A. Vallet de Viriville  : Histoire de Charles VII (1862-1865)

Tome II : Livre V (1429-1436)

235Livre V
Depuis la Pucelle jusqu’à la réduction de Paris sous l’autorité de Charles VII (1429 – 1436).

Chapitre I
Reprise des événements en dehors de l’action personnelle de Jeanne d’Arc (1429 – 1431).

Lorsque Charles VII, au mois de septembre 1429, se retira en Berry, l’armée du sacre fut licenciée. Le duc d’Alençon, au rapport de son chroniqueur domestique, s’en alla devers sa femme, en sa vicomté de Beaumont, et les autres capitaines, chacun en sa frontière1420.

Ainsi, le roi, ou son conseil, désertait sa propre cause au milieu d’une glorieuse expédition. Il s’arrêtait avec pusillanimité devant quelques obstacles : renonçant à poursuivre l’entreprise si fructueusement commencée, il se réduisait à une attitude expectante. Mais le gouvernement de La Trémoille ne possédait ni la généreuse énergie de l’action, ni même assez d’autorité pour discipliner l’inertie. L’armée de La Trémoille, toujours composée foncièrement de mercenaires étrangers, recevait peu ou point de solde. Une multitude de Français, nobles et peuple, étaient accourus sous les drapeaux à l’appel de l’héroïne. Le gouvernement des favoris n’osa point repousser de tels 236auxiliaires qui, la plupart, venaient servir à leurs frais. Une partie des aides levées pour la guerre était distribuée à ces troupes comme émoluments. Au surplus, la coutume générale des gens de guerre, il ne faut pas l’oublier, consistait à vivre sur le pays, ami ou ennemi.

Les capitaines les plus braves et les plus renommés ne connaissaient ni frein ni hiérarchie. Pour eux, la logique de la guerre et le ressort des passions étaient les seuls guides. Cette logique elle-même, conforme sur un point aux prescriptions de la Pucelle et du bon sens, devait ramener à l’offensive et vers l’ennemi, les efforts des belligérants. La Trémoille réussit à paralyser, dans leur activité, le duc d’Alençon et le connétable ; mais d’autres chefs de corps francs échappèrent à l’autorité royale et défendirent le roi sans ses ordres ou contre ses ordres1421.

Au mois d’août 1429 (avant le signal de la retraite), la ville d’Aumale, sur la Bresle, tomba au pouvoir des Français. Il y avait dans cette place un prêtre ou chapelain, partisan de la cause nationale. Charles de Longueval, confédéré de la ligue picarde, entretenait des intelligences avec cet ecclésiastique. Il se fit livrer par ce moyen la forteresse d’Aumale. La citadelle prise, quatre ou cinq Anglais qui l’occupaient passèrent par les armes. Quant aux habitants, en faisant serment d’estre bons François, ils furent reçus à merci, en payant aulcune somme d’argent. Bientôt une garnison nombreuse s’établit, pour Charles VII, à Aumale, et de là pratiqua des excursions offensives dans les environs1422.

237Peu de temps après (août-septembre), les places de Blangy, Étrépagny, Torcy et Beaucamps, situées à quelques lieues de Rouen, subirent le même sort. Pendant que cette dernière ville était cernée au nord et à l’est par ces points menaçants, des succès analogues se produisaient à la frontière du Maine et sur la limite méridionale de la Normandie. Bonsmoulins, Saint-Céneri, Laval au Maine, etc., tombèrent également au pouvoir des Français.

Le plus remarquable de ces capitaines était un gascon Étienne de Vignoles1423. Le nom de guerre que portait ce gentilhomme, et qu’il a conservé dans le souvenir de la postérité : La Hire1424, nous offre un pittoresque témoignage de son caractère. La violence et l’emportement composaient en effet les principaux attributs de son naturel. Soldat armagnac, le hasard qui l’avait fait tel, maintint La Hire parmi les plus redoutables auxiliaires du roi Charles. Le contact même de l’héroïne exerça peu d’action sur le moral de ce personnage. Tout ce qu’elle obtint de lui fut de se confesser mieux, plus souvent, de sacrer en termes moins immodérés et de ne jurer devant elle que 238par son bâton. Quant à la notion de l’ordre ou du droit, du devoir ou de l’obéissance, cette notion n’entra jamais dans son esprit. Seulement, il accepta de bonne foi la Pucelle. Par là, il se distingua de certains autres capitaines plus froids et attrempés seigneurs que lui. La Hire ne poursuivit pas la jeune guerrière d’une basse et mesquine jalousie1425.

Étienne de Vignoles n’avait point quitté la Pucelle pendant toute l’expédition du sacre. Il suivit la Pucelle et le roi sous les murs de Paris. Mais lorsque le roi leva son camp pour regagner les bords de la Loire, Vignoles ne le suivit plus ; il reprit spontanément la campagne. En dépit de La Trémoille et des vues ou instructions politiques de ce ministre, il se dirigea vers la Normandie. Par une nuit de décembre, en 1429, La Hire, escorté de cinq à six cents compagnons, se présenta devant Louviers. Cette ville, surprise, fut escaladée. La garnison anglaise, très faible d’ailleurs, mise à mort, le capitaine gascon s’installa en maître dans la place. Établi de la sorte, à sept lieues de Rouen, il fournit des courses armées jusque sous les murs de la grande cité anglaise1426.

Sir Thomas Kyriell tenait garnison à Gournay-en-Bray. Au mois de janvier 1430, il marcha par la route de Beauvais, en passant devant cette ville, jusqu’aux faubourgs de Clermont (Oise). Thomas Kyriell rasa le pays : il fit 239main basse particulièrement sur le bétail et sur les chevaux. Puis le capitaine anglais s’en retourna vers Gournay, chargé de proie. Charles de Bourbon, guerrier peu habile ou peu fortuné jusque-là, se trouvait à Beauvais. Ce prince assembla dans les environs jusqu’à huit cents combattants, avec lesquels se mirent, dit Monstrelet, grand nombre de paysans, tant de Beauvais que des villages d’alentour. Les Anglais, suivant ce même auteur, n’étaient qu’au nombre de quatre cents sous les armes. La rencontre eut lieu aux portes de Beauvais. Les Anglais s’adossèrent contre un bois ; défendus par leurs pieux inclinés, ils déjouèrent l’attaque des cavaliers français et percèrent l’ennemi de leurs redoutables flèches. Thomas Kyriell remporta l’avantage de cette journée ; il revint sain et sauf à Gournay, joignant à son butin une centaine de paysans pris sur le champ de bataille. Ceux de cheval, dit l’auteur bourguignon, s’en retournèrent de leur côté, tous confus et anoyeux, à Beauvais. Une rencontre semblable eut lieu dans les mêmes localités, au mois de février suivant (1430), et fut terminée par un semblable résultat1427.

La Hire vengea ce double échec avec éclat. Le 24 février 1430, il prit Château-Gaillard. Placé sur le mamelon d’un roc, ce donjon était jugé le plus fort et imprenable de toute la Normandie. La Hire, accompagné d’auxiliaires nombreux, partit de Louviers et passa nuitamment 240la Seine en bateaux. Il enleva la place par escalade. Le commandant anglais se nommait Kingston. Voyant ses jours en péril, Kingston s’empressa de capituler et rendit le château, sa vie sauve1428.

C’est là que Barbazan, l’illustre prisonnier de Melun, avait été définitivement transféré. Sur ce pic inaccessible, les Anglais le gardaient enfermé dans une cage de fer1429. Aussitôt maîtres de la citadelle, les vainqueurs rompirent les barreaux de sa prison et lui rendirent la liberté. Mais Barbazan ne voulut point sortir ; des liens plus solides que ces barreaux de fer le retenaient : prisonnier sur parole, il avait donné sa foi à Kingston. Déjà, le gouverneur anglais s’était éloigné ; à la requête des vainqueurs, Kingston retourna sous un sauf-conduit et délia le prisonnier de son serment. La Hire, après avoir mis garnison dans Château-Gaillard, revint à Louviers. Là, il conduisit avec lui Kingston, captif à son tour, Barbazan et quelques chevaliers (ses compagnons d’armes à Melun), qui avaient partagé sa prison1430.

241Barbazan, libre désormais, s’empressa de retourner auprès du roi. Charles VII et sa cour résidaient alors à Sully, chez le ministre La Trémoille. Jeanne d’Arc s’y trouvait aussi. Barbazan reprit immédiatement son service comme membre du grand conseil, office qu’il remplissait dès 1416 auprès du prince Charles. La jonction de cet éminent homme de guerre avec l’héroïne d’Orléans et de Reims suscita nécessairement de graves et nouvelles délibérations. Le texte de ces entretiens politiques ne nous est point parvenu, mais le commentaire des événements peut nous aider à comprendre le caractère et le résultat de ces délibérations1431.

Charles de Bourbon ayant fait ses preuves d’insuffisance en Picardie, avait été nommé, par le roi, lieutenant du prince en Champagne. Dès la fin de septembre 1429, vraisemblablement, il eut pour successeur, dans les pays situés entre la Somme et la Seine, Louis de Bourbon, comte de Vendôme. Peu après son retour, Barbazan fut nommé capitaine général et gouverneur en Champagne, au lieu et place du comte de Clermont. C’est de ce côté, vers la Champagne, que se dirigea tout l’effort de la guerre. Les hostilités officielles se concentrèrent exclusivement sur ce nouveau théâtre1432.

Cependant, la Normandie, l’Île-de-France s’agitaient. Là était le nœud de la situation, le point vif du conflit. Charles VII, ou son gouvernement, n’institua même pas 242en Normandie de lieutenant général. Ces parages furent systématiquement désertés… La Trémoille et Regnault de Chartres négociaient ! La Normandie et l’Île-de-France demeurèrent comme un champ abandonné par cette politique, d’une part, en ce qui concerne l’action militaire, aux corps francs ; ce champ, d’autre part, s’ouvrait aux mouvements spontanés des partisans civils, dévoués, dans ces mêmes régions, à la cause nationale.

Les Anglais, après les succès de La Hire et l’importante libération de Barbazan, redoublèrent d’activité. Ils reprirent Aumale, en janvier 1430. Saint-Céneri, Etrépagny, Torcy, Conches, Blangy ; en un mot, tous les postes qu’ils avaient perdus devinrent les points de mire sur lesquels se concentra la vigueur soutenue de leurs efforts.

Guillaume d’Estaing, chambellan du roi, fut envoyé à Torcy et reçut tardivement quelques subsides. Mais les hardis champions de la querelle du roi et de la France, en Normandie, implorèrent vainement, de la part des ministres de Charles VII, une aide loyale, énergique, décidée. Le patriotisme des hommes d’élite soutint, seul, tout le faix de cette lutte. Le 21 mars 1430, un coup de main heureux fut tenté par des Armagnacs aux portes mêmes de Paris ; deux chefs bourguignons, attirés dans une embuscade, y demeurèrent prisonniers des Français. Le 23, autre expédition analogue. Cette dernière s’effectua sur Saint-Denis avec avantage. Au même moment, la nouvelle conspiration, que nous avons racontée, se formait au sein de la capitale. C’est alors, vers le commencement 243d’avril, que la Pucelle accourut à Lagny, puis à Melun, récemment soulevé1433.

Après la captivité de la Pucelle, on ne vit plus se maintenir sous nos drapeaux cette heureuse fortune que Jeanne avait, pour ainsi dire, attachée à sa bannière. Château-Gaillard, en juin 1430, retomba au pouvoir des ennemis. Le 8 juin, Paris-Anglais reçut de nouveaux renforts. Peu après, Xaintrailles remporta, sous Guerbigny, près Roye, l’avantage d’une journée. Mais, en même temps, le maréchal de Boussac essaya vainement le siège de Clermont. Il fut battu devant les murs de cette ville. Au mois d’août, Torcy rentra sous la domination anglaise ; Denis de Chailly perdit Coulommiers. Le recouvrement de Louviers excitait spécialement la sollicitude de Bedford. D’énormes préparatifs eurent lieu pour y parvenir1434.

Cette place restait comme le dernier boulevard des défenseurs de la cause française en Normandie. Vers la fin de mars 1431, Jean, bâtard d’Orléans, se rendit à Louviers et ès marches d’environ, avec certain grant nombre de gens… pour résister à nos anciens ennemis les Anglois qui lors y estoient assemblez en grant puissance. Il pratiqua en même temps, dit l’acte royal que nous analysons, 244deux entreprises secrètes sur nos dits ennemis pour le bien de nous et de notre seigneurie1435.

Au moment où se tentèrent ces entreprises, Jeanne captive voyait arriver le terme de ses jours. Aucun lien rationnel, malheureusement, ne permet de rapporter ces actions militaires à la volonté expresse de la délivrer. Encore moins parviendrait-on à y découvrir l’effet d’une communauté de vues, concertées entre la prisonnière et le gouvernement de La Trémoille1436.

Mais le cœur de Jeanne palpita, jusqu’à la dernière heure, pour le salut de son pays. Tout ce qui importait à cette cause, soit revers, soit, succès, avait dans son âme un écho, où l’instinct, l’intuition suppléait aux communications dont elle était privée. Peut-être, à travers la triple garde qui l’épiait, quelque vent de ces tentatives parvint-il jusqu’à ses oreilles ? Peut-être son inspiration enthousiaste et des notions réelles, antérieurement recueillies, lui tinrent-elles lieu des nouvelles qui lui manquaient ! Ainsi s’expliquerait cette inépuisable énergie qui la soutint jusqu’à sa mort. Nous aurions par là le mot de ces ardentes apostrophes, qui marquent surtout ses premiers interrogatoires. On comprendrait mieux alors ces menaces, par lesquelles, reprenant tout à coup l’offensive, elle terrifiait ses persécuteurs.

245Tant que Jeanne fut vivante, les Anglais, ainsi que le lecteur peut s’en souvenir, n’osèrent point procéder en règle au siège de Louviers. Le lendemain du supplice, ils coururent à ce siège. Ils y consacrèrent de grands sacrifices. Le 19 juin 1431, l’ennemi avait rassemblé devant la place d’abondantes munitions de guerre. On fabriquait de la poudre au parc de l’artillerie anglaise, nommé l’hôtel des ordonnances du palais1437.

Une explosion leur tua cent hommes. Mais en ce même temps, La Hire, qui défendait la ville, se voyait à bout de ressources. Un secours s’organisait à la Ferté-Bernard. La Hire s’esquiva de la place, pour aller au-devant de ces auxiliaires ; la fortune, malheureusement, le trahit : il fut découvert sous le déguisement qui le couvrait ; des Bourguignons l’arrêtèrent et le firent prisonnier. Instruits de ce fait, les Anglais retournèrent au siège avec des munitions nouvelles. Le 25 octobre 1431, ils entrèrent en vainqueurs dans Louviers et rasèrent tous les ouvrages de défense1438.

Vers la fin de juin 1431, Poton de Xaintrailles, poussant jusqu’à Eu, place maritime, pilla et saccagea cette ville. Peu après, une tentative de soulèvement paraît avoir eu lieu sur Chartres. Car nous possédons le texte de lettres d’abolition données en faveur de cette dernière cité, et datées 246du 4 juillet 1431. Il y est dit que les habitants, après avoir tenu le parti de la rébellion, sont disposés à rentrer sous l’autorité légitime1439.

Vers les mois de juillet-août 1431, le chancelier de France dirigeait les opérations de concert avec le maréchal de Boussac. Senlis et Beauvais formaient les points de départ et la double base des entreprises projetées. Le duc de Bedford, en passant par Mantes, faillit être pris. Il arriva toutefois sain et sauf à Paris le 4 août. Ces dispositions parvinrent à la connaissance des Anglais, et ceux-ci apprirent en même temps que les Français allaient marcher sur Rouen. Les forces rassemblées à Louviers, pour l’Angleterre, celles de Gournay ainsi que d’autres postes, fournirent des détachements. Ces troupes se réunirent et se dirigèrent ensemble vers Beauvais1440.

Les comtes de Warwick, d’Arundel, de Salisbury, de Suffolk, lord Talbot, sir Thomas Kyriell, conduisaient les Anglais, au nombre de deux mille. Ils s’avancèrent jusqu’à Milly. Le lendemain1441, au point du jour, les Français partirent de Beauvais. Ils étaient commandés par le maréchal de Boussac, Poton de Xaintrailles, Louis de Waucourt, 247La Hire, etc. La rencontre s’effectua près de Beauvais, entre Savignies et la ville1442.

Nos Français avaient à leur tête un jeune berger, visionnaire idiot, natif du Gévaudan, et nommé Guillaume. On ne détruit que ce qu’on remplace, dit un adage moderne : Regnault de Chartres, archevêque de Reims, non content d’avoir détruit la Pucelle, avait osé la remplacer ainsi ! Ce malheureux enfant était probablement suborné. Il obéissait ainsi à la crédulité qui, en ces temps d’exaltation populaire, multipliait les thaumaturges. Il chevauchoit de costé, dit le Journal, et monstroit de temps en autre ses mains, ses pieds et son costé ; et estoient tachés de sanc, comme saint François1443.

Le nombre des Français s’élevait à environ six cents lances, appuyées par quatorze cents hommes d’infanterie. La cavalerie se trouva enveloppée et surprise, avant que les chefs se fussent entendus pour ordonner le plan de bataille. Une manœuvre habile de l’ennemi prit à dos la réserve elle-même. Dès le premier choc, la confusion et le désarroi se mirent parmi les Français. Poton de Xaintrailles commandait environ cent hommes d’armes. Il marcha résolument à l’ennemi et fut soutenu par l’élite de ses chevaliers. Mais le maréchal partagea la panique. Il donna le signal de la retraite et fut suivi de l’infanterie, qui se sauva à qui mieux mieux dans les bois, puis enfin à Beauvais. Poton de Xaintrailles et Louis de Waucourt demeurèrent 248captifs. À la journée de Patay, Xaintrailles avait pris lord Talbot et l’avait libéré sur parole. Xaintrailles fut conduit à Rouen après la bataille dite du berger. Il fit échange avec Talbot et ne tarda pas à recouvrer sa liberté1444.

Guillaume le Berger tomba également au pouvoir des Anglais. Sa capture avait été opérée, comme celle de Jeanne, sur le diocèse de Beauvais ; Pierre Cauchon s’empara de cette nouvelle proie. Guillaume fut d’abord conduit à Rouen ès prisons de l’évêque de Beauvais. Quelques mois plus tard, Henri VI entra solennellement dans Paris. Parmi les chevaliers et écuyers qui lui firent cortège, figurait le Berger, captif et lié de cordes. Peu après, il disparut, probablement sans aucune forme de procès. Toison-d’Or, héraut et chroniqueur bourguignon, atteste avoir ouy dire que le pauvre Bregier avoit esté gecté en la rivière de Seine et noyé1445.

Au mois de mai 1430, Arnault Guilhem, seigneur de Barbazan, siégeait au grand conseil, à Jargeau, en présence du roi. Nous le trouvons délibérant, dans la même assemblée, entre la reine Yolande et La Trémoille, à Gien, le 15 juillet suivant. Barbazan était entré sans retard en fonctions, comme gouverneur de Champagne. Mais placé au rang des ministres, il résidait tantôt à la 249cour, tantôt aux postes divers, que lui assignaient les affaires et les besoins de sa province1446.

Donc, au moment où le gouvernement de Charles VII perdait et mieux sacrifiait la Pucelle, le chevalier sans reproches entrait au conseil. Il ne lui appartint pas, vraisemblablement (non plus qu’à la reine Yolande), de changer la ligne politique adoptée. Barbazan embrassa la voie qui, seule, était ouverte à ses services. Il suivit cette route, sans regarder ailleurs, avec la droiture et l’intrépidité qui caractérisent sa vie entière.

Troyes et Châlons avaient arboré l’étendard de Charles VII. Mais ces deux villes étaient à peu près les seuls points, dans ces parages, où flottât le drapeau de l’affranchissement. Le plat pays, presque tout entier, obéissait au duc de Bourgogne, nouveau feudataire de la Champagne, et à ses vassaux ou alliés. Il s’agissait d’affermir ces deux points principaux. De là, il fallait ensuite étendre la propagande et la soumission à toute la province. Pour réussir dans cette œuvre, l’habileté du politique ou de l’administrateur n’était pas moins nécessaire que les qualités du capitaine.

On doit placer la réduction de Troyes au nombre des faits remarquables de cette période. La merveilleuse influence de la Pucelle, jointe à la fortuite coïncidence d’une amitié de collège, avait, en réalité, déterminé cet heureux événement. Mais, au lendemain de sa réduction, l’ancienne capitale d’Henri V et d’Isabeau se trouvait isolée. 250Autour d’elle, s’agitaient des populations, hier ses alliées, aujourd’hui ses antagonistes.

L’évêque Jean Lesguisé était fils d’un teinturier de la ville. Depuis Urbain IV, notamment, la Champagne avait vu plus d’une fois des hommes de mérite s’élever des rangs les plus humbles aux plus hautes situations, par la carrière des lettres et de l’Église. Les Pougeoise, les Barton et d’autres, comme on l’a dit, parents et alliés de Lesguisé, occupaient à Troyes les premiers sièges : ceux-ci, dans le chapitre épiscopal ; ceux-là, dans les conseils de la cité. Or Jean Pougeoise de Nogent, et Jean Barton de Méry-sur-Seine, étaient deux serfs de l’évêché de Troyes, affranchis par l’évêque, Étienne de Givry, prédécesseur immédiat de Jean Lesguisé1447.

D’autre part, Jean Lesguisé comptait, parmi ses alliés par les femmes, les Dormans et les Jouvenel des Ursins, ces nobles de robe du quatorzième et du quinzième siècle. Car, en Champagne, le travail, sanctifié par les disciples de saint Bernard, par la règle de saint Benoît, était demeuré en honneur. Au temps des comtes Henri et Thibaut, l’agriculture et les arts utiles avaient fait la prospérité du pays. Là, sous l’empire de ces idées, plus libérales et plus saines, les privilèges aristocratiques du moyen âge dominaient avec moins de rigueur. Les femmes anoblissaient et l’industrie ne dérogeait pas1448.

251Jean Lesguisé, en 1426, avait dû sa mitre épiscopale à la libre élection du chapitre. Il resta évêque malgré le gouvernement anglais, qui voulait imposer au diocèse un prélat politique, à sa nomination. Jean occupa le siège de Troyes pendant un quart de siècle. Pasteur des âmes, il fut aussi, en ces temps difficiles et troublés, le defensor civitatis des anciens jours. Il avait rendu au roi Charles sa ville et le diocèse : il demeura ensuite, auprès du gouvernement légitime, le tuteur vigilant des intérêts de cette contrée1449.

À cette influence du haut clergé, de l’Église séculière, il faut joindre l’influence qu’exerçaient l’Église militante et le clergé régulier. La religion, comme la poésie, eut une part notable à l’œuvre du quinzième siècle. En général, le principal ébranlement se communiqua, non pas des rangs supérieurs de la hiérarchie ecclésiastique, mais d’en bas. Le clergé inférieur fut le confident, et souvent l’auxiliaire de cette immense aspiration vers la justice de Dieu, qui remplissait les cœurs. Entre tous les ordres de l’Église, les religieux mendiants (Augustins, Carmes, Jacobins, Cordeliers), doivent être cités au premier rang sous ce rapport. Comme institutions publiques, ces ordres, il est vrai, portaient déjà en eux-mêmes les signes de la décadence. Et pourtant, ils firent briller, avec un visible éclat, les dernières lueurs de l’esprit chrétien du moyen âge, en ce qu’il eut jamais de plus noble et de plus grand.

Prolétaires du monachisme, ils furent aussi comme 252les chevaliers errants de la foi et de la fraternité chrétienne. Alors florissaient saint Vincent Ferrier, saint Bernardin de Sienne, et bien d’autres dont les légendes, exclues par les hagiographes1450, méritent une place au martyrologe de l’histoire laïque. Ces hommes pauvres, sans maison, sans patrie, combattirent moralement en faveur de la France. Par leur parole, par leurs ouailles et par leurs disciples, ils contribuèrent à fonder pour nous une patrie.

On se rappelle frère Richard et Jean de Gand. Le premier, selon toute apparence, avait précédé à Troyes le second. Devenu vieux, Jean de Gand se retira aux Jacobins de Troyes. Il y mourut le 29 septembre 1439, et fut inhumé dans le couvent de ces frères prêcheurs. Un célèbre religieux du même monastère, Frère Didier, fut son admirateur et son disciple. Lorsque Didier mourut, il voulut être déposé dans la tombe aux pieds de Jean de Gand. Troyes était une étape entre Paris et Lyon, sur le chemin d’Italie. Les Jacobins de Troyes communiquaient avec les Jacobins de Lyon, la ville qui avait servi de retraite à Gerson. D’Italie, les prédicateurs qui agitaient alors cette péninsule, refluaient jusqu’à Troyes. Les couvents de Troyes fournirent une pépinière d’orateurs éloquents et populaires. Ceux-ci, depuis la venue de frère Richard, ne cessèrent de plaider la cause de la France et du roi Charles. La capitale de la Champagne une fois rendue à ce prince, les prêcheurs de Troyes ne contribuèrent pas seulement à raffermir les populations dans leur fidélité. Ils portèrent bien loin une propagande hardie au profit de cette cause, et la confessèrent 253publiquement, jusque sur les États de Philippe le Bon1451.

Sous le commandement de Barbazan, la campagne de Champagne s’ouvrit, en 1430, avec la belle saison. La place de Chappes appartenait à Jacques d’Aumont, du parti de Bourgogne : vers le mois de mai, René de Sicile s’unit au gouverneur, pour l’assiéger. Troyes et Châlons, par les soins du capitaine général et par ordre du roi, furent mis à l’abri des attaques. L’une et l’autre pourvurent, de leurs propres ressources, à leur défense. Troyes surtout revendiquait en cela ses prérogatives communales, dont elle se glorifiait depuis des siècles. Les deux villes éloignées se préparèrent en outre à se soutenir mutuellement et à prêter secours aux points faibles1452.

Des succès importants couronnèrent les efforts du vaillant capitaine. Villeneuve-le-Roi (août 1430), Sens en Bourgogne (janvier 1431), Ervy et Saint-Florentin (avril 1431), furent soumis au roi de France. La guerre eut aussi et successivement pour théâtre les places de Bar-sur-Seine, Jully, Saint-Thiébault (nommé aujourd’hui Estissac), La Croisette, Notre-Dame de l’Épine près Châlons, Marigny-le-Châtel, Ponts-sur-Seine, Villeneuve-aux-Riches-Hommes, 254Provins, Nogent-sur-Seine et Anglure. Tous ces lieux, généralement, sont situés, soit en Champagne, soit sur la frontière de Bourgogne. Les armes de Charles VII, ou de Barbazan, y subirent des fortunes diverses. Plusieurs de ces places, prises et reprises à tour de rôle par les belligérants, ne furent définitivement ralliées que plus tard à l’obéissance de la couronne. Mais, sur tous ces points, Barbazan remplit avec honneur la mission militaire dont il était chargé1453.

Dans l’ordre civil, le lieutenant du roi sut ménager les intérêts des populations et se concilier leur attachement. En 1430, il réunit à Châlons les trois états de la province, pour obtenir de leur bénévole consentement les subsides dont il avait besoin. Nos riches archives de Troyes et de Châlons-sur-Marne ont conservé les documents les plus précieux pour l’histoire de cette époque. Ici, comme à Tours, à Orléans, à La Rochelle, on ne peut qu’admirer l’intelligence, le patriotisme et la maturité, qui se manifestent dans la conduite de ces administrations municipales. Les conseillers de Troyes ne prennent pas une mesure, sans se concerter volontairement avec l’évêque et le gouverneur. Le dévouement des uns, la protection des autres ne se font jamais défaut. Dès l’époque de la réduction, Jean Lesguisé prit en main les sollicitations nécessaires auprès du roi, pour obtenir la canalisation de la Seine. Organiser la hanse de Troyes importait également 255au commerce de cette ville. Troyes obtint satisfaction sur ces deux points. Enfin, par lettres données à Poitiers au mois de mars 1431, Jean Lesguisé fut anobli, ainsi que ses collatéraux1454.

Une telle faveur était à peu près de pure forme pour un prélat, qui, à ce titre, et de plein droit, jouissait des prérogatives féodales. Mais la même grâce (qui profitait à sa famille) ne tarda point à être accordée aux Barton, aux Pougeoise et à divers citoyens de la même contrée. Cette concession fut motivée par les services de guerre et autres, que les impétrants avaient rendus à la cause de l’indépendance1455.

C’est ainsi que le principe du mérite individuel se faisait jour et place, peu à peu, dans nos institutions, à côté du principe héréditaire, fondé sur le hasard de la naissance. Ces atteintes portées aux vieux privilèges de la noblesse de race ou d’épée, cette accession, étendue ou multipliée, des affranchis de la veille, aux supériorités civiles, constituaient autant de pas faits vers le droit commun et vers l’égalité moderne.

256Chapitre II
Batailles d’Anthon1456 et de Bulgnéville (1430 – 1431).

Jusqu’à la journée de Verneuil, le prince d’Orange et le duc de Savoie, Amédée VIII, avaient flotté entre le parti de France et le parti de Bourgogne. Après cette catastrophe, Louis de Chalon n’hésita plus. Le moment opportun lui sembla venu d’agrandir ses petits États, par la conquête d’une riche contrée limitrophe. Il lui fallait un port sur le Rhône, qui lui servît de clef pour entrer en Dauphiné.

Bertrand de Saluces, tué au combat de Verneuil, laissait à sa veuve les terres d’Anthon, Colombier, Saint-Romain et autres, sises sur le territoire dauphinois. À défaut d’héritier direct, ces terres, tenues en fief par les Saluces, étrangers, étaient réversibles à la couronne. Louis de Chalon acquit de la veuve, Anne de la Chambre, ces tenures : elle lui céda aussi les droits ou prétentions qui pouvaient s’y rattacher ; le prince se réservait de les faire valoir par la force1457.

257Au mois d’avril 1128, Louis de Chalon, de concert avec Anne de la Chambre, envoya prendre possession du château d’Anthon. Aussitôt la veuve se retira. Deux cents hommes d’armes à la solde du prince, Anglais, Bourguignons et Savoisiens, occupèrent dès lors la forteresse. Ce lieu, dit un historien du pays, étoit si bien fortifié sur le Rhosne, que pour peu qu’il y eust de gens, Anthon mettoit cette rivière et par elle la ville de Lyon en subjection et toutes les terres voisines en servitude. Déjà Louis de Chalon avait conquis diverses places, appartenant à la Provence et au Languedoc, sur la rive droite du Rhône. Il s’empara de Colombier, Saint-Romain, etc., mit garnison à Auberives et prit ainsi un pied solide en Dauphiné. L’archevêque de Vienne, Jean de Norry, craignit pour la sûreté de sa ville. Il restaura les fortifications et pourvut à sa défense1458.

Vers le mois de juillet 1428, les Orléanais, se voyant menacés parles Anglais, firent appel aux Viennois et aux Dauphinois. Charles de Bourbon, inquiet pour ses possessions du Beaujolais, se joignit à ces instances1459. Le gouverneur du Dauphiné dégarnit encore sa province, afin d’envoyer des soldats au cœur du royaume. Louis de Chalon saisit cette nouvelle opportunité. Le litige pendant 258avait été soumis à l’arbitrage du dite de Savoie, partie intéressée, puis du conseil delphinal. Impatient de ces formes judiciaires, Chalon prit les armes et ravagea le Dauphiné. Le gouverneur était alors Mathieu de Foix, comte de Comminges1460.

Dépourvu de force et probablement de toute volonté, le lieutenant du roi n’opposa aucune résistance. Il conclut avec l’envahisseur un traité. Mathieu de Foix reconnut et sanctionna vis-à-vis du prince, toutes les prétentions que revendiquait ce dernier. Chacune des terres usurpées lui fut cédée, à charge d’hommage. Pour s’absoudre des violences commises, Louis de Chalon consentit en outre à recevoir des lettres d’abolition1461.

Cependant le but du prince n’était qu’imparfaitement rempli. Il se mit en rapport avec Amédée, lui proposant de l’associer aux charges et aux profits de l’entreprise. En cas de succès, Grenoble, tout le Grésivaudan et les Montagnes, devaient être réunis aux États de Savoie. Le prince d’Orange aurait, pour sa part de conquête, le Viennois et la vallée du Rhône, jusqu’à Orange. Amédée VIII se prêta en secret à ce complot. Le duc de Bourgogne, ainsi qu’Amédée, fournit des troupes au prince, qui, en 1430, reprit la campagne. Antoine de Ferrières, capitaine d’Anthon, à la solde du prince Louis, envahit et ravagea de nouveau le Dauphiné1462.

259Durant cet intervalle, Mathieu de Foix avait été remplacé par Raoul de Gaucourt, le défenseur d’Orléans. Raoul, vers la fin de février 1430, se rendit à son nouveau poste. Les hostilités engagées par Louis de Chalon se rouvrirent au printemps. Gaucourt envoya des députés vers le duc de Savoie, qui l’exhortèrent à désavouer Louis, et tout au moins, à ne point l’assister. C’est alors que les réponses équivoques d’Amédée ouvrirent définitivement les yeux de l’expérimenté gouverneur1463.

