L. Verneuil  : La Vie Merveilleuse de Sarah Bernhardt (1942)

Chapitres : I. Comment j’ai connu Sarah Bernhard

La vie merveilleuse de
Sarah Bernhardt

par

Louis Verneuil

(1942)

Éditions Ars&litteræ © 2022

9Chapitre I
Comment j’ai connu Sarah Bernhard.

C’est en 1904 que, pour la première fois, j’ai vu Sarah Bernhardt. J’avais onze ans. Elle jouait à Paris, à son théâtre, la Sorcière, un drame de Victorien Sardou, le dernier de ceux qu’il a écrits pour elle, et peut-être pas le meilleur.

C’est à regret que je formule cette réserve, car je suis un très grand admirateur de Sardou. Merveilles d’agencement et d’ingéniosité, ses pièces contiennent des trouvailles constantes, des situations extraordinaires. Poussée à ce point, la science du théâtre devient une sorte de génie.

Bien que, pendant plus de cinquante ans, et pour toutes ses œuvres, il ait toujours su réunir d’éclatantes distributions, c’est certainement en Sarah Bernhardt qu’il avait trouvé sa plus magnifique interprète. Peut-on, sans aussitôt penser à elle, évoquer ces grandes héroïnes, que Sardou créa pour elle, mais qu’elle seule sût faire vivre : la Tosca, Fédora, Théodora, Cléopâtre, Gismonda ?

La Sorcière n’était pas tout à fait de la même veine. Certes, il y avait de superbes scènes, celle de l’Inquisition notamment, au quatrième acte, où De Max incarnait un inoubliable Cardinal Ximénès et où Sarah Bernhardt, torturée, harcelée par les juges et les agents du Saint-Office, atteignait, dans sa terreur grandissante, à la plus haute puissance tragique, mais le début de la pièce était moins remarquable et le dénouement plus tumultueux, je crois, que véritablement puissant.

À cette époque, je n’ai rien remarqué de tout cela. Le premier acte se passe la nuit. Lorsque Sarah Bernhardt est entrée, sous l’aspect saisissant de Zoraya la mauresque, violemment éclairée par un rayon de lune, le bras gauche plein des fleurs sauvages qu’elle vient de couper sur la colline, avec la faucille d’argent qu’elle tenait dans sa main droite, il m’a semblé qu’un être surnaturel m’apparaissait soudain. Lorsqu’elle parla, je fus envahi d’une sorte d’extase.

D’un bout à l’autre de la représentation, je me sentais positivement fasciné. Et lorsqu’à la fin du cinquième acte, je la vis, expirante, portée par les archers sur le bûcher où la foule, hurlante, veut voir brûler la sorcière, une immense désolation m’envahit soudain, non de la voir mourir, mais que se terminât déjà un spectacle tellement beau que, certainement, jamais je ne pourrais en voir un autre aussi magnifique.

10Sarah Bernhardt avait alors soixante ans. L’enfant que j’étais ne s’en doutait pas et, naïvement, je la trouvais la plus belle et la plus jeune du monde. Mais cette illusion n’était pas tellement absurde. À la vérité, elle était extraordinaire pour son âge. Même du premier rang des fauteuils d’orchestre, personne, lors de la création de la Sorcière, ne lui aurait donné plus de trente-cinq à quarante ans.

Ce drame était loin d’être un spectacle pour enfants et, certainement, mon père eût préféré m’emmener lui voir jouer une pièce classique, ou même l’Aiglon. Mais, au début de décembre 1903. quelques jours avant la première de la Sorcière, Sarah Bernhardt avait été gravement souffrante. Une fois de plus, le bruit avait couru que sa vie était en danger, qu’un repos, de très longue durée, allait probablement lui être ordonné… À la vérité, il y avait plus de trente ans que de telles rumeurs circulaient périodiquement. Dès avant la guerre de 1870, au moment où Sarah Bernhardt créa le Passant, de François Coppée, on disait couramment qu’elle était tuberculeuse et que, hélas, elle mourrait jeune.

Les années passant, ces inquiétudes avaient naturellement diminué. Mais un jour, les craintes que d’abord, sa santé avait inspirées, firent place à celles que faisait naître son âge. Si, peu à peu, l’on avait acquis la certitude que, contrairement à la légende, ses poumons étaient parfaitement intacts, par contre, et plus tôt que pour toute autre, on s’est mis à redouter pour elle le poids des années. Peu après la création de l’Aiglon, déjà on disait couramment :

— Évidemment, à soixante ans, une femme est loin d’être vieille. Mais songez à la carrière qu’elle a fournie. Elle a débuté à dix-huit ans et, depuis lors, que de fatigues !… Tournées dans le monde entier… directions de théâtres… mise en scène d’immenses spectacles… soucis d’argent… nuits sans sommeil… Il y aurait de quoi tuer plus jeune et plus robuste qu’elle.

Et c’est ainsi que, pendant près de cinquante ans, on s’est constamment attendu à la fin imminente de cette femme qui a vécu soixante-dix-huit ans et demi.

Il était d’ailleurs aussi absurde de croire sa vie prématurément mise en danger par la vieillesse que de l’avoir jugée, jadis, menacée par la maladie. Son endurance et son énergie étaient sans autre exemple, et ce n’est — sa jambe droite ayant été amputée huit ans plus tôt — qu’une cinquième crise d’urémie qui, en 1923, eût raison de cette nature exceptionnelle, d’une résistance physique qui, elle aussi, tenait du miracle.

11Il n’est pas moins vrai qu’en 1904, on chuchota qu’elle ne continuait à jouer que grâce à des soins constants et des piqûres à chaque entracte, son médecin restant en coulisse, tous les soirs, pendant la représentation entière, et que la Sorcière pourrait bien être la dernière pièce dans laquelle on la verrait jamais.

Ces on-dit résultaient-ils d’une indisposition réelle ? Ou bien plutôt, l’administrateur de son théâtre avait-il trouvé ce moyen simpliste et souvent employé par ailleurs, d’attirer, plus dense, la foule de ses adorateurs ? À vrai dire, je ne le pense pas. Sarah Bernhardt, à cette époque, était, et pour longtemps encore, dans tout l’éclat de sa gloire. Son action sur les foules était immense. On n’avait vraiment pas besoin, pour faire des recettes, de recourir à ces petites ruses d’artistes de seconde zone.

Quoi qu’il en soit, mon père fut vivement frappé par ces nouvelles alarmantes. Il avait applaudi Sarah Bernhardt à l’aurore de sa renommée, l’avait vue, avec Mounet-Sully à la Comédie-Française, dans Hernani en 1877, et, depuis lors, n’avait manqué presque aucune de ses créations. Si vraiment, elle devait, d’un jour à l’autre, cesser de vivre ou seulement de jouer, jamais il ne se serait pardonné de ne pas m’avoir fourni, au moins une fois, l’occasion de voir celle que, comme les neuf-dixièmes des Français à l’époque, il considérait comme la plus grande artiste de tous les temps et de tous les pays. Il ne se doutait pas que cette représentation de la Sorcière aurait, par la suite, sur ma carrière et sur ma vie, une influence aussi directe et aussi décisive.

Si en effet j’ai, de tout temps, été attiré par le théâtre, si jamais, aussi loin que remontent mes souvenirs d’enfant, je n’ai envisagé d’exercer une autre profession que celle d’auteur dramatique, si au lycée, n’étant même pas encore dans les grands, j’ai présomptueusement commencé à écrire des tragédies, et si, plein d’impatience, j’ai fait jouer ma première pièce sur un théâtre de Paris, à l’âge de dix-huit ans, c’est certainement mon admiration éperdue pour Sarah Bernhardt, le culte que je lui ai voué du jour où je l’ai vue, le sentiment, qu’elle seule m’a donné, que le théâtre pouvait être beaucoup mieux qu’un art : une mission, et atteindre, dans la Beauté, à des sommets inaccessibles aux profanes, qui ont transformé, en moi, une vocation en une passion exclusive et débordante telle que, pendant trente ans, je n’ai pour ainsi dire, vécu que pour le théâtre.

C’est, d’ailleurs, sans que je l’aie jamais approchée, que Sarah Bernhardt m’a ainsi impérieusement montré ma route. 12Car ce n’est qu’en 1919, — j’avais vingt-six ans, et mon activité professionnelle était déjà très grande — que je lui ai été présenté, et que, pour la première fois, elle m’a adressé la parole. Il est vrai que cette longue patience a été récompensée. De ce jour, et jusqu’à sa mort, c’est-à-dire durant presque ses quatre dernières années, je ne l’ai, pour ainsi dire, plus quittée, étant d’abord très vite devenu l’un des familiers de sa maison et de son théâtre, et puis, au début de 1921, ayant été légalement et religieusement attaché à elle, par les liens de famille les plus directs et les plus étroits.

Mais je n’avais pas attendu ce moment pour en faire, — comme tant d’autres — l’idole de ma vie, l’objet unique de toutes mes adorations.

De 1904 à 1914, je crois bien que j’ai vu jouer Sarah Bernhardt en moyenne douze à quinze fois par an, et plusieurs fois un même rôle. Bien vite, mon assiduité et quelques menus cadeaux m’avaient fait entrer dans les bonnes grâces de la buraliste du théâtre, et même si je n’arrivais qu’à la dernière minute avant le lever du rideau, elle s’arrangeait pour me garder l’un de mes strapontins préférés : à l’orchestre, à gauche ou à droite, dans l’une des entrées latérales situées le plus près de la scène. C’est dans ce coin obscur que j’ai certainement passé les plus belles soirées de théâtre de mon existence.

