#Prophétie
20 témoins :
- Jean Waterin, ami d’enfance
- Michel Le Buin
- Durand Laxart, l’oncle de Jeanne
- Catherine
- Henri Le Royer
- Bertrand de Poulengy
- Jean Dunois
- Raoul de Gaucourt
- Regnault Thierry
- Jean Luillier
- Jacques L’Esbahy
- Gobert Thibaut
- Jean Barbin
- Jean d’Alençon
- Jean Pasquerel, aumônier de Jeanne
- Simon Charles
- Thibault d’Armagnac, dit Thibault de Termes
- Colette
- Pierre Miget
- Jean d’Aulon
Jean Waterin(ami d’enfance)
- Enquête au lieu de naissance de Jeanne (30 janvier 1456)
L’a vu partir de Greux. Elle disait aux gens : Adieu !
— L’entendit plusieurs fois dire qu’elle relèverait la France et le sang royal.
Michel Le Buin
- Enquête au lieu de naissance de Jeanne (31 janvier 1456)
Ne sait rien sinon qu’une fois Jeanne lui dit, la veille de saint Jean-Baptiste [décollation de Jean Baptiste, célébrée le 29 août], qu’une jeune fille entre Coussey et Vaucouleurs, ferait sacrer le roi de France avant un an. Et dans l’année le roi fut sacré à Reims.
Durand Laxart(l’oncle de Jeanne)
- Enquête au lieu de naissance de Jeanne (31 janvier 1456)
Il alla chercher Jeanne chez son père et la ramena chez lui. Elle lui disait qu’elle voulait aller en France, vers le dauphin, pour le faire couronner, déclarant : N’a-t-il pas autrefois été dit que la France par une femme serait désolée, et ensuite par une pucelle devait être restaurée ?
Catherine
- Enquête au lieu de naissance de Jeanne (31 janvier 1456)
Un jour, Baudricourt entra chez elle accompagné du curé Jean Fournier pour qu’il exorcisât Jeanne devant lui ; le prêtre montra une étole à Jeanne en déclarant que si elle était une mauvaise créature, elle s’éloignât d’eux, et si elle était une bonne créature, elle vint vers eux. Jeanne se jeta à ses genoux et lui reprocha d’avoir mal agi, car il l’avait entendu en confession. Et comme Baudricourt refusait de la faire conduire elle lui dit qu’elle devait aller trouver le dauphin, ajoutant : N’avez-vous pas entendu cette prophétie, à savoir que la France par une femme serait détruite, et par une pucelle des marches de Lorraine restaurée ?
Le témoin, qui assistait à la rencontre s’est rappelé avoir entendu ces paroles et fut stupéfait.
Henri Le Royer
- Enquête au lieu de naissance de Jeanne (31 janvier 1456)
Lors de son départ, on l’avertit des gens de guerre présents tout autour ; elle répondit qu’elle ne les craignait pas car sa voie était dégagée ; que s’il s’en trouvait sur le chemin, Dieu lui ouvrirait la route jusqu’au dauphin ; et qu’elle était née pour accomplir cela.
Bertrand de Poulengy
- Enquête au lieu de naissance de Jeanne (6 février 1456)
Jeanne vint à Vaucouleurs aux environs de l’Ascension. Il la vit alors demander à Robert de Baudricourt d’appeler le dauphin à tenir bon, sans engager bataille contre ses ennemis, car son Seigneur lui apporterait un secours avant la mi-carême ; elle disait que le royaume n’appartenait pas au dauphin, mais à son Seigneur, lequel voulait cependant que le dauphin devint roi et tint le royaume en commande. Elle ajoutait que le dauphin deviendrait roi et qu’elle le conduirait pour le faire sacrer. Baudricourt lui demanda qui était son Seigneur, elle répondit : le roi du ciel ; puis s’en retourna à Domrémy avec son oncle Durand Laxart de Burey-le-Petit.
Jean Dunois
- Enquête à Orléans (22 février 1456)
Suffolk fait prisonnier à Jargeau, on lui montra un petit papier contenant quatre vers faisant mention d’une Pucelle devant venir du Bois Chenu, chevauchant sur le dos des archers et contre eux.