Au mois de mai, Raoul de Gaucourt opéra sa jonction avec le sénéchal de Lyon. Ce personnage s’appelait Humbert ou Humbert de Grolée, seigneur de Viriville1464 en Dauphiné. Humbert de Grolée, maréchal de cette province, appartenait à une antique famille de chevalerie, dévouée, depuis Philippe-Auguste, aux rois de France. Bailli de Mâcon et sénéchal de Lyon dès 1418, Charles VII avait maintes fois déjà éprouvé sa fidélité, ainsi que sa bravoure. Mais ses forces, réunies à celles du ban dauphinois, épuisé par les précédentes campagnes, étaient insuffisantes1465.

Il y avait alors, dans les montagnes du Velay, un chef d’aventuriers qui désolaient le Midi. Ce condottiere, natif de Castille, se nommait Rodrigo de Villandrando, comte de Ribadeo. Homme énergique, il possédait sinon 260toutes les vertus, du moins tous les genres de capacité que peut comporter l’exercice de la guerre. Gaucourt avait demandé vainement des secours au roi, qui, écrasé par ses autres charges, l’abandonnait à ses ressources locales. Rodrigo fut désigné comme l’homme qu’il fallait à la situation. Le gouverneur, assisté du conseil delphinal, se rendit à la Côte-Saint-André. On y délibéra de lever un emprunt, qui serait couvert par une taille. Muni de la somme prêtée, le gouverneur passa le Rhône et se dirigea vers Annonay : là, il eut une entrevue secrète avec Rodrigo. Celui-ci, moyennant finance, consentit à servir le roi, de concert avec deux de ses lieutenants, nommés Jean Vallète et Pierre Thuron1466.

Le 26 mai 1430, Rodrigo de Villandrando passa le pont de Vienne pour entrer en Dauphiné. Il était suivi de trois cents lances, commandées en partie par Jean de Salazar, l’un de ses lieutenants et compatriotes. Rodrigo joignit le maréchal et le gouverneur devant Auberives, qui fut investie et prise d’assaut le 27. Gaucourt, au nom du roi, fit démolir presque de fond en comble la forteresse. Toutefois il donna ordre qu’on laissât debout de grands pans de murailles en signe que la place et le seigneur avoient été rebelles à leur prince et inféaux, et afin qu’il en fût grande souvenance et mémoire perpétuelle1467.

261Ce succès obtenu, le gouverneur et Rodrigo se présentèrent à la côte Saint-André. Les états du pays, assemblés dans cette ville, votèrent un subside de cinquante mille florins, pour couvrir les frais de la campagne. Ordre fut donné à tous les Dauphinois de s’armer pour la défense commune. Puis les états envoyèrent à Chambéry, auprès d’Amédée, une nouvelle ambassade. Le duc alors fit répondre par son chancelier Jean de Beaufort que l’un des privilèges de la noblesse de Savoie, était de servir indifféremment ceux qu’il lui plaisait, et que la voie la plus sûre pour l’avoir de son côté, était de lui faire les offres les plus avantageuses1468.

Les troupes dauphinoises s’emparèrent, le 7 juin, de Pusignan, sous le commandement de Rodrigo. Cette place forte, située vers l’ouest entre Anthon et Colombier, fut donnée parle roi au chef castillan, à titre de récompense. Azieu tomba, le 8, au pouvoir du gouverneur et, le 10 juin, Colombier eut le même sort1469.

Cependant le prince d’Orange, seigneur d’Arlay, accourut de la comté de Bourgogne, où il avait sa résidence. Dans la nuit du 10 au 11 juin, il arriva au château d’Anthon. Déjà une partie de ses troupes l’avait précédé. Le prince ignorait la prise de Colombier, qui, en ce moment même, venait de capituler. Âgé, comme Rodrigo, d’environ 44 ans, Louis de Chalon était dans toute la force de la vie et des passions. Il avait amené de seize à dix-huit cents lances d’élite, tant Bourguignons que Suisses et 262Savoisiens. Ces chevaliers, ou écuyers, étaient suivis, chacun, de leurs coustilliers et varlets d’armes, sans compter les gens de trait et l’infanterie1470.

Aussitôt installé au château d’Anthon, Louis s’intitula dauphin de Viennois. Il distribua les offices de la province et promit à ses serviteurs des terres, ainsi que les récompenses dont la disposition appartient au souverain. Humbert de Grolée et Rodrigo ignoraient de leur côté la présence du prince. Ils envoyèrent en reconnaissance, au château d’Anthon, un héraut nommé Dauphin. Ce parlementaire, détenu par Louis de Chalon, lui apprit que Colombier venait de capituler. Le prince, à cette nouvelle, fit sonner les trompettes et son armée se mit en marche vers Colombier1471.

Un bois, qui n’existe plus, séparait la plaine d’Anthon de celle où s’élèvent encore les ruines du château de Colombier. Dans la matinée, Louis partit d’Anthon et s’engagea dans ce bois. Il s’y arrêta quelque temps, pour faire des chevaliers, suivant la coutume. Durant ce retard, les capitaines français, informés de la marche du prétendant, délibérèrent sur le parti qu’ils devaient prendre. Si la bataille se perdoit, rapporte un témoin oculaire, membre du conseil delphinal, tout ce pays seroit perdu et en après Languedoc et Lyonnois. Par ainsi, le demourant du royaulme seroit en branle d’estre du tout perdu ! Le temps pressait : Gaucourt et le maréchal résolurent de combattre1472.

263Rodrigo, sur ses propres instances, obtint le commandement de l’avant-garde. Ce poste d’honneur appartenait de droit au maréchal, qui consentit à le lui céder. L’aile droite fut confiée au seigneur de Maubec, Dauphinois. On lui adjoignit Jean Vallète, lieutenant de Rodrigo. Bourno de Cacherano ou Caqueran et Georges Boys, capitaines milanais, eurent la direction de l’aile gauche. Gaucourt et le maréchal se placèrent au centre. Chacun des combattants, armé et monté, entendit la messe, put se confesser, et but légèrement. Après, fut dit publiquement que s’il y eut personne qui eust point de paour, qu’il se retirast. Puis leur fut dict : Vous serez tous riches en ceste journée… Nous avons juste et raisonnable cause. Dieu nous aidera1473 !

Il était midi, lorsque les éclaireurs annoncèrent que le prince d’Orange approchait pour combattre. Raoul de Gaucourt, dévot à Dieu et à sa sainte mère, fit le signe de la croix et se mit en marche. Durant ce temps, Rodrigo, appuyé des gens de trait, s’était embusqué dans le bois. Lorsque Louis de Chalon voulut s’y avancer, il se vit cerné de toutes parts, poursuivi et contraint de rétrograder vers la plaine. Gaucourt et le maréchal avaient prévu ce résultat. Ils tournèrent le bois et vinrent se poster à la lisière, vers Anthon. Arrivé sur le terrain et avant de livrer la bataille, Humbert de Grolée s’agenouilla. Il se désarma de son heaume, puis, tête nue et les mains tendues vers le ciel, il prononça cette prière : Dieu, par ta sainte justice, bonté et miséricorde, dit-il, 264plaise toy de faire droit en ceste présente journée1474 !

Harcelés par Rodrigo, les orangistes débouchèrent à la file : l’armée du prince ne put constituer ses lignes qu’à grand-peine. Au premier choc, Louis de la Chapelle et quelques autres chevaliers bourguignons, mirent pied à terre ; ils amortirent ainsi, quelques instants, l’impétuosité de l’attaque ; mais ils payèrent de leur vie une résistance inutile. Peu à peu la plaine se remplit de combattants des deux partis. La mêlée générale s’opéra bientôt avec un fracas et un acharnement effroyables. En vain le prince Louis avait-il mandé à son secours les Suisses, armés de leurs formidables épées à deux mains, et commandés par François de Neuchâtel, comte de Fribourg. Il avait aussi fait venir de Bourgogne sept mulets chargés de maillets de plomb pour son infanterie. Entre une heure et deux heures, la déroute des siens se dessina complètement. Les Dauphinois étaient maîtres du champ de bataille1475.

Deux à trois cents combattants périrent sur la place. Tous appartenaient aux plus nobles familles de Savoie et des deux Bourgognes. Le reste, poursuivi à outrance par les routiers de Rodrigo, par les nobles dauphinois, fut contraint de chercher son salut dans la fuite. De ce nombre était Jean de Neuchâtel, seigneur de Montaigu, chevalier de la Toison-d’Or. François de La Palu, sire de Varambon, conduisait les troupes savoisiennes. Il eut le nez coupé d’une taillade et porta depuis un nez d’argent. La Palu, en outre, tomba aux mains de Rodrigo. Celui-ci tira de ce seul 265prisonnier huit mille florins d’or. Cent vingt à cent quarante Bourguignons perdirent la liberté1476.

Louis de Chalon combattit vaillamment ; il lui fallut toutefois céder au même destin. Le prince montait un grand et puissant destrier : tout rouge, lui, son harnais et son cheval, du sang qui coulait de son visage et de son corps, on ne le reconnaissait qu’à la taille de sa monture. Finalement, il tourna bride et courut, par une fuite précipitée, se jeter dans le château d’Anthon. Le prince avait réuni là de l’artillerie et des vivres pour deux ans. Mais Antoine de Ferrières, avec trente hommes de garnison, ne voulut pas y rester. Louis de Chalon prit à peine le temps de respirer et de panser ses blessures. Le cours du Rhône, au passage d’Anthon, s’accélère par le confluent de l’Ain. Vers minuit, le prince partit du château1477.

Louis craignait d’être assiégé, puis de tomber prisonnier entre les mains du vainqueur. Étant remonté sur son coursier de bataille, tout armé, sa lance à la main, il poussa le puissant animal à travers les eaux impétueuses du Rhône. Suivi d’un petit nombre des siens, il parvint ainsi à Meximieux sur la terre de Savoie. Louis de Chalon, dès qu’il se vit sauvé, descendit de cheval et baisa sur la bouche son libérateur quadrupède. Dès ce jour, il le fit nourrir, comme un cher et fidèle serviteur, sans souffrir désormais qu’il servît à aucun emploi1478.

266Plus de deux cents Bourguignons s’étaient noyés en cherchant à traverser le Rhône. Les fuyards, çà et là, couraient à travers champs, se cachant dans les bois, dans les blés, comme des lièvres. Là, des paysans dauphinois, armés suivant l’édit, assommaient et tuaient ces chevaliers. Les Français étaient à peu près égaux en nombre à l’ennemi. Un seul homme, appartenant à Rodrigo, périt de leur côté. Rodrigo, dit un chroniqueur envieux de ses exploits, Rodrigo, homme plein de malicieux engin, exploita merveilleusement en la défense, sans oublier son profit. Douze cents chevaux et quantité d’armures furent vendus, trois jours après, sur la place de Crémieu. Gaucourt, le maréchal et Villandrando se partagèrent cent mille florins d’or de rançons. Le reste du butin fut distribué aux vainqueurs1479.

Des chants populaires qui, dit-on, se répètent encore dans nos montagnes, célébrèrent, dès cette époque, la bataille d’Anthon.

La bannière du prince d’Orange était rouge et noire. À l’angle droit supérieur, un soleil d’or, naissant, illuminait tout le champ de ses rayons. Cette bannière, avec beaucoup d’autres, demeura parmi les trophées de sa défaite. On la vit pendant des siècles suspendue, à Grenoble, dans la chapelle delphinale de Saint-André. Louis de Chalon 267perdit toutes les places qu’il occupait sur le territoire du roi de France1480.

Georges de La Trémoille remportait ce triomphe, au moment où la Pucelle venait d’être livrée à l’ennemi. Par les mains d’un aventurier castillan, d’un condottiere mercenaire, le royaume avait été préservé du démembrement. Gaucourt, toujours aidé de Villandrando, poursuivit le prétendant jusque dans sa capitale. Orange fut assiégée le 29 juin 1430 et se rendit après quelques jours de résistance, ou plutôt de négociation. Le 3 juillet, Gaucourt et Rodrigo y entrèrent, et les bourgeois prêtèrent serment de fidélité au roi de France. Puis Gaucourt se retira, laissant pour gouverneurs en son nom, dans la ville, le bâtard de Valence, et, dans le château, le bâtard de Poitiers1481.

Mais à peine le lieutenant était-il rentré à Grenoble, qu’une sédition éclatait à Orange. Les deux bâtards furent expulsés et les orangistes retournèrent sous la domination de leur prince. Le gouvernement de La Trémoille transigea de nouveau. Deux arbitres furent en premier lieu désignés : l’archevêque de Narbonne, légat d’Avignon1482, et l’évêque d’Orange1483, camérier du pape. Louis III, roi de Sicile, intervint ensuite, comme suzerain, à raison de son comté de Provence. Jean Louvet reparut dans cette affaire, avec le titre de commissaire arbitrateur1484.

268Le 18 mars 1431, François de Varambon se jeta sur la ville de Trévoux en Dombes. Cette place appartenait à Charles de Bourbon, comte de Clermont. Or, le sire de La Palu avait à venger sa disgrâce d’Anthon. Dans sa fougueuse animosité, il poursuivait le comte Charles d’une haine particulière. Trévoux, surpris sans défense, fut escaladé, mis au pillage. Cependant Varambon ne put réussir à s’emparer du château : chargé de butin, incendiant les villages sur sa route, il vint chercher un refuge en Bourgogne1485.

Enfin, le 22 juin 1432, le roi étant au château de Loches, un arrangement final passé entre Charles VII et le prince d’Orange, fut signé par La Trémoille et les autres membres du grand conseil1486.

Charles II de Lorraine, en mariant sa fille Isabelle à René d’Anjou, avait appelé son gendre à lui succéder dans son duché. La Lorraine étant un fief féminin, cette dévolution se trouvait donc en harmonie avec la loi de l’État. 269Cependant Charles avait un neveu nommé Antoine de Vaudémont, issu d’une branche collatérale et masculine. Antoine, dès l’époque où René s’unit à Isabelle, revendiqua ses prétentions sur la couronne ducale. Tant que Charles II vécut, son ascendant suffit à contenir l’ambition du jeune comte. Mais le duc de Lorraine mourut le 25 janvier 1431. Antoine alors renouvela ses démonstrations et prit une attitude menaçante1487.

Dès le 22 février, Antoine prit le nom et les armes de Lorraine ; en mars, il se présenta devant Nancy, pour y être reconnu comme duc ; mais les bourgeois refusèrent de lui ouvrir les portes de la ville. Antoine, aussitôt, en appela, suivant le style féodal, à Dieu et à son épée. René d’Anjou et Isabelle de Lorraine, prirent immédiatement et par voies de droit, l’offensive. Antoine fut sommé de faire hommage au duc, spécialement pour le comté de Vaudémont. Sur le refus de son vassal, René d’Anjou, le 1er juin 1431, posa le siège devant la ville de Vaudémont1488. Durant cet intervalle, les deux princes lorrains se préparèrent à combattre. Antoine se rendit en Flandres, auprès de Philippe le Bon. Il se rencontra, près de ce duc, avec le sire de Toulongeon, maréchal de Bourgogne. Le comte Antoine avait toujours suivi le parti bourguignon. Malgré ses pressantes nécessités militaires, Philippe accorda au prétendant mille 270à douze cents de ses archers picards et quelque noblesse1489.

Le prince d’Orange1490, le comte de Fribourg ; Imbert Maréchal, seigneur de Meximieux ; le sire de La Palu, et autres vaincus d’Anthon, Comtois, Bourguignons et Savoisiens, fournirent de nouveaux contingents. Sir John Adam, capitaine de Montigny en Champagne, pour les Anglais, ceux de Nogent et de Coiffy ; sir Thomas Gagaren, et autres de cette nation, prirent également les armes à la suite d’Antoine. Cette armée de secours reconnut pour chef, sous l’autorité de Philippe le Bon, le maréchal de Bourgogne1491.

De son côté, René d’Anjou, au mois de mai, vint trouver Charles VII en Touraine. Le roi accueillit son beau-frère avec bienveillance. Il donna ordre à Barbazan, gouverneur en Champagne, de secourir le nouveau duc de Lorraine. Barbazan alla rejoindre le duc à Nancy : avec son appui moral si considérable, il lui amenait deux cents lances garnies et un gros d’archers1492.

Marie d’Harcourt, comtesse de Vaudémont, pendant le voyage du comte en Flandres, venait de lui donner un fils, à Joinville. Douze jours après l’enfantement, la comtesse était debout : elle rejoignit au passage son mari, suivie d’une compagnie de soldats, qu’elle avait levée. Antoine 271traversa la Champagne et se joignit à ses auxiliaires. Ceux-ci le rencontrèrent à Langres : les troupes marchèrent ensuite dans la direction de Vaudémont et de Nancy1493.

Le dimanche, 1er juillet 1431, les troupes confédérées d’Antoine étaient réunies près d’un village nommé Sandaucourt, voisin de Châtenois (Vosges). René d’Anjou, assisté de Barbazan, le suivait à deux lieues de distance. Le duc avait rassemblé toutes les forces de Lorraine. Elles étaient composées en partie des communes ; soldats peu solides et inexpérimentés : toutes les baronnies de la province et ses alliances d’Allemagne lui valurent en outre une multitude de chevaliers1494.

Après une journée d’attente, les alliés de Vaudémont résolurent de décamper. Ils se voyaient de beaucoup les moins nombreux, et sans vivres dans ce pays ennemi. Le plan qui prévalut dans leurs conseils, fut de se retirer, en incendiant et ravageant la contrée. Au point du jour, le 2 juillet, ils approchaient de Bulgnéville : le jeune et ardent René d’Anjou décida de se jeter à leur poursuite. Barbazan, sage et expert, tenta vainement de l’en dissuader. Il conseilla de temporiser ; d’observer un ennemi impuissant, 272et de le laisser vaincre, sans coup férir, par la famine. Le jeune maréchal de Lorraine (Jean d’Haussonville), le jeune damoiseau de Commercy, accueillirent avec dérision les avis du vieux capitaine. À entendre ces pétulants jouvenceaux, il n’y en auroit point pour leurs pages ! L’un d’eux, pendant qu’on délibérait, fit entendre ces paroles : Qui a paour des fœulles, si ne voise pas au bois1495 ! — Icelles paroles sont pour moi, répondit Barbazan. La merci Dieu ! j’ai vécu sans reproche et aujourd’hui l’on verra si je le dis pour lascheté, ni pour crainte d’eux ; mais le dis pour le mieux et pour les dangers qui en pouroient advenir. Les Lorrains s’ébranlèrent, et Barbazan prit le commandement de l’avant-garde. On allait en venir aux mains, lorsque Antoine de Vaudémont demanda par un héraut à parlementer : René d’Anjou s’entretint quelques instants avec lui ; mais les deux prétendants ne purent s’accorder. En ce moment, un cerf vint à passer. L’animal, consacré par mainte légende, s’arrêta quelques instants entre les deux partis ; puis il fondit, tête baissée, contre l’ost de René. Les Lorrains tirèrent de cet incident un funeste présage1496.

Cependant, les troupes d’Antoine avaient savamment fortifié leur position. La cavalerie se précipita sur elles de toutes parts ; mais de toutes parts l’ennemi était inexpugnable. Barbazan fit enlever par ses archers l’un des chariots qui défendaient le front de bandière des Bourguignons. À ce moment, le maréchal de Toulongeon démasqua sa redoutable 273artillerie. Une vigoureuse sortie repoussa, culbuta les assaillants et la bannière de Barbazan fut renversée dans la poussière. Les cavaliers lorrains commencèrent à fuir. Barbazan, intrépide et calme au milieu du désastre, fut impuissant à triompher de la panique. Robert de Sarrebruck, damoiseau de Commercy, tourna bride et quitta des premiers le champ de bataille. Barbazan rencontra le déserteur et lui reprocha sa conduite : Tort ay, répondit le damoiseau, ains l’avoie promis à m’amie1497 !

René d’Anjou tint pied et reçut plusieurs blessures. Toutefois, entouré d’un gros d’adversaires, il fut obligé de se rendre. Le prince d’Anjou donna sa foi à un obscur écuyer picard, nommé Martin Fruiart ou Fremart. Cet homme d’armes appartenait à Pierre de Luxembourg, comte de Conversan et seigneur d’Enghien. Mais d’après les lois de la guerre, tout chef d’armée avait droit de préemption, moyennant un prix tarifé, sur les prisonniers ennemis de premier ordre. Philippe le Bon racheta le duc captif moyennant dix mille francs : René d’Anjou fut emmené en Bourgogne où il habita diverses prisons ; Martin reçut, en outre cinq cents livres de rente sa vie durant et fut nommé bailli de Notre-Dame de Hal. Le même ordre avait été suivi pour Jeanne d’Arc1498.

274Si l’on en croit le témoignage de Thomas Basin, vingt mille hommes, du côté de René, prirent part à cette bataille : huit mille lorrains y furent tués. Quel que soit le nombre de ces victimes, une seule suffit à illustrer l’hécatombe : Barbazan reçut la mort en combattant à Bulgnéville. On montre encore dans le pays la côte (ou colline) et le pont de Barbazan. René d’Anjou fit élever au milieu de cette plaine une chapelle, qui subsista jusqu’au dix-septième siècle. Les dépouilles mortelles de Barbazan furent d’abord inhumées en l’église de Vaucouleurs, capitainerie voisine : ce district militaire d’où était venue la Pucelle. Plus tard, Charles VII, maître de Paris, ordonna que les restes du grand capitaine fussent tirés de ce modeste asile, et ensevelis auprès des rois de France, à Saint-Denis1499.

275Chapitre III
Tableau de l’administration française. Suite des événements (1429 – 1433).

Les finances de l’État continuaient à se ressentir de la situation que nous avons précédemment esquissée. Taille annuelle et répétée, aliénations du domaine, emprunts quotidiens, engagement de fonds territoriaux, de revenus et de meubles : telles étaient les voies administratives suivies par le gouvernement de Charles VII. Ces mesures financières, attendu la crise que traversait le royaume, ne constituaient que des expédients désastreux. Les monnaies, spécialement, donnaient lieu à des sophistications étranges, tant sous le rapport moral ou légal, qu’au point de vue de l’économie politique1500.

Au quinzième siècle, le parlement était, en Angleterre, une institution pleine de vigueur : le duc de Bedford sut 276habilement s’inspirer de ce fait. Dans les provinces françaises soumises à sa domination, il convoqua chaque année les États des trois ordres ; jamais il ne leva de subsides sans leur concours légal. Le gouvernement de Charles VII, sur ce point de droit public, professait de tout autres doctrines. Une sorte de concurrence, néanmoins, l’obligea d’imiter cet exemple. Les privilèges des pays d’États furent maintenus et à peu près constamment respectés. Charles VII réunit même ces assemblées, dans ses provinces de domaine. Durant la première période de son règne, ces convocations, en général, se répétèrent au moins une fois chaque année1501.

Mais les institutions parlementaires, en France, n’ont jamais poussé les racines énergiques et profondes, qui, chez nos voisins, en assurèrent de bonne heure la solidité. Dès la fin du quatorzième siècle, nos élus, déjà, ne l’étaient plus que de nom : le roi nommait directement ces fonctionnaires. Nous avons dit quelques mots, ci-dessus, touchant les États généraux de 1420 et 1425. Le fragment qui suit jettera sur le caractère de ces assemblées une lumière nouvelle.

Ce fragment est tiré des œuvres de Jean Jouvenel ou Juvénal des Ursins, avocat général du roi au parlement de Poitiers, puis évêque de Beauvais, conseiller intime de Charles VII. L’auteur s’adresse (au moins fictivement) au roi :

En 1430, dit-il, environ Noël, vous étiez à Chinon. Les 277gens des trois estats de par deça, c’est-à-dire Reims, Laon, Châlons, Beauvais, Senlis, Troyes, Sens, Melun, Montargis et autres, se rendirent auprès de vous. Les plaintes du pauvre peuple vous furent humblement exposées par la bouche d’un gentilhomme de Senlis, en vous remontrant comment dussiez faire justice. Mais tout le confort qu’ils eurent fut que aucuns de vos gens disoient en vostre présence qu’il estoit un très mauvais fol et qu’on le debvoit jeter à la rivière1502.

Malgré leur dévouement et leur soumission, les populations se dégoûtaient d’une telle pratique. En 1431, le roi convoqua les États à Tours : les gens de Troyes ne s’y rendirent point. Peu à peu cette abstention se propagea. Charles VII, en 1439, supprima les parlements annuels ou États généraux du royaume. Comme assemblée périodique, déjà cette institution tombait d’elle-même en désuétude1503.

Les ressources limitées, que procuraient ces voies financières, avaient toujours pour destination prétendue les dépenses de la guerre. Mais il est constant que l’armée ne recevait régulièrement aucune solde1504. Ce qui n’empêchait pas des libéralités excessives, obtenues sous le bon plaisir du roi où de ses familiers, et prodiguées à tels ou tels capitaines. Le roi, la reine surtout, vivaient dans un état modeste, souvent nécessiteux, bien éloigné du luxe et de la pompe qu’avaient tenus leurs prédécesseurs. Ce n’est pas seulement l’aliénation, qui servait d’avant-coureur à la ruine : le domaine, en cessant d’acquitter ses charges, d’entretenir et de réparer ses immeubles, tarissait lui-même les sources du revenu. Le gros des finances publiques 278s’engouffrait dans la dissipation, dans les concussions, et dans la fortune particulière de quelques favoris1505.

Les mesures utiles, qui vont suivre, nous semblent emprunter, précisément, de ces circonstances, une partie de leur intérêt.

Il existait depuis le douzième siècle, près de la capitale, une léproserie ou asile sanitaire, spécialement destiné aux gens de la maison du roi. Cette institution, confiée à des femmes, était le prieuré royal et privilégié de La Saussaye-lès-Villejuif. Privé de cette partie de ses états, le roi de Bourges dut suppléer à un tel besoin : c’est ce qu’il fit par lettres données à Chinon en février 1429. Il y avait également, près de cette résidence, une maladrerie, fondée par les rois de France. Ces lettres réunirent l’hospice à la collégiale de Saint-Mexme de Chinon. Le roi y institua en même temps une psallette. Cet établissement d’instruction primaire se composait du maître de chant ou écolâtre, et de quatre élèves ou enfants de chœur1506.

Charles VII, par un autre acte, daté de mars 1429, accorda cinq cents livres à la ville de Poitiers, pour l’entretien de ses fortifications. Au mois de juin suivant, il autorisa les religieux de La Prée (châtellenie d’Issoudun) à se 279fortifier. Les gens de guerre français poussaient l’incommodité par rapport à ces moines, jusqu’à, disent les lettres, faire manger leurs chevaux sur le grand autel. La Rochelle s’était endettée pour le service et le salut du royaume. Une taxe de dix sous par tonneau de vin, chargé en Saintonge, s’y prélevait au profit du roi. Partie de cette taxe fut remise à la ville (lettres du 6 décembre 1439). Le 27 mars 1432, un nouvel et inutile édit fut rendu contre le brigandage. Les chartreux du Liget en Touraine avaient de même construit, dans l’enceinte de leur monastère, des ouvrages fortifiés. Le roi, comme suzerain, autorisa cette construction, par ordonnance du 12 juin 14321507.

Plusieurs diplômes, promulgués de 1429 à 1430, concernent les villes d’Orléans, de Busset, de Melun, l’île de Noirmoutier1508, les chapitres ou monastères de Poitiers, Saint-Yrieix et Grammont en Guyenne. La plupart confèrent à ces communautés divers privilèges. Quelques actes analogues méritent d’être spécialement analysés1509.

Des habitants de Mehun-sur-Yèvre, au nombre de cent soixante environ, étaient serfs et serves du roi, ou gens de pôte (de potestate), c’est-à-dire de condition non libre. Cette situation, vestige de l’état légat antérieur, formait 280une sorte d’anomalie. Le servage, dès lors, était, en effet, regardé comme onéreux et impolitique, non seulement pour les serfs, mais encore pour le roi, leur seigneur. C’était à Mehun-sur-Yèvre que Charles VII avait inauguré son règne, et ce prince y faisait sa résidence habituelle. Les serfs de Mehun, sur leur demande, acquittèrent la somme une fois payée de sept cents réaux d’or, et le roi, par lettres données à Jargeau en mai 1430, les affranchit de la servitude1510.

Dans l’état de confusion où le royaume était plongé, les seigneurs usurpaient quotidiennement sur l’autorité monarchique. Beaucoup d’entre eux soumettaient leurs sujets ou vassaux à des taxes illégales. Les antiques redevances de la féodalité avaient été aggravées ou multipliées arbitrairement. La Trémoille donnait lui-même un éclatant exemple de ce genre de méfaits : l’ordonnance que nous allons citer fut rendue sous son gouvernement ; elle tendit à réprimer cet abus, du moins chez autrui.

Le roi, par édit du 15 mars 1431, abolit les nouveaux péages, imposés sur la Loire et sur les autres rivières qui s’y jettent. Divers actes de l’autorité pourvurent, dans le même temps, à perfectionner les communications fluviales et commerciales. Ainsi, des lettres datées de Poitiers, le 13 janvier 1432, eurent pour objet la navigation du Clain et de la Vienne. Une autre charte du 20 septembre 1432 281fut accordée aux sollicitations de la municipalité troyenne. Cette charte ordonne que la Barse (affluent de la Seine), qui prend sa source au château de Vendeuvre (Aube), sera rendue navigable1511.

L’Université de Paris, désorganisée par la guerre civile, était devenue anglaise. Au centre de son royaume, Charles VII n’avait que deux grandes écoles pour y former de jeunes sujets : c’étaient les universités d’Orléans et d’Angers, pour le droit civil ou canonique. Nous savons la glorieuse part que prirent aux événements de 1429 les étudiants ou écoliers orléanais. Aux mois de septembre et octobre 1432, les gens d’église, l’université, ainsi que les bourgeois d’Angers, firent également preuve de patriotisme. Par l’entremise de leur dame et duchesse, Yolande, ils prêtèrent au roi 4, 050 livres pour secourir la ville de Lagny-sur-Marne, que les ennemis avaient précédemment assiégée1512.

Charles VII, peu après, reconnut ces services. Sur la requête de Yolande et de Louis III, roi de Sicile, une ordonnance fut rendue en mai 1433. Le roi y confirme et augmente les privilèges accordés à l’université d’Angers pour les facultés de droit canonique et civil. Les mêmes avantages sont étendus aux facultés de théologie, de médecine 282et des arts (ou des lettres), nouvellement incorporées dans cette université1513.

Des liens étroits de connexion et de fraternité unissaient entre eux le parlement et l’université. Charles VII avait transporté à Poitiers, les grands corps de l’État. Par une conséquence nécessaire, il institua, le 16 mars 1432, l’université de Poitiers. Cet utile et considérable établissement survécut aux circonstances qui avaient présidé à sa fondation1514.

Charles VII persistait à chercher un appui dans les alliances extérieures.

En 1429, lorsque la Pucelle vint à Chinon, Simon Charles, maître des requêtes, revenait d’ambassade : il arrivait de Venise, où le roi l’avait envoyé. Le duc de Bourgogne, pendant qu’il assiégeait Compiègne, au mois de mai 1430, se vit attaquer par les Liégeois. Une fraternité qui remontait à des siècles, unissait ce peuple à la France. Philippe le Bon fut obligé de détacher du siège une partie de ses forces, pour aller défendre contre eux ses états de Namur.

Le 22 avril 1430, ce même Simon Charles remplissait au nom du roi une nouvelle mission diplomatique ; il se trouvait à Innsbruck ou près cette ville, sur la terre d’Autriche, en la chapelle de Tous-les-Saints. Frédéric, duc d’Autriche, comte de Habsbourg, s’était rendu au même lieu. Jean Frauenberg, écuyer d’écurie de la reine de France, et qui probablement servit d’interprète, accompagnait Simon Charles. 283Après avoir entendu la messe, le duc s’approcha de l’ambassadeur et lui demanda pour son fils, Sigismond d’Autriche, la main de la fille aînée du roi de France. Cette princesse était madame Radegonde, née vers 1426. L’envoyé agréa, au nom de Charles VII, la demande formée par le duc. En signe de promesse, il lui remit solennellement l’anneau symbolique des fiançailles1515. Un traité d’alliance politique ou militaire, signé le 10 août par le duc Frédéric, suivit cette cérémonie. Charles VII ratifia, le 15 septembre, à Sens, la promesse de son ambassadeur, qui fut de nouveau confirmée à Chinon, le 6 janvier 1431. Le duc d’Autriche, vers le mois de novembre 1432, arrivait, en effet, aux portes de Châlons-sur-Marne, à la tête de ses gens d’armes, comme allié du roi de France.

