A. Vallet de Viriville  : Histoire de Charles VII (1862-1865)

Tome III : Livre VII (1444-1453)

1Livre VII
Période d’Agnès Sorel. Affranchissement du territoire national. Depuis les trêves jusqu’à l’entière expulsion des Anglais (1444 – 1453).

Chapitre I
Agnès Sorel (1415 ? – 1444)

Le lecteur a vu, par les derniers chapitres du précédent volume, quel changement s’était opéré dans la conduite et le caractère de Charles VII. Tous les historiens ont été frappés de cette métamorphose et se sont enquis des circonstances ou des causes qui la déterminèrent.

Charles VII, en se modifiant avec l’âge, subit l’influence de la loi naturelle qui préside à notre développement. Ses progrès, sous ce rapport, durent être, lorsqu’ils s’accomplirent, d’autant plus rapides et d’autant plus complets, qu’ils avaient été, jusque-là, 2plus lents et plus tardifs. En s’améliorant devant les leçons de l’expérience, Charles VII obéit à une autre loi, moins visible et plus haute, qui oblige toute conscience humaine : perfectionner, dans l’exercice de la vie, ses facultés individuelles et s’avancer de plus en plus vers le bien.

Mais ces mobiles, si simples et si plausibles qu’ils soient, ne suffisent point à expliquer complètement la merveilleuse transformation qui nous occupe. Ce changement, par son caractère presque subit et radical, semble dénoter l’effet d’une cause spéciale et d’une influence extérieure : ce caractère est celui d’une conversion.

Une femme, Agnès Sorel, à qui l’histoire prête la séduction de la beauté, rehaussée de facultés supérieures, aurait été l’Égérie, la Béatrice mystérieuse qui présida, dit-on, à ce changement. Léguée jusqu’à nous, d’âge en âge, cette tradition a été embrassée surtout, d’enthousiasme, par la jeunesse, par les poètes et les hommes d’imagination. Au contraire, des érudits, des moralistes austères, ont opposé à cette hypothèse une sorte de fin de non recevoir préjudicielle. Ils se sont attachés, de plus, à nier la réalité historique de cette influence et à la réfuter par divers arguments.

D’autres ont voulu faire honneur de cet ascendant à la reine Marie d’Anjou. D’autres encore ont pu ou pourront l’attribuer à sa mère, Yolande d’Aragon.

En ce qui concerne Marie d’Anjou, cette attribution ne subsiste plus devant une étude, quelque peu approfondie, du caractère et des facultés de cette princesse. 3La modeste reine montra, pendant toute son existence, l’exemple des plus pures vertus domestiques. Mais, dévouée à son époux jusqu’à des bornes si reculées qu’elles nous étonnent, la pieuse Marie n’aspira jamais à la direction morale du roi Charles VII. Dans sa naïve et chrétienne abnégation, les actes authentiques de sa vie privée nous la font voir admirant cet époux, ou subissant, du moins, sa volonté souveraine, jusque dans ses écarts les plus redoutables et les plus sensibles au cœur de toute femme. Bien loin d’aspirer au rôle dominateur d’une Béatrice, l’attitude beaucoup plus humble de Griselidis paraît être celle que la sainte reine de France accepta ou se donna volontairement.

Yolande d’Aragon, ainsi que l’a conjecturé M. Michelet1809, a pu intervenir dans cette action, comme un auteur initial, mais indirect. Diverses particularités, que nous ne négligeons pas, favorisent cette vue. Cependant les conseils, l’influence immédiate de la reine Yolande ne sauraient être l’inconnu cherché dans ce problème. Charles, adolescent, naissait à peine à la vie publique, lorsque déjà Yolande d’Aragon prit la tutelle morale du jeune prince. Nous avons dit ci-dessus les effets, les limites et l’intermittence de cette heureuse direction. Aucun signe, aucun indice ne permet d’imputer personnellement à Yolande le changement soudain, qui, depuis la paix d’Arras, se manifesta dans les actes de sort ancien pupille. Loin de là, Yolande, atteinte par l’âge du repos et de la retraite, semble avoir pris, dès lors, une 4part de moins en moins active au gouvernement, et entretenu avec le roi des relations personnelles moins suivies.

Cette remarque s’applique également aux autres conseillers, tels que Gérard Machet, etc., qui, depuis longtemps, pouvaient inspirer au roi d’heureuses suggestions. Nous sommes ainsi ramené à l’examen de la seule attribution qui reste debout, celle qui se rapporte à Agnès Sorel.

Charles VII, en accordant à cette femme célèbre une faveur intime, absolue et incontestée, viola sans aucun doute la sainteté du lien conjugal. Cependant l’histoire ne serait plus la maîtresse de la vie, si ses disciples se voilaient la face afin de ne point voir des tableaux, souvent attristants pour la morale, mais d’où ressort pourtant une constante et instructive moralité.

L’idéal qui dominait les mœurs au moyen âge, ce que nous nommons encore aujourd’hui l’amour et les sentiments chevaleresques, s’est transformé de siècle en siècle. Généralement, cet idéal n’a laissé parvenir jusqu’à nous qu’une trace peu précise et, si je ne me trompe, une notion peu exacte de là réalité.

Deux principes, fort distincts et même opposés l’un à l’autre, se partagèrent, durant cette période, l’empire moral de la société.

Le premier, qui n’a pas tardé à devenir prépondérant dans les lois et dans la théorie didactique, n’est autre que la doctrine de l’Église. L’amour était signalé, flétri même par cette doctrine, comme un des périls de la chair ; comme un piège fatal, où la vertu ne peut que 5succomber. L’Église n’en permettait les plaisirs qu’entre les limites du mariage : état inférieur, pour elle, au célibat ; or elle ne prescrivait pas le célibat, mais elle le conseillait, de préférence, à tous les fidèles.

Le second, dont la conception originaire paraît avoir été le propre des nations germaniques, divinisait la femme, sa beauté, son culte ; et faisait, au contraire, de l’amour, l’aiguillon de toute généreuse activité, le mobile de tout progrès, et presque la source de toute vertu. Bien loin de circonscrire ce culte au cercle intime du mariage, il en étendait sans limites le temple ou le théâtre. À grand-peine ses docteurs concédaient-ils que le véritable amour fût compatible avec le contrat matrimonial1810.

Le livre le plus instructif où se déploie sans voile cette étrange et périlleuse doctrine, remonte au règne de Philippe-Auguste. Il a pour auteur (et ce n’est point là sa singularité la moins remarquable) André le Chapelain, ainsi nommé des fonctions qu’il remplissait dans la chapelle royale. Le morceau principal a pour titre : Le Code d’amour, en trente et un articles, et nous devons y renvoyer le lecteur1811.

Assurément, il faut se garder de prendre trop au sérieux ces traditions, ces doctrines galantes, que nous avons cru pouvoir opposer, dans notre antithèse, au public 6enseignement de la morale chrétienne. Le Code d’amour, au moyen âge, n’eut jamais de sanction, ni de tribunaux (comme on l’a cru), ni de magistrats, dans le monde réel. Il eut toutefois ses chaires, ses adeptes, ses fanatiques et même ses martyrs1812.

Ce n’est point une science officielle et avouée que constituaient ses principes, mais plutôt une dialectique à part ; cultivée, pratiquée non par des clercs ou des maîtres de robe longue, mais par de jeunes femmes et de jeunes hommes, oracles du goût, et qui occupaient les plus hautes régions du monde social. Cette dialectique ne le cédait à l’autre ni en succès, ni en subtilité. Les doctrines amoureuses affectèrent de plus en plus la forme paradoxale ; la forme du jeu d’esprit ; d’une thèse métaphysique et purement littéraire.

De tout temps, néanmoins, l’idéal fut à la pratique ce que l’artère est à la veine. Une fois mêlé au torrent de la circulation, tel principe désormais pénètre, s’injecte, par des ramifications de plus en plus fines et invisibles ; il revient enfin, manifeste, à l’état de fait ou de réalité.

Ainsi fut-il, au moyen âge, des doctrines ci-dessus mentionnées. Une chaîne continue d’écrits que nous venons d’indiquer, montre à la fois la persistance et les vicissitudes de ces curieuses théories. Au quatorzième siècle, cette dialectique reconnaît et distingue deux genres d’amour coexistants et non incompatibles : savoir, l’amour de dette ou dû au titre dit mariage, et l’amour de grâce, ou amour libre. Quant aux faits, le tableau historique 7des mœurs est là pour attester le rapport évident qui rattache l’une à l’autre la pratique et la théorie.

Du quatorzième au quinzième siècle, la guerre de cent ans et le schisme universel des pouvoirs publics déterminèrent, comme on l’a dit, une sorte de subversion générale de la société, qui se fit particulièrement sentir dans les mœurs. Durant cent ans, plusieurs générations de gentilshommes revêtirent le harnois, en disant adieu, — beaucoup d’entre eux pour toujours, — au manoir natal. Cette vie errante, aventureuse, s’imposa, comme la guerre elle-même, à une multitude infinie (de toutes classes), qui se mêla, se confondit au sein des hasards et du tumulte des camps. Les influences calmes et salutaires de la famille, la piété morale du foyer domestique, s’évanouirent, par suite d’une telle dispersion, à tous les souffles du vent. Il suffit de parcourir, non pas même les généalogies, mais la première chronique venue de cette époque, pour y remarquer la mention, sans cesse multipliée, de bâtards1813.

L’antiquité païenne elle-même avait attaché à cette épithète, ainsi qu’à ses variantes, un cachet d’opprobre et une marque d’infamie. Au quinzième siècle, cette susceptibilité d’honneur sur la pureté du lit maternel, si l’on en juge surtout par l’usage et l’acception de ce terme (bâtard), semble avoir fait place à une sceptique indifférence. Les femmes, avec un art ingénieux et délicat, jetaient, sur les désordres dont elles avaient le plus à souffrir, un voile généreux. Les princesses du plus haut rang, de la meilleure renommée, élevaient et choyaient de leurs 8mains les enfants naturels de leurs pères, de leurs frères, de leurs maris. Valentine de Milan préférait à ses propres fils, pour la gloire de sa maison, l’enfant, le vengeur, dont elle prophétisa la destinée. Il1814 me l’a emblé, disait avec enjouement la vindicative Italienne1815.

Jean, fils naturel de Louis, restaura en effet la maison d’Orléans. Il contribua puissamment à restaurer le royaume lui-même. Charles, duc d’Orléans, et le roi, de concert, l’élevèrent aux grandes charges, le comblèrent de richesses et de dignités. Jean fut seigneur de Romorantin, de Parthenay, etc. ; comte de Gien, de Dunois, de Longueville. Charles VII, enfin, l’agrégea aux princes du sang royal. Le fils de Louis et de Mariette d’Enghien ne continua pas moins, jusqu’à ses derniers jours, de s’intituler et de signer presque exclusivement dans ses actes publics : le bastart d’Orléans1816.

En 1438, Guillaume de Lalaing, bailli de Hainaut, résolut 9d’envoyer soir fils, Jacques, âgé de seize ans, à la cour de Clèves, afin que, selon la coutume, le jeune héritier de, sa race achevât, à cette école, son éducation de gentilhomme. La veille de leur séparation et quand tout fut prêt pour le départ, le bailli fit venir, dans une chambre de son château, la dame de Bugnicourt, son épouse, Jacques ou Jacquet de Lalaing, et Philippe, frère puîné de Jacques. Lorsqu’ils furent seuls, Guillaume adressa solennellement à l’aîné de ses fils de paternelles exhortations, qui devaient lui servir de guide invariable à travers les éventualités de sa carrière. Mon fils, lui dit-il au début de ce discours, sachez que peu de nobles hommes parviennent à la vertu de prouesse et bonne renommée, s’ils n’ont dame ou damoiselle de qui ils soient amoureux. Ainsi commence la chronique personnelle de Jacques de Lalaing, le chevalier modèle de son siècle1817.

Un autre fait, sinon particulier au quinzième siècle, du moins remarquable et réduit alors en système, consiste dans l’usage, très fréquent à cette époque, de marier les enfants des princes au berceau ; quelquefois même, comme on l’a vu, ces alliances étaient stipulées par substitution et avant la naissance du second des conjoints. Aussi, dans la théorie des mœurs princières, les convenances seules, ou les bienséances extérieures, étaient-elles considérées comme dignes d’un respect obligatoire et sérieux. La politique, en effet, avait pour ainsi 10dire exclu de ces unions le choix et l’inclination mutuels. Autant et plus que tout autre fils de roi, parmi ses contemporains, Charles VII revendiqua les conséquences logiques d’une pareille situation. La liaison de Charles avec Agnès Sorel ne fut point la première infraction de ce genre dont il se rendit coupable. Elle ne fut point la dernière ; et, quelque sévérité que suscite le jugement de sa conduite à l’égard de cette femme, sa conduite mérite encore assurément une indulgence relative, si l’on compare, surtout, à cette conduite celle que lui-même tint ultérieurement1818.

Agnès Sorel, dit-on, naquit vers 1410, à Fromenteau en Touraine. Mais le lieu de sa naissance, aussi bien que la date, ne nous est certifié par aucun document authentique, contemporain et irrécusable. Agnès était fille de Jean Soreau ou Sorel et de Catherine de Maignelay. Jean Soreau, écuyer, seigneur de Coudun, conseiller et serviteur, en 1425, de Charles, comte de Clermont, n’existait plus en 1446. Catherine de Maignelay, châtelaine de Verneuil en Bourbonnais, mourut après 14591819.

11Les Maignelay et les Sorel, bien connus en Picardie, étaient deux familles de chevalerie qui portaient l’épée depuis des siècles1820.

À la fois vassaux des ducs de Bourgogne, ainsi que de Bourbon, par le comté de Clermont, les Sorel et les Maignelay se partageaient entre les partis armagnac et bourguignon. Mais les proches d’Agnès et ses ascendants immédiats ne trahirent pas un seul jour la cause nationale. Telles furent les traditions politiques communiquées, 12avec le lait, à la jeune damoiselle. Agnès, si l’on en croit le témoignage de Bourdigné, entra de bonne heure au service de la reine de Sicile, Isabelle de Lorraine. Ce dernier fait (sauf la date précise) nous est, en outre, attesté par des documents certains et irréfragables1821.

Agnès retrouva, près de la reine-duchesse, les traditions du parti français. Elle vit ce fief féminin de Lorraine et les autres États de René gouvernés, et non sans gloire, par l’épouse de ce prince, captif à Bulgnéville ; par cette lieutenante générale, que lui-même, à divers intervalles, désigna pour le remplacer. Agnès s’instruisit de la sorte à cette grande école, à ce théâtre de la vie publique, d’où les femmes alors n’étaient point exclues1822.

D’après l’affirmation expresse du pape Pie II, témoin et acteur du traité d’Arras, Agnès passa dès cette époque (septembre-octobre 1435), à la cour de France. Elle accompagnait, dit-il, Isabelle de Lorraine, lorsque cette princesse quitta sa province, se disposant (octobre 1435) à partir pour Naples. Il ajoute qu’Agnès resta dès lors parmi les femmes de Marie d’Anjou. Agnès, dit ailleurs le même écrivain, fut, en 1440, le prétexte à l’aide duquel les princes ligués soulevèrent le dauphin 13contre l’autorité de Charles d’Anjou et du roi lui-même. De son côté, Jacques du Clercq s’exprime en ces termes : Le roy Charles, avant qu’il eût paix avec le duc Philippe de Bourgogne, menoit moult sainte vie, et disoit ses heures canoniaulx. Mais, depuis la paix faite audit duc, jà soit ce (encore bien) qu’il continuast au service de Dieu, il s’accointa d’une jeune femme… laquelle fut, despuis, appelée la belle Agnès1823, etc.

Charles VII eut d’Agnès quatre filles, dont l’une survécut seulement quelques mois à sa mère. Le père Anselme, qui suit ordinairement l’ordre de primogéniture, énumère ainsi les trois autres : Charlotte, Marie et Jeanne1824.

Suivant M. Delort, Charlotte naquit en 1434. Des difficultés, qui paraissent avoir été inhérentes à sa personne, rendirent sans doute peu aisé son mariage. Âgée de vingt-huit ans (d’après ce calcul), elle épousa, en 1462, Jacques de Brézé, âgé, à ce qu’il semble, d’une trentaine d’années. Dans la nuit du 15 au 14 mai 1476, Charlotte (parvenue donc à quarante-deux ans) fut surprise en flagrant délit d’adultère par son mari, qui la poignarda sur-le-champ1825.

14Marie, selon le même auteur, naquit peu de jours après le mariage du dauphin, célébré le 24 juin 1436. Elle était encore enfant lorsque Prigent de Coëtivy, amiral de France, la conduisit, par ordre du roi, au château de Taillebourg, que Charles VII avait donné à ce seigneur, et fut élevée sous la garde de Prigent. L’amiral ayant péri en 1450, Olivier de Coëtivy, son frère et son héritier, lui succéda comme seigneur de Taillebourg. Au mois d’octobre 1458, Marie étant en âge de marier, fut, attendu les bonnes mœurs et vertus qui étoient en elle, demandée par Olivier et accordée à ce gentilhomme, pour être, ledit mariage, fait et accompli incessamment1826.

15Jeanne, la troisième, fut mariée, le 23 décembre 1461, à Antoine de Bueil, mineur d’ans, fils aîné de l’amiral Jean de Bueil. M. Delort affirme que Jeanne avait vu le jour au château de Beauté-sur-Marne en 14451827.

Dans les notions qui précèdent, le point le plus essentiel, c’est-à-dire la date précise des naissances, n’a pour base aucun document authentique. Mais tout le reste est fondé sur les plus solides témoignages et s’adapte avec ces dates conjecturales sans nulle incompatibilité. D’après ce système, la liaison de Charles VII et d’Agnès Sorel remonterait au moins à 1434. Que si l’on transpose l’ordre de primogéniture, entre Charlotte et Marie, on arrive, ou mieux, on revient à trouver pour synchronisme de cette liaison l’époque même du traité d’Arras (septembre-octobre 1435), date que visent en commun les écrits de Pie II et de Jacques du Clercq. Or, cette période correspond, d’une manière bien remarquable, avec la phase historique à laquelle nous avons cru pouvoir donner ce titre : Métamorphose de Charles VII1828.

Des critiques éclairés, cependant, se sont refusés à admettre ce système : il suscite en effet d’assez graves objections, qui méritent d’être analysées1829.

Nous avons précédemment cité les témoignages de Bourdigné, de Pie II et de Jacques du Clercq. Mais ces témoignages ne sont point exempts de contradictions, d’inexactitudes, et ne sauraient être admis sans réserve.

16Jean Bourdigné, chroniqueur angevin du seizième siècle, dit en parlant d’Agnès : Et l’avoit nourrie la royne de Sicile dès sa jeunesse, et si fort l’aymoit qu’elle lui avoit donné plusieurs biens en meubles et héritages, et tant qu’elle tenoit estat comme princesse. Cependant la reine de Sicile, ainsi que René d’Anjou, ne furent jamais en mesure de se permettre envers Agnès de pareilles libéralités. Isabelle et René, roi et reine sans royaume, assiégèrent toute leur vie l’escarcelle de Charles VII, pauvre elle-même durant la période dont il s’agit ; Agnès figure, en effet, sur un compte de la maison d’Isabelle, pour le semestre de janvier à juillet 1444. Elle y figure à la suite et au-dessous de toutes les dames et damoiselles, dont les gages respectifs s’élèvent, pour ce quartier, de 15 à 60 livres. Quant à l’allocation qui concerne Agnès, elle se monte, comme celle de l’aumônier, à la somme de… 10 livres1830.

Pie II, écrivain brillant et piquant, grand ami de mordantes anecdotes, en a surchargé ses écrits. Dans le passage même cité, il raconte, sous la date de 1440, un épisode qui paraît être au moins fort exagéré. Nous y voyons le jeune Louis, poursuivant Agnès, une épée nue à la main, pour venger l’injure conjugale faite à sa mère, Marie d’Anjou, par Charles VII, son père1831. Puis l’auteur ajoute : D’autres disent que cette aventure eut lieu plus tard, lorsque le dauphin quitta une seconde fois, en 1446, la cour paternelle. 17Énée Piccolomini avait recueilli, dès sa jeunesse, des mémoires ou notes, qu’il avait prises dans ses courses diplomatiques à travers l’Europe. Devenu vieux, il dicta ses mémoires, ou mieux les laissa compiler par son secrétaire Gobelin. Quelque confusion chronologique, en ce qui concerne les faits et gestes d’Agnès Sorel, peut s’être glissée dans ce chapitre (fort peu important pour l’auteur) de ses longs et nombreux souvenirs1832.

Le passage de Jacques du Clercq, témoin contemporain et Picard comme Agnès1833, a peut-être le plus de poids. Cette courte phrase qu’il nous a laissée semble en effet délimiter assez clairement trois époques : 1° celle antérieure au traité d’Arras, où le roi, dit-il, menoit moult saincte vie ; 2° celle postérieure au traité, pendant laquelle il s’accointa d’Agnès (1435-1444 ?) ; 3° et despuis, l’époque où cette dame, publiquement connue, fut dénommée la belle Agnès (1444 et années suivantes). Mais on doit reconnaître que cette distinction ne ressort pas d’une manière assez évidente et assez irréfragable, pour défier absolument toute interprétation différente.

En ce qui concerne les enfants de Charles VII et d’Agnès, on a déjà signalé l’absence de preuves certaines pour la date de leur naissance. Il faut joindre à ce défaut le silence général des textes antérieurement 18à 1444. Avant cette date, on ne trouve pas un acte, pas un article de compte, pas une pièce quelconque, offrant la mention directe ou indirecte d’Agnès Sorel, ni de ses enfants. Au contraire, à partir de 1444, les documents de ce genre abondent ; Agnès est mentionnée par tous les chroniqueurs ; les donations du roi en sa faveur se multiplient ; ses parents obtiennent des places, des dignités. Enfin la plupart des historiens, en racontant sa mort, semblent s’accorder pour insister sur sa jeunesse, son extrême jeunesse ; ou se servent de termes équivalents1834.

Le roi de France, avant 1444, n’eut pour ainsi dire rien à donner. Jusqu’à la chute de La Trémoille, sa pauvreté, comme il arrive souvent aux prodigues, ne l’empêcha point de dissiper. Mais à l’administration de La Trémoille nous avons vu succéder une période de réforme et d’économie. Les comptes de Charles VII, qui pourraient nous aider en ce genre de vérification, ne nous sont restés que par fragments très rares, pour toute la première moitié de son règne. Les archives 19royales de ce prince ne présentent, en général, quelque suite que postérieurement à 1444. Un de ces fragments de compte, qui nous est resté, embrasse l’exercice de 1443 et de 1444. Celui de 1443 se solde par un déficit assez notable. Dans celui de 1444, Étienne Chevalier, le comptable, commence à se récupérer peu à peu des avances par lui faites antérieurement au budget royal1835.

Au surplus, le silence des textes relativement au sujet qui nous occupe, l’absence de tout indice, même pour cette période de 1436 à 1444, ne sont pas aussi absolus qu’on a pu le croire jusqu’à ce jour. Ainsi nous venons de mentionner Guillaume Sorel, nommé clerc des comptes en 1436. Geoffroy Soreau, en 1438, fut élu, une première fois, évêque de Nîmes, avec la protection du roi. Après la soumission de Creil en 1441, nous voyons Jean II de Maignelay, oncle d’Agnès, devenir capitaine de cette place pour le roi. Ces petits faits, négligés par les précédents historiens, demanderaient, pour être tout à fait probants, une netteté, une précision et une consistance plus satisfaisantes. Mais la critique, néanmoins, ne saurait complètement les omettre, et ces lueurs, si faibles qu’elles soient, semblent attester, de la part du roi, et dès les temps indiqués, une faveur discrète mais réelle à l’égard des parents d’Agnès1836.

20La trêve anglo-française, signée en 1444, ouvrit subitement, pour le roi et pour le royaume, une ère de prospérité. Avant 1444, la liaison d’Agnès Sorel avec le roi, quelle qu’en ait pu être la date initiale, fut nécessairement marquée, de la part d’Agnès, au coin du désintéressement, circonstance morale importante dans la cause que nous avons en ce moment à juger. Nous ajouterons que, par une conséquence analogue, cette liaison, durant la même période, dut rester intime et cachée. Divers motifs, qui découlent de cette situation, peuvent servir à expliquer la disparition des pièces écrites, propres à trahir ce mystère pour les contemporains et pour la postérité1837.

Quant à la jeunesse d’Agnès, qu’ont célébrée, lors de sa mort, les poètes de cour et la commune renommée, l’unanimité des termes employés n’offre pas ici la rigoureuse signification qu’elle semble comporter. Les dames de beauté, comme Agnès, n’ont d’autre âge que ce qu’elles ne réussissent point à en celer. Ce fragment allégué ci-dessus, de Jean Chartier, montre que, pour entendre les mots, il ne faut pas toujours les prendre au pied de la lettre. Antoine de Baïf nous a lassé, sur la belle Agnès, des vers composés à Jumièges à la vue 21de son tombeau. Le poète y dit que, lorsque Agnès mourut,

Ses beaux traits, son beau teint et sa belle charnure

De la tarde vieillesse alloient subir l’injure.

Ces vers et l’histoire du monastère attestent que la tradition, dès le quinzième et le seizième siècle, donnait une quarantaine d’années à l’amante de Charles VII lorsqu’elle cessa de vivre. N’est-ce pas là encore mourir jeune, par rapport au terme normal de l’existence humaine ? Quelle que soit d’ailleurs, — et sans nous arrêter à la faible autorité de la tradition, — quelle que soit la fleur de jeunesse qu’on lui attribue, toujours est-il qu’Agnès, avant de mourir, n’en avait pas moins été quatre fois mère1838.

Pour nous résumer, trois systèmes se présentent au critique, en ce qui concerne la carrière d’Agnès Sorel. Le premier est celui qui résulte surtout des données hypothétiques de M. Delort. Ce système n’offre aucune impossibilité démontrée. Mais il ne repose pas non plus sur des autorités suffisantes. Les objections que nous avons en partie combattues, conservent, à nos yeux, assez de force pour nous maintenir dans le doute à l’égard de ce premier système.

Le second consiste à tout nier ou tout rejeter, si ce n’est à partir de 1444. D’après ce système, c’est alors seulement que Charles VII commença de connaître Agnès Sorel. Cette seconde hypothèse nous paraît moins admissible que la première, bien loin de pouvoir rationnellement 22s’y substituer. Les notions authentiques relatives à l’éducation de Marie, à son mariage, au mariage de ses sœurs, rendent ce deuxième système, non point tout à fait impossible ou évidemment absurde, mais lui communiquent une extrême improbabilité. Il est d’ailleurs aussi constant que possible, par le compte de 1444 et par le témoignage de Jean Chartier, sans parler de Bourdigné, de Pie II, ni de du Clercq, qu’Agnès Sorel, avant 1444, fut au service de la reine de Sicile, où elle fut résidente au moins quelques années. Or, la reine de Sicile eut de fréquents rapports avec la cour de France.

Entre cette négation et cette incertitude, une troisième hypothèse se présente à l’esprit. Bien qu’arbitraire encore, cette dernière combinaison semble résoudre les principales difficultés du problème. Placer la naissance d’Agnès vers 1415 ; maintenir celle de Marie à 1436 ; rejeter celle de Charlotte à 1438 ; conserver toutes les autres dates acquises à l’histoire : telles sont les bases de cette dernière combinaison.

Nous venons de réunir, comme dans un article préliminaire, le fruit de nos recherches, en ce qui touche une première phase de la carrière d’Agnès. La place importante que cette femme célèbre occupe dans les souvenirs de la postérité, le rôle que lui attribue la tradition, les contestations qui se sont élevées à ce sujet, nous ont déterminé à lui consacrer ce chapitre spécial. Nous avons dû, pour traiter ce point controversé, interrompre en quelque sorte le cours de notre récit, pour emprunter exceptionnellement le style de la discussion.

Toutes les fois que l’historien découvre une notion 23vraie, qui se révèle à sa conscience avec le caractère de l’évidence ou de la certitude, son devoir est de l’exposer sans ombre au public. Si, au contraire, il se démontre à lui-même que tel fait, admis ou non comme vrai, manque de cette certitude, il ne doit pas balancer à le déclarer apocryphe ou erroné. Mais lorsque le doute et l’incertitude planent dans son esprit sur telle autre question, il doit compte encore au lecteur de cette obscurité.

Nous venons donc, en toute simplicité, déclarer ici, quant à ce qui touche ce problème historique, notre embarras et nos perplexités. Puisse la lumière se faire à l’aide de nouvelles découvertes. Puissent de plus savants et de plus habiles, résoudre une question que nous ne saurions conduire au delà des termes ci-dessus exposés.

Après 1444, ces nuages se dissipent, Agnès Sorel paraît aux côtés de Charles VII, et désormais à la lumière du jour. Sa carrière recommence, et la question morale que cette carrière soulève se posera de nouveau devant l’histoire et le lecteur1839.

25Chapitre II
Campagne de Metz et d’Allemagne (1444 – 1445)

L’heureux effet qui résulta du traité de Tours se fit sentir avec une évidence et une promptitude merveilleuses.

Depuis près de cent ans que durait cette atroce guerre, les populations végétaient dans un état perpétuel de qui-vive et d’alarmes. Des vieillards étaient sortis tout enfants de leur village, pour se réfugier à l’abri des remparts de la ville voisine, et depuis n’avaient jamais connu d’autre liberté1840.

Il en fut ainsi généralement des populations suburbaines. Aussitôt les trêves proclamées, la sensibilité française s’exalta jusqu’à l’enthousiasme. Des troupes d’hommes et de femmes sortirent de ces enceintes murées comme des captifs, pour le simple bonheur de respirer l’air libre. Ils se rendaient aux églises, aux lieux de pèlerinage, afin d’y accomplir les vœux qu’ils avaient formés dans les temps d’épreuves et d’angoisses. Leurs pas retrouvaient la trace des chemins effacés. La terre inculte et redevenue sauvage leur semblait belle à voir. Ils contemplaient, dans le vaste espace, les beautés de la nature, toujours jeune et toujours féconde. Amis et ennemis de la veille, soudainement réconciliés, dînaient 26ensemble, fraternisaient et renouaient des liaisons amicales1841.

Le commerce se rétablit entre les deux nations, et Jacques Cœur envoyait des marchandises françaises, qui se vendaient en Angleterre. Après s’être longtemps livré à la destruction, à des luttes fratricides, le soldat quittait les armes et retournait au labour ou à l’industrie. Les reliques des saints, enlevées des sanctuaires, sous le coup d’imminents périls, étaient solennellement réintégrées dans leurs églises respectives. Le Lendit, fermé de nouveau depuis 4426, se rouvrit aux Parisiens. Plusieurs des portes de cette ville, également closes, se rouvrirent. En 1446, on vit affluer, à vil prix, sur les marchés de la capitale, les fruits du Nord et ceux du Midi1842.

Jamais les forces productives de la nature ne se manifestent avec une plus admirable fécondité qu’après les périodes d’extermination et de désastres. La France, au propre et au figuré, se reprit à la vie avec une énergie réparatrice.

La complexion de Charles VII le rendait semblable à ces miroirs qui absorbent plus de lumière qu’ils n’en 27reflètent. Quoique simple dans ses mœurs, c’est-à-dire sans éclat extérieur, le luxe, le commandement, la volupté, le maniement des grandes idées, le rôle suprême au milieu de graves événements, en un mot, ce qui agite l’existence de l’homme, ce qui l’élargit ou l’exalte, constituaient autant de besoins pour son organisation.

Il continuait à résider loin de la capitale. Mais aussi, quelles contrées étaient l’objet de sa prédilection ! Ce beau pays de Touraine, jardin de la France, d’après sa populaire et juste épithète ; ces rives fleuries de la Loire, de l’Indre et du Cher, que la nature et l’art ont ennoblies, comme à l’envi, de leurs créations : Amboise, Tours, Chinon, Angers, le retenaient tour à tour sur leurs plages enchantées, au sein de somptueux manoirs1843.

La cour du roi de France était vivifiée par la présence de jeunes princesses, par la présence, notamment, de la dauphine, qui, de jour en jour, épanouissait alors la fleur de ses plus belles années. Un nombreux et brillant personnel de jeunes officiers, attachés aux grandes charges de la couronne, formaient cortège. La pompe et l’amour du plaisir se déployaient, en ces jours prospères, avec la sécurité, avec l’espoir d’un brillant avenir. L’historien peut emprunter, pour peindre cette situation, le pinceau du poète le plus gracieux de cette époque :

Le temps a laissé son manteau

De vent, de froidure et de pluie,

28Et s’est vêtu de broderie,

De soleil rayant1844 clair et beau ;

Il n’y a beste ne oiseau

Qu’en son jargon ne chante ou crie :

Le temps a laissé son manteau.

· · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·

On a vu, ci-dessus, Marguerite d’Écosse partir de Tours en cavalcade, suivie de trois cents valentins et valentines, le 1er mai 1444, pour aller quérir l’arbre symbolique du renouveau. Charles d’Orléans célèbre, à chaque page, ces fêtes de l’amour et de la jeunesse. En ce temps, dit un autre poète,

En celui temps, je fus jeune et enrièvre,

Servant dames à Tours, à Mehun-sur-Yèvre1845.

Mais la dame qui présidait à tout ce galant essor, n’est autre qu’Agnès Sorel. Sa beauté d’abord, puis la grâce et l’enjouement de son esprit, lui avaient acquis auprès du roi une faveur suprême. Il nous est resté de cette dame cinq lettres entièrement écrites de sa main, qui attestent, de sa part, une culture intellectuelle peu commune. On y trouve le reflet sensible de cet enjouement. Elles révèlent des sentiments d’humanité généreuse et délicate, également éloignés des banalités de l’aumône, si facile aux grandes dames, et de l’orgueil sec, impérieux, égoïste, qui caractérise les favorites sans cœur. Ces cinq lettres paraissent se rapporter précisément à la période actuelle. Le roi, tout récemment, lui 29avait donné le château de Beauté, poétique manoir de famille, situé près de Plaisance, et bâti avec luxe par Charles V ; affin, dit un auteur, qu’elle fust dame de Beauté, de nom comme de fait1846.

Dès cette époque aussi, par une nouveauté inouïe dans les annales monarchiques (mais qui devait être si suivie), on vit en elle, pour la première fois, une favorite en titre. Elle eut, ostensiblement, au château de Loches, son quartier de maison, au préjudice de la reine, et au plus près du roi. La belle Agnès, comme on l’appela désormais, était dame d’honneur de la reine1847.

Au retour de la campagne d’Armagnac, Louis, dauphin, rapportait, en meubles du comte, des dépouilles opimes. Il fit don, à Mme de Beauté, d’une belle tapisserie qui provenait de cette origine, et qui, à ce qu’il paraît, représentait, en six pièces, l’histoire de la chaste Suzanne. La galanterie, au quinzième siècle, marchait de front avec la religion, ou du moins avec les pratiques dévotes. Dès son installation à la cour, Agnès Sorel fit don au chapitre de Loches, d’une croix d’or, destinée à enchâsser le morceau de la vraie croix, que Foulques Nerra, comte d’Anjou, avait jadis offert au monastère. À ce présent, elle ajouta celui d’une statuette d’argent 30doré, représentant sainte Marie-Madeleine, sur laquelle fut gravée cette inscription : En l’honneur et révérence de sainte Marie-Magdeleine, noble damoiselle Madamoiselle de Beauté a donné cette image en ceste église du château de Loches ; auquel image est enfermée une côte et des cheveux de la dite sainte, et fust en l’an mil CCCC quarante et quatre1848.

Cependant, au milieu de ses jeux et de ses plaisirs, Charles VII préparait l’une des œuvres qui signalent son règne dans l’histoire. Il s’agit de la réforme de l’armée ; entreprise difficile, longuement méditée, déjà ébauchée et qu’il devait progressivement accomplir, avec la sagesse du temporisateur. Mais, pour ouvrir ainsi la carrière au tiers état, pour porter ce dernier coup à la prérogative aristocratique et militaire, de nouvelles précautions étaient nécessaires. La plaie, mal guérie, des Écorcheurs subsistait depuis le traité d’Arras. Vaincue, mais non domptée, la Praguerie survivait en la personne de Louis, dauphin. Nous avons à rapporter ici deux épisodes qui, pris isolément, offrent pour ainsi dire deux énigmes historiques. L’un est la campagne de Louis, dauphin, en Allemagne ; l’autre est la guerre de Metz. Le véritable sens de ces deux expéditions s’éclaire par leur rapport avec la réforme de l’armée1849.

31On a vu que le roi s’était allié au duc d’Autriche Frédéric et qu’il avait accordé en mariage sa fille aînée Radegonde à Sigismond, fils mineur de ce duc. La maison d’Autriche était en guerre contre les Suisses. Dès le mois d’août 1443, Frédéric, roi des Romains, et son fils, écrivirent à leur confédéré, le roi de France, pour réclamer de lui des secours militaires. À la campagne suivante, Charles VII se mit en devoir d’obtempérer à cette requête1850.

Dans le même temps, c’est-à-dire en mai 1444, la reine de Sicile, Isabelle de Lorraine, se disposait à se rendre de Nancy, sa capitale, à Pont-à-Mousson. La reine-duchesse, guidée par un but intéressé, dit-on, avait obtenu du pape Eugène IV de grands pardons et 32indulgences, accordés à ceux qui, le jour de la Pentecôte, visiteraient le couvent de Saint-Antoine en cette dernière ville. Avant de s’y transporter elle-même, Isabelle dirigea vers Pont, sous la conduite de ses fourriers, les bagages qui devaient l’accompagner. Mais une troupe de Messins, apostés à cet effet, se jeta sur le convoi, le saisit et l’emmena, comme prise, à Metz, malgré la résistance des gens de la princesse1851.

Cet audacieux coup de main rappelle l’arrestation de l’évêque de Nantes par Jean d’Alençon ; il se rattache à des circonstances que nous devons expliquer. Les ducs de Lorraine, par suite de vicissitudes politiques et militaires, survenues, au quatorzième siècle, entre eux et l’État de Metz, étaient restés débiteurs, vis-à-vis des Messins, d’une créance considérable. Héritier de ces obligations, René d’Anjou avait accru sa dette personnelle de divers emprunts ou secours pécuniaires et autres, que les Messins fournirent à ce duc, tant pour disputer la Lorraine à Antoine de Vaudémont que pour racheter 33le captif, après la journée de Bulgnéville. Mais René, roi de trois royaumes (Naples, Sicile et Jérusalem), ne retirait point un ducat de ces États honorifiques et n’y possédait pas un pouce de terrain. Sa vie, bien loin de là, s’était usée en efforts et en dépenses superflus, jusque-là, pour revendiquer cette triple couronne. Vis-à-vis de ce débiteur insolvable ou récalcitrant, l’état de Metz, pour se faire payer, avait employé, suivant un mode usité par les puissances du temps, le procédé que nous venons de dire1852.

Ces faits coïncidèrent avec l’assemblée des trêves, tenue à Tours1853. Sur les plaintes de la duchesse, indignée d’un pareil traitement, René d’Anjou reçut audience du roi de France, et sollicita son aide, pour avoir raison de cette insulte. Une double expédition fut résolue dans les conseils de Charles VII. La première, commandée par le dauphin Louis, se dirigea vers l’Allemagne. Pierre de Brézé prit le commandement de la seconde et s’achemina dans la direction de Metz. Charles VII quitta sa résidence de Tours au mois de juillet 1444 ; et, par Orléans, Troyes, puis le pays de la Pucelle, il vint se fixer à Nancy, à proximité des deux théâtres de la guerre1854.

34Vers le 7 juillet 1444, Louis, dauphin, se trouvait à Langres, où il dut rallier le roi son père, afin de concerter avec lui les mouvements de cette double expédition. Louis reçut à Langres les ambassadeurs de l’empereur, qui renouvelèrent auprès de lui leurs instances. Ils pressèrent le dauphin de hâter sa marche au secours des princes allemands, et s’engagèrent à fournir amplement son armée des vivres et munitions nécessaires. Le dauphin avait emmené avec lui une portion notable des Écorcheurs, cette multitude armée qu’il s’agissait d’occuper hors du royaume, en attendant le moment de la licencier. Un contingent d’Anglais, sous la conduite de leur capitaine, prit part, côte à côte avec les Français, à cette campagne. Les principaux chefs qui accompagnaient l’héritier du trône étaient le maréchal de Jalognes, Jean et Louis de Bueil, Charles, sire de Culant, Robert d’Estouteville ; Amanieu des sires d’Albret, seigneur d’Orval ; Antoine de Chabannes, le damoiseau de Commercy, Gilles de Saint-Simon, tous chevaliers ; Guy de Blanchefort, 35Lestrac, Joachim Rouault, Jean de Montgommery, l’Espinasse, Amaury d’Estissac, Gabriel de Bernes, etc.1855

Louis, dauphin, mit d’abord en sa main le château de Montbéliard, qui se rendit par composition. Peu de temps auparavant, le prévôt de cette ville avait fait une incursion sur le territoire du roi de France jusqu’à Langres, où il avait exercé de cruels ravages. Le prince était assisté de troupes allemandes que commandait Burkhard Münch de Landskron, l’un des lieutenants de l’empereur, chevalier redoutable et très propre à guider Louis sur le terrain inconnu de cette guerre à l’étranger. Aidé de ces forces, il s’empara successivement de Colmar, Altkirch, Ensisheim, capitale de la haute Alsace, Sainte-Croix et autres places des environs1856.

Le 24 août 1444, les troupes du dauphin parurent aux environs de Bâle, où elles portèrent la dévastation. À la nouvelle de leur approche, un détachement de Suisses 36confédérés quitta le siège de Farnsburg et prit le chemin de Bâle, par Liestal, à la rencontre des Français. Ces confédérés étaient au nombre d’environ trois mille hommes, sous les ordres du hauptmann Jean Matter. L’avant-garde du dauphin avait à sa tête Antoine de Chabannes, comte de Dammartin, et le capitaine espagnol Salazar. Une première affaire eut lieu, le 25, à Pratteln et une seconde à Muttenz. Les Suisses traversèrent avec avantage la résistance qui leur était opposée et poursuivirent leur route sur Bâle1857.

Le 26 août 1444 fut le jour où se livra la célèbre bataille de Saint-Jacques1858, sous les murs de Bâle, entre le village de Saint-Jacques et Gundeldingen. Les Suisses, exaltés par leur premier succès, vinrent se heurter contre le gros des forces du dauphin, qui, munies d’artillerie et en nombre bien supérieur, les attendirent dans une position avantageuse. Jean de Bueil, auteur du roman militaire intitulé le Jouvencel, commandait les troupes du dauphin. Les Suisses, ayant passé la Birse, engagèrent la bataille dans la plaine. Ces confédérés étaient armés de lances, comme les chevaliers, et combattaient à pied. Jamais, dans leurs luttes précédentes sur le sol français, jamais les soldats de Charles VII n’avaient affronté une aussi redoutable infanterie. Les Suisses se défendirent avec une rare intrépidité. Refoulés d’abord dans l’île de la Birse, 37une partie des leurs s’adossa contre la muraille d’un cimetière attenant à la maladrerie ou couvent de Saint-Jacques. Là ils vendirent chèrement leur vie, pour ainsi dire jusqu’au dernier. Mais ils furent écrasés par le nombre, et les deux tiers, au moins, des combattants périrent sur le champ de bataille. Les Français, de leur côté, éprouvèrent quelques pertes. On doit citer entre autres celles de Burkhard de Landskron et de Robert de Brézé, l’un des frères du premier ministre1859.

Louis, ainsi que ses principaux officiers, n’assista point de sa personne à la journée de Saint-Jacques. Charmé de cette nouvelle, le dauphin se présenta devant Bâle et voulut y faire reconnaître son autorité. Bâle était toujours le siège du concile, qui soutenait l’antipape Amédée, sous le nom de Félix V. Le pape de Rome sonda le prince français, afin de l’engager à dissoudre le concile. Eugène IV, par un rescrit daté du 29 août 1444, conféra le titre de gonfalonier de l’Église à Louis, dauphin. Ce titre était accompagné d’une pension ou traitement de 15,000 écus romains sur la chambre ou trésor apostolique. Mais les Pères et seigneurs du concile entrèrent en négociations avec le dauphin. Des députés de la ville et de l’assemblée vinrent le trouver et le dissuadèrent 38de toute entreprise violente contre les Bâlois1860.

Durant le même temps, Charles VII, comme on le verra bientôt, obtenait des avantages marqués sur les frontières germaniques du royaume. Les princes allemands prirent ombrage de ces progrès. L’empereur assembla la diète électorale à Nuremberg, et les dispositions amicales spontanément témoignées tout d’abord au prince français, se changèrent en des sentiments tout autres. Il fut décidé que le dauphin serait repoussé à force ouverte. Louis se vit privé des vivres et des munitions qui lui avaient été promis. Dans ces conjonctures difficiles, le prince employa, vis-à-vis des parties intéressées, la voie des négociations et vint s’établir à Ensisheim en Alsace1861.

Louis passa dans cette ville, avec les Suisses et les Bâlois, un traité avantageux, en date du 28 octobre 1444. Aux termes de ce traité, non seulement la paix générale était faite entre la France et les Allemands, mais encore la querelle était, sinon terminée, du moins assoupie entre les diverses parties belligérantes.

Les Suisses, particulièrement, contractèrent dès lors, avec la monarchie française, des liens d’alliance ou d’amitié qui donnèrent lieu, de la part de la Suisse envers le roi de France, à des services durables. Le dauphin manda auprès de lui le duc Sigismond, son beau-frère par fiançailles, promoteur de 39cette expédition militaire. Sigismond, sur la requête de Louis, approuva le traité d’Ensisheim et se disposa, suivant sa promesse, à épouser la princesse Radegonde. Mais cette dernière mourut avant la consommation de cette alliance1862.

Le dauphin Louis cantonna ensuite ses troupes en Alsace, avec le dessein de les y faire hiverner. Dans l’intervalle, les Écorcheurs français, anglais et allemands, placés sous les ordres du prince, manquaient de subsistances. Ils se mirent à piller cette province, et s’emparèrent de diverses places, telles que Altstadt, Herrlisheim, Rouffach, Châtenois et Saint-Hippolyte. Le Val-du-Lièvre fut le principal théâtre de leurs ravages. Cependant, l’un des électeurs de l’empire, Louis, palatin du Rhin, avait été chargé par la diète de repousser à main armée ces envahisseurs. Les Écorcheurs subirent, auprès de Sélestat, une déroute considérable, mais largement compensée par d’autres avantages. Louis, dauphin, au mois de décembre 1444, vint rejoindre son père à Nancy. À l’occasion de ces différends, une suite de communications diplomatiques s’établit entre la cour de France et celle de Nuremberg ou des princes de l’empire. Le roi de France soutint énergiquement son droit 40dans une série de négociations qui duraient encore en 14481863.

Les notions nous manquent pour apprécier avec une rigoureuse exactitude la conduite personnelle que tint le dauphin dans le cours de cette campagne. Il paraît toutefois résulter de l’ensemble des témoignages, que Louis ne resta pas inférieur à la tâche qui lui fut imposée. L’intelligence, l’adresse et la fermeté étaient nécessaires pour conduire à bonne fin cette difficile et périlleuse entreprise. Le jeune Louis déploya ces qualités et les couronna par la bravoure personnelle. Nous en jugeons ainsi, du moins, par cette circonstance, qu’il fut blessé au genou lors d’un combat livré, en sa présence, par les troupes qu’il commandait sur le territoire de l’Alsace1864.

De son côté, Charles VII avait activé les opérations militaires dans le pays des Trois-Évêchés : Metz, Toul et Verdun. Cette contrée, sous les deux premières dynasties, avait fait partie du royaume. La dissolution féodale de l’Europe occidentale, qui suivit le démembrement de l’unité grandiose créée par Charlemagne, avait accidentellement distrait de leurs adhérences naturelles ces pays, pour les soumettre aux empereurs d’Allemagne. 41Mais la question de souveraineté était demeurée litigieuse entre les deux couronnes. L’autorité de la France n’avait cessé d’y être revendiquée et même reconnue, de manière à interrompre toute prescription contraire. Le dessein hautement annoncé par Charles VII était de faire définitivement triompher ses droits sur ces contrées.

À travers les indications exagérées ou contradictoires des divers chroniqueurs, on peut évaluer approximativement à trente mille hommes les forces que Charles VII avait conservées pour cette seconde entreprise. Pierre de Brézé, assisté du connétable de Richemont, prit en main la direction active de la guerre et celle du conseil. Charles et René d’Anjou, le maréchal de Lohéac, le comte de Dunois, Poton de Xaintrailles, Flocquet, Jean Bureau, maître de l’artillerie, Geoffroy de Saint-Belin et d’autres exerçaient les principaux commandements militaires. L’armée, composée en majorité d’Écorcheurs, prit les champs vers la fin du mois d’août.

Le 4 septembre, Charles VII envoya sommer les habitants d’Épinal d’avoir à reconnaître son autorité. Cette ville obéissait alors à l’évêque de Metz, et, par suite de dissentiments assez graves, se trouvait toute disposée à secouer le joug de cette puissance. Les habitants d’Épinal accueillirent sans aucune résistance l’injonction qui leur était faite ; et peu de jours après ils remirent entre les mains de Pierre de Brézé les clefs de la ville. Le 10 du même mois, dix mille Français ou alliés se présentèrent en armes sur le territoire messin. Ils s’emparèrent de divers postes ou maisons fortes, que l’État de Metz entretenait dans 42la banlieue de sa capitale. Puis, le 22, un héraut du roi de France parut aux portes de Metz et somma l’autorité d’envoyer à Nancy des plénipotentiaires auprès du souverain, afin de recevoir ses ordres et son ultimatum1865.

Toul la Sainte, Verdun la Noble et Metz la Riche, formaient autant de petits États indépendants, avec le titre de villes libres impériales. Metz, la plus puissante des trois, se montra la plus jalouse de ses immunités et devait seule opposer une sérieuse résistance. La constitution politique de ces cités, désignées sous le nom de républiques, appartient à un type dont la ville de Francfort-sur-le-Main et d’autres encore ont perpétué jusqu’à nous de vivants spécimens. À Metz, l’autorité était confiée à un conseil pris, comme partout, dans les trois ordres de la société : noblesse, clergé, tiers état. Les deux premières classes dominaient au sein de cette oligarchie. Le maître échevin, élu ordinairement, par ses pairs, dans la classe patricienne, y exerçait le pouvoir exécutif, mais assisté de conseils collectifs et délibérants. L’un de ces conseils, dit des Sept de la Guerre, était préposé à la défense et aux opérations militaires1866.

43Au premier bruit de l’invasion, les Sept de la Guerre déployèrent une grande activité. Metz entretenait, dans son enceinte et dans ses maisons fortes, une garnison, composée de soldoyeurs ou chevaliers à gages, assistés de compagnons d’armes aguerris. La ville, protégée par une forte enceinte, augmenta l’effectif de ses troupes ; et pourvue, tant en vivres qu’en artillerie, d’abondantes munitions, elle s’entoura d’imposants moyens de défense. L’un des Sept, nommé Jean de Witt, ou, selon les chroniqueurs français, Jean Vitout1867, se distingua par son zèle ardent et par la rigueur qu’il apportait dans l’accomplissement de ses fonctions militaires1868.

Le 25 septembre, Charles VII envoya son héraut à Verdun pour sommer les habitants de faire leur devoir envers le roi de France. Déjà, pendant le cours des années précédentes, quelques hostilités avaient eu lieu entre cette ville et les troupes royales. À la suite de ces différends, la ville reconnut momentanément l’autorité de la fleur de lis et paya le tribut, comme protégée par la garde gardienne. Mais l’influence de la grant aigle, ou de l’empire, qui disputait incessamment au roi la suprématie, l’avait emporté de nouveau dans le conseil de la ville1869.

Le siège de Metz formait le nœud de l’expédition ; il se prolongea durant environ sept mois. Malgré la disproportion apparente des forces, qui se réduisaient, du côté des Messins, à quelques milliers d’hommes, les conditions 44de la guerre et de la défense des places au quinzième siècle rendaient la situation de Metz presque inexpugnable. Les Écorcheurs se livrèrent, contre la ville et contre le pays ennemi, à toutes les violences, à tous les désordres qui leur étaient habituels. Les Messins, de leur côté, n’épargnèrent à leurs adversaires ni les représailles de la guerre, ni même des actes répétés de barbarie. C’est ainsi que les prisonniers français furent en grande partie noyés, contre les droits de l’honneur et des gens, tandis qu’un petit nombre seulement de ces captifs furent conservés pour la rançon et soignés de leurs blessures. Les Messins, toutefois, se voyant de jour en jour plus incommodés dans leur commerce, dans leurs possessions, et plus étroitement investis, entrèrent en pourparler ; ils députèrent des fondés de pouvoirs auprès du roi de France. Metz la Riche frappa monnaie, et s’ouvrit ainsi une voie plus facile pour arriver au dénouement de cette périlleuse conjoncture1870.

Nicole Louve, chevalier, fut le principal envoyé des Messins. Il défendit avec un zèle très habile et très vif les intérêts qui lui étaient confiés. Sire Nicole trouva l’accueil le plus courtois auprès du roi Charles ; car ce prince lui fit servir, ainsi qu’à ses collègues, le dîner que 45les queux royaux avaient préparé pour sa propre Majesté. Nicole Louve et ses compagnons reçurent également d’autres présents, tant avant qu’après l’issue des négociations ; il obtint enfin le titre de conseiller et chambellan du roi de France. Les ministres de Charles VII ne faillirent pas non plus à leur tâche. Messire Jean Rabateau, président au parlement, soutint les réclamations de la couronne à la fois avec des formes polies et une fermeté inébranlable. Il fallut enfin, de la part des Messins, céder à la double pression de l’autorité, armée du droit et de la force1871.

Le 28 février 1445, un traité de paix fut signé, sous les auspices de Pierre de Brézé, entre les Messins et le roi de France. Ceux de Metz durent payer une indemnité dé 200,000 écus au roi de France, pour frais de guerre. Moyennant cette soumission, leur État conservait ses privilèges, les hostilités cessaient de part et d’autre et l’amitié se rétablissait entre les deux parties. De part et d’autre aussi, les prisonniers devaient être rendus et échangés sans rançon. Sept cents Français ou Écorcheurs avaient été faits prisonniers par les Messins. Mais il n’en survivait plus que soixante-dix. Trois jours après, un traité spécial, dont l’arbitre fut également Pierre de Brézé, intervint entre les Messins et le roi René d’Anjou.

Ce traité déchargeait avec peu de justice, on doit l’avouer, le prince lorrain de toute créance, et ce dernier trouva même le moyen de se faire allouer de nouvelles sommes par les vaincus. Louis, dauphin, Charles d’Anjou, le 46sire de Commercy et autres seigneurs, ajoutèrent leur sanction à cette composition finale, et Pierre de Brézé fut reçu en vainqueur et en maître, au nom du roi, dans la ville de Metz, le 5 mars 14451872.

La poésie populaire célébra cette expédition comme un événement digne de mémoire. Plusieurs morceaux de ce genre nous ont été conservés. L’un a pour titre la Complainte d’un jeune compagnon détenu prisonnier de Lorraine vers les bains de Plombières ; un second est la Chanson faite du roy de Sicile ; puis le Dictum fait sur la guerre de Metz. Une quatrième composition, dont le titre seul nous est resté, consistait dans une moralité ainsi dénommée : Poème de la guerre des trois rois qui mirent le siège devant Metz en l’an 1444. Les trois rois dont il s’agit ici sont : le roi de France, le roi de Sicile, René d’Anjou, et le roi… d’Yvetot, John Holland, Anglais, maire de Bordeaux, puis lieutenant de Guyenne. Ce chevalier, par suite des confiscations opérées en Normandie sur les tenanciers demeurés fidèles à la cause française, avait succédé à la maison de Vilaines dans la possession du franc fief, aleu ou sirie d’Yvetot1873.

L’un des traits caractéristiques, en effet, de cette expédition 47fut l’association des Anglais à la guerre que dirigea le roi de France. En 1441, l’Écossais Montgomery, allié de ce prince, portait les armes du côté des Messins contre les Français. En 1444, il servait contre les Messins sous la bannière opposée. Henri V était mort, et plusieurs gouverneurs lui avaient succédé sans que leurs efforts, suivis et continus, eussent réussi à extirper, en Normandie, le brigandage militaire. À la suite du traité de Tours, le gouvernement anglais, comme celui de France, appréhenda les désordres des gens d’armes, que ces trêves allaient laisser inoccupés. On vit alors Matthew Gough fraterniser aux côtés du capitaine Flocquet, chevalier normand, avec lequel il avait croisé le fer en mainte rencontre. Matthew Gough, accompagné de Flocquet, traversa la Normandie et la Picardie, amenant au roi de France un notable contingent d’Écorcheurs anglais, qui participèrent aux deux campagnes d’Allemagne. Enfin deux Anglais, l’un frère, l’autre fils de chevalier, se présentèrent à l’état de Metz durant le cours même des hostilités, et se firent agréer comme soldoyeurs aux gages de la cité belligérante. Ces faits particuliers montrent combien le sentiment patriotique, dans son acception moderne, était encore peu enraciné au quinzième siècle dans le cœur des gentilshommes voués au métier des armes, et qui combattaient pour combattre, abstraction faite en quelque sorte de toute cause et de toute nation1874.

À l’exemple de Metz, la ville de Verdun ne tarda pas 48de se soumettre. Le roi, sur la demande des habitants, leur accorda amiablement plusieurs délais. Vers la fin de l’année 1444, les Verdunois acquittèrent le tribut et reconnurent pleinement l’autorité du roi de France. Quelques mois plus tard, le roi traita de même avec les Toulois. Le 24 avril 1445, Charles VII résidait encore à Nancy. De cette ville il vint faire son entrée à Toul, qui lui ouvrit ses portes. Le roi prit son gîte chez l’évêque, y séjourna trois jours, et ce prélat, déjà en crédit, devint un des conseillers très écoutés du roi de France. Enfin, des lettres de protection furent renouvelées au château de Sarry-lès-Châlons, le 23 juin 1445, en faveur des habitants de Verdun. Pierre de Brézé, dans l’intervalle, avait été reconnu lieutenant général du roi dans les Trois-Évêchés1875.

Le roi, dans la phase de sagesse et de maturité où il 49était parvenu, appuyait chacun de ses actes politiques sur le droit et sur l’histoire. Avant désigner le traité de Tours, il ne s’était point contenté de produire au congrès, par les mains de son chancelier, les actes du Trésor des chartes, qui formaient les antécédents diplomatiques de la question. Par ses ordres, Jean Jouvenel des Ursins, évêque de Laon, membre du grand conseil, compila les chroniques, scruta les termes les plus anciens du litige, et rédigea sur ce sujet un important mémoire, à la fois juridique et historique, qui nous est resté.

Dans sa double campagne de l’Est, le roi suivit le même ordre. Il fit communiquer aux Messins, aux Verdunois, à l’empereur, aux seigneurs d’Allemagne, aux Toulois et aux Bâlois, des titres et mémoires analogues. Charles VII, dans ces instruments historiques, revendiqua hautement les frontières antiques et naturelles de la Gaule française, qui s’étendent, est-il dit formellement, jusqu’au Rhin. Ici, comme au voyage de Tartas, le roi de France limita lui-même, par sa modération, les résultats de la campagne. Il ne devança pas l’œuvre du temps, qui rendit seulement à la France le pays de Metz au seizième siècle, l’Alsace au dix-septième siècle, et la Lorraine au dix-huitième, mais il fit tout ce que permettait alors la prudence unie à un esprit courageux d’entreprise1876.

