A. Vallet de Viriville  : Histoire de Charles VII (1862-1865)

Résumé2

Résumé
de l’Histoire de Charles VII de Vallet de Viriville

  • Livre I : 1403-1418
    De la naissance à la retraite en Berry
  • Livre II : 1418-1422
    De la retraite vers la Loire à la mort de Charles VI
  • Livre III : 1422-1429
    De l’avènement de Charles VII à la venue de la Pucelle
  • Livre IV : Jeanne d’Arc
  • Livre V : 1429-1436
    De la Pucelle à la réduction de Paris
  • Livre VI : 1436-1444
    Métamorphose de Charles VII
  • Livre VII : 1444-1453 (Agnès Sorel)
    Affranchissement du territoire national, expulsion des Anglais
  • Livre VIII : 1453-1461
    De l’expulsion des Anglais à la mort

Livre I
De sa naissance à sa retraite en Berry (1403-1418)

Charles VII naît en 1403 dans une France faible, déchirée et chaotique, en partie à cause de la folie de Charles VI et de la rivalité entre deux partis Armagnacs et Bourguignons qui se disputent le pouvoir (Charles VI passera à Paris tous les événements qui suivent sans les soupçonner). Le comte d’Armagnac, connétable du dauphin, est un méridional hâbleur et fier ; ses troupes sont considérées dans la capitale comme des étrangers et haïes pour leurs exactions ; mais son parti domine. Le comte fait emprisonner la reine (Isabelle de Bavière, mère de Charles VII) pour l’écarter du pouvoir ; celle-ci se jette dans le parti bourguignon. Une révolte parisienne (1418) chasse les Armagnacs (nombreux chefs sont massacrés, dont le comte), le dauphin et sa cour se réfugient à Bourges. Le duc de Bourgogne (Jean sans peur) et la reine (Isabelle) ne désapprouvent pas, et s’installent au pouvoir. Ils proposent une réconciliation (traité de Saint-Maur), que rejette le dauphin (futur Charles VII) sous l’influence de sa cour. Ces discordent favorisent le roi d’Angleterre, Henri V, intelligent, qui envahit la Normandie. Le pays d’oïl est tenu par les Anglais ou les Bourguignons, le dauphin reste maître du pays d’oc.

Livre II
De la retraite vers la Loire à la mort de Charles VI (1418-1422)

Henri V joue de la rivalité entre le duc de Bourgogne, Jean sans Peur, et le dauphin Charles pour avancer ses pions (1419, prise de Rouen) ; il promène derrière lui Charles VI fou et le roi d’Écosse prisonnier, comme arme psychologique. Bourguignons et Armagnacs s’accordent pour une rencontre à Montereau (10 septembre 1419) : Jean sans Peur est tué ; fureur des Bourguignons, le nouveau duc, Philippe le Bon s’allie aux Anglais. Traité de Troyes entre le roi d’Angleterre, le roi de France et le duc de Bourgogne (1420) : Henri V épousera Catherine, fille de Charles VI et deviendra héritier du trône de France.

De Bourges, le dauphin assoit son autorité sur le sud du pays par une visite des villes. Les Français remportent une victoire à Baugé (1421), mais échouent à défendre Meaux assiégée (1422). Cette défaite donne aux forces anglo-bourguignonnes l’ascendant dans le Nord ; ne reste fidèle au dauphin que Jacques d’Harcourt qui tient quelques places en Picardie.

Henri V, à l’apogée de son pouvoir, meurt subitement (1422, mort prophétisé par un ermite s’il n’abandonnait pas sa conquête de la France). Le dauphin sauve La Rochelle, et échappe par miracle à l’effondrement de la salle du conseil, ce qui marque les esprits. Charles VI meurt à son tour (deux mois après Henri V), le dauphin se proclame roi de France sous le nom de Charles VII.