Le 1er mai ou jour du Mai1516 de cette année, Nicolas de Ferrare, marquis d’Este, reçut à sa cour le héraut nommé Dauphin. Ce messager royal apportait, de la part de Charles VII, au marquis, des lettres patentes datées du 1er janvier 1439, jour des étrennes, qui l’autorisaient à partir ses armes de France. Les fleurs de lis d’or en champ d’azur devaient prendre place à droite, sur l’écu du marquis, à côté de l’ancien blason, ou aigle blanc de Ferrare. Nicolas répondit 284sans retard à cette concession d’honneur : par ses lettres du 10 mai 1432, il fit au roi serment de fidélité, ligue et confédération, promettant de le servir, lui et les rois de France, ses successeurs, dans leurs guerres et à ses dépens1517.

À l’intérieur, la reine Yolande poursuivit de tous ses efforts une réconciliation durable entre la couronne et la Bretagne. On a des lettres de Charles VII, du 4 septembre 1429, par lesquelles le roi s’engage et oblige à traiter comme son fils, François de Bretagne, fils du duc Jean et comte de Montfort. Le comte se rendait vers le roi en ambassade. Yolande d’Aragon réussit à conclure le mariage de sa fille nommée comme elle Yolande, avec ce jeune comte de Montfort ; l’union fut célébrée au mois d’août 1431, à Nantes. Mais la conduite suivie par La Trémoille à l’égard du connétable de Richemont, frappa constamment de stérilité les desseins politiques ci-dessus indiqués et les vœux les plus chers de la reine Yolande1518.

285La grande négociation, toujours pendante, était celle qui devait mettre en paix le roi avec l’Angleterre et subsidiairement avec le duc de Bourgogne. Le pape Martin V, et après lui Eugène IV, ne cessèrent de s’employer à cette œuvre chrétienne1519.

Des suspensions de guerre partielles et temporaires, furent le seul résultat de ces négociations. La Champagne et la Picardie notamment, devaient être préservées par ces armistices. Le 13 décembre 1431 ; Charles VII consentit des trêves pour six mois avec le duc de Bourgogne ; ce traité fut renouvelé à Chinon, le 10 février suivant. En avril 1433, de nouvelles conférences sur le même sujet s’ouvrirent à Seine-Port, entre Melun et Corbeil. Charles, duc d’Orléans, prisonnier à Londres, s’entremit aussi dans ces tentatives diplomatiques. Dix-huit ans de captivité avaient fait, pour ainsi dire, de ce prince faible un Anglais : il offrit au conseil d’Henri VI les conditions les plus onéreuses pour les intérêts et pour l’honneur de la France. Un projet de mariage fût en outre agité, dès cette époque, entre le jeune Henri VI et l’une des filles de Charles VII1520.

286Chapitre IV
Suite des événements jusqu’à la chute de La Trémoille (juillet 1431 – juin 1433).

La guerre, une fois rallumée, embrasa tout le théâtre qu’elle avait précédemment rempli. Au mois de juillet 1431, Jean de Luxembourg entrait en Champagne par le nord. Il s’établit d’abord à Rethel, traversa le Porcien et ravagea la province septentrionale, où il soumit diverses places. Le 24 juillet, Ervy au sud de Troyes, vit avec terreur arriver devant ses murs Jean de La Roche, suivi de ses routiers. Jean, duc d’Alençon, le 20 août, fit assiéger, sans succès, la ville de Sainte-Suzanne au Maine. Un différend s’était élevé dans Avignon entre les officiers du roi et ceux du pape : Charles VII, le 18 septembre, nomma des commissaires civils pour apaiser ces difficultés. Mais bientôt il fallut expédier des gens d’armes en Languedoc, en Lyonnais et en Dauphiné. La guerre civile et le brigandage des corps francs se firent spécialement sentir dans le Poitou1521.

Jean de Malestroit, évêque de Nantes, était chancelier du duc de Bretagne ; le 29 septembre 1431, ce prélat revenait 287d’une ambassade, pour la paix, qu’il avait remplie auprès du roi de France. Accompagné du personnel de la légation et de ses gens, il cheminait pacifiquement : l’évêque était, d’ailleurs, muni de sauf-conduits en bonne forme. Déjà, il avait atteint le territoire de son diocèse : le lieu nommé Carquefou1522 offrait une lande ouverte ; la nuit tombait. Tout à coup, Jean, duc d’Alençon, embusqué non loin de là, fond à l’improviste sur le prélat : ce prince était accompagné d’un gros d’hommes armés, qui arrêtent l’évêque, le maltraitent, lui et ses gens, en s’emparant de la vaisselle et du bagage. L’ambassadeur et tout le cortège furent ainsi faits prisonniers. Par la pluie battante, au milieu de la nuit, on les conduisit, à douze lieues, dans un château appartenant au duc d’Alençon : l’évêque fut ensuite transféré à Pouancé, autre forteresse du prince1523.

Jean d’Alençon, par sa mère, était neveu de Jean VI, duc de Bretagne. À peiné sorti de prison, il avait requis l’aide de ce duc, pour payer sa rançon et rétablir ses finances : il réclamait certaine créance qui lui appartenait, disait-il, du chef de sa mère. Mais les Anglais tenaient en respect le duc de Bretagne ; ce dernier, ne condescendit qu’avec beaucoup de résistance aux sollicitations de son neveu. Jean d’Alençon, pour le contraindre, employa la voie qui vient d’être indiquée1524.

288Jean avait en sa compagnie à Pouancé, sa mère, sa sœur et la duchesse d’Alençon, fille de Charles d’Orléans, le duc poète. Jean VI appela les Anglais à son secours. Du 4 au 6 janvier 1432, Pouancé fut investi : le duc de Bretagne y tint le siège, accompagné de son fils, le comte de Montfort, du connétable Arthur, de la noblesse bretonne et de forces considérables. Les seigneurs de Scales et de Willoughby commandaient les troupes anglaises. Jean d’Alençon était soutenu par le gouvernement de Charles VII, qui lui envoya deux mille hommes ; Raoul de Gaucourt et le bâtard d’Orléans allèrent s’enfermer dans Pouancé, où ils prirent en main la charge de la défense1525.

La duchesse d’Alençon était sur le point d’accoucher. Jean, le 4 janvier, s’esquiva par une poterne, laissant sa femme et sa famille en proie aux angoisses et aux périls de la situation. Pouancé fut attaqué et défendu pendant près d’un mois, non sans effusion de sang ; mais le connétable s’interposa pour adoucir les rigueurs de ce conflit. Jean, duc d’Alençon, fut contraint de capituler, et le chancelier de Bretagne recouvra sa liberté. Le prince coupable avait imploré l’intervention du légat, cardinal de Sainte-Croix : Jean, le 28 mars 1432, se rendit à l’église cathédrale de Nantes ; là, dans l’une des chapelles et par-devant l’official, il souscrivit un traité, qui nous est resté. Le duc, par ce contrat, demande L’absolution de son sacrilège : il s’engage à payer une indemnité de dix mille livres de Bretagne envers l’évêque ; plus deux mille écus d’or. Jean dut en outre et sur les dires ou estimation des détroussés, 289leur restituer leur bagage, en s’obligeant à ne plus commettre de semblables actions dans l’avenir1526.

Le 3 février 1432, les Français tentèrent de réparer l’échec éprouvé au mois d’août précédent. Cette entreprise consistait à marcher de nouveau sur Rouen. Un cordelier du parti français avait été prisonnier dans cette ville : il y noua des intelligences avec le béarnais Pierre de Biou, écheleur, qui faisait partie de la garnison anglaise. Ce frère mineur vint trouver à Beauvais le maréchal de Boussac et lui soumit un plan d’invasion secrète. Le moment était favorable : Jean, duc de Bedford, se trouvait à Paris, tandis que le jeune Henri VI habitait Rouen ; une fois maîtres du château, les vainqueurs s’emparaient de la ville et faisaient prisonnier le roi d’Angleterre1527.

Ces ouvertures furent acceptées : l’expédition s’organisa, comme la précédente, à Beauvais et le corps d’avant-garde partit, sous le commandement du nommé Guillaume de Ricarville, gentilhomme du pays de Caux. Âgé d’environ trente-cinq ans, Ricarville avait combattu à Orléans aux côtés de la Pucelle. Successivement écuyer, puis panetier du roi, il possédait la confiance de La Trémoille et servait parmi les gardes du corps de Charles VII. L’intrépide capitaine accomplit avec un plein succès la mission dont il s’était chargé : arrivé sur le terrain, suivi de plus de cent 290hommes d’armes, il s’avança dans l’obscurité, sous les murs du château1528.

Pierre de Biou jeta des échelles de cordes ; peu de temps suffit aux Français pour exécuter l’escalade, et, de la sorte, une grande partie du château, notamment la grosse tour, tomba au pouvoir des assiégeants. Le peu d’Anglais qu’ils rencontrèrent furent mis à mort ou en fuite. Lord John Fitz-Alan, comte d’Arundel, commandait la place ; surpris dans la chambre où il couchait, au milieu de la nuit, il n’eut que le temps de se barricader. Le jour venu, il se fit descendre au fossé, par le moyen d’une corbeille attachée à une corde ; Arundel regagna ainsi la ville, et se mit en sûreté. Les assiégeants étaient venus à pied : ils avaient seulement cinq ou six chevaux, qu’ils laissèrent hors des murs1529.

Ricarville, aussitôt ce résultat obtenu, remonte à cheval ; piquant des deux, il retourne en hâte à Beauvais, pour chercher les renforts promis et qui lui étaient nécessaires, afin d’achever cette importante conquête. Mais ses instances furent vaines ; la discorde se mit entre les troupes destinées à ce complément d’expédition ; les hommes d’armes se disputèrent au sujet du butin, qu’ils devaient recueillir à Rouen, et qu’ils n’avaient point encore. Rien ne put triompher de cette querelle et de l’indécision du maréchal. Les cent ou cent vingt hommes, environ, entrés dans le château, furent abandonnés sans secours1530.

Ces malheureux se réfugièrent dans la grosse tour de 291Philippe-Auguste. Mais les Anglais étaient encore assez forts pour intimider les bourgeois : ceux-ci vinrent en aide à la garnison et le comte d’Arundel se concerta tout à loisir avec le duc de Bedford ; il fit le siège en règle de la tour, qu’il battit, à bout portant, d’artillerie. Après douze jours de combat, les assiégés se rendirent. Les 16 et 17 mars 1432, cent cinq d’entre eux furent décapités par la main de l’exécuteur, sur le Vieux-Marché, où avait péri la Pucelle. Pierre de Biou, l’écheleur, subit son sort le premier. Nous avons le compte du salaire que reçut le bourreau pour l’avoir traîné sur une claie, au bout d’une charrette, depuis les prisons du roy, nostre sire, jusqu’au lieu de l’exécution. Là, Pierre de Biou fut décapité, écartelé, ses quatre membres pendus aux quatre portes ; le corps, au gibet, et sa tête, assise sur une lance. Guillaume de Ricarville retourna sain et sauf à la cour1531.

Chartres était un des points où le gouvernement anglo-bourguignon comptait les partisans les plus passionnés. Deux marchands de cette ville, qui commerçaient à Orléans et à Blois, entrèrent en relations avec les Français. Ils se prêtèrent à une conspiration, qui devait avoir pour résultat de rétablir l’autorité du roi Charles. Raoul de Gaucourt, le bâtard d’Orléans, et Florent d’Illiers, gentilhomme du pays, prirent la part la plus active à cette entreprise. L’évêque, Jean de Frétigny, bourguignon de naissance, et d’autres membres du haut clergé, tenaient 292chaudement pour le parti anglais ; mais les gens d’église étaient divisés : la cause nationale avait à Chartres, entre autres, pour défenseur, un jacobin, orateur populaire, nommé Jean Sarrasin ; ainsi que divers chanoines1532.

Les deux marchands se nommaient le premier Jean Ansel, ou Le Sueur, et le second Guillaume Bouffineau, appelé aussi le petit Guillemin. Au jour dit, le 12 avril 1432, trois charrettes se présentèrent de bon matin, à la porte Saint-Michel de Chartres. Elles étaient précédées des marchands. Ceux-ci, fort connus des portiers, déclarent amener du poisson et du sel, qui faisaient disette dans la ville. L’un des portiers, gratifié d’une paire d’aloses, laisse entrer le convoi. Deux charrettes passent et la troisième verse sur le pont-levis. Au même instant, les charretiers jettent leur fouet et deviennent des soldats. Deux hommes armés sortent de chacun des tonneaux que contenaient les charrettes. Le convoi, au lieu de sel, était chargé de piques, de haches et de pertuisanes. La garde de la porte Saint-Michel est désarmée, mise à mort ou en fuite1533.

Cependant trois ou quatre mille hommes étaient échelonnés hors la ville, en diverses embuscades. Au son de la trompette, signal convenu, Florent d’Illiers pénétra dans Chartres, portant la bannière du roi. Jean Sarrasin avait convoqué, pour cette heure même, la population chartraine à un sermon public. Il eut soin de le prêcher à l’extrémité opposée de la ville. Florent d’Illiers, bientôt suivi de nombreux compagnons, pénétra, presque sans résistance, jusqu’à 293la place de la cathédrale. Toutefois l’évêque de Chartres, entouré de quelques bourguignons, se porta en armes à la rencontre des assaillants : il fut tué sur la place. Le capitaine de la ville n’avait que des forces insignifiantes ; il s’enfuit à cheval avec les cent archers municipaux ; Gilles de l’Aubépin, bailli, se sauva également en escaladant les murs de la ville. Les vainqueurs se livrèrent aux excès qui accompagnaient alors toute guerre ; soixante bourgeois environ y périrent. Les capitaines et la garnison s’installèrent aux cris de : Vive le roi ! la paix ! ville gagnée1534.

Nicolas Loyseleur, chanoine de Rouen et de Chartres, était l’ami de Pierre Cauchon, lequel, pendant longtemps, avait été grand archidiacre de la cathédrale de Chartres. Tous deux, promptement informés, requirent l’assistance du gouvernement anglais. Simon Morhier, gentilhomme chartrain et prévôt de Paris, fut envoyé vers son pays natal : il eut pour mission d’y renouer des intelligences et de tenter une restauration anglo-bourguignonne. Mais ses efforts demeurèrent infructueux. Le 23 avril 1432, le chapitre, investi de l’autorité épiscopale (le siège vacant), reconnut solennellement le roi de France. Il institua dans la cathédrale une messe anniversaire, destinée à célébrer perpétuellement, au 17 juillet, le sacre de Reims. Peu de temps après, Charles VII donna, en faveur de Chartres, de nouvelles lettres d’abolition, datées de Loches, au mois de juin 1432. Le roi, par cet acte, efface les traces des discordes civiles : il maintient dans leurs bénéfices les chanoines fidèles à sa cause et confirme généralement les 294privilèges du pays ; Jean, bâtard d’Orléans, était nommé lieutenant-général. Chartres, désormais, se rallia invariablement au parti français1535.

Lagny-sur-Marne, depuis le mois d’août 1429, appartenait à Charles VII. Jeanne d’Arc y avait planté ou restauré le drapeau de la France ; elle avait, plus récemment, illustré ce lieu par son séjour et par de nouveaux exploits ; enfin les Français, depuis lors, s’y étaient fortifiés. Située entre Paris et Melun, sur une route d’eau qui mène à la capitale, cette station armée incommodait fort les Anglais. Vers la fin de mars 1431, les Anglais bombardèrent la place et y jetèrent jusqu’à quatre cent douze pierres, ou boulets de canon, le même jour. Un coq, tué par ces projectiles, fut, dit le journal parisien, la seule victime que fit cette première attaque1536.

Le second siège fut posé devant Lagny le 1er mai 1432 et dura quatre mois. Le gouvernement anglais attachait le plus grand prix à la soumission de ce poste. Il éprouva, de la part des défenseurs, une résistance invincible. Le conseil de Charles VII fit les derniers efforts pour en assurer le succès : de nouvelles dettes, des emprunts multipliés, furent contractés au nom du roi ; La Trémoille se rangea, comme parle passé, au nombre des prêteurs. Les assiégeants avaient réussi à resserrer leurs approches. Lagny se trouvait étroitement pressé par la famine et battu immédiatement d’artillerie. Dans cette extrémité, le gouvernement 295de Charles VII parvint à rassembler onze mille auxiliaires, qu’il expédia sous les murs de Lagny1537.

Ceux qui soutinrent le siège à l’intérieur se nommaient Jean Foucault, capitaine, Ambroise de Loré, Hugh Kennedy d’Ardstinchar, (écossais), etc. Du 7 juin au 10 août 1432, des secours importants leur furent amenés par Raoul de Gaucourt, Jean, bâtard d’Orléans, et Rodrigo de Villandrando. Bedford, en de telles conjonctures, partit de Paris et vint placer dans la balance le poids de son commandement personnel ; il était suivi de forces à peu près égales à celles de la partie adverse. Une action décisive eut lieu dans la prairie de Lagny, le 10 août 1432 : la victoire demeura du côté des Français et Bedford leva immédiatement le siège. Ses vivres, son artillerie, tout le matériel resta au pouvoir des Français ; Lagny fut ainsi ravitaillé. Le 20 août, Jean, duc de Bedford, revint à Paris, le cœur navré et profondément atteint par cet échec1538.

Pendant les années 1431 à 1433, la guerre sévit continuellement en Picardie, dans le pays de Tournay, en Champagne, dans le Maine, le Poitou, l’Île-de-France et le Languedoc. Rodrigo le Castillan avait rendu à la 296France, devant Lagny, un nouveau et signalé service. En s’éloignant, il tourna ses armes contre la Touraine, qu’il se mit à ravager. Charles VII et ses gouverneurs déployèrent toutes leurs ressources et toute leur politique, pour se délivrer de ce terrible auxiliaire. Rodrigo, appuyé par la faveur de La Trémoille, épousa, le 24 mai 1433, Marguerite de Bourbon, fille naturelle de Jean, duc de Bourbon. Il porta ensuite dans le Midi ses redoutables exploits1539.

La Trémoille était toujours omnipotent. Sa puissance, néanmoins, ressemblait à celle des favoris qui l’avaient précédé : née de l’intrigue, elle devait périr par l’intrigue.

Pendant l’hiver de 1429 à 1430, Arthur de Bretagne revenait de Fresnay-le-Vicomte à Parthenay. Un inconnu, durant le trajet, chevauchait au plus proche du connétable et ne le quittait pas des yeux. Le connétable demanda qui était cet homme. — Quelque picard, lui dit-on. Le comte, alors, s’enquit du personnage, auprès de l’un de ses officiers, Gilles de Rouvroy Saint-Simon, gentilhomme de haut rang et du pays de Picardie. Messire Gilles répondit qu’il ne savait. Sur ce, l’inconnu fut questionné de plus près par le connétable. Enfin, dit la chronique domestique d’Arthur, cet homme avoua qu’il était envoyé par La Trémoille pour tuer le comte, moyennant une somme. 297Arthur lui paya sa commission, en lui donnant un marc d’argent, et le congédia1540.

On n’a point oublié comment La Trémoille épousa Catherine de l’Île-Bouchard, l’opulente héritière, veuve du sire de Giac. La Trémoille conçut, pour son fils aîné, le projet d’une alliance aussi avantageuse. À cet effet, il jeta les yeux sur Françoise d’Amboise, enfant de haut parage, née le 9 mai 1427. Françoise était fille de Louis d’Amboise, prince de Talmont, vicomte de Thouars, et baron des plus considérables du royaume ; richement possessionné de seigneuries en Touraine et en Saintonge. Marie de Rieux, bretonne, vicomtesse de Thouars, avait, ainsi que son mari, la confiance et l’accès du connétable. Georges de La Trémoille, par ces intermédiaires, voulut se rapprocher de son ennemi. Pour l’induire à ses desseins, il lui fit transmettre des offres d’accommodement1541.

Une entrevue, qui réunirait le connétable et le favori, fut proposée par Georges ; ce rendez-vous devait avoir lieu entre Poitiers et Parthenay ; Arthur se méfiait, il refusa. Mais peu de temps après, Georges de La Trémoille attira dans le piège trois amis du connétable, qui pouvaient suppléer le comte en cette occasion. Antoine de Vivonne, André de Beaumont et Louis d’Amboise, lui-même, répondirent à l’invitation du premier ministre. Ces faits se passaient en 1430, vers l’été. La Trémoille mena ses hôtes à la chasse ; mais là, des compagnons apostés se saisirent traîtreusement des trois gentilshommes. Ceux-ci furent consignés 298dans des châteaux forts ; Louis eut pour prison la geôle de son propre manoir, à Amboise ; on le transféra ensuite dans la grosse tour royale de Châtillon-sur-Indre. Puis, La Trémoille intenta immédiatement contre eux une action criminelle en parlement1542.

Le 7 mai 1431, Charles VII, La Trémoille et le grand conseil se trouvaient à Poitiers, siège de cette haute cour. À la date qu’on vient de lire, Georges de La Trémoille se fit délivrer des lettres d’abolition. Nous conservons en original ce document inédit : il contient un catalogue de méfaits commis par La Trémoille, confessés et racontés par lui-même. Cette série de concussions, d’iniquités, accompagnées de meurtres, pillages, etc., remonte à 1416 ; elle ne s’arrête qu’à environ 1430 ou 1431 ; mais il n’y est fait aucune mention du guet-apens contre les trois gentilshommes. Ces lettres se terminent par une absolution, que le favori se décernait ainsi de ses propres mains1543. Par le moyen de ces lettres, La Trémoille devenait légalement inviolable dans l’avenir.

Le lendemain, 8 mai 1431, un triple arrêt de mort fut signé et prononcé au nom du roi, contre les trois prévenus. Louis d’Amboise, Antoine de Vivonne, André de Beaumont, étaient déclarés atteints et convaincus d’avoir voulu attenter à la personne du premier ministre ; de lui avoir tendu des embûches ; d’avoir voulu se saisir du gouvernement, etc. Ces griefs 299constituaient le crime de lèse-majesté. En conséquence, les trois accusés sont condamnés à perdre leurs biens, confisqués au roi, et la vie1544.

Antoine de Vivonne et André de Beaumont eurent la tête tranchée. Mais Jacqueline d’Amboise, sœur de Louis, était mariée à Jean de La Trémoille, frère de Georges. La mort de Louis n’était pas utile au ministre : bien plus, elle devenait un obstacle au mariage que celui-ci projetait toujours. Il suffisait en effet au gouverneur du roi que le futur beau-père de son fils fût en sa main comme prisonnier ; car cette captivité permettait à La Trémoille de maîtriser le vicomte de Thouars. Une clause spéciale fut donc insérée dans la sentence de Louis. Cette clause commuait la peine que le vicomte avait encourue : le roi lui faisait grâce de la vie. Georges de La Trémoille s’adjugea immédiatement la vicomté de Thouars. Jean de La Trémoille, son frère, eut en partage la portion héritable qui revenait à Jacqueline. Louis d’Amboise, dépouillé de ses biens, vit sa succession ouverte de son vivant et fut maintenu dans une étroite captivité1545.

Cependant Marie de Rieux, vicomtesse de Thouars et parente d’Arthur, avait été elle-même poursuivie. Elle accourut auprès du connétable, implorant aide et assistance. 300Arthur de Bretagne l’accueillit avec sympathie. Il lui ouvrit pour refuge son château de Parthenay, et se mit en devoir de lui prêter main-forte. Un coup habile fut immédiatement porté, par le moyen le plus simple, à l’ennemi commun : Françoise d’Amboise devint la fiancée de Pierre de Bretagne, fils de Jean VI et neveu du connétable. Le contrat, dûment appuyé sur la volonté des pères et mères, tant du futur époux que de l’épouse, fut signé le 21 juillet 1431.

En même temps, les sires de Château-Neuf, de Rostrenen et de Beaumanoir, vassaux de Bretagne, prirent les armes ; ils défendirent les places que La Trémoille voulait usurper dans la vicomté de Thouars. La guerre éclata de la sorte entre le gouverneur et le connétable du royaume ; elle ensanglanta de nouveau le Poitou, ainsi que la Saintonge1546.

Yolande d’Aragon intervint dans ce déplorable conflit. Elle présida au traité de pacification, qui fut signé le 25 mars 1432, à Rennes, sous les auspices et l’autorité de Jean VI. Le duc et son frère Arthur stipulaient, dans cet acte, vis-à-vis de Raoul de Gaucourt et du sire de Bazoges1547, ambassadeurs du roi ou de La Trémoille. L’une des clauses du contrat portait ce qui suit : Les villes de Gien, Montargis et Dun-le-Roi, composant le douaire de Madame de Guyenne, seront rendues à Monseigneur de 301Richemont ; à moins que le roi ne préfère lui constituer des revenus en terre équivalents1548.

À peine ce contrat venait-il d’être signé, que Montargis tomba au pouvoir des Anglais. Le seigneur de Villars1549 était capitaine de la ville et du château. Son barbier entretenait auprès de lui pour concubine une damoiselle, pauvre et fort déshonnête ; cette dernière s’accointa au dehors d’un gascon-anglais, nommé Le Bourg ou le Bâtard de Jardres ; des intelligences s’établirent ainsi entre la place et l’ennemi. Moyennant une somme promise, la double courtisane introduisit les Anglais dans le château ; qui fut pris par escalade. La ville proprement dite restait aux Français. Mais peu de temps après elle subit le même sort : au mois d’août 1432, la ville fut évacuée ; les Anglo-Bourguignons y entrèrent à la suite.

Tout cela ne s’opéra point sans de véhéments soupçons d’infidélité, à la charge des capitaines préposés par La Trémoille1550.

Vers la fin de septembre 1432, Jeanne de France, duchesse de Bretagne, vint à mourir. C’était une personne physiquement délicate, jeune encore, pieuse, d’une âme 302noble et très française de cœur. Le connétable se rendit à Vannes, où furent célébrées les obsèques de sa belle-sœur. De nombreux prélats, seigneurs et chevaliers se réunirent à cette occasion. Tous haïssaient La Trémoille et se rattachaient à la clientèle du connétable ; aux regrets qu’excitait le deuil de la princesse, se mêlait l’indignation dirigée contre le favori. La perte de Montargis lui était imputée à trahison. On se rappelle avec quel éclat cette ville était redevenue française. Déjà, par lettres données à Saumur en mars 1431, le roi, c’est-à-dire La Trémoille, avait réuni à la couronne Dun-le-Roi, autre domaine alloué au connétable. Une conspiration s’ourdit contre La Trémoille et les mécontents se rassemblèrent à Parthenay ; l’entreprise fut ainsi concertée chez le connétable ; on n’attendit plus que l’occasion et le moment1551.

La Trémoille, selon toute apparence, sentit la position chanceler sous ses pas. Dans les premiers jours de septembre, un conseil secret se tint à Amboise : Georges de La Trémoille, Regnault de Chartres, Christophe d’Harcourt et l’archidiacre de Provins1552, seuls, y assistaient. La guerre contre 303le duc de Bourgogne y fut résolue ; mais une guerre de voies tortueuses, et sans qu’une déclaration loyale et ouverte l’eût précédée. Aussitôt le héraut Guyenne fut expédié en Bourgogne ; ce messager, d’abord, se rendit à Cravant. Là il se mit en rapport avec les capitaines français, qui commandaient dans cette place, ainsi qu’à Jully, Mussy-l’Évêque et dans les environs. Huit cents hommes d’armes se préparèrent à marcher sur Dijon ; la ville devait être surprise et enlevée par escalade1553.

Guyenne, ensuite, se rendit à Dijon, où il arriva le 2 octobre, et distribua aux autorités de Bourgogne des lettres officielles dont il était porteur. Il remit également une dépêche secrète à l’hôte de l’enseigne du Heaume. Mais ayant été dénoncé par un espion de la police ducale, Guyenne, arrêté, fut mis à la question. Les tortures progressives de l’eau froide et des cordes, le déterminèrent à tout révéler. Guyenne, dans une série d’interrogatoires qui se succédèrent du 2 au 14, dévoila, en présence du maire de Dijon et autres témoins appelés, ce qu’il savait touchant les desseins de La Trémoille1554.

Jean de La Trémoille, seigneur de Jonvelle, haïssait à mort le chancelier de France, Regnault de Chartres. Jonvelle, en juillet 1431, était venu trouver le roi à Chinon : il y resta jusqu’en septembre ; ce fut lui qui, au mois de décembre 304suivant, fit signer les trêves, son œuvre diplomatique, qui devaient régner entre le roi Charles et le duc de Bourgogne. Le sire de Jonvelle attribuait au chancelier de France l’insuccès final des négociations. Jonvelle entretenait à la cour, auprès du roi, le bâtard de Jonvelle, son fils, le bâtard Lobet et Monicau. Par ces créatures, il était informé de tout ce qui se passait du côté de la France. En Bourgogne, Jean de La Trémoille ne laissait rien ignorer à son frère de ce qui pouvait l’intéresser. Pour seconder l’invasion projetée, il noua des intelligences avec Lourdin de Saligny ; Guy de La Trémoille, son cousin, comte de Joigny ; Guillaume de Thil, seigneur de Châteauvillain, et autres capitaines bourguignons d’importance1555.

Georges de La Trémoille se fiait à ces assurances. Le grand chambellan de France, à mille réaux d’or par mois, continuait de diriger, suivant son gré, les affaires du royaume. La Trémoille avait une sœur nommée Isabeau, veuve pour la seconde fois. Vers les premiers jours de mars 1433, il maria cette dame au seigneur de Châteauvillain. Grand chambrier de France, de par Jean Sans Peur, ce seigneur avait jusque-là suivi le parti de Bourgogne. 305La Trémoille le rallia par ce moyen à là cause du roi. Charles et le compta désormais comme l’un de ses auxiliaires1556.

Cependant l’heure de sa chute approchait.

Vers la fin de juin 1433, Charles VII et son favori résidaient au château de Chinon. Georges fut surpris, nuitamment, couché dans son lit. Le sire de Gaucourt, capitaine de Chinon, adhérait à ce coup de main. Olivier Frétard, son lieutenant, ouvrit aux conjurés une poterne qui donnait accès dans le Coudray. Les chefs de cette entreprise, et qui l’exécutèrent, furent Pierre de Brézé, seigneur de La Varenne ; le sire de Chaumont ; Jean, sire de Bueil, et Prigent de Coëtivy, suivis d’un grand nombre de gens d’armes. La Trémoille essaya de résister. Il reçut un coup d’épée dans le ventre. Mais son extrême obésité rendit cette blessure moins grave et lui sauva la vie1557.

Jean de Bueil, neveu maternel du gouverneur, s’empara de lui et le conduisit au château de Montrésor, qui appartenait à Jean de Bueil. Georges de La Trémoille, ainsi détenu, se racheta moyennant quatre mille écus d’or, payés à son neveu. Il eut la vie sauve, mais à condition de ne plus approcher du prince et de renoncer au gouvernement. L’ex-ministre rendit au roi diverses places et Louis d’Amboise recouvra sa liberté1558.

306Charles VII habitait le logis du roi, c’est-à-dire l’aile du château diagonalement opposée au quartier de La Trémoille. Le bruit des gens d’armes et le tumulte parvinrent jusqu’à lui. Tout d’abord, il se crut pris par l’ennemi. Mais la reine de Sicile et Charles d’Anjou, beau-frère du roi, approuvaient cet enlèvement ; la pieuse et timide reine de France, elle-même, avait été initiée : Marie d’Anjou embrassa naturellement la nouvelle cause politique de son frère. Le roi, en apprenant ce qui s’était passé, commença par témoigner son ressentiment. Mais la reine, soutenue de ses proches, apaisa ce courroux momentané. Le roi demanda si le connétable en était : on lui répondit qu’il n’avait point paru. Les nouveaux venus représentèrent au prince que ce changement avait été fait pour son bien et celui de l’État. Peu à peu, le roi se persuada cette vérité. Charles d’Anjou et ses collègues lui firent bientôt oublier La Trémoille1559.

307Chapitre V
Depuis l’enlèvement de La Trémoille jusqu’à la paix d’Arras (juin 1433 – 21 septembre 1435).

Sous le coup de cet événement, les États généraux furent convoqués à Blois, puis à Tours. Ils se réunirent, aux mois de septembre et octobre, dans cette dernière ville. Comme assemblée politique, ce conseil de députés muets ne fut pas moins stérile que les précédents. Le rôle actif des États se bornait, de leur part, à se plaindre, lorsque toutefois les députés avaient cette hardiesse. Ce rôle était encore d’écouter les déclarations que les commissaires faisaient entendre au nom du roi et en sa présence. Il consistait enfin et surtout à voter les subsides demandés1560.

Regnault de Chartres avait fini par se voir lui-même en butte aux deux La Trémoille. Il survécut, dans le conseil, à Georges, et sut se conserver la faveur du roi. Devant les États de Tours, l’archevêque de Reims, chancelier de France, porta la parole au nom du prince. Il désavoua publiquement son ancien collègue, avouant au contraire les sires d’Anjou, de Bueil, de La Varenne et de Coëtivy. Ces quatre seigneurs étaient là présents. Le connétable et le sire de Chaumont servaient dans leurs commandements militaires. 308Les nouveaux ministres du roi revendiquaient leur œuvre avec une franchise de bon augure. Chacun avait pris immédiatement son poste, ceux-ci au conseil, devant les États ; ceux-là, au péril, affrontant l’ennemi1561.

