la prédication de Guillaume Evrard à Saint-Ouen [le 24 mai] . Il y avait deux ambons (échafauds) ; lui-même se trouvait dans l’un avec Cauchon et de nombreuses autres personnes ; Evrard se trouvait dans l’autre avec Jeanne. Il ne se souvient plus du sermon mais se rappelle que Jeanne, ce jour là ou la veille, déclara être seule responsable de tout ce qu’elle avait fait ou dit, de bien ou de mal, et non son roi qui ne lui avait rien fait faire. — Après cette prédication il vit qu’on exhortait Jeanne : Faites ce qu’on vous conseille. Voulez-vous vous faire mourir ?
Vraisemblablement poussée par ces paroles, elle fit l’abjuration. — Après cette abjuration plusieurs disaient que cette abjuration n’était qu’une comédie et que Jeanne ne faisait que se moquer. Un clerc anglais de l’entourage du cardinal d’Angleterre accusa Cauchon d’être trop doux, et favorable à Jeanne ; celui-ci lui répondit qu’il mentait ; le cardinal d’Angleterre dit au clerc de se taire. — Il semble au témoin que Jeanne ne se souciait pas beaucoup de cette abjuration, et qu’elle ne la fit qu’à cause de l’insistance des assistants.
Peu avant la première prédication à Saint-Ouen, Jean de Châtillon fit quelques exhortations à Jeanne, en présence du témoin. De même il entendit Pierre Morice dire qu’il avait fraternellement exhorté Jeanne à se soumettre à l’Église.
Interrogé sur l’auteur de la cédule d’abjuration contenue dans le procès (Toi, Jeanne
), déclare l’ignorer. Ne sait pas plus si elle a été lue ou expliquée à Jeanne. Lors de la prédication de Guillaume Evrard, le témoin était sur un échafaud derrière les prélats ; ne se souvient pas de ses paroles sinon qu’il parlait de l’orgueil de cette femme
. — Cauchon commença alors à lire la sentence ; ne se rappelle pas ce qui a été dit à Jeanne ni ce qu’elle a répondu. — Nicolas de Venderez fit une certaine cédule commençant par Chaque fois que l’œil du cœur
, mais ignore si elle fut insérée au procès ; ignore quand il vit cette cédule dans les mains de maître Nicolas avant ou après l’abjuration, mais croit qu’il la vit avant. — A bien entendu certains assistants se plaindre à Cauchon qu’il ne faisait pas exécuter sa sentence, mais recevait la rétractation de Jeanne ; ne se souvient pas de leurs paroles.
Fut présent lors de la prédication de Saint-Ouen, sur une estrade aux pieds de Jean Beaupère. La prédication terminée, comme on commençait à lire la sentence, Jeanne déclara qu’elle suivrait les conseils des clercs voyant tout selon leur conscience. À ces mots Cauchon demanda au cardinal d’Angleterre ce qu’il fallait faire étant donné la soumission de Jeanne ; celui-ci lui répondit qu’il devait recevoir Jeanne à la pénitence ; ce qui fut fait. — Le témoin vit la cédule d’abjuration qui lui fut lue : une petite cédule, d’environ six ou sept lignes. — Jeanne s’en rapportait à la conscience des juges, pour décider si elle devait se rétracter ou non. — Ce jour-là, on disait que le bourreau se trouvait sur la place, attendant qu’elle fût livrée à la justice séculière.
Lors de la prédication de Saint-Ouen, Jeanne était en habit d’homme. Il était trop loin de Guillaume Érard pour saisir son sermon mais entendit Laurent Calot et quelques autres reprocher à Cauchon de trop tarder à prononcer sa sentence et qu’il jugeait mal ; lequel répondit qu’on en mentait.
Quant il revint à Rouen, il trouva son maître qui disait être bien ennuyé par une prédication sur Jeanne dont on l’avait chargé de faire, et qui aurait préféré être en Flandre.
Il assista à la prédication faite par son maître à Saint-Ouen mais ne se rappelle plus ce qui fut dit, car il était placé loin. On disait que Jeanne s’était rétractée, qu’elle avait été ramenée dans le droit chemin, de quoi beaucoup se réjouissaient. Ce qu’elle avait rétracté, il l’ignore.
