G. Görres  : Jeanne d’Arc (1843)

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Notice biographique sur Élie Jourdain
(Joseph Denais, 1874)

Extrait de la notice biographique consacrée à Élie Jourdain (dit Charles Sainte-Foi), ami d’enfance de Léon Boré qu’il suivit à la Chesnaie puis en Allemagne, où ils rencontrèrent Görres.

Titre complet : Monographie de Notre-Dame de Beaufort-en-Vallée, église et paroisse, par Joseph Denais, 1874 ; chapitre II : Charles Sainte-Foi (Élie Jourdain).

(Lien : Google Books, p. 407.)

Éloi Jourdain, connu dans les lettres sous le pseudonyme de Charles Sainte-Foi, naquit à Beaufort, le 7 août 1805, de M. Éloi Jourdain, fabricant de toiles et de madame Anne Hautreux, qui lui firent commencer ses études au petit séminaire de Beaupréau.

Jourdain qui désirait embrasser l’état ecclésiastique, passa de cette institution au séminaire de Nantes, mais pendant qu’il délibérait sur sa vocation, la mort de sa mère le ramena dans sa famille. Il avait trop de cœur pour ne pas sentir la perte qu’il faisait alors, aussi disait-il encore longtemps après qu’il ne pouvait sans fondre en larmes entendre à l’église certaines prières qu’il avait entendu réciter à sa mère.

Il faut dire que madame Jourdain, femme d’un grand mérite et d’une piété solide, ne s’était pas montrée favorable à l’entrée de son fils dans le sacerdoce, et sa mort semble avoir fait croire au jeune Éloi que les volontés du ciel étaient qu’il restât dans le monde.

Il demeura quelques années encore à Beaufort, uniquement occupé des travaux de la maison et de quelques études favorites, et n’osant, dans la crainte de contrarier les desseins de son père, embrasser la carrière que lui indiquaient ses penchants et ses goûts.

C’est pendant ce séjour qu’il reçut d’un de ses anciens condisciples de Beaupréau, M. Léon Boré, une lettre dans laquelle celui-ci l’invitait à partager avec lui la retraite de la Chesnaie, que le nom de Lamennais rendait alors si célèbre. C’était en 1828. Sur l’invitation de Jourdain, M. Léon Boré vint à Beaufort pour lui peindre les attraits de l’école et du maître. Bientôt Sainte-Foi quitta la maison paternelle et se rendit à Nantes en compagnie de son ami, pour rejoindre d’autres disciples futurs de Lamennais, parmi lesquels se trouvait M. Eugène Boré, frère de Léon, orientaliste distingué, devenu préfet apostolique à Constantinople et maintenant secrétaire général des Lazaristes à Paris, après avoir fondé et dirigé des écoles catholiques dans la Perse.

Tous ces jeunes gens de goûts très-variés, mais tous amis passionnés de l’étude et de la science, passaient leurs journées dans le travail. Les seules distractions recherchées par cette jeune académie, étaient elles-mêmes des études d’un autre genre, d’intéressantes causeries variées par d’agréables lectures.

La littérature et la poésie étaient en majorité, raconte Jourdain lui-même. Nos livres de préférence étaient Victor Hugo, Byron, Charles Nodier…

On voit par là quel enthousiasme animait cette société ; Jourdain ne pouvait encore, on le comprend, trouver dans les illusions afférentes à la jeunesse, ces qualités acquises par l’expérience seule, la connaissance du cœur humain, la maturité du jugement, qualités qu’il devait montrer plus tard dans ses écrits.

Vers la fin d’octobre, Jourdain, se trouvant le plus libre, quitta Nantes et partit seul pour la Chesnaie. Il nous a raconté l’émotion qu’il ressentit dans son entrevue avec l’auteur de l’Essai sur l’indifférence.

M. de Lamennais fut charmant, spirituel, gai, plein d’abandon et de confiance, séduisant comme il savait l’être quand rien ne le contrariait, amical jusqu’à la familiarité.

Cette expansion trop affectée donna même des inquiétudes à Jourdain, qui ayant à choisir un directeur pour sa conscience, préféra s’adresser à M. Gerbet, depuis évêque de Perpignan.

Après avoir passé trois années soit à Malestroit soit à la Chesnaie, années fructueuses pendant lesquelles il put amasser de véritables richesses intellectuelles, en étudiant à fond la philosophie religieuse, Jourdain quitta l’école avant la chute de Lamennais. L’amitié prudente qui l’avait unie au maître ne s’effaça d’ailleurs jamais, son cœur lui est toujours resté reconnaissant et fidèle.

Mais par suite de la nouvelle attitude de l’abbé de Lamennais, Éloi Jourdain vit l’avenir qu’il avait rêvé anéanti ; il suivit alors en Allemagne M. Léon Boré.

