#Reprise de l’habit d’homme
16 témoins :
- Guillaume Manchon, principal notaire du procès
- Pierre Miget
- Isambert de La Pierre
- Pierre Cusquel
- Jean Massieu, huissier du procès
- Richard de Grouchet
- Martin Lavenu
- Thomas Marie
- Guillaume de la Chambre
- Jean de Mailly
- Thomas de Courcelles
- Jean de Lénizeul, serviteur de Guillaume Érart
- Guillaume Colles, dit Boisguillaume, second notaire du procès
- André Marguerie
- Nicolas Taquel, troisième notaire du procès
- Pierre Daron, alors procureur de Rouen
Guillaume Manchon(principal notaire du procès)
- Enquête du cardinal d’Estouteville (2 mai 1452)
Elle portaient des vêtements d’homme et disait les garder pour se protéger des gardes ; elle s’est plainte aux juges et à Loiseleur qu’un gardien avait voulu la violer ; Warwick intervint, menaça les gardiens en cas de récidive, et en remplaça deux.
S’en rapporte au droit. Dit qu’après la première sentence, Jeanne reprit volontiers ses habits de femme et demanda son transfert en prison d’Église. Elle remit ensuite ses habits d’homme, disant pour s’excuser qu’elle ne l’aurait pas fait si elle avait été mise dans une prison d’Église, mais qu’elle n’avait pas osé rester en vêtements féminins avec les gardiens anglais.
- Enquête à Paris et à Rouen (12 mai 1456)
Durant son procès, on signala à Jeanne qu’il n’était pas décent pour une femme de porter un habit d’homme et des chausses attachées avec beaucoup de lacets ; elle répondit que Cauchon et Warwick savaient bien que ses gardiens avaient essayé plusieurs fois de la violer et qu’une fois, si Warwick n’était pas accouru à ses cris, ils y seraient parvenus. De cela elle se plaignait.
Le dimanche suivant, dans la fête de la Sainte Trinité, Cauchon et Warwick envoyèrent les notaires au château, parce qu’on disait Jeanne relapse et ayant repris des habits d’homme. Arrivés dans la cour du château, une cinquantaine d’Anglais en armes leur tombèrent dessus, les accusant d’être des traîtres car Jeanne n’avait pas été brûlée. Ils parvinrent à s’enfuir. — Le lundi, on les renvoya au château, escortée cette fois par Warwick. Là il trouva les juges, et quelques autres. On demanda à Jeanne pourquoi elle avait repris cet habit d’homme, elle répondit qu’elle l’avait fait pour protéger sa chasteté, que ses gardiens voulaient la violer, ce dont elle s’était plainte plusieurs fois à Cauchon et Warwick, et que les juges lui avaient promis qu’elle serait transférée en prison d’Église et accompagnée d’une femme. Elle ajouta que si on la mettait en lieu sûr, elle reprendrait un habit féminin ; tout ceci étant écrit dans le procès [séance du 28 mai]. — Interrogée sur le reste, Jeanne déclarait n’avoir rien compris de ce qui était contenu dans l’abjuration ; tout ce qu’elle avait fait, elle l’avait fait par crainte du feu, voyant le bourreau prêt avec sa charrette.
Pierre Miget
- Enquête du cardinal d’Estouteville (2 mai 1452)
N’est pas hérétique la femme qui porte un habit d’homme ; au contraire celui qui pour cette seule raison la déclarerait hérétique devrait être puni de la peine du talion.
- Enquête à Paris et à Rouen (12 mai 1456)
Ignore tout des habits d’homme qui furent apportés. Avoir porté un vêtement d’homme ne valait pas d’être jugée hérétique ; c’est au contraire, la juger hérétique pour cette seule raison qui devrait être puni de la peine du talion.
Isambert de La Pierre
- Enquête du cardinal d’Estouteville (3 mai 1452)
Déclare qu’il ne jugerait pas hérétique une femme parce qu’elle aurait revêtu un habit d’homme.
Après avoir repris l’habit de femme elle demanda à être transférée en prison d’Église ; cela ne lui fut pas accordé. Bien plus, comme il l’apprit de Jeanne même, un personnage ayant grande autorité essaya de la violer ; aussi reprit-elle un vêtement d’homme, déposé avec préméditation près d’elle.
