A. Vallet de Viriville  : Procès de condamnation (1867)

Avant-propos et Introduction

Procès de condamnation de
Jeanne d’Arc
dite la Pucelle d’Orléans

par

Auguste Vallet de Viriville

(1867)

Éditions Ars&litteræ © 2021

Avant-propos

De tous les documents qui nous ont conservé le souvenir de Jeanne Darc, son procès de condamnation est peut-être celui qui, par son intérêt et son importance, mérite le premier rang.

Les chroniques nous racontent ses actions. Le procès de réhabilitation est une sorte de panégyrique : souvent il manque de franchise et de dignité ; non par le fait de l’héroïne, mais par le fait des témoins, qui plaidaient le pour, en 1456, après avoir, dans la même cause, plaidé le contre en 1431.

Le procès de condamnation n’offre pas seulement un récit, comme les chroniques ; ni une apologie, comme le second procès. Il a tout le prix d’une chronique, par les faits historiques et nombreux qu’il révèle. Il n’a certainement pas les inconvénients d’un panégyrique. Mais il l’emporte sur l’un et l’autre (chronique et apologie), par une raison bien facile à sentir. Le tableau de l’innocence, ou l’Innocence elle-même, nous plaît. Mais l’innocence méconnue, persécutée, martyrisée, fait plus que nous plaire : elle nous enthousiasme. On ne l’aime plus simplement, mais avec passion. Heureuse et providentielle compensation de la puissance, du crédit, plus ou moins durable, qu’obtiennent trop souvent l’injustice et la calomnie ! L’iniquité des juges de Rouen, le machiavélisme de Pierre Cauchon, retournés contre eux-mêmes, ont fait du procès de condamnation de Jeanne Darc l’exposé le plus touchant des mérites de cette jeune fille et son plus beau titre de gloire devant la postérité.

Le procès, dans sa teneur authentique et officielle, fut conçu en langue d’église, c’est-à-dire en latin. Dès le commencement du siècle suivant, sous le règne de Louis XII, au plus tard, nous voyons une première traduction1 se produire, sans compter celles qui avaient déjà pu être tentées antérieurement. Depuis lors cette même tentative a été renouvelée de siècle en siècle2. Mais il n’en existe pas toutefois jusqu’ici de trace publique, sous la forme d’une édition spéciale, exacte et complète.

Le recueil, si important, publié en 1841 et années suivantes, par M. J. Quicherat, pour la Société de l’histoire de France, n’embrasse et de devait embrasser que des monuments de première main, et dans leur teneur originale. Il n’y avait donc point place en ce recueil pour une traduction.

Ce recueil, tel qu’il est, grâce précisément aux lignes sévères de son plan, et qui constituaient sa raison d’être, a parfaitement atteint le but qu’il se proposait. Il a été la source, riche et pure, où se sont alimentés presque exclusivement et où s’alimentent chaque jour les nombreux travaux que ne cessent d’inspirer, de susciter ce personnage de plus en plus populaire, et cet inépuisable sujet historique.

Le moment nous paraît venu de faire un nouveau pas dans la voie qu’a ouverte le précieux recueil auquel il vient d’être fait allusion. Le moment nous parait venu de mettre sous les yeux de tous, hommes et femmes, savants et non savants, le procès de condamnation de Jeanne Darc en français : dans la langue qu’elle a parlée3, dans la langue que parlent encore ses compatriotes, ses premiers et naturels admirateurs.

Le texte primitif ou minute d’audience, destiné à reproduire les débats du procès de Rouen, consista originairement dans des notes recueillies en français, par diverses mains d’abord, mais finalement par les notaires de la cause. Tous les jours, après la séance, ces greffiers se communiquaient entre eux leurs notes prises sur le vif, et en formaient une rédaction commune. Cette espèce de sténographie (sous la réserve qu’il convient de faire quant à la sincérité, à l’impartialité du compte rendu) serait encore, si nous la possédions intacte ce qui nous serait parvenu de plus précieux, non-seulement de ce procès, mais de la Pucelle. Car tout ce qui était d’elle, ou à peu près, a péri. Les juges ont jeté ses cendres au fleuve qui débouche dans l’Océan ; ils ne nous ont laissé d’elle (encore bien contre leur gré), que cette relique, mais la meilleure : une partie de son âme et de sa pensée.

Nous disons une partie. La teneur complète de ce compte rendu exista dès le temps du procès. Jeanne étant morte, cette minute fut, à une époque que nous essayerons de déterminer, rédigée dans sa forme officielle et définitive, c’est-à-dire en latin, sous les auspices de P. Cauchon, par les soins littéraires de Thomas de Courcelles, assisté du notaire Guillaume Manchon. Cette minute en français formait un cahier séparé, qui fut produit judiciairement lors du procès de réhabilitation. Mais ce document original ne nous a pas été conservé.

Toutefois, lors de la réhabilitation, l’auteur de l’un des exemplaires ou copies qui furent alors confectionnées de ce deuxième procès, eut l’heureuse idée d’y comprendre, entre autres documents antérieurs, le texte de la minute française. Malheureusement, cet exemplaire dont nous parlons subit une avarie ou dommage matériel, que nous ne connaissons pas précisément, mais qui eut pour résultat très-positif la destruction ou la disparition d’un certain nombre des cahiers de parchemin qui composaient ce même exemplaire. Vers la fin du quinzième siècle, un bibliophile distingué, l’amiral Malet de Graville, voulut restaurer et compléter cet exemplaire mutilé, dont il était le possesseur. Il y réussit, pour certaines parties de l’œuvre, en recourant à d’autres copies. Mais le texte de la minute française, transcrit dans ce manuscrit unique, est demeuré incomplet du commencement. Ce manuscrit unique appartint ensuite aux d’Urfé, dont il porte encore le nom et les armes. Il se trouve à la bibliothèque impériale sous cette cote : manuscrit latin 8838. Le fragment conservé du premier compte rendu, ou minute française, ne commence qu’à la sixième séance des débats, au milieu de l’interrogatoire du 3 mars 14314.

Quant au texte latin ou authentique du procès, il est parvenu jusqu’à nous, en de nombreux exemplaires.

Les notaires eux-mêmes, témoins du procès de réhabilitation, y ont déclaré avoir libellé cinq exemplaires originaux de ce premier procès, tous collationnés entre eux, révisés, attestés page par page, revêtus des seings, signatures et paraphes des notaires, revêtus enfin des sceaux, en cire rouge, des deux juges, plaqués à la dernière page de chacun de ces exemplaires. G. Manchon, notaire principal, à lui seul, en écrivit trois, de sa propre main. Le premier fut destiné au roi d’Angleterre, c’est-à-dire au gouvernement siégeant à Rouen ; le deuxième, à Pierre Cauchon ; le troisième, à Jean Lemaître (les deux juges).

De ces cinq exemplaires originaux, trois subsistent encore de nos jours. La description de ces trois manuscrits doit prendre place tout d’abord dans la notice bibliographique qui va suivre.

Ier Ms. Il se conserve actuellement à la bibliothèque du Corps législatif, sous la cote B 105 g.5. Cet exemplaire est le seul connu sur parchemin. D’après ce trait de signalement et autres points de repère, il a été reconnu que cette copie est celle dite du roi d’Angleterre. On y trouve tous les signes et attestations ci-dessus indiqués. Les deux sceaux, notamment, placés au feuillet 112, y dessinent leurs contours. Il est aisé de vérifier qu’ils étaient de cire rouge, tous deux en double ogive ou vesica piscis, forme des sceaux ecclésiastiques au quinzième siècle. Celui de Cauchon, beaucoup plus grand, est le premier6. On y voit encore quelques bribes propres à guider l’antiquaire, pour en restituer, du moins mentalement, le dessin d’ensemble. La croix du chapitre de Saint-Pierre et de la pairie de Beauvais se distingue, sur un écusson placé vers le bas du champ, et ces lettres de l’exergue sont encore lisibles : belva[cens]is. Quant au sceau de Jean Lemaître qui l’accompagne, on n’en peut saisir que la disposition générale, très-analogue aux sceaux de religieux qui nous sont connus7.

Cet exemplaire vraisemblablement fut conservé à Rouen pendant tout le temps de la domination anglaise. C’est là qu’il aura été trouvé lorsque Charles VII, maître enfin de la Normandie, prescrivit à Guillaume Bouillé, par lettres datées de cette ville le 15 février 1450, d’examiner ce procès et de préparer la réhabilitation8. Il fut ensuite, d’après toute apparence, apporté au parlement de Paris et classé, avec d’autres documents analogues, c’est-à-dire venus du dehors, parmi les procès criminels. Après avoir appartenu à M. Didot, père de notre honorable éditeur, et au président de Cotte, magistrat au parlement, il est entré, en 1811, dans le dépôt public où il se conserve.

2e Ms. Fonds latin n° 5965 ; revêtu des mêmes signes d’authenticité que le précédent. Les sceaux ont été rasés9 et coupés par le fait d’une reliure ultérieure. Ce manuscrit est sur papier, et les filigranes que présente cette substance, attendu les variations qu’ils subissaient pour ainsi dire d’année en année, ne sont pas à nos yeux sans valeur pour restreindre, même dans un court intervalle, la date des produits de l’art du libraire où se rencontrent ces marques de fabrique. Trois figures ou filigranes se voient dans le Ms. 5965, savoir : 1° la main ou gant10 ; 2° le dauphin11 ; 3° l’arbalète à croc12. La première de ces figures se trouve (n° 49 cité), sous la date de 1432. Un dauphin, quelque peu différent, se rencontre dans le manuscrit latin 4641 B, écrit à Paris, sous la domination anglaise, vers 143013. L’arbalète (presque identique) se voit dans le registre 2 G 213 des archives de l’Aube, écrit à Troyes, de 1429 à 1430.

3e Manuscrit troisième ou expédition, semblable aux précédentes : sceaux (effacés), signatures, etc ; même bibliothèque, n° 5966. Sur papier ; filigranes : 1° Un lévrier posé de profil, en repos14 ; 2° l’arbalète à croc.

Ces trois manuscrits ont été libellés à la même époque, et le sceau de Cauchon le qualifie évêque de Beauvais. Or, ce prélat fut transféré au siège de Lisieux le 8 août 1432, et nous tenons pour probable qu’il eût usé de son nouveau sceau, dans le cas où il eût scellé le procès après son changement de siège. Il nous semble donc résulter de ces détails que le procès de condamnation fut expédié avant le 8 août 1432.

On ne saurait dire avec précision ce que sont devenus les deux autres exemplaires authentiques (4e et 5e).

4° Nous devons mentionner ensuite, et peut-être sur ce nombre, le manuscrit qui existait à Orléans en 147515.

5° Manuscrit d’Urfé, parchemin ; déjà cité16.

Il existe, enfin, de nombreuses copies postérieures et manuscrites du même procès de condamnation.

Telles sont les bases solides sur lesquelles s’appuient la certitude et la critique historiques à l’égard de ce document.

Pour faire le texte que nous publions, nous avons rendu à notre tour cet hommage mérité à l’œuvre accomplie par M. Quicherat, de le prendre généralement pour guide. L’étude attentive que nous avions eu, de longue main, l’occasion de faire par nous-même de ces manuscrits, comparés à l’édition des procès, nous avait inspiré à cet égard une confiance que nous nous plaisons à proclamer hautement. Dans quelques circonstances seulement, nous avons eu recours aux originaux, pour approfondir ou vérifier certains points spéciaux.

Le texte du procès de condamnation se compose donc de deux parties, l’une écrite en latin, l’autre en français du quinzième siècle.

Pour le latin, nous nous sommes attaché à rendre, autant que possible, par le mot à mot et au complet, la physionomie de l’original. Nous avons cru seulement devoir élaguer les redites et les répétitions de style, qui, dans les instruments primitifs de cet acte judiciaire, abondent jusqu’à la prolixité la plus fastidieuse.

Quant à la minute française, au gré de plus d’un lecteur, il semblera, nous le craignons, qu’il eût été nécessaire aussi de la traduire en langage moderne. Mais céder à cette tentation eût été de notre part un acte pour ainsi dire de vandalisme et, par les motifs que nous avons exposés ci-dessus, de profanation. Nous avons donc religieusement reproduit et conservé cette partie du texte original. Nous nous sommes borné à expliquer, chemin faisant, les locutions ou les mots qui pouvaient présenter, de nos jours, au lecteur un embarras sensible.

De plus, nous nous proposons d’insérer à la suite des divers morceaux qui forment le corps de la présente publication un petit glossaire, propre à faciliter l’intelligence des différents textes en vieux français que nous avons eu l’occasion de reproduire.

Note sur les sceaux et signatures de P. Cauchon

P. Cauchon paraît avoir fait usage de trois sceaux distincts : grand, moyen, et petit.

Le premier a servi à authentiquer les instruments du procès.

Le deuxième nous a été conservé dans un exemplaire de cire rouge, qui accompagne une quittance originale sur parchemin signée de son seing manuel et scel. Cet acte, donné à Rouen le 16 janvier 1429 (1430 n. s.) se voit dans le volume de Gaignières, ms. 152, fol. 61. — Cauchon y reconnaît avoir reçu la somme de 670 livres, qui nous estoit deue de reste, à cause d’un voyage que nous avons derrenièrement fait en Angleterre, en la compagnie de très-révérend père en Dieu Monseigneur le cardinal d’Angleterre, pour les affaires et besongnes du roy nostre dit sire (Henri VI), touchant son royaume de France, etc., à raison de 10 livres tournois par jour.

Le sceau est plaqué sur une lemnisque de parchemin fournie par la substance de la pièce. Il est rond et mesure 4 centimètres de diamètre. Divisé en deux par une traverse horizontale, il présente à la partie supérieure un édicule gothique partagé en trois niches ou compartiments, surmontés de dais, clochetons et pinacles. Dans la niche centrale on reconnaît saint Pierre, en pape, patron de l’église de Beauvais et de Pierre Cauchon. À droite et à gauche, deux autres saints. Au dessous, une voûte d’église où se voit l’évêque, agenouillé : à gauche sont les armes du chapitre ou de la pairie de Beauvais ; à droite, ses armes propres, qui sont : [d’azur] à une fasce [d’argent], accompagnée de trois coquilles [d’or]. (Voyez A. Demarsy, Armorial des évêques de Beauvais, 1865, in-8°, p. 15). Légende : S[igillum] Petri d[e]i gra[tia] epis[copi] Bel[vacensis]. Signature autographe : P[etrus] ep[iscop]us Belvacen[sis], avec paraphe. L’effigie de ce sceau paraît être répétée, comme composition, dans le grand sceau (exemplaire du Corps législatif).

Dans un acte de P. Cauchon, daté du 20 avril 1440, il est dit que cet acte est scellé de nostre scel de chambre. Ms. Gaignières 155, 2e partie, f° 39. Le sceau qui pend à cet acte est le sceau rond ou moyen, que nous venons de décrire. Il est nommé scel de chambre probablement par analogie au sceau, secret ou particulier, dont les rois de France faisaient usage, et qui se conservaient dans la chambre du roi, entre les mains du premier gentilhomme attaché à ce service.

Le troisième était un signet. Une autre quittance du même recueil, en date du 31 janvier 1431 (n. s.), donnée à Rouen par Cauchon, pour cinq mois de sa pension comme conseiller du roi d’Angleterre, était signée de son seing manuel et signet (Ibid., fol. 63).

Le signet de P. Cauchon nous a été conservé : il se voit notamment sur un acte du 10 octobre 1435, ms. Gaignières 155, 2e partie, f° 31. Ce petit sceau est en cire rouge, et présente un cachet, ou centre rond, accompagné de 4 pointes irradiées selon la coutume. La figure consiste en un écu à ses armes. Soutenu, en cimier, par un ange ? qui tient une palme ? de la main droite, et une rose ? de la main gauche. — Endommagé.

Introduction
Jeanne Darc : ses visions ; ses précurseurs ; ses émules

La figure de Jeanne Darc se détache, dans l’histoire, avec un caractère extraordinaire et une originalité qui lui est essentiellement propre. Ce caractère distinct, individuel, on ne saurait l’en dépouiller, ni même l’altérer, sans fausser la vérité historique et sans défigurer ou mutiler le modèle.

Mais la grandeur de Jeanne Darc, qui s’accroît à mesure qu’on la connaît mieux et qu’on y voit plus clair, est du domaine de l’histoire. Or l’histoire ne vit que de vérité. La fiction, le surnaturel, n’entrent pas dans ses attributs ni dans le domaine de sa compétence. L’historien n’est pas un révélateur qui s’adresse à la foi. Il ne triomphe pas, comme le poète ou le romancier, par la magie des illusions. Loin de là : il est tenu de justifier toutes ses assertions. C’est pour lui surtout qu’existe cette maxime : Le sage ne dit rien qu’il ne prouve.

Homo sum et nihil humant a me alienum puto.

En ce qui concerne Jeanne Darc particulièrement, le romanesque, le poétique, le sublime, le merveilleux, se combinent avec le réel, dans une proportion unique ou exceptionnelle. Elle touche, par l’impression qu’elle cause, par la sympathie qu’elle excite, par la lumière qui rayonne d’elle, aux limites extrêmes de l’histoire. Mais elle y vit en plein. Un pas de plus, le roman commence, et le principal charme est détruit Nous l’élevons, dans nos sympathies, au-dessus de tout autre type, précisément parce qu’elle appartient au domaine de l’histoire, qui est le domaine du vrai.

Un point capital, qui domine la vie de la Pucelle, et qui tout d’abord, quant au vrai, frappe les yeux de la critique rationnelle, ce sont ses visions. C’est là, il faut l’avouer, une question délicate, et difficile autant qu’importante ; si difficile, que les historiens, et à leur suite l’opinion publique, ne se sont pas encore là-dessus mis d’accord.

En quoi consistaient exactement ces phénomènes intuitifs ? Dans quel sens précis faut-il entendre à cet égard les déclarations mêmes de l’héroïne, et qui ne sont nulle part plus authentiquement posées ou énoncées que dans la pièce judiciaire que nous publions ? Où finit chez elle, chez la déclarante, le vrai ? Où commence l’illusion ? Ce sont là des questions que j’ose caractériser du nom de formidables.

Mais en présence des énigmes, des difficultés les plus ardues de l’histoire, la ressource suprême c’est le sens commun. Nous y aurons recours.

Jeanne Darc, quelque éminente qu’elle soit — et unique, — n’est pas hors de toute analogie, de toute tradition, de tout antécédent. Pendant la durée entière du moyen-âge, la foi, le merveilleux, le miracle, ont tenu la place de la science, qui alors était à naître ; de l’instruction publique, qui n’existait pas. Durant toute cette période, une suite non interrompue de voyants se sont posés comme intermédiaires entre Dieu et l’humanité.

Quelques-uns, plus maladroits, plus effrontés, ou plus coupables, ont été punis par le supplice du feu, ou du moins par l’insuccès. D’autres, en grand nombre, animés souvent d’intentions très-droites, ont été admirés, obéis, glorifiés et rangés au nombre des saints. Voilà qui est élémentaire pour quiconque a étudié l’histoire du moyen âge. Mais ce qui est moins connu, ce sont les analogues, les précédents immédiats, qui forment la série de ces personnages inspirés dont Jeanne Darc est le terme ou le type, culminant et incomparable.

Nous avons donc pensé qu’il pourrait n’être pas inutile et sans intérêt de joindre à ce document judiciaire, et comme introduction, une étude spéciale et quelque peu approfondie, quoique succincte, sur la série des personnages auxquels il vient d’être fait allusion.

Cette série sera disposée naturellement par ordre chronologique, en prenant comme terme et comme principe de classement la mort ou la fin connue de ces précurseurs. Le premier des individus que nous y avons compris, date du règne de Charles V (mort en 1380). Nous l’avons considéré comme le plus ancien de ceux qui avaient pu transmettre à la génération de Jeanne Darc (née en 1412), un souvenir immédiat, ou l’influence d’une tradition actuelle.

Ces personnages sont, les uns des hommes, les autres des femmes. Sans négliger les premiers, les secondes ont obtenu la plus grande part de notre attention, comme offrant une similitude plus directe et plus sensible. À côté d’individualités respectables et d’un ordre parfois élevé, nous n’avons pas craint de placer des intrigantes et des créatures ineptes, comme le petit berger. Il nous a semblé, en effet, que l’abus, n’offrait pas ici un enseignement moins instructif que l’usage.

Ainsi, par exemple, on s’explique par le succès des voyantes antérieurement acclamées le crédit sur lequel Jeanne Darc dut compter dès le début de sa carrière, et qu’elle obtint de la part de ses amis et admirateurs. Mais, d’un autre côté, on comprend que ses ennemis la rangèrent au nombre des sorcières, en se reportant, par analogie, aux intrigantes ou aux effrontées qui avaient été précédemment condamnées.

Après les précurseurs ou précurseresses, nous avons compris dans notre cadre les imitatrices ou concurrentes, car il y en eut un certain nombre, et enfin cette triste et dernière classe : les parodistes et les charlatans mâles ou femelles, qui exploitèrent audacieusement le souvenir, la renommée encore vivante pour ainsi dire, de l’héroïque martyre.

I.
Guillemette de la Rochelle
(Avant 1380)

[Extrait de la Vie de Charles V, par Christine de Pisan.]

Comment le roy Charles envoya querre17 une bonne dame de très-esleue18 vie.

Comme dit est, le sage roy Chartes, qui en vertu se délictoit, [et] toutes gens virtueux, de quelque estat qu’ils fussent, amoit et honnouroit, oy dire que à La Rochelle avoit une saincte dame de très-eslue vie et singulière en dévotion et discipline de vivre. Et mesmement tel degré avoit jà acquis devers Dieu, de ce que de grant affection requéroit, que on s’apercevoit que il luy avoit octroyé, et que moult avoit de belles révélacions de Notre-Seigneur.

Le roy, par message souffisant, manda par grant prière à ceste bonne dame, laquelle estoit nommée dame Guillemette de La Rochelle, qu’elle voulsist venir à Paris et que moult volentiers la verroit. Celle y vint ; le roy la receupt à grant chière, à elle parla longuement, et moult prisa ses dévotes et humbles paroles, son simple maintien et tous ses faiz, et affectueusement la requist que elle priast Dieu pour luy ; à laquelle chose tout se deist elle19 non digne d’estre exaulsée, s’offry de bonne voulenté.

La garde et administration de ceste bonne dame fu commise à celluy Gille Malet20, dont devant ay parlé, avec sa femme, en son hostel. Le roy luy fist faire de beauls oratoires de bois en pluseurs esglises, où d’estre longuement avoit dévotion ; comme à Saint-Marry (Saint-Merry) sa paroisse, aux Augustins, et ailleurs.

Car moult estoit femme solitaire et de grant contemplation ; et tant que j’ay oy recorder à gens dignes de foy, que, en sa contemplation, on l’a aucunes fois veue soulevée de terre en l’air, plus de deux piez. Le roy l’avoit en grant révérence et foy en ses prières, qu’il tenoit qu’elles luy avoient valu en certains cas.

Item Messire Burel de la Rivière21 ne pouvoit avoir enfans de sa femme qui à droit terme venissent22 ; de ce, luy et sa dame se recommandèrent aux prières de ceste dame ; de laquelle chose, pour leurs enfans, qui puis vesquirent23, avoient foy que c’estoit par l’impétracion de la bonne24 femme25.

II.
Ermine de Reims
(1340-1396)

Ermine était née en Picardie, vers 1340. De très-humble condition, elle avait épousé un pauvre homme nommé Regnauld. En 1384, elle vint, avec son mari, se fixer à Reims. Regnauld, âgé de soixante-douze ans, était infirme et incapable de subvenir à ses nécessités par le travail. En été, sa femme allait dans les champs couper de l’herbe. Elle cueillait aussi, dans les pâtures et les marais, d’autres plantes de peu de valeur, qu’elle vendait en ville. Telles étaient les faibles ressources, à l’aide desquelles les deux conjoints pourvoyaient à leur subsistance. Regnauld mourut peu après 1384, laissant Ermine âgée de quarante-six ans26.

Quelques amis et parents de la pauvre veuve lui conseillèrent de retourner en Picardie. Mais Ermine avait pour confesseur un religieux de l’ordre du Val des Écoliers, nommé Jean le Graveur, et sous-prieur du couvent de Saint-Paul à Reims. La dévotion de la pénitente avait excité l’intérêt de ce religieux, qui la retint à Reims et lui procura un logement situé en face de son église27.

Ermine avait atteint cette période critique de l’âge qui chez les femmes change le cours de leurs affections, sans diminuer leur sensibilité naturelle. Elle était entrée dans l’état de viduité, que l’estime publique au moyen âge plaçait moralement à un rang intermédiaire entre le mariage et le célibat, entre la vie laïque, ou profane, et la profession religieuse. La piété d’Ermine s’accrut et même s’exalta jusqu’au plus fervent ascétisme. Ici nous croyons convenable de céder la parole à l’un des précédents historiens ou hagiographes d’Ermine28.

Des apparitions qu’eut une simple femme nommée Ermine, et ce que Gerson en a escrit sur le dessein qu’on avoit de les publier.

Cette femme, de petite fortune, mais riche en dons du ciel, ayant coulé quelque temps dans le mariage, avec un nommé Regnault, dont le surnom est inconnu, s’addonna tellement à la dévotion après sa mort, sous la conduite, du sous-prieur de Saint-Paul, son directeur, que c’est merveille de lire les assauts qu’elle soutint et la victoire qu’elle remporta contre les démons, qui s’efforçoient, par mille spectres visibles et cris épouvantables, de la traverser dans ses exercices.

On rapporte qu’elle avoit coustume de se lever tous les jours à minuict pour ouïr chanter les matines, ouvrant sa fenestre, qui respondoit vers l’église de Saint-Paul, et de passer le reste de la nuict en prière et méditation ; qu’elle estoit perpétuellement couverte d’une haire et ceinte sur la chair de deux cordes de crin de cheval avec plusieurs nœuds. Elle s’addonnait aussi au jeusne, à l’obéissance, au mépris du monde et à toutes les macérations des plus rigoureux anachorètes, fréquentant les sacrements avec une si profonde humilité, que son directeur en estoit ravi.

Ayant passé près de quarante-cinq ans29 dans les pénibles exercices d’une très-rude et continuelle pénitence, approchant de la fin de ses jours, Dieu voulut éprouver sa fidélité, permettant aux démons de l’affliger au corps et en esprit, comme furent autrefois Job, saint Anthoine et quelques pères de la Thébaïde.

Ils l’attaquèrent donc l’un après l’autre, prenant d’horribles figures, d’hommes, de femmes, de géants, de nains, de lions, d’ours, de serpents et de dragons jettant feu et flammes par la bouche, par les yeux, et faisant mille postures pour l’effrayer par des rugissements et autres cris d’animaux hideux. Puis, changeant d’artifices, ces lutins prenoient tantost la forme d’un ange ou d’un saint personnage revestu en prestre, pour la décevoir par la feinte de quelques éclatantes apparitions, et tantost la forme de cavaliers armés de pied en cap ; l’ayant une fois transportée la nuict dans le bois de Nanteuil, où, elle se trouva au milieu d’un escadron de ces esprits damnés, qui faisoient retentir mille trompettes, et une autre fois sur le toict de la nef de l’église de Saint-Paul, la surhaussant en l’air avec d’horribles menaces. Mais comme elle avoit continuellement recours à l’assistance du ciel, par l’advis de son confesseur, aussi fut-elle consolée de temps en temps par la visite des bons anges et des saints tutélaires. Mesme, pour la fortifier davantage dans les vérités de la foy, Dieu luy fit la grâce de voir des apparitions miraculeuses au saint sacrifice de la messe, et d’entendre, l’espace de cinq heures, la nuict devant la feste des apostres saint Pierre et saint Paul, les célestes esprits chantant mélodieusement en l’église du Val-des Escoliers.

Elle eut un jour le bonheur de voir son fidèle conseiller, saint Paul le simple, changé en un globe de lumière au dernier adieu qu’il luy fit ; et la nuict veille de l’Assomption de la Vierge, priant à genoux devant sa fenestre, qui luy donnoit veue du costé de saint Paul, elle apperçeut deux voyes très-lumineuses qui alloient de la terre au ciel, le firmament revestu d’une beauté extraordinaire, la clarté des estoiles incomparablement plus grande que de coustume, et environ la minuict, le ciel s’estant ouvert par un redoublement de clarté, une dame vénérable, accompagnée de deux anges, descendit vers elle, ayant un manteau de drap d’or sur ses espaules, et le chef environné d’une couronne si resplendissante, qu’à peine pouvoit-elle les envisager pour les rayons qui en rejaillissoient ; si bien qu’elle demeura toute interdite.

Mais la dame, la resseurant, luy dit, d’une voix douce et harmonieuse : Ermine, ne crains pas ; je suis Marie, la mère de Jésus. Si tu ès ravie de ce qui se présente à tes yeux ; si tes sens, ton esprit et ton cœur sont touchés maintenant d’admiration, sçache que c’est peu de chose en comparaison des douceurs et des merveilles du paradis.

Elle ajouta encore d’autres paroles pour la consoler, puis disparut.

Ermine, considérant ces mystères avec attention, et estant surprise de la mélodie des voix et de la suavité des odeurs30 qui continuèrent encore depuis que la Vierge se fut retirée.

[…] Enfin la bonne et vaillante Ermine, ayant esté esprouvée comme l’or dans le creuset, et passé ses jours dans un merveilleux meslange d’angoisses et de consolations, trouva dans l’exercice de ses charités une occasion qui luy ouvrit le passage à la bienheureuse éternité : car ayant assisté jusqu’à la mort et enseveli une femme qui mourut de contagion, elle s’en sentit frappée le dimanche de l’octave de l’Assomption Notre-Dame. Dans cet estat, elle désira recevoir les sacrements de l’Église, pour s’armer contre les derniers assauts de Satan ; mais Dieu luy fit cette grâce de l’affranchir des terreurs à la closture de ses jours, puisqu’elle avoit tesmoigné tant de courage à les surmonter pendant sa vie.

Elle fut visitée de personnes de toutes conditions, qui furent tesmoins des dernières actions de sa vie. Ce n’estoit qu’extases, ravissements, allégresse et louanges, comme si elle n’eût ressenti aucun mal ; et pendant que son cœur s’épanouissoit à la veue des portes du ciel, sa belle âme se détacha des liens de son corps, pour jouir de la béatitude, le 25e aoust 1396, trespassant dans les joies et les douceurs, à pareil jour et heure que son doux Jésus avoit expiré sur la croix. Elle fut enterrée dans la nef de l’église de Saint-Paul du Val-des-Escoliers, près du grand portail d’en bas, où est à présent le chœur des filles ; et fut posée sur sa sépulture une petite tombe de pierre blanche, où sa figure est gravée avec cette inscription :

L’an mil trois cent quatre-vingt-seize,

Jour Saint-Louis,

Mourut Ermine,

Merveilles vit,

Et fut cy-mise31.

D’après le même récit, Ermine après sa mort apparut à une petite fille qui était malade. Ainsi commençaient les miracles qui, dans les vies de saints, servent en quelque sorte de préliminaires indispensables à tout procès de béatification.