Après sa rétractation Pierre Maurice et Nicolas Loiseleur lui remirent des vêtements de femme, puis elle fut ramenée en prison.
Deux sentences furent prononcées contre Jeanne ; elle fut ensuite livrée à la justice séculière. Ignore si l’on prononça une sentence séculière, mais aussitôt Jeanne abandonnée par l’évêque, elle fut saisie par les hommes d’armes anglais et conduite au supplice avec grande rage.
Abjuration Jeanne prononça l’abjuration ; elle était rédigée par écrit ; et cela dura tout autant, ou à peu près, qu’un Notre Père.
La procédure achevée, on demanda et recueillit les délibérations. On décida que Jeanne serait sermonnée.
Loyseleur incite Jeanne à abjurer Elle fut conduite à une petite porte, accompagnée par Nicolas Loyseleur qui lui disait : Jeanne, croyez-moi et vous serez sauvée ; prenez votre habit de femme, faites tout ce qui vous sera ordonné et vous n’aurez rien de mal mais serez remise à l’Église ; sinon vous êtes en danger de mort.
— On l’amena sur une tribune.
[Première sentence de condamnation.] Cauchon avait rédigé deux sentences, l’une d’abjuration, l’autre de condamnation. Il commença par lire la seconde jusqu’à la condamnation ; Loyseleur persuadait Jeanne de faire ce qu’il lui avait indiqué et de reprendre l’habit féminin. — Il y eut alors une petite interruption ; un Anglais traita l’évêque de traître, lequel lui répondit qu’il en mentait.
Abjuration Après cet intermède Jeanne répondit qu’elle était prête à obéir à l’Église ; on lui fit prononcer l’abjuration qui lui fut lue. Le témoin ignore si elle répéta après le lecteur, ou approuva après lecture ; cependant elle souriait. — Le bourreau était sur place avec une charrette, attendant qu’on la lui donnât à brûler. — Le témoin ne vit pas la cédule d’abjuration ; elle avait été préparée avant, d’après les conclusions des opinants. Il ne se souvient pas qu’on l’ait expliquée ni même lue à Jeanne avant le moment où elle fit cette abjuration.
Sentence d’abjuration Ceci se passait le jeudi après la Pentecôte ; Jeanne fut condamnée à la prison perpétuelle.
Son opinion sur la sentence Interrogé sur pourquoi les juges la condamnaient à la prison perpétuelle quand ils lui avaient promis qu’il ne lui arriverait rien de mal, répond croire que les avis n’étaient pas unanimes et qu’ils craignaient qu’elle ne s’évadât. S’ils ont bien ou mal jugé, le témoin s’en rapporte au droit et à la conscience des juges.
Lors de sa prédication, Guillaume Érard brandit une cédule d’abjuration devant Jeanne en lui disant : Tu abjureras et signeras cette cédule !
On lui remit la cédule pour qu’il la lise à Jeanne : elle l’engageait à ne plus porter les armes, l’habit d’homme, les cheveux courts, et beaucoup d’autres choses dont il ne se souvient plus. La cédule contenait environ huit lignes et non davantage ; et il sait avec certitude que ce n’était pas celle mentionnée dans le procès, car c’est une autre qu’il lui a lue et que Jeanne signa.
Tumulte lors de la signature Lorsqu’on demanda à Jeanne de signer la cédule, il s’éleva un grand murmure dans l’assistance ; et il entendit Cauchon dire à quelqu’un : Vous me ferez des excuses !
et assurer qu’il ne poursuivrait pas avant d’avoir reçu des excuses. — Pendant ce temps le témoin avertissait Jeanne, qui ne comprenait ni la cédule, ni le danger qui la menaçait. Pressée de signer elle déclara : Que cette cédule soit examinée par l’Église et les clercs, je ferai comme ils me diront.
Guillaume Érard la menaça : Fais-le maintenant ! sinon tu mourras par le feu aujourd’hui !
et Jeanne répondit qu’elle préférait signer plutôt que d’être brûlée. À ce moment il se fit un grand tumulte dans l’assistance, et beaucoup de pierres furent lancées. La cédule signée, Jeanne demanda au promoteur si elle serait remise à l’Église, et en quel lieu elle devait se rendre ; celui-ci répondit : au château de Rouen. Elle y fut reconduite en habits de femme.