En passant à Paris, il offrit son concours aux rédacteurs du jeune Correspondant, MM. Louis de Carné et Edmond de Cazalès qui s’empressèrent de l’accepter. Arrivé à Munich, Jourdain se lie bientôt avec le célèbre Gœrres et le philosophe Baader : il passe ensuite à Berlin où il fait la connaissance des principaux savants de cette contrée, le docteur Phillips, Radovitz, Ranke et le professeur Jarke. Celui-ci surtout se prit d’une affection sincère pour lui. Récemment converti au catholicisme, il dirigeait le Politische Wochenblatt, et fit à Sainte-Foi la proposition d’y écrire, dans la pensée de venir délicatement en aide à son ami, qui n’avait pour toutes ressources qu’une pension de neuf cents francs, servie par son père.

Le jeune homme était loin d’ailleurs de rougir de son peu d’aisance, et ceux qui l’ont connu peuvent se rappeler encore que la modestie de ses vêtements ne l’empêchait pas d’être reçu et considéré, selon son mérite, dans le meilleur monde.

[…]

Le Livre d’or de Jeanne d’Arc
(Pierre Lanéry d’Arc, 1894)

Notice de la Jungfrau von Orleans de Görres dans l’ouvrage de Lanéry d’Arc, suivi des notices des autres traductions dont celle de Léon Boré.

588. Görres (Guido). ∗ Die Jungfrau von Orleans. Nach den Processakten und gleichzeitigen Croniken von G. Görres, mit einer Vorrede von J. Görres. Mit einer Abbildung. [La Pucelle d’Orléans d’après les actes du procès et les chroniques contemporaines, avec une préface de J. Görres, accompagnée d’une gravure.] Regenshurg, Friedrich Pustet, 1834, in-8 de XII-418 p.

Val. 3 fr.

Le titre porte les armes de la Pucelle. En frontispice une assez jolie gravure de Ferdinand Fellner représentant la porte de la maison de Domrémy, entourée de Dieu, des saints et des anges.

Cette vie de Jeanne d’Arc est un livre sérieux écrit avec simplicité, dans un esprit sincèrement chrétien. Comme la plupart des auteurs qui ont plus à cœur l’éloge de Jeanne que la condamnation du roi — pour lequel il est d’ailleurs justement sévère — Görres borne à la délivrance d’Orléans et au sacre de Reims la mission de la Pucelle, tout en admettant comme prédiction l’annonce faite par elle de la prise de Paris, de l’expulsion des Anglais et de la délivrance du duc d’Orléans.

Le mysticisme vague et larmoyant dans lequel l’ouvrage de Görres est conçu, dit assez injustement le partial Larousse, est absolument faux, au point de vue de la critique moderne et suffirait à vicier les recherches les plus consciencieuses.

Görres s’est appuyée sur les travaux de L’Averdy et de Buchon [Lanéry d’Arc oublie Le Brun de Charmettes] ; il cite la chronique du siège, le récit de Pierre Sala, celui d’Eberard de Windecken [Éberhard Windeck], la relation du greffier de la chambre des comptes de Brabant. On regrette seulement l’attention qu’il donne — comme il était d’ailleurs d’usage à cette époque — à la vie de Guillaume de Gamaches, moins estimée depuis la critique judicieuse qu’en a faite Quicherat. Il a peut-être aussi eu le tort de chercher à dissimuler tout ce qui était à la charge des théologiens.

Parfois, dit-il, il est justement dans les desseins de la sagesse éternelle de Dieu, d’humilier aux yeux du monde la prudence des sages par l’ingénuité des enfants et de briser le chêne orgueilleux avec la tige frêle du lis : afin que l’outrecuidance des impies et la circonspection des sceptiques soit confondue et que le monde reconnaisse qu’il est un Dieu au ciel, lequel est le maître et auquel revient toute gloire. Telle est l’histoire de Jeanne d’Arc, histoire grande, hardie, riche en exploits comme celle du plus vaillant chevalier, et en même temps douce, gracieuse et touchante comme celle d’une vierge sainte consacrée à Dieu, histoire où se trouve partout le souffle de Dieu dont les prodiges se manifestent en mille endroits comme les brillantes étoiles dans le ciel d’une nuit tranquille et sereine.

Le feu ne peut consumer son cœur… c’est ce cœur que l’on sent battre dans le souvenir reconnaissant du peuple français et de tous les peuples, car il appartient à celui-là par le sang et à fous les autres par ses nobles actions : c’est aussi ce cœur qui bat dans le livre offert ici au public et cela suffit pour lui procurer des amis, sans qu’il soit besoin de le recommander davantage.

Compte-rendu par de Parieu dans l’Université catholique, 1836, t, I, p. 472-77.

— Le même. Zweite Auflage. Regensburg, 1835, in-8 de XII-454 p.

— Le même… Eine Festgabe fur die christliche Jugend, mit fünf Abbildungen. [Histoire pour la jeunesse chrétienne, avec 5 gravures]. Regensburg, Fr. Pustet, 1835, in-8 de 314 p. et 5 grav.

Bibl. Nat. Lb26 100.

— Le même… Zweite Auflage, mit einer Zeichnung von A. Strähuber. [Deuxième édition avec une illustration de Alexander Strähuber]. Regensburg, G. J. Manz, 1883, gr. in-8 de XII-400 p. grav.

— Le même… Ausgabe fur die Jugend, [édition pour la jeunesse]. Regensburg, G. J. Manz, 1883, in-8 de 372 p,

589. ═ Le même, traduction italienne. Milan, 1838, in-8.