De cette époque, Phèdre, l’Aiglon et la Dame aux Camélias restent mes plus grands souvenirs de Sarah Bernhardt. Mais je l’ai vue aussi, inoubliable, dans combien d’autres pièces, et notamment : la Samaritaine d’Edmond Rostand, les Bouffons de Miguel Zamacoïs, Lucrèce Borgia et Angelo de Victor Hugo, le Procès de Jeanne d’Arc d’Émile Moreau, la Belle au Bois dormant et la Beffa de Jean Richepin, la Vierge d’Avila de Catulle Mendès, la Femme de Claude de Dumas fils, Fédora et la Tosca de Sardou, Lorenzaccio de Musset et enfin Jeanne Doré de Tristan Bernard, qu’elle créa en décembre 1913, et où elle était aussi puissante, aussi belle, sous l’aspect de cette modeste libraire de province, vêtue d’une simple robe de serge noire, que lorsqu’elle incarnait la reine la plus fastueuse, ou telle mystérieuse héroïne de légende.

En outre, je possédais de gros albums, cinq ou six, uniquement emplis de photographies de Sarah Bernhardt à tous les âges et dans tous ses rôles. Il ne me manquait aucune des centaines de cartes postales qui la représentaient, aucun programme des spectacles auxquels j’avais assisté. Même les murs de ma chambre étaient positivement tapissés de ses portraits. Une minuscule tête 13d’elle était collée à l’intérieur du boîtier de ma montre, et il y en avait une autre, un peu plus grande, dans mon portefeuille.

Ai-je besoin de préciser que cette vénération n’impliquait pas le moindre amour, fut-il respectueux, distant et sans espoir ? D’abord, j’étais un gamin et elle était une grand-mère. Lorsque j’ai eu vingt et un ans, Sarah Bernhardt en avait soixante-dix. Ensuite, et surtout, elle me paraissait un être tellement surnaturel, tellement surhumain, tellement hors la vie que je n’imaginais même pas qu’on put éprouver pour elle un sentiment autre que l’admiration la plus déférente, une dévotion positivement agenouillée.

Ceux qui n’ont pas vécu de son temps ou qui ne l’ont jamais vue jouer vont peut-être hausser légèrement les épaules, et penser que ma tendresse et ma reconnaissance, jointes à ma très grande intimité avec elle, me portent à exagérer quelque peu mon enthousiasme.

J’espère que les pages qui composent ce livre, et où les faits marquants de son existence seront fidèlement relatés, rendront impossible toute éventuelle incrédulité. D’autre part, combien d’auteurs pourrais-je citer, parmi les plus illustres du monde entier, qui s’expriment sur elle en termes encore beaucoup plus frénétiques que ceux que j’emploie. Je me contenterai de rappeler quelques lignes frappantes de Jules Renard.

Si je choisis Jules Renard c’est que précisément il n’était ni un poète ni, à aucun titre, un lyrique. La concision était son idée fixe, la simplicité son seul orgueil. Son style était le plus mesuré, le moins débordant qui soit et, maniant l’épithète avec une discrétion extrême, il admettait volontiers que tout enthousiasme lui était à priori inconnu. Dans le domaine de la louange, deux lignes sèches et nettes de Jules Renard valent deux pages dithyrambiques de Catulle Mendès. Eh bien, parlant de Sarah Bernhardt, voici comment s’exprime Jules Renard, dans son admirable Journal, en 1896 :

Imaginez le plus laid des hommes. Nul ne l’aimera. Il le sait, et se résigne. Mais parfois, il songe : Ah ! Si je pouvais vivre un peu auprès de Sarah, dans un petit coin. Je me croirais le plus aimé des hommes. Je ne demanderais rien aux autres femmes. Les autres, c’est très gentil, très joli. Mais Sarah, c’est le génie.

Dans la foule qui l’attend à la porte de son théâtre, il y a des riches, qui ne valent que parce qu’ils l’admirent, et il y a des misérables, qui se haussent comme des grands de la terre, parce qu’ils vont voir passer Sarah. Et il y a peut-être un criminel, un homme abandonné de tous, et qui s’abandonne lui-même, et qu’on va saisir dès qu’Elle aura passé. Mais il se dit : Ça m’est égal, 14maintenant, de mourir. J’ai vu Sarah avant de mourir. Sarah, c’est le génie !…

Il me paraît difficile d’aller plus loin dans l’hyperbole.

J’ajoute que, pas plus que moi, pas plus que l’immense majorité de ceux, grands ou médiocres, illustres ou ignorés, qui avaient pour elle le même culte, Jules Renard ne faisait entrer le moindre amour dans l’idolâtrie qu’elle lui avait inspirée. Au cours de la même année de son Journal, quelques pages plus loin, on trouve cette phrase charmante et significative :

Sur un signe de Sarah Bernhardt, je la suivrais au bout du monde, avec ma femme.

Au début de 1915, l’opération, redoutée depuis plusieurs années, fut décidément jugée inévitable. Dans une clinique de Bordeaux, sa jambe droite fut amputée un peu au-dessus du genou. Elle accepta cette terrible épreuve avec un courage souriant. Et plus jamais, de ce jour, Sarah Bernhardt n’a fait un pas.

D’innombrables légendes ont été répandues à ce sujet. On a dit que si, durant ses dernières années, Sarah Bernhardt était toujours apparue en scène, immobile, assise ou couchée, c’est qu’elle ne voulait pas boiter en public, sa jambe articulée la contraignant à marcher appuyée sur une canne, et rendant de ce fait chacun de ses mouvements pénibles et disgracieux. On a dit que, chaque matin, malgré son âge, elle ajustait elle-même et, le soir, détachait sans aucune aide sa jambe artificielle, ne permettant à personne de l’assister dans cette besogne.

Tout cela est absurde pour une raison péremptoire : jamais, pendant les huit ans qui se sont écoulés entre son opération et sa mort Sarah Bernhardt n’a porté une jambe artificielle.

Souvent des gens s’étonnent lorsque je leur fournis cette indication.

— Mais alors, comment marchait-elle ?… Avec des béquilles ? questionnent-ils naïvement.

— À cloche-pied ?… ajoutent les irrévérencieux.

Ni l’un ni l’autre. Elle ne marchait pas. Elle ne marchait jamais.

— Mais alors, comment se déplaçait-elle ?…

Elle était portée, toujours et immuablement portée.

Au lendemain de son opération, on avait fabriqué pour elle une sorte de fauteuil pliant, étroit, très peu encombrant, sur les côtés duquel, à la hauteur du siège, étaient fixés deux montants de bois d’environ deux mètres de long et qui se repliaient en même temps que le fauteuil lui-même. C’était, en infiniment plus petit, 15avec un simple dossier, et sans portes ni toit, comme une chaise à porteurs telle qu’on les employait au dix-septième siècle. Elle appelait d’ailleurs ce siège : ma chaise. Son poids total n’excédait pas trois kilogrammes. Deux personnes, l’une devant Sarah Bernhardt, l’autre derrière elle — son valet de chambre, sa dame de compagnie, le régisseur du théâtre, deux machinistes, deux familiers que sais-je ?… combien de fois, moi-même, ai-je été l’un des porteurs !… — se plaçaient entre les montants, les soulevaient, et la transportaient ainsi, assise, d’un endroit à un autre.

Le matin à son réveil ou plutôt lorsqu’elle désirait se lever, la chaise était apportée et dépliée à côté de son lit. S’aidant de ses mains et de son unique jambe, elle s’y asseyait. Et on la portait dans sa salle de bains où elle faisait sa toilette, assise, naturellement. De la même façon, on la portait ensuite de sa salle de bains à son petit salon ou à la salle à manger. Puis lorsqu’elle sortait, de la salle à manger à sa voiture dont la carrosserie avait été spécialement construite, les portes, exceptionnellement larges, permettant d’y faire pénétrer la chaise.

Sarah Bernhardt s’installait alors dans le fond de sa voiture, et son intendant, s’asseyant à côté du chauffeur, gardait devant lui, pendant le trajet, le fauteuil replié. À l’arrivée au théâtre, — ou ailleurs — la chaise était à nouveau placée à l’intérieur de la voiture, et le chauffeur et l’intendant portaient Sarah Bernhardt jusqu’à sa loge, — ou jusque chez les personnes qu’elle allait voir — passant régulièrement entre deux haies de curieux et d’admirateurs massés sur le trottoir.

C’est dans ces extraordinaires conditions que Sarah Bernhardt effectua sa dernière tournée aux États-Unis, au cours de laquelle elle apparut en attraction dans des music-halls, toujours immobile, et uniquement dans de courtes pièces en un acte ou dans une scène de l’un ou de l’autre de ses grands rôles passés, le cinquième acte de la Dame aux Camélias, par exemple, durant lequel elle pouvait rester couchée d’un bout à l’autre, ou l’acte de la prison du Procès de Jeanne d’Arc.

Et cette tournée dura dix-huit mois, de la fin de 1916 au début de 1918. Sa dernière représentation à New-York eût lieu le 14 janvier 1918 au Keith’s Riverside Theatre, dans un acte intitulé Du théâtre au champ d’honneur, où elle incarnait un jeune soldat français, blessé à mort, et expirant dans une tranchée.

Rentrée en France quelques mois avant l’Armistice, et extrêmement fatiguée par ce long voyage, on ne la vit pendant longtemps sur aucun théâtre, dans aucun lieu public. Elle m’a d’ailleurs dit, par la suite, qu’au cours de cette tournée d’Amérique, peu à peu elle avait été prise d’une immense mélancolie, qu’elle 16sentait partagée par le public, de ne plus pouvoir paraître en scène que dans ces médiocres conditions, — durant un quart d’heure, et dans une œuvrette de circonstance, ou dans des fragments d’une grande pièce que jadis elle interprétait toute entière — et qu’à son retour, la mort dans l’âme, elle avait décidé de ne plus jamais jouer à Paris.

