Procès de réhabilitation de Jeanne d’Arc

#Soumission à l’Église

Guillaume Manchon(principal notaire du procès)

S’en rapporte aux réponses de Jeanne contenues au procès.

Six semaines avant la sentence, Jean de la Fontaine et deux dominicains allèrent la persuader de se soumettre à l’Église, car elle ne paraissait pas comprendre la nature de l’Église. La Fontaine dut s’enfuir, les deux autres furent longtemps tourmentés. — Jean Lohier, voyant par les autres qu’on ne pouvait juger en sûreté, dit qu’on ne procédait pas bien et quitta le procès.

Aux environs de la semaine sainte, Jean de La Fontaine, assistant de Cauchon, frères Ysembart de La Pierre et Martin Lavenu, dominicains et assistants de Lemaître, poussés par la pitié, allèrent voir Jeanne dans sa prison ; et ils la persuadèrent de se soumettre à l’Église, sans quoi elle serait en danger de mort. Cauchon et Warwick l’apprirent et entrèrent dans une extrême colère ; en danger de mort, La Fontaine quitta la ville, les deux frères furent protégés par Lemaître. [La Fontaine n’apparaît plus au procès-verbal après le 28 mars.]

[Réponse groupée aux articles 15, 16.]

A écrit tout ce qu’il a entendu.

Déclare que lorsqu’on pressait Jeanne de se soumettre à l’Église et lorsque frère Ysambart de La Pierre la persuadait de se soumettre au concile général, avoir entendu l’évêque de Beauvais dire au frère Bardin : Taisez-vous, au nom du diable ! Et cela se passait en justice, quand Jeanne était interrogée.

Jeanne ne comprenait pas la différence entre l’Église triomphante et l’Église militante.

Isambert de La Pierre

Lorsqu’on demanda à Jeanne si elle voulait se soumettre à l’Église ; elle répondit : Qu’est-ce que l’Église ? Quant à vous, je ne veux pas me soumettre à votre jugement, car vous être mon ennemi mortel. Lorsque lui-même lui parla du concile [de Bâle], elle répondit s’y soumettre, aussitôt Cauchon dit au témoin de se taire, au nom du diable.

Jeanne se plaignit à Cauchon qu’on enregistrait pas ce qu’elle disait pour sa défense, et uniquement ce qu’on faisait contre elle.

Interrogée si elle se soumettait au pape elle demanda à ce qu’on la conduisît à lui.

Après la rétractation de Jeanne, lui, Jean de La Fontaine, frère Guillaume Vallée, et d’autres du rang des juges allèrent la trouver pour l’encourager à persévérer ; les Anglais, remplis de colère et de fureur, les chassèrent du château avec des glaives et des bâtons ; Jean de La Fontaine quitta la ville et n’y revint pas. [La Fontaine avait sans doute quitté la ville bien avant ; il n’apparaît plus après le 28 mars ; l’abjuration a eu lieu le 24 mai.] — Le témoin fut personnellement menacé par le comte de Warwick pour avoir conseillé à Jeanne de se soumettre au concile général.

Déclare que Jeanne avait accepté de se soumettre au pape, si seulement on l’envoyait et conduisait à lui, mais pas au tribunal ou à Cauchon qui étaient ses ennemis mortels.

Lorsque le témoin lui-même suggéra à Jeanne de se soumettre au concile de Bâle dans lequel se trouvaient beaucoup de prélats et de docteurs du parti du roi de France, elle s’y soumit ; alors Cauchon l’invectiva violemment en lui disant : Taisez-vous, au nom du diable ! Entendant cela, maître Guillaume Manchon, notaire de la cause, demanda à l’évêque s’il devait écrire cette soumission ; l’évêque répondit que non, et que ce n’était pas nécessaire ; aussi Jeanne dit à l’évêque : Ha ! vous écrivez bien ce qui est contre moi, et vous ne voulez pas écrire ce qui est pour moi. Et il croit que cela ne fut pas écrit ; d’où s’ensuivit dans l’assemblée un grand murmure.

Interrogée sur sa soumission à l’Église, Jeanne a longtemps cru qu’il s’agissait du tribunal qui la jugeait ; Pierre Morisse lui expliqua le sens du mot et elle se soumit toujours au pape, pourvu qu’on la conduisît à lui. Croit que son ignorance de l’Église était la raison pour laquelle parfois elle n’accepta pas de se soumettre à l’Église.

Martin Lavenu

Interrogée plusieurs fois sur sa soumission à l’Église, Jeanne demandait ce qu’était l’Église ; lorsqu’on lui eut expliqué elle demanda à être conduite au pape.

Le témoin ajouta qu’il avait entendu Jeanne en confession, avec l’autorisation des juges, avant le prononcé de la sentence, et lui avait administré le corps du Christ ; elle le reçut avec tant de dévotion et tant de larmes abondantes, qu’il ne saurait le raconter.

L’a souvent entendue se soumettre au pape et demander à ce qu’on la conduisît à lui.

Jeanne fut plusieurs fois interrogée si elle voulait se soumettre au jugement de l’Église. Elle demandait ce qu’était l’Église, on lui répondait que c’étaient le pape et les prélats, elle répliquait se soumettre au pape, demandant à être conduite près de lui. — Il l’entendit dire, en dehors cependant du procès, qu’elle ne voulait rien soutenir contre la foi catholique, et qu’elle rejetterait tout ce qui en dévierait dans ses dits ou ses faits.

Nicolas Taquel(troisième notaire du procès)

Atteste avoir plusieurs fois entendu Jeanne dire qu’elle ne voulait rien dire ni faire contre la foi. Et croit que cela fut écrit dans le procès.