590. ═ Histoire de Jeanne d’Arc, traduite de l’allemand de G. Goerres. Bruxelles, de Mat, 1840, in 18.

591. Jeanne d’Arc, d’après les chroniques contemporaines… traduite de l’allemand par M. Léon Boré. Paris, Lyon, Périsse, 1843, in-8 de XVI-400 p.

Bibl. Nat. Lb26 54.

Fait partie de la Bibliothèque historique et littéraire de la jeunesse et de l’âge mûr. Prix : 5 fr.

Vente de Bouteiller, dem. mar. 2,50.

Compte-rendu de l’Univers, 1er et 7 août, 43 ; Quotidienne, 6 sept. ; Journal des villes et des campagnes, 1er août, 4 sept. ; Bibliogr. cath., oct. 1843 ; La mode, 15 août, 1844 ; Revue des 2 mondes, 1856, 1 p. 315 et suiv. ; Sickel dans Historisch Zeilschrift, IV, p. 282.

— Le même… Deuxième édition revue et corrigée par le traducteur sur la dernière édition allemande. Paris, V. Lecoffre, 1886, in-8 de XVIII-414 p.

Bibl. Nat. Lb26 54 bis.

Titre rouge et noir, prix 3 f. 50.

Cette traduction est à peu près celle de 1843, mais refondue, améliorée dans sa rédaction et mise plus en rapport avec le texte original. M. Boré étant mort avant la fin de l’impression, ce fut M. Ernest Faligan, docteur ès-lettres, qui acheva ce travail de révision. (Pourquoi ont-ils traduit Magd par servante, au lieu de jeune fille? Magd c’est la fille du peuple.)

Si l’ouvrage de Gœrres n’a plus l’attrait spécial qu’il offrait lorsqu’il était une des rares histoires consacrées à la Pucelle, il apporte toujours le témoignage précieux d’un étranger impartial, d’un catholique compétent pour apprécier comme elle le mérite cette mission surnaturelle. Il contient des observations inspirées par une foi profonde et dont noire époque, comme celles qui l’ont précédée, pourrait bien se faire une application utile, sur la relation qui excite dans les plans providentiels entre la corruption d’une nation et les maux dont elle est frappée, de même qu’entre son salut et la pureté des instruments destinés à la régénérer.

Compte-rendu de Jeannin dans Bibl. cath., avril 1886, p. 332-6 ; A. Desplagnes, Rev. des institut. et du droit, avril 1880, p. 360 ; Ernest Faligan, Semaine des familles, 26 sept. 1885, p. 618-20; Rev. des quest. hist., 1886, p. 674; M. Sepet, Polybiblion, nov. 1888, p. 444.

Guido Görres et sa Jeanne d’Arc
(Franz Binder, 1905)
(trad. Johannes Kratzwolf, 2023)

Long article de Franz Binder sur la Jeanne d’Arc de Görres, sa genèse et son succès, paru dans les Historisch-Politischen Blätter, vol. 135 (1905), p. 788-805.

Titre original : Guido Görres und die Jungfrau von Orleans.

Traduit de l’allemand par Johannes Kratzwolf (2023).

(Lien : Google Books.)

I.

En 1830, à la demande des archevêques et évêques de Bavière, le roi Louis Ier avait créé la Société bavaroise des bons livres (Katholischer Bücherverein für Bayern) dans le but de contrer la progression de la presse et de la littérature irréligieuse ou non chrétienne, et dans limiter les effets.

On se souvient qu’en 1826, Joseph Görres avait déjà conçu un tel dessein autour de la littérature populaire avec le docteur Räß, directeur du séminaire de Mayence, alors qu’il était à Strasbourg. Cependant, le projet n’avait pas dépassé le stade des négociations, et des difficultés extérieures insurmontables l’avaient fait avorter. Ce sera finalement à Munich que l’idée prendra forme, sous des auspices plus favorables, avec le soutien d’un prince bienveillant et l’approbation des évêques. La Société fut solennellement créée le 5 mars 1830. Elle gagna rapidement en popularité, et le succès se maintiendra pendant plus de 70 ans et suscitera la création d’initiatives similaires ; témoignage évident que le concept répondait à un réel besoin et qu’il était bénéfique pour la moralité et la foi.

Selon les statuts de la Société, celle-ci devait être destinée à répondre aux besoins religieux des catholiques en diffusant de bons livres. Les premiers textes soumis à titre gracieux par les membres de la société furent publiés en 1831 : au total trois ouvrages dont l’un de Guido Görres. Ainsi le fils de celui avait cherché à introduire cette idée en Allemagne cinq ans plus tôt, devait fournir le tout premier don littéraire et inédit aux membres de la société, avec une préface de son père. L’autre ouvrage publié au cours de la première année était l’Esprit de Saint François de Sales, dont le thème avait été suggéré par Görres père en 1826, lors du projet avorté.