50Chapitre III
(1444 – 1445)

  • Marguerite d’Anjou devient reine d’Angleterre.
  • Réforme de l’armée ; cavalerie.
  • La cour de France à l’époque des trêves.
  • Jacquet de Lalaing et les deux grandes dames.
  • René d’Anjou.
  • Jean Fouquet.
  • Isabelle de Portugal, duchesse de Bourgogne.
  • Isabelle de Lorraine.
  • Mort de la dauphine Marguerite d’Écosse.

Pendant que Français et Anglais guerroyaient de concert sur les marches de l’Allemagne, les communications amiables se développaient entre les deux gouvernements. Durant le séjour de Charles VII à Nancy, vers la fin de l’année 1444, des commissaires anglais vinrent trouver le roi de France. Ils passèrent avec ses conseillers une convention pour régler les appâtis ou pactes de rançon, qui au devant des présentes trèves, estoient cueillis et levés à l’occasion de la guerre en l’un et l’autre party1877.

Henri VI, conseillé en ce moment par le cardinal de Beaufort, avait accueilli William de la Pole, porteur du traité de Tours, de la manière la plus favorable. Le jeune roi s’empressa de ratifier ces préliminaires et de renvoyer son ambassadeur, muni des pouvoirs les plus étendus, à l’effet 51de conclure définitivement cette alliance. Dès le mois de juillet 1444, un compte fut ouvert à la trésorerie royale d’Angleterre, pour défrayer la nouvelle ambassade. William de la Pole, comte de Suffolk, fut créé marquis de Suffolk, par lettres du 14 septembre, et reçut ses provisions de procureur fondé des pouvoirs royaux le 28 octobre. Le marquis se rendit immédiatement à Nancy, auprès du roi de France, et trouva présents à cette cour les deux rois, le dauphin, ainsi que les princes et princesses de France et de Lorraine1878.

Marguerite d’Anjou, née le 25 mars 1429, se trouvait alors dans toute la fraîcheur de la jeunesse et de la beauté. Sa vie jusque-là s’était écoulée heureuse et calme, au foyer de sa famille. Vers la fin de 1444, des conseillers de son père vinrent la prendre au château d’Angers, qu’elle habitait, et la conduisirent à Nancy. Un nouveau traité fut signé ou du moins arrêté dans cette ville, probablement le jour de Noël (25 décembre) 1444. Marguerite n’apportait en dot au roi d’Angleterre aucune somme de deniers ; son père, en la mariant, lui constituait pour tout apanage des droits éventuels, hérités par René, de la succession d’Aragon, sur les îles de Majorque et de Minorque ; terres dévolues au roi anglais, à condition de les conquérir. Mais la belle et jeune princesse, outre son intelligence et ses vertus, enrichissait le roi qui l’épousait d’un bien suprême : elle apportait à l’Angleterre la 52paix1879, du moins au dehors, et l’amitié française1880.

Le mariage proprement dit, ou cérémonie des noces, paraît n’avoir été célébré que deux mois environ après le traité. La rigueur de la saison, la guerre de Metz encore pendante, et surtout les sentiments de tristesse et d’appréhension dont la jeune fiancée était émue, contribuèrent sans doute à ce retard. Dans, les premiers jours de mars 1445, Louis de Haraucourt, conseiller du roi, évêque de Toul, diocésain de Nancy, bénit en cette dernière ville l’union de Marguerite avec Henri de Lancastre, que représentait le marquis de Suffolk1881.

Des fêtes et des tournois prolongèrent durant huit jours la solennité de cet événement. Puis la reine d’Angleterre, accompagnée de sa suite nombreuse, s’éloigna. Charles VII et René d’Anjou reconduisirent hors des murs la jeune princesse. À deux lieues de Nancy, le roi recommanda à Dieu ladite reine d’Angleterre, laquelle, en prenant congé de luy, pleura fort, tellement qu’à grand peine pouvoit elle parler. René, son père, l’accompagna jusqu’à Bar-le-Duc. Jean, duc d’Alençon et Jean d’Anjou, 53duc de Calabre, poursuivirent la route ; ils ne se séparèrent de leur sœur et cousine qu’à Saint-Denis. Le 16 mars 1445, par ordre du roi, les chanoines de Notre-Dame de Paris recevaient Marguerite avec le cérémonial réservé aux têtes couronnées. La reine d’Angleterre et son cortège entendirent la messe dans cette cathédrale, et le chapitre leur fit l’exhibition des grandes reliques. De là Marguerite se rendit, par Pontoise et Mantes, à Rouen, où l’attendaient de nouvelles pompes, ainsi que de nouvelles cérémonies officielles1882.

Le gouvernement obéré d’Henri VI s’était imposé de grands sacrifices pour déployer dans cette circonstance un luxe inusité. La reine, en arrivant aux portes de la capitale normande, avait un train de quinze cents chevaux. Quatre cents archers lui servaient de garde, sans compter deux cents autres archers appartenant au service personnel du roi absent. Le duc d’York, gouverneur, s’était porté à la rencontre de la reine, entouré des baillis et autorités de Normandie. Une haquenée tout équipée, mais la selle vide, offerte par le roi Henri à la reine, était conduite en main par un page, qui marchait de pied. Henri d’Angleterre lui avait en outre envoyé un chariot magnifique, attelé de six chevaux blancs. Lady Talbot et la comtesse de Salisbury, habillées de leurs robes d’État (state gowns), c’est-à-dire vêtues comme au jour du mariage de Marguerite, attendaient la reine dans un char pour l’accompagner. Marguerite se 54rendit ainsi le 22 mars à la cathédrale de Rouen1883.

Parmi les haquenées et les destriers de suite, deux de ces chevaux étaient couverts de velours vermeil battu à or, semez de roses d’or Déjà Marguerite, en proie à ses regrets de jeune fille, était agitée de secrets pressentiments. À travers ses pleurs prophétiques, elle put contempler dès lors ces symboles qui bientôt allaient devenir pour elle si funestes1884.

Après une traversée désastreuse, Marguerite, le 9 avril, débarqua, malade et presque nue à Portchester. Une tempête avait assailli et avarié sa flottille, ainsi que le vaisseau qui la portait. La pluie tombait à torrents. Marguerite, à demi morte, posa ses pieds chancelants sur les tapis inondés qu’avaient tendus à terre les habitants de ce petit port. Elle fut reçue dans les bras de Suffolk, qui lui procura en toute hâte un misérable abri. C’est ainsi que Marguerite d’Anjou inaugurait sur le sol anglais sa carrière.

Le mariage définitif de Henri fut célébré treize jours après dans l’abbaye de Titchfield. La reine d’Angleterre fit son entrée solennelle à Londres le 28 mai 1445, et fut couronnée le 30 à Westminster1885.

Une autre négociation très remarquable se poursuivait dans le même temps à la cour de Nancy. Richard, duc d’York, gouverneur de Normandie, descendait d’Édouard III et représentait la lignée légitime dépossédée 55par Henri IV, aïeul du roi régnant d’Angleterre. Richard demanda, pour son fils Édouard, comte de Marche, la main de l’une des princesses royales, fille de Charles VII et de Marie d’Anjou. Cette alliance, si elle se fût réalisée, eût constitué une sorte d’anomalie politique : car le duc d’York, futur prétendant, futur champion de la guerre des deux Roses, eût ainsi obtenu pour épouse, et de la main du roi de France, une princesse plus rapprochée du trône français que ne l’était la reine d’Angleterre, Marguerite. Nous ne saurions dire les considérations qui purent engager Charles VII et son conseil à encourager, même subsidiairement, de la part de Richard, une telle visée. Quoi qu’il en soit, la princesse Madeleine fût d’abord désignée par le roi Charles pour être l’objet de ces négociations. Or Madeleine était née le 1er décembre 1443. Cependant le roi avait une autre fille, plus âgée et nubile, la princesse Jeanne, née vers 1430. Richard insista pour obtenir de préférence cette dernière ; mais le conseil, probablement comme moyen dilatoire, maintint exclusivement la désignation de Madame Madeleine. Enfin, après quelques nouvelles dépêches diplomatiques ou poursuites infructueuses soutenues par le duc d’York, ce dessein irréalisable fut complètement écarté1886.

Charles VII, après avoir passé l’hiver à Nancy, quitta cette ville vers la fin du mois d’avril. Il se dirigea par Toul, Kœur ou Queuvres en Barrois, manoir des ducs 56de Bar et de Lorraine, Saint-Mihiel et Louppy-le-Château, vers le castel de Sarry-lès-Châlons, appartenant à l’évêque de ce siège. Au moment de quitter Nancy, Charles VII prit de nouvelles mesures pour opérer la réforme de l’armée1887.

L’ordonnance du 2 novembre 1439 avait posé les principes. Restait à les appliquer réellement et à les faire passer dans le domaine des faits accomplis. La question de l’armée se liait étroitement à la réforme des finances, et cette dernière réforme avait été l’objet de l’ordonnance rendue le 25 septembre 1443. Dans cet intervalle (1439-1443) la Praguerie, les conciliabules de Nevers, etc., étaient venus démontrer combien, au point de vue pratique, cette grande et juste entreprise devait rencontrer de difficultés. Après le traité de Tours, après la double campagne de l’Est, le roi et son conseil jugèrent que le moment était venu de tenter un nouvel effort1888.

57La réforme de 1445 ne comprit encore que la cavalerie. Au moment où les routiers du dauphin retournaient d’Alsace par les États de Bourgogne, dans les premiers jours d’avril, le connétable, muni des instructions royales, passa la revue de ces troupes. Un travail d’épuration commença immédiatement. Les meilleurs soldats, ceux qui savaient allier la bravoure à la discipline, furent conservés ; les autres furent licenciés. Le conseil royal, en délibérant, manda sans bruit, isolément et successivement, les meilleurs capitaines. Ceux-ci furent consultés et pressentis sur l’exécution des mesures projetées. Ces capitaines devaient être maintenus : ils appuyèrent avec sympathie la réforme. Le reste fut traité comme il avait été fait pour une partie des troupes, c’est-à-dire licencié1889.

Chacun de ces capitaines maintenus, au nombre de quinze, conservait cent lances sous ses ordres. Les compagnies, ainsi formées de gens d’élite, prirent le nom de compagnies de l’ordonnance du roi et furent le noyau de la nouvelle armée. On vit dès cette époque les plus grands chefs de guerre briguer l’honneur d’y être incorporés. Pour éviter des représailles et des plaintes infinies, le roi accorda aux routiers, pour leurs méfaits antérieurs, des lettres générales de rémission. Mais des capitaines spéciaux eurent la charge de reconduire ces licenciés, par détachements mesurés, comme de cent soixante cavaliers et leurs bagages, jusqu’à leur dispersion individuelle au sein de leurs foyers ou ailleurs. En 58même temps, des inspecteurs et commissaires aux revues furent créés pour visiter et tenir en haleine la véritable armée1890.

Au moyen âge, l’homme d’armes ne combattait pas seul, comme le soldat de nos jours. La pratique romaine, modifiée par la féodalité, s’était jusque-là perpétuée. Le chevalier, armé défensivement de pied en cap, armé offensivement de la lance et de l’épée, guerroyait sous sa propre bannière, avec sa suite personnelle : écuyer, pages, coustilliers, valets d’armes. Des femmes de mauvaise vie, des marchands, de sinistres parasites, sous l’empire du désordre qui régnait alors, s’étaient successivement introduits à la suite du miles ou chevalier. C’était principalement cette abusive séquelle qui enflait sans profit les cadres de l’armée. C’était elle qui déshonorait le corps militaire et qui excédait les populations par ses exactions et ses débordements de toute espèce. Les archers à cheval avaient pris place dans la cavalerie ou chevalerie, et se faisaient aussi servir de coustilliers. Une multitude d’aventuriers et de non nobles, se mêlaient dans les rangs à l’aristocratie.

D’après le nouveau règlement, chaque lance fournie 59comprenait : 1° le chevalier ou homme d’armes proprement dit, 2° son coustillier ou écuyer, 3° son page ; pour le tout, trois chevaux. Quant aux hommes de trait ou archers, il fut alloué, par deux archers, un page ou un varlet de guerre ; en tout trois personnes, plus trois chevaux. Les quinze compagnies d’ordonnance du roi, ainsi organisées, formèrent ensemble un corps de neuf à dix mille hommes et neuf à dix mille chevaux1891.

Au lieu de les réunir et de les laisser errer sur les pays dits frontières de guerre, ces compagnies furent dispersées par détachements de dix à trente lances, et réparties dans tout le royaume. On leur assigna pour lieux de station ou garnisons non plus les campagnes, mais des bonnes villes fermées, telles que Troyes, Châlons, Laon, Reims, etc. Là, régnait une autorité plus forte que dans les campagnes, et capable de protéger la population civile contre les écarts de la soldatesque, s’ils venaient à se renouveler1892.

Une taille spéciale pourvut dans l’avenir à leur entretien. Le tarif de ces taxations était celui-ci :

Pour chacune personne pour un an entier, une charge et demie de blé et deux pipes de vin ; item, pour un homme d’armes et les archers, qui font six personnes, par mois deux moutons, et demi-bœuf, 60ou vache, ou autre chair équivalente, et par an quatre lards (bacons de porc).

Item, pour sel et huile, chandelles, œufs et fromages, pour les jours que on ne mange pas de chair, avecques leurs aultres menues nécessités, par chascun mois pour hommes d’armes et les archers : 20 sous tournois ; et pour chascun cheval, par an douze chevaux chargés d’avoine et quatre charretées tant foin que paille, c’est assavoir les deux parts foin et le tiers paille1893.

Le logement des gens de guerre était provisoirement maintenu chez l’habitant, et l’on ne songea que trois siècles plus tard, à ériger des casernes. Dans ce premier règlement, comme on voit, la plupart des prestations étaient stipulées en nature. Les populations, en effet, manquaient d’argent pour y subvenir sous cette forme.

Mais un progrès, en quelque sorte subit, dans cet ordre de faits, résulta de la réforme elle-même. Une sécurité inouïe renaquit au sein des villes et des campagnes, délivrées, comme par enchantement, du brigandage. Aussitôt l’industrie, l’agriculture respirèrent ; les routes se remplirent de marchands, de voyageurs, heureux de communiquer, sous une sauvegarde et au sein d’une quiétude dont on avait presque perdu le souvenir. En deux mois de temps une transformation sensible s’était opérée. À la fin de la même année (4 décembre 1445) le roi promulgua un nouveau règlement. Les taxations, point remarquable, y sont tarifées non plus en nature, mais en argent, mode beaucoup plus précis et plus avantageux à la fois pour l’administration et pour le contribuable ; car il permettait aux habitants aisés de racheter même l’hôtelage ou logement des gens de 61guerre. Enfin, quelques jours après, parut un dernier règlement qui devait être mis en vigueur au 1er janvier 1446. Ce règlement a pour titre : Les Trois voyes du vivre des gens d’armes. Il établit en effet trois modes de payement entre lesquels le contribuable pouvait choisir. Le premier consistait dans la prestation en nature ; le second était mixte : argent et nature ; et le troisième, purement en espèces. Une fois choisi par le contribuable, ce mode, pour lui, devenait obligatoire1894.

Le roi, pour alimenter une armée permanente, avait rendu la taille ordinaire, et en avait fait un impôt permanent. Cet impôt fut appelé la taille des gens d’armes. Par une ordonnance du 19 juin 1445, Charles VII en régla l’assiette d’une manière fixe et plus précise qu’il n’avait été fait par le passé. Il fixa en même temps les attributions des élus, appelés, par exclusion de tous autres juges, à connaître des litiges qui pouvaient se rattacher à la perception des contributions.

Un second édit, rendu le 12 août suivant, organisa la haute administration des finances. Le cadre des administrateurs ou trésoriers généraux était maintenu au nombre de trois titulaires, nommés Jean Bureau (grand maître de l’artillerie), Jean Hardouin et Jean le Picard. Les devoirs et les attributions de ces fonctionnaires sont prescrits et définis en quarante-deux articles. Ces deux ordonnances 62de 1445 se référaient, comme des corollaires, à l’édit promulgué à Saumur, en 14431895.

Plusieurs mesures moins importantes, mais utiles et recommandables, furent l’objet de divers autres actes édictés vers le même temps. Ainsi, le roi, sur la demande des autorités troyennes, rétablit les foires de Champagne et de Brie, dont il confirma et accrut les privilèges (19 juin 1445). Quelques semaines auparavant (17 avril), le roi, confirmant les prescriptions de Jean Lesguisé, évêque de Troyes, abolit définitivement, de son autorité, la fête des Fous, qui se célébrait encore dans cette ville. Enfin, des recueils spéciaux conservent le texte de différentes ordonnances qui se rattachent à certains détails judiciaires ou administratifs1896.

Charles VII, dans cette période, la plus brillante de sa vie et de son règne, fondait les institutions pacifiques et jetait, d’une main sage et libérale, les semences ou les bases de la prospérité du royaume.

Durant son séjour à Nancy et à Châlons, les trêves avec l’Angleterre furent prorogées jusqu’au mois de novembre 1446. Des négociations nouvelles s’entamèrent, pour opérer un rapprochement personnel entre les rois de France et d’Angleterre. Le 11 juin, Charles VII désigna 63une ambassade solennelle, composée de son cousin, Louis de Bourbon, comte de Vendôme, grand maître de son hôtel, de Jacques Jouvenel des Ursins, archevêque de Reims, du comte de Laval, de Raoul de Gaucourt, premier chambellan, de Bertrand de Beauvau, seigneur de Pressigny, conseiller du roi, chambellan, de Guillaume Cousinot, maître des requêtes, et d’Étienne Chevalier, secrétaire. Cette légation se rendit à Westminster, auprès d’Henri VI, afin de développer les sentiments d’amitié, heureusement rétablis, entre les deux couronnes, et de préparer le retour d’une paix définitive. Cette paix devait être stipulée dans une réunion prochaine des deux rois1897.

Charles VII, dans le même temps, s’allia, sur le continent, avec l’archevêque de Trèves, électeur, et le comte de Blankenheim ; avec Frédéric, électeur de Saxe, et Guillaume, duc de Saxe ; avec Gérard, duc de Juliers, sur le Rhin ; avec l’archevêque de Cologne ; le comte palatin du Rhin, électeurs ; le marquis de Bade ; le roi de Castille et d’autres puissances1898.

Le roi de France, âgé de quarante-deux ans, menait de front, avec un zèle égal et une pareille ardeur, le plaisir ainsi que les affaires.

Les séjours de Nancy et de Châlons, furent en quelque sorte une fête continuelle. Après les noces de Marguerite d’Anjou, ou dans le même temps, les deux 64cours célébrèrent l’union de Ferry de Vaudémont, fils d’Antoine, compétiteur de René, avec la fille de ce dernier prince, Yolande de Lorraine.

Jean, comte d’Angoulême, au mois d’avril 1445, fut enfin délivré de captivité. Sorti de sa prison anglaise, où il vivait confiné depuis l’an 1412, le prince français débarqua d’abord à Cherbourg ; il s’empressa ensuite d’aller à Nancy, rejoindre le duc d’Orléans, son frère, et saluer le roi de France. Cet heureux événement fournit à la brillante assemblée une nouvelle occasion de joutes, de banquets, de danses, etc.

Le 1er juin 1445, le roi arriva en grande pompe et cortège, de Nancy à Châlons. Suivant sa coutume, qui déjà consistait à se tenir volontiers à quelque distance de la reine, cette princesse avait précédé le roi à Châlons dès le 30 avril, laissant le roi seul durant l’intervalle. À Châlons eut lieu le mariage de Charles, comte du Maine, avec Isabelle de Luxembourg. Arthur de Richemont se remaria en troisièmes noces, par contrat passé à Châlons, le 30 juin 1445, avec Catherine de Luxembourg, sœur du comte de Saint-Pol. Ces mariages et des ambassades successives renouvelèrent, pour ainsi dire sans lacune, les occasions de divertissements1899.

65Jean, comte d’Angoulême, ainsi que son frère le duc poète, était un prince studieux et lettré. Pour charmer les tristes loisirs de son long exil, Guillaume Cousinot, chancelier d’Orléans, avait rédigé, par ordre du prince, une chronique française, et la lui avait transmise en Angleterre. Cette chronique est intitulée : Geste des nobles Francoys, descendus de la royalle lignée du noble roy Priam, de Troye, jusqu’au noble Charles (VII), filz du roy Charles le sixyesme… Elle remonte aux origines de la monarchie, et s’étend jusqu’aux derniers événements accomplis lorsque le rédacteur s’empressa d’envoyer le livre au prince, c’est-à-dire à la délivrance d’Orléans et à la campagne du sacre, entreprise par la Pucelle. Jean d’Angoulême, en arrivant à Nancy, était porteur de ce livre. Le premier plat intérieur du manuscrit, ou feuille de garde, offrait une page blanche. Sur le vélin de cette feuille, le prince fit écrire, ou vraisemblablement écrivit de sa propre main, le programme d’un ballet qui paraît avoir été dansé à Nancy, pour fêter sa réception.

Le manuscrit original et ce programme nous ont été conservés. En tête de ce libretto on lit : basse danse de Bourgogne. Le ballet se composait de plusieurs pas, exécutés successivement par diverses personnes, savoir : deux danseurs et quatre danseuses. Les danseuses étaient la reine de Sicile, femme de René d’Anjou, Madame de Calabre ou Marie de Bourbon, sa belle-fille, 66mariée à Jean d’Anjou, duc de Calabre ; Madame la dauphine (Marguerite Stuart), et une dame de la cour, Madame de Facon. Les danseurs se nommaient Charles duc de Bourbon, père de Marie, et Falet1900.

Parmi les gentilshommes de Bourgogne, réunis en grand nombre à Nancy, se trouvait Jacques de Lalaing, dont nous avons parlé. Peu après les noces de Marguerite, la série des plaisirs de la cour menaçait de tarir. Charles d’Anjou, comte du Maine, frère ou beau-frère des deux rois, et Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol, beau-frère de Charles, exerçaient, grâce à la prédilection des deux souverains, comme la surintendance de ces fêtes. Vers le 10 avril 1445, à Nancy, ils résolurent, pour éviter oiseuse (l’oisiveté), de faire aucune chose dont on sache à parler.

Il s’agissait de publier, en la présence du roi et des dames, une joute à tout venant. Ce pas d’armes devait commencer à deux semaines de cette date, durer huit jours, et être tenu par les deux comtes1901.

Jacques de Lalaing, encore écuyer, sortait de page ; il venait d’achever, à la noble cour de Clèves, issue de Bourgogne, son éducation de gentilhomme. Là, il avait eu pour modèle une grande dame, Marie de Clèves, sœur du duc de Clèves, son maître et patron, devenue, en 1440, duchesse d’Orléans. Jacquet, car c’est ainsi 67qu’il était appelé, supplia ces princes, en s’agenouillant avec courtoisie devant eux, de lui céder l’honneur de les remplacer et de tenir en leur lieu ce pas d’armes. Les deux comtes agréèrent sa requête, et vers le 25 avril la joute ou pardon, tenu par Jacquet, s’ouvrit solennellement dans la prairie de Nancy.

Au nombre des spectatrices qui, ce jour-là, remplissaient les hourts1902, il y avait deux dames, jeunes et belles, du même âge environ que Jacquet, et du plus haut parage. Jacquet inspirait à l’une et à l’autre le plus vif intérêt. Elles désiroient fort, dit la chronique de Lalaing, à avoir les devises (entretiens) dudit Jacquet ; et étoit chacune d’elles si bien en grâce, sans que l’une s’aperçust de l’autre, que merveilles étoit. Si, l’oyoient moult volontiers parler, désirans que leurs maris le ressemblassent… Icelles dames étoient en tel point, que nuict et jour ne sçavoient que penser, pour trouver moyen honnête de parler à lui… [Jacquet], un jour devisoit avec l’une, le lendemain avec l’autre, où si à point se gouverna, en tout honneur, qu’oncques il ne fist chose dont il dust être repris devant Dieu ni le monde.

Ainsi se passa l’intervalle de quinze jours, qui sépara l’annonce du pardon, faite par Maine le héraut, de l’ouverture de ce béhourdis1903. Le jour venu, Jacquet parut sur la lice superbement équipé. Il avait sur son heaume une espèce de lambrequin appelé guimpe, bordé et enrichi 68de perles à franges d’or, traînant jusqu’à terre : c’était un présent secret de la première dame. Au bras gauche, il portait une riche manche, toute ruisselante de perles et de pierreries, dont la deuxième dame lui avait fait le mystérieux octroi. Les deux donatrices prirent place, côte à côte, dans la loge qui leur était destinée. À l’aspect de l’écuyer ainsi vêtu, la première fit part à sa voisine de l’étonnement que causait sur elle la vue de cette manche somptueuse. La seconde interlocutrice dissimula mal la surprise que la guimpe de Jacquet lui faisait éprouver. Peu à peu les deux dames dévoilèrent involontairement, sans le dire, ce qu’elles voulaient cacher l’une et l’autre, et se séparèrent toutes deux secrètement courroucées.

Jacquet accomplit avec le plus grand succès l’entreprise qu’il avait embrassée. Quatre lances courues par lui, contre divers jouteurs, mirent en pleine lumière, dans sa personne, la solidité, l’adresse et la vaillance d’un compagnon d’armes achevé. Il eut, en un mot, toute la louange et le triomphe de la journée. Le soir, au banquet, Jacquet reçut le prix, et fut assis entre les deux grandes dames. La première, très secrètement, et sans que l’autre s’en aperçut, donna à Jacquet un très riche diamant ; et pareillement en fit la seconde d’un moult bel rubis, assis en un annel d’or. Cette rivalité se continua de jour en jour. Jacquet et les deux dames suivirent la cour à Châlons.

Cependant la position du jeune écuyer devenait de plus en plus difficile. Comment concilier, en effet, les deux recommandations, l’une pieuse, l’autre galante, que son père, Guillaume de Lalaing, lui avait solennellement prescrites au départ ? Jacquet, il est vrai, ne se couchait jamais, le soir, sans s’être confessé. Chaque 69jour, le matin, avant qu’il partist de son logis, il y faisoit chanter messe, laquelle il oyoit moult dévotement, faisant ses prières à Dieu et à la vierge Marie, sa mère, qu’il le voulust garder d’encombrier. Toutefois le péril allait croissant. Notre jeune écuyer prit le parti de la retraite. Il se rendit vers septembre à Anvers, pour y poursuivre sa carrière de chevalier errant.

Quant aux deux dames, l’une s’appelait Marie de Bourbon ; on se souvient qu’elle avait épousé, par politique, son cousin Jean d’Anjou, duc de Calabre. La seconde n’était autre que Marie de Clèves, mariée à Charles, duc d’Orléans, veuf et bientôt sexagénaire1904.

L’éclat et l’animation des fêtes de Nancy étaient dus, sans doute, pour une grande part à la passion naturelle qui attire les hommes et les femmes vers les pompes de la galanterie. Ils étaient dus aussi à l’inventive direction que leur communiquait le roi de Sicile, duc de Lorraine, amphitryon du roi de France. René s’efforçoit continuellement de faire et trouver diverses manières de nouveaux jeux et esbatemens, pour plaire au roi et à son beau neveu, le dauphin. René d’Anjou, ce prince dont la figure historique a été singulièrement altérée par de complaisants panégyristes, n’excellait ni comme conquérant ni comme politique. Sa mauvaise étoile 70l’avait fait, en naissant, duc, puis roi. Mais, comme son cousin Charles d’Orléans, il portait au front, de par la Muse, un signe plus fortuné, il était artiste et poète1905.

René d’Anjou, prisonnier de Philippe en Bourgogne, voyageur à Naples avec le titre de prétendant, oublia, la plume ou les pinceaux à la main, ses titres, ses couronnes, et ses perpétuels ennemis, et ses échecs, et ses désastres sans cesse renaissants. C’était des oublies que peignait, au château de Bracon, celui qui, plus tard, rachetait, pour une platelée d’ablettes, le devoir féodal, ou redevance en argent, d’un pauvre pêcheur insolvable ; celui qui, vieux, meurtri par la fortune et désabusé en cour1906, voulut échanger toutes ses seigneuries et tous ses droits princiers contre une rente viagère. René d’Anjou, battu à Bulgnéville, battu à Naples, se mit en rapport, sur les États de Bourgogne, avec les peintres des Pays-Bas ; en Italie, avec les artistes, littérateurs, etc., de la renaissance. Il donna pour précepteur à ses enfants Antoine de La Sale, auteur de la mordante satire : Les Quinze joies du mariage, élève, traducteur et rival du Pogge. La marine marseillaise lui apportait d’Orient les objets les plus propres à contenter les fantaisies 71variées d’un curieux : des lions, des majoliques, des colliers, des étoffes, des chandeliers de Damas, de belles armes, des Maures noirs et crépus, un petit Tartre (Tartare), habillés à la guise du pays, dont il se fit des pages somptueux, etc., etc. Nul n’égalait René dans l’art de conduire une fête et de régler un tournoi. Il publia, sur ce dernier sujet, un traité classique, et la mémoire du prince qui institua la Fête-Dieu à Aix vit encore parmi les Provençaux. Aux fêtes de Nancy, René d’Anjou était vraiment roi1907.

À cette époque florissait un artiste français dont le nom, à peine connu parmi nous de quelques érudits, mérite une place distinguée dans cette histoire.

Jean Fouquet était né, vers 1420, à Tours, capitale du luxe et des arts sous Charles VII. Deux pléiades, deux grandes écoles de peinture, tenaient alors le sceptre de l’art : les Van Eyck, à Bruges, et autour d’eux, Hugo van der Goes, Rogier van der Weyden, etc. ; en Italie, les écoles d’Ombrie, de Florence, et à leur tête, Masaccio, puis fra Angelico de Fiesole, qui, vers 1445, fut 72appelé par Eugène IV à décorer les chapelles du Vatican, à Rome.

Le souverain pontife, longtemps citoyen de Florence, était un promoteur éclairé des arts, particulièrement de la peinture. Charles VII, on l’a vu, protégeait le pape de Rome contre ses adversaires ou compétiteurs. Le roi, selon toute apparence, fit peindre son portrait par Fouquet, et l’envoya au pape Eugène, par les mains de l’auteur. Au temps de Raphaël, cette effigie, copiée ou reproduite sur mur, décorait encore les chapelles du vieux Vatican, et elle obtenait les respects du Sanzio.

Jean Fouquet n’avait point de rival, ou pour le moins de supérieur, dans l’art encore nouveau d’exprimer fidèlement et au vif les traits individuels d’une personne. Eugène IV, à son tour, se fit peindre, sur toile, par Fouquet, et déposa cette œuvre à la sacristie du couvent de la Minerve, lieu où s’était tenu le conclave qui, en 1431, l’avait appelé au trône pontifical. Un historien, compatriote de Fouquet, affirme que ce portrait fut peint en 1443. René d’Anjou, depuis un an, était revenu à la cour après son expédition de Naples. Ces circonstances donnent à penser que Fouquet fut désigné par René à Charles VII pour remplir cette mission auprès du pape1908.

73Charles VII prit à ces fêtes, et plus d’une fois, une part directe et active. Aux noces de Marguerite on vit jouter le roi, le roi de Sicile, Charles d’Anjou, les comtes de Foix et de Saint-Pol, Ferry de Lorraine, le maréchal de Lohéac et plusieurs autres grands seigneurs, chevaliers et écuyers. Un jour, le roi (comte de Poitou) parut sous l’antique blason des Lusignan d’Aquitaine : burelé d’argent et d’azur de dix pièces, au lion d’or armé, lampassé et couronné d’or, brochant ; pour cimier, la sirène Mélusine, moitié femme et moitié serpente. Le comte du Maine, fils de Yolande, portait, de son estoc maternel, les armes d’Aragon : pallé d’or et de gueules. Le lendemain du jour où s’ouvrit le pas d’armes, tenu par Jacques de Lalaing, Jean, comte d’Angoulême, arriva en présence du roi, à Nancy. Charles VII fêta la bienvenue du prince. Armé de pied en cap, et ainsi masqué, il se présenta dans la lice, annoncé par une éclatante fanfare. Pierre de Brézé, seigneur de La Varenne, prit place, comme partenaire ou adversaire, vis-à-vis du roi. Ils coururent l’un et l’autre quatre courses, rompirent chacun deux lances, et retournèrent se désarmer. Puis ils vinrent se rasseoir sur les hourts, auprès des dames, comme si nul ne les eût reconnus1909.

Charles VII n’avait point reçu de la nature ces avantages physiques ni ces traits extérieurs sous lesquels, d’ordinaire, l’imagination se peint les héros, et surtout les héros de roman. Il était de taille moyenne et d’un visage assez agréable, mais il avait les membres grêles, 74spécialement les jambes, et les genoux cagneux. La robe longue, de grande cérémonie, faisait valoir la distinction de sa personne, en masquant ces défauts. Toutefois, le plus souvent il s’habillait à la mode du temps, très propre, au contraire, à les faire ressortir. Chaussé de poulaines, de bottes ou de houseaux (car il montait sans cesse à cheval), il portait des chausses justes1910 et une huque échancrée sur les clavicules en été ; ou, l’hiver, bordée d’un collet de fourrure, par-dessus la chemise et le gippon.

Cette tunique, juponnée, serrée à la taille et très courte, se renflait démesurément aux épaules. Là elle était garnie intérieurement d’une armature rembourrée de roseaux ou de baleines, qui s’appelait maheutres, et qui, semblable à des épaulettes invisibles, avait pour objet d’évaser le buste hors de toute proportion.

Sa grande et forte tête, coiffée soit d’un chapeau de feutre ou de bièvre à longs poils, soit d’un bourrelet orfévré et passementé, soit d’un chaperon, terminé par une draperie qui tombait jusqu’à terre, portait sur un cou mince et relativement grêle. Il avait le visage et le crâne, au-dessous de sa coiffure, absolument ras ; les oreilles, la bouche et le nez grands ; les yeux petits, d’un bleu vert quelque peu trouble1911.

75Il aimait volontiers la solitude, c’est-à-dire la vie intérieure. Le grand jour et le bruit de la publicité l’offusquaient. Apercevoir près de lui un inconnu suffisait pour le rendre inquiet et comme ébloui. Il avait beaucoup vu, lu, médité. Affable et courtois, très discret, très sensible aux charmes de la société des dames, il déployait avec aisance, dans le tête à tête, cette séduction pénétrante et imprévue qu’exercent les hommes puissants lorsque, pouvant imposer et se faire craindre, ils préfèrent plaire et charmer. Sa timidité naturelle et l’expérience du mal, en le rendant sceptique, défiant, avaient jeté sur sa physionomie un voile de réserve et nomme une teinte de mélancolie.

Il avait beaucoup souffert : l’adversité fut pour lui mère de la sagesse ; et sa bravoure, l’effort, l’héroïsme même, dont on le vit par instants capable, étaient chez lui le fruit de la volonté réfléchie plus que le jeu d’un ressort naturel et spontané. Les manifestations de sa personne qu’il fit, par exception, à Nancy, semblent attester une excitation spéciale, comme la présence de la dame de Beauté1912.

76Aucun historien, il est vrai, ne mentionne l’assistance de cette dame aux fêtes de Nancy et de Châlons, qu’ils racontent cependant avec quelques détails. Il est toutefois constant que, dans l’une et l’autre de ces villes, où l’appelait, à plusieurs titres, un service de cour, l’absence de la dame d’honneur des deux reines (de France et de Sicile) ne put être que momentanée. Sauf cette lacune, ou cette omission, en effet, de nombreux documents attestent surabondamment l’influence active, permanente, absolue, que la belle Agnès exerçait à cette époque sur le roi et sur les affaires de la cour1913.

Peu de temps après l’installation de Charles VII à Châlons, Isabelle de Portugal, duchesse de Bourgogne, parut à l’audience du roi de France. Plus que jamais, Philippe le Bon sentait le besoin de confier la négociation de ses intérêts au tact diplomatique le plus exercé. Le duc avait sous la main, en la personne de Nicolas Rolin, son chancelier, un vieux et intime serviteur, politique rompu aux affaires. Isabelle de Portugal fut encore cette fois le plénipotentiaire préféré1914.

Depuis le traité d’Arras, la situation entre ce grand baron et le roi de France, au lieu de s’aplanir définitivement, s’était hérissée de délicatesses et de difficultés. Charles VII, durant toute sa vie, accomplit avec une 77loyauté qu’on peut dire magnanime, les conditions humiliantes pour le souverain, léonines pour l’autre contractant, qui avaient été souscrites en 1435. Mais le souverain, par ce motif même sans doute, fit sentir au vassal une main plus haute et plus ferme ; il maintint avec d’autant plus de rigueur la part d’autorité, de dignité royale dont il ne s’était point ainsi dépouillé.

Déjà, en 1436, la question sensible du ressort, ou souveraineté, avait surgi, à propos d’une action judiciaire poursuivie par Charles, duc de Bourbon, beau-frère de Philippe, devant la juridiction des métiers de Gand, en Flandres. Le roi prétendit soumettre à l’appel de son parlement de Paris cette juridiction communale. Le conflit qui résulta de cette conjoncture, grâce à d’habiles temporisations de la part du duc de Bourgogne, traîna en longueur et s’évanouit dans le silence. Le 4 juillet 1445, par lettres données à Sarry-lès-Châlons, le roi ordonna de surseoir pendant neuf ans, au parlement, les appels des jugements en matière civile et criminelle, sur les procès entre les sujets des lois des quatre membres du pays de Flandre. Néanmoins peu de mois après la date de cette ordonnance, un huissier du parlement arrivait à Gand, en plein chapitre de la Toison d’or, en salle, non d’un duc, par semblant, mais d’un empereur ; puis, au nom du roi de France, ce sergent, touchant de sa verge le grand maître de l’ordre, Philippe le Bon et son neveu, le comte d’Étampes, les ajournait l’un et l’autre à comparaître en personne à Paris, devant la cour royale du parlement1915.

78Les alliances que le roi venait de contracter en Allemagne inquiétaient le duc Philippe ; notamment celle de Guillaume de Saxe, contre lequel Philippe guerroyait à l’occasion du Luxembourg. Plusieurs frontières étaient demeurées litigieuses entre le comté de Bourgogne et la France. Les baillis et officiers ducaux avaient réclamé contre l’extension indue, disaient-ils, des officiers royaux, qui prétendaient soumettre à la taille des sujets bourguignons, au profit du trésor français. Les routiers du dauphin, qui, lui-même, se montrait d’ailleurs peu docile envers l’autorité de son père, avaient également, après ces réclamations, enfreint les immunités bourguignonnes et violé le territoire ducal. Enfin René d’Anjou, écrasé par l’énorme rançon que lui avait imposée le vainqueur de Bulgnéville, était demeuré, vis-à-vis de Philippe, à l’état de débiteur insolvable1916.

Nous venons d’énumérer les principaux griefs politiques dont la noble ambassadrice avait pour mission de procurer le redressement. Mais d’autres sentiments, d’autres motifs plus intimes, conduisaient à la cour de France Isabelle, duchesse de Bourgogne. Laissons témoigner à cet égard, dans son style original, un auteur bien informé, gentilhomme bourguignon, historiographe zélé de la moribonde chevalerie1917.

79En cette saison, dit-il, la duchesse de Bourgogne, moult grandement accompagnée, se tira… devers le roy de France, qui la recueillit moult honorablement. Et lui fit la royne, moult grand honneur et privauté : car toutes deux étoient desjà princesses âgées et hors de bruit. Et croy bien qu’elles avoient une même douleur et maladie qu’on appelle jalousie, et que maintes fois, elles se devisoient de leurs passions secrètement ; qui estoit cause de leurs privautés. Et à la vérité, apparence de raison avoit en leurs soupçons : car le roy avoit nouvellement élevé une pauvre demoiselle, gentifemme, nommée Agnès du Sorel et mis en tel triomphe et tel pouvoir que son estat étoit à comparer aux grandes princesses du royaume.

Et certes c’estoit une des plus belles femmes que je vey oncques ; et fit en sa qualité beaucoup de bien au royaume de France. Elle avancoit devers le roy jeunes gens d’armes et gentils compaignons, et dont le roy fut depuis bien servi.

D’autre part, le duc de Bourgogne fut de son temps un prince le plus dameret et le plus envoiseux que l’on sceust ; et avoit de bastards et de bastardes une moult belle compagnie. Ainsi la rogne et la duchesse se rassembloient souventes fois, pour eux douloir et complaindre l’une à l’autre de leur crève-cœur1918.

Isabelle de Portugal, fille de roi, femme de duc, fut la législatrice de l’étiquette des cours. La pompe de Bourgogne, érigée par elle en doctrine, devint un code, qui nous est resté. Lorsque le duc Philippe, deux fois veuf, l’épousa, en 1430, il prit solennellement cette devise, en l’honneur de sa troisième épouse : Aultre n’aray, dame Isabel. La conduite antérieure du prince exigeait cette éclatante protestation de fidélité. Jamais promesse pourtant ne fut plus infidèlement tenue. La hautaine princesse portugaise couvait dans son cœur navré l’incessante blessure que lui causaient d’humiliantes rivalités. Ainsi que Marie d’Anjou elle avait un fils, le comte de Charolais, qui fut depuis le Téméraire. Une praguerie bourguignonne, fomentée par les Croÿ, 80finit par mettre l’héritier dans un camp et le père dans l’autre1919.

Mais entre les deux épouses et les deux mères là s’arrête l’analogie.

Marie d’Anjou ne nourrissait point contre Charles VII cette fière rancune. Charles VII, en donnant, comme l’avait fait son père, douze rejetons à la couronne, croyait avoir acquitté envers la compagne du trône ses devoirs de roi et l’amour de dette. La reine Marie avait partagé ses mauvais jours. Jamais le roi ne lui mesura d’une main avare, ni au moral les égards, ni les avantages temporels qui associaient la reine à sa prospérité. La reine vit incessamment s’accroître en sa faveur les apanages et les émoluments destinés à satisfaire ses besoins ainsi que ses désirs. La reine jouissait, entre autres, des revenus de Sainte-Menehould. Le roi, par lettres données à Sarry-lès-Châlons, le 8 juin 1445, établit dans cette place une foire annuelle au profit de la reine et sur sa requête. La reine vivait dans un confortable intérieur, où elle se plaisait, au milieu de ses enfants. Elle ne rompait cette existence conforme à ses goûts que pour accomplir, de temps à autre, quelque élégant et pieux pèlerinage. Afin d’accroître ses revenus, elle faisait la traite des vins, qu’elle envoyait vendre, de ses pays d’Aunis et d’Anjou, par le port de La Rochelle, en Angleterre. Elle adorait le roi et n’élevait contre lui aucun blâme : témoin la devise qu’elle s’était choisie : Tous dis en bien1920.

81Marie d’Anjou portait également à ses frères, Charles et René, l’un favori et tous deux conseillers du roi, une affection sans réserve. René, solliciteur habile, avait mené à bonne fin, pour son profit, la campagne d’Allemagne. Il avait à ses côtés, auprès du roi, son frère. Charles et son épouse la reine-duchesse Isabelle de Lorraine, princesse des plus éclairées, des plus capables, patronne et amie de la belle Agnès. La duchesse de Bourgogne trouva en la personne de la reine Marie une faible alliée. Elle rencontra chez la reine de Sicile, comme une rivale puissante et un antagoniste. Lorsque Isabelle de Portugal se présenta devant la reine de France, à Châlons,

Elle prit la queue de sa robe en sa main et l’ôta des mains de sa première dame d’honneur qui la portoit. Elle la laissa traîner quand elle marcha et s’agenouilla plusieurs fois en approchant de la reine… La reine lui mit une de ses mains sur les espaules, l’embrassa, la baisa et la fit lever. La duchesse de Bourgogne fit les mêmes honneurs à la dauphine Marguerite, à la simple duchesse de Calabre… De là, madame la duchesse alla saluer la royne de Sicile (Isabelle de Lorraine), laquelle estoit à deux ou trois pieds près de madame la dauphine ; et à ceste-là Madame ne fit point plus d’honneurs que l’autre lui en faisoit… et il n’y eut nulle d’entre elles deux qui rompit ses aiguillettes de force de s’agenouiller1921.

Ces détails traduisent au vif les sentiments qui régnaient entre les duchesses de Bourgogne et de Lorraine. Isabelle de Portugal fut vaincue dans la joute diplomatique qu’elle avait entreprise.

82Durant sept semaines, assistée des seigneurs de Charny, de Créquy, d’Humières, de Guillaume Fillastre, évêque de Verdun, de maître Philippe Maugard, chevalier en lois, et autres conseillers ducaux, elle soutint le principal faix des négociations. Les gens du roi de Sicile se réunirent assidûment avec elle en plein conseil. Deux traités, avec l’approbation formelle et spéciale de Philippe le Bon, furent signés entre la duchesse, pour ce prince, d’une part, et, de l’autre, les rois de France et de Sicile. Le premier porte la date du 24 juin, et le second du 6 juillet 1445.

Aux termes de ce double contrat, le roi René d’Anjou, sur les instances pressantes de Charles VII, devenait quitte et affranchi de 420, 600 écus d’or dont il était redevable envers son cousin de Bourgogne. Les châteaux de Neufchâtel, en Lorraine, de Clermont, en Argonne, et de Gondrecourt, livrés en gages de sa créance, par René, lui furent rendus. De son côté, René cédait au duc la seigneurie de Cassel. Le dauphin devait se dessaisir de la place de Montbéliard, demeurée jusque là en sa main. La solution des autres menus griefs fut abandonnée à des commissaires1922.

Le roi, la reine et la dauphine avaient pris leur résidence au château de Sarry. De là, le roi descendait à la prairie du Jard, pour se divertir ou pour se rendre à la ville. De grandes joutes eurent lieu sur la place du marché de Châlons, et les fêtes de Nancy se renouvelèrent. Vers la fin de juillet, le roi termina les importantes 83affaires qui avaient fait choisir Châlons comme une ville de congrès. Il se disposait à regagner ses demeures habituelles, lorsqu’un événement imprévu prolongea tristement son séjour à Châlons, puis détermina son brusque départ1923.

Marguerite Stuart, mariée lorsqu’elle était encore enfant, ornait depuis une dizaine d’années la famille et la cour du roi de France. La jeune princesse avait pris à cœur sa nouvelle patrie. Dès son premier âge, elle s’était exercée à parler cette langue de France, que Brunetto Latini proclamait déjà délitable entre toutes, et qui, en Écosse, était demeurée la langue diplomatique, ainsi que l’idiome de la haute société. Alain Chartier, secrétaire du roi, le plus renommé poète de son temps, fut un des ambassadeurs qui, en 1428, étaient allés à Édimbourg la demander à son père. Alain Chartier fut ainsi spécialement pour elle un maître et un initiateur1924.

Marguerite, devenue dauphine, s’éprit avec plus d’ardeur de littérature française et de poésie. Continuant une tradition constante dans la maison de France, depuis le siècle de Philippe-Auguste, parmi les princesses de la fleur de lis, elle cultiva les lettres elle-même. Certain 84jour, suivant une anecdote fort connue, ainsi qu’elle passoit en une salle où ledit maître Alain s’estoit endormy sur un banc, comme il dormoit, le fut baiser devant toute la compagnie ; dont celui qui la menoit fut envieux et lui dit : Madame, je suis esbahi comme avez baisé cet homme qui est si laid ; car, à la vérité, il n’avoit pas beau visage. Et elle fit response : Je n’ai pas baisé l’homme, mais la précieuse bouche de laquelle sont issus et sortis tant de beaux mots et vertueuses paroles1925.

Marguerite d’Écosse, à Nancy, reçut, par les mains de Jacques Cœur, argentier du roi, la somme de 2,000 livres tournois, pour avoir des draps de soie et martre (fourrure), pour faire robe pour notre personne. Les fêtes qui ont été ci-dessus racontées donnèrent occasion à cette parure. À Châlons, Marguerite fut reçue particulièrement avec honneur, et prit part aux nouvelles fêtes de la cour. Le 20 juillet elle donna, dans cette ville, une quittance signée de sa propre main, pour décharge de ces 2,000 livres. Quelques jours après, la jeune princesse se couchait sur un lit de douleur et ne devait plus se relever1926.

Un amer chagrin fut en grande partie la cause qui la 85conduisit si jeune au tombeau. L’union de la dauphine n’avait point été heureuse, et la vie, en apparence si fortunée de cette princesse, ressemblait à la fleur ou au fruit que ronge un ver secret. Dans sa personne, physiquement délicate et frêle, elle portait une âme à la fois timide et exaltée. L’idéal, la poésie, était sa passion. L’enquête judiciaire ouverte après sa fin témoigna qu’elle mourait d’amour. Mais ce mot, au quinzième siècle, n’avait point le sens restreint que nous lui donnons aujourd’hui. Il comprenait l’ensemble des faits, des idées et des sentiments (tels que la guerre, les tournois, l’art, la poésie) que nous appelons chevaleresques1927.

Marguerite d’Écosse avait, parmi ses dames d’honneur, Jeanne Filleul, poète dont nous pouvons citer un rondeau qui nous est resté. Jeanne excitait, par l’exemple et la sympathie, le goût de sa maîtresse. La tête penchée pendant de longs jours sur le labeur littéraire, souvent Marguerite veillait encore pour composer des vers, des rondeaux, des ballades ; souvent la nuit se prolongeait jusqu’aux approches du jour, avant que la jeune princesse eût été prendre place à côté de son époux1928.

86L’organisation de Louis formait, avec celle de Marguerite, le contraste ou la disparate la plus complète. Rude et sans grâce dans sa personne, ses affections, ses penchants étaient également communs et vulgaires. Louis ne connut jamais de l’amour que le physique appétit ; et, dans son cynique langage, la compagne unie, sur le trône, à sa destinée, n’était qu’un moule à lignée. Louis n’ouvrit ses yeux à l’intelligence et ne fit acte de majorité que pour se révolter aussitôt contre son père. Le choix que Charles VII avait fait de Marguerite suffit pour la désigner à ses rigueurs et à ses dédains. Une seule personne refusa toujours son affection à la dauphine vivante, une seule fut insensible à sa mort prématurée : ce fut son époux, Louis, dauphin1929.

Ce dernier lui refusa même les égards d’un gentilhomme et les respects d’une indifférente courtoisie. Il 87la tint pour suspecte, sous le coup des brocards et des médisances de cour. Au nombre des familiers qui naguère étaient entrés avec Pierre de Brézé dans la faveur suprême, figurait un écuyer breton, nommé Jamet du Tillay. Ce Tillay, brave et affectionné au service du roi, mais enivré par l’orgueil de sa position, ne gardait aucune mesure dans son ton et dans son langage. Un soir d’hiver, à Nancy, la dauphine habitait sa plus petite chambre ou boudoir ; elle avait pris place sur un meuble appelé couche ou chaise longue. Marguerite écoutait les discours de messire Jean d’Estouteville, seigneur de Blainville, né en 1417, qui fut prévôt de Paris en 1445, puis grand maître des arbalétriers de France. Une tierce personne, inconnue, partageait également la causerie intime. M. de Blainville, négligemment, était accoudé près de la dauphine. Le grand feu qui brillait dans l’âtre éclairait la chambre. Mais la princesse, oubliant, pour la conversation, le décorum de son sexe et de son rang, avait omis de faire allumer les chandelles et les torches, bien que la nuit fût tout à fait close1930.

Tout à coup, Jamet du Tillay entre, suivi de Regnault du Dresnay, maître d’hôtel de la dauphine. Une bougie de cire à la main, il s’approcha jusqu’au visage de la princesse, et, prenant à peine le biais d’une apostrophe indirecte adressée au maître d’hôtel, il se récria tout haut sur le scandale et la paillardie de la situation. Cet indécent propos fut colporté par Nicol Chamber, Écossais, compère et compagnon de Jamet. Grossi et envenimé 88par la malice des courtisans, il circula jusqu’au roi, jusqu’au dauphin, qui ne manqua pas de l’accueillir. Ce propos revint enfin, sous la forme d’outrage, aux oreilles et au cœur de la princesse elle-même. Marguerite, mélancolique, absorbée, en prit un mortel déplaisir1931.

Telles étaient les prédispositions de la dauphine, lorsque Charles VII se rendit, le 7 août 1445, du château de Sarry à Notre-Dame de l’Épine. Cette élégante église, qui subsiste de nos jours, s’élevait alors lentement, érigée par la piété des fidèles, en l’honneur de miracles dont ce lieu, au commencement du quinzième siècle, avait été, dit-on, le théâtre. Le même jour, selon toute apparence, la dauphine accompagna, dans ce pèlerinage, le roi de France, qui contribua de ses libéralités, en souvenir de sa visite, à la continuation de l’édifice. Par ce temps de canicule, la chaleur était extrême, la jeune princesse, de retour à Sarry, toute mouillée de sueur, eut l’imprudence de se dévêtir subitement. Elle demeura couverte de sa simple cote, ou robe de dessous, dans une salle basse, froide et humide. Le lendemain, fort enrhumée et entoussée, elle se sentit gravement atteinte et fut transportée de Sarry à Châlons, au cloître de la cathédrale1932.

La maladie, dans sa marche rapide, devint une fluxion de poitrine des plus aiguës, accompagnée de désorganisation 89pulmonaire. Marguerite reçut les soins de maître Guillaume Lotier, médecin du dauphin, assisté de maître Robert Poitevin, médecin de la reine et d’Agnès Sorel. Ce dernier était prêtre. Durant le cours de son agonie d’une semaine, la jeune moribonde, plus d’une fois, protesta contre les bruits malveillants dont elle avait été victime. Ô Jamet ! Jamet ! disait-elle, c’est par toy que je meurs ! Médecin de l’âme et du corps, maître Robert entendit en confession la patiente, et, pour l’absoudre, il lui commanda le pardon des offenses qui lui avaient été faites. Sur la requête spéciale des assistants, il la pressa, par trois fois, de pardonner nommément à Jamet du Tillay. Trois fois, la dauphine s’y refusa. Enfin, Marguerite de Salignac et d’autres joignirent leurs instances à celles du prêtre. Je lui pardonne donc, dit la malade épuisée, et de bon cœur ! Les dernières paroles qu’elle prononça furent celles-ci : Fi de la vie de ce monde ; ne m’en parlez plus ! Le 16 août 1445, vers dix heures du soir, elle avait cessé de vivre1933.

Ainsi mourut, âgée de vingt et un ans, sans postérité, Marguerite d’Écosse. Peu de temps auparavant, elle avait affecté ou destiné une somme de 600 écus d’or à l’érection d’une chapelle du Saint-Sépulcre, en l’église Saint-Laon de Thouars, abbaye de l’ordre de Saint-Augustin. Elle désirait être inhumée dans cette chapelle, construite pour le repos de l’âme de son père et de ses 90parents. La Dauphine mourut sans avoir payé les travaux de cet édifice. Charles VII voulait que les restes de sa belle-fille fussent transportés à Saint-Denis. L’église cathédrale de Châlons reçut en dépôt le corps de Marguerite. Plus tard, le roi dégagea un riche livre d’heures que la dauphine avait, suivant l’usage, engagé temporairement pour garantie de son obligation. Le vœu de la princesse fut accompli aux frais du trésor royal, et ses dépouilles furent définitivement ensevelies, sous le règne de Louis XI, en 1479, dans la chapelle qu’elle avait fondée1934.

Le 18 août 1445, Charles VII donna le signal du départ, et la cour, s’éloignant à la hâte de ces lieux attristés, se dirigea vers la Touraine1935.

91Chapitre IV
(1445 – 1448)

  • Condamnation du comte d’Armagnac Jean IV.
  • Ferdinand de Cordoue.
  • Mort de La Trémoille.
  • Pierson Sureau.
  • Pierre de Brézé, premier ministre.
  • Antagonisme de Louis, dauphin.
  • Il quitte la maison paternelle.
  • Affaire Mariette.

Le comte d’Armagnac, saisi, par Louis de France, en l’Île-Jourdain, puis conduit à Carcassonne, était demeuré prisonnier du roi dans cette ville, ainsi que son fils puîné, Charles, et ses deux filles1936. Le comte Jean se fit appuyer et recommander auprès de Charles VII par le roi de Castille et de Léon, allié de Jean ; par le duc de Savoie, qui, à cet effet, envoyèrent des ambassadeurs à Châlons. Les ducs de Bourbon, d’Orléans, de Bretagne, d’Alençon ; les comtes de Foix, du Maine, de la Marche et de Dunois, intercédèrent également, et de leur personne, en faveur du comte. Enfin, Jean IV provoqua lui-même la tenue d’un lit de justice ; et des fondés de pouvoirs, ayant obtenu jour d’audience, plaidèrent sa cause à Châlons, en présence du roi1937.

Bernard de Faudoas et l’abbé de Bonneval, défenseurs du prévenu, rappelèrent la haute lignée à laquelle il appartenait ; les services que la maison d’Armagnac 92avait rendus à celle de France, et les diverses circonstances qui pouvaient être invoquées à sa décharge. Maître Jean Barbin, avocat criminel du roi, assisté du président Rabateau, prit ensuite la parole. Il réfuta de point en point l’argumentation de la défense et soutint l’accusation avec fermeté, d’une façon minutieusement méthodique1938.

Jean, comte d’Armagnac, offrait au plus haut degré le type du tyran féodal. Infatué de son indépendance, il tranchait du souverain, pour aboutir surtout à l’impunité d’une existence sans frein. Il ne reconnaissait ni les lois humaines, ni les divines, ni celles de la morale, ni même de la nature. Pour nous en tenir aux faits purement politiques, son règne, depuis la mort du comte Bernard, connétable, avait été une longue suite d’hostilités à peine déguisées contre son suzerain et seigneur naturel, le roi de France. Vers 1425 il entretint sous son patronage un aventurier nommé André de Ribes, pendu en 1428, par ordre de Bernard d’Armagnac, comte de Pardiac et frère de Jean IV1939.

Il s’accointa ensuite d’un nommé Le Baron. Cet autre aventurier prit le parti des Anglais et causa mille ravages. Jean IV lui donna en mariage une damoiselle attachée à la comtesse d’Armagnac. Ce Baron fut combattu et défait par Xaintrailles. En 1430 et années suivantes, Jean IV frappa, contre les ordonnances, à son 93coin, de la monnaie d’or à peu près de la même effigie et plus faible que celle du roi. En 1440, le sénéchal royal de Rouergue avait fait sculpter en pierre les trois fleurs de lis avec la couronne de France, sur une tour qui relevait du roi, sise à Saint-Rome de Tarn. Par ordre du comte, les armes royales furent démolies, jetées dans le Tarn et remplacées par le blason d’Armagnac. On se souvient enfin des actes multipliés de rébellion et de félonie qui déterminèrent la campagne de 14441940.

Ces divers actes constituaient les crimes de lèse-majesté ainsi que de haute trahison. Aux termes des ordonnances et du code ou livre des fiefs, le vassal, en ce cas, était confisqué corps et biens, c’est-à-dire dépossédé 94et condamné à perdre la vie. Charles VII, s’il n’eût écouté que la loi, devait faire décapiter le comte. Mais la sagesse de sa politique se confondait avec l’humanité, qui lui était naturelle, et avec la générosité (si facile aux victorieux), pour lui dicter une autre sentence. Le sang versé est une semence de représailles et le glaive du bourreau ne tranche pas certaines difficultés. Le roi préféra réduire moralement et politiquement le fier baron du Midi : il le contraignit à implorer sa miséricorde. Jean IV s’humilia pour recouvrer à ce prix la vie et sa liberté. Le comte d’Armagnac était infirme, captif, lui et sa famille, depuis environ dix-huit mois. Le sang d’Armagnac s’était uni par vingt alliances au sang qui coulait dans les veines du roi.