La cédule d’abjuration fut lue en public. Croit que Jeanne ne la comprenait pas et qu’elle ne lui fut pas expliquée ; aussi elle refusa longtemps de la signer. Enfin, poussée par la crainte, elle signa et fit quelque croix. Ne se souvient pas si elle reçut un habit de femme ensuite et s’en rapporte au procès.
Fut présent lors de la première sentence et de la prédication de Guillaume Érard à Saint-Ouen. Croit que tout a été fait par haine du roi de France très chrétien, et pour le diffamer, car Érard dit entre autres : Ô maison de France ! tu avais toujours été exempte de monstres, mais en t’attachant à cette femme ensorceleuse, hérétique, superstitieuse, tu es déshonorée !
À quoi Jeanne répondit : Ne parle point de mon roi, il est bon chrétien [en français].
Assista à la prédication de Saint-Ouen, mais n’en sait rien de plus.
Fut présent à la première prédication de Saint-Ouen. Au moment où se faisait l’abjuration, un chapelain du cardinal d’Angleterre reprocha à Cauchon de trop favoriser Jeanne ; lequel lui répondit qu’il mentait, car un évêque ne devait favoriser personne. Aussi le cardinal fit taire son chapelain.
Fut présent à la prédication de Saint-Ouen ; après cette prédication on tenta de la persuader de quelque chose qu’elle refusait, mais ignore quoi.
Fut présent à la prédication de Saint-Ouen. Guillaume Érard y tint de méchants propos sur le roi de France, qu’il ne se rappelle plus, et Jeanne l’interrompit : Ne parlez pas du roi, car c’est un bon catholique ; mais parlez de moi.
Fut présent lors de la prédication de Saint-Ouen ; celui qui parlait outrageait beaucoup Jeanne, lui disant qu’elle avait agi contre la majesté royale, contre Dieu et la foi catholique, qu’elle avait erré dans la foi, et que, si elle ne se détournait pas dorénavant de tels agissements, elle serait brûlée. Jeanne lui répondit qu’elle avait pris un habit d’homme car elle avait à vivre parmi des hommes d’armes et qu’elle avait bien fait d’agir ainsi. — Il vit qu’ensuite on lisait à Jeanne une certaine cédule, dont il ignore le contenu. Se souvient qu’on y disait que Jeanne avait commis le crime de lèse-majesté, et qu’elle avait trompé le peuple.
Fut présent à Saint-Ouen, mais ne se trouva pas avec les autres notaires sur l’estrade. Il était cependant assez près, et en un endroit où il pouvait entendre ce qui se faisait et ce qui se disait. Jean Massieu lut à Jeanne une cédule d’environ six lignes d’une grande écriture, et Jeanne répétait après lui. Cette cédule d’abjuration était en français et commençait par : Je, Jeanne, etc.
— Après l’abjuration elle fut condamnée à la prison perpétuelle et conduite au château.
Fut présent au sermon de Saint-Ouen, mais ne saurait rien en dire, car il était trop loin pour entendre.
26-27. Reprise des habits d’homme.
A entendu dire que les Anglais la poussèrent à reprendre son habit d’homme, que ceux de femme lui furent enlevés et remplacés ceux d’homme. C’est pourquoi on disait que Jeanne avait été injustement condamnée.
A entendu dire que les vêtements d’homme lui furent remis par la fenêtre ou à travers les barreaux de sa prison.
Après la première prédication arriva la nouvelle que Jeanne avait repris ses vêtements d’homme. Le témoin accompagna Cauchon à la prison de Jeanne ; l’évêque lui demanda pourquoi elle avait repris cet habit ; elle répondit qu’il lui paraissait meilleur à porter, au milieu d’hommes.
On dit qu’ensuite elle reprit ses vêtements d’homme qu’on lui avait renvoyés en prison, mais ignore qui ou quoi l’y a poussé. Les juges se réunirent et la déclarèrent relapse, parce qu’elle avait repris ses vêtements d’homme et parce qu’elle disait que ses voix lui étaient apparues.