C’est ainsi que paru le premier ouvrage historique de Guido Görres, intitulé : Le bienheureux Nicolas de Flue et les confédérés à l’assemblée de Stans ; une image de la fin du XVe siècle (Der selige Nikolaus von der Flüe…). Publié à Munich en 1831 par la Société (chez Jos. Rösl), il est sous-titré : Dieu dans l’histoire. Une série d’images de tous les siècles de l’ère chrétienne. Premier cahier., annonçant ainsi les objectifs pédagogique et populaire que Guido s’était fixés. Ce devait être le premier d’une série de peintures historiques mettant en évidence la providence divine dans le déroulement des événements humains, et renforçant ainsi la foi en une providence guident et dirigeant les choses.

Ce petit livre de cinq feuillets et demi est écrit de manière très charmante. Sur les onze chapitres qui le composent, les deux premiers sont consacrés à un aperçu des conditions historiques de la Confédération suisse jusqu’à la diète de Stans en 1481. Les six suivants nous racontent la vie et l’œuvre de Frère Nicolas. Le dixième présente quelques beaux aphorismes de Frère Nicolas, et le onzième contient le récit de la visite de Hans von Waldheim à Frère Nicolas en 1474, tel qu’il est consigné dans son journal de voyage (publié en 1826 par le bibliothécaire de Wolfenbüttel, Fr. A. Ebert). Le volume se termine par un poème de Guido Görres intitulé l’Incendie de Sarnen en 1468 (Der Brand von Sarnen im Jahre 1468), également reproduit dans son recueil de poèmes (Gedichte, p. 244).

Ce petit ouvrage, fruit d’études minutieuses, pouvait être considéré comme un modèle de production populaires pour tous les futurs livres historiques de la Société. Le nom de l’auteur n’apparaît pas sur la couverture, mais son rôle d’auteur est mentionné dans la préface de son père, dans laquelle celui-ci présente et approuve le projet.

C’est la première œuvre de Guido publiée. Peu de temps auparavant, Görres père avait publié un ouvrage sur les fondements, la structure et la chronologie de l’histoire du monde. Il est intéressant de noter que, pendant que le père élaborait les contours d’une grande philosophie de l’histoire pour les érudits, le fils, qui avait jusqu’alors étudié la linguistique, se lançait également dans le domaine de l’histoire pour rendre ses études accessibles au grand public de manière populaire et présenter les lois et enseignements de l’histoire du monde, ainsi que l’intervention de la providence divine dans le déroulement des événements du grand drame mondial à travers les siècles.

Guido suivit la même approche pour son deuxième livre et traita de la même manière son sujet : Jeanne d’Arc. Et malgré l’absence du sous-titre, l’ouvrage s’inscrit dans la lignée du précédent.

Le travail préparatoire, commencé en 1831, s’étendit bien au-delà du cadre fixé pour les publications de la Société, tant la matière historique se révéla abondante. Guido, animé par un esprit d’entreprise et de zèle, se laissa emporter par son sujet, transformant une simple esquisse en un véritable livre, une courte biographie en une grande fresque historique. N’était-il pas prévisible qu’un personnage aussi exceptionnel que Jeanne d’Arc l’atteigne au plus profond de son âme et décuple sa ferveur ? Presque chaque page de son histoire témoigne de la dévotion et de l’opiniâtreté avec lesquelles il s’est attelé à la tâche. L’ensemble est à la fois empreint de cette noble simplicité populaire tout en se distinguant par sa clarté, la vivacité de ses descriptions et la puissance de la langue. La fraîcheur et la grâce du récit laissent à peine deviner l’effort titanesque qu’a nécessité la constitution de sa documentation, ni à quel point la base scientifique sur laquelle il a construit l’histoire de la Pucelle est solide et structurée. Une vie grande et noble, comme celle du chevalier le plus courageux, mais aussi douce, charmante et touchante, comme celle d’une sainte consacrée par Dieu ; le tout imprégnée de la vie même de Dieu, où les miracles éclatent de tous côtés, comme les étoiles scintillent au ciel calme de la nuit (p. 2). Toutefois, quiconque prendra la peine de lire les plus de 40 pages d’annexes de la première édition mesure tout ce que l’auteur a accompli.

Ces annexes offrent un aperçu critique des sources et des principales œuvres qui avaient été publiées précédemment sur le sujet. D’abord se trouvent naturellement les actes des deux procès : le procès de condamnation et celui de révision, sources fondamentales et essentielles pour connaître Jeanne, d’après ses ennemis dans les actes du premier procès, puis d’après ses amis dans ceux du second (20 ans plus tard). Les actes originaux en latin n’avaient pas encore été publiés à l’époque, quoiqu’il existât de nombreuses éditions du premier procès et au moins d’extraits du second1.