Jean le Graveur, en de telles conjonctures, prit conseil de Jean Morel, prieur de Saint-Denis et pénitencier de l’église de Reims. D’un commun accord, ils envoyèrent à Paris le mémoire en question pour qu’il fût examiné. L’illustre Gerson, qui plus tard devait être également consulté sur la moralité de la Pucelle, était alors chancelier de l’Université. À cette époque (vers 1396) il jouissait déjà d’une haute renommée comme théologien. Il s’adjoignit Pierre d’Ailly, grand maître de Navarre et depuis évêque de Cambray, cardinal, etc., ainsi que plusieurs autres grands théologiens et jurisconsultes.

La réponse de Gerson nous a été conservée32. Il n’y a rien, dit-il, dans ce livre qui soit contraire à la foi… Mais plusieurs faits peuvent être interprêtés autrement que par le miracle. En conséquence, et attendu l’incrédulité obstinée de certains esprits de ses contemporains, il conseille à l’auteur de ne pas publier, quant à présent, son ouvrage33.

Le confesseur d’Ermine et le pénitencier de Reims se soumirent à l’avis du docteur parisien. Ils s’abstinrent de donner suite, quant à la mémoire de la pénitente, aux desseins, plus ambitieux, qu’elle avaient conçus. Aucune trace de canonisation, ni de miracles ultérieurs, ni de culte public proprement dit, relatif à Ermine de Reims ne nous est fourni par l’histoire34.

III.
La dame de Sillé-le-Guillaume, dite aussi Sainte-Jeanne-Marie de Maillé
(1332-1415)

Cette dame appartenait par sa naissance à la haute noblesse de France. Son père se nommait Hardouin VI de Maillé et sa mère Jeanne de Montbason, fille de Marie de Dreux35. Ces deux familles se distinguèrent dans la guerre de Cent ans par leur attachement à la cause royale ou nationale. Mais ces traditions politiques eurent peu de part, comme on verra, aux actions de la dame de Sillé, qui ne fit pas servir aux intérêts, positifs ou temporels, de ses contemporains les qualités morales dont elle était douée.

Ce que nous savons de cette pieuse personne est tiré d’un mémoire, ou panégyrique, dressé par Frère Martin de Bois-Gautier, son confesseur, et gardien ou chef des cordeliers de Tours. Ce mémoire tendait à obtenir finalement du pape la canonisation de la dame de Sillé. Nous emprunterons exclusivement à cette notice les traits nécessaires pour esquisser la vie et le caractère du personnage. Nous nous bornerons à copier ou abréger l’hagiographe, en lui laissant le mérite comme aussi la responsabilité de ses appréciations36.

La bienheureuse ou vénérable dont nous parlons était née au château de la Roche Saint-Quentin, près de Tours, le 14 avril 1332. Elle reçut au baptême le nom de Jeanne et à la confirmation celui de Marie. Âgée de six ans, elle commença de mener une vie contemplative. Toute jeune, elle quitta les vêtements de son rang, qu’on lui donnait, pour revêtir des habits de pauvre fille. Elle étudiait dès lors pour former son instruction, et à dix ans elle lisait, d’une manière aisée et experte, dans les livres français. À l’âge de onze ans, elle vit en songe la Vierge mère de Dieu, qui lui apparut accompagnée de son fils. La Vierge tenait en sa main un encensoir, rempli du sang de Jésus-Christ et encensait Jeanne, de cet instrument. Jeanne-Marie ne se glorifia pas d’un tel honneur. Mais elle fit peindre sur parchemin une image du crucifix, qu’elle portait entre sa poitrine et ses vêtements, ou parfois élevée dans ses mains37.

Lorsqu’elle parvint à sa douzième année, âge légal (au XVe siècle) du mariage pour les femmes, ses parents, qui la destinaient au monde, voulurent lui donner un époux. Mais Barthélémy de Montbason, homme probe et dévot, s’entremit providentiellement dans cette affaire. Jeanne avait eu pour compagnon d’enfance Robert de Sillé-le-Guillaume, gentilhomme du Maine et seigneur de cette terre. Robert, près de se noyer dans un étang, s’était vu redevable de la vie aux prières de sa jeune compagne, qui l’avait ainsi sauvé. Elle lui accorda sa main ; mais bien résolue à garder sa virginité. Le soir de leurs noces en effet, lorsqu’ils furent seuls, ils se mirent à réciter dévotement la vie des saints et renoncèrent à toutes les conséquences du mariage, y compris la postérité. Tout cela avait été fait d’un concert prémédité secrètement, entre l’aïeul, la fiancée et le fiancé lui-même38.

Jeanne, à la suite de cette union, devint éthique, phtisique et hydropique. Elle demanda non pas à la médecine mais au ciel sa guérison, et l’obtint.

Robert de Sillé combattit à Poitiers, en 1356, avec le roi Jean, contre les Anglais, et fut grièvement blessé. Durant la captivité du roi en Angleterre, le Maine fut envahi par l’ennemi ; le château de Sillé, pris par Robert Knolles39 ; le seigneur, réduit en captivité et mis à une forte rançon. Détenu au château de la Gravelle, l’époux de Jeanne se vit privé de nourriture par son maître ou vainqueur, pour le forcer à se racheter. Pendant neuf jours, il ne but que son urine. Jeanne-Marie adressa de ferventes prières à Notre-Dame, et Robert, miraculeusement délivré, revint sain et sauf prendre possession de son manoir.

Le seigneur de Sillé mourut en 1362. Il fut inhumé en l’église collégiale de Notre-Dame de cette ville. Jeanne, après ses obsèques, veuve et toujours vierge, fut évincée de sa propre demeure et dépouillée de ses biens. Elle se retira donc à Maillé, près de sa mère, qui lui apprit à préparer, suivant l’usage, des onguents pour les blessés. Jeanne vaquait surtout aux oraisons. Un jour, comme elle priait dans la chapelle, saint Yve de Bretagne lui apparut, tout habillé de blanc. Si tu veux, lui dit-il, abandonner le monde, tu connaîtras dès à présent les joies du ciel ; et, la saisissant à bras, il l’enleva de terre. Jeanne, dans ce ravissement, ressentit comme un avant goût des délices du paradis40.

La veuve n’avait que trente ans ; divers partis recherchèrent sa main ; son frère (Hardouin VII de Maillé) la pressa d’en choisir un. Mais Jeanne était fiancée à l’époux mystique : elle n’en voulut jamais accepter d’autre. Jeanne-Marie joignait à la prière les œuvres pies. Elle assistait à de nombreuses prédications, qui souvent avaient lieu en plein air, et les écoutait, humblement assise sur le sol, au pied des prédicateurs. Elle distribuait aux indigents des aumônes, des vivres, des électuaires, et à défaut de ressources matérielles, elle leur prodiguait de charitables démonstrations. Elle recherchait les malades, les lépreux, et parmi ceux-ci les plus répugnants, les plus abandonnés, pour les soigner de préférence. Elle portait une haire ou ceinture de fer hérissée de deux rangs de pointes et en outre un ciliée de crin de cheval, appliqués sur sa peau. Elle jeûnait presque sans interruption, pour macérer sa chair, et ce régime la fit retomber malade. Prête à en périr, elle adressa au fils de Dieu cette prière : Faites, Seigneur, que je ne meure pas chargée des biens de ce monde, d’autorité temporelle et de possessions terriennes41. Après ce vœu mental, la vue, la parole, qui l’avaient quittée, lui revinrent ; elle se fit servir un plat de lapin, et ayant pris cette nourriture, elle recouvra la santé.

Excitée de plus en plus dans sa dévotion, Jeanne-Marie alla trouver l’archevêque de Tours, et fit vœu, entre ses mains, de chasteté perpétuelle. Pour y mieux réussir, elle évita toute assemblée, tout contact du monde ; dormant à la dure et réfrénant ses sens par une extrême sobriété de boire et de manger. Afin d’éviter la perte du temps, elle lisait dans une bible que la reine de Sicile, Marie de Bretagne, lui avait prêtée par charité, et dans les légendes des saints. Elle changea encore de vêtements ; et, au lieu des habits du monde, elle prit ceux d’une solitaire : aussi l’appelait-on par dérision l’ermitesse.

Le démon, ennemi des bonnes œuvres, l’épiait. Un jour, durant qu’elle priait en la basilique de Saint-Martin de Tours, tout à coup une femme folle et furieuse, à la suggestion du diable, saisit une énorme pierre et la lança cruellement dans le dos de la sainte, agenouillée ou prosternée. Jeanne, ainsi frappée, devint insensible ; et pendant une heure on la crut morte. Elle fut portée chez elle par les soins de ses clientes, ou disciples en dévotion42, et la reine de Sicile lui envoya son chirurgien, pour la visiter. Mais les reins étaient brisés, la substance des vertèbres détruite : le chirurgien la déclara incurable. Toutefois, par la grâce du Médecin qui est au ciel, elle guérit. Seulement, elle conserva toute sa vie une déclivité locale de la colonne vertébrale, offrant une cavité de la grosseur d’un œuf ; mais sa taille demeura droite, et elle ne perdit rien de son agilité, au rapport de personnes qui la virent et palpèrent.

Fidèle au vœu qu’elle avait formé, la dame de Sillé commença par donner, sous forme d’acte authentique, aux chartreux du Liget, son manoir natal des Roches Saint-Quentin. Puis, en présence de son frère, elle fit l’abandon de tous ses autres biens héréditaires, et de tous ses droits, titres, ou prétentions à son patrimoine. Cela fait, elle quitta sa famille ainsi que la maison paternelle, et, revenant à Tours dans le plus misérable état, elle se logea en premier lieu, à loyer chez un bourgeois, et vécut de mendicité. Le propriétaire n’étant pas payé d’elle la chassa assez durement de sa maison, au bout de quelques années. Jeanne, ainsi délivrée de tout souci mondain, se mit à errer ; visitant les églises, les lieux saints pour gagner les indulgences. Souvent le jour tombait et la trouvait encore à jeun ; alors elle tendait la main aux pauvres, car les siens, les personnes de son rang avaient rompu avec elle. C’est ainsi qu’elle se nourrissait, par charité, couchant dans des réduits en ruines, sous des hangars où des porcs et des chiens étaient parfois remisés.

Un jour de Pâques, complies étaient déjà dites, et, à cette heure avancée dans ce jour de fête et de gala, la fille des Montbason et des Maillé n’avait pas reçu de quoi manger. En cette extrémité, une religieuse de Beaumont, qui s’était liée avec elle, la ramena au domicile où Jeanne avait déjà logé. La sainte dame s’entremit à poursuivre, par les places et dans les rues, les femmes de mauvaise vie, qui pullulaient à Tours, afin de les réformer. Une d’elles, qu’elle maria à Bourges, lui voua de ce bienfait une constante gratitude. Jeanne-Marie entra ensuite à l’hospice de Tours, comme servante. Parmi les malades à qui elle donnait ses humbles soins, se trouvait un fiévreux, qui désirait ardemment et demandait du raisin. La sainte n’avait qu’un denier. Elle sort, va sur le marché, achète du raisin et le donne au malade. L’effet de ce laxatif fut tel que le lit du fiévreux en fut tout souillé, irritées, les autres servantes, s’ameutèrent contre la sainte et l’expulsèrent de l’hospice.

Ainsi dépourvue d’asile, Jeanne-Marie erra de nouveau. De plus en plus exaltée par la macération, dans cet état d’ascétisme, elle dominait la vie animale, réduisant ses fonctions au minimum du possible ; vaguant, le jour, de moutier en moutier, y couchant la nuit ; se plaisant aux lieux déserts ; mendiant l’hospitalité chez les porchers de sa famille ; dînant avec eux, au bas bout de la table ; chez le cocher de sa mère, qui conduisait la litière à chevaux de Jeanne de Montbason. Elle vivait souvent d’eau saumâtre et de fruits sauvages : mais une vie spirituelle l’enflammait et l’illuminait. Elle était fréquemment ravie en extase ; consolée de radieuses visions ; honorée personnellement de miracles : comme de changer l’eau qu’elle buvait en un vin pur et salutaire. Après avoir ainsi parcouru ces gîtes éphémères et fortuits, elle finit par venir à Tours visiter les frères Mineurs, qui, sur ses ardentes supplications, et après avoir consulté leur provincial, consentirent à lui donner asile dans les dépendances de leur couvent, à titre d’hôtesse.

L’ex-dame de Sillé poussait le renoncement et la pratique des austérités chrétiennes jusqu’à exciter le dégoût de quelques-uns et le dédain de ses proches. Mais ce genre de pratiques, universellement reconnu comme un attribut de sainteté, lui valait aussi l’admiration et la haute estime de certains appréciateurs, même nombreux et très-haut placés. Louis Ier, duc d’Anjou, roi de Sicile, et la reine son épouse, Marie de Bretagne, ayant eu un fils, Jeanne-Marie de Maillé fut choisie, par ces illustres parents, pour lever cet enfant sur les fonts du baptême. La marraine conserva très-activement près du royal filleul son office et son autorité de mère spirituelle, en le catéchisant avec beaucoup d’influence et de succès, dès le berceau.

Jusque là, elle avait scellé, pour ses affaires, d’un sceau aux armes de Maillé43. Mais une fois admise chez les franciscains, laissant aux vains cette vanité, elle quitta son sceau héraldique et s’en fit faire un autre, blasonné aux armes du Christ et orné des signes de la Passion44.

On lui envoyait des douceurs alimentaires : elle les distribuait aux malades, aux vieillards, aux femmes en couche. Pour elle, elle vivait toujours d’aumône, mangeait du pain bis et des légumes crus. Elle assistait à tous les offices, à tous les pieux exercices. Lorsque son faible corps était réduit par la fatigue, et que les frères avaient quitté l’église, elle se couchait à cru sur la pierre du maître-autel et y passait la nuit. Priait-elle : elle appliquait sa bouche dans la poussière ; en confession, elle se jetait de la terre sur la tête et se signait de terre au front. Elle s’agenouillait à nu sur le sol ; si bien qu’elle avait à chaque rotule un durillon, comme les chameaux : c’est ce qui fut remarqué par témoins un jour que, par nécessité, il fallut lui laver humblement les pieds et les jambes. Avant de communier, ses macérations la faisaient pâle comme une morte ; mais à peine avait-elle reçu l’Eucharistie, qu’enflammée de l’amour divin, sa face s’empourprait comme une rose de mai. Elle éclatait alors en hymnes délicieux et inspirés, ses yeux étaient inondés de larmes ; ainsi le prouvent des cahiers écrits de sa main et remplis de saints cantiques.

Vêtue comme une pauvresse, certain jour, elle sortit de la ville et conduisit deux frères du couvent vers un ermitage des environs. Là, elle prophétisa plusieurs événements qui devaient arriver au royaume : que le roi de France viendrait bientôt, et par quelle porte. Quelques années plus tard, le roi vint à Tours. Au moment d’entrer, il changea son itinéraire et accéda précisément par la porte annoncée. La sainte eut pour introducteur le duc Louis d’Orléans ; elle alla trouver le roi au château de Tours, où il faisait sa demeure. Elle l’entretint longuement et secrètement. Trois ans plus tard, elle se rendit à Paris, rencontra le roi aux célestins, et eut accès auprès de Sa Majesté, dans son palais de Saint-Paul. Là elle conféra plus longtemps encore. Mais quant à ce qu’elle lui dit, le roi seul, après Dieu, en a conservé le secret.

Quoique dénuée de tout bien, elle recevait de riches présents, qu’elle transmettait aux églises. C’est ainsi qu’elle donna au roi Charles VI une portion d’un vase ayant appartenu à saint Martin de Tours, en le suppliant de conserver ce fragment dans sa Sainte-Chapelle. C’est ainsi qu’elle orna de ses dons plusieurs églises et fit restaurer des édifices religieux, notamment ceux du couvent où elle était reçue.

Jeanne-Marie fut également accueillie auprès de la reine (Isabelle de Bavière) et demeura toute une semaine auprès d’elle. Durant le séjour du roi à Tours, la sainte obtint de lui la libération des prisonniers, condamnés pour crimes et quelques-uns à la peine capitale.

Elle veillait à ce que les enfants ne mourussent pas sans baptême. Jeanne fit dire des prières pour la cessation du schisme pontifical. Elle enseignait à tous les louanges du Seigneur. Elle dressa même à cette intention une pie qui lui avait été offerte lors de son séjour à l’oratoire de Notre-Dame des Vaux de la Planche. Elle lui répétait : loué soit Dieu ; et la petite bête, suivant partout la sainte préceptrice, agitait sa tête en la voyant, et s’efforçait de redire sa pieuse leçon.

Enfin, après mains autres miracles ou actions de ce genre, elle mourut, le 28 mars 1415, âgée de quatre-vingt-deux ans. Aussitôt son corps, pur, sain, blanc comme l’albâtre ou l’ivoire, et toujours pourvu du signe virginal, resplendit d’une fraîcheur et d’une beauté juvéniles. Le lendemain, elle fut inhumée en habit de Sainte-Claire, dans l’église des frères mineurs de Tours, qui étaient ses hôtes, et de jour en jour une multitude de miracles se produisirent sur son tombeau.

Sa sépulture eut lieu devant le maître autel. Dès lors son image fut placée sur l’autel même et offerte à la vénération publique ; vénération qui, du reste, pour elle comme pour plusieurs de ses contemporains45, avait commencé de son vivant par la libre initiative des fidèles46. L’année même de sa mort une enquête pour sa canonisation s’ouvrit à Tours avec la permission de l’archevêque, nommé Ameil [de Maillé], et que nous croyons avoir été le propre frère de Jeanne-Marie47.

Ces préliminaires de béatification se produisirent avec le concours de Jacques de Bourbon, roi de Hongrie, comte de la Marche, etc., allié à la maison d’Anjou, lequel ne mourut qu’en 1438.

Parmi les témoins, qui prirent part à cette enquête, on remarque Yolande, d’Aragon, qui habitait alors son palais royal à Tours, où le gardien des cordeliers envoya requérir sa déposition. La reine de Sicile témoigna qu’elle et son mari (Louis II, mort en 1417), avaient, grande confiance dans les mérites de Jeanne-Marie, à cause de sa sainteté ; que dans leurs adversités ils avaient invoqué le recours de ses prières, et qu’ils attribuaient à cette intercession les consolations qu’ils, avaient reçues à travers les épreuves de leur vie. Elle ajouta qu’elle-même, vers 1414, étant malade du horion, affection alors régnante, elle invoqua sainte Jeanne-Marie de Maillé ; la vit en songe, qui étendait sur sa tête malade sa robe (à elle Jeanne), ou surtout de recluse ; qu’elle (Yolande) toucha de sa tête le genou de la sainte, et qu’elle recouvra ensuite par ce moyen la santé48.

Marie Chamaillart, duchesse d’Alençon et comtesse du Perche, écrivit une lettre autographe, qui figure également au texte de cette enquête. Cette dame était femme de Pierre II et mère de Jean duc d’Alençon, si célèbre sous le règne de Charles VII. Elle mourut en 1425. La duchesse d’Alençon tenait pour sainte sa cousine, ou alliée, Jeanne-Marie de Maillé, et la traitait comme telle. Elle attesta plusieurs miracles, qu’elle attribuait aux vertus de Jeanne-Marie. Elle mit au monde sa dernière fille en invoquant cette sainte le 28 mars 141449, jour même où cette dernière cessait de vivre. Elle portait toujours sur elle des onguents composés par Jeanne-Marie. En 1415, son fils, Jean, duc d’Alençon, alors âgé de vingt ans, avait mal aux yeux. Il fit usage de cet onguent et guérit. Ce dernier miracle est rangé parmi les autres, et fait partie de la déposition écrite et signée de la duchesse50.

Yolande d’Aragon et Jean duc d’Alençon étaient donc parfaitement instruits de ce qui concernait Jeanne-Marie de Maillé. Tous deux furent au nombre des personnes qui accordèrent dès le principe à Jeanne Darc et qui lui conservèrent fidèlement un accueil et un concours sympathiques.

La canonisation authentique de Jeanne-Marie de Maillé ne fut jamais édictée par la cour de Rome ; mais, aux termes d’une bulle d’Urbain VIII, son culte fut toléré ainsi que pour une foule d’autres bienheureux, comme étant consacré par une tradition séculaire.

IV.
Marie Robin ou la Robine, dite aussi La Gasque d’Avignon51, sous Charles VI
(1398-1406 ?)

En 1456, lors du procès de réhabilitation, Jean Barbin, l’un des principaux conseillers de Charles VII, déposa qu’il était à Poitiers quand Jeanne y fut examinée en 1429. L’un des clercs qui prirent part à ces examens, nommé Jean Érault rapportait, en délibérant sur ce sujet, avec ses collègues, qu’il avait autrefois entendu parler d’une certaine Marie d’Avignon, laquelle en son temps était venue trouver le roi. Cette femme avait dit à Charles VI que le royaume subirait de grandes calamités. Elle ajouta qu’elle avait eu plusieurs visions touchant la désolation du royaume. Entre autres points qui l’inquiétaient, elle voyait diverses armures qui lui étaient présentées ; ce dont ladite Marie était très-épouvantée, redoutant d’être contrainte à revêtir ces armures. Mais il lui fut répondu qu’elle ne craignit pas ; qu’elle ne porterait point ces armes ; que cette mission était réservée à une pucelle qui la suivrait ; que celle-ci porterait ces mêmes armes et délivrerait de ses ennemis le royaume de France. Jean Barbin croyait fermement que Jeanne la Pucelle était bien celle dont avait parlé Marie d’Avignon52.

Charles VII, en 1441, vint à Paris53. Durant son séjour dans cette capitale, selon toute apparence, un nommé Jean du Bois lui adressa un écrit qui nous est resté. L’auteur paraît avoir été dans la condition de clerc marié et père de famille, qui se piquait à la fois de politique et de théologie. Joignant l’astrologie à une dévotion quelque peu exaltée, il s’entremettait, comme tant d’autres, des affaires publiques, et ne laissait pas, en prophétisant, d’interpeller le roi et de lui donner des conseils, pour diriger sa conduite. Dans cet écrit, à peu près inconnu, l’auteur admoneste Charles VII et l’exhorte à achever l’expulsion des Anglais. Comme moyen de reconquérir la protection divine et la bonne fortune, il l’adjure de réformer l’Église ; de lui rendre, avec la sainteté qu’elle a perdue, le respect qu’elle mérite et surtout de réprimer l’habitude des jurements ou blasphèmes, dont la sacrilège manie a, dit-il, gagné jusqu’au fils unique du roi54.

Jean du Bois n’y dit pas un mot de la Pucelle, ni des prophéties qui lui avaient été appliquées. Mais il argumente perpétuellement de révélations, de prophéties et astrologie. Il invoque nommément, entre autres astrologues, Maîtres Gieuffroy (ou Geoffroy) Lymart, Vassigny (ou Bassigny) Jehan de Pensorio, de l’ordre de Saint-Benoist ; Me Joachin, Me Brunlyngton (ou Burlington), Anglais, et aussi les prédictions de la sibylle de Rome, l’une des sibylles de l’antiquité.

Il s’appuie surtout de Marie Robine, dite la Gasque d’Avignon, et paraît avoir eu particulièrement entre les mains les témoignages écrits de cette prophétesse. Répliquant à une objection supposée, l’auteur s’exprime en ces termes : A ce je respons, selon ce que dit Marie Robine, dite la Gasque d’Avignon, en une vision que Dieu luy démonstra, comme elle récite en icelle vision55, comment Dieu mandoit au roi de France, par ladite Marie, que il ne fist, ne permist estre fait substraction audit pape (Bénédict), mais l’empeschast56.

Bénédict, ou Benoît XIII, était l’antipape qui fut élu en 1394 concurremment avec Boniface IX. Il résidait à Avignon et parvint à se faire reconnaître en France. La première controverse qui s’éleva au sujet de la soustraction, ou renonciation à l’autorité de Benoît, remonte à 1398. Ces débats se renouvelèrent, notamment en 1406, époque où l’archevêque de Tours [Ameil de Maillé] vint défendre à Paris la cause de Benoît de Lune, qui était aussi la cause de la Gasque d’Avignon. Jeanne-Marie de Maillé s’était aussi entremise comme prophétesse, ou illuminée, de cette grande question du schisme, qui troublait et préoccupait toute la chrétienté57.

On trouvera dans l’écrit de Jean du Bois quelques autres traits relatifs à la Gasque d’Avignon. Nous nous, contenterons d’y renvoyer le lecteur58.

V.
Sainte Brigite de Suède
(morte en 1373, canonisée en 1417.)

Sainte Brigite, Birgite, ou Brigide, mourut à Rome, en odeur de sainteté, ainsi que sa fille, sainte Catherine de Suède. Brigite s’était surtout distinguée par ses visions et ses révélations, qui furent un sujet de controverse entre les docteurs. Toutefois la renommée, la popularité de la prophétesse suédoise, s’accrut et se confirma dans les premières années du quinzième siècle. Dès 1391, Boniface IX l’éleva, par une bulle solennelle, au rang des saints. Le concile de Bâle, qui dominait le siège apostolique disputé ou vacant, se prononça en faveur de Brigite (1417), et dès lors sa canonisation fut considérée comme définitive. Ses écrits reçurent ainsi une sorte d’autorité doctrinale.

En 1414, l’évêque de Norwich, ambassadeur d’Angleterre, s’autorisait de sainte Brigite et de ses pronostics, dans une harangue politique qu’il adressait à Charles VI, roi de France. L’auteur allemand d’une consultation judiciaire, ou mieux théologique, rédigée en 1429, au sujet de la Pucelle, alléguait comme un antécédent favorable la vie merveilleuse de sainte Brigite. Elle est également invoquée par l’Écossais Walter Bower, contemporain de la Pucelle et auteur d’une chronique où il rapproche la sainte de l’héroïne. Bower rattache la mission de Jeanne aux prophéties anti-anglaises de Merlin et à celles de la princesse de Suède. Celle-ci, dit-il, rapporte, en parlant des Français, qu’il n’y aura jamais de paix ferme et tranquille en ce royaume, et que les habitants ne pourront y jouir des biens de la concorde et de la sécurité, tant que le peuple n’aura pas apaisé, par quelque grand acte de piété et d’humilité, la colère divine, que lui ont attirée ses offenses et ses péchés postérieurs59.

VI.
Catherine Sauve
(brûlée à Montpellier en 1417.)

Un historien de Montpellier60 rapporte le fait suivant d’après le Thalamus ou Mémorial authentique de cette ville :

En 1417 (dit cet historien), l’évêque de Magnelonne (Montpellier), avec le lieutenant du gouverneur et le recteur de l’Université, assistèrent à l’exécution de la sentence prononcée par Raymond Cabasse, vicaire de l’inquisiteur de la foi, contre Catherine Sauve, recluse de la porte de Lates, qui, s’étant échauffée le cerveau dans sa retraite, débitoit à ceux qui venoient la voir plusieurs erreurs, dont voici les principales :

Que les enfans qui mouroient après le baptême et avant l’usage de la raison ne pouvoient être sauvez, puisqu’ils ne croyoient pas ;

Qu’il n’y avoit eu de vrai pape, d’évêque, ni de prêtre, depuis que l’élection des papes se faisoit sans miracle ;

Que l’Église catholique consiste seulement dans les hommes et les femmes qui mènent la vie des apôtres et qui aiment mieux mourir qu’offenser Dieu, tous les autres étant hors de l’Église ;

Que le baptême reçu d’un mauvais prêtre ne sert de rien pour le salut ;

Que les mauvais prêtres ne sçauroient consacrer le corps de Jésus-Christ, quoiqu’ils profèrent les paroles sacramentelles ;

Qu’elle ne pouvoit adorer une hostie consacrée, puisqu’elle ne voyoit pas que le corps de Jésus-Christ y fût ;

Qu’il ne falloit pas se confesser à un prêtre, mais seulement à Dieu, et qu’elle aimeroit mieux se confesser à un prud’homme laïque qu’à un prêtre ;

Qu’un mari et une femme ne peuvent sans péché se rendre le devoir conjugal ;

Qu’après la mort il n’y a point de purgatoire, parce qu’il faut le faire dès cette vie.

Pour toutes ces erreurs (continue l’historien), qui reviennent à celles des anabaptistes et des sacramentaires, elle fut condamnée au feu, qu elle souffrit à la Portalière, auprès du couvent des FF. prêcheurs ; et l’usage s’étant introduit de punir en ce même lieu les personnes accusées de sortilège, le peuple s’accoutuma de l’appeler le Portail de las Masques, qui, en langage du pays, veut dire sorcières.

Catherine Sauve était originaire de Thon en Lorraine (duché de Bar), à peu de distance de Domrémy. Ainsi que la Gasque ou Bobine d’Avignon, ainsi que sainte Ermine de Reims, sainte Colette de Corbie et tant d’autres, elle avait vécu de la vie contemplative et ascétique. Elle avait pour demeure un réclusoir dont on ignore l’emplacement exact, mais qui devait communiquer soit avec l’église du couvent des FF. Mineurs, soit plutôt avec la chapelle de l’hôpital Notre-Dame ou Saint-Éloi de Montpellier61.

Sa doctrine se rattachait, dit-on, à celle des Albigeois et des Cathares. Elle fut exécutée en grande pompe, le 2 octobre 1417, en présence de toutes les autorités religieuses et civiles.

Cependant ce spectacle de mort, pour crime de pensée, la vue de cette femme brûlée à cause de ses convictions, ne laissa pas de soulever dans la population qui en était témoin quelques protestations. Car le dimanche suivant, ou huit jours après le supplice, R. Cabasse vice-inquisiteur monta en chaire et se défendit contre aucunes personnes qui murmuroient que la recluse avoit été exécutée injustement62.

VII.
Sainte Catherine de Sienne
(morte en 1380, canonisée en 1461.)

Née en 1347, Catherine était fille d’un assez pauvre foulon ou teinturier de la ville de Sienne en Italie. Elle se distingua de bonne heure par sa piété, son intelligence, ses lumières, ses austérités, et s’acquit ainsi parmi ses contemporains la renommée et le rang de sainte. Elle entra dans les ordres religieux, en s’associant à la règle dominicaine. Sienne, l’une des plus puissantes républiques italiennes, était au quatorzième siècle l’un des principaux foyers de la vie, si active et si chaleureuse, de cette fourmilière de cités rivales. L’art, l’agitation politique, la piété, le commerce, la guerre, le plaisir, la controverse religieuse, y trouvaient à la fois un théâtre et un emporium. L’action et la renommée de la nonne siennoise s’étendirent bien au-delà des murs de son couvent et de sa ville natale.

En 1375, elle fut chargée de négocier et de s’interposer, comme arbitre, entre les Florentins révoltés et le pape Grégoire XI, qui résidait à Avignon. Elle prit part à l’importante question du séjour des papes et contribua puissamment à rétablir à Rome le saint-siège. Vers le même temps, elle écrivait à Charles V, roi de France, sur la question du schisme et sur les intérêts les plus élevés de la politique, au point de vue de la chrétienté. Il nous est resté un recueil de ses lettres, adressées au pape, aux cardinaux, aux podestà d’Italie et autres puissances. Toutes sont dictées avec des formules humbles et courtoises, mais sur le ton de l’autorité63.