Cette courte période (1433-1435) fut témoin de quelques mesures déjà réparatrices. On peut s’en rendre un compte détaillé, si l’on veut bien recourir aux actes que nous devons nous borner à indiquer. Le recueil des ordonnances offre la série de ces mesures administratives. Nous Citerons, comme dignes d’une mention particulière, les lettres données à Amboise le 24 octobre 1433. Elles portent commission pour le recouvrement des biens du roi, aliénés ou engagés dans le Dauphiné, ainsi que dans les comtés de Valentinois et de Diois. La série des hypothèques et des aliénations avait commencé par le domaine du Dauphiné ; par les terres du Dauphiné, commença une série d’actes en sens inverse. L’administration, désormais, entra dans la voie de la revendication et de la restauration du patrimoine royal1562.

Le roi, à cette époque, eut pour compagnons assidus sa belle-mère Yolande, et son beau-frère Charles d’Anjou. Parmi les divers membres ou branches de la dynastie royale, les princes d’Anjou se distinguent en général de 309tous leurs parents ou alliés par leur caractère moral. À défaut de génie et d’un désintéressement exemplaire, on remarque leur conduite inoffensive, débonnaire, le plus souvent sage et affectionnée au bien de l’État. Cette heureuse influence s’enracina dès lors ; elle s’exerça désormais sur l’esprit du roi, avec cette puissance qui provient de l’affection naturelle, jointe à l’habitude. Le roi avait besoin de déplacements et de spectacles. On le conduisit à Vienne (Dauphiné), où il tint, en avril 1434, de nouveaux États généraux. Cette assemblée lui accorda cent soixante-dix mille moutons d’or pour la guerre, pour l’hôtel du roi, de la reine et de ses enfants ; pour les ambassades et les frontières de Guyenne1563.

Le roi, durant son séjour sur les bords du Rhône, envoya en effet différentes légations vers le pape et vers ses alliés d’Italie. Aux mois de mars-avril, Charles résidait à Vienne. Le cardinal de Chypre et le cardinal d’Arles vinrent l’y trouver : ces princes de l’Église étaient aussi les députés du concile de Bâle ; ils haranguèrent le roi en faveur de la paix. Charles VII les écouta volontiers ; il leur bailla bonne et douce réponse ; puis les ambassadeurs poursuivirent leur route jusqu’au concile. Marguerite de Savoie, fille d’Amédée VIII, et femme de Louis III, roi de Naples, aîné des fils de Yolande, vint également trouver le roi à Vienne. La jeune princesse était accompagnée d’un nombreux cortège de chevaliers, écuyers, dames et damoiselles, Savoisiens, Provençaux et autres. Le roi, dans sa cour plénière, avait autour de lui Charles, 310duc de Bourbon, qui venait de succéder à son père. Là, se trouvait aussi le connétable, qu’une sévère disgrâce tenait encore naguère éloigné de la présence royale1564.

Le roi accueillit sa noble hôtesse de l’accueil le plus gracieux. Après le souper, Marguerite s’approcha du prince et lui fit la révérence ; le roi la choisit pour danseuse, et tous deux dansèrent longuement. Puis le roi de France et la reine de Naples prirent ensemble le vin et les épices. Charles, duc de Bourbon, servit le roi de vin, et le comte Arthur, connétable, le servit d’épices1565.

Cette fête terminée, la reine Marguerite s’embarqua sur le Rhône. Dans l’intérêt du roi Charles et pour ses propres États d’Italie, Yolande d’Aragon avait besoin du pape. Elle ménageait Eugène IV, en ce moment bloqué, pour ainsi dire, à Rome, par les Romains. Marguerite navigua jusqu’à cette ville, et fournit au saint-père des vaisseaux armés. Eugène IV, grâce à ce secours, trompa la vigilance des Romains : il quitta Rome, et vint s’établir, plus libre de ses mouvements, à Florence1566.

Charles VII, de son côté, se rendit à Lyon, où il fit son entrée vers le 16 juin. L’église primatiale de Saint-Jean reçut sa visite solennelle. Arrivé au porche de la cathédrale, ce prince revêtit la chape et l’aumusse de chanoine, qu’il porta jusqu’au maître-autel. De là, le roi retourna, 311par Aigueperse et Amboise, à Chinon, puis à Bourges1567.

La guerre sévissait toujours. Elle comprenait les régions que nous avons désignées. Les vicissitudes se succédaient. Philippe le Bon partit d’Arras le 19 juin 1433 : il fournit contre la Champagne une expédition meurtrière, qui fut marquée, au préjudice des Français, par des pertes de places et d’hommes, assez considérables. De là, il poussa en Beaujolais, désolant ces contrées, qui appartenaient à son gendre (le nouveau duc de Bourbon). Mais celui-ci, aidé de son beau-frère, Rodrigo de Villandrando, du bâtard Chapelle et de Salazar, reprit avec éclat, sur le duc, le mont Saint-Vincent en Charolais (6 janvier 1434). Les journées de Saint-Céneri et Sillé-le-Guillaume (vers mars 1434) furent profitables aux Anglais ; mais elles ne demeurèrent pas sans gloire pour les nouveaux conseillers du roi. Les armes à la main, ces braves serviteurs de la cause française inaugurèrent dignement la carrière qu’ils venaient d’embrasser1568.

En Picardie, et jusque sous les murs de la capitale, l’impétueux La Hire remporta des avantages signalés. Les Rochelais, en mars 1434, armèrent une flottille qui remonta la Charente, et délogèrent les Anglais de Mornac. Le 17 juin suivant, le mont Saint-Michel fut attaqué de nouveau par les ennemis, et conserva intacte sa glorieuse virginité.

Un 312grave événement militaire marqua la première semaine de mai 1435. Le comte d’Arundel, vaincu à Gerberoy, mourut peu après de ses blessures. La Hire, enfin, s’empara de Saint-Denis dans la nuit du 30 mai au 1er juin suivant1569.

La guerre, du temps de la Pucelle, avait été une lutte nationale, une guerre sainte. Cette lutte conservait le même but, mais non les mêmes moyens, ni le même rayonnement moral. La guerre traînait avec elle, sans compensation, son cortège d’atrocités, non plus modérées, mais exaspérées. D’aiguë, la barbarie militaire devenait chronique. Un chef de bandits étrangers occupait la place de Jeanne d’Arc. À la tête de ses huit à dix mille routiers, il était l’arbitre de la situation. Le 6 mars 1434, le concile de Bâle délibérait pour rétablir la paix au sein de la chrétienté : Rodrigo de Villandrando écrivit aux pères assemblés, pour leur offrir la protection de ses services1570.

Au physique aussi bien qu’au moral, Philippe le Bon, duc de Bourgogne, ne ressemblait aucunement à son père. Grand, mince, élancé1571, ses mœurs étaient élégantes et 313voluptueuses. L’orgueil, la pompe, une sorte de morgue frivole et hautaine, l’infatuaient ; mais il avait plus de vanité que d’ambition. Dominé par le luxe, la sensualité, l’habitude de la mollesse et des plaisirs, il ne tenait de la nature, ni la perversité, ni l’énergie de Jean Sans Peur. Au quinzième siècle, le sentiment patriotique trouvait peu d’accès dans le cœur des princes. Philippe le Bon, toutefois, avait conscience d’appartenir à la fleur de lis. Quatorze ans d’hostilités acharnées ne s’étaient point succédé sans lui coûter plus d’une déception et d’irréparables dommages. Ces hostilités, en outre, lui semblaient impies, contre nature. Elles le condamnaient à rompre ou à trancher violemment les liens d’alliance et d’affection les plus sensibles.

Plus d’une fois, le duc de Bourgogne, traitant avec le régent anglais, avait été blessé au point vif : dans son amour-propre. Philippe et Bedford représentaient deux arrogances et deux iniquités, respectivement incompatibles. Leur alliance factice devait tôt ou tard périr et se terminer par une profonde désunion. Grâce à ses qualités personnelles, Anne de Bourgogne, duchesse de Bedford, réussit à maintenir la paix entre les deux beaux-frères. Mais l’habile et conciliante princesse mourut à Paris le 14 novembre 1432. Jean de Lancastre, né en 1389, était plus que quadragénaire : il épousa, le 20 avril 1433, à Thérouanne, Jacqueline de Luxembourg, âgée de dix-sept ans, fille du 314comte de Saint-Pol. Louis de Luxembourg, chancelier de France pour les Anglais, oncle de l’épousée, avait fait ce mariage. Les Luxembourg étaient vassaux de Philippe le Bon ; à ce titre, une nouvelle obligation s’imposait au comte : en premier lieu, au nom du droit strict, et secondement, de par les lois de la courtoisie. C’était de signifier et même de déférer au suzerain cette alliance politique. Philippe n’en fut pas même prévenu. Une vive irritation pénétra, dès ce moment, dans le cœur du fier Bourguignon1572.

Cette blessure était encore saignante, lorsque, le mois suivant, Jean, duc de Bedford, se disposait à traverser le détroit : il retournait à Londres. Instruit de cette division, le cardinal d’Angleterre et d’autres médiateurs s’entremirent pour la faire cesser. Une rencontre courtoise fut préparée à Saint-Omer. Des honneurs égaux devaient réunir les deux ducs en ce point commun. Mais lorsque Bedford et Philippe eurent pris possession de leur logis, nul des deux ne consentit à visiter l’autre. Tous deux s’éloignèrent sans s’être rencontrés1573.

Cette querelle de préséance suffit pour occasionner de graves résultats historiques. Le concile ou congrès de Corbeil était encore ouvert. Des négociations, qui n’avaient jamais été complètement rompues, furent reprises avec plus de suite et d’activité. Le conseil anglais lui-même dut 315prêter une oreille moins hautaine et moins évasive, qu’il ne l’avait fait jusque-là, aux médiations de la diplomatie. Le 27 décembre 1434, Philippe de Bourgogne signa une procuration pour tendre à la paix définitive et générale. En janvier 1135, le duc se rendit à Nevers. Là, il trouva sa sœur Agnès de Bourgogne, duchesse de Bourbon, et ses deux jeunes neveux, enfants de la duchesse. Les uns et les autres furent accueillis tendrement et avec fête. Bientôt arriva son beau-frère, le duc Charles de Bourbon. Les deux ducs conclurent ensemble une réconciliation qui devait être le prélude de la pacification du royaume1574.

Parmi les ambassadeurs envoyés au congrès de Nevers, se trouvaient le chancelier de France, Regnault de Chartres ; le connétable de Richemont, Christophe d’Harcourt, le maréchal de La Fayette, etc. Ces membres du grand conseil avaient pour mission expresse de poser, dans cette assemblée, les bases d’une nouvelle diète, relative à la querelle propre du roi de France. Philippe, le 18 mars, accepta la conférence fixée au lieu d’Arras. Jean, duc de Bedford, accompagné de la nouvelle régente, s’était montré dans un court séjour au sein de la capitale. Les Parisiens, abandonnés, inquiets, accueillirent, le 15 avril, parmi eux, le duc de Bourgogne1575. 316Philippe le Bon y déploya sa pompe habituelle1576.

Le duc, après avoir fait ses pâques et reçu l’Université, tint cour plénière à tout venant. Une députation de dames et damoiselles de Paris fut admise auprès de la duchesse de Bourgogne, qui habitait son hôtel d’Artois. Isabelle de Portugal, princesse très grave, très entendue et fort solennelle, accueillit les visiteuses. Celles-ci prièrent moult piteusement la duchesse qu’elle eût la paix pour recommandée. Isabelle, dans une réponse toute politique, agréa hautement leurs vœux. Le duc et la duchesse, en effet, ne quittèrent Paris, le 21 avril, que pour prendre le chemin d’Arras1577.

Vers les premiers jours de juillet 1435, l’assemblée s’ouvrit enfin dans cette ville. Les ambassadeurs et leur suite arrivèrent successivement. L’abbaye bénédictine de Saint-Vaast fut le lieu des conférences. Vers les premiers jours d’août seulement, le congrès put commencer sa session1578.

317Le pape avait envoyé, comme légat du saint-siège, Nicolas Albergati, cardinal de Sainte-Croix. Hugues de Lusignan, cardinal, fils de Janus, roi de Chypre, était le principal délégué du concile. Un grand nombre de prélats, archevêques, évêques, abbés et docteurs, l’assistaient au même titre. Ces députés appartenaient à la Suède, au Danemark, à la Pologne, à la Castille, au Portugal, aux différentes régions de l’Italie, de la France et de l’Allemagne. Philippe le Bon, duc de Bourgogne, s’y trouvait en personne, ainsi que la duchesse et son fils. Autour d’eux s’étaient réunis le chancelier (Nicolas Rolin), le conseil et toute la cour de ce prince et grand vassal.

Les principaux diplomates anglais se nommaient Henri Beaufort, cardinal d’Angleterre ; Thomas Kempe, archevêque d’York ; William Alnwick, évêque de Norwich ; Thomas Rodborne, évêque de Saint-David au pays de Galles ; le docteur William Lyndwood, privé-scel d’Angleterre ; John Holland, comte de Huntingdon ; William de la Pole, comte de Suffolk ; John Radcliffe, chevalier, sénéchal de Guyenne ; Pierre Cauchon, évêque de Lisieux, et Me Guillaume Érard, vicaire de Rouen, tous deux juges de la Pucelle ; Me Guillaume Lejeune, bailli d’Amiens, pour les Anglais, etc. etc.1579

318Le roi de France avait choisi pour ses mandataires Charles, duc de Bourbon ; Louis de Bourbon, comte de Vendôme ; le connétable de Richemont ; Regnault de Chartres, son chancelier ; Christophe d’Harcourt, le maréchal de La Fayette ; Théodore de Valpergue, milanais ; Maîtres Adam de Cambrai, premier président ; Guillaume Chartier, conseiller au parlement ; Jean Tudert, doyen de Paris ; Robert Mallière, Jean Chastenier, secrétaires du roi ou maîtres des requêtes, et beaucoup d’autres. La reine de Sicile, le duc de Bretagne, le duc de Lorraine et de Bar, le duc d’Alençon, l’Université de Paris, l’échevinage de la capitale, et la plupart des bonnes villes comptèrent également des délégués au sein du congrès1580.

Les ambassadeurs anglais arrivèrent tout d’abord, le 1er juillet, à Arras. Ils espéraient ainsi prévenir les autres diplomates et gagner le duc par des communications isolées. Philippe, en effet, était le véritable arbitre de la situation. Des envoyés d’Henri VI présentèrent au duc une commission royale : dans cet acte, le roi d’Angleterre transmettait à Philippe ses pleins pouvoirs et le nommait son commissaire général pour la paix. Mais le duc déclina cette nomination. Il déclara se restreindre à ne stipuler que pour lui-même1581.

Le cardinal de Sainte-Croix, de l’ordre des Chartreux, homme doux, expérimenté, diplomate persévérant et délié, 319était assisté de son secrétaire, Énée Piccolomini, qui depuis porta la tiare sous le nom de Pie II. Albergati fut le principal agent du congrès. Il traça le programme et conduisit les négociations. Sur son initiative, le débat entre les deux couronnes royales prit le premier rang dans les délibérations. Albergati provoqua les offres respectives des ambassadeurs. Du 1er au 10 août, des propositions furent émises par l’archevêque d’York pour le roi d’Angleterre et par les ambassadeurs français : elles ne purent amener aucun accord. Pierre Cauchon arriva le 11 août dans la ville d’Arras ; dès le 12, il reprit en main les ouvertures diplomatiques. Pierre Cauchon et ses collègues proposèrent, au nom du roi d’Angleterre, les articles qui suivent1582 :

Henri VI prendra pour épouse, à son choix, l’une des filles de l’adversaire de France ou Dauphin (Charles VII). Des trêves longues, après cette alliance, comme de 20 à 50 ans, seront signées entre les parties. Charles VII rendra toutes les villes qu’il occupe. Moyennant cet abandon, et pour indemniser Charles des droits qu’il peut avoir en qualité de prince Dauphin, le gouvernement anglais lui constituerait de 120 à 190 mille saluts d’or de rentes assises sur les pays de Langue d’oc. Comme ultimatum, les diplomates anglais offrirent de reconnaître au prince Charles ce qu’il occupait outre Loire, c’est-à-dire les pays de Langue d’oc, moins la Guyenne1583.

Les ambassadeurs français émirent également des propositions progressives :

Ils acceptèrent d’abord la condition du mariage et des trêves, en repoussant tout le reste. Ils offrirent, comme dernier terme et à titre de contre-proposition, de laisser à Henri VI la Guyenne 320et la Normandie, sauf le mont Saint-Michel et les états du duc d’Alençon. Le roi anglais devait tenir ces grands fiefs, ainsi que les avaient tenus les princes français Charles (depuis Charles V) et Jean le Bon ; c’est-à-dire à charge d’hommage et sous la souveraineté du roi de France.

Le congrès déclara inacceptables les offres des ambassadeurs anglais. Celles des représentants de Charles VII furent déclarées, au contraire, justes et raisonnables. Les Anglais néanmoins refusèrent de se prêter à de nouvelles concessions1584.

Cependant un épisode caractéristique se produisit durant le cours même des débats. Le 25 août 1435, le duc de Bourgogne, dans son logis d’Arras, avait reçu à sa table le duc de Bourbon, le comte de Vendôme et le connétable, ambassadeurs de France. Les négociations commençaient laborieusement à se nouer ; ce jour même, un message est apporté au duc de Bourgogne : La Hire et Xaintrailles venaient de passer la Somme, les armes à la main. Au mépris des trêves et du congrès, La Hire s’était emparé des faubourgs d’Amiens. Il ravageait les terres de Philippe le Bon et les terres du roi de France. Aussitôt, le duc et le connétable, de concert, envoyèrent, chacun de son côté, une division de troupes vers La Hire, avec ordre de le combattre. Divers chevaliers, préposés au commandement de ces forces, rejoignirent, en Picardie, le redoutable batailleur. À l’aide de leur autorité morale et de leurs troupes, ils le déterminèrent, non sans peine, à discontinuer son entreprise1585.

321Les Anglais rejetèrent donc toute nouvelle tentative de conciliation ; ils comprirent bientôt, en effet, que le résultat du congrès ne pouvait être pour eux qu’un échec. Le 1er septembre, les ambassadeurs d’Henri VI adressèrent aux cardinaux une sorte de protestation, pour dénier aux arbitres le droit de continuer seuls, et sans le concours des Anglais, leur rôle de médiateurs entre la France et la Bourgogne. Les cardinaux, au nom du congrès, répondirent qu’ils aviseraient. Puis, le 6 septembre, le cardinal d’Angleterre quitta la ville et s’en retourna, suivi de toute l’ambassade. Le congrès, sans hésiter et sur le défaut de l’Angleterre, reprit immédiatement le fil des négociations entre la France et la Bourgogne1586.

À partir de ce jour, la cause anglaise fut perdue1587.

L’Université de Paris était enfin lasse de la domination étrangère. Dès le mois d’avril, elle avait nommé des ambassadeurs. Ceux-ci n’arrivèrent à Arras que le 1er septembre. Thomas de Courcelles, l’un de ces envoyés, prit, le lendemain 2, la parole. Il manifesta les vœux non équivoques de la Ville et de l’Université, qui faisaient cause commune en faveur de la paix. Les envoyés d’Henri VI purent reporter ce témoignage au duc de Bedford, et le régent 322anglais en conçut un tel déplaisir que, déjà miné d’amer chagrin, il mourut au manoir de Chantereine, près Rouen, le 14 septembre 14351588.

Jean, duc de Bedford, périt ainsi, dans l’âge de la force et en pleine virilité. Ses talents et ses qualités méritent d’être loués par l’impartiale histoire. Pour lui, la couronne de France était plus encore que le légitime héritage d’Henri VI, son neveu : c’était un dépôt sacré que son frère, en mourant, avait légué à son honneur ; il ne se reconnaissait point le droit de la discuter, ni de l’aliéner. Un historien, compatriote de Bedford, l’a dit avant nous : Bedford, par ses mérites, était digne de servir une autre cause1589.

Le 21 septembre 1435, l’église de Saint-Vaast avait été tendue et ornée magnifiquement. Hugues, cardinal de Chypre, occupait, comme célébrant, la stalle ou chaire de l’abbé. Ce fut lui qui dit la messe solennelle. Le duc de Bourgogne et sa cour remplissaient une partie de la collégiale. L’ambassade française, celles des puissances et du concile y assistaient également. Une multitude de peuple se pressait dans la nef, trop étroite pour contenir cette affluence. Après l’office, maître Laurent Pinon, évêque d’Auxerre, de l’ordre des Jacobins et confesseur du duc, prononça un sermon. Il prit pour thème : Qu’il est bon et doux de fraterniser en union. Puis maître Pierre Brunet, chanoine d’Arras, succéda au prédicateur. Il lut en chaire, 323pendant la durée d’une heure et plus, le traité d’Arras, qui fut signé ce jour même entre les parties1590.

Le roi de France, par l’article premier de ce contrat, demandait pardon au duc du meurtre accompli en 1419, à Montereau, sur la personne de Jean sans Peur. Neuf autres articles stipulaient des dommages et réparations envers le duc, tels que l’érection à Montereau d’une croix et d’une chartreuse expiatoire1591.

Le roi reconnaissait au duc en apanage ou en pairie le Mâconnais, l’Auxerrois, Bar-sur-Seine, la garde de Luxeuil, Péronne, Montdidier et Roye ; l’Artois ; les villes de la Somme et le Ponthieu, rachetables par le roi au prix de 400 mille écus de 64 au marc, et le comté de Boulogne1592.

Le roi ne conservait à l’égard de ces terres que la suzeraineté : Philippe, de son vivant, était dispensé de l’hommage. Il reconnaissait le roi souverain ; mais le roi ne pouvait, à raison du passé, le rechercher, judiciairement, ni le poursuivre. Le roi s’engageait envers le duc par voie de compromission entre les mains des cardinaux. Il se soumettait, en cas de violation, à l’excommunication de l’Église. Il fournissait comme plèges et à titre de garantie temporelle, le duc d’Anjou, le comte du Maine, le duc de Bourbon, le connétable de Richemont, les comtes de Vendôme, de Foix, Armagnac, Pardiac, et autres que le dit duc voudra désigner1593.

324Immédiatement après la lecture de cet acte, le cardinal de Sainte-Croix exposa le saint Sacrement de l’autel. À côté, sur un coussin, il plaça une croix d’or. Puis le duc de Bourgogne, touchant de la main cette croix, jura de ne jamais rappeler la mort de son père. Il s’engagea de plus à garder inviolablement le traité. Philippe promit aussi d’entretenir bonne paix et union, dans l’avenir, avec le roi son souverain seigneur. Le duc de Bourbon et le connétable, au nom du roi, se présentèrent ensuite. Ils touchèrent le même symbole et demandèrent merci au duc, qui pardonna pour l’amour de Dieu. Aussitôt les deux cardinaux, imposant les mains à Philippe le Bon, le déclarèrent délié et absous du serment qu’il avait prêté aux Anglais. Le traité fut enfin juré par toute l’assistance, et proclamé au dehors en grande pompe et allégresse1594.

325Chapitre VI
Paris anglais : la France sous la domination d’Henri VI (1422 – 1436).

Après la mort d’Henri V et de Charles VI, la capitale, soumise aux Anglais, portait l’empreinte visible de la désolation et de la ruine. Les loups y entraient chaque nuit. Si l’on en croit l’allégation d’un témoin oculaire, il y avait à Paris vingt-quatre mille maisons vides. Le duc de Bedford se préoccupa de faire disparaître ces signes publics de deuil et de misère. Il s’ingénia de fournir aux Parisiens du pain et des spectacles : panem et circenses. Les spectacles surtout ne manquèrent pas1595.

Lorsqu’il vint au chef-lieu prendre possession du gouvernement, le régent passa par la rue des Lombards. Là joua un homme desguisé le plus habilement que on avoit oncques vu… Item devant le Châtelet, avoit un moult bel mystère du vieil testament et du nouvel, que les enfans de Paris firent, etc. En 1425, on peignit au charnier des Innocents la fameuse danse macabre. Ce sujet empruntait aux circonstances, plus encore qu’au funèbre théâtre, une amère opportunité. La Mort, de ses mâchoires décharnées, riait ; elle prenait en main tous les états à tour de rôle, et les faisait danser. Le dernier dimanche du mois d’août 1426, un esbattement public eut lieu en l’hôtel d’Armagnac, 326hôtel confisqué, ainsi qu’une multitude d’autres, sur les propriétaires. Quatre aveugles, armés de bâtons et un pourceau, furent enfermés dans une lice ou petit parc. Lequel pourcel, ils devoient voir s’ils le pouvoient tuer ; et quand le mieux cuidoient frapper sur le pourcel, ils se frappoient entre eux1596

Le mât de cocagne, autre ébattement, fut alors inventé, par les paroissiens de Saint-Leu-Saint-Gilles, pour célébrer la fête de leur patron. Ils plantèrent dans la rue aux Oies1597 une grande perche, bien graissée. Au sommet, fut placé un panier, qui contenait une oie et six blancs. Le tout, y compris la perche, devait être le prix du vainqueur. Mais aucun champion n’atteignit le but : celui qui monta le plus haut obtint l’oie seule, à titre d’accessit. Le 16 septembre 1426, le clergé fit une belle procession à Saint-Magloire. C’était à l’occasion de certains hérétiques, qui devaient être brûlés. L’année suivante, vint à Paris Margot, excellente joueuse de paume, âgée de 28 à 30 ans et native du Hainaut. Elle jouait devant main et derrière main, chez le paumier de la rue Grenier-Saint-Lazare, et gagnait tous les hommes, qui vinrent lutter avec elle, en présence d’un nombreux concours de spectateurs1598.

Le 17 août 1427, arrivèrent à Paris douze pèlerins : un duc, un comte et dix hommes à cheval ; ils se disaient 327chrétiens et originaires d’Égypte. Leurs compagnons, beaucoup plus nombreux, s’étaient arrêtés à Saint-Denis, par ordre de l’autorité ; mais tout Paris les alla voir. Les hommes étaient noirs, avec des cheveux crépus. Leurs femmes, les plus laides qu’on pût considérer et les plus noires, avaient les cheveux en queue de cheval. Elles portaient pour vêtement quelque vieille flassaie, nouée à l’épaule, d’une corde, par-dessus leurs chemises trouées. Bohémiens et bohémiennes regardaient dans la main des visiteurs. Aux maris, ils disaient : Ta femme t’a fait coux ; et aux femmes : Ton mari t’a fait coulpe. En même temps, ils soutiraient de la poche des gens les angelots ou les mailles. L’évêque de Paris intervint : un dominicain prêcha le peuple ; il excommunia ceux qui avaient cru et montré leurs mains. Les bohémiens, congédiés, prirent leur chemin par Pontoise et la Picardie1599.

Jean, duc de Bedford, avait le goût du luxe et des arts. Il habitait divers palais : entre autres celui des Tournelles ; Bedford en fit agrandir les jardins. Les Anglais, dit le Journal de Paris, ne plantèrent pas un arbre et ne firent point construire, pendant tout leur séjour en France, une cheminée. Mais Bedford, ajoute le chroniqueur, faisoit toujours maçonner ; et estoit sa nature toute contraire aux Anglois. Il enrichit de ses libéralités les églises de Rouen et de Saint-Denis. En 1422, il fit don à la cathédrale de Paris, lorsqu’il fut nommé régent, d’un petit tableau d’or émaillé. Ce bijou était orné de miniatures qui représentaient 328Henri V et Catherine de France. Divers manuscrits, offerts au régent par les auteurs ou confectionnés par ses ordres, nous ont conservé l’effigie de ce prince1600.

Le premier magistrat civil et politique de la capitale, après le gouvernement, était le prévôt de Paris. Simon Morhier remplit, depuis 1422, cette charge, délicate en tous les temps et particulièrement dans un pays conquis. Bourguignon fanatique, Morhier se fit Anglais : il déploya au service des vainqueurs une rare intelligence et des talents remarquables. La sûreté, l’ordre public de la capitale et tout le détail de la police, reposaient sur ce magistrat. Une ordonnance très importante, en date du 5 août 1424, posa les bases de la juridiction et de la procédure du Châtelet. Le règlement, qui intervint en conséquence, fut l’œuvre de Morhier, et lui-même, par un long exercice, fonda la jurisprudence de ce tribunal. Il rouvrit successivement les portes de Paris, murées depuis 1418. Le 11 juin 1426, jour de Saint-Barnabé, les Parisiens retournèrent 329en possession de la célèbre foire du Landit, si chère aux marchands, aux écoliers et à la jeunesse. Le collège de Sées, au quartier latin, fut construit en 14281601.

Les corporations d’arts et métiers, la police des femmes galantes et surtout la surveillance des malfaiteurs, absorbèrent une part considérable de son activité. En dépit de tous ses soins, une effroyable misère exerçait au sein de la capitale et dans les environs ses ravages. La spéculation de capitalistes hardis s’était portée sur les maisons vides. À son tour, le commerce des vieux habits prit une extension inusitée : il fallut réglementer cette industrie. Les fripiers et fripières, pour exercer leur commerce, affectionnaient particulièrement les vastes terrains, encore peu habités, de Saint-Martin-des-Champs, où Nicolas Flamel avait naguère élevé ses bâtisses. Depuis, ils se fixèrent dans le voisinage, au Temple, et c’est là qu’on tes voit encore1602.

En 1430, de pauvres ménagers, ayant femme et enfants, sortirent de Paris, quérant fortune et se firent bandits. Une battue fut opérée dans la banlieue sous les ordres du prévôt, par les archers de la soixantaine, qui, du premier coup, arrêtèrent quatre-vingt-dix-huit individus. Onze d’entre eux furent conduits au carreau des halles ; dix de ces malheureux eurent la tête coupée. Le onzième était 330un très beau jeune fils, d’environ vingt-quatre ans. Déjà le patient avait les yeux bandés, lorsqu’une jeune fille s’approche de l’échafaud et réclame hardiment le condamné, sous promesse de mariage. Aux termes du droit ou de la coutume, il fut sursis à l’exécution et les jeunes gens s’épousèrent peu de temps après1603.

Rouen, dès l’époque du sacre, et même dès l’époque de l’invasion, fut pour les Anglais, en France, une véritable capitale. La conduite politique de Bedford, parmi les Normands, fut habile et mesurée. Il s’efforça de se concilier les diverses classes du pays, par son administration attentive, équitable et régulière. L’ordonnance rendue par Henri V, le 4 décembre 1420, réforma l’administration financière. Cet édit ouvrit avantageusement une nouvelle ère dans cette branche importante des services publics. Les progrès qu’il accomplit devancèrent les améliorations que Charles VII réalisa ultérieurement, sur une plus grande échelle1604.

Peu à peu les rois de France avaient élevé les bourgeois de la capitale au rang de la noblesse. Ils avaient accordé à l’Université parisienne de précieuses immunités. Le gouvernement 331anglais confirma ces privilèges ; il les étendit en partie à d’autres villes, telles qu’Amiens, Abbeville, Bordeaux, Caen, Saint-Omer. Les chartreux de Paris, les religieuses de Longchamp, la Sainte-Chapelle de Vincennes, eurent part à la même sollicitude. Par lettres données à Rouen en janvier 1432, une nouvelle université fut érigée à Caen. Cette utile création ne demeura point étrangère à celle de l’université de Poitiers, que Charles VII, à l’envi de Bedford, institua le 16 mars 14321605.

Henri VI, roi de France et d’Angleterre, âgé d’environ dix ans, entra dans Paris, pour son joyeux avènement, le 2 décembre, et fut couronné le 16 à Notre-Dame. Après avoir tenu cour plénière et reçu les serments de toutes les autorités, le roi s’éloigna de Paris le 26 décembre 1431. Jamais, depuis lors, il ne revit cette capitale1606.

Vers le mois de mars 1431, la Pucelle respirait encore : la terreur et l’appréhension régnaient à Paris1607.

Le gouvernement anglais n’avait pour appui qu’un 332faisceau d’intérêts égoïstes, de forces factices et de sympathies subornées. Quelque cause fortuite ne pouvait manquer de rompre cette alliance : car il n’y a d’amitié durable qu’entre les bons. L’Université donna le signal : deux griefs lui furent particulièrement sensibles. Jalouse de son monopole, elle reprochait, en premier lieu, aux Anglais l’érection de l’université de Caen. Dans le même temps, parut l’ordonnance du 31 janvier 1432, relative aux maisons inhabitées. Cet édit, bien que d’utilité publique, à ce qu’il semble, favorisait des spéculations privilégiées. De plus, il froissait dans leurs intérêts personnels beaucoup de clercs, de bourgeois et de suppôts universitaires. Le mécontentement s’aigrit, et, du domaine particulier de l’économie, passa dans le champ de la politique. Guillaume Érard, l’orateur applaudi de l’Université, plaida au parlement pour les clients de sa corporation. Il attaqua d’une manière acerbe et publique les deux ordonnances incriminées, œuvre du gouvernement anglais. Le corps de ville s’unit aux mécontents. Il confondit avec ces plaintes ses propres représentations au Conseil d’Henri VI1608.