Ces documents juridiques sont suivis de chroniques contemporaines dont la France est si riche en ce qui concerne Jeanne et son époque (quand l’histoire allemande n’a rien de semblable à offrir, p. 382). Viennent ensuite des lettres et autres documents épars, dispersés dans différents ouvrages ; une multitudes de témoignages contemporains issus d’autres nations ; puis un examen de l’abondante littérature parue jusqu’à ce jours. Là non plus Guido n’a pas ménagé ses efforts, en évaluant chacune des publications, les connues et les méconnues, les hostiles et les favorables, afin de bien saisir comment les sources contemporaines avaient été perçues et utilisées par ses prédécesseurs. Il y analyse notamment les ouvrages de L’Averdy et de Le Brun de Charmettes, les deux savants français les plus complets sur l’histoire de Jeanne d’Arc, et sur lesquels il s’est appuyé pour son propre travail (p. 392-94). Son livre, à la fois critique et pédagogique, laisse transparaître une grande érudition et une finesse de jugement, si bien qu’aujourd’hui encore, malgré les nombreuses avancées historiques, il se lit toujours avec intérêt et satisfaction.

Enfin, Guido aborde les poètes, qui de tout temps ont été séduits par ce personnage de la bergère héroïque ; il attire en particulier l’attention sur trois ouvrages d’importance : la tragédie romantique de Schiller, la pièce Henri VI de Shakespeare, que la plupart des critiques anglais considèrent comme apocryphe, et la satire de Voltaire, chef-d’œuvre de la plus vile immoralité. Certaines de ses idées retiennent toujours l’attention des historiens de la littérature et se retrouvent dans de nombreux manuels.

Le travail était terminé fin 1833, mais ne fut publié qu’au printemps 1834 sous le titre :

Die Jungfrau von Orleans. Nach den Prozeßaften und gleichzeitigen Chroniken von G. Görres, mit einer Vorrede von J. Görres. Mit einer Abbildung. Regensburg 1834 (418 S. 8°.).

La Pucelle d’Orléans. D’après les procès-verbaux et les chroniques contemporaines de G. Görres, avec une préface de J. Görres. Avec une illustration. Ratisbonne 1834 (418 p. in-8°).

La préface de Görres père (12 pages), rédigée à Munich en avril 1834, décrit la situation en France et la désolation du peuple, la détresse et le malheur qui frappaient le royaume lorsque cette jeune fille prodigieuse entra dans l’histoire du monde. Il esquisse ensuite le caractère de la jeune bergère héroïque, prédisposée et choisie de manière prophétique, devenue prophète par la grâce de ses visions, appelée à agir comme messagère entre deux mondes et appelée par les deux. Sa mission accomplie elle subit alors le sort des prophètes. Ses ennemis l’ont certes anéantie, mais ils ont aussi perdu leur emprise sur elle, et ne pourront désormais plus rien ni contre sa couronne céleste, ni contre son souvenir terrestre. Et cette incorruptibilité leur avait été annoncée en signe, lorsque après l’avoir jetée dans les flammes dévorantes du feu, son cœur resta intact…

Ce cœur bat aujourd’hui dans la mémoire reconnaissante de son peuple et de tous les peuples, car si elle appartient au premier par son sang, elle appartient aux autres par ses actes.

Le livre est orné d’une illustration de Ferdinand Fellner et se conclut par deux poèmes de Guido, le Couronnement du roi Charles (Die Krönung König Karls) et la Mort de la Vierge (Der Tod der Jungfrau), dédié par l’auteur à son beau-frère J.-B. Steingaß, docteur en philosophie et professeur au lycée de Francfort, et à sa chère sœur Sophia.

Ce que le préfacier paternel avait présagé dans les derniers mots de sa préface se vit rapidement confirmé par le succès du livre ; écrit avec passion, il trouva un accueil sympathique et une large diffusion.

Dès l’année suivante parut une deuxième édition. Le livre qui n’était à l’origine destiné qu’aux jeunes lecteurs de la Société se trouvait désormais plébiscité par le grand public.

La palme ultime de la reconnaissance de sa valeur historique et de ses mérites tient sans doute au fait qu’elle ait été traduite quelques années plus tard dans la langue du pays qui, en tant que berceau de l’héroïne, lui comptait déjà tant d’ouvrages dédiés, celui où sa vie et son destin avaient été l’objet de tant recherches et de représentations enthousiastes à travers les siècles, et où son souvenir était célébré chaque année le 8 mai lors de la grande fête d’Orléans par des esquisses, des sermons solennels, des poèmes et des feuilles volantes de toutes sortes. C’est le littérateur français Léon Boré qui traduisit l’ouvrage en français ; le livre fut tout aussi chaleureusement accueilli en France, en particulier par Michelet dans son Histoire de France, et dut être réédité en 1886, sous la direction d’un jeune savant français, Ernest Faligan. Il existe également une traduction italienne qui a été publiée en 1839 ; c’est par cette traduction que le pape Grégoire XVI connut l’œuvre et put l’apprécier.

Une autre prouesse de l’ouvrage, plus discrète celle-ci, fut d’avoir provoqué la jalousie d’un brillant écrivain français. Comme le rapporte Haneberg, Guido se félicitait de susciter l’émulation voire la rivalité de ces pairs. Le comte de Montalembert, lui, se sentit douloureusement dépossédé d’une matière si précieuse : le jeune Allemand lui avait coupé l’herbe sous le pied2. Il riposta heureusement de la manière la plus noble : Guido célébrait la merveilleuse héroïne française du Moyen Âge, Montalembert honorerait la mémoire d’une noble allemande, Élisabeth de Thuringe3.