Lorsqu’elle eût repris le vêtement d’homme il vit et entendit l’évêque, transporté de joie, avec d’autres Anglais, dire devant tous, devant le sire de Warwick et les autres : Elle est prise
.
Pierre Cusquel
- Enquête du cardinal d’Estouteville (3 mai 1452)
Le peuple disait n’y avoir aucune raison de la condamner, si ce n’est la reprise des vêtements d’homme ; mais elle n’avait porté et ne porta ce vêtement que pour ne pas plaire aux hommes d’armes avec lesquels elle vivait, comme elle lui répondit elle-même, dans la prison.
Le jour de sa mort, il entendit Jean Tressart, secrétaire du roi d’Angleterre, dire qu’elle était morte en fidèle chrétienne, et qu’il croyait son âme être dans les mains de Dieu, et tous les fauteurs de la condamnation damnés.
- Enquête du cardinal d’Estouteville (9 mai 1452)
Lorsque André Marguerie ou un autre a dit vouloir rechercher la vérité sur la manière dont Jeanne avait changé de vêtement, il entendit quelqu’un répondre, mais ne sait qui : qu’il se taise, au nom du diable !
- Enquête à Paris et à Rouen (12 mai 1456)
Il entendit toute sorte de bruits au sujet de la reprise de l’habit d’homme. André Marguerie avait déclaré qu’il fallait bien rechercher la vérité sur le changement d’habit mais quelqu’un lui dit de se taire au nom du diable.
Jean Massieu(huissier du procès)
- Enquête du cardinal d’Estouteville (8 mai 1452)
Lorsque l’on apprit que Jeanne avait repris son habit d’homme, Andrée Marguerie répondit que la voir vêtue ne suffisait pas et qu’il fallait connaître ses motifs ; un garde anglais l’appela traître Armagnac
et le menaça de sa lance ; Marguerie s’enfuit, craignant d’être frappé ; il fut malade de cette affaire, ou très troublé.
Déclare d’après ce qu’il a vu et su, que Jeanne fut condamnée injustement. Jeanne lui confia, après avoir repris ses habits d’hommes, que ses gardiens lui avaient retiré ceux de femmes pour les remplacer par ceux d’hommes ; elle demanda alors aux gardiens de lui rendre ses vêtements de femme, pour pouvoir se lever et soulager son ventre, mais ils refusèrent, disant qu’elle n’aurait rien d’autre que ce vêtement d’homme ; elle leur dit qu’ils devaient bien savoir cette reprise de vêtements d’homme interdite par les juges ; néanmoins ils refusèrent de lui donner ses vêtements féminins ; enfin, pressée par le besoin, elle mit les vêtements d’homme, et, après qu’on l’eût vue ainsi habillée toute la journée, on lui rendit le lendemain ses vêtements de femme. Ce fut la cause de relapse.
- Enquête à Paris et à Rouen (12 mai 1456)
Le jour de la Sainte Trinité, Jeanne, accusée de relapse, répondit que pendant qu’elle était couchée, les gardiens remplacèrent ses habits de femme qui se trouvaient sur son lit par un habit d’homme. Lorsqu’elle réclama ses habits de femme, pour pouvoir se lever et soulager son ventre, ils les lui refusèrent ; elle leur rappela l’interdiction faite par les juges de porter cet habit d’homme, mais ils persistèrent. Poussée par un besoin naturel, elle mit l’habit d’homme, et ne put de toute la journée obtenir de ces gardiens un autre habit, si bien que plusieurs personnes la virent en habit d’homme. Et pour cela elle fut jugée relapse. Plusieurs personnes furent envoyées pour constater et l’interroger, dont André Marguerie. Lorsque ce-dernier se présenta aux gardes disant venir demander à Jeanne pourquoi elle avait repris l’habit d’homme, l’un d’eux tenta de le frapper de sa lance. Terrifiés, tous se retirèrent.