Livre III
De l’avènement de Charles VII à la venue de la Pucelle (1422-1429)

Henri VI n’a pas un ans lorsqu’il devient roi, le pouvoir est partagé entre ses deux oncles : Humphrey, duc de Gloucester, régent en Angleterre, Jean, duc de Bedford, régent en France. Ce dernier cherche à créer une alliance française contre Charles VII et signe un traité de paix avec les ducs de Bretagne (Richemont) et de Bourgogne (Philippe le Bon) : Richemont épouse une sœur de Philippe (Marguerite), Bedford l’autre (Anne). L’alliance anglo-bourguignonne est toutefois fragilisée par les relations entre Gloucester et le duc de Bourgogne. Gloucester a épouse l’une de ses cousines (1423, Jacqueline, déjà mariée) et prétend à une part d’héritage du Bourguignon ; Philippe s’est attirée de féroces haines anglaises après avoir courtisé la maîtresse de Gloucester lors d’un mariage. Bedford essayera de tuer le duc de Bourgogne lors d’une joute et Gloucester tentera de conquérir son héritage par la force : mais son armée débarquée à Calais se fera écrasée par les Bourguignons (1424).

Militairement, Chalres VII enchaîne les défaites. Perte de Meulan (après la trahison du maréchal Duchâtel lors du siège) et des villes voisines. Défaite de Cravant (1423, lourdes pertes, Xaintrailles prisonnier). Défaite de Verneuil (1424, très lourdes pertes, dont celle de l’écossais John Stuart, connétable de France). Richemont, méprisé des Anglais, se rapproche de Charles VII et finit par accepter l’épée de connétable (1425). Mais le perfide entourage du roi joue contre lui et contre la France : se suivent les ministres Louvet, Giac puis enfin La Trémoille. La situation financière de Charles VII est catastrophique. Les Anglais prennent le Mans. Puis soumette la Bretagne (1426).

Bedford avait dû quitter la France pour calmer Gloucester (qui menaçait de prendre les armes contre son oncle l’évêque de Winchester, avec qui il partageait la gouvernance de l’Angleterre). De retour à Paris les mains libres (1427), il décide d’en finir avec la conquête de la France, qui commence à coûter cher. Il commissionne Cauchon pour présider à la soumission de la Champagne (1428). Il faut franchir la Loire : l’attaque d’Orléans est préférée à celle d’Angers. D’énormes renforts et de l’argent frais arrive d’Angleterre. Le siège est mis devant Orléans le 12 octobre 1428.

Livre IV
Jeanne d’Arc

Assiégés par les Anglais, les Orléanais tentent la médiation auprès du duc de Bourgogne et lui députent Xaintrailles. Le duc accepte de séquestrer la ville mais les Anglais refusent. Nouvel accroc dans leur relation, le duc retire ses 1500 soldats qui participaient au siège.

Paraît alors Jeanne d’Arc (Vallet de Viriville nous retrace son itinéraire de sa naissance jusqu’au roi). La ville est libérée en quatre jours (mai 1429). Stupeur des Anglais. Bedford réclame et obtient de nouveaux renforts pour compenser les pertes et les désertions. S’ensuivent les batailles de Jargeau puis de Patay, et le sacre de Reims (17 juillet 1429). Winchester débarque à Calais avec une nouvelle armée de 5000 soldats (initialement financée par le pape pour aller combattre les Hussites en Bohême).

L’hostilité des ministres de Charles VII, véritables dirigeants du royaume (le favori La Trémoille et l’archevêque de Reims Regnault de Chartres) grandit à mesure des succès de Jeanne qui contrecarrent leurs ambitions personnelles. Leur politique consistait : à négocier sans cesse et à tout prix, vis-à-vis du duc de Bourgogne ; à ne combattre les Anglais qu’à l’aide de troupes mercenaires et étrangères. À l’opposé Jeanne souhaitait s’opposer militairement aux Anglais et au duc (dont elle ne croyait pas à la sincérité) en s’appuyant sur les capitaines français. Dès lors une lutte ininterrompue des ministres pour saper l’œuvre de Jeanne : remplacement du duc d’Alençon favorable à Jeanne, par le comte de Vendôme, bras droit de Regnault de Chartres au poste de lieutenant-général ; offre de Compiègne au Bourguignons après que Jeanne eut acquise cette ville essentielle à Charles VII ; trahison de Guillaume de Flavy, capitaine de la Compiègne et agent des deux ministres.