Le roi pardonna au comte et lui ouvrit, ainsi qu’à ses enfants, les portes de leur prison. Mais il prit contre le vassal rebelle, contre l’incorrigible baron féodal, de sérieuses garanties1941.

Jean IV, d’après la teneur, de ces lettres, dut reconnaître solennellement la suzeraineté royale et l’obéissance à laquelle il était obligé. Cet aveu fut ensuite répété, sous la foi du serment, par son fils, le vicomte de Lomagne, puis délibéré et proclamé comme loi du pays par les trois états d’Armagnac. Le comte et ses successeurs, par ces déclarations, s’interdisaient à jamais les droits régaliens, dont ils avaient usurpé l’exercice. 95Le roi conservait définitivement : 1° son comté de Comminges ; 2° les places de Capdenac et de Sévérac, soustraites par captation à son maréchal Amaury ; 3° et à titre de confiscation de fiefs, les quatre grandes châtellenies de Rouergue : Saint-Geniès, la Roque-Valzergues, Cassagnes-Bégonhès, et Laguiole , puis la ville et le château de Lectoure. Il retenait enfin diverses autres places en garantie provisoire de l’exécution du traité. Le roi de Castille dut fournir en nantissement, au roi de France, mille hommes d’armes, avec un appoint de gens de trait ; les ducs et les comtes, autres alliés de Jean IV, fournirent, chacun de leur part, un contingent analogue et proportionné à leur puissance. Jean IV fit sa soumission à Carcassonne, le 1er octobre 14451942.

Le vieux tronc féodal d’Armagnac, ainsi frappé, ne se releva plus. Jean IV, le 11 octobre 1445, signa, en présence des commissaires du roi, la confession et déclaration qu’on exigeait de lui1943. Accompagné de son fils, il comparut, le 14 mars 1446, devant le parlement de Toulouse. Là, il entendit lecture des lettres de grâce qui lui étaient octroyées par le roi ; et qui furent entérinées dans les registres de la cour. Le comte et son fils recouvrèrent la liberté ; mais Jean IV, à partir de ce moment, ne fit plus que languir, et mourut le 5 septembre 1450, âgé de 51 ans1944.

96Le duc de Bourbon, jusque-là, n’avait cessé de manifester de sourdes velléités peu conformes à ses devoirs de fidélité envers la couronne. Charles VII, après avoir vaincu ce prince comme les autres, l’enchaîna, lui et son fils, par une suite continue d’attentions et de bienfaits. Par contrat du 23 décembre 1446, le roi donna en mariage sa fille Jeanne au comte de Clermont, qui fut depuis duc de Bourbon, sous le nom de Jean II, après son père1945.

Vers cette époque1946 on vit arriver d’Espagne à Paris un clerc, âgé d’environ vingt ans et nommé Fernand ou Ferdinand de Cordoue. Ce jeune homme extraordinaire 97scavoit tous les sept arts libéraux ; jouer de tous les instruments ; chanter et deschanter mieux que nul autre ; peindre et enluminer mieux que oncques on sceust à Paris ne ailleurs. Item, en fait de guerre, nul plus apert ; et jouoit d’une épée à deux mains si merveilleusement que nul ne s’y comparât. Item, il étoit maître ès arts, maître en médecine, docteur ès décrets, docteur en théologie. Il parloit latin, grec, ébreu, caldaïque, arabique et tous autres langages. Il étoit chevalier en armes ;… de moyenne stature, assez belle personne et moult agréable à tous gens1947

Ce nouveau Pic de la Mirandole1948 vint disputer publiquement en l’Université, au collège de Navarre, par-devant cinquante docteurs des plus expérimentés. Trois mille clercs furent témoins de ses épreuves. Parmi les docteurs qui argumentèrent contre lui, se trouvait maître Jean de L’Olive, insigne professeur de théologie, recteur de l’Université en 1444, et qui se révèle par ce témoignage comme l’un des auteurs du Journal de Paris. Maître Jean affirme que lui et ses confrères demeurèrent terrifiés en présence de cette science formidable. Et vrayment, observe-t-il, si un homme pouvoir vivre cent ans sans boire, manger, ni dormir, il n’auroit pas les sciences que Fernand scet toutes par cœur.

L’Apocalypse, commentée par saint Vincent Ferrier et ses disciples, annonçait que l’Antéchrist était né ; 98qu’il allait paraître. L’Antéchrist devait, entre autres signes, être chrétien jusqu’au vingt-huitième an de son âge, visiter en ce siècle présent les grands seigneurs du monde pour montrer sa grande sapience, et pour avoir grande renommée d’iceulx. Ce jeune prodige n’était-il point l’Antéchrist1949 ?…

Fernand de Cordoue sortit avec triomphe de cette joute scientifique inusitée. Nul ne parvint à l’embarrasser ni à le dominer sur aucun point. Et, qui plus est, il redarguoit et reprenoit les livres de saint Jérôme, saint Augustin et autres de sainte Église. Cependant, le premier moment de stupéfaction passé, des clercs de la nation de France adressèrent quelques questions à Fernand, qui promit de les résoudre. Mais il ne tint pas cet engagement. L’étranger s’esquiva soudain, alléguant que des affaires importantes et qui ne souffraient point de retard l’appelaient à la cour de Bourgogne.

Fernand de Cordoue se rendit en effet à Gand et voulut passer en Angleterre. Cependant il ne put accomplir ce voyage et se dirigea vers l’Allemagne. Durant qu’il était à Cologne, le bruit se répandit à Châlons-sur-Marne que, vers le carême, il avoit esté prins à Couloigne (Cologne), atteint d’hérésie et d’avoir ung diable avec lui qui lui enseignoit tout ce qu’il disoit, et fut ars (brûlé) au dit lieu de Couloigne. Mais, suivant d’autres auteurs, qui semblent mieux informés, 99Ferdinand, bien loin de périr ainsi, fournit ultérieurement une longue et brillante carrière. Ambassadeur du roi de Castille, il visita de nouveau les divers royaumes de la chrétienté. Partout il émerveilla les clercs des diverses écoles. Il prédit à Charles le Téméraire sa fin devant Nancy, et composa de nombreux ouvrages, tant imprimés de son temps que manuscrits ; on en peut voir la liste dans la Bibliothèque espagnole. Il mourut à Rome, sous-diacre du pape, en 1486, âgé de soixante-cinq ans, et fut inhumé sous un riche mausolée1950.

Georges de La Trémoille, bien que tombé dans la disgrâce, avait conservé son titre de grand chambellan de France et un certain crédit. En 1445, Louis de Giac, fils de Pierre de Giac et de Jeanne de Naillac, devenu majeur, poursuivait une action criminelle contre cet ancien ministre, pour cause d’homicide et de spoliation. Le 4 mars 1446, Georges, à raison de sa grande charge, assistait à Chinon comme témoin de l’hommage fait à Charles VII par François Ier, nouveau duc de Bretagne. Les lettres de rémission que le favori s’était fait octroyer le 7 mai 1431, furent enregistrées en mai 1446 au registre du Trésor des Chartes. La Trémoille, qui pendant si longtemps avait été le mauvais génie du roi et du royaume, mourut le 6 mai 1446, et fut inhumé en son château de Sully1951.

100Le 10 avril 1446, un paysan, à la suite de certain débat, fut tué à coups d’épieu1952 par deux autres paysans, au village de Rozoy-sur-Serre, en Picardie. L’un des meurtriers s’appelait Pierson (ou Pierron) Sureau, natif de Parfondeval, près Rozoy. Il s’était jeté dans cette querelle au secours de son frère Jean, qui se vengeait d’une grave blessure (le pouce coupé), antérieurement reçue de son adversaire. Ce meurtre, de sa part, n’était point prémédité ; Pierson, au contraire, s’efforçait, avant le coup, d’apaiser son frère Jean. Il n’y avait pris part que comme auxiliaire et de chaude cole. Pierson Sureau, cependant, fut poursuivi criminellement par la justice seigneuriale du lieu, et condamné à mort pour homicide1953.

Pierson Sureau était âgé de dix-huit ans. Sa vie, jusque-là, avait été honnête et sans tache. Au moment où il marchait au supplice, gémissant comme un moribond, une jeune fille de bonne vie et de sa condition le vit passer. Elle se sentit émue de pitié en sa faveur et, conformément à la coutume, elle le réclama pour époux. Le bailli de Rozoy refusa d’obtempérer complètement à cette demande, mais il fut sursis à l’exécution et l’on ramena le patient dans la geôle seigneuriale de Rozoy. Toutefois l’appel de la jeune fille ou recours du condamné fut immédiatement envoyé au roi, qui le fit examiner en conseil1954.

Cette terre de Rozoy avait alors pour seigneur Charles de Bourgogne, comte de Nevers, cousin de Philippe le 101Bon et fils de Bonne d’Artois, remariée à Philippe. La cour résidait à Chinon, et la belle Agnès, qui ne quittait point le roi, touchait à l’apogée de son influence. Charles VII et ses conseillers ne négligeaient aucune occasion de faire régner, au-dessus de la justice seigneuriale, l’autorité souveraine du roi de France. Les rapports délicats qui existaient, depuis le traité d’Arras, entre la maison de Bourgogne et la couronne rendaient cette opportunité plus sensible. Le prévenu ou appelant, si jeune et si peu coupable, était un Picard ; il était le compatriote et l’homonyme d’Agnès Sureau. Une jeune fille avait déjà sauvé à demi ce jeune homme. Agnès savait aussi, comme suzeraine ou du moins comme dame dominante dans ses terres, compatir au sort des malheureux et atténuer les rigueurs judiciaires. Peut-être (bien que cette intervention ne soit attestée par aucun document), peut-être la conseillère toute-puissante intercéda-t-elle en faveur du pétitionnaire… Un fait certain, c’est que la requête fut exaucée, avec une promptitude qui semble attester la protection la plus efficace. Des lettres données à Chinon le 22 juin 14461955 remirent à Pierson Sureau le crime qu’il avait commis, le réhabilitèrent et lui rendirent la liberté, à condition toutefois de réparation civile. Pierson Sureau, enfin, dut épouser la jeune fille, sa fiancée, sa première libératrice1956.

102Cependant la cour, où s’agitaient tant de passions et d’intérêts, n’était point exempte de brigues, de rivalités et de dissensions. Le caractère indomptable et l’ambition effrénée du dauphin contribuaient surtout à fomenter ces agitations. Louis alléguait, pour prétexte de ses critiques et de ses menées, l’ascendant que la belle Agnès exerçait sur le roi et sur les affaires. Le roi, cependant, dirigeait le gouvernement avec une part de volonté active et spontanée aussi grande ou plus grande qu’il ne l’avait fait dans le passé. Jamais la politique royale n’avait affecté à l’extérieur ou à l’intérieur une marche plus digne et plus ferme. Jamais plus grande sagesse n’avait eu pour résultat plus de succès et de prospérité.

Charles VII, tout en gouvernant par lui-même, il est vrai, avait donné un successeur à ses autres favoris. Pierre de Brézé, qui occupait cette situation, ne ressemblait que par l’étendue de son pouvoir à ceux qui l’avaient précédé. Ce seigneur tirait son nom d’une terre sise près de Saumur, en Anjou, qui échut à Jean, son aïeul, dans la première moitié du quatorzième siècle. Pierre appartenait à une famille de chevalerie attachée aux ducs d’Anjou et aux rois de France. Elle n’avait point toutefois rempli de hautes dignités, ni occupé jusque-là de grandes possessions. Pierre de Brézé peut donc être compté parmi les hommes que Charles VII sut choisir et élever, à raison de leur mérite personnel1957.

103Pierre de Brézé, seigneur de La Varenne et de Brissac, était né vers 1410. L’expédition de juin 1433, contre La Trémoille, lui fraya la voie vers une position tellement haute, que lui-même alors ne pouvait en rêver la possession. L’année suivante, le comte du Maine, son patron, le fit chevalier devant Saint-Célerin. Depuis ce jour, Brézé ne manqua aucune occasion de combattre les Anglais dans le Maine et en Normandie. En 1437, il devint sénéchal d’Anjou et capitaine de la grosse tour d’Angers, poste qu’il échangea seulement pour devenir, comme on l’a vu, sénéchal de Poitou, à la suite de la Praguerie. Brézé rendit à la monarchie la place d’Évreux : c’était la première ville de cette importance que Charles VII reconquérait en Normandie. Le roi accorda généreusement au capitaine victorieux les revenus de cette place et lui conféra la comté d’Évreux, apanage tenu en pairie, jusque-là, par des seigneurs du sang ou des princes couronnés1958.

Appelé dès lors comme chambellan à l’intimité royale, Pierre de Brézé prit possession, vers septembre-octobre 1443, du maniement suprême des affaires. À partir de cette date, aucun personnage ne le surpassa dans le royaume en autorité. Guerre, finances, conseil, il dirigeait tout, suffisait à tout, et déployait partout une intelligence, une aptitude, égales à sa droiture et à son activité. Pierre de Brézé aimait dans le pouvoir l’étude, le travail, le péril ; 104il en aimait, il en recherchait aussi les éclatantes jouissances. En décembre 1444, à Nancy, au moment où l’expédition de Metz lui rapportait, comme on sait, d’amples profits, le roi donne à Pierre de Brézé, en récompense de ses services, les terres et seigneuries de Nogent-le-Roi, Anet, si célèbre par son château, que construisirent les Brézé ; Bréval et Montchauvet au pays chartrain1959. Chacune des grandes affaires qu’il dirigeait : politique, administrative, militaire, servait à l’accroissement de sa riche existence1960.

Premier ministre à l’âge d’environ trente-cinq ans, Pierre de Brézé fut au pouvoir un brillant gentilhomme ; pour tout dire en un mot, il fut amoureux, dans l’extension la plus libérale que ce terme recevait au quinzième siècle. À Nancy, devant les dames, le comte d’Évreux se mesurait, la lance en main, contre le royal successeur des Lusignan. Les poésies de Charles d’Orléans attestent que le grand sénéchal savait tenir également son rang dans les tournois littéraires. Olivier de La Marche, Georges Chastelain et Robert Gaguin, juges autorisés, le représentent comme un causeur disert, comme un esprit charmant, plein d’enjouement et de vivacité1961.

105Par ces dons agréables, Pierre de Brézé plaisait au roi, qui prisait beaucoup de tels avantages dans le commerce de la vie quotidienne. Le genre d’esprit du ministre ressemblait à celui d’Agnès Sorel. Plusieurs lettres de cette dernière sont adressées à mon très honoré seigneur et compère, Monsieur de La Varenne, chambelant du roy. Cette correspondance montre que le favori et la favorite vivaient dans un échange d’amitié, d’estime et de bons offices mutuels. Pierre de Brézé lui-même poursuivit de ses hommages une beauté mystérieuse, dont le nom ou la désignation précise n’a pas été révélée, par l’indiscrétion de ses contemporains, à la curieuse postérité. Nous savons seulement qu’elle était dénommée la plus du monde, que Brézé composa pour elle un beau livre, qu’il la fit représenter sur une tapisserie historiée rehaussée d’or ; et qu’il portait enfin les couleurs, le chiffre, et la devise de l’inconnue à côté de ses propres armes1962.

Pierre de Brézé, outre les charges, précédentes, fut successivement ou cumulativement membre du grand conseil, capitaine de cent lances d’ordonnance, capitaine de 106Niort, de Nîmes, de Poitiers, de Meulan, de Rouen, de Touque en Normandie ; grand maître d’hôtel du dauphin, grand sénéchal de Normandie, pensionné du roi à 5,000, puis 6,000 livres par an ; sans compter des dons, profits et gratifications innombrables. Mais, au milieu de la pompe et du luxe, jamais il ne se relâcha de ses incessants labeurs pour la chose publique. La conduite de Brézé, dans les dernières années de sa vie, jette sur toute sa carrière une lumière décisive et tout à fait propre à fixer le degré d’estime que mérite ce personnage historique1963.

Il avait servi loyalement le père contre le fils. Trahi par l’événement, il se vit en butte, lorsque le fils fut devenu roi, à une implacable rancune. Louis XI demanda la tête du grand sénéchal : celui-ci la lui apporta. Sans faiblir un instant dans sa dignité, toujours dévoué à la monarchie et à l’État, il désarma celui qui ne pardonnait point, ou, du moins, le contraignit à dissimuler. Louis imposa des épreuves funestes et des travaux d’Hercule au serviteur illustre, qu’il n’osait point immoler. Brézé les accepta et les accomplit. À travers mille périls, Brézé se rendit en Écosse, et là il se conduisit en paladin. Marguerite d’Anjou, qu’il avait mariée, cette héroïne si touchante, luttait contre le destin. Brézé partagea son sort et lui prêta son aide chevaleresque. Il échappa, par miracle, aux dangers prévus et calculés de cette mission. Il mourut enfin pour Louis XI, à Montlhéry, après avoir 107sauvé le roi, en lui prêtant ses habits, le 16 juillet 14651964.

Tel était l’homme qui, durant la période que nous retraçons, présidait les conseils du roi de France.

Déjà en 1445, à Nancy, le sénéchal crut reconnaître les symptômes d’une praguerie nouvelle, dirigée contre lui par René d’Anjou, le comte du Maine et le connétable de Richemont. Cette ombre se dissipa. Mais il ne put conjurer la haine vigilante et trop réelle du dauphin. On a vu le jeune Louis mettre aux pieds de la favorite les dépouilles opimes de son expédition de l’Île-Jourdain. Louis ménageait également le favori. Après sa campagne de Suisse, il fit présent à Pierre de Brézé, son grand maître d’hôtel, de vingt-cinq queues de vin du Rhin. Ce présent fut apporté à Chinon en janvier 1446. Peu de temps après, Louis négociait avec le duc de Savoie un échange avantageux pour son pays de Dauphiné ; échange qui fut sanctionné par le roi et pour lequel il avait besoin de l’acquiescement ou de la disposition favorable du ministre.

Brézé obtint de Louis Ier, duc de Savoie, à cette occasion, la terre ou comté de Maulévrier en Normandie, voisine de ses autres domaines, et que le roi de France, en 1354, avait accordée au comte de Savoie, lors de la cession du Dauphiné par Humbert. Le dauphin Louis favorisa directement cet octroi1965.

108Cependant, Louis mettait à prix la tête du sénéchal ; car il appliquait déjà la célèbre maxime : Qui ne sait pas dissimuler, ne sait pas régner.

Au mois d’avril 1446, Louis, dauphin, habitait son retrait ou appartement au château de Chinon. Seul avec lui se trouvait Antoine de Chabannes, comte de Dammartin, capitaine d’écorcheurs, cassé aux gages lors de la réforme de l’armée. La fenêtre du logis donnait sur la campagne. Vint à passer un Écossais de la garde, vêtu de sa magnifique tenue à la devise du roi, l’épée ceinte. Véez-là ceux, dit le dauphin à son interlocuteur, qui tiennent le royaume en sujétion. Puis il déroula au comte un plan de conspiration. Gagner les Écossais, s’emparer du Coudray (où avait été détenue la Pucelle), enlever le roi, assassiner Pierre de Brézé ; tel était le programme. Antoine de Chabannes devait recevoir 10,000 écus, sans compter de séduisantes promesses. Le comte présenta quelques objections et reçut toutefois les 10,000 écus. Mais il fit part de cette ouverture à son frère, Jacques de Chabannes. Celui-ci, doué d’une probité que ne partageait pas Antoine, servait le roi comme capitaine en second ou lieutenant, maintenu, dans la compagnie de cent lances que commandait le duc de Bourbon. Jacques dissuada Antoine en le contraignant à rendre la somme, et le projet fût abandonné pour le moment1966.

109Toutefois, quelques mois plus tard, Louis renouvela ses instances, embaucha plusieurs Écossais et reprit activement l’exécution qu’il avait ajournée. Brézé, menacé, se plaignit au roi, qui fit venir en sa présence le dauphin et le comte Antoine. Celui-ci raconta les faits et fut démenti par le prince. Mais le roi dit à son fils : Loys, saint Jehan ! (tel était le serment du roi) je ne vous crois pas ! Une réplique très vive du comte suivit le démenti qu’il avait reçu. Le roi, indigné, termina l’entrevue en disant à son fils : Loys, je vous bannis pour quatre moys de mon royaulme, et vous en allez en Dauphiné ! Et alors le dauphin sortit de la chambre du roi, nud teste, et dit telles paroles : Par ceste teste qui n’a point de chaperon, je me vengeray de iceulx qui m’ont jeté hors de ma maison1967 !

La scène que l’on vient de rapporter se passait, en septembre, à Chinon. Toutefois l’ordre de bannissement, prononcé par le roi, ne reçut pas d’exécution immédiate. La reine était enceinte, et la naissance attendue devait, selon toute apparence, clore pour cette princesse, la période de la maternité. Marie d’Anjou, après le dauphin Louis, avait eu successivement deux fils, mais qui vécurent peu. La Providence réservait-elle à l’unique héritier du trône un frère ou une sœur ?… Le 28 décembre 1446, la reine mit au monde, au château de Montils-lès-Tours, Charles de France, qui fut depuis duc de Guyenne et de Normandie. Ce prince eut 110pour parrains et marraines, entre autres seigneurs et dames, le premier ministre et sa femme.

Louis, alors, accomplit le vœu qu’il avait formé. Le fils prodigue s’exila volontairement du foyer paternel et n’y remit les pieds que pour succéder à son père1968.

Le roi aimait les gens de lettres ; il payait souvent à des poètes les œuvres que ces derniers lui offraient1969. L’an mil quatre cent quarante-six1970, dit un chroniqueur ou compilateur anonyme, advint que le roy, en retournant de ouyr messe, trouva sur son lit le présent dicté dont la teneur sensuyt :

Le mal payer, faulx conseillers,

Les discors d’aucuns chevaliers,

Imposicions et gabelles,

Ont enlevé guerres nouvelles

Qui jamais jour ne faneront

Tant que tels choses dureront :

Car maint servent le roy francois

Qui pourtant sont, de cœur, Anglois,

Etc., etc.1971

Suivaient vingt-huit autres vers, contenant, ainsi que les premiers, sous cette forme obscure et voilée, une dénonciation anonyme adressée au roi contre ses ministres. Du fond du Dauphiné, Louis, en effet, ne demeurait 111pas inactif. Grâce aux espions, aux intelligences qu’il entretenait à la cour, il commençait immédiatement de se venger contre ceux qui l’avaient jeté, disait-il, hors de sa maison. Pierre de Brézé fut de nouveau signalé au roi comme un traître, par des rapports secrets qui tous étaient l’œuvre du dauphin. Le roi soutint quelque temps encore son premier ministre contre les calomnies du prince vindicatif. Puis, cédant à un instinct inné de défiance, ébranlé par des apparences de preuves, sollicité par Brézé lui-même, qui demandait une vérification éclatante, il éloigna le favori, le destitua momentanément de ses charges et le mit en procès devant sa cour de parlement. Les écritures de ce procès ont disparu, et la date précise des opérations judiciaires échappe aux investigations de l’histoire. Nous possédons seulement des lettres de rémission imprimées par Duclos sur un original inconnu. Ces lettres, qui absolvent le premier ministre et le réhabilitent, ne sont, dans ce texte et par suite de quelque lacune, datées que de l’année du règne et de l’ère vulgaire 14481972.

À cette même époque ou dans cet intervalle (en 1447), de graves irrégularités furent découvertes dans la conduite d’un notaire et secrétaire du roi, nommé Guillaume Mariette. Ce malheureux s’était laissé entraîner par la cupidité. Il surchargea d’abord à son profit des lettres royales portant certaines commissions administratives. Il abusa, dit-on, ensuite de blancs seings et de 112scellés, au nom du roi et du dauphin. Il s’ingéra enfin de hautes intrigues politiques. À l’aide de divers chiffres ou mots conventionnels, il entretint, avec le duc de Bourgogne, ainsi que son chancelier, une correspondance secrète et inintelligible pour tout autre que les seuls initiés. Une partie de ces dépêches clandestines, aussi bien que leurs chiffres, nous a été conservée. Guillaume Mariette y rendait compte au Bourguignon des mouvements intérieurs et quotidiens de la cour de France. Les termes qu’il emploie sont tout à fait conformes à ceux dont se servait le dauphin contre le gouvernement de son père. D’où il est aisé de conclure que ces menées furent conduites sous les auspices intéressés de ce prince. Néanmoins le moment était venu de désavouer cet instrument. Une fois que Mariette fut entre les mains de la justice, le dauphin Louis se montra des plus acharnés à sa poursuite1973.

Un vague indice nous induit à conjecturer que Guillaume Mariette était Normand et, à ce titre, protégé par Brézé comme compatriote1974. Le premier ministre avait été instruit des intelligences de Mariette en Bourgogne. Mais, soit dédain pour de vils commérages, dans lesquels il était le premier desservi ; soit crainte de troubler la sensible quiétude du roi par des ombrages sans portée ; soit enfin par respect ou par déférence pour le dauphin, initiateur de ces menées, Pierre de Brézé, au lieu d’en informer 113le roi, préféra garder le silence. Louis dénonça cet acquiescement tacite comme un grief contre le sénéchal ; il obtint par ce moyen sa mise en accusation, espérant le perdre sans ressource à l’aide de cette charge1975.

Au mois d’octobre 1447, Guillaume Mariette, arrêté, fut amené prisonnier au château de Loches et traduit en justice. Le 5 février suivant, le prévenu était écroué à Lyon, dans les prisons royales. Mais dès le lendemain il s’évada et vint se jeter en franchise chez un chanoine de Lyon, au cloître de la cathédrale, qui était un lieu d’asile. Néanmoins, comme le cas encouru constituait le crime de lèse-majesté, cette exception de droit fut ainsi levée. Jacques Cœur, argentier du roi, se trouvait à Lyon. Il fit arrêter de nouveau le prévenu, qui fut mis aux fers et interrogé dans la, maison de l’argentier. Mariette, alors, coupa ses fers et se fit passer par un batelier sur l’autre rive du Rhône, espérant y trouver la liberté en touchant la terre impériale. Mais il fut repris à Leyrieu en Dauphiné, conduit à la Côte-Saint-André vers le 25 février et interrogé de nouveau, puis mis à la question des cordes par les officiers du dauphin, assistés seulement d’un vice-gérant du procureur du roi. Le 9 mars, Mariette était malade. Aussitôt le dauphin craignit qu’il ne lui échappât en mourant de mort naturelle. Ainsi que les Anglais avaient fait à Jeanne dans sa prison, le dauphin envoya en toute hâte au prévenu un médecin et des assesseurs. Le premier soigna le prisonnier. Les autres recueillirent 114de sa bouche les aveux que l’on voulait obtenir1976.

Pierre de Brézé rentra en grâce auprès du roi. Mais Guillaume Mariette fut sacrifié. Le fragment judiciaire que nous avons cité n’offre qu’un tronçon de la procédure criminelle dirigée contre cet accusé. Les débuts de l’instruction et l’arrêt de sa condamnation, non plus que sa défense (s’il fut défendu), ne sont point parvenus jusqu’à nous. Les historiens nous apprennent seulement que Mariette fut conduit à Tours et là décapité et écartelé pour ses démérites1977.

115Chapitre V
(1445 – 24 mars 1449)

  • Joutes et tournois.
  • Administration.
  • Institution des francs-archers.
  • Relations extérieures.
  • Fin du schisme pontifical.
  • Différends et négociations avec l’Angleterre.
  • Restitution du Mans.
  • Brézé à Paris.
  • Pèlerinage d’Agnès.
  • Rupture des trêves.

En ce temps de trêves, les joutes et tournois se succédaient à la cour de Bourgogne et à celle de France, pour entretenir la chevalerie du duc et celle du roi. Olivier de La Marche, historiographe par excellence de ces jeux chevaleresques, a raconté en détails une suite de pas d’armes, qui, de 1445 à 1446, se tinrent à Arras et en d’autres pays soumis à Philippe le Bon. En 1446, deux solennités de ce genre eurent lieu sur les États du roi de France. La première, fut l’Emprise de la gueule du Dragon, célébrée vers le printemps, entre Chinon et Rasilly. La deuxième, intitulée : Pas de la Joyeuse Garde, se tint quelques mois plus tard, auprès de Saumur1978.

Là, comme à Nancy, René d’Anjou fut le principal coryphée de ces divertissements ou exercices militaires. On y vit paraître sur la lice Pierre de Brézé, en compagnie des Dunois, des Xaintrailles et des plus renommés 116champions du royaume. Cependant l’une de ces joutes coûta la vie à un gentilhomme de René d’Anjou, lequel fut tué d’un coup de lance. D’autres reçurent de mauvaises et laides blessures. Ce genre de plaisir, avec sa série monotone, de prouesses physiques et violentes, avec ses épisodes sanglants, offerts à la vue des gentilshommes, à la vue des dames les plus polies et les plus cultivées, commençait à lasser et à dégoûter ses spectateurs1979.

Quelque temps après ces deux joutes, la cour de France résidait au château de Montils-lès-Tours. Louis de Bueil, brave et jeune chevalier, gentilhomme d’espérance, avait été, en 1443, fait prisonnier dans l’Anjou, par un Anglais nommé John Chalon, ou Chalons, puis mis en liberté, moyennant rançon. Louis crut avoir à se plaindre de la manière dont il avait été traité par son maître ou vainqueur. Il répandit, contre John Chalons, des propos que celui-ci jugeait attentatoires à son honneur. L’Anglais se pourvut auprès du roi de France et lui demanda le jugement judiciaire, ou gage de bataille, à l’effet de prouver son bon droit. Cette vieille et barbare coutume de l’ordalie en champ clos, se décréditait de plus en plus dans les esprits ; mais elle subsistait dans les traditions et dans la loi. Le roi accorda, non sans répugnance, l’épreuve demandée1980.

Au jour dit, le 5 février 1447, une lice fut dressée 117entre Tours et les Montils. Le roi de France, président, les juges, les maréchaux de France, etc., prirent place dans les hourts et l’épreuve judiciaire commença. Avant le combat, les chapitres ou conditions du duel à outrance avaient été arrêtés entre les parties. Déjà cinq courses à cheval s’étaient succédé et même avaient été suivies d’effusion de sang. Poton de Xaintrailles, l’un des témoins, proposa de suspendre la bataille. Mais les chapitres ayant été examinés par ordre du roi, sur la demande de l’offensé, la lutte continua. Une sixième course eut lieu, dans laquelle Chalons rencontra son adversaire au-dessous du gousset de l’emmanchure du bras, contre la poitrine. Il manquait à l’armure de Louis une pièce, nommée croissant, destinée à protéger cette jointure. Chalons rompit le harnois de Louis à la hauteur du sein et lui bouta la lance dedans le corps de part en part et rompit sa lance ; et emporta ledit Louis le fer et du bois bien une aulne, au bout de la lice ; et là l’arracha lui-même. Alors le sang jaillit d’un côté et d’autre. Et adonc fut amené en son pavillon ; et là mourut, environ de six à sept heures de nuit1981.

Ces funestes péripéties étaient encore présentes dans tous les souvenirs lorsque Jacques de Lalaing, chevalier errant, demanda la permission de tenir à Paris un nouveau pas d’armes, en l’honneur de la dame de ses pensées, contre tout venant. Le roi refusa cette autorisation. Jacques de Lalaing, sans renoncer à son entreprise, se 118rendit, vers le mois de juillet 1447, auprès du roi de France, en Berry. Charles VII et la cour se trouvaient alors au manoir du Bois-Sire-Amé, à peu de distance de Bourges. Jacques de Lalaing parut devant le roi, portant au bras dextre une emprise, c’est-à-dire un bracelet d’or, auquel était attaché un couvre-chef de plaisance1982. Tout chevalier qui voulait accepter la lutte devait, en signe de son intention, toucher à cette emprise. Le chevalier bourguignon renouvela auprès du roi ses instances1983.

Charles VII, que pour lors on tenoit le plus sage prince de son royaume, prit à part le jeune et bouillant paladin. Il le félicita dans les termes de la plus parfaite courtoisie, et le retint de son hôtel, en lui accordant, quoiqu’il fût Bourguignon, le titre d’écuyer du roi. Il donna ordre au sénéchal de Poitou, premier ministre, ainsi qu’à Jean d’Hangest, seigneur de Genlis en Picardie, d’accompagner son hôte et de le fêter à la cour. Mais, par ordre du roi, aucun combat n’eut lieu, et Jacques de Lalaing continua sa course en Europe, sans que personne, parmi les chevaliers du roi de France, eût touché son emprise1984.

Charles VII, durant cette même période, donna ses soins à des actes administratifs de la plus haute importance. Celui qui mérite ici d’être mentionné le premier, 119se rapporte à l’institution des francs-archers. L’arme des nobles, ou cavalerie, avait été réorganisée ou réformée en 1445. L’ordonnance du 28 avril 1448, dont nous allons parler, couronna l’œuvre, en créant, pour ainsi dire, l’infanterie.

La cavalerie, au moyen âge, formait originairement le principal nerf des armées. Elle seule, composée de gentilshommes, comptait dans les dénombrements, comme dans les récits militaires. Or, non seulement les rangs de l’aristocratie s’étaient ouverts, dans la cavalerie ou chevalerie, à des non nobles, à des aventuriers de toute sorte ; mais à côté des chevaliers armés de lances, des armes accessoires avaient acquis une importance progressive. Ces armes accessoires portèrent d’abord le nom confus d’artillerie. On y distingua peu à peu les archers, les arbalétriers, cranequiniers1985, guisarmiers1986 ; les manouvriers de machines ou catapultes, d’abord mécaniques, puis explosives ; et enfin les sapeurs, pionniers, et mineurs. La plupart de ces auxiliaires servaient ou pouvaient servir à pied. Dès le quatorzième siècle, un chef général fut donné à cette nouvelle milice, sous le titre de grand maître des arbalétriers, ou, si l’on veut, commandant général des non nobles et de l’infanterie. Puis un office semblable, qui constituait également l’une des grandes charges de la couronne, apparut sous le titre de grande maîtrise de l’artillerie. Ainsi commencèrent à s’anoblir ces parties du corps militaire, flétries, jusque-là, par l’aristocratie d’épée, sous les noms de piétaille, de taupins, et autres épithètes plus méprisantes encore.

120Après la venue de Jeanne d’Arc, les villes soumises à la domination anglaise rentrèrent peu à peu sous l’autorité du roi de France. Charles VII se rattacha ces villes par le lien militaire. Ainsi, en 1451, le roi ordonne aux Châlonnais en Champagne d’entretenir désormais parmi eux une garnison de quinze lances et six archers1987.

Depuis longtemps, les cités considérables stipendiaient, pour leur sûreté, ou leur police intérieure, une force armée. Les places militaires et même de simples bourgades avaient en outre des confréries ou communautés qui s’exerçaient, en temps de paix, au tir de l’arc ou de l’arbalète. Charles VII, lorsqu’il s’agit de reconquérir son royaume, trouva son plus ferme appui, son secours le plus efficace, dans ces milices urbaines ou rurales. Il eut soin, depuis la prise de Paris surtout, d’encourager par des privilèges, de développer, de multiplier ces utiles et patriotiques institutions. L’arc, l’arbalète, l’artillerie, furent mis en honneur par une suite d’ordonnances qui nous sont restées1988.

Après avoir ainsi préparé l’œuvre, Charles VII tira de 121ces pépinières un produit général et uniforme. L’ordonnance du 28 avril 1448 prescrivit qu’à l’avenir, il serait créé un milicien du roi par paroisse. Ce terme conventionnel fut pris, dans le principe, comme mode d’énonciation. Peu après, il s’entendit en ce sens que les contribuables à la taille devaient fournir un archer par groupe de cinquante feux. À cet effet, les élus, joints à des commissaires spéciaux, sous l’autorité des châtelains et des baillis, choisirent dans chaque ville ou bourgade, un homme par cinquante feux, ou maisons ; le plus apte au maniement, soit de l’arc, soit de l’arbalète. Cet homme, une fois reçu, demeurait exempt du guet et garde, du service militaire de sa ville et de la taille. On lui donna en conséquence le titre de franc-archer du roi et de son ordonnance1989.

Le franc-archer fut armé et équipé par les contribuables, savoir : d’une huque (habit militaire), chausses, Jacques ou brigandines (sorte de plastron), arc ou arbalète, trousse (carquois), épée, dague, et salade ou chapeau de fer. En temps de paix, le franc-archer se tenait dans ses foyers et ne recevait aucune solde. Mais il devait, à toutes les fêtes indiquées, revêtir son habillement et paraître sous les armes pour s’y exercer au tir, en compagnie des confrères de la communauté locale, ou des jeunes gens qui désiraient se former au même exercice. Il devait, en outre, se rendre tous les trois mois, au chef-lieu de la châtellenie, pour la revue ou inspection, que passait le capitaine.

En temps de guerre, le franc-archer, prévenu deux 122mois d’avance, obéissait au mandement royal. Il recevait alors une solde de 4 francs par mois. Les gages du capitaine, qui étendait son autorité sur le ressort de sa châtellenie, s’élevaient à 120 livres par an. Les francs-archers étaient immatriculés sous leurs nom, prénoms et surnom. Les élus tenaient également registre de leur nombre, calculé et distribué par élection, avec indication des demeures ou paroisses1990.

Telle fut l’ordonnance du 28 avril 1448. À partir de ce moment la monarchie eût une sauvegarde, et la France, une armée nationale. Par l’infanterie, le tiers état, qui jusque-là n’avait été rien, entra dans la société militaire. Ce contingent donna naissance, en se multipliant, à l’artillerie et au génie, qui sont aujourd’hui les corps d’élite. L’art de la guerre fut transformé. Le nombre et la tactique prirent le rôle exclusivement et surtout fictivement rempli jusque-là par les prouesses des chevaliers, combattant un à un, de pied en cap. Tout Français put porter l’épée, comme un gentilhomme. L’égalité militaire naissait, après l’égalité religieuse, et précédait l’égalité civile1991.

Au milieu de ces grands travaux, Charles VII perdit l’un de ses meilleurs conseillers, Gérard Machet, son confesseur. Félix V avait accordé à ce ministre du roi la pourpre romaine et l’inscrivit au nombre des cardinaux. Mais le modeste clerc ne se prévalut jamais de ce titre, qui, d’ailleurs, par l’autorité dont il émanait, rappelait 123le schisme pontifical. Gérard se contenta de l’évêché de Castres, et les soins de ce ministère pastoral eussent complètement suffi à sa sollicitude, s’il n’avait été retenu à la cour, contre ses penchants, contre ses efforts, plus d’une fois manifestés avec la sincérité la plus évidente. Devenu vieux et infirme, il se retira dans une sorte d’ermitage, près de Loches. Délivré du poids le plus lourd des affaires quotidiennes, il y vécut ses derniers jours, au sein d’une retraite ennoblie par une pieuse philosophie et embellie par une correspondance littéraire, qui nous a été conservée. Il y mourut le 17 juillet 1448, à l’âge de soixante-huit ans1992.

D’autres mesures administratives, d’une moindre importance, furent prises, à cette époque, par le gouvernement royal. Nous citerons, comme exemples, l’ordonnance rendue à Chinon en janvier 1446, portant érection d’un échevinage en la ville de Langres ; des lettres relatives à la possession des bénéfices ecclésiastiques dans le diocèse d’Évreux ; l’ordonnance remarquable du 26 mars, même année, qui commet les causes de l’Université de Paris au Parlement ; celle qui règle la jouissance des offices dévolus précédemment et concurremment à divers impétrants ou titulaires ; l’ordonnance donnée à Montils-lès-Tours, le 28 octobre, concernant le style du Parlement ou procédure civile, et les offices électifs. Nous citerons, en 1447, des lettres concernant les privilèges des sergents et des foires de Champagne ; l’évocation au Parlement de Paris d’un 124procès des Dijonnais contre le duc de Bourgogne ; la déclaration du 26 novembre, interprétative des ordonnances précédentes sur les finances. Nous indiquerons encore un nouvel édit, du 27 mai 1445, tendant à affranchir de divers obstacles ou péages la navigation de la Loire et de ses affluents1993.

Un très grand nombre d’autres actes, que nous ne saurions analyser, se composent de privilèges accordés à des villes, à des corporations, à des localités diverses. Elles attestent, de la part de l’autorité, une vigilance, une sollicitude, une extension de la tutelle administrative, qui ne se révèlent point dans le passé1994.

Nous venons de jeter un coup d’œil sur la politique et l’administration de Charles VII à l’intérieur. Ses relations avec les puissances étrangères n’offrent pas un tableau moins digne d’attention.

Jacques II, roi d’Écosse, allié politique de la France, avait pour sœurs six princesses à marier. Énée Piccolomini ajoute que ces princesses, inégalement douées des dons de la nature, n’étaient point pourvues de dots. Ainsi que l’avait fait son père, Jacques II s’adressa, dans 125ce besoin, au roi de France. Il lui demanda des époux pour ses sœurs, et pour lui-même une épouse. Charles VII, victorieux, accueillit de bonne grâce la requête d’un allié, qui s’était montré peu utile (à tout prendre), mais fidèle. Marguerite Stuart, l’aînée, avait été Dauphine de France. Charles VII, en 1441, maria la seconde, Isabelle d’Écosse, à François de Montfort, depuis duc de Bretagne1995.

Au moment où la dauphine expirait à Châlons, Éléonore et Jeanne, ses sœurs, mandées par Marguerite et par le roi de France, débarquaient à l’Écluse. Le 19 août 1445, vingt-quatre personnes de la maison du roi ou du dauphin se rendirent à Tournay, au-devant de ces princesses, que le roi fit amener à la cour de France, en la compagnie de la reine. Éléonore fut proposée pour épouse au dauphin ; mais divers obstacles et surtout le refus de Louis, puis sa fuite, empêchèrent l’accomplissement de cette union. À défaut de son fils, Charles VII voulut donner en mariage à madame Éléonore un prince dont il avait été le beau-père spirituel et légal. Madame Radegonde de France était morte, laissant Sigismond d’Autriche veuf de sa fiancée, sans l’avoir obtenue pour compagne. Le 8 septembre 1448, Ludwig de Landsée, commandeur de l’ordre Teutonique ; Perceval d’Annenberg, burgrave du château du Tyrol, et Léonard de Welseg, châtelain de Taufers, ambassadeurs de l’archiduc, 126se trouvaient à Chinon. Là, en présence du roi Charles et de toute sa cour, ils épousèrent, au nom de leur maître, Éléonore d’Écosse, et la conduisirent immédiatement en Allemagne1996.

Peu de temps après, un congrès ou réunion diplomatique eut lieu, à Tours, entre le chancelier d’Écosse et autres commissaires ou ambassadeurs de Jacques II, d’une part, et les commissaires du roi de France. À la suite de cette conférence un nouveau traité fut signé des deux parts, le 31 décembre 1448, pour renouveler l’antique alliance des deux royaumes entre eux, et nommément contre l’Angleterre1997.

Charles VII, dans le même temps et dans les mêmes desseins, renouvela également des traités de paix et d’amitié qui l’unissaient au roi de Castille1998 et à différents princes de l’Allemagne. On a vu le roi de France 127étendre au nord ses regards, vers le Rhin, comme vers la frontière naturelle du royaume. Ce prince, avec les yeux d’un politique, considérait aussi, au delà des Alpes et des Apennins, les plaines heureuses, marquées par l’histoire du nom et des souvenirs qu’y avaient laissés les Gaulois. Dès le commencement de son règne, il avait cherché et trouvé des appuis en Italie. Le 30 mars 1446, un traité intervint entre le roi et le duc de Savoie, pour régler la souveraineté de certaines terres dépendant de l’Église de Lyon. À cette époque, le roi entretenait des relations d’amitié avec le doge de Venise et recevait à sa cour Scipio Carafa, ambassadeur de la Sérénissime République, alors en guerre contre Milan1999.

Charles, duc d’Orléans, comme héritier de Valentine des Vicomtes, élevait de légitimes prétentions sur la seigneurie d’Asti en Piémont et sur la principauté de Milan. Charles VII, le 27 décembre 1446, avait signé avec le Milanais un nouveau traité d’alliance. L’année suivante, la succession de ce duché s’ouvrit par le décès de Philippe-Marie. Charles VII, alors, appuya les tentatives que fit son cousin d’Orléans, mais infructueusement, dans ces contrées2000.

La couronne elle-même avait acquis, sous le règne 128de Charles VI, des droits primitifs sur l’État de Gênes et fait accepter, dès cette époque, aux Génois, la suzeraineté de la France. Des dissensions civiles, des vicissitudes locales, et embarras qui marquèrent la première période de Charles VII, ne lui avaient point permis jusque-là d’étendre à cette possession lointaine une sollicitude efficace. Cependant, de nouvelles éventualités s’offrirent au roi de France, pour rétablir dans ce pays son autorité méconnue. En 1446, le bâtard de Saint-Vallier, introduit par des seigneurs génois, se présenta pour reprendre possession de cet État, au nom du roi de France. Puis des dissensions s’élevèrent entre les vainqueurs, et le bâtard fut perfidement expulsé du poste qu’il occupait. Charles VII, alors, envoya sur les lieux une députation, qui avait à sa tête Jacques Cœur, argentier du roi ; Jacques des Ursins, archevêque de Reims ; Tanneguy Duchâtel, sénéchal de Provence, et d’autres2001.

Le 15 février 1448, Jacques Cœur écrivit de Montpellier une dépêche au gouvernement de Charles VII, pour lui rendre compte de sa mission et de la situation des choses. Cette lettre autographe, qui subsiste en original, est adressée au comte d’Évreux (Pierre de Brézé) et au seigneur de Pressigny (Bertrand de Beauvau), conseillers intimes du roi. Jacques Cœur y invitait le roi à 129diriger des gens d’armes sur la côte italienne et même à s’avancer en personne jusqu’à Lyon2002.

Mais, à cette date même, l’expédition du Mans, que nous raconterons bientôt, puis la disgrâce momentanée de Brézé, empêchèrent qu’il fût donné suite aux conseils du judicieux ambassadeur. Le roi, peu de temps après Pâques (24 mars), envoya une ambassade vers le pape Nicolas V, qui venait de succéder à Eugène IV. Guy Bernard, archidiacre de Tours, et autres, étaient au nombre des envoyés. Ceux-ci partirent de Tours et se dirigèrent vers le Midi, avec ordre de rallier Jacques Cœur, qui devait également participer à cette nouvelle légation. Peu après, l’entreprenant financier s’embarquait à Marseille, accompagné de ses collègues d’ambassade. Jacques Cœur, dans cette traversée, commandait une escadrille, armée à ses frais et composée de onze fustes ou bâtiments de divers tonnages, appelés aussi galiaces, galées et galiotes2003.

Indépendamment des passagers, ces transports contenaient des vivres et des munitions de guerre. Jacques Cœur cingla d’abord vers le château de Finale, près de Gênes. Cette place était occupée, pour Charles VII, par le marquis de Caretto, des seigneurs de Savone, alliés depuis le quatorzième siècle à la France. Jacques Cœur débarqua ses vivres, avitailla la place et renvoya les 130transports à Marseille. Puis il continua sa route sur Civitavecchia. Les Génois lancèrent leur marine à la poursuite du capitaine ou ambassadeur français. Mais celui-ci leur échappa et conduisit sa légation à bon port2004.

Parmi les grandes affaires, ou difficultés que Charles VII eut à résoudre à l’extérieur, aucune autre ne surpassa en importance la question du schisme pontifical : nulle ne fit plus d’honneur au roi de France par son heureuse solution. Au quinzième siècle, la papauté, signe visible d’une autorité qui représentait la croyance universelle, était une des clefs de voûte de l’ordre social. Cependant Félix V venait en dernier lieu d’élever de nouveau tiare contre tiare et autel contre autel. Le roi de France, dans ses temps d’infortune, avait généralement trouvé auprès du saint-siège une condescendance équitable et même favorable. Le fils aîné de l’Église n’oublia pas ces antécédents, lorsque ses succès politiques et militaires firent de lui l’un des princes les plus considérables et des plus influents de la chrétienté.

Bien que déjà attaqués sur certains points par l’esprit de critique moderne, le dogme et la hiérarchie catholiques régnaient souverainement sur les consciences. Quelques hardis novateurs songeaient à donner au dogme une interprétation nouvelle et plus étendue. La hiérarchie et la discipline leur paraissaient susceptibles de réformes. Charles VII mérite d’être compté parmi 131ceux qui composaient ce dernier parti. Mais aucun esprit sensé ne pensait alors à ébranler par sa base cette grande institution religieuse. Charles VII, au préjudice de ses penchants personnels, de ses intérêts immédiats, en un mot, dans une vue évidemment consciencieuse et de bien public, travailla, dès le premier jour, à éteindre le nouveau schisme.

Tant que vécut Eugène IV, pontife ardent et prompt dans ses entreprises, le roi de France ne put que se concilier personnellement l’estime et l’amitié du pape et de l’antipape. Mais il n’aboutit point dans ses tentatives répétées de conciliation. Eugène IV mourut à Rome le 23 février 1447. Aussitôt, le conclave des cardinaux lui donna pour successeur Thomas Parentucelli, qui ceignit le triple règne sous le nom de Nicolas V. Cette substitution, si elle s’était répétée du côté de Félix, tendait à perpétuer indéfiniment la situation désastreuse de l’Église. Charles VII saisit cette occasion et redoubla de soins et d’activité, sur un sujet aussi digne d’attirer sa royale sollicitude. Des démarches assidues furent renouvelées auprès des deux adversaires, de concert avec les autres puissances. Charles VII entraîna dans le cercle de son action la coopération de l’Angleterre et des divers princes de l’Allemagne2005.

Les habiles diplomates que le roi employa dans ces longues et délicates négociations, furent Jacques Cœur ; l’archevêque de Reims ; Hélie de Pompadour, archidiacre 132de Carcassonne et bientôt évêque d’Alais ; Jacques de Comborn, évêque de Clermont ; le comte de Dunois, le maréchal de La Fayette ; Tanneguy Duchâtel, sénéchal de Beaucaire ; Guy Bernard, archidiacre de Tours ; Guillaume Boville ou Bouillé, doyen de Noyon, et Thomas de Courcelles. Ces envoyés se réunirent d’abord à Lyon, vers le mois de juillet 1447, avec les envoyés des autres puissances. Ils se rendirent ensuite et successivement à Rome auprès de Nicolas V, et à Genève, puis à Lausanne, auprès de Félix V. Le 10 juillet 1448, on vit entrer à Rome, au nom du roi de France, une ambassade solennelle, conduite et pour une grande part défrayée par Jacques Cœur. Cette légation, qui se composait d’un cortège de trois cents chevaux, comprenait, avec les députés du roi, ceux de son fils le dauphin, ceux de René, roi de Sicile, et autres princes. Son double but était : 1° de reconnaître l’obédience de Nicolas V ; 2° de faire agréer entre les deux élus ou prétendants à la papauté, des paroles de conciliation2006.

Des efforts aussi zélés, aussi soutenus, furent enfin couronnés de succès. Le 7 avril 1449, Félix V se désista du pontificat, en conservant le litre de légat du saint-siège. Ses actes antérieurs furent en partie maintenus et confirmés. Nicolas demeura seul pasteur de l’Église et chef suprême de la catholicité2007.

133Cependant deux grandes et belles contrées du royaume, la Normandie et la Guyenne, demeuraient soumises à la domination de l’Angleterre. Mais le temps approchait où la fortune de la France allait prendre décidément une face nouvelle. Déjà la Providence avait opéré de merveilleux changements, signes avant-coureurs d’une péripétie, bien imprévue quelques années auparavant, Henri V, le lion de l’Angleterre, était mort, laissant après lui, en la personne de Henri VI, une timide brebis. Ce jeune prince, chétif, méticuleux, doutait lui-même de la légitimité de sa couronne, dévolue en effet à sa race par une usurpation. Assiégé de scrupules, impropre au rôle viril de la politique, les forces physiques et intellectuelles lui manquaient à la fois. Le petit-fils de Charles VI l’Insensé, perdit à son tour la plénitude de sa raison. En épousant la belle et intelligente Marguerite d’Anjou, il tomba naturellement sous la tutelle absolue de cette princesse. Enfin, les dissensions intestines, qui, sous Charles VI, avaient livré notre pays à la merci des Anglais, se reproduisaient identiquement sur leur propre sol et déchiraient l’Angleterre.

Jamais rôle plus difficile, jamais position plus fatale, peut-être, ne fut imposée à une personne du rang qu’occupait Marguerite. Animée des plus nobles et des plus pures intentions, dévouée, avec une abnégation personnelle des plus sincères, à la gloire et à la prospérité du pays qui l’adoptait pour souveraine, elle eut à lutter contre les intérêts les plus légitimes, contre le droit évident 134de la France, contre ses penchants naturels et les sentiments les plus tendres de son cœur. Marguerite, placée entre sa famille propre et son époux, entre sa patrie de naissance et sa patrie d’adoption, endura sur le trône le supplice et le martyre. À peine arrivée en Angleterre, elle fut conduite, par une pente irrésistible, à prendre le parti de Suffolk, auteur de son mariage, contre le duc de Gloucester, qui avait été très hostile à cette alliance et qui prétendait à la couronne. Ainsi commença l’impopularité de Marguerite2008.

La situation des Anglais en Normandie formait, de tous points, un contraste, une anomalie, comparée au gouvernement sage et prospère du roi de France. Le brigandage des gens de guerre subsistait dans cette province. L’autorité anglaise était impuissante à soumettre ses troupes à la discipline. Dépourvue d’une impulsion vigoureuse, destituée de finances, l’administration civile était énervée. Les gouverneurs se succédaient au gré des partis, qui, à tour de rôle, triomphaient devant le parlement ou à la cour de Westminster. Désavoués dès le temps de leur activité par des adversaires politiques, — en se remplaçant, ils se condamnaient ou se désavouaient entre eux. Des influences locales, livrées à la vénalité, réduites à la concussion, décidaient arbitrairement toutes les questions d’intérêt public. Les forteresses tombaient presque en ruine et manquaient de munitions. Aucune vue générale, tutélaire, suivie, ne présidait plus à la conservation intelligente et prévoyante du pays conquis.

135Cependant le drapeau de Charles VII flottait sur la terre normande, à Évreux, aux portes, pour ainsi dire, de Rouen, capitale de cette province. La politique de Charles VII venait de créer, sur le littoral, à Granville, une cité florissante et française2009.

Dès le principe, les trêves jurées en 1444 furent mal observées. Le bras de l’Océan, qui sépare nos côtes du littoral anglais, se peupla de pirates, ou écumeurs de mer. Sous le nom de bréviers, ceux-ci épiaient les navires de commerce venant de La Rochelle, ou leurs alliés, et les attaquaient à force ouverte. Dans le même temps, le sol de Normandie était sillonné de brigands, qui infestaient surtout la frontière française. Ces individus, armés en guerre, marchaient principalement la nuit. De jour, il se couvraient de masques et furent appelés de là les faux visages. Ils exécutaient des incursions rapides, accompagnées de meurtre et de pillage ; puis ils rentraient dans l’ombre de leurs retraites, ou se mêlaient aux garnisons anglaises. Les seigneurs français, attaqués par ces pillards, les populations limitrophes maltraitées, leur tendaient à leur tour des embûches, usaient de représailles et outrepassaient plus d’une fois les termes du traité2010.

Le gouvernement de Henri VI et celui de Charles VII 136gémissaient de ces désordres : ils s’entremirent d’abord avec un zèle véritable à y remédier. Le département des manuscrits de notre bibliothèque nationale a recueilli de diverses mains le dossier, qui semble redevenu complet, des dépêches officielles, échangées à cette époque entre la France et l’Angleterre. De nombreuses lettres originales de Marguerite d’Anjou, de Henri VI, de leurs ministres, et les travaux ou instructions des diplomates anglais et français, nous permettent de suivre, à la lumière du jour, ces négociations. De 1445 à 1449, une série d’ambassades réciproques et de congrès ou de conférences, entretenues sur divers points de la Normandie, se suivit à de brefs intervalles2011.

Les principaux personnages qui prirent part à ces communications furent, du côté des Anglais, le marquis puis duc de Suffolk, lords Roos et Dudley, sir Adam Moleyns, évêque de Chichester, privé-scel du roi d’Angleterre ; Thomas Hoo, chevalier, assisté de Garter, King of Arms et de Simon Morhier, trésorier d’Henri VI en France. Charles VII commit particulièrement à ces relations Pierre de Brézé, l’archevêque de Reims, le comte de Dunois, Bertrand de Beauvau et le bailli du Limousin, nommé Jean du Mesnil-Simon, seigneur de Maupas. Enfin la charge active de tous ces rapports incomba particulièrement au zèle et à la capacité de Guillaume Cousinot, seigneur de Montreuil, maître des requêtes 137et l’un des hommes les plus remarquables de cette époque, par son mérite et ses lumières. Ces diplomates s’attachèrent, dans leurs réunions multipliées, à résoudre les difficultés qui s’élevaient incessamment entre les deux souverains. Les trêves furent successivement prolongées jusqu’au terme final du 1er avril 14502012.

Un article secret du traité de mariage entre Marguerite d’Anjou et le roi Henri stipulait que la ville du Mans, occupée par les Anglais, serait immédiatement rendue à la France. L’exécution de cette clause fut l’objet des plus sérieuses difficultés. Le gouvernement de Henri VI n’osa point donner hautement l’ordre d’accomplir cette promesse, considérée, par les adversaires de la reine, comme une stipulation clandestine, illicite, et comme un acte de trahison. Après divers délais, l’ordre écrit, mais secret, fut envoyé, au nom du roi Henri, à Matthew Gough et Fulk Eyton, d’évacuer cette place et de la remettre, non au roi de France, mais au seigneur immédiat, prince de la maison d’Anjou. Eyton et Gough refusèrent d’exécuter cet ordre, et les autorités subalternes opposèrent une résistance plus 138ou moins détournée. Les derniers délais épuisés, il fallut recourir à la force ouverte2013.

Dans les premiers jours de mars 1448, après quatre années environ de pourparlers, Charles VII fit avancer ses gens d’armes sous les murs du Mans. Le roi vint prendre lui-même son gîte au château de Lavardin, pour surveiller les opérations. L’armée d’occupation se composait de six à sept mille hommes, sans compter la réserve qui entourait le roi. Ces troupes étaient commandées par le connétable, le comte de Dunois, les maréchaux de Lohéac et de Jalognes, Prigent de Coëtivy, Jacques, seigneur de Clermont, Jacques de Chabannes, sénéchal du Bourbonnais, les seigneurs de Blanchefort, Preuilly, Sainte-Sévère, Charles de Maillé et divers capitaines d’ordonnance. La place fut investie, approchée de très près, et Jean Bureau vint poster ses canons de manière à presser ou à tenir en échec les moindres mouvements de l’ennemi. Dans cette extrémité, de nouveaux pourparlers s’établirent, par l’intermédiaire du privé-scel. La garnison anglaise se retira, corps et biens saufs, et livra la ville au roi de France le 16 mars 1448. Cet abandon eut lieu pour ainsi dire sans coup férir, à l’exception de quelques escarmouches, et sans que les trêves fussent officiellement rompues2014.

Ici se placent quelques faits particuliers, événements 139de palais, qui nous semblent, toutefois, dignes d’être retracés et suivis avec une minutieuse attention.

