Procès de réhabilitation de Jeanne d’Arc

Dépositions de Jean Massieu (huissier du procès)

Voir : Jean Massieu (~1400–?)

A été entendu 2 fois :

1452 :

1456 :

Enquête de 1452

  • Interrogé le lundi 8 mai 1452
  • Lieu : Rouen, palais épiscopal

Questionnaire de l'interrogatoire :

Devant :

Notaires :

Lire dans les différentes éditions

Français :

  • Gratteloup (Abrégé, 2023)
  • Duparc (Procès en nullité, t. III, p. 194, 1983)
  • Fabre (Procès de réhabilitation, t. II, p. 65, 1888)

Latin :

  • Duparc (Procès en nullité, t. I, p. 206, 1977)
  • Quicherat (Procès, t. II, p. 329, 1845)

Messire Jean Massieu, prêtre, curé pour une part de l’église paroissiale de Saint-Cande-le-Vieux de Rouen, âgé d’environ 55 ans, entendu le 8 mai 1452.

Art. 1. Les Anglais haïssaient Jeanne pour les avoir combattus, et voulaient la faire mourir

Le croit véridique.

Art. 2. Les Anglais la craignaient

Le croit véridique et évident, car pour la garder il y avait cinq Anglais de jour et de nuit, dont trois étaient de nuit enfermés avec elle, et deux de nuit en dehors du cachot.

Art. 3. Les Anglais organisèrent un faux procès de foi à Rouen où ils étaient maîtres

Confirme le transfert à Rouen.

Quant aux pressions déclare que Jean de Châtillon, alors archidiacre d’Évreux, s’opposa aux interrogatoires trop difficiles ; d’autres assistants lui dirent plusieurs fois qu’il les gênait ; et lui répondit : Il faut que je soulage ma conscience. On lui interdit de revenir à moins d’être convoqué. [Châtillon fut malgré tout l’un des assesseurs les plus présents, et assista à la première et à la dernière journée du procès.]

Art. 4. Juges et conseillers agirent sous leur menace

Lui-même conduisait Jeanne de la prison à l’interrogatoire, y assistait toujours et la reconduisait en sa prison ; tous les assistants avaient peur.

Lorsque l’on apprit que Jeanne avait repris son habit d’homme, Andrée Marguerie répondit que la voir vêtue ne suffisait pas et qu’il fallait connaître ses motifs ; un garde anglais l’appela traître Armagnac et le menaça de sa lance ; Marguerie s’enfuit, craignant d’être frappé ; il fut malade de cette affaire, ou très troublé.

Au début du procès, il avait dit n’avoir jamais vu en Jeanne que du bien, lesquels propos furent rapportés par un certain Eustache Turquetil à Cauchon qui le convoqua pour le réprimander, disant que sans ses amis il aurait été jeté à la Seine.

Déclare que les meneurs du procès étaient poussés à suivre la volonté des Anglais plus que la justice ; et les docteurs qui suivaient le procès étaient favorables aux Anglais.

Art. 5. Les notaires ne purent écrire fidèlement les paroles de Jeanne

Manchon écrivait, non pas à la volonté de quelques-uns, mais pour la vérité. Lorsqu’on réinterrogeait Jeanne sur un point on constatait que Manchon avait compris et bien écrit.

Art. 6. Les notaires devaient retrancher les paroles qui la justifiaient et en ajouter d’autres qui l’accablaient

Croit que le notaire rédigeait fidèlement.

Art. 7. Aucun conseiller n’osa la défendre par crainte pour sa vie

Lui-même était sur l’estrade avec Jeanne lors de la première prédication [première sentence, le 24 mai] ; il lui lut la cédule d’abjuration ; Jeanne l’interrogea et il l’instruisit du danger à signer avant l’examen des articles par l’Église ; le prédicateur Guillaume Érard l’interrompit et lui interdit de parler d’avantage à Jeanne ; celle-ci demanda un délai pour l’examen des articles, mais Érard la somma de signer de suite ou elle serait brûlée.