Raoul de Gaucourt
- Enquête à Orléans (25 février 1456)
Interrogé sur le soudain changement lors du ravitaillement d’Orléans dont à témoigné Dunois [déposition précédente] : le confirme ; Jeanne prédit le changement qui se réalisa aussitôt après sa déclaration ; comme elle prédit que le ravitaillement entrerait sans encombre dans Orléans.
Regnault Thierry
- Enquête à Orléans (8 mars 1456)
Attendu la vie bonne de la Pucelle et son comportement louable, attendu la réalisation de tout ce qu’elle avait vraiment prédit avant les événements, croit qu’elle fut envoyée par Dieu.
Jean Luillier
- Enquête à Orléans (16 mars 1456)
Elle était fort désirée par tous les habitants, car la rumeur courait qu’elle avait déclaré au roi être envoyée par Dieu pour faire lever le siège mis devant la ville ; la détresse des habitants était telle, qu’ils ne savaient à qui recourir pour être sauvés, sinon à Dieu.
Elle les exhorta tous à espérer en Dieu et que s’ils avaient confiance, ils seraient sauvés de leurs ennemis.
Jacques L’Esbahy
- Enquête à Orléans (16 mars 1456)
Jeanne envoya deux hérauts à Saint-Laurent, nommés Ambleville et Guienne, faire savoir à Talbot, Suffolk et de Scales, de la part de Dieu, qu’ils devaient s’en aller en Angleterre et sinon s’en trouveraient mal. Les Anglais retinrent Guienne, et renvoyèrent Ambleville dire à Jeanne qu’ils retenaient son camarade Guienne pour le brûler. Jeanne répondit à Ambleville qu’il n’arriverait aucun mal à Guienne, et que lui, Ambleville, devait retourner avec courage auprès des Anglais ; qu’il ne subirait aucun mal et ramènerait son camarade sain et sauf. Ce qui arriva ainsi.
Gobert Thibaut
- Enquête à Paris et à Rouen (5 avril 1456)
Il entendit l’évêque de Castres dire qu’il avait vu dans des écrits que devait venir une certaine Pucelle, au secours du roi de France. Lui et les autres docteurs disaient croire que Jeanne était envoyée par Dieu, et qu’elle était celle dont parlait la prophétie. Ils ne voyaient en elle que du bon et rien de contraire à la foi catholique ; aussi le roi pouvait avoir recours à elle.
Jean Barbin
- Enquête à Paris et à Rouen (30 avril 1456)
Au cours de ces délibérations, Jean Érault raconta comment il entendit une certaine Marie d’Avignon se présenter au roi pour des visions qu’elle avait eues touchant la désolation du royaume. Celle-ci avait vu quantité d’armures et s’était épouvantée d’avoir à les porter ; elle fut rassurée car ce n’était non pas elle mais une Pucelle qui viendrait après, qui porterait ces armes et délivrerait le royaume de France de ses ennemis. Et Érault croyait fermement que Jeanne était celle dont Marie d’Avignon avait parlé.
Jean d’Alençon
- Enquête à Paris et à Rouen (3 mai 1456)
Le témoin chassait aux cailles à Saint-Florent, lorsqu’on vint le prévenir qu’une Pucelle, qui se déclarait envoyée par Dieu pour mettre en fuite les Anglais et leur faire lever le siège d’Orléans, était venue trouver le roi à Chinon.
Plus tard elle ajouta : Ah ! gentil duc [en français], as-tu peur ? J’ai pourtant promis à ton épouse de te ramener sain et sauf ?
En effet, avant son départ, celle-ci avait confié ses craintes à Jeanne ; son mari avait déjà été prisonnier et de grosses sommes avaient été dépensées pour son rachat. Jeanne la rassura : N’ayez pas peur ! Je vous le rendrai sauf, dans l’état où il est, ou même meilleur.
Pendant l’assaut Jeanne alerta le témoin qu’une machine installée dans la ville allait le tuer. Il se déplaça, et au lieu même qu’il avait quitté, fut tué par cette machine un certain Monseigneur du Lude. Il en conçut une grande peur, et dès lors s’émerveilla des paroles de Jeanne. Tous deux repartirent à l’assaut.