Sa renommée ne fît que s’accroître après sa mort. L’art, qui brillait alors à Sienne, servit principalement à entretenir le culte de son souvenir. Catherine mourut dans la trente-troisième année de sa vie. En 1367, âgée de vingt ans et déjà célèbre, elle avait été représentée par le Siennois André Vanni, peintre, qui fut aussi le premier magistrat de sa patrie et à qui la pieuse dominicaine écrivit comme conseillère politique. Ce précieux et intéressant portrait se voit encore en l’église de Santo-Domenico et constitue l’un des nombreux monuments de ce genre que nous a laissés la féconde école qui florissait à Sienne au quatorzième siècle64.

L’image et le culte de la jeune sainte se conservèrent ainsi dans sa ville natale, où un oratoire, une église, qui subsiste également, ne tarda pas à s’élever sur l’emplacement de sa maison natale. L’année même où elle mourut, saint Bernardin de Sienne vint au monde. Nous reparlerons bientôt de cet apôtre. Enfin le pape Pie II, né et élevé sous les noms d’Énée Piccolomini, était aussi natif de Sienne. Dans sa jeunesse, pétulante et orageuse, il connut Bernardin, qui commençait sa carrière apostolique et qui voulut le convertir. L’auteur du roman peu ascétique d’Euryale et Lucrèce, c’est-à-dire Énée Piccolomini lui-même, raconte qu’un peu plus, à la voix de l’éloquent prédicateur, il allait se faire moine. Mais il résista et prit un autre chemin. Après avoir connu le monde, tout en suivant la carrière de l’Église, Pie II finit par s’asseoir à son tour sur le trône de Saint-Pierre. Albert, duc d’Autriche, Sigismond de Hongrie, qui furent empereurs, et d’autres potentats, sollicitaient depuis longtemps la canonisation de Catherine. L’État de Sienne s’associait aux mêmes instances. Énée Piccolomini, qui avait singulièrement élevé dans son pays son nom et sa famille, érigea le siège épiscopal de Sienne en archevêché (où il plaça son neveu). Il ne négligea rien pour agrandir le lustre physique et moral de la cité qui lui avait donné naissance. Pie II condescendit aisément au suffrage universel de l’opinion publique, en inscrivant au catalogue sacré sainte Catherine de Sienne65.

VIII.
Saint Vincent Ferrier, mort en 1419, Saint Bernardin de Sienne, mort en 1444, FF. Richard, Jean de Gand, Didier, etc., leurs disciples. Thomas Couette — Évangile éternel. Antéchrist. Nom de Jésus.

Saint Vincent Ferrier
(1357-1419)

Saint Vincent Ferrier naquit à Valence en Espagne, le 23 janvier 1357. Âgé de dix-sept ans, il embrassa la règle de saint Dominique. Docteur en théologie à Lérida, il fut apprécié par le cardinal de Lune, qui l’emmena en France. Ferrier vint à Paris, où il composa divers ouvrages. En 1394, le cardinal ceignit la tiare, comme antipape. Il manda près de lui ce brillant théologien, le nomma son confesseur et lui accorda la plus grande privauté. Vincent n’en usa que pour presser son pénitent de déposer une couronne que lui, Vincent, regardait comme illégitime. L’antipape résista et le docteur dut s’éloigner66.

Il parcourut alors la France, l’Angleterre, l’Écosse, l’Irlande, l’Espagne, l’Italie. Doué d’une souveraine éloquence, il s’assimilait avec une merveilleuse facilité les langues étrangères, et partout il attirait par sa parole d’innombrables auditeurs. Rois, princes, prélats, gens d’église, étaient comme les plus humbles serfs, les justiciables de son inexorable sévérité. Mais s’il reprenait avec vivacité les vices de chacun, son cœur débordait d’une immense charité, qui s’étendait à l’humanité tout entière. Partout il évangélisait les nations, renouvelant la parole de paix, et tirait des fruits actuels de ce verbe de vie67.

Les plus hautes questions de dogme, de controverse doctrinale, de politique intérieure ou internationale, lui étaient soumises spontanément, comme à un arbitre également accrédité par sa science et par son caractère. C’est ainsi qu’en Aragon il désigna, parmi les compétiteurs qui se disputaient la couronne, celui qui avait le plus de droit à l’obtenir, et qui l’obtint en effet d’un consentement unanime. Saint Vincent traversa plusieurs fois la France. Il se rendit notamment, vers 1417, en Bretagne, après avoir pris part au concile de Constance, où il se prononça définitivement contre l’antipape Benoît XIII. En Bretagne, il fut accueilli avec une tendre piété, avec une affectueuse vénération, par la duchesse Jeanne de France, princesse distinguée, sœur de Charles VII. Au mois de mars 1429, Vincent se rendit à Caen. Là, il eut une entrevue avec Henri V, qui envahissait la Normandie. L’apôtre médiateur plaida la cause de la France et pressa le roi anglais de ne pas continuer une injuste agression, mais vainement. Henri V refusa d’entendre à cette tentative de conciliation, à cette œuvre de paix, qui devait être l’un des derniers travaux de l’apôtre. Celui-ci revint à Vannes, où il mourut le 5 avril de cette même année68.

Vincent Ferrier, continuant une tradition particulièrement vivace dans les ordres de saint Dominique et de saint François d’Assise, interpréta l’Apocalypse ; et, joignant à ses propres inspirations les avis qu’il avait recueillis de la bouche de saints personnages, il annonça la venue de l’Antéchrist, la nécessité d’une nouvelle expiation et autres prophéties de ce genre. Ces annonces furent contestées comme l’avaient été celles de ses précurseurs ou devanciers. Elles furent même incriminées comme hérétiques. Sa doctrine n’en jouit pas moins, ainsi que le docteur, d’une immense et profonde popularité, notamment en France. En 1455, Calixte III occupait le saint-siège. Natif de Valence comme Ferrier, celui-ci avait prédit au jeune Valencien sa future élévation au pontificat. Le roi d’Aragon et le duc de Bretagne, fils de la duchesse Jeanne, sollicitèrent la canonisation du nouvel apôtre des Gaules. Calixte III prononça cette canonisation, et dans le même temps accorda les pouvoirs nécessaires pour amener en cour ecclésiastique la réhabilitation de Jeanne Darc69.

Saint Bernardin de Sienne
(1380-1444)

Saint Bernardin succéda, comme nous l’avons dit, à sainte Catherine de Sienne. Il continua également l’œuvre de saint Vincent Ferrier. En 1402, âgé de vingt-deux ans, il entra chez les frères mineurs franciscains ou cordeliers de Sienne, dits de l’Observance, et devint plus tard (1438) vicaire général de son ordre. Les prophéties relatives à l’Antéchrist préoccupaient tous les esprits contemplatifs. Nicolas de Clamenges et Jean Huss, en dehors des réguliers, avaient pris ce sujet pour thème de leurs écrits. Cette tradition, comme on sait, appartenait plus particulièrement aux religieux du tiers ordre. Bernardin marcha sur les vestiges de Vincent : il commenta aussi l’Apocalypse et l’Antéchrist70.

Saint Bernardin répandit parmi les peuples, et surtout en Italie, sa charité cosmopolite et les flots de son éloquence. Dans cette péninsule morcelée, remuante, les agitations de la politique et les rivalités de toute sorte suscitaient pour ainsi dire devant l’apôtre à chacun de ses pas, des dissensions et des conflits. Tout en poursuivant l’œuvre mal éteint de l’Évangile éternel71, que les mendiants et le tiers ordre s’étaient donné à tâche et légué dès leur institution, le successeur de sainte Catherine et de saint Vincent préconisait parmi eux le nom de Jésus, comme un symbole de paix, comme un signe de ralliement et de conciliation. Bientôt il fit de ce signe un emblème tout spécial d’édification et de propagande. En 1426, disent ses hagiographes, à Viterbe, il prêchait le carême devant le peuple. À la fin de chaque entretien, il montrait un tableau où le nom du Christ était peint en lettres d’or et entouré de rayons lumineux. Aussitôt les assistants fléchissaient le genou en signe d’adoration72.

Dès te quatorzième siècle, un ordre spécial, celui des Jésuates, était né en Italie. De là il passa les monts et s’établit pour quelque temps à Toulouse, en 1425. Plus tard, Jean de Capistrano, l’auxiliaire de Scanderbeg et disciple de Bernardin, invoqua le nom de Jésus contre les Turcs. Le pape Pie II, en 1459, voulut créer sous cette invocation un ordre militaire. Guillaume de Tourettes, Français, devait être préposé à cette milice, et le pape écrivit sur ce sujet à Charles VII une lettre curieuse qui nous a été conservée. En Italie, les monuments publics se décorèrent à l’envi du nouveau symbole, que le voyageur rencontre encore, peint sur les vitraux à l’intérieur des églises, ou sur le frontispice même d’édifices civils, tels que le palais de la seigneurie à Florence, à Sienne, à Viterbe et ailleurs. Les nombreux portraits de saint Bernardin et de ses principaux émules et disciples sont également caractérisés par cet emblème73.

Bernardin mourut à Aquila, dans l’Abruzze, le 20 mai 1444, et fut canonisé en 1450 par Nicolas V74.

René d’Anjou, en 1438, avait entendu à Naples le célèbre observantin, qui devint son confesseur et son patron spirituel, Ce prince, artiste et bâtisseur, contribua puissamment à la propagation du culte de saint Bernardin dans ses États de France. Mais l’influence et la doctrine de l’apôtre y avaient pénétré bien auparavant. Les communications incessantes qui existaient entre la France et l’Italie les avaient inoculées dans le sein des fidèles, par le canal des religieux observantins, qui circulaient incessamment dans tout le réseau de l’ordre75.

Jeanne Darc, en sa jeunesse, s’était confessée à des religieux mendiants. Dès le début de sa carrière politique, elle rencontra dans les villes, dans les camps, et jusque sur le champ de bataille76, ces apôtres du peuple. Ceux-ci en effet, au sein des cités, et en temps de paix, accouraient, comme nos pompiers, lorsqu’un incendie venait à se déclarer. En temps de guerre, ils traversaient, grâce à l’immunité de leur robe, les frontières de tous les États, les postes militaires des belligérants. Ils communiquaient, en tout temps, des plus petits aux plus grands dans les rangs de la société. Ils mêlaient enfin leur coopération active et directe, soit comme émissaires, soit comme prédicateurs, soit comme acteurs, à tous les faits de la vie publique et à toutes les agitations de leur époque77.

Frère Richard

Un personnage, bien connu des historiens de la Pucelle, servit d’intermédiaire direct entre ces doctrines ou ces docteurs et la grande héroïne française. L’un de ses aumôniers et confesseurs ne porte pas d’autre nom, dans les textes, que celui de Frère Richard. Les uns, parmi ses chroniqueurs contemporains, le font carme ; les autres, cordelier ; les autres, augustin, et les autres, dominicain. Ce sont précisément les quatre ordres mendiants, lesquels se confondaient en une sorte de famille collective78. Nul ne nous fait connaître sa patrie : et ces moines, en effet, qui ont tant contribué à notre œuvre patriotique et française du quinzième siècle, n’avaient pour ainsi dire point de nationalité propre et individuelle. Nous croyons toutefois pouvoir affirmer que, pour Richard, il était Italien et cordelier de l’Observance.

Frère Richard, dès 1428, se rendit à Troyes en quittant l’Italie. Il s’avouait hautement le disciple de saint Vincent et de saint Bernardin. Il prêchait, comme ces deux initiateurs, l’Antéchrist et le nom de Jésus79. Plusieurs méreaux inexpliqués du quinzième siècle (nous avons publié il y a quelques années l’une de ces médailles) offrent des images qui paraissent évidemment se rapporter à cette double doctrine. Là le monogramme de Jésus (si célèbre et si répandu d’ailleurs) se remarque avec des circonstances particulières de date et d’attributs complémentaires, qui appuient cette interprétation.

À l’occasion de l’assaut donné au mois de septembre 1429 devant la porte Saint-Honoré, le Journal de Paris s’exprime en ces termes : Et là estoit, dit-il, leur pucelle, atout son estendard, sur les conclos des fossés, qui disoit à ceux de Paris : Rendez-vous de par Jésus, etc. Et avec ce, ajoute un autre chroniqueur bourguignon, ammonestoit les gens au nom de Jhésus et faisoit preschemens affin de attrayre le peuple… et fist tant finablement que renommée couroit partout jusques à Rome, qu’elle faisoit miracle. Robert Blondel composa vers 1456 un poème en l’honneur de Jeanne Darc, et ce poème nous a été conservé dans l’un des manuscrits de la réhabilitation. Dans cet opuscule il fait parler la Pucelle et dire que chacun de ses soldats portera le nom de Jésus sur ses armes80.

L’on n’ignore pas que Jeanne, au moment suprême, fit apporter devant ses yeux la croix processionnelle de Saint-Sauveur, où l’image du Christ (et probablement les lettres initiales de son nom), se trouvaient empreintes. Sa dernière parole ou son dernier cri fut, comme on sait : Jésus. Au procès de réhabilitation, un témoin, F. Thomas Marie, prieur bénédictin de Saint-Michel près Rouen, dépose avoir entendu dire qu’après la mort de Jeanne on vit le nom de Jésus écrit à travers les flammes du bûcher81.

Tous ces petits faits, en ce qui concerne la libératrice, peuvent s’expliquer, nous ne le contestons point, sans qu’ils aient un rapport nécessaire avec la pratique de culte instituée par le prédicateur de Viterbe82. Que Jeanne ait été véritablement une adepte d’une telle pratique, ou qu’elle y soit restée étrangère, nous n’attachons à cette particularité aucune importance. Il nous a semblé, toutefois, que le rapprochement de ces circonstances devait entrer dans le cadre de notre exposition, comme un spécimen des influences diverses que Jeanne rencontra près d’elle, ou derrière elle, lorsqu’elle aborda, sa carrière83.

Sans prétendre même épuiser ce groupe ou le compléter, nous devons y comprendre encore le mystérieux anachorète connu sous le nom de l’Ermite de Saint-Claude, ou Jean de Gand. Vers 1421, cet ermite, après avoir, dit-on, prédit au dauphin Charles son triomphe futur et alors, à coup sûr, très-imprévu, alla trouver Henri V, comme l’avait fait saint Vincent Ferrier, pour l’engager à se désister de son entreprise contre la France. Congédié à son tour par l’envahisseur, il ne reparut plus devant le roi anglais que l’année suivante, à son lit de mort. Et ce fut pour lui signifier en quelque sorte l’arrêt divin qui allait frapper Henri V et sa race84.

Jean de Gand

Jean de Gand, paraît-il, n’appartenait à aucun ordre ni à aucune règle. Nul, en dépit du nom qu’il portait, ne saurait, à notre connaissance, préciser l’état politique ou civil que le solitaire religieux tenait de sa naissance. De nos jours, un savant ecclésiastique belge, digne, par ses lumières, de continuer l’œuvre des Papebroch et des Bollandus, a consacré à ce personnage une intéressante monographie85. L’auteur de cet écrit revendique à la fois en la personne de Jean de Gand un saint et un compatriote. Sans contester au pieux ermite la première de ces qualités, on peut dire que la seconde, jusqu’ici, n’a point été, à son égard, suffisamment prouvée86.

Quoi, qu’il en soit et à l’ombre même de cette obscurité, Jean de Gand n’en appartient que plus certainement à la milice religieuse que nous avons, ailleurs, comparée à la chevalerie errante. À cette époque intéressante, où le moyen âge finit, où l’histoire moderne commence, la chevalerie d’une part, et, de l’autre, les ordres monastiques enfantés jusque-là par l’Église, tombent et se dissolvent dans une commune décadence. Mais les uns et les autres ne s’éteignirent point sans jeter de vives lueurs, que nous devons rappeler avec une légitime sympathie. Durant la période en question, moines et chevaliers firent briller, en de suprêmes manifestations, un idéal de foi, de désintéressement, de souveraine justice, qui planait au-dessus du droit vulgaire et des stricts liens de la discipline. Ces efforts variés devaient en définitive contribuer puissamment à l’heureuse solution du grand litige, suspendu pour ainsi dire à l’ordalie de la guerre. La France en recueillit les fruits les plus notables et les plus avantageux. Nous devons, pour une grande part, à ces multiples secours, la constitution de la patrie et le triomphe définitif de la cause nationale87.

Frère Didier

L’ermite, devenu vieux, se retira chez les Jacobins de Troyes, et le choix de cet asile est un nouveau trait de lumière qui éclaire le lien d’analogie par lequel Jean de Gand se rattache aux autres personnages dont nous avons précédemment traité. Il y mourut le 29 septembre 1439 en odeur de sainteté. Le couvent des dominicains ou jacobins de Troyes fut, comme tant d’autres maisons du même ordre, une pépinière de prédicateurs populaires, qui embrassèrent la cause française et qui concoururent à son succès. L’un de ces frères prêcheurs, entre autres, nommé Didier, marcha sur les traces de Jean de Gand. Après avoir défendu ou propagé, par sa parole, le parti national, jusque sur le territoire bourguignon, il revint à son tour mourir dans son couvent de Troyes. Frère Didier voulut être inhumé aux pieds de Jean de Gand, qui avait été pour lui un devancier, un maître et un modèle88.

Thomas Couette

À ce même groupe appartient encore un dernier personnage, et des plus remarquables, sur lequel nous croyons devoir nous arrêter avec quelques développements. Il s’agit de Thomas Couette (et non Connecte, comme on l’a souvent appelé, mais d’après des leçons erronées).

Thomas Couette, donc, était natif de Rennes et fit profession au couvent des carmes de cette ville, où il devint un sçavant et éloquent homme89.

Dès l’an 1424, suivant un historien des ordres monastiques, il réforma plusieurs couvents de son ordre, qui s’étaient ouverts au relâchement de l’indiscipline90. En 1428, ayant acquis par son bien dire autant de réputation que nul autre de son siècle, il parcourut les Flandres, la Picardie, et les provinces limitrophes, qui obéissaient au duc de Bourgogne91.

Frère Thomas dirigeait particulièrement ses diatribes et ses invectivas contre les hennins, hautes et pompeuses coiffures, qui étaient alors de mode parmi les dames. Le carme breton ameutait autour des délinquantes les petits enfants, qui poursuivaient celles-ci du cri : Au hennin ! au hennin ! et les contraignaient de la sorte à quitter (momentanément) les atours censurés92.

Thomas Couette reprenait de même, publiquement, les prêtres, ou moines, scandaleux et concubinaires. Il accomplit ainsi sa mission, dit Monstrelet, à la très-grande louange et amour du menu peuple, et, au contraire, à l’indignation de plusieurs gens d’église93.

Thomas Couette, prêchant dans la cathédrale d’Arras, se faisait attacher à la voûte par des cordes, afin de dominer tout son auditoire. Bientôt les vastes nefs des cathédrales ne suffirent plus à contenir les flots pressés des assistants. Les nobles et bourgeois rivalisaient d’attention, d’empressement, de libéralité, pour héberger le prédicateur et pour l’entendre. Ils élevaient sur les places publiques des échafauds de bois ou théâtres, richement tapissés et ornés. Thomas Couette, suivi de ses clercs et disciples, y disait la messe, puis ses sermons. Suivant Monstrelet, le carme breton réunit autour de lui jusqu’à vingt mille auditeurs94.

En 1432, Thomas Couette quitta de nouveau son couvent de Rennes et se dirigea sur Lyon. Il fit le voyage monté sur un asne, suivi par plusieurs religieux et quelques personnes du menu peuple. À Lyon, le prêcheur se fit entendre et obtint le même succès que précédemment. Il s’acquit une si grande estime parmi le peuple, que celui-là s’estimoit heureux, qui pouvoit conduire son asne par le licou, ou en arracher quelque poil, qu’il conservoit précieusement95.

De Lyon, Fr. Thomas Couette passa dans le Valais et visita le monastère des carmes de Girone, au diocèse de Sion, puis celui de Forest en Toscane ; il se transporta ensuite à Mantoue. En ces divers lieux, le carme de Rennes réforma les monastères de son ordre, dans lesquels il trouva la règle corrompue. Il y institua quelques-uns de ses disciples pour assurer le succès et le maintien de l’ordre nouveau. Telle fut l’origine de l’une des branches de la famille carmélite, qui réunit plus tard au-delà de cent monastères, et connue sous le nom de congrégation de Mantoue96. De Mantoue, Couette se rendit à Venise chez ses confrères du Mont-Carmel. Il accrut encore dans ce pays sa réputation d’éloquence et de sainteté. En ce moment, le doge et la république envoyaient une ambassade à Rome. C’était là précisément que tendait, comme but final, le nouveau pèlerinage de l’anachorète. Thomas Couette voulait pénétrer jusqu’au sein de la ville éternelle et faire entendre ses austères et réformatrices prédications à Babylone, dans la capitale de la chrétienté. Il se réunit donc aux ambassadeurs vénitiens et parvint jusqu’à Rome97.

Ainsi, tandis que, parmi les religieux mendiants, les saints d’Espagne et d’Italie franchissaient les monts pour venir évangéliser la France, de leur côté des carmes français passaient les Alpes, à la suite de Thomas Couette, et portaient jusqu’aux marches du trône apostolique des paroles de réforme religieuse et morale.

Thomas Couette était parti pour Rome, dans le dessein, à ce qu’il disoit, de réformer le pape et les cardinaux. En effet, y étant arrivé, il prescha avec emportement contre les mœurs de cette cour, et avança mesme quelques erreurs ou du moins quelques vérités trop libres98. Il blasmoit, dit un autre, auteur, la dissolution du clergé, du pape et de leur vie, et autres désordres de cet estat… II disoit qu’il se passoit des abominations à Rome, que l’Église avoit bien besoin de réformation, et qu’il ne falloit pas craindre les excommunications du pape, lorsqu’on faisoit le service de Dieu. Il accordoit aux religieux de manger de la chair, et disoit qu’à l’exemple de la nation grecque, le mariage ne devoit pas estre défendu aux prestres, ny à ceulx des siens (les réguliers) qui ne pouvoient se contenir99

Cependant les ambassadeurs vénitiens avaient recommandé au pape, présent à Rome, l’éloquent et pieux cénobite. Eugène IV désira le voir, et deux fois il envoya vers le carme, à Saint-Paul hors les murs, où le religieux avait sa demeure, pour le mander. Mais deux fois l’invitation du saint-père demeura inutile. Thomas Couette se méfiait des sentiments personnels du pape à son égard et des préventions, hostiles au réformateur, dont le saint-père devait être nécessairement entouré. Une troisième fois, le souverain pontife chargea son trésorier de lui amener le carme français. Thomas Couette, à l’aspect de l’envoyé, dès que celui-ci parut au seuil de sa chambre, sauta par une fenêtre et s’enfuit. Mais il fut poursuivi et conduit en présence du pape100.

Deux cardinaux reçurent la mission de l’examiner. L’un d’eux était Jean de la Rochetaillée, Français, chancelier de la cour de Rome, ancien archevêque et cardinal de Rouen. Il avait pour assesseur Frère Noël de Venise, qui se disoit procureur de l’ordre des Carmes101. L’autre s’appelait le cardinal de Navarre. Thomas Couette, comme tous les réformateurs, avait trouvé, chez ses propres confrères, des adversaires et des émules ou envieux. Tels furent les juges chargés d’apprécier sa conduite et ses doctrines. Thomas Couette, mis en jugement, subit la torture. Ses juges le déclarèrent hérétique, puis relaps102, et prononcèrent sa condamnation. Eugène IV le fit brûler publiquement à Rome en 1433 ou 1434. Thomas Couette périt en soutenant avec une constance incroyable sa doctrine et ses propositions103.

Ainsi finit Thomas Couette, dont la vie et la mort, pour ses contemporains, furent une merveille et un sujet de controverse.

Georges Chastellain, écrivain bourguignon, mentionne à deux reprises dans ses écrits, et en termes assez durs, le carme français. Écoutons d’abord la Complainte de Fortune :

Et puis après104, frère Thomas

Plut tant à tous par son preschier,

Que plusieurs gens de tous estas

Le suivoient sans le laissier.

N’y avoit clerc, ne chevalier,

De qui ne fust moult honouré :

Nientmoins en fin il fut bruslé105.

Le blâme du poète flamand se dessine d’une manière plus explicite dans la Récollection des merveilles advenues de nostre temps, où il rapproche encore les deux personnages. Voici la strophe ou couplet qu’il consacre à Thomas Couette :

J’ay veu un ypocrite

Par le monde prescher

Soy disant carmelite ;

Et, fol, luy advancer

De dire sainte messe

Sans de prestrise aveu ;

Laquelle chose atteinte,

Fut condampné en feu106.

Déclaré hérétique par des juges intéressés et prévenus, on dit que le pape se repentit plus tard de la sentence qu’il avait prononcée contre ce juste. En Italie même, à un demi-siècle de distance, son ordre le revendiquait comme un réformateur et un modèle. En 1656, Lezana, historiographe des carmes et professeur public de la Sapience à Rome, célébrait en lui un saint. D’Argentré, fameux jurisconsulte et historien breton, le proclame enfin l’une des gloires de son pays, martyr et précurseur de Savonarole107.

IX.
La prophétesse de Lyon (1424). — La Pucelle de Schiedam (1423-1427). — La sibylle de Rome (1429). — Madame d’Or ou Dor (1429).

Prophétesse de Lyon. — En 1424, Jean Gerson habitait Lyon, et un synode ou concile provincial fut célébré dans cette ville. Il y avait alors, en ce même diocèse, une femme qui fut déférée au jugement des clercs et au sujet de laquelle J. Gerson raconte ce qui suit :

Le clergé de Lyon, dit-il, a naguère été instruit du procès intenté à une femme transportée et détenue à Bourg-en-Bresse… Cette femme, sous couvert de dévotion et de révélations, feignait des merveilles. Elle affirmait être une des cinq femmes envoyées de Dieu, miséricordieusement, pour racheter d’innombrables âmes de l’enfer. Déjà, par ses fraudes, elle avait surpris dans le pays la simplicité de plusieurs autres bonnes femmes108. Elle savait, en regardant chacun, les péchés qu’il avait commis. En effet, selon saint Augustin, les suppôts du démon peuvent connaître ce genre de secrets et le révéler ; mais ils ne peuvent savoir ce qui est absolument futur, ou ce qui est caché dans le secret des cœurs sans se produire au dehors par aucun signe ou mouvement.

Ladite femme avait aussi aux pieds deux charbons, qui la faisaient souffrir toutes les fois qu’une âme descendait aux enfers. Chaque jour, elle pouvait délivrer trois âmes de l’enfer ; la première et la seconde, sans difficulté ; mais, pour la troisième et les suivantes, elle éprouvait, disait-elle, plus de peine. Elle avait fréquemment des ravissements d’esprit ou extases, dans lesquels elle avait appris des choses merveilleuses, par révélation. Elle était d’une rare abstinence et d’une vie très-singulière. Il y aurait encore beaucoup d’autres choses à dire sur son compte.

Mais dernièrement, comme le Saint-Esprit, vrai guide, ainsi qu’il est à croire, de la sainte Église, a voulu que ce faux prophète fut démasqué109, cette femme fut prise et mise à la question ou torture. Elle a confessé alors toute la vérité ; à savoir que, par cupidité, elle avait feint ces simulacres, afin de se procurer du pain et de subvenir à sa pauvreté ; ou peut-être la malheureuse se voua-t-elle au diable, à cette occasion, pour le servir. De plus on trouva qu’elle avait le mal caduc (épilepsie) et qu’elle le cachait en se prétendant ravie et extatique. L’opinion, à son sujet, était partagée sur la question de savoir si on la condamnerait comme hérétique. Mais des gens doctes furent d’avis de l’admettre à la pénitence, disant qu’elle n’était point hérétique, puisqu’elle s’était désistée de ses errements et ne s’y était point opiniâtrée110.

Pucelle de Schiedam. — Albert Krantz, historien allemand, mort en 1517, rapporte, de son côté, les faits suivants, dont-il place l’origine, ou du moins la mention, entre les dates de 1423 et 1427 :

Il y avait alors, dit cet auteur, dans la ville de Schiedam en Hollande, une pieuse chrétienne, qui, durant vingt-huit ans, ne prit d’autre nourriture corporelle, pour se sustenter, que le corps eucharistique du Saint-Sacrement, qu’elle recevait tous les jours. Ses membres émaciés ne présentaient que la peau et les muscles collés sur les os ; elle était exténuée de consomption. Le prêtre qui la communiait voulut éprouver s’il n’y avait pas là-dessous quelque mystère. Parfois il apportait à la jeune fille une hostie non consacrée, afin de vérifier si c’était bien la seule vertu du corps de Notre-Seigneur qui soutenait cette femme. On raconte qu’aussitôt elle s’affaiblissait comme un agonisant et que, si on ne lui était venu en aide, en lui apportant au plus tôt une hostie sainte, elle aurait rendu sur-le-champ le dernier souffle.

Le même fait a été constaté ailleurs en divers lieux. Aujourd’hui encore, continue Krantz, vit ou est morte depuis peu d’années, dans la cité de Pérouse en Italie, une fille, de qui l’on rapporte de tout point le même témoignage111.

Un semblable prodige, ajoute l’auteur des Annales ecclésiastiques, en y insérant le récit qui précède, s’est produit par la volonté divine dans le fait ou la vie de sainte Catherine de Sienne, et nous en rapporterons d’autres exemples112.

Sibylle de Rome. — Un autre écrivain ou clerc allemand, dont le nom nous est inconnu, mais qui vivait du temps de Jeanne Darc, nous a laissé, au sujet de cette héroïne, un mémoire extra-judiciaire et très-enthousiaste, dans lequel il met la Pucelle de France au rang des prophétesses inspirées.

J’ai entendu dire (ainsi s’exprime le clerc allemand), par quelqu’un à qui cette notion est parvenue, récemment, de la commune renommée, que la sibylle de France (Jeanne Darc) a porté un témoignage évident et fidèle, touchant une autre sibylle demeurant à Rome, qu’elle n’a jamais vue corporellement, et par l’aide de laquelle le royaume de Bohême doit être recouvré113.

Ce fait, pris à la lettre et s’il était vrai, serait à coup sûr d’un très-vif intérêt. S’il y avait eu à Rome, en 1429, sous les yeux du saint-père, une femme inspirée des mêmes sentiments que Jeanne, celle-ci, vraisemblablement, eût trouvé auprès du pape un appui efficace, et le souverain pontife n’eût point permis le meurtre judiciaire commis en cour d’Église par les juges de Rouen.

Mais rien ne vient donner à cette allégation un support historique. L’auteur des Annales ecclésiastiques de Rome et de la chrétienté ne fait pas la moindre mention de la sibylle romaine. Tout le zèle du clerc allemand en faveur de Jeanne Darc paraît venir du zèle qui l’animait lui-même contre les Hussites. Il est certain que la pieuse Jeanne, champion de la cause du roi très-chrétien, fut revendiquée en Allemagne par les adversaires (orthodoxes et conservateurs) des Hussites, lesquels Hussites, inculpés d’hérésie, s’étaient emparés de la Bohême. Probablement, dès 1429, les clercs allemands catholiques avaient déjà les yeux tournés, à cet égard, sur la sibylle de France et sur le parti, ou secourt moral, qu’ils pourraient en tirer au profit de leur cause. Cette même année (en 1429) on montrait publiquement à Ratisbonne, où séjournait l’empereur Sigismond, adversaire des Hussites, et devant le corps de ville impérial, un tableau où Jeanne était peinte dans l’action de combattre. Ils obtinrent en effet de la Pucelle, sous la date du 3 mars de l’année suivante 1430, une lettre qui fut signée de son nom ; lettre dérobée en quelque sorte à sa religion ou surprise à sa complaisance, sur un conflit, auquel elle n’entendait rien et n’avait rien à entendre114.

