Déposition de Jean Monnet (secrétaire de Jean Beaupère)
Interrogé une fois en 1456.
Maître Jean Monnet, professeur de théologie sacrée, chanoine de Paris, âgé d’environ 50 ans, le 3 avril 1456.
Art. 1-4. Vie et dévotion de Jeanne
N’a rien su de Jeanne ni de ses parents avant son arrivée à Rouen. Il y alla avec Jean Beaupère, dont il était le serviteur, en compagnie de Pierre Morice, Thomas de Courcelles et d’autres, convoqués peu avant le début du procès.
Art. 5-8. Invalidité du procès dès son ouverture
Assista à trois ou quatre séances où il enregistrait les questions posées à Jeanne et ses réponses, non pas comme notaire, mais comme clerc et secrétaire de Jean Beaupère. Le témoin a reconnu son écriture sur un papier du procès fait en français.
Jeanne lui reprocha, à lui et aux notaires, de mal rédiger, et leur fit faire à plusieurs reprises des corrections.
Pour des questions qu’elle jugeait ne pas devoir répondre, elle disait s’en rapporter à la conscience de ceux qui l’interrogeaient, pour savoir si elle devait ou non répondre.
Les Anglais engagèrent le procès parce que Jeanne leur paraissait trop nuisible, et leur avait déjà fait des dommages considérables ; et croit qu’ils en payèrent les frais.
Quant à l’ardeur qui poussait les juges, s’en rapporte à leur conscience.
Art. 9. Cruauté et illégalité de l’incarcération
Ne sait rien, sinon qu’elle était détenue au château de Rouen.
Art. 10. Dissimulation de l’examen de virginité
A entendu dire que Jeanne avait été examinée et trouvée vierge, et qu’elle avait été blessée au fondement par l’équitation.
Art. 11-14. Difficulté et acharnement des interrogatoires
On posait à Jeanne des questions difficiles, auxquelles un maître en théologie aurait répondu avec difficulté, et qui semblaient fort l’accabler.
Elle fut malade, mais ignore si elle reçut la visite de médecins.
Ne sait rien, ou s’en rapporte au procès.
Art. 20-21. Infidélité des douze articles
Ignore qui a rédigé les douze articles et s’ils furent fidèles aux aveux de Jeanne. Sait cependant que Jean Beaupère les porta à Paris.
Art. 22. Emploi de notaires cachés et de conseillers déguisés
A seulement entendu dire que certains allaient sous un déguisement s’entretenir avec Jeanne, mais ignore qui.
Art. 23-25. Première sentence et abjuration
Fut présent lors de la prédication de Saint-Ouen, sur une estrade aux pieds de Jean Beaupère. La prédication terminée, comme on commençait à lire la sentence, Jeanne déclara qu’elle suivrait les conseils des clercs voyant tout selon leur conscience. À ces mots Cauchon demanda au cardinal d’Angleterre ce qu’il fallait faire étant donné la soumission de Jeanne ; celui-ci lui répondit qu’il devait recevoir Jeanne à la pénitence ; ce qui fut fait. — Le témoin vit la cédule d’abjuration qui lui fut lue : une petite cédule, d’environ six ou sept lignes. — Jeanne s’en rapportait à la conscience des juges, pour décider si elle devait se rétracter ou non. — Ce jour-là, on disait que le bourreau se trouvait sur la place, attendant qu’elle fût livrée à la justice séculière.
Ne sait rien car dit avoir quitté Rouen le lundi ou le dimanche précédant la mort de Jeanne.