II.

Les années passèrent, et cependant Guido conservait intact son attrait pour la merveilleuse héroïne. Malgré la variété et le nombre de ses occupations, il s’était fixé pour objectif de reprendre son travail historique, afin de construire un mémorial biographique fondé sur des bases documentaires solides.

En 1836, alors qu’il se documentait sur l’histoire allemande dans les bibliothèques et les archives de Vienne, il pensait à Jeanne d’Arc (Correspondance familiale, Familienbr. 364). Au printemps 1837, lorsque Friedrich Böhmer traversa la Suisse pour se rendre en Italie, Guido le chargea de rechercher à Berne tous documents relatifs à Jeanne d’Arc à Berne (Böhmers Leben u. Br. II. 245, II. 245).

Enfin, à l’été 1839, il entreprit lui-même son pèlerinage vers les lieux saints, historiquement sanctifiés par le nom et les actes de son héroïne. Munis d’un passeport d’un an, Guido commença son voyage par traverser la Suisse. Il comptait d’abord visiter, seul, les lieux où le bienheureux Nicolas de Flüe avait accompli son œuvre patriotique, avant de suivre les traces héroïques de la jeune Lorraine sur le sol français.

Guido écrivit à sa famille de longues lettres à chaque étape de son périple. Elles ont été depuis éditées par sa sœur et permettent de suivre le détail de ses joyeuses pérégrinations.

L’heureuse moisson de documents commença à Berne. Dans la bibliothèque de la ville il découvrit et put examiner un manuscrit se rapportant à Jeanne d’Arc qui bien que de faible importance, ne devait pas être négligé en tant que source contemporaine.

Sa première lettre de France fut écrite à Vaucouleurs :

Eh bien, me voilà en France ! Ma dernière lettre (de Berne) n’a que huit jours, mais j’ai parcouru tant de terres et vu tant de gens depuis, qu’il me semble que quatre semaines ont passé.

Guido avait traversé la frontière française à Jougne, réglé ses affaires de passeport à Pontarlier, passé deux jours aux archives de Dijon, puis avait pris la diligence à Langres pour Neufchâteau. C’est là que débuta son pèlerinage pédestre.

Comme disent les philologues, c’est ici que ma région classique commence ; j’ai pris mon sac à dos et ai poursuivi à pied, en suivant le cours de la Meuse.

Il était monté jusqu’au vieux château de Bourlemont, avait passé une journée entière à Domrémy, lieu de naissance de Jeanne, et de là, avait finalement atteint la petite ville de Vaucouleurs, où Jeanne d’Arc avait reçu son épée avant s’élancer à cheval pour trouver le roi et commencer son œuvre de libération.

Guido séjourna à Vaucouleurs les 28 et 29 juillet. Il devait initialement poursuivre vers Orléans, mais d’autres considérations le décidèrent à se rendre d’abord à Paris, où se trouvaient la plupart des pièces. Il prit donc le courrier direct pour la capitale qu’il atteignit le lendemain.

La quantité de documents inédits qu’il découvrit à la Bibliothèque royale de Paris et leur valeur inestimable, l’accaparèrent pour un certain temps. Son travail consistait essentiellement à faire des copies du deuxième procès (ou procès de révision), auquel il consacra tout le mois d’août. Il était résolu à publier ces actes dès son retour, avec l’aide de Dieu et pour la honte de la France, qui aurait dû le faire. Il écrivit aussi que cette publication rendrait un précieux service à l’histoire et à la justice, car ce procès comprend les dépositions sous serment de plus de cent cinquante témoins au sujet de Jeanne d’Arc ; d’une importance capitale, ils n’étaient alors connus que par quelques extraits partiels.

La première semaine de septembre, après avoir recopié le premier tiers du manuscrit, il s’accorda une pause et s’en alla visiter cette ville de la Loire qui donna son surnom à la Pucelle. Il logea deux jours à proximité d’Orléans dans la maison familiale de son ami Magarin, un jeune Français qu’il avait rencontré lorsque celui-ci était étudiant à Munich, puis reprit, à Orléans, son travail de copie, et ce malgré la présence dans la ville du premier secrétaire d’État prussien. Il consacrait ses heures de loisirs à l’observation du paysage et de la vie sociale et politique de cette ville de province, alors relativement calme, à la fois ancienne et vieillotte, ce qui lui suggéra quelques réflexions qu’il publia dans ses Feuilles historiques et politiques4.

Les huit jours passés à Orléans furent fructueux. L’historiographie de la Pucelle en sortirait renforcée ; et Guido se sentait désormais capable de rivaliser avec n’importe quel savant français quant aux sources.

À la bibliothèque d’Orléans j’ai découvert les manuscrits d’un ecclésiastique décédé il y a quinze ans, qui avait passé une bonne partie de sa vie à réfléchir et à écrire sur le siège d’Orléans, de sorte qu’à son enterrement, les gens qui suivaient son cercueil disaient : Maintenant, les Anglais auront enfin la paix, car la mort l’a pris avant qu’il n’ait pris toutes leurs bastilles. Il n’en reste pas moins que ses papiers contiennent de bons matériaux.— (Correspondance familiale, Fam.-Br. S. 397.)