De compte fait, dix conspirations furent tramées de 1422 333à 1434, contre la domination anglaise, à Paris ou en Normandie. Sept de ces tentatives ont été mentionnées ci-dessus dans leur ordre chronologique. La huitième fut découverte vers le 1er septembre 1432. On en sait très peu de chose, si ce n’est que l’abbaye royale de Saint-Antoine-des-Champs, poste situé entre Vincennes et la Bastille, y jouait un rôle. Ce monastère avait alors à sa tête une grande dame, fort vénérée de son ordre et picarde de naissance, nommée Émerence de Calonne. L’abbesse et ses religieuses comparurent en justice. Puis, selon toute apparence, elles furent rendues à leur couvent et à leurs immunités religieuses1609.

Vers le mois de février 1433, un neuvième complot se révélait à Rouen. Celui-ci comptait dans son sein, ou du moins parmi les prévenus, Jean de Saint-Avit, évêque d’Avranches, l’un des prélats considérables du royaume par son âge et ses lumières, coupable surtout d’avoir voté en faveur de la Pucelle. Il fut détenu, comme l’avait été l’héroïne, au château de Rouen, avec divers gradués de l’Université de Paris, impliqués dans la même accusation. L’Université s’unit au Parlement dont les gages n’étaient plus régulièrement payés, par suite de la pénurie des finances. Elle revendiqua, non sans succès, en faveur des prévenus, leurs prérogatives cléricales.

La dixième conspiration se forma du 23 au 30 septembre 1433. Plusieurs 334bourgeois aisés de la capitale avaient conçu le dessein de livrer Paris au roi Charles. L’histoire nous a transmis les noms mutilés de Jean Chaudinne, de Jean Trotte et de Guillaume Da…, comme étant ceux des principaux conjurés. La ville devait être surprise par le moyen d’Écossais ou faux Anglais, qui se seraient emparés des portes Saint-Denis et Saint-Antoine. Ces trois bourgeois furent condamnés à mort le 9 novembre, ainsi que plusieurs de leurs adhérents1610.

La lutte, bien loin de cesser, allait s’engager de nouveau sous une forme multiple.

Vers les premiers mois de 1434, Richard Venables conduisit en Basse-Normandie trois ou quatre cents hommes armés et à cheval. Ce Richard, écuyer d’Angleterre, était venu en 1428 à la suite de Salisbury. Il avait d’abord servi à Lagny et sous Paris, avec trois hommes d’armes et douze archers : puis il se rendit en Normandie, leva bannière et trancha du souverain. Venables avait un lieutenant nommé Waterhoo. Il recruta des troupes et signa des sauf-conduits où il s’intitulait roi de France et d’Angleterre. Ce roi et ses bandits faisaient la chasse aux paysans. Arrivés à Saint-Pierre-sur-Dives, douze ou quatorze soldats de Venables arrêtèrent quelques laboureurs normands et les mirent en pièces. Les villageois amorcés par ces assassinats, sonnèrent les cloches et s’ameutèrent en grand nombre, mais presque sans armes. Leur dessein était de cerner les envahisseurs et de les livrer aux autorités pour en faire 335justice. Mais Venables les laissa se former, à son gré, dans une plaine : puis, il fondit sur eux et les massacra. Douze cents hommes périrent ainsi à Vicques, près Falaise. Bedford, instruit de ces actes, fit arrêter Waterhoo. Tous deux furent décapités à Rouen, puis écartelés le 22 juin1611.

En Normandie, la classe agricole et ouvrière se composait de populations dociles et inoffensives. Stimulées par ces violences répétées, elles commencèrent peu à peu à s’aguerrir. Des seigneurs français du pays se mirent à leur tête : ils communiquèrent à ces forces inertes une impulsion politique et une conduite raisonnée. Au nombre de ces chefs, on cité Thomas du Bois, Pierre Le Flamenc et le sire de Merville. Jean Chartier désigne au-dessus d’eux un appelé Cantepie, principal entrepreneur, et par lequel se gouvernoient iceux chevaliers normands et autres. Ce Cantepie était, suivant Perceval, un écuyer du pays d’Auge1612.

La résistance ainsi organisée prit un caractère plus sérieux. En premier lieu, la propagande s’exerça vers la frontière méridionale de la province. Là, elle communiquait avec les parties du Maine et du Perche, demeurées françaises, ou occupées par les capitaines de Charles VII. 336Vers la fin de décembre 1434, un grand rassemblement se forma aux environs de Bayeux et se dirigea vers Caen. Déjà, Ambroise de Loré, maréchal d’Alençon, était venu exécuter une course au sein de cette riche et populeuse cité. Quelques troupes réglées participaient à l’entreprise de 1434. Mais la grande majorité, composée de paysans, ne pouvait compter que par leur nombre. Tout à fait inexpérimentés jusque-là dans l’art de la guerre, la plupart étaient encore sans armes ou très mal armés1613.

Il s’agissait de prendre d’assaut la seconde place de la Normandie.

À cette époque, le principal capitaine des Anglais se nommait John Fitz-Alan Maltravers, comte d’Arundel1614. Né d’un père fameux pour ses viols de monastères et d’églises, il continuait la tradition terrible et légendaire qui, depuis le Prince-Noir, s’attachait, dans le pays, au souvenir des Anglais. Lui-même joignait à quelques talents militaires un orgueil féroce, dont l’âge n’avait point amorti la violence. John Fitz-Alan fut chargé de maîtriser l’insurrection1615.

337Les assaillants arrivèrent, par diverses bandes, devant la ville ; mais là une embuscade les attendait, vers le faubourg Vaucelles. Cantepie et quelques gentilshommes conduisaient le mouvement. Lorsque les insurgés se furent engagés dans ce village, les Anglais se précipitèrent sur eux et les taillèrent en pièces ; Cantepie succomba les armes à la main. L’hiver sévissait avec une rigueur inaccoutumée : deux pieds de neige couvraient au loin les plaines, et cette multitude était sans vivres, sans munitions, sans abri. Après avoir stationné quelques jours, une partie se dispersa dans les bois. Ces hommes n’osant point retourner à leurs habitations, les seigneurs anglais eurent pitié d’eux et leur firent accorder des lettres d’abolition ; ainsi, ces malheureux, vaincus et pardonnés, reprirent la culture de la terre1616.

Cependant l’insurrection se reforma. Des émissaires furent dépêchés au duc d’Alençon, qui prit aussitôt les armes. Ce prince envoya d’abord son maréchal, avec cent lances et deux cents archers. Ambroise de Loré rallia les débris des bandes qui avaient échoué devant Caen et s’établit à l’abbaye d’Aunay, près de Bayeux. Le duc d’Alençon vint se poster au monastère de Savigny, sur la frontière du Maine ; il eut à Saint-Hilaire une entrevue avec le capitaine des insurgés. L’entreprise s’appuyait à l’ouest sur le mont Saint-Michel. De ce point, l’expédition se porta vers 338Avranches, dont l’évêque favorisait la cause française. Le duc et le maréchal firent le siège de cette ville. Mais ils rencontrèrent les mêmes difficultés1617.

Une autre tentative eut lieu dans le val de Vire et vers le même temps. Ici, le chef, nommé Boquier ou Boscher, comptait quatre ou cinq mille hommes à sa suite. Cet effort n’eut pas plus de succès que les précédents. Il fut étouffé par le sire de Scales1618.

À peine le comte d’Arundel en avait-il fini avec les communes du midi, qu’aussitôt il fut instruit que l’agitation se manifestait dans le nord de la province. Arundel résidait à Mantes, lorsqu’il reçut cet avis. En même temps, Bedford lui manda de se rendre hâtivement à Gournay, puis vers l’embouchure 339de la Somme. Le comte anglais jura de ne plus se couvrir la tête jusqu’à ce qu’il eût mis ces rebelles en servitude. Sans heaume ni chaperon, Arundel partit dans la direction indiquée ; mais, arrivé à Gournay, il apprit que les Français s’étaient emparés de Gerberoy et restauraient cette forteresse délabrée. Le comte alors, changeant son itinéraire, marcha sur Gerberoy. Arundel y fut pris, et mourut vers les premiers jours de mai 14351619.

Dans le même temps, Jean de Brézé, lieutenant du maréchal de Rieux, conduisit une entreprise vers le confluent de la Somme à la mer. Il était accompagné de trois cents combattants. Parmi eux se trouvait Charles Desmarets, natif de Dieppe, qui avait été, sous Charles VI, capitaine de cette ville. Le 1er mai 1435, cette troupe, guidée par Desmarets, s’empara de Rue, près de Saint-Valery, et du Crotoy, sur la mer ; ils étendirent ensuite leur domination sur les villes voisines. Étaples et son port furent incendiés ; Bois, Saumer et d’autres localités subirent un traitement analogue. Des courses fréquentes, pratiquées jusqu’à Boulogne, Montreuil, Calais, Guînes, répandirent l’appréhension dans ces parages1620.

Du 18 au 24 août, l’alarme fut à Rouen : le bailli manda de diverses parts des renforts et se mit en campagne. On disait que La Hire marchait sur Rouen, avec l’intention de rejoindre les Français au pays de Caux. Une rencontre en effet eut lieu, entre Gerberoy et la capitale de la Normandie : La Hire était suivi de trois cents combattants, et sir Thomas Kyriell commandait un millier de lances. Ce dernier ayant surpris les Français dans un grand village nommé Roys (ou Boys), remporta sur, eux l’avantage. La Hire, blessé, fut démonté ; mais plus heureux que beaucoup de ses compagnons, il conserva toutefois sa vie et sa liberté1621.

Vers le mois d’octobre, Rue fut rendue au duc de Bourgogne, nouvel allié du roi de France. Mais en même temps, le 28 de ce mois, Charles Desmarets s’empara de Dieppe, 340sa ville natale. Il y fut acclamé une seconde fois capitaine. Cette place maritime, alors habitée par une population entreprenante, hardie, habituée à la lutte contre les Anglais leurs voisins, et à l’indépendance, donna glorieusement l’exemple. Les couleurs nationales, la bannière du roi Charles flottaient donc sur un port normand. Dieppe vit bientôt affluer dans ses murs de nombreux hommes de guerre. Les uns étaient des seigneurs du pays, exilés de leurs terres par la conquête ; les autres, de toute nation, servaient sous le drapeau du roi de France1622.

Deux éléments distincts s’associèrent pour cette nouvelle levée de boucliers. Le premier représentait les classes populaires ; le second était formé de la noblesse. Indépendamment de Charles Desmarets, l’insurrection normande eut alors pour chef un homme du peuple nommé Le Charuyer. Celui-ci, comme l’indique son nom, quitta le char rustique ou la charrue pour la guerre de l’indépendance. Il vint rallier les seigneurs à Dieppe, suivi de quatre mille paysans. Vingt mille hommes, suivant Jean Chartier, le reconnaissaient pour leur capitaine1623.

Les nobles, au nombre de trois à quatre mille combattants, avaient à leur tête le maréchal de Rieux et Gilles de 341Saint-Simon, lieutenant du connétable. Mais parmi ces chevaliers, écuyers et aventuriers, se trouvait tout ce que l’armée de Charles VII renfermait de plus violent et de plus indiscipliné. Tels étaient La Hire, Xaintrailles, Antoine de Chabannes, Bruzac, Blanchefort et autres capitaines d’Écorcheurs. Les paysans se méfiaient, non sans cause, de ces nobles1624.

Le Charuyer détermina cette alliance : nobles et vilains concertèrent, en premier lieu, leurs efforts. Parmi les gentilshommes, l’un des plus dévoués était le sire de Montivilliers ; il fut surnommé le père des Cauchois. Fécamp, le 24 décembre 1435, tomba au pouvoir des coalisés. Barfleur, Montivilliers, Tancarville, etc., furent également soumis au roi de France. Six semaines suffirent à l’insurrection, dans ce premier élan, pour conquérir à la cause nationale toutes les forteresses du littoral. Au mois de février 1436, le pays de Caux presque entier était redevenu français1625.

Une seule place empêchait les vainqueurs d’étendre leur domination sur toute la contrée qui sépare Rouen de la mer, c’était Caudebec ; vers la date indiquée, nos insurgés s’en approchèrent. Les Cauchois, voulant attaquer la place, s’adressèrent aux Français, postés à Tancarville ; les Français répondirent : Ceste semaine, nous avons prins sur nos ennemis plusieurs villes, et aujourd’huy, il est dimanche, il nous faut louer Dieu. Sur quoi, les communes dirent aux gens d’armes : Vous êtes des traistres, nous voulons y aller. Et sans nulle délibération, chargèrent leurs lards et vivres en charrettes, et marchèrent jusqu’auprès de Caudebec1626.

Un pont, gardé par les archers anglais, défendait l’entrée de cette ville. Se fiant à leur nombre, les Cauchois s’avancèrent, comme un troupeau, serrés, mais sans armes suffisantes et sans ordre. Talbot et Fauconberg commandaient les Anglais. Un capitaine, expédié de Rouen au secours de la garnison de Caudebec, envoya reconnaître la troupe des assiégeants : son messager lui rapporta que ce n’étaient que les communautés ; sur une telle assurance, le chevalier, suivi de ses hommes d’armes, partit au galop. Il vint prendre par derrière les Cauchois : les archers de Caudebec traversèrent le pont, en refoulant les assaillants, qu’ils perçaient de leurs flèches. Culbutés dans la plaine, cernés, les paysans furent massacrés ou dispersés. Les Anglais en saisirent plusieurs et les conduisirent à la ville : là, ils les égorgèrent en diverses places, ou les noyèrent dans la Seine1627.

Cependant, à la nouvelle de la prise de Dieppe, le conseil de régence en Normandie avait conçu les plus graves appréhensions. Une ambassade, tirée des trois États de la province, fut dirigée vers Londres ; Henri VI, assisté de ses conseillers, lui donna audience à Westminster, le 3 décembre 1436. Dans les premiers jours de février 1436, Thomas de Beaumont arrivait en Normandie, suivi d’une nouvelle armée. Mais déjà les choses avaient changé de face. Le désastre de Caudebec fut, pour l’insurrection, une cause de schisme : les nobles et les paysans se désunirent. Enfermés dans les forteresses, sans plan général, sans autorité, sans discipline, les premiers ne se secouraient même pas entre eux : ils pillaient les paysans et les renvoyaient à la charrue1628.

Vers le mois de mars 1436, Lillebonne retomba au pouvoir des Anglais ; Flocquet, célèbre capitaine du pays, occupait Tancarville ; manquant de vivres, il abandonna son poste et se retira. Talbot vint assiéger Harfleur ; Raoul de Gaucourt, lieutenant du roi à Beauvais, marcha, suivi de cinq à six mille hommes, au secours des assiégés. Mais, en 344chevauchant par le pays de Caux, il fut fait prisonnier. L’expédition, arrivée devant Harfleur, capitula, moyennant finance : Harfleur redevint anglais.

La France perdit en peu de temps tout ce qu’elle avait conquis dans le pays de Caux ; Dieppe seule demeura sous l’autorité de Charles VII. Les soldats ou brigands anglais accoururent des diverses parties moins fertiles de la Normandie : ils dévastèrent, pour leur part, le pays de Caux. Cette contrée, naguère le théâtre de si heureux succès, devint une terre de malédiction. Les Cauchois, ainsi traités, pour prix de leurs services et de leur dévouement, s’expatrièrent par toutes les issues. À Rouen et dans les autres villes, on vit arriver des troupes faméliques de mendiants : c’étaient des familles de Cauchois. Beaucoup s’embarquèrent pour aller chercher en Bretagne, en Angleterre, même au prix de la servitude, du loyer de leurs bras, le pain qui leur manquait. La fatalité les poursuivit sur terre et sur mer : à bord des navires qu’ils montaient, la faim, l’épidémie, l’incendie les détruisirent par milliers1629.

Après avoir épuisé cette contrée, les gens d’armes français l’abandonnèrent. Ils vinrent alors trouver Charles VII, pour lui requérir aide, en disant qu’ils avoient dépensé le leur à le bien servir et que plus ne povoient vivre audit pays. De la Seine à la Somme, et de l’Oise à l’Océan, la Normandie était un désert. Pendant dix ans, la terre y redevint sauvage. Plus de chemins. Les champs couverts d’oseraies, d’arbustes divers, de buissons et d’épines, prirent la physionomie d’une vaste forêt.

345Perceval de Cagny et Thomas Basin, chroniqueurs du pays, imputent à Charles VII la responsabilité de ces désastres. Cinq cents lances, dit l’évêque de Lisieux, conduites par des capitaines honnêtes et disciplinés, auraient suffi pour rendre la Normandie à la France1630.

346Chapitre VII
Paris anglais, suite et fin : réduction de la capitale sous l’autorité de Charles VII (1435 – avril 1436).

Dans la nuit du 30 mai au 1er juin 1435, les Français s’étaient rendus maîtres de Saint-Denis1631.

La lutte s’engagea, pied à pied, sous les murs de Paris. Saint-Denis, le 24 septembre, fut rendu par capitulation aux Anglais. Mais le même jour, les Français s’emparèrent du pont de Meulan. Le traité d’Arras, partout acclamé, signifié aux puissances, porta moralement un coup irrémédiable à la domination des Lancastre. Ce traité, comme on l’a dit, entraîna la mort accidentelle de Bedford. Un autre fait analogue mérite d’être noté1632.

347Isabeau de Bavière expiait, dans une longue et triste vieillesse, ses pompes, son orgueil, ses fautes du passé. Les Anglais l’avaient rationnée : ils l’humiliaient ; le peuple la maudissait. Elle habitait un coin du vaste hôtel de Saint-Paul, qui était pour elle une prison plutôt qu’un palais. En passant devant cette demeure, qui avait été celle de Charles VI, chacun disait, sans daigner même nommer la veuve du roi : Voilà la cause de tous les maux qui sont en France. La vieille Isabeau prit, à ce qu’il semble, en pénitence, cet opprobre et ce châtiment. Lorsque Henri VI fit son entrée à Paris, Isabeau, avec quelques femmes, se tenait à une fenêtre de Saint-Paul ; le jeune roi, en apercevant son aïeule, souleva son chapeau et la salua ; Isabeau, émue, s’écarta aussitôt et pleura. La mère de Charles VII déshérité, vécut assez pour connaître l’issue du congrès d’Arras. À cette nouvelle, Isabeau versa de nouvelles larmes. Mais ce furent, dit-on, des larmes de joie, et la reine mourut de l’impression qu’elle en ressentit1633.

Les hostilités étaient quotidiennes. En janvier 1436, pendant que la frontière maritime de Normandie redevenait française, Pontoise ouvrit ses portes aux soldats du roi Charles. Le 11, Charenton fut pris. Charles VII, par lettres données à Chinon le 29, institua son beau-frère, Charles d’Anjou, capitaine et gouverneur de Paris. Le 11 février, 348un soulèvement éclatait dans la capitale. Guillaume de La Haye, chevalier français, avait été emprisonné à la requête d’un Anglais : nous ignorons par quel motif ; mais le peuple prit parti en faveur du prisonnier. Le gouvernement fut informé qu’un mouvement populaire avait pour but d’enlever le captif. Il prévint ou arrêta ce mouvement, en faisant transporter le détenu dans une autre prison. Le conseil du parlement, chargé de la régence de la ville, siégeait en permanence, livré à de perpétuelles alarmes. À Londres, le conseil étroit d’Henri VI délibéra sur la situation, chaque jour aggravée, des affaires françaises. La levée d’une nouvelle armée fut décidée pour le mois d’avril. À cet effet, comme les ressources publiques étaient épuisées, les conseillers du jeune prince ouvrirent un emprunt en son nom1634.

Le 19 février 1436, un soldat écossais, qui se faisait passer pour anglais, montait sa faction, la nuit, sur le donjon de Vincennes. Il y avait dans le fort un prisonnier français ; par l’initiative de ce captif, le soldat avait été mis en rapport avec, l’abbesse de Saint-Antoine des Champs. Madame de Calonne en écrivit à Denis de Chailly, bailli de Meaux, chevalier du roi Charles. Le duc de Bourbon, informé, dépêcha quelques gens d’armes. Guillaume de la Barre, qui était avec Denis de Chailly, parut devant le donjon, suivi de ses soldats. Le 19, au signal donné, l’Écossais fit passer aux assiégeants des cordes et des échelles. Ces derniers 349étaient au nombre de onze, y compris la Barre : ils escaladèrent le donjon. Aidés par l’Écossais, les assaillants tuèrent ou chassèrent les Anglais ; ils se rendirent ainsi maîtres de cette place forte. Beauté-sur-Marne, Brie-Comte-Robert, Corbeil et autres localités, furent également prises par les Français1635.

Charles VII, en ce temps, résidait à Poitiers. La soumission de Paris formait le sujet continuel des délibérations de son conseil. Le 28 février 1436, le roi signa des lettres d’abolition pour la capitale1636.

Philippe le Bon, sous la même date, fit sceller de son sceau un acte semblable. Le duc de Bourgogne se portait, auprès des Parisiens, garant du roi de France et lui servait de précurseur. Ces lettres ne furent criées et publiées qu’après le succès de la campagne : mais, dès lors, elles circulèrent et produisirent leur effet moral. Les dernières mesures pour consommer l’entreprise furent arrêtées avec le connétable. Arthur de Richemont reçut le 8 mars, à Poitiers, ses provisions royales qui le nommaient lieutenant-général du roi dans les pays de France, Champagne, Brie, Beauvoisis, Normandie, Picardie et autres, sur et outre les rivières d’Yonne et Seine. Cette patente conférait au connétable 350les pouvoirs les plus étendus, non seulement dans l’ordre militaire, mais sous les rapports financier, civil et politique1637.

La capitale était donc cernée par une zone d’investissement, qui se resserrait de plus en plus. Sur la haute Seine, Melun, Corbeil, appartenaient à Charles VII, avec Charenton et Vincennes. En aval de Paris, le roi occupait le pont de Meulan et Poissy, sur le cours inférieur du fleuve ; il tenait la Marne par Lagny ; l’Oise, par Pontoise. Les routes de terre ne se pratiquaient plus. Ces divers affluents mettaient entre les mains des Français l’approvisionnement de la capitale. De telles mesures furent concertées, exécutées heureusement, avec ensemble et à point. Elles indiquent, de la part du gouvernement de Charles VII, une suite de vues, une fermeté de conduite, une discipline d’action générale, qui ne se manifestent pas, à ce degré, dans ses actes antérieurs. Avec des ressources très limitées, ces grands résultats ne s’obtinrent point sans des efforts considérables. L’abandon, le sacrifice (peut-être raisonné) de la Normandie, mérite assurément un jugement sévère : mais tout appréciateur équitable devra faire acception, pour décider son jugement, des considérations que nous venons de rappeler.

De l’entrée du carême à Pâques, le blé avait quadruplé de prix. Au sein du gouvernement d’Henri VI, le désarroi 351moral était extrême. Tout ce que l’Église et les hautes régions sociales comptaient d’âmes élevées, de caractères indépendants, avait prévu, dès le premier jour, la chute de la tyrannie, et y tendait. En avril 1436, parmi les fonctionnaires les plus sages, la majorité songeait à une transition, devenue imminente et inévitable. Les Français, ennemis des Armagnacs, s’étaient toujours déclarés bourguignons, mais nul, en aucun temps, n’eût osé se proclamer anglais. Or le duc de Bourgogne venait de se rallier au roi de France : ses lettres du 27 février 1436 dessinaient la nouvelle situation ; le maréchal de l’Isle-Adam, précédemment capitaine de Pontoise, jouissait, auprès des Parisiens, d’une grande popularité. Ainsi que son maître (Philippe le Bon), il quitta les Anglais et se déclara pour la cause du prince de Valois : l’Isle-Adam fut l’intermédiaire naturel entre Paris et les lieutenants du roi Charles1638.

Le gouvernement anglais s’appuyait, à Paris, sur quatre évêques : celui de Lisieux (Pierre Cauchon) ; celui de Thérouanne (Louis de Luxembourg), celui de Paris (Jacques du Chastelier) et celui de Meaux (Jean de Briou)1639. Robert, lord Willoughby, commandait les troupes nouvellement 352arrivées d’Angleterre. Il avait sous ses ordres le fameux Simon Morhier. Ce groupe de chefs politiques suppléait au petit nombre et au vide moral qui s’étendait autour de lui par l’audace et l’intimidation. Le 15 mars 1436, les fonctionnaires et les notables de Paris durent prêter un nouveau serment. Tous jurèrent sur peine de damnation de leur âme, sans épargner prêtre ni religieux, qu’ils seroient bons et loyaux au roi Henri d’Angleterre ; et qui ne le vouloit faire, il perdoit ses biens et étoit banni ; où il avoit pis ; et n’estoit nul homme qui parler en osât, ni faire semblant. Dans le même temps, des commissaires explorant la ville, s’enquéraient de ce qu’elle renfermait de vivres et d’approvisionnement1640.

Le lendemain, 16 mars, parut un nouvel édit :

Tout habitant de Paris, s’il ne voulait prêter le serment exigé la veille des fonctionnaires, était tenu de venir le dire à Justice. Moyennant cette déclaration, il pouvait obtenir, par miséricorde, le droit de s’exiler avec sa famille. Défense de proférer aucune parole malsonnant contre et au préjudice de nous (Henri VI) ou de notre seigneurie. Défense de porter autre signe que le nôtre, c’est-à-dire la croix rouge. En cas où la ville serait envahie d’assaut, il est enjoint que nul des habitants ne s’émeuve. Il est interdit de se porter au lieu des hostilités, à moins d’un service militaire commandé ; mais que chacun vaque à ses métier ou occupations accoutumées.

Ainsi signé : Par le roy, à la relation du grand conseil, où vous (Louis de Luxembourg) les évesques de Lisieux et de Paris, le sire de Willughby, Me Jean le clerc, les seigneurs de Courcelles, de Clamecy, le prévost de Paris, celui des marchands… et autres, estiez.

Lu et publié en la cour du parlement le 171641.

353Vers les premiers jours d’avril, le connétable Arthur de Richemont vint se poster à Pontoise, où il fit sa jonction avec le maréchal de l’Isle-Adam. Les sires de Varambon, de Ternant, et autres lieutenants du duc de Bourgogne, accompagnaient le maréchal. Ces chevaliers, moyennant argent comptant, se mirent immédiatement en campagne. Le bâtard d’Orléans, Jean Foucault, Denis de Chailly, marquaient parmi les auxiliaires de la cause française. Le 10 avril 1436, Richemont se dirigea vers la capitale : Lord Beaumont marcha, suivi d’environ cinq cents lances, à sa rencontre. Les deux partis en vinrent aux prises entre Épinay et Saint-Denis. Thomas de Beaumont, battu et fait prisonnier, y perdit presque tous ses hommes. Les Anglais avaient récemment abattu les portes et les murailles de cette ville. Richemont s’y établit militairement. Les débris de la petite armée de lord Beaumont se réfugièrent dans la tour du Velin ou du Venin, attenante à l’abbaye1642.

Le moment décisif approchait. Les esprits étaient agités par ce fluide électrique, par cette fermentation, qui se produisent à la veille des coups d’État.

Une grande faute avait été commise par la démocratie parisienne. Dans son antagonisme contre les Armagnacs, elle s’était laissé entraîner jusqu’à sacrifier l’indépendance du pays. Frappés de stérilité, pour avoir méconnu ce principe, ses efforts aboutirent à seize années d’oppression. À la suite de cette dure expérience, une puissante réaction s’était 354à la longue et universellement opérée dans les esprits.

Le principal acteur de la péripétie de 1436 fut Michel de Lallier. Quelques notions morcelées ne nous permettent pas de glorifier complètement ce personnage ; elles ne suffisent même point pour nous rendre un compte parfaitement clair et précis de ses évolutions politiques.

Michel ou Michaud Laillier ou de Lallier appartenait à une famille parisienne. Il fut de ces bourgeois qui, par leur intelligence, leur richesse, leur sens pratique et éclairé des affaires, occupèrent une si grande place au quinzième siècle. Dès 1404, il était familier du roi Charles VI et prenait part à ses munificences habituelles. Nous le trouvons alors qualifié marchand et valet de chambre du roi ; c’est-à-dire fournisseur de la cour et banquier. De là, il était passé à un emploi officiel des finances : celui de trésorier, puis maître des comptes (1409-1410) ; fonctions considérables et dont les équivalents exacts ne subsistent plus dans notre hiérarchie actuelle1643.

En 1412, on le classait dans le parti de la cour. Michel fut alors accusé d’avoir prêté son aide à l’altération des monnaies. Trésorier de France, et sans négliger le soin de sa fortune personnelle1644, il eut pour collègue Bureau de Dammartin, 355dont la femme était parmi les intimes de la reine. Laillier découvrit et dénonça en 1416 la conspiration du boiteux d’Orgemont, qui devait attenter à l’autorité, si ce n’est à la vie de cette princesse. Michel fut lui-même un des familiers et confidents de la reine Isabeau de Bavière. Ambassadeur au congrès de la Tombe, il signa le traité de Troyes en 1420, avec un autre bourgeois de Paris, son compère et ami, Guillaume Sanguin. Tous deux souscrivirent cet acte comme membres du grand conseil1645.

Cependant, après l’enlèvement du dauphin, Michel de Laillier figurait encore, comme maître des comptes, parmi les officiers du prince Charles. En 1418, il fut d’abord destitué par les Bourguignons et sut, il est vrai, se faire réintégrer cette même année. Après la mort de Charles VI, Laillier, l’un de ses exécuteurs testamentaires, prit part à la conspiration de 1422. Ayant échoué, Michel courut se réfugier près de Philippe le Bon, qui n’avait point voulu quitter sa résidence de Flandres. Ce complot suivit de très près la séance du 27 octobre, où l’ordre de succession de la couronne fut mis en délibération. Les documents ne nous ont laissé, sur ces faits, que des énigmes laconiques. Si nous en pénétrons le sens, Laillier et ses adhérents visaient à quelque combinaison dynastique, moins défavorable au dauphin qu’une exclusion pure et simple1646.

356Quoi qu’il en soit, Michel de Laillier rentra en grâce une seconde fois. De 1422 à 1436, il servit le gouvernement anglais, comme maître des comptes, et prêta le serment du 15 mars. Nous ne savons rien des circonstances ni des motifs personnels, qui purent, dans cette dernière période, influer sur sa ligne de conduite. Seulement, à cette époque ou vers cette époque, Michel de Laillier maria sa fille à Pierre Lorfèvre, seigneur de Montreuil-sous-le-bois-de-Vincennes, etc. Il s’allia de la sorte à la famille Cousinot, connue par ses grands services, et par la fidélité de son dévouement à la cause nationale1647.

Le 13 avril 1436, de concert avec Michel de Laillier, le connétable, de très grand matin, s’approcha de la capitale. Tout était prêt. Des communications, de plus en plus fréquentes et sécrètes, régnaient, depuis quelque temps, entre la ville et les lieutenants du roi Charles. Richemont avait laissé des forces à Saint-Denis. Il eut soin d’y laisser surtout les routiers ou écorcheurs, dont il appréhendait les excès. Le connétable avait envoyé d’avance son infanterie. Il était accompagné du maréchal de l’Isle-Adam, du bâtard d’Orléans et autres chefs de guerre. Richemont se présenta d’abord à la porte Saint-Michel, proche les Chartreux1648.

Quelques-uns des cavaliers qui suivaient se dirigèrent vers le couvent. De ce point élevé, ils voulaient explorer la ville du regard. Un homme se montra sur la porte du monastère, faisant signe du chaperon, et, comme les cavaliers approchaient, il dit : Tirez (marchez) à l’autre porte ; celle-ci n’ouvre pas ; on besogne pour vous aux Halles. Le connétable, ainsi prévenu, se rendit à la porte Saint-Jacques, peu éloignée. Dès le matin, Laillier était sur pied, assisté de Jean de Laillier, son fils, de Jean de la Fontaine et autres bourgeois influents. Des émissaires, répandus aux Halles et sur divers points, rassemblèrent le peuple. Des groupes se formèrent, écoutant ces orateurs improvisés, qui les appelaient aux armes. Vive le roi de France ! maudits soient les Anglais ! Ces cris retentirent et propagèrent, en se multipliant, l’enthousiasme1649.

Les Anglais, avertis par un tumulte inaccoutumé, se mirent en défense. Tout d’abord, ils voulaient courir aux portes de la ville pour s’en assurer. Mais déjà le peuple était en armes : l’insurrection se décidait ; c’était contre la population même qu’ils avaient à lutter. Hommes et femmes prenaient part à cette manifestation, devenue nationale. Les pierres, bûches, tables, tréteaux et autres meubles, pleuvaient, jetés des fenêtres, par les habitants, sur les soldats d’Henri VI. Les chaînes des rues furent tendues par les bourgeois. Composée de 1,500 hommes environ, la garnison se divisa en trois corps : l’une marcha sous les ordres de Willoughby ; l’évêque de Thérouanne et Simon Morhier prirent le commandement de la seconde ; l’autre obéissait à Jean Larcher, lieutenant du prévôt1650.