Et puis, tout de même, après plus d’un an de silence, elle céda aux pressantes sollicitations d’un grand music-hall, l’Alhambra de la Place de la République, et à l’automne de 1919, accepta de paraître pendant quatorze jours dans l’un des petits actes, — on dirait aujourd’hui des sketches — qu’elle avait interprétés aux États-Unis : Vitrail de René Fauchois.

J’ai beaucoup hésité à assister à ce spectacle. Cinq ans et demi s’étaient écoulés depuis ses dernières représentations au Théâtre Sarah-Bernhardt dans Jeanne Doré. J’avais su son opération et qu’elle ne pouvait plus marcher. N’allais-je pas éprouver une terrible déception à revoir ainsi, diminuée, celle qui, depuis quinze ans, incarnait pour moi l’Art et la Beauté, dans leur plus pure et leur plus complète expression ? Malgré tout, je n’ai pu résister au désir de la voir une fois encore, peut-être la dernière… — comme on l’avait craint déjà à l’époque de la Sorcière — et, le cœur étreint d’une vague angoisse, je suis allé à l’Alhambra.

J’y suis retourné le soir même !…

Évidemment, elle avait changé. À présent, elle n’avait plus l’air jeune. Mais sa voix restait aussi belle, et surtout je retrouvais immuable l’étonnante poésie qui se dégageait d’elle. Son charme souverain était intact, et dès qu’elle prononçait les premières paroles de son rôle, le même habituel frisson d’émerveillement s’emparait, je le voyais bien, des deux-mille spectateurs qui s’écrasaient dans la salle archi-comble de l’Alhambra. Vieillie, mutilée, condamnée à une tragique et implacable immobilité, Sarah Bernhardt restait Sarah Bernhardt, fidèle à sa devise : Quand même !

Une fois de plus, je fus bouleversé et ravi : Enfin après ce long silence, nous allions revoir Sarah Bernhardt ! Mais pensais-je, plus au music-hall entre un prestidigitateur, des danseuses et un singe savant, plus dans ce cadre si choquant et si profondément indigne d’elle. Certainement elle allait reparaître dans de grands rôles, évidemment conçus pour ses moyens actuels, mais dans de vraies pièces, et au Théâtre Sarah-Bernhardt qui, je n’en doutais pas, devait préparer un spectacle pour sa rentrée.

17Je me renseignai. Erreur totale. Son théâtre dont, depuis son opération, elle avait laissé la gestion complète à son fils et à son administrateur, Victor Ullmann, ne prévoyait plus de représentations de Sarah Bernhardt. D’ailleurs, me dit-on, comment sa rentrée pourrait-elle être envisagée alors qu’elle ne peut plus jouer aucune des œuvres de son répertoire ?

Je restai confondu. Comment ? Sarah Bernhardt était toujours en possession de presque tous ses moyens. Sans la moindre fatigue, elle jouait actuellement à l’Alhambra, deux fois par jour. Elle ne marchait plus, soit, mais sa mémoire semblait impeccable et, en tout cas, son génie, son immense personnalité et son nom magique étaient, à peu de chose près, aussi puissants qu’aux plus beaux jours. Et aucun écrivain, aucun des auteurs qu’elle avait fait triompher jadis et qui, aujourd’hui la voyant constamment, savaient bien qu’elle était toujours capable de jouer, n’avait songé à lui en offrir la possibilité ?… Rostand et Sardou étaient morts, c’est vrai. Mais combien d’autres auraient pu, auraient dû avoir cette idée qui véritablement s’imposait dès qu’on l’avait seulement regardée en scène pendant cinq minutes.

Bientôt, cessant de m’indigner, je me mis à réfléchir… Et, deux jours plus tard, je demandai un rendez-vous à son fils, Maurice Bernhardt.

Je le connaissais un peu, comme je connaissais maintenant à peu près tout le monde au théâtre. D’autre part, j’avais déjà, à ce moment, fait jouer à Paris une dizaine de pièces, dont deux ou trois, la Charrette anglaise, Monsieur Beverley, le Traité d’Auteuil, avaient tenu longtemps l’affiche. J’avais le sentiment que je pouvais sans ridicule formuler la proposition qui m’amenait dans son bureau.

Maurice Bernhardt avait alors près de cinquante-cinq ans. Grand, mince, les traits fins, il avait certainement été l’un des hommes les plus beaux de sa génération. Mais une névrite agitante qui s’était déclarée vers 1914 et qui insensiblement augmentait depuis lors, l’avait prématurément vieilli. D’abord le petit doigt de la main droite, seul, avait été atteint. Bientôt, ce tremblement perpétuel gagnait tous les doigts, puis la main et maintenant l’avant-bras. Et la nuit comme le jour désormais, il devait ignorer l’immobilité. En 1919 déjà, pour écrire il était obligé de tenir sa main droite avec sa main gauche.

C’est avec stupéfaction qu’il m’écouta et me répondit :

— Écrire une pièce pour ma mère ? Mais vous ne savez donc pas qu’elle ne peut plus marcher ?

— Eh bien, son personnage ne marchera pas.

— … Qu’elle a soixante-quinze ans ?

18 — Je l’ai vue à l’Alhambra, il y a trois jours. Elle est prodigieuse. D’ailleurs, il y a longtemps que Sarah Bernhardt n’a pas d’âge.

— Et puis, elle a pu apprendre un acte d’un quart d’heure et le jouer pendant quelques jours. Jamais elle ne pourra apprendre trois ou quatre actes et les jouer pendant des mois.

— D’abord il n’est pas question de trois ou quatre actes. Je crois que, même joué par elle, un personnage strictement immobile ne serait pas supportable durant toute la soirée. Le rôle dont j’ai l’idée pour elle ne paraît qu’aux deux derniers actes d’une pièce en quatre actes, c’est-à-dire qu’elle ne sera en scène que pendant une heure un quart au plus.

— Et vous croyez que vous parviendrez à… ?

— Laissez-moi, au moins, essayer.

C’est sans aucune conviction, je l’avoue, et en me prenant certainement pour un rêveur ou un dément, que Maurice Bernhardt me répondit : Soit. Sur quoi, je me mis aussitôt au travail.

S’il s’était montré plus encourageant, plus séduit par mon idée, je l’aurais prié de demander à sa mère un rendez-vous pour moi, et, de façon à m’épargner un long travail, peut-être inutile si la pièce devait lui déplaire, j’en aurais, avant de l’écrire, raconté le scénario à Sarah Bernhardt. Mais je savais l’amour passionné qu’elle avait pour son fils et par conséquent l’influence qu’il avait certainement sur elle. Son attitude me prouvait qu’il lui parlerait de mon projet sans enthousiasme. Dès lors, ma seule chance était de lui apporter une pièce terminée qui la séduise au point qu’elle voulut la jouer le plus tôt possible.

Quelques semaines plus tard, cette pièce était écrite sur le plan dont j’avais indiqué à Maurice Bernhardt les grandes lignes.

Elle s’intitulait Daniel, du nom du personnage conçu pour Sarah Bernhardt. Durant les deux premiers actes, on parlait constamment de lui sans qu’on le voie jamais comme l’Arlésienne. Au lever du rideau du troisième acte, enfin il apparaissait, cloué par la maladie dans un grand fauteuil et jouait tout l’acte, qui était très long, sans naturellement sortir de scène. Au quatrième et dernier acte, très court, Daniel couché mourait.

C’est vers la fin de novembre 1919 que j’ai lu la pièce à Sarah Bernhardt. Je n’oublierai jamais cette première entrevue avec elle.

Pendant que je travaillais, je n’avais pas revu Maurice Bernhardt, mais plusieurs fois j’avais rencontré Victor Ullmann, 19son associé. Homme d’affaires avisé, il sentait bien que si son rôle était habilement construit, la rentrée de la patronne réaliserait certainement de grosses recettes. Et non seulement il m’avait, lui, vivement encouragé mais, à différentes reprises, il avait parlé avec ravissement à Sarah Bernhardt de moi et de ma pièce, dont il ne connaissait pas un mot.

C’est donc, à priori, très bien disposée, qu’elle me reçut au début d’une après-midi, vers deux heures et demie, dans son hôtel du boulevard Pereire, au premier étage, dans la pièce où elle se tenait presque toujours et qui précédait sa chambre à coucher.

C’était un petit salon-boudoir-salle de bains, avec une haute cheminée où pétillait, huit ou neuf mois par an, un grand feu de bois. Elle était seule avec sa dame de compagnie, Jeanne de Gournay, qu’elle fit d’ailleurs sortir aussitôt. À ma demande en effet, Ullmann avait conseillé à Maurice Bernhardt de ne pas intervenir, et après que j’aurais lu mes quatre actes à sa mère, sans aucun autre auditeur, de la prier de prendre toute seule la décision qu’elle voudrait. Si la pièce lui plaisait et si elle se sentait de force à la jouer, elle en était, après tout, meilleur juge que quiconque.

Vêtue d’une longue robe de satin blanc Sarah Bernhardt était assise dans un grand fauteuil au coin du feu. Elle m’accueillit avec un charmant sourire, et me tendit sa main blanche si spirituelle, si expressive, aux ongles très bombés et aux mouvements d’une grâce toujours incomparable.

