Procès de réhabilitation de Jeanne d’Arc

#Notaires du procès

16 témoins :

Guillaume Manchon(principal notaire du procès)

Ajoute que, comme notaire, il était chargée d’écrire les réponses de Jeanne ; qu’il arriva que deux autres notaires cachés écrivaient en omettant toutes les justifications ; et que les juges voulurent qu’il rédigeât à leur guise, ce qu’il ne fit pas.

Il en fut lui-même le notaire, sur l’injonction du Grand conseil du roi d’Angleterre, et il n’aurait pas osé désobéir à un ordre des seigneurs de ce conseil.

Durant une longue période du procès, deux autres écrivains se tenaient cachés près d’une fenêtre ; après le déjeuner les notaires et les docteurs se réunissaient pour mettre au propre les notes du matin, et Manchon était incité à corriger son rapport d’après celui desdits écrivains : mais il n’a rien changé, mais a écrit fidèlement.

Le procès commença ; lui-même fut pris comme notaire, avec Guillaume Boisguillaume ; ainsi fit-il la connaissance de Jeanne.

Les premiers interrogatoires furent très bruyants ; notamment le premier dans la chapelle du château de Rouen où Jeanne était interrompue presque à chaque mot quand elle parlait de ses apparitions. Deux ou trois secrétaires du roi d’Angleterre enregistraient à leur guise et à charge les paroles de Jeanne ; le témoin s’en plaignit et menaça de quitter sa charge ; on se déplaça dans une salle du château proche de la grande salle et gardée par deux Anglais. Lorsqu’on désirait réinterroger Jeanne sur un point, pour vérifier sa réponse ou la préciser, le témoin ajoutait un Nota en tête d’article.

Croit qu’elle fut jugée à Rouen et non à Paris, car c’est là qu’était le roi d’Angleterre ; fut placée dans la prison du château de Rouen. — Lui-même fut forcé d’être notaire et le fit contre son gré, car n’osait s’opposer à un ordre du conseil du roi. — Les Anglais menèrent et financèrent le procès. Cauchon et d’Estivet le firent volontairement ; les autres assesseurs n’auraient osé refuser, tous avaient peur. — Au début du procès il fut convoqué dans une maison, près du château, par Cauchon, l’abbé de Fécamp, Nicolas Loyseleur et plusieurs autres ; Cauchon déclara qu’il lui fallait servir le roi, qu’il avait l’intention de faire un beau procès ; on nomma Boisguillaume pour l’assister.

Warwick, Cauchon et Loyseleur convoquèrent les deux notaires ; pour élucider la question des apparitions de Jeanne, ils avaient décidé que Loyseleur se ferait passer pour un laïc lorrain et partisan du roi de France, serait laissé seul avec Jeanne, et qu’on les écouterait en cachette depuis la pièce d’à côté. Loyseleur s’introduisit, fit semblant de donner des nouvelles du royaume puis l’interrogea sur ses révélations ; les notaires refusèrent cependant d’enregistrer ses réponses, obtenues de manière malhonnête, et qu’il faudrait la réinterroger dans les formes de justice. — Jeanne eut toujours grande confiance en ce Loyseleur ; il l’entendit plusieurs fois en confession ; et allait généralement s’entretenir avec elle avant ses interrogatoires.

Au début du procès, d’autres notaires se tenaient cachés dans une fenêtre par des tentures, sous l’œil de Nicolas Loyseleur, écrivant ce qu’ils voulaient et omettant les justifications de Jeanne. Lui-même, Boisguillaume et le clerc de Beaupère se tenaient aux pieds des juges. Leurs écritures différaient, entraînant des querelles ; d’où les Nota qu’il ajoutait à côté de certains points pour signaler qu’il faudrait réinterroger Jeanne (art. 2-4).

Isambert de La Pierre

Jeanne se plaignit à Cauchon qu’on enregistrait pas ce qu’elle disait pour sa défense, et uniquement ce qu’on faisait contre elle.

Nicolas Taquel(troisième notaire du procès)

Vers le milieu du procès, les deux notaires l’appelèrent à se joindre ; il vit Jeanne dans la prison du château de Rouen, dans une tour vers la campagne.

N’a rien remarqué ; au contraire il lui paraît que les notaires écrivaient fidèlement.

Ne se rappelle pas que des Anglais aient été présents lors des interrogatoires, hormis les garde ; ni qu’ils aient prononcé quelque interdiction, quoiqu’on eût interdit d’insérer certaines choses qui, au dire du témoin, ne concernaient pas la cause.

Déclare croire que les notaires écrivirent fidèlement, parfois en français, parfois en latin. — Il entendit que Thomas Courcelles fut chargé de la traduction en latin mais ignore si quelque chose fut changé, ajouté ou retranché.

Depuis cette date jusqu’à la fin du procès, il fut présent comme notaire aux interrogatoires et réponses de Jeanne. Lui-même ne rédigeât pas ; il écoutait et relatait aux deux autres notaires, à savoir Boisguillaume et Manchon, qui écrivaient, et surtout Manchon. — On lui montra le procès signé de son seing manuel, qu’il reconnut, ainsi que ceux de Manchon et Boisguillaume ; il confesse avoir signé ce volume et avoir certifié tous les actes auxquels il avait pris part. — Ce procès fut rédigé en sa forme actuelle très longtemps après la mort de Jeanne, mais il ignore quand.