Jeanne est prise par les Bourguignons (1430), vendue aux Anglais après nombreuses tractation puis amenée à Rouen pour y être jugée. Si elle succomba, c’est que personne n’essaya de la sauver. La Trémoille, au temporel, pour le spirituel Regnault de Chartres, s’opposèrent à ce qu’un pareil effort fût tenté. […] Probablement, [Charles VII] ne savait rien, ou peu de chose, touchant la cause qui se débattait à Rouen contre son honneur et à son évident préjudice, ni touchant la moribonde, qui lui avait conservé sa couronne. Après un procès dont le déroulé est très bien décrit, Jeanne est brûlée (1431).

Livre V
De la Pucelle à la réduction de Paris (1429-1436)

Après le sacre, Charles VII dissout son armée ; La Trémouille omnipotent poursuit sa stratégie. Certains capitaines français rentrent dans leurs terres ; ceux qui poursuivent la lutte le font de leur propre chef et à leur frais (La Hire, le mercenaire espagnol Rodrigue de Villandrando). Barbazan, libéré, réintègre le conseil du roi, toujours empêtré dans les problèmes de finance. De leur côté les Anglais, soulagé par la mort de Jeanne, reprennent l’offensive.

Charles VII combat sur plusieurs front. Contre les Bourguignons : victoire d’Anthon (1430, contre le prince d’Orange) ; défaite de son allié René d’Anjou à Bulgnéville (1431, succession de Lorraine, mort de Barbazan). Contre les Anglais : victoire à Louviers (1430) dont La Hire reste maître ; perte au siège de Pouancé (1432, dirigé par le duc d’Alençon) ; prise de Chartres (1432) ; échec de Bedford devant Lagny (juin 1432) ; perte de Montargis (imputée à une trahison de La Trémoille). Alliance étrangères : avec les Liégeois, le duc d’Autriche (mariage de la fille de Charles VII avec le fils du duc), réconciliation avec la Bretagne.

 

Fait majeur : la chute de La Trémoille (1433), que Richemont fait enlever. Charles VII s’en console rapidement. Regnault de Chartres se maintient, et désavoue son ancien allié. La famille d’Anjou (dont la reine Yolande, belle-mère du roi) gagne en influence au conseil : bouleversement et effet (bénéfique) immédiat sur la conduite du pays.

Philippe le Bon commence à se lasser de la guerre. Une querelle de préséance avec Bedford consomme la rupture anglo-bourguignonne. Conférence d’Arras (été 1435) entre tous les partis d’Europe, sous l’autorité du concile de Bâle et du futur pape (Pie II), pour mettre fin à la guerre. Les Anglais, intransigeants, quittent Arras ; la conférence se poursuit, et tourne à leur désavantage : le traité d’Arras selle la nouvelle union franco-bourguignonne. Bedford en meurt de dépit ; Isabeau de Bavière, repentante, de joie ? À partir de ce jour, la cause anglaise fut perdue.

Paris devient plus en plus instable pour les Anglais. Charles VII encercle la ville. Avec le duc de Bourgogne, ils publient des lettres d’abolition qui annonce la prochaine conquête (effet psychologique). Richemont monte en grade. Le nouveau conseil du roi commence a obtenir de grands résultats avec de petits moyens. L’armée de Charles VII (commandées par Richemont) et bourguignonne (l’Isle-Adam) prennent Paris (1436) ; les derniers Anglais quittent la ville sous les huées. Par une grande intelligence politique, Richemont a empêché les pillage et au contraire apporté des vivres. Grande ferveur immédiate pour l’union nationale.