Je me sentais extrêmement ému. Enfin, après quinze ans d’admiration muette et lointaine, j’étais reçu par Sarah Bernhardt chez elle !… Elle me parlait, j’étais assis à un mètre d’elle et, en guise de premier entretien, j’allais lui lire une pièce écrite à son intention ! Il y avait de quoi se sentir envahi par le trac. De fait, je l’ai rarement eu comme ce jour-là.

Non pas de l’effet que ma lecture produirait sur elle. Je ne sais pas pourquoi, j’avais l’intuition que Daniel ne lui déplairait pas. Ce qui positivement me bouleversait, c’était d’approcher cette femme légendaire, fabuleuse, dont l’Europe et l’Amérique s’entretenaient depuis quarante ans, dont tous les journaux, dans toutes les langues, commentaient les moindres gestes, de causer familièrement avec la prodigieuse artiste qui depuis mon enfance m’avait procuré les joies les plus inouïes, c’était, en un mot, de me trouver tout à coup en présence de l’être dont, sans discussion possible, la personnalité était à l’époque la plus considérable du monde entier.

Et d’ailleurs, mon cas n’était pas exceptionnel. Par la suite lorsque j’ai constamment vécu auprès de Sarah Bernhardt, j’ai eu l’occasion de lui présenter ou de lui voir présenter un nombre 20incalculable de gens. Parmi eux il y avait des personnages illustres, âgés, d’importants hommes politiques ou de fameux artistes de tous les pays. Jamais, je le jure, pendant plus de trois ans, je n’ai vu une seule personne, homme ou femme, jeune ou vieille, obscure ou célèbre, parler pour la première fois à Sarah Bernhardt, et ne pas être, aussitôt, la proie d’une émotion insurmontable, et généralement mal dissimulée.

C’est le seul être, que j’aie rencontré, qui produisait immuablement, sur tous ceux qui ne la connaissaient pas encore, cette extraordinaire impression. Depuis trente ans, je crois avoir été en relations avec les plus grandes figures de l’Europe. J’ai connu, plus ou moins, mais personnellement, Mounet-Sully, Anatole France, Bartet, Rodin, Saint-Saëns, Massenet, de Porto-Riche, Réjane, Coquelin, Rostand, d’Annunzio, Poincaré, Clemenceau, Briand, Foch, qui sais-je ?… Aucun d’eux n’en imposait autant, n’avait sur ses interlocuteurs l’étonnante emprise qu’exerçait Sarah Bernhardt.

Elle ne l’ignorait pas, et souvent par jeu utilisait ce don exceptionnel pour embarrasser à l’extrême quémandeurs ou importuns. Par contre, elle savait aussi bien, lorsqu’elle le voulait, mettre à son aise le plus tremblant des visiteurs.

C’est ce qu’avec une infinie bonne grâce, elle fit ce jour-là avec moi. Au bout d’un quart d’heure, ayant presque reconquis mon assurance, je pouvais, sans que ma voix s’étranglât dans ma gorge, commencer à lire. Elle m’écouta presque immobile, les yeux fixés sur les miens. Après le premier, puis le second acte, elle me dit : Vous ne voulez vraiment que de l’eau pure ? Pas de citronnade ? Ou bien : Soyez gentil, mettez une bûche dans le feu.

Rien autre. Pas la moindre approbation, même vague ou distraite. Je commençais à perdre ma belle confiance. Néanmoins j’attaquai résolument le troisième acte, son acte, le meilleur pensais-je, celui en tout cas pour lequel la pièce était faite. Et quand j’arrivai à la grande scène, je m’aperçus avec une joie folle que Sarah Bernhardt pleurait.

Durant les quelques pages du quatrième acte, son émotion resta la même. Et lorsque pour la dernière fois je prononçai Rideau et refermai mon manuscrit, elle me tendit la main, sans rien dire. D’un bond j’étais à genoux devant elle. Elle m’embrassa doucement sur le front et avec simplicité murmura : Merci.

Cette gratitude ne s’adressait évidemment ni à la pièce ni au rôle. Aurait-elle pu s’émouvoir de si peu de chose, elle qui avait créé les plus purs chefs-d’œuvre, interprété Shakespeare, Racine, Victor Hugo et Rostand ? Ce qui la touchait, c’étaient les 21possibilités que je lui offrais, le moyen, qui se révélait soudain à elle, de continuer à jouer, malgré son infirmité, et aussi longtemps qu’elle en aurait la force. J’ai dit qu’elle ne voulait plus paraître au music-hall ni reprendre ces petits actes, spectacles si décevants, qui la présentaient plutôt qu’ils ne lui permettaient d’incarner véritablement un personnage. Mais alors, c’était l’inaction, la retraite et, ce qui était plus grave, la gêne.

Car Sarah Bernhardt était pauvre. Au cours de sa longue carrière, elle avait gagné des fortunes. Aucun artiste lyrique ou dramatique n’avait touché des cachets égaux aux siens. Mais elle n’en avait rien conservé. Toujours elle avait mené un train de reine, jetant aux vents des sommes inimaginables. Et, au moment où je lui apportai Daniel, j’ai su plus tard qu’elle était dans les plus grands ennuis. Prêteurs sur gages, usuriers, traites renouvelées ou protestées, cette femme admirable connaissait tout cela. Beaucoup de pays d’Europe se faisaient un devoir et un honneur de subvenir aux besoins de leurs gloires nationales. La France n’avait pas eu cette idée.

Voilà exactement pourquoi du premier jour Sarah Bernhardt m’a voué cette affection qui s’est manifestée de tant de manières et ne s’est jamais démentie. Alors qu’elle croyait ne plus pouvoir gagner sa vie, je lui ai apporté de quoi faire des recettes jusqu’à la fin de ses jours. Non pas seulement avec Daniel, mais avec tous les autres rôles auxquels celui-ci ouvrait la route. Le procédé et, si j’ose dire, le dosage du personnage immobile ayant été indiqués, d’autres pièces de cet ordre lui seraient immanquablement soumises et, contre les prévisions de tout son entourage, lui permettraient de faire une seconde carrière.

À son théâtre en effet, on était tellement persuadé qu’elle ne rejouerait jamais, qu’un programme des plus chargés avait été établi pour toute la saison en cours. Pièces reçues, vedettes engagées… Pour passer, tous, avant l’été de 1920, trois ou quatre spectacles attendaient leur tour. Si bien que, lorsque Sarah Bernhardt déclara à son fils et à Ullmann qu’elle jouerait Daniel, ceux-ci, malgré leur désir évident d’afficher au plus tôt sa rentrée, durent me prévenir que la pièce ne pourrait être montée qu’au mois d’octobre suivant.

Dix mois à attendre ! Je fus affreusement déçu. Mais Sarah Bernhardt ne l’était pas le moins du monde.

— Ce sera si vite passé, me dit-elle. Vous viendrez me voir souvent… vous me ferez répéter mon rôle… Nous aurons le 22temps de réunir une distribution parfaite, de faire exécuter de magnifiques décors…

À soixante-quinze ans, c’est avec la plus belle tranquillité qu’elle remettait une création à l’année suivante et que, d’une manière générale, elle formait maints projets dont souvent l’échéance était encore beaucoup plus lointaine.

Toutefois, à présent qu’elle avait en sa possession une pièce prête et qui n’attendait, pour être montée, qu’une vacance, tout à fait distincte de ses possibilités personnelles, son inaction soudain lui devint plus pesante que par le passé. Son théâtre n’étant pas disponible, évidemment elle aurait pu sur-le-champ jouer Daniel sur n’importe quelle autre scène qui eût été trop heureuse de l’accueillir. Mais elle se refusait à apporter l’éclat de son nom à une autre direction, à faire concurrence au Théâtre Sarah-Bernhardt et surtout à son fils. D’ailleurs Paris aurait mal compris que l’événement que promettait d’être sa rentrée, — après la Guerre, son opération et son éloignement prolongé de la scène — n’eût pas lieu sur le théâtre auquel en 1899 elle avait donné son nom et conféré une vogue qui, depuis vingt ans, en faisaient l’une des scènes les plus cotées de la capitale.

Alors, son impatience grandissant, elle se demanda si, dans le répertoire classique, il ne lui serait pas possible de découvrir un personnage que, comme Daniel, elle pourrait jouer en place, ou qui, tout au moins, pourrait entrer et sortir de scène porté sur une litière ou un palanquin.

Elle passa en revue toutes les tragédies françaises du dix-septième siècle, voire celles de Voltaire, les œuvres de Shakespeare, feuilleta même Sophocle, Euripide et Eschyle. De fait, grâce à quelques légères coupures et respectueuses modifications, plusieurs rôles pouvaient s’accommoder d’une interprétation immobile. Et tout d’abord elle pensa à jouer Agrippine de Britannicus. Mais le rôle est très long, il est réparti sur quatre actes de la pièce et, par conséquent, comporte de fréquentes entrées et sorties. Là, surtout était l’écueil. Le fait d’être portée en scène, admissible en soi pour la mère de Néron, eût été pour le spectateur, tolérable une fois ou deux, pas davantage. Dès la troisième fois, ce lourd apparat pouvait amener des sourires. Et toute sa vie Sarah Bernhardt eut, poussé à l’extrême, le sens du plus infime ridicule. Alors à contre-cœur elle porta son choix sur Athalie.

