Tome II : Livre VI (1436-1444)
365Livre VI Métamorphose de Charles VII (1436 – 1444).
Chapitre I (décembre 1435 – octobre 1437)
- Le roi sanctionne le traité d’Arras.
- Jean d’Arc, arpenteur.
- La fausse Pucelle.
- Le roi à Montereau ; son entrée à Paris.
Charles VII ne se décida point sans peine, ni sans de longues et légitimes hésitations, à ratifier le nécessaire mais humiliant traité d’Arras. Enfin, il réunit à Saint-Martin de Tours, le 11 décembre 1435, une assemblée de seigneurs et d’évêques. L’archevêque de Crête, membre du concile de Bâle, officia pontificalement. Après la messe, le roi jura sur le texte des Évangiles d’accomplir le pacte conclu avec son cousin de Bourgogne. Charles d’Anjou, le duc de Bourbon et toute l’assistance s’engagèrent par la même promesse, à l’exception du bâtard d’Orléans. Celui-ci se récusa pour ne point compromettre Charles, duc d’Orléans et Jean, comte d’Angoulême, ses frères, toujours prisonniers des Anglais. À partir de ce jour, des rapports amiables s’établirent entre le roi de France et Philippe le Bon. Peu de temps après (4 février 1436), la reine Marie d’Anjou mit au monde un prince, à Chinon. Charles VII déféra au duc de Bourgogne le titre, accepté avec empressement, de compère du roi et de parrain de l’enfant royal, qui reçut le nom de Philippe1665.
366Aussitôt après la réduction de Paris, que Jeanne avait prédite, Jean d’Arc, son oncle, fut nommé arpenteur du roi pour le département de France (Île-de-France) et de Champagne
. Il prêta serment, comme tel, à la Chambre des comptes, avec les premiers fonctionnaires compris dans la réorganisation des pouvoirs publics. Le connétable de Richemont présidait alors à ces divers changements1666.
Ce petit fait, demeuré inconnu jusqu’ici des historiens, ne laisse pas que d’offrir une certaine importance. Charles VII, délivré de La Trémoille, entrait, pour ainsi dire progressivement, en possession de lui-même et de son libre arbitre. Le genre de réaction qui, parmi les multitudes, se produit toujours en faveur du succès, ne manqua point, d’ailleurs, à la Pucelle.
Dans le temps même où Jean d’Arc était nommé arpenteur du roi, une femme parut, qui disait être la Pucelle Jeanne, échappée au supplice de Rouen. Cette fille se nommait Claude. Son âge, sa personne physique, lui donnaient quelque ressemblance avec la véritable héroïne. Elle se faisait appeler Jeanne du Lis, la Pucelle de France. Claude 367se montra, le 20 mai 1436, à la Grange-aux-Ormes, près Saint-Privat, et fut présentée à des seigneurs de Metz. Les deux frères de la Pucelle, messires Pierre du Lis, chevalier, et Petit-Jean, ou Jean du Lis, écuyer, la virent en ce lieu. Soit par un degré d’ineptie peu croyable, soit par suite d’un concert intéressé moins croyable encore, les deux paysans anoblis reconnurent cette aventurière pour leur sœur et furent tous deux reconnus d’elle. Cette première mystification en produisit d’autres, et le nombre des dupes alla se multipliant. La fausse Jeanne d’Arc se vit accueillie, fêtée, comblée de présents. Après un pèlerinage à Notre-Dame de Liesse, elle passa en Luxembourg, chez la nouvelle duchesse, Élisabeth de Görlitz, et résida quelque temps près de cette dame, dans la ville d’Arlon1667.
Claude s’habillait constamment en homme, montait à cheval et portait l’épée, comme Jeanne. Pleine de verve, d’activité, de séduction, elle dansait, buvait et prophétisait à merveille. La fausse Pucelle se rendit à Cologne, où elle mit dans son parti, entre autres protecteurs puissants, le comte Ulrich de Wurtemberg. Au milieu d’une assemblée de nobles, elle se vanta de rétablir subitement dans son intégrité une nappe déchirée en deux parts, ou les fragments d’une vitre jetée contre le mur et toute brisée. Ces propositions magiques attirèrent sur sa tête les foudres de l’Inquisition de Cologne. Ainsi que la vraie Jeanne, elle fut citée devant le Saint-Office. Mais grâce à la protection 368du comte Ulrich, elle s’échappa de Cologne, excommuniée, puis regagna la France1668.
De retour en la ville d’Arlon, Claude séduisit un chevalier lorrain d’ancienne souche, nommé Robert des Armoises. En novembre 1436, elle était mariée légitimement à ce gentilhomme, et bientôt deux fils, nés de la dame des Armoises, continuèrent cette noble lignée. Cependant, le second frère de Jeanne, ou Petit-Jean du Lis, s’était fait le prôneur de cette intrigante et le propagateur de son succès. Il alla plaider sa cause auprès du roi et des Orléanais, de qui, par ce motif, il obtint quelques sommes d’argent. La fausse Pucelle entreprit de correspondre avec le roi et diverses autorités, telles que le magistrat d’Orléans et le bailli de Touraine. De 1437 à 1439, d’assez étranges exploits lui sont attribués. Séparée de son mari, concubine d’un prêtre, elle aurait porté la main sur une personne sacrée : soit son père ou sa mère, ou un clerc. Ce crime étant au nombre des cas réservés, elle passa les monts pour se procurer l’absolution de Rome. La pseudo-pucelle alla donc trouver en Italie le pape Eugène IV, qui guerroyait contre ses sujets, et le servit comme soudoyer1669.
En 1439, la guerre civile, prélude de la Praguerie, avait éclaté dans le Poitou. La dame des Armoises y figurait à titre de capitaine de gens d’armes
. Elle avait pour fauteur 369ou partisan Gilles de Rais, ancien compagnon d’armes de la Pucelle. Gilles de Rais donna pour lieutenant à ce capitaine féminin l’un de ses gentilshommes nommé Signenville. Il s’agissait de prendre le Mans ; et Claude, qui probablement combattit et triompha sous les murs de cette ville, fut appelée la Pucelle du Mans. Nous ne connaissons point avec précision l’issue militaire de cette campagne.
D’après les termes obscurs d’une chronique espagnole, La Rochelle fut également en butte à ces bizarres conquérants. La Pucelle du Mans écrivit au roi don Enrique IV et lui rappela, au nom de Charles VII, l’antique alliance qui unissait entre elles la France et la Castille. Une flottille de vingt-cinq nefs et de cinq caravelles fut armée dans le golfe de Gascogne1670, par les soins du connétable Alvaro de Luna. La Rochelle, à l’aide de ce secours maritime, fut, assure-t-on, forcée et se soumit à la fausse pucelle1671.
Ces faits auraient eu lieu vers le mois de juin 1439. En juillet et septembre de la même année, Claude des Armoises se présenta de sa personne à Orléans, où elle reçut le vin de ville et fut accueillie avec grand honneur. L’année suivante (août 1440), toujours en armes, elle vint tenir campagne aux abords de la capitale. Par ordre du Parlement et de l’Université, elle fut amenée à la Table de marbre du palais, examinée judiciairement et prêchée. Puis elle retourna en garnison et s’éloigna1672.
370Encore une dernière épreuve, et rien ne manquait à la consécration de l’imposture. L’aventurière n’avait point jusque-là paru sous les, yeux du roi. Charles VII, instruit du bruit qui se faisait autour de cette femme, donna ordre qu’on la lui amenât. Le roi, blessé au pied, portait de cette jambe, une botte molle en cuir fauve. Il reçut la visiteuse dans un jardin, sous une grande treille. Au moment où elle se présentait, un des familiers du roi répéta la scène de Chinon. Il se porta au-devant d’elle, feignant d’être la personne royale. Claude, avertie de cette circonstance, triompha de la difficulté. Écartant le gentilhomme, elle marcha droit au roi. Charles VII, à son tour, surpris, intimidé, lui dit avec émotion et en la saluant : Pucelle m’amie, vous soyez la très bien revenue, au nom de Dieu, qui sçait le secret qui est entre vous et moi.
À ces mots, Claude, éperdue, tomba aux genoux du roi, confessant sa fraude et implorant la miséricorde du prince.
Cette femme comparut en justice à Tours, le 2 mai (1441 ?). Ses complices, à ce qu’il paraît, furent justiciez trés-asprement, comme en tel cas bien appartenoit
. Quant à la principale coupable, les lambeaux de texte qui nous instruisent de ses faits et gestes donnent à penser que sa vie fut épargnée. Quelques lignes amphibologiques semblent indiquer qu’elle termina ses jours, après avoir tenu boutique de débauche, ensevelie dans le mépris public1673.
371L’époque de la réduction de Paris fut également celle du premier mariage du dauphin, qui se nomma depuis Louis XI. Ce projet d’union, comme on sait, avait été préparé de longue main. Marguerite Stuart, fille aînée de Jacques Ier, roi d’Écosse, et de Jeanne de Somerset, était née en 1424. Elle fut, dès l’année suivante, promise ou destinée au fils aîné du roi de France, le prince Louis, alors âgé de deux ans.
En 1435, une nouvelle ambassade fut envoyée par Charles VII à Édimbourg. Les Anglais essayèrent vainement de traverser cette alliance. Après bien des difficultés et un périlleux voyage, la princesse écossaise, à peu près saine et sauve, aborda sur la côte nord-est de l’île de Ré, dans un petit port, alors avoisiné d’un petit village, nommés l’un et l’autre La Palisse1674.
Des avaries ou fortunes de mer que nous ignorons avaient jeté sur cette plage le navire de Marguerite. La jeune fiancée, à demi morte, descendit sur cette côte et s’arrêta d’abord au village ci-dessus désigné. De grands périls 372s’étaient joints pour elle aux fatigues de la traversée. Des croiseurs anglais attendaient l’escadrille écossaise au passage de Bretagne. Marguerite, gouvernée à son bord par un marin de La Rochelle, n’avait dû son salut qu’à la vigueur de ce pilote et à la marche rapide du navire. Après s’être reposée quelque temps au prieuré de Nieul, la future dauphine entra le 7 mai 1436 à La Rochelle1675.
Charles VII avait envoyé, dans cette ville, au-devant de Marguerite, des personnages considérables, et à leur tête le chancelier de France. Un impôt spécial, voté par les États de Poitou, fut levé immédiatement, pour offrir aux fiancés royaux le présent accoutumé d’argenterie. De La Rochelle, où elle séjourna, Marguerite se remit en route, à petites journées, par Mauzé, Niort, Saint-Maixent, le château de Lusignan, et vint prendre gîte, le 21 mai, à Poitiers.
Durant ce temps, tout s’apprêtait pour célébrer le mariage du fils aîné du roi de France avec la fille du roi d’Écosse. Ni l’un ni l’autre n’avaient encore atteint l’âge légal ou canonique du mariage. L’archevêque de Tours leva cet obstacle par des lettres de dispense. Enfin les cérémonies s’accomplirent, avec une grande pompe, au riant chef-lieu de la Touraine. Marguerite fit son entrée à Tours le 24 juin 1436 et se rendit au château des Montils, où elle fut accueillie 373par la reine, madame Radegonde, la reine Yolande et le jeune dauphin. Le lendemain, Marguerite et Louis reçurent la bénédiction nuptiale dans la cathédrale de Saint-Gatien. La cour et la ville déployèrent en cette circonstance tout le luxe qui leur était possible. Rien ne manquait à cette fête solennelle : rien, si ce n’est la sympathie naturelle des époux1676.
Vainement Philippe de Bourgogne, pour notifier au gouvernement anglais le traité d’Arras, employa-t-il tous les ménagements diplomatiques et toutes les formes de la courtoisie. Le duc de Bourgogne, dès lors, fut traité ou du moins considéré par le conseil de Westminster, non seulement comme un ennemi, mais encore comme un traître. Trop faible, de jour en jour, pour rompre en visière avec un adversaire tel que le duc, le gouvernement d’Henri VI lui tendit, à partir de ce moment, des pièges détournés. Un mémoire secret, rédigé pendant l’hiver qui suivit la paix d’Arras, nous montre que de leur côté les Bourguignons ne restèrent point inactifs1677.
L’auteur de ce mémoire anonyme conseille à Philippe le Bon de veiller sur les Flandres, exposées particulièrement aux atteintes de l’Angleterre. Il lui signale Calais comme étant le point vulnérable de l’ennemi. Une alliance 374avec le roi don Enrique devait fournir au duc l’appui de la marine castillane, qui viendrait au printemps inquiéter et menacer la tête du littoral britannique. Enlever aux Anglais la ville d’Eustache de Saint Pierre et d’Édouard III, la ville où naguère Jean sans Peur conspirait, avec Henri V, l’invasion du royaume ; leur arracher cette clé de la France, qu’ils tenaient dans leurs mains, à travers le détroit : c’était là sans doute une entreprise bien remarquable de la part de Philippe ; c’était une éclatante expiation, propre à inaugurer avec gloire sa carrière nouvelle. Malheureusement, le succès ne répondit point à sa volonté1678.
Dès le mois de mars et antérieurement, les hostilités de l’Angleterre commencèrent contre la Bourgogne. Quelques semaines plus tard, la flotte castillane parut sur les côtes de l’Océan, entre l’Armorique et le littoral anglais. Mais elle servit uniquement à protéger l’arrivée de la dauphine Marguerite à La Rochelle. Le duc Philippe le Bon, pour attaquer Calais, s’adressa exclusivement à ses Flamands de Gand et de Bruges, qui, dans cette question d’un intérêt si large pour la France, étaient conduits par un mobile étroit et spécial. Durant les préparatifs de cette campagne, le connétable de Richemont alla trouver le duc à Saint-Omer. Il lui proposa d’associer à l’expédition trois ou quatre mille hommes, empruntés à l’occupation française de la Normandie et commandés par le maréchal de Rieux. Mais le duc, forcé de ménager les jalouses préventions de ses Flamands, refusa ce concours. 375Les soldats des communes marchandes poursuivirent seuls cette entreprise1679.
Le duc Philippe avait amené de Bourgogne, entre autres engins monstrueux, trois pièces d’artillerie, dont l’une était traînée par cinquante chevaux. Le nombre de ses flamands s’élevait environ à 40,000 hommes, sans compter 3 ou 4,000 combattants de sa maison, ou chevaliers picards. Un immense charroi avait été fourni par ses villes populeuses et riches de la Flandre. L’Angleterre, de son côté, attachait à la conservation de ce point une importance capitale. Elle trouva, pour le défendre, des ressources inespérées. La place devait être investie par terre et par mer. Les flamands, en effet, s’approchèrent de la ville, sur ses limites continentales ; ils enlevèrent quelques postes environnants et vinrent dresser une bastille à la porte de Calais. Mais la flotte de secours, venue de Hollande, apparut tardivement et disparut aussitôt. Le passage de Douvres à Calais resta constamment ouvert ; les Anglais ne cessèrent de ravitailler cette place et d’y accumuler toutes les forces actives. Un premier échec, subi par les Gantois, suffit pour mettre le siège en déroute. Tous s’enfuirent jusqu’à leur pays de Flandre, criant qu’ils étaient trahis1680.
376Philippe le Bon, abandonné de ses troupes, fut obligé de se retirer le 31 juillet 1436. Bientôt le duc de Gloucester débarquait à Calais et, prenant l’offensive, ravageait les terres limitrophes du duc de Bourgogne. Les Français, toutefois, s’emparèrent en même temps du Crotoy. Calais demeura, pour plus de cent ans encore, au pouvoir de l’Angleterre1681.
Charles VII, après la réduction de Paris, ne quitta point les rives de la Loire. La Hire, Xaintrailles, les sires de Bueil, de Lohéac et autres lieutenants soutinrent militairement sa cause au nord de ce fleuve. Une députation solennelle des Parisiens se rendit à Bourges auprès du roi et le supplia de venir prendre possession de sa capitale reconquise. Le roi accueillit avec bonne grâce les ambassadeurs. Il leur donna satisfaction sur la plupart des points qui firent l’objet de leurs diverses requêtes. Les cours souveraines furent rétablies dans leur siège accoutumé. Du sein de sa résidence, le roi pourvut à tous les besoins de l’administration parisienne, comme au gouvernement du royaume. Mais il se refusa résolument à exaucer le vœu des habitants qui réclamaient parmi eux sa présence1682.
377Le 28 octobre 1436, une nouvelle ambassade vint trouver Charles VII à Amboise, en lui adressant les mêmes instances. Elle trouva le roi dans les mêmes sentiments. Peu de temps après, Charles quitta le Berry et se dirigea vers le Languedoc. Il emmenait avec lui le dauphin et ses principaux conseillers. Le roi, en partant, sanctionna diverses mesures de haute administration. Le chancelier de France et le connétable, munis de ses instructions et de pouvoirs ad hoc, retournèrent à Paris. Ils s’employèrent ainsi pour le roi, au gouvernement direct de la France septentrionale. Les conseillers qui accompagnaient Charles VII, et qu’il écoutait alors le plus volontiers, étaient Charles d’Anjou, le comte de Vendôme ; Bernard d’Armagnac, comte de Pardiac et de la Marche ; Denis du Moulin, archevêque de Toulouse ; Martin de Charpaignes, évêque de Clermont ; Robert de Rouvres, évêque de Maguelone ; Thibaut de Lucé, évêque de Maillezais ; Christophe d’Harcourt, les seigneurs de Chaumont, de Bueil et de Coëtivy. Le duc de Bourbon et d’autres seigneurs, tenus à l’écart, voyaient d’un mauvais œil la prédominance de ces conseillers. Le 6 décembre 1436, Charles VII se trouvait à Clermont, en Auvergne1683.
On connaît les sentiments personnels d’antipathie que le nom seul de Paris éveillait dans l’âme de Charles VII. Mais ce motif, intime et privé, ne saurait suffire pour expliquer la ligne de conduite que suivait, à cette heure, le roi de 378France. D’une part, la réduction de Paris, et de l’autre, la pénurie constante des finances, avaient déterminé le roi à licencier une partie des gens d’armes. Le Languedoc, cette vice-royauté, qui nourrissait le royaume, appelait en quelque sorte par diverses causes la présence du roi. Des abus déplorables continuaient à régner dans l’administration de cette province. Jean de Foix, gouverneur du Languedoc, mourut le 4 mai 1436. Ce décès offrait une précieuse opportunité pour remettre la charge, qu’il laissait vacante, à des mains plus fidèles et plus sûres. Enfin Rodrigo et son armée avaient fait dans le midi élection de domicile1684.
Le roi, en quittant l’Auvergne, se rendit à Lyon, qui fut agité, vers ce temps, par une émeute survenue à l’occasion des impôts. Il passa de là en Dauphiné, traversa Montélimar, Bagnols, Uzès, Nîmes, et séjourna, durant les mois de mars et d’avril, à Montpellier. Le roi célébra dans cette ville les fêtes de Pâques et présida les états de la province. Rodrigo et ses routiers, au moment où le roi quittait le Berry, se disposaient à ravager le Languedoc. L’arrivée du roi concourut sans doute à éconduire ce redouté personnage, qui dirigea ses bandes vers le Quercy. L’administration financière de la province réclamait une réforme radicale et, tout d’abord, la destitution de Guillaume de Champeaux. Mais le conseil royal crut devoir ajourner 379ces mesures difficiles. Le gouverneur ne fut point immédiatement remplacé. Charles VII abolit divers subsides, qui avaient été imposés sur la province depuis 1417 et gui avaient suscité beaucoup d’abus. Il rétablit en outre le Parlement de Languedoc et créa enfin à Montpellier une Cour des aides, appelée à connaître des litiges auxquels donnait lieu la perception de l’impôt1685.
Au mois de mai, le roi s’arrêta quelque temps à Pézenas et regagna l’Auvergne par Millau. Durant le cours de son voyage, Charles VII accorda des privilèges aux monnayeurs de Romans ; il réduisit la taxe sur les marchandises qui entraient dans le port d’Aigues-Mortes ; autorisa l’usage des monnaies étrangères et méridionales ; renouvela les immunités de l’université de Montpellier ; confirma les foires de Pézenas, de Montagnac, et distribua d’autres faveurs locales1686.
Le 27 avril 1437, une troisième députation partit de Paris, ayant à sa tête l’évêque de cette capitale, et se dirigea vers le roi qui séjournait en Languedoc. Charles VII, peu de temps après, retourna vers le nord. Le jour même où le roi quittait le midi (8 juin), un conciliabule des princes se tenait à Angers. Le duc de Bourbon, ambitieux et remuant, 380présidait à ces intrigues. Il avait rallié le duc d’Alençon, mécontent, le duc de Bretagne et le roi René, homme faible, que son cousin de Bourbon poussait à l’ingratitude. Le duc Charles s’était entremis à la délivrance de René, prisonnier de Philippe le Bon. Pour cimenter cette alliance, Marie de Bourbon, âgée au plus de dix ans, fut mariée, par traité du 2 avril 1437, à Jean d’Anjou (fils de René), duc de Calabre et du même âge à peu près que sa fiancée. Durant ce temps, Rodrigo de Villandrando suivait une route parallèle à celle du roi. Du Limousin, où il avait hiverné, le capitaine castillan marchait vers la Loire. Rodrigo venait faire sa jonction avec son beau-frère Charles, duc de Bourbon, et mettre son épée au service de la ligue1687.
Charles VII, sur ses gardes, avait, en Languedoc, préparé une levée de milice. Du 19 mai au 8 juin, le roi se porta successivement de Saint-Flour à Clermont, Aigueperse, Montmarault et Saint-Pourçain, cheminant vers le Berry. Pendant que le roi était à Montmarault, Rodrigo arrivait à Saint-Amand. Ses éclaireurs rencontrèrent à Hérisson les fourriers qui préparaient les logis du prince. Sans respect pour la livrée du roi de France, ils fondirent sur ces officiers et les détroussèrent. Charles VII indigné réunit ses troupes et les lança à la poursuite de Rodrigo.
Celui-ci, obligé de fuir, traversa les états du duc de Bourbon. Passant la Loire à Roanne, puis la Saône à Trévoux, 381il vint chercher un refuge dans la principauté de Dombes, fief impérial indépendant de la France et qui appartenait également au duc Charles. Le roi ne tarda pas à faire sentir aux princes le juste courroux dont il était rempli. Charles de Bourbon, notamment, sollicita en vain, pendant deux mois, l’audience royale. Il finit par s’humilier devant le roi. Rodrigo fut banni du royaume, et Charles VII condamna les lieutenants de cet aventurier, féaux du duc Charles, tels que Jacques de Chabannes et le bâtard de Bourbon, à le servir immédiatement contre les Anglais1688.
Le gouvernement d’Henri VI fléchissait, à cette époque, sous le poids de ses difficultés, tant intérieures qu’extérieures. Le duc d’York avait succédé, comme lieutenant en France, à Bedford. Il eut pour successeur (16 juillet 1437) le comte de Warwick. Après la perte de Paris, des propositions de paix furent offertes, à diverses reprises, par les conseillers du jeune roi, à Charles VII ; mais ces offres tardives n’obtinrent aucun succès. Les Anglais, indépendamment de la Normandie, bloquaient encore, pour ainsi dire, la capitale. Ils détenaient, en effet, la Seine, l’Yonne et la Marne, par divers postes riverains et une multitude de places continentales. L’armée de Paris, réduite à ses seules forces, avait à lutter ainsi contre d’imposants obstacles. Creil et quelques autres points furent emportés par les Français peu de temps après l’affranchissement de la capitale1689.
382Le moment était venu de pousser énergiquement la guerre et d’avancer dans cette voie de succès que la Providence ouvrait à Charles VII. Le roi, avant de partir pour le midi, avait reconnu les créances de La Trémoille. Il lui avait même alloué une nouvelle somme, en le nommant capitaine de Montereau et de Montargis, mais à condition de reconquérir militairement ces deux places, qui étaient encore entre les mains des Anglais. La Trémoille, au lieu d’accomplir ce noble marché, s’affilia aux manœuvres de la ligue des princes. Le roi ne recueillait toujours de ce côté que lâcheté ou trahison. Il prit enfin dans ses mains sa propre cause1690.
