Procès de réhabilitation de Jeanne d’Arc

Dépositions de Jean Riquier

Enquête de 1452

  • Interrogé le mardi 9 mai 1452
  • Lieu : Rouen, palais épiscopal

Questionnaire de l'interrogatoire :

Devant :

Notaires :

Lire dans les différentes éditions

Français :

  • Gratteloup (Abrégé, 2023)
  • Duparc (Procès en nullité, t. III, p. 228, 1983)
  • Fabre (Procès de réhabilitation, t. II, p. 124, 1888)

Latin :

  • Duparc (Procès en nullité, t. I, p. 240, 1977)
  • Quicherat (Procès, t. II, p. 372, 1845)
[N’a pas assisté au procès, mais au supplice.]

Messire Jean Riquier, prêtre, curé de l’église paroissiale de Heudicourt, âgé d’environ 40 ans, entendu le 9 mai 1452.

Art. 1. Les Anglais haïssaient Jeanne pour les avoir combattus, et voulaient la faire mourir

Le croit vrai.

Art. 2. Les Anglais la craignaient

Le croit vrai. Ajoute qu’on disait communément que les Anglais n’auraient pas osé mettre le siège devant Louviers avant sa mort.

Art. 3. Les Anglais organisèrent un faux procès de foi à Rouen où ils étaient maîtres

Sait que Jeanne fut conduite et incarcérée au château de Rouen pour être jugée ; croit que ce procès fut fait à la demande et aux frais des Anglais.

Ne sait rien de la crainte et des pressions.

Art. 4. Juges et conseillers agirent sous leur menace

Il est notoire, lui-même le croit, que beaucoup se seraient volontiers abstenus ; et y assistaient plus par peur qu’autrement.

Art. 5. Les notaires ne purent écrire fidèlement les paroles de Jeanne

Ne sait rien car n’était pas présent.

Art. 6. Les notaires devaient retrancher les paroles qui la justifiaient et en ajouter d’autres qui l’accablaient

Ne sait rien car n’était pas présent.

Art. 7. Aucun conseiller n’osa la défendre par crainte pour sa vie

Ne s’en souvient pas.

Art. 8. Jeanne était confiée à la garde des Anglais, entravée de fer et isolée

N’a pas vu Jeanne en prison ; on disait que personne n’osait lui parler, qu’elle était enchaînée, et que les Anglais la gardaient.

Art. 9. Jeune fille d’environ 19 ans, Jeanne était inapte à se défendre seule

A entendu dire qu’elle répondait avec sagesse ; à tel point que si certains des docteurs avaient été ainsi interrogés, ils auraient pu difficilement répondre aussi bien.

Art. 10. Les Anglais allaient la nuit feindre des révélations pour l’inciter à ne pas se soumettre à l’Église

Ne s’en souvient pas et ne sait rien.

Art. 11. Les interrogatoires étaient difficiles

On disait qu’on lui posait des questions très difficiles, et que, quand elle ne savait répondre, elle demandait un délai jusqu’au lendemain.

Art. 12. Les interrogatoires étaient longs et éprouvants

Il entendit dire que certains membre du tribunal s’étaient fait invectiver par les Anglais qui trouvaient que le procès duraient trop longtemps.

Art. 13. Jeanne affirma souvent ne rien vouloir soutenir contre la foi catholique

Il est notoire que Jeanne a tenu ces propos.

Art. 14. Jeanne déclara plusieurs fois soumettre ses paroles et ses actes à l’Église et au pape

Il est notoire que Jeanne a tenu ces propos.

Art. 15. Les Anglais interdirent que soient écrites ses paroles de soumission

Ne sait rien.

Art. 16. Il fut écrit au contraire qu’elle refusa de se soumettre

Ne sait rien.

Art. 17. Si certaines paroles paraissent suggérer qu’elle refusa de se soumettre, c’est qu’elle comprenait l’Église comme les ecclésiastiques du tribunal, partisans des Anglais

Ne sait rien.

Art. 18. La traduction en latin retrancha des paroles qui la justifiaient et en ajouta qui l’accablaient

S’en rapporte aux notaires.

