Déposition de Thomas de Courcelles
Voir : Thomas de Courcelles (1393–1469)
Interrogé une fois en 1456.
Maître Thomas de Courcelles, professeur de théologie sacrée, pénitencier et chanoine de Paris, âgé d’environ 56 ans. Entendu le 15 janvier, réinterrogé [le 2 avril ; date non précisée, mais déduite des deux dépositions alentour].
Art. 1-4. Vie et dévotion de Jeanne
N’a eu connaissance de Jeanne qu’à Rouen, et pas plus de son père, de sa mère ou de ses parents.
On disait qu’elle affirmait avoir eu des voix venant de Dieu.
Art. 5-8. Invalidité du procès dès son ouverture
Croit que Cauchon accepta la charge du procès de foi parce qu’il était conseiller du roi d’Angleterre et évêque de Beauvais, diocèse où Jeanne fut prise et faite prisonnière.
Entendit dire que l’inquisiteur reçut un don d’un certain Soreau, receveur, pour s’intéresser au procès, mais ignore si l’évêque reçut quelque chose.
À l’époque où Jeanne fut conduite à Rouen, lui-même, étant à Paris, fut convoqué pour le procès par Cauchon ; il se rendit à Rouen en compagnie de Nicolas Midi, Jacques de Touraine, Jean de Rouel, et d’autres dont il ne se souvient pas ; aux frais de ceux qui les conduisaient, dont l’un était Jean de Reynel.
Informations préalables Ignore si des informations avaient été faites, à Rouen ou dans le lieu de naissance de Jeanne ; lui-même n’en vit pas et au premières séances [préparatoires] du procès, il n’était question que des voix, qu’elle disait avoir entendues et affirmait venir de Dieu. On lui montra le registre du procès où il est précisé qu’en sa présence furent lues certaines informations préalables [séance du 19 février 1431], déclare n’avoir aucun souvenir de les avoir jamais entendu lire. — Après avoir consulté les pièces du procès, Jean Lohier lui dit qu’on ne devait pas procéder contre Jeanne en matière de foi sans une information préalable sur la réputation.
Délibérations Dans la première délibération [sans doute celle du 19 mai, après l’adhésion au conclusion de l’Université de Paris], il y eut grande dispute et divergence pour savoir si Jeanne devait être déclarée hérétique ; lui-même n’avança jamais qu’elle fût hérétique, sauf si elle s’entêtait à refuser de se soumettre à l’Église. — Dans la troisième et dernière délibération [29 mai], il lui semble n’avoir jamais déclaré d’une manière positive que Jeanne était hérétique, mais qu’elle était comme auparavant : c’est-à-dire que si auparavant elle était hérétique, elle l’était encore. — Affirme que jamais on ne délibéra d’une peine à infliger à Jeanne.
Art. 7-8 (sur l’incompétence des juges) Ne se souvient de rien.
Art. 9. Cruauté et illégalité de l’incarcération
Jeanne était dans la prison du château, sous la garde d’un certain Jean Grilz et de ses serviteurs, les pieds dans des entraves de fer ; mais ne sait si elle se trouvait toujours ainsi. — Beaucoup d’assistants auraient voulu qu’elle soit placée en prison d’Église, mais ne se rappelle pas qu’on en ait discuté lors des délibérations.
Art. 10. Dissimulation de l’examen de virginité
N’a jamais entendu délibérer s’il fallait examiner Jeanne pour savoir si elle était vierge ; croit cependant et Cauchon le disait, qu’on l’avait trouvée vierge ; croit aussi que si on l’avait trouvée non pas vierge, mais déflorée, on ne l’aurait pas passé sous silence dans le procès.
Art. 11-14. Difficulté et acharnement des interrogatoires
On posa Jeanne plusieurs questions, mais ne se les rappelle pas. Une fois on lui demanda si ceux de son parti lui baisaient les mains. Ne se souvient pas que Jeanne se soit plainte des questions qu’on lui posait.
Art. 12, 18 Après plusieurs interrogatoires, on décida de les faire désormais devant peu de personnes. Ignore qui le proposa et dans quelle intention ; lui semble Jean de La Fontaine.
Art. 15. Poursuite du procès après la récusation des juges et l’appel au pape
Ne sait rien.
Sur la soumission de Jeanne à l’Église, s’en rapporte à ses diverses réponses contenues au procès.
Ne sait rien.
Art. 20-21. Infidélité des douze articles
Les douze articles furent extraits des prétendus aveux et réponses de Jeanne, rédigés par feu Nicolas Midi lui semble-t-il d’après des conjectures vraisemblables, et beaucoup débattus. Ne sait cependant si on délibéra pour qu’ils fussent corrigés et s’ils le furent.
Art. 22. Emploi de notaires cachés et de conseillers déguisés
Tient de Nicolas Loiseleur lui-même, que celui-ci sous un déguisement s’entretint à plusieurs reprises avec Jeanne, mais ignore ce qu’il lui disait. Il lui confia seulement qu’il se présenterait à Jeanne et lui ferait savoir qu’il était prêtre. Croit aussi qu’il entendit Jeanne en confession.
Art. 23-25. Première sentence et abjuration
Peu avant la première prédication à Saint-Ouen, Jean de Châtillon fit quelques exhortations à Jeanne, en présence du témoin. De même il entendit Pierre Morice dire qu’il avait fraternellement exhorté Jeanne à se soumettre à l’Église.
Interrogé sur l’auteur de la cédule d’abjuration contenue dans le procès (Toi, Jeanne
), déclare l’ignorer. Ne sait pas plus si elle a été lue ou expliquée à Jeanne. Lors de la prédication de Guillaume Evrard, le témoin était sur un échafaud derrière les prélats ; ne se souvient pas de ses paroles sinon qu’il parlait de l’orgueil de cette femme
. — Cauchon commença alors à lire la sentence ; ne se rappelle pas ce qui a été dit à Jeanne ni ce qu’elle a répondu. — Nicolas de Venderez fit une certaine cédule commençant par Chaque fois que l’œil du cœur
, mais ignore si elle fut insérée au procès ; ignore quand il vit cette cédule dans les mains de maître Nicolas avant ou après l’abjuration, mais croit qu’il la vit avant. — A bien entendu certains assistants se plaindre à Cauchon qu’il ne faisait pas exécuter sa sentence, mais recevait la rétractation de Jeanne ; ne se souvient pas de leurs paroles.
Art. 26-27. Reprise des habits d’homme.
Après la première prédication arriva la nouvelle que Jeanne avait repris ses vêtements d’homme. Le témoin accompagna Cauchon à la prison de Jeanne ; l’évêque lui demanda pourquoi elle avait repris cet habit ; elle répondit qu’il lui paraissait meilleur à porter, au milieu d’hommes.
Art. 28-33. Deuxième sentence et supplice
Il fut présent lors de la dernière prédication faite au Vieux Marché, le jour où Jeanne mourut. Il ne la vit pas brûler, car aussitôt après la prédication et le prononcé de la sentence il s’en alla.
À ce qu’il croit, elle avait reçu la communion avant la prédication et la sentence.