Le comte de Suffolk tenta d’interpeller le témoin qui ne l’entendit pas ; et l’on poursuivit l’assaut poursuivi. — Jeanne était sur une échelle lorsque son étendard reçut un choc ; elle-même fut atteinte à la tête d’une pierre, qui se brisa sur sa chapeline et la jeta à terre. Elle se releva exhorta les hommes d’armes : Notre Sire a condamné les Anglais [en français] ; ils sont à nous !
. En un instant la ville de Jargeau fut prise. Les furent poursuivis sur les ponts et plus de onze cents furent tués.
Beaucoup appréhendait la suite, mais Jeanne affirma qu’elle était sûre de la victoire : En nom Dieu, il les faut combattre ! s’ils étaient pendus aux nues, nous les aurons, car Dieu nous les envoie pour que nous les punissions
. Elle ajouta : Le gentil roi aura aujourd’hui la plus grande victoire qu’il eut jamais. Mon conseil m’a dit qu’ils sont tous nôtres. [En français.]
Il entendit parfois Jeanne dire au roi qu’elle durerait un an, et non beaucoup plus, et qu’il fallait penser à bien travailler cette année-là ; elle prétendait avoir quatre charges : chasser les Anglais ; faire sacrer le roi à Reims ; délivrer le duc d’Orléans ; faire lever le siège d’Orléans.
Jean Pasquerel(aumônier de Jeanne)
- Enquête à Paris et à Rouen (4 mai 1456)
Ce jour là, en entrant chez le roi elle croisa un homme à cheval qui dit : N’est-ce pas là la Pucelle ?
en jurant Dieu que s’il la tenait une nuit, elle ne repartirait pas pucelle. Jeanne rétorqua : Ah ! en nom Dieu, tu le renies, et tu es si près de ta mort ! [en français]
Dans l’heure l’homme tomba à l’eau et se noya. Cela, il l’a entendu de la bouche de Jeanne et de plusieurs témoins.
Le comte de Vendôme introduisit Jeanne dans la chambre du roi, qui lui demanda son nom : Gentil dauphin, j’ai nom Jeanne la Pucelle, et le Roi des cieux vous mande par moi que vous serez sacré et couronné à Reims [en français] ; et serez son lieutenant lui qui est roi de la France.
Après plusieurs questions elle dit à nouveau : Je te dis, de la part de Messire, que tu es vrai héritier de France et fils du roi [en français]. Il m’envoie pour te conduire à Reims où tu recevras la couronne et le sacre, si tu veux.
Le roi déclara ensuite que Jeanne lui avait dit certains secrets que personne ne pouvait savoir si ce n’est Dieu, et qu’il avait grande confiance en elle. Le témoin n’était pas présent et tient tout cela de Jeanne elle-même.
C’était le mercredi, veille de l’Ascension du Seigneur. Elle ajouta qu’avant cinq jours, le siège serait levé et qu’il ne resterait pas un Anglais devant la ville ; et il en fut ainsi.
Et elle le chargea de se lever le lendemain encore plus tôt qu’aujourd’hui : Demain, tenez-vous toujours près de moi car j’aurai beaucoup plus à faire, et le sang coulera au-dessus de mon sein.
Jeanne conduisit ensuite le roi à Troyes, à Châlons et enfin à Reims, où il fut comme par miracle couronné et sacré, ainsi que Jeanne l’avait prédit dès son arrivée.
Simon Charles
- Enquête à Paris et à Rouen (7 mai 1456)
Arrivé devant Troyes, les troupes se trouvèrent sans vivres et presque prêtes à se retirer. Jeanne dit au roi de n’avoir aucune hésitation, et qu’il obtiendrait la ville le lendemain. Elle prit son étendard et ordonna de préparer les fagots. Le lendemain elle feignit d’en combler les fossés en criant : À l’assaut
. Les habitants de Troyes envoyèrent quelqu’un pour négocier une capitulation avec le roi ; lequel entra ensuite dans la ville en grand apparat, Jeanne portant son étendard près de lui.