Les princes mis en demeure, Rodrigo expulsé, Charles VII fit assiéger Château-Lardon, Nemours et Charny. Ces trois places, vers le mois d’août, tombèrent successivement en son pouvoir ; lui-même alla mettre le siège devant Montereau. Cette ville n’était pas seulement un poste militaire considérable, un point important à recouvrer : il y avait là un souvenir funeste, une tache fatale à effacer. On vit alors paraître dans Charles VII comme un homme nouveau. Ce prince, jusque-là timide, éloigné du péril et même de l’activité, conduisit en personne toutes les opérations : le jour, la nuit, il visitait les endroits faibles, dirigeant l’ensemble, se faisant rendre compte des moindres détails et s’épargnant individuellement moins que nul autre. Le jour de l’assaut (10 octobre 1437), Charles descendit 383aux fossés, baigné dans l’eau, tout armé, jusqu’à la ceinture. De là, il monta par l’échelle, l’épée à la main, et le roi de France fut au nombre des premiers assaillants qui parvinrent sur la crête des murs et qui pénétrèrent, victorieux, dans la place1691.
L’exemple du roi, dès qu’il se manifesta, exerça sur les populations un puissant effet moral. Les villes de Tournay, Troyes, Reims, Châlons, Paris, contribuèrent au siège par des contingents d’hommes et de munitions ; le clergé lui-même, le clergé de Paris, bien que légalement exempt par ses privilèges, vendit une partie des joyaux de son trésor, qui furent convertis en finances pour le siège. Le roi reconnut par des récompenses honorifiques et perpétuelles et par des actes, datés de l’ost (ou camp) devant Montereau, ces patriotiques sacrifices. Le 22 octobre, le château se rendit comme l’avait fait la ville. Charles avait gagné ses éperons de chevalier et s’était conduit en roi. Le vainqueur de Montereau se dirigea sur Paris : le 12 novembre 1437, il fit son entrée solennelle au sein de sa capitale1692.
384Chapitre II (novembre 1437 – 2 novembre 1439)
- Nouveau règne de Charles VII.
- Inauguration des réformes.
Le 12 novembre 1437, Charles VII partit de Saint-Denis et prit en grand cortège le chemin de sa capitale. Le prévôt de Paris, celui des marchands et les échevins, le parlement, la chambre des comptes, l’archevêque de Sens (métropolitain), l’évêque de Paris, les abbés de Saint-Denis, de Saint-Germain des Prés, Sainte-Geneviève, Saint-Maur des Fossés, Saint-Magloire ; les ordres mendiants, le recteur de l’université, se portèrent au-devant de lui, jusqu’à Saint-Ladre, proche La Chapelle. À la suite des maîtres des requêtes, chevauchaient quatorze personnages représentant les sept péchés capitaux et les sept vertus. Tous firent leurs hommages ou soumissions au roi et le prévôt des marchands lui présenta les clés de la ville, que le roi transmit au connétable1693.
Les bourgeois placèrent un dais sur la tête du roi, et les deux cortèges réunis se mirent en marche vers la porte Saint-Denis. La grande rue de ce nom avait été tendue à ciel ; dans tout le parcours, la population entière se tenait sur la voie ou aux fenêtres. D’un jet de pierre à l’autre, les stations ou mystères se succédaient. Il y avait au Ponceau, 385un bassin où s’ébattaient deux dauphins et d’où s’élevait un grand lis, qui jetait hypocras, vin et eau. À la Trinité, la Passion de Jésus-Christ était figurée par des personnages muets ; au Sépulcre, la Résurrection ; au Châtelet, l’Annonciation, etc., etc.1694
Le cortège royal s’ouvrait par les archers et arbalétriers, troupes d’élite qui venaient de se signaler et que le roi avait récompensées en leur accordant de notables privilèges. On distinguait parmi les archers, ceux de la ville de Paris, vêtus de robes uniformes, vertes et rouges, à la devise du roi ; les archers de Tournay, qui partageaient, avec les Écossais, la garde du corps ; les archers de Châlons-sur-Marne, associés à la même prérogative et dont les hoquetons étaient brodés de myosotis, ou fleurs de ne m’oubliez mie, en souvenir de leur belle conduite à Montereau. Le comte Charles d’Anjou et le grand maître de Graville commandaient cette valeureuse infanterie1695.
Venaient ensuite les hérauts du roi, ainsi que des seigneurs, suivis de Berry roi d’armes, vêtu du blason royal. Quatre écuyers étaient montés sur des coursiers houssés de fin blanchet, brodé de cerfs ailés d’or, à la devise du roi. Poton de Xaintrailles, l’un d’eux, premier écuyer d’écurie, portait sur un bâton le heaume du roi, à la double fleur de lis d’or pour cimier ; les autres soutenaient l’épée et les divers attributs du souverain militaire. Charles VII et le dauphin, armés de pied en cap, sauf la tête, s’avançaient après eux, l’un et l’autre à cheval, habillés de drap d’or sur le harnois d’acier. À côté du roi 386chevauchant le pas sous son dais, s’avançait à pied, Jean d’Aulon, écuyer du roi, ancien maître d’hôtel de la Pucelle. Il tenait par la bride le chanfrein d’acier de la monture royale1696.
Le roi était accompagné du connétable, des comtes de Vendôme, de la Marche, de Tancarville, du sire d’Albret, de La Hire, Jacques de Chabannes, etc. Le bâtard d’Orléans, capitaine de Montereau, se faisait remarquer par le luxe de sa parure militaire. Il était armé de plein harnois, son cheval houssé de drap d’or jusqu’à terre, cheval et cavalier tout chargés d’orfèvrerie. Le bâtard portait un collier d’or, formé de grandes feuilles de chêne, pesant cinquante marcs. Il était ceint, en outre, d’une écharpe ou baudrier d’orfèvrerie, qui se repliait en croupe sur le dos de son cheval. Jean d’Orléans avait à sa main, de même que le connétable, un gros bâton de bois, en signe de commandement. Il conduisait le principal corps de l’armée victorieuse, composé d’un millier de lances, et qui venait hiverner à Paris1697.
Le roi, suivant sa coutume, se rendit à la cathédrale. Arrivé à la place Notre-Dame, il trouva le clergé réuni, ainsi que l’Université. Il fut harangué par Nicolas Midi, le docteur qui, sur le Vieux-Marché, avait prêché la Pucelle. La porte principale de la cathédrale fut d’abord fermée. 387Ensuite l’évêque, sortant par le guichet, se présenta au-devant du souverain, qui venait de mettre pied à terre. Le roi, à genoux, baisa le texte et la croix, puis il prêta serment d’observer les libertés de l’Église, et jura comme roy, qu’il tiendroit loyalement et bonnement tout ce que bon roy faire debvoit
. Les cloches, alors, s’ébranlèrent et les portes s’ouvrirent. Les trois arcades ou nefs de Notre-Dame étaient illuminées de cierges, comme dans la nuit de l’Épiphanie. Charles VII pénétra jusqu’au chœur richement orné ; tandis que le cri de Noël
se propageait, en de longs échos, au sein de la multitude. Quatre heures sonnaient ; le Te Deum laudamus fut célébré en grande pompe ; et le roi, ce même soir, alla souper, puis coucher au Palais1698.
Charles VII marqua son séjour à Paris par divers actes de haute administration. Il confirma définitivement les privilèges de l’Université ainsi que ceux de la Ville et installa les nouvelles autorités. Saint-Denis, Rueil et autres localités du Parisis obtinrent des concessions gracieuses de la couronne. Il régla le service des monnayers du serment de l’Empire et la valeur de la monnaye ; l’exercice de la pharmacie et de la médecine ; la tenue de registres de minutes par les notaires, et autres questions d’ordre ou de service public. La charge d’historiographe était demeurée vacante depuis 1418. Mais Charles VII rouvrait, pour la monarchie, le livre de l’histoire : il rendit, le 18 novembre 1437, à l’abbaye de Saint-Denis son antique prérogative 388et nomma le chantre de ce monastère, Jean Chartier, au poste de chroniqueur royal1699.
Jusqu’à ce jour, le parlement fidèle avait fonctionné à Poitiers. Charles VII ne brisa point entièrement le parlement de Paris ; il conserva les membres bourguignons : les anglais seuls furent cassés. Le 23 novembre, Regnault de Chartres, chancelier de France, ramena au Palais, dans leur antique demeure, les magistrats de Poitiers. Les deux compagnies furent réunies, mais de manière à ce que la majorité, ainsi que la prépondérance, demeurât acquise aux conseillers de Poitiers. Le 25, Bernard, comte de Pardiac, fit exhumer les restes mortels de son père, le connétable d’Armagnac. Un service religieux fut célébré en présence du roi et de la cour, dans l’église priorale de Saint-Martin des Champs. De là, ces dépouilles furent envoyées en Armagnac, pour recevoir, à côté de celles de ses ancêtres, les honneurs de la sépulture. Mais en dehors de ces pieuses et légitimes réparations, Charles VII, à ce qu’il semble, s’abstint de toute représaille politique1700.
Le 3 décembre, Charles, après ce court séjour, quitta la capitale et se rendit à Orléans. Il ne tarda pas de retourner à Bourges et publia, dans cette ville, un des actes les plus importants de son règne et de la législation du moyen âge1701.
389Une sorte de crise intime, au quinzième siècle, agitait jusque dans ses fondements la société religieuse. Le schisme pontifical durait depuis 1378. En France, le schisme politique avait aggravé cet état de choses : l’ordre civil, déjà fortement atteint, était menacé de subversion. La chrétienté, pour guérir ce mal, avait eu recours aux conciles. Les grandes assemblées de Pise, de Constance et de Bâle, se succédèrent sans achever cette tâche difficile. Trois principaux objets composaient le programme tracé à leurs longues délibérations : 1° pacifier les princes chrétiens ; 2° extirper les hérésies ; 3° réformer l’Église dans son chef et dans ses membres1702.
Les conciles, et, en dernier lieu, Martin V, puis Eugène IV, s’employèrent avec succès à résoudre le premier de ces problèmes1703.
Sur le second point, les rigueurs prononcées contre Jean Wyclif et Jean Huss eurent, en effet, raison, au moins momentanément, des novateurs. Mais ce second point se liait étroitement au troisième. Or la réforme de l’Église avait rencontré, surtout de la part de la papauté, une résistance inerte et des difficultés jusqu’alors invincibles. De graves abus régnaient autour du trône pontifical. Des régions les plus élevées de l’Église, cette influence funeste se répandait, de plus en plus largement, en descendant les 390degrés de la hiérarchie. Des enfants à peine pubères, de jeunes sous-diacres, étaient investis de l’épiscopat, entraient au sacré collège et revêtaient la pourpre des cardinaux. L’orgueil temporel, le goût de la sensualité, si opposés au christianisme, envahissaient la cour romaine. Le souffle de l’antiquité païenne ou de la Renaissance, en ouvrant à des esprits plus cultivés de nouveaux horizons dans l’art, dans la littérature, la philosophie, y introduisait aussi le scepticisme et refroidissait la foi des anciens jours1704.
Tandis que les bûchers s’allumaient à Constance et ailleurs, les docteurs mêmes qui condamnaient ces hérétiques tonnaient contre les vices de l’Église. Appelant à haute voix la réforme, ils faisaient entendre à leur tour des nouveautés tout aussi hardies que celles de Wyclif et de Jean Huss1705.
Cette situation générale eut en France un retentissement notable et spécial. Les grands dignitaires ecclésiastiques y donnaient l’exemple du relâchement des mœurs. Les premiers sièges métropolitains, les pairies spirituelles et beaucoup 391d’évêchés avaient pour titulaires des prélats de cour, qui, tout entiers à la politique et à l’ambition des partis, ne connurent jamais les devoirs du ministère sacré. L’anarchie la plus complète régnait, quant à la nomination des prélats. Non seulement le droit d’élire était disputé aux chapitres ; mais les deux rois de France, les deux ou trois pape ou antipapes, nommaient respectivement, aux mêmes sièges, autant de compétiteurs. Enfin la cour de Rome pour alimenter le luxe, la puissance du pape temporel et des cardinaux, multipliait les exactions : la vente des indulgences, la collation des bénéfices vacants et futurs, étaient devenues entre leurs mains un vaste trafic simoniaque1706.
Le concile de Bâle, après avoir donné à la chrétienté la paix d’Arras, pressait le pape d’accéder à la réforme. Eugène IV, pour échapper à ces instances, prorogea le concile de Bâle à Ferrare, sous la main du Saint-Père. Charles VII, par une ordonnance rendue à Tours le 23 janvier 1438, défendit aux évêques français d’obéir à ce mandement. L’Église de France et l’Université de Paris s’étaient toujours distinguées, par leur zèle, en faveur des principes, que violaient ces abus. La doctrine que professaient notre Église et l’Université, les maximes qu’elles défendaient, portaient le nom de maximes et libertés gallicanes. Elles formaient un corps ou dépôt de traditions nationales. Charles VII, ainsi que les docteurs de son parti, se montrèrent 392inébranlablement fidèles à ces doctrines. Même dans les plus mauvais jours, et sauf quelque défaillance exceptionnelle, le gouvernement de Charles VII les maintint avec courage et avec honneur1707.
Charles VII, fils aîné de l’Église
, montra dans cette conjoncture un esprit d’initiative et une décision remarquables. Il convoqua lui-même une assemblée gallicane, qui achevât pour ainsi dire, du moins en ce qui concernait ce royaume, l’œuvre interrompue et menacée des conciles. Cette assemblée, après avoir commencé, à Orléans, ses travaux, se réunit dans la Sainte-Chapelle de Bourges, le 1er mai 1438. Eugène IV et le concile de Bâle y députèrent des légats ou représentants. Cinq archevêques, vingt-cinq évêques, une multitude de docteurs et de personnages religieux, prirent part au synode national1708.
À partir du 5 juin, le roi en personne présida les délibérations. Il était assisté de son conseil, dans lequel figuraient, aux premiers rangs, le chancelier de France, archevêque de Reims, puis le confesseur et aumônier du roi, Gérard Machet. Ce dernier, au titre de sa charge, remplissait les fonctions de ministre des affaires ecclésiastiques. Gérard Machet, évêque de Castres, ouvrit la séance royale par un discours, dans lequel il proclama la suprématie des 393conciles relativement au pape, en matière d’hérésie, de schisme et de réformation générale.
La Pragmatique-Sanction de Charles VII, fruit de ces délibérations, est d’abord une sorte de manifeste, à la fois politique et religieux. Elle contient la déclaration des principes adoptés par le roi de France, dans le grand litige, qui tenait en suspens la chrétienté. Sous son aspect le plus strict, c’est un édit du souverain temporel, réglant, dans ses domaines, les principaux points qui touchent aux rapports de l’État et de l’Église. La doctrine qui en forme la base ou la substance se fonde sur le Décret de Gratien, sur les décisions des conciles, sur le droit national, sur les ordonnances antérieures des rois de France et nommément sur les ordonnances de Saint-Louis et de Philippe le Bel1709.
Le préambule de la Pragmatique-Sanction commence par exposer la situation générale, et les considérants de l’édit. Elle indique, comme premier remède à ces maux, la réunion périodique, et perpétuelle des conciles. Ces assemblées, dans l’avenir, doivent avoir lieu de dix ans en dix ans. Toute puissance religieuse, de quelque ordre qu’elle soit, même de l’ordre papal, est soumise à ce contrôle. Le pape ne peut ni récuser, ni dissoudre, ni empêcher, ni même différer le concile, si ce n’est par des motifs prévus et spécifiés. Le concile désigne lui-même, 394en se prorogeant, le lieu et le terme de sa future prorogation1710.
La Pragmatique-Sanction rétablit ensuite le principe des élections capitulaires, comme la source, en général, de toute dignité ou promotion religieuse. Les électeurs doivent avoir en vue de choisir exclusivement le plus digne, sans acception d’influences ni d’intérêt privés. Toutefois le roi et les princes peuvent écrire aux chapitres, mais sans intimidation ni menaces, pour leur recommander des sujets qui méritent cette faveur.
Il sera établi, non seulement dans chaque métropole, mais dans chaque cathédrale, une prébende de théologal, ou écolâtre supérieur. Cette charge doit être dévolue à un gradué de théologie, docteur, licencié, ou bachelier au besoin, ayant dix années d’études universitaires en divinité. Les autres prébendes des chapitres ou collégiales sont attribuées, dans une notable proportion, aux gradués des autres facultés : l’un et l’autre droit, médecine, arts. Les grâces expectatives, les réserves, (ou survivances d’offices ecclésiastiques), objets de trafic, cause de haines, de procès et d’immoralités, sont abolies, ainsi que les annates, premiers fruits, ou tributs de tout genre et de toute dénomination, perçus antérieurement par le fisc pontifical. Une légère rétribution est seulement due pour rémunérer les scribes et dataires de la chancellerie romaine, auteurs du travail de plume et d’expédition graphique. Une taxe, calculée au 5e d’une année de revenu, sauf quelques dispositions transitoires, constitue le seul droit pécuniaire, que fixe la loi nouvelle, au profit du trésor pontifical.
Le nombre et la qualité des cardinaux sont également réglementés par le législateur. Ces princes de l’Église ne doivent pas s’élever en nombre au-dessus de vingt-quatre. L’âge de trente ans, des conditions de science, de lumière, de moralité leur sont imposés. Les diverses nations doivent être représentées dans le sacré collège, qui demeurera fermé aux bâtards, aux infirmes, aux hommes diffamés. La pourpre romaine ne peut être que rarement accordée aux fils de rois ou de princes, et jamais aux neveux des papes, nés de leurs frères, ou de leurs… sœurs.
Les derniers articles de la Pragmatique-Sanction prescrivent 395l’ordre et la décence dans la célébration du culte. Ils interdisent les spectacles à l’intérieur des églises, notamment, la fête des Fous et autres saturnales des temps anciens, qui s’y chômaient encore. Ils édictent des peines contre les prêtres concubinaires, et règlent enfin divers points secondaires d’ordre et de discipline.
Donné à Bourges le 7 juillet 14381711.
À peu de temps de là, Charles VII promulgua un autre acte très important. Par ordonnance du 15 décembre 1438, il révoqua, moyennant indemnité, toutes les donations, aliénations et pensions extraordinaires, créées au nom du roi depuis 1418, sauf les dispositions stipulées dans le traité d’Arras. Des commissaires furent immédiatement nommés pour vérifier, dans les provinces, l’état du domaine. Cette ordonnance fermait le gouffre des hypothèques et donnait le signal de la restauration financière. Elle fut le prélude de la grande ordonnance du 25 septembre 14431712.
L’année suivante, au printemps, Charles VII visita de nouveau les provinces qui séparent le centre du midi de la 396France. Il se rendit de Tours à Limoges, où il parvint le 2 mars 1439. Le roi, toujours fort obéré dans ses finances, était accompagné du dauphin Louis, dont la précoce et inquiète activité se faisait déjà sentir au sein des affaires publiques1713.
Charles VII avait également à ses côtés le duc de Bourbon, les comtes du Maine, de Vendôme, de Tancarville, le bâtard d’Orléans, le maréchal de La Fayette ; les sires de Coëtivy (gouverneur de La Rochelle), de Chaumont et de la Tour d’Auvergne. Son conseil ecclésiastique se composait de l’archevêque de Toulouse et de l’évêque de Paris (Pierre et Denis Du Moulin) ; des évêques de Maguelone, chancelier de France, par intérim ; de Poitiers, de Maillezais, de Limoges, d’Angoulême, de Tulle et de Castres (Gérard Machet).
Le roi convoqua pour la forme les états du Limousin. Il visita la cathédrale (où sa chapelle, qui suivait le roi, célébra le service), ainsi que l’église de Saint-Martial. Il honora de ses dévotions le chef de saint Martial et la chemise de sainte Valérie. Le roi, pendant son séjour, taxa d’autorité la province du Limousin à 20,000 fr. et se fit remettre comptant 3,000 écus par la ville. Le 11 mars, avant le dîner
, un chevalier du pays, nommé Bertrand d’Azat, qui s’était fait anglais, eut la tête tranchée en haut 397lieu, près le pilori de la ville. Après le dîner, le roi quitta Limoges et se dirigea vers Riom en Auvergne1714.
Le 28, Charles VII rendit en cette ville un mandement financier. Ce prince y déclare qu’en présence des charges que lui causent ses affaires, il avait eu l’intention de convoquer les États généraux, suivant la coutume. Mais, ajoute-t-il, nous n’avons pas le temps de remplir cette formalité. Nous imposons de notre chef les pays de Langue d’oïl, par deçà la Seine, à 300 mille livres. Les États provinciaux de Limousin et d’Auvergne se sont assemblés. Nous leur avons notifié cette imposition et nous avons taxé le pays de la Marche, à quatre mille livres1715.
En ce qui concerne les provinces héréditaires du royaume ou pays du domaine, le roi de France, on le voit, tenait peu de cas des assemblées des trois ordres ou États généraux. Mais il dut agir autrement à l’égard des pays d’États. Charles VII, par lettres données au Puy, convoqua ceux du Dauphiné, pour comparaître et se réunir en sa présence, le 12 mai à Vienne. Cependant, la peste étant à Vienne, le roi manda l’assemblée à Lyon, son nouveau séjour. Les députés, délibérant sur ce fait, déléguèrent immédiatement deux commissaires, qui se rendirent auprès du roi. Admis en sa présence, au couvent des Cordeliers, 398dans une grande salle, ils lui représentèrent qu’aux termes de leurs privilèges, les États du Dauphiné ne devaient point être convoqués hors des limites de la province. Le roi consentit alors à ce que la réunion se tînt à Saint-Symphorien-d’Ozon, sur la terre delphinale. Après avoir entendu les commissaires royaux et la demande motivée de subsides, qui leur fut adressée, les trois ordres de la province accordèrent au roi une aide de 28 mille florins ; plus à la reine, sur sa requête, mille florins et à son fils le dauphin Louis, mille florins. Cet octroi était subordonné à certaines conditions et notamment à celle-ci : que si le Dauphiné venait à être envahi par les ennemis du roi ou d’autres gens d’armes, il serait prélevé de plein droit sur ces 28 mille florins, de quoi pourvoir à la défense de la province1716
.
Le roi, après avoir visité de nouveau Paris, en septembre, se rendit à Orléans. Il termina dans cette ville une série de grandes affaires, qui eut pour couronnement l’ordonnance célèbre dite d’Orléans, concernant les gens de guerre1717.
399Ce sujet formait, pour ainsi dire le nœud des difficultés qui entravaient la prospérité de Charles VII et de son gouvernement. La sollicitude royale, depuis quelques années, et celle de ses conseillers les plus fidèles, ou les mieux inspirés, s’étaient mûrement appesanties sur ce problème. Jusque-là, des expédients partiels et locaux, de simples palliatifs, avaient pu, seuls, être appliqués à cette plaie funeste. Après la soumission de Paris, le connétable de Richemont déploya toute l’énergie de sa sévérité, pour ramener à la discipline le brigandage des gens d’armes. L’ordonnance publiée sur son initiative, au nom du roi, le 5 avril 1438, constitua le prévôt de Paris (capitaine Ambroise de Loré), juge et réformateur sur les malfaiteurs du royaume, en quelque juridiction qu’ils se retirent1718
.
À partir de ce moment, les désordres militaires furent l’objet d’une répression plus suivie1719. Mais les événements 400ne devaient que trop montrer combien cette réforme était périlleuse, et combien, même pour triompher de ce mal, si urgent, il fallait, unissant la prudence à la fermeté, savoir se hâter lentement.
Les hostilités, de la part de l’Angleterre, s’étaient ralenties, grâce aux troubles intérieurs de la Grande-Bretagne et grâce aux succès de Charles VII. Une suite de négociations pour la paix s’engagea sur les demandes réitérées d’Henri VI. Le comte d’Eu sortit de captivité en 1438. Catherine de France, fille de Charles VII, fut accordée le 12 octobre à Charles le Téméraire, comte de Charolais1720. Le 9 juin 1439, un congrès préparé de longue main, se réunit entre Guînes et Calais, pour traiter de la paix des deux royaumes, et de la délivrance de Charles, duc d’Orléans. Isabelle de Portugal, duchesse de Bourgogne, princesse très entendue et très habile en fait de négociations diplomatiques, s’entremit au succès de cette affaire, avec tout le zèle que comportait la gravité naturelle de son caractère. Le duc Charles lui-même prit part, comme ambassadeur, à ce congrès, qui lui rendit en effet la liberté1721.