Charles VII, parti de Tours, tenait, le 6 mars 1448, son conseil au manoir de Lavardin. Du 6 au 16, date de la reddition du Mans, le roi habita les châteaux de Lavardin et de Montoire, voisins du théâtre de la guerre. Pierre de Brézé, tour à tour présent au siège et à la cour, prit une part active et continue, tant au conseil qu’à l’action. Agnès Sorel, d’après la tradition locale recueillie par l’histoire, accompagnait le roi dans cette prise d’armes2015.

Après la reddition, Charles VII, toujours accompagné d’Agnès et de Brézé, retourna, vers le 22, à Tours et célébra la fête de Pâques (24 mars) en cette ville. Tous trois s’y trouvaient encore au mois d’avril suivant, du moins antérieurement au 28. À cette époque2016, selon 140le témoignage de l’excellent continuateur de Monstrelet (Mathieu d’Escouchy), Pierre de Brézé, pour vaincre les défiances du roi, se livra, comme on l’a vu, entre les mains de la justice. Sa cause, dit le même historien, fut commise au Parlement de Paris ; et c’est là (ou peut-être à Melun) que le premier ministre se rendit pour faire entendre sa défense. En effet l’ordonnance du 28 avril 1448, sur l’institution des francs-archers, ne porte pas, dans sa rubrique finale, le nom de Pierre de Brézé, quoique ce grand acte, longuement et à plusieurs reprises délibéré dans le conseil, fût, jusqu’à un certain point, l’œuvre propre de cet homme d’État. À partir de ce jour, le nom de Pierre de Brézé disparaît, durant plusieurs mois, des registres du conseil royal2017.

Cependant le jour même, pour ainsi dire, où Charles VII signait cette ordonnance, Agnès Sorel, qui ne quittait jamais le roi, partit de Tours et se dirigea vers Paris. La damoiselle de Beauté, conduite par Guillaume Gouffier et Poncet de la Rivière, écuyers du roi, voyageait en grande pompe ou équipage. Un compte domestique nous apprend que le but de cette excursion était un pellerinage à madame Sainte-Geneviefve de Paris2018.

Tout récemment, la reine Marie d’Anjou avait ainsi visité le mont Saint-Michel. Mais, quant à la deuxième compagne du roi, ce pieux motif ne saurait être pris comme absolument véridique. Aux environs de la cour, 141en effet, il ne manquait pas, dans le Berry, en Auvergne, en Orléanais, de lieux de pèlerinages plus rapprochés du roi ; or ce prince conserva, pendant toute la saison, sa demeure en Touraine. D’ailleurs, au quinzième siècle, les pèlerinages étaient, pour la politique, un prétexte habituel et en quelque sorte consacré, lorsqu’il s’agissait de motiver ou de colorer aux yeux du public certains déplacements. Les lecteurs de cet ouvrage en ont pu remarquer plus d’un exemple2019.

Agnès Sorel quitta Paris, pour son retour, le 10 mai 1448. Le 14 mai, Pierre de Brézé, conseiller, chambellan du roi et son sénéchal de Poitou, donne quittance d’une somme à lui précédemment allouée, comme ministre, par les états d’Auvergne. En juin, nouvelle quittance analogue. Pierre de Brézé était donc, au 14 mai, déjà relevé de sa disgrâce. Il reparut peu à peu aux affaires, dit le chroniqueur Escouchy. Au mois d’août, puis de septembre suivant, on retrouve son nom sur les registres du conseil2020.

Si nous saisissons bien la portée logique de ces faits, de ces rapprochements, le véritable but du voyage accompli par la favorite au sein de la capitale, où elle pénétrait, 142à ce qu’il semble, pour la première fois, n’était-il pas de sauver le ministre ? Habituée à voir les plus hauts fonctionnaires s’incliner devant elle, la conseillère toute-puissante, secrètement accréditée à cet effet par le roi lui-même, vint, sans doute, faire entendre aux juges de Brézé le mot propre à déterminer l’heureuse issue de cette épreuve… Quoi qu’il en soit, Pierre de Brézé absous et la belle Agnès ne tardèrent pas à retourner en Touraine, où ils reprirent, aux côtés du roi, la faveur dont ils jouissaient antérieurement.

Par le siège du Mans, Charles VII avait montré aux Anglais que sa longanimité, quelque grande qu’elle fût, n’était pas sans bornes. Matthew Gough et Fulk Eyton, se voyant chassés de ce point considérable, allèrent s’établir à Pontorson et à Saint-James-de-Beuvron, sur les confins de la Bretagne et de la Normandie. Ces deux places, après avoir été prises et reprises, pillées et désolées par les deux partis, avaient été rasées et déclarées neutres. Les capitaines anglais s’y postèrent et se mirent à relever les fortifications, non sans étendre leurs ravages au dehors de ces deux enceintes. Les homicides et les infractions aux trêves recommencèrent comme par le passé2021.

Le gouvernement de Charles VII adressa de nouveau des réclamations à celui de Henri VI. Une nouvelle série d’ambassades eut lieu entre les deux puissances. Edmond de Beaufort, duc de Somerset, avait récemment succédé au duc d’York, comme lieutenant du roi d’Angleterre en Normandie. Adam Moleyns, évêque 143de Chichester, William Fauconberg et Robert Roos, chevaliers ; Raoul Roussel, archevêque de Rouen ; maître Jean Lenfant, docteur en théologie ; Jean Cousin et Louis Gallet, prirent en main, comme délégués, les intérêts du gouvernement britannique. Charles VII continua aux mêmes conseillers le soin des négociations. Diverses entrevues de ces diplomates se renouvelèrent, mais sans résultat décisif, en l’église de Saint-Ouen de Léry (diocèse d’Évreux), au manoir de Maigrement (près Louviers), dans les églises et manoirs de Rouville, Vaudreuil, etc. La morgue hautaine du nouveau gouverneur contribua puissamment à hérisser, au lieu de les aplanir, les difficultés de ces communications2022.

Charles VII, en voulant la paix, avait admirablement préparé la guerre. Grâce à lui, la chrétienté recouvrait le calme et l’ordre moral, avec l’unité de sa hiérarchie. Au dehors, il avait fortifié ses alliances. Au dedans, les prétentions des grands barons abattues ou comprimées, on voyait renaître l’ordre des finances, la justice, la richesse et la prospérité. Au sein du corps militaire, la discipline se régularisait et doublait les forces d’une armée nationale. Qu’une éventualité, qu’une grave atteinte, de la part des Anglais, fît échoir un casus belli, la France était prête. Cet événement ne devait pas tarder à se présenter, grâce à l’anarchie et au désordre qui caractérisaient le gouvernement de la Normandie. Au lendemain de la prise du Mans, des trêves mal assurées avaient été 144renouées : il n’était pas difficile de prévoir que ce nouvel armistice ne serait, point de longue durée2023.

Charles VII, dans des lettres du 6 septembre 1448, adressées aux bourgeois de Reims, annonçait dès lors hautement son dessein d’entrer en Normandie et leur demandait leur concours. Peu de temps après, le roi, qui habitait Bourges, vint résider quelques jours à Orléans. Déjà, par divers actes, il avait honoré cette noble cité. Des secours pécuniaires et des privilèges royaux l’avaient aidée à réparer ses dommages. Nous avons signalé ci-dessus les stations que Charles VII, depuis le supplice de Jeanne d’Arc, fit sur les divers points de son royaume qui rappelaient particulièrement le souvenir de cette héroïne. Le 3 octobre 1448, le roi de France et sa maison vinrent s’établir à Orléans. Le prince choisit pour sa demeure non pas l’hôtel ducal ou du Gouvernement, mais la maison du trésorier Jean Boucher, qui avait été l’asile de la Pucelle2024.

À la veille d’une guerre importante, l’attitude et les sentiments du duc de Bourgogne pouvaient être un dernier sujet de préoccupation légitime. Le duc prétendait conserver l’intitulé diplomatique par la grâce de Dieu. Quelques légères questions de limite et de souveraineté étaient encore litigieuses entre les deux puissances. Un congrès, composé de commissaires français et bourguignons, 145s’ouvrit à Paris, au mois d’octobre 1448. Philippe le Bon avait sur les bras les Gantois. Son commerce des Flandres avec l’Angleterre lui faisait une nécessité de ménager le gouvernement de Henri VI. Les plénipotentiaires montrèrent, de l’une et l’autre part, les dispositions les plus conciliantes. Isabelle de Portugal, duchesse de Bourgogne, intervint de nouveau comme diplomate, pour exhorter le roi d’Angleterre à respecter les trêves de la France. Diverses ordonnances, rendues par Charles VII en janvier 1449, pacifièrent ou assoupirent les différends qui existaient entre le roi de France et son plus redoutable vassal. Le 16 février, Pierre de Brézé fut nommé par le roi capitaine de Châtillon-sur-Indre, et Flocquet, capitaine de Meulan en Normandie. Enfin, le 24 mars 1449, François de Surienne, l’un des capitaines anglais, s’empara de Fougères sur le territoire breton, et rompit ainsi ouvertement les trêves2025.

Il ne restait plus au roi de France qu’à tirer l’épée, et son devoir était d’entreprendre, contre les Anglais, une expédition décisive.

146Chapitre VI
(24 mars – 10 novembre 1449)

  • Campagne de Normandie.
  • Entrée de Charles VII à Rouen.

Fougères, sur la lisière de Normandie, était une des villes industrielles qui contribuaient le plus à la prospérité de la Bretagne. Cette contrée tirait sa richesse des drapiers ou tisserands de laine, qui, chassés de Normandie par les guerres, étaient venus s’établir dans ce pays neutre et limitrophe. François de Surienne, capitaine de Verneuil, pour les Anglais, conseiller de Henri VI, conservateur des trêves primitives (8 avril 1444), portait l’ordre de la Jarretière. La prise de Fougères avait été concertée et longuement mûrie entre lui et les gouverneurs de Normandie2026.

147Charles VII, qui habitait Montils-lès-Tours, était monté à cheval pour aller à Bourges, lorsqu’un messager lui apporta cette nouvelle. Le roi alors changea incontinent son itinéraire et se rendit à Chinon, dans la direction de la Bretagne et de la Normandie2027.

Aussitôt arrivé à Chinon, il assembla son conseil. Des ambassades et des messages successifs furent envoyés au duc de Bretagne, pour s’assurer de ses sentiments ; à Rouen, auprès du duc de Somerset, gouverneur, et à Londres, vers Henri VI, pour demander le redressement de cet acte agressif. Le roi et le duc de Bretagne se mirent immédiatement en harmonie de vues et d’action politiques. Quant aux autorités anglaises, elles se virent contraintes de désavouer le fait de Fougères ; mais le gouverneur, chargé des pleins pouvoirs du roi anglais, se refusa obstinément à évacuer la place, comme aussi à fournir aucune satisfaction. Plus de quatre mois s’écoutèrent ainsi en délais, en protestations vaines, en résistance inerte de la part du conseil qui siégeait à Rouen et du duc de Somerset2028.

148Cependant les Anglais non seulement ne rendaient pas Fougères, mais ils avaient fait de ce poste un centre de nouvelles irruptions, et le chef lieu de leurs prises. Les hostilités s’étaient, par le fait, rallumées immédiatement et spontanément de la part des Anglais et des Français. Bientôt ces derniers répondirent à l’agression de Surienne par un coup terrible de représailles2029.

Un marchand de Louviers, nommé Guillaume Houel, homme d’une rare énergie et de grande entreprise, commerçait avec la ville de Rouen. Houel, qui, plusieurs fois, avait été rançonné tyranniquement par les Anglais, saisit L’occasion de se venger. Il s’agissait de surprendre Pont-de-l’Arche, cette clef de la Seine, en aval de Rouen. Houel s’entendit avec Jean de Brézé, capitaine de Louviers, frère du ministre. Le capitaine, assisté de l’un de ses parents ou alliés (Normand), le sire de Mauny2030 ; de Flocquet, de Jacques de Clermont, écuyer dauphinois, etc., prit cinq cents hommes, qui, la nuit, se postèrent en embûche, vers Pont-de-l’Arche. Le 15 mai 1449, de bon matin, G. Houel, accompagné de deux hommes d’armes déguisés, se présenta au pont-levis pour traverser la Seine2031.

149Guillaume était connu du portier, qui, pour lui ouvrir, interrompit son sommeil. Une fois le pont-levis abaissé et la charrette avancée sur la plate-forme ou tablier volant, Guillaume Houel jeta aux pieds du portier quelques pièces de monnaie pour son vin ; mais au moment où ce dernier se penchait afin de les ramasser, il fut frappé à mort par le marchand et périt sur place. Un Anglais de la garnison, éveillé à ce bruit, descendit en chemise et sans armes. Il fut également tué incontinent. Dans le même moment, à un signal donné, les hommes de l’embûche accouraient vers la porte de la ville. Un rapide et insignifiant conflit s’établit entre les assaillants et la garnison réveillée en sursaut. Lord Fauconberg ou Fauqueuberg était venu la veille à Pont-de-l’Arche pour visiter la place. Il voulut résister et demeura prisonnier2032.

Dans le même temps, un gentilhomme gascon, de concert avec le duc de Bretagne, s’empara de Cognac et de Saint-Maigrin, en Guyenne, sur les Anglais. Gerberoy en Picardie, et Couches en Normandie, tombèrent également au pouvoir des Français2033.

150Les Anglais à leur tour, se voyant ainsi châtiés, réclamèrent contre la violation des trêves. L’archevêque de Bordeaux, le lieutenant en Guyenne, et le duc de Somerset, envoyèrent auprès de Charles VII, à Chinon, demander la restitution des places occupées. Le roi répondit que lorsque les agresseurs de Fougères l’auraient rendue au duc de Bretagne, ainsi que le million d’or auquel cette prise avait été évaluée, il s’entremettrait à replacer toute chose dans un état conforme au traité des trêves. Cette proposition ne fut point accueillie des Anglais. La guerre devenait inévitable2034.

On a vu que les émissaires du dauphin osaient apporter jusque sur le lit du roi leurs libelles, où ils insinuaient que le gouvernement de Charles VII était de cœur anglais ! Et cependant, au moment d’en finir vaillamment avec ces oppresseurs, Charles VII, en octobre 1448, venait à Orléans accomplir comme une veillée des armes. Semblable aux chevaliers et aux candidats du moyen âge, il venait faire une station solennelle en ces lieux immortalisés par la vierge qui avait péri martyre pour la cause nationale. De tout côté, les populations, dévouées, frémissantes, conviaient le roi à cette glorieuse péripétie. De 1419 à 1422, le poète normand Blondel s’était adressé (alors sans succès) au dauphin, pour l’exhorter à reconquérir sa couronne. En 1449, Blondel, attaché à la cour de Charles VII, précepteur d’un prince du sang royal, et qui bientôt devait être le précepteur de Charles de France, deuxième fils 151bien-aimé du roi, Blondel faisait entendre de nouveau ses mâles et patriotiques accents2035.

Une autre incitation, non moins propre à toucher le cœur de Charles VII, se joignit aux précédentes. Nous allons en rapporter le témoignage. L’auteur du Jouvencel2036 raconte la scène suivante, dont le lien et la date doivent être placés à Chinon, vers le mois de juillet, avant l’ouverture de la campagne de Normandie.

Après disner, le roy saillit de table ; il se tira en sa chambre : la reine vint, plusieurs dames et damoiselles en sa compagnie ; et firent moult grant chère, et beaucoup de beaux esbatements, comme il estoit de coustume.

Entre les autres, une moult belle dame (Agnès Sorel) parla et dist au roy : Sire, j’ai ouy dire que vous avez ouy bonnes nouvelles ; Dieu merci ! Menez-nous à la guerre, vous en serez plus vaillant et toute votre compagnie. Notre eur2037 vous vaudra tant que vous ne sauriez penser !

Le roy respondit : Si tout n’estoit gagné, ce seroit bien fait de 152vous y mener, car je scay bien que par vous et les autres belles dames qui estes icy, tout se conquerroit ; mais le Jouvencel a tout conquis et gaingné2038, nous n’y aurions jamais honneur !

La dame lui respondit : Ne vous soussiez de rien : pensez-vous être un roi sans affaire ? Nennyl ; il n’en fut oncques. Les grands roys ont les grandes affaires. Vous trouverez encores assez à exploiter les vertus des belles dames quand vous vouldrez2039

Charles VII, depuis la prise de Fougères, avait fixé sa demeure à Chinon ou à peu de distance de cette ville, attendant le résultat des négociations. Plusieurs actes d’administration civile ou intérieure occupèrent ses soins durant cette période. Enfin, se trouvant le 17 juillet au château des Roches-Tranchelion2040, ce prince tint un premier conseil, où il fut unanimement décidé que le roi était délié du contrat des trêves. Charles VII adressa, ce même jour, aux Rouennais un manifeste pour leur rappeler les droits de sa couronne et le lien qui 153unissait cette province à la patrie commune. Une haute commission de guerre fut en même temps instituée sous la présidence de Jean d’Orléans, comte de Dunois, lieutenant général du roi en Normandie2041.

Le 31 juillet 1449, Charles VII tint solennellement, au château des Roches-Tranchelion, une nouvelle assemblée de son conseil royal. Le roi fit en personne l’exposé de la situation, et la guerre fut définitivement résolue. Charles, dans cet intervalle, avait prévenu les bonnes villes, groupé ses levées d’hommes sur une ceinture de frontières qui se resserrait autour de la Normandie. Le duc de Bourgogne, également informé par une ambassade spéciale, approuva la guerre comme conseiller de la couronne. Mais, se réfugiant sous le traité d’Arras, il se dégagea du devoir de ses fiefs qui l’obligeait, en droit, à une assistance armée envers son souverain. Il fit agréer au roi l’attitude neutre qu’il entendait conserver dans cette campagne. Enfin plusieurs vassaux de Bourgogne et de Picardie, tels que le comte de Saint-Pol et autres grands seigneurs ou chevaliers bannerets, désiraient ardemment servir le roi de France dans cette campagne. Le duc de Bourgogne accorda bénignement qu’il en fût ainsi2042.

154Brézé, toujours au premier poste de l’activité ou du péril, s’était mis sur les champs dès le 17. Certain meunier de Verneuil avait son moulin situé sous les murs de cette ville. Contraint au guet, c’est-à-dire au service militaire pour les Anglais, ce meunier, un jour, s’étant endormi sous les armes, avait été battu à raison de ce fait. Il vint trouver le sénéchal et le bailli d’Évreux, leur promettant de livrer la ville au roi de France. Le 19 juillet, au soleil levant, le sénéchal arriva devant la place, accompagné de Jacques de Clermont et d’un certain nombre d’hommes d’armes. Grâce au meunier, la ville fut prise (par escalade), comme l’avait été Pont-de-l’Arche2043.

Le 6 août 1449, Charles VII, ayant quitté la belle Agnès et Chinon, vint passer la Loire à Amboise, et se dirigea par Vendôme, Chartres et Châteauneuf-en-Thymerais, sur Verneuil, où il coucha le 27. Les forces militaires de l’expédition devaient pénétrer en Normandie par trois colonnes en lignes convergentes, dont le but commun ou point de rencontre était Rouen. La première, groupée sous les ordres du comte de Saint-Pol, se forma, au nord-est de la province, en Picardie. La deuxième, conduite par Dunois et le sénéchal, était déjà au cœur dû pays à conquérir. Le roi marchait à la suite de cette avant-garde et appuyait le principal mouvement en ralliant autour de lui le gros de l’armée belligérante. François Ier, duc de Bretagne, dirigeait le troisième corps. Ce 155prince quitta Dol le 15 août, suivi de cinq ou six mille hommes de combat. Il s’introduisit dans le Cotentin et la basse Normandie par le mont Saint-Michel2044.

L’armée d’expédition, secondée par les circonstances les plus favorables, marcha, pour ainsi dire, de victoire en victoire. Pont-Audemer et Longpré, investis les 8 et 9 août 1449, ne tardèrent point à se rendre. Les Bretons assiégèrent et prirent, du 12 au 18, Saint-James-de-Beuvron. Mantes et Vernon ouvrirent leurs portes ou capitulèrent du 15 au 30. Thomas Basin, l’auteur des Mémoires historiques, était évêque de Lisieux. Il procura, par traité du 16 août, la reddition de cette place au roi de France. Le roi fit son entrée de joyeux avènement, le 27, en la ville de Verneuil, et octroya, le lendemain, aux habitants, des lettres d’abolition. Pendant le mois de septembre, la plupart des forteresses du Cotentin et de la basse Normandie, au-dessous de Caen, furent soumises par le duc de Bretagne. Le roi s’avança, le 29 août, à 156Évreux, et peu de jours après, il établit son conseil et son quartier général à Louviers, ville anciennement recouvrée, où il demeura près de six semaines2045.

Du 1er au 19 septembre 1449, eurent lieu la reddition de Longny, manoir appartenant à la famille de François de Surienne, et la reddition d’Essai, près Alençon, bientôt suivie de celle d’Alençon. Jean, duc de ce nom, s’était rendu au mandement du roi. Il rentra ainsi directement en possession de sa capitale. Touques, Argentan, Gisors, Neufchâtel et autres places ou villes fortes, capitulèrent également dans le courant de septembre et ne tardèrent point à redevenir françaises.

Le lundi 29 de ce mois, Charles VII partit de Louviers et vint poser le siège devant Château-Gaillard, puis revint de jour en jour diriger les opérations. Ce château, situé à pic sur le roc, au bord de la Seine, était inaccessible à la faible artillerie du quinzième siècle, et considéré comme inexpugnable. Les deux Brézé, le maréchal de Jalognes, Denis de Chailly et autres accompagnaient le roi. Pierre de Brézé eut le principal honneur de cette entreprise. Après avoir combattu comme un preux dans des rencontres extérieures, il força la place à capituler, et les Français y entrèrent le 23 novembre suivant2046.

157Ces divers succès furent obtenus, il est vrai, les armes à la main. Cependant, en général, le conflit, à proprement parler, n’exista pour ainsi dire pas au point de vue militaire. Jamais cause plus juste n’exerça un ascendant moral plus sensible sur une campagne de guerre. Partout les populations civiles voyaient dans les Français beaucoup moins des ennemis que des libérateurs. Dès le principe, Somerset comprit cette situation. Il n’osa quitter Rouen, à l’abri de l’appareil royal, de sa garnison et de ses forteresses. Nulle part il ne se hasarda, pour grouper des forces, à dégarnir ses cantonnements, faiblement pourvus d’hommes et de munitions.

Ses courriers se succédaient à Londres pour réclamer des secours, mais inutilement : le gouvernement métropolitain, de plus en plus déchiré par les factions politiques, était impuissant à subvenir aux nécessités du dehors. Du côté des Français, l’armée nouvelle portait avec elle-même le symbole et la propagande du patriotisme. Du côté des Anglais, nul sentiment général, si ce n’est l’orgueil étroit de la lutte brutale. Le dépit, l’intérêt, frappaient de stérilité la résistance, en la rendant purement égoïste et locale2047.

158Vers la fin de septembre 1449, les Anglais reçurent une seconde atteinte en Guyenne. Le comte de Foix, rallié au roi de France, s’empara de Mauléon, encore bien que cette place fût en la garde du roi de Navarre, son beau-père, confédéré de Henri VI2048.

Charles VII, du sein de sa demeure à Louviers, dirigeait la guerre et vaquait à l’administration civile du royaume. Soucieux de l’histoire et de la postérité, parce qu’il se sentait digne de paraître devant elles, il avait amené à sa suite Jean Chartier, chantre de l’abbaye royale de Saint-Denis, chroniqueur officiel. Le judicieux Berry, annaliste militaire du règne ; le noble poète et historien Robert Blondel, furent également chargés d’écrire le récit de cette mémorable entreprise2049.

Les conquêtes opérées depuis l’ouverture de la campagne avaient eu notamment pour effet d’isoler Rouen, en interrompant ses diverses communications. Dans les premiers jours d’octobre, le roi résolut de marcher sur cette capitale et d’exécuter ainsi le principal mouvement concerté 159dans le plan général de l’expédition. Charles VII était encore à Louviers. Là il venait de voir arriver auprès de lui René d’Anjou, son beau-frère, suivi de cinquante lances et de ses archers. Le roi avait en outre autour de lui environ deux mille lances, plus les archers. Le duc de Bretagne continua de recouvrer la basse Normandie. Mais le roi donna ordre aux comtes de Dunois, d’Eu et de Saint-Pol, d’appuyer son mouvement, en ralliant leurs forces aux siennes2050.

Le 6 octobre 1449, Charles VII se porta de Louviers à Pont-de-l’Arche, où il fut reçu avec acclamation. De là il envoya ses hérauts à Rouen pour sommer les habitants d’avoir à reconnaître son autorité. La ville fut en même temps approchée militairement. Cette démonstration se prolongea durant trois jours, du 6 au 9. Deux fois, dans cet intervalle, les hérauts se présentèrent pour remplir leur office. Mais le duc de Somerset redouta l’effet moral que la vue de ces envoyés et des couleurs nationales ne devait pas manquer de produire sur les patriotes rouennais. Il repoussa donc ces parlementaires, contrairement aux usages de la guerre, ainsi que de la courtoisie, et ne leur permit pas de franchir les portes de Rouen. Charles VII attendait surtout son succès de l’ébranlement volontaire et spontané des populations. Une pluie diluvienne inondait les troupes et gênait une action décisive. Les deux rois étaient venus se loger à une lieue et demie de Rouen, dans une abbaye de femmes2051. 160Charles VII replia ses troupes sur Pont-de-l’Arche et lui-même retourna dans ce lieu de cantonnement. Le 16 octobre, une nouvelle tentative eut lieu de concert avec des affiliés rouennais, mais sans plus de réussite2052.

Cependant le roi disposait de forces imposantes, et l’attitude expectante que ce prince gardait volontairement influait sur les Rouennais d’une manière très favorable à sa cause. L’esprit public se dessinait de plus en plus parmi les habitants et penchait du côté du roi de France. Le 17, une réunion des bourgeois eut lieu à l’hôtel de ville. À la suite de cette délibération, l’archevêque de Rouen, Raoul Roussel, son official nommé Richard Olivier, qui fut depuis ministre du roi, évêque de Coutances et cardinal, Jean Le Roux et cinquante autres bourgeois de Rouen se rendirent en députation au port Saint-Ouen, à peu de distance de la ville, et parlementèrent avec le comte de Dunois. Le roi, ou en son nom le haut commissaire, accepta les offres des citoyens. Les anciens privilèges de la ville furent confirmés. Le roi augmenta les immunités ecclésiastiques de cette métropole, maintint l’échiquier, la Charte aux Normands, la Coutume de Normandie, en un mot toutes les institutions, libertés et prérogatives de la province. Une amnistie générale fut également décidée2053.

161Quelques délégués anglais avaient suivi la députation pour la surveiller : ils gardèrent le silence. Puis, les bourgeois retournèrent à Rouen et firent part à leurs concitoyens des résultats de leur mission. Les articles stipulés furent acclamés par le peuple. Mais les Anglais repoussèrent avec violence et hauteur ces préliminaires de paix. Alors une scission éclatante se manifesta entre l’autorité anglaise et les habitants. Ceux-ci prirent immédiatement une attitude hostile. Le tocsin de la ville sonna dans la tour de l’Horloge. De toute part les Rouennais coururent aux armes, revêtirent la croix blanche, et chaque rue de la cité se hérissa de barricades, dirigées contre les Anglais. Le duc de Somerset, intimidé et déconcerté par ces circonstances, se vit réduit aux forces militaires anglaises dont il était le chef. Abandonnant la ville aux bourgeois, qui commençaient à courir sus aux soldats britanniques, il se réfugia dans les ouvrages fortifiés, à savoir : le Bout-du-Pont, le Château et le Palais2054.

Charles VII, le lendemain 19, quitta Pont-de-l’Arche, et vint, accompagné de l’artillerie, prendre possession de Sainte-Catherine. Cette haute colline, qui domine la cité rouennaise entièrement et à découvert, comprenait, dans son enceinte fortifiée, une abbaye de Bénédictins, où le roi vint prendre son gîte. En présence du roi de France, la faible garnison anglaise qui l’occupait se retira sans résistance et sans coup férir2055.

162Cependant le comte de Dunois, à la tête de ses troupes, se présentait, de concert avec les habitants, à la porte Martinville. Le roi, malgré la réforme récente de l’armée, appréhendait les violences par lesquelles l’entrée subite de ses gens d’armes pouvait compromettre sa cause. Avant la nuit, il envoya en son nom, pour pénétrer dans la ville, Thomas Basin, évêque de Lisieux, l’un des premiers prélats qui se fussent ralliés au parti de la France. L’évêque était suivi du sire de Torcy, gentilhomme normand, qui marchait à la tête de cent lances et de leurs archers. Amanieu d’Albret, sire d’Orval, également capitaine de cent lances, entra ensuite. Le lendemain 20 octobre, des contingents semblables pénétrèrent successivement sous la conduite du sénéchal de Poitou, du lieutenant de Flocquet, blessé dans les préliminaires du siège, et autres capitaines. Les Anglais évacuèrent le Bout-du-Pont, n’ayant plus d’autre asile que le Palais et le Château. Le 21, les portes de Rouen s’ouvrirent à tout venant. Déjà les Français étaient maîtres de la ville2056.

Somerset et les Anglais se virent ainsi bloqués dans 163leur double retraite. Après trois jours de délais et de négociations, les Anglais furent enfin obligés de capituler. Le gouverneur et ses troupes obtinrent la vie sauve, avec la faculté de se retirer hors du territoire reconquis. Entre autres conditions, ils devaient évacuer le Palais, ainsi que le Château, et s’engageaient à faire rendre au roi, par les capitaines anglais, les places qu’ils occupaient encore dans le nord, savoir : Arques, Caudebec, Montivilliers, Lillebonne, Tancarville et Honfleur2057.

L’occupation complète de Rouen par les troupes françaises s’opéra le 26 octobre 1449. Somerset quitta cette ville le 4 novembre et, passant par Harfleur, il se retira, ainsi que les troupes, au nombre d’environ trois à quatre mille hommes, qui le suivirent à Caen. Dans cet intervalle, tout se préparait pour la réception solennelle du roi de France2058.

164Le 10 novembre 1449, Charles VII, dans la matinée, se rendit du mont Sainte-Catherine aux Chartreux, proche la porte de Beauvais ou Beauvoisine. Le roi, après quelque demeure dans le couvent des Chartreux, se disposa pour faire son entrée de joyeux avènement au sein de la capitale de la Normandie reconquise. Des restaurations avaient été faites hâtivement au Palais, au Château et au manoir ou hôtel archiépiscopal ; c’est la que le roi devait prendre sa demeure. Partout les trois fleurs de lis d’or en champ d’azur avaient été substituées aux léopards et à l’écartelé d’Angleterre. Sur tout le parcours ou itinéraire du roi, les maisons étaient tapissées de riches draperies, et les rues tendues à ciel par intervalles. L’archevêque, partant de son hôtel, se dirigea vers les Chartreux. Il était accompagné de son clergé, des évêques de Lisieux, Bayeux et Coutances, ses suffragants ; des collèges de la ville, ou communautés religieuses, portant les reliques. Deux cents bourgeois, vêtus à la devise tricolore du roi, et une multitude de peuple grossissaient ce cortège2059.

À deux heures après midi, le roi reçut aux Chartreux l’archevêque et les autorités, qui s’étaient portés à sa rencontre. Cousinot de Montreuil, fait chevalier sous les murs de Rouen, dès le début du siège, avait été nommé bailli de cette ville. Il présenta au roi les bourgeois de Rouen, et l’un de ces derniers offrit au prince, en pleurant, les clefs de la cité de Normandie. Le roi remercia les Rouennais et les assura de sa bienveillance, puis il prit les clefs de la ville et, les donnant au sénéchal, il lui 165dit : Sire de La Varenne, encore bien qu’autrefois on nous ait rapporté aucunes choses de vous, desquelles nous avons fait faire information par les gens de notre parlement, nous vous tenons pour bien déchargé et connaissons que vous nous avez toujours loyalement servi. C’est pourquoi nous vous baillons les clefs de notre ville et Châtel de Rouen, et nous vous en avons fait et faisons capitaine2060.

Le roi entra ensuite dans la ville. En tête du cortège royal marchaient, escouade par escouade, plusieurs corps d’archers appartenant au roi et aux divers chefs de guerre, chacun sous la bannière et à la livrée de son seigneur. Les principaux capitaines et les officiers de la couronne précédaient le prince. Tel était le chancelier de France, vêtu du manteau royal de la magistrature. Devant lui une haquenée portait, sur une selle de femme richement ornée, les sceaux de France, contenus dans un coffret fleurdelisé. Charles VII s’avançait au pas, sous un dais, dont les bâtons étaient tenus par quatre gentilshommes, assistés de quatre pages du roi. Ce prince montait un palefroi de moyenne grandeur, houssé jusqu’à terre de drap d’azur semé de fleurs de lis d’or2061.

Indépendamment du roi de Sicile et des princes, on remarquait, parmi les personnages qui défilèrent en grande ordonnance, Dunois, Pierre de Brézé, seigneur de La Varenne, et Jacques Cœur, argentier du roi.

166Charles VII fut accueilli sur sa route par les visages souriants des dames, damoiselles et bourgeoises de Rouen, qui attendaient sa venue, placées aux fenêtres de leurs maisons. Une multitude d’enfants criaient Noël. Des ménétriers, payés par la ville, jouaient de leurs instruments, et répondaient aux fanfares des ménétriers militaires et trompettes2062.

Divers mystères, ou représentations, soit mécaniques, soit par personnages, figuraient dans le programme des cérémonies. Au carrefour de la cathédrale notamment, le roi contempla sur un échafaud un cerf volant ou cerf ailé (qui était le support de ses armes). Ce cerf, que deux damoiselles tenoient, portait au cou une couronne d’or, et s’agenouilla lorsque le roi vint à passer. Parmi les spectateurs ou spectatrices qui assistèrent à la bienvenue du roi de France, il convient de mentionner la comtesse de Dunois, qui accompagnait à une fenêtre la duchesse de Somerset. À côté de cette dame, se tenait John Talbot, entouré des otages anglais. Le comte de Shrewsbury, peu de temps auparavant, avait été reçu par Charles VII de la manière la plus honorable. Il portait ce même jour, une robe longue de velours fourrée de martre, que le roi de France lui avait donnée à la suite de cette audience2063.

167Arrivé sur la place de Notre-Dame, le roi mit pied à terre, baisa les reliques, et pénétra dans la cathédrale pour y assister au service divin. Il se rendit ensuite à l’hôtel de l’archevêque, où son logis royal avait été somptueusement préparé2064.

168Chapitre VII
(Novembre 1449 – février 1450)

  • Campagne de Normandie, suite.
  • Mort d’Agnès Sorel.

Le roi, du 10 novembre au 25 décembre 1449, eut à Rouen son séjour principal. Durant ce temps, il reçut les serments des autorités ecclésiastiques et autres, écouta les vœux des populations, régularisa le changement de gouvernement, et pourvut à divers soins de l’administration civile2065.

L’un des premiers actes émanés de son autorité fut de convoquer à Rouen le clergé de France. Nicolas V venait de publier un indult ou encyclique, rempli des sentiments les plus conciliants. La chrétienté se trouvait enfin réunie dans un seul troupeau, sous un seul pasteur. Le souverain pontife prescrivait l’oubli des dissensions passées et s’attachait à cimenter l’union dans l’avenir. Il avait député auprès du roi l’évêque de Minturnes, légat du siège apostolique et dépositaire de ces instructions. De concert avec le légat, Charles VII fit appel à tous les prélats de son royaume, pour les réunir 169dans un concile national. Il s’agissait particulièrement de mettre en harmonie le nouveau gouvernement pontifical et la pragmatique sanction, cette loi organique de l’Église gallicane. Le légat devait prendre part à cette grande assemblée, et le roi se proposait de la présider2066.

Cependant les événements militaires éloignèrent bientôt Charles VII de la haute Normandie, puis de la province elle-même2067. Le concile national fut prorogé à Tours, puis à Chartres, où il s’ouvrit en effet le 15 mai 1450, sous la présidence de Guillaume des Ursins, chancelier de France. Thomas Basin évêque de Lisieux et membre de cette assemblée, atteste y avoir vu et tenu l’ordonnance de saint Louis relative aux libertés gallicanes, escripte et scellée, qui fut montrée et exhibée dans cette convencion solennelle2068.

L’attachement de Charles VII pour la religion, l’importance spéciale du but, la constante politique de ce prince vis-à-vis du clergé, expliquent suffisamment le zèle 170que témoigna le roi dans cette circonstance. Il nous semble juste toutefois de rattacher cette vue de Charles VII à un autre dessein non moins digne de remarque.

On n’a pas laissé d’observer la faveur que le roi, dès les débuts de la campagne, s’était conquise de la part du haut clergé normand. Nos lecteurs ont vu la part importante que l’archevêque, son official et ses suffragants prirent à la restauration du prince valois dans cette province. La possession de Rouen et de bons rapports avec l’Ordinaire ecclésiastique étaient en effet de première nécessité pour que Charles VII pût tenter de provoquer la révision de l’inique sentence prononcée contre la Pucelle.

Or nous pouvons maintenant affirmer que le roi méditait depuis longtemps cette résolution.

Par lettres datées de Rouen le 15 février 14502069, Charles VII ordonna l’ouverture de la révision. Il commit le soin actif de cette affaire à un docteur éminent, Guillaume Bouillé, maître en théologie, doyen de Noyon, investi de sa confiance, et qu’il appela au sein de son grand conseil. Ainsi s’éclairent et s’expliquent d’une manière concluante les divers indices (que nous avons signalés ci-dessus), d’une préoccupation ancienne et constante du roi, en faveur de cette illustre victime2070.

171Le duc François de Bretagne poursuivait avec ardeur la tâche qu’il avait entreprise contre les Anglais. Pierre de Bretagne, son frère, vers la fin d’octobre 1449, vint assiéger la ville de Fougères, toujours occupée par l’Aragonais. Le duc alla bientôt rejoindre son frère devant cette place, accompagné de ses principaux lieutenants. L’assiégeant, muni d’artillerie, avait sous ses ordres sept à huit mille combattants. François de Surienne ne comptait pas autour de lui plus de cinq à six cents Anglais pour l’assister dans la défense. Mais l’armée bretonne fut en proie à une épidémie qui lui enleva de nombreuses victimes. Le duc s’engagea par un vœu envers saint Étienne, à faire maigre dorénavant le jour où se chômait la fête de ce saint, c’est-à-dire le lendemain de Noël, ou 26 décembre. François de Bretagne obtint la victoire ; mais, atteint lui-même dans sa santé, il s’empressa de regagner la capitale de son duché, puis ses séjours habituels2071.

172Dans le même temps, Condé-sur-Noireau, près de Vire, et Bellême en Perche, tombèrent au pouvoir des Français. Le duc d’Alençon, assisté de Xaintrailles et du sire de Montenay, signala sa bravoure au recouvrement de Bellême, qui était de son domaine propre. Étiennette de La Lande, femme de François de Surienne, résidait au château de Condé-sur-Noireau, et fut prise avec cette place. François de Surienne venait d’être vaincu à Fougères. Son gendre, Richard Aux-Épaules, et sa fille, Jeanne de Surienne, avaient été faits également prisonniers de guerre à Longny, dès le début de la guerre. Parent ou allié par les femmes, de Richard Aux-Épaules, Pierre de Brézé, après avoir vaincu toute cette famille ennemie, lui offrit des avantages et la rallia au roi de France. François de Surienne, sujet d’Aragon, vassal de Philippe, comme seigneur de Pisy en Bourgogne, servait militairement Henri VI d’Angleterre. Il renvoya au roi anglais la Jarretière et prêta serment, ainsi que Richard, à Charles VII. Tous deux combattirent désormais contre les Anglais, pour la cause de la France2072.

Cependant l’ennemi était toujours maître de l’embouchure 173de la Seine. À cette époque, la place maritime et militaire du Havre, créée sous ce rapport, par François Ier, au seizième siècle, n’existait point encore. Le rôle moderne que joue le Havre, pour la défense de ce littoral, se partageait alors entre deux petites villes très fortifiées, Honfleur et Harfleur, placées l’une sur la rive droite et l’autre sur la rive gauche du fleuve, près du confluent à la mer. Les Anglais, qui occupaient ces deux points, prétendaient y défier toutes les forces du royaume. Quelques renforts, empruntés aux garnisons vaincues, étaient venus s’y rallier. Les Rouennais représentèrent à Charles VII que ces deux points faisaient peser sur eux une menace perpétuelle2073.

Le 8 décembre 1449, par ordre du roi, le siège fut posé devant Harfleur. Quelque temps après, ce prince quitta Rouen, armé d’une brigandine recouverte d’une jaquette de drap d’or. Il était accompagné du roi de Sicile, des princes, des seigneurs de Dunois, de La Varenne, de Culant, de Bueil, de Blainville, grand maître des arbalétriers ; de Jean Bureau, grand maître de l’artillerie, assisté de son frère Gaspard ; de maître Lemarié, ingénieur ou maître des œuvres de charpenterie du roi au bailliage de Rouen, et de forces considérables. L’hiver sévissait avec une rigueur inaccoutumée. La gelée avait suspendu le cours des fleuves et les chemins disparaissaient sous un voile de neige. Après avoir passé par Caudebec, le roi vint prendre son gîte en l’abbaye de Montivilliers, à proximité du théâtre de l’action2074.

174Le roi, payant de sa personne, visitait chaque jour le terrain, inspectant les travaux, suivant les progrès de la tranchée, descendant à la mine, son armet sur la tête et son pavois au bras. Les logis des gens de guerre et de leurs chefs consistaient en des taudis, creusés dans la terre et recouverts de chaume et de genêt. La pluie alternait avec la gelée, et la marée venait parfois inonder les logis et les tranchées. Quand le feu de l’artillerie fut ouvert, Charles VII en dirigea l’action, non sans un grand péril pour ses jours. En un mot, l’attaque fut conduite avec tant de science et de vigueur, que les Anglais, au nombre d’environ deux mille hommes, demandèrent à traiter dès le 24 décembre 1449. La place fut entièrement rendue aux Français, dans les premiers jours de janvier 14502075.

Honfleur était au nombre des places que Somerset, par le traité de Rouen, avait rendues ou promis de rendre à la France. Les autres forteresses en effet avaient été restituées. Mais le capitaine de Honfleur, nommé Courson, se refusa opiniâtrement à exécuter les injonctions 175de Somerset. Il fallut donc réduire militairement ce point considérable. Le roi, immédiatement après l’évacuation d’Harfleur, quitta Montivilliers, et après avoir couché deux nuits à Tancarville, il vint se reposer à Jumièges. Il arriva dans cette abbaye le 7 janvier 1450. Le 18, par ordre du roi, le comte de Dunois alla poser le siège devant Honfleur, que défendait Courson, à la tête de trois à quatre cents Anglais. Courson, vaincu, se vit obligé de traiter avec le lieutenant général et rendit à la France ce dernier port du littoral atlantique, le 18 février 1450.

Ce même mois de février fut marqué par un nouvel échec des Anglais en Guyenne, à qui le comte de Foix enleva la place forte de Guichen près Bayonne2076.

Dans l’intervalle de ces deux premiers avantages, c’est-à-dire entre la reddition de Harfleur et celle de Honfleur, un événement funeste, imprévu, atteignit le roi et vint lui causer une pénible diversion, au milieu de ses triomphes. Le fait dont il s’agit touche à l’ordre des sentiments intimes : nous devons l’exposer avec quelques développements.

Le roi continuait à témoigner publiquement et particulièrement, à la reine, les égards, la considération, l’amitié, qu’elle lui avait toujours inspirés. Attentif aux besoins, aux goûts, à la prospérité de la compagne du 176trône, l’époux de Marie d’Anjou ne négligeait aucune occasion de condescendre à ses désirs.

Ainsi, en 1447, la reine ayant résolu, dans son intérêt privé, de revendiquer ses droits héréditaires d’Aragon, le roi mit à sa disposition conseillers et ambassadeurs. La bienheureuse Colette, native de Corbie, venait de mourir en odeur de sainteté. Marie d’Anjou, mue de dévotion envers cette sainte française, voulut lui élever à Corbie un monastère de l’ordre que Colette avait fondé. La princesse écrivit, en 1447, dans ce dessein, aux Bénédictins de cette ville. Le roi, ainsi que le dauphin, s’associèrent aux libéralités de la reine et à ses pieuses intentions2077.

En 1448, le roi réunit la terre de Cousy à celle de Cessenon en Languedoc et les donna toutes deux à la reine, sa vie durant. L’année suivante, le roi accrut les revenus de Marie d’Anjou par l’octroi perpétuel qu’il lui fit d’une imposition de 4 deniers pour livre, sur toutes les marchandises passant aux ports et péages royaux dans la sénéchaussée de Beaucaire et de Nîmes2078.

Mais, depuis que l’âge avait marqué, pour la mère de sa lignée souveraine, une période de retour, le roi commençait à régler les séjours et logis de la reine, de manière à ce que leur société quotidienne se maintînt à une distance moins rapprochée que par le passé. Charles VII, lorsqu’il partit pour la conquête de la Normandie, avait laissé la reine et sa cour en Touraine. 177Dans les premiers jours de janvier 1450, le roi assigna pour demeure, à Marie d’Anjou, le château de Melun. La reine, après s’y être rendue, préféra toutefois le manoir de Corbeil. Elle y prit son séjour, avec ses dames d’honneur et ses femmes, jusqu’au mois de, septembre suivant. Marie d’Anjou attendit ainsi, à une distance moyenne entre le théâtre de la guerre et la résidence habituelle de la cour, que le roi son époux eût achevé sa glorieuse campagne2079.

Le roi avait également laissé en Touraine la belle Agnès. Cette dame d’honneur de Marie d’Anjou ne suivit pas sa souveraine à Melun ni à Corbeil. Agnès Sorel était à la veille de donner au roi un quatrième enfant. La distance qui la séparait de Charles VII et divers soucis, diverses circonstances, demeurées mystérieuses, agitaient Agnès. Depuis 1444, en effet, son crédit, l’éclat de sa faveur, l’empire qu’elle exerçait sur la volonté du roi et sur ses actions, n’avaient fait que s’accroître. Mais l’envie, l’animosité, les secrètes et viles passions qui couvent et pullulent au sein des cours, n’avaient fait que grandir également autour d’elle et contre elle. En 1447, la dame de Beauté avait reçu du roi la châtellenie de Roquecezière en Rouergue (bailliage royal comprenant quatre-vingt-dix-huit paroisses), et qui, précédemment, avait été possédée par Louis de Bourbon, comte de Vendôme. La même année, elle touchait en outre une pension de 5,000 livres. Peu après, la seigneurie de Bois-Trousseau, la châtellenie d’Issoudun, 178en Berry, lui furent données par surcroît. Ces traces authentiques des libéralités du roi ne sont que des vestiges fortuits. Mais d’autres indices nous font tenir pour constant que l’ensemble de ces dons, principalement les dons manuels, en partie inconnus, s’élevait à des valeurs bien supérieures à celles que nous connaissons2080.

La campagne de 1449 s’ouvrit, et la belle Agnès ne put, en accompagnant Charles VII, porter avec elle l’heur qu’elle lui avait offert. Mais le roi, toujours sous le même charme, la considérait comme présente : il attachait constamment sur elle le culte de sa pensée. Au début de l’expédition, le duc François fit don à Richemont, son oncle, de la terre de Gavray, nouvellement conquise par le connétable. D’autres gentilshommes, en récompense de leurs services militaires, eurent part à de semblables concessions. Charles VII, aussitôt qu’il recouvra la place de Vernon-sur-Seine, en octroya les revenus à son lieutenant général, le comte de Dunois. Puis il lui reprit, moyennant indemnité, cette châtellenie, qui, du temps des Anglais, avait été l’apanage de sa sœur, Catherine de France veuve de Henri V, et donna cette même terre de Vernon à la belle Agnès. Il en fut ainsi, un peu plus tard, de la seigneurie d’Anneville près Jumièges2081.

179En 1448, lorsque la favorite visita la capitale, elle ne reçut pas des Parisiens, au dire du journaliste, un accueil aussi favorable que celui auquel s’attendait son grand orgueil. Si l’on en croit cet auteur, dont la malveillance, bien connue, égale le fanatisme, Agnès Sorel en aurait conçu un violent dépit et un mortel déplaisir. Cependant les actes de cette femme, il faut le reconnaître, attestent exclusivement les inspirations douces et sereines d’une âme généreuse, humaine et charitable. Charles VII, en 1420, avait annexé à la collégiale de Saint-Mesme une psallette, ou maîtrise, composée d’un maître et de quatre disciples. En 1449, Agnès Sorel, bienfaitrice de l’église de Loches, y fonda également une psallette et quatre élèves ou enfants de chœur2082.

Au moment où la reine quitta la Touraine pour se rendre à Melun, puis à Corbeil, c’est-à-dire dans les premiers jours de 1450, Agnès Sorel partit de Loches et se dirigea vers le roi, alors occupé au siège d’Harfleur. Quels motifs étaient donc assez puissants pour décider cette jeune femme à ce long et périlleux voyage ; dans un tel état de grossesse ; par les rigueurs d’un hiver insolite ; à travers une région semée d’ennemis et toute agitée par la guerre ? L’histoire, à cet égard, ne nous a laissé que des notions obscures et des lueurs incertaines. Essayons toutefois de soulever 180ces voiles et de découvrir, s’il se peut, la vérité.

Un seul chroniqueur, parmi ceux de cette période, a raconté le voyage d’Agnès en Normandie. C’est l’historiographe officiel, Jean Chartier2083. Le récit qu’il nous a laissé forme un chapitre demeuré célèbre ; lequel fut évidemment dicté, non pas dans ses termes (qui font sourire), mais dans son esprit général, par ordre supérieur.

En icelle abbaye de Jumièges, rapporte le chroniqueur, trouva le roy une damoiselle nommée la belle Agnez, qui là estoit venue, comme elle disoit, pour advertir le roy et lui dire que aulcuns de ses gens le vouloient trahir et livrer ès mains de ses anciens ennemis les Anglais. De quoy le roy ne tint guères de compte et ne s’en fit que rire2084.

Ce rire sceptique, attribué par le religieux à Charles VII, roi défiant et qui avait tant de sujet de l’être, doit exciter à son tour le scepticisme de la critique.

Il est un nom que le lecteur cherche vainement dans les annales de cette période et qu’il s’étonne de n’y point découvrir, c’est le nom de Louis, fils aîné du roi. 181Une belle occasion s’offrait à l’enfant prodigue, pour terminer généreusement une trop longue querelle de famille et pour retourner, pour voler dans les bras paternels ; car ces bras, de la part du roi, lui furent toujours ouverts. Ce sol de la Normandie avait été le témoin des honorables débuts du jeune prince. À l’appel de la France, en ce moment suprême, l’héritier du trône ne devait-il pas accourir ?

Louis n’en fit rien, malgré les instances réitérées de son père. Depuis le jour où, sans chaperon, il s’était éloigné du foyer natal, Louis n’avait que trop observé ou accompli son vœu impie. Il avait obstinément prolongé un ostracisme volontaire. Louis s’était réfugié dans son domaine du Dauphiné comme dans une citadelle. Là, il tranchait du souverain, quoiqu’il ne possédât en droit que la tenure usufruitière de ce fief. Louis XI préludait ainsi à son règne futur. Le dauphin accrut son pouvoir per fas et nefas2085. En 1447, il opéra par surprise l’acquisition de Montélimar, qui appartenait aux Adhémar de Grignan. Depuis longtemps l’autorité temporelle des archevêques de Vienne lui portait ombrage. Il les en dépouilla captieusement. Louis aimait la chasse avec passion, il s’en arrogea le privilège exclusif par un édit draconien. Il expulsa violemment les juifs et dépeupla ainsi subitement la ville de Crémieu2086.

182Habile à se créer des ressources offensives et défensives, tout expédient lui était bon. Telle arme, même fictive, étant choisie, il s’en servait d’une manière comminatoire et multipliait l’efficacité de cet engin de guerre, sans l’user par un emploi réel. Son veuvage lui fut une arme de cette espèce. Il menaça le roi de se remarier avec une infante de Portugal, pays où dominait la maison de Bourgogne ; puis il dut encore épouser d’autres princesses, et s’allia finalement, contre le gré de son père, à une fille de Savoie : la princesse Charlotte. Aussitôt qu’il fut retiré en Dauphiné, l’ancien fauteur de la Praguerie s’était rapproché, à Tarascon, de René d’Anjou, pour caresser le comte de Provence. Il ne cessa d’entretenir une correspondance hostile et clandestine avec le Bourguignon, son allié, son complice, qui déjà lui préparait un asile.

Le 10 août 1449, au moment où son père prenait les armes, Louis signait à Briançon une ligue avec le duc de Savoie contre les ministres du roi de France, ses ennemis. François de Bretagne, frère de Gilles l’Anglais, témoignait pour la cause de Charles VII un zèle ardent, mais de date bien récente. Louis pratiqua sous main le duc de Bretagne. Dans les premiers mois de 1450, Grenoble, héraut de Louis, se trouvait en mission à la cour de Vannes. Enfin, à cette même date où nous sommes parvenus, le dauphin, qui n’avait pas tiré l’épée ni mis le pied sur le sol dans l’expédition de Normandie, 183convoitait et réclamait le gouvernement de cette province2087.

Si nous rapprochons de ces faits la révélation apportée, dit-on, au roi par Agnès Sorel, cette confidence ne paraît pas dépourvue de toute raison ni de toute vraisemblance. Il ne fut donné en effet aucune suite à une conspiration contre le roi : l’histoire, du moins, ne nous a laissé nulle trace à cet égard. Pierre de Brézé reçut le titre de grand sénéchal ou gouverneur de Normandie, situation que convoitait le dauphin2088. Mais cet épisode ne se termina pas sans laisser de victime, et cette victime fut Agnès Sorel, auteur de la communication.

Agnès avait été transportée au manoir du Mesnil, ferme ou maison de plaisance des abbés de Jumièges et qui, de la belle Agnès, a conservé dans la tradition le nom de Mesnil-la-Belle. Saisie par les douleurs de l’enfantement, elle mit au monde une fille qui lui survécut quelques mois. Mais la mère, atteinte de dysenterie, d’autres disent empoisonnée, succomba peu de jours après, le 9 février 14502089.

184Les soupçons auxquels donna lieu cette fin prématurée se portèrent sur deux personnes. L’une fut Jacques Cœur ; mais depuis longtemps la justice de la postérité a mis à néant cette absurde accusation. L’autre est et demeure Louis, dauphin, celui qui, plus tard, encourut les mêmes imputations à la mort de son propre frère.

Des causes métaphysiques purent, il est vrai, contribuer aussi pour une part à ce funeste résultat. Charles VII, après avoir violé, depuis longtemps, le contrat de fidélité conjugale, ne se croyait pas probablement astreint en conscience à la fidélité vis-à-vis de la favorite qui fut la complice de son adultère. Certaines particularités sur lesquelles il conviendra de revenir nous donnent à penser que déjà une autre femme, placée aux côtés d’Agnès, par elle-même, et de sa famille, avait excité l’attention du roi. La dame de Beauté vit poindre, sans doute, et non sans un ressentiment profond, cette rivalité, qui allait pour ainsi dire se déclarer brusquement, sur la tombe même d’Agnès2090.

En dernier lieu, Agnès Sorel, si nous apprécions exactement son caractère, était une personne chez qui les sentiments élevés, purs, généreux et véritablement nobles, l’emportaient de beaucoup sur les humaines faiblesses 185et sur les instincts inférieurs par lesquels elle paya son tribut à notre commune imperfection. Quel que fût l’éclat de sa faveur, éclat imposé par le roi et plus imputable à ce prince qu’à elle, Agnès n’avait point revêtu cette double armure d’impudeur et de cynisme, par laquelle les femmes perdues se préservent des remords et des scrupules. Chez Agnès au contraire, digne encore dans son indignité, certaines blessures, qui ne lui furent pas épargnées, rencontrèrent toute la sensibilité dont le cœur humain est susceptible. Sa position fausse, l’atteinte que la favorite portait à l’ordre et à la morale, étaient pour elle un mal sans remède. Le scandale qui en résultait rejaillit sur Agnès en forme d’outrages. Elle-même en eut conscience, et, certainement, c’est dans cet amer tête-à-tête et sous le poids de cette contrition, comme dit Jean Chartier, qu’elle finit ses jours.

Ses dernières paroles, désenchantées, furent à peu près les mêmes qu’avait fait entendre en mourant la jeune dauphine Marguerite :

Depuis, voyant et sachant ladite Agnès sa maladie engréger de plus en plus, dit à monseigneur de Tancarville, à la sénéchalle de Poitou (Mme de Brézé), à l’un des écuyers du roi, nommé Gouffer, et à toutes ses damoiselles : que c’estoit peu de chose, et orde (impure) et fétide de notre fragilité.

Les pompes et les consolations religieuses se déployaient à son chevet. Après avoir reçu l’onction finale, elle demanda son livre d’heures, pour y lire les vers de saint Bernard, ou prière des agonisants ; prière latine écrite de sa propre main. Nicolas V avait connu et approuvé 186la fondation d’Agnès à Loches. Le souverain pontife lui envoya, probablement par les mains de Jacques Cœur, des lettres spéciales d’indulgences. La malade, que saisissait une mort inopinée, avait laissé à Loches ce privilège apostolique. Sur sa requête et sur sa parole, le religieux mendiant son confesseur, nommé maître Denis, de l’ordre des Augustins, lui donna l’absolution. Agnès avait réglé l’emploi de ses richesses par un testament dont le texte ne nous est point parvenu dans son ensemble. Ses legs s’élevèrent à plus de 60,000 écus, et le roi racheta de ses seuls joyaux pour 20, 600 écus d’or. Elle choisit pour ses exécuteurs testamentaires : 1° Robert Poitevin, médecin de la reine et le sien ; 2° Étienne Chevalier, l’un des hommes les plus distingués de la cour, le Mécène à qui les arts doivent le chef d’œuvre de la calligraphie au moyen âge et les principales productions de Jean Fouquet2091 ; 3° Jacques Cœur, qu’elle défendait ainsi d’avance contre la calomnie, en lui faisant cet honneur public. De plus elle ordonna que le roy seul et pour le tout, fust par dessus les trois susdits2092.

La mort d’Agnès Sorel attisa en quelque sorte ou ranima dans le cœur du roi sa tendresse et son idolâtrie. Il avait comblé Agnès, vivante, de richesses, de seigneuries : 187il la poursuivit, en quelque sorte, dans sa tombe, pour augmenter encore ses bienfaits. Étienne Chevalier présida spécialement à l’œuvre de sa sépulture, qui fut magnifique. Suivant une coutume usitée depuis des siècles pour les plus grands personnages, on divisa ses dépouilles mortelles. Ses entrailles demeurèrent à Jumièges, sous un monument somptueux. Le corps fut transporté à Loches et placé dans le chœur de cette collégiale. Un édifice, non moins riche que le précédent, s’éleva sur son tombeau. La base, de marbre noir, servait de couche à une statue de marbre blanc. Agnès, étendue, y était représentée avec les attributs d’une duchesse, titre posthume, et le plus élevé de la hiérarchie nobiliaire, que le roi lui décerna spécialement. Deux anges gardiens soutenaient un coussin où reposait sa tête, ceinte de la couronne ducale. Elle tenait à la main son livre de prières, et ses pieds s’appuyaient sur deux agneaux de marbre blanc. Jacques Milet, poète de la cour, auteur de la Destruction de Troye la grand, eut ordre de rédiger son épitaphe. Il composa pour cette occasion un petit poème en mètres léonins qui accrut la renommée de l’auteur et qui demeura célèbre sous ce titre, tiré du premier vers :

Fulgor Apollineus rutilantis luxque Diane, etc.