A seulement entendu dire, qu’un homme, en tenue de prisonnier français, alla la voir de nuit pour la persuader que si elle persistait dans ses déclarations les Anglais ne lui feraient aucun mal. D’après Manchon, l’homme serait un certain Jean Loyselleur.
Reprise des habits d’homme Ignore tout des habits d’homme qui furent apportés. Avoir porté un vêtement d’homme ne valait pas d’être jugée hérétique ; c’est au contraire, la juger hérétique pour cette seule raison qui devrait être puni de la peine du talion.
Art. 27 Ne sait rien.
Durant son procès, on signala à Jeanne qu’il n’était pas décent pour une femme de porter un habit d’homme et des chausses attachées avec beaucoup de lacets ; elle répondit que Cauchon et Warwick savaient bien que ses gardiens avaient essayé plusieurs fois de la violer et qu’une fois, si Warwick n’était pas accouru à ses cris, ils y seraient parvenus. De cela elle se plaignait.
Reprise de l’habit d’homme Le dimanche suivant, dans la fête de la Sainte Trinité, Cauchon et Warwick envoyèrent les notaires au château, parce qu’on disait Jeanne relapse et ayant repris des habits d’homme. Arrivés dans la cour du château, une cinquantaine d’Anglais en armes leur tombèrent dessus, les accusant d’être des traîtres car Jeanne n’avait pas été brûlée. Ils parvinrent à s’enfuir. — Le lundi, on les renvoya au château, escortée cette fois par Warwick. Là il trouva les juges, et quelques autres. On demanda à Jeanne pourquoi elle avait repris cet habit d’homme, elle répondit qu’elle l’avait fait pour protéger sa chasteté, que ses gardiens voulaient la violer, ce dont elle s’était plainte plusieurs fois à Cauchon et Warwick, et que les juges lui avaient promis qu’elle serait transférée en prison d’Église et accompagnée d’une femme. Elle ajouta que si on la mettait en lieu sûr, elle reprendrait un habit féminin ; tout ceci étant écrit dans le procès [séance du 28 mai]. — Interrogée sur le reste, Jeanne déclarait n’avoir rien compris de ce qui était contenu dans l’abjuration ; tout ce qu’elle avait fait, elle l’avait fait par crainte du feu, voyant le bourreau prêt avec sa charrette.
Le jour de la Sainte Trinité, Jeanne, accusée de relapse, répondit que pendant qu’elle était couchée, les gardiens remplacèrent ses habits de femme qui se trouvaient sur son lit par un habit d’homme. Lorsqu’elle réclama ses habits de femme, pour pouvoir se lever et soulager son ventre, ils les lui refusèrent ; elle leur rappela l’interdiction faite par les juges de porter cet habit d’homme, mais ils persistèrent. Poussée par un besoin naturel, elle mit l’habit d’homme, et ne put de toute la journée obtenir de ces gardiens un autre habit, si bien que plusieurs personnes la virent en habit d’homme. Et pour cela elle fut jugée relapse. Plusieurs personnes furent envoyées pour constater et l’interroger, dont André Marguerie. Lorsque ce-dernier se présenta aux gardes disant venir demander à Jeanne pourquoi elle avait repris l’habit d’homme, l’un d’eux tenta de le frapper de sa lance. Terrifiés, tous se retirèrent.
Le dimanche suivant la première sentence, les notaires furent envoyés au château pour voir si Jeanne était en habit d’homme ; et la virent ainsi. On lui demanda pourquoi elle avait repris ces vêtements, elle donna les réponses contenues dans le procès. Ne sait rien d’autre, mais croit plutôt qu’elle fut contrainte d’agir ainsi, car certains assesseurs se félicitaient qu’elle ait repris cet habit. Cependant plusieurs autres étaient affligés, dont Pierre Morice, qui était très triste.
Tient de Jeanne qu’un grand seigneur anglais avait tenté de la violer dans la prison ; et dit au témoin que c’était la raison pour laquelle elle avait repris l’habit d’homme.