Ne se rappelle pas que des Anglais aient été présents lors des interrogatoires, hormis les garde ; ni qu’ils aient prononcé quelque interdiction, quoiqu’on eût interdit d’insérer certaines choses qui, au dire du témoin, ne concernaient pas la cause.

Ne se rappelle que Jeanne ait jamais refusé de se soumettre à l’Église, bien qu’il l’ait vue parfois troublée ; parfois des docteurs la dirigeaient ; et parfois on remettait jusqu’au lendemain.

On expliqua à Jeanne ce qu’était l’Église, alors elle se soumettait au jugement de l’Église.

Pierre Bouchier

N’était pas présent ; mais après la prédication faite à Saint-Ouen, Jeanne dit à haute voix, mains jointes, qu’elle se soumettrait au jugement de l’Église, priant saint Michel qu’il la dirigeât et conseillât.

A entendu de plusieurs que Jeanne s’était soumise au pape et demandé qu’on la conduisît à lui.

Nicolas de Houppeville

Entendit dire qu’on introduisit auprès d’elle certains individus feignant d’être des soldats du roi de France, pour la persuader de ne pas se soumettre au jugement de l’Église, et que c’est pour cette raison que Jeanne varia ensuite dans sa soumission à l’Église.

Croit que Jeanne fut bonne catholique et communia le matin de l’exécution.

Croit vrai le reste de l’article.

Jean Massieu(huissier du procès)

L’ignore, mais il entendit que Nicolas Loiselleur, se faisant passer pour un Français prisonnier des Anglais, entrait parfois secrètement dans la prison de Jeanne pour la persuader de ne pas se soumettre à l’Église, sinon elle se trouverait trompée.

Véridique ; il entendit Jeanne dire aux juges que si elle avait mal dit ou fait, elle voulait corriger et amender cela à leur décision.

Déclare n’avoir jamais entendu Jeanne [refuser de se soumettre], plutôt le contraire comme déposé plus haut.

Déclare avoir entendu Jeanne répondre : Vous m’interrogez sur l’Église triomphante et militante ; je ne comprends pas le sens de ces expressions ; mais je veux me soumettre à l’Église, comme il convient à une bonne chrétienne.

On demanda à Jeanne si elle voulait se soumettre à l’Église triomphante ou militante ; elle répondit vouloir se soumettre au pape.

On racontait qu’un certain Nicolas Loiseleur se faisait passer auprès de Jeanne pour un prisonnier, afin de la pousser à agir contre elle concernant ladite soumission.

Guillaume du Désert

Au cours de cette prédication il entendit Jeanne dire qu’elle se soumettrait à l’Église ; mais ignore s’il fut interdit aux notaires de l’écrire.

André Marguerie

Croit plutôt le contraire, car il a entendu Jeanne dire que ses convictions ne venaient de personnes, prélats ou Pape, mais uniquement de Dieu. C’est sans doute pourquoi on chercha sa rétractation.

A entendu de la bouche même de Jeanne, interrogée sur sa soumission à l’Église, que pour certaines choses elle ne croirait ni son évêque, ni le pape, ni quiconque, car elle les tenait de Dieu. Ce fut une des raisons pour lesquelles on chercha à obtenir une rétractation.

Richard de Grouchet

L’entendit refuser de se soumettre au juge et aux assistants, mais se soumettre à l’Église et au pape, demandant à être conduite à lui. On lui dit que le procès serait envoyé au pape ; elle répondit que comme elle ne savait pas ce qu’on mettrait dans le procès, elle voulait y aller elle-même et être interrogée par lui.

Ignore si sa soumission fut enregistrée mais témoigne que Jeanne s’est toujours soumise jugement du pape et de l’Église.

Pierre Miget

Croit que Jeanne ne comprenait pas ce qu’était l’Église. Ne se souvient pas qu’elle ait refusé de s’y soumettre.

A entendu plusieurs fois Jeanne affirmer et attester ne rien vouloir soutenir contre la foi catholique, et vouloir se séparer de tout ce qui en dévierait. Elle proclama plusieurs fois expressément se soumettre à l’Église et au pape.

Jean Le Fèvre

Ne se souvient pas que Jeanne ait prononcé ces mots, se rappelle bien qu’elle dit ne rien vouloir dire ou faire qui fût contre Dieu.

N’entendit jamais qu’elle eût refusé de se soumettre à l’Église ; du moins ne se souvient pas.

Ne se souvient pas que Jeanne ait refusé de se soumettre à l’Église. Au contraire, l’entendit plusieurs fois dire qu’elle ne voudrait rien soutenir ou faire qui fût contre Dieu.

Guillaume de la Chambre

A entendu Jeanne se soumettre au pape.

Thomas de Courcelles

Dans la première délibération [sans doute celle du 19 mai, après l’adhésion au conclusion de l’Université de Paris], il y eut grande dispute et divergence pour savoir si Jeanne devait être déclarée hérétique ; lui-même n’avança jamais qu’elle fût hérétique, sauf si elle s’entêtait à refuser de se soumettre à l’Église. — Dans la troisième et dernière délibération [29 mai], il lui semble n’avoir jamais déclaré d’une manière positive que Jeanne était hérétique, mais qu’elle était comme auparavant : c’est-à-dire que si auparavant elle était hérétique, elle l’était encore. — Affirme que jamais on ne délibéra d’une peine à infliger à Jeanne.

Sur la soumission de Jeanne à l’Église, s’en rapporte à ses diverses réponses contenues au procès.

Jean Riquier

Tient de certains que Jeanne prétendait ne rien vouloir soutenir contre la foi catholique.

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