358Ces détachements ne parcoururent qu’avec des peines infinies l’itinéraire qui leur était tracé. Indépendamment du peuple insurgé, la milice municipale partageait avec les Anglais le service de la force armée ; or, la milice était bourguignonne et désormais française. L’Isle-Adam précédait le connétable : il parut sous les murs de la porte Saint-Jacques. Des pourparlers s’engagèrent entre lui et les bourgeois, qui montaient la garde sur les remparts. Le maréchal tenait à sa main les lettres d’abolition, scellées du sceau royal. À la demande des parlementaires, il jura solennellement que cet acte d’amnistie serait religieusement observé. En ce moment, les gardiens de la porte, Bourguignons, disputaient sur l’incident avec les Anglais. Le guichet s’ouvrit. Durant qu’on rompait les serrures du pont-levis, le connétable entra par ce guichet ou poterne. En même temps, l’Isle-Adam escalada le mur à l’aide d’une échelle, que lui tendirent les assiégés. Ceci se passait entre sept et huit heures du matin. D’un autre côté, des soldats du connétable s’introduisirent dans Paris par la rivière, embarqués sur divers esquifs1651.

L’Isle-Adam, aussitôt qu’il fut maître de la plate-forme, fit arborer la bannière aux trois fleurs de lis et cria : Ville gagnée ! Il pénétra ensuite dans Paris, ainsi que le bâtard d’Orléans et le connétable. Partout, les bourgeois avaient revêtu la croix blanche droite, ou la croix rouge en sautoir1652. On entendait de plus en plus ces cris : 359La paix ! Vive le roi et le duc de Bourgogne ! Arrivé au pont Notre-Dame, le connétable y rencontra Michel de Laillier, l’âme de l’insurrection. Il tenait à la main une grande bannière de tapisserie, aux armes du roi Charles1653.

En se rendant à leurs emplacements assignés, les troupes anglaises tiraient, de leurs flèches, aux fenêtres des habitants, principalement aux angles des rues. Ils criaient : Saint Georges ! Traîtres Français ! Tuez tout ! Au cœur de la ville, les grandes rues Saint-Denis et Saint-Martin, barrées par des chaînes, étaient presque vides. Deux bourgeois, inoffensifs, furent rencontrés par Jean Larcher, devant Saint-Merri. Le chef et les soldats assouvirent leur colère sur ces deux hommes, qui furent tués plus de dix fois sur la place. Simon Morhier reconnut, rue Saint-Denis, un riche boulanger nommé Le Vavasseur. Le prévôt paraissait ému et troublé par la gravité des circonstances ; Vavasseur essaya de le fléchir : Monsieur mon compère1654, lui dit-il, ayez pitié de vous ; car je vous promets qu’il convient, à cette fois, faire la paix, ou nous sommes tous détruits ! — Comment ! es-tu tourné ? répondit le prévôt1655. À ces mots, Morhier, de l’arme qu’il tenait à la main, frappa Vavasseur à la tête ; celui-ci tomba sur le pavé : il fut achevé par les soldats, tandis 360que le prévôt poursuivait sa route vers le quartier des Halles1656.

Jean Larcher parvint à la porte Saint-Denis. Mais Laillier, dès le matin, avait fait occuper les deux étages du corps de garde. Larcher, reçu à coups de canon par la milice, se replia sur la Bastille Saint-Antoine. C’est là que Willoughby, l’évêque de Thérouanne, les familles anglaises et les derniers agents du gouvernement d’Henri VI, accoururent successivement pour trouver un asile. Environ douze cents personnes, militaires, civiles, religieuses, ou de diverses professions, se réunirent dans cette forteresse.

Les trois meurtres, rapportés ci-dessus, causèrent presque les seules victimes, que coûta la révolution. Ce résultat remarquable et inespéré fut dû à l’énergique modération du connétable. On appréhendait que la ville fût, selon la coutume, livrée aux assiégeants. Cent charrettes suivaient l’armée de Richemont, chargées de blé. Les charretiers comptaient vendre le froment à la ville affamée et remporter, à titre de loyer ou charroi, les produits du pillage. Mais le comte de Richemont défendit immédiatement, sous peine de mort, toute atteinte aux personnes ou aux biens, contre qui que ce fût, à l’exception des natifs d’Angleterre. Les Anglais, en effet poursuivis, se réfugièrent à la Bastille. Leurs biens meubles furent saisis et distribués incontinent. Leurs immeubles, confisqués, devinrent, un peu plus tard, le lot des vainqueurs1657.

L’esprit mobile et inflammable des Parisiens s’enthousiasma 361d’une conduite si mesurée. Le connétable se montrait partout : au Parloir-aux-Bourgeois ; aux Halles ; devant Saint-Innocent. Il fut reçu partout avec les marques de la plus vive sympathie. En l’honneur du vendredi des fêtes de Pâques, le comte jeûnait, ce jour-là, jusqu’à midi. Près de Saint-Innocent, il accepta des épices et but chez un gros marchand, Jean Asselin, épicier1658, son ancien fournisseur. De là, il se rendit à Notre-Dame, accompagné de l’Isle-Adam, du sire de Ternant, du bâtard d’Orléans et des capitaines. L’évêque espagnol, anglais de la veille et français du lendemain, vint les recevoir processionnellement à la grande porte. Ce prélat avait autour de lui ses chanoines en chapes de soie, précédés de la croix, des cierges et de l’eau bénite. Le connétable entendit la messe, tout armé. Messieurs du chapitre lui firent également prendre du vin et des épices. Ensuite le connétable vint à la porte Baudet. Il établit une clôture devant la Bastille, et la place fut ainsi bloquée du côté de la ville. Puis il alla dîner, vers midi, à l’hôtel du Porc-Épic, près Saint-Paul1659.

L’Université, comme les bourgeois, comme le peuple et le clergé, s’unit au mouvement national. Une réunion 362habituelle de ses comices devait avoir lieu, le 13 même, aux Mathurins. Mais l’extrême agitation fit ajourner cette assemblée. Ce fut le prieur des Jacobins qui harangua le connétable, au nom de l’Université. Arthur de Richemont reçut tour à tour la soumission et les félicitations de tous les corps de l’État1660.

Au bruit des cloches, qui sonnaient dans Paris, les routiers et les écorcheurs de Saint-Denis accoururent vers la capitale. Mais le connétable leur en défendit inexorablement l’entrée. Cette soldatesque, exaspérée, rebroussa chemin du côté de Saint-Denis. Simon Morhier s’était porté à Charenton, qui fut le théâtre d’un nouveau combat : les propres soldats du prévôt le firent prisonnier ; ils le livrèrent à Denis de Chailly, qui le mit à finance, et la mule que montait le prévôt fut conduite à Saint-Denis, en signe de victoire.

Le sire de Brichanteau, neveu de Morhier, commandait la tour du Venin, dernier rempart des Anglais. En apercevant cette mule, il vit que tout était perdu et prit un parti désespéré. Brichanteau, suivi de sa faible garnison, sauta dans les fossés de l’abbaye. Par l’autre bord, il regagna la plaine et s’efforça de se frayer une issue. Mais les écorcheurs, en retournant de Paris, rencontrèrent ces fuyards, dispersés à travers les marais1661. Ils en firent un massacre général. Le sire de Brichanteau (aïeul des marquis de Nangis), fut rapporté mort et inhumé en l’hôtel-Dieu de Saint-Denis1662.

363Dans le même temps, Chevreuse, Saint-Denis, Marcoussis, Montlhéry, le pont de Charenton, celui de Saint-Cloud et d’autres places, se rendirent au roi de France. Le 14 avril 1436, les lettres d’abolition furent publiées solennellement à Notre-Dame et au Châtelet. Ce même jour, par ordre du connétable, un marché public, fermé depuis 1415, s’ouvrit devant la Madeleine. Tout y abondait : le blé, qui la veille se vendait quarante-huit ou cinquante sous, était tombé à une livre parisis. Le connétable, au nom du roi, institua prévôt des marchands M. de Laillier, qui jouit, dès lors, moralement, d’une souveraine autorité dans la ville. Le sire de Ternant fut nommé prévôt de Paris. Divers bourgeois, auteurs de l’insurrection, entrèrent en possession des postes administratifs les plus importants1663.

Le 17 avril 1436, tous les prisonniers de la Bastille sortirent, la vie sauve, par capitulation. Afin d’éviter une commotion nouvelle du populaire, l’autorité ne laissa point les Anglais traverser la ville. Ils s’éloignèrent en dehors, côtoyant les boulevards, et vinrent gagner la Seine pour s’embarquer sur ce fleuve jusqu’à Rouen. En passant devant la porte Saint-Denis, ils furent aperçus des Parisiens. Ceux-ci poursuivirent de leurs malédictions et de leurs huées les derniers suppôts de l’oppression1664.

Fin du livre V.

Notes

  1. [1420]

    Perceval de Cagny, chap. CVI ; dans Quicherat, Procès, t. IV, p. 29.

  2. [1421]

    Gruel, Panthéon, p. 371.

  3. [1422]

    Montreuil, p. 334, 337. — Jean Chartier, t. I, p. 110, 113. — Bourdigné-Quatrebarbes, t. II, p. 158, 159. — Holinshed, History of England, 1574, in-f°, t. II, p. 603. K. 80, liasse 7. — Catalogue Teulet, p. 384. S. Céneri ou S. Célerin, près Alençon ; Bons-Moulins, près Mortagne. — Ms. Cordeliers, n° 16, f° 496 v°.

  4. [1423]

    En Bigorre, aujourd’hui Haute-Garonne, arrondissement de Saint-Gaudens.

  5. [1424]

    Ira, colère ; en français du XVe siècle : La Hire. — La Chronique martinienne, spécialement consacrée à glorifier La Hire, Chabannes, etc., s’exprime ainsi par manière de plaisanterie : Et aucuns Anglois appelèrent icelle Hire : Gente ire de Dieu ! Sainte Hyre de Dieu ! Madame La Hyre ! Car icelle hyre, par plusieurs et diverses fois, leur faisoit plusieurs et maulvaises rencontres dont les dits Anglois avoient peu de gaing. Édition Vérard in-f°, gothique, f° lxxvi.

  6. [1425]

    Biographie Didot : La Hire. — Journal de Paris, Panthéon, p. 691. — Le Jouvencel, 1493, in-f°, p. xj.

  7. [1426]

    Monstrelet, liv. II, chap. LXXVIII, édition d’Arcq, t. IV, p. 372. — P. Cochon, p. 463. — Basin, t. I, p. 78. — Holinshed, 1575, in-f°, t. II, p. 603. 1429, décembre ; Paris et Rouen menacés : Proceedings of privy council of England, t. IV, p. 9. — Lettres des rois et reines, t. II, p. 410.

  8. [1427]

    Monstrelet, ibid., p. 363 et 375. — Le château de Clermont était alors entre les mains du duc de Bourgogne. Thomas Kyriell trouva moyen de le faire passer dans les siennes. Voyez Monstrelet. t. V, p. 18 ; et Ms. s. fr. 5, 2, Histoire de Beauvais, t. III, f° 1332.

  9. [1428]

    Berry dans Godefroy, p. 381. — Mathieu de Coucy, ibid., 586. — Monstrelet, p. 350. — P. Cochon, p. 464. — Barante, Ducs de Bourgogne, VI, p. 41.

  10. [1429]

    Barbason was found in a dungeon, enclosed within a great grate of iron, lyke to a lyttle chamber, and fortwith they breake open the grate ; but Barbason would not come forth… The frenchemen… judged that he had bene rather deade than alive, all that time of bis imprisonement. (Holinshed, Chronicles of England, 1577, in-f°, t. II, p. 1244-5). — Le Ms. Cordeliers, n° 16 (chronique bourguignonne), présente sous un autre jour la délivrance de Barbazan, f° 496 v°.

  11. [1430]

    Holinshed. — Auteurs cités. — Cuvelier, le poète historien de Duguesclin, rapporte un trait analogue à celui qui concerne Barbazan. Le connétable étant mort durant la capitulation de Randon, les assiégés, dit-il, vinrent déposer les clefs sur les genoux du cadavre. Le 28 février 1430, les Anglais tentèrent, mais inutilement, de reprendre Château-Gaillard. Monstrelet, 364. P. Cochon, 465.

  12. [1431]

    Auteurs cités. Berry dans Godefroy, 381. — Itinéraire. — Charles VII et ses conseillers, au mot Barbazan.

  13. [1432]

    Th. Boutiot, Guerre des Anglais, 1429-1435 ; Troyes et Paris, 1861, in-8°, p. 9 et s. — Berry-Godefroy, p. 379. — On se souvient que la Champagne, offerte en apanage à Philippe le Bon par Charles VII, lui avait été donnée le 8 mars 1430, par le gouvernement anglais.

  14. [1433]

    Ms. Gaignières, n° 649, 5, f° 30. — Ms. Fontanieu, n° 115, aux dates 1430, janvier, 23 ; juin, 29 ; décembre, 24. Ms. s. fr. 4805, f° 186, 187. — Léchaudé d’Anisy, Chartes normandes du Calvados, 1835, in-8°, t. II, p. 394, n° 169. — Monstrelet, p. 365, 370, 378. — P. Cochon, p. 464, 465. — Journal de Paris, p. 684. — Berry dans Godefroy, p. 380. — Jean Chartier, I, 119. — Beaurepaire, États de Normandie, p. 39.

  15. [1434]

    K. 80, liasse 27. — Catalogue Teulet, p. 386 à 398. — Proceedings, IV, 52. — Monstrelet, 370, 420 ; 421, 428. — P. Cochon, 466, 468. — Beaurepaire, États, p. 41. — Voyez encore Monstrelet, 431, 439, et Godefroy, Charles VII, p. 334.

  16. [1435]

    Gratification de 1, 200 livres accordée par le roi le 2 avril 1431. Quittance du bâtard en date du 20 juin suivant. Originaux dans Fontanieu, vol. 115. Ms. Gaignières, n° 594, f° 134.

  17. [1436]

    La Hire et ses semblables combattaient pour combattre et non pour délivrer la Normandie ni même la Pucelle. On ne peut à cet égard conserver la moindre illusion. Un proverbe du temps peint la pensée que nous voulons mettre en lumière : Mieux vaut terre gâtée que perdue ; c’est-à-dire mieux vaut ravager une terre que de la laisser tranquille à l’ennemi. Voyez Basin, Mémoires, t. I, p. 102.

  18. [1437]

    Le grand maître de l’artillerie anglaise portait le nom de general master of ordinances of the king.

  19. [1438]

    Pièce tirée des mss. de Gaignières, en date du 28 août 1431, copié communiquée par M. L. Paris. — Catalogue Teulet, p. 392. Procès, t. II, p. 3, etc. Beaurepaire, États, p. 42, 43 ; Notes sur Ricarville, 1857, in-8°, p. 7. — Chronique de Normandie, 1581, in-8°, p. 182. — Mémoires de Thomas Basin, I, 89. — Journal de Paris, p. 692, 693. — Le siège de Louviers fut marqué comme celui d’Eu, par la perte des archives publiques. Voyez Aug. Le Prévost, Notes pour l’histoire du département de l’Eure, 1862, in-8°, t. I, p. 101 et 214.

  20. [1439]

    Berry-Godefroy, p. 381. — Jean Chartier, I, 114. — Montreuil, 335. — La ville d’Eu fut saccagée par Poton de Xaintrailles environ la Saint-Jean-Baptiste, 1431. Et fut le livre rouge (registre municipal P) emporté par les gens du dit Poton. (Ms. Duchesne, n° 48, f. 181). — Ms. Dupuy, vol. I, p. 221 et s. — Ms. Brienne, 197, f° 316, 318. — Fontanieu, (ms. 115, au 2 avril 1431), pense que les entreprises secrètes mentionnées dans l’acte qui porte cette date devaient s’attaquer à la ville de Chartres.

  21. [1440]

    Bernier, Chronique de Senlis, 1534, in-8°, p. 21. — Journal de Paris, p. 692 et suiv. — Berry-Godefroy, p. 384. — Monstrelet, t. IV, p. 434.

  22. [1441]

    Vers le 10 ou le 12.

  23. [1442]

    Jean Chartier, t. I, p. 132. — Abrégé chronologique, dans Godefroy, p. 334. — Berry, 354. — Saint-Rémy, Panthéon, p. 526.

  24. [1443]

    Journal de Paris, p. 632. — Monstrelet, p. 433.

  25. [1444]

    Berry. — Beaurepaire, Notes sur Ricarville, p. 12, note 1. — Ms. fr. 1968, f° 148. — Le 13 août 1431, le chapitre de Notre-Dame de Paris, sur la requête de Bedford, décide qu’une messe solennelle sera dite pour la victoire remportée près Beauvais (probablement la veille). Le 19, procession générale pour deux victoires. (L. L., 414, f° 82).

  26. [1445]

    Ms. 1968. — Journal, p. 693. — Saint-Rémy, loc. cit.

  27. [1446]

    Itinéraire. — Conseillers. — Ordonnances, t. XIII, p. 154. — Ms. Fontanieu, 115. — Lettre des archives de Reims, 30 mai 1431.

  28. [1447]

    Généalogies troyennes. J. J. 176, f° 278. M. M. 835, Mémoire sur les anoblissements, f° 190. — Des Guerrois, La Saincteté chrestienne de Troyes, etc. 1637, in-4°, f° 385.

  29. [1448]

    Archives de l’Aube, liasse 145, p. 274, 322. Voir les recherches (si singulièrement commentées de nos jours) sur la noblesse maternelle ou noblesse de Champagne.

  30. [1449]

    Gallia Christiana, t. XII, col. 514. — Camusat, Promptuarium antiquitatum Tricassensium, 1610, in-8°, p. 234 et s. — Boutiot, Guerre des Anglais (passim). Etc.

  31. [1450]

    Voyez notamment l’histoire de Thomas Couette, carme de Nantes, brûlé à Rome par ordre d’Eugène IV.

  32. [1451]

    Fontana, Monumenta dominicana, 1675, in f°, p. 307. — Wading, Annales Minorum, 1642, in-f°, t. V, p. 130 et s. — Des Guerrois, La Saincteté chrétienne, etc., p. 385 à 401. — Camusat, Promptuarium, p. 325. — Ms. La Ravallière, Champagne, t. LI, f° 79, v°. — Boutiot, Guerre des Anglais, p. 51, 56. — Bulletin de la Société de l’histoire de France, 1853, p. 108 ; 1858, p. 12. — Bibl. de l’École des Chartes, t. XXII, p. 470 et suiv.

  33. [1452]

    Monstrelet, p. 385. — Boutiot, Guerre des Anglais, p. 6, 14, 15. — Édouard de Barthélemy, Histoire de Châlons-sur-Marne, p. 63, 184. — Archives de l’Aube, p, 373. — Villeneuve-Bargemont, Histoire de René d’Anjou, 1825, in-8°, t. I, p. 103, 105.

  34. [1453]

    Chronique Antonine, ms. fr., 1371, f° 268 v°. J. J. 177, charte, 8, f° 4 v°. — Boutiot, Guerre des Anglais, p. 7 à 22. — Barthélemy, Histoire de Châlons, p. 183-4. — Berry, dans Godefroy, p. 382. — Monstrelet, p. 440. — Jean Chartier, t. I, p. 128 et s.

  35. [1454]

    Boutiot, Guerre des Anglais, p. 13, 15, 25, etc. ; Notice sur la navigation de la Seine et de la Barse, 1856, in-8°. — Ordonnances, XIII, 157. — Anoblissement de Lesguisé, bibliothèque de M. Corrard de Breban, à Troyes ; Ms. Duchesne, 72, f° 127 (communication de M. G. de Beaucourt).

  36. [1455]

    J. J. 176, charte 418, f° 278. J. J. 177, charte 8, f° 4 v°. M. M. 835, Mémoire de D. Carpentier sur les anoblissements, f° 190, 227 et s. Ce mémoire a servi de base à l’article Nobilitatio : supplément au Glossaire de la basse latinité de Du Cange.

  37. [1456]

    Deux documents sont les principales sources d’information que nous possédons sur cet important épisode. 1° Fragmentum processus super insultu guerræ Antonis contra Ludovicum principem Auraicæ, 1430 ; extrait d’un registre de la chambre des comptes de Grenoble. Copie dans Fontanieu, ms. 115-6 ; imprimé dans Valbonnays, Histoire du Dauphiné, 1722, in-f°, t. I, p. 62 et s. 2° Extrait du registre de Thomassin, conseiller delphinal ; ms. n° 452 de la bibliothèque de Grenoble ; imprimé dans la Revue du Dauphiné, 1837, t. II, p. 246.

  38. [1457]

    Ibidem. — Ms. lat. 5456, f° 97 v°. — Souvenirs d’Amédée VIII, duc de Savoie, etc., par M. le marquis de Costa-Beauregard, Chambéry, 1859, in-8°, p. 68. — Ms. Fontanieu 4505, f° 180. — Aymari Rivalli (Aymar du Rivail) delphinatis, De Allobrogibus, libri IX, éd. Terrebasse, Vienne (Isère), 1844, in-8°, p. 505 et s. — Louis de Chalon comptait parmi ses ascendants en ligne féminine une fille d’Humbert, le dauphin, qui avait cédé cette province au roi de France (ibid., 506).

  39. [1458]

    Les mêmes. — Du Rivail, p. 306, Chorier, Histoire du Dauphiné, 1672, in-f°, t. II, p. 424. — Guichenon, Histoire de Savoie, t. I, p. 468.

  40. [1459]

    En 1430, il expédia un contingent de troupes au secours du Dauphiné.

  41. [1460]

    Lequel estoit compagnon d’armes du dit prince. (Thomassin, Revue, p. 217.)

  42. [1461]

    Fontanieu. — Chorier. — Beauregard. — Valbonnays, Histoire du Dauphiné, Genève, 1722, in-f°, t. I, p. 62.

  43. [1462]

    Guichenon. — Valbonnays. — Paradin, — Chroniques de Savoie, Lyon, 1602, in-f°, p. 381. — Berry dans Godefroy, p. 380.

  44. [1463]

    Le Sire de Gaucourt, par M. le marquis de Fitz-James Gaucourt, Orléans, 1855, in-8°, p. 19. — Le 21 février 1430, Raoul de Gaucourt siégeait encore à Chinon au grand conseil. Charles VII et ses conseillers, à la date. — Ordonnances, XIII, 145. — Fontanieu. — Gaucourt, né en 1371, était âgé d’environ 60 ans.

  45. [1464]

    Charmant bourg du département de l’Isère (canton de Roybon), lieu originaire de la famille paternelle de l’auteur.

  46. [1465]

    Cabinet des titres, dossier Grolée. — Péricaud, Notes et document pour servir à l’histoire de Lyon, 1539, in-8°, p. 40. — Fontanieu.

  47. [1466]

    Rodrigo de Villandrando, par M. Jules Quicherat, Bibliothèque de l’École des chartes, t. II, p. 119 et s. — Rodrigo fut nommé en même temps écuyer de l’écurie du roi (ibid.). Thomassin. Du Rivail, p. 508.

    Le nom de Vallète ou Vallet est encore aujourd’hui très répandu dans nos départements formés du Dauphiné. De là, comme ailleurs, la nécessité ainsi que l’usage, ancien et constant, de distinguer par quelque surnom les homonymes.

  48. [1467]

    Valbonnays, p. 63. — Fontanieu, ms. 4805. — Du Rivail, p. 508. — Thomassin, p. 248. — Ms. Cordeliers, n° 16, f° 199 v°.

  49. [1468]

    Auteurs cités. — Du Rivail, p. 509. — Beauregard, p. 59, etc.

  50. [1469]

    Les mêmes. — Azieu ou Aysieu (Heyrieux) ? — Quicherat, p. 153. Thomassin, ibid. — Saint-Rémy, Panthéon, p, 523.

  51. [1470]

    Du Rivail, p. 510. — Thomassin, ibid.Art de vérifier les dates, aux Princes d’Orange. — Monstrelet-d’Arcq, t. IV, p. 408.

  52. [1471]

    Thomassin, p. 249. — Du Rivail, p. 509, 510.

  53. [1472]

    Ibidem. — Vicomte de Leusse, Revue du Dauphiné, 1837, t. I, p. 293.

  54. [1473]

    Thomassin. — Fontanieu, f° 192. — Beauregard, p. 73. — Quicherat, p. 128.

  55. [1474]

    Valbonnays, p. 64. — Thomassin, p. 251. — Chorier, p. 427, De Leusse, p. 204. — Quicherat, p. 131. — Beauregard, p. 74, 75.

  56. [1475]

    P. de Cagny, chap. CXII. — Beauregard. — Fontanieu. — La Pise, Histoire de la principauté d’Orange, 1636, in-f°, p. 121. — Monstrelet, p. 407.

  57. [1476]

    Monstrelet. — Saint-Rémy, Panthéon, p. 523. — Le seigneur de Montaigu, cité en chapitre, fut dégradé aux termes des statuts, de l’ordre, pour s’être sauvé, sans avoir été mort ni pris. Désespéré, il partit pour la Terre-Sainte et y mourut.

  58. [1477]

    Valbonnays. — Berry. — Jean Chartier, t. I, p. 132. — Ms. Cordeliers, n° 16, f° 499 v°.

  59. [1478]

    Valbonnays. — Fontanieu. — Chorier. — La Pise. — Paradin. — Le château de Meximieux avait pour seigneur Imbert Maréchal, gentilhomme bressan. Ce dernier était l’un des principaux fauteurs et agents du parti orangiste. (Du Rivail-Terrebasse, p. 506, 514.)

  60. [1479]

    Fontanieu. — Vicomte de Leusse, p. 297. — Berry, p. 350. — Quicherat, p. 132. — Chronique martinienne, f° cclxxvij. — Suivant Thomassin, les Français étaient moins nombreux que leurs ennemis. La Chronique martinienne (dictée par des rivaux de Rodrigo) renverse la proposition.

  61. [1480]

    Valbonnays, p. 65. — Leusse, p. 297. — La Pise, p. 122. — Du Rivail, p. 515.

  62. [1481]

    La Pise. — Fontanieu, f° 195. — D. Calmet, Histoire de Lorraine, preuves, t. II, col. 207. — Du Rivail, p. 516.

  63. [1482]

    François de Conzié.

  64. [1483]

    Guillaume X, archidiacre de Laon, prélat romain.

  65. [1484]

    La Pise. — Fontanieu. — Gallia Christiana, t. I, col. 781 ; t. VI, col. 100. — Bouche, Histoire de Provence, t. II, p. 450.

  66. [1485]

    Beauregard, Souvenirs d’Amédée VIII, p. 79 et s.

  67. [1486]

    Aux termes de cet acte, le prince d’orange rentra en grâce auprès du roi de France. Louis de Chalon s’engageait à servir Charles VII avec trois cents lances garnies et trois cents hommes de trait : il devait également s’entremettre, comme médiateur et allié, auprès du duc de Bourgogne. Une rente de 852 florins d’or est, en outre, allouée au prince Louis sur le Dauphiné ; de nouveaux juges sont nommés pour terminer judiciairement le litige. Louis de Chalon, finalement, retournait en possession de ses terres dauphinoises, à charge d’hommage envers la couronne. Il les recouvra toutes, sauf quelques places, que lui disputait le bâtard d’Orléans. (Du Tillet, Traités, p. 225, 240.) — Berry, p. 380. — La Pise. — Le Cabinet historique, 1857, p. 107, sous la date du 31 juillet 1422. — Louis, après sa défaite d’Anthon, prit, à ce qu’il paraît, ces mots pour devise : Non plus. (Alf. de Terrebasse, notes sur Du Rivail, p. 510.) — Orange retourna sous la domination du prince Louis en 1436. (La Pise, p. 120 à 128. Ms. lat. 5456, f° 97 et s.)

  68. [1487]

    D. Calmet, Histoire de Lorraine, I, 25 in-f°, t. II, col. 766 et s. — Digot, Histoire de Lorraine, 1856, in-8°, t. II, p. 336 et s. ; t. III, p. 1 et s.

  69. [1488]

    Digot, p. 1 à 16. — D. Calmet (ibid.), Preuves, t. III, col. xiij et s.

  70. [1489]

    Et fist sa cuelloite de environ xiiije archiers de Picardie qu’il emmena atout heucques vermeilles et noires… Ms. Cordeliers n° 16, f. 508.

  71. [1490]

    Louis de Chalon ne prit point de part en personne à la journée de Bulgnéville, mais ses gens et son estendard y étaient. (Saint-Rémy, p. 526.)

  72. [1491]

    Monstrelet, p. 455, 457, 459. — D. Calmet, col. 769. — Berry, p. 383. — D. Plancher, Histoire de Bourgogne, t. IV, p. 149. — Digot, p. 17. Nogent-le-Roi, Montigny, Coiffy (Haute-Marne).

  73. [1492]

    D. Calmet, t. II, col. 768. — Itinéraire. — Berry, 353.

  74. [1493]

    Digot, p. 17, 18. — Monstrelet, p. 459. — Isabelle de Lorraine, femme de René d’Anjou, ne demeura point en arrière de Marie d’Harcourt. Elle sut prêter au duc, surtout lorsque ce dernier fut trahi par la fortune, l’assistance la plus précieuse. Voyez l’opuscule intitulé Agnès Sorel, par Vallet de Viriville (Extrait de la Revue de Paris), 1855, in-8°, p. 7 et s.

  75. [1494]

    Le bourguignon Monstrelet évalue à quatre mille combattants le nombre des alliés d’Antoine, et celui des Lorrains, à six mille. L’assentiment du héraut Berry, chroniqueur français complètement favorable à René, ne permet pas de suspecter ce témoignage. Berry atteste en effet que le duc de Bar avoit deux hommes contre un. (P. 384.) Ms. Cordeliers, n° 16 (bourguignon), f° 508 : Six contre ung.

  76. [1495]

    Monstrelet, p. 462. — D. Calmet, 771. — Quand on a peur des feuilles, eh bien ! qu’on n’aille pas au bois ! — René croyait avoir assez de monde pour combattre tout le monde en ce jour. Saint-Rémy, p. 525.

  77. [1496]

    Digot. — Monstrelet. — Saint-Rémy. — Bourdigné-Quatrebarbes, t. II, p. 167.

  78. [1497]

    J’ai tort ; mais je l’avais promis à ma maîtresse. — Les mêmes. — Mais debvoit le damoiseau de Commercy passer la nuitée avec certaine Agathe qui estoit sienne et qui avoit, ce dit-on, promesse de luy, que quitteroit la meslée et qu’il viendroit à tout méshui en sa chambrette et couchette… Et de ce, n’en doutez, fut grande risée, etc. Bournon cité par Digot, p. 24. Ms. s. fr. 1371, f° 269. — Cf. Dumont, Histoire de Commercy, 1843, in-8°, t. I, p. 219 et s.

  79. [1498]

    Ms. Cordeliers n° 16, f° 508 v°. Monstrelet, IV, 474 ; V, 8. Saint-Rémy. Berry.

  80. [1499]

    Mémoires de Thomas Basin, I, 90, 93. — Cf. D. Calmet, col. 770 ; D. Plancher, IV, 149 ; Digot, p. 18-19. — Jean Chartier, I, 133. — Histoire de René, 155. — Robert de Baudricourt, capitaine de Vaucouleurs, combattit à Bulgnéville (et s’enfuit). — D. Calmet, 769, 773. — La statue de Barbazan, œuvre du quinzième siècle, a survécu au temps, aux révolutions et aux remaniements politiques de l’antique abbaye. Elle subsiste, dès à présent replacée à côté de l’effigie funéraire de Charles VII. (Guilhermy, Description de S. Denis, 1818, in-16, p. 47. Magasin pittoresque, 1858, p. 101.) — Nous possédons une complainte en vers du temps sur cet événement. D. Plancher, Digot, loc. cit.Histoire de René, p. 153. — Revue des Sociétés savantes, 1857, p. 710.

  81. [1500]

    1433, janvier, 8. G. Charrier donne reçu à Adam de Cambrai, président au parlement, de 200 livres tournois par lui prêtées au roi ; ledit prêt remboursable en la cession d’un pré sis près La Rochelle. Original parchemin. (J. 184, n° 3.) — 1433, mars, 2. Le roi livre en garantie à Denis de Chailly, son bailli de Meaux, la ville de Crécy en Brie, avec ses revenus pour 2,000 liv. t., avancées par ce chevalier pour ravitailler Lagny. (J. 194, n° 57 et s.) — 1433, mars, 18. Le roi engage des terres en Dauphiné pour 12,000 florins. (Ordonnances, XIII, 185.) — 1433, avril, 4. Le roi, attendu l’insuffisance du revenu et des aides, frappe un impôt de 10 d. t. par quintal de sel vendu en Languedoc ; ressource affectée à l’entretien de la maison de la reine. (Cabinet des titres : Noyers.) — Ms. Saint-Germain français, n° 572, p. 793 et s. — P. Clément, Charles VII et Jacques Cœur, I, 11. — Ordonnances, XIII, 164.