Livre VI
Métamorphose de Charles VII (1436-1444)

Charles VII ratifie le traité d’Arras. L’alliance anglo-bourguignonne est totalement rompue. Philippe le Bon tente même de conquérir militairement Calais, mais le siège échoue. Charles VII rétablit son autorité sur Paris mais sans y mettre les pieds ; et préfère se rendre dans le Languedoc, poumon économique du pays. En 1437 il organise et prend part personnellement au siège de Montereau tenu par les Anglais. Victorieux, il rentre triomphalement à Paris, métamorphosé.

Il reprend en main la politique du pays sur trois fronts : Religion, Finance, Militaire. La Pragmatique-Sanction (1438) favorise les Conciles par rapport à la papauté et reconnaît une Église de France alliée au roi. Nouvelle visite au sud, avec le dauphin Louis, et début de la restauration financière (récupération des hypothèques du domaine) ; autre Pragmatique-Sanction (1439) pour réprimer les désordres militaires et le brigandage. Armée unique et permanente ; impôt unique et permanent ; le tout dans la main du roi.

Cette réappropriation du pouvoir ne va pas sans heurter les anciennes puissances. Charles de Bourbon ligue les princes frustrés ; La Trémoille, exilé, agite la révolte en Poitou et tente la jonction des mécontents, c’est le début de la Praguerie. Le roi envoie le dauphin négocier avec La Trémoille, celui-ci le rallie. Charles VII marche en personne vers le foyer de révolte, l’anéantit et soumet les princes. Début de Pierre de Brézé. Charles VII poursuit les réformes et la reprise en main du pays. Au nord, sinistré, il mate les Écorcheurs ; puis met un terme à la succession de Lorraine au profit de son beau-frère René d’Anjou (1441). En 1439, Henri VI, embourbé dans la situation intérieure, cherche à négocier : comme gage il accepte la libération de Charles duc d’Orléans contre rançon. Ce dernier de retour en France prend la tête de la Praguerie ; mais son tempérament lui fait rapidement préférer les cadeaux du roi, qui contribue à payer sa rançon. Suivent d’autres trahison, celle du duc d’Alençon, puis celle du comte d’Armagnac (Jean) ; ce dernier tente l’alliance avec l’Angleterre et négocie pour marier une de ses filles à Henri VI. Charles VII enverra le dauphin Louis réduire le comte d’Armagnac ; il le ramènera prisonnier.

La reconquête du pays continue : En Normandie, où s’illustrent les frères de Brézé et Dunois. En Guyenne, avec une brillante démonstration de force au siège de Tartas (1442, contre les anglo-gascons), puis la prise de Dieppe (siège victorieux 1443). Les Anglais acculés demandent à négocier ; une trêve est signée à Tours (1444) ; elle inclut le mariage d’Henri VI et de Marguerite d’Anjou (nièce de Charles VII). Le roi d’Angleterre est représenté au mariage par William de la Pole).

À noter les morts de Yolande d’Aragon (1442) puis de La Hire (1443), que le roi appréciait sans pour autant lui avoir confié de grandes charges. Long portrait de Gille de Rais, parent de La Trémoille ; celui-ci l’avait fait nommer maréchal à la place de La Fayette (il n’y avait alors que deux places de maréchal) ; Rais devint l’homme de La Trémoille auprès de Jeanne, qu’il abandonna devant Paris ; suivent sa décadence, sa chute et sa mort (en 1440).

Livre VII
Période d’Agnès Sorel, affranchissement du territoire national, expulsion des Anglais (1444-1453)

La métamorphose si radicale et soudaine de Charles VII ne s’explique, selon l’auteur, que par l’apparition de sa favorite Agnès Sorel. Absente des sources avant 1444, Valet de Viriville la suppose née en 1415 et entrée dans l’intimité du roi en 1434. Il expose les mœurs d’alors et la dualité de l’amour dette (mariage) et de l’amour grâce (passion) ; laquelle explique entre autres la non infamie des bâtards.