Autant, en effet, elle admirait profondément toute l’œuvre de Racine, jusque, et surtout y compris Phèdre, autant ses deux dernières tragédies, écrites après un long sommeil, et seulement destinées aux pupilles de Madame de Maintenon, lui semblaient inférieures. Une quinzaine d’années plus tôt, pour quelques jeudis 23classiques, elle s’était amusée à monter Esther, en reconstituant exactement une représentation à l’École de Saint-Cyr, tous les rôles de la pièce étant tenus par des femmes, et Sarah Bernhardt, elle-même, jouait Assuérus. Mais cela avait été pour elle beaucoup plus un délassement, un jeu qu’une véritable reprise faite avec amour et conviction. Athalie surtout lui avait toujours semblé une pièce mortellement ennuyeuse. Mais, avantage essentiel, le personnage n’apparaît que deux fois : au deuxième et au cinquième actes. Et, pour se rendre au temple et en sortir il est très acceptable que la reine soit portée par ses gardes sur une sorte de trône.

Un jour de février 1920, je reçus un coup de téléphone de sa dame de compagnie me priant de passer voir Sarah Bernhardt. Je n’ai pas indiqué, car cela va de soi, que, depuis la lecture de Daniel, j’avais eu l’occasion de la revoir à différentes reprises et de plus en plus fréquemment. Maintenant il ne se passait guère de semaine sans qu’elle me fit l’honneur de me recevoir, au moins une fois ou deux au thé ou le soir après le dîner, ou même au déjeuner qui chaque jour réunissait une dizaine de convives autour d’elle. Et toujours elle m’accueillait avec une sympathie et une bonne grâce extrêmes.

Ce jour-là, alors que personne encore ne connaissait son projet, elle me dit :

— Figurez-vous que j’ai envie de jouer Athalie.

Puis, éclatant aussitôt de son petit rire nerveux et argentin, elle se reprit :

— Non. Disons la vérité. Figurez-vous que j’ai envie de jouer. Et je ne trouve aucun autre rôle qu’Athalie. Avant de me décider j’ai voulu savoir ce que vous en pensiez.

Je me récriai surpris : Sarah Bernhardt n’avait vraiment besoin des conseils de personne et surtout pas des miens pour…

Souriant de ma méprise, elle m’interrompit :

— Ce n’est pas de cela qu’il est question. Je vous avais promis de faire ma rentrée dans votre pièce. Daniel ne peut passer qu’en octobre. Soit. J’attendrai comme vous et je ne jouerai nulle part aucun autre ouvrage d’une façon régulière c’est-à-dire en série, en soirée, avec une répétition-générale, et en convoquant la presse. Ceci reste convenu. Je n’envisage Athalie que pour huit ou dix représentations isolées, non consécutives, à raison de deux matinées par semaine, le jeudi et le samedi. Mais ce sera tout de même une pièce que je jouerai avant la vôtre. Si cela vous contrarie, dites-le moi franchement. Je remettrai ce projet et ne donnerai Athalie que la saison prochaine après que j’aurai créé Daniel. Décidez.

Pour toute réponse, évidemment je la remerciai de me permettre, ainsi qu’à tout Paris, de la voir dès que possible dans un rôle qu’elle n’avait encore jamais joué.

24Et, dans les conditions indiquées, c’est-à-dire seulement en matinées classiques, cependant qu’en soirée son théâtre continuait à épuiser son programme, Sarah Bernhardt joua Athalie au début d’avril 1920. Elle y fût absolument extraordinaire en ce sens que positivement elle créa le personnage, en donnant une réalisation non pas seulement différente mais exactement inverse de celle qu’en avaient fournie depuis deux-cents ans toutes les plus illustres interprètes du rôle.

On a toujours montré Athalie sous l’aspect d’une reine solennelle, dure, presque brutale, parlant haut et semant la terreur autour d’elle. Je me rappelle Sarah Bernhardt m’expliquant lumineusement pourquoi cela est absurde :

— Comment ? Voilà une femme qui insidieusement vient voir ce qui se passe au temple c’est-à-dire dans le camp de ses ennemis. Elle ne va pas gronder, tempêter et, de ce fait, mettre chacun sur ses gardes. Si elle est douée de la moindre intelligence, elle s’efforcera d’abord de rassurer ceux qui l’observent et, par une douceur simulée mais extrême, de leur inspirer confiance. Ceci me paraît surtout important, ajoutait-elle, dans la scène fameuse avec le petit Joas. J’ai vu à la Comédie-Française plusieurs artistes réputées, et notamment Madame Segond-Weber, attaquer l’interrogatoire d’une voix caverneuse, les sourcils froncés, et la menace aux lèvres. Devant une pareille attitude, il est évident que l’enfant prendra peur, éclatera en sanglots et s’enfuira à toutes jambes, en refusant de répondre à cette virago, qui — et ce sera bien fait pour elle — ne saura rien de ce qu’elle voulait savoir.

Quelle subtilité, quelle puissance et quelle vérité, au contraire, dans l’interprétation de Sarah Bernhardt, lorsque, blonde et souriante, elle faisait approcher d’elle le petit garçon, lui caressait les cheveux, l’embrassait sur le front et, de sa voix la plus douce, aux intonations mélodieuses et persuasives, le questionnait :

— Comment vous nommez-vous ?… Votre père ?… Vous êtes sans parents ?…

Je l’entends encore, bouleversante, et je l’entendrai toujours.

Au début de l’été de 1920, Sarah Bernhardt partit pour Belle-Isle où depuis des années elle passait ses vacances. Aimablement elle m’avait offert d’y venir la voir pendant quelques jours. Mais en juillet et août, je faisais dans toute la France une tournée de casinos avec Gaby Morlay, jouant ma plus récente comédie, Mademoiselle ma mère, que nous venions de créer à Paris en février. Je dus refuser l’invitation de Sarah Bernhardt, mais avec quels regrets !

25Pour lui permettre de se reposer à Belle-Isle jusqu’à fin septembre, nous avions avec son fils et Ullmann définitivement fixé la première de Daniel au début de novembre. Les répétitions commencèrent donc vers le premier octobre.

Ce que furent ces répétitions ; comment fut montée la pièce ; pourquoi j’avais écrit pour Sarah Bernhardt un rôle d’homme ; qui étaient autour d’elle mes autres interprètes ; comment fut accueillie la première représentation de Daniel, le 9 novembre 1920 ; les ovations sans fin qui saluèrent le retour à la scène de Sarah Bernhardt ; la carrière de la pièce d’abord à Paris puis partout ailleurs où elle la joua pendant deux ans… tout cela, je ne saurais le relater hâtivement ici dans ce chapitre d’Introduction qui n’a pour but que de fournir, si j’ose dire, mes références, j’entends : d’établir clairement pour le lecteur comment j’ai connu Sarah Bernhardt beaucoup mieux qu’aucun autre écrivain vivant. D’autres, en effet, ont pu la connaître pendant plus longtemps. Nul n’a été avec elle, durant ses dernières années, en relations aussi constantes, aussi étroites que moi.

Sarah Bernhardt dans Daniel (1920).
Sarah Bernhardt dans Daniel (1920).

Je reviendrai donc en détails sur Daniel, au dernier chapitre de ce livre, lorsqu’après le récit, tenu d’elle-même, de ses jeunes années et de toute sa carrière, je retracerai la période de sa vie dont j’ai été personnellement et quotidiennement le témoin.

C’est depuis son retour de Belle-Isle, et grâce à ma pièce, que mon intimité avec Sarah Bernhardt était devenue de plus en plus grande. Durant tout le mois d’octobre, presque chaque jour, j’arrivais chez elle le matin vers onze heures, je lui faisais répéter son rôle, elle me gardait à déjeuner, et elle m’emmenait dans sa voiture au théâtre où les répétitions avaient lieu de une heure et demie à cinq heures et demie.

À partir de novembre, lorsque la pièce fut en cours de représentations, Sarah Bernhardt était dans sa loge chaque jour vers six heures, se reposait d’abord une demi-heure sur son divan, puis dînait légèrement et se maquillait ensuite. Un soir sur deux au moins, j’arrivais au théâtre un peu avant elle et ne la quittais guère qu’une fois le spectacle terminé.

Le dimanche, entre les deux représentations, elle me gardait, dans sa loge, pour le dîner qui réunissait généralement autour d’elle sa famille et quelques intimes, c’est-à-dire Maurice Bernhardt, sa femme et ses deux filles, Ullmann, parfois un interprète de la pièce, Arquillière ou Marcelle Géniat, par exemple, et, presque chaque semaine, Louise Abbéma, la plus ancienne, la plus fidèle amie de Sarah Bernhardt et l’un de ses deux peintres attitrés. L’autre, Georges Clairin, était mort en septembre 1919.

26Au début de janvier, je partis pour Londres où Daniel, traduit en anglais par Mrs. Sybil Harris, était monté par Gilbert Miller au Saint James Theatre. La distribution comprenait Lyn Harding, Alexandra Carlisle, Aubrey Smith et Claude Rains dans le rôle de Sarah Bernhardt. J’avais tenu à assister aux dernières répétitions et à la première qui eût lieu le 15 janvier 1921. Deux jours après, je rentrais à Paris.

Parvenu à ce point de mon récit, je ne puis que m’interrompre pour citer sans commentaires un entrefilet qui, avec quelques variantes, parut simultanément dans tous les journaux de Paris du 10 mars 1921 :

Hier, à midi, en l’église Saint-François-de-Sales, a eu lieu le mariage de M. Louis Collin du Bocage, dit Louis Verneuil, auteur dramatique, avec Mlle Lysiane Bernhardt.

La jeune mariée est la seconde fille de M. Maurice Bernhardt, et la petite-fille de Mme Sarah Bernhardt.

Les témoins étaient MM. Henri Lavedan et Arthur Meyer, pour Mlle Bernhardt, M M. Robert de Fiers et Georges Berr, pour M. Verneuil.