Dans ces vers, d’une grâce plus maniérée que naïve, le titre de la nouvelle duchesse se mêlait, par ordre du roi, à l’éloge poétique de ses charmes et de ses vertus2093.

188Le chevalier Georges Chastelain, dans un passage qui nous est resté de sa vaste chronique, s’exprime, sur le compte d’Agnès Sorel, en des termes remarquablement injurieux. Les expressions qu’il emploie sont telles, qu’elles souillent la plume dont elles sont sorties, et qu’au lieu de la persuasion, elles suscitent le dégoût. Panégyriste à outrance de Philippe le Bon, dont les mœurs, de 1430 à 1450, furent certainement pires que celles de Charles VII, Georges Chastelain a vraiment peu d’autorité, pour reprocher au roi de France son amour envers Agnès Sorel. D’ailleurs, ce même écrivain qui s’exprime ainsi à l’égard de la favorite, n’a pas épargné la gloire la plus pure du quinzième siècle. La Pucelle, elle-même, n’a point trouvé grâce devant lui. Jeanne d’Arc en effet et Agnès Sorel (quelle que soit la distance morale qui doive séparer ces deux noms) aimaient toutes deux la France : Chastelain ne l’aimait pas2094.

Le style de ce passage, au surplus, n’est point habituel au pompeux historiographe des ducs de Bourgogne et fait disparate avec le reste de son œuvre. On y reconnaît au contraire l’accent, le ton, le langage du réfugié de Bruxelles et du convive peu réservé de Genappe : Georges Chastelain écrivait ce passage de sa chronique vers 1463, sur les notes recueillies par lui depuis 1456 et dictées, à cette dernière époque, par Louis, dauphin. 189Dans toute cette partie de son œuvre, Chastelain flatte imprudemment les rancunes et les passions du nouveau souverain, l’ancien hôte de son maître Philippe le Bon2095.

Mais celui qui corrigea et qui démentit les imputations injurieuses de l’historiographe bourguignon fut celui-là même qui les avait inspirées. Louis XI, devenu roi, parvenu à ce faite, dont il avait envié à son père la possession avant le terme légitime, Louis XI, éclairé par l’expérience et par le temps, changea de sentiments à l’égard d’Agnès2096. Pendant le cours de son règne, il donna mainte preuve publique de l’estime, de la déférence, et de la piété qu’excitait en lui la mémoire de cette femme célèbre2097.

Ainsi se forma, au sein de la dynastie royale, le premier anneau de la tradition domestique, en ce qui concerne Agnès Sorel.

Au début du siècle suivant, le roi François Ier, se trouvait un jour chez Mme de Boisy, femme d’Artus 190Gouffier, seigneur de Boisy, grand maître de France. La dame lui montra son album de portraits ou crayons, dont la mode commençait à se répandre. C’était aussi la mode alors de composer des épitaphes. Parmi ces portraits figurait celui de la Belle Agnès ; au-dessous de son image, le roi de France écrivit ces vers demeurés célèbres :

Gentille Agnez, plus de los tu mérite,

La cause étant de France recouvrer,

Que tout ce que en cloître peut ouvrer

Close nonain ni en désert hermite2098.

Mme de Boisy, née Hélène d’Hangest, était fille de Jacques, fils de Jean d’Hangest, seigneur de Genlis près Coudun, l’écuyer du roi, qui, en 1448, accompagnait Agnès Sorel à Paris. Le père d’Artus, son mari, se nommait Guillaume Gouffier, témoin des derniers moments d’Agnès au Mesnil près Jumièges. Guillaume Gouffier, familier intime de Charles VII, au point de partager sa couche nocturne, selon l’usage du siècle, transmit à son fils Artus diverses particularités secrètes relatives au règne de ce prince, notamment la confidence que la Pucelle fit au roi lorsqu’elle fût reçue à Chinon. Artus Gouffier, à son tour, fut le précepteur du roi François Ier, lorsque ce dernier était encore tout jeune prince2099.

D’autre part, Charles VII, dauphin, fut aidé, au commencement de sa carrière, par Jean de Gand, l’ermite du désert 191de Saint-Claude ; par saint Vincent Ferrier, frère Richard, etc., etc. Mme de Galonne, et autres closes nonains, lui apportèrent le concours d’une active sympathie. Sous Louis XI, sous Charles VIII, sous Louis XII, ces thaumaturges des deux sexes continuèrent de prêter leurs pieux secours à la monarchie.

Mais, d’après la royale tradition reproduite par le pupille de Boisy, aucun service de ce genre n’égalait en importance celui qu’Agnès Sorel rendit au roi ainsi qu’à l’État. Car, en 1449, c’est-à-dire même encore à cette date, Charles VII n’était point maître de la France et le royaume, en partie du moins, était à recouvrer2100.

Les vers qu’on vient de lire, ne forment donc pas seulement un gracieux quatrain, échappé à la verve mondaine du galant visiteur. Ils offrent, si nous ne nous trompons, sur ce sujet controversé, et sous cette garantie, d’autant plus sûre peut-être que la forme en est familière et enjouée, un sérieux témoignage historique.

Remarque. Agnès demeura toujours simple dame de Marie d’Anjou. Le poste de première dame d’honneur de la reine était rempli, depuis longues années, par Mme Perrette de La Roche-Guyon. Toute autre favorite qu’Agnès n’eût point manqué de convoiter ce poste et de supplanter la titulaire. Mais Perrette de La Rivière avait conquis le sien au prix d’un patriotique dévouement et le remplit, d’après plusieurs indices, avec une dignité parfaite. Agnès Sorel, tout porte à le croire, respecta des droits aussi légitimes et s’abstint volontairement d’y porter atteinte.

192Chapitre VIII
(Mars – août 1450)

  • Campagne de Normandie, suite et fin.

Les Anglais, dès qu’ils virent la ville de Rouen soumise au pouvoir de Charles VII, désespérèrent de conserver plus longtemps la haute Normandie. Renonçant donc à la possession de cette contrée, ils se replièrent sur la région inférieure. Là, indépendamment de Caen, la capitale, ils occupaient encore Cherbourg, port de premier ordre, Bayeux, plusieurs bonnes villes, et tout le littoral des grèves maritimes, c’est-à-dire l’accès extérieur. Dès lors ils dirigèrent vers ces points les débris de leur fortune, y concentrèrent leurs nouvelles ressources, et se préparèrent à tenter leurs derniers efforts.

Le 21 novembre 1449, quelques munitions furent expédiées d’Angleterre à Caen ; puis, le lendemain, à Cherbourg. Le 20 décembre, un writ2101 royal ordonna la formation d’une nouvelle armée contre la France, et les joyaux de la couronne furent engagés comme nantissement de la solde. Mais il fallut attendre la fin de l’hiver, pour que l’Océan redevint praticable à la faible marine du quinzième siècle. Enfin, le 15 mars 1450, une flottille de caraques débarqua, au port de Cherbourg, cinq à six mille Anglais de nouvelle recrue2102.

193Tout porte à croire que la perte de la belle Agnès fut, pour le roi Charles VII, une secousse morale profondément sentie ; mais cette douleur, aussi violente qu’éphémère, ne ralentit pas l’activité qu’il avait jusque-là déployée. Le roi, au sortir de Jumièges, prit successivement son gîte dans les abbayes de Grestain et de Préaux, près Pont-Audemer, au diocèse de Lisieux. Ces trois monastères, de même que Montivilliers, appartenaient à l’ordre de Saint-Benoît. Après avoir conquis le clergé séculier, le roi établissait ainsi des rapports politiques et amiables entre lui et le clergé régulier, représenté par les suppôts ou prélats les plus élevés de cet ordre. Charles VII habita ensuite Bernay, Essai, puis Alençon ; traçant, dans ce parcours, une ligne d’observation parallèle à celle du littoral maritime. Aux diverses stations de ce trajet, le roi pourvoyait aux besoins de la guerre et du conseil. Vers le 22 mars, étant à Alençon, il envoya mettre le siège devant une petite place des environs, nommée Fresnay, qui se rendit immédiatement2103.

Charles apprit également, durant son séjour d’Alençon, le débarquement des Anglais, qui s’opéra sous le commandement de sir Thomas Kyriell. Le duc de Somerset, à Caen, fut instruit de cette nouvelle. Edmond de Beaufort, homme vain et très cupide, se montrait tour à tour souple et hautain, selon le vent de la fortune. Aussitôt il s’écria : Ah ! Français, vous nous avez 194donné la chasse ; mais je vous tiens maintenant et je serrerai à mon tour vos fumées de plus près ! Les nouveaux débarqués, en effet, ne perdirent point de temps. Valognes, qui appartenait aux Français, avait pour capitaine un écuyer poitevin, nommé Abel Rouault, qui commandait une faible garnison. L’ennemi, à peine débarqué, en fit le siège. Après avoir vaillamment défendu, pendant trois semaines, cette place isolée, Rouault capitula et la rendit aux Anglais. Ces derniers s’emparèrent, en outre, de diverses autres positions, et rentrèrent en possession presque complète de la presqu’île ou clos du Cotentin2104.

À la suite de ces premiers avantages, Thomas Kyriell partit, le 12 avril, de Valognes, suivi de ses troupes. Aux recrues nouvelles s’étaient joints des vétérans, qu’avaient fournis les garnisons anglaises de Caen, Bayeux et Vire. Kyriell alla passer le gué de Saint-Clément, proche la mer, pour enfiler, par cette voie, les gorges du littoral normand. Le plan de l’ennemi était de se diriger en force vers Caen et de reprendre l’offensive contre la France2105.

Mais le temps n’était plus où Henri V conquérait aisément un pays désarmé, abandonné de son gouvernement, sans défense. L’artillerie anglaise, malgré le zèle ou le talent de Simon Morhier et de Forsted, son lieutenant, 195maître des ordonnances pour Henri VI en Normandie, avait accompli comparativement peu de progrès. Au contraire, du côté de la France, cette arme s’était perfectionnée avec un succès très remarquable, grâce à la rare aptitude de Jean et de Gaspard Bureau2106. L’armée anglaise, toujours en proie au banditisme, à l’indiscipline, avait maintenu son cadre aristocratique, qui forme aujourd’hui encore le principe de sa constitution. Charles VII venait de créer les compagnies d’ordonnance et les francs-archers. Enfin, et cette dernière différence complète et résume le parallèle : de 1419 à 1449, le sentiment patriotique s’était définitivement affermi. En jetant les cendres de Jeanne d’Arc au vent, en précipitant dans la Seine ses restes invisibles, les anglais avaient confié à ce sol même de Normandie , encore placé sous leur joug, une semence qui n’était point demeurée stérile.

Le duc de Bretagne et le roi de France avaient été respectivement informés des mouvements de l’ennemi. Une grande œuvre allait s’accomplir : tout présageait entre les deux partis belligérants un conflit brillant et décisif. À défaut de son fils, le roi voulut confier à son gendre l’honneur de soutenir personnellement cette lutte et de présider à cette action d’éclat.

Peu de temps après la mort d’Agnès Sorel, Jean de Bourbon, comte de Clermont, époux de Madame Jeanne de France, fut nommé lieutenant général du roi dans la basse Normandie. Soit que les forces du jeune capitaine 196se fussent égarées à la recherche de ses adversaires, soit que les ordres du roi eussent été méconnus, Charles VII se montra fort courroucé, lorsqu’il apprit la reddition de Valognes, ayant résolu de secourir cette place2107.

Mais Jean de Bourbon ne tarda pas à venger cet échec. Le prince vint prendre position à Carentan. S’étant, le 14 avril, élancé à la poursuite de l’ennemi, le comte rencontra Thomas Kyriell et ses Anglais, auprès d’un petit village appelé Formigny, dont le nom est devenu l’un des ornements de nos fastes militaires.

Jean avait auprès de lui, entre autres hommes de guerre, Jacques d’Armagnac, comte de Castres, fils du comte Bernard, naguère précepteur du dauphin ; le seigneur de Montgascon La Tour, Auvergnat, des comtes de Boulonne ; le cadet d’Albret ; Pierre de Brézé, Guillaume de Ricarville ; Jacques de Chabannes, sénéchal de Bourbonnais ; Robert de Flocques (Flocquet), Prigent de Coëtivy, Robert Cunningham, Odet d’Aydie, Joachim Rouault, Pierre de Louvain, le sire de Mauny, etc. Ce même jour, il manda près de lui en toute hâte le connétable de Richemont, qui arrivait de Bretagne. Ce dernier, parti de Saint-Lô, vint, dans la nuit du 14 au 15, occuper le lieu de Trévières, près Formigny2108.

Le 15 avril 1450 eut lieu, devant le village de Formigny, la bataille de ce nom. Les Anglais se fortifièrent à leur avantage, en s’appuyant à la fois sur la petite rivière 197qui bordait l’une des faces de ce village, et sur des jardins. Suivant leur coutume, ils creusèrent devant eux un fossé remparé de pieux obliques, pour se préserver de la cavalerie. Avant le combat, Jean de Bourbon reçut le degré de chevalerie, ainsi que le comte de Castres et beaucoup d’autres personnages considérables. L’action s’engagea dès le matin et dura, pendant trois heures, à l’état d’escarmouches. Deux coulevrines, placées en avant de la bataille des Français, tiraient sur l’ennemi et lui nuisaient grièvement. Sir Thomas Kyriell envoya un détachement qui s’empara de ces deux pièces et dispersa les artilleurs2109.

Mais bientôt la place et les deux coulevrines furent reprises par les hommes d’armes que dirigea sur ce point Pierre de Brézé. La lutte recommença sur une ligne plus étendue et dans des conditions toutes nouvelles. Pierre de Brézé entraîna les troupes, en marchant à leur tête avec la plus brillante valeur. La nouvelle armée nationale fit merveille ; les Anglais furent entamés, puis culbutés de toute part. Déjà l’ennemi pliait, lorsque le connétable de Richemont arriva sur le terrain, suivi de trois cents lances d’élite et des archers. Il avait avec lui Jacques de Saint-Pol, de la maison de Luxembourg ; André de Lohéac, maréchal de France ; Gilles de Saint-Simon, le seigneur de Boussac, Jean et Philippe de Malestroit ; Guillaume Gruel, écuyer breton, historiographe du connétable, etc. La venue du connétable et une manœuvre hardie, qu’improvisa Pierre de Brézé, 198achevèrent de démoraliser les Anglais2110.

L’attitude de ces derniers se changea bientôt en déroute. Leur nombre total s’élevait à environ sept mille hommes. Nos Français n’en comptaient que trois mille. La moitié au moins des Anglais périt sur le champ de bataille. Un certain nombre prirent la fuite et se dirigèrent vers leurs garnisons respectives. C’est ainsi que Matthew Gough s’en retourna vers Bayeux, et maître Robert Veer2111 à Caen, fuyant l’un et l’autre de toute la vitesse de leurs chevaux. Plus de quinze cents hommes demeurèrent prisonniers des Français. Thomas Kyriell, Henry Norbury et plusieurs autres Anglais de marque furent au nombre des captifs. La perte totale, du côté des Français, suivant le témoignage unanime et incontesté de nos historiens, s’éleva de cinq à huit hommes, lesquels furent tués, d’après le dire de Thomas Basin, lors de la prise des coulevrines2112.

La victoire de Formigny, prophétisée (probablement après coup) par les astrologues, célébrée en prose, en ballades et, dit-on2113, en vaux-de-vire (ou vaudevilles), représentée en tapisseries, etc., causa sur les esprits une très grande impression. Le nom de Formigny se place 199dans nos annales à la suite des noms néfastes de Poitiers, de Crécy, d’Azincourt. La journée de Formigny ne saurait être comparée aux trois autres, si l’on ne tient compte que des forces numériques engagées dans ces divers conflits. Mais le parallèle demeure plein de sens, en comparant la portée morale des résultats produits. Sous un tel rapport, cette dernière victoire fut, pour l’orgueil national, une consolation et une revanche. Ces quatre souvenirs marquent les points culminants de la période historique connue sous le nom de guerre de cent ans. La bataille de Formigny précipita le dénouement de ce grand drame2114.

Au risque d’interrompre un moment ce récit, nous ne pouvons nous dispenser de rapporter, du moins en quelques mots, un remarquable épisode qui se place de lui-même en ce point dans l’ordre chronologique.

Jean VI, duc de Bretagne, était mort, laissant après lui le duc François Ier, qui lui succéda, et un autre fils, né vers 1425, nommé Gilles. Celui-ci avait été, élevé en Angleterre, auprès de Jeanne de Navarre, veuve de 200Jean V, aïeul de Gilles, puis reine d’Angleterre, comme épouse de Henri IV. Henri VI, compagnon d’enfance de Gilles, le combla de caresses et de présents pour le séduire à la cause anglaise ou pour l’y retenir. Gilles, au partage de la succession paternelle, se trouva petitement nanti par rapport à son ambition. Il s’en prit à son frère, le duc régnant, et finit par se déclarer Anglais.

François Ier, qui s’était rallié à la cause de Charles VII par les liens les plus solides, conçut de cette défection un pénible ressentiment. Il ordonna l’arrestation de son frère et sa mise en jugement. Mais des passions et des intérêts secondaires vinrent compliquer ce litige. Prigent de Coëtivy, amiral de France, était devenu possesseur, par don royal, de seigneuries importantes, provenant de la succession de Gilles de Rais, dévolues à Gilles de Bretagne, puis confisquées sur ce prince. D’autre part, Gilles de Bretagne avait enlevé Françoise de Dinan, mineure, la plus riche héritière de Bretagne, afin d’être agréé plus sûrement comme futur époux de Françoise. Or, la main de Françoise était recherchée, entre autres compétiteurs, par Arthur de Montauban, favori tout-puissant de François Ier, duc de Bretagne.

Arthur noua des intrigues, s’entoura de complices, et supposa des pièces fausses, afin de perdre sans recours possible le prince Gilles dans l’esprit du duc son frère. Arthur de Montauban commença par affamer le prince dans sa prison, espérant faire passer sa mort pour naturelle. Mais Gilles fut alimenté secrètement par une vieille femme, qui lui faisait passer l’eau et le pain retranchés sur sa propre nourriture. Arthur demanda ensuite 201en Italie un poison, nommé Everbemene, que lui apporta son allié Marc, bâtard de Milan. Le prince, fortement constitué, résista encore à l’empoisonnement. Enfin, le 25 avril 1450, Gilles de Bretagne fut étranglé dans son lit, à l’aide de touailles, espèces de nappes disposées par manière de nœud coulant2115.

La victoire de Formigny, comme celle de Patay, avait été remportée sur les Anglais, en bataille rangée. Elle fut pour Charles VII une journée d’Hastings, avec cette différence que le prince valois reconquérait son propre royaume.

De Formigny, les Français se portèrent au siège de Vire, qui ne tarda pas à tomber en leur pouvoir. Le duc François, dans le même temps, vint assiéger Avranches, qui subit le même sort. Bayeux fut ensuite attaqué et se rendit le 16 mai. Peu après, Tombelaine, forteresse isolée près du mont Saint-Michel, Bricquebec et Valognes capitulèrent également. Puis de mai à juin, les vainqueurs soumirent successivement Saint-Sauveur-le-Vicomte, ainsi que d’autres places, et tout le clos du Cotentin rentra sous la domination du roi de France2116.

202Le roi, durant cet intervalle, avait pris sa demeure aux châteaux d’Alençon, d’Essai, puis à Carentan. Vers le 5 juin, il partit de cette dernière ville, afin de diriger en personne le siège de Caen. Charles VII se porta successivement en un lieu nommé Argences, puis en l’abbaye de la Trinité des Dames, puis à l’abbaye d’Ardenne, sous les murs de la ville assiégée.

L’artillerie des frères Bureau joua de nouveau un rôle considérable. Elle contribua puissamment à la prompte soumission de cette place, la plus importante, au point de vue politique, après Rouen. Les ouvrages de la défense étaient munis de canon d’un médiocre calibre. Bureau entoura ces ouvrages d’un cercle de bouches à feu de diverses grandeurs. Quelques-unes de ces pièces, ou obusiers, offraient une telle embouchure que, suivant le témoignage de Thomas Basin, un homme assis aurait pu facilement s’y tenir la tête haute.

Le 24 juin 1450, le duc de Somerset et ses lieutenants capitulèrent avec le roi de France, représenté par le comte de Dunois. Le 6 juillet suivant, il céda la place aux représentants de Charles VII 203et se retira, suivi de sa femme, de sa famille et de la garnison anglaise. Tous s’embarquèrent dans le petit port d’Ouistreham, au confluent de l’Orne à la mer. Les uns, comme le duc, firent voile pour Calais, dont il devint bientôt capitaine. Les autres se dirigèrent vers les divers points qui reconnaissaient encore le pouvoir de Henri VI. Charles VII fit son entrée solennelle à Caen le même jour, 6 juillet 14502117.

La plus grande partie de la Normandie était rendue à la France. Quelques points seulement subissaient encore le joug anglais. Tels étaient Domfront, Falaise, Cherbourg. L’importance maritime de ce dernier port et les ressources défensives que l’occupation y avait accumulées, faisaient du siège de cette place une œuvre très sérieuse. Cependant les finances étaient épuisées. Certain prélat, dans les réunions préparatoires du clergé normand, ou dans les conseils du roi, avait ouvert l’idée d’une contribution à frapper sur les ecclésiastiques. Mais cet expédient, si plausible d’après nos idées modernes de péréquation en matière d’impôt, bouleversait tous les principes reçus2118. Le roi n’entra que timidement dans cette voie ; il en écrivit au saint-siège, et le 2 mai, le pape Nicolas V lui répondit par un refus formel. Les plus grands seigneurs, enrichis par les succès 204du roi et par ses conquêtes, demeuraient insensibles ; ils fermaient à la fois, sur ce besoin public, leurs yeux, leurs oreilles et leur escarcelle. Un seul homme se montra pour tous : ce fut Jacques Cœur. Il avança au roi cent mille écus, et Charles VII put achever l’expulsion des Anglais2119.

En dehors de la Normandie, un dernier point attire (ainsi que Cherbourg) les regards de l’historien, fixés sur le théâtre de ces événements, c’est Calais. Calais, place d’armes des Anglais, leur magasin de toutes choses, situé à deux pas de Douvres, sillonné par leur continuel passage, commandé par leurs plus sûrs capitaines, Calais s’était assimilé, depuis près de cent ans, leurs habitudes, leurs mœurs, leurs intérêts, leur langage. Mais là ne gisait point peut-être la difficulté la plus grave que présentait le recouvrement de cette ville.

Calais, situé plus loin que la Picardie, entre les comtés de Guînes, d’Ardres et de Boulogne, se trouvait, par ses enclaves, enveloppé de pays neutres, sur lesquels ne s’exerçait pas l’élan du patriotisme français, ni l’action pleine et directe du roi de France. Ces enclaves appartenaient au duc de Bourgogne ou à ses vassaux. Or, le duc venait de se lier par des obligations de neutralité, qui avaient surtout pour sanction ou pour objet, à ses 205yeux, ses intérêts commerciaux de la Flandre. Il importait surtout de laisser dormir dans le statu quo les relations pacifiques qui subsistaient entre Charles VII et le vassal ombrageux. On se rappelle enfin dans quelles circonstances avait eu lieu une tentative directe de ce duc et quelle en avait été l’issue2120.

Ces considérations, ces difficultés, n’enchaînèrent point complètement le vaillant esprit d’entreprise qui animait le roi et son conseil. Nos historiens français ont gardé, sur ce sujet, un silence facile à comprendre. Mais il est hors de doute, par divers témoignages anglais, que, notamment du 6 au 14 mai 1450, un projet de siège fut arrêté ou résolu par les chefs de la guerre. À plusieurs autres reprises, depuis cette époque, des alarmes positives, caractérisées, attestent que le même plan d’attaque fut de nouveau pris en main. Toutefois, et au résumé, aucun résultat effectif ne vint convertir ces desseins en réalité2121.

Cependant Charles VII choisit successivement son gîte en l’abbaye d’Ardenne, puis à Caen, à Écouché et à Saint-André-de-Gouffern (diocèse de Séez). De ces diverses stations, il suivit les opérations militaires, qu’il ne cessa point un instant de diriger, et pourvut en même temps 206aux besoins de l’administration du royaume. C’est de l’abbaye d’Ardenne et du mois de juin que sont datées les lettres d’abolition accordées, lors de la réduction, à la population de Caen. Un diplôme, du 7 juillet et de cette ville, régla les conditions de la navigation sur la Seine entre les marchands de Paris et ceux de Rouen. Par acte royal du 30 juillet, à Écouché, le roi confirma les privilèges de l’université de Caen. Vers le même temps, un édit important, dont la teneur textuelle ne nous est pas parvenue, forma de nouveau le cadre des généralités financières. Ces circonscriptions administratives furent portées de trois à quatre, savoir : 1° Généralité d’Outre-Seine et Yonne, trésorier général : maître Jean Bureau ; 2° généralité de Languedoïl, trésorier : maître Jean Hardouin ; 3° généralité de Languedoc (nouvelle création) : maître Jean Picard ; 4° généralité de Normandie, maître Pierre Bérard2122.

La ville de Falaise, assiégée sous les yeux du roi, du 6 au 13 juillet, se rendit le 23 du même mois. Le siège de Domfront dura du 13 juillet au 2 août, jour de sa reddition.

207Enfin, Cherbourg fut investi ou approché dans la première quinzaine de juillet, et l’attaque de cette place coûta aux Français de graves sacrifices. L’artillerie y déploya de nouveau ses ressources et la science récemment acquise. Des pièces volantes, atteintes deux fois quotidiennement par la marée, furent assises et pointées avec une rare précision. Jean Bureau fit couvrir ces canons de peaux de bêtes, qu’on posait avant le flux et qu’on enlevait après le reflux, pour les préserver de l’immersion2123.

Deux hommes de marque périrent dans le cours de cette action finale, avant que se terminât le mois de juillet. Tous deux, gentilshommes bretons, servaient la cause de Charles VII, depuis le commencement de sa carrière. Le premier, généralement nommé, dans les textes, de son nom de guerre : le Bourgeois, s’appelait Tugdual de Kermoisan. C’était un des plus braves chevaliers de son temps, fort estimé du connétable, et très renommé. Sans obtenir de titre supérieur ni de grand commandement, il s’était assimilé à un haut degré les progrès récents de l’art de la guerre. L’armée perdit en lui l’ingénieur le plus expérimenté dans le fait des mines et de l’approche souterraine des places. L’autre, Prigent de Coëtivy, amiral de France, commandait à ce titre l’expédition ; l’un des plus grands seigneurs de 208l’époque et des plus distingués, il jouissait de l’estime particulière de Charles VII et de l’intimité royale2124.

Enfin, le 12 août 1450, la place de Cherbourg se rendit au roi de France et fut évacuée par les Anglais. Ainsi cette merveilleuse campagne, d’une rapidité sans exemple, s’était accomplie en un an et six jours, à partir du 6 août 1449, époque où le roi franchit la Loire à Amboise. Charles VII attribua cet heureux succès à la protection de Madame sainte Radegonde de Poitiers, pour laquelle la reine et lui professaient une dévotion spéciale. Les bonnes villes saluèrent avec enthousiasme la conclusion d’une expédition si brillante et si considérable. Par ordre du roi, une procession périodique et perpétuelle fut établie dans tous les diocèses du royaume. De nombreux documents attestent le concours empressé que le roi trouva auprès du clergé, pour la célébration de ce patriotique anniversaire2125.

Charles VII, après avoir achevé la conquête de la Normandie, vint se reposer des fatigues de la guerre, et prit ses quartiers d’hiver en Touraine. Le 2 septembre 1450, après avoir passé par Château-du-Loir et Maillé, il fixa sa résidence à Tours, puis à Montbazon, 209et se tint dans ces parages jusqu’au printemps de l’année suivante. Le roi, durant cet intervalle, renoua ses relations diplomatiques ou ses alliances avec les rois d’Écosse, d’Aragon, de Castille2126, et avec le duc de Savoie, que le dauphin tenait pour ainsi dire assiégé de ses instances et de ses suggestions hostiles. L’administration civile du royaume occupa également ses soins et l’activité de son gouvernement. En même temps, il ne négligeait pas de poursuivre la guerre contre les Anglais2127.

210Chapitre IX
(septembre 1450 – octobre 1453)

  • Double expédition de Guyenne.
  • Expulsion complète et définitive des Anglais.

Aussitôt que les Anglais eurent évacué la Normandie, dès le mois de septembre 1450, Charles VII établit, pour son lieutenant général en cette province, le connétable de Richemont, avec six cents lances et un certain nombre de francs-archers de la nouvelle ordonnance. Pierre de Brézé, déjà capitaine de Rouen, fut institué en même temps grand sénéchal de Normandie, et spécialement commis à la garde du pays de Caux. Le roi, ayant ainsi assuré la défense de sa nouvelle conquête, dirigea le reste de ses forces vers la Guyenne.

Jean de Blois, comte de Périgord et de Penthièvre, vicomte de Limoges, fut le chef de cette première expédition. Il se mit en campagne, suivi de Charles de Culant, sire de Jalognes, maréchal de France ; de Philippe de Culant, son frère, grand maître d’hôtel du roi ; d’Arnaud-Amanieu (des sires d’Albret) ; de Poton de Xaintrailles, bailli de Berry et premier écuyer ; de Robert ou Robin Pettilow ou Pettiloch, capitaine écossais ; de Pierre de Louvain, Saint-Belin, et autres chevaliers de marque. La Guyenne, abandonnée pour ainsi dire du gouvernement anglais, toujours en proie à ses dissensions intestines, n’était défendue que par de faibles garnisons.

L’armée française, forte de cinq cents lances et les archers, se présenta d’abord devant Bergerac, qui se 211rendit au mois d’octobre, après une courte résistance. La place de Jonzac et divers autres châteaux intermédiaires, tels que ceux de Chalais, Sainte-Foy, Montferrand, suivirent l’exemple de Bergerac.

Enhardi par ces succès, Amanieu d’Albret partit de Bazas le 31 octobre, et, après une course agressive et fructueuse sur le parcours, il vint se poster près de Blanquefort, à peu de distance de Bordeaux. Le sire d’Orval n’avait avec lui que quelques centaines de combattants. Sir Gadifer Shorthose, seigneur de Génissac, maire de Bordeaux pour les Anglais, et le sous-maire, Thomas Gassiot, se mirent en défense. Ils étaient accompagnés du baronnage militaire de la contrée et de quelques recrues nouvellement débarquées d’Angleterre, le tout formant environ sept mille hommes. Une rencontre sanglante eut lieu entre les parties, et, malgré l’infériorité du nombre ainsi que de la position, les Français remportèrent sur leurs ennemis un avantage décisif. Plus de douze cents morts, du côté des Anglais, restèrent sur le champ de bataille. Leurs chefs retournèrent précipitamment à Bordeaux, et les vainqueurs firent à la course plus de deux mille prisonniers.

Cette victoire fut ainsi remportée dès le début, le 1er novembre 1450. Charles VII, en apprenant ces nouvelles, résolut de poursuivre sans relâche un ennemi démoralisé. Mais la rigueur de la saison le contraignit à suspendre les hostilités, et ses troupes hivernèrent dans leurs postes d’occupation, en attendant le printemps de l’année suivante2128.

212Charles VII, le 31 mars 1451, rouvrit les hostilités en autorisant le comte d’Armagnac à entrer en armes dans la Guyenne. Le roi, vers le même temps, préposa le connétable de Richemont à la garde de la basse Normandie. Charles d’Artois, comte d’Eu, reçut la même commission pour défendre la Normandie supérieure. Sur la fin d’avril, le roi, qui habitait Tours, donna le signal de l’expédition. Le comte de Dunois se dirigea immédiatement vers la Guyenne. Jean d’Orléans était assisté de Jean de Bourbon, comte de Clermont. Il rallia sur le théâtre de la guerre beaucoup d’autres princes et de hauts barons, formant ensemble une force de vingt mille hommes2129.

Les principaux chefs et chevaliers qui prirent part à cette expédition furent les comtes de Foix, d’Albret, d’Armagnac, de Penthièvre, d’Angoulême, de Vendôme, de Nevers, de Castres, de Tancarville, etc., les maréchaux de Jalognes et de Lohéac, Jean Le Boursier, seigneur d’Esternay, général des finances, conseiller du roi et intendant supérieur du service maritime ; Jean et Gaspard Bureau, successivement grands maîtres, de l’artillerie ; Jean de Pannessac, sénéchal de Toulouse ; Olivier de Coëtivy, seigneur de Taillebourg, sénéchal de 213Guyenne, les sénéchaux de Rouergue et de Quercy ; Poton Xaintrailles, Jacques de Chabannes, Pierre de Louvain, Tristan L’Hermite, intendant des vivres de l’armée et prévôt des maréchaux, ou chef de la police militaire ; Joachim Rouault, seigneur de Bois-Ménard ; le vicomte de Turenne, les seigneurs de La Rochefoucauld, de Rochechouart, etc. Le roi, avant l’entrée en campagne, promulgua un règlement pour assurer la discipline des troupes et prévenir les abus précédemment commis par le soldat contre les habitants2130.

Jean, comte de Dunois, débuta par le siège de Montguyon, qui se rendit promptement, dans les premiers jours de mai. Puis, le lieutenant général, les comtes d’Armagnac, d’Albret et de Foix, se partagèrent les forces de l’armée d’expédition et, sur quatre points à la fois, attaquèrent l’ennemi. Dans le cours du mois de mai, les places de Saint-Émilion, de Blaye et de Fronsac, considérées comme les portes et les deux points les plus fortifiés de la Guyenne, furent assiégées, ainsi que Bourg sur la mer, Rions, Castillon en Périgord, etc. La plupart reconnurent presque aussitôt la loi du vainqueur. Fronsac, Libourne et Dax capitulèrent dans les premiers jours de juin, et leur exemple entraîna la soumission de la métropole2131.

214Les Bordelais, après quelque résistance, entrèrent en négociation avec Gaston, comte de Foix, par l’intermédiaire de Gaston de Foix-Grailly, captal de Buch2132 et oncle du comte. Ce dernier renvoya les autorités anglaises au comte de Dunois, qui accepta les propositions de paix. Un traité, en date du 12 juin, assura aux trois ordres du pays la conservation des prérogatives, libertés et privilèges dont ils avaient joui sous la domination anglaise. Le traité stipulait que, si le 24 juin la place n’était pas secourue par Henri VI, les barons et autres états de Guyenne reconnaîtraient la domination du roi Charles. Ce terme expiré, un héraut monta sur l’une des tours du château et cria : Secours du roi d’Angleterre à ceux de Bordeaux !… Personne n’ayant répondu à cet appel, les Bordelais se soumirent à l’autorité française2133.

Le 30 juin 1451, en l’absence du roi, Jean, comte de Dunois, fit son entrée solennelle à Bordeaux, et prit possession de cette ville au nom du souverain. Le lieutenant général était accompagné de Guillaume Jouvenel des Ursins, chevalier, chancelier de France, qui chevauchait, 215vêtu d’un corselet d’acier recouvert d’une jaquette de velours cramoisi. Devant le premier magistrat du royaume s’avançait, ainsi qu’à l’entrée de Rouen, une haquenée blanche, menée par un homme à pied et portant un coffret fleurdelisé dans lequel étaient contenus les sceaux de l’État. Le cortège se composait de quelques membres du grand conseil, tels qu’Élie de Pompadour, évêque d’Alet ; de divers secrétaires du roi et de toutes les autorités militaires, ainsi que des troupes qui avaient pris part à la conquête. Dunois et sa suite furent reçus dans la cathédrale, par l’archevêque de Bordeaux, Pey Berland, entouré de son clergé2134.

Jean Bureau, trésorier de France, avait été nommé par le roi maire de Bordeaux ; Jean du Puy du Fou, sous-maire, et Jean, de la Fain (chevalier), prévôt royal de cette ville. Joachim Rouault en fut institué connétable ; enfin, Théodore de Valpergue, bailli de Lyon, fut préposé comme lieutenant du roi, à l’administration civile. Les nouvelles autorités prêtèrent serment entre les mains du chancelier, dans la cathédrale. Elles jurèrent à leur tour d’observer les privilèges de la province, 216puis l’archevêque de Bordeaux et les principaux barons du pays promirent solennellement sur l’Évangile d’obéir désormais au roi de France, comme sujets fidèles et loyaux. Ce serment fut prêté en présence d’une multitude de bourgeois, qui s’associèrent par leur adhésion à ce grand acte, en faisant retentir les cris de Noël2135 !

Le siège de Bayonne, commencé le 6 août, se termina par un traité signé le 20 du même mois. Le comte de Dunois y fit également son entrée peu de jours après. Ainsi se termina la conquête ou le recouvrement de la Guyenne. Charles VII ne prit aucune part active et personnelle à cette campagne, sur le champ de bataille, ainsi qu’il l’avait fait en Normandie. Mais, après avoir quitté la Touraine vers le 15 mai, sur l’invitation du comte de Dunois, il se rapprocha progressivement du théâtre de la guerre. Il résida tour à tour à Poitiers, à Lusignan, à Saint-Jean-d’Angély, puis à Taillebourg, De ces divers points le roi suivit assidûment le cours des opérations militaires et promulgua une série d’ordonnances pour reconnaître et confirmer les traités passés avec les villes soumises, ainsi que leurs privilèges. Le 28 septembre 1451, il institua le comte de Clermont lieutenant général en Guyenne. Puis, laissant dans le pays conquis de simples garnisons et les nouvelles autorités civiles, il vint habiter de nouveau la Touraine2136.

217Charles VII, une fois retourné dans ses cantonnements favoris, consacra ses soins à l’administration des affaires publiques et civiles du royaume. Du 27 mai 1451 au 50 octobre 1452, nous possédons une suite d’ordonnances ou de règlements émanés de l’autorité royale, concernant les nouveaux titulaires des offices nommés ou institués en Normandie ; les statuts de divers métiers des principales villes de France ; le guet et garde des places fortes ; les privilèges de diverses communautés laïques ou ecclésiastiques ; les écoles de Bar-sur-Aube, en Champagne ; la maîtrise de la cathédrale d’Avranches ; l’Université de Paris ; la régale des évêchés, ou redevances temporelles dues au roi durant la vacance des sièges ; les généraux des monnaies ; la procédure des élus ou tribunal des aides en matière d’impôts et gabelles ; le commerce du sel sur les plages maritimes, au gouvernement de La Rochelle ; la compétence du parlement ; les taxations ou mandats des trésoriers généraux ; la chasse ; les notaires au Châtelet de Paris, etc.2137

218Une bulle de Nicolas V, en date du 27 septembre 1451, accrédita le cardinal d’Estouteville comme légat du saint-siège auprès du roi de France. Le but de la mission que remplissait ce prince de l’Église était multiple. Plusieurs affaires, toutes très importantes et hérissées de difficultés, avaient été confiées à son zèle et à ses lumières. Charles VII, prévenu contre l’ambassadeur pontifical par le titre même de certaines instructions dont ce dernier était porteur, avait refusé de le recevoir. Le cardinal français avait été particulièrement chargé d’obtenir le retrait de la pragmatique sanction. Il dut commencer par aborder en Bretagne, pour y négocier, à la cour du duc, le rétablissement de la paix entre le roi de France et celui d’Angleterre2138.

Le saint père et l’Église d’Occident s’alarmaient des progrès militaires et des atteintes, chaque jour plus graves et plus menaçantes, de Mehmet II, empereur des Turcs, contre la chrétienté. Le chef suprême des fidèles voulait convier les princes catholiques à une nouvelle croisade. Guillaume d’Estouteville ne réussit pas sur ce premier point de sa mission. Charles VII accueillit 219avec déférence les paroles de réconciliation, que lui apportait le mandataire du souverain pontife. Il protesta de ses sentiments pacifiques, de son zèle pour les intérêts de l’Église. Il se déclara prêt à secourir le pape dès que ses propres affaires le lui permettraient. Mais il s’excusa sur la nécessité de soutenir et d’achever, contre son adversaire anglais, une guerre de légitime défense. Le gouvernement de Henri VI repoussa, de son côté, ces ouvertures, avec une hauteur rogue et impie2139.

Guillaume d’Estouteville procéda ensuite à la réforme de l’Université. Son attitude habile, respectueuse envers le roi, désarma peu à peu les défiances que ce prince avait conçues, et ramena du moins, entre l’ambassadeur et ce souverain, des relations bienveillantes et courtoises. L’autorité pontificale, jusqu’alors, avait toujours présidé seule et souverainement à la direction comme à la réforme des universités, institutions nées de l’Église. Charles VII intervint dans la réformation de l’Université de Paris, réformation qu’il avait lui-même ébauchée. Il adjoignit au cardinal divers commissaires de son choix, tant laïques que gens d’église. Le cardinal s’éclaira de leurs lumières, et après une mûre délibération, il donna au corps enseignant la loi qui devait désormais le régir. Cette réforme, ou nouveau statut, parut le 1er juin 1452 et fut publié dans les comices de l’Université le 29 du même mois2140.

220Guillaume d’Estouteville, après avoir accompli cette œuvre avec un grand succès, se dirigea vers Orléans. Une assemblée du clergé gallican devait bientôt se réunir. Le haut prélat normand employa l’intermédiaire de son cousin Louis d’Harcourt, archevêque de Narbonne, pour s’enquérir à l’avance des sentiments du roi, touchant cette réunion. Il fit solliciter par ce canal, auprès de Charles VII, une courte audience qui lui permît de s’entretenir avec le chef de l’État sur ce grave sujet. La réunion projetée eut lieu en effet à Bourges, au mois de septembre, sous la présidence même du cardinal légat. Pey Berland, archevêque de Bordeaux, nouvellement agrégé aux prélats du royaume, prit part à cette assemblée, accompagné de ses chanoines. Élevés à l’école anglaise, ce pontife et son clergé se distinguèrent, dans ce concile national, par leur zèle en faveur des doctrines ultramontaines. Mais l’attachement aux libertés gallicanes et à la pragmatique sanction rallia la majorité des suffrages. Au mois d’octobre 1452, l’archevêque de Tours fut député à Rome, comme ambassadeur, et chargé de porter au saint père le résultat des délibérations de l’assemblée2141.

221Charles VII, vainqueur des Anglais, maître de son royaume, voyait s’étendre au delà des frontières, le prestige de sa renommée et l’ascendant de son influence. La situation de la chrétienté tout entière était des plus propres à exercer gravement sa sollicitude. L’Angleterre, divisée, mais aigrie par les revers, aspirait à ressaisir sa conquête. L’Allemagne, agitée par la guerre des hussites, était également désunie contre les progrès de l’ennemi commun, c’est-à-dire des musulmans. Aux portes du royaume et sous le sceptre de la juridiction du roi de France, Philippe le Bon faisait la guerre aux Gantois. Le duc de Bourgogne, obéré dans ses finances, voulait imposer aux bourgeois de Gand une nouvelle contribution, introduite en France, mais non sans de grandes peines, depuis Philippe de Valois : la gabelle du sel2142.

Après avoir longtemps médité ses desseins, le duc, en 1454, eut recours à la contrainte, et la guerre fut déclarée. Charles VII intervint dans ce débat comme seigneur dominant ou souverain. Les Gantois mêmes invoquèrent sa protection. Jean Jouvenel des Ursins, archevêque de Reims, Raoul de Gaucourt, Guy Bernard, archidiacre de Tours, et Jean Dauvet (1451) ; puis ces deux derniers en compagnie de Jacques comte de Saint-Pol, et de Louis de Beaumont, sénéchal d’Anjou (juin 1452) ; puis enfin 222Guillaume de Monypenny, Écossais, chambellan du roi, assisté de Guillaume de Vic et de Jean de Saint-Romain, conseillers (décembre 1452), furent successivement accrédités, comme ambassadeurs du roi de France et médiateurs en son nom auprès des parties belligérantes2143.

L’attitude de ces divers mandataires et les instructions qu’ils mirent en œuvre n’eurent point constamment, il faut le dire, le caractère d’un haut arbitrage, juste, impartial et désintéressé. La main et les intrigues de Louis, dauphin, se mêlaient aux affaires de Bourgogne et se retrouvaient dans chacune des questions ou des difficultés que le roi avait à résoudre à l’étranger. La conduite de Philippe lui-même n’était pas non plus, vis-à-vis du suzerain, celle d’un vassal ou d’un allié loyal et sincère. Les ambassadeurs français tinrent un langage variable et louvoyèrent suivant les conjonctures politiques et les circonstances. Ils ne dénouèrent pas le différend qui divisait les Gantois et leur duc ; ils ne firent point prévaloir l’autorité du roi de France. Cette guerre finit par la victoire de Gavre, que Philippe remporta sur les Gantois le 23 juillet 1453, et par la soumission des vaincus2144.

René d’Anjou, prétendant malheureux au royaume 223de Naples, s’était allié à François Sforza, qui succéda en 1450 à Philippe Visconti, duc de Milan. Alphonse d’Aragon, roi de Naples, se ligua, pour attaquer Milan, avec le doge de Venise, le duc de Savoie et le marquis de Montferrat. Sforza réclama l’aide de René d’Anjou, en lui promettant de l’aider à son tour pour recouvrer sa couronne perdue. Les Florentins, amis du roi de France, épousèrent la cause des Milanais.

Charles VII appuya le roi René, qui bientôt repassa les monts et fournit en Italie une nouvelle campagne. Vers la fin de 1452, le roi de France envoya Raoul de Gaucourt comme ambassadeur à Naples auprès d’Alphonse. Il entretint avec les Florentins et leurs alliés d’Italie des relations diplomatiques. Toutefois les efforts de René ne parvinrent pas encore cette fois à rétablir un prince français sur le trône de Naples, but commun que se proposaient René lui-même et son protecteur le roi de France2145.

Une autre complication extérieure atteignait particulièrement 224Charles VII dans ses sentiments de père et de roi.

Louis, dauphin, de concert avec le duc de Savoie, ne se lassait pas d’intriguer contre la France et contre son gouvernement. Le 28 février 1451, le roi, informé du prochain mariage de son fils, expédia de Tours, en toute hâte, son héraut Normandie, chargé de dépêches, avec ordre de faire opposition à cette union, contractée sans le consentement du père du futur époux. Normandie arriva le 8 mars à Chambéry à dix heures du matin. Après avoir notifié sa venue, il commença par entrer dans une église, afin d’y abriter sa personne sous la garantie du droit d’asile. Là, divers émissaires du duc et du dauphin vinrent trouver le héraut et l’assaillirent de leurs instances pour le déterminer à se dessaisir des lettres royaux dont il était porteur. Mais Normandie leur résista et fut introduit au château. N’ayant pu obtenir audience du prince, il se mit en rapport avec le chancelier ainsi qu’avec le conseil ducal, et après leur avoir signifié sa créance, il leur délivra les dépêches qui leur étaient nommément destinées2146.

Le lendemain, Normandie, sans avoir été admis à pénétrer jusqu’au duc de Savoie ni jusqu’au Dauphin, vit, le matin, ce dernier prince, en robe longue de velours cramoisi doublée d’hermine, se rendre à la chapelle du château. Bientôt le dauphin fut suivi de la jeune fiancée, qui parut à son tour, vêtue en grande cérémonie, de sa cote 225juste, sur laquelle flottait un manteau de velours cramoisi. Le mariage s’accomplit hors de la présence du héraut : ce dernier fut retenu quelques jours à Chambéry, puis congédié par le duc et son conseil.

Normandie revint à Tours le 20 mars. Il rendit compte au roi de sa mission, dans laquelle avaient été insolemment jouées, comme on voit, la majesté royale de Charles VII et son autorité paternelle2147.

Louis, dauphin, portait le titre de gonfalonier de l’Église ; il avait reçu en outre celui de protecteur du Comtat Venaissin. Louis abusa de cette double autorité pour attenter aux prérogatives ou aux territoires des provinces ecclésiastiques limitrophes. L’Église de Lyon notamment eut à souffrir des dommages qu’il lui causa. Chaque jour, des plaintes nouvelles étaient portées au roi, par des personnes des trois états du Dauphiné, sur la tyrannie et les déportements du prince. Le 5 février 1452, Louis Dauphin osa envoyer une sommation violente aux autorités de la ville de Lyon. Des gardes furent préposés aux portes de la cité, sous le commandement de Jean d’Aulon, commissaire royal. Louis, duc de Savoie, n’avait cessé de tremper dans toutes ces menées, comme fauteur et comme complice2148.

226Le 7 septembre 1452, le roi de France, décidé à sévir, partit de Bourges ou de Bois-Sire-Amé, se, dirigeant vers Lyon et Chambéry, suivi de forces considérables. Charles VII s’avança ainsi jusqu’à Feurs en Forez et prit sa résidence près de cette ville, au château de Cleppie2149. Le duc de Savoie et le dauphin, à l’approche du roi de France, changèrent d’attitude : ils prirent le ton et le langage de la soumission. Louis, dauphin, renouvela, dans des messages plus fréquents, ses mensongères protestations de dévouement et d’obéissance. Le duc se rendit, avec son fils, prince de Piémont, et son conseil, à Cleppé. En ce moment, Guillaume, cardinal d’Estouteville, retournait à Rome et devait traverser Lyon. Il intervint dans le conflit comme médiateur. Le 27 octobre 1452, un accord fut signé entre les parties. Les divers points principaux qui partageaient le duc et le roi donnèrent lieu à autant de conventions distinctes et d’actes spéciaux2150.

L’un de ces actes renouvelait les anciennes alliances entre les rois de France et les comtes puis ducs de Savoie. Un autre stipulait le douaire affecté à Madame Yolande de France, promise en 1436 et mariée cette année même (1452) au prince de Piémont qui, plus tard, fut duc de 227Savoie sous le nom d’Amédée IX. Aux termes d’un troisième contrat, des commissaires arbitrateurs devaient être nommés des deux parts, à l’effet de régler les différends survenus entre les deux puissances, touchant les églises de Lyon, Mâcon, l’Île-Barbe, Ainay, Tournus, etc. Suivant un historien de la Savoie, cet accommodement fut l’ouvrage de trois conseillers de Charles VII, que l’or du duc lui avait rendus favorables. Quoi qu’il en soit de l’efficacité que put avoir ce moyen d’influence, un autre mobile, complètement décisif, suffit pour expliquer cette conclusion pacifique de la part du roi de France. À la date où il signait le traité de Cleppé, Charles VII en effet était informé que les gens de Bordeaux venaient de rendre leur ville aux Anglais2151.

Au point de vue moral et politique, la Guyenne, par rapport au recouvrement de cette province, ne se trouvait pas dans les mêmes conditions que la Normandie. Depuis les Plantagenêt, la Guyenne était façonnée et accoutumée à la domination anglaise. Or l’Angleterre, sous le règne de Henri VI, avait ménagé cette contrée. 228Une administration prudente et régulière, dont les actes nous sont restés, paraît avoir caractérisé cette domination. La propagande du patriotisme, ce sentiment qui au nord de la France, s’affirmait et se constituait si énergiquement, rencontrait, à la porte des régions aquitaines, une véritable barrière2152.

Le patrimoine commun du passé, la tradition, cet héritage de gloire à rajeunir, de revers à venger, d’intérêts à étendre et à protéger, forme l’histoire des peuples : il constitue aussi les éléments de vie qui font une nation. Depuis environ cinq siècles, un contrat moral, unissait à la France la forte race capétienne. Tout cela n’existait pas au même degré ni dans les mêmes termes pour les populations de l’Adour et de la Garonne.

Ces populations, à la fois défendues et tenues en tutelle par une oligarchie puissante, se préoccupaient surtout de leur bien-être matériel et de leur commerce. Le gouvernement de Charles VII commit la faute d’importer sans transition, dans ce pays, le mode récemment inauguré par lui, des impôts arbitraires, ou taille permanente, accompagnée de l’armée permanente et royale.

Durant les mois de juillet-août 1452, Charles VII habita Mehun-sur-Yèvre et Bourges. Au rapport de Basin, une députation solennelle des Bordelais et des trois états de la province, vint trouver le roi dans cette dernière ville. Ces délégués représentèrent au prince que la perception de tributs, telle qu’elle s’exerçait, était 229contraire aux vœux de leurs commettants, à leurs intérêts, aux stipulations des traités. La députation fut éconduite sans obtenir de solution satisfaisante. Au retour de ces envoyés, les Bordelais se concertèrent, à l’insu de l’autorité. Pierre de Montferrand, sire de Lesparre, accompagné de divers autres seigneurs du pays, se rendit en Angleterre et proposa au gouvernement anglais de reprendre possession de la Guyenne2153.

Le 22 octobre 1452, Talbot, se présenta devant Bordeaux, suivi de quatre à cinq mille Anglais : les habitants lui ouvrirent leurs portes. Olivier de Coëtivy, sénéchal de cette province, fut envoyé prisonnier en Angleterre. Jean du Puy du Fou, sous-maire de Bordeaux, et le reste des autorités françaises, demeurèrent au pouvoir de l’ennemi. L’archevêque de Bordeaux, prélat des plus considérés de son siècle, favorisait le mouvement. Talbot s’installa comme lieutenant général pour le roi Henri, dans la capitale de la Guyenne. La plupart des places qui environnaient cette ville, à l’exception de Bourg et de Blaye, ne tardèrent point à retomber sous la domination anglaise2154.

230Dans le même temps, les côtes de Normandie étaient menacées par une flotte anglaise. Jean, comte de Dunois, avait été, le 20 mars 1452, institué de nouveau lieutenant général du roi dans la haute Normandie. Le connétable de Richemont commandait militairement le sud de cette province. Cherbourg manquait de vivres et le clos du Cotentin offrait toujours un passage accessible à l’ennemi. Louis d’Harcourt, archevêque de Narbonne, et d’autres commissaires civils, que le roi avait envoyés en Normandie, réunirent leurs efforts à ceux des deux commandants militaires. Pierre de Brézé, assisté de Flocquet et de Jean de Chaponval, chevalier, bailli de Caux, occupait son poste, comme grand sénéchal de la province. Par les soins de ces divers fonctionnaires, il fut pourvu d’une manière très active et très efficace à tous ces besoins. Jean Aubery, lieutenant du grand maître Gaspard Bureau, envoya de Paris à Rouen des pièces et munitions d’artillerie, qui furent réparties entre les différentes places menacées. Ces divers points reçurent en même temps des secours de toute sorte. Le sire de Torcy, grand maître des arbalétriers, les baillis de Caux, d’Évreux et de Cotentin, mobilisèrent immédiatement les francs-archers et les conduisirent sur les côtes maritimes. Grâce à cette vigilance et à cette activité, les Anglais n’osèrent point opérer de débarquement2155.

231Charles VII, en apprenant le soulèvement de Bordeaux et les progrès de lord Talbot, se contenta de diriger vers la Guyenne quinze cents lances, sous le commandement des maréchaux de France, de Joachim Rouault et autres capitaines. Ces troupes devaient se borner à contenir le pays et à observer les Anglais, jusqu’au retour de la belle saison. Le 15 avril environ, de l’an 1453, Charles quitta la Touraine et se rendit à Poitiers, puis à Lusignan, où il était le 2 juin. Dans cet intervalle, le gouvernement anglais, sur la demande des habitants de Bordeaux, expédia une nouvelle flotte, portant quatre mille hommes de renforts et composée de quatre-vingts vaisseaux. Roger, baron de Camois, dirigeait cette expédition, accompagné du vicomte de Lisle, fils de Talbot, des lords Poynings, Moleyns ; du bâtard de Somerset, etc.2156

Le 2 juin 1453, Charles VII ouvrit la campagne et se porta de Lusignan à Saint-Jean-d’Angély. Le lendemain 5, ses troupes assiégèrent de nouveau la place de Chalais. Cette forteresse et quelques autres ne tardèrent pas à se soumettre au roi de France. Par le conseil des chefs de l’armée, spécialement du trésorier, Jean Bureau, le siège fut ensuite posé, le 15 juillet, devant la place de Castillon en Périgord, laquelle était retombée précédemment au pouvoir de l’ennemi. Lord Talbot résidait 232alors à Bordeaux. Il s’était vanté qu’avec dix mille hommes et la terreur de son nom, il triompherait du roi de France et de son armée. Charles VII dirigea sur ce point ses meilleurs capitaines, les mêmes à peu près qui en 1451 avaient opéré la conquête de Guyenne. Le 16 juillet 1453, Talbot, cédant aux instances réitérées des assiégés et des Bordelais, partit de Bordeaux, suivi d’environ dix mille hommes et vint coucher à Libourne. Le nombre des Français assiégeants paraît avoir été à peu près égal à celui de leurs adversaires2157.

Le lendemain, 17 juillet, fut livrée la mémorable bataille de Castillon. De grand matin, une escarmouche avait eu lieu entre les avant-gardes ou éclaireurs des deux armées. Talbot s’était retiré dans une abbaye et se disposait à s’y faire chanter la messe par son chapelain, lorsqu’on vint lui dire que les Français prenaient la fuite à son approche. Aussitôt le capitaine partit sans attendre qu’on célébrât l’office. Peu de temps après, sir Thomas Cunningham, chevalier anglais d’une bravoure éprouvée, rencontra Talbot et voulut le détromper sur le faux avis qu’il avait reçu. Mais le lord accueillit avec dureté cette nouvelle ouverture et donna l’ordre de continuer la marche. Ses chevaliers, entraînés par leur téméraire commandant, se précipitèrent avec fougue sur les Français. Mais ces derniers, bien loin de prendre la fuite, les attendaient de pied ferme, solidement fortifiés, munis d’une formidable artillerie et prêts à combattre2158.

233Talbot et les siens furent accueillis par une terrible décharge de canons, coulevrines et ribaudequins sans parler des flèches et des viretons. Puis le combat s’engagea corps à corps et main à main dans la plaine. Les troupes françaises, particulièrement les francs-archers, déployèrent une rare valeur et la plus grande fermeté. Talbot chevauchait une petite haquenée, vêtu d’une brigandine couverte de velours cramoisi. Frappé à la cuisse d’un coup d’artillerie, il tomba sous sa monture, également blessée. Lord Talbot se vit aussitôt entouré d’archers français qui ne le connaissaient pas. Il cria merci et offrit de se racheter à prix d’or. Mais les archers, fort maltraités le matin par ses gens, ne lui firent point de quartier : ils l’achevèrent sur place, de mille coups. Lord de Lisle, fils de Talbot, l’un de ses neveux, Thomas Cunningham, trente autres chevaliers, et quatre mille de leurs compagnons d’armes, sans compter les prisonniers, perdirent la vie dans cette bataille2159.

Le capitaine anglais qui mourut à Castillon eut cette fortune (qu’obtiennent seulement quelques héros), de se faire admirer et honorer même de ses ennemis. En 1449, au siège de Rouen, Charles VII l’avait traité avec la plus grande courtoisie et peu après lui avait rendu la liberté sans rançon.

Lors de la bataille du 17 juillet, le bruit se répandit que le chef anglais était parmi les morts. Mais ceux-ci demeurèrent toute la nuit sans sépulture. Après l’action, des officiers d’armes français cherchèrent son cadavre, 234et crurent le reconnaître, mutilé par ses blessures. Ils le rapportèrent au camp et l’exposèrent sur un pavois. Les uns affirmaient que c’était bien Talbot, d’autres soutenaient le contraire, lorsque le lendemain, entre autres officiers anglais, le héraut de Talbot vint demander la permission de chercher son général et de le reconnaître.