401Charles VII, alors, réunit à Orléans les États généraux du royaume. Des députés furent envoyés par les diverses provinces et par les grands vassaux de Bourgogne, de Bretagne et d’Armagnac. Le comté de Dunois représenta son frère Charles d’Orléans, et Jean Jouvenel des Ursins, évêque de Beauvais, conservateur des privilèges de l’Université, y porta la parole comme député de la ville et vicomté de Paris. Le roi était assisté de sa belle-mère Yolande d’Aragon, du duc de Bourbon, des comtes Charles d’Anjou, de Vendôme, d’Eu, de la Marche ; du connétable, des maréchaux, du président du parlement, etc. Par l’organe de son chancelier, Regnault de Chartres, il soumit aux délibérations de l’assemblée les hautes questions pendantes, et, tout d’abord, celle de la paix ou de la guerre avec les Anglais. Cette question, débattue pour et contre, par les conseillers du roi, fut résolue en faveur de la paix1722.
La session se termina par la publication de l’ordonnance du 2 novembre 1439.
Aucun remède, jusque-là, n’avait réussi à refréner efficacement l’indiscipline militaire. L’ordonnance dont nous parlons fut le premier acte qui toucha la plaie au vif et qui réagit puissamment dans le domaine des faits. Cet acte, dénommé par le texte même, Pragmatique-Sanction, 402(comme celui du 7 juillet 1438), fut rendu avec une solennité particulière. Le principal auteur de cette mesure, à certain point de vue, n’est autre que le maréchal de La Fayette. Ses méditations, les desseins qu’il nourrissait à cet égard depuis longtemps, étaient diamétralement opposés aux sentiments de La Trémoille. Une telle opposition de vues (parmi d’autres causes, que l’on a dites ci-dessus) avait entraîné la disgrâce absolue du maréchal. Après la chute de La Trémoille, La Fayette, dit un historien du temps, fut rappelé en cour et restitué en son office pour les siennes vertus et subtilitez. Par luy fut trouvé l’expédient de mettre par stations et garnisons, la gendarmerie de France, pour éviter les pilleries accoutumées1723
.
Le roi allait se séparer pour toujours des États généraux. Néanmoins, selon la teneur même de l’acte, c’est à la requête des États généraux que fut rendue la pragmatique du 2 novembre 1439. Après les articles liminaires, cette ordonnance contient une longue énumération des méfaits les plus graves, des abus les plus intolérables auxquels se livraient les gens de guerre. Chaque article énonciatif est lié à une clause inhibitive. Ainsi :
Art. 6. Item. Défend le roi à tous capitaines, gens de guerre, etc. 403que ils ne aucuns d’eux ne pillent, robent, ne destroussent nulles gens en voie, chemin, ne en leurs hostels ou ailleurs, etc.Nul à l’avenir, si ce n’est le roi seul, n’a le droit de lever une troupe armée ou force publique. Toutes compagnies existant jusqu’à ce jour, sous les ordres des barons, ou chefs quelconques non agréés par le roi, auront à se dissoudre. Il sera conservé un certain nombre de compagnies, formées d’hommes d’élite, commandées par un certain nombre de capitaines ; le tout à la nomination et sous l’autorité exclusive du roi. La force effective de chaque compagnie est fixée : aucun soldat ne peut passer d’une première compagnie à une autre sans l’agrément du premier des deux capitaines.
Les infractions à la présente sont déclarées crimes de lèse-Majesté. Applicables aux cavaliers seulement, c’est-à-dire aux nobles, ces articles édictent contre les infracteurs, pour sanction pénale, la perte, à perpétuité, des privilèges de noblesse. Chaque compagnie a sa station et garnison, déterminée par le roi, et ne peut s’en éloigner. Sous prétexte de frais de guerre, les seigneurs se sont arrogé le droit d’impôt. Ils ont accru arbitrairement les travers, barrages et autres anciennes taxes féodales1724. Ils ont levé sur leurs terres, à l’instar du roi, des suppléments de tailles, ou se sont appliqué, sous couleur de dettes et autrement, les tailles royales ; ou en ont empêché la perception. Tous ces actes sont interdits, pour l’avenir, sous les mêmes peines. Les délinquants seront, à la requête et sur l’initiative des parties lésées, traduits et jugés devant le juge civil royal. En cas de résistance de la part du transgresseur, la partie lésée est autorisée à employer la force ouverte. Le capitaine est responsable de ses hommes et ne peut leur prêter sa connivence, même en fermant les yeux. Tout acte abusif, commis par ses soldats, le rend solidaire, depuis la plainte dénoncée jusqu’à répression, etc., etc.1725
404Ainsi fut organisée la cavalerie, premier fond de la milice française. L’assemblée des États généraux d’Orléans fut donc la dernière qui eut lieu sous le règne de Charles VII : le roi seul, désormais, taxa les contribuables. L’impôt ne fut plus annuellement consenti et délibéré, que dans les pays d’États. L’auteur de l’ordonnance rendue le 2 novembre 1439 frappa deux grands coups à la fois, qui se résument en ces mots : armée unique et permanente ; impôt unique et permanent ; le tout dans la main du roi.
405Chapitre III (2 novembre 1439 – 31 décembre 1441)
- Suite des réformes.
- Réaction féodale.
- Praguerie.
- Gilles de Rais.
- Les Écorcheurs.
- Succès militaires : Creil, Pontoise.
Malgré la décision d’Orléans, la guerre avec les Anglais avait immédiatement recommencé par le siège d’Avranches. Aux fêtes de Noël (25 décembre), le connétable, le duc d’Alençon et d’autres capitaines se trouvaient devant cette place, à la tête d’environ six mille hommes. Grand nombre de ces soldats se composaient de routiers et de gens d’armes sans solde. Charles VII, mécontent de leur insuccès, manda immédiatement, auprès de lui à Angers, les commandants généraux, pour lui rendre compte des opérations. Le roi, à la suite de cette enquête, se plaignit de ce que les combattants, suivant leur coutume, traînaient après eux, jusqu’à dix personnes de séquelle
(et dix chevaux), telles que pages, femmes, varlets et toute telle manière de coquinaille, qui n’étoit bon qu’à détruire le peuple
. Il compléta donc les prescriptions de la nouvelle ordonnance, en y ajoutant que chaque cavalier servi n’aurait, dorénavant, que trois chevaux par lance, ou homme d’armes ; et les archers, trois chevaux pour deux archers ; soit un coustillier pour servir deux combattants de l’arc. Des mesures furent prises afin d’organiser sur-le-champ ce nouvel ordre1726.
406Cependant l’ordonnance du 2 novembre avait été le signal d’une recrudescence d’indiscipline. La féodalité tout entière se sentait blessée au vif par cette réforme. Dans le Poitou, La Trémoille, depuis sa disgrâce, n’avait cessé d’entretenir et d’attiser la guerre civile. Chacun des articles de l’ordonnance s’appliquait si exactement à sa conduite, qu’ils semblent, aujourd’hui encore, avoir été dictés et dirigés personnellement contre lui. Ses châteaux, ceux de Jacques, sire de Ports, son neveu, ceux de Guy de La Rochefoucauld, et de plusieurs autres barons, alliés à l’ancien ministre, étaient devenus des repaires de partisans et de bandits. Bien loin de se soumettre à l’ordonnance, ils battirent ou menacèrent les commissaires du roi, et se livrèrent à de nouvelles violences, accompagnées d’outrages et de moqueries. Le roi, par lettres patentes, données à Angers le 12 décembre 1439, envoya son fils le dauphin, commissaire royal et extraordinaire en Poitou, pour réprimer ces désordres. Le prince était accompagné de quelques troupes et de trois conseillers au Parlement, chargés de procéder juridiquement contre les coupables1727.
Arrivé à Niort, le jeune prince fut circonvenu par le 407duc d’Alençon, gouverneur engagiste de cette ville. Ce duc lai persuada de se détacher de l’autorité de son père ainsi que de Charles d’Anjou, et de prendre, lui-même, le gouvernement des affaires publiques. Louis XI, âgé de 17 ans, se révéla dès lors. Le comte de La Marche son gouverneur et les officiers de sa maison, que le roi avait préposés auprès de lui, furent expulsés et changés. La guerre civile s’organisa sous les auspices du dauphin et l’héritier présomptif, envoyé par son père pour assurer l’exécution de la loi, leva le drapeau de la révolte1728.
Dans le même temps, un conciliabule des princes se tenait à Blois, chez le duc d’Orléans. Le bâtard d’Orléans, amphitryon de la ligue, en l’absence de son frère, venait d’être fait comte de Dunois, par Charles VII. Mais le bâtard, homme très personnel, préférait la cause de sa famille à celle du roi ; la cause du roi à celle de l’État, et la sienne à toute autre. Charles, duc de Bourbon, vaniteux et médiocre, comblé de faveurs imméritées, était le chef des mécontents. Le duc d’Alençon, le comte de Vendôme, les seigneurs de Chaumont et de Prie, Antoine de Chabannes, le bâtard de Bourbon, capitaines d’écorcheurs, s’étaient ralliés à cette conspiration d’ingrats. Au mépris de l’ordonnance, ils avaient quitté leurs frontières et déserté en quelque sorte devant l’ennemi, pour venir comploter la guerre civile. De là, ils devaient fondre sur le Berry et la Sologne. La Trémoille, de son côté, opérait en Poitou. Il écrivit à Blois pour se concerter avec le duc de 408Bourbon, et pour réunir les deux tronçons de la révolte1729.
Ainsi s’allumait l’incendie de la Praguerie, qui menaçait de gagner jusqu’aux extrémités du royaume. Ainsi le schisme dynastique se réveillait. Après un demi-siècle de catastrophes, de désastres et de sacrifices, la France retombait dans le même péril, que du temps où Charles VI avait été atteint de démence1730.
Le roi, qui pas ne dormoit
, appela auprès de lui le connétable. L’attitude ferme et fidèle de ce dernier, le rassura. Sire, lui dit Richemont, qu’il vous souvienne du roi Richard ! Ne vous enfermez point en ville, ni en place.
Charles VII (février 1440), recevait cet avis au château d’Amboise. Il prit immédiatement le large et se porta en Poitou, au-devant du principal foyer de la rébellion. Aussitôt, il écrivit à Reims, à Narbonne, à Toulouse, à Grenoble, pour défendre aux bonnes villes de reconnaître l’usurpation de son fils. Le 3 avril, après avoir fait ses pâques, Charles VII était à Poitiers. Le duc d’Alençon et le dauphin venaient de suborner Jean de la Roche1731, sénéchal de Poitou, créature de La Trémoille. Le duc et le 409sénéchal, assistés d’auxiliaires anglais, avaient ensuite attaqué Saint-Maixent et violemment pénétré dans cette ville. Charles VII dînait lorsqu’il en reçut la nouvelle : incontinent, le roi se lève de table, et, montant à cheval, il part avec quatre cents lances. Ses forces étaient commandées, sous les ordres du connétable, par l’amiral Prigent de Coëtivy, le maréchal de Lohéac et par un nouveau venu, qui marqua ainsi le premier pas de sa grande carrière : Pierre de Brézé, seigneur de La Varenne, sénéchal d’Anjou, puis bientôt de Poitou1732.
Les habitants de la ville, bravement soutenus par l’abbé de Saint-Maixent, occupaient encore une porte au nom de Charles VII. À sept heures du soir, le roi était devant Saint-Maixent. L’autorité souveraine fut rétablie et les insurgés, qui s’étaient retirés dans le château, tombèrent au pouvoir du vainqueur. Jean de la Roche, le duc d’Alençon, etc., s’enfuirent à Niort, qui, également, ne tarda pas de se soumettre. Le bâtard d’Orléans vint alors implorer son pardon et se détacher de la ligue. Mais la campagne se poursuivit en Île-de-France, en Berry, en Touraine, en Auvergne et en Bourbonnais, où le duc de Bourbon avait préparé les 410logis de la sédition. Charles VII, obligé de marcher contre son fils, débusqua ses ennemis, de poste en poste et d’embûche en embûche. Il les battit successivement à Loches, à Montrichard, à Chambon, à Évaux, à Ébreuil, Aigueperse, Vichy, etc., etc. Le roi, après avoir traversé La Souterraine, Guéret, Montaigut-en-Combraille, Aigueperse, Clermont-Ferrand, Vichy, La Palisse, Saint-Haon et Roanne, vint s’établir à Cusset1733.
Des négociations, que dirigea le comte d’Eu, de concert avec le duc de Bourgogne, s’engagèrent entre le roi et les princes rebelles. Charles avait étouffé l’incendie par son énergique conduite : il tenait à merci les coupables. La Trémoille était réduit à l’impuissance ; le duc de Bourbon, humilié. Charles VII, le 3 juillet, écrivit aux autorités de la capitale, pour leur annoncer la fin de cette guerre intestine. Le 5, il nomma Charles d’Anjou son lieutenant en Languedoc et en Guyenne, province qui venait d’être le théâtre de l’insurrection. Cependant le 13 juillet, Louis dauphin, signait un traité, dans lequel il engageait sa parole de fils de roi, d’aimer et de protéger pendant toute sa vie, le sire de La Trémoille et de le faire jouir de la pension de neuf mille livres, ainsi que de la gabelle du grenier à sel de Sully, dont le roi l’avait gratifié1734
.
411Le 19, Charles, duc de Bourbon, conduisant le dauphin, se dirigea de Moulins vers Cusset, où résidait le roi de France. Les princes étaient accompagnés des seigneurs de La Trémoille, de Chaumont et de Prie. Ces derniers sollicitèrent une audience, mais le roi refusa de les voir. Le duc et le dauphin parvinrent seuls auprès du souverain, qui les accueillit sévèrement. Le lendemain, après la messe du roi, tous deux réclamèrent la grâce de La Trémoille et de ses complices. Charles VII répondit qu’il n’en ferait rien. Monseigneur, dit alors à son père le dauphin, il faut donc que je m’en revoise (que je m’en retourne avec eux) ; car ainsy leur ay promis. — Et lors le roy, non content de cette parolle, respondit à ce et luy dit : Loys, les portes sont ouvertes, et si elles ne sont assez grandes, je vous en feray abatre seize ou vingt toises du mur, pour passer où mieulx vous semblera1735 !…
Cependant les princes achevèrent leur soumission, en rendant leurs places fortes et en implorant la miséricorde du roi. Charles VII destitua les nouveaux officiers du dauphin, et accorda des lettres d’abolition pour les coupables. Un acte solennel, donné à Cusset le 24 juillet 1440 et publié à Paris le 28, fut notifié dans toute la France. Cet acte proclamait la réconciliation des rebelles, et de la part du roi, oubli et pardon. Louis dauphin reprit en cour son hôtel auprès de son père, qui lui transporta immédiatement la possession du Dauphiné1736.
L’année 1440, avant de finir, fut signalée pas un épisode 412qui jette, sur l’histoire morale de cette époque, un jour bien sinistre et bien étrange.
Gilles de Rais, le triste héros de ce drame, était né, probablement en 1406, de Guy de Laval, seigneur de Rais, et de Marie de Craon. Dès qu’il fut en âge, à quatorze ans, il épousa Catherine de Thouars, l’une des plus riches héritières de Poitou. Gilles embrassa tout jeune la carrière des armes. Craon par sa mère, il était le proche parent de La Trémoille, favori tout-puissant du roi. Georges l’introduisit à la cour et chassa La Fayette pour faire place à Gilles, qui, à l’âge de vingt-trois ans, supplanta ce dernier dans sa charge de maréchal de France. Gilles de Rais, sous les ordres de La Trémoille, avait déjà exercé des commandements militaires importants. Son principal emploi fut d’être, auprès de la Pucelle, l’homme de La Trémoille. Il accompagna l’héroïne jusqu’au 13 septembre 1429 : docile aux ordres supérieurs, il l’abandonna, lors de l’échec devant Paris et de la retraite du roi vers la Loire1737.
À cette époque, le jeune maréchal rentra dans ses foyers et négligea sa carrière militaire. Il eut une fille en 1430, puis s’éloigna de sa femme. Orphelin dès 1416, il se vit, lorsqu’il eut atteint dix-huit ans, maître et administrateur d’une fortune considérable. Ses revenus, en 1432, s’élevaient à cinquante mille livres, monnaie du temps ; soit, pour la puissance de l’argent, deux millions de francs, en rentes, de nos jours1738. C’était un beau jeune homme, gracieux, pétulant, d’un esprit vif et enjoué, mais faible et frivole. Depuis son enfance, Gilles avait vu ses caprices et ses 413vices respectés et obéis par des complaisants, ses domestiques. Les parasites et les intrigants pullulèrent autour de lui ; ils trouvèrent, par la flatterie, le chemin de sa confiance. Les plaisirs prématurés, des succès et un rang sans rapport avec ses œuvres ou son mérite, amenèrent pour lui une hâtive satiété. Vieux à vingt ans, blasé, il avait épuisé les jouissances de la vie. Gilles de Rais ne connut jamais le devoir. L’ardeur de ses sens, le vide de ses loisirs, l’activité de son imagination, ouvrirent à son intelligence le champ d’une dépravation infinie. Il chercha au delà du réel, au delà de la nature et du possible, un monde de voluptés atroces et insensées1739.
Gilles avait, pour sa garde, deux cents hommes à cheval. Les meubles les plus riches, les tentures les plus somptueuses décoraient ses manoirs de Machecoul, de Champtocé, de Tiffauges. Son hôtel de La Suze, à Nantes, éclipsait le palais ducal. Au quinzième siècle, la pompe du culte intérieur et la musique religieuse, étaient l’orgueil des grandes existences. Gilles de Rais eut une chapelle de vingt-cinq à trente clercs, chapelains et enfants de chœur, suivis de leurs pages. Tous ensemble formaient un train de cinquante personnes et cinquante chevaux, qui accompagnaient le seigneur dans ses déplacements. Le primicier ou chef de sa chapelle, portait, de l’autorité de Gilles de Rais, le titre d’évêque ; puis venaient les dignités capitulaires : écolâtre, chantres, archidiacres, etc. Gilles écrivit à Rome pour régulariser canoniquement cet état de choses et mettre ses chanoines sur le pied des comtes de Lyon1740.
414Lui-même était chanoine de saint Hilaire-le-Grand, de Poitiers. Dans cette ville, il entendit un jeune chantre ou enfant de chœur, nommé Rossignol, de La Rochelle. Le père fut comblé de présents ; et, pour engager le fils dans sa maison, Rais lui donna une terre et deux cents livres de rente. Il aimait avec passion le spectacle des danses ou morisques, et surtout les mystères par personnages, dont les dispendieuses représentations exigeaient un déploiement de ressources immenses. Il présida vers 14331741 à l’exécution du Mystère de la Pucelle, qui fut célébré à Orléans et dans lequel il était glorifié par un rôle spécial. Il dépensa cette année de quatre-vingts à cent mille écus, durant son séjour en cette ville1742.
Gilles de Rais ne comptait pas. D’avides factotum, qui l’entouraient, faisant lucre de sa ruine, s’interposèrent pour les moindres actes, achats ou ventes, dans l’administration de sa fortune. Il payait toute chose au triple, et, pièce à pièce, il commença d’aliéner, à vil prix, ses nombreuses seigneuries. Rais, orphelin, avait pour père Jean de Craon, chevalier, son aïeul. Ce vieillard, déjà brisé par l’âge, lorsque Gilles fut émancipé, aimait tendrement ce petit-fils. Jean mourut le 14 décembre 1432 : aucun frein n’arrêta plus désormais le dissipateur et son entourage. Gilles, pour subvenir à ses prodigalités, invoqua l’aide fantastique de l’alchimie et de la sorcellerie1743.
Il alluma des fourneaux sur lesquels son propre or se 415fondait, tandis que le grand-œuvre lui échappait également et s’évaporait en fumée. Gilles consulta les nécromants des deux sexes, qu’il choisit d’abord sous sa main ; en Bretagne, puis à Paris. Puis il fit venir à grands frais Francesco Prelati, docteur en l’art secret et prêtre, de Florence. Par leurs conseils, il consentit à se donner au diable, espérant en retour obtenir de lui science, richesse et puissance
. Prelati, nonce du diable et son interprète, fit en faveur de Rais plusieurs évocations. Plusieurs tentatives échouèrent. Il fallait choisir le lieu, l’heure, tracer des cernes ou cercles et des figures ; appeler Belzébuth, Astaroth, Barron, lire un grimoire écrit en rouge ; outrager Dieu, la nature ; offrir au Maître, du sang… quelque membre de jeune enfant. Gilles se plongea de plus en plus dans cet abîme de stupides turpitudes, où la rage de l’impuissance devenait le délire de la férocité1744.
Une nuit, entre autres, Gilles se présenta au sabbat avec les deux yeux d’un enfant, qu’il avait fait arracher devant lui et mettre dans un verre. Peu à peu, l’on apprit que de petites filles, de petits garçons entraient au service du baron de Rais, et disparaissaient. Les plus gracieux étaient choisis, demandés à leurs parents ; emmenés avec dons et promesses ; quelquefois dérobés : puis les mères ne les revoyaient plus. De Nantes à La Rochelle, on répétait sur ce thème de sinistres propos, accompagnés de plaintes, de réclamations sans résultats, de murmures. La notoriété publique grandissait, faisait entendre sa voix ; mais le seigneur 416de Rais, haut baron, haut justicier sur ses terres, était-il accessible à ces bourdonnements1745 ?
Une impunité, qui dura huit ans, l’aurait sans doute protégé toute sa vie, si diverses conjonctures politiques ou accessoires, n’eussent en quelque sorte trahi le coupable.
Gilles de Rais avait reparu militairement au siège de Lagny (1432), à Sillé-le-Guillaume, à Conlie dans le Maine (1434-5) ; mais seulement par intervalles. Il accompagna, lors de sa disgrâce, Georges de La Trémoille ; et La Fayette reprit, avec le gouvernement de Charles d’Anjou, son bâton de maréchal1746. Les parents de Gilles de Rais s’adressèrent au roi de France, qui, sur leur requête, prononça l’interdiction civile du dissipateur. Charles VII manda cette déclaration au duc de Bretagne, pour qu’elle fût légalement signifiée et exécutée dans le pays. Mais Jean VI, parmi les grands vassaux de la couronne, était celui qui revendiquait le plus haut son indépendance. Anglais par sa mère, le successeur des anciens rois d’Armorique avouait relever de France pour son duché de Bretagne, comme la maison de Montfort relevait d’Henri VI pour le comté de Richemont : mais il refusait à Charles VII l’hommage-lige et ne lui reconnaissait que l’hommage simple. Jean VI avait une porte constamment ouverte à l’Angleterre. Lui-même, d’ailleurs, ainsi que La Trémoille, 417s’étaient rendus acquéreurs, par contrats léonins, des biens qu’avait aliénés Gilles de Rais. Jean VI refusa d’homologuer l’acte judiciaire et d’annuler par ce fait les marchés avantageux qu’il avait souscrits1747.
Loin de là, contre la défense du roi, le duc acquit de Rais, aux mêmes conditions, de nouvelles terres et mit en sa main les forteresses du vendeur. Prigent de Coëtivy, amiral de Charles VII, aspirait à la main de Marie de Rais, fille de Gilles, héritière du patrimoine compromis. Une ligue de barons s’organisa en Bretagne contre le duc. La Trémoille, qui guerroyait toujours dans le Poitou, renouvela ses alliances avec le maréchal. Enfin, parmi les méfaits de Gilles de Rais, celui-ci, en commettant quelque acte de violence très secondaire, avait enfreint les immunités ecclésiastiques. À l’aide de ce nouveau grief, les adversaires de Gilles s’acquirent le concours de l’évêque de Nantes, chancelier de Bretagne. Le duc, comme justicier, fut mis, par les dénonciations de la rumeur publique, en demeure de sévir. La foi et les privilèges de l’Église étant intéressés dans la cause, l’Inquisition s’adjoignit au juge séculier. Gilles de Rais fut ainsi déféré au grand juge de Bretagne, assisté de l’évêque diocésain et du vicaire du Saint-Office1748.
L’information trouva, aux domiciles du prévenu, des 418appareils alchimiques et tout le matériel de la sorcellerie : un pied de fer, une main de cire ; une estrapade, qui servait à asphyxier les jeunes victimes ; une immense lame ou braquemart, pour les décapiter. À Machecoul, l’un de ses châteaux, on découvrit les cadavres réunis de quatre-vingts enfants. Leurs têtes étaient séparées des troncs ; les corps en partie brûlés ; tous, horriblement mutilés. Des témoins, complices de Gilles, furent entendus. Lui-même subit la torture ; les uns et les autres racontèrent, dans le plus petit détail, la série des violences et des actes d’une barbarie lubrique et folle, auxquels se livrait Gilles de Rais. Des textes authentiques évaluent de cent quarante à deux cents, le nombre des enfants, dont la vie fut sacrifiée dans ses féroces débauches1749.