  82. [1501]

    Journal de la paix d’Arras, p. 84. — Beaurepaire, États, Administration.

  83. [1502]

    Ms. fr. 4167, f° 39 w. Cf. ibid., f° 38.

  84. [1503]

    Boutiot, Guerre des Anglais, p. 36 et s. Cf. — Monstrelet d’Arcq, VI, 39.

  85. [1504]

    Basin, t. I, p. 102 ; etc.

  86. [1505]

    Le 24 mars 1432, Christophe d’Harcourt, l’un des principaux conseillers du roi, est reçu grand maître des eaux et forêts de France. (Du Tillet, Recueil, p. 293.) — Mais tout porte à croire qu’à cette époque la plupart des charges de la cour n’étaient point remplies. Tous les titulaires, certainement, n’en recevaient point les émoluments habituels. — 1432, mars. Aide de 47,000 livres, votée en Poitou : 1° pour traiter avec le duc de Bourgogne et les Anglais ; 2° pour l’hôtel du roi et de la reine. (Archives des Deux-Sèvres, communication de M. Luce.)

  87. [1506]

    Aux termes de l’acte, les chanoines durent célébrer en l’honneur du fondateur quatre messes aux Quatre-Temps à perpétuité. (Gallia Christiana, t. VII, col. 636. J. 175, n° 59.)

  88. [1507]

    Mélanges (Champollion), in-4°, t. III, p. 240 ; Mémoire de M. Rede de Poitiers. — Raynal, Histoire de Berry, t. III, p. 29 et 513. — Communication de M. G. Servois. — Amos Barbot, Histoire de La Rochelle, ms. Saint-Germain français, n° 1060 (à la date). — D. Vaissète, Histoire du Languedoc, livre XXXIV, chap. 60. — Ordonnances, t. XVIII, p. 335.

  89. [1508]

    La Trémoille en était seigneur. Ordonnances, XVIII, 659.

  90. [1509]

    Ordonnances, XIII, 144, 149, 167, 183 ; XV, 230, 249, 290, 420, XVI, 302 Z. n° 765, pièce 2e. — 1431, février, 24. Règlement pour le conseil souverain du Dauphiné, XIII, 162.

  91. [1510]

    Ordonnances, XIII, 154. — 1431, janvier, 3, Chinon. Ordonnance rendue par le roi à la sollicitation de Henri Mellein, son peintre ; spécialement en faveur du bon et continuel service qu’il en a reçu dans l’exercice de son art et métier. Le roi déclare que ledit Mellein et ses confrères, peintres-vitriers, sont par leurs privilèges, exempts des taille, guet, garde, etc., (Ibid., 160)

  92. [1511]

    Ordonnances, XIV, 7 en note. Redet (Mélanges Champollion), in-4°, t. III, p. 256. Boutiot, Notice sur la navigation de la Barse, p. 42 à 44 ; Notice sur le château de Vendeuvre, etc., 1861, in-8°. — La Trémoille, par lettres royales données à Poitiers, eu mai 1431, se fit octroyer à titre spécial et en récompense, dit l’acte ; de ses vertueux services, un droit de 15 deniers par pipe de vin et par muid de sel qui passait, soit en Loire, soit par charroi, devant son château de Rochefort-sur-Loire. Voyez sur ce point un très curieux document inédit : X. X. 8593, f° cxj v°.

  93. [1512]

    K. K. 244, f° 25 v°.

  94. [1513]

    Ordonnances, XIII, 186.

  95. [1514]

    Ordonnances, XIII, 179. — Bouchet, Annales d’Aquitaine, appendice : De l’université de Poitiers, in-f°, Poitiers, 1643. — Vallet de Viriville, Histoire de l’Instruction publique, 1849, in-4°, p. 186, 194, etc.

  96. [1515]

    Quicherat, Procès, t. III, p. 115. — Saint-Rémy, Panthéon, p. 500 à 504. — Monstrelet, livre II, chap. 89 et 90 ; éd. d’Arcq, t. IV, p. 392 et suiv. — J. 409, n° 51. — Ms. Brienne, n° 88, f° 316. — Leibnitz, Codex diplomaticus, 1693, in-f°, p. 349.

  97. [1516]

    Le mai, arbre de mai. — Lettre du roi aux Rémois, 8 février 1431. Il leur annonce l’arrivée du duc de Brunswick, cousin et allié du duc d’Autriche. Brunswick amène au roi de France mille hommes d’armes, soldés pour trois mois. (L. Paris, Archives de Reims.)

  98. [1517]

    J. 409, n° 52 à 56. Ms. Brienne, n° 88, f° 318 et s. Le traité de futur mariage était passé entre Sigismond, mineur, et Radegonde, également mineure. À défaut de son fils, le duc promettait son neveu. Le roi stipulait que si Radegonde venait à mourir avant la majorité de l’époux et qu’il eût une autre fille nubile, il la substituerait à l’aînée. Madame Radegonde mourut en effet à Tours, le 19 mars 1444 (ancien style), avant que cette union pût être accomplie (Anselme). Le même ordre et les mêmes clauses devaient être observés plus tard, lorsque Charles VII maria Louis, dauphin, à Marguerite d’Écosse. — Barthélemy, Histoire de Châlons, p. 184, 185. — Ms. Dupuy, n° 28, f° 204, 205. — Du Tillet, Recueil des rois de France, p. 224. — Pailliot, La Science des armoiries au mot Fleur de lis. — Par lettres du 10 mai 1432, Charles VII concéda également les fleurs de lis en armes à Galéas Visconti, duc de Milan (Pailliot, ibid., p. 429, 430). — Bibliothèque de l’École des chartes, t. VIII, p. 145, 146.

  99. [1518]

    Fontanieu, ms. 115, 1431, fév., 22. — Lettres de G. de La Trémoille : il promet au prince François foy et loyauté (ibid.). — Gruel (Panthéon), p. 371. — Procès, t. V, p. 264. — D. Morice, Histoire de Bretagne, 1429 à 1431 et 1433 ; preuves, t. II, col. 1232, 1238 à 1143.

  100. [1519]

    Proceedings, IV, 12, 15. — Rolls of Parliament, IV, 371. — Lettres des rois, etc., II, 412. — Monstrelet d’Arcq, V, 27. — Journal de Paris, 695, 698, 699. — D. Plancher, IV, preuves, 87. — Vallet de Viriville, Archives de l’Aube, 7. — Gachard, Dijon, 34, 61. — Garnefeldt, Vita beati Albergati, etc.

  101. [1520]

    1432, mai, 8. D. Grenier, t. XX bis, f° 11, 14 v° ; t. LXXXIX, p. 217. — Ms. Collection de Bourgogne a. s. fr. n° 292, t. X, p, 293 à 307 ; 314, Ms. Fontanieu 116, au 8 juillet 1432. — Charte du 31 mai 1433, communiquée par M. L. Delisle. — D. Plancher, t. IV, preuves, p. 94, 103 à 109, Sauval, Antiquitez de Paris, t. III, p. 590. — Berry-Godefroy, p. 384. — Monstrelet, t. V, 45. — Du Tillet, Traités, p. 224. — Rymer, t. IV, p. 176, 187 ; Charte du duc d’Orléans, 14 août 1433 ; ibid., 197 et s. — Gachard, loc. cit. Lettre de Charles VII, arch. de Reims, 14 déc. 1431, etc., etc.

  102. [1521]

    Monstrelet d’Arcq, t. V, p. 8 à 11. — Boutiot, Guerre des Anglais, p. 30. — Cagny, chap. CXVI. — D. Vaissète, Histoire du Languedoc, liv. XXXIV, chap. 58, 61. — Dossier Gamaches : 22 juillet, 24 septembre 1431 ; 27 mars 1432 ; vers mai-juin 1433. — Ms. Fontanieu 115, le 24 septembre 1431. — Beaurepaire, États, p. 42.

  103. [1522]

    Village situé à 8 kilomètres de Nantes (Loire-Inférieure).

  104. [1523]

    Archives de M. le marquis du Hallay-Coëtquen, 1851, in-8°, p. 51 et s. — Biographie Didot au mot Jean, duc d’Alençon. — Pouancé, Maine-et-Loire, arrondissement de Segré.

  105. [1524]

    Ibid. Cagny, chap. CXVII et s. — Notice sur Château-Gontier, par M. Bonneserre de S. Denis, dans les Mémoires de la Société d’Agriculture etc., d’Angers, 1860 in-8°, p. 225 et s.

  106. [1525]

    Gruel, p. 372. — Du Tillet, Traités, p. 225. — D. Morice, Preuves, t. II, col. 1233. — Cabinet des titres, dossier Gaucourt, 12 février 1433.

  107. [1526]

    Monstrelet, p. 12. — Jean Chartier, t. I, p. 157 et s. J. 227, n° 84 ; original scellé du duc, donné à Chinon, le 17 janvier 1432. — Ms. Béthune, 9419, f, 76 v°. — Fontanieu, 116. — Archives du Hallay. — D. Morice, Histoire de Bretagne, t. I, p. 515 ; Preuves, col. 1248-1250. — Du Tillet, ibid., p. 240.

  108. [1527]

    Chéruel, Histoire de Rouen, p. 112. — Monstrelet, t. V, p. 12 et suiv.

  109. [1528]

    Ibid. — Cabinet de titres, Ricarville ; acte du 29 avril 1431, à Poitiers. — Procès, t. III, p. 21. J. 183, n° 142. — Vitet, Histoire de Dieppe, 18114, in-16.

  110. [1529]

    Monstrelet. — Chronique de Normandie, f° 182. — Holinshed, p. 1251.

  111. [1530]

    Mêmes autorités.

  112. [1531]

    Sources citées. — Ricarville ne fut donc pas décapité, comme on le crut alors. Il assista comme témoin au procès de réhabilitation de la Pucelle. — Journal, p. 696. — Beaurepaire, Note sur la prise du château de Rouen par Ricarville en 1432. — Godefroy-Hermand, Histoire de Beauvais, Ms. s. fr., n° 5, 2, t. III, f° 1332. — Ms. Duchesne, n° 79, f° 348 v°.

  113. [1532]

    Monstrelet, t. V, p. 21. — Fontana, Monumenta Dominicana, 1675, in-f°, p. 326. — Lépinois, Histoire de Chartres, t. II, p. 81 et s.

  114. [1533]

    Monstrelet. — Lépinois. — Journal de Paris, p. 696.

  115. [1534]

    Les mêmes. — Jean Chartier, t. I, p. 142. — Basin, t. I, p. 18. — Godefroy, Charles VII, p. 852, 853.

  116. [1535]

    Procès, t. II, p. 10. — Journal, p. 697. — Lépinois, t. I, p. 240. J. 46, n° 99. — Mémoires de la Société archéologique de l’Orléanais, t. III, p. 7 à 11. 1432, juin, 9. — Charles VII nomme un administrateur à l’abbaye de S. Père de Chartres (Gallia Christiana, t. VIII. Instrum., col. 391-2).

  117. [1536]

    Berry-Godefroy, p. 384. — Monstrelet, t. V, p. 11, 27. — Journal, p. 688.

  118. [1537]

    Journal. — Monstrelet, p. 31 et s. J. 183, n° 142, 144 : J. 194, nus 57 et s. — K. K. 244, f° 25 v°. — Chronique de Tournay, dans le tome III des Chroniques de Flandres, collection belge, in-4°, 1856, p. 418. — Holinshed, 1577, t. II, p. 1250. — Catalogue Joursanvault, t. I, n° 3395.

  119. [1538]

    Chronique de Tournay. — Journal. — Catalogue Teulet, p. 402. — Basin, I, 87, 88. — Saint-Rémy, 527. — J. Chartier, I, 143 et s. — Bibliothèque de l’École des chartes, VI, 135 et s. — Michelin, Essais historiques sur le département de Seine-et-Marne, p. 780 ; communication de M. E. Grésy. — Le 23 juin 1432, le chapitre de Notre-Dame de Paris prête sur gage au duc de Bedford trois cents saluts d’or, pour le siège de Lagny. Le 5 juillet, nouveau prêt de cinq cents saluts (L. L. 414, f° 86). — Lettre de Charles VII ; arch. de Reims, 8 juillet 1432 ; communication de Dl. L. Paris.

  120. [1539]

    Dossier Gaucourt, 28 août, 12 octobre 1431. — Monstrelet, t. V, p. 16, 38 et s. ; 54, 58 et s. — Ms. Fontanieu, 116 : 1432, nov. 13 ; 1432-4. — Boutiot, Guerre des Anglais, p. 43 à 63. — Catalogue Teulet, p. 398, 401. — Cagny, chap. CXIX. — Journal de Paris, p. 697 à 699. — Gruel, p. 372. — Bibliothèque de l’École des chartes, ibid., p. 139 et s. — Barthélemy, Histoire de Châlons, p. 184. — Janvier, Recherches sur les Arbalétriers, 1855, in-8°, p. 103. — Catalogue Joursanvault, t. I, n° 993. — Dossier Foix : 22 février 1433. — Ms. ancien supplément français, n° 292, t. XI, p. 237 et 245. — Ms. 4805, s. fr., f° 224 v°. — Proceedings, t. IV, 178, 242, au 13 août 1433, mai, 3. Mariage de Marguerite de Valois.

    Mariage de Marguerite de Valois, sœur de Charles VII. — Nous avons mentionné cette union. La date, vaguement assignée par le père Anselme et que nous avons reproduite, doit être précisée d’une manière plus exacte. Le contrat de mariage est du 3 mai 1433. Le 7 octobre suivant, lettres données à Tours qui ratifient ce contrat, ainsi signées : Par le roi, le bastard d’Orléans, présent. Confirmé par Louis XI le 12 juin 1462 (Armoires Baluze, t. XXIII, f° 282 et s.).

  121. [1540]

    Gruel, p. 311.

  122. [1541]

    Livre d’heures de Pierre II, duc de Bretagne, Ms. 1159, latin, p. 173. — Anselme : Amboise, Rieux, La Trémoille. — Gruel, ibid.

  123. [1542]

    Sources indiquées. — Bélisaire Ledain, Histoire de Parthenay, p. 235. — P. P. 2298 : septembre 1434.

  124. [1543]

    Registre du trésor des Chartes J. J., n° 177, f° 139 et s. — Les lettres du roi sont signées : Vous (le chancelier, Regnault de Chartres) ; Christophe d’Harcourt ; Sainte-Sevère (le maréchal de Boussac) ; Jehan de Wailly, premier président du parlement ; Me Junien Lefèvre, conseiller. — P. Le Picart, secrétaire.

  125. [1544]

    Ces trois arrêts, scellés sur parchemin et inédits, subsistent également en original : J. 366, n° 1, 2, 3. Copies dans le ms. Harlay, n° 47, f° 16, 51 et s. Arrests donnez, le roi présent ; estant en son conseil où estoient les présidents et conseillers laïcs de la cour de parlement. (Ibid., f° 16.) Aux termes du droit canonique, les conseillers clercs s’abstenaient d’opiner dans les arrêts sanglants.

  126. [1545]

    Sources citées. — Ms. Harlay, 101, 5 ; f° 349. P. P. 118, f° 20. — Anselme, art. Montbron (éd. 1712, t. I, p. 561 B). — Monstrelet, v, 74. — Catalogue de D. Fontenau, p. 331.

  127. [1546]

    Anselme : Amboise ; Ducs de Bretagne. — Bél. Ledain. Massiou, Histoire de Saintonge, 1838, in-8°, t. II, p. 272, 273. — Thibaudeau, Histoire de Poitou, t. Il, p. 117 et s. — D. Morice, t. I, p. 513. — George de La Trémoille, toutefois, n’abandonna pas cette alliance. Le 22 août 1446, il maria son fils aîné, Louis, à Marguerite d’Amboise, sœur puînée de Françoise, duchesse de Bretagne. (Anselme, La Trémoille.)

  128. [1547]

    Regnault Girard, Rochelais, chevalier, sieur de Bazoges.

  129. [1548]

    Original du traité, J. 2115, n° 101. — Ms. Béthune 94119, p. 189. — Ms. Fontanieu 115, à la date. — Ledain, p. 238. — Briquet, Histoire de Niort, 1832, in-8°, t. I, pièc. justificat., p. 434-5. D. Morice, t. I, p. 514, 516.

  130. [1549]

    Jean de Villars, dit Barillet (fils ou parent du vieux Archambauld de Villars), écuyer d’écurie du roi, avait été nommé par La Trémoille bailli de Dun-le-Roi, place nouvellement mise en la main du roi ; lettres du 6 mars 1431 (nouveau style) ; X. X. 8593, f° c v.

  131. [1550]

    La prise de Montargis fut tramée de haute main par deux célèbres capitaines bourguignons. L’un se nommait Perrinet Grasset, gouverneur de La Charité. L’autre était François de Surienne, dit l’Aragonais. Cet aventurier, oncle du pape Alexandre VI (Borgia), appartenait aux comtes de Surienne (Aragon). Il avait épousé, en 1426, Étiennette de Gréseville, nièce et pupille de Perrinet Grasset. Il fut capitaine de Montargis et bailli de Saint-Pierre-le-Moûtier pour les Anglais. (Cabinet des titres : Giac ; Aux Épaules. Ms. 9037, 7, f° 129.)

  132. [1551]

    Gruel, p. 373. — D. Morice, t. I, p. 519. — Ledain, ibid. — Berry-Godefroy, p. 386. — Ordonnances, XVI, 464.

  133. [1552]

    Ce personnage, assez problématique, apparaît ici, pour la première et dernière fois, à notre connaissance, parmi les membres du grand conseil. Il se nommait Guillaume le Breton. Né vers 1380, il mourut le 24 décembre 1456. Guillaume fut successivement chanoine de Sens, de Saint-Quiriace de Provins, archidiacre de Provins, chanoine de Paris, conseiller au parlement pour les Anglais. En 1432, le chapitre de Notre-Dame fit choix de lui pour représenter cette communauté au concile de Bâle. Il remplit le même emploi au congrès d’Arras (1435). Le 15 mars 1436, il prêta serment aux Anglais. (Voyez ci-après Reddition de Paris.) Quelques jours plus tard, il se montra des plus empressés à acclamer le gouvernement de Charles VII. Communications de MM. Quantin, archiviste de l’Yonne, et Bourquelot, auteur de l’Histoire de Provins. Registres de N.-D. L. L. 217, f° 164, 204, 226, 349. L. L. 416, f° 78. X.X. 1481 (Conseil), f° 118, 120.

  134. [1553]

    D. Plancher, t. IV, p. 165 et s. — Collection de Bourgogne, Ms. ancien s. fr., n° 292, t. X, p. 309. — D. Plancher, IV, 165 et s. Barante, VI, 182.

  135. [1554]

    Ibid. Philippe de Bourgogne convoitait la Champagne. Il l’avait reçue des deux rois belligérants, sans l’obtenir. D’après un passage du ms. cité (p. 312), l’évêque de Troyes (Jean Lesguisé), maître Jean Rennequin, et douze autres habitants, traitèrent avec le roi de la réduction de ladite ville (de Dijon). Un chartreux s’est entremis de rendre la ville de Paris en l’obéissance du roi. (Ibid.)

  136. [1555]

    Ms. fr. 292, t. X, p. 311 ; t. XI, 247. — Labarre, Mémoires de Bourgogne, t. XI, p. 205, col. 2, note d. — Dans le même temps, d’autres intrigues s’ourdissaient contre La Trémoille. On lit dans un mémoire secret pour le roi d’Angleterre, rédigé à l’époque du congrès d’Auxerre (novembre 1432) : …Item, que pour l’entretènement et conduite de la chose, soit trouvé moyen que M. de Richemont se départe de la charge de connétable de par delà et soit pareillement mis au dit office de par deçà, par le moyen de monseigneur de Bourgogne ; et avec ce lui soit donné la duchié de Touraine, la conté de Saintonge, le pays d’Aunis et la ville de La Rochelle, avecques les terres et seignories que tient le sr de La Trimoille ès païs de Poitou et de Saintonge et autres choses, etc. Ms. fr. 1278, f° 47. (Communication de M. Paulin Paris.)

  137. [1556]

    Cabinet des titres : La Trémoille, à la date. — Catalogue de D. Fontenau, p. 331. — Bibliothèque de l’École des chartes, t. VI, p. 142. — Beauregard, Souvenirs du règne d’Amédée VIII, p. 97, 101 et s. — Monstrelet-d’Arcq, t. V, p. 52. — Boutiot, Guerre des Anglais, p. 51 et s.

  138. [1557]

    Itinéraire. — Cougny, Château de Chinon, p. 27, 69 et s. — Jean Chartier, t. I, p. 170. — Nicole Gilles, 1557 ; in-f°, p. lxxxij. — Anselme, Coëtivy. — D’Argentré, Histoire de Bretagne, 1618, in-f°, p. 790.

  139. [1558]

    Les mêmes. — Berry, p. 386. — Monstrelet, p. 73. — Dom Gillesson, Compiègne, t. V, p. 31. — Ms. Baluze, 7905, 2, f° 148 v°. — Massiou, Histoire de Saintonge, p. 273. — P. P. 2298 : septembre 1434. Pierre d’Amboise, seigneur de Chaumont, cousin de Louis d’Amboise, vicomte de Thouars, avait épousé, le 23 août 1428, Anne de Bueil, sœur de Jean. Les deux beaux-frères étaient unis dans l’expédition.

  140. [1559]

    Cougny, Notice et planches. Gruel, p. 372. — Cagny, chap. CXX. — Abrégé chronologique dans Godefroy, p. 337.

  141. [1560]

    Ms. Dupuy, 519. — Ms. fr. 5038, f° 4. — Ms. 500 Colbert, n° 195, f° 19. — Boutiot, Guerre, p. 40. — Bibliothèque de l’École des chartes, 4e série, t. V, p. 510. — Duchesne, Œuvres d’Alain Chartier, 1617, in-4°, p. 838.

  142. [1561]

    Jean Chartier, t. I, p. 171. — Gruel, p. 372, 373. — Preuves de Bretagne, t. II, col. 1267.

  143. [1562]

    Actes administratifs de 1433 (juillet à octobre) : Ordonnances, XIII, 188 à 192. — Lépinoy, Histoire de Chartres, I, 545. 1434, mars à novembre : Ordonnances, XIII, 191 à 204 ; XV, 166, 222, 238, 275, 575 ; XVII, 375 ; XVIII, 676 ; XIX, 340. — Ms. De Camps, 49, f° 181 à 146. — Catalogue de D. Fontenau, p. 332. — Gall. Christiana vetus, 1656, in-f°, t. I, p. 58. — E. di Pietro, Histoire d’Aigues-Mortes, 1849, in-8°, p. 181. 1435, mars à juillet : Ordonnances, XIII, 205, 210 ; XVIII, 500 ; XIX, 299. — Ms. Harlay, 101, 5, f° 254. — Ms. Gaignières, 649, 5, f° 39.

  144. [1563]

    K.-K., 244, f° 28, 29. — Berry dans Godefroy, p. 388. — D. Vaissète, livre XXXIV, chapitre 54. — Chronique de Flandres, citée, p. 419.

  145. [1564]

    Godefroy, ibid.Amplissima Collectio, 1733, in-f°, t. VIII, col. 719, 720. — Bibliothèque de l’École des chartes, t. VIII, p. 145, 146. — Histoire de l’Église gallicane, in-8°, t. XX, p. 255, 256. — Chroniques de Flandres, ibid.

  146. [1565]

    Berry cité. — Monstrelet-d’Arcq, V, 89. — Les épices étaient de menus aliments qui se consommaient en dehors des repas. Elles consistaient en sucreries et conserves de fruits diversement préparées.

  147. [1566]

    Berry. — Monstrelet.

  148. [1567]

    Péricaud, Notes sur Lyon, 1839, in-8°, p. 50. — Itinéraire : 1434, juillet 8, Aigueperse ; 9, Amboise ; 10, Chinon ; 25, Bourges.

  149. [1568]

    Monstrelet, V, 63 à 102. — Chroniques de Flandres, ibid. — Saint-Rémy, p. 528 à 538. — Boutiot, Guerre, p. 61 à 64. — Bibliothèque de l’École des chartes, t. VI, p. 147. — Gruel, p. 372. — Du Tillet, Traités, p. 241. — Berry, p. 389. Z. Z. 765, p. 17. — Ms. Collection de Bourgogne, t. X, p. 402. — Beaurepaire, États, p. 46. Catalogue Teulet, p. 404 à 407.

  150. [1569]

    [NdÉ : Vallet de Viriville avait écrit le 17 juin, avant d’indiquer la correction en tête du chapitre VII.] Arcère, Histoire de La Rochelle, t. I, p. 272. — Le ms. fr. 1278 contient au f° 73 un document inédit et sans date, qui commence par ces mots : Pour le secours de la flotte estant présentement à La Rochelle, etc. (Com. de M. P. Paris.) Cette pièce provient d’un secrétaire de Philippe le Bon et pourrait se rapporter à l’expédition de 1434 ? — Journal de Paris, p. 700-3. — Massiou, Histoire de Saintonge, t. II, p. 275. — Monstrelet, V, 91 à 131. — Gruel, 374-379, 386, 387. — Janvier, Rech. sur les Arbalétriers, p. 13. — Berry, 387-9. — Histoire de Chartres, I, 252. — Preuves de Bretagne, 1267. — Dom Huynes, St-Michel ; ms. cité p. 214. — Cagny, ch. 124, 128, 134. — Basin, I, 109. — Jean Chartier, I, 170, etc. — Ce jour, après mie nuit, par faulte de bon guet, entrèrent en la ville de St-Denis les capitaines de Melun et de Laigny, accompaignez comme on disoit, de trois à quatre cents combattants, gens de guerre. (X. X. 1481, f° 101.)

  151. [1570]

    Quicherat, Rodrigo, mémoire cité. — Amplissima Collectio, VIII, 528.

  152. [1571]

    Il nous est resté, de Philippe le Bon, de nombreux et excellents portraits. L’un des plus distingués, peint en miniature et d’une exécution exquise, se voit en tête de la Chronique de Hainaut, ms. 9242 de la bibliothèque de Bourgogne. Cette merveilleuse vignette est datée, par le manuscrit même, de 1449. Elle a été lithographiée pour accompagner le tome V de M. de Barante (Ducs de Bourgogne), éd. belge de M. de Reiffenberg.

  153. [1572]

    Journal de Paris, p. 698, 699. — Monstrelet, V, 44, 55. — Félibien, Preuves, t. II, p. 594. — D. Plancher, t. IV, p. 168. — K. de Lettenhove, Histoire de Flandres, 2e éd. 1854, in-12, t. III, p. 194.

  154. [1573]

    Monstrelet, p. 57, 58. — Le 14 avril 1432, H. de Beaufort avait tenu sur les fonts Josse de Bourgogne, né à Gand, fils de Philippe le Bon et d’Isabelle de Portugal. Monstrelet, V, 49, 50.

  155. [1574]

    D. Plancher, t. IV, Preuves, page cxliv et s. — Journal de Paris, p. 699. — Lettres des Rois et Reines, t. II, p. 420. — Monstrelet, p. 106. — Saint-Rémy, p. 538. — Gruel, p. 376. — Du Tillet, Traités, p. 225. — Collection de Bourgogne, ms. ancien s. fr. n° 292, t. X, p. 348 et s. ; 410. — Basin, I, 96. — Bréquigny, ms. 81, p. 143, 145. — Proceedings, IV, 155, 159. — Delpit, Documents anglais, p. 266. — 1435, janvier, 31, Traité de paix et alliance, signé à Madrid entre les ambassadeurs de Charles VII et le roi de Castille. Ms. lat. 6024, f° 34. — Du Mont, Corps diplom., t. II, partie II, p. 298. Ms. s. fr. 4805, f° 235, v°.

  156. [1575]

    Le 2 avril 1435, il est donné lecture à MM. de Notre-Dame en chapitre, d’un projet d’adresse rédigé au nom des trois États pour être envoyé au duc de Bourgogne. Ce projet obtient l’approbation du chapitre (L. L., 414, f° 91.). Le 14, réception de ce duc. Le 29, procession afin d’obtenir la paix ; 13 mai, le chapitre nomme des députés au congrès d’Arras. (Ibid., 92.)

  157. [1576]

    Journal, p. 702. — Monstrelet, 109. — Guill. Gruel, p. 377. — Amplissima Collectio, VIII, 799, 800. — Gachard (Dijon), p. 37. — Vint à Paris le duc de Bourgogne à moult noble compagnée de seigneurs et de dames. Il admena avec lui sa femme la duchesse et un bel fils qu’elle avoit eu de lui en mariage ; et avec ce admena trois jeunes jouvenceaux, qui moult beaux estoient ; qui n’estoient pas de mariage, et une belle pucelle ; et le plus vieux n’avoit pas plus de 10 ans ou environ, et avoit en sa compagnée trois chariots tous couverts de drap d’or, et une litière pour son fils de mariage, car les autres chevauchoient très bien… (Journal, p. 703.)

  158. [1577]

    Journal de Paris, p. 703. — Delpit, Documents, p. 251. — D. Plancher, t. IV, p. 196.

  159. [1578]

    Garnefeldt, Vita beati Nicolai Albergati, etc. ; Cologne, 1618, in-4°, p. 96 et s. — Rymer, Fœdera, t. V, p. 18. — Journal de la paix d’Arras (en français) ; Paris, 1651, in-12, p. 1, 118 et passim. — Et a esté estimée la convention faicte audit lieu d’Arras, par Gouville, fourrier dudit duc de Bourgogne, la somme de 500 chevaliers ; et en nombre l’assemblée toute estoit de neuf à dix mille, qui est la plus belle convention c’om saiche avoir esté de longe temps. (Jean Chartier, t. I, p. 207, 208.)

  160. [1579]

    Rymer, 1741, t. V, p. 18. — Sir H. Nicolas (Journal of an Embassy of the count of Armagnac, 1828, in-8, p. IX) mentionne comme existant dans le ms. Harléyen en 1763 le journal d’une ambassade accomplie en juin 1435, à Arras, etc. Cette mention, peu exacte, s’applique exclusivement à la pièce diplomatique publiée par D. Plancher ; t. IV, Preuves, p. cxlviij et s.

  161. [1580]

    Journal français cité. Journal anglais (en latin) ; ms. 81 de Bréquigny, f° 151, v°. — Armorial du Congrès ; Bibliothèque de l’École des chartes, t. VIII, p. 1.18 tt s. — Jean Chartier, t. I, p. 185 et s. Cagny, chapitre 128. — C. Zantfliet, Amplissima Collectio, t. V, p. 437.

  162. [1581]

    Ms. de Bourgogne, t. X, p. 348 et s. — Ils. Bréquigny, ne 81, f° 149, 160 à 172. — Ms. Fontanieu, n° 117, à la date du 16 mai 1435. — D. Plancher, t. IV, p. 280. — Proceedings, t. IV, p. 301 et s.

  163. [1582]

    Pii Commentarii, 1614, in-f°, p. 3, 4, 158. Ms. 81 ; — D. Plancher, ibid.

  164. [1583]

    Ms. 81, f° 172 et s. — Stevenson, Henri VI, t. I, p. 51 et s. — Basin, I, 95. — Journal de Paris, p. 704. — Journal français d’Arras, p. 81. — Monstrelet, V, 132. — Amplissima Collectio, VIII, 364. Etc.

  165. [1584]

    Sources indiquées. — Ms. 81, f° 177-186.

  166. [1585]

    Monstrelet, V, 146. — Gruel, p. 378. — Journal d’Arras, p. 64. — Biographie Didot, article La Hire. Ms. fr. 371, f° 269.

  167. [1586]

    Sources citées. — Relation latine de l’ambassade, écrite au nom du concile de Bâle ; ms. 500 Colbert n° 64, pages 621 et s. ; 634. — En général, l’attitude de la papauté, dans le débat qui s’agitait entre la France et l’Angleterre, fut toujours digne et impartiale. Ainsi, dès 1420, la cour de Rome, malgré la pression du roi anglais, refusa de reconnaître le traité de Troyes. Elle ne cessa point de considérer Charles VII comme roi légitime. Voir sur ce sujet un document important : Discussion des différends entre les roys de France et d’Angleterre, dans Leibnitz, Mantissa codicis juris gentium. Hanovre, 1700, in-f°, page 76, § 67.

  168. [1587]

    Ea enim dies fuit quæ regnum Franciæ Carolo restituit. (Pie II, loc. cit., p. 158.)

  169. [1588]

    Du Boulay, V, 429. — Chronique de Normandie, f° 98, 182. — Gallia Christiana, IX, 88. — Dugdale, Baronagium, III, 102. — Journal de Paris, 704. — Journal d’Arras, 73. — Beaurepaire, États, p. 49. Ms. s. f. 4805, f° 240 v°.

