Déposition de Guillaume Colles, dit Boisguillaume (second notaire du procès)
Voir : Boisguillaume (~1390–?)
Interrogé une fois en 1456.
Messire Guillaume Colles, dit Boisguillaume, prêtre, notaire public, âgé d’environ 66 ans. Déjà interrogé le 18 décembre 1455, réinterrogé le 12 mai.
Art. 1-4. Vie et dévotion de Jeanne
N’a jamais entendu parler de Jeanne avant son procès.
Rédaction du procès Reconnaît sa signature et authentifie le procès qu’on lui montre ; c’est l’un des cinq exemplaires semblables qui furent faits. Il fut associé aux notaires Guillaume Manchon et Pierre Taquel [Nicolas], et rédigèrent fidèlement les questions et les réponses, et après le déjeuner les collationnaient entre eux. Ils étaient impartiaux et ne travaillaient sous la crainte de personne.
Réponses de Jeanne Jeanne répondait très prudemment. Si on la réinterrogeait sur un point déjà abord elle renvoyait à ses dépositions qu’elle faisait lire aux notaires.
Art. 5-8. Invalidité du procès dès son ouverture
Partialité du tribunal Cauchon engagea le procès en alléguant que Jeanne avait été prise dans son diocèse. S’il agit par haine ou autrement, s’en rapporte à sa conscience ; sait que tout se faisait aux frais du roi d’Angleterre et sur poursuite des Anglais, et que Cauchon et les autres obtinrent des lettres de garantie du roi d’Angleterre, car il les vit. On lui montra certaines lettres de garantie ; il reconnût le seing de Laurent Calot et confirma que c’étaient celles qu’il avait vues autrefois.
Informations sur Jeanne N’en sait rien, ne les a pas vues, et doute qu’on en ait jamais fait.
Art. 9. Cruauté et illégalité de l’incarcération
Jeanne était dans une prison forte, avec des entraves de fer. Elle avait un lit ; des gardiens anglais, dont elle se plaignit souvent qu’ils la tracassaient et la maltraitaient.
Ruse de Loiseleur Nicolas Loiseleur se faisait passer pour un cordonnier et prisonnier français de Lorraine pour entrer dans la prison de Jeanne et l’inciter à ne pas croire à ces gens d’Église ; car, si tu les crois, tu seras perdue
. Cauchon était sûrement au courant, sans quoi Loiseleur n’aurait pas osé agir ; et beaucoup d’assesseurs murmuraient contre lui à ce sujet. Ajoute que Loiseleur mourut subitement à Bâle. Entendit aussi dire que Loiseleur vit Jeanne condamnée à mort, il en eut le cœur touché et monta sur sa charrette pour lui demander sa grâce ; ceci indigna beaucoup d’Anglais présents et Loiseleur ne dût son salut qu’à Warwick, qui lui enjoignit de quitter Rouen au plus vite, s’il voulait sauver sa vie.
D’Estivet Le promoteur d’Estivet entra également dans la prison en se faisant passer pour un prisonnier . Il était très attaché aux Anglais, auxquels il voulait absolument plaire ; c’était un mauvais homme, harcelant les notaires et ceux qu’il voyait procéder avec justice ; il injuriait beaucoup Jeanne, l’appelant paillarde, ordure [en français]. Croit qu’il finit misérablement ses jours et qu’on le retrouva mort dans un pigeonnier, à une porte de Rouen.
Art. 10. Dissimulation de l’examen de virginité
A entendu dire que Jeanne avait été examinée par des matrones et qu’on l’avait trouvée vierge ; la duchesse de Bedford avait supervisé l’examen et le duc de Bedford se trouvait dans un endroit caché d’où il voyait tout.
Art. 11-14. Difficulté et acharnement des interrogatoires
Jeanne s’est très souvent plainte des questions subtiles et hors de propos.
Réponse de Jeanne sur l’état de grâce Une fois on lui demanda si elle était en état de grâce. Elle répondit que c’était une grande affaire d’y répondre et finit par dire : Si j’y suis, que Dieu m’y garde ; et si je n’y suis pas, que Dieu veuille m’y mettre ! Car j’aimerais mieux mourir que de n’être pas en l’amour de Dieu.
Ceux qui l’interrogeaient furent stupéfaits et abandonnèrent l’interrogatoire. [Interrogatoire du 24 février ; il s’est poursuivi après la réponse de Jeanne (d’après le procès-verbal).]
Pressions durant le procès Ignore si quelque pression ou contraintes furent mises sur certains.
Pression sur Nicolas de Houppeville Nicolas de Houppeville quitta la ville pour ne pas participer au procès.
S’en rapporte au procès.
Art. 20-21. Infidélité des douze articles
Ignore qui a rédigé les douze articles ; ce n’est ni lui ni les autres notaires. Quant à leur fidélité aux dépositions de Jeanne, s’en rapporte au procès.
Art. 23-25. Première sentence et abjuration
La cédule d’abjuration fut lue en public. Croit que Jeanne ne la comprenait pas et qu’elle ne lui fut pas expliquée ; aussi elle refusa longtemps de la signer. Enfin, poussée par la crainte, elle signa et fit quelque croix. Ne se souvient pas si elle reçut un habit de femme ensuite et s’en rapporte au procès.
Art. 26-27. Reprise des habits d’homme.
Le dimanche suivant la première sentence, les notaires furent envoyés au château pour voir si Jeanne était en habit d’homme ; et la virent ainsi. On lui demanda pourquoi elle avait repris ces vêtements, elle donna les réponses contenues dans le procès. Ne sait rien d’autre, mais croit plutôt qu’elle fut contrainte d’agir ainsi, car certains assesseurs se félicitaient qu’elle ait repris cet habit. Cependant plusieurs autres étaient affligés, dont Pierre Morice, qui était très triste.
Art. 28-33. Deuxième sentence et supplice
Le mercredi suivant Jeanne fut conduite au Vieux Marché de Rouen ; Nicolas Midi fit un sermon, Cauchon prononça la sentence de relapse et elle fut aussitôt prise par les laïcs et conduite, sans autre sentence ni procès, au bourreau pour être brûlée. — Sur le chemin, elle faisait beaucoup de pieuses lamentations, invoquant le nom de Jésus, si bien que presque tous ceux qui étaient présents ne pouvaient retenir leurs larmes.
Les juges après la mort de Jeanne Après sa mort, les gens du peuple montraient ceux qui avaient participé au procès avec horreur. Il entendit dire que tous les responsables de sa mort moururent de façon très honteuse : que Nicolas Midi fut frappé de lèpre juste après, que Cauchon mourut subitement pendant qu’il se faisait faire la barbe.