Après avoir un moment essayé de l’arrogance et de l’intimidation, Gilles s’humilia, demanda pardon à Dieu et aux hommes, en s’offrant à l’expiation du supplice. Lui et deux de ses serviteurs furent condamnés à une amende pécuniaire envers le duc et à perdre la vie. Le 27 octobre 1440, une procession générale du clergé, moines et prêtres, se rendit de la ville à la prairie de Nantes. Là, trois échafauds, pour les patients, avaient été dressés. Gilles, en présence d’un immense concours de spectateurs, fut attaché, par le cou, au poteau, les pieds posés sur un escabeau qui surmontait son bûcher. Il demanda et obtint de mourir le premier, à la vue de ses compagnons, qui subirent, après lui, la peine du feu. Le bourreau ayant enlevé l’escabelle, 419Gilles mourut par strangulation. On alluma ensuite le bûcher pour la forme. Le corps de Gilles fut transmis à des dames de sa famille, qui le firent inhumer à Nantes, en l’église de Notre-Dame des Carmes1750.
Charles VII, après la Praguerie, résida successivement à Bourges, à Orléans, puis à Chartres, où il séjourna durant les trois derniers mois de l’année. Le roi promulgua dans cette ville divers actes importants. L’un de ces édits, s’autorisant ad hoc du synode tenu à Bourges, levait sur le clergé un subside et faisait participer ce corps de l’État aux contributions ou charges publiques du royaume. Le concile de Bâle, entraîné par les ardeurs de la lutte, avait rallumé le schisme et créé de nouveau un antipape, en la personne du duc Amédée de Savoie1751. Ce dernier, sous le nom de Félix V, fut reconnu, avec acclamation, par les suffrages intéressés de l’Université de Paris. Amédée était l’allié intime et l’ami du roi de France. Mais Charles VII fit taire ses penchants et ces considérations personnelles : il tint la balance, en ces questions si délicates, d’une main élevée, ferme et équitable. Par un second diplôme, daté de Chartres, 21 novembre 1440, il déclara demeurer sous l’obédience d’Eugène IV1752.
Le roi, accompagné du dauphin, se dirigea ensuite, par 420Sens, vers la Champagne. Charles VII, depuis le voyage du sacre, n’avait pour ainsi dire jamais vu de près les provinces situées au nord de l’Yonne et de la Seine. Et pourtant ces pays, ralliés à l’unité politique, appelaient, en quelque sorte, par leur état de souffrance, toute la sollicitude royale. La ruine, les maladies, la famine, désolaient incessamment la capitale et beaucoup d’autres villes. À la suite du traité d’Arras, un nouveau fléau, si l’on peut l’appeler ainsi, s’était, après tant de maux, déchaîné sur ces contrées. Des milliers de soldats, licenciés par suite de la paix, s’étaient mis à errer, les armes à la main, sans aucun autre but, ni emploi, que le meurtre et le pillage. Les excès auxquels ils se livrèrent leur valurent le surnom, expressif et trop mérité, d’Écorcheurs1753.
Ces bandits avaient pour principaux capitaines La Hire, Blanchefort, Bruzac, Antoine de Chabannes, les deux bâtards Guy et Alexandre de Bourbon ; les bâtards d’Armagnac, de Neuchâtel, de Vergy ; le bâtard Chapelle, etc. En 1438, une nombreuse multitude, formée de ces compagnies, 421s’était ruée, en sortant par la Lorraine, sur le pays allemand, le long du Rhin, et avait étendu ses ravages jusqu’à Francfort. Puis, ils étaient rentrés en France. Le connétable avait essayé vainement de les employer dans sa guerre réglée contre les Anglais. Pour assiéger une place forte, ou pour combattre en ligne, les écorcheurs s’étaient montrés peu utiles. Ils triomphaient, au contraire, dans les coups de main, dans les invasions nocturnes, accompagnées d’incendie, de meurtre et de pillage. La lutte s’était rallumée entre le comte de Vaudémont et le duc de Lorraine. Les écorcheurs tenaient sous leur domination beaucoup de localités et de forteresses dans le pays de Metz, la Lorraine, la Champagne, sur la lisière de Bourgogne et aux environs de la capitale1754.
Charles VII, suivant un itinéraire qui mérite toute l’attention de l’historien, résidait à Sens le 14 janvier 1441 ; du 24 au 31, il habita Troyes ; 1-9 février, Bar-sur-Aube ; du 9 au 22, Langres ; vers le 25, Montéclair, près Andelot ; le 28, Vaucouleurs. Nous suivons ce prince le 1er mars, à Commercy ; le 15, à Châlons-sur-Marne ; le 27, à Reims et le 1er avril à Laon, en Picardie1755.
Alexandre de Bourbon, à la tête d’une colonne d’écorcheurs, osa se présenter devant le roi, à Bar-sur-Aube. Mais, en même temps, des paysans, qui avaient eu personnellement à souffrir de ses outrages et de ses excès, 422vinrent, avec d’autres plaignants, réclamer justice, conformément à l’ordonnance. Le roi fit arrêter ce bâtard par le prévôt de la maréchaussée. Jugé et condamné à mort, Alexandre de Bourbon fut noyé dans la rivière1756.
Le bâtard, soutenu par ses frères et beau-frère, Guy, bâtard de Bourbon, Charles, duc de Bourbon, et Rodrigo, s’était signalé, dans la Praguerie, par son audace et ses violences. Cet exemple de sévérité produisit un effet moral en rapport avec la témérité des rebelles. Le roi, assisté du connétable de Richemont et de ses nouvelles compagnies d’ordonnance, balaya ces divers points, fit rentrer les forteresses sous l’autorité royale et rétablit l’ordre troublé. À Vaucouleurs et à Commercy, il soumit à un traité de réparation le sire de Commercy, Robert de Sarrebruck, l’un des alliés d’Alexandre et des écorcheurs. Il termina en même temps la lutte armée dirigée contre son beau-frère René d’Anjou1757.
423À Laon, Charles VII prit son domicile en l’hôtel de l’évêque-duc. Il y séjourna pendant le mois d’avril. Le vin de ville, blanc et rouge, du cru de Beaune, fut offert par les Laonnais au roi, au dauphin, au connétable, etc. Toute la cour fut défrayée, au titre du droit de gîte royal, par des prestations de divers genres en nature1758.
Jean de Luxembourg, premier lieutenant de Philippe le Bon, était mort le 5 janvier 1441, sans avoir voulu souscrire au traité d’Arras, et constamment engagé dans la cause anglaise. Mais Jeanne de Béthune, sa femme, avait toujours eu le cœur français. Cette veuve était un grand parti, comme héritière du comte et, de son chef, comme dame de seigneuries importantes. Il fut question de la remarier à Charles d’Artois, comte d’Eu, proche parent du roi. Jeanne vint à Laon trouver Charles VII, qui lui fit l’accueil le plus gracieux. Elle répondit à ces démonstrations de courtoisie. La douairière de Luxembourg releva féodalement toutes ses terres qui mouvaient de la couronne ; elle en fit l’hommage et prêta serment de fidélité. Mais elle n’accepta pas la main du comté d’Eu1759.
424Isabelle de Portugal, duchesse de Bourgogne, se rendit également auprès du roi Charles. L’habile princesse avait accepté la charge de négociations difficiles.
Son nouveau protégé, Charles, duc d’Orléans, venait de recouvrer sa liberté. Il avait épousé en troisièmes noces une fille de Clèves, nièce du duc de Bourgogne. Mais le duc Charles, prince faible, avait été aigri et démoralisé par l’infortune. En mettant le pied sur le sol de sa patrie, il affecta immédiatement une ligne de conduite, peu propre à satisfaire le roi de France. Charles d’Orléans reprit aussitôt les allures que suivaient les princes aux temps de Charles VI. Il commença par mettre sus un nouvel ordre de chevalerie, l’ordre du Camail, auquel il affilia les princes mécontents, héros naguère vaincus de la Praguerie.
Philippe le Bon, à son tour, donna la Toison-d’Or au duc d’Orléans, puis aux ducs d’Alençon et de Bretagne. Charles d’Orléans, pour sortir de captivité, s’était engagé par serment à ne pas reprendre les armes contre les Anglais. Bien que peu guerrier, il leva immédiatement bannière ; et, suivi d’une véritable armée, il s’avança vers le roi… pour le saluer et, lui faire hommage ! Charles VII et son conseil désapprouvèrent cet appareil, au moins inopportun. Le roi fit savoir à son cousin, qu’il le recevrait volontiers, mais à simple et privée mesgnie1760
.
425La situation était donc de nouveau délicate ou tendue entre le roi et, les princes, qui trouvaient auprès du grand duc d’Occident, si ce n’est une ouverte complicité, du moins un appui complaisant et pompeux. Divers autres griefs, ou affaires analogues, avaient été confiés au talent diplomatique de la duchesse. Isabelle déploya, auprès du roi de France et de son conseil, toutes les ressources de son esprit, de son adresse féminine, et plaida les causes épineuses dont elle s’était chargée. Elle ne put toutefois que charmer ses juges, sans les convaincre. Charles VII finit par congédier la noble solliciteuse, en la comblant des marques royales de sa déférence ; mais il s’excusa de ne pouvoir accéder à aucune des requêtes qu’elle lui avait présentées1761.
Charles VII, avant de quitter Laon, signa un acte de très grave conséquence, sous le rapport administratif ou financier. Les ministres précédents avaient, au plus haut degré, abusé des blancs-seings, (fatalement connus, plus tard, dans notre histoire, sous le nom de lettres de cachet). Le roi, par un édit solennel daté de Laon, le 28 avril 1441, corroboré depuis par des garanties nouvelles et plus expresses encore, déclara publiquement qu’il renonçait à autoriser de pareils actes dans l’avenir1762.
De Laon, Charles VII, au mois de mai 1441, se porta successivement à Soissons, Noyon, Compiègne, Pont-Saint-Maxence et Senlis, où il se trouvait le 23. Quelques places environnantes se soumirent à lui. Creil et Pontoise, qui étaient retombés au pouvoir des Anglais, donnèrent lieu à 426deux expéditions réglées. Creil, assiégé ou approché le 19 mai, fut assailli le 25 et se rendit par composition le 24 juin suivant. Mais Pontoise, place d’une importance supérieure, opposa une résistance beaucoup plus considérable1763.
Cette ville commandait, sur un point nécessaire, la route de Normandie. Les Anglais l’avaient fortifiée avec sollicitude. Du 3 au 6 juin, le roi fit investir Pontoise. Après avoir touché Paris, pour y réunir des secours pécuniaires et autres, Charles VII était venu s’établir à Saint-Denis, puis en l’abbaye de Maubuisson. De là, il suivit et dirigea personnellement les opérations militaires qui eurent lieu devant Pontoise. Le siège de cette villette doit marquer certainement parmi les notables épisodes de la période que nous retraçons. Charles VII finit par apprendre à vaincre à l’école même de ses longs revers. Cette expédition fut pour lui une nouvelle et pénible épreuve. Le roi avait autour de sa personne le dauphin, Charles d’Anjou, le connétable, les maréchaux Philippe de Culant (ou de Jalognes) et André de Lohéac, le comte de Tancarville, l’amiral Prigent de Coëtivy et son frère Olivier, les deux Brézé (Pierre et Jean), c’est-à-dire l’élite des hommes de guerre. Il rallia également et sut employer dans cet effort La Hire, Chabannes, Pannessac et autres des plus turbulents1764.
De leur côté, les Anglais lui opposèrent leurs principaux 427capitaines. L’infatigable Morhier était l’administrateur ou l’intendant général de leur milice. William Peyto ou Poitou, Clifton, Fauconberg, Scales, N. Burdett, Standish, le duc d’York, et enfin le grand Talbot, comte de Shrewsbury et maréchal de France pour Henri VI, parurent brillamment sur ce théâtre. Le roi ne parvint, qu’avec des peines infinies, à investir complètement une place, qui trouvait par terre et par eau des issues. Cinq fois, en dépit de tous les efforts des assiégeants, les Anglais de Normandie ravitaillèrent cette ville. Charles VII, pendant qu’il séjournait en l’abbaye de Poissy, vers la fin du mois de juillet, fut en danger d’être pris. Il n’échappa que par miracle à une manœuvre qui devait le saisir au gîte, pendant la nuit, et le faire tomber aux mains de Talbot ou du duc d’York1765.
Au milieu de ces périls, de ces sacrifices incessants, le siège traînait en longueur. Les propres ressources des assiégeants s’épuisaient. Antoine de Vaudémont, le comte de Saint-Pol, le comte de Joigny, Philippe de Vienne, évêque-duc de Langres, tous Bourguignons ralliés, avaient jusque-là servi militairement devant Pontoise. Fatigués de la campagne, et découragés, ils prirent congé du prince, et se retirèrent. Charles VII, abandonné, redoubla d’énergie. 428Enfin, le 29 septembre, il commanda l’assaut général de la place : le roi distribua les rôles, en se réservant le poste décisif et le plus périlleux. Il attaqua l’église de Notre-Dame qui dominait Pontoise. Après un combat opiniâtre, les assiégés, réduits et exténués, se rendirent. Charles VII, comme il avait fait à Montereau, pénétra l’un des premiers dans la ville1766.
Le roi, après avoir bombardé l’église de Notre-Dame, y entra pour faire ses dévotions et remercier Dieu de la victoire. Il intervint de toute son autorité afin de modérer, à l’égard des habitants inoffensifs, la violence de ses soldats triomphants. Un Anglais, isolé sur une place, courut se réfugier, pour sauver sa vie, entre les jambes du cheval que montait le roi. Charles VII prescrivit en vain la miséricorde, et les soldats, en massacrant cet Anglais, blessèrent l’animal sur lequel ce prince était en selle. Le lendemain, une enquête fut ouverte à l’effet de reconnaître quels étaient, parmi les assaillants, ceux, qui avaient le mieux fait. Charles VII anoblit un petit nombre des combattants qui n’étaient point nobles, et notamment celui qui le premier avait franchi la brèche1767.
Une ordonnance récente venait de régulariser la cavalerie. 429L’artillerie à feu, dans ces deux sièges, mit en lumière les progrès signalés qu’elle avait accomplis, depuis le temps où Henri V conquérait la France à l’aide d’engins encore mécaniques. Les améliorations introduites dans cette arme allaient lui acquérir une prépondérance décisive, et cette substitution devait changer la face des armées, ainsi que l’art de la guerre. Ces progrès eurent en grande partie pour auteur le chef habile qui commandait l’artillerie, sous le titre de grand maître, aux sièges de Creil et de Pontoise. Ce haut dignitaire de la couronne, membre du conseil privé, se nommait Jean Bureau, de petite bourgeoisie parisienne. Il fut une de ces capacités que Charles VII, devenu connaisseur en hommes, sut distinguer et choisir1768.
Le roi, après ce triomphe de Pontoise, retourna pendant quelque temps à Paris et donna ses soins à diverses branches administratives du gouvernement. Par lettres datées du 17 octobre 1441, et de cette capitale, il accorda une dernière faveur à ses fidèles défenseurs du Mont-Saint-Michel. Ces lettres plaçaient la ville et le Mont sous la 430protection spéciale du roi de France, avec toutes les prérogatives de la sauve-garde royale, accompagnée de garde-gardienne. Le roi, sans interrompre le cours des affaires, regagna ensuite les bords de la Loire, qu’il affectionnait particulièrement1769.
Le 31 décembre 1441, Charles VII résidant à Saumur, établit, dans le royaume, deux généraux des finances, comme réformateurs des monnaies : matière fort délicate et très compromise dans le passé. Ces lettres révoquaient toute commission analogue, antérieurement instituée. Le roi, ce même jour, frappa un autre coup, de rigueur, mais des plus mérités et des plus nécessaires. Guillaume de Champeaux, commissaire général des finances en Languedoc, avait marqué sa longue administration par d’intolérables abus. Arrivé au pouvoir dans les temps orageux de la régence, il s’était fait en ce pays lointain, au second rang et à l’abri de son muable gouverneur, comme un proconsulat inamovible. Sa robe ecclésiastique, avec la distance, lui garantit longtemps l’impunité. Guillaume de Champeaux battait monnaie, sans permission du roi. Il disposait de l’impôt. Des plaintes successives étaient parvenues jusqu’à la cour ; mais le tout-puissant financier, duc et pair, réussit à les neutraliser1770.
431Le roi, sur ces plaintes renouvelées, prit successivement diverses mesures, pour limiter et contrôler l’autorité du commissaire général. Il envoya des délégués considérables, puis un prince du sang, le comte de Vendôme, qui lui intimèrent, au nom du roi, l’ordre de suspendre l’exercice de ses fonctions. Guillaume de Champeaux éconduisit, l’un après l’autre, tous les commissaires, y compris le prince, en les jouant, ou en les bravant face à face. Enfin la mesure était comble et le véritable roi de France succédait au pupille couronné des Giac et des La Trémoille. Les lettres patentes qui révoquent Guillaume de Champeaux, estiment à la somme de six à sept cent mille écus le dommage causé au roi par ces malversations. De plus, le produit des concussions que l’évêque de Laon avait accumulées pour son profit personnel, y est évalué à environ trois millions de livres, valeur du temps. Charles d’Anjou venait d’être nommé gouverneur de Languedoc et Tanneguy Duchâtel, son lieutenant. Deux maîtres des requêtes, hommes énergiques, furent envoyés à Montpellier, afin de prêter main-forte à l’exécution de l’ordonnance. Charles VII, en destituant l’évêque financier, saisit son temporel, et remplaça l’intendant par des commissaires. Guillaume de Champeaux, cette fois, obéit à l’autorité souveraine et disparut au sein d’une obscure, mais opulente retraite1771.
432Chapitre IV (19 juin 1441 – 1er juin 1444)
- Suite de la Praguerie.
- Assemblée de Nevers.
- Période fortunée de Charles VII.
- Voyage de Tartas.
- Campagne de Guyenne.
- Comminges.
- Armagnac.
- Siège de Dieppe.
- Traité de Tours.
Cependant les princes intriguaient toujours. Un premier échec n’avait pu suffire pour déraciner du sol cette oligarchie, si vivace depuis Charles VI, et que favorisait la vieille constitution féodale du royaume. L’arrivée de Charles, duc d’Orléans, fut saluée comme un événement, par les membres vaincus de la Praguerie. Pendant que de vrais Français combattaient à Creil et à Pontoise, Charles d’Orléans, au lieu de se présenter devant le roi, voyageait en Perche et en Bretagne. Les tronçons de la guerre civile s’agitaient et se cherchaient. Le 16 juin 1441, Henri VI accorde à Jean duc d’Alençon et à Marie d’Armagnac, sa duchesse, un sauf-conduit pour aller, venir, tant en France qu’en Normandie, voler (chasser), etc., avec deux cents personnes de compagnie
. Dans le même temps, une lettre du Garter, King of Arms (roi d’armes de la Jarretière), était interceptée et traduite, en présence d’un secrétaire du roi Charles VII, par l’Écossais Nicol Chamber. De cette dépêche, qui subsiste en original, il résulte la preuve que dès lors le duc d’Alençon trahissait la France, et révélait à l’ennemi des faits de 433guerre préparés en Normandie contre les anglais1772.
Philippe le Bon prêtait, à ces manœuvres, une condescendance, dans laquelle l’abandon de la courtoisie, ou l’imprudence de sa vanité, avaient plutôt part que la perfidie. Le 24 décembre 1441, à Dijon, il dicta les instructions d’un nouveau congrès des princes et désigna pour cet objet ses ambassadeurs. Peu après, Philippe reçut et festoya dans cette ville, à l’hôtel du Maire, son gendre et sa fille, duc et duchesse de Bourbon. Le congrès s’ouvrit enfin à Nevers, en Bourgogne, au mois de février 14421773.
Le prétexte de cette réunion était de procurer la paix du royaume. Charles VII avait repoussé victorieusement la force par la force. Lorsque ses parents eurent recours à la voie parlementaire, le roi, sans approuver ces conciliabules tenus hors de son autorité et hors de son domaine, condescendit toutefois à les tolérer. Il y envoya même l’évêque de Clermont, vice-chancelier de France, et des commissaires. Les ducs de Bourgogne, de Bretagne, de Bourbon, d’Orléans, d’Alençon, les comtes de Dunois, de Nevers, d’Étampes et autres, participèrent à ce congrès, soit en personne, soit par délégués. Quelques vues générales, dépourvues de toute nouveauté, accompagnées de lieux communs sur les malheurs publics, furent mises en 434avant ; puis réfutées par les commissaires royaux. Les récriminations personnelles, les griefs et les intérêts particuliers des princes, fournirent la principale matière de leurs aigres et égoïstes motions. Cette assemblée enfin n’eut point d’autres fruits immédiats que des messages auprès du roi absent, des discussions et des négociations stériles1774.
Durant ce temps, en effet, le roi prêchait d’exemple : il marchait contre la guerre civile et les Anglais. Les princes revendiquaient ce qui leur était dû à raison de leur naissance. Charles VII s’entourait de tous les Français, princes, gentilshommes et autres, qui aimaient leur pays et qui le servaient de leur cœur, de leurs bras et de leur esprit.
Vers mars-avril, Simon Charles, président des comptes, et Guichard de Chissé, furent nommés commissaires royaux, pour garder en l’absence du roi, les pays de la rivière de Seine et Île-de-France. Le roi mit également provision, vis-à-vis de la Normandie, et dans les autres régions, à la sûreté du royaume. Pour lui, dès le mois de janvier, il quitta Saumur, ses quartiers d’hiver, confins de la Touraine, et passa en Poitou1775.
Le roi, chemin faisant, subjugua les restes de la ligue que n’avait cessé de fomenter La Trémoille. Il mit successivement dans sa main les places de Palluau et des Essarts en Poitou ; Mareil et Sainte-Hermine, que tenait La Trémoille ; 435puis Taillebourg ; les îles d’Oléron, Marennes ; les forts de Mornac, Broue et Royan. Le sire Jacques de Pons, neveu de La Trémoille, vint faire sa soumission au roi. Maurice de Plusquellec, autre ligueur, fut envoyé captif à La Rochelle. Puis le roi visita cette place fidèle, qu’il enrichit de nouveaux privilèges. Il se rendit ensuite à Limoges et célébra la Pentecôte (20 mai) dans cette ville1776.
Après divers pourparlers, les ducs de Bourbon, d’Alençon, le duc, la duchesse d’Orléans et autres princes mécontents, vinrent trouver le roi à Limoges. Des instructions, des mémoires écrits, avaient été rédigés. Le duc d’Orléans porta auprès du roi la parole. Charles VII écouta longuement et patiemment les doléances des requérants. Il leur répondit de bouche, puis selon l’usage, par le chancelier de France. Les requêtes furent lues, examinées et contrôlées. Chacun des articles (dont nous possédons le texte), reçut au nom du roi, par apostille, soit une gracieuse et raisonnable adhésion, soit une réfutation péremptoire. Charles d’Orléans se sentait chargé du poids de l’âge, besogneux, impuissant. Ce prince expia au prix d’un insuccès final ce premier essai de vie politique.
Le duc avait souscrit envers Henri VI une rançon de quatre cent mille écus, sans compter celle de son frère1777. Charles VII, après l’avoir vaincu moralement et désarmé, 436l’enchaîna de ses bienfaits. Il lui donna cent soixante mille livres comptant, et leva une taille dans tout le royaume, à l’effet de subvenir aux nécessités financières de son cousin. Il lui assigna pour l’avenir et dès lors, une pension de dix mille livres tournois, qui fut bientôt portée à dix-huit mille. Le duc-poète renonça au rôle, trop lourd pour ses forces, qu’il s’était laissé imposer ; et, dès ce jour, il disparut à peu près complètement de la scène, ou de la vie publique1778.
Charles VII, dans la fleur de son âge viril, touchait au terme le plus brillant de sa carrière. La fortune le favorisait, mais il donnait à la fortune cette noble réplique, qu’inspirent aux généreux l’intelligence et le courage. Les deux Brézé, assistés d’un hardi capitaine nommé Robert de Flocques, dit Flocquet, et de Dunois, remportaient pour le roi des avantages marqués sur les marches de Normandie. Évreux, le 15 septembre 1441, était tombé au pouvoir des Français. La bravoure, qui sait entreprendre, avait pour modérateurs l’esprit de suite, le coup d’œil du politique, habile à temporiser et à féconder les fruits de la victoire. Peu à peu, les Anglais étaient refoulés aux deux extrémités maritimes du royaume1779. Divers succès appuyèrent cet effet moral sur d’autres points du territoire1780.