Art. 8. Jeanne était confiée à la garde des Anglais, entravée de fer et isolée

Véridique. Voir ses réponses.

Art. 9. Jeune fille d’environ 19 ans, Jeanne était inapte à se défendre seule

Jeanne était âgée de 19-20 ans, très simple dans son comportement, mais humble et prudente dans ses réponses.

Art. 10. Les Anglais allaient la nuit feindre des révélations pour l’inciter à ne pas se soumettre à l’Église

L’ignore, mais il entendit que Nicolas Loiselleur, se faisant passer pour un Français prisonnier des Anglais, entrait parfois secrètement dans la prison de Jeanne pour la persuader de ne pas se soumettre à l’Église, sinon elle se trouverait trompée.

Art. 11. Les interrogatoires étaient difficiles

Se rappelle qu’on faisait à Jeanne des questions hachées, ou des questions difficiles lancées par plusieurs à la fois ; elle s’en plaignait : Faites l’un après l’autre. Lui-même admirait comment elle pouvait répondre aux questions subtiles et captieuses qui lui étaient posées, questions auxquelles un homme cultivé aurait malaisément pu répondre bien.

Art. 12. Les interrogatoires étaient longs et éprouvants

Véridique ; l’interrogatoire durait ordinairement de la huitième à la onzième heure.

Art. 13. Jeanne affirma souvent ne rien vouloir soutenir contre la foi catholique

Véridique ; il entendit plusieurs fois Jeanne dire que jamais Dieu n’aurait permis qu’elle dît ou fît rien contre la foi catholique.

Art. 14. Jeanne déclara plusieurs fois soumettre ses paroles et ses actes à l’Église et au pape

Véridique ; il entendit Jeanne dire aux juges que si elle avait mal dit ou fait, elle voulait corriger et amender cela à leur décision.

Art. 15. Les Anglais interdirent que soient écrites ses paroles de soumission

S’en rapporte au procès.

Art. 16. Il fut écrit au contraire qu’elle refusa de se soumettre

Déclare n’avoir jamais entendu Jeanne [refuser de se soumettre], plutôt le contraire comme déposé plus haut.

Art. 17. Si certaines paroles paraissent suggérer qu’elle refusa de se soumettre, c’est qu’elle comprenait l’Église comme les ecclésiastiques du tribunal, partisans des Anglais

Déclare avoir entendu Jeanne répondre : Vous m’interrogez sur l’Église triomphante et militante ; je ne comprends pas le sens de ces expressions ; mais je veux me soumettre à l’Église, comme il convient à une bonne chrétienne.

Art. 18. La traduction en latin retrancha des paroles qui la justifiaient et en ajouta qui l’accablaient

Déclare avoir vu le procès écrit en français, et croit qu’ensuite tout le procès fut rédigé en latin ; ne sait rien d’autre.

Art. 19. Le tribunal jugea sous la crainte

[Réponse groupée aux articles 19, 20, 21.]

Déclare d’après ce qu’il a vu et su, que Jeanne fut condamnée injustement. Jeanne lui confia, après avoir repris ses habits d’hommes, que ses gardiens lui avaient retiré ceux de femmes pour les remplacer par ceux d’hommes ; elle demanda alors aux gardiens de lui rendre ses vêtements de femme, pour pouvoir se lever et soulager son ventre, mais ils refusèrent, disant qu’elle n’aurait rien d’autre que ce vêtement d’homme ; elle leur dit qu’ils devaient bien savoir cette reprise de vêtements d’homme interdite par les juges ; néanmoins ils refusèrent de lui donner ses vêtements féminins ; enfin, pressée par le besoin, elle mit les vêtements d’homme, et, après qu’on l’eût vue ainsi habillée toute la journée, on lui rendit le lendemain ses vêtements de femme. Ce fut la cause de relapse.