Art. 19. Le tribunal jugea sous la crainte

Déclare que la plupart de ceux qui agissaient dans le procès n’auraient pas procédé ainsi s’ils avaient été libres et n’avaient pas craint la colère des Anglais.

Art. 20. Le procès est mensonger, incomplet et vicié

S’en rapporte aux notaires.

Art. 21. Les juges n’ayant pas suivi le droit étaient incompétents

Ne sait rien.

Art. 22. Jeanne n’eut pas la possibilité de se défendre

Ne sait rien.

Art. 23. En lui accordant la communion les juges reconnaissaient qu’elle s’était soumise

Croit d’après la fin de ladite Jeanne, qu’elle était fidèle catholique. Il apprit qu’elle demanda la communion et croit qu’on le lui donna ; et sait qu’elle fut brûlée.

Art. 24. Les Anglais la brûlèrent sans sentence séculière

Après la dernière prédication elle fut abandonnée par les ecclésiastiques, et aussitôt il vit que les soldats et hommes d’armes anglais la saisirent et la conduisirent directement au lieu du supplice ; il ne vit pas qu’une sentence eût été portée par un juge séculier.

Art. 25. Jeanne se comporta en bonne catholique jusqu’à son dernier souffle ; tous les assistants pleurèrent, même les Anglais

Vrai, comme il l’a vu et entendu.

Ajoute avoir entendu que maître Jean Alépée, alors chanoine de Rouen, présent lors de l’exécution de Jeanne, pleurant beaucoup, dit en présence du témoin et d’autres étant à proximité : Je voudrais que mon âme fût où je crois être l’âme de cette femme.

Art. 26. Les Anglais agirent par haine de Jeanne et pour déshonorer le roi de France très chrétien

Comme déposé ci-dessus, croit que les Anglais procédèrent pour les causes et pour les fins contenus dans l’article.

Art. 27. Tous ces points sont notoires et admis, tant à Rouen que dans le royaume de France

Ce qu’il a dit est conforme à la renommée à Rouen.

Enquête de 1456

  • Interrogé le mercredi 12 mai 1456
  • Lieu : Rouen, palais épiscopal

Les 39 témoins de l'enquête :

  1. Jean Tiphaine
  2. Guillaume de la Chambre
  3. Jean de Mailly
  4. Thomas de Courcelles
  5. Jean Monnet, secrétaire de Jean Beaupère
  6. Louis de Coutes, page de Jeanne
  7. Gobert Thibaut
  8. Simon Beaucroix
  9. Jean Barbin
  10. Marguerite La Touroulde, veuve de René de Bouligny
  11. Jean Marcel
  12. Jean d’Alençon
  13. Jean Pasquerel, aumônier de Jeanne
  14. Jean de Lénizeul, serviteur de Guillaume Érart
  15. Simon Charles
  16. Thibault d’Armagnac, dit Thibault de Termes
  17. Aimon de Macy
  18. Colette, femme de Pierre Milet
  19. Pierre Milet
  20. Aignan Viole
  21. Pierre Miget
  22. Guillaume Manchon, principal notaire du procès
  23. Jean Massieu, huissier du procès
  24. Guillaume Colles, dit Boisguillaume, second notaire du procès
  25. Martin Lavenu
  26. Nicolas de Houppeville
  27. Jean Lefèvre
  28. Jean Lemaire
  29. Nicolas Caval
  30. Pierre Cusquel
  31. André Marguerie
  32. Maugier Leparmentier
  33. Laurent Guesdon, alors lieutenant du bailli de Rouen
  34. Jean Riquier
  35. Jean Moreau, habitant de Rouen originaire d’un village proche de Domrémy
  36. Nicolas Taquel, troisième notaire du procès
  37. Husson Lemaistre, habitant de Rouen originaire d’un village proche de Domrémy
  38. Pierre Daron, alors procureur de Rouen
  39. Seguin de Seguin

Devant :

Lire dans les différentes éditions

Français :

Latin :

  • Duparc (Procès en nullité, t. I, p. 459, 1977)
  • Quicherat (Procès, t. III, p. 188, 1845)

Messire Jean Riquier, prêtre, chapelain en l’église de Rouen et curé de l’église paroissiale d’Heudicourt, au diocèse de Rouen, âgé d’environ 47 ans. [Interrogé une fois, aucune date indiquée, sans doute vers le 12 mai d’après les dépositions alentour.]