Richard de Grouchet
- Enquête du cardinal d’Estouteville (9 mai 1452)
A entendu plusieurs Pierre Morisse raconter qu’après qu’il eut exhorté Jeanne à persévérer [après son abjuration], celui-ci fut en grand péril d’être battu par les Anglais mécontents.
Martin Lavenu
- Enquête du cardinal d’Estouteville (9 mai 1452)
Tient de la bouche même de Jeanne qu’un grand seigneur anglais était entré dans sa prison et avait essayé de la violer ; et c’était la raison pour laquelle, à son dire, elle avait repris les vêtements d’homme.
- Enquête à Paris et à Rouen (12 mai 1456)
Tient de Jeanne qu’un grand seigneur anglais avait tenté de la violer dans la prison ; et dit au témoin que c’était la raison pour laquelle elle avait repris l’habit d’homme.
Thomas Marie
- Enquête du cardinal d’Estouteville (9 mai 1452)
Entendit dire qu’après la première prédication, alors qu’elle était de nouveau placée dans la prison du château, on lui fit tant de vexations pour l’accabler, qu’elle avoua préférer mourir plutôt que rester davantage avec les Anglais.
Guillaume de la Chambre
- Enquête à Paris et à Rouen (2 avril 1456)
A entendu dire que les Anglais la poussèrent à reprendre son habit d’homme, que ceux de femme lui furent enlevés et remplacés ceux d’homme. C’est pourquoi on disait que Jeanne avait été injustement condamnée.
Jean de Mailly
- Enquête à Paris et à Rouen (2 avril 1456)
A entendu dire que les vêtements d’homme lui furent remis par la fenêtre ou à travers les barreaux de sa prison.
Thomas de Courcelles
- Enquête à Paris et à Rouen (2 avril 1456)
Après la première prédication arriva la nouvelle que Jeanne avait repris ses vêtements d’homme. Le témoin accompagna Cauchon à la prison de Jeanne ; l’évêque lui demanda pourquoi elle avait repris cet habit ; elle répondit qu’il lui paraissait meilleur à porter, au milieu d’hommes.
Jean de Lénizeul(serviteur de Guillaume Érart)
- Enquête à Paris et à Rouen (7 mai 1456)
Après sa rétractation Pierre Maurice et Nicolas Loiseleur lui remirent des vêtements de femme, puis elle fut ramenée en prison.
On dit qu’ensuite elle reprit ses vêtements d’homme qu’on lui avait renvoyés en prison, mais ignore qui ou quoi l’y a poussé. Les juges se réunirent et la déclarèrent relapse, parce qu’elle avait repris ses vêtements d’homme et parce qu’elle disait que ses voix lui étaient apparues.
Guillaume Colles, dit Boisguillaume(second notaire du procès)
- Enquête à Paris et à Rouen (12 mai 1456)
Le dimanche suivant la première sentence, les notaires furent envoyés au château pour voir si Jeanne était en habit d’homme ; et la virent ainsi. On lui demanda pourquoi elle avait repris ces vêtements, elle donna les réponses contenues dans le procès. Ne sait rien d’autre, mais croit plutôt qu’elle fut contrainte d’agir ainsi, car certains assesseurs se félicitaient qu’elle ait repris cet habit. Cependant plusieurs autres étaient affligés, dont Pierre Morice, qui était très triste.
André Marguerie
- Enquête à Paris et à Rouen (12 mai 1456)
S’est rendu au château le lendemain qu’on eût appris que Jeanne avait remis l’habit d’homme pour demander en quelles circonstances elle avait repris cet habit. Les Anglais, furieux de cette question, firent un grand tumulte, au point que le témoin et beaucoup d’autres, venus au château pour cette affaire, furent obligés de partir rapidement, leurs corps étant en danger.
Nicolas Taquel(troisième notaire du procès)
- Enquête à Paris et à Rouen (11 mai 1456)
On l’envoya interroger Jeanne [sans doute après qu’elle eut repris son habit d’homme] ; survint quelque tumulte et le témoin ne sait ce qui s’ensuivit.
Pierre Daron(alors procureur de Rouen)
- Enquête à Paris et à Rouen (13 mai 1456)
On disait qu’après la première sentence, elle avait été amenée à prendre des vêtements d’homme.