Procès de réhabilitation de Jeanne d’Arc

Déposition de Pierre Bouchier

Interrogé une fois en 1452.

Enquête de 1452

  • Interrogé le lundi 8 mai 1452
  • Lieu : Rouen, palais épiscopal

Questionnaire de l'interrogatoire :

Devant :

Notaires :

Lire dans les différentes éditions

Français :

  • Gratteloup (Abrégé, 2023)
  • Duparc (Procès en nullité, t. III, p. 189, 1983)
  • Fabre (Procès de réhabilitation, t. II, p. 128, 1888)

Latin :

  • Duparc (Procès en nullité, t. I, p. 200, 1977)
  • Quicherat (Procès, t. II, p. 321, 1845)
[Assista au supplice.]

Messire Pierre Bouchier, prêtre, curé de l’église paroissiale de Bourgeauville, diocèse de Lisieux, âgé d’environ 55 ans, entendu le 8 mai 1452.

Art. 1. Les Anglais haïssaient Jeanne pour les avoir combattus, et voulaient la faire mourir

Le croit véridique, surtout parce que Jeanne a fait lever le siège d’Orléans.

Art. 2. Les Anglais la craignaient

Croit que les Anglais retenaient Jeanne et voulaient bien la faire mourir.

Art. 3. Les Anglais organisèrent un faux procès de foi à Rouen où ils étaient maîtres

Déclare qu’elle fut conduite et transportée comme indiqué ; sur les pressions et autres ne sait rien.

Art. 4. Juges et conseillers agirent sous leur menace

Ne sait rien sinon qu’un clerc anglais, bachelier en théologie, garde du sceau privé du cardinal d’Angleterre, présent lors de la première prédication au cimetière Saint-Ouen de Rouen, s’adressa au seigneur évêque de Beauvais, juge de ladite Jeanne, et lui dit : Dépêchez-vous ! Vous être trop favorable. De quoi l’évêque, mal content, jeta le procès par terre, disant qu’il ne ferait rien d’autre ce jour là et qu’il agirait suivant sa conscience.

Art. 5. Les notaires ne purent écrire fidèlement les paroles de Jeanne

Ne sait rien (car n’était pas présent pendant le procès).

Art. 6. Les notaires devaient retrancher les paroles qui la justifiaient et en ajouter d’autres qui l’accablaient

Ne sait rien.

Art. 7. Aucun conseiller n’osa la défendre par crainte pour sa vie

Ne sait rien sinon que Jeanne était seule, assise sur un siège. A entendu dire qu’elle répondait sans conseiller, mais ignore si elle n’en voulait pas ou s’il lui fut refusé.

Art. 8. Jeanne était confiée à la garde des Anglais, entravée de fer et isolée

Sait bien qu’elle était en prison dans le château de Rouen ; mais ignore si elle était enchaînée ; personne ne pouvait lui parler sans l’autorisation de quelques Anglais qui avaient sa garde. Il ne l’a vit sortir qu’escortée d’Anglais. Certains étaient enfermés avec elle, dans une pièce fermée par trois clefs gardées l’une par le seigneur cardinal ou le susdit bachelier [le cardinal d’Angleterre ou son garde de sceau, mentionné à sa réponse à l’article 4], l’autre par l’inquisiteur, la dernière par messire Jean Benedicite le promoteur ; et les Anglais redoutaient fort qu’elle s’évadât.

Art. 9. Jeune fille d’environ 19 ans, Jeanne était inapte à se défendre seule

Elle avait 19 ans, on disait qu’elle était assez sage dans ses réponses.

Art. 10. Les Anglais allaient la nuit feindre des révélations pour l’inciter à ne pas se soumettre à l’Église

Ne sait rien.

Art. 11. Les interrogatoires étaient difficiles

Ne sait rien.

Art. 12. Les interrogatoires étaient longs et éprouvants

Ne sait rien.

Art. 13. Jeanne affirma souvent ne rien vouloir soutenir contre la foi catholique

N’était pas présent ; mais après la prédication faite à Saint-Ouen, Jeanne dit à haute voix, mains jointes, qu’elle se soumettrait au jugement de l’Église, priant saint Michel qu’il la dirigeât et conseillât.

Art. 14. Jeanne déclara plusieurs fois soumettre ses paroles et ses actes à l’Église et au pape

A entendu de plusieurs que Jeanne s’était soumise au pape et demandé qu’on la conduisît à lui.

Art. 15. Les Anglais interdirent que soient écrites ses paroles de soumission

Ne sait rien.

Art. 16. Il fut écrit au contraire qu’elle refusa de se soumettre

Ne sait rien.

Art. 17. Si certaines paroles paraissent suggérer qu’elle refusa de se soumettre, c’est qu’elle comprenait l’Église comme les ecclésiastiques du tribunal, partisans des Anglais

S’en rapporte à la compréhension qu’avait Jeanne.

Art. 18. La traduction en latin retrancha des paroles qui la justifiaient et en ajouta qui l’accablaient

A entendu dire que le procès fut rédigé en latin.

Art. 19. Le tribunal jugea sous la crainte

S’en rapporte au droit.

Art. 20. Le procès est mensonger, incomplet et vicié

S’en rapporte au droit.

Art. 21. Les juges n’ayant pas suivi le droit étaient incompétents

S’en rapporte au droit.

Art. 22. Jeanne n’eut pas la possibilité de se défendre

Ne sait rien sinon que Jeanne répondait seule et sans conseil.

Art. 23. En lui accordant la communion les juges reconnaissaient qu’elle s’était soumise

Jeanne lui semblait bonne chrétienne.

Il sait qu’on lui apporta le corps du Christ au château dans son cachot, avant de la conduire au Vieux Marché, où elle fut exhortée et brûlée.

Art. 24. Les Anglais la brûlèrent sans sentence séculière

Après la sentence ecclésiastique elle fut conduite à l’estrade du bailli par des hommes d’armes royaux ; sur cette estrade il y avait le bailli et d’autres officiers laïcs, et elle resta quelque temps avec eux ; mais ce qu’ils dirent ou firent, il l’ignore, si ce n’est qu’après leur départ elle fut livrée au feu.

Art. 25. Jeanne se comporta en bonne catholique jusqu’à son dernier souffle ; tous les assistants pleurèrent, même les Anglais

Alors qu’on l’attachait, Jeanne implorait et invoquait spécialement saint Michel. Et il la vit bonne chrétienne jusqu’à la fin ; il vit aussi de nombreux assistants, jusqu’au nombre de dix mille, pleurer et se lamenter, en disant que c’était grande pitié.

Art. 26. Les Anglais agirent par haine de Jeanne et pour déshonorer le roi de France très chrétien

Les Anglais redoutaient Jeanne plus que tout le reste de l’armée du roi de France, motif probable du procès.

Art. 27. Tous ces points sont notoires et admis, tant à Rouen que dans le royaume de France

Vrai et notoire, surtout à Rouen.

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