Ses souvenirs des événements historiques et sa présence sur les lieux-même charmaient le voyageur. D’Orléans, il longea la Loire vers le sud-ouest et traversa Blois et Tours. C’est non loin de là, à Chinon, que le roi Charles VII avait accueilli la Pucelle ; qu’il l’avait reçue avec incrédulité pour la première fois dans son château, et qu’elle l’avait reconnu et salué malgré son déguisement. C’est de Blois que Jeanne avait adressé sa sommation aux Anglais de lever le siège, avant son entrée triomphale dans Orléans. Entre Blois et Tours se trouve le château de Chaumont, où Guido trouva pour quelques jours l’hospitalité du comte d’Aramont. La large vue sur la Loire et la verte Touraine l’enchanta. Ce séjour dans cet ancien château, chargé de légendes et autrefois propriété de Catherine de Médicis, le mit d’humeur poétique et lui inspira la romance des Charmes de Chaumont, que l’on retrouve dans le recueil de ses poèmes (Gedichte p. 108). Il y traite d’une vieille légende du temps des chevaliers et fait allusion dans les derniers vers à la noble hospitalité qu’il y reçut et qui le retint comme ensorcelé.

Quiconque pénètre le château

Doit rester sur ses gardes

Car y règne toujours

L’empire de l’antique magie.

Elle le saisit par les cheveux,

Et plus jamais ne lâche,

Ses charmes le captivent,

Sa parole l’enchaîne.

Il voit les navires passer

En aval, en amont de la vallée,

Il reste et songe, qu’il partira

Une prochaine fois.

Guido Görres poussa son voyage jusqu’à Angers avant de reprendre le chemin de Paris. Il fit, début d’octobre, une joyeuse escale de deux jours chez les Bénédictins de Solesmes (où le célèbre dom Guéranger fondera son abbaye). Puis il passa par Le Mans et gagna la capitale où il put reprendre son laborieux travail de copie. Cette entreprise l’occupa entièrement pendant plusieurs mois, interrompue une seule fois pour une escapade à Rouen, peu avant Noël. Après avoir visité le lieu de naissance de la Pucelle et le champ de ses victoires, il avait souhaité voir le théâtre de sa mort, pour compléter la trilogie de sa vie qui est celle tout être humain (Correspondance familiale, Familienbriefe 405-406). L’archevêque cardinal, son compatriote le prince de Croÿ-Dülmen, lui réserva un accueil chaleureux. Il admira la cité normande et ses vieux bâtiments, beaux même par temps de brouillard ou de pluie.

Cependant, il retourna bien vite à sa longue besogne et s’y consacra assidûment jusqu’au début de la nouvelle année, avec une patience allemande5 jusqu’à ce que soit atteint le but, selon le plan établi.

Le travail était lent car il ne pouvait s’aider d’aucune autre transcription tant celles qui existaient étaient corrompues, l’obligeant à tout relever lui-même. Mais il allait rapporter de son voyage une matière historique et biographique unique, sans équivalent pour aucune autre figure historique mondiale (ibid. 407).

Pendant ce long séjour à Paris, Guido Görres maintint une vie sociale très stimulante, notamment grâce aux relations qu’il avait nouées avec plusieurs jeunes nobles français à Munich. Dans les années 1830, l’éclat de l’université de Munich avait attiré sur les berges de l’Isar toute une colonie de jeunes Français, en particulier de la haute noblesse. Parmi eux se trouvaient les comtes Montalembert, Alfred de Falloux, Albert de Rességuier, Edmond de Cazalès, lesquels firent de leur mieux pour accueillir chaleureusement le nouvel arrivant allemand et lui rendre, avec une véritable courtoisie française, l’hospitalité et le soutien qu’ils avaient reçus à Munich. Grâce à Falloux, Görres fut introduit dans le cercle restreint de Madame Sophie Swetchine, dont le salon rassemblait l’aristocratie intellectuelle de la ville mondaine. Des lettres de Madame Swetchine attestent du plaisir avec lequel cette dame cultivée recevait le jeune Allemand. De son côté Cazalès le présenta au marquis de Vogüé. Chez la princesse Czartoryska, il rencontra des Polonais ou des amis installés en Pologne, tels que Gagarine, Yermoloff, Medem, ou encore le Baron Eckstein. Parmi ses connaissances parisiennes on croise les poètes Béranger, Xavier Marmier et Charles Nodier. Félix Nève négocia avec lui les conditions d’une traduction française de son Nicolas de Flüe qui pourrait paraître sous peu. Jules Michelet lui offrit le troisième volume de son Histoire de France. Le baron et académicien Alexandre Guiraud lui remit sa Philosophie catholique de l’histoire récemment publiée, en témoignage de la haute estime dans laquelle il tenait son père.