Art. 20. Le procès est mensonger, incomplet et vicié

[Cf. 19.]

Art. 21. Les juges n’ayant pas suivi le droit étaient incompétents

[Cf. 19.]

Art. 22. Jeanne n’eut pas la possibilité de se défendre

Déclare qu’au début du procès, Jeanne se trouvant trop simple demanda un conseiller, mais qu’il lui fut refusé.

Art. 23. En lui accordant la communion les juges reconnaissaient qu’elle s’était soumise

Sait que Jeanne, avant qu’on l’eût prêchée et abandonnée [le jour du supplice] demanda la communion, et la reçut des mains de Martin Ladvenu, avec l’autorisation de l’évêque de Beauvais et du sous-inquisiteur ; l’hostie fut apportée par un certain messire Pierre, d’une manière très irrévérencieuse ; Jeanne se confessa deux fois et communia très dévotement et en répandant beaucoup de larmes.

Art. 24. Les Anglais la brûlèrent sans sentence séculière

Après la prédication de Nicolas Midi, Jeanne fut abandonnée par les ecclésiastiques. Ceux-ci partis, elle fut conduite, sans aucune sentence de justice séculière, au lieu du supplice.

Art. 25. Jeanne se comporta en bonne catholique jusqu’à son dernier souffle ; tous les assistants pleurèrent, même les Anglais

Véridique ; il ne vit jamais personne finir ses jours de manière aussi catholique.

Art. 26. Les Anglais agirent par haine de Jeanne et pour déshonorer le roi de France très chrétien

Le croit véridique.

Le prêcheur qui fit la première prédication parla en effet du royaume de France en ces termes : Ô royaume de France ! autrefois tu fus réputé et appelé très chrétien, tes rois et tes princes furent appelés très chrétiens ; mais maintenant à cause de toi, ô Jeanne ! ton roi qui se dit roi de France, en te soutenant et en croyant à tes paroles, est devenu hérétique et schismatique ! ; et il répéta cela trois fois. Jeanne se dressant alors lui répondit en disant : Sauve votre révérence, ce que vous dites n’est pas vrai ; car je veux que vous sachiez qu’il n’y a pas meilleur catholique entre les vivants que lui.

Art. 27. Tous ces points sont notoires et admis, tant à Rouen que dans le royaume de France

Ce qu’il a déposé fut et reste notoire à Rouen.

Enquête de 1456

  • Interrogé le mercredi 12 mai 1456
  • Lieu : Rouen, palais épiscopal

Les 39 témoins de l'enquête :

  1. Jean Tiphaine
  2. Guillaume de la Chambre
  3. Jean de Mailly
  4. Thomas de Courcelles
  5. Jean Monnet, secrétaire de Jean Beaupère
  6. Louis de Coutes, page de Jeanne
  7. Gobert Thibaut
  8. Simon Beaucroix
  9. Jean Barbin
  10. Marguerite La Touroulde, veuve de René de Bouligny
  11. Jean Marcel
  12. Jean d’Alençon
  13. Jean Pasquerel, aumônier de Jeanne
  14. Jean de Lénizeul, serviteur de Guillaume Érart
  15. Simon Charles
  16. Thibault d’Armagnac, dit Thibault de Termes
  17. Aimon de Macy
  18. Colette, femme de Pierre Milet
  19. Pierre Milet
  20. Aignan Viole
  21. Pierre Miget
  22. Guillaume Manchon, principal notaire du procès
  23. Jean Massieu
  24. Guillaume Colles, dit Boisguillaume, second notaire du procès
  25. Martin Lavenu
  26. Nicolas de Houppeville
  27. Jean Lefèvre
  28. Jean Lemaire
  29. Nicolas Caval
  30. Pierre Cusquel
  31. André Marguerie
  32. Maugier Leparmentier
  33. Laurent Guesdon, alors lieutenant du bailli de Rouen
  34. Jean Riquier
  35. Jean Moreau, habitant de Rouen originaire d’un village proche de Domrémy
  36. Nicolas Taquel, troisième notaire du procès
  37. Husson Lemaistre, habitant de Rouen originaire d’un village proche de Domrémy
  38. Pierre Daron, alors procureur de Rouen
  39. Seguin de Seguin