Nicolas de Houppeville

A entendu dire qu’on interdisait aux notaires d’écrire certaines de ses paroles.

Il n’assista pas au procès, mais tient du sous-inquisiteur Jean Lemaître que Jeanne se plaignit qu’on la harcelait trop de questions difficiles et hors de propos. — Le bruit courait qu’on interdisait aux notaires d’écrire certaines des paroles de Jeanne.

Jean Massieu(huissier du procès)

Manchon écrivait, non pas à la volonté de quelques-uns, mais pour la vérité. Lorsqu’on réinterrogeait Jeanne sur un point on constatait que Manchon avait compris et bien écrit.

Croit que le notaire rédigeait fidèlement.

Nicolas Caval

Croit que les notaires ont écrit avec fidélité et sans crainte.

A connu Jeanne à l’occasion de son procès, auquel il assista pendant quelques jours, sans avoir été requis cependant. Il assista à un de ses interrogatoires, elle répondait avec assez de sagesse et avait une très bonne mémoire. En effet, elle répliquait parfois : J’ai répondu autrement et de telle manière et faisait chercher par le notaire le jour de la réponse, et on la trouvait conforme à ce qu’elle déclarait, sans la moindre addition ou soustraction, ce qui surprenait, attendu son jeune âge.

Croit que les Anglais n’avaient pas grand amour pour elle, mais ne sait rien des juges. Croit que les notaires écrivirent fidèlement, sans aucune crainte.

Richard de Grouchet

Croit que les notaires retranscrivirent fidèlement. — Il vit cependant Cauchon injurier violemment les notaires, quand ceux-ci ne faisaient pas ce qu’il voulait ; et la scène était très violente, à ce qu’il assure, d’après ce qu’il a vu et entendu.

Le notaire écrivait en français et quand il y avait doute sur le texte il le relisait. Ne sait rien de la traduction.

Croit que les notaires ont bien et fidèlement rédigé.

Pierre Miget

Croit que les notaires rédigeaient fidèlement.

Croit que les notaires furent fidèles.

Avait entendu Manchon parler de gens cachés derrière les courtines et s’était plaint du procédé aux juges. Mais croit qu’au final le procès signé des notaires est fidèle.

Martin Lavenu

S’en rapporte aux notaires, croit qu’ils écrivirent fidèlement.

Thomas Marie

Les notaires ont écrit fidèlement quoique peut-être, à ce qu’il comprit, ils aient parfois été sollicités d’écrire autrement.

Jean Fave

A entendu dire que les Anglais s’étaient plaints du notaire Manchon qu’il soupçonnait d’être favorable à Jeanne, parce qu’il ne venait pas volontiers et ne se conduisait pas à leur gré.

Jean Monnet(secrétaire de Jean Beaupère)

Jeanne lui reprocha, à lui et aux notaires, de mal rédiger, et leur fit faire à plusieurs reprises des corrections.

Jean Marcel

Le frère Jean Le Sauvage avait assisté au procès mais en parlait avec réticence. Il lui confia cependant qu’il n’avait jamais vu une femme de cet âge donner tant de peine à ceux qui l’interrogeaient, et qu’il admirait beaucoup ses réponses et sa mémoire. Une fois, comme le notaire relisait ce qu’il avait écrit, Jeanne lui dit qu’elle n’avait pas répondu ainsi, et s’en rapporta aux assistants, qui lui donnèrent tous raison.

Guillaume Colles, dit Boisguillaume(second notaire du procès)

Reconnaît sa signature et authentifie le procès qu’on lui montre ; c’est l’un des cinq exemplaires semblables qui furent faits. Il fut associé aux notaires Guillaume Manchon et Pierre Taquel [Nicolas], et rédigèrent fidèlement les questions et les réponses, et après le déjeuner les collationnaient entre eux. Ils étaient impartiaux et ne travaillaient sous la crainte de personne.

Jean Lefèvre

Un jour, alors qu’on relisait à Jeanne ses déclarations au sujet de ses apparitions, il l’interpella car il lui semblait qu’une réponse avait été mal consignée ; elle demanda au notaire de la relire et témoigna qu’elle avait dit le contraire ; sa réponse fut corrigée. Guillaume Manchon l’invita à être plus vigilante.

Pierre Daron(alors procureur de Rouen)

A entendu dire que Jeanne dans ses réponses faisait merveille et qu’elle avait une mémoire surprenante ; en effet, interrogée une fois sur un point déjà traité peut-être huit jours avant, elle répondit : J’ai été interrogée tel jour […] et j’ai répondu ainsi. ; Boisguillaume déclara qu’elle n’avait pas répondu, d’autres assesseurs prétendait le contraire ; on fit lecture de la réponse au jour indiqué, et on trouva que Jeanne avait raison ; Jeanne s’en réjouit et dit à Boisguillaume que, s’il se trompait une autre fois, elle lui tirerait l’oreille.

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