  170. [1589]

    Stevenson, préface d’Henri VI, p. xlj et s. — Jean de Lancastre était né le 21 juin 1387. (Livre d’heures de Bedford, ms. La Vallière, n° 82 ; au calendrier : 21 juin.)

  171. [1590]

    Et par ce que madame la duchesse (Isabelle de Portugal) vouloit voir tout ce qui se feroit au dit jour et sans être veüe, entra en la chambre de dom Jacques de Bertangle, seigneur de Moutier et Vivier (associé bénédictin de St-Waast) ; laquelle chambre a regard sur le chœur de l’église, où elle fut durant la messe et autres cérémonies faites en lad. église. Journal d’Arras, p. 97. — Berry-Godefroy, p. 392. — Olivier de la Marche, p. 353.

  172. [1591]

    L’article 4 portait : Item. Monseigneur de Bourgogne nommera ceulx, dont il en sera lors informé, qui perpétrèrent le dit mauvais cas ou en furent consentants. Ici on lit en marge sur l’une des copies manuscrites du traité : Nota que M. le duc a nommé T. du Chastel, J. Louvet, président de Provence, chevaliers ; P. Frotier, escuyer ; M. Jean Cadart, physicien. Ms. Dupuy, 172, f° 14. — D. Plancher, t. IV, p. 219. — Gachard, Dijon, p. 68, 71, 117, 118.

  173. [1592]

    La Trémoille élevait des prétentions sur ce comté.

  174. [1593]

    Jean Chartier, t. I, p. 194, et s. — Monstrelet, V, 155 et s. — Saint-Rémy, p. 540 et s. — Ms. 308 dans les 500 de Colbert, et beaucoup d’autres copies.

  175. [1594]

    Monstrelet, p. 183. — Journal français, p. 99 et s. 1435, sept. 20. — Acte du légat du pape qui délie Philippe le Bon de son serment aux Anglais. K. 64, n° 36 bis. — On peut consulter encore, sur le traité d’Arras, Commynes-Dupont, t. I, p. 66 ; Olivier de la Marche, Panthéon, 1842 in-8°, p. 353 et s. ; P. de Cagny, organe des griefs de la maison d’Alençon-Orléans, chap. 130. Il y a là, dans ce dernier auteur, une critique sévère et intéressée, mais juste, toutefois, du traité d’Arras et de l’inertie personnelle manifestée jusqu’à cette époque par Charles VII.

    Parmi les nombreux documents inédits que nous avons eu l’occasion de consulter, relativement à ce congrès, nous signalerons, pour terminer, un écrit curieux : c’est le livre composé en latin, sous forme de vision, par Jean Jouvenel des Ursins, évêque de Beauvais. Trois dames : France, Angleterre et Sainte-Église, se réunissent à Arras afin de ramener la Paix. France s’appuie sur la loi salique, édictée par les Troyens. Charles VII, en droit, y est proclamé roi de France et d’Angleterre, etc. Ms. fr. 5028, f° 15 à 39. Voyez aussi mss. fr. n° 8354, 3, et Lancelot, n° 110.

  176. [1595]

    Journal de Paris, p. 664 et s.

  177. [1596]

    Journal, p. 667, 668. — Sauval, Antiquitez de Paris, t. III, p. 270, 278, etc. — Délibération du chapitre de N. D., du 23 mars 1424. Il autorise les clercs à représenter dans le cloître le mystère des Miracles de la Vierge, pour le jour de l’Annonciation, 25 mars. (L. L. 414, f° 65.)

  178. [1597]

    Nommée alors rue aux Oués ; aujourd’hui rue aux Ours. — Le nom de mât de cocagne paraît avoir été donné plus tard à la perche garnie de prix.

  179. [1598]

    Journal, 668-674. — Histoire de l’Université de Paris, V, 374.

  180. [1599]

    Journal, ibid. — P. Bataillard, De l’apparition et de la dispersion des Bohémiens en Europe, Bibliothèque de l’École des chartes, t. V, p. 438, etc. Bulletin de la Société des antiquaires de Picardie, 1859, p. 132 et s.

  181. [1600]

    Ms. Colbert, 9681, 5, f° 102. — Godefroy, Charles VI, p. 701. — Journal, 708. — Comptes de l’hôtel du régent, 1427-8 ; ms. de la bq. du Louvre. — Ms. fr. 7086, Pèlerinage de l’âme. — Ms. La Vallière, 82 (réserve). — P. Paris, Les Mss. françois, V, 131. British museum, additionnal mss., n° 18850. — L. L. 215, f° 381, etc. — Après la mort de Charles VI, la succession du roi de France fut livrée à la discrétion du régent. Celui-ci dirigea sur Westminster une partie des livres qui provenaient de la bibliothèque royale de Charles V, et beaucoup de meubles précieux. Louis, duc d’Orléans, avait fait décorer de splendides vitraux son manoir de Coucy. Durant la captivité du duc Charles, Bedford acheta sous main ces vitraux, qu’il envoya en Angleterre. Il les paya, dit-on, 12,000 livres (prises sur l’impôt français), et remplaça, par des verres blancs, les vitrines peintes, aux fenêtres du château. Ainsi se justifie ce mot appliqué par un historien ou journaliste contemporain à Bedford, qui toujours, dit-il, enrichissoit son pays d’aucune chose de ce royaume ; et si, n’y rapportoit rien que une taille, quand il revenoit. — Histoires de la bibliothèque royale de Paris : Jourdain, Catalogue des imprimés, p. vj ; Leprince, p. 11. — Le chevalier de Lépinois, Histoire de Coucy, p. 331. Journal, p. 672 b.

  182. [1601]

    Vallet de Viriville, Notice sur Morhier, Mémoires de la Soc. des antiq. de France, t. XXV. — Ordonnances, XIII, 88. — Journal, 668-670. — Guilhermy, Itinéraire de Paris, p. 329.

  183. [1602]

    Ordonnances, XIII, 108, 109. — Félibien, t. II, p. 808, 815. — Biographie Didot : N. Flamel et J. Pluyette. — Sauval, t. III, p. 270 et s. — Livre noir, aux archives de la préfecture de police, p. 41, 53. — Lettres du mois d’avril 1424, qui transportent les galoises de Baillehou (rue Taillepain, sur la paroisse de St-Méry), à la cour Robert (rue du Renard). J. J. 173, acte n° 130 ; et communication de M. Ad. Berty, chef du bureau topographique à la préfecture de la Seine. Guillebert de Metz, Description de Paris, éd. Lincy, p. 58, 73.

  184. [1603]

    Journal, p. 683.

  185. [1604]

    Nous citerons encore les ordonnances relatives à la grande draperie et à la draperie foraine de Rouen ; aux poissonniers de cette ville ; à la vicomté de l’eau ou navigation commerciale de la basse Seine. On peut alléguer au même titre celles qui concernent les chaussetiers de Bernay, les chaussetiers, drapiers et bouchers d’Évreux, les bouchers de Chartres, les foires de Champagne et de Brie (1425, novembre) ; les tisseurs en soie de Paris ; les chandeliers de Pontoise ; les pêcheurs de Bray-sur-Seine. Mémoire sur le trésor royal, ms. du dix-huitième siècle écrit pour les Paris de Montmartel, appartenant à M. P. Paris, de l’Institut. Chéruel, Histoire de Rouen, etc., p. 81. — J. J., 172 à 175. — Ordonnances, XIII p. 67 à 182. — Eugène de Lépinois, Histoire de Chartres, I, 514 ; II, 78. — Livre noir, f° 55, etc.

  186. [1605]

    P. P. 110, f° 191. Grandmaison, Dictionnaire héraldique, p. 866. Ordonnances, XIII, p. 59 à 112. Lettres des Rois et Reines, II, 449. Stevenson, Henri VI, I, 395. Vallet de Viriville, Histoire de l’Instruction publique, p. 193. Du Boulay, V, 369, 426, etc.

  187. [1606]

    P. Cochon, p. 466. — L. L. 217. — Journal de Paris, p. 694 et s. Etc.

  188. [1607]

    Les archives de Londres conservent à cet égard un curieux monument historique. C’est une ballade française transmise par les autorités de notre capitale à la métropole de l’Angleterre. En voici seulement la première strophe ou couplet :

    Je suis Paris qui ne fais que languir,

    Loin de secours, en douleur et martyre ;

    Loups ravissans me viennent assaillir

    De jour, de nuit, qui me veulent occire.

    Je perds mes gens ; mon mal toujours empire

    Et si, ne treuz qui me donne confort.

    Longtemps déjà que le duc de Bethfort

    S’en est allé pour moy, en Angleterre.

    Devers son roy et le mien secours querre,

    Qui pas ne vient ; dont je pers espérance.

    Seigneurs anglais, renvoiez le bon erre

    Ou vous perdrez Paris et toute France !

    Archives de la mairie de Londres, registre K, f° 103. — Delpit, Documents anglais, p. 238, 249. — Lettres des rois et reines, II, 416. — La situation de Paris était celle de toutes les contrées soumises à la domination anglaise. Voir dans Monstrelet la fameuse complainte ou ballade des Hélas, composée vers 1433, t. VI, p, 176 ; même auteur, LV, p. 74. — Pii commentarii, p. 158. Basin, t. I, p. 102. Etc., etc.

  189. [1608]

    Cicéron, De amicitia. — Ordonnances, XIII, 174, 176. — Delpit, Documents, p. 248 et s. — Proceedings, IV, 124. — Bulæus, Historia Univ. par., V, 420-430. — Félibien, Preuves, II, 594 b. — En 1432, la nation d’Allemagne remplaça définitivement, dans les registres de l’Université, la nation d’Angleterre.

  190. [1609]

    Journal de Paris, 698 a. — Félibien, II, 818 ; IV, 594. — Gallia Christiana, VII, 903. S.S. 4384, f° 53.

  191. [1610]

    Léchaudé d’Anisy, Chartes normandes du Calvados, 1835, in-8°, t. II, p. 394, n° 171. — Beaurepaire, Prisons de Rouen, p. 37. — Du Boulay, V, 422. — Gallia Christiana, XI, 493. — Journal, p. 700. — Sauval, Antiquitez de Paris, t. III, p. 588.

  192. [1611]

    Beaurepaire, Administration, p. 62 et s. — Basin, I, 104 et s. — Monstrelet, V, 105. — Chronique de Normandie, 152. — Jean Chartier, 1, 177. — Catalogue Joursanvault, t. II, p. 225, n° 3397. — Journal de Paris, p. 702.

  193. [1612]

    Les mêmes. — Jean Chartier, I, 172. — Cagny, chap. 122. — Monstrelet, p. 113. — Une autre famille noble (ou peut-être la même) s’appelait Cantepie ou Chantepie (et non Quatre-Pieds). Les Cantepie étaient du Taleu normand et servaient la cause française. Voyez Darsy, Histoire du canton de Gamaches, à la table : Cantepie. Jean de Cantepie, en 1421, appartenait au duc de Bourbon (Rymer, tome IV, partie VI, p. 10). Pierre Cantepie, en 1455, fut verdier de la forêt de (Lucy ?), vicomté de Neuchâtel (P. P. 110, f° 294).

  194. [1613]

    Basin, I, 106, 107. — Cagny, chap. 122. — Monstrelet, p. 113, évalue à 12 mille le nombre des assaillants ; Basin : plus de 30 mille ; Cagny : passé 40 mille ; Jean Chartier (p. 150 à 172) : plus de 60 mille. — Charles d’Orléans avait conseillé aux Anglais, pour maintenir l’ordre en Normandie, d’armer les paysans. Quelques piques et des épieux avaient été distribués, dans cette vue, aux Normands, par les autorités anglaises. Voyez L. Puiseux, Insurrections populaires en Normandie, p. 13.

  195. [1614]

    Il portait le titre de lieutenant du régent, sur le fait de la guerre ès pays d’entre Seine, Loire et la mer. Le 8 septembre 1434, il reçut en don, au nom d’Henri VI, le duché de Touraine.

  196. [1615]

    Les mêmes. Catalogue Teulet, p. 104. — Polydori Vergilii, Anglorum Historia, Bâle, 1555, in-f°, p. 483. — Dugdale, Baronagium, t. I, p. 320 et s. : Arundel était né en 1365. — Basin, p. 109.

  197. [1616]

    Basin. — Chartier. — Cagny. — Berry-Godefroy, p. 338. — On lit dans le Journal de Paris-Anglais (dit le Journal d’un Bourgeois) : Desdites communes qui furent tuées, n’estoit plus parlé ; fors que quand on parloit à Paris que c’étoit pitié, aucuns disoient que bien l’avaient déservi (mérité)… que les vilains vouloient destourber aux gentilshommes à faire leur volonté et que ç’avoit esté à bon droit… P. 702 b.

  198. [1617]

    L’hyver estoit dur et âpre ; les communes s’en aloient par chacun jour d’emblée. Le roy n’envoya point les gens, ni l’argent qu’il devoit envoyer. Par ce, ledit duc d’Alençon fut contraint à s’en venir. (Cagny, chap. 123). — Catalogue Teulet, p. 410. Le 9 février 1435, une procession générale, en présence du chancelier, a lieu dans Paris, pour l’éloignement de certains ennemis du roi qui étoient en Normandie, etc. (L. L. 414, f° 91.)

  199. [1618]

    Basin, 107. Puiseux, p. 17.

  200. [1619]

    Chronique de Normandie, f° 185. — Basin, 109. — Monstrelet, 118 et s.

  201. [1620]

    Vitet, Histoire de Dieppe, p. 37. — Monstrelet, 117 et s. — Delpit, Documents, p. 252. — M. de Grattier, membre de la Société des Antiquaires de Picardie, a consacré à Charles Desmarets une notice intéressante, insérée dans la Galerie Dieppoise, publiée par M. l’abbé Cochet, Dieppe, 1862, in-8°, p. 25 et s. L’énergique Desmarets mourut plus que centenaire, dit son biographe, en 1515 (ibid., p. 34).

  202. [1621]

    Monstrelet, V, 204. — Catalogue Teulet, p. 413. — Holinshed, t. II, p 1256.

  203. [1622]

    Basin, III. — Vitet, Histoire de Dieppe, p. 35, 37. — Monstrelet, V, 201. — Cagny, chap. 134. — Gruel, p. 378. Chronique de Normandie, f° 180, v°.

  204. [1623]

    Berry, p. 392. — Monstrelet, p. 201. — Jean Chartier, p. 174. — Basin, p. 113. D’après Thomas Basin, natif du pays, Charles Desmarets était plébéien, manouvrier de terre. Cependant Cagny (également Normand) le qualifie d’écuyer. Le poste de capitaine de Dieppe, qu’il aurait occupé en 1420, rend plus vraisemblable cette dernière hypothèse. Sa postérité, dans tous les cas, paraît avoir été incorporée à la noblesse. Suivant M. de Grattier, allié à la descendance de cette famille par les femmes, Charles Desmarets était un gentilhomme du bailliage d’Arques. Galerie Dieppoise, p. 28 et s.

  205. [1624]

    Et au commencement, il y en avoit plusieurs (parmi les gentilshommes) qui ne savoient si se mettroient sus contre les François ou contre les Anglois ; mais finalement, se tournèrent du parti des François. Gruel, 378, Basin. — Monstrelet. — Chartier, 174, 216. — D’après Monstrelet (p. 202), Arthur de Richemont aurait pris part en personne à la campagne du pays de Caux. Mais le chroniqueur bourguignon semble avoir été mal informé sur ce point. Richemont ne quitta pas les régions de la Loire ; partagé entre Parthenay, sa résidence, et celle du roi ; voyez Gruel, loc. cit. — Asseline, Histoire de Dieppe, 1682, in-folio ; ms. de la bibliothèque de Dieppe, f° 34 v° et s.

  206. [1625]

    Les mêmes. — Le sire de Montivilliers périt au siège d’Harfleur. (Chronique de Normandie, f° 183 v°). — Le 4 janvier 1436, Berry le héraut et un poursuivant du maréchal de Rieux arrivent à Compiègne. Ils annoncent que Montivilliers, Fécamp, etc., viennent de se soumettre. (D. Grenier, t. XX bis, f° 17). — Catalogue Teulet, p. 415, 416. — 1436 mars 12. Lettres données à Poitiers par Charles VII : il homologue des statuts pour les drapiers de Montivilliers (Ordonnances, XV, 30).

  207. [1626]

    Chronique de Normandie, f° 184. — Vers le même temps, Gilles de Saint-Simon, lieutenant du connétable, fut pris par les Anglais dans une course devant Caudebec. Gruel, 379.

  208. [1627]

    Basin. — Chronique de Normandie. Holinshed, p. 1256.

  209. [1628]

    Cabinet des titres, dossier Luxembourg, à la date. Lettres des rois et reines, II, 423 et s. — Dans le même temps, les côtes méridionales de la France étaient menacées d’invasions maritimes. Lettres données à Tours le 9 décembre 1435, contresignées : par le roy, Christophe de Harcourt, Hugues de Noyers. À l’évêque de Laon (Guillaume de Champeaux), président des finances, en Languedoc… pour ce que naguères nous a esté rapporté que plusieurs grans armées se mettent sus à présent ès mers de Catheloigne (Catalogne) et de Jannes (Gènes), avons délibéré de pourveoir prestement à noz places qui sont ès marches de Languedoc et mesmement ès places et ports de mer… Il alloue 4 mille moutons d’or à T. Duchâtel, sénéchal de Beaucaire et capitaine d’Aigues-Mortes, pour que ce port (entre autres) soit mis en état de défense.

  210. (Dossier Du Châtel.) — Parliament rolls, IV, 481. Beaurepaire, États, p. 49 et s. Holinshed, 1256. Stevenson, Henri VI, t. I, p. 424 et s. — Jean Chartier, t. I, p. 174. — Basin, 114, 118.
  211. [1629]

    Deux cent mille âmes, au dire de Thomas Basin, périrent dans cette campagne, p. 117. Chronique de Normandie, f° 184.

  212. [1630]

    Cagny, chapitres 123, 129, 131. — Basin, 116. Ce dernier auteur stigmatise la conduite de Charles VII par des traits d’une excessive énergie. Nous reviendrons sur ce point d’appréciation morale dans le chapitre suivant.

    Paris-Anglais. — En 1425, Regnault Quiéret, chanoine de Reims, se trouvait dans un cabinet ou retrait contigu à la salle capitulaire de la cathédrale, en compagnie de Pierre Bourreclot, chapelain de l’église métropolitaine. Ce cabinet était orné d’un tableau, rehaussé de figures et enluminé, qui représentait la généalogie du jeune roi Henri VI. Au-dessous, se lisaient quelques vers, sur la cruelle mort de Jean sans Peur. À l’occasion de ce tableau, une vive discussion politique s’éleva entre Bourreclot et Quiéret. Le chanoine prétendait que iceux vers ne dévoient pas estre mis enledit tableau, et ledit chapelain, au contraire. La dispute s’échauffa : si bien que R. Quiéret, tirant de sa poche son couteau, effaça cette souscription, en dépit de Bourreclot et de sa résistance. Dans la chaleur de l’action, le couteau du chanoine s’égara même au delà des vers et endommagea une partie de la royale généalogie. Quiéret, dénoncé par Bourreclot, s’enfuit de Reims. Mais, appuyé de protecteurs puissants, il vint à Paris et se pourvut par-devant la chancellerie. Des lettres d’abolition lui furent accordées, attendu, entre autres considérants, que ledit Quiéret est jeune, ignorant et povre de sens. Il dut aussi remplacer, à ses frais, par deux tableaux neufs, celui qu’il avait endommagé. (Acte du 3 juin 1427 : J. J. 173, f° 329.)

    Le ms. latin 7443 contient un recueil de figures et de prédictions astrologiques et politiques, dressées pour la plupart en 1426, à la requête du gouvernement anglais. Elles concernent Henri VI, le régent Bedford, le comte de Salisbury, sir John Fastolf, le duc de Bourgogne ; Jean de la Trémoille, sire de Jonvelle ; le duc de Bretagne, le duc d’Alençon, le connétable de Richement, et enfin Charles VII. Ce recueil paraît avoir eu pour principal auteur Jean Halboud de Troyes, personnage dont nous avons parlé ci-dessus, au livre II, chapitre X.

  213. [1631]

    Le lundi 8 mars 1433 (1434 n. s.), religieuse personne, frère Robert de Balincour, célérier du monastère de Saint-Denis en France, a envoyé en garde à Messieurs les doyen et chapitre de Saint-Étienne de Bourges, les saintes reliques de la Couronne et du Clou. Messieurs ont promis et se sont obligés de les rendre toutes et quantes fois ils en seraient requis de la part de l’abbé et du couvent dudit monastère et du consentement du roi de France, ou de son successeur. Registre, aujourd’hui brûlé, des délibérations capitulaires (en latin) de la cathédrale de Bourges, à la date. Traduit sur un extrait copié aux archives du Cher avant l’incendie, le 18 août 1849. On voit que le couvent, dès 1434, prenait ses précautions. Ces reliques furent en effet restituées à Saint-Denis par Charles VII, en 1445. Raynal, Histoire de Berry, t. III, p. 29.

  214. [1632]

    Journal de Paris, p. 703 et s. — Monstrelet, V, 125 et s. — Jean Chartier, 1, 179 et s. — Berry, 389 et s. — Gruel, 378 et s. — Cagny, ch. 126 et s. — Journal d’Arras, p. 103 et s. — Catalogue Teulet, 412, 418. — Basin, I, 119 et s. — Ab. Desjardins, Négociations avec la Toscane ; Documents inédits, in-4°. t. I, p. 56. — Lettres de Charles VII, archives de Reims, 10 octobre 1435. — D. Morlot, Histoire de Reims, 1843, in-4°, t. IV, p. 178. — Amplissima collectio, 1733, in-f°, t. VIII, p. 861-4.

  215. [1633]

    Isabeau expira le 29 septembre 1435. L. L. 217, f° 174 (2e partie). — Félibien, t. II, Preuves, p. 595 a. — Vallet de Viriville, Isabeau de Bavière, 1859, in-8°, p. 38. Etc.

  216. [1634]

    Basin, I, 119. — Journal de Paris, 705. — Monstrelet, 205. — Jean Chartier, 217. — Félibien, Histoire de Paris, t. II, p. 822 ; t. IV, p. 595 b. — Anselme, à Charles d’Anjou. — Proceedings of the privy council, etc., IV, p. 310 et s.

  217. [1635]

    Et en eut ledit escossois pour ce faire cinq cens escus et tous les biens du capitaine anglois, qui estoit à Paris. Berry, 392. — Jean Chartier, I, 178. — Monstrelet, 236. — Basin, 122.

  218. [1636]

    Autres lettres analogues du 3 mars 1436 données à Poitiers : La reine de Sicile, les ducs de Bourbon, d’Alençon, Charles d’Anjou, le comte de Vendôme, le chancelier ; les archevêques de Vienne, de Toulouse ; les évêques de Poitiers, de Maguelonne ; Christophe d’Harcourt, le maréchal de la Fayette, le grand-maître des arbalétriers ; les sires de Bueil, de Trèves, de Gaucourt, de Chaumont, de. Coëtivy, Th. de Falpergue, B. de Beauvau ; maîtres Geoffroy Vassal, Jean Fournier, R. de Bouligny et autres, présents. K 949, n° 26.

  219. [1637]

    Itinéraire. — Félibien, Preuves, 559 b. — Gruel, 377, 379. — Ms. français n° 8405, C, f° 213. — Arch. de la Préfecture de police, livre vert vieil ; 2e pièce. — K. 919, n0s 24, 27, 28. — Lettres données à Poitiers par Charles VII, le 15 mars 1436 : il valide les sentences rendues par les autorités anglaises entre Français, dans les villes rebelles (Livre vert vieil 2e, f° 33) ; Du Tillet, Traités, p. 241.

  220. [1638]

    Journal de Paris, p. 705. — Monstrelet, p. 217. — Gruel, p. 380 b. Etc.

  221. [1639]

    Ces deux derniers prélats se rendirent Français immédiatement après la victoire. Jacques du Chastelier (de Castellari), créature de Bedford, était un gentilhomme espagnol, issu de la maison des comtes de Jaavedia (ou Saavedra ?) Licencié en décret, il n’avait reçu que l’ordre de sous-diacre… Il fut successivement archidiacre de Bruxelles, trésorier de Reims, puis évêque de Paris, sacré par Cauchon. Il mourut de la peste en 1438. (Gallia Christiana, VII, 146 et s.) — Le Journal de Paris lui consacre ces mots pour toute oraison funèbre : Trépassa l’évesque de Paris, nommé sire Jacques, un homme très pompeux, convoiteux, plus mondain que son estat ne le requéroit. (P. 714.)

  222. [1640]

    Ms. fr. 2882, f° 110. — Félibien, Preuves, ibid., 596 a. — Le 4 avril, quatre cents soldats anglais n’étaient point payés de leur solde : ils désertèrent et se répandirent en pillards dans la banlieue. — Journal, p. 705, 706.

  223. [1641]

    Ordonnances Barbines, X. X. 8594, fus 32, 33. — Du Tillet, Traités, p. 241.

  224. [1642]

    Journal, p. 704 à 706. — Monstrelet, 187, 21 S. — J Chartier, 183, 222. — Berry, 392, 393. — Gruel, 380, 381. — Basin, 120, 121. — Cagny, chapitre 135.

  225. [1643]

    Cabinet des titres, dossier Laillier. — Bourgneuf, Mémoire sur les privilèges des Trésoriers de France, etc., Orléans 1145, in-4°, p. 9. — Denys, Armorial de la chambre des Comptes, Paris, 1789, in-4°, p. t. I, p. liij et s.

  226. [1644]

    En 1410, Michel de Lallier était seigneur de La Chapelle près Paris, et du Vivier-lès-Aubervilliers. Il fit édifier, en 1416, sur le pont Saint-Michel, 16 loges ou maisons, louées en bail aux vies de lui et de Jeanne, sa fille, âgée de 8 ans. Il possédait à Gonnesse un hôtel et ses dépendances avec 145 arpents de terre. En 1436, il s’enrichit des confiscations opérées après la réduction de Paris sur les partisans des Anglais. Michel de Lallier devint enfin seigneur d’Hermenonville et autres terres ; toutes situées, comme les précédentes, en France et dans les environs de Paris. Dossier Laillier. P. P. 118, f° 198. — Sauval, Antiquitez de Paris, t. III. p. 271.

  227. [1645]

    Religieux de S. Denis, IV, 763 ; VI, 173. — Fournival, Recueil des Trésoriers, 1655, in-f°, p. 13. — Monstrelet, III, 140. — Cousinot, p. 178. — Jean Chartier, III, 282, 287.

  228. [1646]

    Denys. Dossier Laillier. — Monstrelet, t. IV, p. 135, note 2.

  229. [1647]

    Denys. — Beaurepaire, Administration, p, 5. — Ms. Fontanieu, 115-116. X. X. 1481, f° 118. — Félibien, Histoire de Paris, t. II, p. 822 et s. — Dossier Laillier. — Chronique de Cousinot, p. 21, 23.

  230. [1648]

    Perceval de Cagny, ch. 136. — Berry, p. 393. — Gruel, p. 362. — Kausler, Atlas des batailles, Karlsruhe, 1831, grand in-folio, planche 34 : le texte, in-4°, page 151. On trouvera dans cet ouvrage un excellent précis des opérations militaires, accompagné d’un plan fort intéressant de Paris, en 1436. Les Chartreux : aujourd’hui Jardin du Luxembourg.

  231. [1649]

    Gruel. Cagny, ch. 137. Jean Chartier, I, 224. N. Gilles, 1557, t. II, f° lxxxv.

  232. [1650]

    Journal de Paris, p. 706. X. X. 1481, f° 120 v°. — Jean Chartier.

  233. [1651]

    Gruel, 362. — Monstrelet, 249. — Basin, p. 122. — Jean Chartier, 226. — Registre capitulaire de Notre-Dame de Paris. L. L. 217, 2e partie, f° 206. — Violet le Duc, Architecture militaire, p. 115.

  234. [1652]

    La croix rouge, droite, était l’insigne des Anglais ; la croix blanche, droite, celui de Charles VII, et la croix rouge en sautoir ou de Saint-André était l’insigne de Bourgogne.

  235. [1653]

    Journal. — Gruel.

  236. [1654]

    Le Vavasseur et Morhier pouvaient être compères : 1° si tous deux avaient tenu un même enfant sur les fonts ; car un baptisé avait plusieurs parrains ; 2° si Vavasseur avait été parrain d’un enfant de Morhier ; 3° si Morhier avait donné son nom à quelque enfant de Vavasseur.

  237. [1655]

    Eh quoi, traître, es-tu contre nous ?

  238. [1656]

    Jean Chartier, 255. — Journal, 706.

  239. [1657]

    Journal, p. 707. — Gruel, 382. — Cagny, chap. 137. — Monstrelet, 220. — Livre vert vieil 2e, f° 25.

  240. [1658]

    Les épiciers (aujourd’hui bien déchus) occupaient, au XVe siècle, le deuxième rang parmi les six principaux corps de métier de la capitale. … À Jehan Asselin, espicier ; bourgeois de Paris, la somme de 22 liv. ou 3 s. t. ; pour avoir vendu une chandelle de cire, qui ard (brûle), jour et nuit, en l’église de N. D. de Paris, devant la représentation de ladite Vierge ; ladite chandelle pesant 110 livres de cire, présentée le 3 juin 1425. — Au sonneur des petites cloches en l’église de N. D. de Paris, et allumeur de la chandelle qui ard jour et nuit… pour ses gages d’un an, 100 s. p. Comptes de la ville : K. K. 402, f° 65 et 66 v°.

  241. [1659]

    L. L. 217, P 206. — Gruel, 387. — L’hôtel du Porc-Épic, où logeait le connétable, avait appartenu à Louis, duc d’Orléans.

  242. [1660]

    Du Boulay, Historia Univ. Paris., t. V, p. 435. — Félibien, Histoire de Paris, p. 823 et les preuves citées. Ms. 2882, f° 108. Etc.

  243. [1661]

    Terres basses, cultivées par les maraîchers.

  244. [1662]

    Jean Chartier, 225. — Gruel, 382.

  245. [1663]

    Livre vert vieil 2e, pièce 2. — Félibien, 823, 824 ; preuves 559, 597. — Mémorial K, f° 1. — Ms. Arsenal, Histoire, n° 467, f° 406, v°. — Fournival, Trésoriers, p. 13. — Ordonnances, XIII, 218. — Ms. de la préfecture de Troyes VII, d, 1, f° 160 v°. — Liney, Histoire de l’Hôtel de Ville de Paris, 1846, in-4°, p. 156. Journal, p. 707 b. — Godefroy, Charles VI, p. 527.

  246. [1664]

    L. L. 217, f° 206. — Basin, I, 122. — Berry, 394. — Gruel, 382, 388. — Cagny, ch. 137. — Journal, p. 707, 708. Et à leur département firent lesdits parisiens Brant huée en criant : À la keuwe ! (Monstrelet, 221) ; … au regnard ! (Jean Chartier 228). La queue de renard était l’emblème particulier de Henri V.

    On lit dans le registre des élections municipales de Paris K. K. 1009, f° 5 v° : Le lundi vingt-troisième jour de juillet 1436 (terme ou époque légale), auquel [an] la ville de Paris fut réduite et mise par les bourgeois et habitants d’icelle et par leur entreprise en l’obéissance du roy, notre sire Charles VIIe, fut faicte nouvelle élection de prévost des marchands et de quatre eschevins, c’est assavoir des personnes de sire Michel de Laillier, esleu pour prévost ; et lequel avoit esté chief et conducteur desdits bourgeois et habitants, en faisant ladite réduction, en reboutant les Anglois et adversaires dudit seigneur ; — et Jehan de Belloy, Nicolas de Neufville, Pierre de Laudes et Jehan de Grant-rue, esleus pour eschevins ; — tous iceulx prévost et eschevins, natifs de la ville de Paris ; et lesquels firent le serment ès mains de M. le doyen de Paris (Jean Tudert), lors tenant et gardant le petit scel du roy notre sire.

    Il s’agit ici du sceau de la prévôté ou du Châtelet de Paris. Cette élection régularisa les pouvoirs de Laillier, qui exerçait en fait depuis le 14 avril.

    Le 20 avril 1436, les chanoines de Paris eurent besoin d’argent pour répondre aux demandes de contributions que le connétable leur adressait au nom du roi Charles. Par délibération du Chapitre, des chanoines-commissaires visitèrent l’argenterie du trésor. On résolut de sacrifier le tableau d’or émaillé donné par Bedford, présent et souvenir de la dynastie déchue. Ce tableau fut vendu à un orfèvre de Paris, moyennant 300 livres, et le prix, remis aux receveurs du roi. L. L. 217, 2e partie, f° 207.

    1436 et 1437. Horoscopes politiques sur les révolutions de la nativité de Henri VI et de Charles VII. — Ms. lat. 7443, f° 84, 85. — Figura revolutionis Henrici regis Anglie pro anno 1436. (Ibid.)

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