R. de Ceriziers  : Les trois états de l’innocence (1640)

Tome I : Approbation et dédicace

Les trois états de l’innocence

par

René de Ceriziers

(1640)

Éditions Ars&litteræ © 2026

Privilège et approbation

Permission
du R. P. Provincial de la province de Toulouse

Jean Filleau, de la Compagnie de Jésus en la province de Thoulouse, suivant le privilège octroyé à ladite compagnie par nos rois très-chrétiens, permets à la veuve de Jean Camusat, marchand libraire juré en la ville de Paris, d’imprimer ou faire imprimer, Les trois états de l’innocence, par le R. P. René de Ceriziers, religieux de la même compagnie. Vus et approuvés par trois théologiens de ladite compagnie. Et défenses sont faites à tous de quelque condition et qualité qu’ils soient d’en imprimer, ou faire imprimer, vendre ou débiter autres que ceux que ladite veuve aura imprimés, à peine de confiscation desdits livres, d’amende arbitraire, et de tous dépens, dommages, et intérêts, portés par les susdits privilèges de leurs majestés. Fait au Puy le 10 septembre 1639.

Jean Filleau.

Approbation
des docteurs

Nous soussignés docteurs en théologie de Paris, certifions avoir lu un livre intitulé, Les trois états de l’innocence, savoir L’innocence affligée, L’innocence reconnue, L’innocence couronnée, par le sieur de Ceriziers, où nous n’avons rien trouvé qui ne soit conforme à la foi catholique, apostolique et romaine, et pour dire notre sentiment de son mérite, nous estimons que la lecture en sera très utile, non seulement à ceux qui sont persécutés de la médisance, mais aussi à ceux qui sentent y avoir quelque inclination, voyant la consolation que reçoivent ceux qui la souffrent patiemment, et la punition ordinaire de ceux qui la commettent. Fait en Sorbonne, ce 15e décembre 1639.

I. Hobier.
F. Le Febvre.

Privilège
du roi

Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à nos aimés et féaux conseillers les gens tenant nos cours de parlement, maîtres des requêtes ordinaires de notre hôtel, baillis, sénéchaux, prévôts, leurs lieutenants et tous autres de nos juges qu’il appartiendra, salut. Notre cher et bien-aimé le R. P. René de Ceriziers, de la Compagnie de Jésus, nous a fait remontrer qu’il a composé un livre intitulé Les trois états de l’innocence, divisé en Affligée, Reconnue et Couronnée, lequel il désirerait faire imprimer s’il nous plaisait lui accorder nos lettres sur ce nécessaires, humblement requérant icelles.

À ces causes, désirant traiter favorablement ledit exposant, après avoir fait voir en notre conseil l’approbation des docteurs en théologie qui ont examiné ledit livre, nous lui avons permis et permettons par ces présentes de le faire imprimer, vendre ou débiter par tel imprimeur ou libraire qu’il voudra, en un ou plusieurs volumes, séparément ou conjointement, en telles marges et tels caractères, et autant de fois que bon lui semblera, durant l’espace de neuf ans entiers et accomplis, à compter du jour que chaque volume sera achevé d’imprimer pour la première fois.

Faisant défenses à toutes personnes, de quelque qualité et condition qu’elles soient, d’imprimer ou faire imprimer, vendre ou débiter ledit livre entier ou partie d’icelui, sous prétexte d’augmentation, correction, changement de titre, fausses marges ou autrement, en tous les lieux de notre obéissance, sans le consentement dudit exposant ou de celui auquel il aura cédé le présent privilège, à peine de trois mille livres d’amende — applicable un tiers à nous, un tiers à l’Hôtel-Dieu de Paris et l’autre tiers audit exposant ou à ceux qui auront droit de lui —, de confiscation des exemplaires contrefaits et de tous dépens, dommages et intérêts.

À condition qu’il sera mis deux exemplaires de chaque volume dudit livre en notre bibliothèque publique, et une en celle de notre très cher et féal le sieur Séguier, chevalier, chancelier de France, avant que de les exposer en vente, à peine de nullité des présentes. Du contenu desquelles nous vous mandons que vous fassiez jouir et user pleinement et paisiblement ledit exposant et ceux qui auront droit de lui, sans souffrir qu’il soit donné aucun trouble ou empêchement.

Voulons aussi qu’en mettant à la fin ou au commencement dudit livre un extrait des présentes, elles soient tenues pour dûment signifiées, et que foi y soit ajoutée et aux copies collationnées par l’un de nos aimés et féaux conseillers et secrétaires comme à l’original. Mandons au premier notre huissier sur ce requis de faire pour l’exécution des présentes tous exploits nécessaires, sans demander autre permission.