De Troyes on se dirigea vers Châlons, puis Reims. Le roi avait craint que la ville ne résiste, car il n’avait ni artillerie [en français] ni machines de siège ; mais Jeanne lui dit : Ne craignez rien, les bourgeois viendront à votre rencontre
; et avant même que les troupes eussent approché de la ville, les bourgeois se rendirent. — Jeanne disait au roi de procéder hardiment, et de ne s’inquiéter de rien, et qu’ainsi, il recouvrerait tout son royaume.
Thibault d’Armagnac(dit Thibault de Termes)
- Enquête à Paris et à Rouen (7 mai 1456)
Après la délivrance d’Orléans, il se rendit avec Jeanne et plusieurs capitaines à Beaugency, où étaient les Anglais. Le jour de la bataille de Patay, le témoin et feu La Hire informèrent Jeanne de l’avancée des Anglais en ordre de bataille. Elle les encouragea : Frappez audacieusement, ils prendront vite la fuite
, et aussitôt les Anglais furent mis en fuite. De même elle avait annoncé qu’aucun Français ne serait tué ou blessé sauf peut-être un petit nombre ; ce qui arriva puisque de tous nos hommes un seul fut tué, un noble de la compagnie du témoin.
Colette
- Enquête à Paris et à Rouen (11 mai 1456)
Le matin de la prise de la bastille du pont, on apporta à Jeanne une alose ; elle dit à son hôte : Gardez-la jusqu’à ce soir, car je vous amènerai un godon et reviendrai par le pont [en français].
Pierre Miget
- Enquête à Paris et à Rouen (12 mai 1456)
Le témoin trouva autrefois écrit dans un vieux livre, où on racontait la prophétie de Merlin, qu’une certaine pucelle devait venir d’un certain Bois Chenu, de la région lorraine.
Jean d’Aulon
- Déposition de Jean d’Aulon à Lyon (28 mai 1456)
Le lendemain matin, la Pucelle convoqua les seigneurs et capitaines qui se trouvaient devant la bastille gagnée la veille afin d’aviser la suite. On convint que la priorité était désormais le gros boulevard que les Anglais avaient construit devant la bastille des Tournelles. La Pucelle et les capitaines répartirent leur gens autour du boulevard et l’assaillirent de toutes parts. L’effort dura du matin jusqu’au soleil couchant sans parvenir à rien prendre. Les capitaines, considérant l’heure tardive et la fatigue générale décidèrent de sonner la retraite. Celui qui portait l’étendard de la Pucelle voulut suivre le mouvement et remit l’étendard à un homme du seigneur de Villars nommé le Basque, que le témoin connaissait pour brave. Craignant que si l’on renonçait aujourd’hui, le boulevard et la bastilles demeurassent aux ennemis, il eut l’idée de porter l’étendard bien en avant, comptant sur l’affection qu’il inspirait à tous les gens de guerre pour les relancer à l’assaut. Observant l’entreprise, le témoin demanda au Basque s’il le suivrait dans la bastille. Ayant obtenu sa promesse, il se jeta dans le fossé et, se protégeant des jets de pierre avec son bouclier, parvint jusqu’au pied du boulevard, persuadé que son compagnon l’avait suivi. Mais au moment où celui-ci allait s’élancer, la Pucelle, qui venait d’apercevoir son étendard dans les mains d’un autre, l’agrippa par le bout en criant : Ha ! Mon étendard ! mon étendard !
Comme aucun des deux ne lâchait, l’étendard ballottait, si bien que les autres crurent qu’elle leur faisait signe. Le témoin vit cependant que le Basque ne l’avait pas suivi et lui dit : Ha, Basque, n’avais-tu pas promis ?
; ce dernier tira un grand coup sur l’étendard, l’arracha des mains de la Pucelle, et s’en fut rejoindre son camarade. Tous les gens de la Pucelle se rallièrent et se ruèrent à l’assaut. En peu de temps le boulevard et la bastille étaient pris. — Ce soir-là, comme Jeanne l’avait annoncé le matin-même, les Français rentrèrent dans Orléans par le pont. Elle avait été blessée d’un trait durant l’assaut, il l’a fit soigner.