S’est rendu au château le lendemain qu’on eût appris que Jeanne avait remis l’habit d’homme pour demander en quelles circonstances elle avait repris cet habit. Les Anglais, furieux de cette question, firent un grand tumulte, au point que le témoin et beaucoup d’autres, venus au château pour cette affaire, furent obligés de partir rapidement, leurs corps étant en danger.
On l’envoya interroger Jeanne [sans doute après qu’elle eut repris son habit d’homme] ; survint quelque tumulte et le témoin ne sait ce qui s’ensuivit.
On disait qu’après la première sentence, elle avait été amenée à prendre des vêtements d’homme.
28-33. Deuxième sentence et supplice
Fut présent lors de la dernière prédication, faite au Vieux Marché de Rouen par maître Nicolas Midi. Après ce sermon, Jeanne fut brûlée. Le bois pour la brûler était déjà en place ; elle faisait si pieuses lamentations et exclamations que plusieurs pleuraient ; mais quelques Anglais riaient. Il l’entendit s’exclamer quelque chose comme : Ah !Rouen ! J’ai grand peur que tu n’aies à souffrir de ma mort !
. Ensuite elle se mit à crier : Jésus
, et à invoquer saint Michel ; puis enfin disparut dans le feu.
Exécution Fut présent lors du dernier sermon, le jour où elle fut brûlée. Il y avait trois échafauds : un pour les juges, un autre pour les prélats où lui-même se trouvait, un autre où se trouvait le bois préparé pour brûler Jeanne. — La prédication terminée, on prononça la sentence ; Jeanne se mit à faire plusieurs exclamations pieuses et à se lamenter ; entre autres, elle dédouanait le roi de lui avoir rien fait faire, en bien ou en mal. — Ne voulant voir brûler Jeanne, le témoin partit. Il vit plusieurs des assistants pleurer.
Il fut présent lors de la dernière prédication faite au Vieux Marché, le jour où Jeanne mourut. Il ne la vit pas brûler, car aussitôt après la prédication et le prononcé de la sentence il s’en alla.
À ce qu’il croit, elle avait reçu la communion avant la prédication et la sentence.
Il assista à la seconde prédication, et il la vit dans le feu, répétant à haute voix : Jésus
. — Croit fermement qu’elle mourut en bonne chrétienne ; et le sait des religieux qui l’accompagnaient à l’heure de sa mort. La plupart des assistants pleuraient, pleins de douleur et de pitié, car on disait que Jeanne avait été injustement condamnée.
Il assista à la seconde prédication. Le matin, avant la prédication, il vit qu’on portait à Jeanne le Corps du Christ avec beaucoup de solennité, en chantant des litanies et en disant Priez pour elle
[latin : Orate pro ea], avec une grande quantité de torches ; mais ignore qui l’ordonna. Il ne vit pas Jeanne recevoir la communion mais entendit dire qu’elle l’avait reçu très dévotement et avec grande abondance de larmes.
Peu après on conduisit Jeanne sur une estrade préparée au Vieux Marché ; Nicolas Midi fit une prédication, mais il était trop loin pour l’entendre. Juste après il ne vit Jeanne remise à la justice séculière mais directement conduite au supplice, et, là même, la vit brûler. Elle criait à haute voix : Jésus
, à plusieurs reprises.
Beaucoup d’assesseurs étaient fort irrités par la sentence rigoureuse et mauvaise. Pour la voix publique le jugement était mauvais.
Prophétie de Merlin Le témoin trouva autrefois écrit dans un vieux livre, où on racontait la prophétie de Merlin, qu’une certaine pucelle devait venir d’un certain Bois Chenu, de la région lorraine.
Délibération et sentence Le tribunal délibéra et le mercredi, Cauchon prononçât une autre sentence, comme cela est indiqué plus au long dans le procès.
Jeanne reçut-elle la communion Confirme que Jeanne reçut la communion, le matin du jour de son exécution. — Interrogé pourquoi les juges lui accordèrent la communion, attendu qu’ils l’avaient excommuniée, et s’ils l’avaient absoute, déclare que les juges et les conseillers en délibérèrent ; il ne vit pas cependant qu’on lui eût donné une autre absolution.