Car tel est notre plaisir. Nonobstant le privilège par nous accordé ci-devant à Toussaint et du Bray, libraire à Paris, pour le livre intitulé L’innocence reconnue, qui n’est qu’un essai et ne fait que la sixième partie de l’ouvrage que l’exposant a composé et achevé depuis, et pour lequel nous lui accordons le présent privilège, sans qu’il puisse nuire audit du Bray pour ce qui regarde seulement l’impression de ladite Innocence reconnue qu’il a déjà imprimée, ni que ledit du Bray puisse aussi prétendre aucuns dommages et intérêts contre l’exposant ou ceux auxquels il transportera les présentes pour raison de l’impression qui sera faite en vertu d’icelles ; et nonobstant aussi clameur de haro, charte normande et autres lettres à ce contraires.

Donné à Paris, le dix-neuvième jour de décembre, l’an de grâce mil six cents trente-neuf, et de notre règne le trentième.

Par le roi en son conseil,
Conrart.

Et ledit père de Ceriziers a cédé et transporté à Denise de Courbes, veuve de Jean Camusat, marchand libraire à Paris, le présent privilège, pour en jouir entièrement durant le temps accordé, comme il appert par la cession qu’il lui en a faite le 30e jour de décembre mil six cents trente-neuf.

3À madame la duchesse d’Esguillon

Madame,

Voici trois innocentes, qui ont été si mal traitées dans le monde, qu’elles appréhendent d’y rentrer, sans le secours d’une puissante protection. Quelque courage que j’aie tâché de leur inspirer, mes persuasions n’ont rien pu contre leur crainte : et certes, à juger de leur fortune passée, leur appréhension me semble raisonnable, et même j’estime qu’elles ne pourraient être hardies, sans oubliance, ou sans témérité. Notre siècle n’est pas meilleur que celui où leurs vertus parurent, ni l’ennemi qui les a persécutées moins cruel qu’il était autrefois. Au contraire sa malice s’étant accrue avec l’âge, ce qu’elles en doivent attendre, c’est que leur souffrance redouble, et que leur peine s’augmente à proportion de ses forces et de son envie. À n’en point mentir, cette considération justifierait le dessein qu’elles avaient de demeurer en solitude, si personne ne les assistait en leur misère ; mais depuis que je leur ai fait savoir que vous leur promettiez 4votre faveur, j’ai cru que, si elles ne perdaient leur appréhension, elles ignoraient ce que vous êtes. Y eut-il jamais grandeur plus propice à la vertu, ou sévérité plus hardie contre le vice ? Jamais l’innocence n’a cherché votre appui sans succès, ni la malice espéré votre indulgence avec fruit ; celle-ci a toujours été trompée dans sa présomption ; et celle-là satisfaite dans son attente. Mais s’il est vrai, madame, que vous ayez déclaré une guerre irréconciliable à tous les ennemis des bonnes mœurs, je maintiens qu’il n’en est point que vous haïssiez à l’égal de celui que je combats en cet ouvrage. La sainteté de vos paroles, et cette rigoureuse justice de votre bouche qui rend le prix et la louange au mérite, prouvent évidemment que vous ne connaissez la médisance que pour la confondre et la punir. Ce n’est pas chez vous qu’elle va tenir son cercle ou qu’elle porte ses nouvelles. Voilà le grand sujet de confiance que j’ai donné à ces dames infortunées qui se présentent à vous. La première, sachant que vous êtes de cette illustre race qui est toute vouée au service de la France, espère que vous ne rebuterez pas une Vierge, qui n’a refusé ni son sang ni sa vie pour son secours. La seconde a des malheurs trop extraordinaires pour ne point trouver de pitié parmi vous. La dernière est une de vos voisines, et peut-être votre alliée, qui n’a que trois pas à faire pour entrer chez vous, puisque la Bretagne n’est pas éloignée du Poitou. Ne jugez-vous pas, madame, que leur espérance est aussi raisonnable que leur choix est judicieux, et qu’à moins de tenir votre bonté suspecte, elles ne peuvent croire votre assistance incertaine. Mais quand ces raisons ne seraient pas assez fortes 5pour affermir leur résolution, et que l’infortune les déguiserait jusqu’à les faire méconnaître, n’avez-vous pas daigné m’assurer que tout ce qui porterait mon nom et mon aveu se pouvait promettre votre faveur. Ainsi, connaissant leur innocence et votre justice, je doute aussi peu de votre protection, que du véritable zèle de mon devoir, qui me fait prendre pour la seconde fois la qualité de,

Madame,

Votre très humble, très obéissant, très affectionné serviteur,

De Ceriziers.

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