Déposition de Pierre Daron (alors procureur de Rouen)
Interrogé une fois en 1456.
Pierre Daron, lieutenant du seigneur bailli de Rouen, entendu par le seigneur inquisiteur en présence des notaires de cette cause, et sur mandat des autres seigneurs juges, le 13 mai.
Art. 1-4. Vie et dévotion de Jeanne
N’eut connaissance de Jeanne que lorsqu’on l’amena à Rouen ; il était alors procureur de la ville de Rouen.
Art. 9. Cruauté et illégalité de l’incarcération
Curieux de la voir Jeanne, il rencontra Pierre Manuel, un avoué du roi d’Angleterre, qui désirait également la voir, et ils partirent ensemble. Ils la trouvèrent au château, dans une tour, enchaînée, dans des entraves, avec une grosse pièce de bois par les pieds, gardée par plusieurs Anglais. Ce Manuel s’entretint avec Jeanne, en présence du témoin, lui disant, par plaisanterie, qu’elle ne serait pas venue là, si elle n’y avait été amenée. Il lui demanda si elle savait, avant sa capture, qu’elle serait prise ; elle répondit qu’elle s’en doutait bien ; on lui demanda pourquoi alors elle ne se tenait pas sur ses gardes le jour où elle fut prise ; elle répondit qu’elle ne connaissait ni le jour, ni l’heure, ni quand cela arriverait. — Il l’a vit une autre fois pendant son procès, alors qu’on la conduisait de la prison à la grande salle du château.
Art. 5-8. Invalidité du procès dès son ouverture
Certains qui refusaient de participer au procès furent blâmés par les Anglais, notamment Nicolas de Houppeville.
Art. 9. Cruauté et illégalité de l’incarcération
Ne sait rien de plus.
Art. 11-14. Difficulté et acharnement des interrogatoires
Se souvient que nombreux clercs participèrent, et les notaires Manchon et Boisguillaume, mais ignore dans quel esprit ils agissaient-ils.
Interrogatoires, mémoire de Jeanne A entendu dire que Jeanne dans ses réponses faisait merveille et qu’elle avait une mémoire surprenante ; en effet, interrogée une fois sur un point déjà traité peut-être huit jours avant, elle répondit : J’ai été interrogée tel jour […] et j’ai répondu ainsi.
; Boisguillaume déclara qu’elle n’avait pas répondu, d’autres assesseurs prétendait le contraire ; on fit lecture de la réponse au jour indiqué, et on trouva que Jeanne avait raison ; Jeanne s’en réjouit et dit à Boisguillaume que, s’il se trompait une autre fois, elle lui tirerait l’oreille.
Ne sait rien.
Art. 23-25. Première sentence et abjuration
Fut présent au sermon de Saint-Ouen, mais ne saurait rien en dire, car il était trop loin pour entendre.
Art. 26-27. Reprise des habits d’homme.
On disait qu’après la première sentence, elle avait été amenée à prendre des vêtements d’homme.
Ne sait rien.
Art. 28-33. Deuxième sentence et supplice
Fut présent au sermon du Vieux Marché, le jour où Jeanne mourut. Il la vit remettre à la justice séculière, et sans aucun délai ni sentence d’un juge laïc, elle fut remise au bourreau et conduite sur une estrade où avait été préparé le bûcher.
Croit qu’elle termina sa vie en catholique, car elle faisait plusieurs pieuses exclamations et lamentations, invoquant le nom de Jésus. Il l’entendit dire : Ah ! Rouen, Rouen, seras-tu ma maison ?
— Plusieurs étaient émus aux larmes et beaucoup étaient mécontents qu’elle eût été exécutée à Rouen. — Jusqu’à son dernier moment, Jeanne criait toujours Jésus !
Ses cendres et ses restes furent assemblés et jetés dans la Seine.