Il est donc très-vraisemblable que la prétendue sybille de Rome, dénoncée ou alléguée par Jeanne Darc, est née d’un ouï-dire mal entendu115 et n’a jamais existé que dans l’imagination du clerc que nous avons cité.

Madame d’Or ou Dor. — Au mois de juillet 1429, au moment où la Pucelle, victorieuse à Troyes, marchait sur Reims, le seigneur de Châtillon, capitaine de Reims, fit écrire à l’échevinage de cette ville, pour tâcher de relever le moral des Rémois et de la garnison, fort ébranlé par la marche des événements. Il s’agissait de combattre l’impression favorable que les succès de la merveilleuse fille causaient sur l’esprit des populations champenoises, et des défenseurs de Reims en particulier. Voulant rabaisser l’héroïne, l’auteur de la lettre met en scène un écuyer qui aurait vu Jeanne à Troyes et qui en porte le plus piètre témoignage :

Cet écuyer certifiait qu’il estoit présent quand les seigneurs de Rochefort, Philibert de Molans et autres (Bourguignons) l’interrogèrent116, que, par sa foy117, c’estoit la plus simple chose qu’il vit oncques, et qu’en son faict118 n’avoit ny rime, ny raison, non plus qu’en le plus sot qu’il vit oncques ; et ne la comparait pas, à sy vaillante femme comme Madame d’Or, et que les ennemys ne se faispient que mocquer de ceulx qui en avoient doubte119.

Quelle était cette vaillante dame ? Au premier abord, on serait tenté de croire qu’il s’agit, en cette occurrence, de quelque femme guerrière, appartenant au parti de Bourgogne. Il existait en effet, parmi les partisans ou officiers de Philippe le Bon, une famille qui portait ce nom : d’Or120.

Mais ce n’est point dans cette direction que nous trouverons la personne dont il est réellement ici question. Le passage qu’on va lire nous instruira précisément à cet égard. Lefèvre Saint-Remy décrit dans sa chronique le festin qui eut lieu à Bruges le, 8 janvier 1430, lors des noces de Philippe le Bon avec Isabelle de Portugal. À la fin du repas, dit-il, un entremets ou intermède couronna la série des merveilles qui servirent à l’ornement de ce banquet. Voici maintenant ses propres expressions :

En la fin, y eut un grand entremets d’ung grand pasté, où il y avoit ung mouton tout vif, teint en bleu et les cornes dorées de fin or. En icelui pasté, avoit ung homme nommé Hansse, le plus appert121 que on sceust, vestu en habit de beste saulvaige ; et quant le pasté fut ouvert, le mouton saillit en bas et l’homme sur le bout de la table (la table des dames) ; et alla au long de l’appuyé du banc122, lutter et riber123 à Madame Dor, une moult gracieuse folle, et qui bien sçavoit estre, qui estoit assise au milieu de deux grants dames, aussi haut que l’appui du banc. Et en lutter et en riber, firent moult d’esbattements124.

Madame Dor ou d’Or125 était effectivement une sotte de cour, ou folle en titre d’office, que nous trouvons dès 1422, attachée à Madame Michelle de France, alors duchesse de Bourgogne et femme de Philippe le Bon. Madame Dor remplissait encore le même office en 1433 et 1435126.

On voit donc que Madame Dor (non plus que la sibylle de Rome) n’est pas un personnage positif ou sérieux, et que le propos cité ne constitue autre chose qu’une impertinente plaisanterie. Nous avons cru toutefois devoir consigner ici les détails qui précèdent. En servant de commentaire au texte cité, ils préviendront, au sujet de Madame Dor ou d’Or, des conjectures bien naturelles, quoique parfaitement erronées.

X.
Catherine de la Rochelle, Pierronne ou Périnaïk, et sa compagne
(1429-1431)

Catherine de la Rochelle. — La ville de la Rochelle joua dans noire histoire au moyen âge, et notamment dans la guerre de Cent ans, un rôle que l’on ne saurait trop célébrer. Cette place maritime se distingua de tout temps par son attachement à la cause française. Son dévouement lui mérita des privilèges uniques. Elle constituait une sorte de république urbaine ; et cette espèce d’autonomie finit par exciter, au dix-septième siècle, l’animosité ou les regrets de la monarchie, qui avait elle-même créé cette situation.

On a vu ci-dessus que, dès le règne de Charles V, Guillemette de la Rochelle vînt offrir au roi de France ses pieux services. Charles VII entretint constamment avec ce port fidèle les meilleures relations. Tant que dura la mauvaise fortune du roi, la Rochelle défendit sa cause avec la plus constante fermeté. Les exploits de Jeanne Darc y eurent particulièrement un écho sympathique. La délivrance d’Orléans, à laquelle cette ville avait activement contribué par l’envoi de secours et de munitions, y fut l’objet de démonstrations enthousiastes. Aussitôt que la nouvelle en arriva dans ses murs, il fut ordonné de faire sonner les cloches par toutes les églises de la ville, avec injonction à chacun de s’assembler en l’église de sa paroisse, pour rendre grâces à Dieu du secours advenu au roi,… en chantant Te Deum laudamus et autres prières127.

Vers cette époque même, une femme de la Rochelle, mariée et mère de famille, quitta cette ville pour venir aussi prêter son concours au roi de France. L’exemple de la Pucelle paraît avoir déterminé Catherine à l’imiter. Elle vint, ainsi que Jeanne, se ranger sous la bannière de frère Richard. Celui-ci étendait à la fois son ministère sacerdotal ou confessionnel, sur quatre femmes, quatre clientes, dont il était le directeur et le beau-père, ou père spirituel. Ces quatre femmes étaient Jeanne la Pucelle, Catherine de la Rochelle, Pierronne la Bretonne et sa compagne128.

Cette compétition de quatre femmes, l’une à l’envi de l’autre, est peut-être, à un certain point de vue, quand on l’approfondit, le phénomène le plus curieux, la circonstance la plus remarquable, de celles qui se rattachent extérieurement à la carrière de Jeanne Darc.

Jeanne rencontra Catherine en la compagnie de frère Richard, notamment à Gergeau et à Montfaucon en Berry (vers décembre 1429). Catherine, ajoute un chroniqueur contemporain, affirmait que, quand on sacre le précieux corps de Nostre-Seigneur, elle voit merveilles du haut secret de Nostre Seigneur Dieu. Elle dit à la Pucelle qu’une dame blanche, vêtue d’un surcot d’or, lui était apparue, lui prescrivant d’aller par les bonnes villes. Cette dame lui promit que le roi lui donnerait des hérauts et trompettes, pour faire crier que quiconque avait des trésors cachée, or ou argent, eût à le révéler ; sans quoi elle, Catherine, saurait bien les découvrir ; et que ces ressources pécuniaires serviraient à la solde des gens d’armes129.

Catherine voulait faire la paix avec le duc Philippe le Bon. Jeanne était d’avis qu’on ne traiterait avec le Bourguignon que par le bout d’une lance (par la force). En plein hiver, Jeanne voulut aller faire le siège de la Charité, et elle y alla. Catherine lui déconseilla cette entreprise, attendu qu’il faisait trop froid. Les deux inspirées, comme on voit, ne s’entendaient pas.

Jeanne s’adressa à sainte Marguerite et à sainte Catherine pour leur demander jugement et savoir à quoi s’en tenir au sujet de Catherine de la Rochelle et de sa dame blanche. Ces saintes lui répondirent que du fait de ladite Catherine de la Rochelle, ce n’estoit tout que folie et néant. Jeanne pria Catherine de l’avertir lorsque la dame blanche viendrait ; et, à cet effet, elle proposa de coucher toutes deux ensemble ; ce qui eut lieu. Une première fois, Jeanne veilla jusqu’à minuit, et, ne voyant rien venir, elle s’endormit. Le lendemain matin, Catherine dit à Jeanne que la dame blanche était venue, mais que Jeanne dormait et qu’elle (Catherine) n’avait pas voulu éveiller sa compagne.

Alors Jeanne, ce même matin, dormit pendant le jour, afin de pouvoir veiller toute la nuit suivante. Elles couchèrent encore toutes deux ensemble et rien ne vint. Cependant Jeanne demandait par intervalle : Vendra-t-elle point ? et ladite Katherine luy respondoit : Ouil, tantost130.

Jeanne écrivit au roi et lui affirma de bouche ce qu’elle pensait de Catherine. Parlant à cette dernière, elle lui conseilla de retourner à son, ménage, auprès de son mari, et de soigner ses enfants.

Cependant F. Richard soutenait Catherine et voulait qu’on la mît en œuvre. Lorsque Jeanne fut prise, Catherine demeura pour ainsi dire seule maîtresse du théâtre. Tout en conservant sa liberté dans le parti armagnac où du roi Charles, elle vint à Paris, gouverné par les Anglais, et fut entendue judiciairement devant l’officialité de la cathédrale. Là, elle déposa que Jeanne sortirait de sa prison par le secours du diable, si elle n’était pas bien gardée (voyez ci-après la note 136).

Catherine exerçait, à ce qu’il paraît, sur les villes, une sorte de police et de surveillance politique. Au mois d’août 1430, les gens de Tours, où Jeanne comptait en masse de chaleureux amis, envoyèrent à Sens vers le roi une députation. Catherine avait semé contre les habitants de Tours, et aussi contre ceux d’Angers, des bruits calomnieux : Lesquelles paroles (ou bruits) estaient que en ceste ditte ville (de Tours) avoient charpentiers qui charpentoient non pas pour logis, et, qui ne s’en donroit garde131, ladite ville estoit en voie de prandre briefment ung mauvais bout, et que en icelle ville avoit gens qui le savoient bien. Le mandat de la légation était de démentir ces bruits et de justifier la ville auprès du roi et de la cour132.

Au mois de juillet 1431, Catherine de la Rochelle était toujours dans les rangs des Armagnacs. Nous ignorons ce qu’elle devint ultérieurement133.

Quant à Pierronne ou Périnaïk, ainsi que l’appelle M. de la Villemarqué134, nous savons d’elle peu de chose, si ce n’est qu’elle adhéra au parti de Jeanne, qu’elle la suivit encore à sa sortie de Sully ; qu’elle vint alors à Corbeil135, où elle fut prise par les Anglo-Bourguignons, amenée à Paris, jugée en cour d’église136, et qu’elle périt enfin de la même mort que Jeanne Darc.

Item, le troisiesme jour de septembre 1430, furent preschées au parvis137 Nostre-Dame deux femmes, qui environ demy an devant, avoient esté prinses à Corbeil, et admenées à Paris, dont la plus aisnée, Pierronne (et estoit de Bretaigne bretonnant), elle disoit et vray [ferme] propos avoit que Dame Jehanne, qui s’armoit avec les Arminaz, estoit bonne, et ce qu’elle faisoit estoit bien fait et selon Dieu.

Item elle recogneut avoir deux fois receu le précieux corps de Nostre-Seigneur en ung jour138.

Item, elle affermoit et juroit que Dieu s’apparoit (apparaissait) souvent à elle en humanité et parloit à elle comme amy fait à autre, et que la darraine fois qu’elle l’avoit veu, il estoit long vestu de robe blanche139 et avoit une huque vermeille par-dessous ; qui est ausi comme blasphesme. Si ne s’en volt oncques révoquer de l’affermer en son propos, qu’elle véoit Dieu souvent vestu ainsi ; par quoy, ce dit jour, fut jugée à estre arse (brûlée) et mourut en ce propos ce dit jour de dimenche. Et l’autre (sa compagne) fut délivrée pour celle heure140.

Charles VI honora Du Guesclin, ce dixième preux, en lui accordant auprès de son père Charles V de royales funérailles, sous les voûtes mêmes de la nécropole des rois de France. Charles VII attribua le même honneur au brave et intègre Barbazan, qui fut également inhumé à Saint-Denis. Frère Didier voulut reposer aux pieds de Jean de Gand. À côté du grand nom de Jeanne Darc, l’histoire inscrira celui de la fidèle Périnaïk. Détachons un rameau de la palme de gloire qui appartient à la Libératrice, et qu’il décore le souvenir de l’humble et constante Bretonne !

XI.
Guillaume de Mende, dit le petit berger
(1431)

Il n’est pas douteux aujourd’hui que le gouvernement de Charles VII, aux abois, n’employa, j’allais dire n’exploita la Pucelle que comme un expédient auquel on a recours dans l’extrême détresse141. Autour du prince, Jeanne eut pour elle la bonne reine Yolande, Gérard Machet, confesseur du roi, Philippe de Coëtquis, archevêque de Tours. Elle fut appuyée par le grand Gerson ; et les docteurs-examinateurs de Poitiers ne s’opposèrent point à ce qu’on la mit en œuvre. Mais, en général, Jeanne ne fut aimée, comprise, et appuyée spontanément, cordialement, que par le peuple, à savoir : les hommes et les femmes, simples particuliers, qui la voyaient. Elle ne fut soutenue que par ce qu’on pourrait appeler la plèbe du clergé : les Mendiants, le clergé inférieur. Au contraire, l’aristocratie ecclésiastique, militaire, politique, lui demeura constamment hostile.

Rien ne montre mieux cette lamentable situation de l’héroïne, méprisée de ceux qu’elle sauvait ; rien ne peint sous un jour plus cru et plus inexorable l’état de l’âme de ces politiques, ou plutôt ces politiques sans âme, que ce qui advint à l’égard du petit berger.

On a vu les requêtes contradictoires, qui parvenaient au gouvernement, de la part des quatre clientes que confessait le frère Richard ; et les tiraillements que déterminait ce manque d’accord. L’archevêque de Reims, président du conseil, diplomate prétendu roué, ne croyait ni aux unes ni aux autres. Jeanne, sans lui imposer, l’offusquait comme la lumière offusque l’orfraie et comme le génie offusque la médiocrité. Georges de la Trimouille, premier ministre, Raoul de Gaucourt, gouverneur d’Orléans, et les principaux chefs étaient animés des mêmes sentiments142.

À peine la Pucelle était-elle prise, que R. de Chartres écrivit aux habitants de Reims. Délivré de toute contrainte, il lève le masque et laisse transpirer librement ce qu’il a dans le cœur. Il dit avec autorité ce qu’il veut que l’on pense. La correspondance du chancelier de France, archevêque de Reims, avec sa ville archiépiscopale, pendant cette période (1430 mai, à 1431), portait spécialement sur trois points :

  1. L’archevêque donne avis de la prise de Jehanne la Pucelle devant Compiègne et comme elle ne voulait croire conseil, ains faisait tout à son plaisir ;
  2. Qu’il estoit venu vers le roy un jeune pastour, gardeur de brebys des montaignes de Gévaudan, en l’évesché de Mande, lequel disait ne plus ne moins qu’avoit faict la Pucelle et qu’il avoit commandement de Dieu d’aller avec les gens du roy ; et que, sans faulte, les Anglois et Bourguignons seroient desconfits ;
  3. Et sur ce qu’on lui dit que les Anglois avoient faict mourir Jehanne, la Pucelle ; il respondit que tant plus leur en mescherroit et que Dieu avoit souffert prendre Jehanne la Pucelle, pour ce qu’elle s’était constituée en orgueil et pour les habits qu’elle avoit pris143, et qu’elle n’avoit faict ce que Dieu luy avoit commandé, ains faict sa volonté144.

Ce jeune garçon paraît avoir été un pauvre idiot, suborné pour jouer le personnage d’une fraude pieuse. Les traditions accréditées des Mendiants se retrouvent ici, amalgamées par on ne sait quelle main, très-vraisemblablement celle de R. de Chartres, comme un appât jeté ou tendu à la crédulité populaire. Il chevauchoit de côté, dit avec une ironie acerbe le Journal bourguignon de Paris, et monstroit de temps à autre ses mains, ses pieds et son costé ; et estoient tachés de sanc, comme saint François145 !

Vers juillet-août 1431, deux mois environ après la mort de la Pucelle, R. de Chartres et le conseil rouvrirent les hostilités, sur ce même diocèse de Beauvais, où Jeanne avait succombé les armes à la main. Un document inédit ou peu connu, fragment manuscrit de chronique bourguignonne, raconte ainsi la manière dont le pastourel146 Guillaume fut mis en œuvre à son tour :

Le mareschal de Boussac et Poton de Saintrailles vindrent à Biauvais ; en leur compaingnie le Bregier, dont ils baissaient abus, comme de la Pucelle. Et avoient en leur compaingnie, très-grosse, gens de guerre. Par quoy le roy de France et d’Engleterre [Henri VI] envoia devant ladite ville de Biauvais, hastivement, le conte de Warwick, nommé Loys, son gouverneur (car le roy n’avoit que huit ou neuf ans) ; le conte de Stafforde, le conte de Salsbry, le conte d’Arondel, très-bien acompaigniés ; et, devant ladite ville de Biauvais, trouvèrent les dessusdits le mareschal de Boussac, Poton, le Bregier et aultres à très grant puissance. Et eurent bataille, mais sur les François fut la desconfiture. Les Anglois gangnèrent le pas et les mirent en fuite honteusement. Furent pris lesdits Poton de Sentrailles, le Bregier et plusieurs aultres. Lequel Bregier, par l’abus qu’on lui faisoit faire, fu mis ès prisons de l’évesque dudit Biauvais, lors en compagnie dudit roy de France et d’Angleterre et tenant son parti147.

Le malheureux berger fut donc envoyé à Rouen, selon toute apparence, peu de temps après le supplice du Vieux-Marché. Mais Cauchon et les lords anglais ne lui firent, pas l’honneur d’un second procès. Au mois de décembre suivant, le roi de France et d’Angleterre fut amené à Paris pour y célébrer son joyeux avènement. Guillaume du Gévaudan, captif et lié de cordes, figura dans cette fête. Il servit à orner l’entrée triomphale du roi-enfant. Qu’il devint depuis, ajoute le chroniqueur précédemment cité, je ne sçai ; mais je ouy dire qu’il avoit esté gecté en la rivière de Seine et noyé148

XII.
La fausse Pucelle Claude, mariée à Robert des Armoises
(1436-1440)

La fausse Pucelle réussit durant quelques années à mystifier ses contemporains. Elle est devenue plus tard une nouvelle cause de trouble et de confusion dans nos annales. Lorsque, longtemps après sa mort, on retrouva les premiers documents relatifs à cette femme, une nouvelle obscurité se répandit sur les notions historiques, déjà très-obscurcies elles-mêmes, que l’on avait conservées, touchant la véritable héroïne.

Nous allons essayer, dans les lignes suivantes, de rapporter avec autant de précision que possible ce que l’on sait de positif et de certain, pour ce qui concerne ce singulier personnage.

En 1436, les Anglais furent chassés de Paris, qui rouvrit ses portes au gouvernement de Charles VII. Cet acte important, la restitution au roi de sa ville capitale, avait été annoncé ou prophétisé par Jeanne, et il n’avait pas dépendu d’elle qu’elle en fît, de ses propres œuvres, une réalité. L’événement accompli, une réaction notable s’opéra dans les esprits en faveur de l’héroïne, si méconnue de son vivant, et à qui l’on devait, pour une si grande part, cet heureux retour de la fortune. À cette époque même149, une fille parut, qui disait être la Pucelle Jeanne, échappée au supplice de Rouen.

Cette fille se nommait Claude. Son âge, sa personne physique, lui donnaient quelque ressemblance avec la véritable héroïne. Elle se faisait appeler Jeanne du Lis, la Pucelle de France. Claude se montra, le 20 mai 1436, à la Grange-aux-Ormes, près Saint-Privat, en Lorraine, et fut présentée à des seigneurs de Metz. Les deux frères de la Pucelle, messires Pierre du Lis, chevalier, et Petit-Jean, ou Jean du Lis, écuyer, la virent en ce lieu. Soit par un degré d’ineptie peu croyable, soit par suite d’un concert intéressé, moins croyable encore, les deux paysans anoblis reconnurent aventurière pour leur sœur, et furent tous deux reconnus d’elle. Cette première mystification en produisit d’autres, et le nombre des dupes alla se multipliant. La fausse Jeanne Darc se vit accueillie, fêtée, comblée de présents. Après un pèlerinage à Notre-Dame de Liesse, elle passa en Luxembourg, chez la nouvelle duchesse, Élisabeth de Gœrlitz, et résida quelque temps près de cette dame, dans la, ville d’Arlon150.

Claude s’habillait constamment en homme, montait à cheval et portait l’épée, comme Jeanne. Pleine de verve, d’activité, de séduction, elle dansait, buvait et prophétisait à merveille. La fausse Pucelle se rendit à Cologne, où elle mit dans son parti, entre autres protecteurs puissants, le comte Ulrich de Wurtemberg. Au milieu d’une assemblée de nobles, elle se vanta de pouvoir rétablir subitement dans son intégrité, une nappe déchirée en deux parts, ou les fragments d’une vitre jetée contre le mur et toute brisée. Ces propositions magiques attirèrent sur sa tête les foudres de l’Inquisition de Cologne. Ainsi que la vraie Jeanne, elle fut citée devant le Saint-Office. Mais grâce à la protection du comte Ulrich, elle s’échappa de Cologne, excommuniée, puis regagna la France151.

De retour en la ville d’Arlon, Claude séduisit un chevalier lorrain d’ancienne souche, nommé Robert des Armoises. En novembre 1436, elle était mariée légitimement à ce gentilhomme, et bientôt deux fils, nés de la dame des Armoises, continuèrent cette noble lignée. Cependant le second frère de Jeanne, ou Petit-Jean du Lis, s’était fait le prôneur de cette intrigante et le propagateur de son succès. Il alla plaider sa cause auprès du roi et des Orléanais, de qui, par ce motif, il obtint quelques sommes d’argent. La fausse Pucelle entreprit de correspondre avec le roi et diverses autorités, telles que le magistrat d’Orléans et le bailli de Touraine. De 1437 à 1439, d’assez étranges exploits lui sont attribués. Séparée de son mari, concubine d’un prêtre, elle aurait porté la main sur une personne sacrée : soit son père, ou sa mère, ou un clerc. Ce crime étant au nombre des cas réservés, elle passa les monts pour se procurer l’absolution de Rome. La pseudo-Pucelle alla donc trouver en Italie le pape Eugène IV, qui guerroyait contre ses sujets, et le servit comme soudoyer152.

En 1439, la guerre civile, prélude de la Praguerie, avait éclaté dans le Poitou. La dame des Armoises y figurait à titre de capitaine de gens d’armes. Elle avait pour fauteur ou partisan Gilles de Rais, ancien compagnon d’armes de la Pucelle. Gilles de Rais donna pour lieutenant à ce capitaine féminin l’un de ses gentilshommes nommé Signenville. Il s’agissait de prendre le Mans : Claude combattit et triompha, dit-on, sous les murs de cette ville. Nous ne connaissons point avec précision l’issue militaire de cette campagne153. Ces faits auraient eu lieu vers le mois de juin 1439. En juillet et septembre de la même année, Claude des Armoises se présenta de sa personne à Orléans, où elle reçut le vin de ville et fut accueillie avec grand honneur. L’année suivante (août 1440), toujours en armes, elle vint tenir campagne aux abords de la capitale. Par ordre du Parlement et de l’Université, elle fut amenée à la Table de marbre du palais, examinée judiciairement et prêchée. Puis elle retourna en garnison et s’éloigna154

XIII.
Sainte Colette
(1381-1447)

Trois personnages féminins de sainteté figurent dans la présente énumération : Ermine, de Reims, Jeanne-Marie de Maillé, Colette, de Corbie. Cette dernière est, parmi les trois saintes françaises, celle qui a joué le rôle le plus considérable. Seule, elle a été positivement contemporaine de Jeanne Darc. Seule, elle a obtenu, quoique bien tardivement, comme on le verra ci-après, les honneurs d’une béatification complète et canonique. À tous ces titres, elle mérite de notre part un intérêt spécial. La vie de sainte Colette a été écrite par de nombreux auteurs, et quelques-uns lui ont consacré des monographies assez étendues155.

En tâchant de ramener au vrai les notions historiques relatives à ce personnage, nous nous bornerons surtout à reproduire ici les principaux traits de la réformatrice monastique, et du personnage moral qui peut être comparé à Jeanne Darc.

Colette ou Nicolette, ainsi que la Pucelle, naquit de parents honnêtes, mais d’humble condition. Son père, nommé Robert Boytel ou Boilet, était maçon, d’autres disent charpentier. Sa mère s’appelait Marguerite Moyon ou Moignon. Colette naquit le 13 janvier 1381 à Corbie (Somme), petite ville assez pauvre, quoique fortifiée, du diocèse d’Amiens. L’abbé de Corbie, insigne prélat, dont le bénéfice remontait aux âges mérovingiens, exerçait en ce lieu une dignité et un pouvoir quasi épiscopaux. Le père et la mère, honorables et bons chrétiens, donnèrent à leur fille la meilleure éducation possible, eu égard au rang inférieur qu’ils occupaient dans le classement social156.

Colette manifesta de bonne heure une grande ferveur de dévotion, et un penchant, peu commun chez les personnes de son sexe, pour la propagande religieuse exercée d’une manière collective. Âgée d’environ seize ans, elle s’était déjà fait une réputation de sainteté, qu’elle devait, d’une part, à ses actes, à ses pratiques pieuses, et, de l’autre, à l’influence de sa parole. Elle attirait et réunit chez elle des jeunes filles d’abord, puis diverses personnes de Corbie, et leur distribuait une manière de prédication ou d’enseignement, sous la forme de familières conférences. Ces réunions insolites trouvèrent des critiques et des contradicteurs. Colette fut dénoncée, même par des ecclésiastiques, comme s’ingérant sans lumières et sans autorité dans le ministère de la foi. L’évêque d’Amiens la manda et lui fit interrompre ses conférences157.

Ainsi qu’il arrive toujours pour les natures douées d’une certaine sève, cette première contradiction ne fit qu’activer le zèle dont elle était animée. Incertaine de la voie qu’elles devait choisir, Colette essaya de plusieurs routes. Elle entra successivement comme postulante, novice, ou converse, chez les béguines de Corbie, chez les Urbanistes de Pont-Sainte-Maxence, qui pratiquaient la règle franciscaine atténuée. Son père, en mourant, l’avait recommandée à l’abbé de Corbie (ordre de Saint-Benoît), et Colette fut également reçue, à titre provisoire, chez les bénédictines. Mais, a dit une de ses compagnes ou disciples et témoin de sa vie (sœur Perrine de la Baume), ayant vu sur l’autel un portrait de saint François d’Assise, la contemplation de cette image décida de sa vocation. Un signe visible lui apprit qu’il n’y avait rien à faire pour elle en ce lieu, et elle se retira. Dans le même temps, le gardien des cordeliers de Hesdin, frère Pinet, vint à Corbie, et ses entretiens déterminèrent Colette à embrasser le tiers ordre de Saint-François158.

Le tiers ordre, ou troisième degré, comportait une association incomplète du laïque à la vie monacale. Une certaine liberté restait à l’affilié, qui ne s’était pas encore astreint par les vœux d’une addiction complète. On voyait assez fréquemment au quinzième siècle certaines personnes, hommes ou femmes, adonnées à la vie dévote ou contemplative, se constituer dans les villes et peut-être dans les villages, à l’état de recluses. La recluse se séparait du monde pour s’enfermer isolément dans une sorte de cellule, close du côté des hommes, ouverte du côté de Dieu159.

Gameline, femme du prévôt de Corbie, et d’autres personnes, firent les frais du reclusoir de Colette. Il s’élevait sur le terrain des bénédictins et attenait à l’église de Saint-Étienne, appelée aussi Notre-Dame. Cet appendice fut pratiqué dans la paroi de l’église qui enveloppait le chevet. Un escalier, partant du dehors et communiquant avec le cloître des bénédictins, y conduisait. L’oratoire de la recluse donnait de plain-pied dans l’église et se fermait par un guichet inférieur. Cette issue s’ouvrait de dedans en dehors, lorsque la sainte recevait l’eucharistie ou la confession. Le haut de la porte, à claire-voie, était muni de barreaux en croix. De son oratoire, Colette, lorsqu’elle y paraissait, pouvait être vue, et voyait célébrer sur le maître-autel le sacrifice de la messe. Une pièce contiguë à son oratoire lui tenait lieu d’appartement ou retraite. Cette chambrette était meublée d’un lit, d’escabeaux, et ornée d’un tableau qui représentait une Notre-Dame. Un tour, pratiqué vers l’escalier, servait à lui apporter sa nourriture ou autres objets. Elle avait enfin une porte extérieure, dont elle était elle-même la gardienne, et l’ouvrait aux visites particulières qu’elle jugeait à propos de recevoir160.

Raoul de Roye, abbé de Corbie, portait vraisemblablement à sa jeune pupille un sincère et paternel attachement. Mais celle-ci n’avait pas obtenu sans peine que l’abbé consentit à sa réclusion. Si l’esprit de corps unissait, comme une sorte de patriotisme, les membres d’un même ordre monastique, une ardente et jalouse rivalité divisait les ordres entre eux. Dom Raoul était bénédictin : frère Pinet était Mineur. Pour l’honneur de sa robe et de son ordre, pour la gloire de saint Benoît (et non pour la gloire de saint François d’Assise), l’abbé convoitait peut-être les vertus et les qualités de son enfant spirituelle. Deux fois, comme un autre Baudricourt, Colette était venue s’ouvrir à lui de ses desseins ; deux fois il l’avait repoussée. Peut-être aussi reconnaissait-il que la vocation ou la place de Colette était dans le siècle et non dans le cloître, car il s’entremit d’abord à la marier161.

Colette, tout en méprisant et délestant chez elle-même, en sa qualité de sainte chrétienne, la séduction des charmes physiques, était douée en toute sa personne d’une beauté accomplie. Les grâces de son esprit, sa faconde naturelle, relevaient et augmentaient la puissance de son ascendant. Elle saisit une occasion où son tuteur, entouré d’une aimable compagnie, se déridait de sa sévérité habituelle. Colette alla le trouver en ce moment et renouvela ses instances. Elle prit à témoin et invoqua en sa faveur les joyeux hôtes ou compagnons du prélat ; l’adjura au nom de Dieu, par la passion et le sang de Jésus-Christ. Bref, elle plaida sa cause avec tant d’éloquence que le moine se laissa fléchir162.

Vers 1402, Colette entra en possession de son reclusoir. Elle distribua aux pauvres son modeste patrimoine, et fit vœu de clôture perpétuelle, obéissance, pauvreté et chasteté, sous la règle du tiers-ordre de Saint-François. Frère Pinet, son confesseur, présidait à la cérémonie. L’abbé de Corbie sanctionna aussi de son autorité ce même acte. Il assista, suivi de ses religieux, à la réclusion. Il reçut et approuva l’engagement éternel que venait de prendre sa pupille163.