Le héraut portait sa cote armoriée du blason de Talbot. À l’aspect de ce cadavre, dont la tête était toute fendue d’une taillade et déjà les traits décomposés, le héraut hésita lui-même. Toutefois il pâlit, se mit à genoux et introduisit son doigt dans la bouche du mort, sachant qu’il manquait à Talbot l’une de ses dents molaires. La dent manquait et le héraut ne douta plus. Alors, et toujours agenouillé, il le baisa sur la bouche en disant : Monseigneur mon maistre, Monseigneur mon maistre, ce estes vous ! Je prie à Dieu qu’il vous pardonne vos péchés. J’ay esté votre officier d’armes quarante ans et plus, il est temps que je les vous rende ! Puis, les yeux pleins de larmes, il dévêtit sa cote d’armes et la plaça sur le cadavre de Talbot.

Le doute cessa désormais pour tous sur l’identité de ce guerrier illustre2160.

235Jean Talbot, des anciens barons de Cleuville en Caux, lord Talbot et Furnivall, comte de Shrewsbury, Wexford et Waterford, baron de Dungarvan en Irlande, seigneur de Verdon, de Strange de Blackmere, gouverneur d’Irlande, capitaine de Creil et de Rouen, comte de Clermont en Beauvoisis, maréchal de France, high-steward d’Angleterre et lieutenant général du roi Henri VI en Guyenne, était âgé d’environ quatre-vingts ans. Sa longue carrière mesure par sa durée la période ou drame historique dont nous avons essayé de retracer le tableau dans le présent ouvrage. En 1417, il assistait Henri V, lorsque ce dernier s’empara de la Normandie. À Castillon, il livra, au nom d’Henri VI, la dernière bataille. La domination anglaise sur notre sol périt avec lui dans cette journée2161.

La victoire de Castillon produisit le même effet moral que celle de Blanquefort en 1450. La place de Castillon, assiégée, se rendit peu de jours après la bataille. Saint-Émilion, Libourne, Châteauneuf de Médoc, Blanquefort, Saint-Macaire, etc., imitèrent bientôt cet exemple.

Vers le 29 juillet, les comtes de Foix et de Dunois assiégèrent Cadillac. Cette forteresse opposa une vive résistance et finit par capituler dans les premiers jours d’octobre.

La défense alors se trouva concentrée dans la ville de Bordeaux, où commandaient le baron de Camois et Thomas 236Clifton, assistés des nobles du Bordelais et d’environ huit mille hommes, tant Anglais que Gascons. Le sire de Camois fit enlever les cordages des navires anglais qui avaient servi à l’expédition, et ces agrès furent mis sous clef afin que ses troupes ne pussent pas s’enfuir à bord et se rembarquer.

Charles VII, parti d’Angoulême le 28 juillet, passa la Dordogne et s’avança aux environs de Bordeaux. Il prit sa résidence à Libourne, à Montferrand, puis à Saint-Macaire, pour activer les opérations. La ville de Bordeaux fut assiégée par terre et par mer. À la marine anglo-bordelaise, le roi opposa des bâtiments sortis de La Rochelle et de divers ports bretons. L’Espagne, la Hollande, la Zélande et la Flandre maritime lui fournirent aussi des vaisseaux de guerre. Cette flotte, placée sous les ordres de Jean de Bueil, amiral de France, et de l’amiral de Bretagne, franchit l’embouchure de la Gironde et seconda l’attaque de Bordeaux.

Le 9 octobre 1453, cette ville, après deux mois de lutte et de siège, se soumit au roi de France et obtint une capitulation. Les Anglais, ainsi que les habitants, eurent la vie sauve, et les premiers se retirèrent en bon ordre à Calais ou en Angleterre. Les Bordelais durent payer au vainqueur une contribution de cent mille écus. Gaillardet, capitaine de Cadillac, avait été décapité. Parmi les révoltés bordelais, vingt personnes désignées par le roi subirent la peine du bannissement. De ce nombre étaient les seigneurs de Montferrand et de Duras, qui avaient été chercher Talbot en Angleterre.

Durant le cours de cette campane, Charles VII ne participa 237de sa personne à aucune action militaire. Il ne fit point d’entrée à Bordeaux. Vers la fin d’octobre, après avoir pris possession de cette ville par des officiers, il retourna en Touraine2162.

La France entière applaudit à l’heureux succès de cette dernière campagne. Jamais événement, et c’était justice, ne fut célébré par des manifestations plus éclatantes ni plus variées. Dans les pages précédentes, on a vu mainte fois la poésie populaire se faire l’organe des sentiments de joie ou de douleur que ressentait la multitude. L’une des ballades de Charles d’Orléans glorifie le roi de ce que la Providence a béni ses armes ; et t’a rendu, dit le poète :

Et t’a rendu Guyenne et Normandie.

Divers documents que le temps a épargnés constatent que des réjouissances publiques eurent lieu à cette occasion, d’une part en l’Université de Paris, et de l’autre à Fontenay-le-Comte, petite ville du Poitou, dont la seigneurie appartenait au connétable Arthur de Richemont2163.

238En 1451, la ville et l’Église de Troyes, en l’honneur de la conquête de la Guyenne, firent représenter, sur ce sujet, une moralité à personnages. En 1453, la ville de Compiègne octroya un don aux compagnons qui avoient joué la Desconfiture de Talbot. De nos jours encore, on remarque au château de La Brède-Montesquieu (près Bordeaux), qui remonte au treizième siècle, l’une des salles de cet antique manoir, appelée la salle du Conseil : Sur le manteau de la cheminée, qui a trois mètres d’ouverture, se voient des restes de peinture murale que l’on dit représenter la prise de possession de la Guyenne par Charles VII2164.

Enfin le plus ancien monument de la glyptique française, la première de nos médailles proprement dites, fut consacrée à perpétuer ce grand souvenir national. Cette médaille, exécutée par les procédés monétaires du temps, fut frappée à la Monnaie de Paris. Le cabinet de France en possède à lui seul sept types ou variétés, d’or, d’argent et de cuivre (surmoulé)2165. L’un de ces types représente au droit Charles VII comme chevalier, armé en guerre, l’épée nue, au galop de sa monture ; sur le revers, le roi de France assis en majesté. Un autre porte pour exergue le quatrain qui suit :

qVant Ie fV faIt, sans dIfferanCe,

aV prVdent roI, aMI de dIeV,

239on obeIssoIt partoVt en franCe,

fors a CaLaIs, qVI est fort LIeV2166.

L’an 1453, qui marqua la complète libération de notre sol, fournit à l’histoire une date des plus mémorables. À partir de cet événement, la France trouve, comme État et comme nation, son assiette définitive. Constantinople succombe (avril-mai) sous les coups de Mehmet II. Ainsi dispersés, les Grecs répandent, jusqu’aux limites extrêmes de l’Europe occidentale, les lumières dont le dépôt leur avait été transmis par leurs ancêtres2167.

Un fait particulier mérite de prendre place à côté de ces graves événements. Le 4 juillet de la même année, au cours de la guerre que soutenait Philippe le Bon contre les Gantois, ce prince assiégeait la place de Poucques. Jacquet de Lalaing qui, plus d’une fois, a figuré dans cette histoire, Jacquet de Lalaing observait la ville, en 240compagnie de divers officiers ou lieutenants de Philippe. Tout à coup, un boulet de pierre, tiré par les bourgeois, vint tomber sur l’abri où se tenait Lalaing et lui fractura le crâne. Sa mort fut instantanée. Ainsi périt le dernier des chevaliers errants ou des paladins de langue française. La guerre se transformait. L’ère moderne de la civilisation était ouverte. En général, nos historiens s’accordent pour fixer la limite chronologique du moyen âge à cette même année 14532168.

Fin du livre VII.

Notes

  1. [1809]

    Histoire de France, t. V, p. 375. — Vallet de Viriville, Agnès Sorel, étude morale et politique sur le quinzième siècle, 1855, in-8°, p. 23.

  2. [1810]

    Voyez ci-dessus, livre IV, chapitre I, et les sources qui vont être citées.

  3. [1811]

    De arte amandi et (à la suite, contrepartie :) de reprobatione amoris ; Ms. latin, commencement du treizième siècle, n° 8758. Biographie Didot, article Chapelain (André). — De d’amour et des sentiments chevaleresques, étude historique de mœurs, dans la Revue de Paris, 1853, t. XVIII, p. 191 et suiv.

  4. [1812]

    Galois et Galoises ; Flagellants du quatorzième et du quinzième siècle.

  5. [1813]

    Voyez ci-dessus au livre I, chapitre III, et là-dessus au livre VI, chapitre II.

  6. [1814]

    Louis, duc d’Orléans.

  7. [1815]

    Le mot de Valentine se retrouve dans un livre familier d’instruction, intitulé le Lucidaire et daté du quinzième siècle. C’est un dialogue entre le maître et le disciple. — Le disciple : Nuit-il riens ès enfants, quand ils sont conçuz en adultère, ou autrement qu’en loyal mariage ? — Le maistre : Nennil point : si pou (peu) comme ait froment qui a esté emblé (dérobé) ; car qui le sème, il croit comme l’autre. (Semez du blé volé, il poussera comme d’autre.) Ms. fr., n° 7301, f° 704.

  8. [1816]

    Documents relatifs à la biographie de Jean, bâtard d’Orléans, etc., dans le Cabinet historique, 1857, p. 113. — Philippe le Bon, duc de Bourgogne, indépendamment de ses trois épouses, eut vingt-quatre maîtresses, enregistrées par ses chroniqueurs ducaux. Celles-ci augmentèrent sa lignée de quinze enfants illégitimes. Jean, bâtard de Bourgogne, fils de Jean sans Peur et frère de Philippe, fut évêque de Cambrai et père de quinze bâtards. Un jour, dit-on, il se fit servir la messe par trente-six fils ou petits-fils, tous bâtards. Reiffenberg, Histoire de la Toison d’or, Bruxelles, 1830, in-4°, p. XXIV, etc. — Tanguy, bâtard de Bretagne, fils de François Ier, écrivant à son père, signe, sans autre nom, le Bastard (6 juillet 1446, Preuves de Bretagne, t. II, col. 1378).

  9. [1817]

    Éd. du Panthéon, p. 606. — Biographie Didot, au mot Lalaing. — Voyez aussi le célèbre roman de mœurs intitulé le Petit Jehan de Saintré, composé par Antoine de La Sale.

  10. [1818]

    La continuation de la Chronique martinienne s’exprime ainsi, en parlant de Charles VII, sous la date de 1456 : Et pour les grands travaulx que le roi avait faits à reconquester la plus grant partie du royaulme, il fut délibéré d’avoir les plus belles filles que l’on pourroit trouver, nonobstant que sa vertu estoit trop plus grande, sans comparaison, que son vice, etc. (Ed. Vérard, f° cccij). — Le religieux de Saint-Denis, Jean Chartier, dans son panégyrique pour innocenter Charles VII au sujet d’Agnès Sorel, plaide précisément cet argument, tiré de la théorie de l’amour de grâce et de l’amour de dette. Édition in-12, t. II, p. 182.

  11. [1819]

    Anselme, t. I, p. 119 ; t. VIII, p. 701. — Vallet de Viriville, Agnès Sorel. Jacques du Clercq, éd. du Panthéon, p. 175. — La Thaumassière, Histoire de Berry, p. 91 et 95. — Journal de feu monseigneur le duc de Bourgogne (père de Louis XV) ; ou Voyage en Touraine, décembre 1700, imprimé dans Curiosités historiques, ou Recueil de pièces utiles pour l’histoire de France, etc., Amsterdam, 2 vol. in-12, t. II, p. 115 à 118. — Dreux du Radier, Anecdotes des reines et régentes de France, 1763, in-12. — Esquisses pittoresques de l’Indre, 1841, in-8°, article Villiers-Fromenteau. — Raynal, Histoire du Berry, t. I, p. xij. — Agnès Sorelle était-elle Tourangelle ou Picarde ? par M. Peigné-Delacourt, Noyon, 1861, in-8°. — Dans l’Armorial de Berry, achevé vers 1454-8, les Sorel sont rangés parmi les familles du Bourbonnais (à cause de la demeure qu’y faisait la châtelaine), Ms. fr. 4985, f° 54.

  12. [1820]

    Peigné-Delacourt, Analyse du roman du Hem, Arras, 1854, in-8°, p. 20 et suiv. — Hommages de Clermont, Ms. Gaignières, 1361, à la table.

    La généalogie de Sorel, Sureau ou Surel, dans le P. Anselme, est très défectueuse en ce qui concerne les ascendants de Jean, père d’Agnès Sorel. Il a, par exemple, omis de ce chapitre Geoffroy Soreau (les uns disent oncle et mieux cousin d’Agnès Sorel), évêque de Châlons, pair de France, etc. Voyez Recherches, p. 298. Il a omis encore Aubert Sorel du Plessis (sur le Plessis, voyez Agnès Sorel, p. 21, lettre cinquième), bailli et capitaine de Chauny-sur-Oise, en 1423, P. P. 118, f° 121, 122. Aubert épousa Isabeau de Rouvroy Saint-Simon, sœur de Gaucher, seigneur de Coudun. II eut pour seconde femme une fille de Simon de Champluisant, président au parlement de Paris, et les deux époux firent leur fête à Compiègne le 25 octobre 1426 (communication de M. de Lépinois, Archives de Compiègne, C. C. 12 ; Bibliothèque de l’École des chartes, 1863, 3e série, t. IV, p. 482). Regnauldin de Sorel était écuyer d’honneur du roi en 1416 (Ms. 626, s. fr., f° 64). Il fut exécuteur du testament fait, à la date de 1421, par Jean II, d’Hangest seigneur de Genlis et de Magny. Regnault mourut en 1441 (P.-Delacourt, Agnès était-elle, etc., p. 14). — Les deux suivants peuvent n’être que des homonymes. Gaillardet Soreau, le 15 septembre 1430, reçoit en don du roi 200 réaux sur la sénéchaussée de Toulouse. Enfin Guillaume Sorel est nommé clerc des comptes à Paris, le 27 juillet 1436, époque de la nomination de J. D’arc. Il exerça jusqu’en 1444 (Nouvelles recherches, p. 61, 62).

  13. [1821]

    Vallet de Viriville, Recherches historiques sur Agnès Sorel, dans la Bibliothèque de l’École des chartes, 1850, p. 304. — Jean Chartier, loc. supr. cit. — Bourdigné-Quatrebarbes, t. II, p. 499.

  14. [1822]

    Isabelle de Lorraine, née en 1410, se maria en 1420, et succéda en 1431 à son père. Au mois d’octobre 1435, elle prit la mer à Marseille pour Naples, où évidemment elle n’emmena point Agnès Sorel. La reine de Sicile ne revint en France que cinq ans environ plus tard, et après la Praguerie, vers avril 1441. Voyez Biographie Didot : Isabelle de Lorraine.

  15. [1823]

    Vallet de Viriville, Nouvelles recherches sur Agnès Sorel, 1856, in-8°, mémoire lu à l’Académie des sciences morales et politiques, inséré dans les Séances et travaux, t. XXXVII et XXXVIII. — Pii commentarii, 1614, in-f°, p. 160, 163. — Du Clercq, loc. cit.

  16. [1824]

    Ms. fr. 8431, f° 58. Anselme à Charles VII.

  17. [1825]

    Delort, Essai critique sur Charles VII, Agnès Sorelle, etc. Paris, 1824, in-8°, 170 pages de texte et 112 pages de pièces inédites et justificatives. M. Delort, employé de l’administration supérieure au ministère de l’intérieur (division des lettres), ami de M. l’abbé Lespine, qui fut professeur à l’École des chartes, s’aida de communications très privilégiées, tant aux Archives Soubise qu’aux manuscrits de la Bibliothèque royale. Ce livre, malheureusement, et en dépit de son titre, est dépourvu d’une saine critique. L’histoire et le roman s’y mêlent trop souvent, et l’auteur ne s’astreint pas à une constante citation de ses autorités. Delort, p. 35. Recherches, p. 477. — Nouvelles recherches, p. 51 et suiv. — Du Tillet, Recueil des rois de France, 1602, in-4°, p. 207.

  18. [1826]

    Marie était donc non seulement pubère, c’est-à-dire âgée de douze ans, suivant la loi, mais adulte. Cette union porta, en effet, des fruits immédiats ; car Charles de Coëtivy, fils aîné d’Olivier, fut fiancé en âge de sept ans, du vivant de Jean, comte d’Angoulême, mort en 1467, à Jeanne d’Orléans, fille de Jean. Recherches, p. 479 et suiv. — Nouvelles recherches, p. 17. J. J. 187, f° 186. — Du Tillet, ibid. — Jean Masson, Vie de Jean, comte d’Angoulême, 1613, in-8°, p. 8. — Marchegay, Louis XI, Taillebourg, etc., dans la Bibliothèque de l’École des chartes, 1855, t. XVI, p. 8 et suiv. — Taillebourg fut donné en 1441 à Prigent, mais il n’en jouit qu’en 1443, époque où il alla s’y installer définitivement. Marie aurait eu alors sept ans. C’est bien l’âge où les princes et princesses passaient de la nourrice au gouverneur. Anselme, Coëtivy. P.P. 110, f° 256. — Et à celle heure, dit G. Gruel (septembre 1443), monseigneur l’admirai de Coëtivy fut esloigné de la cour sans perdre nul de ses offices ; et entra messire Pierre de Brezé au gouvernement et Jamet du Tillay et le petit Mesnil. (Panthéon, p. 395, b.) — La thèse ou système chronologique ici allégué s’appuie sur une autorité spéciale et considérable. Cette autorité est celle de M. P. Marchegay, collaborateur de M. le prince de La Trémoille, possesseur actuel des archives de Taillebourg. Ces deux auteurs préparent en commun la publication de diverses lettres écrites par Marie de Valois, jeune fille et jeune femme, lettres qui m’ont été obligeamment communiquées par les futurs éditeurs.

  19. [1827]

    Delort, p. 94 et 195. — Recherches, p. 486, etc.

  20. [1828]

    Cf. Chastellain, Œuvres, t. II, p. 180.

  21. [1829]

    Quicherat, Mémoires de Basin, t. I, p. 313 et suiv. — L. Lalanne, Athénéum français, 24 novembre et 22 décembre 1855. — G. de Beaucourt, Le Règne de Charles VII, etc., 1856, p. 25.

  22. [1830]

    Quatrebarbes, II, 199. — Recherches, p. 304. — Agnès Sorel, p. 15.

  23. [1831]

    Bouchet (Annales d’Aquitaine, p. 259) raconte une historiette analogue, celle du soufflet donné à cette dame par le dauphin.

  24. [1832]

    Agnès Sorel, p. 29 et suiv. — Nouvelles recherches, p. 64 et suiv. — Quant à la rédaction même de ces mémoires, on a déjà vu et l’on verra bientôt que, de 1435 à 1450, Énée Piccolomini fut en position d’être parfaitement informé de ce qui se passait à la cour de France.

  25. [1833]

    Agnès était Picarde par sa famille, si ce n’est par le lieu de sa naissance.

  26. [1834]

    Ainsi nous voyons : en 1446, Charles Soreau, frère d’Agnès, écuyer de l’hôtel du roi, et Jean Soreau, deuxième frère, homme d’armes de la garde (Anselme : Soreau). Nous trouvons en 1447 Geoffroy Soreau, abbé de Saint-Crépin le Grand, de Soissons (Gallia Christiana, IX, col, 402), puis évêque de Nîmes, de Châlons, pair de France, etc. (Ibid., II, 456 ; IX, 895). En 1450, Louis Soreau, troisième frère d’Agnès, est (après la mort de sa sœur) homme d’armes de la garde, etc. (Anselme, ibid.). Mais rien ne prouve que ce furent là les premières faveurs accordées par le roi aux parents d’Agnès. — Sur la jeunesse d’Agnès, voir les citations très judicieusement réunies par M. Lalanne, loc. laud. Jean Chartier dit : L’amour que le roy avoit en son endroict estoit pour les folies de jeunesse, esbattements, joyeusetez, avec langage honneste et bien poly qui estoit en elle ; et aussi qu’entre les belles c’estoit la plus jeune et la plus belle du monde ; car pour telle estoit elle tenue, etc. On voit bien que le mot jeune, ici, ne saurait être pris dans le sens positif de son acception naturelle.

  27. [1835]

    Collection Legrand, t. II, p. 174. — En janvier 1444, le roi rétablit en cour les maîtres des requêtes de l’hôtel. Ce service, auparavant, avait cessé, faute de fonds pour rémunérer les titulaires. Ms. Gaignières 772/1, f° 583.

  28. [1836]

    L’élection de Geoffroy fut combattue ou ajournée par l’opposition du pape, qui nomma, quelques années plus tard, ce prélat au même siège de Nîmes. Voyez Ménard, Histoire des évêques de Nîmes, 1737, in-12, t. I, p. 251 ; Histoire de Nîmes, 1752, in-4°, t. III, p. 208. — Gallia Christiana, à l’Église de Nîmes, loc. cit. — Aux couteaux de Conti, archiviste de l’Oise, Documents généalogiques sur les Maignelay, tirés des archives de l’Oise.

  29. [1837]

    Ainsi, par exemple, le testament d’Agnès Sorel, acte très important, dont l’existence est attestée par l’histoire et dont il a dû être fait nécessairement de nombreuses copies, ne se retrouve plus. On n’en connaît que des mentions et des fragments analytiques. Il est constant, dans notre conviction, que cette pièce a été systématiquement supprimée.

  30. [1838]

    Jean Chartier, loc. cit.Nouvelles recherches, à la fin.

  31. [1839]

    Notes complémentaires. — Résumé biographique :

    • Vers 1415, naissance d’Agnès Sorel.
    • 1430 ? Âgée de quinze ans, elle est donnée (par Charles de Bourbon ?) à Isabelle, femme de son allié, René d’Anjou. Elle y est nourrie dès sa jeunesse. (Jeanne d’Orléans n’avait que treize ans lorsqu’elle entra chez la reine. Voyez la note 525, livre II, chapitre VIII.)
    • 1435-1444 (vingt à vingt-neuf ans). Elle entre chez la reine, demeurant toutefois écrouée, sur les états de la maison d’Isabelle, avec le traitement de retraite ou de congé que nous lui voyons en 1444.
    • 1436 (vingt et un ans), mère de Marie ; de Charlotte (1438) ; de Jeanne (1445).
    • 1444, est dotée par le roi d’un grand état à la cour, etc.
    • 1450, meurt âgée de trente-cinq ans.

    Parmi les Sorel de Picardie, il faut distinguer plusieurs branches et même plusieurs maisons homonymes. La famille d’Agnès portait pour armes d’argent au sureau de sinople (Hommages de Clermont, Ms. Gaignières 1361 ; voyez la table au mot Sorel. Armorial du héraut Berry, Ms. fr. 4985, f° 54. Anselme, grande édition, t. VIII, p. 701).

    La statue du tombeau d’Agnès à Loches offrait une effigie sans doute ressemblante. La tête a été changée, ainsi que les mains, lors de la restauration de ce tombeau, vers 1807. Nous possédons en outre deux portraits peints. Le premier, ouvrage de Fouquet, se voit au musée d’Anvers, n° 154. L’autre est un crayon qui se trouvait dans la famille de Boisy-Hangest, sous François Ier ; aujourd’hui au cabinet des estampes ; gravé en couleurs (Niel, Portraits du seizième siècle, 1848, in 4°, t. II). En 1777 et 1793, la sépulture de Loches fut ouverte et inspectée. Une partie des cheveux d’Agnès passa en diverses mains, et j’ai sous les yeux quelques parcelles de ces reliques, qui m’ont été données par M. le chevalier de Pierres, auteur des Tablettes de Loches ; il les tenait du chirurgien Henri. La dame de Beauté était, d’après ces divers moyens d’information, blonde, aux yeux bleus, pourvue de dents magnifiques. Mais la réputation de sa beauté paraît avoir été plutôt fondée sur la grâce, le charme et l’enjouement de sa personne, que sur l’élégance et l’harmonie de ses traits physiques.

  32. [1840]

    Troisième compte des revenus du sceau du duc de Bedford, régent, pour sauf-conduits, apâtis et congés en Normandie, 1433-4. K. K. 324.

  33. [1841]

    Basin, t. I, p. 161 et suiv. — Chronique de Mathieu d’Escouchy, publiée, pour la Société de l’histoire de France, par M. Gaston du Fresne de Beaucourt, t. I, chap. I, p. 5 ; édition enrichie de notes qui doublent le prix de ce document historique. — En Normandie, les trêves ne reçurent pas un accueil moins favorable. Au sein de la capitale anglaise, cet événement fut célébré par un Te Deum solennel, accompagné de feux de joie dans les rues. Le comte de Suffolk, auteur des négociations, lors de son passage à Rouen pour retourner en Angleterre, fut accueilli par les démonstrations les plus significatives. (Beaurepaire, États, p. 83.)

  34. [1842]

    Ibid.Journal de Paris, 724, 726. — Bibliothèque de l’École des chartes, 3e série, t. I, p. 309. — Girardot (baron de), Histoire du trésor de la cathédrale de Bourges, 1859, in-8°, p. 9.

  35. [1843]

    … Ne pouvant de dessi partir ; … et pour prière que lui ay sceu fere, ne se veult cesser d’y demourer… Pour le surplus, continue à estre en bon estat et va chascun jour au long de la grève de Loire… Lettre d’Agnès Sorel à Pierre de Brézé, écrite à Amboise le 18 août [1444]. Itinéraire.

  36. [1844]

    Radieux, rayonnant.

  37. [1845]

    Près Bourges. — Meschinot, Les Lunettes des princes. — Poésies de Charles d’Orléans, éd. Guichard et Champollion-Figeac, passim.

  38. [1846]

    Beauté-sur-Marne, près Vincennes. Vallet de Viriville, Recherches historiques sur Agnès Sorel, p. 312. Agnès Sorel, p. 18 et suiv. — …Et pour ce que lors on voyoit que le roy estoit fort pensif et imaginatif et peu joyeux, et qu’il estoit expédient de l’esjouir, par la délibération de son conseil, sans son sceu, fut dit à la royne, qu’il estoit expédient qu’elle endurast que le dit seigneur feint bonne chère à la dicte damoyselle et qu’elle ne monstrast nul semblant d’en entre mal contente. Ce que la bonne dame feit, et dissimula, combien qu’il lui grevast beaucoup. Chronique de Nicole Gilles, 1551, in-f°, f° 375, v°.

  39. [1847]

    Chronique de Chastelain, Panthéon, p. 255.

  40. [1848]

    Chronique de Miguel del Verms, Panthéon, p. 597. — Recherches, p. 307, 313, 318, 321. — 1444, concession par le roi du droit de péage aux habitants de Loches à perpétuité. P. P. 110, f° 260.

  41. [1849]

    Quantin, Avallon au quinzième siècle, dans le Bulletin de la Société des sciences historiques de l’Yonne, 1853, in-8°, t. VII, p. 194. — Carat de Chisy, Les Écorcheurs, p. 27 et suiv. — Lettres de Charles VII aux Rémois, 4 juin, 26 juillet et 6 octobre 1444. Dans cette dernière on lit ce qui suit. Les Rémois demandaient l’abolition d’une traite de 4 s. l. par queue de vin, imposée l’année précédente par le dauphin Louis. Le roi répond : Vous savez les grants et innumérables charges que nous avons eu et avons à supporter… Mesmement pour descharger nostre pais de Champagne et aultres des pilleries des gens de guerre (Écorcheurs), et pour envoler et entretenir hors de nostre royaulme les dites gens de guerre, que plus ne retournent en nostre d. pais… Aussie que nostre domaine est de très petite et comme nulle valeur. Relation du siège de Metz en 1444, par MM. de Saulcy et Huguenin, Metz, 1835, in-8°, p. 58, note 1.

  42. [1850]

    Lettre de Sigismond à Charles VII (21 août), original sur papier : Serenissimo ac christianissimo principi et domino Karolo, Dei gratia Francorum regi patri et socero nostro honorando atque carissimo. Ms. Legrand, t. IV, f° 1. — Ms. Harley, n° 234, 3, f° 141. — Schoepflin, Alsatia diplomatica, 1775, in-f°, t. II, p, 571, 372. — La lettre du roi des Romains (22 août 1443) est signée : À la relation de Gaspard Schlick, chancelier de l’Empire : Æneas Sylvius. Celui-ci, en effet, qui depuis fut le pape Pie Il, était alors secrétaire de la chancellerie impériale. En cette qualité, ainsi que le faisaient chez nous les notaires du roi, il suivait, comme un véritable secrétaire d’État, les affaires de France, auxquelles il avait pris part déjà personnellement, lors du traité d’Arras. Piccolomini savait donc aussi bien que possible ce qui se passait à la cour de Charles VII, et cette notion ajoute un nouveau poids à l’autorité de ses mémoires.

  43. [1851]

    Siège de Metz, p. 56, 57. — Histoire de Lorraine, 1728, in-f°, L. II, p. 831 ; Preuves, p. xviij. — Déjà la duchesse croyait avoir à se plaindre des Toulois, qui se trouvaient vis-à-vis d’elle dans la même situation politique que les Messins. Benoist, Histoire de Toul, 1702, in-4°, p. 531. — Bargemont, Histoire de René d’Anjou, t. I, p. 546, 453, 454. — Quelques années auparavant, la duchesse de Bourgogne subit une disgrâce analogue, de la part du damoiseau de Commercy et de ses écorcheurs. Mémoire de la place de Montagu près Laon, qui fut démolie, pour ce que le sir de Commercy et Jehan de Beaurain destroussérent dame Ysabeau de Portugal, jusques aux bouclettes dorées de ses souliers, quant alloit au duc Phelippe son mary. La Fons-Mélicoq, Bulletin de la Société de l’histoire de France, 1861, p. 43. — Histoire de Lorraine, t. II, p. 821 ; Preuves, p. ccxxxviij. — Le 5 avril 1444, Charles VII écrit à la communauté de Reims pour désavouer une prise faite par les gens de Pierre Dangy sur aucuns marchands de Metz. Il ordonne de restituer cette prise avec réparations des dommages causés. Archives de Reims (communiqué par M. L. Paris).

  44. [1852]

    Siège de Metz, ibid.Histoire de Metz, 1745, in-4°, t. II, p. 642.

  45. [1853]

    Charles VII, avant de quitter Tours, promulgua un acte très important, qu’il nous suffira de mentionner ici à son ordre chronologique. Le roi, au mois de juillet, accorda des lettres d’abolition générale aux Génois, qui reconnurent son autorité. Ms. Dupuy 159, f-96. Ms. Brienne 14, p. 371. — Histoire du concile de Bâle, t. II, p. 119.

  46. [1854]

    Ibid. — Jean Chartier, t. II, p. 43. — Bourdigné-Quatrebarbes, t. II, p. 193. — Itinéraire du roi : le 12 juillet à Tours ; 21, Orléans ; 24, Montargis ; août 6-9, Troyes ; 12, Bar-sur-Aube ; puis Chaumont. Septembre 1, Greux ? 11-13, Épinal ; Rosières, Saint-Nicolas de Pol ou Saint-Nicolas du Port, à Varangeville (pèlerinage) ; puis Nancy. — Greux, comme on sait, est le nom de l’un des deux hameaux annexes qui formaient le village natal de Jeanne d’Arc. Un fragment d’itinéraire manuscrit, dressé à la fin du siècle dernier, porte cette station : 1er septembre 1444, Goreux (sic), mais sans indication d’autorité (K, 69, n° 43). Nous donnons donc cette allégation comme douteuse ; mais elle nous a semblé tout à fait digne d’être notée. On se souvient que Jeanne, en quittant son pays, avait accompli le pèlerinage de Saint-Nicolas du Port. Il existe, au Trésor des Chartes, un diplôme donné à Nancy en septembre 1444, par lequel Charles VII prend sous sa sauvegarde la ville et l’église de Saint-Nicolas ; sauvegarde confiée pour l’exécution au bailli de Chaumont et de Vitry. On y lit : Comme, visitant présentement notre royaume ès marches et contrées de nostre rivière de Meuse, nous, pour les singulière dévotion et affection qu’avons à S. Nicolas, nous soyons, pour icelui déprier et adourer, au dit lieu, en nostre dévotion, transporté, en icelui avons séjourné par aucuns jours ; visité la dite église et ses saintes reliques, etc., etc. J. J. 177, pièce vij, f° 5, v°.

  47. [1855]

    1445, août 17. Senlis contribue, par une contribution de 80 livres, à l’expédition du dauphin, Mallet-Bernier ; p. 24. — Escouchy-Beaucourt, p. 40 et suiv. — Legrand, Histoire de Louis XI, t. I, p. 60. — Escouchy porte à quatorze mille chevaux la force militaire du dauphin. Zschokke, Histoire des Suisses, trad. par Monnard, 1823, p. 138, dit que le nombre des alliés français s’élevait à trente mille. Les écrivains allemands s’accordent à nommer armagnacs les soldats du roi de France. Au même moment, une bande ou détachement d’Écorcheurs vint se ruer aux portes de Paris et répandit l’effroi au sein de la capitale. (Journal de Paris, p. 725.) — Olivier de La Marche, p. 408. — Barante, Ducs de Bourgogne, 1825, t. VII, p. 179 et suiv.

  48. [1856]

    Les mêmes. — Berry-Godefroy, p. 425. — Jean Chartier, f. II, p. 44. — Muller, Geschichte des Schweizervischer Eidgenossenschaff, Leipzig, 1805, in-8°, IV Bach, erstes Capitel, t. V, p. 1 à 93. — Saulcy, Relation, p. 81, 192, 217. — Michelet, Histoire de France, t. V, 1842, p. 242. — Le dauphin était le 24 juillet à Langres, et le 20 août à Montbéliard. — Ms. Gaignières 649, 2, f° 47. — Labarre, Mémoires de Bourgogne, t. II, p. 186, note d. — Laguille, Histoire d’Alsace, 1727, in-f°, p. 338. — Aventini, Annales Boiorum, 1627, in-4°, p. 511. — Basin, t. I, p. 181. — Merklein, Ensisheim, jadis ville libre impériale, etc., 1841, 2 vol. in-8°.

  49. [1857]

    Les mêmes. — Kausler, Atlas des batailles, pl. 36, texte, p. 146. — Lutz, Beschreibung der Schweizerlaendes, Aarau, 1827, in-12, au mot Farnsburg. — Pirckheimeri, Belli Helvetici, lib. I ; apud ejusd. opera, Francofurti, 1610, in-f°, p. 68, 69. — Chronique de J. Leclerc, Ms. Clairambault, Mélanges, n° 748, f° 8 et 4. — Chronique martinienne, f° cclxxxviij. — Instructions de Charles VII, du 24 janvier 1445 ; original dans Godefroy, Ms. de l’Institut, portefeuille 96.

  50. [1858]

    [NdÉ] Ou bataille de la Birse, du nom de la rivière qui fut le théâtre des combats.

  51. [1859]

    Les mêmes. — Escouchy, p. 19. Pii Opera, 1552, in-f°, p. 573 et suiv. — Journal de Paris, p. 725. — Berry, p. 426. — Jean Chartier, t. II, p. 44. — Zschokke, t. I, p. 225. — Michelet, t. V, p. 249. — Aucun document digne de foi, à notre connaissance, n’articule avec précision la somme des forces engagées du côté du dauphin. Nous estimerions volontiers ces forces de douze à quatorze mille hommes. Voyez Basin, t. I, p. 181. — La bataille de Saint-Jacques est demeurée, chez les Suisses, comme un glorieux souvenir national. Il a été célébré en dernier lieu par un pompeux anniversaire, à Bâle, le 26 août 1863.

  52. [1860]

    Æneas Sylvius, Laguille, cités, etc. — Rainaldi, Annales, 1659, in-f°, t. XVIII, n° 13. — Beaucourt-Escouchy, p. 23. — Lenfant, Concile de Bâle, t. II, p. 101 et suiv. — Histoire de l’Église gallicane, in-8°, t. XX, p. 399 et suiv. — J. Naucler, Chronicon, 1579, in-f°, p. 1072.

  53. [1861]

    Legrand, Naucler, Zschokke, Æneas Sylvius, Laguille, Basin, etc. — Ms. Résidu Saint-Germain, n° 143, f° 34 et suiv., 49. — Merklein, Einsisheim, etc., t. I, p. 176.

  54. [1862]

    Legrand, Laguille, Merklein, Pie II, Zschokke, Naucler, Basin ; Escouchy-Beaucourt, p.24 ; J. Chartier, t. II, p.45 ; Ms. Harlay, 234, 3, f° 145 ; Bri, 108, f° 1 ; 500 Colbert, n° 296, f° 165. — Radegonde avait été fiancée, comme on l’a dit, le 12 avril 1430, à Sigismond, né en 1427 (Art de vérifier les dates, aux ducs d’Autriche). Corneille Zantfliet, dans sa chronique, dit que cette princesse était bossue : gibbosam. (Ampliss. collect., 1729, t. V, in-f°, col. 451.) Elle mourut de maladie à Tours, le 19 mars 1445. Ms. de la Bibliothèque impériale, quittance du médecin, Jacques Perchet (non classée). — Anselme, à Charles VII. — Mémoires de la Société des antiquaires de France, t. XVIII, p. 481, 482.

  55. [1863]

    Laguille, p. 339, 540. — Æneas Silvius, p. 573, 574. — Avantini, p. 511. — Berry, p. 427. — Escouchy, p. 34-36. — Schoepflin, Alsatia diplomatica, t. II, p. 374-380. K. 68, n° 9. — Spicilegium, 1723, in-f°, t. III, p. 765. — Ms. Dupuy 760, f° 103 à 123. — Legrand, t. I, p. 59 à 79, et t. IV, passim. — Relation du siège de Metz, p, 220.

  56. [1864]

    À Dambach, le dauphin fut blessé au genou, d’une flèche (qui cloua pour ainsi dire sa jambe à la selle de son cheval). Cette blessure l’obligea de se retirer à Ensisheim pour s’y faire panser. Laguille, p. 340. — Voir, au même endroit, le dénombrement des troupes et leur répartition par cantons, pour hiverner dans le pays ; total : 50,500 hommes. Merklein, Einsisheim, loc. cit. — Corneille Zantfliet, col. 451.

  57. [1865]

    Zantfliet, Ampliss. coll., col. 450. — Cruel, 396. — Berry, 425. — Ms. Legrand, t. VI, f° 215 et suiv. — Saulcy et Huguenin, Siège de Metz, p. 1 et suiv., 192 et 287. — J.J. 177, f° 7, acte 12 (la rubrique). P. P. 110, f° 266, 267. — Ms. Fontanieu 119 ; au 4 septembre 1444. — Beaucourt-Escouchy, p. 28. — Basin, t. I, p. 163. — Journal de Paris, p. 725. — Jean Chartier, t. II, p. 44. — Bourdigné-Quatrebarbes, t. II, p. 193. — Loredan Larchey, Les Bombardiers de Metz, 1861, in-8°, p. 21 et suiv. — Ordonnances, XIII, 408. — Documents relatifs à l’histoire de Lorraine, Nancy, 1858, in-8°, t. III, p.194 et suiv.

  58. [1866]

    Saulcy et Huguenin, Relation du siège.

  59. [1867]

    [NdÉ] Ou encore Jean Vitton.

  60. [1868]

    Saulcy, p. 28 et suiv. — Jean Chartier. — Nicole Gilles, f° xcj.

  61. [1869]

    P. P. 110, f° 251. Histoire ecclésiastique et civile de Verdun par un chanoine de cette ville, Paris, 1745, in-4°, p. 589 et suiv. — Ms. Moreau, n° 251, f° 62.

  62. [1870]

    Relation, p. 35 et suiv., 201 et suiv., 154, 203, etc. — Jean Chartier. — Escouchy, p. 28. — C. Zantfliet. — Il n’est pas douteux que Pierre de Brézé, ainsi que les grands personnages français, reçurent des Messins de larges gratifications, pécuniaires et autres. Mais on n’observe pas que ces présents aient altéré en rien la droiture et la fidélité de leur conduite. L’usage des présents diplomatiques ou administratifs était, au quinzième siècle, d’un emploi quotidien et universel. Le lecteur a vu entre autres, par l’exemple de Barbazan, que les hommes du caractère le plus noble et le plus pur participaient à cette coutume, ou, si l’on veut, à cet abus.

  63. [1871]

    Saulcy, p. 95, 107, 110, 201, 233. — Escouchy, p. 30. — Histoire de Metz, par D. D. Maugerard, etc., 1787, in-4°, t. V, p. 475.

  64. [1872]

    Huguenin, etc., p. 169 et suiv., 215, 279 et suiv. — Jean Chartier, t. II, p. 46 et suiv. — Escouchy, p. 38. — Histoire de Metz, t. II, p. 642 et suiv. ; t. V, p. 462 à 470. — Zantfliet, col. 452. Histoire de Lorraine, t. II, p. 852-838. — Villeneuve, Histoire de René d’Anjou, t. I, p. 350. — Berry, p. 426. — Chronique de Lalaing, Panthéon, p. 615.

  65. [1873]

    Saulcy, p. 181, 222, 284, et Ms. français, 5782. — L’abbé des Tuileries, Dictionnaire universel de France, 1726, in-f°, t. III, col. 1404 et suiv., au mot Yvetot. Communication de M. Lacabane. — John Holland fut maire de Bordeaux de 1427 à 1432 (Compte rendu des travaux de la Commission historique de la Gironde pour 1849-50, Bordeaux, 1851, p. 29). Il mourut après 1448. (Dugdale, Baronagium anglicanum, t. II, p. 81.)

  66. [1874]

    Histoire de Metz, t. II, p. 541. — Escouchy, p. 7, 11, etc. — Zantfliet, col. 451. — Huguenin et de Saulcy, p. 192, 209, 216.

  67. [1875]

    Histoire de Metz, p. 643. — Histoire de Verdun, p. 390, Preuves, p. 33. — Histoire de Toul, p. 538. — Ms. Moreau, n° 251, f° 63 et 64. — Ms. Legrand, Histoire de Louis XI, t. IV, pièce 3. — Ordonnances, XIII, 453. — Le roy estant dedans lad. ville de Nancy, se mirent en son obéissance plusieurs places, villes et forteresses, tant sur les marches de Bourgoingne, comme de Lorraine et d’environ, entre lesquelles en furent la cité d’Orville, Verdun, Espinach (Épinal), Chalences, et aucunes autres, dont la plus grant partie se alèrent offrir et donner à luy de leur propre volenté, sans à ce estre contrainctes, etc., etc. Escouchy-Beaucourt, p. 28 et 29. — Ordonnances, XIII, 410, 413, 423, 425, 433 ; XVI, 195. — Ms. Moreau, n° 251, f° 110, 111. — Ms. Bri., n° 129, f° 37 ; n° 132, f° 53. — Documents relatifs à la Lorraine, p. 177. — Au mois de mars 1445, le roi mit sus de son autorité la somme de 300,000 livres sur ses pays de Langue d’oïl, à cause de la guerre. Une somme supplémentaire fut en outre demandée aux contribuables pour le dauphin, afin de le récompenser de ses peines corporelles, endurées dans la campagne d’Allemagne. Archives de Châlons-sur-Marne, 3e registre des délibérations municipales, 1431-1446, aux 7 et 31 mars 1445, N. S. Communiqué, sous les auspices de S. E. M. le ministre de l’intérieur, par les soins obligeants de M. A. Champollion Figeac, chef du bureau des archives départementales et communales.

  68. [1876]

    Pii II epistola 87, Naucler, Laguille, Pirckeimer, loc. sup. cit. — Actes administratifs de 1444 juillet à 1445 mars, dans le recueil des Ordonnances des rois de France. — Aides et finances en Languedoc, L. XIII, p.407, 414 et suiv. — Suppression de péages établis sur les rivières des pays de France, Champagne et Brie, tant au-dessus qu’au-dessous de Paris, 405. Ressort judiciaire des affaires qui concernent l’Hôtel-Dieu de Paris, XIX, 581 ; Félibien, II, Preuves, p. 258, a. — Actes divers : Ord. XIII, 412, 421 ; XXIII, 536. — 1445, mars 30, Appuntamento preso dal camariere e dagli ambassatori del duca di Savoia per portarsi a Lione e trattare dei mezzi pià convenienti per pacificare la Chiesa e procurare effetto di persuadere il papa Felice V ad aderire ai ordine al papato. Archives de Gênes. Communiqué par M. Ch. Casati.

  69. [1877]

    K. 68, n° 12 ; Catalogue Teulet, p. 515.

  70. [1878]

    Brekenoke’s computus, apud Stevenson, Henri VI, t. I, p. 445 et suivi Lettre originale, signature autographe, d’Henri VI à Charles VII, 21 août 1444, sur son mariage avec Marguerite ; Ms. fr. 4054, f° 24. — Proceedings, etc., t. VI, préface, p. XV. — Rymer, Fœdera, t. V, partie I, p. 158.

  71. [1879]

    L’un des mystères figurés en avant du pont de Londres pour célébrer le joyeux avènement de la reine Marguerite, représentait la Paix et l’Abondance. The Chronicles of London Bridge, by an Antiquary, Londres, 1827, in-12, p. 276.

  72. [1880]

    Biographie Didot, article Marguerite. — Strickland, Lives of the Queens of England, 1844, t. III, p. 180 et suiv. — D. Calmet, Histoire de Lorraine, t. II, p. 837 ; t. III, Preuves, col. DCLX. — Benoît, Histoire de Toul, p. 540 ; cet auteur donne pour date au traité le 25 septembre ; c’est sans doute décembre qu’il faut lire. — Escouchy-Beaucourt, p. 84 et suiv.

  73. [1881]

    Les mêmes. — Anselme, Marguerite d’Anjou. — Basin, I, 156. — Olivier de la Marche, p. 407, 408. — Relation du siège de Metz, p. 149, 211 et suiv. — Histoire de René d’Anjou, t. I, p. 353 et suiv. — L’acte de fiançailles, per verba de presenti, avait été délivré à Tours le 24 mai 1444. Expédition originale : P. P. 329 ; pièce cotée iiie xxvij ; clij.

  74. [1882]

    Berry, p. 426. — Jean Chartier, t. II, p. 45, 46. — Bourdigné-Quatrebarbes, t, II, p. 193, — N. Gilles, xcij. L. L., 416, f° 699. — Stevenson, ubi supra, p. 79, 448. — Histoire de René. — D. Calmet, Preuves, loc. cit. K. 68, 1, 3.

  75. [1883]

    Escouchy-Beaucourt, p. 87, 89. — Strickland, p. 198 à 203. — Biographie Didot : Marguerite. — L. Fallue, Histoire de la cathédrale de Rouen, 1850, in-8°, t. II, p. 459.

  76. [1884]

    Escouchy.

  77. [1885]

    Strickland. — Biographie Didot. — Chronicles of London bridge, p. 274, 277.

  78. [1886]

    Stevenson, Henri VI, p. 79 et suiv. 169, etc. — Basin-Quicherat, t. IV, p. 151. — Jeanne épousa, par contrat du 11 mars 1448, Jean II duc de Bourbon, alors comte de Clermont. Madeleine fut mariée en 1462 au prince de Viane (Anselme).

  79. [1887]

    Itinéraire. — 1444, déc. 17, Nancy. Lettres du roi en faveur des Orléanais. Il renouvelle pour trois ans une subvention de dix deniers sur chaque minot de sel vendu dans le royaume, afin qu’ils puissent achever la reconstruction de Saint-Aignan. Ms. Gaignières 649, 5, pièce 12. — Ordonnances, XIII, 251.

  80. [1888]

    L’ordonnance du 25 septembre 1443, dans son préambule, rappelle de nouveau les désordres actuels des gens d’armes. Des actes notables d’insubordination et d’indiscipline se produisirent encore au lendemain même du traité passé avec les Messins (mars 1445). Voyez Journal de Paris, p. 725, etc. — 1445. L’armée du roy fut en ceste année en Alemaigne et puis s’en revint et furent mis par les bonnes villes gens en garnison jusques à xvc lances et vjm archiers à vivre aux frais du païs. — Item lad. année le roy leva grant argent des terres et revenues des églises et communaultés et affranchiz, comme il est touchié en ce papier cy après… Reg. 3 de Châlons sur Marne, f° 1, v°, 119 et suiv… 1500 lances, 3,000 archiers et 2,500 coustilliers ; ibid. f° 2.

  81. [1889]

    Escouchy-Beaucourt, p. 36, 51 et suiv. — Gruel, p. 396. — D. Plancher, t. IV, p. 259, 261 ; Preuves, p. clxxv et suiv.

  82. [1890]

    Auteurs cités. — Ms. Gaignières 898, 1, f° 152. — Bibliothèque de l’École des chartes, t. VIII, p. 124 et suiv. — Olivier de la Marche, p. 408. — Parmi les capitaines conservés, nous pouvons citer Pierre de Brézé ainsi que Robert de Flocques dit Flocquet, tandis qu’Antoine de Chabannes, comte de Dammartin, fut éliminé. Le duc de Bourbon reçut une compagnie de l’ordonnance et prit, avec l’agrément du roi, Jacques de Chabannes, frère d’Antoine, pour lieutenant. (Berry, p. 427. K. 68, n° 14. Chronique martinienne, f° ccxxxviij v°). — Le comte de Dunois devint inspecteur général et reçut, à ce qu’il paraît, le titre de capitaine de l’arrière-ban, qu’il exerçait du moins en 1450. Le Beurier, Rôle des taxes de l’arrière-ban au bailliage d’Évreux, 1861, Évreux, in-8°, p. 30.

  83. [1891]

    Ce calcul ne fournit qu’un total de neuf mille hommes et neuf mille chevaux. Les mille chevaux de complément représentent sans doute les capitaines, leurs lieutenants, les inspecteurs et le charroi. Il paraît d’ailleurs que des volontaires à la suite, ou surnuméraires, ne tardèrent pas à s’adjoindre au personnel d’ordonnance. C’était la suite des anciens valets d’armée. Voir sur ce point Daniel, Milice françoise, t. I, p. 212.

  84. [1892]

    K. 68, n° 14 et 14 bis. — Berry, p. 427. — Escouchy-Beaucourt, p. 55. — Mémoires de Basin, t. I, p. 165 et suiv. liv. IV, ch. 3.

  85. [1893]

    Bibliothèque de l’École des chartes, loc. cit.

  86. [1894]

    Auteurs cités. — Archives Soubise, K. 68, n° 22. Ms. fr. 5909, f° 216, v° ; 5055, f° 126, v°. — Mallet-Bernier, Chronique de Senlis, 1835, in-8°, p. 24, 25. Cf. Ord. XIII, p. 442 ; Bugniot, Vie de Jean Germain, Chalon-sur-Saône, 1862, in-4°, p. 14. Reg. 3 de Châlons au 10 février 1446 n. s, f° 120, v°.

  87. [1895]

    Ordonnances, XIII, 428 et suiv. 444 et suiv.

  88. [1896]

    Fête des Fous : Ms. La Ravallière, n° 47, p. 166 et suiv. ; ne 108, p. 215. Mercure de France, octobre 1747, p. 56. Boutiot, Recherches sur le théâtre, etc., p. 424. Gallia Christiana, XII, p. 95, 97. — Foires de Champagne, Ordon. XIII, 431. — Exemption aux habitants de Meaux pour conserver la forteresse : M. 443 ; XVI, 158. Chapitre de la Sainte-Chapelle justiciable du Châtelet, XIII, 427. — Immunité de sel royal accordée aux religieux de Saint-Jean du Liget (Touraine) XVIII, 338. — Monnaie du Dauphiné XIII, 452. Bénéfices accordés par le concile de Bâle aux officiers et conseillers du roi. Mémorial de la chambre des comptes, K., f° 134. P. P. 110, f° 262.

  89. [1897]

    Berry, 426. — Chartier, II, 47. — Ms. lat. 54, 14 A, f° 77. — Ms. lat. 5936 A, f° 188. Ms. fr. 3384, f° 171 et suiv. — Ms. fr. 4054, passim. — Stevenson, I, 89 et suiv. — P. P. 329, pièce cotée iiijc xxij ; cliij.

  90. [1898]

    Ms. 8448. — Mémoires de l’Académie des inscriptions, 1791, in-4°, p. 336. — Beaucourt-Escouchy, p. 4, 2 et 66 (notes). — Barbat, Histoire de Châlons, 1860, in-4°, p. 332. — Reg. de Châlons f° 1, v°, et 86.

  91. [1899]

    Benoît, Histoire de Toul, p. 538. — D. Calmet, Histoire de Lorraine, t. II, p. 838. — Élargissement du comte d’Angoulême : Catalogue Teulet, p. 82 et suiv. K. 64, n° 37-7. Carton 5 : Orléans-Valois (cabinet des titres) ; d’Argentré, Histoire de Bretagne, 1618, in-f°, p. 803. — Chronique de Lalaing (Panthéon), p. 614 et suiv. — Escouchy-Beaucourt, p. 40, 42, 83. — Édouard de Barthélemy, Histoire de Châlons, p. 552. — Gruel, p. 396. — Actes de Bretagne, 1744, in-f°, t. II, col. 1375 et suiv. — G. Gruel, p. 596. — Là (à Châlons) vinrent plusieurs grans ambaxades de par le duc de Milant, le duc de Savoye, de par le roy d’Espaigne, de par le roy de Castille, de par les Grégois, l’arcevesque de Constantinoble ; … de par les Alemans l’arcevesque de Couloingne… Et là furent faictes grandes honorables et sumptueuses joustes ou Marchié (sur le marché de la ville) à lices, etc. Reg. 3, f° 1, v°, 86. — Arrivée de la reine. Son entrée, etc., au 3 mai, f° 117.

  92. [1900]

    Ms. f. 10297. — Vallet de Viriville, Chronique de la Pucelle, 1859, in-12, p. 90, 99.

  93. [1901]

    Chronique de Lalaing, p. 015. — Biographie Didot, articles Clèves (Marie de), Lalaing. — Olivier de la Marche dit : Le comte de Saint-Pol, jeune seigneur moult sage et bien adrecé, bon corps et droit et nourri en la maison de Bourgogne, p. 407, 408. — Escouchy-Beaucourt, 42. — Histoire de René d’Anjou, t. I, p. 450.

  94. [1902]

    hourt : estrade pour regarder un tournoi.

  95. [1903]

    béhourdis : tournois.

  96. [1904]

    Et en espécial le roi, monseigneur le dauphin, le duc d’Orléans et autres les ducs, comtes, barons, chevaliers et écuyers et généralement tous ceux de la cour du roi le véoient volontiers (Jacques de Lalaing), disans tous que faillir ne pouvoit de parvenir à un haut bien, si mort ne l’avançoit. Chronique de Lalaing, p. 618, 619. Voyez, dans le Ms. français 966, f° 1, la miniature où Marie de Clèves est représentée (vers 1441) avec le duc Charles, son époux. Marie de Clèves était née en 1426, et Charles, duc d’Orléans, en 1391.

  97. [1905]

    Escouchy, p. 42. — Biographie Didot, article René d’Anjou. — Un écrivain satirique et hostile trace en quelques mots la contrepartie et comme la caricature de ce panégyrique : … Et comme le susdit roy René (dit Bournon, auteur lorrain) n’étoit en souciante de rien et n’avoit en la ville de Nancy que vie oyseuse, que passoit à faire dixaines de chapelets que passoit en rubans, ou en oiseaulx que plumoit à ceste fin qu’eust couleur de plumes que vouloit peindre, luy prit fantaisie de guerroyer et vint attaquer les àlessins qui n’en pouvoient, … dont tira grosse somme d’argent et n’avoit droit. Apud Bargemont, Histoire de René, t. I, p. 453-4.

  98. [1906]

    L’Abusé en cour est le titre d’un roman politique et moral, qu’on attribue à ce prince.

  99. [1907]

    Article cité. — Même recueil : La Sale (Antoine de). — Comptes de René d’Anjou : P. P., 1339. — Œuvres de Chastellain, 1863, II, 162 et suiv.

    J’ay un roy de Cécille

    Vu devenir berger

    Et sa femme gentille

    De ce propre mestier

    Portant la pannetière

    La houlette et chapeau,

    Logeant sur la bruyère

    Auprès de leur troupeau.

    Récollection des merveilles advenues de nostre temps, dans les œuvres de Chastelain ; Buchon, Panthéon, p. xlix. Œuvres de René, éd. Quatrebarbes, 1843, t. II, sub fine. Il s’agit ici de Jeanne de Laval, seconde femme de René d’Anjou.

  100. [1908]

    Vallet de Viriville, Jean Fouquet, peintre français du quinzième siècle, dans la Revue de Paris, août et novembre 1857, p. 409 et suiv. — Vasari, Vite, etc. Ed. Lemonier, Florence, 1843, in-12, t. IV, p. 18. — Chalmel, Histoire de Touraine, t. IV, p. 186. — Gazette des beaux-arts, 1859, p. 203, etc. — Le style de Fouquet se caractérise par un éclectisme plein d’originalité. C’est la naïveté gothique du Nord, assimilée et combinée avec la touche ardente et naturaliste du Midi, sous l’influence claire et sereine du génie français.

  101. [1909]

    Berry, 426. — Escouchy-Beaucourt, p. 41. — Histoire de René d’Anjou, t. I, p. 445. — Chronique de Lalaing, p. 625.

  102. [1910]

    Ordinairement vertes, sa couleur de prédilection. Charles, Dauphin, avait adopté la devise ou livrée tricolore de Charles V, son aïeul : rouge, blanc et bleu. Plus tard, il substitua au bleu la couleur verte.

  103. [1911]

    Voici la liste des principaux portraits de Charles VII qui nous sont restés : — 1° peint vers 1450, par Fouquet, à genoux, l’un des rois mages de l’Épiphanie ; livre d’heures d’Étienne Chevalier, en la possession de M. Brentano, à Francfort-sur-le-Main, 1re série, n° 8. — 2° peint en buste, vers 1455, pour la Sainte-Chapelle de Bourges, Musée du Louvre, École française, n° 653 ; chromolithographie, le Moyen âge et la Renaissance, t. V ; voyez Bulletin de la Société des Antiquaires, 1862, p. 62. — 3° Excellente répétition ou analogue, par rapport au n° 2 ; faisait partie en 1854 de la galerie de M. Duclos, à Paris. — 4° Peint en pied, miniature dans le Voyage d’Ehingen, vers 1457 ; le ms. original à Stuttgart. La bibliothèque Sainte-Geneviève, à Paris, possède un autre exemplaire contemporain et détaché de cette miniature. Gravé Vallet de Viriville, Iconographie historique, 1834, in-4°, p. 10, fig. 2. — 5° représenté comme pendant de Charlemagne, dans le tableau du palais de justice (1re chambre de cour impériale) ; gravé Taillandier, Mémoires de la Société des Antiquaires de France, t. XVII, p. 169. Voyez Guilhermy, Itinéraire archéologique de Paris, in-12, p. 305. — Chastellain, 1863, p. 179.

  104. [1912]

    Georges Chastelain, fragment publié par M. Quicherat, dans Agnès Sorel, p. 10. — Basin, I, 312. — H. Baude, dans Chartier, II, 128.

  105. [1913]

    Les divers biographes d’Agnès Sorel s’accordent à admettre qu’elle fut mère de l’une de ses filles en 1445. Le silence des historiens paraît donc être le fait d’une réserve volontaire et peut servir d’argument pour expliquer la même omission avant 1444. — Influence d’Agnès ; elle va de pair avec celle de la reine et de la dauphine. Voyez Duclos, Pièces justificatives, 1746, in-12, p, 47, dernier alinéa.