Sentence séculière ; exécution Après la sentence ecclésiastique prononcée par Cauchon, le bailli dit seulement, sans autre forme de procès ou autre sentence : Emmenez ! Emmenez !
.
À ces mots Jeanne fit si pieuses lamentations que presque tous étaient émus aux larmes, et même les juges. — Le témoin dit en avoir été si remué qu’il resta épouvanté pendant un mois. — La fin de Jeanne apparut à tous très catholique. Elle ne voulut jamais rétracter ses révélations, mais persista à leur sujet jusqu’à la fin. — Avec l’argent qu’il reçut pour le procès, il acheta un missel, pour avoir mémoire d’elle et prier Dieu pour elle.
Communion de Jeanne Le mercredi matin, jour de sa mort, frère Martin Ladvenu entendit Jeanne en confession ; puis il l’envoya, lui qui parle, avertir Cauchon qu’elle demandait à recevoir la communion. L’évêque réunit quelques personnes pour en délibérer ; et autorisa le frère Martin à lui porter le sacrement de l’eucharistie et tout ce qu’elle demanderait. Le témoin revint porter la nouvelle au château et frère Martin donna à Jeanne, en présence du témoin, le sacrement de l’eucharistie.
Jeanne est amenée au supplice Cela fait, le témoin et frère Martin conduisirent Jeanne, en habit de femme, jusqu’au lieu où elle fut brûlée ; en chemin elle faisait de si pieuses lamentations qu’ils ne pouvaient retenir leurs larmes. Elle recommandait son âme si dévotement à Dieu et aux saints qu’elle provoquait les larmes de ceux qui l’entendaient.
Prédication de Nicolas Midi Elle fut amenée au Vieux Marché où se trouvait maître Nicolas Midi, qui devait faire la prédication ; il la termina ainsi : Jeanne, va en paix ! L’Église ne peut plus te défendre et te remet en mains séculières.
Jeanne se jeta à genoux pour prier et demanda une croix au témoin. Un Anglais en fit une avec un bâton, qu’elle baisa et posa sur sa poitrine avec la plus grande dévotion. Elle voulut aussi une croix d’église, l’obtint, l’embrassait, la serrant dans ses bras, et pleurait en se recommandant à Dieu, à saint Michel, à sainte Catherine et à tous les saints. Puis elle étreignit la croix en saluant les assistants, descendit de l’estrade en compagnie du frère Martin et alla jusqu’au lieu du supplice, où elle mourut très pieusement.
Témoignage du bourreau Il tient de Jean Fleury, clerc du bailli et greffier, qu’au rapport du bourreau, une fois son corps brûlé et réduit en cendres, son cœur resta intact et plein de sang. On lui enjoignit de rassembler les cendres et tout ce qui restait d’elle et de les jeter dans la Seine.
Le mercredi suivant Jeanne fut conduite au Vieux Marché de Rouen ; Nicolas Midi fit un sermon, Cauchon prononça la sentence de relapse et elle fut aussitôt prise par les laïcs et conduite, sans autre sentence ni procès, au bourreau pour être brûlée. — Sur le chemin, elle faisait beaucoup de pieuses lamentations, invoquant le nom de Jésus, si bien que presque tous ceux qui étaient présents ne pouvaient retenir leurs larmes.
Les juges après la mort de Jeanne Après sa mort, les gens du peuple montraient ceux qui avaient participé au procès avec horreur. Il entendit dire que tous les responsables de sa mort moururent de façon très honteuse : que Nicolas Midi fut frappé de lèpre juste après, que Cauchon mourut subitement pendant qu’il se faisait faire la barbe.
Le matin du jour où mourut Jeanne, avant la sentence, il fut autorisé par les juges à entendre Jeanne en confession et lui apporter le Corps du Christ ; elle le reçut humblement, avec grande dévotion et beaucoup de larmes, au point qu’il ne saurait le raconter. Depuis cette heure il ne la quitta pas, jusqu’à ce qu’elle eût rendu l’âme.
Presque tous les assistants pleuraient de pitié, surtout l’évêque de Thérouanne.
Il ne doute pas qu’elle mourut en catholique ; et souhaiterait que son âme aille où il croit être l’âme de Jeanne.