Toutes les notabilités du théâtre, des lettres et de la presse ont défilé à la sacristie, pour offrir leurs respectueuses félicitations à la grande artiste qui, il y a onze ans à la même église, assistait au mariage de l’aînée de ses petites-filles, Mlle Simone Bernhardt qui est aujourd’hui Mme Edgar Gross.

Mariage de Louis Verneuil et Lysiane Bernhardt (10 mars 1921).
Mariage de Louis Verneuil et Lysiane Bernhardt (10 mars 1921).

À partir de ce jour, ma vie s’est, pour ainsi dire, confondue avec celle de Sarah Bernhardt. Je n’habitais pas chez elle, à Paris du moins, mais jusqu’à sa mort je n’ai plus passé un jour sans la voir, l’accompagnant chaque fois qu’elle partait en voyage, et notamment dans les cinq ou six tournées qu’elle fit encore malgré son âge durant ces deux ans.

Ce fut d’abord Londres où, le 4 avril 1921, elle joua Daniel avec toute sa compagnie de Paris. Trois mois après qu’elle avait été représentée en anglais au Saint James, la pièce était produite en français au Princes. Puis, c’était l’Espagne où, en mai, Sarah Bernhardt alla jouer Daniel, à Madrid et à Barcelone. Puis ce fut le repos annuel à Belle-Isle, où je passai l’été de 1921, du 15 juillet au 15 septembre.

27La propriété de Sarah Bernhardt à Belle-Isle avait, elle aussi, son histoire. Trente-cinq ans plus tôt, cherchant un coin isolé ou elle pourrait passer tranquillement ses vacances, elle avait, à une heure de bateau de la côte française, — on s’embarquait à Quiberon — découvert avec ravissement cette île presque sauvage où ne poussaient guère que des ajoncs et des tamaris et où, perdus dans la lande déserte, il n’y avait que deux villages de quelques centaines d’habitants chacun : Sauzon et Le Palais.

Pour deux-mille francs Sarah Bernhardt y avait acheté à l’Autorité militaire un ancien fort garde-côtes désaffecté, situé à la pointe extrême-ouest de l’île, à quelques mètres du rivage, et l’avait aménagé en maison de campagne. Elle vivait alors seule avec la dame de compagnie de ses premières années de théâtre, Madame Guérard, et avec son fils à ce moment encore un tout jeune homme. Un grand salon-salle à manger, trois chambres et une cuisine étaient dès lors parfaitement suffisants. Et tout autour du fort, la lande qui s’étendait à perte de vue, constituait un parc, inculte mais immense.

Et puis, deux ans plus tard, Maurice s’était marié. Alors, à cinquante mètres du fort, Sarah Bernhardt avait fait construire une petite villa de quatre pièces pour qu’il s’y installât avec sa femme et qu’ils s’y sentissent tous deux indépendants et tranquilles.

Et puis, Maurice avait eu une fille, et puis une autre qui eurent une nourrice d’abord, puis une institutrice. Alors, formant un triangle avec le fort et la villa, Sarah Bernhardt avait fait construire une autre villa qui fut affectée aux enfants, à leur gouvernante et aux domestiques, dont normalement le nombre avait augmenté en proportion de celui des maîtres.

Et puis, ses deux meilleurs amis, Georges Clairin d’une part, et Louise Abbéma, de l’autre, devenus peu à peu de plus en plus intimes avec Sarah Bernhardt, faisaient, maintenant, presque partie de sa famille. Ils ne passaient plus, comme avant, à Belle-Isle chaque été quelques jours seulement, mais deux ou trois mois. Il fallait les installer convenablement. Alors elle fit construire pour eux une troisième villa qui, au premier étage, comprenait un immense atelier.

Sarah Bernhardt et Georges Clairin, vers 1890.

Et du même coup, songeant que bien d’autres amis aussi venaient en nombre croissant passer régulièrement chez elle une partie de leurs vacances, et qu’on ne savait jamais où et comment les loger, elle fit construire une quatrième villa qui celle-là, comptait six chambres. Cette fois, on en aurait fini avec les entrepreneurs ! C’est ainsi que, vers 1905, la propriété de Sarah Bernhardt à Belle-Isle se composait de cinq bâtiments, — le fort et ses annexes successives — groupés à quelques mètres les uns des autres en une 28sorte de cercle irrégulier. Aux environs, sur toute la pointe de l’île, aucun gêneur, pas la moindre cahute. Il n’y avait rien, que ce village en miniature. Ajoutons que la construction, puis la décoration et l’ameublement des cinq édifices lui avaient coûté un peu plus d’un million. Mais ceci était secondaire. Jamais l’argent n’avait compté pour elle. L’important était qu’elle se sentait ravie de son installation, patiemment combinée et enfin parachevée suivant son goût et pour les commodités de chacun.

Et voilà que l’été suivant, en arrivant à Belle-Isle, Sarah Bernhardt vit avec horreur qu’à 500 mètres environ de chez elle, sur une petite colline, on avait, durant l’hiver précédent, construit une grande bâtisse, déjà presque achevée, d’une cinquantaine de mètres de long, sur douze ou quinze de large !…

Belle-Isle, que chacun en France savait maintenant être la retraite estivale de Sarah Bernhardt était, de ce fait, devenu un but d’excursion de plus en plus fréquenté. Et un hôtelier breton avait eu l’idée d’ouvrir là, à proximité du célèbre fort, un hôtel de voyageurs d’une vingtaine de chambres. Épouvantée, Sarah Bernhardt entra sur-le-champ en pourparlers avec lui et, séance tenante, lui acheta son hôtel. Naturellement, il profita de la situation, pour exiger une somme astronomique et sans proportion avec la valeur de sa bâtisse. Au fait, ne l’avait-il pas élevée uniquement pour la revendre à Sarah Bernhardt dont il avait prévu l’immédiate réaction ? Peu importe. Pour s’en débarrasser, elle paya. Et pour que pareil fait ne se reproduisit jamais, elle acheta aussi, — ce qu’elle aurait dû faire depuis longtemps — tout le terrain environnant, sur une immense superficie, des hectares et des hectares, aussi loin que la vue pouvait s’étendre.

Ceci fait, sa première idée fût de démolir cet affreux hôtel. Puis elle se ravisa. Il était encore en construction. Elle l’achèverait à son idée, et, abandonnant le fort et les quatre villas, qui avaient tout de même l’inconvénient, notable les jours de pluie, d’être assez éloignés les uns des autres, elle habiterait elle-même avec toute sa famille et ses amis désormais réunis sous un seul et même toit, l’ex-hôtel devenu château et qui, du nom d’un petit port voisin, serait baptisé le Manoir de Penhoët.

Le manoir de Penhoët de Sarah Bernhardt, à Belle-Île-en-Mer.
Le Manoir de Penhoët, à Belle-Île-en-Mer.

Ce programme se réalisa l’été suivant. Tout le monde s’installa définitivement au château, cependant que, démeublés et déserts, les anciennes résidences et l’atelier de Clairin n’étaient plus qu’un but de promenade ou un abri en cas d’orage.

Et c’est ainsi qu’ayant sagement payé deux-mille francs la première maison où elle s’était jadis installée dans la région, Sarah Bernhardt, après avoir achevé et meublé le château, aménagé le parc et fait creuser dans le roc des escaliers de ciment qui descendaient 29jusqu’à la mer, engloutit à Belle-Isle un peu plus de quatre millions.

C’est donc au Manoir de Penhoët, la seule construction habitée depuis, alors, dix ou douze ans, que je passai l’été de 1921. Ma chambre, tendue de toile de Jouy verte, était au rez-de-chaussée, avec deux fenêtres sur la mer, et elle était séparée du grand hall par un étroit vestibule, d’où un petit escalier de pierre de quelques marches descendait directement dans le parc.

Comme de coutume, les hôtes étaient nombreux. D’abord, il y avait naturellement la famille : Maurice Bernhardt, et sa seconde femme Marcelle, Simone Gross et ses deux enfants, alors âgés, je crois, de huit et dix ans, Jeanne de Gournay, la fidèle dame de compagnie des dernières années de Sarah Bernhardt et le Docteur Marot, son médecin particulier, qui, à Paris, venait la voir chaque matin et, lorsqu’elle quittait Paris, partait toujours avec elle.

C’étaient aussi Louise Abbéma, Denise Hellmann, une amie de Lysiane, Jacqueline Bernhardt, une petite cousine éloignée et Maurice Perronnet, le filleul de Sarah Bernhardt et le secrétaire de son théâtre. Reynaldo Hahn vint passer quelques jours, l’écrivain Marcel Boulenger aussi. Et puis Victor Ullmann et sa fille, l’actrice Alice Dufrêne et puis une autre jeune comédienne, vaguement de la famille, nommée Violaine, que sais-je encore ?… Jamais nous n’étions à table moins de douze ou quinze.

Le matin, après le petit déjeuner pris en commun dans la salle à manger, tout le monde, vers neuf heures, montait jusqu’à la chambre de Sarah Bernhardt lui dire bonjour. Elle nous accueillait encore couchée, toujours bienveillante et joyeuse. Recevoir chez elle ceux qu’elle aimait, fût toujours son plus grand plaisir. Et puis, au bout d’un quart d’heure, tous, un à un, se retiraient et, jusqu’au déjeuner, se dispersaient au gré de leurs occupations préférées : tennis, pêche, chasse, excursions, canotage… C’était normal. Tous venaient à Belle-Isle depuis des années. Passer un mois ou deux chez Sarah Bernhardt était pour eux une habitude. Ils ne se rendaient plus compte de leur chance exceptionnelle. Moi c’était le premier été où j’étais reçu chez elle. Je n’étais pas encore blasé, — et je ne le fus jamais.