  106. [1914]

    Biographie Didot : Rolin. — Histoire de Bourgogne. — Isabelle fit son entrée publique à Châlons le même jour que Charles VII. Barthélemy.

  107. [1915]

    K. de Lettenhove, Histoire de Flandres, édit, in-12, t. III, p. 225 ; — Œuvres de Chastellain, Bruxelles, in-8, 1863, t. I, p. xvij-xviij. — Exposition sur vérité mal prise dans Buchon, Panthéon, p. 532. — Escouchy-Beaucourt, p. 81. — Ordonnances, XIII, 441. J. J. 177, f° 157.

  108. [1916]

    D. Plancher, t. IV, p. 259 ; Preuves, p. clxxiv et suiv. — Ms. Collection de Bourgogne, t. X, 460. — Escouchy, p. 72 et suiv. — Ol. de la Marche, p. 393. — Voyez aussi Ms. Dupuy, 760, f° 113, 1445-1446, février 13. — Le roi, à Tours, s’allie par traité avec le duc de Bavière.

  109. [1917]

    Biographie Didot, la Marche (Olivier de).

  110. [1918]

    Panthéon, p. 407.

  111. [1919]

    Le Moyen âge et la Renaissance, article intitulé Cérémonial, étiquette. Histoires de Bourgogne.

  112. [1920]

    Toujours en bien (e sempre bene). J. J. 178, acte n° 5. — Ms. Moreau, 251, f° 131 et suiv. — Mémoires de la Société des antiquaires de France, t. XVIII, p. 481 et suiv. — Rouyer et Rucher, Histoire du jeton, 1858, in-8°, pl. IX, fig. 75, p. 31 et 96. — Biographie Didot, article Marie d’Anjou.

  113. [1921]

    Les Honneurs de la cour, par Aliénor de Poitiers, fille de Mme de Namur, dame d’honneur d’Isabelle de Portugal, duchesse de Bourgogne ; éd. Saint-Palaye, 1759, t. II, p. 197 et suiv.

  114. [1922]

    Escouchy, Plancher, Ol. De la Marche, loc. cit. Berry, 427, 428. Reg. 3 de Châlons, f° 1.

  115. [1923]

    Barbat, Histoire de Châlons, p. 352. — Barthélemy, Histoire de Chalons, p. 187. — Duclos, Histoire de Louis XI, pièces justificatives, 1746, in-12, p. 27 et suiv. — Ce congrès primitivement devait avoir lieu à Reims.

  116. [1924]

    1457, janvier. Le roi donne à la dauphine, pour étrennes, un miroir d’or à pied garni de perles. Ms. Legrand, t. VI, à la date. — En mai 1437, la dauphine s’entremet pour préserver la Touraine, qu’elle habitait, des atteintes de Rodrigo. Archives de Tours, Cabinet historique, 1859, p. 118, 119. — Cagny, chap. CLIX. — Stevenson, Life and death of James the First, p. 16, 17.

  117. [1925]

    Jean Bouchet, Annales d’Aquitaine, 1644, in-fol., p. 232. — Au moyen âge, le baiser sur la bouche était habituel, notamment dans la cérémonie de l’hommage, quel que fût le sexe du suzerain ou de l’hommager.

  118. [1926]

    Comptes des dépenses de la dauphine, Ms. s. fr. 1496, f° 1 à 32. — Quittance de 1000 liv. t., donnée à Nancy le 8 mars 1443, reçues par la dauphine, probablement pour les noces de Marguerite d’Anjou ; signature autographe : Marguerite, Cabinet des titres, pièces inclassées (Jacques Cœur et autres, carton marqué RR, 430, vu en 1860). — Autre quittance du 20 juillet. Legrand, L. VI, f° 273 et 311. — P. Clément, Charles VII et Jacques Cœur, t. II, p. 32, Barthélemy, Histoire de Châlons, p. 187.

  119. [1927]

    Ayant remarqué un écuyer qui s’était distingué dans une joute, elle lui envoya 500 écus d’or en présent. Legrand, t. I, f° 85. Duclos, pièces citées, p. 44, 46, 59. — Dépositions judiciaires : …M. de Charny dit qu’il avoit entendu qu’elle n’étoit point habile à porter enfans, et si ainsi étoit qu’elle allàt de vie à trespassement, il faudra marier monseigneur le dauphin à une autre qui fit encline à porter enfans ; il avoit ouy dire à madame du Bois-Menard (dame matrone de la cour), qu’elle (la dauphine) mangeoit trop de pommes aigres et de vinaigre et se ceignoit aucune fois trop serrée, aucune fois trop lasche, qui étoit chose qui empeschoit bien à avoir enfans… Monseigneur n’aimoit point la dite dame pour ce que par avanture ses basses marches ne se portoient pas bien. Pièces, p. 47, 55.

  120. [1928]

    Ms. s. fr. 2878, f° 46. Ms. fr. 2899, f° 81. Lincy, Femmes célèbres, p. 586. — Marguerite de Salignac et Prigente de Melun, comme Jeanne Filleul, leur compagne, favorisaient les goûts littéraires de la princesse et l’encourageaient à ces veilles prolongées. Pièces, p. 43, 52, 54. — Le 18 août 1450, Marie de Clèves, duchesse d’Orléans, envoie un messager d’Yèvre-le-Châtel à Corbeil, où était la reine, pour recouvrer des mains de Prigente de Melun, dame de la reine, un roman de chevalerie intitulé Clériadus, que la duchesse avait prêté à Prigente. Catalogue Joursanvault, n° 852 ; la pièce originale à la bibliothèque du Louvre. — En 1446, Annette de Guise, autre dame de la dauphine, conservait un livre que lui avait communiqué ou confié sa maîtresse ; livre qui parle d’amours et de chansons et ballades. Ms. Dupuy, 762, f° 53.

  121. [1929]

    Ms. Dupuy, 762, f° 1. — Commynes-Dupont, t. II, p. 274. — Buchanan, t. II, p. 357. : …Et lors le roy demanda si elle (la dauphine) étoit impédumée (enceinte ?) Il fut répondu que non… Et il qui parle dit que sa maladie venoit de faute de repos, comme disoient les médecins, et qu’elle veilloit tant… que aucunes fois il étoit presque soleil levant avant qu’elle s’allast coucher, et que aucune fois monseigneur le dauphin avoit dormi un somme ou deux avant qu’elle s’allast coucher, et aucune fois s’occupoit à faire rondeaux, tellement qu’elle en faisoit aucune fois douze par jour. Pièces, p. 43.

  122. [1930]

    Neuf heures du soir environ. Pièces, p. 42, 47. — Anselme, Estouteville. — Vallet de Viriville, Chartes VII et ses conseillers.

  123. [1931]

    Pièces. Ms. Dupuy, 762, f° 49. — Stevenson, James the first. — Barthélemy. — Barbat.

  124. [1932]

    Ms. Legrand, t. I, f° 86. — Ms. Dupuy, 762, f° 51. — Buchanan, Stevenson, Barthélemy, Barbat. J. J., 178, f° 72. — Legrand, t. I, f° 86, t. VI, p. 308. — Magasin pittoresque, 1852, p. 233.

  125. [1933]

    Legrand, t. VI, p. 277. — Ms. 762, f° 50. — Pièces et auteurs cités. — Berry, p. 428. Escouchy-Beaucourt, p. 67. — Journal de Paris, p. 720. — Siège de Metz, p. 291, etc. — Reg. 5 de Châlons, f° 1, v°.

  126. [1934]

    Ms. Legrand, t. I, P 88 ; t. VI, f° 259, 308, 317. J. 463, pièces 69, 104. J. J. 177, f° 47, v°. J. J. 186, f° 1, v°. J. J. 188, pièce 211. — Anselme à Louis XI. — Gallia Christiana nova, t. II, col, 1345. — La mort prématurée de la dauphine fut célébrée par la poésie populaire tant en France qu’en Écosse. Fr. Michel, Les Écossais, etc., t. I, p. 191. — L’une de ces complaintes, qui nous est restée, paraît avoir eu pour auteur Isabelle d’Écosse, duchesse de Bretagne et sœur de Marguerite. Voyez Revue des sociétés savantes, 1857, in-8°, p. 710 et suiv.

  127. [1935]

    18 août, le roi à Châlons ; 26, 28, à Sens ; le 16 septembre à Montils-lès-Tours. (Itinéraire.) Reg. 3 de Châlons, f° 1, v°.

  128. [1936]

    Jean, vicomte de Lomagne, son fils aîné, tenait la campagne pour son père. Il s’était réfugié auprès du roi de Navarre, ennemi de Charles VII et confédéré du vicomte.

  129. [1937]

    Escouchy-Beaucourt, t. I, p. 62. — Ms. fr. 2639, f° 1236 et suiv. — Montlezun, t. IV, p. 280. — Reg. 3 de Châlons, f° 1, v°.

  130. [1938]

    Jean Barbin, conseiller du roi en parlement, réunit une collection d’ordonnances et d’actes encore aujourd’hui intitulée Ordonnances Barbines.

  131. [1939]

    J. J. 177, acte 127. — Legrand, 2875, t. VI, p. 331.

  132. [1940]

    Ibid. — Jean IV, à force d’obsessions et de caresses, obtint d’Amaury de Sévérac, maréchal de France, qu’il testât en faveur de ce comte, son seigneur. Peu après, Amaury de Sévérac fut assassiné par guet-apens dans un château du comte. Jean s’empara immédiatement des seigneuries de Capdenac et Sévérac, appartenant à la victime. (Biographie Didot, art. Sévérac.) — La collection Fontanieu (vol 119) nous a conservé, par copie, un résumé de l’acte d’accusation ou charges en bref imputées au prévenu. Cette curieuse énumération se divise en quatre chapitres : I. Crimes contre le roi, la morale ou la chose publique. II. Contre les gens d’église. III. Contre les nobles. IV. Contre le peuple. Voici quelques extraits de cet abrégé : De peccato contra naturam, de quo constat per petias g. l. m. inventarii et per petias h. i. k. l. m. n. primi inventarii… Tient trente ou quarante ribauds ès places de Maymers, Saint-Vrain et la Fare, que par force il a ostées aux seigneurs ; lesquels (ribauds) pillent et rançonnent chacun… Qu’il a destroussé les gens de Monseigneur (l’évêque de Lodève), et osté leurs chevaux, et tient leurs places et bénéfices… qu’il a rançonné tous les abbés et prieurs de sa terre d’un double dixième, et par deux fois au prieur de Saint-Marcel, qu’il a fait mourir et privé de son bénéfice pour son bâtard Jean de Lescun (légitimé par Charles VII, J. J. 177), et le détient… Qu’il bat son confesseur quand il ne veut l’absoudre ; qu’il a pillé le prieur de Saint-Pereyve, le curé de Trèves, item le curé de Saint-Salvaire ; à un religieux, son cheval et quinze écus en allant de Milhau à Vignan (ou au Vigan ?… nom de lieu altéré) ; qu’il a emprisonné le seigneur de La Face et lui a donné trois coups de dague ; il tient frontière au peuple pire que les Anglais, et prend vivres, bled, moutons, bœuf, etc., etc.

  133. [1941]

    J.J. 177, f° 80, v°. Ms. fr. 2639, f° 1234 à 1237. Ces lettres de rémission sont datées de Sarry, au mois d’août 1445. Or, on a vu que le roi quitta sans retour cette résidence le 18. Cependant il existe une pièce authentique, datée de Sens, le 26 du même mois et intitulée : Instruction de par le roy à envoyer au comte d’Armagnac, pour l’engager à implorer la clémence du roi… Voyez ces pièces. Legrand, t. VI, p. 324 et suiv.

  134. [1942]

    Mêmes autorités. — D. Vaissète, in-f°, t. V, p. 6 et 7. — Chastellain, Œuvres, 1863, t. II, p. 168. — Le roi, par lettres données à Chinon en mai 1446, transmit les quatre châtellenies au Dauphin, vainqueur de l’Île-Jourdain (Vaissète, ibid.).

  135. [1943]

    Original sur papier, signé Jaian, Ms. Résidu Saint-Germain, n° 142, pièce I.

  136. [1944]

    Gaujal, Études historiques sur le Rouergue, t. II, p. 505 et suiv. — Montlezun, Histoire de Gascogne, t. IV, p. 283, 287. — Le comte Gaston de Foix, allié du comte d’Armagnac, assistait à Châlons les défenseurs de Jean IV. En 1446, par ordre du roi, les conseillers de la couronne intimèrent à Gaston la défense de s’intituler comte par la grâce de Dieu. J’ai vu en 1857, chez M. Mayor, marchand d’antiquités, un mémoire manuscrit et original sur papier, envoyé du pays de Foix à Gaston, par Miguel de Verms, son gardien du Trésor des chartes et auteur de la Chronique de Foix, pour justifier cette formule ; pièce provenant des archives Joursanvault. L’intitulé en question était un des attributs conventionnels de la souveraineté. Le gouvernement de Charles VII étendit progressivement cette inhibition à tous les grands vassaux de la couronne.

  137. [1945]

    La Mure, Histoire des comtes de Forez, éd. Chantelauze, in-4°, t. II, article de Charles Ier, duc de Bourbon (communiqué en manuscrit par l’éditeur). — Anselme à Charles VII. — Ms. Legrand, t. VII, pièce 9. Ms. fr. 5909, f° 1209. — Ms. Brienne, n° 513, f° 245 et suiv.

  138. [1946]

    Le rédacteur du Journal de Paris, témoin oculaire et acteur, place l’arrivée de Ferdinand sous l’année 1446, après Pâques. Mais ce fait paraît avoir été transposé quant à la date. Escouchy, qui reproduit le Journal, et Du Boulay, qui travaillait sur les actes de sa compagnie, mettent cette insertion en 1445. Nous pensons que le séjour de Ferdinand eut lieu entre les mois d’avril et décembre 1445. — 1445, décembre 15, concile provincial tenu à Rouen. Dispositions contre les sorciers. Raynaldi, sub anno 1445, n° XX, 26. Histoire de l’Église gallicane, t. XX, p. 402. Item, en la dite année (1445) environ les advents vint à Paris ung josne homme d’environ xxiij ou xxiiij ans, natif du pais d’Espaigne nommé maistre Ferrant de Corduba… lequel fut examiné par l’Université. Reg. 5 de Châlons, f° 2.

  139. [1947]

    Journal de Paris, éd. du Panthéon, p. 727. — Escouchy-Beaucourt, p. 69 et suiv. — Récollection des merveilles, Panthéon, p. xlvij. Parlant grec, ébreu, caldéen et latin et françois. Reg. 3, f° 2.

  140. [1948]

    [NdÉ] Un Pic de la Mirandole désigne, avec une pointe d’ironie, une personne savante sur beaucoup de sujets (par antonomase de Jean Pic de la Mirandole, 1463-1494, érudit surdoué et touche-à-tout de la Renaissance italienne).

  141. [1949]

    Ibid. Vallet de Viriville, Histoire de l’instruction publique, p. 386. — Epistola divi Ferrarii ad Benedictum papam, apud ejusdem opuscula, Valence, 1591, in-8°, p. 85 et suiv. — Launoy, Histoire de Navarre, t. I, p. 157.

  142. [1950]

    Trithemii Opera historica, Francfort, in-f°, t. II, p. 415. — Antonio, Bibliotheca hispana vetus, Matriti, 1788, in-f°, t. II, p. 319. — Reg. 3 de Châlons, f° 2.

  143. [1951]

    Redet, Catalogue de D. Fontenau, p. 340. Anselme, à La Trémoille. Ms. Harlay, n° 601, vol. 6 (au 4 mars). J. J. 177, f, 140. 1446, avril 26, lettres de rémission pour le sire de Pons, allié de La Trémoille : K. 68, n° 96.

  144. [1952]

    Arme habituelle des gens de la campagne au quinzième siècle.

  145. [1953]

    J. J. 178, f° 1. Nouvelles recherches sur Agnès Sorel, p. 73.

  146. [1954]

    J. J. 178, f° 1. Nouvelles recherches sur Agnès Sorel, p. 73.

  147. [1955]

    Il y est dit que, depuis le meurtre, P. Sureau a été longuement détenu à Rozoy. (En partie avant la requête.)

  148. [1956]

    Ibidem. Anselme, aux comtes de Nevers. Nec ad horam ea (Agnete) carere posset (Carolus) : in mensa, in cubiculo, in consilio, lateri ejus semper adhæsit.Pii commentarii, p. 163. — Lettre d’Agnès à son prévôt de La Chesnaye, citée Nouvelles recherches, p. 74.

  149. [1957]

    Anselme, article Brézé. — Nous trouvons en 1402 : André ou Andrivet de Brézé, de la ville de Saumur, au diocèse d’Angers, secrétaire du roi de Jérusalem et de Sicile, et du prince de Tarente son frère, transcrivant à Aix, en Provence, l’un des manuscrits appartenant au roi de Sicile. Ms. fr. 7068, 3, Bibl. imp. P. Paris, Manuscrits françois, t. V, p. 6.

  150. [1958]

    Gruel, p. 373. — Brasseur, Histoire du conté d’Évreux, 1722, in-4°, Preuves, p. 121, etc. Ms. Gaignières, 649, 3, à : Évreux.

  151. [1959]

    Ces terres étaient alors dépeuplées, et Pierre de Brézé s’engageait à les remparer et à les défendre. Le roi se réserva la suzeraineté, une haquenée blanche au 1er mai de chaque année, pour l’hommage, ainsi que diverses autres charges et aumônes.

  152. [1960]

    Gruel, loc. cit. — P. P. 118, f° 30 ; P. P. 110, f° 214, 215, 219. — Ms. Dupuy, I, f° 224 à 226. K. 68, n° 7. — Mémorial, II, f° 137, v°. — Louis, dauphin, imputait au sénéchal à avoir reçu 400,000 écus pour la signature des trêves en 1444. (Legrand, t. VI, p. 662.).

  153. [1961]

    A. Champollion, Poésies de Charles d’Orléans, p. xxix et passim. — Olivier de la Marche, Panthéon, p. 407. — Georges Chastelain, ibid., p. 227. Édition Lettenhove, passim. — Gaguin, Annales, 1577, in-f°, p. 248.

  154. [1962]

    Agnès Sorel, p. 20, 21. Mémoires de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, t. VIII, p. 592. — Ms. fr. 1626, f° 1. — René d’Anjou, Le cœur d’amour épris, dans ses œuvres, t. III, p. 126, 127. — Ms. fr. 1425, Chapitre de l’hôpital d’amours. — Ms. 248 de Montpellier, orné des armes de Pierre de Brézé, avec le chiffre : E. E. entrelacés et sa devise : la plus du monde ; au Frontispice. Ce manuscrit contient l’Estrif de Fortune, par Martin Franc. (Communiqué sous les auspices de S. Exc. M. le ministre de l’instruction publique, en 1863.) Voir le tombeau de Brézé (chiffre) à la cathédrale de Rouen.

  155. [1963]

    Charles VII et ses conseillers, au mot Brézé. Cabinet des titres, dossier Breszé (Pierre de) ; il signait ainsi. Catalogue Joursanvault, t. I, n° 154, 1239, 1896. — Du Tillet, Recueil des roys, etc., p. 213. P. P. 110, f° 276. — Nicoles Gilles, f° xcij v°, etc., etc.

  156. [1964]

    Biographie Didot : Marguerite d’Anjou. — Chronique de Chastelain. — Thevet, Les Vrais portraits, etc. 1584, in-f°, f°. 201, v°.

  157. [1965]

    Gruel, p. 396. — Ms. Brienne, n° 80, f° 155. — Duclos, Pièces, 1746, in-12, p. 53. — Escouchy-Beaucourt, p. 68. — Legrand, t. I, p. 92, 96, 105 ; t. VI, P, 578.

  158. [1966]

    Chronique martinienne, f° cclxxxix. — Pièces de Duclos, p. 61. — Legrand, t. I, f° 97 et suiv., et t. VII, f° 647 et suiv. — La tenue des Écossais et leur service étaient ceux des horse-guards ou des cent-gardes de nos jours. Voir la peinture de Fouquet qui les représente (Adoration des mages).

  159. [1967]

    Chronique martinienne. — H. Baude, dans Chartier, t. III, p. 129. — Les Écossais en France, t. I, p. 195. — Ms. Résidu Saint-Germain, n° 143, f° 8, 15, 98. — Tête sans chaperon.

  160. [1968]

    Escouchy-Beaucourt, p. 119. — Journal de Paris, p. 728. — La Mer des histoires, Lyon, 1506, in-f°, f° cxxxv. — Anselme, à Charles VII. — Athénéum français, 4856, p. 252. — Legrand, t. I, p. 105, 106. — Itinéraire du dauphin : 1446, septembre, Chinon ; octobre à décembre, Tours ; 1447, janvier 7, Lyon ; Dauphiné. — Legrand, t. VI, p. 378 et suiv. — Itinéraire du roi : septembre, Chinon ; octobre à décembre, Maillé ; Tours. — Pii Commentarii, p.163.

  161. [1969]

    Nous nous proposons de peindre plus tard, dans un chapitre spécial, Charles VII comme ami des lettres. Nous y réunirons les faits et les autorités.

  162. [1970]

    1446-1447.

  163. [1971]

    Monstrelet (continué), éd. Vérard, t. III, f° cxxxix v°. — Le Roux de Lincy, Chants populaires, etc.

  164. [1972]

    Legrand, t. I, liv. II, p. 18 et s. — Duclos, Pièces, p. 74 et s. ; l’an 27 du règne, commençant le 22 octobre ; point de lieu, mois, ni jour. — Escouchy, p. 135 et s.

  165. [1973]

    Legrand, t. I, liv. II, p. 18. — Escouchy-Beaucourt, ibid., p. 138, note 1 et page 426. — Chronique de Normandie, f° 187. — Procès de Mariette, Ms. Saint-Germain fr., n° 2044, f° ij et suiv.

  166. [1974]

    Brézé était Angevin de naissance, mais il était Normand par ses alliances et ses principales seigneuries.

  167. [1975]

    Mêmes autorités. — 1449, après la Prise de Rouen, don à Jacqueline Mariette, veuve de Lancelot du Moncel, de la moitié des biens de Guillaume Mariette, son frère. P. P. 110, f° 223.

  168. [1976]

    Correspondance de G. Machet. — Ms. latin, n° 8577, f° iiijxxxix. — Ms. s. fr. 4805 Fontanieu, f° 333. — Sacs et lettres du roy estans à Tours, Ms. fr. 8438, f° 81. — Ms. Saint-Germain 2044, passim. — Ms. Dupuy, n° 152, Extraits du parlement, f° 250.

  169. [1977]

    Escouchy, p. 138. — Journal de Paris, p. 729. — N. Gilles, p. xciij. — Daniel, Histoire de France, 1755, in-4°, t. V, p. 375. — Item environ l’an xlvij le roy… fut à Bourges (octobre 1447, Itinéraire), et là vint Mariette. En l’an xlviij fut mis en procès messire Pierre de Brézé et ordonné commissaires à Melun. (Legrand, Pièces, Ms. 6966, fa 699.) — Inventaire des lettres et actes que messire P. Puy a baillés par commandement du roy (Louis XI, vers le changement de règne) à Jehan Bourré : … un coyer ouquel a plusieurs extraits du procès de feu Me Guillaume Mariette et le double de la rémission de messire Pierre de Brézé… Le double d’une lettre écrite par le sr de Hongressoit (Hungerford ?) audit Brézé. Le double de la confession prise par les commissaires qui firent le procès de Mariette. Le double de deux confessions, de deux dépositions dont l’une est de Cousinot et l’autre de M. Dunois. Lequel coyer est coté au dos P. A. (Même collection, t. VIII, n° 6967, p. 17.)

  170. [1978]

    Olivier de La Marche, Panthéon, p. 408 et suiv. — Chronique de Lalaing, p. 626. — Escouchy-Beaucourt, t. I, p. 81, 91. — La Colombière, Le Vray théâtre d’honneur et de chevalerie, 1647, in-fol., t. I, p. 81. — Villeneuve, Histoire de René d’Anjou, t. II, p. 6 à 22. — René-Quatrebarbes, Œuvres, t. I, p. lxxv et suiv. — Comptes de Guillaume Gouffier, écuyer, varlet de chambre du roi, 1446. Archives des Deux-Sèvres. Communiqué par l’archiviste, M. Goujet.

  171. [1979]

    Escouchy, p. 108.

  172. [1980]

    Escouchy-Beaucourt, t. I, p. 108 et suiv. — Fabyan, Chronicle of London, 1559, in-fol., p. 447. — Relation de la joute (Ms. Harléyen, etc.), publiée par M. Lambron de Lignim, Mémoires de la Société archéologique de Touraine, t. XI, p. 288 et suiv. ; ibid., p. 331.

  173. [1981]

    Ibid. Thom. Carte, History of England, 1752, in-fol., t. II, p. 125, Bibliothèque de l’École des chartes, t. XXIII, 1862, p. 149 et suiv.

  174. [1982]

    Bonnet ou coiffure de fantaisie.

  175. [1983]

    Chronique de Lalaing, p. 635. — Itinéraire. — Le Bois-Sire-Amé s’appelait ainsi d’ancienneté, Boscus senioris Amati. Ce nom donc ne lui vient nullement de Charles VII, comme le veut une tradition moderne et romanesque.

  176. [1984]

    Ibid.

  177. [1985]

    cranequin : sorte de grosse arbalète à pied tendue à l’aide d’un cric [NdÉ].

  178. [1986]

    guisarme : sorte de hallebarde [NdÉ].

  179. [1987]

    Barthélemy, p. 63, 184.

  180. [1988]

    Barthélemy, p. 65. — Notices de MM. Fouque, A. Janvier, Sellier, H. Boyer, sur les archers et arbalétriers de diverses provinces. Saint-Genois, Monuments anciens (arbalétriers de Tournay), Paris, 1782, in-fol., p. 1026. — R. 950, n° 33. — Ordonnances, XIII, p. 416, 483, 521. — Cranequinier envoyé d’Allemagne à Charles VII, vers 1448, par l’électeur Frédéric, duc de Saxe. Ms. lat. 5414, A, foi 79 et suiv. — Louis, dauphin, imitait son père, en le dénigrant. En 1447, Louis, résidant à Grenoble, donne aux arbalétriers, pour leur jeu, une place entre les anciens remparts de la ville et l’église des Dominicains. (J. Pilot, Revue du Dauphiné, 1839, t. VI, p. 38.) — Par lettres du 18 juillet 1445, Charles VII fait don à Estienne Arnaud, canonier, d’une masure et domaine sis au lieu d’Orfonds, dans la forêt de Loches, pour en jouir lui et ses descendants mâles en ligne directe. (Q, carton 381, à la date.)

  181. [1989]

    Berry, p. 432. — Basin, t. I, p, 168. — N. Gilles, f° xciiij v°.

  182. [1990]

    Ms. fr. 5909, f° 205 à 208. — Ms. Vc (500), t. IV, f° 16 à 18. — Ordonnances, XIV, p. 1 et suiv. — Mallet-Bernier, Chronique de Senlis, p. 26.

  183. [1991]

    Les mêmes. — Œuvres de Chastellain, t. II, p. 185.

  184. [1992]

    Biographie Didot, article Machet. — Gallia Christiana, t. I, p. 73. — Ms. latin 8577. L. L. 417, p. 483 ; etc.

  185. [1993]

    Félibien, Histoire de Paris, t. II, n. 835. — Ms. de la préfecture de Troyes, n° VII, f° 123. — Dansin, Gouvernement de Charles VII, p. 131. — D. Plancher, t. IV, p. 264. — Œuvres de Chastellain, t. I, p. xviij. — P. P. 110, f° 266. — Ordonnances, XIII, 455 à 496 ; XIV, 7 ; XVI, 572. — Le 14 août 1448, le roi fit don à Jeanne de Béthune, veuve de Jean de Luxembourg, de certains biens confisqués sur ce dernier. K. 68, n° 32.

  186. [1994]

    Ms. Saint-Germain français 1095, à la date de 1446. — D. Housseau, t. IX, n° 3917, 3921, 3935. — Ms. Brienne 317, f° 197. — Ms. Gaignières 649, 5 ; pièces 15 et suiv. Ms. Gaignières 894, f° 81. Ms. Gaignières 649, 6. J. J. 1166, n° 13. K. 68, n° 20. — Journal de Paris, p. 728. — Germain, Commerce de Montpellier, t. III, p. 568. — Ordonnances, XIII, p. 453 à 536 ; XIV, p. 6 à 47, 228, 444 ; XV, 388, 417, 456 ; XVI, 103 ; XVIII, 347, 547 ; XIX, 272, 420 ; XX, 64.

  187. [1995]

    Généalogie des rois d’Écosse. — Pii Commentarii, p. 163. — Anselme, aux Ducs de Bretagne. — F. Michel, des Écossais, etc., t. I, p. 181 et suiv. — l existe plusieurs portraits originaux d’Isabelle d’Écosse et de ses filles : Ms. 1569 latin, Livre d’heures d’Isabelle, f° 58, etc. Ms. français, n° 958 (peint en 1464), f° 1.

  188. [1996]

    Berry, p. 428. — Ms. Legrand, t. 1, liv. II, p. 21 ; t. VI, p. 277 et suiv. — Ms. latin 10, 187, pièces 8 et suiv. — Stevenson, Henri VI, t. I, p. 194, 197, 221. — Ms. latin 5414 A, f° 79 v°. — Ms. Gaignières 77211, f° 586. — Spicilège, t. VII, p. 252. — Laborde, Ducs de Bourgogne ; Preuves, t. III, p. 494, 495. — Marquardt Hergoft, Monumenta domus Austriæ, 1775, in-fol., t. III, Pinacotheca, p. 121 et planche XXX (figures).

  189. [1997]

    J. 678, n° 28 et 29. — Du Tillet, Recueil des traitez, p. 242. — F. Michel, loc. cit.

  190. [1998]

    En 1445, deux prêtres et un marchand, envoyés de Girone (Espagne), se présentèrent par-devant Jean Chartier, chantre de l’abbaye de Saint-Denis et chroniqueur royal. Ils le requirent de leur délivrer un extrait des Grandes Chroniques (qui, on le voit, faisaient foi en matière historique, dans toute la chrétienté), ou certificat authentique attestant les privilèges conférés par Charlemagne, suivant la chronique de Turpin, aux habitants de Galice, de Catalogne et autres provinces d’Espagne. Le 6 octobre 1445, Philippe de Gamaches, abbé de Saint-Denis, délivra cette attestation sous forme de lettres, qui furent homologuées immédiatement par le roi de France et scellées de son sceau. J. J. 177, f° 57, pièce cij. Ms. Fontanieu 119, à la date. Cf. Jean Chartier, Chronique de Charles VII, t. I, p. xj.

  191. [1999]

    Ms. Dupuy 766, f°, 115, 115. — Ms. lat. 60, 24 (Baluze), p. 46, 47. — Ms. fr. 5909, f° ijdxvij, v°. — Catalogue Joursanvault, n° 403. — Berry, p. 4330. — Aventini, Annales Boiorum, 1627, in-fol., p. 512. — 1447, décembre 15, nouveau traité avec le duc de Savoie. P. P. 110, f° 269. — Escouchy-Beaucourt, t. I, p. 113.

  192. [2000]

    Ms. Legrand, t, VII, p. 701 et suiv. — Escouchy-Beaucourt, t. I, p.125 et suiv. — D’Argentré, Histoire de Bretagne, 1618, in-fol., p. 810. — Lottin, Recherches sur Orléans, t. I, p. 300. — A. Champollion-Figeac, Louis et Charles d’Orléans, p. 351. — Biographie Didot : Charles d’Orléans.

  193. [2001]

    Ms. Legrand, t. I, liv. II, p. 9 ; t. IV, f° 11 et 12. — Carton de Jacques Cœur aux Mss. de la Bibl. nationale (en 1850), carton provisoirement ou fortuitement coté : R. R. 430 (inclassé). — Ms. Dupuy 760, f° 63. Ms. fr. 5909, f° viiixxj et ccxvij v°. — Berry, p. 429. — Escouchy, p. 113. — Spicilège, 1723, t. III, p. 726 b. — E. di Pietro, Histoire d’Aigues-Mortes, 1849, in-8°, p. 183.

  194. [2002]

    Ms. Fontanieu 119, 120, à la date. — Cabinet historique, 1856, p. 193 et suiv. — D’Argentré, p. 811.

  195. [2003]

    Berry, p. 431. — Abel Desjardins, Négociations de la France avec la Toscane, 1859, in-4°, t. I, p. 59 à 62. — Gioffredo, Storia delle Alpi maritimi, dans Historiæ patriæ monumenta, Turin, 1839, in-fol. ; Scriptores, t. II, col. 1087, 1088.

  196. [2004]

    Ibid. Caretto ; Anselme, grande édition, t. II, p. 192, E. — Ms. Brienne, n° 26, f° 80 à 89.

  197. [2005]

    Jean Chartier, t. II, p. 48 et suiv. — Journal de Paris, p. 728 et suiv. — Berry, p. 430. — Escouchy-Beaucourt, t. I, p. 412. — Histoire de l’Église gallicane, t. XX, p. 408 et suiv. — Mas Latrie, Chronologie des papes, etc.

  198. [2006]

    Mêmes autorités. — Bourdigné Quatrebarbes, t. II, p. 195. — Nicolas Gilles, f° xciiij v°. — Spicilège, t. III, p. 321 et suiv., 775 à 780 ; t. IV, p. 767 et suiv. — Amplissima collectio, t. VIII, col. 988 à 1995. Le Vasseur, Annales de Noyon, 1634, in-4°, L. III, p. 1523. — Ms. Legrand, t. VII, p. 716 et suiv. — Armoires Baluze, t. XI, p. 25, 55. — Ms. fr. 4054, f° 62, pièce n° 27. — Ms. Dupuy 700, f° 161. — D’Argentré, p. 811.

  199. [2007]

    Jean Chartier, p. 58 à 60 et 188. — Berry, p. 452. — Journal, p. 730, b. — Histoire de l’abbaye de Saint-Victor, Ms. latin 1039, t. II, p. 283. — Rainaldi, Annales ecclesiastici, 1447, n° 19, et 1449, n° 2. Etc., etc.

  200. [2008]

    Sharon Turner, History of England, t. III, p. 159 et suiv.

  201. [2009]

    Berry, p. 148. — Thomas Basin, t. I, p. 184 et suiv., 191 et suiv. — Parliament Rolls, t. V, p. 148. — Stevenson, Henri VI, t. T, p, 174, 178. J. J. 177, acte 165. — Moreau, Ms. 251, f° 89. — Ordonnances, XIII, 459, 461. — Dareste de la Chavanne, Histoire de l’administration, t. I, p. 195. — Ms. Fontanieu 119, au 25 janvier 1446. — Catalogue Teulet, p. 513. — Ms. Gaignières 649, 5 (Évreux). K. 68, n° 19. K. K. 295.

  202. [2010]

    Basin, ibid. Escouchy, t. I, p. 6. — Jacques du Clercq, Panthéon, p. 5. — Lettres des rois et reines, t. II, p, 471 et suiv. — Berry, p. 455.

  203. [2011]

    Mss. fr. 4034, 3884 (Olim Baluze) et d’autres. Il faudrait citer pièce à pièce cette riche collection, formée de matériaux provenant des commissaires, ministres ou secrétaires du roi, chargés de traiter ces affaires d’État. M. Stevenson a imprimé une partie de ces documents, vraiment dignes d’une publication française et intégrale. — Ms. fr. 4803, f° 310 et suiv.

  204. [2012]

    Ibidem. — Compte de Dieppe, 1446-8 ; Archives de la Seine-Inférieure ; communiqué par M. L. Delisle. Cabinet des titres, dossier Sancoins, au 15 mars 1447. — Ms. fr. 4054, f° 144. — Ms. Fontanieu 121-2, au 11 février 1448. — Ms. Dupuy 760, f° 161. — Ms. Brienne 30, f° 185 et suiv. — Leibnitz, Mantissa juris gentium, 1700, in-fol., p. 93 et suiv. — Jean Chartier, t. II, p. 48 et suiv. — Journal de Paris, p. 727. — Catalogue Teulet, p. 520, 533. — Catalogue Joursanvault, t. II, n° 3410. — Rymer, t. V, 1741, partie I, p. 184 et suiv. ; partie II, p. 3 et 7. — Delpit, Documents anglais, p. 263 et suiv. — Notice sur Simon Morhier (Mémoires de la Société des Antiquaires de France, t. XXV). — Actes de Bretagne, 1744, t. II, col. 1430 et suiv. — Proceedings, ordinances, etc., t. VI, p. 54. Etc., etc.

  205. [2013]

    Ms. fr. 4054, pièces 33 à 36 et passim. — Ms. Baluze 77, P 357. — Escouchy-Beaucourt, t. I, p. 128 et suiv. — Basin, t. I, p. 187 ; t. IV, p. 286 et suiv.

  206. [2014]

    Les mêmes. — Ms. 4054, pièce 42. — Anselme à Maillé, t. VII, p. 511, A. — Berry, p. 430. — Gruel, 396. — Abrégé de la vie et des miracles de Jean Michel, évêque d’Angers, 1739, in-12, p. 90. — D. Piolin, Histoire de l’évêché du Mans, t. V, p. 149. — Itinéraire de Charles VII.

  207. [2015]

    Auteurs cités. — Du Mont, Corps diplomatique, t. III, partie n, p. 562. — L. L. 417, p. 433. J. J. 179, f° 47 et suiv. — Spicil., t. III, p. 776. — Tandis que ses troupes faisaient le siège du Mans, Charles VII s’établit dans le château de Lavardin, que Jean VIII de Vendôme achevait de restaurer. Sous ces voûtes, dont nous admirons les nobles débris, la cour de France étala toutes ses splendeurs. Agnès Sorel y avait suivi son royal amant, et les chants d’amour s’y mêlaient au bruit des armes. (Pétigny, Histoire du Vendômois, 1849, in-4°, p. 330.) — Lettre confirmative de feu M. de Pétigny (du 25 juin 1856) à l’auteur. Visites aux ruines de Montoire et de, Lavardin. Le roi occupa successivement trois localités voisines et distinctes. Le, 6 mars, il reçoit à Lavardin des messagers anglais. Le 9 il réside à Saint-Laurent près Montoire (Saint-Laurent, paroisse aujourd’hui annexée à Montoire). Le 11 et le 14, à Lavardin. Au mois de mars, sans date de jour (entre 11 et 22), divers actes signés du roi sont datés de Montoire. Itinéraire. Communication de M. Bouchet, bibliothécaire de Vendôme, membre de la Société archéologique.

  208. [2016]

    Assez tost après la rendicion du Mans ; époque du procès de Mariette (mars-avril 1445). — Escouchy-Beaucourt, p. 135 et suiv. — 1448, avril 112, sentence rendue au nom de Pierre de Brézé, sénéchal de Poitou : Redet, Catalogue Fontenau, p. 342.

  209. [2017]

    J. J., 179, f° 99, 105 ; 224, f° 85, 80. — Ordonnances, t. XIV, p. 1 et suiv. — Charles VII et ses conseillers, p. 24. — Berry, p. 430. — Escouchy-Beaucourt. — Voyez ci après, 12 novembre 1449, allocution de Charles VII à Pierre de Brézé, lors de l’entrée du roi dans Rouen.

  210. [2018]

    Journal de Paris. — Compte de Gouffier. Voyez note suivante.

  211. [2019]

    L’ordonnance concernant les francs-archers fut signée le 28. Agnès Sorel entra dans Paris en la dernière semaine d’avril, c’est-à-dire très probablement le lundi 29 ou mardi 30 avril. Journal de Paris, p. 729. — Compte de Guillaume Gouffier. Ms. latin 5696, (Chronique normande) au 20 juin 1447. — D. Huynes, Ms. Saint-Germain fr., n° 924, 3, p, 308.

  212. [2020]

    Quittance du 14 mai 1448 ; Archives des Deux-Sèvres ; communiqué par M. Luce. Quittance de juin, cabinet des titres, dossier Breszé. Preuves de Bretagne, t. II, col. 1412 et suiv. J. J., registres cités. Journal de Paris, p. 729, 730. Escouchy, p. 137. Les lettres d’abolition rendues en faveur de Brézé sont postérieures au 22 octobre 1448.

  213. [2021]

    Escouchy-Beaucourt, t. I, p. 152.

  214. [2022]

    Ms. fr. 4054 (juin à décembre 1448). — Stevenson, t, I, p. 209, 489, 488. — Cousinot de Montreuil fut principalement assisté de Jean Havart, Jean Bezon et Jean Hébert, conseillers et secrétaires du roi.

  215. [2023]

    Delpit, Documents anglais, p. 265. — Prospérité croissante de Compiègne (spécimen) : Lépinois, Bibliothèque de l’École des chartes, t. XXIV, p. 498.

  216. [2024]

    Ms. Gaignières 649, 5, f° 9. — Lettres de Reims ; communiqué par M. Louis Paris. — Ordonnances, XV, 112. — Lottin, Recherches sur Orléans, t. I, p. 300.

  217. [2025]

    Ms. Fontanieu 121-2, au 26 nov. 1448. — Ms. fr. 4054, janvier à mars 1449. — Ms. Harlay 101, f° 412, 479. — Ms. Colbert 500, n° 64, f° 768, — Ms. Dupuy 760, f° 168. — Catalogue Joursanvault, t. I, n° 154 ; lettres de provision en faveur de Brézé ; original acquis à la vente Joursanvault par M. Mayor (commissionnaire anglais), et communiqué en 1854 à l’auteur. — Stevenson, t. I, p 203. D. Plancher, t. IV, p. 266. — Ordonnances, t. XIV, p. 43, 44. — Delpit, p. 264, 265, — Basin, t. I, p. 184 et suiv. Etc., etc.

  218. [2026]

    Le duc de Suffolk, le duc de Somerset, à Londres d’abord, puis en Normandie, avaient approuvé l’entreprise et en avaient donné à Surienne leurs scellés de garantie. Des gens de la maison de Somerset concoururent en armes au sac de la cité bretonne. Enfin le propre jour de l’action, 24 mars 1449, un conseil d’État se réunissait à Rouen, dans l’hôtel du Jardin, résidence de Simon Morhier, trésorier d’Angleterre en Normandie. Le duc de Somerset, le trésorier, l’archevêque de Rouen (nommé Raoul Roussel) et Martin Pinard, évêque d’Avranches, y avaient été convoqués. Morhier mit à l’ordre du jour le coup de main tenté sur Fougères, comme un acte convenu, qui s’accomplissait à l’instant même. Leibnitz, Mantissa, f° 93 bis. Holinshed, History of England, 1577, in-fol., t. II, p. 1274. — Stevenson, Henri VI, t. I, p. 178 et suiv. — Vallet de Viriville, Notice sur Simon Morhier, dans le tome XXV des Mémoires de la Société des Antiquaires de France. — Ms. Dupuy 774, f° 15. — Ms. Blancs-Manteaux, 48 B, p. 75. Ms. fr. 4054, f° 23, n° 6. — Basin, t. I, p. 193 et suiv. ; t. IV, p. 290 et suiv. — Les Anglais avaient violé les trêves par des agressions contre les Rochelois et les Dieppois, sujets directs de Charles VII, et contre la Bretagne, l’Écosse et la Castille, alliées du roi de France, expressément comprises dans les traités. Berry, p. 454. — Escouchy, p. 185. D. Taillandier, Histoire de Bretagne, t. II, p. 22.

  219. [2027]

    Berry, p. 432. — Jean Chartier, t. II, p. 60. — Beaucourt-Escouchy, t. I, p. 154 et suiv. — Du Clercq, p. 2. — Chronique de Normandie, f° 187 et suiv. — Notice sur Robert Blondel. Assertio Normannie, Ms. latin 6198, f° 2 et suiv. — Gruel (Panthéon), p. 398. — Turner, t. III, p. 159, etc. — Histoire de Saint-Victor, Ms. lat. 1039, t. II, p. 281. — Itinéraire. — Du Tillet, Recueil des traitez, p. 231. — Stevenson, Henri VI, t. I, p. 278.

  220. [2028]

    Mêmes autorités. — K. 68, n° 18. Ms. fr. 4054, fis 38, 53, 85 et suiv. — Ms. Dupuy 760, f° 183. — Ms. Colbert 9675, 3, 3, au 3 juin 1449. Bibliothèque de l’École des chartes, t. VIII, p. 133 et suiv. — Stevenson, p. 236 et suiv. — Chéruel, Rouen au quinzième siècle, p. 121 et suiv. — Du Mont, Corps diplomatique, 1726, in-fol, t. III, partie x, p. 167, 168. — Taillandier, p. 23. Actes de Bretagne, col. 1451 et suiv.

  221. [2029]

    Les mêmes. — K. 68, n° 31 ; 8. — Stevenson, t. I, p. 498, et les autorités alléguées aux notes suivantes. — Au mois d’avril 1449, un tremblement de terre se fit sentir en France et en Allemagne. Ce phénomène fut considéré comme un présage des événements qui allaient s’accomplir. Escouchy-Beaucourt, t. I, p. 171.

  222. [2030]

    Pierre de Brézé eut pour femme Jeanne Crépin, fille et héritière de Guillaume Crépin, seigneur de Mauny, et de Jeanne, dame d’Auvricher, maréchale héréditaire de Normandie (Anselme). C’est ce même Guillaume dont il est ici question.

  223. [2031]

    Berry, p.433. — Basin, t. I, p.197, 201 et suiv. — Chronique de Normandie, f° 183. — Escouchy-Beaucourt, p. 163. — Jean Chartier, t. II, p. 69. — Du Clercq, ch. III, p. 3. — Gruel, p. 398. Ms. lat. 6198, f°10. — Alain Chartier, La Ballade de Fougères, apud Duchesne, 1617, in 4°, p. 717.

  224. [2032]

    Il fut pris par un Français, homme d’armes, qui n’était point noble. Le lord anglais refusa de se rendre à un vilain et de lui donner sa foi. Mais le roturier le menaça de mort, et Fauconberg fut contraint de se reconnaître son prisonnier. La faible garnison anglaise ayant été mise hors de combat, la population civile se déclara en faveur des Français, qui dès ce moment demeurèrent maîtres de la place. (Les mêmes. — Stevenson, t. I, p. 519. — Journal de Paris, p. 731. Ms. fr. 192, f° cliv.)

  225. [2033]

    Berry, p. 434. — Jean Chartier, p. 73. — Escouchy, p. 168. — Du Clercq, p. 4. — Chronique de Normandie, f° 189.

  226. [2034]

    Berry et les précédents, qui l’ont copié.

  227. [2035]

    Notice sur Robert Blondel, analyse de l’Oratio historialis. — Voyez aussi : 1° dans les Œuvres d’Alain Chartier, la Ballade sur la prise de Fougères ; 2° la Complainte des Normands envoyée au roy, en vers français, Ms. fr. 2861, p. 230 ; 3° autre Ballade sur la campagne de Normandie, par Robert Regnault, maistre bedeau de l’Université d’Angers ; Revue anglo-française, t. III, p. 111 ; Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, 2e série, in-4°, t. VII, 1847, p. 380 ; et d’autres encore. Compiègne contribue aux frais de la guerre : Bibliothèque de l’École des chartes, t. XXIV, p. 496.

  228. [2036]

    Jean de Bueil, amiral de France de 1459 à 1461, fût un des grands et intimes serviteurs ou lieutenants de Charles VII. Il prit notamment une part distinguée à cette même expédition de Normandie. Son fils aîné, Antoine, épousa, par ordre de Louis XI, l’une des filles du roi et d’Agnès. Désappointé de sa charge, et retiré de la scène publique, l’amiral écrivit, de 1461 à 1467, pour l’instruction de ce jeune fils, une sorte de Télémaque, ou encore de mémorial politique et militaire, intitulé le Jouvencel. On ne pouvait alors parler qu’à mots couverts du règne de Charles VII. Car ce règne, regretté, faisait contraste, pour beaucoup d’esprits, avec la tyrannie de Louis XI. Anselme : Bueil. — Van Praet, Recherches sur la bibliothèque de la Gruthuse, 1831, in-8°, p. 187.

  229. [2037]

    Heur, fortune, destin ; d’où bonheur, malheur.

  230. [2038]

    Allusion flatteuse et enjouée aux progrès militaires déjà accomplis, depuis le mois de mai, par les Français en Normandie.

  231. [2039]

    Le Jouvencel, Ms. fr. 192, f° cc v° et suiv. — Barante, Mélanges littéraires, t. II, p. 164.

  232. [2040]

    Les Roches-Tranchelion, peu éloigné de Rasilly, dans la forêt de Crissay, entre Avon et Saint-Espain (Indre-et-Loire). Les Tranchelion, originaires du Limousin, étaient devenus par mariage seigneurs des Roches en Touraine (cabinet des titres : Tranchelion). Guillaume Tranchelion, qui avait pour hôte le roi Charles VII, figure, comme membre du grand conseil, dans plusieurs actes datés de son château des Roches : In Castro de ruppis Tranchelion, in Turonia, pendant les mois de juin et juillet 1449. J.J. 188, f° 35. — Voyez aussi J. J. 176, acte 380, f° 268, et acte 395, f° 274. — Du Mont, Corps diplomatique, t. III, p. 168. — Charles VII et Agnès Sorel habitèrent ensemble divers châteaux de la Touraine et du Berry, qui appartenaient à des familiers du prince. Aussi la tradition de ces deux contrées désigne-t-elle plusieurs de ces terres comme ayant été données en propre à cette dame : Fontenailles, Esves-le-Moustier, Semblançay, les Roches-Tranchelion, Cheillé, Champigny, la Guerche, furent tour à tour en la possession d’Agnès. Ainsi s’exprime un archéologue du pays, M. R. de Croy, de nos jours (vers 1850) propriétaire de la Guerche. Journal des artistes et des gens du monde, 1831, in-8°, t. I, p. 216.

  233. [2041]

    Itinéraire. — Ordonnances, L XIV, p. 48 à 59. — 8 mai 1449, aide à l’église de Saint-Aignan d’Orléans pour se reconstruire ; L. L. 4192, inventaire, in-fol., t. IV, p. 759. — 26 mai, fortification de Paris : K. 950, n° 35, 39. Ms. lat. 6198, f° 16. — Ms. Gaignières 890, 1, f° 5. — Lépinois, Histoire de Chartres, t. I, p. 338. — Jean Chartier, t. II, p. 82. — Chéruel, cité, p. 122. — Escouchy, p. 184.

  234. [2042]

    Stevenson, t. I, p. 239, 264 à 273. — Escouchy, t. II, p. 400 et suiv. — Œuvres de Chastellain, t. I, p. XX. — D. Plancher, t. IV, p. 260. — Archives municipales de Compiègne, C. 19 ; communication de M. H. de Lépinois. Ms. fr. 4054, f° 153. Ms. latin, 1039, t. II, p. 282 et suiv. Ms. lat. 6198, f° 2 et suiv.

  235. [2043]

    La garnison anglaise se retira au château. Mais le même meunier détourna une partie des eaux qui remplissaient les fossés de la défense, et facilita ainsi la soumission complète de cette place. Berry, p.455. Jean Chartier, t. II, p. 80 et suiv. Escouchy, p. 189. Du Clercq, p. 5 et suiv. Basin, t. I, p. 205. Ms. lat. 6198, f° 21 v°.

  236. [2044]

    Les mêmes. — Ms. lat. 6998, f° 27 v°. — Chronique de Normandie, f° 190 v°. — D. Taillandier, t. III, p. 27 et suiv. — Ordonnances, t. XIX, p. 236. — Le duc de Bretagne avait en sa compagnie Arthur de Richemont, son oncle, connétable de France ; le comte de Laval ; le seigneur de Lohéac, maréchal de France ; Arthur de Montauban, maréchal de Bretagne ; Prigent de Coëtivy, amiral de France ; Pierre du Hallay ; Joachim Rouault ; Geoffroy de Couvren ; le seigneur de Boussac, etc., etc. Sous la bannière de Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol, ou autour de lui, servaient : Robert de Béthune, seigneur de Mareuil en Brie ; Jean d’Arly, fils du vidame d’Amiens ; les seigneurs de Genlis, de Saveuses, de Huchen, de Hem, de Crèvecœur, de Mouy, de Rambures, etc. Dunois et Brézé avaient à leurs côtés Robert de Flocques, dit Flocquet ; le maréchal de Jalognes ; le seigneur de Culant, grand maître de France ; Poton de Xaintrailles ; les seigneurs de Bueil, de Gaucourt, de Blainville, Antoine de Chabannes, Jean Bureau, grand maître de l’artillerie, etc. Jean d’Aulon, ancien page de la Pucelle, écuyer d’écurie du roi, ainsi que jean de Bar, seigneur de Baugy en Berry, faisaient partie de l’avant-garde : ils reçurent l’ordre de chevalerie au début de la campagne. Berry. Escouchy, Chartier. Ms. lat. 6198, f° 38 v°.

  237. [2045]

    Les mêmes. — Journal de Paris, p. 731. — Œuvres de Thomas Basin, t. IV, p. 174 et suiv. — Ms. fr. 4034, f° 74. — Ms. Fontanieu 121-2, aux 23 août et 29 septembre 1449. — Gruel, p. 398. — Ordonnances, t. XIV, p. 59 à 71 ; t. XX, p. 112. — E. di Pietro, Histoire d’Aigues-Mortes, p. 182. — Catalogue Joursanvault, t. II, p. 235, n° 3413. — Gallia Christiana, t. XI, col. 892 E ; 893 D ; 921 À ; 925 B. — Gratification au secrétaire de Pierre de Brézé pour avoir préservé de la destruction les archives de Pont-Audemer lors du siège de celle ville par les Français. (K. 68, n° 35.) :

    Nous, Jehan, bastart d’Orléans, comte de Dunois et de Longueville, grand chambellan de France et cappitaine général sur le fait de la guerre pour le roy nostre sire, au vicomte de Ponteaufou et du Ponteaudemer, salut.

    Nous vous mandons par ces présentes que, des deniers de vostre recepte, vous paiez, baillez et délivrez à Jehan Doucereau, clerc et serviteur de monsr le séneschal, la somme de trente livres tournois, laquelle nous lui avons tauxée et ordonnée ; tauxons et ordonnons par ces présentes ; pour ses peines et travaulx d’avoir quis, recuily et gardé du feu, à l’assault et prinse du dit lieu de Ponteaudemer, tous les papiers, registres, escriptures et enseignements touchant le fait et gouvernement de la seigneurie du dit lieu de Ponteaudemer ; les quels a baillez et délivrez en vos mains ; et, par rapportant ces présentes, avec quittance souffisante du dit Doucereau, il vous sera aloué et rabatu en voz comptes de vostre recepte.

    Donné au Ponteaudemer, sous le scel de noz armes, le xxie jour d’aoust, l’an mil cccc quarante et neuf. Signé le Bastart d’Orléans.

    (Original en parchemin portant au dos, sous la date du 22, la quittance de Doucereau.)

  238. [2046]

    Berry, p. 436 à 418. — Jean Chartier, t. II, p. 102 et suiv., 159 et suiv., 172 et suiv. — Chronique de Normandie, f°191 à 193. — Escouchy, 197 à 210. — Du Clercq, p. 7 et suiv. — Basin, p. 231 et suiv. — Cagny, Ms. 48 — Duchesne, ch. CXCIII. — Assertio Normannie, Ms. lat. 6198, f° 37 v°. — Janvier, Recherches sur les arbalétriers de Picardie, p. 204. Revue anglo-française, 1835, t. III, p. 122.

  239. [2047]

    Sans compter le nombre et le bon droit, Pierre de Brézé, Dunois et les hauts commissaires surent employer habilement des circonstances secondaires. Ainsi le sénéchal, par sa femme, née Jeanne Crépin, par ses possessions en Normandie, était apparenté ou allié à de nombreux personnages de cette province. Les Anglais eux-mêmes avaient, en Normandie, épousé des Françaises. Ces influences amiables servirent, sur plus d’un point, à prévenir des luttes matérielles et l’effusion du sang ; sur d’autres points, quelques sommes d’argent, quelques fonds secrets, habilement distribués, eurent raison de certains antagonismes ou plutôt de certaines cupidités. Auteurs cités. Notice sur Robert Blondel, 1850, p. 57. — Biographie Didot, article Aux-Épaules (Richard). — Anselme : Brézé. — Bibliothèque de l’École des chartes, t. VIII, p. 132 et suiv. — Ms. Gaignières 896, 1, f° 5. Etc., etc.

  240. [2048]

    Berry, p. 439. — Chartier, p. 127. — Ms. 6198, f° 50 v°. Etc.

  241. [2049]

    Itinéraire. — Ordonnances, t. XIX, p, 69 à 79. — Ms. Moreau, n° 252, f° 51 et suiv. — Registre des marchandises remises en compagnie française des marchands hansés de Paris par divers marchands de Rouen, Elbeuf, Arras, etc. ; Ms. Moreau 1062, au 8 octobre 1449. — Jean Chartier, notice, t. I, p. X et suiv. — Assertio Normannie. — Ms. lat. 6198 ; ouvrage original et riche de son propre fonds ; inédit. — Recouvrement de la Normandie, ou mieux Chronique générale de Normandie, par le héraut Berry ; Ms. fr. 5028. Le recouvrement, qui termine l’ouvrage, a été inséré par l’auteur dans sa belle Histoire ou Chronique de Charles VII. Ce même morceau (le recouvrement) paraît avoir servi de modèle, ou source principale, aux différents auteurs, même bourguignons ou normands, qui ont traité le même récit.

  242. [2050]

    Berry, p. 441. — Jean Chartier, t. II, p.157. — Escouchy, p. 211. — Du Clercq, p. 11. — Chronique de Normandie, f°194. — Histoire de la cathédrale de Rouen, t. II, p. 469.

  243. [2051]

    Notre-Dame de Bondevillle ?

  244. [2052]

    Les mêmes. — Jean Chartier, p. 139, 160. — Le 13 octobre 1449, procession, à Paris, des enfants des petites Écoles. Ils se rendent de Notre-Dame à Saint-Innocent, pour implorer le secours divin en faveur des armes du roi, occupé à reconquérir la Normandie. — L. L. 219, f° 668. — Journal de Paris, p. 731. — Histoire de l’instruction publique, p. 378. — Jean Chartier, t. II, p. 200, 201 ; t. III, p. 329. — Itinéraire. — Berry, p. 442. — Chéruel, p. 123. — Le Jouvencel, éd. Vérard, f° 9 v°.

  245. [2053]

    Chéruel, Chronique de Normandie ; auteurs cités.

  246. [2054]

    Les mêmes. — Ms. fr. 4054, f° 150 v°. — Ms. latin 6198, f° 57 v°. — Basin, t. I, p. 224 à 227.

  247. [2055]

    Les mêmes. — Ms. latin 6198, f° 62. — Escouchy-Beaucourt, p. 221. — Martial d’Auvergne, Les Vigiles de Charles VII, 1724, in-8°, t. II, p. 64. — Ms. latin 6198, f° 55 et suiv. — Les auteurs du Gallia Christiana s’expriment ainsi à l’article de l’archevêque de Rouen, Raoul Roussel : Ejus imprimis opera urbs Rotomagensis Carolo VII°, Francorum regi, suoque legitimo domino dedita est xiv cal. nov. (le 19 octobre 1449) et ipse post dies octo (le 27 octobre) eidem regi fidem juravit. (T. XI, col. 89.)