437Le théâtre le plus important de la lutte, indiqué par les conjonctures présentes, était la Guyenne. Charles VII s’y dirigea personnellement. Vers le mois de juillet 1441, les Anglais de Bordeaux avaient assiégé Tartas. Cette petite place, située entre Dax et Mont-de-Marsan, appartenait au sire d’Albret, vassal et allié du roi de France. Tartas se rendit, après six mois de siège, par capitulation. Un gouvernement mixte et provisoire y fut institué. Le fils puîné d’Albret demeura pour otage. Après la Saint-Jean (24 juin) 1442, il devait rester anglais, comme la ville, à moins que, dans cet intervalle, Charles VII ne se fût montré le plus fort devant la place. En ce même temps (juin à décembre 1441), les princes ligués donnaient suite à leurs menées vis-à-vis de l’Angleterre. Les ducs de Bretagne, d’Orléans et d’Alençon, négociaient un traité entre leur allié le comte d’Armagnac, Jean IV, et le roi d’Angleterre Henri VI1781.
438Nous avons peint ailleurs, pour n’y point revenir, le caractère politique et moral de ces grands vassaux du midi. Jean IV, en cette circonstance, déploya une rare audace, pour soutenir son rôle traditionnel de duplicité, entre les rois de France et d’Angleterre. Son frère Bernard, comte de la Marche (dont les vertus contrastaient avec la déplorable renommée des Armagnacs), servait au premier rang, parmi les conseillers de Charles VII. Son fils aîné le vicomte de Lomagne, secondait également le roi dans cette expédition militaire. Durant le même temps, Jean IV envoyait à Londres, son chancelier, Jean de la Batut ou de Batute, archidiacre de Rodez, suivi d’une ambassade, pour traiter de paix, alliance, confédération et amitié avec Henri VI. Le comte enfin, comme gage de cette union, offrait au jeune roi anglais, l’une de ses filles en mariage1782. L’ambassade d’Armagnac fut reçue à Londres en mai 1442. Le 10 juillet, lord Robert Roos, Thomas Beckington, secrétaire du roi, etc., s’embarquaient à Plymouth pour Bordeaux et parurent en Gironde le 14. Cette légation était chargée de convertir en réalités les ouvertures faites par Jean IV, et ces projets d’alliance.
Cependant Charles VII quittait Limoges à la fin de mai, et, passant par Villefranche-de-Rouergue, il parvenait, vers le 8 juin, à Toulouse. Le roi avait réuni pour cette expédition tout ce que ses finances lui permettaient d’assembler de gens d’armes. Le connétable, mandé de Paris, se dirigea par une autre route : celle de Clermont 439en Auvergne, afin de ménager le pays. Les forces militaires et leurs chefs se concentrèrent à Toulouse1783.
Arrivé dans cette ville, le roi, ayant reçu les hommages des autorités, fit venir auprès de lui les comtes d’Armagnac, de Foix, d’Albret, de Comminges et d’Astarac. Charles VII conduisait, autour de sa personne, environ trente-deux mille hommes, bien montés ; de l’artillerie ; et tout un appareil imposant de campagne. C’étaient là des arguments décisifs : les grands vassaux du midi prêtèrent serment de fidélité au roi. La plupart, mis en demeure, acquittèrent immédiatement le devoir de leurs fiefs, en prenant hic et nunc du service sous la bannière de France1784.
À l’annonce de ces événements, l’Angleterre se mit en devoir d’expédier de nouvelles troupes. Mais le gouvernement anglais, sous la minorité d’un prince faible d’esprit, était livré aux rivalités qui accompagnent ordinairement 440les régences. Au jour dit, le roi Charles parut devant Tartas, escorté de seize mille combattants. Les anglo-gascons qui détenaient la place n’essayèrent même pas de résister. Charles VII y rétablit immédiatement sa puissance. De là, le roi se porta successivement à Saint-Sever, Dax, Condom, Agen, Marmande, La Réole et Montauban.
Les lieux qu’on vient de nommer, à l’exception de Montauban, étaient au pouvoir des Anglais. Charles VII les réduisit sous son autorité, ainsi que les places de Tonneins, Millan, Mauvezin, Roquetaillade et beaucoup d’autres. Le roi et le dauphin prirent part en général à toutes les opérations militaires. Cette brillante campagne se termina par le siège de La Réole, qui se rendit le 8 décembre 1442. Le roi, accompagné de la reine et de toute sa cour, vint prendre ses quartiers d’hiver à Toulouse et à Montauban1785.
Pendant que Charles VII reprenait aux Anglais ses villes de Guyenne, Jean d’Armagnac, de son château de Lectoure, entretenait une correspondance clandestine, par l’organe de Jean Batute, avec les ambassadeurs anglais de Bordeaux. Le comte avait auprès de lui deux filles en âge d’être mariées. Tout d’abord, les ambassadeurs eurent 441pour instructions, de se rendre, ou de dépêcher quelqu’un à Lectoure, chargé de voir et d’observer ces princesses, puis d’expédier immédiatement un courrier à Londres. Ce courrier devait porter au jeune roi une description, ou portrait écrit, de ces deux damoiselles, de manière à le renseigner exactement : touchant la tenue ordinaire de chacune d’elles ; leur physionomie, leur stature, leur beauté, la couleur de leur peau, leurs manières, et tous leurs traits physiques. Sur cet état, précis et certifié conforme, Henri VI devait prendre et faire connaître ultérieurement sa détermination1786.
Le 3 novembre 1442, un peintre portraitiste, envoyé par la cour de Westminster, débarquait à Bordeaux. Cet artiste, choisi sur la renommée qu’il s’était acquise, s’appelait maître Hans, nom qui semble désigner un sujet des États de Bourgogne. Maître Hans se rendit auprès du comte, porteur d’un message secret, renfermé dans l’intérieur de son bâton de voyage. Il dut exécuter, pendant l’hiver, le portrait réel et diplomatique de la princesse élue.
En effet, durant cet intervalle (juillet à décembre), Charles VII soumettait presque tout le pays des Landes jusqu’à Bayonne. Son armée avait pénétré entre la rive droite de la Garonne et la Dordogne, jusqu’au sud du Médoc. Plus de vingt villes, sises sur cette rive du fleuve, 442avaient reconnu son autorité. Jean IV était donc comme bloqué ou gardé à vue dans son château de Lectoure ; et les soldats du roi, qui tenaient la campagne, surveillaient attentivement les communications de l’ennemi. Thomas Rempston, sénéchal de Bordeaux, avait été pris au début de l’expédition. Peu après, cent trente marins français, descendus de Talmont, ainsi que de Royan, et armés en course, venaient donner la chasse, jusque sous la vue de Bordeaux, à des navires anglais. Le 26 septembre, Robert Clifton, connétable de Bordeaux, mourut dans cette ville. L’archevêque de cette métropole (le célèbre Pey Berland), se rendit en Angleterre, pour certifier aux conseillers d’Henri VI la détresse intime et l’état désespéré de la Guyenne anglaise, investie et menacée de toute part1787.
Le moment, toutefois, n’était point venu encore. La Guyenne, pendant longtemps sevrée de ce qu’on pourrait appeler le courant de l’esprit français ou national, s’était façonnée, au joug des Lancastre. Des intérêts locaux, matériels, y prédominaient sur l’idéal politique. La féodalité conservait toutes ses racines, dans ces provinces, où le patriotisme commençait seulement à germer. Par les travaux ultérieurs de Charles VII, le lecteur pourra juger combien une tentative plus hardie eût été, en 1442, téméraire et prématurée. Cet énergique et premier déploiement de force atteignait lui-même à un effet moral.
Maître Hans, s’il remplit jusqu’au bout l’objet de sa 443mission, peignit les trois portraits, sans profit pour le jeune roi qui les avait commandés. Les ambassadeurs anglais s’aperçurent enfin qu’ils étaient dupes de leur attente, et se rembarquèrent en janvier 1443. Ainsi, le projet d’alliance, conçu par les princes, était entièrement déjoué. Le roi, au contraire, grâce au concours de Bernard d’Armagnac, comte de la Marche, maria son connétable, avec une fille d’Albret. Cette union fut célébrée à Nérac près de Mont-de-Marsan, le 29 août 1442. Jean IV d’Armagnac et le roi d’Angleterre, chacun de leur côté, adressèrent des propositions de paix au roi de France1788.
Charles VII, pendant le cours de cette campagne, subit un deuil, plus grave que celui dont il fut atteint le jour où il perdit sa propre mère. Yolande d’Aragon, dont la vie et l’éloge ont été particulièrement signalés dans le tome I du présent ouvrage, mourut au château de Saumur le 14 novembre 1442. La reine des quatre royaumes, comme on l’appelait, était âgée de 62 ans. Souveraine nominale d’Aragon, Naples, Sicile et Jérusalem, l’histoire peut ajouter le nom de la France à cette énumération de ses titres honorifiques. Si le regard des patriarches et des politiques est donné aux femmes, Yolande d’Aragon, en fermant ses yeux, put emporter dans la tombe une haute et légitime satisfaction de son œuvre. Le judicieux Berry lui consacre cette concise et juste mention : elle fut une fort bonne et sage dame1789
.
444Le roi séjourna près d’un an dans ce voyage du midi. En mai 1443, il reprit le chemin du Poitou et résida le reste de cette année sur les bords de la Loire, sa demeure de prédilection. Charles, durant cette période, donna ses soins aux affaires administratives ou civiles de son royaume. Son séjour à Toulouse et à Montauban fut signalé par divers édits, relatifs aux intérêts des villes du Languedoc. Telles sont les lettres données le 10 mars pour protéger les marchands de cette province contre les arrestations arbitraires, et d’autres lettres, du même jour, contre la piraterie.
Le roi intervint aussi, comme haut justicier, dans un litige très notable. La comtesse de Comminges, âgée de quatre-vingts ans, était détenue prisonnière par son mari, prince de la maison de Foix, et de connivence avec les barons de sa parenté. Charles VII, après avoir mis ses panonceaux sur les tours des comtés de Foix et d’Armagnac, ajourna les partis à comparaître devant les juges de son parlement, à Toulouse. Il manda également les trois états de Comminges en sa présence. Là, il fit juger le débat selon les formes du droit, et mit en liberté la comtesse, qui vint terminer ses jours à la cour, sous la protection du roi1790.
445Nous ne pouvons indiquer que sommairement plusieurs autres règlements civils, édictés par ce prince dans la seconde moitié de l’année. Mais une attention profonde est due à l’ordonnance promulguée le 25 septembre à Saumur, touchant le gouvernement des deniers publics1791.
Cet édit posa les grands principes qui devaient introduire l’ordre, la lumière et l’équité au sein de l’administration du Trésor royal. Il débute par un bref exposé de la situation, dans laquelle étaient tombées les Finances du royaume. Les ressources ordinaires (ou domaine) et les ressources extraordinaires (impôt) y sont clairement distinguées. Cette séparation était ancienne ; mais le fait nouveau et saillant consiste dans le programme des mesures qui devaient assurer, pour l’avenir, une meilleure gestion et des unes et des autres. En ce qui concerne le domaine, des aliénations abusives l’avaient singulièrement amoindri. Depuis longtemps, les officiers chargés de présider au péage des ponts, de percevoir les divers revenus de la couronne, négligeaient de réparer les immeubles et les laissaient tomber en ruine. Les cens et rentes avaient cessé d’être perçus. Des fondations pieuses attachées à ces mêmes tenures royales et connues sous le nom de fiefs et aumônes, n’étaient plus acquittées. Le roi rétablit l’ordre ; prescrit la revendication des revenus arriérés, 446ordonne les réparations et remet en valeur le domaine1792.
Pour ce qui est de l’impôt, la comptabilité reçoit des règlements d’une sagesse et d’une précision toutes nouvelles. Antérieurement, les libéralités accordées au nom du roi consistaient dans les mandements ou bons isolés, que l’importunité des ministres et des favoris dérobait pour ainsi dire, quelquefois en blanc, à l’inexpérience ou à la faiblesse confiante du monarque1793. Désormais tous les dons, pour être valables, doivent figurer collectivement sur des tableaux, signés de la main du roi, sous la forme de rôles ou états d’ensemble. De même aussi, les trésoriers et receveurs sont tenus de fournir trois fois par an des résumés généraux de leur situation ; savoir : le premier, par prévision, au début de l’exercice ; le deuxième, au milieu de l’année financière ; le troisième, à la fin de cette période. Il est ordonné aux autres comptables de fournir des états analogues, à des intervalles plus rapprochés et même mensuellement. Les quittances en blanc sont formellement abolies et interdites, par un article spécial.
Telles sont les dispositions principales contenues dans cette ordonnance1794.
Marguerite de Comminges mourut à Poitiers, peu de temps après son arrivée à la cour. Jean IV d’Armagnac, instruit de son décès, s’empara aussitôt des places qui constituaient l’héritage de la comtesse. De plus, il détourna de ses devoirs et prit sous ses gages un capitaine espagnol, nommé Salazar, qui obéissait au roi Charles. 447Salazar, institué par Jean dans le Rouergue et l’Armagnac, y causa mille pilleries et désordres. Jean IV avait violé les sauvegardes royales. Charles VII lui envoya successivement des mandements nouveaux ; puis, le sénéchal de Toulouse ; puis, le sire de Traînel, bailli de Sens. Jean, se fiant à la distance et à ses manœuvres, désobéit à toutes les sommations. Il poursuivait toujours les négociations relatives au mariage de sa fille avec le roi d’Angleterre1795.
Charles VII, au printemps de l’année suivante, dirigea vers le midi son fils le dauphin, suivi de quelques milliers de combattants. Louis, accompagné de Bernard, comte de la Marche, du maréchal de Culant, du sire d’Estissac, etc., investit la ville et le château de l’Isle-Jourdain, où s’était enfermé le comte. Salazar fut expulsé. Le dauphin s’empara au nom du roi, son père, de toutes les places du Commingeois, de Rouergue et de l’Armagnac, détenues jusque-là par les officiers du comte. L’Isle-Jourdain prise d’assaut, Jean IV devint prisonnier du roi, avec la comtesse d’Armagnac et ses deux filles. Louis dauphin retourna, vers le mois de mai 1444, à Tours, près de son père, chargé des dépouilles et des biens meubles les plus précieux enlevés au vaincu1796.
448Depuis la Pucelle et surtout depuis le traité d’Arras, les affaires de l’Angleterre en France n’avaient point cessé de décliner. Les Anglais tenaient toujours la campagne et remportaient, de temps à autre, quelques avantages. Ainsi, vers la fin de 1437, Le Crotoy, Longueville (après mars 1438), Gerberoy (10 novembre), tombèrent en leur pouvoir. Philippe le Bon renouvela vainement des tentatives aux environs de Calais et de Guînes. Des efforts infructueux furent également essayés par les Français devant Avranches (1440 vers janvier) et devant Harfleur (avril et mois suivants). Mais le champ des hostilités se circonscrivait de plus en plus. La défense marchait en avant contre l’invasion, qui rétrogradait et s’acculait de jour en jour1797.
Montargis, Chevreuse, Dreux, Orville, etc., aux environs de Paris, furent rendus par composition en 1438. La ville de Meaux, qui avait coûté neuf mois de siège à Henri V, fut reprise en quinze jours, au mois d’août 1439, grâce à l’artillerie de Jean Bureau, sous les ordres du connétable. À la fin de 1440, les Français s’établirent fortement à Louviers et à Conches. Saint-Germain en Laye fut recouvré par Richemont. Enfin le siège mémorable de Dieppe termina favorablement cette période militaire1798.
449En novembre 1442, lord Talbot, accompagné de son fils, le bâtard de Talbot et de William Peyto, l’un de ses lieutenants, vint s’établir sur la montée ou falaise du Pollet. Il construisit en ce point une forte bastille de bois, armée de deux cents pièces d’artillerie qui battaient de feux plongeants la tour du Pollet et les murailles de la ville. Pendant ce temps, la place était investie par mer à l’aide d’une flottille d’attaque. Charles Desmarets, avec une poignée de combattants et soutenu de la population civile, résista d’abord seul à cette entreprise1799.
Il fut ensuite secouru par le bâtard d’Orléans, Tugdual le Bourgeois et Guillaume de Ricarville. Charles VII, en dernier lieu, nomma son fils Louis au commandement de cette expédition. Le dauphin se rendit à Dieppe, accompagné de forces, de munitions considérables, et assisté des meilleurs capitaines. Le 15 août 1443, le siège de Dieppe fut levé en présence et à l’honneur du jeune prince1800.
450De sérieuses négociations s’entamèrent en février 1444, de la part du gouvernement anglais, pour traiter de paix, ou pour le moins de trêves, avec la France. William de la Pole, comte de Suffolk, l’un des chefs du parti qui dominait alors à la cour de Westminster, fut accrédité, à cet effet, comme ambassadeur. Le comte avait entretenu précédemment des rapports assez étroits avec le duc d’Orléans, durant sa captivité. Suffolk était accompagné de Me Adam Moleyns, évêque de Chichester et garde du sceau privé ; de Robert Roos, chevalier, et de Thomas Hoo, chancelier de France pour le roi d’Angleterre. Les conférences diplomatiques durent primitivement se tenir à Compiègne. En conséquence, le chancelier de France, Regnault de Chartres, se rendit à Paris dans le mois de mars. Il fit réunir, au Trésor des Chartes, les actes officiels qui témoignaient des rapports établis entre les deux royaumes depuis un siècle. Muni de ces documents, le chancelier retourna promptement auprès du roi, qui résidait à Tours. Mais, arrivé dans cette ville, il mourut subitement le 8 avril 14441801.
451Les premières conférences s’ouvrirent à Vendôme les 8 et 9 avril. Pierre de Brézé, seigneur de La Varenne, ministre influent du nouveau conseil, dirigea ces négociations. Toutefois, le comte de Vendôme, et surtout le duc d’Orléans, furent nominalement préposés pour traiter au nom du roi. Suffolk ne tarda point à visiter en son château de Blois le duc Charles, son ancien hôte de captivité. Le 16 avril 1444, l’ambassade descendit la Loire dans des barques, depuis Blois jusqu’à Tours, accompagnée du duc Charles et de son frère le comte de Dunois. Arrivés aux portes de la ville, les envoyés d’Angleterre furent accueillis en grande pompe par le roi de Sicile ; par le duc de Calabre, son fils ; les ducs de Bretagne et d’Alençon, les comtes du Maine, de Vendôme, de Richemont, Saint-Paul, Étampes, Tancarville, etc., etc. William de la Pole et ses compagnons pénétrèrent le lendemain auprès du roi, qui résidait au château de Montils-lès-Tours. Charles VII reçut en audience solennelle, avec beaucoup de grâce, les envoyés de son neveu, qui lui présentèrent leurs lettres de créance. Les bases du traité étaient dès lors arrêtées1802.
452Plusieurs semaines, cependant, s’écoulèrent encore en pourparlers, en actes de chancellerie et en préparatifs. Le 3 mai, Philippe le Bon, duc de Bourgogne, et ses ambassadeurs ou officiers vinrent prendre part au congrès. Le lendemain 4, Isabelle de Lorraine, reine de Sicile, quitta la ville d’Angers, où elle faisait sa demeure habituelle. La reine-duchesse vint prendre son gîte à une lieue de Tours, dans une abbaye de religieuses1803. Elle était accompagnée de sa fille, qui fut, depuis, la célèbre Marguerite d’Anjou, destinée comme épouse au roi d’Angleterre. Durant ce temps, on faisait à Paris, pour rendre le ciel propice à cette alliance, une procession solennelle, accompagnée d’un mystère qui représentait l’histoire du Juif et de la sainte hostie, jadis poignardée par cet infidèle en l’église des Billettes1804.
Le roi de France avait plusieurs filles à marier. Mais une renommée fatale et impopulaire s’attachait dans l’opinion 453publique, et non sans cause, aux alliances de princesses françaises avec des princes anglais. Charles VII n’avait que trop éprouvé l’effet des prétentions qui étaient résultées de ces mariages. Docile aux leçons de l’expérience et de l’histoire, il ne voulut accorder que l’une de ses nièces, presque sans dot et sans apanage, au roi d’Angleterre1805.
Le 20 mai 1444, fut signé à Tours un traité de trêves entre les deux royaumes, accepté par les parties comme devant servir de prélude à un traité de paix. Cette abstinence de guerre, destinée à être renouvelée, devait être signifiée et mise à exécution dans le délai de quelques jours. Le premier terme assigné provisoirement à la convention, s’étendait jusqu’au 1er avril, avant Pâques, de l’année suivante, 1445 suivant la teneur de l’acte ; c’est-à-dire 1446, selon le comput moderne. Marguerite d’Anjou fut fiancée par le légat du pape1806, dans l’église de Saint-Martin de Tours, le 24 mai. William de la Pole, comte de Suffolk, l’épousa au nom du roi d’Angleterre, en présence des rois de France et de Sicile, de leur cour et des autres envoyés britanniques1807. Le 29 mai, l’ambassade prit congé de la cour de France pour retourner auprès du roi Henri. Les trêves avec l’Angleterre furent publiées successivement sur terre et sur mer, puis signifiées aux puissances étrangères ou alliées, à partir du 1er juin 14441808.
Fin du livre VI.
Notes
- [1665]
D. Plancher, t. IV, p. 220. — Gruel, p. 379. s. — Saint-Rémy, p. 559. — Jean Chartier, t. I, p. 190. — Monstrelet, t. V, p. 216. — Bourdigné, t. II, p. 186. — Collection de Bourgogne, Ms. A. S. fr. 292, t. XI, p. 247. — Mars-avril 1436, nouvelle ambassade de Philippe le Bon à Charles VII, pour confirmer le traité d’Arras, Gruel, p. 379 b. — Labarre, Mémoires de Bourgogne, t. II, p. 167-8.
- [1666]
P. P. 110, f° 238. — Mémorial de Bourges, f° 3. — Nouvelles recherches sur la famille de Jeanne d’Arc, p. 10, 43, etc. — Quant aux fonctions des arpenteurs ou
mesureurs jurés du roi
, on peut consulter le Dictionnaire historique et chronologique des officiers de France, par M. Bertin, trésorier général des revenus casuels vers 1750, ms. in f°, cabinet des cartes géographiques, à la bibliothèque impériale : R. c. n° 2938, t. I, p. 225, 227. On trouve, sous la date du 28 octobre 1429, un procès-verbal de mesurage dressé pour l’abbesse de Saint-Antoine des Champs, par Colin Olivier :mesureur juré du roi, en la prévôté et vicomté de Paris.
(L. L. 1595, f° 96 v°.) Ms. lat. 9848, f° 5 v° : Chambre de France. - [1667]
Documents sur la fausse Pucelle dans Quicherat, Procès, t. V, p. 321 et suivantes. — En 1424, une religieuse de Cologne se rendit à Gand et se fit passer pour Marguerite de Bourgogne, veuve du dauphin, duc de Guyenne. Cette imposture obtint également un crédit passager. Voyez Lettenhove, Histoire de Flandres, t. III, p. 176.
- [1668]
Procès, t. V, p. 324.
- [1669]
Généalogie de la maison des Armoises dans D. Calmet, Histoire de Lorraine, t. V, p. CLXIV. — Jacques, père de Jeanne d’Arc, mourut à une époque inconnue. Il succomba, dit-on, à la douleur que lui causa la mort de sa fille. Isabelle Romée, la mère de Jeanne, vint, en 1440, s’établir à Orléans, depuis le retour du duc Charles et du vivant de Claude, sa prétendue fille. Elle vécut avec une pension de la ville et y mourut, après avoir assisté à la réhabilitation, en 1458. (Ibid., p. 326 et s.)
- [1670]
[NdÉ] L’auteur l’appelle de son nom local golfe de Biscaye.
- [1671]
Ibid., p. 329, 331. Nos historiens français ne nous offrent pas de témoignages qui confirment ces assertions. Claude est appelée la Pucelle du Mans par Antoine Dufour (ibid., p. 336), et dans un texte inédit que nous rapporterons plus loin : Ms. VII de la préfecture de Troyes f° 160, v°.
- [1672]
Journal de Paris, p. 718.