Alors, dès que tous ses hôtes avaient quitté sa chambre, je lui disais :

— Je ne vous dérange pas, Great ?…

(Personne ne l’a jamais appelée Grand-mère. Elle n’aimait pas ce mot-là. Ses petites-filles, sa belle-fille, ses arrière-petits-enfants, bref, toute sa famille, sauf bien entendu son fils qui disait Maman, l’a toujours appelée Great.)

Elle souriait : Mais non, tu le sais bien.

30Alors je m’installais au pied de son lit et, cinq fois par semaine au moins, je passais toute la matinée auprès d’elle. Elle ne me renvoyait guère que les jours de courrier, c’est-à-dire ceux où, en deux heures, elle dictait environ cinquante lettres à la malheureuse Jeanne de Gournay qui, ignorant la sténo, s’essoufflait en vain à écrire aussi vite que Sarah Bernhardt parlait. Alors, agacée, souvent elle me faisait rappeler et c’est moi qui lui servais de secrétaire. Les autres matins se passaient pour moi à l’écouter, et, par mille questions dont le nombre et la variété l’amusaient, à lui faire raconter sa carrière, ses premiers succès, ses créations, ses tournées, les célébrités du siècle précédent qu’elle avait fréquentées, et les innombrables aventures qu’elle avait vécues, au cours de sa prodigieuse existence qui professionnellement avait commencé soixante et un ans plus tôt. En effet, née en octobre 1844, Sarah Bernhardt était entrée au Conservatoire en octobre 1860, à seize ans.

Ces merveilleuses matinées — que je retrouvai encore une fois, l’été suivant — restent parmi les heures les plus riches de ma vie. Tout à coup, elle regardait sa petite pendule de chevet, et s’écriait :

— Midi et demie !… Jamais je ne serai prête pour le déjeuner. Veux-tu te sauver bien rite !…

Et, dans une colère simulée et joyeuse, elle me lançait à la tête, pendant que je gagnais la porte, tous ses oreillers, un par un. Puis souvent, en effet, elle n’apparaissait dans la salle-à-manger que vers une heure et demie. Tous l’attendaient. Alors, dès qu’elle franchissait la porte, elle s’écriait, de sa chaise :

— C’est encore Louis qui m’a fait bavarder. Si tout est trop cuit ce sera sa faute. Il est insupportable. Je ne le garderai plus jamais le matin dans ma chambre.

Et le lendemain je restais aussi longtemps que la veille.

Vers le 15 septembre, ce fut la rentrée à Paris. Sarah Bernhardt était attendue à son théâtre, pour répéter. Ainsi qu’elle l’avait prévu, en effet, et après qu’elle eût créé Daniel, d’autres pièces qu’elle pouvait jouer immobile, lui avaient été apportées, et parmi celles-ci, elle en avait retenu une en vers, la Gloire, dont l’auteur était le fils d’Edmond Rostand, Maurice. Elle donna la première représentation de cette pièce, à son théâtre, le 19 octobre 1921.

Dès la fin de novembre, et tout en jouant la Gloire tous les soirs, elle commençait à répéter la seconde pièce que j’ai écrite pour elle et qui fut son dernier rôle : Régine Armand. Dans cette 31comédie dramatique en quatre actes, encouragé par son état de santé véritablement inouï, j’avais osé la faire apparaître durant trois actes. Seul, le premier acte se jouait sans elle.

Sarah Bernhardt créa Régine Armand à Bruxelles, au Théâtre des Galeries-Saint-Hubert, le 12 janvier 1922, après avoir, à partir de Noël 1921, donné au même théâtre quelques représentations d’Athalie, de Daniel et de la Gloire. À soixante-dix-sept ans, elle joua donc à Bruxelles, en trois semaines, quatre pièces, dont une création.

Sarah Bernhardt dans Régine Armand (1922).
Sarah Bernhardt dans Régine Armand (1922).

Durant la fin de janvier, tout février, mars et le début d’avril elle fit avec mes deux pièces, une longue tournée en Belgique, en Hollande, en Suisse et à travers toute la France. Nous changions de ville presque chaque jour, en tout cas tous les deux jours et le dimanche il y avait deux représentations. Je me demande encore comment elle pouvait fournir un effort semblable et quotidiennement répété. Au bout de quelques semaines, nous étions tous épuisés. Seule Sarah Bernhardt, levée la première, couchée la dernière, apparaissait chaque matin aussi fraîche, aussi reposée qu’en vacances.

C’est le 20 avril 1922, après avoir déjà joué le rôle près de cent fois en province et à l’étranger, qu’elle donna à Paris la première de Régine Armand. Ce fut sa dernière répétition générale, son dernier triomphe.

L’été de 1922 nous ramena tous à Belle-Isle. Et mes matins dans la chambre de Sarah Bernhardt, furent mieux employés encore que l’été précédent. Elle avait eu l’idée d’écrire un Art de dire, dont elle me dicta les deux premiers chapitres. Rien de plus malheureusement. Et comme ce travail lent et minutieux lui prenait beaucoup de temps, souvent elle me faisait venir en outre l’après-midi, de quatre à sept. Je la retrouvais alors dans une sorte d’immense kiosque qu’elle avait fait construire au bout du parc, sur une hauteur, à pic sur la mer et où elle aimait à s’isoler. Sarah Bernhardt a toujours adoré la clarté, le soleil, l’espace, les vastes horizons. Et, comme fréquemment la conversation revenait à ses souvenirs, dont la diversité m’éblouissait, je la suppliais de terminer ses Mémoires dont seule la première partie a été publiée, s’arrêtant en 1881, au retour de sa première tournée d’Amérique. Ce livre est, d’ailleurs, volontairement très incomplet, car il ne concerne que sa carrière et laisse strictement de côté toute sa vie privée, sentimentale et intime. Néanmoins, et même si elle devait la conter dans le même esprit, c’était de loin, la seconde partie de sa vie qui devait être la plus intéressante. Je revenais donc, presque chaque jour, à la charge.

32— J’ai bien le temps, disait-elle, je ferai cela quand j’aurai quatre-vingts ans !…

Pourtant, à force d’insistance, j’obtins sa promesse que, dès l’été suivant, elle me dicterait la fin de ses Mémoires. Dès lors, je ne la pressai pas davantage. L’année prochaine, pourquoi pas ?… Comme tout son entourage, peu à peu, je m’étais habitué à considérer que le temps ne comptait pas pour elle, qu’elle serait toujours là !…

Et pourtant, elle ne passa pas un bon été. La fatigue d’un hiver trop laborieux, sans doute. Elle avait joué, presque sans arrêt, d’octobre 1921 à juin 1922, faisant, dans la même saison, deux créations et une longue tournée. Durant tout le mois de septembre, en particulier, elle se sentit faible, oppressée, constamment fatiguée. Cela l’agaçait au suprême degré, elle n’admettait pas d’être malade.

Et, un beau jour, elle décréta que c’était Belle-Isle qui ne lui valait rien. D’abord, que de soucis, rien que pour y arriver : cette route interminable, cette traversée !… Le voyage déjà, était épuisant. Et puis, cet air vif, qui, sans doute, lui avait bien réussi lorsqu’elle était jeune, devait, certainement lui être, à présent, très néfaste. D’autre part, pouvait-on rien concevoir de plus stupide que de posséder une propriété tellement loin de Paris qu’elle n’y pouvait passer que deux mois par an ?…

Bref — et c’était là, typiquement, Sarah Bernhardt toute entière, — après être venue à Belle-Isle régulièrement chaque année, depuis 1887, elle découvrit tout à coup que c’était un pays purement inhabitable. Et vers la fin de septembre, avec la soudaineté qui caractérisa toujours ses plus importantes décisions, elle mit son domaine en vente et dit au Manoir de Penhoët un adieu définitif.

Rentrée à Paris et passant d’un extrême à l’autre, elle acheta une propriété à Garches, à un quart d’heure, en voiture, de son hôtel du boulevard Pereire.

— Ça, au moins, proclamait-elle avec satisfaction, c’est une maison de campagne dont je pourrai profiter. Dès qu’elle sera installée, j’irai tous les dimanches. J’y résiderai aux premiers beaux jours, j’y passerai six mois chaque année. Et c’est là que nous finirons mes Mémoires, me dit-elle. Je t’attends à Garches en mai, au plus tard. Et tu n’en partiras que lorsque nous aurons terminé.

Hélas ! Elle n’a pas achevé ses Mémoires, et elle n’a jamais habité sa propriété de Garches.

Fin octobre 1922, elle partit, avec Daniel et Régine Armand, pour une tournée de six semaines dans le Sud de la France et en Italie. Elle débuta à Marseille. Et, huit jours plus tard, elle eut un accident d’automobile, entre Nice et Menton. Sarah Bernhardt ne 33fut pas atteinte, mais sa voiture, très endommagée, était, pour des semaines, inutilisable. On en chercha partout une autre, dont les portes seraient assez larges pour laisser passer sa chaise. Mais en vain.

Alors, elle fut obligée de continuer la tournée en chemin de fer. Mais quelle fatigue supplémentaire, et quels tracas incessants ! Chaque jour, au lieu de partir en auto à son heure et d’aller, par la route, directement de l’hôtel d’une ville à l’hôtel de la ville suivante, il lui fallait se conformer aux horaires et parfois partir à sept heures du matin, pour n’arriver, après deux ou trois changements de train, que vers cinq heures du soir, pour jouer à huit heures. Et puis, dans chaque gare, la monter dans sa chaise jusque dans le wagon, souvent très haut, ses porteurs devant gravir avec précaution trois ou quatre marches, et la redescendre à la gare suivante, imagine-t-on ces complications quotidiennes ?