Mais la jeune initiatrice, à l’étroit dans ce poste provisoire, nourrissait de plus vastes desseins. L’ordre de Saint-François constituait, au moyen âge, numériquement et moralement, l’un des groupes les plus considérables de l’Église régulière, ou de la famille monastique. Au point de vue social et politique, on a montré ci-dessus, par divers exemples, le rôle important que les Mendiants jouaient encore à l’époque dont nous traitons. Depuis les temps de ferveur et de fécondité chrétienne, où vivait le séraphique fondateur, la règle de Saint-François, néanmoins, avait reçu, notamment en France, de nombreuses atteintes ou atténuations, édictées même par le saint-siège. La grande secousse du schisme avait ajouté à cette œuvre de dissolution. Au sein des couvents de l’ordre, la décadence, le relâchement, étaient sensibles et universels. Colette conçut le dessein de réformer la famille des Clarisses ou Franciscaines, et par suite l’ordre des Mineurs tout entier.

Cette conception, même réduite aux termes les moins étendus, n’était point le fait d’une personne vulgaire. Colette, il est vrai, paraît en effet l’avoir embrassée par le côté le plus restreint. Le haut idéal que poursuivaient au treizième siècle les sectateurs de l’Évangile éternel, ces vastes horizons moraux, vers lesquels se dirigeait leur vue, ne se retrouvent plus dans le plan, beaucoup plus borné, de la réformatrice. Rétablir les antiques règlements, les pratiques et la discipline, que la tiédeur croissante, les malheurs des temps, la faillibilité des pécheurs, avaient abolis où emportés : telle est la tâche, déjà fort ardue, à laquelle sainte Colette consacra ses efforts et sa pieuse ambition.

La religieuse de Corbie n’avait pas été d’ailleurs préparée, par une savante éducation cléricale, au rôle difficile qu’elle voulait jouer. Son défaut de naissance tournait contre elle, et presque sans compensation, l’un des plus redoutables préjugés de son siècle. Colette était adulte et déjà recluse, lorsqu’un clerc de Corbie, nommé Jacques Guiot, lui enseigna le psautier, en d’autres termes, lui apprit à lire164.

Or on ne voit pas que, dans tout le reste de sa carrière, la sainte ait consacré soit à l’étude des lettres ou de l’histoire, soit à l’acquisition de connaissances analogues, le temps et le soin nécessaires pour suppléer à cette lacune primordiale. Colette Boilet, au moment de se lancer dans l’arène, dut compter surtout, comme Jeanne Darc, sur le ressort de ses facultés naturelles et sur leur énergie spontanée.

Colette habitait depuis près de quatre ans son reclusoir, lorsqu’un jour on vit arriver à Corbie une grande dame, qui se présenta avec empressement devant la sainte. Cette dame est nommée dans l’histoire la baronne de Brisay. Elle s’appelait Marguerite, fille d’Aymeri de Rochechouart, seigneur de Mortemar. Elle avait en effet successivement épousé deux maris, et le dernier, Gilles, baron de Brisay, originaire du Poitou comme Marguerite, s’était attaché à la fortune des ducs de Bourgogne. Après avoir combattu à Nicopolis, il était mort vers 1405, laissant à sa veuve de grands biens, situés en Suisse et en Franche-Comté165.

La baronne était accompagnée d’un religieux, qui voyageait avec elle en qualité d’aumônier. Celui-ci se nommait frère Henri de la Baume et appartenait à une grande famille du Bugey (limitrophe de Savoie). Il avait quitté le siècle, ainsi que le manoir paternel, pour embrasser de bonne heure la règle de Saint-François, et il faisait partie, quoique absent, du couvent des cordeliers de Chambéry. La baronne de Brisay habitait elle-même ces parages, c’est-à-dire la Franche-Comté. Une intime amitié l’unissait à la comtesse de Genève, Blanche de Savoie, femme de Hugues de Chalon (des princes d’Orange), baron d’Arlay et vicomte de Besançon. La comtesse était encore propre nièce de Robert, des comtes de Genève, qui fut pape ou antipape sous le nom, de Clément VII166.

Clément VII, pape d’Avignon, avait eu pour successeur, en 1394, Benoît XIII, qui régnait alors (1406) et qui continuait la politique aussi bien que les traditions de son prédécesseur. Il entretenait avec la maison de Savoie et la noblesse de ce pays des rapports étroits et suivis. Le pape ou antipape fut instruit des rêves que formait la néophyte de Corbie. L’idée de trouver sur une terre de son obédience, dans cette province française de Picardie, une nouvelle sainte Claire ; l’idée de réformer par le ministère de cette fille, et, conséquemment, de rallier à son autorité disputée, la grande famille des Mineurs, devait, naturellement sourire, au pontife d’Avignon. Cette idée vraisemblablement fut conçue ou accueillie par lui ; la résolution d’y donner suite, arrêtée ; et l’exécution en fut remise au religieux accompagné de la baronne. On n’en saurait douter lorsque l’on considère la marche ultérieure des événements.

Pour la libération de Colette, le grand, obstacle était l’abbé de Corbie. Lui-même avait reçu ses vœux de clôture perpétuelle. Il avait, de sa main, scellé la pierre de cette espèce de sépulcre, qui lui permettait de conserver auprès de lui la jeune sainte, espoir de sa propre ambition. L’eût-il voulu, rompre désormais le sceau de cette promesse indissoluble était un acte qui dépassait les limites de sa puissance167.

À peine arrivés, par la belle saison, la baronne et le franciscain aidèrent Colette à former un pourvoi, ou supplique, tendant à la faire sortir de sa réclusion. C’était un cas papal. La pétition fut portée à Paris et déférée à Antoine de Chalant, cardinal légat du titre de Sainte-Marie in via lata et chargé, près la cour de France, des pleins pouvoirs apostoliques, au nom de Benoît XIII. Antoine de Chalant, créature de l’antipape qui lui avait donné la pourpre en 1404, appartenait à une grande famille du Val d’Aoste. Les Chalant et les Genève tiraient une origine commune des marquis de Montferrat. Antoine eut pour frères François, évêque de Genève, et Boniface, maréchal de Savoie. Deux autres de ses frères tinrent successivement les sceaux du comté, depuis, duché de Savoie. Le cardinal n’avait donc rien à refuser aux députés, de Benoît XIII168.

A. de Chalant accueillit la requête et en déféra la solution à l’évêque d’Amiens. Jean de Boissy, neveu du cardinal de La Grange, occupait alors ce siège. Le renvoi du légat est daté de Paris, 23 juillet 1406. Huit jours après, l’affaire était terminée, avec une promptitude et une maestria dignes de remarque. Par lettres patentes données le 1er août suivant, à Amiens, Jean de Boissy accordait, par délégation apostolique, à sœur Colette de Corbie l’autorisation de sortir de sa cellule et la relevait des vœux de clôture perpétuelle qu’elle avait prononcés comme recluse169.

Dans sa requête au légat, la postulante exposait loyalement qu’elle ne pouvait plus rester dans sa réclusion en, repos d’esprit et sans préjudice pour sa conscience ; ajoutait qu’elle voulait servir Dieu ailleurs et dans un ordre approuvé par le saint-siège. Mais, dans la sentence épiscopale, l’évêque dit : Attendu les motifs, bons et valables, allégués par la requérante, nous la relevons de son vœu de recluse, et nous l’autorisons à entrer soit dans l’ordre de Saint-Benoît, soit dans l’ordre des Minoresses franciscaines, et de s’établir au diocèse de Reims ou en celui de Bourges170.

Quant à ce qui est de l’ordre de Saint-Benoît, on a vu que Colette, même avant sa réclusion, l’avait complètement rejeté de son choix. Mais cette clause : soit dans l’ordre de Saint-Benoît, était à l’adresse de l’abbé de Corbie ; tout en réservant, en faveur des impétrants, cette issue légale ou alternative : soit dans l’ordre de Saint-François. Cette clause endormait les illusions possibles de l’abbé ; elle désarmait, en tout cas, son opposition ou sa résistance. De même pour l’autre ad libitum. La province de Reims en effet était celle de Corbie et d’Amiens ; mais pour ce qui est de Bourges il convient seulement d’observer ceci : La baronne de Brisay avait épousé en premières noces Bertrand de Chanac. Or un proche parent de ce dernier, nommé aussi Bertrand de Chanac, fait cardinal par Clément VII, en 1385, avait occupé le siège de Bourges de 1374 à 4386171. Il avait eu pour successeur, comme archevêque de Bourges, Jean de Rochechouart, cousin germain de la baronne, fait cardinal par Benoît XIII, en 1394, et qui mourut à Avignon, dans la familiarité de l’antipape, en 1398. Les vicomtes de Rochechouart étaient d’ailleurs au nombre des grands barons de la métropole de Bourges. La baronne et ses coassociés se trouvaient donc chez eux dans ce diocèse172.

Aussitôt libres, sainte Colette et ses deux auxiliaires se mirent en route. Ils se dirigèrent non pas sur Reims, ou sur Bourges (qui est un point d’itinéraire entre Corbie et Avignon), non pas vers un couvent quelconque, mais sur Avignon, ou, plus précisément, sur Nice, ville des États de Savoie, et qui était en ce moment la résidence de Benoît XIII. La baronne avait pris sur elle tous les frais aussi bien que le succès de l’expédition. F. de la Baume et une suite escortaient la sainte et la baronne, Colette n’avait jamais monté à cheval ; mais, par miracle, elle se tenait droite et ferme en selle comme une écuyère consommée. Dans les mauvais passages, et lorsqu’il fallait mettre pied à terre, elle effleurait le sol et semblait voler173.

Colette éprouvait en effet une allègre satisfaction de traverser l’air libre, et de marcher dans la carrière où elle débutait par un triomphe subtil. Raoul de Roye, son bienfaiteur, son second père, avait été complètement battu. L’évêque d’Amiens, ordinaire de Raoul, était intervenu dans un acte scellé par l’abbé de Corbie, qui relevait directement du saint-siège ! Il était intervenu dans cet acte pour le corriger et le casser. On peut juger du ressentiment que le prélat monastique éprouva de cette aventure, par l’impression que ledit épisode laissa dans l’esprit, de la sainte elle-même. Raoul de Roye mourut en 1418. Perrine de la Baume, dans son mémoire, raconte ce qui suit : La servante de Dieu Colette avait souvent des visions. L’abbé de Corbie sept ans après sa mort (1425) apparut à la sainte, tremblante de tous ses membres, avec un grand bruit et un horrible fracas de chaînes ; mais la sainte lui commanda de se retirer174.

Restait à compter avec l’opinion publique et les fidèles. On allégua que, par miracle, Fr. H. de la Baume, se rendant en Terre-Sainte, avait rencontré à Avignon une recluse célèbre nommée Marie Amente175. Celle-ci, instruite par révélation divine, l’informa de même qu’en ce moment une autre recluse, à Corbie, appelée Colette Boilet, avait été choisie du ciel pour réformer l’ordre de Saint-François. Cette allégation réussit parfaitement ; tant au quinzième siècle l’esprit public, en ces matières surtout, était amoureux et avide de miracles. Cette même allégation fut acceptée dès lors, du moins par beaucoup de gens, comme, article de foi. Elle a été reproduite à ce titre dans les divers opuscules où traités pieux dont se compose jusqu’à ce jour la bibliographie de sainte Colette176.

C’était l’époque où Benoît XIII, déjà très-ébranlé sur son trône d’antipape, entrait dans la période errante de sa vie. L’obédience française elle-même lui était disputée, et Pierre de Lune déployait tous ses talents à masquer l’égoïste ambition qui lui fit conserver la tiare avec une opiniâtreté plus habile que louable. L’affaire de sainte Colette fut évidemment ce qu’on appelle un coup monté. La jeune néophyte, qui n’avait pas même passé par un noviciat régulier, la réformatrice âgée de vingt-cinq ans, qui ne connaissait ni le passé par les lettres, ni le couvent, ni le monde par expérience, obtint un accueil empressé, sympathique, enthousiaste. Le souverain pontife, à sa venue ; se prosterna devant elle. Colette requit de lui deux choses : la première, d’être admise au deuxième ordre franciscain, c’est-à-dire d’embrasser la règle de Sainte-Claire ; la seconde, de réformer l’ordre de Saint-François. Le pape écouta la sainte avec la plus grande, bienveillance. Il prit lui-même une cédule que Colette portait dans une petite bourse pendue à sa ceinture. Vainement divers cardinaux ou prélats supérieurs qui entouraient le pape cherchèrent à le dissuader, Colette obtint les deux grâces qu’elle sollicitait. Benoît XIII lui donna le voile, lui ceignit la corde franciscaine ; il l’institua solennellement mère abbesse et réformatrice générale de l’ordre, avec la faculté d’élever sous son autorité de nouveaux monastères177.

En la congédiant, Benoît lui donna, ainsi qu’à, ses compagnons, la bénédiction apostolique. Il la recommanda spécialement à la baronne de Brisay et au F. de la. Baume, qu’il confirma comme confesseur et assesseur de la nouvelle supérieure générale. Le pape ou antipape prescrivit à ces deux derniers de continuer auprès de Colette le ministère de protection et de sauf-conduit dont ils avaient pris l’initiative. Il encouragea enfin la religieuse picarde à retourner dans son pays et à commencer sa carrière d’initiation ou de réformatrice au sein des populations qui l’avaient vue naître et qui avaient été les témoins de ses pieux débuts178.

Colette revint à Corbie, où elle se trouvait en novembre 1406. Mais un grand changement, depuis son départ, s’était opéré dans les esprits de ses compatriotes quant à sa réputation personnelle. Sa sortie de réclusion, quelque talent qu’eussent déployé ses auxiliaires et quelque heureux succès qu’elle en eut tiré, avait causé une véhémente indignation dirigée contre Colette. Lorsque la nouvelle abbesse reparut à Corbie, escortée encore de l’observantin et de la baronne, toutes les portes se fermèrent pour ne pas la recevoir. Ses amis les plus proches de la veille ne lui manifestaient que mépris et courroux. On l’appelait (comme la Pucelle) : sorcière, invocateresse de démons ; et on lui appliquait d’autres épithètes semblables. Colette enfin se trouva aux prises avec un concert de répugnances si visible, si persistant, qu’elle dut renoncer à évangéliser son pays ; et, toujours accompagnée de ses deux amis, elle se rendit auprès de la comtesse Blanche de Savoie179.

La comtesse habitait alors le château de Baume ou la Balme, que l’on croit avoir été situé à Baume-les-hommes, près Poligny, en Genevois. Blanche accueillit parfaitement ses hôtes ; elle accorda tous les honneurs et toute la révérence possibles à l’abbesse, et lui céda la moitié de son château pour y exercer désormais son ministère. Colette en effet commença d’y réunir quelques novices ; mais, se trouvant encore à l’étroit sur ce théâtre restreint, elle quitta cet asile. Autorisée par une bulle du 26 janvier 1408, émanée du môme Benoît XIII, Colette vint s’établir à Besançon, accompagnée d’une jeune princesse de Savoie nommée Mahaud ou Mathilde et de diverses autres religieuses. La fondatrice prit possession de son couvent, avec pompe, le 14 mars 1410. Telle fut la première œuvre monastique de sainte Colette180.

Désormais Colette avait pris son essor et l’impulsion était donnée. Patronée auprès des princes par d’actives et sympathiques princesses, appuyée de miracles qui se produisaient à chacun de ses pas, l’abbesse générale vit promptement se multiplier les créations de son ordre. En 1412 elle fonda le couvent d’Auxonne, et celui de Poligny en 1415. Les filles des familles nobles imitaient un exemple que leur donnaient les maisons de Savoie et de Bourgogne. Un grand nombre d’autres, moins haut placées dans l’échelle sociale, suivaient. Vers cette époque, une réunion eut lieu au château de Rouvre en Bourgogne. Marguerite de Bavière (femme de Jean sans peur), duchesse de Bourgogne, Blanche de Savoie, comtesse de Genève, et sainte Colette y assistaient. L’objet de cette entrevue était de délibérer sur le mariage projeté entre Louis le barbu, duc de Bavière, comte palatin du Rhin, et Mahaut de Savoie, pupille et novice sous la règle de Sainte-Colette. La sainte, ayant consulté Dieu dans la prière, déclara, à la grande satisfaction de tous, que cette alliance serait bénie du ciel. En 1417, Jean de la Baume, comte de Montrevel, fut envoyé par le duc de Savoie en Allemagne pour achever la négociation. Louis de Bavière épousa Mathilde, par contrat du 30 novembre de la même année181.

Cette adhésion de la sainte est un fait remarquable. Colette en effet partageait avec une rigueur spéciale les sentiments des docteurs ecclésiastiques de son temps sur la moralité comparative du célibat et du mariage. Elle préférait les saints de l’Évangile aux patriarches de l’ancien testament, parce que ceux-ci n’avaient pas observé la loi de chasteté inaugurée par Jésus. Entre les époux, elle préférait ceux qui ne s’étaient mariés qu’une fois. Sa propre mère avait cependant convolé en secondes noces, ainsi que la baronne de Brisay. Un jour que Colette enfant conversait avec sa mère : Ma mère, lui dit-elle, j’aimerais mieux que vous n’eussiez jamais eu qu’un époux. — Mais, ma fille, lui répondit doucement Marguerite, si je ne m’étais pas remariée à ton père, tu ne serais pas de ce monde. — Eh bien, répliqua la sainte, Dieu tout-puissant, si vous ne vous étiez pas remariée, m’aurait fait naître de quelqu’un de nos proches182.

L’idéal de la morale pour Colette était la continence absolue et la macération des sens, principalement sous ce rapport. Elle préconisait la virginité comme un état supérieur et le terme suprême du devoir. Toute autre situation constituait à ses yeux un abaissement, une dérogation. Elle obtint du pape des lettres apostoliques pour n’admettre dans son ordre que des vierges, à l’exclusion même des veuves, sauf des cas d’importance majeure. Saint Jean l’évangéliste, type après Jésus de l’homme-vierge, obtenait les prédilections de sa piété. Saint Jean répondit à sa ferveur en lui apportant un anneau et une croix d’or. L’anneau, signe d’un mariage mystique (imité de la légende de sainte Catherine), fut passé par l’évangéliste au doigt de la sainte, et celle-ci le prêta souvent à son confesseur ou à ses messagers lorsqu’ils se mettaient en route, afin de les préserver du péril et de leur porter bonheur. Mais cet anneau, conservé à Gand, périt lors des ravages exercés dans cette ville par les protestants au seizième siècle. Quant à la croix, elle se conserve encore au couvent de Poligny. Telles sont du moins les affirmations que répètent, l’un après l’autre, la série des hagiographes183.

Sainte Colette recueillit bientôt le fruit de sa condescendance politique. En mai 1448, selon toute apparence, elle se trouvait à Troyes avec la reine régente de France. Isabeau de Bavière était la cousine germaine de Louis le barbu. Par lettres données en cette ville le 15 dudit mois, elle octroya 100 livres à Sœur Colette, abbesse des Cordelières, pour contribuer à la construction de son église de Poligny184.

Après le monastère de Poligny, Colette éleva divers autres couvents, dans le Nivernais, la Suisse, le Bourbonnais, le Languedoc et l’Auvergne. En 1435, elle donna une nouvelle législation religieuse à sa famille monastique, et ces constitutions, dont on peut lire le texte dans Wadding, furent approuvées et édictées par le supérieur général des franciscains. Nous en avons indiqué précédemment l’esprit et la substance. Les monastères d’hommes se ressentirent eux-mêmes de cette réforme. Colette trouva un sectateur ardent et passionné en la personne du roi Jacques de Bourbon, roi nominal de Naples et de Hongrie. Sa fille avait déjà pris le voile de Clarisse à Aigueperse185.

Ce roi Jacques était un personnage pour le moins assez excentrique.

Après avoir joué un triste rôle en Italie, aux côtés de la reine reine Jeanne ou Joannelle de Naples186, il revint en France, tout jeune encore et désenchanté. Jacques, détourné du monde, où il ne réussit jamais, se tourna vers l’Église. Il s’éprit en premier lieu de l’ordre de Saint-Antoine, le grand saint du Viennois. Le 7 janvier 1423, il dota d’une fondation l’abbaye de ce nom. Il chargea en même temps le couvent de faire fondre une cloche de quatre-vingts quintaux, qui devait sonner tous les jours de sa vie autant de coups que le roi comptait d’années d’existence. Dans le même acte, il s’obligeait à porter sa vie durant sur ses habits, la veille et le jour de Saint-Antoine, une petite potence ou tau de Saint-Antoine, avec une clochette d’or, du poids d’une once, avec injonction à ses héritiers d’observer les mômes pratiques dans l’avenir187.

Mais l’exemple de sa fille le rallia complètement ou le conquit à sainte Colette188. Par son testament, daté du 21 janvier 1435 (ou 1436 ?), il légua soixante écus d’or à chacun des couvents qu’avait élevés la thaumaturge picarde. Jacques avait déjà demandé la canonisation de Jeanne de Maillé. Au mois de juillet 1 435, il se rendit lui-même cordelier de l’observance de Sainte-Claire. Un historien local et contemporain, Olivier de la Marche, témoin oculaire, raconte en ces termes sa royale entrée en religion. Les gens de Pontarlier, qu’habitait Olivier, se rendirent le 22 au-devant du roi, en procession, et son maître d’école (car Olivier était encore enfant) le conduisit avec ses condisciples à cette fête.

Et, dit Olivier de la Marche, ay bien mémoire que le roy se faisoit porter par hommes en une civière telle, sans différent, que les civières en quoy l’on porte les fiens et ordures communément. Et estoit le roy demi-couché, demy-levé, et appuyé à rencontre d’un meschant desrompu oreiller de plume. Il avoit vestu, pour toute parure, une longue robe d’un gris de très-petit prix et estait ceint d’une corde nouée à façon d’un cordelier. En son chef avoit un gros blanc bonnet que Ion appelle une cale189, nouée par-dessous le menton ; et de sa personne il estoit grand chevalier, moult beau, et moult bien formé de tous membres. Il avoit le visage blond et agréable, et portoit une chère190 joyeuse en sa recueillette envers chacun, et pouvoit avoir environ quarante ans d’âge. Après luy venoient quatre cordeliers de l’Observance, que l’on disoit moult grands clercs et de saincte vie. Après iceux, un peu sur le loing, venoit son estat, ou il pouvoit avoir deux cens chevaux ; dont il y avoit litière, chariot couvert, haquenées, mules et mulets dorés et et enharnachés honorablement191.

Ainsi se promenait le roi-convers de ville en ville. Arrivé à Besançon, une grande pompe fut déployée ; il y fit une entrée princière ; puis le soir même Colette, dit un auteur, l’introduisit dans le modeste domicile où il devait rester caché avec Jésus-Christ en Dieu, et dès le lendemain il congédia les gens de sa suite192.

Colette, née en Picardie, sujette de Bourgogne, avait trouvé auprès de la cour bourguignonne et de ses alliés ses premiers, ses plus puissants, et fidèles protecteurs. La plus grande partie de sa carrière se déroula sous les auspices de ces princes ennemis de la France. Colette d’ailleurs demeura complètement étrangère à la politique. Son royaume n’était pas de ce monde. Dans l’état social au milieu duquel elle naquit Colette ne vit jamais qu’une cause métaphysique à servir : le salut spirituel des âmes. L’œuvre à laquelle elle consacra son activité fut, on le sait, une réforme monastique.

Quoique vivant dans le même royaume et dans le même temps, Jeanne Darc et sainte Colette ne se rencontrèrent jamais. De 1428 à 1431 Colette habita Poligny, ou le sud-est de la France. Charles VII, paraît-il, connut sainte Colette à peu près en même temps que la Pucelle. Vers 1430, il fut sollicité au nom de la réformatrice par Claudine de Roussillon, de la maison de Polignac, qui voulait ériger un couvent de Colettines au Puy en Auvergne. Charles VII, au moment où il abandonnait la Pucelle, accueillit favorablement la demande formée sous l’inspiration de sainte Colette. Plus tard, comme on le verra, il montra, personnellement à la sainte une bienveillance marquée193.

Sainte Colette était une personne physiquement délicate, ou du moins que ses biographes représentent comme exténuée d’austérités et naturellement timide. De 1415 à 1435, ses travaux lui occasionnèrent de continuels déplacements. Le sol entier du royaume était en proie à la guerre civile ou étrangère. Partout la soldatesque ou le brigandage infestaient les chemins, et nulle sûreté n’existait pour les voyageurs. Colette chaque fois qu’elle devait partir se faisait dire une messe de l’épiphanie, ou apparition, afin de se préserver par ce moyen des mauvaises rencontres. Puis aussitôt qu’elle était en route elle ne cessait, dans le même but, de réciter, elle et ses compagnes, les litanies des saints194.

Jeanne la vaillante durant cette même période parcourait ces champs désolés. Armée en guerre, elle, faible fille, soulevait l’énergie des populations ; elle faisait de la France une patrie !

Aucune vie de saint que nous ayons lue ne nous a semblé aussi riche en miracles que celle de sainte Colette. Sa naissance fut un premier miracle, car, au dire de ses panégyristes, sa mère était âgée de soixante ans lorsqu’elle la mit au monde. Dès son enfance le surnaturel l’entoure et se développe à son ombre ; après sa mort les prodiges redoublent. Cette profusion de merveilles au commencement de sa carrière semble avoir eu pour objet de suppléer à la jeunesse de la sainte, à son peu d’œuvres positives, au peu qu’elle offrait personnellement de garantie et d’autorité. Plus tard, en se multipliant, cette même profusion engendre, comme conséquence, un véritable préjudice, qui se tourne contre l’héroïne. En présence de cette omnipotence et de cette thaumaturgie constante, il devient très-difficile effectivement de discerner quelle part humaine on peut faire à l’intelligence et aux talents de Colette pour triompher des obstacles qu’elle rencontra dans sa carrière195.

Colette s’imposait toutes les austérités : haire, discipline, cilice, jeûnes, habits rapiécés, couche dure, étroite, etc., etc., qu’on rencontre dans toutes les vies de saints. À côté de ces rigueurs, il est juste de placer des faits qui en sont inséparables. Colette, en sa qualité de chef d’Ordre et par une dispense spéciale, n’était pas personnellement soumise à la règle qu’elle imposait à ses sœurs. La continuité, la monotonie surtout du monachisme sédentaire, silencieux, cellulaire, lui étaient épargnées. Elle se vivifiait et se ranimait dans l’activité d’un contact fréquent avec les vivants, avec le monde. Et là, sous ses haillons volontaires de cénobite, elle recevait des honneurs qui non-seulement faisaient contraste avec sa condition native et séculière, mais qui, par le fait de l’opinion, l’élevaient à un rang divin196.

Colette, malgré ces distractions hygiéniques, vit s’altérer sa santé dans les pratiques de l’ascétisme. Elle fut toute sa vie incommodée de maux physiques, évidemment causés par ce régime insalubre. L’hydropisie et d’autres affections vinrent l’atteindre. L’habitude des contemplations spiritualistes et le goût du mysticisme firent d’elle une visionnaire ou une voyante, chez qui le sommeil et la veille, le rêve (ou songe nocturne) et l’imagination, se confondaient. Tous ses historiens racontent, en écrivant sa vie, une série concordante et incontestée de visions. Elle aimait, dans la nature, de petits animaux, des bêtelettes au doux poil, aux tendres couleurs, aux ailes luisantes, qui lui semblaient l’image de la douceur, de l’innocence et de la pureté. Elle avait apprivoisé un agneau qui l’accompagnait partout. A l’église, il la précédait et occupait son siège jusqu’à ce qu’elle vînt lui succéder ; puis elle le plaçait à ses côtés. Elle avait dressé cet agneau à s’agenouiller, lors de l’élévation, en entendant la messe. Jeanne-Marie de Maillé se faisait accompagner d’une pie. Colette, toute jeune, appelait à ses repas les oiseaux du ciel, et partageait avec eux. Plus tard, elle conserva privément une alouette, en latin alauda, ainsi nommée, disent ses hagiographes, a laude Dei, parce que l’alouette chante les louanges du seigneur197.

Plusieurs de ces traits assurément sont touchants ou gracieux. En vain la rigueur du dogme étouffait chez la femme ces grandes aspirations de tendresse qui sont sa prérogative et sa destinée ; l’affection, l’amour, filtrait et se faisait jour à travers les fissures de l’immolation gratuite et de la prison volontaire.

Saint François n’aimait pas les fourmis, parce qu’elles épargnent et thésaurisent. Colette en avait horreur. Les animaux impurs, qui répugnent à la vue ou qui incommodent : les vers, les mouches, les limaces, les serpents, les crapauds et aussi les rats, les araignées, les cloportes, etc., etc., causaient chez elle un trouble et suscitaient une aversion insurmontable. La négligence de toute recherche, l’extrême pauvreté, l’éloignement systématique du plus simple bien-être, le raffinement d’humilité, d’abjection physique, de misère dans l’abondance, ou le choix de tout ce qui est l’inverse du luxe, de préférence à celui-ci ; tout ce milieu moral, qui était sa règle et sa loi, contribuait à multiplier sous sa vue ces impuretés de la création. Colette les prenait à titre d’épreuve, et elle y voyait des formes du démon. Dans le nord, elle fut tentée par les limaces ; dans le midi, en Languedoc, les mouches pullulaient à l’infini pour la molester. Ces mouches volaient sur ses livres, sur ses mains, bourdonnaient autour d’elle, agaçaient ses nerfs et interrompaient ses oraisons. Il y en avait une, un jour, plus grosse, plus bruyante, plus opiniâtre que les autres. La sainte n’osait pas l’exorciser de son autorité propre : Au nom de l’obédience du grand Monseigneur saint François, elle lui commanda de se retirer. La mouche obéit ; mais elle alla faire le même vacarme auprès de l’un des confesseurs de Colette. Puis elle revint auprès de la sainte, qui avait eu [sans la voir ?] pleine connaissance des évolutions de cette bête198.

Plus tard, de 1440 à 1447, sur la fin de sa vie, les objets de ses visions nocturnes et diurnes prirent de plus amples proportions. C’étaient des loups, des lions, des léopards, des couleuvres, des géants, des hommes et des femmes d’une monstrueuse laideur. Quelques-uns, dans le nombre, hommes et femmes, avaient l’air jeunes, assez beaux, les cheveux grands, longs et bien peignés ; mais tous se présentaient à la fois. Elle ne pouvait pas lever les yeux sans voir ce spectacle, ce cauchemar qui l’obsédait et la désolait199.

Qu’il y a loin de cet idéal ou de ces imaginations, nous ne disons pas à l’hymne moderne, que la voix de la science et celle de la poésie chantent de concert en l’honneur de la nature, mais seulement au Chant des créatures, composé, dit-on, au treizième siècle par le fondateur de l’ordre franciscain !

Depuis qu’elle avait quitté l’ingrate Picardie, Colette n’avait pour ainsi dire compté que des triomphes. Sa renommée croissait de jour en jour, comme sa lignée spirituelle, comme la postérité de monastères-filles qu’elle avait enfantés. Les papes de Rome, dont elle eut reconnu l’autorité dès que l’opiniâtre Benoît XIII eut été déposé en concile, lui continuaient l’approbation qu’elle avait reçue de l’antipape. Les princes et le monde s’agenouillaient devant son autorité. Saint Vincent Ferrier l’avait honorée de ses entretiens. En 1442, par lettres données à Besançon le 8 novembre, saint Jean Capistran ou de Capistrano, alors commissaire en France du vicaire générai des franciscains, confirme en faveur de l’abbesse générale sœur Colette divers privilèges qui lui ont été accordés parle saint-siège. Il lui reconnaît ainsi qu’à son confesseur (Pierre de Vaux) le droit de nommer un ou plusieurs frères franciscains, comme visiteurs ou inspecteurs des diverses maisons soumises à l’autorité de l’abbesse200.