Devant :

Lire dans les différentes éditions

Français :

  • Gratteloup (Abrégé, 2023)
  • Duparc (Procès en nullité, t. IV, p. 109, 1986)
  • Fabre (Procès de réhabilitation, t. II, p. 65, 1888)

Latin :

  • Duparc (Procès en nullité, t. I, p. 428, 1977)
  • Quicherat (Procès, t. III, p. 150, 1845)

Maître Jean Massieu, curé de l’église paroissiale de Saint-Cande-le-Vieux à Rouen, âgé d’environ 50 ans. Entendu le 17 décembre 1455, entendu de nouveau le 12 mai sur les articles.

Art. 1-4. Vie et dévotion de Jeanne

Ne sait rien sur la famille de Jeanne sinon d’après ses réponses au procès, et ne la connut elle qu’à l’occasion de ce procès. Doyen de chrétienté à Rouen, il fut l’exécuteur des mandements portés contre elle, aussi chargé de convoquer les conseillers, de conduire Jeanne devant ses juges et de la ramener à sa prison. Pour cette raison il avait des relations très familières avec elle.

Mœurs et piété de Jeanne Elle était bonne, simple et pieuse. Une fois, alors qu’il la conduisait devant ses juges, elle lui demanda s’il y avait sur son trajet quelque église où fût le Corps du Christ ; le témoin lui montra une chapelle située sous le château et Jeanne insista beaucoup pour passer devant et y révérer Dieu ; ce qu’il fit volontiers. Elle y fit, agenouillée, une oraison très dévote. L’apprenant, Cauchon fut mécontent, et lui ordonna de ne plus jamais lui permettre de prier ainsi.

Art. 5-8. Invalidité du procès dès son ouverture

Ignore si l’on fit quelque information car il n’en vit jamais aucune.

Pression des Anglais Sait que nombreux avaient Jeanne en grande haine, et surtout les Anglais, qui la craignaient beaucoup et n’auraient osé venir en un lieu où ils l’auraient cru présente.

Croit la rumeur qui disait que Cauchon agissait non pour la justice mais pour les Anglais, alors en grand nombre à Rouen où se trouvait le roi d’Angleterre et son conseil. — Certains assesseurs disaient que Jeanne devait être remise aux mains de l’Église, mais Cauchon n’en avait cure et la remit aux Anglais. — Cauchon était très attaché au parti des Anglais ; beaucoup de conseillers avaient très peur et ne jouissaient pas de leur libre arbitre comme Nicolas de Houppeville qui fut banni avec plusieurs autres.

Pression sur Jean Lefèvre Lorsqu’on demanda à Jeanne si elle était en état de grâce, le frère Jean Le Fèvre qui jugeait ses réponses satisfaisantes, déclara cependant qu’on la persécutait trop ; les interrogateurs lui dirent de se taire.

Avis sur l’abbé de Fécamp L’abbé de Fécamp procédait plus par haine de Jeanne et partialité en faveur des Anglais que par zèle de justice.

Pression sur Jean de Châtillon Après que Jean de Châtillon déclara à Cauchon et autres assesseurs que le procès lui paraissait nul ; on interdit au témoin de le convoquer de nouveau. [Il apparaît pourtant bien jusqu’au dernier jour du procès.]

Pression sur Jean de La Fontaine Jean de La Fontaine interrogea Jeanne quelques jours et s’en alla, car il avait dénoncé dans ce procès certaines choses.