- [1673]
Procès, ibid., p. 336. On lit parmi les articles d’une table de rubriques, cette indication d’une pièce absente :
Tituli descripti super victoria Puelle cenomanensis, dum fuit judicata Turonis, ij a maii M° CCCC° LXI° (sic pour XLI°).
Ms. VII de Troyes, cité ; recueil de pièces formé par un magistrat (les comptes, à la fin du quinzième siècle. Voyez aussi Ms. fr. 2899, f° 81 : le fait de la Pucelle. — Un acte du 28 juillet 1443, rendu par Charles duc d’Orléans, en faveur de Pierre du Lis, offre cette particularité que la Pucelle Jeanne y est désignée comme une personne vivante, c’est-à-dire sans l’emploi du mot feue ou défunte, qui semble commandé par le style. Dans ce même acte, il est question, non pas de la mort de Jeanne, mais de son absentement (Cabinet historique, 1862, p. 1311 et les renvois). - [1674]
L’ambassade de 1435 se composait du premier maître de l’hôtel du roi (Hugues de Noyers ?) de Regnault Girard, chevalier, de La Rochelle ; de Me Aymeri Martin, licencié en théologie et de Me Pierre de Saint-Valérien, expert en médecine et en astrologie. Ms. Legrand, Histoire de Louis XI, t. I, p. 5, 12. — Matthieu, Histoire de Louis XI, 1610, in-f° p. 552. Mss. Fr. N° 2899, f° 78 v, et N° 5067, f° 10. — J.-B.-E. Jourdan, Éphémérides de La Rochelle, 1861, in-8°, p. 457, et communication particulière de l’auteur. — Fordun, Scotichronicon, éd. Goodall, 1749, in-f°, t. II, p. 48 et s. — Bachanan, Rerum scoticarum Historiæ, 1725, in-4°, t. II, p. 355. — Stevenson, Life and death of James the 1st, king of Scotland, 1837 in-f° (pub. par le Mailland club.)
- [1675]
Les mêmes. — Arcère, Histoire de La Rochelle, t. I, p.274. — Francisque Michel, Les Écossais en France et les Français en Écosse, 1862, in-8°, t. I, p. 182 et s. 1436, avril (7 à 8), lettres du roi Charles VII : Sur une enquête du procureur général et à la demande des paroissiens de Marsilly, le roi ordonne la construction immédiate d’un port commercial au lieu dit la Queue de vache, appelé, depuis, Coup de vague (J. 183, n° 147). — 1436 octobre, vers les 28 : le roi, par lettres datées d’Amboise, donne aux Rochelais un terrain pour agrandir le port de La Rochelle (J. 183, n° 150). C’est le lieu appelé la Petite-Rive. — Voyez Jourdan, Éphémérides de La Rochelle, p. 38, 298 ; et le plan de la ville.
- [1676]
Les mêmes. — K. 64, pièce 11. Ms. Fontanieu, 117, au 17 avril 1436. J. 409, n° 57 à 59. — Duclos, Histoire de Louis XI, Recueil de pièces, 1746, in-12, p. 4 à 15. — Du Mont, Corps diplomatique, 1726, in-f°, t. II, partie II, p. 224 a 226. — Jean Chartier, t. I, p. 229. — Chroniques de Nicole Gilles, 1557, in-f°, 2e partie, f° LXXXV v°. — Lambron de Lignim, Congrès scientifique de 1847, Tours 1848, in-8°, t. I, p. 123-4. — Bourdigné-Quatrebarbes, t. II, p. 187. — Bibliothèque de l’École des chartes, 2e série, t. III, p. 138-9. — Berry-Godefroy, p. 394. — Hauréau, Gallia christ., t. XIV, col. 127.
- [1677]
Monstrelet-d’Arcq, V, 206. — Delpit, Documents anglais, p. 253, 254 et passim. — Ms. fr., 1278, f° 39 et s. — Communication de M. P. Paris.
- [1678]
Ms. 1278. — L’auteur conseille aussi au duc d’entretenir en Angleterre, avec pensions raisonnables, cinq ou six personnes de divers états, qui le tiennent perpétuellement informé des desseins et des mouvements du gouvernement anglais ; f° 43.
- [1679]
Proceedings, t. IV, p. 329. — Fordun, Buchanan, F. Michel, loc. sup. cit. Saint-Rémy, Panthéon, p. 562. — Gruel, p. 383. — Monstrelet, V, 233 à 239. — Lettenhove, Histoire de Flandres, t. III, p. 197 et s. — Ms. S. Fr. 292. t. XI, p. 2461. — Rymer, t. V, p. 31. — D. Flancher, t. IV, p. 224.
- [1680]
Les mêmes. — Cagny, chapitre 141. — Processions du clergé de Paris pour le succès de Philippe devant Calais et pour la santé du roi et de la reine. L. L. 414, f° 95. — Chronique de Zantfliet, Amplissima collectio, t. V, p. 439. — Basin, t. I, p. 155 et s. — Jean Chartier, t. I, p. 242. — Godefroy (Charles VII), p. 341. — Berry, p. 394. — Wavrin-Dupont, t. I, p. 303. — Delpit, p. 254.
- [1681]
Monstrelet, p. 250 et s. — Gruel, p. 383. — Janvier, Recherches sur les arbalétriers de Picardie, p. 103. — Bonfils, Histoire du Crotoy, p. 123.
- [1682]
Gruel, p. 383. — Catalogue Joursanvault, n° 3179, 3399. — Catalogue Teulet, p. 418 à 421. — Monstrelet, t. V, p. 222 et s. — Jean Chartier, I, 228 et suiv. — Cagny, chapitres 137, 140, 143, 144. — Ordonnances, XIII, 218 à 227 ; XV, 676. — K. 950, nos 26, 32. X.X. 8593, f° vj xx vij et vj xx viij. — Félibien, Preuves, t. II, p. 560 ; t. III, p. 269 et s. — Livre vert vieil deuxième (préfecture de police), f° 7 et s. ; 23 et s. L.L. 217, 2e partie, f° 215. L. L, 414, f° 96. — D. Grenier, t. XX bis, Comptes, f° 17. — Ambassade à Bourges, 8 juin 1436. — Ms. Brienne, 197, f° 346. Etc., etc. — 1436 août 16, Yolande de France, fille de Charles VII, est fiancée, à Tours, avec le prince Amédée de Savoie : J. 409, n° 60, 61 ; Ms. Brienne 80, f° 129.
- [1683]
X.X. 8593, f° vij xx viij. — Cagny, chap. CXLV. — Ms. latin 9848 f° 63 v° (Richemont). — Félibien, II, Preuves, p. 598 ; III, p. 271. — Ordonnances, XIII, 229 ; XVI, 154. L.L. 217, 2e partie, f° 265 et s. — Mémorial K, f° 9. — Mlle Denys, Armorial de la Chambre des comptes, t. I, p. LX et passim. P. P. 110, f° 198 et s. — Berry, Godefroy, p. 396. — Ed. de Barthélemy, Histoire de Châlons, p. 185. — Vallet de Viriville, Charles VII et ses conseillers, p. 17. Itinéraire.
- [1684]
Livre vert vieil 2e, f° 29. — D. Vaissète, in-f°, t. IV, p. 483 et s. — Notice sur Guillaume de Champeaux, Bulletin de la société de l’Histoire de France, 1859, p. 59 et s. — Bibliothèque de l’École des chartes, t. VI, p. 201 et s. — Ms. Gaignières, n, 649, I, pièce 38. — Sur l’état des finances, L. L. 217, 2e partie, f° 207 et s. X. X. 1482, f° 20 v°. Ordonnances, XIII, préface, p. xxxij. — La lutte des deux compétiteurs qui se disputaient le siège d’Alby avait pris également les proportions d’une affaire d’état. Voyez Bibliothèque de l’École des chartes, citée, ibid., et E. d’Auriac, Histoire de l’ancienne cathédrale et des évêques d’Alby, Paris, imprimerie impériale, 1858, in-8°, p. 34.
- [1685]
Itinéraire. — Monstrelet, V, 219. — Vaissète, 487. — Bibliothèque de l’École des chartes, t. VI, p. 201 et s. — Berry, p. 394. Ordonnances, XIII, 230 et suiv. — Avril 20, ordonnance sur les aides ; sont nommés membres de la cour : Du Moulin, archevêque de Toulouse, Guillaume de Champeaux, évêque de Laon ; G. de Montjoie, évêque de Béziers, Mes Arnault de Marie, maître des requêtes, P. Du Moulin et Jean d’Acy, licencié in utroque jure. K, 64, n° 13. Ms. Fontanieu, 117, à la date.
- [1686]
Vaissète, ibid. — Ordonnances, XIII, 233, 234 ; XV, 131 ; XIX, 343 ; XX, 163, 406. — GrefreuilleHistoire de Montpellier, 1739, in-f°, p. 363-4. — Germain, Histoire de la commune de Montpellier, 1851, in-8°, t. III, p. 404. — Le roi était à Milhau le 8 mai. Itinéraire.
- [1687]
L. L. 217, 2e partie, f° 205. — Cagny, chapitre 149 : (mai pour juin). — K. 64, n° 14. — Jean Chartier, t. I, p. 229, 233. — Anselme Anjou, Bourbon. — Berry-Godefroy, 396. — Villeneuve-Sargemont, Histoire de René d’Anjou, t. I, p. 237, 431.
- [1688]
D. Vaissète. — Berry. — Cagny. Bibliothèque de l’École des chartes, p. 205 et s. — Itinéraire.
- [1689]
Jean Chartier, t. I, p. 228 et s. — Journal, p. 709 et s. — Monstrelet, V, 229 et s. — Basin, I, 123 et s. — Gruel, p. 383. — Cagny, ch. 137 et s. — Rymer, t. V, p. 30. — Delpit, Documents, p. 234. — Catalogue Teulet, p. 423 et s. — Ms. Fontanieu, 117. — Berry, p. 399. L. L. 217, f° 292. — Proceedings, t. V, p. G et s. — Archives municipales de Compiègne : c. c. 14 ; communication de M. Henri de Lépinois.
- [1690]
Anselme, La Trémoille. — Catalogue de D. Fontenau, p. 333, au 11 novembre 1436.
- [1691]
— Cagny, ch. 151 et s. — Auteurs cités ; suites, à la date. — Catalogue Joursanvault, t. II, p. 229. — D. Plancher, t. IV, p. 232. X. X. 1482, f° 38.
- [1692]
Les mêmes. — Boutiot, Compte des dépenses faites par la ville de Troyes à l’occasion du siège de Montereau, Troyes, 1855 in-8°. — Lettre de Charles VII : archives de Reims, 21 septembre 1437. — Barthélemy, Histoire de Châlons, p. 65, 66, 118. — (Les gens d’Église refusèrent la contribution) ibid., p, 185. — Ordonnances, XIII, 240-2. — Livre vert vieil 2e, f° 17, 20. — Barbat, Histoire de Châlons, in-4°, 1860 ; t. I, p. 114. — Ms. Duchesne 79, Chronique normande, f° 348 v°. — L. L. 217. L. L. 415, f° 333, 338, 343, à 357. K. 64, n° 15. X. X. 1482, f° 38 v°. — Actes administratifs promulgués par Charles VII de juin à novembre 1437 : Ordonnances, XIII, 236 à 241 ; XVI, 304 ; XIX, 203, 518. — Par suite des diverses instances faites par les parisiens auprès de Charles VII, ce prince était sans doute attendu, pour son joyeux avènement, vers le 15 juillet 1437. Nous trouvons en en effet sous cette date, dans le grimoire de J. Halboud : Figura revolutionis intronasitionis regis. K [aroli]. Ms. latin 7443 1° 83 v°.
- [1693]
Cagny chapitre 158. — Berry-Godefroy, p.498. — L.L. 217, p. 357. — Monstrelet, V, 301 et s. — Félibien, II, Preuves, p. 598 b.
- [1694]
Monstrelet. — Journal de Paris, p, 712. — Histoires de Châlons.
- [1695]
Les mêmes. — Sources citées.
- [1696]
Berry. — Monstrelet. — Mandement du roi à ses trésoriers, le 30 septembre 1438 :
Faites payer à notre amé Raoul de Gaucourt, gouverneur du Dauphiné, 500 royaux d’or, en quoy lui sommes tenu pour ung drap d’or que feismes prendre et acheter de luy, au mois de novembre 1437, dont nous eusmes une robe longue à notre entrée en nostre bonne ville de Paris.
(Cabinet des titres, dossier Gaucourt.) — Ms. fr. 4935, f° 13 et 199, figure 3. (Fac-simile par M. Pilinski, pour l’École des Chartes.) - [1697]
Berry. — Monstrelet. — Cagny. — Gruel, p. 385.
- [1698]
Les mêmes. — Journal, p. 712. — L. L. 415, f° 347, 350, 357. — Gallia Christiana, t. VIII, col. 148. — Du Boulay, V, 441.
- [1699]
Berry, 399. — Monstrelet, 306, 307, J. J. 176, acte 288. — Renouvellement des privilèges des dames de la Saussaye. — Gallia Christiana, t. VII, col. 637. — Archives de Seine-et-Oise ; communication de M. Mévil. — N. de Wailly, Recherches sur les monnaies, etc., 1857, in-40, p. 76. — Ordonnances, XIII, 242 et s. ; XV, 26, 296. — Jean Chartier, t. I, p. 2.
- [1700]
X. X. 8593, f° vj xx vij et s. K. 949, n° 25. — Journal de Paris, p. 710, 713. — Cagny, chap. 156. — Gruel, p. 386.
- [1701]
Journal, p. 713. — Itinéraire. — Actes administratifs de décembre 1431 à juillet 1435 : courtiers de vin à Paris. K. 950, n° 27. — Privilèges d’Orléans : Ordonnances, XIII, 251. Id. pour Marmoutier : D. Rousseau, t. IX, n° 3887. Finances : Cagny, chap. 160 ; Ms. Gaignières, 649, 5, f° 12, 42 ; Ordonnances, XV, 351. — Nominations judiciaires : X. X. 1482, f° 7.
- [1702]
Baronius, Annales ecclesiastici, 1752, in-f°, t. IX, p. 242 et s. — Histoire de l’Église gallicane, t. XX, édition in-8°.
- [1703]
Baronius, ibid., p. 274. Etc., etc.
- [1704]
Voir les biographies de Jean de Bavière, dit sans pitié, évêque de Liège ; J. du Chastelier, évêque de Paris ; des cardinaux, P. de Luxembourg, Bessarion, etc. Les écrits de Philelphe, d’Énéa Silvio Piccolomini, (Lucrèce) ; de Poggio ; importés et imités en France par Ant. de la Sale ; etc., etc. Le concile avait été transféré par Eugène IV, de Bâle, en Italie, pour faciliter l’accession des Grecs, qu’il s’agissait de rallier du schisme à l’unité. Cette assemblée fut convoquée à Florence, le 14 octobre 1439. Gémiste Pléthon, principal docteur et envoyé de l’empereur de Constantinople, prit part au concile, avec un plan de religion nouvelle, emprunté à l’antiquité païenne. Voyez l’ouvrage si curieux, publié par MM. Vincent et Alexandre, de l’Institut : Πλήθων Νόμων συγγραφή κ. τ. λ., 1858, in-8°, p. 15 et passim.
- [1705]
Voir les écrits de saint Vincent Ferrier, de saint Bernardin de Sienne, de Gerson, de Pie II, sur le concile de Bâle, etc.
- [1706]
Voir dans la biographie Didot et ailleurs les noms suivants : Winchester, Estouteville, Rolin, Louis de Luxembourg, Regnault de Chartres, Guillaume de Champeaux, etc., etc., cardinaux, archevêques et évêques. Le port et l’exhibition des reliques était aussi une source de lucre commercial et de supercheries intéressées.
- [1707]
Au contraire, le gouvernement anglo-bourguignon transigea facilement sur ces questions, au gré des conseils ou des intérêts momentanés de la politique. Monstrelet-d’Arcq, V, 343. Lenfant, Histoire des conciles de Constance et de Bâle, 1724, 1731, 4 vol. in-4°. Ordonnances, XIII, 255.
- [1708]
Deux théologiens de Rouen, Thomas de Courcelles et Robert Ciboule, juges de la Pucelle, se distinguèrent à l’assemblée de Bourges. Du Boulay, t. V, p. 442 et s. Amplissima collectio, t. VIII, col. 945 et s. Histoire de l’Église gallicane, éd. in-8°, t. XX, p. 321 et s. Ms. lat. 6020, f° 89 v°.
- [1709]
Procès-verbal de la session royale à Bourges, Amplissima collectio, t. VIII, col. 950. Cf. Basin, t. IV, p. 83. Edg. Boutaric, La France sous Philippe le Bel, 1861, in-8°, p. 60. Quant à la Pragmatique-Sanction de saint Louis, je me bornerai à indiquer sur ce point controversé : 1° R. Thomassy, De la Pragmatique sanction attribuée à saint Louis, 1844, Paris et Montpellier, brochure in-8° ; 2° Études sur la Pragmatique sanction de saint Louis, par M. l’abbé J. F. Berleur. Cet article remarquable, que j’ai lu dans un exemplaire sans titre général, paraît être tiré de la Revue de l’Université catholique de Louvain, in-8° (vers 1850 ?), p. 123 à 220 (communiqué par M. Rathery, de la Bibliothèque impériale).
- [1710]
Au moment où Charles VII préconisait la perpétuité des conciles, ces parlements de la société chrétienne, ce même prince, il faut le dire, abolissait dans son royaume la périodicité des États généraux. Nous reviendrons prochainement sur ce grave sujet.
- [1711]
Pragmatica sanctio cum notis Cosme Guymier, etc., Paris, André Bocard et G. Eustace, 1507, in-8°, goth. — Ordonnances des rois de France, t. XIII, p. 267 et s. — Pithou et Dupuy, Commentaires sur les libertez gallicanes, etc., 1715, in-4°, t. II. — Isambard et Decrusy, Anciennes lois, t. IX, p. 3. — Pii Commentarii, 1614, in-f°, p. 160. — Berry dans Godefroy, p. 400. Etc., etc. — À l’instar de Charles VII, Albert d’Autriche, empereur d’Allemagne, convoqua, en 1438 et 1439, diverses diètes où se réunirent les Électeurs et les prélats de l’empire. Les affaires de l’Église y furent également débattues et en partie réglementées sous les auspices des seigneurs temporels. Charles VII suivit avec sollicitude ces travaux, qui contribuaient à l’ordre général de l’Église et des états. Il s’y fit assidûment représenter par ses ambassadeurs. (Hist. gall., p. 335 et s.) — Concil. Hardouin, t. IX, p. 1146 et s. — Ms. latin, 5456, fes 95, 98 et s. — Ms. Blancs-Manteaux, t. VIII, f° 108. Voigt, Enea Silvio Piccolomini, als Bapst, Pio II, Berlin, 1856, in-8°, t. I, p. 161 : Die Pragmatische Sanction der Deutschen.
- [1712]
P. P. 2298. Ordonnances, XIII, 293 ; cf. 258, 299. — Chronique de Cousinot, p. 24.
- [1713]
Bibliothèque de l’École des chartes, t. VI, p. 217. K. 65, n°, 8 et s. — Ms. Fontanieu, 118, au 13 octobre 1430. — Legrand, Histoire de Louis XI, ms., t. I, p. 11. — Tanneguy Duchâtel, sénéchal de Provence, envoya, de Marseille, au Dauphin une lionne de huit mois. Cette bête était liée par une corde, près d’une fenêtre, dans la chambre contiguë à celle du jeune prince. Pendant la nuit, elle sauta par la fenêtre et s’étrangla. Le jeune Louis en eut grand regret : l’ayant fait écorcher, il en garda la peau, avec sa crinière et sa queue (Relation, etc., citée ci-après).
- [1714]
Relation du chambrier de Saint-Martial, témoin oculaire ; dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de France, t. XI, 1835, article de M. Allou, p. 357 et s. — Revue anglo-française, 1539, p. 205. — Bulletin de la Société historique, etc., du Limousin, 1854, p. 55 et s. — Peu après ce voyage, Charles VII accorda, pour blason, à la ville de Limoges, les armes de France. Ms. fr. 5909, f° 322 v°. — Le même procédé de taxe arbitraire avait été appliqué en Limousin pour les années 1436 et 1437. Cabinet des titres : dossier Xaintrailles ; actes de 1438.
- [1715]
Ms. Fontanieu, 117, à la date. D. Vaissète, t. IV, p. 490.
- [1716]
K. 687, n° 2, acte original sur parchemin. Gratification de 200 florins alloués à Pierre d’Amboise, sire de Chaumont, comme membre du grand conseil, par lettres du roi données le 21 mai, sur les 28,000 fl. votés à Saint Symphorien d’Auzon. Quittance originale de Pierre d’Amboise, signature autographe ; Cabinet des titres, dossier Amboise. Cf. ms. s. fr. 4805, f° 227 v° et ses renvois (en 1434) ; et D. Vaissète, in-f°, t. IV, p. 500 (en 1443).
- [1717]
Les États généraux devaient être réunis à Paris. Mais le roi changea d’avis et l’assemblée eut lieu à Orléans. Lettre de Charles VII ; archives de Reims, 25 août 1439. Ms. fr. 4767 f, 38. L’état désastreux de la capitale, sous divers rapports, paraît avoir été cause de cette translation. Voyez Journal de Paris, p. 714, 116. X. X. 1482, f° 81. Ms. 4767, f° 61. Ordonnances, XIII, 261. Livre vert vieil, 2e, f° 29. — Charles VII arriva, le 9 sept., à Paris. Marie de France, religieuse de Poissy (solue par bulle du pape), était morte au palais royal à Paris, le 19 août 1438. Le 10 sept. 1439, le roi se rendit à Saint-Denis et fit célébrer un service en l’honneur de sa sœur. Anselme. — Journal, ibid. — Charles VII, durant son séjour à Paris, fut témoin d’un duel judiciaire entre Anglais et Français. Gruel, p. 389. Ms. fr., 194, f° 223 et s. — Paris, Manuscrits françois, t. II, p. 174. — La Colombière, Théâtre d’honneur, etc., 1648, in-f°, t. II, p. 311.
- [1718]
1438, mai 17. Ordine di Carlo re di Francia a tutti li capitani gente d’arme, che alcuno dei loro soldati entri ad invadere li stati del duca di Savoia.
Archives de Gênes. Communiqué par M. Ch. Casati. Journal, p. 716. — Gruel, p. 386. — Registres-bannière : Livre vert vieil 2e, fol 67, 72. — Livre noir, f° 119. — Ordonnances, XIII, 260, 291, 295, 303 ; XIX, 526. — Jean Chartier, I, 245. — Monstrelet, V, 319, 339. — Lottin, Essais sur Orléans, t. I, p. 288. - [1719]
29 septembre 1438. Ordonnance inédite contre les malfaiteurs, Archives de Reims. — L’un des faits les plus remarquables d’indiscipline est l’arrestation du maréchal de Rochefort, qui paraît avoir coïncidé avec l’ordonnance du 5 avril 1438. Guillaume de Flavy était en guerre avec le connétable. À cette époque, le maréchal, ami de Richemont et mêlé antérieurement aux différends qu’avait eus Guillaume de Flavy, passait à Pont-Sainte-Maxence. Le capitaine de Compiègne tendit au maréchal une embuscade et le prit comme otage, afin de contraindre le connétable de lui donner à lui, Flavy, satisfaction. Voyez Archives municipales de Compiègne, série A. A — Procès, t. V, 370. — Jean Chartier, t I, p. 233. — Anselme à Pierre de Rieux maréchal. — Berry, p. 403, etc. — Un autre événement de l’ordre politique, contribua, sans doute, également à la publication de cette ordonnance. Le 26 mars 1438, deux individus, coupables d’intelligences avec l’ennemi, subirent, à Paris, le dernier supplice, par ordre du prévôt, Ambroise de Loré. Mais bientôt on acquit la preuve que cette conspiration, qui avait pour but de livrer diverses places aux Anglais, étendait ses ramifications hors de la capitale. Miles de Saux, l’un de ces affiliés, fut arrêté à Beauvais, et exécuté à mort le 20 avril 1438. Journal de Paris, 711. — Cagny chap. CXLVIII. — Monstrelet, V, 270.
- [1720]
Leur mariage, célébré en 1440 : Jean Chartier, t. II, p. 8. — Monstrelet, V, 344, 400. — Berry-Godefroy, p. 400. — Les honneurs de la cour, éd. in-12, t. II, p. 202.