Mais [un peu plus tard] Dieu la soumit à l’une des plus rudes épreuves qu’elle ait eues dans sa vie. Saint Jean Capistran arriva à Besançon en qualité de vicaire général de l’ordre de Saint-François. Il était muni des pouvoirs que lui avait accordés le pape Eugène IV, et voulait aussi réformer son ordre, en réunissant toutes les congrégations en une seule, afin d’y faire revivre l’esprit qui animait les premiers disciples de saint François. Le pape l’avait autorisé à obliger les clarisses elles-mêmes à quitter leur genre de vie pour embrasser sa réforme. Quand il eut déclaré à Colette l’objet de sa venue et les intentions du souverain pontife, la sainte fut interdite de ce coup auquel elle n’était pas préparée. Jean Capistran en eut pitié, et lui accorda un délai de quelques jours pour donner sa réponse. Colette se mit alors en prières avec ses filles, et n’oublia rien pour fléchir le nouvel apôtre. Ses efforts ne furent pas vains, car l’homme de Dieu se sentit inspiré d’en haut de ne pas contrarier l’œuvre de la sainte, et quelques jours après il se rendit auprès d’elle, et lui déclara qu’il abandonnait son projet201.

Colette, itérativement et dès le début de sa carrière, avait éprouvé la valeur d’un adage célèbre : Nul n’est prophète en son pays. En s’éloignant de Corbie elle avait fait pour ainsi dire un long détour, mais sans perdre de vue le point de départ. Plusieurs de ses jeunes amies d’enfance, telles que Jeanne et Marie de Corbie et d’autres, s’attachèrent à sa fortune, et devinrent abbesses des couvents fondés par leur guide et maîtresse. Plusieurs de ces monastères se peuplaient au préjudice des autres ordres, bernardin, bénédictin, etc. Divers sujets des deux sexes quittaient canoniquement leur ancienne règle, pour se ranger sous la nouvelle bannière de Colette, qu’ils jugeaient plus propre à les conduire vers l’idéal de la perfection202.

. Ce genre de mutations était toujours vu d’un mauvais œil par les ordres abandonnés, qui considéraient ces préférences comme des injures et des apostasies. On se rappelle, l’impression terrible que l’abbé de Corbie avait laissée dans l’âme de la sainte. Colette en 1441 se rapprocha de son pays natal. À cette époque la cour du comte palatin du Rhin (qui lui était dévouée, ainsi que toute la maison ducale de Bavière), sollicitait sa présence. On lui offrait d’ériger, sous ses yeux, un nouveau couvent à Heidelberg. Colette différa de se rendre au vœu de ses amis. De la Franche-Comté, qu’elle habitait, au lieu de se diriger vers le palatinat, elle alla prendre sa demeure à Hesdin. Cette petite ville, située à peu de distance de Corbie, était le séjour de la cour de Bourgogne. Philippe le Bon y résidait, en compagnie de sa pieuse épouse Isabelle de Portugal203.

L’un et l’autre étaient des protecteurs et sectateurs déclarés de sainte Colette. Celle-ci revenait dans sa patrie, sexagénaire, riche de travaux, d’expérience et de succès ; toute rayonnante du don de miracle et de sainteté. Son vœu le plus intime et le plus ardent était de fonder à Corbie même un couvent qui fût en quelque sorte la métropole de son ordre et sa pépinière, ou séminaire204, pour l’avenir. Mais le spectre de l’abbé de Corbie devait une seconde fois se dresser devant elle ainsi qu’un implacable adversaire, et cette fois non point seulement comme un mort qui revient, sortant de son tombeau, mais incarné, vivant en la personne du titulaire.

Le siège abbatial de Corbie avait alors pour prélat (depuis 1445) Michel Dauffines. Le Gallia christiana (écrit par des bénédictins) nous représente en lui un homme froid, parlant peu, tout aux affaires, conservateur jaloux de ses droits et tuteur vigilant des intérêts de son abbaye. Colette, appuyée par le duc et la duchesse de Bourgogne, construisit d’abord un monastère à Hesdin, puis un autre à Gand en Flandre ; puis un autre à Amiens, chef-lieu du diocèse. Philippe de Saveuse, gouverneur pour le duc en Picardie, fut mis en avant. Un terrain ayant été choisi dans Corbie, on jeta quelques granges à bas, et l’on commença les fondations. Le roi lui-même amortit le terrain205. Mais le formidable abbé de Corbie éleva son veto, comme seigneur à la fois temporel et spirituel206.

Le roi, la reine de-France207, le dauphin, le pape, par une bulle formelle d’autorisation, témoignèrent de leur intérêt, de leur bienveillance expresse en faveur de la fondation. L’abbé ou le couvent de Corbie, bien loin de se troubler à travers toutes ces apostilles, alla droit à l’initiatrice, et la somma d’avoir à se désister de son entreprise. Colette, mise en demeure, répondit une lettre fort remarquable et fort adroitement écrite, qui nous a été conservée208.

Dans cette épître, empreinte d’une dignité ferme, confirmée encore par la douceur de la forme et la déférence du langage, elle se dérobe et se réfugie, avec une extrême habileté, derrière Philippe de Saveuse, derrière les pieuses personnes à qui revient, dit-elle, le mérite de l’entreprise. Pour elle, cette entreprise, elle ne la désapprouve, pas ; mais elle n’entend pas s’insurger contre un supérieur ecclésiastique. Quant au préjudice d’aucune sorte qui puisse en résulter pour l’abbaye, elle n’a jamais eu la pensée qu’il en pût être ainsi. En d’autres lieux, les prélats qu’elle a rencontrés lui ont prêté une aide plus bienveillante. Ils n’ont eu qu’à se louer de leur condescendance, en voyant les fruits d’édification qu’a produits la nouvelle semence. Elle termine en adjurant ses adversaires au nom du souverain juge, qui leur demandera compte, au grand jour, de leur gouvernement et de leurs actions. Cette lettre est datée de Hesdin, 2 mars [1446]. Une autre lettre de Colette, adressée à Philippe de Saveuse, le 10 du même mois, enjoint à celui-ci d’interrompre la construction209.

Colette mourut en son monastère de Gand, le 6 mars 1447. Elle avait créé dix-sept couvents de clarisses et réformé sept monastères d’hommes. Exposée publiquement après sa mort, plus de trente mille personnes vinrent la visiter et l’adorer comme sainte. C’est ainsi que la voix du peuple devançait le plus souvent, au moyen âge, une canonisation régulière, réservée par le droit ecclésiastique au saint-siège et que le saint-siège n’accordait pas toujours à cette espèce de requête publique. La béatification de Colette, sollicitée par de longues et puissantes instances, fut durant plusieurs siècles repoussée à Rome, attendu la qualité d’antipape attachée, à Benoît XIII, de qui la sainte avait tenu sa première investiture. Cependant, dès la fin du seizième siècle ou au commencement du suivant le culte restreint de la sainte, toléré depuis sa mort, fut autorisé, pour les religieux de son ordre seulement. Enfin, de nos jours, le pape Pie VII, par une bulle du 24 mai 1807, a inscrit au martyrologe catholique le nom de sainte Colette, en lui octroyant les honneurs complets et la plénitude de la béatification210.

XIV.
Jeanne la Férone, la fausse Pucelle du Mans
(1460-1461)

Vers le mois de juillet 1460, il y avait à Laval, au diocèse du Mans, une fille, âgée de dix-huit ou de vingt-deux ans, native d’un lieu voisin, nommé Chassé-lès-Usson. Son père s’appelait Jean Seron ou Féron, et elle était connue sous le nom de Jeanne la Férone. Jeanne capta d’abord la faveur de la dame de Laval211. Cette fille se donnait pour inspirée, et se prétendait possédée ou tourmentée par le démon. Elle avait sans cesse à la bouche les noms de Jésus et de Marie. La dame de Laval prit le parti de l’envoyer au Mans vers l’évêque, Martin Berruyer. Ce prélat entendit la patiente ou prophétesse en confession. Il renouvela son baptême, la confirma et changea son nom de Jeanne en celui de Marie, ou lui ajouta ce dernier nom, en recongnoissant l’aide de Dieu et l’aide merveilleux que lui avoit fait la Vierge Marie, mère de Dieu212.

Jeanne Féron se prétendait vierge. Elle habita quelque temps la ville du Mans, sous les yeux et la protection de l’évêque. Sur ce nouveau théâtre elle donna cours à ses jongleries de thaumaturge, et réussit à tromper de plus en plus la confiance de ce vénérable prélat, affaibli sous le poids de l’âge. Elle simula plusieurs scènes de possession ou attaques des mauvais esprits, et fut à plusieurs reprises exorcisée par l’évêque. Jeanne parut à ses yeux couverte de plaies, ensanglantée, luttant contre les étreintes d’un ennemi invisible. En même temps, elle fit à l’évêque des confidences merveilleuses, accompagnées de communications dévotes et de réflexions ou sentences chrétiennes. Martin Berruyer, dupe de ces démonstrations, lui témoigna un intérêt croissant. Jeanne devint bientôt célèbre sous le nom de Pucelle du Mans, et l’évêque contribua puissamment à étendre la renommée de cette mystificatrice. Il écrivit plusieurs lettres en son honneur à plusieurs princes et communautés du royaume213.

La pieuse reine de France, ayant entendu parler de cette fille, écrivit à l’évêque pour le prier de la lui faire connaître. Martin Berruyer répondit à cette demande par une épître qui nous a été conservée, et qui contient un long témoignage de l’illusion où sa bienveillance ainsi que sa crédulité l’avaient entraîné. Parmi les visiteurs de la prétendue prophétesse, quelques officiers du roi s’étaient trouvés auprès d’elle. La Férone leur dit : Recommandez-moi bien humblement au roy et lui dictes qu’il recognoisse bien la grâce que Dieu lui a faict ; qu’il veuille soulager son peuple. L’attention du gouvernement royal et de Charles VII lui-même fut à son tour éveillée par le bruit de cette fille. Au mois de décembre 1460, Jeanne fut mandée à la cour. Le conseil se tenait alors à Tours, et le roi habitait son château des Montils. Pierre Sala, qui écrivait, en 1516, un opuscule dédié à François Ier, roi de France, nous a laissé dans cet opuscule un témoignage fort curieux, qui lui avait été transmis par Guillaume Goufier, sire de Boisy, relativement à Jeanne Darc, la Pucelle d’Orléans. Le même auteur mentionne, à la suite de cette héroïne, une fausse pucelle qui, dix ans après, dit-il, fut présentée au roi comme étant Jeanne ressuscitée214.

Mais Sala, fort âgé lorsqu’il rédigeait cet écrit, a vraisemblablement commis une erreur de date215 dans ce passage, et le reste de son récit paraît s’appliquer avec précision à Jeanne la Férone. Le roy, ainsi s’exprime Pierre Sala, oyant cette nouvelle, commanda que la fille fust amenée devant luy. Or, en ce temps estoit le roy blessé en un pied et portoit une botte faulve. Voulant éprouver la nouvelle venue, ainsi qu’il avait fait en 1429 à Chinon, il envoya un de ses familiers pour recevoir Jeanne la Férone comme s’il fust le roy. Mais les conducteurs de cette fille savaient que le roi était malade. Jeanne la Férone, avertie, passa outre et vint droit au roi, dont il fut très-esbahy et ne sceut que dire, sinon en la saluant bien doulcement, et lui dit : Pucelle m’amye, vous soyez la très-bien revenue, ou nom de Dieu, qui scet le secret qui est entre vous et moy. Alors miraculeusement, poursuit Sala, après avoir ouy ce seul mot, se mit à genoulx cette faulse pucelle, en luy criant mercy, et sur-le-champ confessa toute la trayson216.

En effet, Jeanne la Férone fut conduite à Tours, examinée par le conseil, mise en jugement et convaincue d’imposture. Son procès, vraisemblablement, s’instruisit d’abord en cour d’Église, car il fut confirmé par Jean Bernard, métropolitain de l’évêque du Mans. Jeanne était la concubine d’un clerc, et menait une vie dissolue. Des familiers de l’évêque, ses indignes confidents, profitaient de cette intimité pour suggérer à leur créature de prétendues révélations qu’elle offrait, sous le sceau de la confession, à la crédulité du respectable vieillard. Le conseil décida que Jeanne serait mitrée et prêchée publiquement devant tout le peuple dans les villes du Mans, de Tours et de Laval.

Le 2 mai 1461, elle fut exposée à Tours, coiffée d’une mitre, avec écriteau en vers latins et français. Maître Guillaume de Châteaufort, grand maître du collège royal de Navarre, la prêcha. Elle dut enfin être renfermée à Tours pour pleurer et gémir ses péchés en prison fermée l’espace de sept ans en pain de douleur et en eau de tristesse. Quant à ses complices, ils furent, dit Sala, justiciez très-asprement comme en tel cas bien appartenoit217.

Conclusion

Après avoir développé cette revue de personnages, le moment est venu d’y jeter un coup d’œil d’ensemble et comparatif. Nous devons maintenant faire ressortir en quelques mots, premièrement les analogies, et en second lieu les différences qui existent entre ces personnages d’une part et la pucelle Jeanne de l’autre. Nous dégagerons enfin, pour conclure, la moralité qui résulte à nos yeux de ce parallèle.

Les analogies se résument à peu près en deux points bien simples. Le premier consiste, — pour les personnages honorables et dignes de louanges, — parmi ceux qui ont été énumérés, dans les bonnes intentions et dans un but plus ou moins semblable qui leur étaient communs, ainsi qu’à la libératrice d’Orléans.

Le second point, quoique très-simple, aussi offre selon nous une importance capitale.

Ce point c’est le rôle que jouait le miracle au quinzième siècle.

Le miracle, c’est-à-dire l’anormal, le surnaturel (pour nous, l’impossible et la chose incompatible avec l’ordre suprême) était au moyen âge considéré comme possible, normal et en harmonie avec l’idée qu’on se faisait de l’ordre universel et de Dieu. Le miracle, en général, bien loin d’être repoussé par les esprits, était admis, appelé, souhaité, admiré, béni, invoqué par tous et en toute occasion, sans exclusion quelconque.

Nous venons de dire les analogies : les différences ne sont pas moins sensibles ni moins importantes. Sans nous arrêter, bien entendu, aux fourbes et aux intrigants, nous maintenons uniquement dans le parallèle les saints et saintes qui qui y figurent.

L’un des premiers caractères de la sainteté, c’est-à-dire de la moralité suprême au moyen âge, était de se retirer du monde et de s’en séparer. La nonne et le moine s’isolaient autant que possible des vivants et s’en préservaient par la clôture et la virginité ; le prêtre, même séculier, par le célibat. Ils formaient un ordre (pour ne pas dire un état) dans l’État. Ils étaient la tribu de Lévi. Ils communiquaient avec le monde, pour leur péril à eux, et pour le profit du monde ; mais ils n’en étaient pas. Les intérêts, les besoins, les espérances, les gloires de la terre ne leur inspiraient qu’indifférence et dédain ; la terre est une vallée de larmes. Toute leur force, tout leur zèle était pour une autre vie : pour le ciel.

L’héroïsme hagiologique consiste moins dans le dévouement, surtout le dévouement utile aux autres, que dans la perfection individuelle ou monachisme. Les actes proprement dits, les œuvres susceptibles de servir l’humanité, n’occupent point la grande part dans leur biographie. Leurs traits de charité coûtent généralement plus cher et sont plus méritoires par là pour le bienfaiteur, qu’ils ne profitent à l’assisté. Ces bienfaits sont généralement naïfs et stériles. Ce qui préoccupe les mortels ne préoccupe pas les saints. Le gros de leur vaillance s’attaque non-seulement aux abus, mais à l’usage des sentiments les plus énergiques, les plus intimes et les plus impérieux, dont l’homme a été doté par la nature. Là est l’ennemi, qui absorbe toute l’activité du saint, ou la plus grande part ; et cet ennemi, chaque saint le traîne et l’enferme avec soi, pour le combattre, dans sa cellule.

Jeanne était de ce monde. Sa religion, qui du reste était celle du siècle, la reliait à Dieu et intimement à ses semblables. C’est une œuvre actuelle, positive, temporelle, qu’elle poursuivait ; à savoir le salut, mais au propre le salut réel, politique, présent et futur de son pays. Ses démonstrations de dévouement, de supériorité, n’étaient point symboliques ou mystiques. Dans ses actes, point de fiction, rien de théâtral. On lui demande, par analogie avec celles de ses précurseresses, qui la devançaient sans lui ressembler : où sont vos signes ? — mes signes, répond-elle, sont de lever le siège d’Orléans et de faire sacrer le roi de France. Et elle le fit.

Ainsi, à côté du type de sainteté Jeanne la Pucelle en représente un autre, parfaitement distinct. Durant sa brillante période, sa période de succès, on l’adora selon les rites du culte en vigueur ; on plaça son image sur les autels, et l’on rédigea des offices en son honneur. C’était en effet le mode unique et universel que le moyen âge employait pour témoigner à tout héros de l’ordre moral le summum de la vénération publique ou privée. De même aussi, lors de son martyre, les Anglais, par la bouche de Jean Thiessart, dirent d’elle : Nous venons de brûler une sainte.

Mais Regnauld de Chartres, le grand clerc et le fin juge, R. de Chartres, archevêque de Reims, ne s’y trompa pas. Au moment où les Anglais venaient de la condamner comme sorcière, le supérieur de P. Cauchon enraya l’enthousiasme des Français, qui voulaient la béatifier. Il signala, en homme expert, des défectuosités sensibles et dirimantes en matière de sainteté. C’étaient l’élégance de ses habits, et aussi son indépendance218. Ce crime d’élégance, imputé à une jeune femme, est plus sérieux qu’on ne pourrait penser. Sainte Colette et ses semblables allaient volontairement en haillons. Jeanne avait le goût des belles armures, de tout ce qui plaît et récrée l’âme et l’esprit par la noblesse de la forme, de la couleur ou de la matière.

Jeanne se glorifiait de sa virginité, dont elle s’était fait, elle aussi, une loi volontaire. Mais, dans cette prérogative virginale, elle revendiquait le prestige poétique attaché à ce titre, même au sein du monde et parmi les profanes. Elle y voyait un attribut de sa dignité personnelle, de son indépendance, une garantie contre les périls attachés à sa délicate mission, une mesure indispensable dictée par le sens commun, un sacrifice de plus ; enfin, une nécessité relative et passagère. Mais Jeanne, pensons-nous, ne faisait pas de la continence, dans le cercueil d’une cellule, l’idéal suprême et le sublime de la moralité. Elle honorait, elle aimait les femmes honnêtes, les épouses dévouées et fidèles, qui accomplissaient leur mission au milieu des vivants, au sein du mariage et de la maternité. Elle n’excluait pas de sa noble compagnie (comme, le faisait de la sienne sainte Colette) même les épouses remariées.

En un mot, Jeanne n’avait nullement abdiqué les grâces et les tendresses naturelles de la femme. Si bien qu’en forçant le mètre (et un peu aussi peut-être les convenances) on pourrait appliquer à l’héroïne-martyre le gracieux quatrain que François Ier composa pour une autre femme du même temps :

Gentille Jeanne, plus de los tu mérite,

La cause étant de France recouvrer,

Que tout ce que en cloître peut ouvrer

Close nonnain ou en désert ermite.

Jeanne est et restera l’héroïne des nations, l’héroïne de la France, à qui appartient en propre le droit de célébrer sa mémoire. Elle n’est pas et ne sera jamais une sainte de l’Église.

Qu’il nous soit permis, en terminant, d’insister, avec de nouveaux traits, sur une considération que nous avons indiquée précédemment, mais que nous n’avons fait qu’esquisser.

Personne au quinzième siècle ne révoquait en doute que Dieu et la cour paradisiaque vivaient et régnaient au plus haut des cieux. Pour tout le monde, cette cour fonctionnait quotidiennement, comme celles du pape, de l’empereur et des rois ; sur lesquelles la divine providence avait les yeux ouverts, en même temps que son omniscience descendait à l’observation du gouvernement des peuples et des moindres actions de chaque créature humaine. La connaissance, la description de ces régions célestes et de ce qui s’y passait faisait partie de la cosmogonie admise et de la croyance publique. Ainsi, de toute éternité Dieu communiquait avec les hommes lorsqu’il en avait affaire, par le ministère spécial des anges et archanges, véritables chevaucheurs, aussi bien qu’ambassadeurs du ciel219.

Saint Michel, si célèbre, si populaire en France, si honoré chez les petits comme chez les grands, si invoqué dans la guerre de Cent ans par tous les bons français, était le plus connu et peut-être le plus aimé de ces messagers divins. Sainte Marguerite, sainte Catherine, nous représentent les patronnes universellement fêtées de la jeunesse. Elles personnifiaient, celle-ci la grâce juvénile, celle-là l’intelligence studieuse. Elles étaient toujours vêtues avec une suprême élégance et suivaient les modes de la terre, de Paris ; modes qui déjà, depuis surtout une centaine d’années, avaient institué leur versatile empire et régnaient, on le voit, là-haut comme ici-bas. Ces croyances ne rencontraient nul contradicteur220. Par les juges de la doctrine et par ceux du siècle, elles étaient estimées saines, morales et salutaires. Elles l’étaient en effet par leurs fruits. La plupart des nobles entreprises de la vie, des meilleurs actes publics et privés, dans la conscience de leurs auteurs, s’inspiraient de l’admiration, du culte des saints, et de l’imitation de leurs œuvres, ou de leur légende.

L’ensemble de la société, des fidèles, avait pour garants de ces croyances, outre l’enseignement public, un témoignage particulièrement éloquent pour l’âme et les sens, le témoignage de l’art, l’iconographie pittoresque de Dieu et des saints. Ce genre de prédication, d’instruction intime, s’exerçait, pour les pauvres, par les méreaux de plomb, ou enseignes de pèlerinage, par les images de piété : les unes gravées, peut-être déjà sur cuivre ; car, d’après les dernières recherches sur cette matière, c’est au commencement du quinzième siècle qu’il faudrait faire remonter la chalcographie incunable. D’autres, à coup sûr, consistaient en estampes gravées sur bois et enluminées. Les riches contemplaient, dans leurs chambres, dans leurs études, dans leurs oratoires, parmi tant d’autres merveilles, les miniatures pieuses qui décoraient les manuscrits. Surprenantes créations où le naïf s’élève jusqu’au sublime. Inimitables chefs-d’œuvre d’ignorantes mains, qui défient la savante habileté de l’art moderne, même religieux ! dont le charme pénétrant, ineffable, enivre d’admiration et subjugue de nos jours, parmi les plus incroyants, quiconque a la moindre aptitude à sentir la manifestation humaine du beau221.

L’Église offrait aux regards de tous, riches et pauvres, ses splendides vitraux, où les effigies des saints revivaient, animées, transfigurées au travers des parois du sanctuaire, et radieuses, dans leur gloire, d’une flamboyante lumière. Avec les vitraux, elle offrait aux mêmes regards les histoires sculptées qui peuplaient les porches, les niches, les pinacles ; elle offrait les mystères de sa symbolique architecture. C’était là, suivant la parole même des canons et des conciles, le catéchisme des humbles et l’évangile des illettrés. Elle prodiguait, enfin, à la masse des fidèles la jouissance en commun des plus précieux trésors de ce genre, qui faisaient l’orgueil et la pompe des particuliers les plus opulents : tapisseries, censeigners, couronnes de feu, retables, monstrances, manuscrits peints et reliés d’orfèvrerie, tableaux d’or, émaux, nielles, ivoires, joyaux rehaussés de pierres fines.

Rien n’était plus facile à saint Michel, à sainte Catherine et à sainte Marguerite, que de quitter le ciel, sous le bon plaisir de Dieu. Rien n’était, de leur part, plus licite, que de se transporter de leur personne sur la terre, auprès de quelque créature choisie, pour l’assister dans les appels de sa dévotion fervente, pour l’illuminer de la grâce, et pour en faire, aux yeux de tous, un vase d’élection et un modèle nouveau, propre à édifier ses semblables. La série historique des exemples que nous avons cités prouve que cela s’était vu de tout temps et se voyait tous les jours. Le rang, le sexe, l’âge, la condition des personnes, en ces faveurs divines, ne faisaient aucune acception. Spiritus, ubi vult, spirat. À côté de sainte Brigite, qui descendait du sang des rois, on connaît l’histoire de sainte Colette et l’histoire de la sainte, de la bienheureuse, ou de la vénérable Ermine.

Jeanne Darc, comme tout le monde, partageait ces croyances ; elle n’avait ni goût ni mission pour y contredire. Elle accepta ces données avec toute la candeur de son âme naïve, avec toute l’exaltation de son grand cœur.

Tant et toutes les fois que Jeanne vécut parmi ses partisans, ses amis, nulle difficulté ; aucun doute de sa part, aucune contestation de la part d’autrui. Mais de bonne heure, et dès le séjour de la maison paternelle, elle subit le souffle glacé du scepticisme. Elle dut essuyer l’incrédulité, la dérision d’un Baudricourt et de son propre père. Que devinrent, au milieu de ces épreuves, à travers les combats de cette conscience, — la plus pure et la plus sereine qui inspira jamais une créature humaine, — que devinrent, désormais en réalité, ces phénomènes intimes de sa pensée, ces illuminations, solitaires et sans témoins, de la foi ? Jeanne, dès qu’elle fut lancée dans sa carrière, n’attesta plus le fait de ses visions que çà et là, sans s’en targuer, sans y insister expressément.

Mais lorsqu’elle comparaît devant ses juges il n’en est plus de même. Elle est interrogée : elle répond. Elle est accusée : elle se défend ; ou plutôt, je me trompe, elle se retourne ; elle combat, elle attaque. Son audace, sa véhémence, et c’est le signe des vaillants, s’accroissent en raison directe du péril, en raison inverse de sa sûreté ou de son intérêt. Là est, je le répète, le cachet de l’héroïsme. Ces prêtres, ces docteurs qui chaque jour mettaient leur visa sur des miracles, lui dénient le caractère céleste et lui imputent celui de l’enfer. Elle les dément et brave leurs foudres ; elle affronte le supplice du feu, qui est au bout de leurs formules patelines et de leur charité hypocrite. Elle défie littéralement le bourreau caché derrière Cauchon. Elle affirme ses visions, qu’elle a eues ; elle y ajoute même222 ; elle revendique le tout, — cela est évident, lorsqu’on lit la fin du procès, — parce que cette revendication la conduit au martyre, à la mort, et qu’elle en était venue à la désirer.

Voilà, quant à nous, ce que nous avions à dire, en cette occasion, touchant les visions de Jeanne Darc. La question assurément n’est point épuisée ; mais nous croyons avoir montré la véritable voie où la critique doit s’engager pour vider cette controverse. La voie que nous indiquons est simple et élémentaire ; elle nous semble meilleure que celle des explications de physique transcendante qui ont été tentées, et qui consistent à imaginer ici je ne sais quel cas morbide, pathologique, hystérique ou autre. Ces chimériques essais d’explication ne se fussent pas présentés à l’esprit de leurs auteurs s’ils s’étaient pénétrés des notions historiques qui précèdent.

Notes

  1. [1]

    Le ms. original de cette traduction existe à la bibliothèque d’Orléans, sous le n° 411, et provient de l’ancien chapitre de la cathédrale. La même église ou la ville d’Orléans, à la date de 1475, possédait, comme on le verra ci-après, un exemplaire original du procès authentique et en langue latine. Cette traduction a été publiée en dernier lieu par M. Buchon dans le Panthéon littéraire, 1838, gr. in-8° (avec Mathieu de Coussy), p. 466 et suivantes.

  2. [2]

    M. Ambroise F. Didot possède, dans sa riche collection de bibliophile, un feuillet ms. de l’une de ces traductions. Nous nous proposons d’y revenir dans les Notes et développements.

  3. [3]

    Ceci, pour une part, comme on le verra bientôt, peut être pris au pied de la lettre.

  4. [4]

    Voyez ci-après, à partir de la séance du 3 mars.

  5. [5]

    Voir la description qu’a donnée de ces documents précieux M. Quicherat, Procès, etc., t. V, p. 383 et suivantes. J’omets à dessein les renseignements déjà connus, afin de ne pas faire, autant que possible, double emploi avec l’œuvre de cet excellent critique.

  6. [6]

    Ces deux sceaux, placés l’un à côté de l’autre, rappellent involontairement dans leur inégalité matérielle, la situation morale et respective des deux personnages : Pierre Cauchon triomphant, à la place d’honneur ; Jean Lemaître humble, petit, effacé, à la suite de l’évêque. Sceau de Pierre Cauchon : grand axe, 8 centimètres ; petit axe, 5,03 centimètres. Sceau de J. Lemaître : grand axe, 5 centimètres, petit axe, 3 centimètres (d’après les trois manuscrits cités).

  7. [7]

    Les archives de Normandie renferment peut-être quelque exemplaire mieux conservé du sceau de Jean Lemaître. Voyez à la suite de cet avant-propos la note spéciale sur les Sceau et signature de P. Cauchon.

  8. [8]

    Voyez Histoire de Charles VII, t. III, p. 170.

  9. [9]

    C’est-à-dire grattés à la surface du papier, pour faire disparaître la saillie qui faisait bâiller le volume.

  10. [10]

    Fos 1 et suivants. Voyez Gazette des beaux-arts, 1859 (2e article), p. 165, n° 49.

  11. [11]

    Fos 129 et autres. Gazette, p. 164, n°45 (type analogue).

  12. [12]

    Fos 162 et autres. Gazette (1er article), p. 233, n° 23, et livraison suivante, p. 153, nos 68 et suivants.

  13. [13]

    Biblioth. imp., Fos 41, à 64.

  14. [14]

    Il porte au cou un large collier muni d’un grand anneau ; folios 17, 25, 21, etc., etc.

  15. [15]

    Voyez Quicherat, t. V, p. 406 et suivantes, et ci-dessus, note 1.

  16. [16]

    Quelques paragraphes ci-dessus. Une main de la première moitié du seizième siècle a tracé, eu marge de ce manuscrit, des annotations à l’encre rouge, qui décèlent un admirateur convaincu de l’héroïne. Voici quelques-unes de ces annotations. Folio 31, verso ; délibération de l’Université de Paris (voyez ci après, Délibération de l’Université de Paris) ; (Determinatio et deliberatio universitatis pharisiensis). Au folio 32 : La grande vertu et constance de la Pucelle. Folio 85 : Universitas spiritu Sathani ducta et non zelo fidei, etc., etc. À la marge du passage où Jeanne rétracte ses rétractations (voyez ci-après, séance du 28 mai 1431, page 235, note 1), on lit dans les trois manuscrits authentiques du procès la mention suivante, qui fait corps avec le texte légalisé de ces instruments judiciaires : Responsio mortifera (réponse mortelle). Là en effet était le piège que lui tendaient ses juges, le point nommé où elle succomba. Cette mention est comme l’index de P. Cauchon, qui montre la place. Dans le ms. d’Urfé, cette pensée, cette image se voit matériellement figurée. Au folio 33 de ce ms. 8838, les déclarations de Jeanne sont soulignées à l’encre rouge, et de la même encre, en regard de ce passage, l’annotateur a dessiné une main indicatrice ; genre de signe qui, du reste, était communément en usage.