La trêve avec l’Angleterre du traité de Tours (1444) répand la joie après cent ans de guerre : La France, au propre et au figuré, se reprit à la vie avec une énergie réparatrice. Agnès Sorel, première favorite en titre de l’Histoire, préside ostensiblement aux réjouissances de cour. Le front anglais libre, Charles VII soutient une double campagne à l’Est : expédition du dauphin Louis à Bâle, contre les Suisses à l’appel de son allié le duc d’Autriche, qui aboutit à la paix d’Ensisheim (Alsace) et au début d’une longue alliance franco-suisse ; expédition de Charles VII qui campe à Nancy pour affirmer sa légitimité sur les trois villes États de Metz (siège), Toul et Verdun.

Longues séries de fêtes et de plaisir à Nancy : Nul n’égalait René dans l’art de conduire une fête et de régler un tournoi. Diplomatie de paix, Charles VII joue le rôle d’arbitre des disputes européennes. Il règle le schisme pontifical en obtenant le renoncement de l’antipape Félix V (1449).

Charles VII entreprend sa grande réforme de l’armée. Ce sont les compagnies d’ordonnances (1445) : le connétable Richemont licencie (et disperse) les Écorcheurs ; seuls sont conservés les quinze meilleurs qui formeront les compagnies royale. En temps de paix ces compagnies sont réparties en petites garnisons dans les villes. Une sécurité inouïe renaquit au sein des villes et des campagnes, délivrées, comme par enchantement, du brigandage. Ce sont également les francs-archers (1448) : chaque bourg devra équiper et entraîner un archer, lequel sera exempt du service militaire et de l’impôt (d’où son nom). Outre l’intérêt militaire, ceci permet d’inclure officiellement les non-nobles dans l’armée (qui formaient le gros de cette infanterie/artillerie). Désormais la monarchie eût une sauvegarde, et la France, une armée nationale.

L’Angleterre sombre dans les troubles civiles (préludes à la guerre des deux roses) et peinent à contrôler la Normandie ; des brigands en sortent pour piller la France, en entorse du traité de 1444, ce qui donne à Charles VII le prétexte pour soumettre le Mans (1448) qui lui revenait. Peu après, un capitaine anglais s’empare de la ville de Fougères (1449) : casus belli, la trêve est officiellement rompue, Charles VII lance la reconquête de la Normandie.

La supériorité morale et militaire est désormais française. Le roi rentre triomphalement dans Rouen fin 1449. Puis conquiert les ports de Harfleur et Honfleur (début 1450). Les Anglais se replient vers Caen et les autres port de Basse Normandie qu’ils tiennent encore et reçoivent de nouvelles troupes. Bataille de Formigny (avril 1450), 7000 Anglais sont battus (la moitié tuée) par 3000 Français, prise de Caen puis de Cherbourg. La Normandie est libérée, reste la Guyenne. Bataille de Blanquefort (novembre 1450), 7000 Anglais à nouveau battus par 3000 Français : victoire. Prise de Bordeaux (juin 1451), puis de Bayonne. Toutefois l’année suivante des bourgeois de Bordeaux rendent l ville aux Anglais (1452), Talbot arrive avec 5000 soldats : bataille de Castillon (juillet 1453), capitulation de Bordeaux (octobre 1453). Les Anglais ont n’ont plus aucune possession en France sinon Calais ; Charles VII renonce à la conquérir en tant qu’apanage de son vassal le duc de Bourgogne. La France entière célèbre la libération du pays.

À mesure qu’il grandissait, le dauphin Louis n’a cessé d’intriguer contre son père, ses ministres, en particulier le premier d’entre-eux Pierre de Brézé. Le roi n’est pas dupe et nommera Brézé sénéchal de Normandie, accentuant l’antagonisme.