Absence de sentence séculière Après le prononcé de la sentence, Jeanne descendit de l’estrade où elle avait été prêchée, et sans autre sentence d’un juge laïc, fut conduite au bûcher par le bourreau.
Mort de Jeanne Le bois était sur une estrade ; le bourreau mit le feu par dessous. Lorsque Jeanne aperçut le feu, elle dit au témoin de descendre, et de lever haut la croix du Seigneur, pour qu’elle pût la voir ; ce qu’il fit. — Alors qu’il l’entretenait de son salut, Cauchon s’approcha, accompagné de quelques chanoines ; Jeanne l’aperçut et lui dit qu’il était cause de sa mort, qu’il lui avait promis de la placer entre les mains de l’Église, mais qu’il l’avait remise entre les mains de ses ennemis mortels.
Absence de sentence séculière Déclare qu’on avait mal procédé contre Jeanne, car il n’y eut pas de sentence laïque. Aussi lorsque deux années plus tard un dénommé Georget Folenfant avait été remis par la justice ecclésiastique à la justice séculière, lui-même avait été envoyé au bailli par l’archevêque et l’inquisiteur, pour qu’on procède selon la justice, avec prudence, et non pas aussi rapidement comme on l’avait fait pour la Pucelle.
Derniers mots de Jeanne Atteste que Jeanne soutint toujours et affirma jusqu’à la fin de sa vie que les voix entendues par elle venaient de Dieu, que toutes ses actions avaient été faites sur l’ordre de Dieu, et qu’elle ne croyait pas avoir été trompée par ces voix ; mais les révélations qu’elle avait eues venaient de Dieu.
Elle communia le jour de sa mort.
Il la vit sortir du château pour aller au lieu du supplice toute en pleurs ; plus de cent vingt hommes d’armes la conduisaient, dont les uns portaient des lances, les autres des glaives. Mû par la compassion, il n’eut pas la force d’aller jusqu’au lieu du supplice.
Opinion sur le procès Croit que tout fut fait par haine du roi de France et pour le diffamer. On disait que le procès était nul, et Jeanne victime d’une très grande injustice.
A entendu maître Pierre Minier dire que son avis cosigné avec Richard de Grouchet et Pierre Pigache avait été écarté, parce qu’ils ne plaisaient pas, et qu’ils alléguaient le Décret de Gratien.
Assista à la prédication de Nicolas Midi au Vieux Marché.
Jeanne finit ses jours en catholique, criant : Jésus ! Jésus !
Elle pleurait tant, faisant de pieuses lamentations, qu’à son avis nul homme, s’il avait été présent, n’aurait eu le cœur dur au point de ne pas être ému aux larmes. L’évêque de Thérouanne et tous les seigneurs pleuraient. Jeanne demanda à tous les prêtres présents de dire chacun une messe pour elle. Il ne resta pas là jusqu’à la fin et s’en alla, car il n’aurait pu en supporter la vue.
A entendu dire, car lui-même n’était pas présent à sa condamnation, que Jeanne mourut en catholique et qu’à son dernier jour elle invoquait le nom de Jésus.
Jeanne fut brûlée au Vieux Marché après une prédication. Il ne voulut pas y assister, son cœur n’aurait pu le supporter, par pitié pour Jeanne. Presque tout le monde disait que Jeanne avait subi un grand outrage et une injustice.
Il vit secrétaire du roi d’Angleterre Jean Tressart revenir du supplice, triste et plein d’affliction, déplorant la scène à laquelle il avait assisté ; il disait : Nous sommes tous perdus, car une sainte a été brûlée !
; selon lui l’âme de Jeanne dans la main de Dieu, car au milieu des flammes elle criait toujours le nom de Jésus.
Après la mort de Jeanne les Anglais firent recueillir ses cendres et les firent jeter dans la Seine : car ils avaient craint son évasion, et craignaient qu’on ne crût à une évasion.