Nous la suppliions de s’arrêter, de rentrer à Paris et de remettre la fin de cette tournée au printemps. Elle ne voulut rien entendre. Elle était annoncée, le public comptait sur elle. Tant qu’elle en aurait la force, elle jouerait partout où on l’attendait. Et après avoir paru à Gênes, Pise, Rome, Naples, Florence, Bologne, Venise, Vérone et Milan, elle termina cette effroyable randonnée à Turin, jouant, le 29 novembre, Régine Armand et le 30, Daniel. Ce fut sa dernière représentation, la dernière fois de sa vie qu’elle parut en public.

Épuisée de fatigue, elle rentrait le lendemain à Paris, pour répéter aussitôt une nouvelle pièce de Sacha Guitry, un Sujet de Roman, qu’elle devait créer avec Lucien Guitry, au Théâtre Édouard VII, pour Noël. Elle avait vingt jours pour apprendre et établir son rôle. Dans un incroyable sursaut d’énergie, elle y parvint. Mais le 23 décembre, le jour même de la répétition générale publique, ses forces la trahissaient. Vers cinq heures, étant déjà au théâtre, dans sa loge, elle sentit brusquement tout son corps envahi par un froid glacial qu’elle connaissait bien. C’était une crise d’urémie, la quatrième. Il fallut, d’urgence, la ramener chez elle et la représentation fut contremandée.

Mais la pièce ne fut pas remise. Ayant aussitôt compris que Sarah Bernhardt était très malade, l’auteur jugea superflu d’attendre son rétablissement. Dès le lendemain, il faisait appel à une autre interprète, et la première représentation d’un Sujet de Roman eut lieu le 4 janvier 1923. avec Lucien Guitry et Henriette Roggers (Mme Claude Farrère) dans le rôle écrit pour Sarah Bernhardt.

34Durant près d’un mois, son état fut grave et la dernière semaine de l’année 1922, surtout, s’écoula pour nous dans une constante inquiétude. Maurice Bernhardt, Marcelle, Lysiane et moi passions, à tour de rôle, la nuit dans la pièce voisine de sa chambre. Vers le 15 janvier, elle se rétablit ou, du moins, parut se rétablir. Elle redescendit à la salle à manger pour prendre ses repas qui, bientôt, groupaient à nouveau autour d’elle les familiers de la maison.

En février, elle recommença à faire des projets. Les travaux de sa maison de Garches avançaient. Elle s’y rendit plusieurs fois, pour stimuler les entrepreneurs et les ouvriers. Comme elle l’avait dit, elle tenait à s’y installer le 1er mai, au plus tard. Et jusque-là, elle voulait jouer, encore et toujours.

Alors, comme ses médecins lui interdisaient d’entreprendre une nouvelle tournée, elle commença à étudier le rôle de Cléopâtre dans Rodogune, de Corneille. C’était aussi un personnage qu’elle pouvait jouer assise et portée, d’autant mieux que, paraissant à trois actes, il ne comporte néanmoins qu’une seule entrée et une seule sortie. Cléopâtre, en effet, se trouve en scène au lever du rideau du deuxième acte, au baisser du rideau du quatrième et d’un bout à l’autre du dernier. Sarah Bernhardt se réjouissait follement des facilités matérielles que lui offrait ce rôle, qu’elle comptait interpréter en matinées classiques, pour Pâques 1923, comme, trois ans plus tôt, elle avait joué Athalie.

D’autre part et parce qu’elle avait, comme toujours, un impérieux besoin d’argent, elle accepta de tourner un film (muet naturellement) intitulé la Voyante. Elle y jouait un personnage épisodique de devineresse. Le metteur en scène était Louis Mercanton et le rôle principal était tenu par Mary Marquet.

Mais, trop fatiguée pour se rendre chaque jour au studio, elle demanda à tourner chez elle. Son hôtel du boulevard Pereire était très vaste, surtout le rez-de-chaussée qui comprenait un immense hall-atelier-salon. C’est là qu’on monta les décors des scènes qu’elle devait jouer dans la Voyante, tous les appareils d’éclairage, de prises de vues et autres accessoires ayant été, eux aussi, amenés dans son hall, transformé en un véritable studio de cinéma.

Vers le 15 mars, elle tourna deux ou trois fois. Et puis, le 21, une nouvelle crise d’urémie se déclara. C’était la cinquième. Elle n’y résista pas. Durant quatre jours, son état s’aggrava avec une rapidité extrême. Dans la journée du 25 mars, elle entrait dans le coma et le lundi 26 mars 1923, vers huit heures du soir, elle expirait, sans avoir repris connaissance.

Le gouvernement français envisagea de faire à Sarah Bernhardt des obsèques nationales. Mais plusieurs ministres étant 35absents, le Conseil ne put en délibérer valablement. C’est alors la Ville de Paris qui prit l’initiative d’assurer ses funérailles et qui fit à celle qui avait tant contribué à l’éclat de la capitale, des obsèques municipales. Elles furent inoubliables.

Maurice Bernhardt, dont la névrite s’aggravait beaucoup1 ne pouvant s’occuper de rien, c’est moi qui me rendis à l’Hôtel de Ville et, au nom de la famille, organisai toutes choses avec M. Aucoc, le syndic du Conseil Municipal. Derrière le corbillard et devant les voitures réservées aux officiels et aux parents, on avait prévu cinq immenses chars-porte-couronnes, uniquement destinés aux fleurs. Ils furent bien insuffisants et des monceaux de gerbes, des centaines de couronnes, n’ayant pu trouver leur place, durent rester en vrac à la maison mortuaire ou à l’église.

Le jour de l’enterrement, dès huit heures du matin, et d’un bout à l’autre du parcours du cortège, depuis le boulevard Pereire jusqu’à Saint-François-de-Sales, et de Saint-François-de-Sales au cimetière du Père-Lachaise, une foule immense s’était massée sur les trottoirs, de chaque côté de la chaussée et attendait, sur six et sept rangs d’épaisseur, de part et d’autre. La circulation dans Paris fut pratiquement interrompue durant la moitié de la journée. Maurice, incapable de faire à pied ce long trajet, ayant dû partager la voiture qu’occupaient sa femme et ses filles, le deuil fut conduit par Edgar Gross et par moi, les deux plus proches parents masculins de Sarah Bernhardt.

Et pendant trois heures, au pas lent des chevaux caparaçonnés, un défilé interminable, comprenant tous les noms les plus illustres du théâtre, des lettres et de la politique qui, tous, avaient tenu à escorter Sarah Bernhardt jusqu’à sa dernière demeure, passa entre deux haies, compactes et ininterrompues, que formaient des centaines de milliers de Parisiens recueillis, émus, bouleversés. La plupart pleuraient et au passage du cercueil, combien se mirent à genoux, sur le trottoir ou sur les pavés de la rue !…

Le vide que je ressentis après la disparition de Sarah Bernhardt, fut immense. Depuis près de trois ans, depuis les premières répétitions de Daniel, tout mon temps lui avait été, pour ainsi dire, consacré. Soudain, j’étais privé du but unique, de la raison même de toute mon activité. Il me fallut des mois pour me faire à une nouvelle existence qu’elle n’emplissait plus.

Du moins, il me restait d’elle des souvenirs innombrables, tour à tour émouvants et pittoresques, passionnants et parfois infiniment comiques, une foule d’anecdotes et surtout des faits, dont beaucoup sont peu connus ou ne le sont pas du tout. Ce sont 36uniquement ces souvenirs qui empliront les pages qui vont suivre. Tout ce qui est postérieur à 1919, j’y ai personnellement assisté. Tout ce qui est antérieur, c’est Sarah Bernhardt elle-même qui me l’a raconté, au cours de nos longues causeries familières. Il me semble difficile d’invoquer de meilleures sources. Et c’est pourquoi j’ai cru pouvoir écrire ce livre.

Au moment où je commence le récit qui va suivre, je ne laisserai pas échapper cette occasion qui m’est offerte, de rendre un sincère et cordial hommage à la piété avec laquelle Lysiane s’est vouée au culte de sa grand-mère.

Dès l’été de 1923, notre divorce lui a permis de reprendre le nom de Bernhardt, ce qui a dû être pour elle une grande joie et une grande fierté. Et grâce à sa dévotion attentive, la ferveur des innombrables fidèles de l’illustre artiste est intelligemment et régulièrement entretenue. En toute occasion, sa mémoire est honorée. Chaque anniversaire est pieusement célébré.

Au nom de tous ceux qui ont aimé et admiré Sarah Bernhardt, je remercie Lysiane de nous aider à nous souvenir…

Funérailles de Sarah Bernhardt (29 mars 1923). Le cortège et le corbillard devant l'église Saint-François-de-Sales, 15 rue Ampère.
Le cortège et le corbillard devant l’église Saint-François-de-Sales.
Funérailles de Sarah Bernhardt (29 mars 1923). Le cortège rue Royale.
Le corbillard suivi du cortège, rue Royale.
Funérailles de Sarah Bernhardt (29 mars 1923). Le cortège rue Royale.
La tête de cortège, rue Royale.
Funérailles de Sarah Bernhardt (29 mars 1923). Le cortège fend la foule.
Le cortège fend la foule.
Funérailles de Sarah Bernhardt (29 mars 1923). Arrivée au père Lachaise.
Arrivée au père Lachaise.

Notes

  1. [1]

    Maurice Bernhardt est mort le 22 décembre 1928, jour anniversaire de sa naissance. Il avait exactement 64 ans.

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