  17. [17]

    Quérir, chercher.

  18. [18]

    Élue, distinguée.

  19. [19]

    Tout en se disant.

  20. [20]

    Conseiller du roi, garde de sa librairie, etc. Sa sépulture et celle de sa femme, Nicole de Chambly, subsiste encore à Solay-sous-Étiole. Voyez Magasin pittoresque, 1861, p. 172 et 236.

  21. [21]

    Ou Bureau de la Rivière, premier ministre ou favori du roi.

  22. [22]

    Qui vinssent à terme.

  23. [23]

    Et comme depuis ils eurent des enfants viables, ils avaient, etc.

  24. [24]

    Bonne est pris ici dans un sens relevé.

  25. [25]

    Voyez l’abbé Lebeuf, Dissertations sur l’histoire ecclésiastique de Paris, 1743, in-12, t III, p. 259 à 261. — Christine de Pisan, Le livre des faiz et bonnes mœurs du sage roy Charles V, livre III, chapitre XXII, édition du Panthéon, p. 288.

  26. [26]

    Historia satis mirabilis Christi valde fidelis ancille Ermine ; manusc. latin 18,782, olim Harlay 479, Bibliothèque impériale, fol. 4, vo.

  27. [27]

    Ms. lat 13,781, ibid.

  28. [28]

    La vie d’Ermine de Reims fut d’abord écrite en français, par son confesseur, d’après une sorte de journal, tenu du vivant même de la pénitente. L’auteur, désireux de glorifier son héroïne sur un théâtre plus étendu, traduisit ce mémorial en latin. L’œuvre fut alors apportée a Paris, pour être soumise a l’examen de célèbres théologiens ; puis renvoyée à Reims, par devers l’auteur, qui en fit alors une nouvelle transcription, augmentée de la réponse des docteurs. Le ms. lat. 13,782, écrit au quinzième siècle, parait être l’exemplaire ou l’un des exemplaires originaux de cette transcription, ou édition nouvelle.

    La Vie d’Ermine rentra dans l’ombre jusqu’au dix-septième siècle. À cette époque, un hagiographe connu, le R. P. de Foigny, docteur de Reims, la tira de cette obscurité. Il traduisit de nouveau en français l’œuvre du quatorzième siècle, et la fit imprimer sous le titre suivant : Les merveilles de la vie, des combats et victoires d’Ermine, citoyenne de Reims,… ; Reims, 1648. Nous avons fait de vains efforts pour nous procurer la communication d’un seul exemplaire de ce livre, devenu, à ce qu’il parait, introuvable. Mais, indépendamment du manuscrit original, D. Marlot, grand prieur de Saint-Nicaise et contemporain de Foigny, nous a laissé dans son grand ouvrage sur la métropole religieuse de la seconde Belgique ce que j’appellerai une troisième et dernière édition de cet opuscule. L’auteur de l’Histoire de Reims a consacré un chapitre entier de cette histoire (le 31e du livre XI) à la mémoire d’Ermine. Ce chapitre, si nous en jugeons par le ms. de Harlay, nous offre à la fois un résumé fidèle et de l’œuvre primitive et de l’édition publiée en 1648. Voyez D. Marlot, Histoire de la ville, cité et université de Reims, édition de 1846, in-4°, tome IV, pages 131 et suivantes. Nous emprunterons donc les propres termes de D. Marlot et nous extrairons ci-après de son œuvre les principaux traits de la vie religieuse d’Ermine.

  29. [29]

    D’après cette donnée, les austérités d’Ermine auraient remonté à l’époque où celle-ci était âgée d’environ dix ans.

  30. [30]

    La Pucelle, interroguée se saintes Katherine et Marguerite fleuroient bon, respond : il est bon à sçavoir, et sentaient bon. (Ci-après, séance du 17 mars.)

  31. [31]

    Voir en tête du ms. 13,782 un informe croquis, ajouté an seizième siècle, qui représente la dalle tumulaire d’Ermine. Elle y est figurée, en pied, ainsi que son épitaphe, où on lit 1395 et non 1396.

  32. [32]

    Voyez Judicium de vita sanctæ Herminæ, dans Gersonii Opera omnia, Anvers, 1706, in-fol, t. I, p. 83.

  33. [33]

    Tam ob pravam eruditionem multorum in sacris scripturis et historiis, quam propter obstinatam quorumdam incredulitatem et duram cervicem, non expedit passim et generaliter hunc libellum modo publicare. D. Marlot, ibid., p. 638.

  34. [34]

    Nous trouvons en 1457 une nommée Ermine Valencienne, condamnée à être enfouie toute vive sous le gibet de Paris pour ses démérites. (Comptes de la prévôté dans Sauval, Antiquités de Paris, t. III, p. 357.) Ce prénom pourrait avoir été emprunté à la recluse de Reims. Car il n’y a pas d’autre sainte Ermine qui ait été canonisée. Claude Chastelain l’admit avec le titre de bienheureuse dans son martyrologe universel, dont la première édition est de 1709, in-4°. Les Bollandistes, plus sévères, ont exclu Ermine de la liste des saints authentiques. Ils lui ont même contesté le titre de bienheureuse, en lui décernant seulement avec beaucoup de zèle et de sympathie celui de vénérable. Bolland., ad SS. mens, August., tome V, (1744), page 5, D-F.

  35. [35]

    Jeanne-Marie de Maillé ne figure pas dans le père Anselme, ni dans les divers documents généalogiques, relatifs à cette famille, que nous avons consultés.

  36. [36]

    La notice de la Vénérable J.-M. de Maillé se trouve dans la collection des Bollandistes, au tome III du mois de mars et au vingt-huitième jour de ce mois, édition Palmé-Carnandet, 1865, in-fol., p. 733 et suivantes. Feu Monteil possédait un exemplaire de l’Enqueste sur la vie et les miracles de la dame Marie de Maillé pour sa canonisation, faite à la demande de Jacques de Bourbon (mort en 1438) et du gardien des cordeliers de Tours ; ms. original sur vélin, 1 vol. in-fol. cartonné. Voyez Monteil, Traité des matériaux manuscrits, 1836, in-8°, p. 198. Quelques documents analogues au précédent, ou extraits du précédent, ont été recueillis par Dom Housseau, dans le tome XXIII de sa collection, ms. page 77 et suivantes. Voyez aussi P. Piolin, Histoire de l’église du Mans, t. V, in-8°, 1861, p. 9 et suivantes.

  37. [37]

    Ed. Palmé, page 734, F. Jeanne Darc à ses derniers moments plaça entre ses vêtements et sa personne une croix de bois, qu’un Anglais lui fit de deux morceaux de bois et lui donna, sur le lieu du supplice.

  38. [38]

    Suivant un autre auteur, le fait qui précède eut lieu Jeanne étant âgée de seize ans.

  39. [39]

    Fameux capitaine anglais : le texte l’appelle Robin Quenelle. Robert et Marie figurent comme seigneur et dame de Sillé dans le cartulaire de Champagne (pays du Maine), sous la date du 4 avril 1359. E. Hucher, Notice sur Sillé-le-Guillaume, le Mans, 1855, in-8°, p. 19.

  40. [40]

    Et in raptu illo habuit de gaudiis paradisi experentiam non modicam. (736, B.)

  41. [41]

    Doctrine franciscaine.

  42. [42]

    Per sibi devotas (737, E).

  43. [43]

    Fascé enté d’or et de gueules, qui est de Maillé ; parti ou écartelé d’or à six lionceaux de gueules armés et lampassés d’azur, qui est de Sillé-le-Guillaume. Voyez Armorial du héraut Berry, 1866, in-8°, nos 674 et 677.

  44. [44]

    Jeanne Darc préféra également les symboles religieux qu’elle avait choisis aux armes héraldiques qui lui furent conférées avec l’anoblissement de toute sa famille. Le 29 avril 1866, MM. de Maleyssie frères m’ont communiqué en original la lettre de Jeanne Darc datée du 16 mars 1430 et publiée en fac-similé dans l’Autographe du 15 novembre 1864. Cette lettre a été scellée de cire rouge à l’aide d’un sceau rond ou signet à quatre pointes : (en haut, en bas, à droite et à gauche). Le rond du cachet parait avoir eu environ 0,1 c. ou 1 c. 1/2 de diamètre. Ainsi était scellée aussi la lettre de Riom. Aucune trace d’armoiries. Ce genre de cachet, dit signet, était celui des gens d’administration et de plume. Jeanne employait probablement le sceau de ses secrétaires ? Voyez ci-après les notes 300, 319 et 320, et à la table ou index alphabétique, les mots : armoiries, cachet, etc.

  45. [45]

    Exemple : saint Pierre de Luxembourg.

  46. [46]

    Ollivier Cherreau de Tours a écrit une chronique en vers intitulée Histoire des illustrissimes archevesques de Tours, etc. ; Tours, 1654, in-4°. On trouve à la page 67 de cet ouvrage une mauvaise estampe, qui représente la bienheureuse Marie de Maillé et son neveu Simon de Maillé, qui occupa le siège de Tours de 1554 à 1597. À cette époque, c’est-à-dire vers 1654, il existait encore des reliques de Jeanne-Marie qui avaient échappé aux destructions d’objets de ce genre opérées à Tours par les huguenots. Il existait aussi notamment deux exemplaires distincts d’une effigie représentant la bienheureuse. (Voyez Bolland, loc. cit., p. 733.) On a vu que dès le principe l’imagé de cette personne avait été exposée sur le maître autel. Ce fait, qui d’ailleurs n’est point, il s’en faut, le seul de son espèce y mérite d’être noté à l’égard de Jeanne Darc, ou de la statuette qui la représente et qui appartient à M. Carrand.

  47. [47]

    Ce point est controversé. La plupart des historiens modernes et notamment le tome XIV du Gallia christiana donnent à l’archevêque de Tour le nom d’Ameil Dubreuil. Mais, sans entrer à cet égard dans une discussion étendue, nous dirons que pour nous cette dénomination est le résultat d’une méprise. Ameil Dubreuil, auditeur du sacré palais à Rome et contemporain d’Ameil de Maillé, n’a jamais été archevêque de Tours. Un rapprochement de noms dans les textes parait avoir causé cette confusion. Voyez sur ce point les mémoires manuscrits de D. Housseau, loco supra citato et aux archevêques de Tours, et le père Anselme, généalogie des Maillé.

  48. [48]

    Éd. Palmé, p. 758.

  49. [49]

    Cette fille embrassa elle-même la vie cénobitique. Voir Anselme, à la généalogie d’Alençon.

  50. [50]

    Éd. Palmé, p. 762. F.

  51. [51]

    On la trouve encore désignée par les noms de Maria Amenta, en latin ; Bollandistes, édition Palmé, tome I de mars, p. 547 A.

  52. [52]

    Quicherat, Procès, t. III, p. 83, 84.

  53. [53]

    En octobre ; après la prise de Pontoise (Itinéraire inédit de Charte VII, roi de France).

  54. [54]

    Louis dauphin, depuis Louis XI. On était au lendemain de la Praguerie. Ms. fr. 5734, fol. 48 ; dans un recueil intitulé Varia, fol. 43 et suivants. Cette réclamation ou pétition contre le blasphème était un non-sens. Charles VII avait fait et renouvelé depuis longtemps ce que conseillait le pétitionnaire. Voyez Histoire de Charles VII, t. I, p. 257, note 1.

  55. [55]

    C’est-à-dire dans le récit ou témoignage de cette vision.

  56. [56]

    Ms. fr. 5734, loc. citat.

  57. [57]

    Chronique de J. des Ursins dans Godefroy, Charles VI, p. 133, 134, 154, 183. Bollandistes, éd. Palmé, page 743, n° 45. Jeanne Darc, à son tour, fut consultée sur cette question du schisme, qui durait encore en 1429. Voyez ci-après la séance du 1er mars et l’article 26 de l’accusation.

    En 1413, au rapport de J. des Ursins, la guerre civile agitait la capitale et le royaume. Le ministre des Mathurins et Me Entache de Pavilly, carme, s’assemblèrent… Ils s’enquirent quelles personnes dévotes et menant vie contemplative y avoit à Paris, et trouvèrent des religieux et autres, et aussi des femmes. Et alla Pavilly parler à eux, en leur priant, qu’ils voulussent prier Dieu qu’il leur voulus révéler à quelle fin et conclusion ces divisions pouvoient venir. Il y en eut, entre les autres, trois, qui rapportèrent trois diverses choses. L’une fut qu’il sembloit à la créature qu’elle voyoit au ciel trois soleils ; La seconde, qu’elle voyoit au ciel trois divers temps, dont l’un estoit vers le midy ès marches d’Orléans et de Berry, clair et luisant ; les deux autres assez près l’un de l’autre vers Paris qui parfois encouroient des nues noires et ombreuses. L’autre eut une vision qu’elle voyoit le roy d’Angleterre en grand orgueil et estat, au plus haut des tours de Notre-Dame de Paris, lequel excommunioit le roy de France, qui estoit accompagné de gens vestus de noir et estoit assis sur une pierre emmy le parvis Notre-Dame, etc. (Ibidem, p. 251. 252.)

  58. [58]

    Nous ajouterons seulement ce dernier emprunt. Item dit Marie Robine qu’elle demanda à Dieu quelle rétribution seroit faite audit roy de France, s’il faisoit ceste réparation de l’Église, comme dit est. Lui fut respondu : Il aura cogitation que nul ne scet que Dieu. Se (si) le roy fait le mandement que je lui ay mandé pour ma loy, il fera plus grand fruit que ne fist homme, passé a mil ans. Et s’il demande qui ce a dit, dy lui que ce a fait celuy qui est seigneur sur tous les seigneurs. Ms. fr. 5734, fol. 60. Il y a comme une réminiscence de ces particularités dans l’entretien secret de Jeanne Darc avec le roi à Chinon (voyez Histoire de Charles VII, t. II, p. 40, 67, 68 et 70 à la note 2) ; et dans sa lettre aux Anglais (à l’article 22 de l’acte d’accusation : et y ferons ung si grant hahay, que encore a-il mil ans, que en France ne fu si grant).

  59. [59]

    Quicherat, tome III, p. 429 ; t. IV, p. 481. J. J. des Ursins dans Godefroy, Charles VI, p. 286. Bollandistes, au tome IV du mois d’octobre, p. 463, etc., Scotichronicon, Édimbourg, 1752, in-4°, t. II, p, 458 et seq.

  60. [60]

    Histoire ecclésiastique de la ville de Montpellier, etc., par Ch. d’Aigrefeuille, prêtre, docteur en théologie, chanoine de la cathédrale. Montpellier, 1739, in-fol., p. 141.

  61. [61]

    Catherine Sauve, éclaircissement relatif à un fait spécial d’hérésie survenu à Montpellier, etc. t par A. Germain ; Montpellier, 1853, 16 p. in-4° (extrait des Mémoires de l’Académie de Montpellier) ; pages 1 et 12.

  62. [62]

    Ibidem, p f 16.

  63. [63]

    Bollandistes, édition Palmé, t. III, d’avril, pages 861, et suiv. Baillet, avril, p. 861 et suiv., etc.

  64. [64]

    Ce portrait a été gravé de nos jours et sert de frontispice à l’Histoire de sainte Catherine de Sienne, par Chavin de Malan, Paris, 1846, 2 vol. in-8°.

  65. [65]

    Le département des manuscrits (rue Richelieu) conserve deux exemplaires (nos 1048 et 9761) de la vie de sainte Catherine de Sienne, sur vélin, ornés de miniatures et du quinzième siècle : Cy commence la légende de sainte Katherine de Sienne, qui fut de la pénitance saint Dominique, translatée du latin en français par le mendre frère de l’ordre des FF. prescheurs. (Ms. fr. 9761, fol. 1). Ce ms., qui parait être le plus ancien, doit avoir été exécuté peu de temps après la canonisation. Le même ouvrage (probablement) a été imprimé vers le même temps sous ce titre : Legenda di Catherina da Siena. Incomincia il prohemio ne ladmirabile legenda de la seraphica vergine… Sancta Catherina da Siena, etc. petit in-8° gothique italien, sans lieu ni date (n° 387 du Catalogue Yemeniz, 1867, in-8°).

  66. [66]

    Bollandistes, t. I, d’avril, p. 479 et suiv. Vie de saint Vincent Ferrier, etc., par l’abbé Mouillard ; Paris et Vannes, 1866, in-8°, avec portrait lithographié d’Après un tableau qui se trouvait dès 1637 au tombeau de saint Vincent.

  67. [67]

    Ibid., Fontana, Monumenta dominicana, 1675, in-fol. p. 307, 351 et passim.

  68. [68]

    Bollandistes, loc. sup. cit. Quetif et Échard, Scriptores ord. prædic., 17 19, in-fol., t. I, p. 763 et suiv. Lobineau, Vie des saints de Bretagne, p. 310, 311. Histoire de Charles VII, t. 1, p. 293, etc.

  69. [69]

    S. Vincentii opera, Valence, 1591, in-8°, p. 161 et suiv. Wadding, Annales Minorum, 1642, in-fol. t. V, p. 131 et suiv. Archives générales L. L., n° 1529, fol. 92. Légende dorée (par Nicolas Vignier), 1734, in-12, p. 82 et suiv. Hist. de Charles VII, t. III, p. 346 et suiv.

  70. [70]

    Bollandistes, t. V, de mai, p. 257 et suiv. N. de Clamengis, opera omnia, Leyde, 1613, in-4°, p. 357 et suiv. Jo. Hus, Liber de Antichristo, etc., ap. ejusdem Historia et monumenta, Nuremberg, 1558, in-fol., t. II, p. 423 et suiv., 464 et suiv., p. 615 et suiv. Voyez aussi Notices des manuscrits de la bibliothèque du roi, etc., tome XIV, 2e partie, p. 146. Œuvres d’Alain Chartier, 1617, in-4°, p. 390. Journal de Paris (Panthéon), p. 725. Œuvres de Chastellain, t. III, p. 298-300. Histoire de Charles VII, la table au mot Antéchrist, etc.

  71. [71]

    Voir Joachim de Flore et l’évangile éternel, par M. E. Renan, dans la Revue des Deux-Mondes, du 1er juillet 1866, p. 94 et suiv.

  72. [72]

    Bollandistes, p. 279, 307. Wadding, t. V, p. 130, 183. Fontana, p. 307. Trois livres d’heures remarquables nous ont offert, comme décoration, le nom de Jésus italien. Le premier faisait naguère partie de la riche collection de M. Yemeniz de Lyon (n° 69 du Catalogue ; acquis par le British-Museum). Ce magnifique ms. paraît avoir été exécuté de 1427 à 1429. Après les évangiles, une charmante miniature, décorée au bas des armes de Saluées, représente, si je ne me trompe, Jeanne de Saluces, fiancée à Guy IV de Nesle-Offémont. Derrière elle, se voit saint François d’Assise, fondateur des Minorités. Il tient à la main un livre bleu sur lequel rayonne en or le nom de Jésus. — Le deuxième, exécuté également pour une dame, avec une rare magnificence, a passé en vente en 1861. Il paraît avoir été peint à Rouen vers le temps où la Pucelle périt dans cette ville (voyez Revue archéologique, 1861, t. III, de la nouvelle série, p. 432, note 1). — Le troisième, moins beau mais non moins curieux, est le livre d’heures de Pierre II, duc de Bretagne, ms. 1159, latin, de la bibliothèque de la rue Richelieu. Le nom de Jésus italien s’y voit au f° 127, verso ; peint vers 1456. Pierre II fut un des promoteurs de la béatification de saint Vincent Ferrier.

  73. [73]

    Bollandistes, p. 281. Hélyot, Ordres monastiques, au mot Jésuates, Raynal, Histoire de Toulouse, 1759, in-4°, p 164. Musée Campana, peintures, nos 66, 195, 264. Spicileg., in-fol., t. III, p. 806, col. 1. À Florence ; le monogramme de Jésus date de Savonarole.

  74. [74]

    Le cabinet des estampes (rue de Richelieu) possède une gravure à la manière criblée, qui représente saint Bernardin de Sienne, tenant d’une main un livre et de l’autre le nom de Jésus. Au-dessous se lit une prière ou invocation à ce personnage, lequel est nimbé et qualifié de saint : Sanctus Bernardinus. Ces inscriptions se terminent par une date gravée en chiffres vulgaires que nous lisons : 1474 (d’autres ont dit : 1454). Il y a au musée Campana (aujourd’hui Napoléon III), sous les nos 112 et 113, deux tableaux qui font pendant et qui ont été peints par Carlo Crivelli de Venise. L’un représente saint Jean de Capistrano, et l’autre, saint Bernardin de Sienne, avec le nom de Jésus. Le second est daté, sans aucune équivoque, de 1477. Tous deux, par le sujet, par le caractère et par le style (sauf le talent d’exécution), se rapprochent sensiblement de notre estampe.

    Dans le même volume (de la Réserve), se conserve le fac-similé d’une pièce dont l’original est perdu, et qui offre avec la première une sensible analogie. Ce fac-similé reproduit une deuxième estampe au criblé, entourée d’une bordure également gravée, fort semblable à la bordure du saint Bernardin. Cette seconde pièce représente l’enfant Jésus tenu dans les bras de la Vierge et qui semble parler à sa mère. Au-dessous du sujet principal se voit une inscription latine, qui a été lue ou traduite : Bernard Milnet. Nous proposons cette lecture (c’est l’enfant Jésus qui parle) : Bernhardinus mihi est (Bernardin est à moi). Voir, à défaut des originaux, les fac-similé reproduits par M. L. de Laborde : La plus ancienne gravure du cabinet, etc. Paris, 1840, in-4°, figures, page 4 et planche 1.

  75. [75]

    Bollandistes, p. 261. Bourdigné, Chroniques d’Anjou, éd. in-8°, t. II, p. 194, 298. Quatrebarbes, Œuvres de René d’Anjou, 1844, in-4°, t. 1, p. CIX et suiv., 86, 95, 131, 138.

  76. [76]

    Parmi les défenseurs de Compiègne, en 1430, à l’époque où la Pucelle fut prise, se trouvait un cordelier ou franciscain de Valenciennes ; G. Chastellain, écrivain bourguignon et par conséquent hostile à la cause française, trace le portrait suivant de ce moine militaire : Mortellement dru, dit-il, venoit le trait de dedens sur eux (les assiégeants), tant de canons, comme de colevrines ; dont il y en avoit de bons ouvriers (artilleurs) avec eux (les assiégés). Par espécial, un cordelier natif et vestu (profés) à Valenciennes, nommé Noiroufle, un haut grant homme noir, atout (avec) un laid murtrier visage et une felle (féroce) veue et un grant long nez. Et portoit rude grosse faconde et semblant espoventable entre tous les autres d’église et de religion, de tous ceux que je vis oncques, le moins apparant homme d’église. Cestuy estoit mis dedens ceste ville en garnison, ne sçay si comme apostat ou autrement, à Dieu je m’en rapporte, mais estoit tous les jours aux créneaux atout une couleuvrine, dont il estoit le maistre, le non pareil des autres, voire le plus murdrier, ce disoit-on, qui oncques avoit esté veu. Car durant le temps du logis devant lui (pendant que les Bourguignons assiégeaient dans sa direction) et premier que le siège prist fin, luy mesmes se vantoit, disoit-on, d’avoir tué de sa seule main trois cents hommes par sa couleuvrine et en faisoit sa risée et s’en tenoit à tout honnoré et joyeux. Maint an vesqui après, toutes voyes, et se trouva en plusieurs autres villes assiégées et ès faits de guerre longuement, là où il continuoit sa vie accoustumée ; et vint à estre de la retenue (service particulier) du roy et de son hostel et bien privé de luy. Souvent disoit messe devant luy, là où je l’ay vu et bien congnu et esté en maintes devises par diverses fois bien privées. (Œuvres de Chastellain, Bruxelles, 1863, in-8°, t II, p. 63.)

  77. [77]

    Ci-après, lors de la séance du 22 février. Les Mendiants extincteurs d’incendies : Barthélémy, Histoire de Châlons, 1854, in-8°, p. 329. Boutiot, Guerres des Anglais, p. 33. Agitateurs : Digot, Histoire de Lorraine, 1856, in-8°, t. II, p. 382, 383 et renvois. Émissaires politiques ou militaires : Mélanges Clairambaut ms. 180, fol. 23 ; Quicherat, Procès, t V, p. 269. Histoire de Charles VII, t I., p. 104, 405 ; t. II, p. 140 et passim (Voyez à la table de ce dernier ouvrage au mot : Mendiants), etc., etc.

  78. [78]

    On a donné ce nom, par une assimilation familière, à quatre fruits secs, qui marchent ou marchaient toujours ensemble au dessert, et que nous appelons encore les quatre mendiants : noisettes ou avelines, amandes, figues et raisin.

  79. [79]

    Le contre-sceau de l’Université de Paris (qui pourrait être du quinzième siècle) portait pour effigie le nom de Jésus, figuré comme dans le tableau de saint Bernardin. Voyez Du Boulai, De patronis IV nationum universitatis parisiensis, Paris, 1662, in-8°, pages II et 15 : figure S.

  80. [80]

    Quicherat, Procès, V, 38. J. de Fontenay, Fragments d’histoire métallique dans les Mémoires de la Société éduenne, 1845, in-8°, planche II, n° 8 ; planche VII, nos 7 et 9. Revue archéologique, 1861, Notes sur deux médailles de plomb, etc., figure 8. Journal de Paris, Panthéon, p. 681. Ms. cordeliers, n° 16, fol 484. — Ci-dessus. Conférez ci-après, fin de la séance du 13 mars : Interroguée s’elle dist point devant la ville de Paris : Rendez la ville de par Jhésus, répond que non ; mais dist : Rendez la au roi de France.

  81. [81]

    Quicherat, Procès en latin, t. II, p. 6, 8, 872. Ci-dessus, note 72 ; cf. sur le point traité dans cette note : Description du livre d’heures de la dame de Saluces, par A. Bachelin, Paris, 1867, gr. in-8°. Gravure au trait qui est en tête.

  82. [82]

    Les témoignages qui donnent à penser que Jeanne suivait la dévotion italienne du nom de Jésus sont généralement postérieurs à sa mort et datent de l’époque où la notoriété de cette pratique eut atteint en France (vers 1455) sa plus grande extension. Le croquis tracé par le greffier Faulquemberg sur le registre XV du parlement place dans la main de Jeanne une flamme ou fanon, sur lequel il y a le monogramme de Jésus. Mais on n’y voit pas les rayons du tableau italien. C’est d’ailleurs un croquis informe et sommaire, fait de ouï-dire et d’imagination. Jeanne, sur sa bannière, sur plusieurs de ses lettres, sur ses anneaux, portait ; Jésus, Maria et non le nom de Jésus italien, type complètement distinct.

    Pour nous résumer sur ce détail, Jeanne put voir avec intérêt, avec condescendance, se propager autour d’elle la nouvelle dévotion. Mais elle ne paraît pas y avoir pris personnellement une part très-caractérisée.

  83. [83]

    Le monogramme ou nom de Jésus paraît avoir été placé, vers 1458, par ordre de Charles duc d’Orléans, ou par le magistrat d’Orléans, sur la bannière commémorative de Jeanne Darc. Voyez Vergnaud-Romagnési, Fête de la délivrance d’Orléans, 1867, in-8°, page 17, et planche I.

  84. [84]

    Voyez Histoire de Charles VII, t. I, p. 336 et suivantes.

  85. [85]

    Le bienheureux Jean de Gand, dit l’ermite de Saint-Claude, précurseur de Jeanne d’Arc, par Victor de Buck, prêtre de la Compagnie de Jésus ; Bruxelles, 1862, in-8°. (Extrait de la Revue belge et étrangère.)

  86. [86]

    Voyez dans le Jean de Gand de Victor de Buck, p. 3 et suiv. Il y avait en Champagne, du temps de Desguerrois, une famille du pays qui s’appelait De Gand et qui prétendait à la parenté de l’ermite. L’épithète Gandavensis ne prouve rien, en ce qu’elle n’est que la traduction moderne du vocable affecté par les textes originaux à ce personnage. La qualité de Gantois, c’est-à-dire de Bourguignon, s’accorde bien difficilement avec le rôle armagnac de l’anachorète. D’un autre côté, G. Chastellain, qui en parle, était d’Alost près de Gand, et il semble que cette mention soit due à un compatriote.

  87. [87]

    Histoire de Charles VII : voir à la table, Gand (Jean de) ; Lalain (Jacques de). Merlin de Cordebœuf, Traité des chevaliers errants (vers 1448) ; ms. fr. de la Bibl. imp., n° 1997, fol. 81 et suiv ; publié par M. R. de Belleval : Du costume militaire des Français en 1446, Paris, 1866, pet. in-4°, p. 78 et suiv.

  88. [88]

    Histoire de Charles VII, t. II, p. 252.

  89. [89]

    D’Argentré, Histoire de Bretagne, 1618, in-fol., p. 787.

  90. [90]

    Le P. Hélyot, Histoire des ordres monastiques, 1714, in-4°, t. I, p. 330.

  91. [91]

    Thomas Couette prêche à Lille en Janvier 1429 (N. S.). Annuaire-bulletin de la Société de l’Histoire de France, 1863, in-8° p. 95. Puis à Douay et autres villes. Février 19-21, à Cambray. Ms. n° 16 des Cordeliers, fol. 483 verso.

  92. [92]

    Mais à l’exemple du lymeçon (limaçon) lequel, quand on passe près de luy, retrait ses cornes par dedens, et, quand il ne ot (entend) plus riens, les reboute dehors, ainsy firent ycelles. Car en assez brief terme après que le dit prescheur se fut départy du pays, elles-mesmes recommencèrent comme devant et oublièrent sa doctrine et reprinrent petit à petit leur viel estat, tel ou plus grant qu’elles avoient acoustumé de porter. (Monstrelet, éd. d’Arcq, t. IV, p. 304.)

  93. [93]

    D’Argentré, ibid. Monstrelet, éd. d’Arcq, t. IV, p. 306.

  94. [94]

    Hélyot, ibid. Louandre, Histoire d’Abbeville, t. I, p. 290. Thomas Basin, en ce qui concerne le cordelier Richard, élève ce nombre à trente mille. Mémoires, t. IV, p. 104.

  95. [95]

    Hélyot, ibid. Saint Vincent Ferrier, suivant l’usage, chevauchait aussi sur une ânesse.

  96. [96]

    Voyez plus loin, Histoire de sainte Colette, réformatrice des Clarisses et des Franciscains, autre branche des Mendiants.

  97. [97]

    D’Argentré, p. 788. Hélyot, p. 328.

  98. [98]

    Hélyot, p. 327. La réforme de l’Église en son chef et en ses membres était le delenda Carthago des conciles, incessamment réunis depuis le schisme. Voyez Histoire de Charles VII, t. II, p. 389.