- [1721]
Ms. Brienne 311, f° 157 et s. K. 65, n° 11 et s. K. 687, n° 2. P. P. 110, f° 246. — Ms. Bréquigny, 81, (Moreau, 705, ) f° 230, etc. — Rymer, t. V, p. 44, 55 à 94. — Proceedings, t. V, p. 95 et 334. — Champollion-Figeac, Lettres des rois et reines, t. II, p. 456, 461 ; Mélanges, t. II, p. 185, 187. — Catalogue Joursanvault, t. 1, p. 22, n. 150. — Plancher, IV, 233, 235 ; Preuves, clxiij, clxx et s. — Lettenhove, Histoire de Flandres, III, 246 et s. — Cagny, chap. 166. — Monstrelet, V, 206, 352. — Biographie Didot, article Orléans (Charles d’). — Monstrelet, V, 346, etc. — Ms. Brienne 311, f°. 157 et s. — Delort, Essai, p. 178 et s. — 1439 août 8. Charles VII confirme les privilèges du Mont-Saint-Michel. D. Huynes, cité, f° 570, 575.
- [1722]
Berry, p. 404. Ms. 4767, f° 38. — Barthélemy, Histoire de Châlons, 186.
- [1723]
Sous le rapport pratique, toute la réforme de 1439 est renfermée dans cette heureuse et bien simple innovation. Cette réforme contenait elle-même en germe et comme disent les mathématiciens, en puissance, le système actuel de nos divisions ou circonscriptions militaires. La Garnison moderne, et surtout le casernement, appartiennent à des perfectionnements ultérieurs. L’emploi de cette expression toutefois nous paraît digne d’être signalée dans les textes du quinzième siècle. — X. X. 1482, f° 104. — Ms. Fontanieu 117-8, au 10 avril 1438 et 5 mai 1439. — Cagny, ch. 164. — Cousinot, p. 9. — Bibliothèque de l’École des chartes, 2e série, t. III, p. 122 et s. — Catalogue Joursanvault, t. I, n° 137. — Ms. Legrand, Histoire de Louis XI, L VI, p. 136 v°.
- [1724]
Le 30 juin 1433, Ordonnance qui abolit les nouveaux péages imposés sur la rivière de Loire et autres rivières qui s’y jettent. Ordonnances, XIV, 7.
- [1725]
Ordonnances, XIII, 306. — Ms. Sorbonne, 435, à la fin. — Lottin, Essais sur Orléans, I, 288. — Académie des sciences morales et politiques : Séances et travaux, t. LIII, 1860, 7e livraison ; mémoire de M. La Ferrière, p. 129. — Les archives de Reims contiennent le texte inédit d’une première ordonnance sur les gens de guerre. J’appelle ainsi une ébauche d’organisation, sous mandement adressé au bailli de Vermandois. La pièce est datée du 19 septembre 1438, et contresignée La Fayette (l’un des conseillers présents). Il est à remarquer qu’à cette date le bailli de Vermandois n’était autre que La Hire, l’un des capitaines les plus contraires à la réforme.
Quittance inédite, donnée à Toulouse par Jean, dit Poton, de Xaintrailles, capitaine de gens d’armes et premier maître de l’écurie du Roi, le 8 août 1438.
Saichent tuit que Je, Poton, seigneur de Santaraille, premier escuier de corps et maistre de l’escurie du roy notre sire et son baillif de Berry, confesse avoir eu et reçeu de Benoist Huault, receveur général en la séneschaucie de Thoulouse et particulier au diocèse d’illec, de l’octroy de xiiij m. livres tournois mis sus en la dicte séneschaucie par les gens des trois estaz d’icelle, tant pour la vuide de Sainte-Gavelle, comme pour la délivrance de Clermont-Soubiran, détenu et occupé par ung capitaine nommé le baron, tenant le parti des Anglois, la somme de deux mille escuz d’or, en deux mille sept cens cinquante liv. t., à moy donnée, promise et accordée parles gens des trois estaz de la dite séneschaucie, pour aider à vivre, conduire et soustenir et faire plus toust et hastivement passer de toute la dite séneschaucie, certaine grant compaignie de gens d’armes et de trait, dont le roy nostre dit seigneur m’avoit donné l’a charge soubz son estendart, pour aller faire guerre en Guienne, à l’encontre des Anglois, enciens ennemis de test royaulme. De la quelle somme de ij mille sept cens liv. t. je suis content et en quitte le dit Benoist Huault et tous autres qu’il appartiendra. En tesmoignage ; de ce, j’ay signé ceste présente quictance de ma main et scellée du seel en mes armes, à Thoulouse le huitième jour d’aoust l’an mil quatre cens trente et huit.
Poton.
Signature autographe. Le sceau manque : original sur parchemin ; cabinet des titres, dossier Xaintrailles.
- [1726]
Lettre de Charles VII ; archives de Reims, le 25 septembre 1440. — Jean Chartier, t. I, p. 250. — Berry, 405. — Gruel, 359. — D. Morice, t. I, p. 522. K. 65, n° 15, pièce 23. — La Thaumassière, Histoire du Berry, p. 162.
- [1727]
Massiou, Histoire de Saintonge, t. II, p. 278. K. 65, n° 11. — Thibaudeau, Histoire de Poitou, 1840, t. II, p. 469. — Redet, Catalogue de D. Fontenau, p. 336. — Jourdan, Éphémérides de La Rochelle, p. 479. — Bis. Legrand, Histoire de Louis XI, t. I, p. 11 et s. — La ville d’Angers avait pour évêque Jean Michel, d’abord secrétaire de la reine Yolande, qui s’éleva, par son mérite et la protection de la reine, à ce poste éminent. Jean Michel, récemment élu conformément à la pragmatique, avait vu son élection contestée par un compétiteur ultramontain et sanctionnée par le concile de Bâle. Il reçut solennellement Charles VII en l’église de Saint-Maurice. Le roi fit présent d’une tapisserie à cette cathédrale. Bourdigné, II, 188. — Moréri et biographie Didot : Michel. — Vie de J. Michel, 1739, in-12.
- [1728]
La ville de Niort avait été engagée à Jean d’Alençon pour quelque créance. — Basin, t. I, ch. XII. — Berry. p. 401. — Jean Chartier, t. I, p. 25. — Monstrelet, t. V, p. 410. — Procès, t. V, p. 333. — Briquet, Histoire de Niort, 1832, t. 1, p. 109. — Odolant Desnos, Mém. sur Alençon, 1787, t. II, p. 59.
- [1729]
Berry. — Chartier. — Documents biographiques sur Dunois ; Cabinet historique, 1857, p. 3 et s. — Bourdigné, II, 187. — Madeleine d’Amboise, sœur de Pierre d’Amboise, sire de Chaumont, était femme d’Antoine de Prie, grand queux (cuisinier) de France (Anselme). Les deux conjurés appartenaient au grand conseil.
- [1730]
Journal de Paris, p. 716, 717, et les sources alléguées ci-après. — Praguerie est un mot qui paraît venir de Prague, principal théâtre de la guerre civile des Hussites. — D. Vaissète, t. IV, p. 494.
- [1731]
Jean de la Roche, seigneur de Barbezieux, prête serment comme sénéchal de Poitou, le 23 novembre 1431. X. X. 8593, f° 111. — Il ne faut pas confondre ce Jean de la Roche avec les membres de plusieurs autres familles homonymes, et notamment avec les Roche-Guyon, qui prirent part à ces mêmes événements. Voyez. Anselme, t. VIII, p. 622.
- [1732]
En remplacement de Jean de la Roche. — Gruel, p. 390 : Richemont faisait allusion à Richard II d’Angleterre, qui laissa ses parents usurper son pouvoir et fut supplanté par Henri de Lancastre, père d’Henri V. Charles VII, historien grand, comme l’appelle Chastelain, chargea son héraut Berry de recueillir la chronique de ce prince (Richard II), chronique si importante pour décider la cause de droit pendante entre la France et l’Angleterre. — Voyez biographie Didot, article Le Bouvier, col. 110. Cet avis, donné au roi par l’évêque de Beauvais, J. J. des Ursins, se trouve dans un écrit de 1440 ; (nous avions dit : vers 1434). — Ms. Saint-Germain, fr., n° 251, f° 75. — Itinéraire. — Varin, Archives de Reims, t. VIII, p. 570, col. 1. — Archives municipales de Narbonne, caisson 1, pièce 106. — D. Vaissète, Histoire du Languedoc, in-f°, t. IV ; Preuves, p. 455. — Ms. Fontanieu 118, au 2 mai 1440. Berry, p. 407.
- [1733]
Jean Chartier. — Berry. — Gruel. — Journal de Paris. — Monstrelet d’Arcq, t. V, p. 410, ch. ccxlvj. — Itinéraire. — Privilèges accordés à la ville et à l’abbaye de Saint-Maixent : Redet, Catalogue Fontenau, p. 337. — Pierres, Tablettes de Loches, 1843, in-4°, p. 78. — Archives de Narbonne, pièce 107. — Ordonnances, XVI, 530. — Art de vérifier les dates, article de Bertrand IV de La Tour-d’Auvergne, 1818, t. X, p. 152 de la 2e partie.
- [1734]
Archives de la préfecture de police, livre noir, n° 5 ; livre vert vieil 2e, f° 91. — Ms. Fontanieu 117 au 5 juillet. — D. Vaissète, IV, 495. — Catalogue Fontenau, p. 337. — Anselme (Aubusson), t. V, 1730, p. 339 c.
- [1735]
Monstrelet, p. 413, 414.
- [1736]
Monstrelet, ibid. — Catalogue Leber, t. III, n° 5695. — Catalogue Joursanvault, t. I, p. 20, n° 140. Livre vert vieil 2e, f° 89. — Journal de Paris, p. 717 b. Ifs. — Résidu S. G., pièce 15. — Ordonnances, XIII, 315, 318. — J. Paquet, Institutions provinciales, 1835, in-8°, p. 77.
- [1737]
Anselme. — Marchegay, Cartulaire de Rais, 1857, in-8. — Biographie Didot, article Rais. — Catalogue Fontenau, p. 329. — C. de Launay, Histoire de Laval, 1856, in-8°, p. 175 et s.
- [1738]
[NdÉ] 2 millions de francs de 1860 valent environ 5 millions d’euros de 2020.
- [1739]
Preuves de Bretagne, t. II, col. 1337 et s.
- [1740]
Ibid. Arm. Guéraud, Notice sur G. de Rais, 1555, in-8°.
- [1741]
Peut-être en septembre ou novembre 1439, en présence du roi.
- [1742]
Preuves citées, colonne 1337. — Mémoires de la Société des antiquaires de l’Ouest, t. XV, p. 91 et s. — Guessard et de Certain, Mystère de la Pucelle, 1862, in-4°, (collection des Documents inédits.)
- [1743]
Cartulaire de Rais, p. 78. Anselme : Craon. Ms. fr. 4771, f° 51.
- [1744]
Procès original, à Nantes ; minute latine ; fac-simile Girardot ; Bibliothèque de l’École des chartes, 1862, t. XXIII, p. 311. Ms. fr. 4171, f° 51 et s. — Autre relation française, au château de Serrant.
- [1745]
Ibid. Sur les pratiques de sorcellerie, voyez Malleus maleficarum, édition de Francfort, 1608, in-8°, p. 345, part. II, quest. I, chap. xiij :
Unguenta ex carnibus infantium ; cur maleficæ offerant infantes diabolo, etc.
(Ibid., p. 317). - [1746]
Sous Charles VII, le cadre légal des maréchaux de France était encore de deux titulaires seulement.
- [1747]
Preuves, col. 1340. — Jean Chartier, t. I, p. 144, 166. — Berry-Godefroy, p. 357. — Ms. Blancs-Manteaux, n° 36, f° 323 et s. Cartulaire de Rais, p. 81.
- [1748]
D. Morice, t. I, p. 527, 528, — Preuves, t. II, col. 1270-1204, 1314. — Ms. Blancs-Manteaux, n° 36, p. 324 à 332. — D’Argentré, Histoire de Bretagne, 1618, p. 705. — Procès, t. V, p. 332 et s. — 11 juillet 1440, Jean, duc de Bretagne, traite avec les Anglais (D. Morice, t. I, p. 534). 30 juillet, l’évêque de Nantes ouvre les poursuites contre Gilles de Rais (fac-simile Girardot, p. 1). 18 septembre, information des témoins contre Gilles (Ms. 4771, f° 2). 13 octobre, traité d’alliance entre le duc de Bretagne et le comte de Somerset, lieutenant d’Henri VI en France et en Normandie (Delpit, Documents, p. 260).
- [1749]
Ms. fr. 4771. — D. Morice, t. I, p. 535 et s.
- [1750]
Jean Chartier, t. II, p. 5. — Monstrelet, t. V, p. 425. — D. Morice, t. I, p. 536-537. — Marchegay, Revue des provinces de l’Ouest, novembre 1857, p. 177 et s., d’après une relation, Ms. du château de Serrant.
- [1751]
1439 juillet, Charles VII envoie Raoul de Gaucourt en ambassade vers l’empereur, pour prévenir ou étouffer le nouveau schisme. Baronius, à la date, p. 509.
- [1752]
Ordonnances, XIII, 278, 319 à 326. — Dévotions du roi ; fondations à Chartres ; actes administratifs : J. 463, n° 63 ; Lépinois, Histoire de Chartres, t. II, p. 93. — Subsides sur le clergé : Ms. latin 6020, f° 76, 77, 103. — Affaires générales de l’Église : Lettres des rois et reines, t. II, p. 454. Voigt, Enea Silvio dei Piccolomini, etc., t. I, p. 169. — Vie des saints de Franche-Comté, 1855, in-8, t. IV, p. 331. — Histoire de l’Église gallicane, t. XX, p. 367. Livre vert vieil 2, f° 79. — Bosio, Istoria della religione di Gierusolima, 1630, in-f°, t. II, p. 215. — Armoires Baluze, Ms. t. XI, p. 28 ; XIII, 351. — Jean Chartier, t. II, p. S. Ms. fr. 1278, f° 127-138. — Protestation de Charles VII sur la détermination du concile de Bâle, Paris, 1560, in-8°. — Labbe, Alliance chronologique, etc., t. II, p. 708 et s. — Du Tillet, Libertés gallicanes, p. 138. Etc., etc.
- [1753]
Lettre de Charles VII ; archives de Reims, le 25 juillet 1436. — Monstrelet, V, 119, 350-1. — . Chartier, t. I, p. 216, 245. — Journal de Paris, p. 714. — Gruel, p. 386 et s. — Cagny, ch. CLXIII. — D. Plancher, t. IV, p. 233. — Bulliot, Essai historique sur saint Martin d’Autun, 1849, in-8°, p. 314, 315. — Canat de Chisy, les Écorcheurs dans le Lyonnais, 1861, in-8. — Quantin, Avallon au quinzième siècle, dans Bulletin de la Société des sciences historiques de l’Yonne, 1853, in-8°, t. VIII, p. 194.
- [1754]
Les mêmes. — Basin, I, 123 et s. — Journal, 717. — Berry-Godefroy, 401. — Olivier de la Marche, éd. du Panthéon, p. 366. — Barthélemy, Histoire de Châlons, p. 186. — Monstrelet, 336, 359, 402, 431. — Archives de la Meurthe, à Nancy : Compte de Otin d’Amance, publié par M. Lepage, Recueil de documents sur l’histoire de Lorraine, Nancy, 1855, in-8°, t. I, p. 129 à 162.
- [1755]
Itinéraire.
- [1756]
Ms. Sorbonne 435 ; f° 212 v° et s. — Jean Chartier, t. II, p. 12. — Monstrelet, V, 457. — Gruel, 391. — Canat de Chisy, écorcheurs. — Le 24 janvier 1441, Charles VII accorde certains revenus à l’Hôtel-Dieu de Troyes, ruiné par les guerres. Mémoires de la Société d’Agriculture, etc., de l’Aube, 1853, p. 25-6. — Le 27 mars, il adjuge à René la possession de la Lorraine. La Roque, Hist. de la maison d’Harcourt, in-f°, I, 641.
- [1757]
Les mêmes. — Labarre, Mémoires de Bourgogne, t. II, p. 189. — Dumont, Histoire de Commercy, t. I, p. 244. P. P. 110, f° 253. — Anselme, aux Damoiseaux de Commercy. — Ms. Fontanieu 117, au 19 mars 1441. — Contribution de Verdun : P. P. 110, f° 251. — Montéclair, place occupée par les Écorcheurs, était, avec Andelot, son annexe, le chef-lieu nominal de la prévôté, à laquelle ressortissait Domrémy, pour la juridiction civile. Vaucouleurs était le siège de la châtellenie eu ressort militaire. L’époque où Charles VII visita ces deux points, ne fut point éloignée, selon toute apparence, du moment où la fausse pucelle Claude fut présentée au roi et convaincue d’imposture. Le roi, en visitant ces deux localités, ne put manquer de s’éclairer par une enquête spéciale qui, nécessairement, concernait à la fois notre héroïne et son indigne rivale.
- [1758]
Itinéraire. — Monstrelet, V, 368. ; VI, 1 et s. — Comptes de l’hospice de Laon : consulté sur place en 1858, avec les notes et communications de M. Matton, archiviste de l’Aisne. Guillaume de Champeaux, évêque-duc de Laon, commissaire général des finances en Languedoc, ne parut point devant le roi. Il était dès lors en pleine disgrâce. Par lettres données à Laon le 14 avril, Étienne de Cambrai et Mathieu Savary, clercs des comptes, sont envoyés en Languedoc et en Guyenne, pour ouïr et clore les comptes de cette contrée. P. P. 110, f° 250. Nous reviendrons spécialement sur la gestion et la fin de ce financier.
- [1759]
Peut-être la cause de ce refus se rattachait-elle aux sentiments que Jeanne éprouvait pour son cousin R. de Longueval ? — 1441, avril 10, Lettres données à Laon, par lesquelles le roi accorde aux habitants de Narbonne la continuation, pendant vingt ans, d’un droit sur le sel et d’un droit de barrage, pour l’entretien des ponts et chaussées sur la rivière d’Aude. Ordonnances, XIII, 329. — Voyez aussi Commission royale d’histoire, etc., de Bruxelles, t. XI, in-8°, p. 188.
- [1760]
Jean Chartier, t. I, p. 260. — Monstrelet, V, 430-440. — Les honneurs de la cour, in-12, t. II, p. 204. — A. Favyn, Théâtre d’honneur, etc., 1620, in-4 v°, t. I, p. 833. — Fenn’s Paston letters, Londres, 1787, in-4°, t. I, p. 4 et s. — D. Morice, t. I, p. 537. — Ms. Blancs-Manteaux, t. XLVIII b, p. 6. — Du Tillet, Recueil, etc., p. 157. — Voir dans Monstrelet, V, 470, l’histoire d’un écuyer de la maison d’Orléans, supplicié pour le soupçon d’avoir voulu empoisonner ce duc. — Biographie Didot : Orléans (Charles d’) et Clèves (Marie de).
- [1761]
Monstrelet, V, 469. Berry, 413. Gruel. 391.
- [1762]
Du Tillet, Recueil des traitez, etc., p. 212.
- [1763]
Legrand, Histoire de Louis XI, Ms. s. fr. 3075, t. I, f° 30. — Itinéraire. — Lettre de Charles VII, Archives de Reims, 27 mai 1441. — Journal de Paris, p. 120. — Jean Chartier, t. II, p. 15. — Gruel, p. 391. — Monstrelet, VI, 5, 6. — Berry-Godefroy, p. 413. — Basin, t. I, p. 138. — Ms. D. Grenier, t. LXXXIX, p. 282. — Janvier, Recherches sur les arbalétriers de Picardie, p. 104.
- [1764]
Ms. Fontanieu 117, au 22 août 1440. — Mallet-Bernier, Chron. de Senlis, 1835, p. 23. — Itinéraire. — Journal, p. 720 b. — Ms. fr. 1968, f° 150. — Notice sur S. Morhier. — Barthélemy, Histoire de Châlons, p. 187. — L. L. 218, f° 110, 116. L. L. 416, f° 112, 116. — Ms. s. fr. 2875, t, 1, f° 30 v°. — 1411 juillet 2. Par acte passé devant Pontoise, Xaintrailles, assiégeant, cède au dauphin Louis, moyennant 6,000 écus d’or, la place de Château-Thierry, dont Xaintrailles était capitaine. Quittance le 22 décembre suivant, Cabinet des titres, dossier Xaintrailles.
- [1765]
Gruel, p. 391. — Berry, 414 et s. — Basin, 142, 143. — Juillet 1441, la ville de Compiègne s’impose une taille pour subvenir aux dépenses du siège de Pontoise. Archives municipales de Compiègne : C. G. 15. Communication de M. H. de Lépinois.
- [1766]
Monstrelet, t. VI, p. 7 à 24. — Wavrin-Dupont, p. 313 et s. — Jean Chartier, t. II, p. 27. — Berry, 414 et s. — Ordonnance datée de Pontoise, Ordonnances, XVI, 173. — Lettre du roi, archives de Reims, 29 juin et 2 août 1441. — Ms. Fontanieu 117, au 27 août. — Journal de Paris, p. 721. — Basin, p. 142, rapporte que les Anglais exténués se reconnaissaient à la pâleur et à l’amaigrissement de leur visage, comme quelqu’un qui revient de Pontoise ; locution demeurée proverbiale.
- [1767]
Les Anglais et les Français, au siège de Pontoise, firent également assaut de poésie. Jean Chartier, dans sa chronique, nous a conservé un spécimen historique de ce genre. Voyez Ballade envoyée par les Anglois aux François, juillet 1441, suivie de la Response des François (t. II, p. 27 et s.).
- [1768]
Les mêmes ; notamment Jean Chartier, Basin, Monstrelet, Berry, loc. cit. — Artillerie et appointement de nouvel. Mémoire original et autographe de Jean Bureau, vers novembre 1441. Archives du château de Thouars ; document découvert et mis en lumière par M. Marchegay. Communication du comité impérial historique. Charles d’Anjou avait alors la grande faveur du roi : J. 177, n° 14 ; Ms. Harlay, 101, 5, f° 135 ; Jean Chartier, t. II, p. 33 ; Bourdigné, II, 189. Il la justifia spécialement par sa brave conduite dans ce siège, où il fut blessé d’une flèche (Monstrelet, p. 19). — Ms. Gaignières, n° 649, 5, f° 29. L. L. 416, f° 165, 166. — Lettres du 26 octobre 1441, pour récompenser les arbalétriers de Tournay, qui avaient combattu à Pontoise. Saint-Genois, Monuments anciens, etc. (sur Tournay), Paris, 1782 in f°, page MXXVJ (1026). — Lettres données à Paris en novembre 1441, par lesquelles le roi confirme les exemptions accordées aux artilleurs. Voyez Ordonnances, XIII, 348, 356.
- [1769]
D. Huynes, Histoire du mont Saint-Michel, Ms. St-G. fr. 934, 3, f° 678 et s. — Le 22 septembre 1441, le roi était à Pontoise ; le 25, à Paris, où il demeura jusque vers la fin d’octobre. Le 16 novembre et jours suivants, à Amboise ; du 2 au 9 décembre, Chinon ; le 17 et jours suivants, à Saumur (Itinéraire).
- [1770]
Ordonnances, XIII, 349. — Bulletin de la Société de l’histoire de France, 1859, p. 57 et s. — Capmany, Memorias historicas sobre la marina, comercio, y artes de Barcelona, Madrid, 1779, in-4°, t. II, p. 226. — Ms. Fontanieu 117, au 29 décembre 1439. — Ms. latin 6020, f° 102.
- [1771]
K. 65, n° 30. P. P. 110, f° 256. — D. Vaissète, Histoire du Languedoc, in-f°, t. IV, p. 496 et s. ; Preuves, col. 459 à 463. Ordonnances, t. XIII, p. 230 à 233, 257. — Tanneguy Duchâtel ne paraît pas, lui-même, être demeuré très pur, avant et après la destitution de Champeaux. Collection Fontanieu, vol. 118, Lettres du 28 février 1443 ; nouveau style.
- [1772]
Biographie : Orléans (Charles). — Ms. 82 Bréquigny (Moreau 706), p. 12 et s. — Ms. Baluze 9037, 7, pièce 13. — A. Champollion-Figeac, Louis et Charles d’Orléans, p. 339, 341. — D. Morice, t. I, p. 538, 530.