Pression sur Jean Lemaître Jean Lemaître, convoqué comme inquisiteur, se récusa plusieurs fois et fît son possible pour ne plus être présent au procès. On lui fit savoir que s’il n’y assistait pas, il serait en danger de mort. Lemaître lui-même disait que pour celui qui ne suit pas la volonté des Anglais, la mort est proche.

Pression sur le témoin Lui-même fut en grand danger. Un jour qu’il menait ou ramenait Jeanne, il rencontra un Anglais nommé Anquetil, chantre de la chapelle du roi d’Angleterre, qui lui demanda ce qu’il pensait de Jeanne. Il répondit qu’il ne voyait rien en elle que de bon, et qu’elle lui paraissait être une femme de bien. Le chantre rapporta ce propos à Warwick, qui fut très mécontent. Après beaucoup d’effort il s’en tira finalement avec des excuses.

Art. 7 Vers le début du procès, Jeanne reprocha Cauchon d’être son adversaire, à quoi celui-ci répondit : Le roi m’a ordonné de faire votre procès et je le ferai.

Art. 9. Cruauté et illégalité de l’incarcération

Jeanne se trouvait au château de Rouen, dans une chambre à mi-étage, où l’on montait par huit marches. Il y avait un lit où elle couchait ; une grosse pièce de bois, dans laquelle était fixée une chaîne de fer servant à l’attacher ; et cinq Anglais de la plus misérable condition pour la garder, des houssepaillers [en français], qui désiraient sa mort et la tournaient en dérision, ce qu’elle leur reprochait. — Tient du forgeron Étienne Castille qu’il avait construit une cage de fer, dans laquelle Jeanne était détenue debout, attachée par le cou, les mains et les pieds, dans laquelle elle fut enfermée depuis son arrivée à Rouen jusqu’au début du procès. Cependant lui-même ne la vit pas dedans.

Art. 10. Dissimulation de l’examen de virginité

Jeanne fut examinée par des matrones ou accoucheuses, dont l’une s’appelait Anne Bavon, sur l’ordre de la duchesse de Bedford. Il tient de cette Anne qu’elle fut trouvée vierge et intacte. Aussi la duchesse fit défense aux gardiens et autres de lui faire violence.

Art. 11-14. Difficulté et acharnement des interrogatoires

Lors des interrogatoires, Jeanne était interrogée par six assesseurs et les juges. Parfois, on l’interrompait dans sa réponse par une autre question, ce dont elle se plaignait : Beaux seigneurs, faites l’un après l’autre [en français].

Ne sait rien de plus.

Art. 17-18. Soumission à l’Église

On demanda à Jeanne si elle voulait se soumettre à l’Église triomphante ou militante ; elle répondit vouloir se soumettre au pape.

On racontait qu’un certain Nicolas Loiseleur se faisait passer auprès de Jeanne pour un prisonnier, afin de la pousser à agir contre elle concernant ladite soumission.

Art. 20-21. Infidélité des douze articles

Ignore qui présenta les [douze] articles.

Art. 23-25. Première sentence et abjuration

Lors de sa prédication, Guillaume Érard brandit une cédule d’abjuration devant Jeanne en lui disant : Tu abjureras et signeras cette cédule ! On lui remit la cédule pour qu’il la lise à Jeanne : elle l’engageait à ne plus porter les armes, l’habit d’homme, les cheveux courts, et beaucoup d’autres choses dont il ne se souvient plus. La cédule contenait environ huit lignes et non davantage ; et il sait avec certitude que ce n’était pas celle mentionnée dans le procès, car c’est une autre qu’il lui a lue et que Jeanne signa.