Art. 1-4. Vie et dévotion de Jeanne

Vit Jeanne deux fois, lors de la prédication de Saint-Ouen, et lors de celle du Vieux Marché.

Elle avait environ vingt ans. Croit qu’elle était fidèle catholique, car à son dernier jour elle demanda et reçut la communion.

Art. 5-8. Invalidité du procès dès son ouverture

Jeanne fut amenée à Rouen pour être jugée en matière de foi. — Le témoin était alors choriste de l’église de Rouen, et parfois il entendait les prêtres de l’église parler de ce procès.

Il entendit Pierre Morice, Nicolas Loiseleur et d’autres dire que les Anglais la craignaient au point de ne pas oser mettre le siège devant Louviers tant qu’elle serait vivante.

Pour plaire aux Anglais il fallait juger vite et trouver comment la condamner à mort. Croit que tout ce qui fut fait, le fut à la demande et aux frais des Anglais. — Le bruit courait que beaucoup d’assesseurs se seraient volontiers abstenus, et qu’ils venaient au procès plus poussés par la crainte qu’autrement.

Art. 9. Cruauté et illégalité de l’incarcération

Ne vit pas Jeanne dans sa prison, car on disait que personne n’aurait osé lui parler. Elle était au château, attachée, disait-on, par une chaîne de fer, et gardée par les Anglais.

Art. 10. Dissimulation de l’examen de virginité

Ne sait rien.

Art. 11-14. Difficulté et acharnement des interrogatoires

N’a pas assisté au procès ; on disait que les questions qu’on posait à Jeanne étaient très difficiles et qu’elle demandait un délai quand elle n’osait pas répondre. Le procès fut conduit selon la volonté des Anglais, mais sa longueur les exaspéraient.

A entendu dire que Jeanne répondait avec sagesse, au point qu’aucun des docteurs qui l’interrogeaient n’aurait mieux répondu.

Art. 17-18. Soumission à l’Église

Tient de certains que Jeanne prétendait ne rien vouloir soutenir contre la foi catholique.

Ne sait rien.

Art. 23-25. Première sentence et abjuration

Fut présent à la prédication de Saint-Ouen. Guillaume Érard y tint de méchants propos sur le roi de France, qu’il ne se rappelle plus, et Jeanne l’interrompit : Ne parlez pas du roi, car c’est un bon catholique ; mais parlez de moi.

Art. 28-33. Deuxième sentence et supplice

Fut présent à la prédication du Vieux Marché, le jour où mourut Jeanne. Croit qu’elle mourut en catholique. Aussitôt après la sentence ecclésiastique il vit les sergents et hommes d’armes anglais la prendre et la conduire directement au lieu du supplice ; et ne vit pas que quelque sentence eût été rendue par un juge séculier.

Pierre Morice lui raconta être venu la voir le matin, avant qu’elle ne soit conduite au Vieux Marché ; Jeanne lui dit : Maître Pierre, où serai-je ce soir ? Il répondit : N’avez-vous pas bonne confiance en Dieu ? Elle dit que si, et qu’avec l’aide de Dieu elle serait au paradis.

Lorsque Jeanne vit mettre le feu au bûcher, elle se mit à crier à haute voix : Jésus ; et le cria ainsi jusqu’à sa mort.

Les Anglais, craignant qu’on ne parlât d’évasion, dirent au bourreau de repousser un peu le feu afin que les assistants puissent la voir morte, et on ne raconterait pas qu’elle s’était évadée.

Jean Alépée, alors chanoine de Rouen, qui se trouvait à côté de lui, s’exclama en pleurant : Si mon âme pouvait être là où je crois que se trouve l’âme de cette femme !

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