  99. [99]

    D’Argentré, p. 788. La doctrine de Couette sur le célibat et le mariage des prêtres eut un écho remarquable au concile de Bâle, lorsqu’il s’agit en 1430 de nommer l’antipape Félix V, qui avait vécu dans le mariage. Voyez sur ce point l’Histoire de l’Église gallicane par Berthier, éd. de 1827, t. XX, p. 369, et le témoignage de Pie II, y allégué.

  100. [100]

    Hélyot. D’Argentré, Monstrelet, V, 43.

  101. [101]

    D’Argentré. Noël fut institué vicaire général des Carmes le 5 septembre 1433. Bullarium Carmelitanum, 1715, in-fol., p. 186.

  102. [102]

    La procédure inquisitoriale qualifiait ainsi le prévenu qui, après avoir avoué, sous la torture ou autrement, qu’il était coupable, se rétractait ensuite et revenait à ses premières propositions. Voyez ci-après, Second jugement : cause de relaps.

  103. [103]

    D’Argentré, Casanate, Paradisus Carmeli, Lyon, 1639, in-fol., p. 334. Hélyot. Bibliotheca carmelitana, au mot Thomas Connecte. Aubery, Histoire des cardinaux, t. II, article La Rochetaillée.

  104. [104]

    Après la Pucelle. Chastellain rapproche ainsi les deux personnages par un lien d’analogie.

  105. [105]

    Œuvres de Chastellain, Bruxelles, 1866, in-8°, t. VIII, p. 329.

  106. [106]

    Ibidem, t. VII, p. 189. Donc, suivant Chastellain, le soi-disant carme s’ingérait de dire la messe sans avoir reçu l’ordre de prêtrise. Ce fait, s’il était vrai, attesterait, par un nouvel exemple, l’irrégularité notable qui régnait à cette époque dans la discipline des gens d’église. — Le supplice du feu, précédé de la torture et prononcé à Rome même contre un clerc et sans intervention de ce qu’on appelait ailleurs le bras séculier, est un autre fait bien plus grave et qui doit exciter toute l’attention du lecteur. Ou plutôt le bras séculier, c’était le pape lui-même, comme roi ou seigneur temporel. Ainsi Dieu (ou son vicaire) et César, réunis à Rome en un seul homme, se livraient conflit, et la loi de sang triomphait de la loi de paix ou d’amour. Voyez ci-après les notes 509, 546 et 585.

  107. [107]

    Martin Franc, le Champion des Dames, dans Quicherat, Procès, etc., t. V, p. 46. Baptista Spagnoli Mantuani, De beata vita, apud ejusdem Bucolica, Tubingen, 1511, in-4° goth., sub fine. Lezana, Annales ordinis Carmelitani, t. IV, cité par les précédents. Voyez encore sur Thomas Couette, P. Levot, Biographie bretonne, 1852, in-4°, au mot Connecte, et les renvois de ces divers auteurs.

  108. [108]

    Mulierculas.

  109. [109]

    Il y a dans le texte littéralement : Hunc spiritum falsum delegere vellet.

  110. [110]

    Œuvres complètes de Gerson (en latin), éd. E. Dupin, Anvers, 1706, in-fol., t. I, p. 19-20.

  111. [111]

    Alb. Krantzi Wandalia sive historia Wandalorum, Francfort, 1619, in-fol., livre XI, chap. 3, page 250.

  112. [112]

    Annales ecclesiastici, auctere Odorico Raynaldi, éd. Mansi, Lucques, 1752, in-fol., t. 28 de la collection, § XXI et XXII, page 15.

  113. [113]

    Quicherat, Procès en latin, t. III, p. 436.

  114. [114]

    Voyez Quicherat, Procès, t. V, p. 156 et 270. Bibliothèque de l’École des chartes, 1860, p. 81 et suiv. H. Wallon, Histoire de Jeanne d’Arc (Ire édition), t. 1, p. 317. Dans un mystère par personnages ou pièce de théâtre relative aux Hussites et représentée à Ratisbonne en 1430, le dramaturge allemand fait jouer un rôle à Jeanne (Procès, t. V, p. 82 ; et encore t. IV, p. 603).

  115. [115]

    La Pucelle, interrogée sur ce point, a pu répondre par exemple : Adressez-vous à Rome ; et cette réponse, être interprétée : à là sibylle de Rome… Voyez ci-dessus la note 55.

  116. [116]

    Interrogèrent la Pucelle.

  117. [117]

    Par la foi de lui qui parle.

  118. [118]

    Dans le fait de la Pucelle.

  119. [119]

    Qui avaient peur de la Pucelle. Procès en latin, t. IV, p. 207.

  120. [120]

    En 1452, Janus d’Or, gentilhomme de Philippe le Bon, fonde à Châlon-sur-Saône un couvent de Cordeliers. Bugniot, Vie de J. Germain, évêque de Chalon-sur-Saône, 1862, in-4°, p. 16, 17. On voit figurer au congrès d’Arras en 1435 Monseigneur de Lor, et Messire Barrât de Lor (ou de l’Or), bachelier. J. Chartier, in-12, t. I, p. 190, 191. Voyez les Armoriaux de Navarre (1860, in-8°), n° 655, et de Berry (1866, in-8°), nos 827 et 834.

  121. [121]

    Hans, Jean ; appert, habile.

  122. [122]

    En courant sur le dossier du banc ? Ou en marchant à, côté ?

  123. [123]

    S’ébattre, folâtrer.

  124. [124]

    Édition du Panthéon, page 496, colonne 2.

  125. [125]

    Le mouton qui s’arrêta devant Madame d’Or avait des cornes d’or. Faut-il voir une intention dans ce rapprochement ?

  126. [126]

    Laborde, Ducs de Bourgogne, tome I, p. 266, n° 940 ; p. 343, n° 1158 ; tome II ; p. 208, n° 4000. Ainsi, une folle de cour portait le nom d’une famille aristocratique et contemporaine. De même, Charles VII avait un fou qui s’appelait Monsieur de Laon, peut-être par analogie avec le duc et pair, évêque de ce siège. VI aulnes de veloux bleu tiers poil pour faire une robe à maistre Colart, fol dudit seigneur, appelé Monsieur de Laon. (Comptes de l’argenterie du roi, octobre 1458. K. K. 51, f° 85 et suiv.)

  127. [127]

    Amos Barbot, Histoire de la Rochelle, Ms. S. G. fr. n° 1060, à la date : 8 mai 1429.

  128. [128]

    Journal de Paris, édition du Panthéon, p. 691, 692.

  129. [129]

    Journal, 692. Procès de condamnation, séance du 3 mars ci-après. La solde des gens d’armes constituait en effet le grand embarras financier du moment. On voit le naïf expédient que proposait Catherine.

  130. [130]

    Même séance, et plus loin acte d’accusation, article LVI.

  131. [131]

    Si on n’y prenait garde.

  132. [132]

    Archives de Tours. Procès, t. IV, p. 473.

  133. [133]

    Journal, p. 692. Vers la fin de 1430 ou au commencement de 1431, frère Richard se trouvait à Poitiers, où il reçut de la ville trois bottées de Codrignac (ou Cotignac, confitures de coing) et deux livres de dragées perlées. Mémoires de la Société des antiquaires de l’Ouest, 1839, p. 395. Peut-être était-il suivi de Catherine.

  134. [134]

    Myrdhinn ou l’enchanteur Merlin, par M. de la Villemarqué, 1862, in-8°, p. 323 et suivantes.

  135. [135]

    Le 15 avril 1430, Jeanne, qui avait fui de Sully, était devant Melun prés Corbeil.

  136. [136]

    C’est probablement à cette occasion que Catherine de la Rochelle comparut devant l’officialité. Voyez ci-dessus, et ci-après, l’article LVI de l’accusation.

  137. [137]

    Et non au puis, comme disent les éditions imprimées.

  138. [138]

    F. Richard, le jour de Noël 1429, bailla en la ville de Jargau (Gergeau) à ceste dame Jehanne la Pucelle, trois fois le corps de Notre-Seigneur ;… et l’avoit baillé à Péronne cellui jour deux fois. (Journal, loc. cit.)

  139. [139]

    C’est ainsi que Jean Fouquet représente Jésus et les deux autres personnes de la Trinité dans l’une des admirables miniatures dont il a décoré le livre d’heures d’Étienne Chevalier, publié par Curmer, Paris 1866-7, in-4°, figures chromolithographiées, 37e livraison, planche marquée P.

  140. [140]

    Journal, éd. Buchon, p. 687. Quicherat, Procès, IV, 467.

  141. [141]

    Jean Jouvenel des Ursins, évêque de Laon, etc., s’exprime ainsi dans son Traité de l’office de chancellerie (inédit) : Et en vérité, dit-il, je veis à Poitiers où le roy estoit (du 11 au 23 mars 1429, Itinéraire), le siège estant à Orléans, qu’il vint un compaignon rapporter en ma présence à ung de ceulx qui avoient lors plus grant puissance près du roy, et lequel me appela ; et Iuy dit une manière de destruire les Anglois, qui estoit vraye si il eust mis à exécution ce qu’il disoit, mais ledit seigneur et moy ne feusmes mie d’oppinion que il en fist riens ; car la manière estoit chose non accoustumée et très-déshonneste ; et sy, croy qu’il ne l’eust peu faire. C’est ung grand bien à ung roy que de avoir bon conseil. Ms fr. 2701, f° 44.

  142. [142]

    On peut y joindre dans les rangs de l’Église Jean Jouvenel des Ursins, qui fut après Cauchon évêque de Beauvais, et, après R. de Chartres, archevêque de Reims. Voyez la note 536.

  143. [143]

    Sur ces points donc, le haut clergé de France s’accordait parfaitement en doctrine avec les juges de Rouen et ses ennemis bourguignons. Voyez la note 530, et l’Histoire de Charles VII, t. II, p. 136.

  144. [144]

    Papiers de Rogier, ms. fr. 8834, fol. 306 v°, Histoire de Charles VII, t. II, p. 160, 161.

  145. [145]

    Éd. du Panthéon, p. 692.

  146. [146]

    Monstrelet, éd. d’Arcq, t. IV, p. 434.

  147. [147]

    Ms. fr. 1968, Traité de noblesse, par Lefèvre de saint Remy ; suivi d’une Chronique abrégée, fol. 147, 148 de cette chronique. Cf. Panthéon, 1838, Mémoires de saint Remy, p. 526, chapitre CLXXII.

  148. [148]

    Lefèvre de saint Remy (Panthéon), ibidem.

  149. [149]

    Histoire de Charles VII, t . II, p. 166 et suivantes.

  150. [150]

    Documente sur la fausse Pucelle dans Quicherat, Procès, t. V, p. 321 et suivantes. En 1424, une religieuse de Cologne se rendit à Gand et se fit passer pour Marguerite de Bourgogne, veuve du dauphin, duc de Guyenne. Cette imposture obtint également un crédit passager. Voyez Lettenhove, Histoire de Flandre, t. III, p. 176.

  151. [151]

    Procès, t. V, p. 324.

  152. [152]

    Généalogie de la maison des Armoises dans D. Calmet, Histoire de Lorraine, t. V, p. CLXIV. Jacques, père de Jeanne Darc, mourut à une époque inconnue. Il succomba, dit-on, à la douleur que lui causa la mort de sa fille. Isabelle Romée, la mère de Jeanne, vint, en 1440, s’établir à Orléans, après le retour du duc Charles et du vivant de Claude, sa prétendue fille. Elle vécut avec une pension de la ville et y mourut, après avoir assisté à la réhabilitation, en 1458. — Quicherat, Procès, ibid., p. 326 et suiv.

  153. [153]

    Quicherat, Procès, t. V, p. 332 et suiv.

  154. [154]

    Quicherat, Procès, t. V, p. 335. Le jugement de Claude en parlement aurait eu lieu vers septembre. Voyez Lottin, Recherches sur Orléans, t. I, p. 294. À partir de là elle disparaît de la scène de l’histoire. — Isabelle Romée devint pensionnaire de la ville d’Orléans depuis le 8 novembre 1440. Elle fut malade du 7 juillet au 31 août de la même année et soignée comme telle aux frais de la ville. (Procès, t. V, page 275.) Y aurait-il quelque rapport entre cette maladie d’Isabelle et la conduite de Claude, ou ses infortunes judiciaires ?… Un acte du 28 juillet 1443 rendu par Charles d’Orléans, en faveur de Pierre du Lis, offre cette particularité que la Pucelle Jeanne y est désignée comme une personne vivante, c’est-à-dire sans l’emploi du mot feue ou défunte, qui semble commandé par le style. Dans ce même acte, il est question, non pas de la mort de Jeanne, mais de son absentement. (Cabinet historique, 1862, p. 134 et les renvois).

  155. [155]

    La bibliothèque de Bourgogne, au quinzième siècle, possédait trois histoires manuscrites de sainte Colette. (Voyez Barrois, Bibliothèque protypographique, Paris, 1830, in-4°, nos 811, 1975, 2163.) Il existe encore dans un couvent de Colettines, à Gand, une vie manuscrite de sainte Colette, donnée à ce couvent, vers la fin du quinzième siècle, par Marguerite d’Angleterre, sœur d’Édouard V, avec une dédicace de la main de cette princesse. Les Bollandistes ont recueilli, avec on grand soin, ce qu’ils ont pu se procurer parmi les actes les plus authentiques de cette vie, et les ont insérés dans le tome I de Mars, au sixième jour de ce mois, p. 535 et suiv. (éd. Palmé, 531 et suiv.). Mais beaucoup de documents importants leur ont échappé, comme ils le déclarent eux-mêmes dans leur préface. Le plus ancien imprimé de la bibliographie de sainte Colette paraît être une plaquette gothique intitulée Brevis legenda beate virginis Sororis Colete reformatricis ordinis sancte Clare, Paris, Th. Kees, 12 feuillets in-8° sans date (vers 1510). On compte ensuite, de 1594 à 1864, au moins dix autres opuscules ou monographies qui ont pour sujet la vie et les miracles de sainte Colette. Dans ces ouvrages de piété ou d’édification, le sentiment et la complaisance occupent naturellement plut de place que la raison. Une compilation empreinte du même sentiment, mais plus savante que la plupart des précédentes, est celle qu’on trouve dans la Vie des saints du diocèse de Besançon (par les jésuites du collège de cette ville), Besançon, 1865, ta-8°, t. IV, p. 341 et suiv.

  156. [156]

    Bollandistes, t. I, de Mars, éd. Palmé, 535 et suiv. Sellier, Vie de sainte Colette, 1863, in-12, p. 16.

  157. [157]

    Bollandistes, ibid., Legenda brevis, feuillet marqués : a ij et suiv. Saints de Besançon, p. 341 et s.

  158. [158]

    Bollandistes, ibid., p. 601, n° 6. Loc. sup. citt.

  159. [159]

    Sous les trait de la Sachette, un roman célèbre a popularisé de nos jour le type oublié de la recluse. (Victor Hugo, Notre-Dame de Paris.)

  160. [160]

    Bollandistes, ibid., p. 535, A. B. p. 614, n° 73. Vie de sainte Colette par le R. P. Sellier de la compagnie de Jésus, Amiens, 1863, in-12 (ad majorem dei gloriam). On trouve au t. I de cet ouvrage une planche lithographique fort intéressante (p. 80 à 61). Cette planche représente, à l’aide de divers dessins d’architecture, l’emplacement, la construction et la disposition du reclusoir de sainte Colette, restitué d’après des vestiges ou éléments qui nous paraissent très-plausibles.

  161. [161]

    Bollandistes, ibid., p. 601, n° 6.

  162. [162]

    Bollandistes, ibid., p. 601, n° 4, p. 602, F : Repulsam… semel atque iterum passa, credidit fortiores adhibendas machinas et temporis opportunitate captata, qua, inter magnam convivarum mulitudinem hilarior, abbas videbatur esse exoratu facilior, suum denuo desiderium quam ardentissimo potest affectu exponit, accumulat preces, sanguinis ac passionis dominicæ reverentiam exponit, præsertium implorat convivarum suffragia ; quibus omnibus effectum demum est ut præsul… vel invitus concedere, etc. (Témoignage de Perrine de la Baume.)

  163. [163]

    Sources citées. Wadding, Annales minorum, Rome, 1734, in-fol., tome IX, p. 33. Bollandistes, p. 534, A-B. ; p. 602, n° 13. Gallia Christiana, t. IX, colonne 1284.

  164. [164]

    Sibi docuit psalterium Bollandistes, p. 535 ; 16). Cf. Histoire de l’Instruction publique, 1849, in-4°, p. 206. En 1454, Charles de France, fils de Charles VII et âgé de 8 ans, fut mit à l’école, c’est-à-dire à l’étude des lettres. Sa bibliothèque comprenait : 1° ung a b c, ou abécédaire ; 2° ung sept pseaulmes, ou pseautier. Ce dernier livret était nécessairement en français. Bien avant la traduction célèbre de Marot, il existait des versions françaises et plus ou moins étendues des psaumes de David. Nous trouvons parmi les raretés bibliographiques ayant appartenu à M. Yemeniz : N° 21, les Sept Pseaulmes en françois, sans lieu ni date, in-4° gothique de 6 feuillets ; n° 22, les Sept Pseavlmes pénitenciaulx et litanie en françoys (en vers), sans lieu ni date, in-4° de 14 f. (Catalogue Yemeniz, 1867, in-8°, page 5). Voyez dans les Notes et développements : Sainte Colette était-elle lettrée ?

  165. [165]

    Sources citées. Sellier, p. 88. Cabinet des titres : Brisay, Rochechouart. Histoire de la maison de Rochechouart, par le général comte de Rochechouart, Paris, 1859, in-4°, t. II, p. 250. Wadding, t. IX, p. 279. Beauchet-Filleau, Dictionnaire historique du Poitou, 1840, in-8° : Brisay. Gilles et Marguerite eurent un fils nommé Louis, seigneur de Montpipeau. Les Rochechouart étaient de la clientèle et du parti Armagnac ou d’Orléans. Louis de Brisay faisait partie de la garnison d’Orléans, lors du fameux siège, avant la venue de la Pucelle. Il fut tué à la journée des harengs, le 12 février 1429. Anselme : Rochechouart, Journal du siège dans les Procès, etc., t. IV, p. 123, 124.

  166. [166]

    Bollandistes, p. 636, 17 ; p. 603, 18. Généalogies ; cabinet des titres : Britay, Genève, La Baume. Armorial du héraut Berry, 1866, in-8°, n° 1025. Guichenon, Histoire de Bresse, etc., 1650, in-fol., troisième partie, page 24. Dunod de Charnage, Histoire du comté de Bourgogne, 1737, in-4°, t. II, p. 535. Il y avait en Savoie deux familles puissantes du nom de La Baume, qui paraissent issues de la même souche : les La Baume-Montrevel, et les La Baume-Saint-Amour. Henri et Perrine de La Baume, sa nièce, étaient Saint-Amour.

  167. [167]

    Bollandistes, p. 603, 604.

  168. [168]

    Bollandistes, p. 535, § IV. Armorial du héraut Berry, n° 991. Cabinet des titres : Chalant ; Genève. Guichenon, ib., p. 72.

  169. [169]

    Bollandistes, ibidem.

  170. [170]

    Bollandistes, ibidem.

  171. [171]

    Nous avons un portrait de ce prélat, exécuté en miniature, de 1386 à 1404 dans le ms. 432 latin, fol. 2, verso.

  172. [172]

    Généalogies citées. Moreri, aux mots Cardinal et Rochechouart Gallia Christiana, à la métropole de Bourges. Ce dernier ouvrage mentionne en ces termes l’intervention de l’évêque d’Amiens dans l’affaire : Inquisivit anno 1406 de miraculis S. Coletæ, monialis Corbeiensis. (Tome X, col. 1197.) Sellier, p. 99, 100.

  173. [173]

    Bollandistes, p. 535, 17 ; p. 647, B.-C., et n° 35.

  174. [174]

    Gallia Christiana, t. IX, col. 1284. Bollandistes, p. 610, A. Perrine de La Baume était la nièce du confesseur. Venue en âge, elle prit le voile des mains et sous la règle de sainte Colette.

  175. [175]

    Marion Amente, recluse fort fameuse. La vie de sainte Colette (par le père Silbère, d’ Abbeville). Paris, 1629, in-8°, p. 80. Voyez ci-après, note 176.

  176. [176]

    Bollandistes, p. 647, A. Voyez ci-dessus, IV, Marie d’Avignon, note 51.

  177. [177]

    Bollandistes, p. 635, 642, 647 604. et suiv. Wadding, t. IX, p. 279.

  178. [178]

    Bollandistes, p. 548, n° 39 et 40.

  179. [179]

    Bollandistes, p. 549, B.-C. Saints de Besançon, p. 352.

  180. [180]

    Bollandistes, p. 549, 550. Sur La Balme (topographie), voyez Saints de Besançon, p. 353, note 1.

  181. [181]

    Bollandistes, p. 551, 553. Voyage littéraire de deux bénédictins, 1717, in-4°, p. 188 et suiv. Saints de Besançon, p. 360. Guichenon, Histoire de Bresse, p. 27. Anselme à La Baume, etc., etc.

  182. [182]

    Bollandistes, p. 554. Cf. Culte de sainte Anne, ib., 555. Un autre rapprochement bizarre est celui-ci. Colette, comme tous les saints du moyen âge, prêchait et d’exemple la virginité, par conséquent la stérilité. Cependant elle fut invoquée, comme saint Bernardin et autres, par des époux qui lui demandaient et obtinrent, dit-on, la fécondité. Voyez le père Silbère, d’Abbeville, Vie de sainte Colette, 1629, citée p. 302, 390, et à la table, au mot : Femmes, etc.

  183. [183]

    Bollandistes, p. 564 et 610, n° 52. Brevis legenda, fol. 8, verso. Silbère d’Abbéville, Vie de sainte Colette, 1629, p. 403 et suiv. Saints de Besançon, p. 366, note 1. Sellier, Vie de sainte Colette, deuxième partie, p. 338. Sainte Colette, ajoutent les mêmes récits, ne connut jamais la loi physique qui préside pendant la période de fécondité à la santé des femmes… Ulterius excelientior gratia nec alias audita… quod ad infirmitate naturali, communi cunctis mulieribus, fuit semper et integre preservata. Ib., p. 553, n° 61, F. Cette même grâce unique ou immunité, a été, comme on sait, pareillement attribuée à Jeanne Darc. La Pucelle portait à sa main des bagues ou anneaux qui figurent dans son procès. Voyez à la table du présent volume le mot Anneau. J’ai composé sur les anneaux de Jeanne Darc une notice, trop étendue pour prendre place ici ; elle a été lue à la société des Antiquaires de France en 1867, et sera publiée avec le tome XXX des mémoires de cette société.

  184. [184]

    Bollandistes, p. 618, n° 95 : Colette passe à Troyes, et gratifie d’un miracle l’hôte chez lequel elle était logée. — Jeanne Darc aussi passa par Troyes, mais onze ans plus tard, en 1429. — Collection de Bourgogne, ms. n° 100, page 790.

  185. [185]

    Bollandistes, p. 533 et passim. Abbeville, Saints de Besançon, p. 369 à 375. Wadding, Annal. Minor., t X, p. 240 et suiv. Legenda brevis, b. j.

  186. [186]

    Chronique de Chastellain, Bruxelles, 1863, in-8°, t. I, p. 168.

  187. [187]

    Saints de Besancon, p. 369. Dom Vaissète, Hist. de Languedoc, l. IV, p. 491-402.

  188. [188]

    Sainte Colette, disent ses hagiographes, rendit chaste Jacques de Bourbon, qui ne l’était pas. Il avait un fils bâtard, nommé Claude d’Aix. Sainte Colette s’en chargea : Claude, après avoir longtemps fait la guerre, mourut novice aux Cordeliers de Dole. (Anselme, Bourbon. Abbeville, p. 283.)

  189. [189]

    Calot, calotte.

  190. [190]

    Figure.

  191. [191]

    D. Vaissète, ibid. Cabinet historique, 1864, p. 288 et suiv., article de M. L. Domairon. Ci-dessus, p. 36. Ol. de la Marche (Panthéon), p. 360. Saints de Besançon, p. 369. Wadding, t. X, p. 145.

  192. [192]

    Saints de Besançon, p. 378. Le roi Jacques mourut en 1438. Il avait prescrit par son testament qu’on l’inhumât aux pieds de sainte Colette. Mais il termina ses jours le premier et fut enterré dans la Chapelle du roi Jacques, en l’église abbatiale des Clarisses ou Colettines de Besançon. Lorsque, plus tard, Colette mourut à Gand, il ne fut pas donné suite au vœu testamentaire du roi Jacques.

  193. [193]

    Saints de Besançon, p. 373. Abbeville, p. 285 à 295. Cabinet historique, cité p. 294. La reine Marie d’Anjou, dans une supplique adressée au pape Nicolas V, déclare qu’elle a été redevable à l’invocation de sainte Colette de la naissance de son fils Charles, qui combla les vœux du roi, en venant au monde le 28 décembre 1446. (Abbeville, p. 390). Voyez ci-dessus la note 182.

  194. [194]

    Bollandistes, p. 556, n° 76.

  195. [195]

    Miracles de sainte Colette : Un tableau ou sculpture d’ivoire (diptyque ?) qu’elle aimait beaucoup était cassé. Elle envoie son confesseur chez un artiste pour le faire raccommoder. Chemin faisant, le confesseur invoque la sainte ; il regarde par curiosité l’ivoire : l’œuvre était redevenue saine et entière (Boll., p. 562, n° 116). Une fiole de verre était brisée ; la sainte lève les yeux au ciel : la fiole est remise à neuf (Ib., n° 1 18). Claude des Armoises, la fausse pucelle, se vantait d’en faire autant. Voyez ci-dessus.

  196. [196]

    Bollandistes, p. 602, n° 10, et passim.

  197. [197]

    Bollandistes, p. 553, nos 59 et suiv. ; p. 565, nos 121, 122 ; p. 612, n° 63. Ci-dessus, la Dame de Sillé-le-Guillaume.

  198. [198]

    Bollandistes, loc. cit., p. 571, n° 166 ; p. 572, nos 157 et suiv.

  199. [199]

    Bollandistes, p. 572, n° 159 ; p. 611, n° 10.

  200. [200]

    Saints de Besançon, Abbeville, passim. Bollandistes, p. 356, B.

  201. [201]

    Saints de Besançon, p. 383.

  202. [202]

    Bollandistes, p. 550, B ; p. 611, n° 59. Abbeville, p. 250, 263.

  203. [203]

    Histoire de Charles VII, t. III, p. 334. Bollandistes, p. 609, B ; n° 48. Saints de Besançon, p. 384.

  204. [204]

    Dans le principe la fondation projetée devait comprendre deux monastères : l’un d’hommes, l’autre de femmes (tam virorum quam mulierum. Ms. Grenier, 53, p. 390).

  205. [205]

    C’est-à-dire exonéra la fondation des droits fiscaux d’amortissement.

  206. [206]

    Gallia Christiana, t. IX, col. 1285. Ms. de D. Grenier, tome LIII, p. 390 et suiv.

  207. [207]

    La lettre de la reine est du 12 août 1446. Elle était alors enceinte du prince Charles. Voyez ci-dessus, la note note 193.

  208. [208]

    Loc. cit. L’abbé dans le principe montra une certaine tolérance ; mais le couvent, par des motifs dont l’exposé paraît peu plausible (Ms. LIII Grenier, p. 390 verso), y fit une véhémente opposition. La lettre en question est adressée non à l’abbé, mais aux prieur et religieux de Corbie.

  209. [209]

    Ibid. Abbeville, liv. IV, chap. IV, p. 384 et suiv. Archives départementales de la Somme. Inventaire des archives de Corbie, tome l, liasse 19. Après la mort de Colette, la lutte recommença entre ses partisans et l’abbaye. De longs et actifs débats eurent lieu, et l’abbé demeura vainqueur. Un nouveau couvent de Colettines fut érigé à Arras ; mais il ne s’en éleva jamais à Corbie.

  210. [210]

    Bollandistes, p. 532 et suiv., 578 et passim, Brevis legenda b, j. Abbeville, p. 425 et suiv. Wadding, t. XI, p. 300 et suiv. Saints de Besançon, p. 393 et suiv., etc., etc.

  211. [211]

    Françoise de Dinan, veuve du prince Gilles de Bretagne et remariée à Guy XIII, comte de Laval. Voyez Histoire de Charles VII, t. III, p. 422 et suiv.

  212. [212]

    J. du Clercq, p. 163. Chronique de Jean de Troyes, Panthéon, p. 239. P. Piolin, Histoire de l’Église du Mans, t. V, p. 163. Anselme : Laval. Voyez ci-dessus le chapitre consacré à Jeanne-Marie de Maillé.

  213. [213]

    Procès, t. IV, p. 281.

  214. [214]

    Les mêmes. Bourdigné-Quatrebarbes, t. II, p. 213.

  215. [215]

    Cette erreur (30 pour 10, ou XXX pour X) peut être le fait d’un copiste.

  216. [216]

    Histoire de Charles VII, t. II, p. 67. Le roi depuis quelque temps souffrait à la jambe d’une affection qui parait avoir été cancéreuse. On lit dans le compte de l’argenterie, du 1er octobre 1458 au 1er octobre 1459 (juillet-août 1459, à l’article Chaussemente) : trois bottines ; plus une seule bottine noire ; plus un escafignon de cuir tanné pour ung peu de mal que le roi avoit à une jambe ; et de nombreuses mentions analogues. K. K. 51 ; f° LXXVI, v° et passim. Sur cette infirmité du roi, voyez encore J. du Clercq, p. 109 : Chastellain, Œuvres, t. III, p. 371, 444 ; etc., etc.

  217. [217]

    Mém. de Du Clercq, p. 165 et suiv. Piolin et les autres, cités. Échard, Scriptores ord. Prædicatorum, t. I, col. 854 a. Antoine Dafour, dans Procès, t. V, p. 336, 433. Ms. VII de la préfecture de Troyes, p. 160, v°. Ms. fr. 2899, f° 51. Chronique de Nicole Gilles, 1567, in-fol., IIe partie, feuillet c.

  218. [218]

    Voyez ci-dessus, la correspondance de l’archevêque de Reims dans le chapitre consacré au petit berger.

  219. [219]

    Sur l’Histoire naturelle des anges, on peut consulter le Propriétaire des choses, traité composé au treizième siècle en latin par Barthélémy de Glanvill, anglais, et traduit dans toutes les langues au moyen âge (livre II). Voir aussi un traité spécial, le Livre des saints anges de Ximenez, Lyon, 1486, in-fol. Voyez enfin Biblioth. de l’École des Chartes, tome XXVII, p. 134.

  220. [220]

    Interrogée sur ses visions de saint Michel, sainte Catherine, sainte Marguerite, Jeanne répond : Je les ai aussi bien vus que je sais de science certaine qu’ils sont du paradis. (Procès de condamnation, séance du 3 mars 1431.)

  221. [221]

    Voyez la Notice de quelques manuscrits précieux, sous le rapport de l’art, écrits et peints en France durant la période de la domination anglaise ; Paris, 1866, in-4°, fig.

  222. [222]

    Voir au procès l’affaire du signe.

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