  248. [2056]

    Les mêmes. — Basin, p. 228. — Ms. latin 6198, f° 61 v°. 19e octob. 1449 fuit reductio villæ Rothomagensis ab Anglis ; Registres capitulaires, cité par Fallue, Histoire de la cathédrale de Rouen, p. 473. — Le 23 octobre 1449, Compiègne célèbre par une procession et un sermon la prise de Rouen. Archives de Compiègne, C. 19. — Lépinois, Bibliothèque de l’École des chartes, L. XXIV, p. 496. — Le 20 octobre, feu de joie à Paris ; le 28, grande procession (Journal de Paris, p. 731). Le xxviije jour d’octobre 1449, payé à Guill. Peel la somme de huit livres et cinq sous tournois par ma dicte dame (Marie de Clèves, duchesse d’Orléans) pour ce qu’il apporta les premières nouvelles que Rouen estoit françois. Laborde, Ducs de Bourgogne, t. III des Preuves, p. 545, n° 6685.

  249. [2057]

    John Talbot, le sire de Roos, fils d’un premier lit de la duchesse, et autres personnages de marque, furent livrés comme otages jusqu’au parfait accomplissement de ces obligations. — Les mêmes. — Ms. fr. 5909, f° viijxxxv v°. — Ms. fr. 4054, f° 158. — Ms. lat. 6198, f° 62. J. J. 180, p. 26. — Anoblissement des nommés Roux, Jean Basin et Le Normand, pour avoir contribué à la réduction de la Normandie. J. J. 180, chartes 9, 46, 137 ; M. M. 835, f° 112, 195 ; Basin, t. IV, p. 188 et suiv. — Siège de Rouen en 1449, tiré d’un manuscrit de la bibliothèque de Poitiers, publié par M. Mazure dans la Revue anglo-française, 1835, t. III, p. 111. — Réduction de la ville de Rouen, etc., publié pour la première fois d’après un manuscrit de la bibliothèque de Rouen, par M. A. Potier, bibliothécaire de cette ville ; Rouen, 1841, 15 pages in-8° ; inséré dans Revue rétrospective normande, 1842, in 8°. — Gallia Christiana, t. XI, coll. 89 à 91 ; 186, 212.

  250. [2058]

    Auteurs cités. Il paraît, par la déposition que Geoffroy Barnisson, orfèvre de Rouen, fit le huitième jour de novembre 1449, que les troupes du roi entrèrent à Rouen un dimanche, le 26 octobre et qu’elles pillèrent les maisons des Anglais. — Ms. Blancs-Manteaux 48 b, f° 77 v°. — Basin, t. IV, p. 332 et suiv. — E. de Fréville, Documents relatifs à l’histoire de Rouen, 1860, in-8°, p. 6 et suiv. — K. 68, B. 38.

  251. [2059]

    Escouchy-Beaucourt, p. 229 et suiv. — Ms. latin 6198, f° 66.

  252. [2060]

    Ibid., p. 235. — Lettres royaux du 5 octobre, données à Louviers ; Cousinot y est qualifié dès lors : bailli de Rouen et commissaire du roi en cette partie. Ms. Moreau 252, f° 51 et suiv.

  253. [2061]

    Ibid. — Berry, p. 445 et suiv. — Jean Chartier, t. II, p. 161. — Du Clercq, p. 14.

  254. [2062]

    Les mêmes. — Chéruel, p. 130. — Revue anglo-française, p. 115, 116. — Chronique de Normandie, f° 109.

  255. [2063]

    Mêmes autorités. — Escouchy, p.230. — Basin, t. IV, p. 131. — Indépendamment du cerf volant, le roi avait pour emblème le soleil d’or… Au plus près du roy estoit un escuyer qui portoit l’estendart du roy de France, lequel estoit de satin cramoisy semé de soleils d’or, et après lui les dits hommes d’armes qui estoient en la bataille au nombre de 600 lances, où pendoit à chacune d’icelles lances un panonceau de satin vermeil à un soleil d’or. Berry, p. 445.

  256. [2064]

    Les mêmes. — Fréville. — Fallue, Histoire de la cathédrale de Rouen, t. II, p. 469 et suiv. — Lettres données par le roi à Sainte-Catherine lez Rouen (du 1er au 8) novembre 1449. — Ordonnances, t. XIV, p. 72.

  257. [2065]

    Itinéraire. — Du Tillet, Recueil des traitez, p. 242, 245. — Ordonnances, t. XIV, p. 74, 75, 78. — Gallia Christiana, t. XI, col. 212 E. — Escouchy, p. 248. — 17 novembre, le roi assiste à la messe à la cathédrale ; il présente à l’offrande 20 écus d’or, que se partage le chapitre. Il donne aux célestins le manoir de Chantereine, que leur avait légué le duc de Bedford. Fallue, p. 477. — L’abbaye de Saint-Denis recouvre la possession de ses biens sis en Normandie. K. 68, n° 37. — L. L. 1192, p. 778, 779. — Dons nombreux de biens confisqués sur les Anglais : P. P. 110, passim.

  258. [2066]

    Histoire de l’Église gallicane, L XXI. p. 3. — Spicilège, in-4°, t. VII, p. 257 ; in-fol., t. III, p. 785. — Du Boulay, t. V, p. 549, 554. — Thesaurus anecdotorum, t. I, col. 1818. — L. L. 417, f° 599.

  259. [2067]

    La mort d’Agnès Sorel coïncida, comme on le verra bientôt, avec la date à laquelle cette réunion devait avoir lieu. La mort d’Agnès contribua aussi probablement, pour une part, à empêcher la célébration du concile.

  260. [2068]

    Basin, t. I, p. 319 ; t. II, p. 83. — Ms. Fontanieu, portefeuille 255, pièce 92, au 10 mai 1450. Ms. fr. 2899, f° 80. — Gallia Christiana, t. VIII, col. 1984. — Ms. Legrand, Histoire de Louis XI, t. VI, p. 301. — Lépinois, Histoire de Chartres, t. II, p. 99, 100. — Ordonnances, t. XIV, p. 84. — Charles VII est invoqué comme arbitre pacificateur par les électeurs de l’Empire, pour concilier les différends survenus au sein des Églises d’Allemagne ou entre les puissances et ces Églises. — Ms. lat. 5414 A, f° 81. — Dansin, Gouvernement de Charles VII, 1858, p. 396. — Leibniz, Codex diplomaticus, p. 411. — Spicilegium, in-fol., t. III, p. 786-7.

  261. [2069]

    Par le conseil : le roi en ce moment était encore à Jumièges.

  262. [2070]

    Procès, t. II, p.2 ; t. V, p.467. — Itinéraire. — Lettres données à Rouen en janvier 1450, qui accordent sauvegarde royale à l’Église de Toul. — Ordonnances, t. XIV, p. 82. — Guillaume Bouillé, Bouille ou Boville, né vers 1410, appartenait, dans l’Université de Paris, à la nation de France, c’est-à-dire à l’une des provinces qui suivirent fidèlement le parti de Charles VII. En 1434, 1437, 1438, il fut itérativement procureur de cette nation ; puis recteur le 16 décembre 1439. En 1437, il était principal, à Paris, du collège de Beauvais. Déjà célèbre comme théologien, il fut élu, le 13 février 1447, doyen de Noyon, et mérita d’être appelé, dans les annales de cette église, le doyen magnifique. À la date du 16 juillet 1447, Guillaume accompagnait à Rome, par ordre du roi, l’ambassade chargée de rétablir l’union de l’Église. Il se distingua surtout par son zèle et son activité dans la poursuite de la réhabilitation. Pourvu de plusieurs autres bénéfices dans les, diocèses de Noyon et de Paris, il mourut en 1476, après avoir occupé divers postes très importants. Il demanda par son testament d’être inhumé, sans monument, à l’extérieur de sa cathédrale, près le portique des Sibylles, à droite, ce qui fut exécuté. Le Vasseur, Annales, t. III, p.1031 et suiv., 1523 et suiv. Du Boulay, t. V, p.875. Gallia Christiana, t. IX, col. 1035.

  263. [2071]

    Ms. lat. 6998, f° 63 : Ms. fr. 5909, f° ccxij v°. — Berry, p. 447. — Jean Chartier, t. II, p. 160, 172 et suiv. — Escouchy-Beaucourt, p. 1202. — Du Clercq, p. 16. — Basin, t. I, p. 208. — Acte par lequel François Ier concède à Pierre de La Marzelière les terres de Saint-Martin à Boulant et autres, jadis possédées par Robin Abille et Emery Fouques, Anglais. Donné au siège devant Foulgières le 1er nov. 1449. Original ; archives de M. le marquis de Hallay-Coëtquen : B. 11. Mémoire que Monseigneur a fait veu de jamès ne manger char le jour de monsieur saint Estienne, qui est le lendemain de Nouel ; et fut fait celui veu devant le siège de Foulgières. (Heures de François Ier, duc de Bretagne. Ms. lat. 1159, f° 192.) — D. Taillandier, Histoire de Bretagne, p. 27 ; Actes de Bretagne, col. 1515-6.

  264. [2072]

    Jean Chartier, p. 160 et 174. — Ms. lat. 6198, f° 73 v°. — Notice sur Robert Blondel. — Cabinet des titres, Aux-Épaules. — Pension payée à Richard par le roi en 1452 ; Ms. Gaignières, ne 567, pièce 47. — E. Petit, Recherches sur Pisy et ses seigneurs, Auxerre, 1860, in-8°, p. 14 et suiv. — Stevenson, Henri VI, t. I, p. 275. — Quantin, Avallon au quinzième siècle, dans le Bulletin de la Société archéologique de l’Yonne, 1853, t. VII, p. 190 à 206. — François de Surienne mourut en 1461, bailli de Chartres. Labarre, Mémoires de Bourgogne, à la table Chastelain, édit. Buchon, p. 203. Etc., etc.

  265. [2073]

    Berry, p. 447. — Basin, t. I, p. 231.

  266. [2074]

    Les mêmes. — Ms. lat. 6198, f° 71. — Chronique de Normandie, f° 190. — Les Rouennais prêtent au roi 30,000 livres tournois pour le siège d’Harfleur. — Ms. Gaignières 567, pièce 46. — Du Clercq, p. 16. — Fréville, Documents sur Rouen, p. 7. … Gens d’armes et de trait, tant de francs-archiers que d’autres. La quelle compagnie estoit estimée se monter environ six mille combattants, et les francs-archiers à quatre mille, sans en ce comprendre canonniers, marchands, manouvriers, gens de mestier et mariniers suivant l’ost (l’armée), et sans aultres gens de guerre qui gardoient la mer en 25 gros vaisseaulx, et sans ceux qui tenoient le siège au Chef-de-Caux en l’abbaye de Graville (Graville-l’Heure, près Ingouville) ; estans, tant de gens d’armes que francs-archiers, jusqu’au nombre de mille. Jean Chartier, t. II, p. 177.

  267. [2075]

    Les mêmes. Le 1er janvier 1450, l’archevêque de Rouen, par lettres du roi, est informé de la prise d’Harfleur. Le chapitre de Rouen avait été imposé pour contribuer au siège. Fallue, p. 481.

  268. [2076]

    Itinéraire. — Ms. lat. 6198, f° 72. — Berry, p. 448. — Jean Chartier, t. II, p. 186, 188. — Du Clercq, p. 16 et suiv. — Chronique de Normandie, f° 199 v°. — Holinshed, p. 1275. — Stevenson, Henri VI, t. I, p. 510. — Ordonnance rendue par le roi, à Montivilliers, le 4 janvier 1450, pour faire vivre les gens d’armes en Normandie à prix raisonnable dedans déclaré. Ms. fr. 5909, f° 202. Autres édits, janvier, février 1450 : Ordonnances, t. XIV, p. 79 à 87.

  269. [2077]

    Ms. fr. 5909, f° ixxxviii v°. Ms. Brienne, vol. LVII, f° 135 à 137. D. Grenier, Picardie ; Ms. 53, f° 398. Cabinet historique, 1859, p. 100.

  270. [2078]

    P. P. 140, f° 207, où le nom de Cousy, que nous reproduisons, paraît avoir été défiguré par le scribe.

  271. [2079]

    Ms. latin Saint-Victor 1039, t. II, f° 284 v°. — Archives Joursanvault, n° 852 ; acte original (à la bibliothèque du Louvre).

  272. [2080]

    Recherches historiques sur Agnès Sorel, dans la Bibliothèque de l’École des chartes, 1850, p. 313 et suiv. — Gaujal, Études historiques sur le Rouergue, t. II, p. 306. — La Thaumassière, Histoire du Berry, p. 91. — Delort, p. 102. — Charles VII fit bâtir pour elle un petit castel dans le parc de Roberdeau, près Chinon, situé à peu de distance des fossés du château. Le parc de Roberdeau, d’une contenance de six acres, était un fief du seigneur de Basilly (résidence la plus habituelle du roi, lorsque la cour était à Chinon). Cougny, Notice sur Chinon, p. 68.

  273. [2081]

    Recherches, ibid. — Escouchy, p. 204. — Anselme, Histoire généalogique de la maison de France, t. IX, p. 379. J. 211, n° 49. — Ms. Gaignières 896, 1, f° 6, — Godefroy, Histoire de Charles VII, p. 853.

  274. [2082]

    Journal de Paris, p. 729. — Recherches, p. 319. J. 175, n° 39.

  275. [2083]

    L’honnête et judicieux Berry, dont les omissions volontaires ne sont pas moins remarquables que ses témoignages, garde un silence complet sur cet épisode. Or, Berry écrivait sous le règne d’Antoinette de Maignelay.

  276. [2084]

    Chronique de Charles VII, t. II, p. 151. Et j’ay trouvé, dit Chartier, par le récit de chevaliers, escuyers, conseillers, physiciens ou médecins et sururgiens, examinés par serment, comme à mon office appartient, afin d’osier et lever l’abbus du peuple, que, pendant les dits cinq ans que la dite damoiselle demeura avecques la roine, oncques le roy ne cessa de coucher avec la dite royne, dont il eust quantité de beaulx enfans d’elle… Et dient oultre les interroguez sur cette matière, que, quand le roy alloit voir les dames et damoiselles, et mesmement en l’absence de la roine, ou qu’icelle belle Agnès le venoit voir, que oncques ne la virent toucher par le roi au dessoubs du menton, mais s’en retournoit, après les esbatements licites et honnestes, faits comme à roy appartenoit, chacun en son logis par chacun soir ; pareillement ladite Agnès au sien. (Ibidem.)

  277. [2085]

    Per fas (ce qui est permis) et nefas (ce qui ne l’est pas), locution latine qui signifie par tous les moyens possibles [NdÉ].

  278. [2086]

    Ordonnances des 16 février, 14 mars, 30 novembre 1447 ; 21 décembre 1448, 2 mai 1449. — Recueil du Louvre, t. XVI, p. 2 et 3 ; t. XIX, p. 264 ; t. XX, p. 138, 140. Ms. fr. 2862, f° 230. — Chorier, Histoire du Dauphiné, t. II, p. 439 à 444. … Par N. qui mena au roy, de par monseigneur le dauphin, le 1er janvier 1448 (1449 nouveau style, jour des étrennes), ung liépard, pour don (au porteur) 44 l. 7 s. 6 d. Compte de Robert Quotin (comptable royal en Languedoc), fini en 1450. Original communiqué en 1854 par M. Mayor, libraire anglais, commissionnaire aux ventes à Paris.

  279. [2087]

    Chorier, p. 444. — P. P. 1539 (Comptes de René), passim, Ms. fr. 4805, f° 307, 330 et suiv. — Ms. Fontanieu 121-2. — Ms. résidu Saint-Germain, 143, f° 5, 61 et passim. — Beaucourt-Escouchy, t. I, p. 277, note 1. — Santarem, Quadro elementar das relacioes politicas del Portugal, etc. Paris, 1843, in-8°, t. III, p. 87, 88. — Ms. Legrand, t. I, liv. II, p. 52 et passim. — Basin, t. I, p. 283.

  280. [2088]

    En septembre 1450.

  281. [2089]

    Jean Chartier, t. II, p. 186, etc. La véritable date de la mort d’Agnès est le lundi neuvième jour de février, comme le portent son épitaphe et les meilleures versions de Jean Chartier. — Itinéraire du roi : janvier 1450, les 1er, 2 3, 4, Montivilliers ; 5, 6, Tancarville ; du 7 janvier au 16 février, Jumièges ; le 17, abbaye de Grestain près Honfleur, etc. D’après le récit de Jean Chartier (p. 188), appuyé de divers actes, le roi se rendit immédiatement de Jumièges à Grestain, tandis que le conseil siégeait à Rouen durant le séjour du roi à Jumièges. Il nous paraît vraisemblable, d’après ces circonstances, que Charles VII, arrivé à Jumièges le 7 janvier, y trouva la belle Agnès ; qu’il fut témoin de ses couches, de sa maladie, de sa mort, et ne quitta l’abbaye qu’après l’inhumation. Voyez Lépinois, Archives de Compiègne, Bibliothèque de l’École des chartes, t. XXIV, p. 496, lignes 5, 6 et 7. Cf. J. J. 180, f° 23 v°, 26, 28, 29.

  282. [2090]

    Tempore treugarum (dit Basin) habuit in delitiis Agnetem… nec illam quippe solana… etc. Peut-être Basin fut-il mieux informé sur ce point spécial que sur le reste. Nous y reviendrons ci-après.

  283. [2091]

    Livre d’heures d’Étienne Chevalier, peint par Fouquet. Les débris de ce livre admirable appartiennent à M. Louis Brentano-Laroche, sénateur de Francfort-sur-le-Main, qui possède également deux panneaux du triptyque de Melun, peint par le même artiste. Le volet du fond, qui représente Agnès Sorel, est au musée d’Anvers. Poitevin, Cœur et Chevalier, tous trois présents, avaient suivi le roi à Jumièges.

  284. [2092]

    Jean Chartier, ibid.Recherches, p. 395.

  285. [2093]

    Biographie Didot, au mot Milet.

  286. [2094]

    … Quand paeiemment pour paix obtenir et pour avoir son estat tant plus seur et entier, elle avoit souffert une p…, povre ancelle de petite basse maison, estre, reparier et converser journellement avec elle, etc. (Chronique des ducs de Bourgogne, par Georges Chastelain, édit. Buchon, Panthéon littéraire, 1857, in-8°, p. 255). — Quicherat, Procès, t. IV, p. 440 et suiv.

  287. [2095]

    Ibid., p, 919 et suiv. — K. de Lettenhove, Œuvres de Chastelain, t. I, p. xxviij, xxxij et suiv. — Georges Chastelain ne tarda pas, lorsque Louis XI se démasqua, de regretter ses complaisances téméraires.

  288. [2096]

    En 1446, le dauphin Louis, lorsqu’il se retira sous prétexte d’Agnès et de l’immoralité de son père, le dauphin Louis avait déjà une fille bâtarde. Il en eut plusieurs autres dans la suite, qu’il légitima, selon la coutume immémoriale des rois et des princes. Voyez Legrand, t. I, f° 214, et le P. Anselme, à Louis XI.

  289. [2097]

    Roberti Gaguini, Annales, 1577, in-fol., p. 233, 234 et passim. — Thomas Basin, l’un des chroniqueurs les plus importants, mais aussi le plus passionné de son siècle, porte également sur le compte d’Agnès un témoignage peu favorable. (Mémoires, t. I, p. 393, 314.) Mais les évêques du quinzième siècle n’en étaient plus à professer sur l’amour les doctrines d’André le Chapelain. Thomas Basin, en outre, durant la grande faveur d’Agnès, vivait parmi les Anglais, en pays ennemi, entouré de préventions hostiles contre la favorite du roi de France. Le court passage auquel nous faisons allusion contient de nombreuses inexactitudes et montre combien l’auteur était légèrement renseigné sur ce point.

  290. [2098]

    Niel, Crayons du seizième siècle, t. II : Agnès Sorel. — Laborde, Renaissance : peinture, 1855, in-8°, t. I, p. 714. Etc., etc.

  291. [2099]

    Dès 1421 les familles picardes de Sorel et d’Hangest étaient liées entre elles, puisque Regnault fut exécuteur testamentaire de Jean II.

  292. [2100]

    Anselme : Hangest, Goufier. — Procès, t. IV, p. 279.

  293. [2101]

    Une ordonnance (en droit anglais), [NdÉ].

  294. [2102]

    Ms. latin 6198, f° 74. — Stevenson, Henri VI, t. I, p. 501 à 503. — Ms. Fontanieu 121-2. — Escouchy-Beaucourt, p. 277. — Berry, p. 449. — Jean Chartier, t. II, p. 190. 23 mars 1450, note constatant que Henri VI a fait retirer de la trésorerie de l’Échiquier plusieurs joyaux, et entre autres une croix d’or ayant appartenu au roi saint Louis. (Delpit, Documents, etc., p. 264.)

  295. [2103]

    Berry, p. 449. — Jean Chartier, p. 190. — Ms. Gaignières 649, f° 40. — Ms. Moreau 252, f° 51 et suiv. — Du Tillet, Recueil des traitez, p. 243. — Itinéraire du roi : février 16, Jumièges ; 17-20, Grestain ; 24 à la fin du mois, abbaye de Préaux et Pont-Audemer ; mars 5, 9, Bernay ; entre 9 et 14, Essai ; 15, 20, 23, 24, 27, fin de mars, avril 1 à 14 (passim) : Alençon.

  296. [2104]

    Les mêmes. — R. Blondel, Ms. 6138, f° 74. — Il paraît, d’après cet auteur, que l’assaut de Valognes fut donné par les Anglais le vendredi 27 mars avant les Rameaux. — K. 68, n° 49. — Basin, t. I, p, 1912, 234. — Du Clercq, p. 17. — Chronique de Normandie, f° 200 v°. — Abel était frère de Joachim Rouault, qui servait dans la même campagne, l’un des premiers hommes de guerre de son temps.

  297. [2105]

    Ibid. — Escouchy.

  298. [2106]

    Du Clercq, p. 26.

  299. [2107]

    Les mêmes. — D. Taillandier, p. 28. — Escouchy, p. 278. — Ms. latin 6198, f° 75 v°.

  300. [2108]

    Les mêmes. — G. Gruel, Panthéon, p. 399 et suiv. — Holinshed, p. 1276.

  301. [2109]

    Berry, p. 450. — Jean Chartier, p. 192 et suiv. — Escouchy, p. 286. Ms. lat. 6198, f° 80 à 83 et 95 v°.

  302. [2110]

    Les mêmes. — Thomas Basin, t. I, p. 236. — G. Gruel, p. 400. — Chronique de Normandie, f° 201. — Du Clercq, p. 17. — Actes de Bretagne, 1744, t. II, col. 1521.

  303. [2111]

    Frère du marquis, puis duc (1449) de Suffolk.

  304. [2112]

    Mêmes autorités. — Holinshed, p. 1276. — Le comte de Clermont fit creuser quatorze grandes fosses, par les soins des hérauts, prêtres et autres délégués, pour déposer les cadavres des Anglais, au nombre de trois mille sept cent soixante et quatorze. Berry, Chartier, Escouchy.

  305. [2113]

    Lincy, Chants populaires, t. I, p. 330-338. Beaurepaire, Gasté, etc. — Nous tenons pour contestables, jusqu’à de nouveaux éclaircissements, l’existence d’Olivier Basselin, et surtout l’authenticité de ses poésies.

  306. [2114]

    Me Loys de Langle, Espaignol, florit à Lyon… prédist au roy Charles de la journée de Fremigny l’an iiiicl, où furent tués iiijmvclxxiiij (4574 ; Cf. Berry Godefroy, variante, p. 450) Anglois et plusieurs prisonniers. (S. de Phares, Ms. fr. 4357, f° 157. De la journée gaingnee en Normandie, dans la Revue anglo-française, t. III, p. 124.) — Réjouissances à Rouen, Fallue, t. II, p. 483 ; à Compiègne, 23 et 24 octobre ; Archives municipales de cette ville, C. 19. Lépinois, Bibliothèque de l’École des chartes, t. XXIV, p. 496. — Lettres de Jacques II d’Écosse à Charles VII : Stevenson, t. I, p. 299, 301. Tapisseries de Formigny : Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, 1894, in-8°, t. I, p. 490 et suiv., 678 et suiv. ; La Saussaie, Histoire du château de Blois, 1850, p. 132, note 1 ; Le Roux de Lincy, Bibliothèque de l’École des chartes, t. XI, p. 162 ; Vie de la reine Anne de Bretagne, Paris, Curmer, 1860, in-8°, t. IV, p. 79. — Chastelain, Œuvres, t. II, p. 165.

  307. [2115]

    Taillandier, Histoire de Bretagne, 1756, in-fol., t. II, col. 1360 et suiv. — Anatole de Barthélemy, Mélanges historiques et archéologiques sur la Bretagne, 1856, in-8°, 2e cahier, p. 14 et suiv. — Gilles de Bretagne, fragment historique dans la Revue française du 1er mai 1859, in-8°, t. VIII, p. 252 et suiv. — D’Argentré, Histoire de la Bretagne, 1618, in-fol., p. 802-851. — Marchegay, Cartulaire de Rais, 1857, in-8°, p. 92. — J. Du Clercq, p.27. — Ms. Blancs-Manteaux, n° 143, f° 127. Etc., etc.

  308. [2116]

    Berry, p. 421. — Jean Chartier, t. II, p. 201 à 213. — Basin, t. I, p. 238 et suiv. — Chronique de Normandie, f° 201 et suiv. — Escouchy-Beaucourt, p. 287 et suiv. — Du Clercq, p. 19 et suiv. — Gruel, p. 401 et suiv. — Ordonnances, t. XIV, p. 89 à 93. — Ms. Gaignières, n° 649, f° 40. — Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, 2e série, t. IV, 1844, in-4°, p. 337 et 346. Ms. latin 6198, f° 95 à 105. — Au siège d’Avranches, le capitaine anglais John Lampet, se voyant hors d’état de résister plus longtemps qu’il n’avait fait, résolut de capituler. Mais sa femme, jeune et belle, s’éleva contre cet avis. Déposant la cornette pour revêtir le chaperon et l’habit masculin, elle harangue les soldats, court chez les bourgeois, chez les gens d’église, ranime leur courage et, prenant en main le bâton de commandement, elle rallie sous le feu de l’ennemi les défenseurs de la ville, prêts à se rendre, mais, vains efforts ! le duc foudroie les murs, mine les remparts, et la résistance est de nouveau vaincue. L’intrépide amazone change alors d’attitude et d’allure. Elle reprend les habits de son sexe et, se parant de tout ce que l’art le plus habile et le plus exquis peut ajouter aux charmes de la beauté, elle se rend auprès du vainqueur… Ô douleur ! le bruit court que le jeune duc, pris à l’improviste, sentit, à l’aspect de ces atours et de ces charmes, se réveiller en lui de vénériques désirs, et que cette femme, à l’aide d’une préparation composée de drogues perfides, versa au prince embrasé de passion un poison mortel… (Robert Blondel, Notice, p. 54, 55.)

  309. [2117]

    Les mêmes. — K. 68, n° 45. — Cagny, Ms. Duchesne, f° 224. — Ms. Fontanieu 121-2. — Gallia Christiana, t. XI, coll. 421 à 460, 528 et 658. — Léchaudé d’Anisy, Chartes du Calvados, t. II, p. 409. — Ordonnances, t. XIV, p. 96 ; t. XV, p. 508, 541. — Lefebvre, Histoire de Calais, 1766, in-4°, t. II, p. 170. — Proceedings, etc., t. VI, p. xxxvij.

  310. [2118]

    Demander l’impôt aux membres de la tribu de Lévy, dit le patriotique Blondel, c’est toucher à la prunelle de l’oyeul de Jésus-Christ. Notice, p. 40.

  311. [2119]

    Thomas Basin, t. I, p. 243-4, 320. — Cf. Escouchy, t. II, p. 286. — Berry, p. 458. — Spicilegium, in-fol., t. III, col. 790. — Le roi, par lettres données le 19 mai 9430, ordonne de lever à son profit, pendant un an, par forme d’emprunt, la moitié du subside que se sont imposé les villes du Poitou, pour entretenir leurs fortifications. K. 68, n° 41. — Marine : Comptes rendus de l’Académie des inscriptions, séance du 23 août, 1861, p. 217 ; communication de M. V. Le Clerc. Aide de 120,000 livres levées en Normandie pour la guerre. (K. 68, n° 46 ; acte du 16 mars 1451, n, s.)

  312. [2120]

    Delpit, Documents anglais, p. 265. — En 1440, Philippe le Bon tente une nouvelle entreprise pour inonder Calais par la rupture des digues. (Lefebvre, Histoire de Calais, t. II, p. 160) Mais il est douteux que Philippe, en 1450, fût animé du même zèle, et la neutralité de ce prince paraît avoir été la véritable cause qui s’opposa au recouvrement de Calais par Charles VII.

  313. [2121]

    Paston papers, 1787, in-4°, t. I, p. 46. — Proceedings and ordinances, t. VI, p. XXXIX, note 2 ; p. 912, 113, 124. — Stevenson, Henri VI, t. I, p. 520, 521. Basin, t. I, p. 247.

  314. [2122]

    Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, 3e série, t. I, 1854, in-4°, p. 142 et suiv. — Berry, p. 452, 454. — Chronique de Normandie, f° 203. — Gruel, p. 402. — Ordonnances, t. XV, p. 463. — Chéruel, Histoire de l’administration, etc., 1854, in-8°, t. I, p. 123. — Léchaudé d’Anisy, Chartes du Calvados, 1835, in-8°, t. Il, p. 337, n° 27. — Fournival, Trésoriers de France, 1655, in-fol., p. 14. — Voyez ci-dessus, livre VII, chapitre III. — Juillet 17, remise d’impôts par le roi à ceux de Montpellier pour achever leur loge (ou parloir commercial ; — influence de Jacques Cœur) : Germain, Commerce de Montpellier, t. II, p. 371 et suiv. — Juillet 31, Dunois, chef des arrière-bans de France : Daniel, Histoire de la milice, t. I, p. 203 ; Le Beurier, Arrière-ban, 1861, in-8°, p. 30, note 63. Août, don à Armenion ou Amanieu d’Albret, par le roi, des baronnies de Lesparre et de Carquances en Guyenne, confisquées sur Florimont, seigneur de Lesparre, P. P. 110, f° 273.

  315. [2123]

    Ms. latin 6198, f° 105 et 106. K. 68, n° 43. — Ms. Fontanieu 121-2, au 26 septembre 1450. — Stevenson, t. I, p. 517. — D’Argentré, p. 827. — Berry, p. 454, 455. Basin, t. I, p. 242, 244 et suiv. — Escouchy, p. 318. — Cagny, p. 224. — Jean Chartier, t. II, p. 223, 227. — Du Clercq, p. 23, 29. — Gallia Christiana, t. XI, col. 745 E ; 765 B ; 795 C ; 815 B ; 828 C ; 841 A. — Chronique de Normandie, f° 205 v°.

  316. [2124]

    Les mêmes. — Jean Chartier, p. 232. — Gruel, p. 402. — Notes biographiques sur Coëtivy et Kermoisan, Cabinet des titres. — Anselme, etc.

  317. [2125]

    Chartier, Berry, Basin, Chronique de Normandie, Gruel, Escouchy, Du Clercq, loc. cit.Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, in-8°, t. X, p. 602 et planche IX. — Ms. latin 6198, f° 127 v°. — Ms. Moreau 152, f° 100 à 103. — Héméré, Augusta Viromanduorum, p. 320. — Bugniot, Vie de Jehan Germain, Châlons, 1862, in-4°, p. 16. — Fallue, Histoire de la cathédrale de Rouen, t. II, p. 483. Gallia Christiana, t. XI, col. 943 C. — J. Filleau, Preuve historique des litanies de sainte Radegonde, etc., 1643, in-4°, p. 111. 3. — Chartier, t. III, p. 330, 332. — Louvet, Histoire de Beauvais, 1635, in-8°, t. II, p. 568. — Stevenson, ibid., p. 307 et suiv. Etc.

  318. [2126]

    Le roi demande à Jean de Castille de renouveler les anciens traités et de lui fournir des navires pour appuyer par mer son expédition contre les Anglais. Ms. 6024, f° 62.

  319. [2127]

    Itinéraire. Ms. latin 5956 A, f° 196, 211. — Ms. latin 6024 Baluze, f° 61 et 79 ; 84 à 90. — Ms. Dupuy, 762, f° 15. — Memorie per gli ambasciatori di Francia, etc. Archives de Gênes ; communiqué par M. Casati. — Ms. fr. 4054, f° 122. — Stevenson, t. I, p. 310. — Chronique de Cousinot, p. 27, 76 et suiv. — Ms. Gaignières 567, f° 47. — 1450, novembre 3, hommage de Pierre II, duc de Bretagne, à Montbazon. — Ms. Fontanieu 121-2 ; Preuves de Bretagne, 1744, t. II, col. 1546. — Jean Chartier, t. II, p. 248. — Gruel, Du Clercq, etc. — Administration civile : Ms. Brienne, 197, f° 308-314. — Ms. fr. Saint-Germain 1060, an 27 novembre 1450. — D. Plancher, t. IV, Preuves, p. cxcvij, Ordonnances, t. XIV, p. 99 à 133 ; t. XV, p 60 ; t. XVI, p. 141, 314 ; t. XIX, p. 190 ; t. XX, p. 140. — Marchegay, Archives d’Anjou, 1853, in-8°, t. II, p. 30, 5 et suiv. — Réparations d’églises, dons à des couvents, œuvres pies : K. 68, n° 40, 44. — Ms. Fontanieu 121-2, au 30 décembre 1450. — Cartulaire de Marmoutier, Ms. Baluze, n° 77, f° 361. — Ordonnances, t. XIV, p. 123, 124. — L. d’Anisy, Chartes du Calvados, t. II, p. 394, n° 172. — Le 17 octobre 1450, Charles VII confirme les privilèges des Dieppois. Ms. Moreau 252, p. 109, 110.

  320. [2128]

    Berry, p.458 et suiv. — Jean Chartier, t. II, p. 240 à 246. — Escouchy, t. I, p. 318 à 323. — Basin, t. I, p. 247-250. — J. du Clercq, p. 24 à 26. — Chronique martinienne, f° ccxciij v°. — Proceedings, t. VI, p. xxxiij. — Compte rendu de la Commission historique de la Gironde, 7851, in-8°, p. 29. — Lettres des rois et reines, in-4°, t. II, p. 476 et suiv. — Confirmation des privilégies de Bergerac : Ordonnances, t. XIV, p. 109 à 113.

  321. [2129]

    Ms. latin Saint-Victor n° 1039, t. II, f° 283. — Ms. fr. 5909, f° ixxxv à ixxxxiij. — Chronique de Gruel (Panthéon), p. 403. — Escouchy, t. I, p. 318. — Tableau des forces militaires établies par le roi en Normandie, avec le nom des capitaines, l’indication des lieux de, station des troupes et leur nombre, au 14 mai 1451. Ms. Moreau, n° 252, f° 129.

  322. [2130]

    Berry, p. 459 et suiv. — Escouchy, t. I, p. 525 et suiv. — Gaujal, Études sur le Rouergue, t. II, p. 508 et suiv. — J. Le Boursier, service maritime : Ms. Gaignières 587, f° 47. — 1451, mai 1, traité entre le comte de Penthièvre et J. de La Cropte, sire de Lencais, pour la réduction de Lencais (aujourd’hui Lanquais, arrondissement de Bergerac). J. J. 181, f° 11 v°, pièce ne 23. Ms. Moreau 252, f° 155 et suiv.

  323. [2131]

    Traité de Fronsac 5 juin : Ms. Duchesne 108, f° 27. — Escouchy, p. 535. — Berry, p. 160 et suiv. — J. Chartier, t. II, p. 268 à 271. — J. du Clercq, p. 27 et suiv. — Chronique martinienne, f° ccxeiiij. — Du Boulay, t. V, p. 557. — Guadet, Saint-Émilion, etc., 1841, in-8°, p. 109 et suiv., 274 et suiv. — Ms. Saint-Victor, ibid.

  324. [2132]

    Seigneur du pays de Buch, autour du bassin d’Arcachon [NdÉ].

  325. [2133]

    Les mêmes. — K. 69, n° 2. — Ms. Duchesne 104, f° 99. — Lettres patentes du roy Charles VII, etc., Paris, 1650, in-4°. — D. de Vienne, Histoire de Bordeaux, 1771, in-4°, t. I, p. 91, 513 et suiv. — O’Reilly, Histoire de Bordeaux, 1857, in-8°, t. II, p. 33 et suiv., 634, etc. — Divers traités particuliers furent signés avec le comte de Benauges (Gaston de Foix) et d’autres grands barons ou tenanciers d’Angleterre. Voyez Jean Chartier, loc. cit., charte originale, du 7 juillet 1451, scellée du grand sceau de cire verte, sur lacs de soie rouge et verte, acquise à Londres et communiquée à l’auteur par M. d’Auriac, de la Bibliothèque impériale et J. J. 185, n° 104.

  326. [2134]

    Berry, p. 462. — Jean Chartier, p. 304 et suiv. — Aux termes du traité du 12 juin, il avait été convenu (art. 17) que en la dite ville de Bourdeaux y ait justice souveraine, etc. Nous pouvons signaler en effet la minute ou protocole d’une ordonnance datée de Taillebourg (juillet à septembre 1451), qui érige à Bordeaux un parlement : Ms. 5909, f° ixxxxviij. — Cf. N. Gilles, Chroniques, 1577, f° xcviij. — Cependant l’institution de cette cour fut évidemment ajournée, peut-être à cause du soulèvement de 1452, raconté ci-après. En 1456 et 1459, nous voyons de simples assises ambulantes, ou grands jours, se tenir à Bordeaux. Grün, Notice sur les archives du parlement de Paris, 1863, in-4°, p. ccj. — Le parlement de Bordeaux ne fut organisé que sous Louis XI, par une ordonnance du 10 juin 1462. Recueil du Louvre, t. XV, p. 500.

  327. [2135]

    Ibid. — K. 69, n° 1. — Mélanges Champollion (Documents inédits, in-4°), t. III, p. 252. — La prise de Bordeaux célébrée à Poitiers, ibid. ; à Tours, Ms. Baluze, 77, f° 369.

  328. [2136]

    Le vendredi 20e du dit mois d’aoust, semblable jour que Nostre seigneur souffrit mort et passion pour nous racheter sur la croix, un peu après le soleil levant, se démonstra et fut veue au ciel une croix blanche paroissant estre droitement posée sur la dite cité de Bayonne, et lors les habitans d’icelle ostèrent leurs bannières et pennons à croix rouges, disant qu’il plaisoit à Dieu qu’ils fussent François et portassent la croix blanche. Berry, p. 466. — Escouchy, p. 362-7. — Ms. fr. 5909, f° ixxxvj et xixx. — P.P. 110, f° M. — Ms. Colbert 9669, 2, 2, f° 184. — Ms. Saint-Victor, f, 283 v°. — Basin, t. 1, p. 251. — Procession à Marmoutier pour la réduction de Bayonne : Ms. Baluze 77, f° 361. J. J. 185, f° 1011, 145 v°. — Privilèges et confirmations : Armoires Baluze, t. XXV, p. 39, 146. — Ms. fr. 4054, pièce 79. — Ordonnances, t. XIV, p. 134 à 182.

  329. [2137]

    Le roi, par lettres du 30 octobre 1452, crée de nouveau l’Université de Caen, érigée sous le gouvernement anglais et déjà confirmée par Charles VII. — K. 69, n° 3. J. J. 181, pièce 35. — Ms. fr. 5909, f° xjxxv et ccxix. — Ms. Brienne, n° 155, f° 190. — D. Rousseau, t. IX, n° 3943. — Ordonnances, t, XIV, p. 90 à 249 ; L. XV, p 21 ; t. XVI, p. 679, 680 ; t. XVII, p. 311, 460. — Laferrière, Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, 1860, 7e liv., p. 130. — Redet, Mélanges Champollion, in-4°, t. III, p. 244. — L. d’Anisy (Calvados), t. II, p. 395, ne 173. — Vallet de Viriville, Archives de l’Aube, p. 130, liasse 115, pièce C. — L’indication suivante intéressera le lecteur, comme essai de statistique administrative. … Ung sac où sont les noms et surnoms des nobles du royaume envoyez par les baillis et sénéchaux en l’an 1459. Ms. fr. 2899, f° 80 v°. — Réformation administrative en Normandie : Legrand, t. IV, p. 23. — Ms. Gaignières 567, f° 48. — Janvier 1452, confiscation de la ville de Pons (à l’entrée de la Guyenne) sur Jacques de Pons, ancien allié de La Trémoille ; J. 292, n° 5. — Du Tillet, Traitez, p. 244. — Ordonnances, t. XVI, p. 197.

  330. [2138]

    Catalogue Joursanvault, n° 403. — Ms. fr. 2707, f° 185. — Berry, p. 467.

  331. [2139]

    Lettre de Charles VII, écrite le 22 août 1451, au soudan de Babylone. Il se plaint des mauvais traitements infligés aux cordeliers, gardiens du saint sépulcre. Ms. fr. 2899, f° 79 v° ; 5909, f° ixxxxiij. — Olivier de La Marche, p. 486. — Bugniot, Vie de Jean Germain, p. 16. — Jean Chartier, t. II, p. 325 et suiv.

  332. [2140]

    Ms. D. Grenier n° 238, pièce 41. — Legrand, t. IV, p. 25. — Du Boulay, t. IV, p. 557, 561 et suiv. — Crevier, t. IV, p.186 et suiv. — Histoire de l’Église gallicane, t. XXI, p. 4, 7 et suiv. — Histoire de l’instruction publique, p. 175, 176, 197. — L’une des réformes introduites par le statut de 1452 consista dans l’abolition du célibat imposé aux régents de la Faculté de médecine, comme aux autres suppôts du corps enseignant. Voyez aussi du Boulai, p. 578, et Bibliothèque de l’École des chartes, t. V, p. 479.

  333. [2141]

    Legrand, t. IV, pièce 23, et le compte de Mathieu Beauvarlet y annexé. Ibid., t. VI, p. 302. — Gallia Christiana, t. XI, col. 90 et suiv. — Histoire de l’Église gallicane, t. XXI, p. 4. — Liorente, Monuments historiques concernant les deux pragmatiques sanctions, Paris, 1818, in-8°, p. 52. — Cf. Spicilège, t. III, p. 791. — Estouteville à Orléans : Procès, t. V, p. 381.

  334. [2142]

    Protocoles des lettres adressées par la chancellerie royale à diverses puissances : Ms. fr. 5909, f° iicliij. — Traité de paix entre Charles VII et les cantons suisses, 8 novembre 1452, ratifié le 5 avril 1453. — Ms. Harlay, n° 234, 3, p. 149, 150. — Malingre, Annales de Paris, 1640, in-fol. — Barante, Ducs de Bourgogne, 1825, t. VII, p. 552 et suiv. — K. de Lettenhove, Histoire de Flandres, in-12, t. III, livre XVI.

  335. [2143]

    Les mêmes. — K. de Lettenhove, Programme d’un gouvernement constitutionnel au quinzième siècle, en Flandres, extrait des Mémoires de l’Académie de Bruxelles, 1863, in-8°.

  336. [2144]

    Les mêmes. — Ms. fr. 1278, f° 160, 169 et suiv. — Lettenhove, Programme, etc. — Escouchy-Beaucourt, t. I, p. 368, 383 et suiv. ; t. II, p. 9 et suiv., 81 et suiv. — Berry, p. 467. — Basin, t. I, p. 270 et suiv. — Œuvres de Chastelain, t. II, p. 225. — Lincy, Chants historiques, etc., 1857, p. 36 et suiv. — Archives du Nord, etc., 1851, p. 550. — Du Clercq, p. 42 et suiv. — Voir, sur la bataille de Gavres, le beau récit de M. de Lettenhove, t. III, cité, p. 381 et suiv.

  337. [2145]

    Lega offensiva et defensiva tra il re d’Aragona ed il duce di Savoia, 1451 ; Archives de Gênes ; communiqué par M. Casati. — Ms. fr. 5909, f° ccxvj et xixxvj. — Ms. Gaignières 567, f° 48. — Ms. Dupuy, n° 760, f° 60. — D. Vousseau, t. IX, n° 3950. — Legrand, t. I, p. 59 ; t. VII, à l’année 1453. — Guichenon, Histoire de Savoie, 1660, in-fol., t. I, p. 515. — A. Desjardins, Négociations diplomatiques de la France avec la Toscane, etc., dans les Documents inédits, in-4°, t. I, p. 56 et suiv. — Villeneuve-Bargemont, Histoire de René d’Anjou, t. II, p. 101 et suiv. — 1451, mai 29, projet d’alliance entre Isabelle Stuart, veuve de François Ier de Bretagne, et le prince de Navarre, projet interdit par Charles VII : Actes de Bretagne, 1744, t. II, col. 1557. — Charles, duc d’Orléans, nomme ses procureurs, le 20 mai 1452, pour réclamer de l’empereur l’investiture de son comté d’Asti. K. 69, n° 6 et suiv. — Louis, dauphin, vers le même temps, convoitait ce dernier établissement en Italie, moyennant indemnité accordée au duc Charles d’Orléans. Lettre originale de Louis, visée par Legrand, t. I, p. 45.

  338. [2146]

    Ms. résidu Saint-Germain, n° 143, f° 61. — Ms. Dupuy 762, f° 15, 51 ; Fontanieu, 121-2. — Legrand, t. IV, f° 56 v° ; t. VI, p. 504 et suiv. — Duclos. Recueil de pièces, 1746, in-12, p. 82.

  339. [2147]

    Normandie apprit en outre, à Chambéry, qu’il était question de marier la petite-fille de Savoie au fils de Francesco Sforza, de Milan. Sources citées. — Ms. Brienne, n° 80, f° 139, 147 v°. — Ms. Dupuy 762, f° 23. — Legrand, t. I, f° 36. — Ms. fr. 4805, f° 564. — Guichenon, Histoire de Savoie, t. II, Preuves, p. 371. — Recueil cité, p. 89. — Chorier, Histoire du Dauphiné, t. II, p. 451.

  340. [2148]

    Basin, t. I, p. 282 et suiv. — Escouchy-Beaucourt, t. I, p. 424 et suiv. — Montfalcon, Histoire monumentale de la ville de Lyon, 1860, gr. in-4°, p. 282. — Péricaud, Notes sur l’histoire de Lyon, 1834, in-8°, p. 60. — 1459, juillet 14 ; Istruzione del duca di Savoia Luigi, a Pietro Bolomeri suo inviato verso il Delfino. — Le 23 : Ordini dati dal bastardo Giov. d’Armigni (Jean, bâtard d’Armagnac, maréchal du Dauphiné), per avvero in pronto la solatesca necessaria net ducato di Savoia : Archives de Gênes ; M. Casati. Ms. Legrand, t. VI, f° 377.

  341. [2149]

    Aujourd’hui Cleppé (Loire), canton de Boën, arrondissement de Montbrison. Irritation du roi contre le duc de Savoie : Desjardins, 76.

  342. [2150]

    Itinéraire. — La Mure, Histoire des comtes de Forez, in-4°, t. II, chap. XX. — Jean Chartier, t. II, p. 330. — Berry, p. 467. — Lettenhove, Histoire de Flandres, t. III, p. 287. — Escouchy, t. I, p. 424 à 442. — Du Clercq, p. 41. — Basin, t. I, p. 282 et suiv. — Ms. Legrand, t. I, f° 46 v°, 57 ; t. VI, f° 303. — Mélanges Champollion, t. II, p. 192. — Chorier, p. 454.

  343. [2151]

    Les mêmes. — Archives de Chambéry, tiroir I, n° 3. — J., carton 502, pièces 20 et suiv. Ms. fr. 5909, f° xixxvij v° et suiv. — Ms. Brienne, n° 80, f° 149, 151. — Ms. Legrand, t. I, f° 57 ; t. VII, p. 993 et suiv. — Guichenon, Histoire de Bresse, preuves, p. 28 ; Histoire de Savoie, t. I, p. 513. — Costa de Beauregard, Familles historiques de Savoie, 1844, in-4°, p. 58, 102 ; Souvenirs d’Amédée VIII, p. 103, note 1. — Rabut, Bulletin du Comité de la langue, etc., (Instruction publique) ; 1856, in-8°, t. III, p. 575 et suiv. — Le poète Martin Franc, prévôt de Lausanne, assistait le duc de Savoie, comme maître des requêtes en son grand conseil ; il contresigna les traités du 27 octobre. Jean de Bueil, amiral de France, et André de Villequier, mari d’Antoinette de Maignelay, reçurent chacun dix mille écus d’or. Jacques de Chabannes, grand maître de l’hôtel, en eut douze mille, le duc voulant le favoriser davantage et racheter en même temps une rente qu’il lui avait précédemment assignée… (Souvenirs d’Amédée, loc. cit.).

  344. [2152]

    Cartulaire de l’occupation anglaise sous Henri VI, registre original sur vélin ; Ms. latin, 9134.

  345. [2153]

    Itinéraire. — Basin, t. I, p. 256, 259. — Guadet, Saint-Émilion, etc., p.111. — Les principaux agents de l’insurrection en Guyenne et de la restauration anglaise furent : Gaston de Foix, comte de Benauges, captal de Buch, chevalier de la Jarretière, etc., oncle du comte de Foix ; Jean de Foix, comte de Candale, fils du précédent, marié à Marguerite, nièce de W., duc de Suffolk ; l’archevêque de Bordeaux, Pey Berland ; P. de Montferrand, seigneur de Lesparre et soudie (soldanus), ou sire de la Trau ; Galhard de Durfort, seigneur de Duras, chevalier de la Jarretière ; Thomas Gassiet, ancien sous-maire, etc.

  346. [2154]

    Basin. — Berry, p. 468. — Jean Chartier, t. II, p. 330 et suiv. — Du Clercq, p. 41 et suiv. — Escouchy, t. II, p. 29 et suiv. — Ms. Legrand, t. IV, p. 26. — Ms. lat. 9134, f° 116 et suiv. — Ms. Duchesne 108, f° 31 ; Cf. Gallia Christiana, t. II, col. 842. — Lettres des rois et reines, t. II, p. 1181. — Quittance de 4,500 l. t., signée par P. de Xaintrailles le 27 mars 1453 (nouv. style), qu’il a reçues du roi pour moy aider, dit-il, à racheter de prison et remettre sus mes gens, qui ont esté pries des anglois, à la prinse de Bordeaux. Cabinet des titres, dossier Xaintrailles.

  347. [2155]

    Ms. fr. 5909, f° xjxxiv. — Ms. Gaignières 567, f° 45 et suiv. — Ms. résidu Saint-Germain, n° 142, f° 144. — Cf. Basin, t. 1, p. 263. — Ms. Moreau, n° 252, f° 183. — Proceedings, etc., t. VI, p.120.

  348. [2156]

    Berry, 468. — J, Chartier, t. II, p. 531 ; t. III, 15. — Du Clercq, p. 41. — Escouchy, I, 413. — Ms. fr. 5909, f° xlxxxiij, Ms. Duchesne 108, f° 31. — Proceedings, etc., t. VI, p. xliv, 151 à 16. — 1452, décembre 13, ordonnance du roi qui défend à ses sujets l’importation de vivres et de munitions dans la ville de Calais. Livre vert, vieil 2e, f° 197. — Lefebvre, Histoire de Calais, t. II, p. 173. — Cf. Proceedings, etc., t. VI, p 120. — 1453 mai 5, Dépenses militaires en Normandie, Ms. Gaignières 64915, pièce 1. — Dugdale, Baronagium, t. I, p. 530.

  349. [2157]

    Jean Chartier, t. II, p. 334 ; t. III, p. 11. — Berry, p. 468 et suiv. — Du Clercq, p. 75 et suiv. — Basin, t. I, p. 262 et suiv. — Escouchy, t. II, p. 33. Ms. fr. 5909, f° ijclij ; xjxxxviij v°. — Proceedings, etc., t. VI, p. 143, 151.

  350. [2158]

    Escouchy. — Auteurs cités.

  351. [2159]

    Les mêmes. — Bibliothèque de l’École des chartes, t. VIII, p. 246, Ms. Duchesne 108. Mélanges Champollion, t. III, p. 244.

  352. [2160]

    Escouchy, p. 42, 43. — La bannière de Talbot fut prise dans la bataille, par un Breton nommé Olivier Giffart. Ms. de la bibl. Sainte-Geneviève, n° 1155, f° 131. — Jacques de Chabannes combattait à Castillon ; il envoya par un page, à Charles VII, la gorgerette (sorte de hausse-col ou large croissant de fer qui protégeait la gorge) de Monseigneur Talbot. Lequel (Charles) fut bien aise de la venir et dit : Dieu face mercy au bon chevalier à qui elle estoit ! Chronique martinienne, f° xcvj. — Le roi habitait la Rochefoucauld. — Itinéraire. — Ms. La Ravallière, Champagne, t. IX, f°268 v°. — En 1499, la brigandine (vêtement du buste) de Talbot se conservait au château royal d’Amboise : Bibliothèque de l’École des chartes, t. IX, p. 416, 418 et 422, n° 32. — Portrait de Talbot peint dans le ms. du British Museum 15 E vi ; gravé, ainsi que, la figure du héraut de Talbot, dans Shaw, Dresses, etc., t. II, pl. 49, etc. — Stothart, Monumental effigies, pl. 127 et 128. — Bromley, p. 9. — Son portrait et son épée, retrouvée dans la Dordogne : Thevet, Les Vrais portraits, etc. 1584, in-f°, p. 282. — Cette épée, au temps d’Henri IV, fut réclamée par le comte de Shrewsbury, descendant de Talbot (communication de M. Teulet).

  353. [2161]

    Anselme, aux Maréchaux. — Dugdale, Baronagium, t. I, p. 528 et suiv.

  354. [2162]

    Berry, p. 470 et suiv. — Jean Chartier, t. III, p. 12 et suiv. — Du Clercq, p. 78 et suiv. — Escouchy, t. II, p. 64 à 79. — Guadet, Saint-Émilion, p. 112 et suiv. — Ms. résidu Saint-Germain, n° 142, p 46. — Proceedings, t. VI, loc. cit. — Ms. fr. 5909, f° iiexlj v°. — J. Trapp., chevalier envoyé vers Charles VII, en ambassade, par le duc d’Autriche, sert militairement pendant toute la campagne, puis s’en retourne (ibid., jjcxlviij). — Ordonnances, t. XIV, p. 271. — 1453 septembre, Henri VI devient fou : Strickland, Lives, etc., 1844, t. III, p. 227 et suiv. — Gallia Christiana, t. II, col. 842. — Taxe de soixante mille livres en Normandie pour expulser les Anglais ; Archives du Calvados au 13 octobre 1453 ; K. 69, n° 7. — Le roi, en 1454, renforça la garnison de Bordeaux et commença l’érection du château Trompette. — Berry 473.

  355. [2163]

    Poésies de Charles d’Orléans, édition Champollion, in-8°, p. 194. — Du Boulay, t. V, p. 585. — Poitou et Vendée, par MM. Fillon et de Rochebrune, 1861, in-4°, p. 34.

  356. [2164]

    Boutiot, Recherches sur le théâtre à Troyes, vers 1850, dans les Mémoires de la Société de l’Aube, extrait, p. 427. — Archives de Compiègne, C, 19 ; Lépinois, Bibliothèque de l’École des chartes, t. XXIV, p. 496. — Lamothe, Compte rendu de la commission historique de la Gironde, 1849, in-8°, p. 21.

  357. [2165]

    Médaille commémorative de l’expulsion des Anglais.

    Parmi les sept variétés du cabinet, le grand médaillon d’or à la légende : Desiré suis, est percé en haut de deux trous d’attache, qui se répètent au bas de la pièce. Ce joyau paraît avoir été porté comme parure, ou peut-être comme insigne honorifique. Ces types furent successivement renouvelés avec variantes, notamment en 1454, 1459 et 1460. L’an M.LIIIJ (1454) Dieu, de sa sainte grâce, ayant donné victoire au roy d’avoir expulsé de son royaume les Anglois, … fut, à la louange du roy et de sa victoire, composées certaines pièces en façon de monnoye, cy-portraites ; dont en fut forgé quantité volontairement d’or et d’argent de divers poids, et d’icelles fait présent au roy et reine de France, princes et princesses de leur sang. Haultin, Figures des monnoies de France, 1619, in-4°, planche clxj ; texte, Ms. de l’Arsenal H. F. n° 467, f° 52-409.

    Il en existe une huitième variété qui appartient aujourd’hui au numismate distingué, M. Fillon. Ces huit types ont été décrits ou gravés dans les ouvrages ci-après indiqués. Haultin cité. — Duchesne, Œuvres d’Alain Chartier, 1617, in-4°, p. 835. — J. de Bie, La France métallique, 1636, in-fol., p. 129, 130. — Chalcographie du Louvre, n° 1683, 15 à 1686, 15. — Trésor de numismatique et de glyptique, 1836, in-fol., Médailles françaises, au commencement. — Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, 1844, in-4°, t. IV, p. 140 et planches. G. Combrouse, Choix de monnaies et médailles, 1845, gr, in-4°, p. 20, n° 43 ; et encore Monuments de la maison de France, 1836, in-fol., p. 21, planche 17. Magasin pittoresque, 1850, p. 152. Poitou et Vendée, loc. cit. Gazette des Beaux-Arts, 1861, t. XI, p. 469.

  358. [2166]

    En additionnant les chiffres romains ou lettres numérales (excepté les D) de ce chronogramme, on trouvera le millésime de 1451 (première expédition de Guyenne).

  359. [2167]

    Giornale dell’ assedio di Constantinopoli, par Nicolas Barbaro, Vénitien, témoin oculaire, Vienne, 1856, in-8°. — Mordtmann, Belagerung und Eroberung Constanlinopels, etc., Stuttgard, 1858, in-8°. — Hammer, Histoire de l’empire ottoman (trad. Hellert), 1835, in-8°, t. II et III. — Ms. fr. 1278, f° 127 à 149. — Chroniques du quinzième siècle de Buchon, Panthéon, 1838, volume de du Clercq, p. 79 et suiv., 309 et suiv. — Jean Chartier, t. III, p. 19 et suiv. — Escouchy, t. II, p. 53 et suiv. — Chroniques belges, in-4°, Namur, t. VIII ; p.167. — Kausler, Atlas des batailles, texte, p. 149, pl. 33. — A. Champollion, Louis et Charles d’Orléans, p. 381. 1453 et années suivantes, secours donnés par la ville de Compiègne à Georges, Théophile, Isaac et Alexis, cousins de l’empereur Dragasès ; à Dimitri Paléologue et à deux autres comtes de Constantinople ; Archives de Compiègne, C, 21 et 22. — Lépinois, Bibliothèque de l’École des chartes, t. XXIV, p. 498. — Lettres de passage et sauvegarde octroyées par Charles VII à Jean Caschadinos, Michel Catapopinos et Manuel Caschadinos, réfugiés de Constantinople. Ms. fr. 5909, f° vijxxxviij.

  360. [2168]

    Chronique de Lalaing (Panthéon), p. 724. — Biographie Didot : Lalaing. — Novembre 1452 à octobre 1453, administration civile du royaume : Ordonnances, t. XIV, p. 251 à 262 ; t. XIX, p. 522 ; J. J. 182, acte 77 ; Armoires Baluze, t. XVIII, p. 143 ; K. 69, n° 6 bis ; Ms. fr. 2899, f° 80 ; Ms. fr. 5909, f° ijcxlj et xjxxxij ; Costa de Beauregard, Familles de Savoie, p. 105 et suiv. Etc., etc.

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