Tumulte lors de la signature Lorsqu’on demanda à Jeanne de signer la cédule, il s’éleva un grand murmure dans l’assistance ; et il entendit Cauchon dire à quelqu’un : Vous me ferez des excuses ! et assurer qu’il ne poursuivrait pas avant d’avoir reçu des excuses. — Pendant ce temps le témoin avertissait Jeanne, qui ne comprenait ni la cédule, ni le danger qui la menaçait. Pressée de signer elle déclara : Que cette cédule soit examinée par l’Église et les clercs, je ferai comme ils me diront. Guillaume Érard la menaça : Fais-le maintenant ! sinon tu mourras par le feu aujourd’hui ! et Jeanne répondit qu’elle préférait signer plutôt que d’être brûlée. À ce moment il se fit un grand tumulte dans l’assistance, et beaucoup de pierres furent lancées. La cédule signée, Jeanne demanda au promoteur si elle serait remise à l’Église, et en quel lieu elle devait se rendre ; celui-ci répondit : au château de Rouen. Elle y fut reconduite en habits de femme.

Art. 26-27. Reprise des habits d’homme.

Le jour de la Sainte Trinité, Jeanne, accusée de relapse, répondit que pendant qu’elle était couchée, les gardiens remplacèrent ses habits de femme qui se trouvaient sur son lit par un habit d’homme. Lorsqu’elle réclama ses habits de femme, pour pouvoir se lever et soulager son ventre, ils les lui refusèrent ; elle leur rappela l’interdiction faite par les juges de porter cet habit d’homme, mais ils persistèrent. Poussée par un besoin naturel, elle mit l’habit d’homme, et ne put de toute la journée obtenir de ces gardiens un autre habit, si bien que plusieurs personnes la virent en habit d’homme. Et pour cela elle fut jugée relapse. Plusieurs personnes furent envoyées pour constater et l’interroger, dont André Marguerie. Lorsque ce-dernier se présenta aux gardes disant venir demander à Jeanne pourquoi elle avait repris l’habit d’homme, l’un d’eux tenta de le frapper de sa lance. Terrifiés, tous se retirèrent.

Art. 28-33. Deuxième sentence et supplice

Communion de Jeanne Le mercredi matin, jour de sa mort, frère Martin Ladvenu entendit Jeanne en confession ; puis il l’envoya, lui qui parle, avertir Cauchon qu’elle demandait à recevoir la communion. L’évêque réunit quelques personnes pour en délibérer ; et autorisa le frère Martin à lui porter le sacrement de l’eucharistie et tout ce qu’elle demanderait. Le témoin revint porter la nouvelle au château et frère Martin donna à Jeanne, en présence du témoin, le sacrement de l’eucharistie.

Jeanne est amenée au supplice Cela fait, le témoin et frère Martin conduisirent Jeanne, en habit de femme, jusqu’au lieu où elle fut brûlée ; en chemin elle faisait de si pieuses lamentations qu’ils ne pouvaient retenir leurs larmes. Elle recommandait son âme si dévotement à Dieu et aux saints qu’elle provoquait les larmes de ceux qui l’entendaient.

Prédication de Nicolas Midi Elle fut amenée au Vieux Marché où se trouvait maître Nicolas Midi, qui devait faire la prédication ; il la termina ainsi : Jeanne, va en paix ! L’Église ne peut plus te défendre et te remet en mains séculières. Jeanne se jeta à genoux pour prier et demanda une croix au témoin. Un Anglais en fit une avec un bâton, qu’elle baisa et posa sur sa poitrine avec la plus grande dévotion. Elle voulut aussi une croix d’église, l’obtint, l’embrassait, la serrant dans ses bras, et pleurait en se recommandant à Dieu, à saint Michel, à sainte Catherine et à tous les saints. Puis elle étreignit la croix en saluant les assistants, descendit de l’estrade en compagnie du frère Martin et alla jusqu’au lieu du supplice, où elle mourut très pieusement.

Témoignage du bourreau Il tient de Jean Fleury, clerc du bailli et greffier, qu’au rapport du bourreau, une fois son corps brûlé et réduit en cendres, son cœur resta intact et plein de sang. On lui enjoignit de rassembler les cendres et tout ce qui restait d’elle et de les jeter dans la Seine.

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