Enfin, début mars 1840, Guido Görres put annoncer à sa famille que son travail était terminé ; il avait achevé avec succès la collation de tous les documents dont il aurait besoin. Une semaine plus tard, chargé de son précieux matériel, il quittait la capitale. Son projet, comme il l’écrivait encore depuis Paris, était de réviser sa biographie de Jeanne d’Arc et de publier en parallèle, dans un volume distinct, l’ensemble des actes du procès de condamnation, en tant que pièces justificatives. Ces deux volumes seraient ensuite suivis d’un troisième qui contiendrait le procès de révision, des extraits de chroniques, et d’autres documents inédits (Correspondance familiale, Familienbriefe S. 407).

C’est tout empli de cette idée que Guido Görres rentra chez lui à Munich après un séjour de huit mois à Paris et dans d’autres villes de France.

Mais comme cela arrive souvent, les circonstances sont parfois plus fortes que l’homme. À son retour il se vit assailli d’obligations en tout genre que sa longue absence rendaient absolument pressantes. À l’automne suivant, la famille se transporta en Italie pour que le vieux Görres, à la santé déclinante, passe l’hiver sous un climat plus doux. Guido ne put se retenir de visiter la péninsule, Vérone, Venise puis Rome. Son voyage se prolongea, si bien qu’à son retour à Munich, il eut la surprise d’apprendre qu’un jeune savant français l’avait devancé dans son travail d’édition. Ses travaux assidus dans les bibliothèques de France n’étaient pas passées inaperçus. L’intérêt vif et volubile du biographe allemand pour son héroïne avait éveillé l’intérêt et la convoitise des Français pour ces vieux manuscrits sommeillant depuis si longtemps et non exploités.

Un jeune savant de 26 ans, Jules Quicherat, ancien élève de l’École des chartes, s’était en effet attelé à la tâche et avait entrepris à son tour la copie de tous les actes du procès. D’une main rapide, il avait pu commencer à publier son premier volume dès 1841, sous le titre de : Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d’Arc, dite la Pucelle, publiés pour la première fois d’après les manuscrits de la Bibliothèque Royale, suivis de tous les documents historiques qu’on a pu réunir, et accompagnés de notes et d’éclaircissements. Paris 1841-49. 5 vols.

Ainsi, comme le rapporte sa sœur Marie Görres dans une note de sa correspondance familiale (p. 403), le destin de l’Allemand n’était pas de mener à bien cette publication pour laquelle il avait entrepris des études approfondies et des travaux préliminaires si laborieux, qui se trouvent encore parmi ses documents.

L’œuvre de Guido Görres eût cependant un impact fécond sur l’âme d’un certain abbé Dupanloup. Celui-ci l’avait rencontré à Compiègne en 1842 et avait apprécié sa biographie qu’il tenait pour un travail de grande valeur. Félix Dupanloup reprit à son compte la cause de la Pucelle avec enthousiasme, la considérant comme une cause personnelle, voire comme un domaine d’étude religieuse à part entière. En 1849, il devint évêque d’Orléans et insuffla à la célébration annuelle de la Pucelle d’Orléans un nouvel essor religieux. Sous son impulsion encore, la ville commanda au sculpteur Foyatier une statue équestre de sa libératrice, qui fut inaugurée en grande pompe le 8 mai 1855. Le discours que prononça l’évêque Dupanloup à cette occasion fut peut-être son plus grand triomphe oratoire6. Dans la version imprimée du discours, il se réfère de préférence à l’historien allemand de Jeanne d’Arc. Aussi peut-on considérer qu’une part du mérite de la glorification de la Pucelle revient à Guido Görres.

C’est encore Dupanloup qui fut à l’origine de l’ouverture de la cause de béatification de Jeanne d’Arc. Sous son influence, le procès diocésain fut initié à Orléans en 1875, puis soumis à Rome. Le noble évêque n’a pas vécu jusqu’à la concrétisation de son œuvre ; cependant, lors de l’inauguration du monument Dupanloup à Orléans en octobre 1888, les 32 cardinaux, archevêques et évêques réunis pour cet acte solennel renouvelèrent le souhait de l’ancien évêque auprès du Saint-Siège pour que Jeanne d’Arc soit élevée à l’honneur des autels. Six ans plus tard, le 29 janvier 1894, Rome publiait le décret reconnaissant Jeanne d’Arc vénérable et lançait la procédure de béatification.

Notes

  1. [1]

    La Bibliothèque royale de Munich possède une copie latine du premier procès. Guido fut informé de son existence par le conservateur Schmeller, et en décrit précisément le contenu aux pages 377-382 de son livre.

  2. [2]

    En français dans le texte. J. v. Görres, Gesammelte Briefe, t. III. p. 452.

  3. [3]

    Montalembert, Histoire de sainte Élisabeth de Hongrie, duchesse de Thuringe (1207-1231), Paris, Debécourt, 1836, 450 p.

  4. [4]

    Voir l’article : Das Leben in Frankreich. Beobachtungen eines Reisenden, in Bd. V. S. 211 ff. u. 550 ff. der Hist.-pol. Blätter (1840).

  5. [5]

    En français dans le texte. Ne dit-on pas que les philologues qui doivent collationner et copier sont comme condamnés au purgatoire ? note-t-il dans une lettre ultérieure.

  6. [6]

    Semmig. die Jungfrau v. Orleans. Leipzig 1885. S. 222.

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