- [1773]
À Dijon, Hue de Boulogne, qui succédait à Jan van Eyck, peignit les bannières destinées à la décoration de l’hôtel. La moitié de ces bannières était à la devise de Philippe :
un fuzil (briquet à pierre) noir, enzply de flambes de rouge cler, et lapierre d’azur
. L’autre moitié était à la devise du duc de Bourbon :ung pot d’azur, emply de feu grégeois, fait de rouge cler
. (De la Fons-Mélicoq, La Picardie, 1857, p. 27.) Ms. Collection de Bourgogne, citée, t. X, p. 448. - [1774]
D. Morice, ibid. — D. Plancher, t, IV, p. 250. — Collection de Bourgogne, vol. cité, p. 440. — Ms. Blancs-Manteaux, t. XLVIII b, p, 10. — Titres inclassés, Bibliothèque impériale, carton n° 1300 bis. Gachard, Dijon, p. 75, 76.
- [1775]
Berry, Godefroy, p. 418. P. P. 113, f° 254. — Artillerie et appointement nouvel, cité. 1442 Janvier : 1 à 7, le roi à Saumur ; 9 à 19, Bressuire. Février, Saint Jean d’Angely, Saintes. Mars-avril, Lusignan. Mai, Limoges. Juin, Toulouse et le Toulousain. (Itinéraire.)
- [1776]
Berry, 417, 418, Ms. Bruneau, bibliothèque de La Rochelle ; communication de N. Jourdan, de La Rochelle. — Mém. de la Soc. des Antiquaires de France, t. XI, p. 311. — Le roi, étant à Limoges, rendit aux Niortais la mairie, ou gouvernement municipal, qu’il leur avait retiré lors de la Praguerie. Briquet, Histoire de Niort, t. I, p. 441. — Ms. Fontanieu, 117, aux 26 et 28 mai 1442. — Lettre de Charles VII, archives de Reims, 26 mai 1442 ; communiqué par M. L. Paris.
- [1777]
Jean, comte d’Angoulême.
- [1778]
Monstrelet-d’Arcq, VI, 27 et s. — Isambard, Anciennes lois françaises, t. IX, p. 99. — Ordonnances, XIII, 350. — Biographie Didot : Orléans. — Livre vert vieil 2e, f° 119. Berry, 418, 423. — A. Champollion, p. 347. K. 690, ann. 1443.
- [1779]
En Normandie et en Guyenne.
- [1780]
Dossier Xaintrailles, au 18 décembre 1441. — Mss. Gaignières, n° 649, 1 ; 649, 3 ; 649, 5 ; du 4 août 1441 au 3 janvier 1442. — Ms. Fontanieu 119 : mai et 30 octobre 1442. — Cabinet historique, 1560, p. 27, n° 16 ; p. 28, n° 19. — Jean Chartier, t. II, p. 18, 19, 32. — Journal, p. 721 a. — Basin, I, 147. — Berry, 417. — Monstrelet, VI, 57. — Wavrin, I, 323 et s. — Du Tillet, Recueil des traitez, p. 242. — Ordonnances, XIII, 351 ; XVI, 571. — Proceedings, t. V, p. 147 et s.
- [1781]
Ms. s. fr. 2875, t. 1, f° 32. — J. Chartier, t. II, p. 10. — Monstrelet, VI, 24. — Wavrin, I, 320. — D. Morice, t. I, p. 538. — A Journal by one of the suite of Thomas Beckington, during on embassy to negotiate, etc. ; with notes and illustrations by N. H. Nicolas esq. Londres 1828, in-8°. — Journal d’une ambassade, etc. (traduction française abrégée du précédent), par M. G. Brunet de Bordeaux. Bordeaux, 1842, in-8°. — Jean IV, comte d’Armagnac, avait épousé en 1407, Blanche de Bretagne, sœur de Jean VI, duc de Bretagne (mort le 29 août 1442). La seconde femme de Charles, duc d’Orléans (1410-1415), fut Bonne d’Armagnac, sœur de Jean IV. Enfin Jean, duc d’Alençon, était le gendre de Jean IV, ayant épousé, le 30 avril 1437, Marie d’Armagnac, fille aînée de ce comte. Jean d’Alençon n’avait point eu d’enfants de Jeanne d’Orléans, sa première femme. La préoccupation de sa postérité joua, dans l’esprit superstitieux de ce prince, et durant toute sa vie, un rôle considérable. Nous avons la figure et le thème de l’horoscope qu’il se fit tirer à Paris, par un astrologue célèbre, lors de son mariage avec Marie d’Armagnac.
Figura revolutionis nativitatis… Johannis de Alençonio, anno 1437 (1438) incompleto Vâ marcii… Iste annus debet esse aptus matrimonio quia… Venus est domina orbis revolutionis.
Ms. lat. 7443, f° 83. - [1782]
Nicolas et Brunet, ibidem. — Rymer, t. V, p. 112. 1441, septembre 1, traité d’alliance entre la cité de Bayonne et celle de Londres, renouvelé 15 juin 1442 ; Delpit, Documents anglais, p. 260, 262. — D. Vaissète, t. IV, p. 406.
- [1783]
Nicolas, p. 10 et 11. — Brunet, p. 3. — Itinéraire. — Gruel, p. 393. — Monstrelet, ibid., p. 50 et s. Ms. S. fr. 2875, t. I, f° 33 et s. ; t. VI, p. 160 à 202. — Ms. latin 6020, f° 85 et s. — Berry, p. 419 et s. — Ordonnances, XIII, 354. — D. Vaissète, t. IV, p. 497. — Montlezun, Histoire de Gascogne, 1847, in-8°, t. IV, p. 264 et s.
- [1784]
Ibid.
Le roi, (dit Berry), avoit en sa compaignée quatre mille lances ; (4,000 X 3 coustilliers) = 12,000 et huict mille archers ; (8,000 X 1, ½ coustilliers) = 12,000, et aultres huict mille combattants, tant arbalétriers que coustilliers ; = 8,000.
Total des combattants, calcul moderne : 32,000 hommes. Les divers éditeurs de Monstrelet, y compris le ms. fr. 2, 682, f° 229 v°, font dire à ce chroniqueur :le roi povoit bien avoir le nombre de IIII. xx. .M. chevaulx
; Panthéon, p. 830 : quatre-vingt mille. Mais c’est là sans aucun doute une erreur de copiste, que réfute suffisamment le texte de Berry. — Arguments décisifs ; cf. Brunet, p. 16. — Séjour du roi à Toulouse : Bertrandi, Les gestes des Tholosains, etc., 1517, in-4°, gothique, non paginé, feuillet marqué n. - [1785]
Stevenson, Henri VI, t. I, p. 430, 431. — Sharon Turner, History of England, 1823, in-4°, t. III, p. 135. — Berry, 419 et s. — Itinéraire. — Monstrelet VI, 53. — Brunet, p. 6. — Gruel, p. 399. — Ms. Gaignières 754, au 11 août 1442 ; apud Lebeurier, Arrière-ban du bailliage d’Évreux, 1861, in-8°, p. 30. — Ordonnances, XV, 562 (octroi à la ville d’Aurillac). — Le 10 septembre à Agen, lettres de grâces données par le roi à la cathédrale de Mende. Il y fonde un anniversaire au jour de sa mort. J. 463, n° 64. Septembre : Aide mis sus par le roi sur les pays de Languedoïl. — Ms. Fontanieu 118 au 1er décembre 1442. Bibliothèque de l’École des Chartres, 4e série, t. V, p. 511. — Montlezun, Histoire de Gascogne, vol. cité, p. 273 et s.
- [1786]
Nicolas, p. 10 et passim. M. Nicolas et Brunet se sont trompés en donnant à Jean IV trois filles à marier en 1442. Jean n’en avait plus que deux : l’aînée ayant épousé le duc d’Alençon en 1431. (Anselme, Berry, p. 425). Ces deux écrivains ont commis aussi, je crois, quelque erreur dans l’interprétation de ces mots
three likenesses
. Il s’agit sans doute de trois portraits de la même personne ? Cette triple expédition s’explique par les périls multipliés que l’envoi devait courir, tant par terre, en pays ennemis, que par mer. - [1787]
Nicolas et Brunet, passim. Portraits diplomatiques : ils étaient, au moins depuis le quatorzième siècle, en usage. Nous possédons, au Louvre, l’un des spécimens historiques les plus intéressants en ce genre. C’est le portrait diplomatique d’Isabeau de Bavière, peint à Ingolstadt vers 1385, par un peintre, envoyé de Charles VI. — Dépêche secrète dans un bâton creux : cf. Cousinot p. 83, 84.
- [1788]
Nicolas. Brunet, p. 17, etc. — Art de vérifier les dates, 1784, t. I, p. 270. — Gruel, p. 394. — D. Morice, t. I, p. 541. — Rymer, V, 118. — À la date du 3 janvier 1443, l’un des trois portraits était exécuté (Nicolas, p. 94).
- [1789]
Heures de René d’Anjou, Ms. Lavallière 285, au calendrier. — Anselme. — Berry, p. 422. — Hiret, Antiquités d’Anjou, 1618, in-12, p. 190. — Bourdigné-Quatrebarbes, t. II, p. 189. Suivant cet éditeur, Yolande mourut au château de Tucé, près Saumur. (Ibid.) Charles VII, à Montauban, perdit aussi La Hire, qui mourut dans cette ville le 11 janvier 1443. Le roi appréciait ses grands faits de guerre et renta sa veuve, après avoir souvent doté le prodigue capitaine. Mais il ne put jamais se résoudre à lui confier une grande charge, ni de grand commandement. Monstrelet VI, 57. Biographie : La Hire.
- [1790]
Itinéraire. J. 334, n° 49, 3 ; 51 ; 52. — Cabinet des titres, dossiers Foix, 24 février 1443 ; Jambes, 6 juillet. Sis. s. fr. 1496, f° 1 et 2. — Ms. Doat 127, f° 255 à 258. — Ms. Fontanieu, 118, 119, aux 17 mars, 27 mai, 8 août 1443 et 26 février 1441. — Ms. S. fr. 2875, t. VI, f° 174. — Ordonnances, XIII, 358 à 314 ; XV, 441, 636 ; XVI, 20, 86 ; XVII, 183 ; XX, 58. — Germain, Commerce de Montpellier, 1861, in-8°, t. II, p. 361-4. — Lépinois, Histoire de Chartres, II, 95. Berry-Godefroy, p. 422-3. — Marguerite de Comminges, mariée en troisièmes noces, sans enfants, à Mathieu de Foix. Ce comté, après le comte et la comtesse, devait faire retour à la couronne. — D. Vaissète, t. IV, p. 497 à 501. P. P. 119, f° 257. — Séjour du roi à Toulouse et à Montauban : N. Bertrandi, Les Gestes des Tholosains, etc., ft n. Gallia Christiana, t. XIII, colonne 242. Montlezun, Histoire de Gascogne, t. IV, f° 257, p. 274, 1443 avril 25 à 30 : le roi à Limoges ;
les États de Limousin lui octroyent 11.672 livres.
Dossier Xaintrailles, au 21 novembre 1443. - [1791]
Ordonnances, t. XIII, 1443, octobre 5 : draperie de Bourges, p. 378 ; — 11, parlement de Toulouse, p. 384 ; — 19, monnaies, p. 386 ; — novembre 19, généraux et clercs des monnaies, p. 388 ; — décembre, prohibition de la draperie anglaise, p. 389 ; — Université d’Angers, p. 390 ; — talmeliers de Bourges, p. 393. Poursuites contre des malfaiteurs à Avignon : Catalogue Joursanvault, t. I, n° 128. — Réforme de la fête des fous à Troyes ; Boutiot, Recherches sur le théâtre au quinzième siècle, p. 423.
Passaporto (3 agusto 1443) per gli ambasciatori del dura di Savoia nel loro ritorno di Poitiers.
Archives de Gènes. (Extrait communiqué par M. Charles Casati, archiviste paléographe.) - [1792]
Ces mesures, relatives à la restauration du domaine royal, avaient été préparées par les ordonnances des 20 février 1438, n. s, et 16 juillet 1439 ; q. vid. : Ordonnances, XIII, p. 258 etc. et 299. Ce dernier acte dispose que le dénombrement des fiefs mouvants du roi (dénombrement qui n’avait point eu lieu à Paris depuis 1391), sera donné, à l’avenir, tous les trois mois.
- [1793]
Au mois de juin 1426, quelque temps après la bataille de Verneuil, Charles VII, par une ordonnance expresse, révoqua tous les dons qu’il avait faits jusqu’à ce jour. Il déclara en outre retenir pour un an tous les gages de ses officiers. (Ordonnances, XIII, 117.) Les offices furent désertés. Mais les dons et mandements recommencèrent comme par le passé.
- [1794]
Ordonnances, XIII, 372. Mémoire concernant le trésor royal. Ms. du dix-huitième siècle ; communiqué par M. P. Paris.
- [1795]
J. J. 176, f° 163 à 165. J. J. 177, acte 222. — Berry 424 et s. — Monstrelet. VI, 32. — Wavrin, 1, 337. — D. Vaissète, t. IV, p. 498. — Legrand, Histoire de Louis XI, Ms. s. fr. 2875, t. I, f° 46 ; t. V, f° 160 à 176, 203. — Ms. Gaignières 286, f° 69 v°. — D. Housseau, t. IX, n° 3946. — Bibliothèque de l’École des chartes, 3e série, t. 1. p. 307 et s. — Ms. Fontanieu 119, aux 10 février, 25 mars 1444. — Montlezun, 277, 279.
- [1796]
Ibid. — Divers actes administratifs de janvier à juin 1444 ; commerce, parlement, finances, immunités ecclésiastiques, privilèges de villes ; foires du Lendit, etc. — Ms. Gaignières 649, 5. — Livre vert vieil 2e, f° 147 ; (préfecture de police). J. J, 177, f° 4 v°. — Ordonnances, XIII, 395 à 405 ; XV, 578 et 585 ; XVI, 666 ; XVII, 228. — Charles, comte du Maine, épouse par contrat du 6 mars 1441, passé à Tours, Isabeau de Luxembourg : Portefeuille Fontanieu (originaux), n° 255 ; pièce 124. — Lecourvaisier, p. 724.
- [1797]
Ms. Gaignières 649, I, pièce 34. — Cagny, ch. 165, 167. — Rymer, V, 46. — Proceedings, V, 90. — Catalogue Teulet, p. 431. — Catalogue Joursanvault, t. II, p.229, n° 3501 et s. — Chéruel, Histoire de Rouen, etc., p. 120 et s. — Lépinois, Histoire de Chartres, t. II, p. 91 et s. — Monstrelet, V, 308 à 354. — Berry, 399. — Jean Chartier, t. I, p. 215. — D. Plancher, IV, 234. — D. Morice, Preuves, t. II, col. 1324, etc. — On trouve, pour la dernière fois, à la date du 9 mars 1438, sur les registres de l’Université de Paris, le nom de nation d’Angleterre devenue, depuis 1432, nation d’Allemagne (registre 8, f° 56).
- [1798]
Faits cités et autres actions militaires : Ms. Fontanieu 117 au 27 octobre 1439 ; 11 juillet, 10 nov. 1440. — Dossier Xaintrailles, au 18 décembre 1441. Ms. fr. 4767, f° 88 v°. — Cagny, ch. 161, 169. — Journal de Paris, p. 713 à 719. — Bibliothèque de l’École des chartes, t. VI, p. 202-3. — Jean Chartier, t. I, p. 236, 250, 261 ; t. II, p. 7, 33-37, etc. — Berry, p. 400 à 405. — Le connétable se rend au siège de Meaux sur la révélation d’un chartreux breton du couvent de Paris, frère Hervé du Pont : Gruel, p. 387 et 391. — Monstrelet, V, 334, 418 à 470. — Wavrin-Dupont, I, 326. — Basin, I, 123, 138, 152. — Proceedings, V, 112. — Stevenson, Henri VI, I, 442. — D. Morice, t. I, p. 530. — Notice sur Morhier, p. 31.
- [1799]
Legrand, Histoire de Louis XI, Ms. s. fr. 2875, t. I, f° 38 à 43, et Preuves citées. — Asseline, Histoire de Dieppe, p. 35. — Desmarquets, Mémoires chronologiques, etc., sur Dieppe, 1185, in-8°, t. I, p. 55 et s. — Les positions sont encore aujourd’hui très visibles à Dieppe, en montant au sommet des rues du Pollet, dites de la Bastille, du Petit-Fort et de Quiquengrogne.
- [1800]
Ibid. Suite des faits militaires, 1442-3 : Ms. D. Grenier, t. XX bis, f° 20 (comptes). — Archives de Reims, lettre du roi, 26 novembre 1443. — Ms. Fontanieu 119, aux 16 et 17 décembre 1443 et 26 février 1444. — Jean Chartier, II, 36, 41. — Berry, 422, 424. — Monstrelet, VI, 60 à 83 :
Après la quelle besongne, le dit dauphin se fist déchaucier et ala à pieds nuds, jusques en l’église Saint-Jaque de Dieppe, où il remercia très humblement Dieu son créateur et le beneoit baron Saint-Jaque de la bonne fortune qu’il avoit obtenue contre les Anglois
, p. 80. — Wavrin, I, 326 et s. — Basin, I, 149, 152. — Olivier de la Marche (Panthéon), p. 377. — Vitet, Histoire de Dieppe, 1844, p. 38. — Le 27 juillet 1443, Louis dauphin, se rendant à Dieppe, passa par Compiègne. Cette ville, pour lui faire honneur, lui offrit une pièce de vin blanc. Le 3 septembre, Louis victorieux passa de nouveau par Compiègne. Les ajournés lui présentèrent trois septiers de vin vermeil. Une procession fut faite à Royallieu, en l’honneur de cette victoire. Archives de Compiègne : C. 17. Communication de M. H. de Lépinois, archiviste-paléographe. - [1801]
Rymer, t. V, p. 130 et s. — Ms. Brienne, n° 30, f° 8.3. — Ms. Fontanieu 119, au 26 février 1444. K. n° 16. P. P. 110, f° 259. Mss. fr. n° 2899, f° 78, et n° 4054, f° 14. — Dessalles, Notice sur le trésor des Chartes, 1844, in-4°, p. 78. — Stevenson, Henri VI, t. I, p. 67 et s. — Monstrelet-d’Arcq, t. VI, p. 94. — Itinéraire. — D. Gillesson, Compiègne, Ms. 75, t. V, p. 180. — Warin, Archives de Reims, t. VII, p. 75, col. 2. — Dans les usages suivis au quinzième siècle par le roi de France et par les grands barons, le chancelier, chef du conseil et de la magistrature, était moralement, plus encore que légalement, un personnage essentiellement inamovible. Regnault de Chartres avait servi Charles VII depuis la naissance de ce prince et mourut au service du roi. Il faut tenir compte de ces notions pour apprécier la persistance de R. de Chartres dans le conseil, après la rénovation qui suivit la chute de La Trémoille.
- [1802]
Relation inédite de l’ambassade, tirée du Ms. Digby 196, f° 151 et s. ; bibliothèque Bodléienne d’Oxford ; transcrit et communiqué par le R. Stevenson, archiviste au général Record office d’Angleterre. Ms. fr. 4054, ibid. et f° 23. — Catalogue Joursanvault, t. II, n° 3405, 3409. — Basin, t. I, p. 154 et s. — Berry, p. 425. — G. Gruel, p. 395. — Monstrelet, VI, 96 et s.
- [1803]
Très probablement l’abbaye de Beaumont-lès-Tours. Indication de M. Mabille, de Tours, archiviste-paléographe. Voyez Carte de Cassini : Tours, Montils, Saint-Martin, Beaumont, etc., et les plans de Tours Saint-Martin, Saint-Julien ; cabinet des Estampes, topographie.
- [1804]
Les ambassadeurs furent présentés à la reine et à la dauphine, au château de Montils-lès-Tours. Marie d’Anjou était assistée de quarante dames, parmi lesquelles ou avec lesquelles se trouvait Agnès Sorel, qui fut attachée dès lors à la reine d’Angleterre Marguerite d’Anjou. Peu après, Suffolk et Brézé firent exécuter à Tours, une joute à l’arc, entre les archers de l’ambassade et ceux de France. Le prix de mille écus fut gagné par les Écossais de la garde royale. Le 1er mai, après dîner, la reine et la dauphine Marguerite d’Écosse montèrent à cheval, suivies de nombreux valentins et de valentines. Trois cents galants, nobles et hommes d’armes, avaient été admis à faire partie du royal cortège ; tous ensemble se rendirent aux champs, pour cueillir le Mai et le rapporter en ville. Ms. s. fr. 2340, f° 697. — Ms. Digby, ibid. — Journal de Paris, p.124. — A. Duchesne, Histoire d’Angleterre, 1614, in-f°, p. 1099.
- [1805]
Voyez Basin, p. 155, 156. — Biographie Didot : Marguerite d’Anjou.
- [1806]
Ce légat était sans doute Robert du Mont, qui fit restituer (lettres du 6 mai 1444), par Marmoutier à Guillaume de la Saugère, abbé de Saint-Julien, certains biens appartenant à Saint-Julien. Barth. Hauréau, Gall. Christ., t. XIV, col. 251.
- [1807]
Mariage de Marguerite l’Anjou dans le Ms. Digby (traduit sur l’extrait latin communiqué par M. Stevenson) :
Item, le 24, jour de ce mois, le dit seigneur de Suffolk (Southfolke) et tous les ambassadeurs chevauchèrent jusqu’à l’église cathédrale (*) de Saint-Martin, en la dite cité de Tours, pour faire la fiançaille entre très révérend et puissant prince le roi d’Angleterre et de France, et la dite Marguerite, fille du roi et de la reine de Sicile et de Jérusalem. Après une brève attente, entra le roi Charles avec ledit roi de Sicile, se touchant ensemble par les mains, suivis des ducs de Bretagne, d’Alençon et autres. Aussitôt après [survinrent semblablement la reine de France et] la reine de Sicile, de même que les dits rois, avec la dauphine et la duchesse de Calabre, qui les suivirent. Puis, à peu de distance, le dauphin et Charles d’Anjou, amenant entre eux la dite Marguerite, la présentèrent au roi Charles. Ce prince alors, retirant son chaperon (**), la conduisit au légat du pape, qui fiança monseigneur de Suffolk, au nom du roi de France et d’Angleterre, avec la dite dame, qui l’accompagnait. Ces cérémonies faites et achevées, tout le peuple, rempli d’allégresse, cria Noël ! en frappant des mains l’une contre l’autre. La reine de France donc s’approcha de l’épousée et la plaça à la main droite de la reine de Sicile sa mère [qui elle-même occupait la droite]. Ainsi sortirent les rois et reines pour se rendre à l’abbaye de Saint-Julien, dans la dite ville, où un grand souper avait été préparé.
La reine d’Angleterre y garda son état, avec la reine de France, sur le côté droit ou main droite, et le légat prit la gauche. La dauphine, la duchesse de Calabre, s’assirent avec monseigneur de Suffolk aux tables latérales de la salle. Ainsi les deux reines étaient servies en même temps, de chaque tour de service (cursus), l’un après l’autre. Il y eut en effet diverses subtilités et travestissements (entremets). Tels étaient deux géants qui entrèrent, ayant deux grands arbres dans leurs mains. Après eux, venaient deux chameaux portant leurs tours sur leurs dos et la semblance de gens d’armes combattant, qui s’escrimaient mutuellement et l’un contre l’autre, de leurs lances. Aussitôt après le souper, les reines, les seigneurs et les dames dansèrent jusqu’à une heure avancée (intempestivum). Puis, tous montèrent à cheval et se retirèrent à leurs hôtels.
(*) L’église de Saint-Martin (où officia le légat et non l’archevêque) n’était point métropolitaine. Mais l’insigne rang de cette collégiale, avec son chapitre de rois et de princes, immédiatement soumise au Saint-Siège, a pu lui faire donner, surtout par un étranger, le titre de cathédrale.
(**) Le roi était donc entré dans l’église, coiffé de son chaperon. Relativement à cette particularité de mœurs, voyez Bulletin de la Société impériale des antiquaires de France, 1862, Note sur un ancien portrait de Charles VII, conservé au Louvre, p. 67 et s.
- [1808]
Monstrelet. — Ms. Digby. — Rymer. — Ms. 5414, A, f° 77. — Ordonnances, XV, 243, 268. — Jean Chartier, t. II, p. 43. — Journal de Paris, p. 724.