Fut présent à la première prédication de Saint-Ouen, et à celle du Vieux Marché, le jour où Jeanne fut brûlée. Le bois pour la brûler y avait été placé avant même la fin de la prédication et avant le prononcé de la sentence. Aussitôt cette sentence rendue par Cauchon, sans aucun intervalle, et sans qu’il eut remarqué qu’une sentence eût été rendue par un juge laïc, elle fut conduite au feu.
Placée dans ce feu, elle cria plus de six fois Jésus
et surtout dans son dernier souffle elle cria à haute voix Jésus, si bien que tous les assistants purent l’entendre. Presque tous les assistants pleuraient de pitié.
A entendu dire que les cendres furent recueillies et jetées dans la Seine.
Fut présent à la prédication du Vieux Marché, avec le bailli dont il était alors le lieutenant. Après le prononcé de la sentence ecclésiastique, immédiatement et sans intervalle, elle fut remise au bailli et sans attendre que le bailli ou le témoin, auxquels il appartenait de rendre une sentence, l’eût fait, le bourreau saisit Jeanne et la conduisit à l’endroit où le bois avait été préparé et où elle fut brûlée. Ce n’était pas régulier, car peu après on agit différemment avec un malfaiteur nommé Georges Folenfant. Après la sentence ecclésiastique, ce Georges fut conduit à la cohue [au marché] et condamné par la justice séculière ; et non pas mené aussi rapidement au supplice.
Croit que Jeanne est morte en catholique, car elle mourut en criant le nom du Seigneur Jésus. C’était grande pitié, et presque tous les gens présents étaient émus aux larmes.
Après la mort de Jeanne, ses cendres furent recueillies par le bourreau et jetées dans la Seine.
Fut présent à la prédication du Vieux Marché, le jour où mourut Jeanne. Croit qu’elle mourut en catholique. Aussitôt après la sentence ecclésiastique il vit les sergents et hommes d’armes anglais la prendre et la conduire directement au lieu du supplice ; et ne vit pas que quelque sentence eût été rendue par un juge séculier.
Pierre Morice lui raconta être venu la voir le matin, avant qu’elle ne soit conduite au Vieux Marché ; Jeanne lui dit : Maître Pierre, où serai-je ce soir ?
Il répondit : N’avez-vous pas bonne confiance en Dieu ?
Elle dit que si, et qu’avec l’aide de Dieu elle serait au paradis.
Lorsque Jeanne vit mettre le feu au bûcher, elle se mit à crier à haute voix : Jésus
; et le cria ainsi jusqu’à sa mort.
Les Anglais, craignant qu’on ne parlât d’évasion, dirent au bourreau de repousser un peu le feu afin que les assistants puissent la voir morte, et on ne raconterait pas qu’elle s’était évadée.
Jean Alépée, alors chanoine de Rouen, qui se trouvait à côté de lui, s’exclama en pleurant : Si mon âme pouvait être là où je crois que se trouve l’âme de cette femme !
Après la prédication [du Vieux Marché], elle fut remise à un sergent, lequel la livra au bourreau, sans qu’une sentence eût été prononcée par le bailli. Le bourreau la mena au feu, et là il l’entendit demander de l’eau bénite ; elle criait Jésus à haute voix. Elle demanda aussi une croix. — A entendu dire que ce jour là, ou la veille, elle avait reçu la communion.
Il y eut une autre prédication, le jour même de la mort de Jeanne. Le matin elle avait reçut la communion. Après la prédication, Jeanne fut abandonnée à la justice séculière. Puis le témoin s’en alla et n’assista pas à la suite.
Fut présent au sermon du Vieux Marché, le jour où Jeanne mourut. Il la vit remettre à la justice séculière, et sans aucun délai ni sentence d’un juge laïc, elle fut remise au bourreau et conduite sur une estrade où avait été préparé le bûcher.
Croit qu’elle termina sa vie en catholique, car elle faisait plusieurs pieuses exclamations et lamentations, invoquant le nom de Jésus. Il l’entendit dire : Ah ! Rouen, Rouen, seras-tu ma maison ?
— Plusieurs étaient émus aux larmes et beaucoup étaient mécontents qu’elle eût été exécutée à Rouen. — Jusqu’à son dernier moment, Jeanne criait toujours Jésus !
Ses cendres et ses restes furent assemblés et jetés dans la Seine.
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