À noter les morts de La Trémoille (1446) qui aura comploté jusqu’au bout ; de Gérard Machet, confesseur du roi et l’un de ses meilleurs conseillers (1448) ; et d’Agnès Sorel (1450). Autre point : lorsque Charles VII est entré à Rouen (fin 1449), il s’est rapidement concilié le clergé rouennais dans le but de rouvrir le procès de Jeanne : Nous pouvons maintenant affirmer que le roi méditait depuis longtemps cette résolution.

Livre VIII
De l’expulsion des Anglais à la mort (1453-1461)

La mort d’Agnès Sorel coïncide avec une rechute de Charles VII dans la mollesse, qui marquera la fin de son règne (1450-1461) : désengagement de la politique au profit de courtisans médiocre (Brézé et Richemont besognent loin, en Normandie) et relâchement dans les plaisirs. Une seconde tache obscurcit son règne, après avoir abandonnée Jeanne : l’injustice envers son trésorier Jacques Cœur et sa disgrâce (1451) : or, il n’a plus l’excuse d’un royaume en péril.

Le chroniqueur Chastellain dresse le portrait moral de Charles VII : trois défauts : la muableté (inconstance), la diffidence (défiance), et l’envie ; qu’il compensait par l’art de discerner les hommes et de bien s’entourer ; il était également doté d’une grande mémoire, travailleur et lettré. Sa décadence morale et le retrait relatif des affaires n’altérèrent heureusement pas son sens politique et ses vues à long terme. Il réforme la justice (édit de 1454), l’administration (centralisation, ouverture aux bourgeois méritants), l’université ; sa réforme de l’armée (désormais nationale et permanente) n’atteint toutefois pas la marine, qui reste mercenaire. Il fait Xaintrailles maréchal ; et ordonne la réhabilitation de Jeanne (1450-56), œuvre morale partiellement intéressée puisqu’il demeurait implicitement compris dans la sentence d’hérésie de 1431 ; autrement dit, il devait se réhabiliter lui-même. Il noue ou renforce ses alliances, orientées contre l’Angleterre (tout en soutenant Henri VI dans la guerre des deux roses) : Savoie, Castille, Navarre ; Danemark, Écosse, Bohême (mariage arrangé de sa fille Madeleine avec le roi Ladislas, interrompu par la mort surprise de ce dernier).

Ces dernières années seront également marquées par les tensions croissantes avec son fils le dauphin Louis. Du Dauphiné, celui-ci brave le roi (mesures excédant ses prérogatives, intrigues, bravades : son mariage secret la fille du duc de Savoie en 1451). Charles VII, à bout, finit par envoyer une armée pour le ramener prisonnier : Louis parvient à s’enfuir, et se réfugie chez le duc de Bourgogne (1456), lequel est ravi de pouvoir s’affirmer contre son suzerain : Les deux centres d’intrigues ou d’hostilité se réunirent en un seul, et cet unique foyer ne devint que plus menaçant. Charles VII songea à la guerre, mais se résigna. Louis ne quittera plus son château de Genappe jusqu’à son avènement.

Quelques faits notables : La trahison du duc d’Alençon : progressivement écarté du conseil, il fut de tous les complots (dauphin, Anglais…) ; associé à Talbot, puis au duc d’York (contre Henri VI devenu l’allié de Charles VII) pour une nouvelle invasion de la France (1453). Cette invasion déclenchée par la soumission de Bordeaux aux Anglais (1452) se termine par la bataille de Castillon (1453, cf. livre VII), qui clôt la guerre de cent ans. L’insurrection de Jean d’Armagnac et son mariage incestueux : Charles VII envoie l’armée et organise son procès (1455). L’élection de Pie II (1458), défavorable à la France (tentative d’entente avec le duc de Bourgogne pour convertir son duché en royaume indépendant). Et surtout la chute de Constantinople, qui secoue l’Europe. Le duc de Bourgogne prononce son vœu du Faisan (engagement à guerroyer contre les infidèles pris devant un faisan lors d’un banquet), mais il reste sans suite. L’appel du pape à la croisade échoue : Pour tout dire en un mot, la foi du moyen âge n’existait plus.

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