A. Vallet de Viriville  : Histoire de Charles VII (1862-1865)

Tome II : Livre IV (Jeanne d’Arc)

42Livre IV
Jeanne d’Arc (1429 – 1431)

Chapitre I
Carrière de Jeanne d’Arc, depuis sa naissance jusqu’à la levée du siège d’Orléans (6 janvier 1412 – 8 mai 1429).

L’historien qui accomplit le pèlerinage de Domrémy-la-Pucelle, trouve en quelque sorte dans les communications de la nature, le commentaire du personnage. C’est un riant vallon, où la Meuse s’écoule. Les dernières pentes des Vosges, viennent s’y adoucir et mourir. Par d’imposants couchers du soleil d’automne, ces collines ont des échos harmonieux, pour la trompe des pâtres, qui, le soir, s’y fait encore entendre.

Cette terre, au quinzième siècle, formait l’extrémité orientale de la France et de la Champagne. En 1328, cent ans avant le siège d’Orléans, elle avait été réunie, avec l’ensemble de cette province, au domaine propre de la couronne.

Le sentiment patriotique ou national semble avoir son siège principal au centre des États. Là, il puise immédiatement au cœur ses premiers éléments de vie. Parfois, cependant, c’est aux extrémités que l’on sent battre, pour aussi dire, ses plus énergiques pulsations.

Tel fut politiquement le berceau de Jeanne d’Arc. Ici, 43dans la contrée qui la vit naître, la France, du côté de l’orient, commençait avec cette vallée de mœurs et d’un parler plus doux. À quelque distance, au sud, c’était le duché ou la comté de Bourgogne. À l’est et au nord, se dressaient l’Alsace et la Lorraine, c’est-à-dire l’Empire et l’Allemagne. Comme pour rendre cette opposition, par le rapprochement, plus sensible, le village même1050 où naquit la Pucelle était mi-parti. Ainsi, la chaumière natale de Jeanne relevait directement du royaume et faisait partie de la prévôté d’Andelot, bailliage de Chaumont en Bassigny. Puis, à deux pas de là, d’autres chaumières et d’autres habitants de la même paroisse appartenaient au duché de Bar et à la Lorraine. Ici, le génie de la France devait apparaître dans l’histoire et se personnifier sous les traits de cette jeune fille.

Parmi les habitants de ce village, il y avait une famille composée du père, de la mère et successivement de cinq enfants : trois frères et deux sœurs. Le père s’appelait Jacques ou Jacob, et, en y joignant son surnom (genre de désignation, qui, même pour les gens de la campagne, commençait à se répandre) : Jacques d’Arc. La mère, native de Vouthon, hameau voisin, s’appelait Isabelle ou Zabillet Romée. Jeanne, l’aînée des deux filles, naquit en ce lieu, dans la nuit de l’Épiphanie, le 6 janvier 14121051.

44À cette époque, le droit reconnaissait trois classes de personnes, 1° les nobles, 2° les francs ou libres, 3° les non-libres. Un acte irrécusable déclare que les parents de Jeanne n’étaient point nobles ; il ajoute que peut-être même sont-ils de condition autre que libre. Le servage, en effet, dans ces contrées, touchait à sa période la plus atténuée. C’est pourquoi des nuances inappréciables (même pour les juristes), distinguaient seules, entre eux, les hommes ou les âmes de deuxième et de troisième catégories. Depuis le dix-septième siècle, des descendants de cette famille, ou des érudits, ont tenté de remonter, au delà du père et de la mère de la Pucelle, le cours de cette généalogie. De vaines conjectures ont été l’unique résultat de ces recherches. Jeanne, comme tous les individus réellement grands dans l’humanité, commence et finit à elle-même.

Une seule circonstance digne d’être notée se rapporte à sa naissance. Les registres de l’état civil, alors, n’étaient point encore en usage. Pour l’âge et la filiation des personnes, la preuve testimoniale suppléait à la preuve légale par écrit. Le prêtre qui avait baptisé l’enfant, la sage-femme, la nourrice, les parrains et marraines surtout, devaient conserver dans leur souvenir et administrer, au besoin, cette preuve. Aussi les parrains et marraines étaient-ils, pour chaque nouveau-né, plus nombreux que de nos jours. Jeanne, sur la désignation de sa mère, honora au moins huit femmes, ou compatriotes, du titre de marraines. Comme si l’histoire, afin de garantir l’authenticité de cette naissance, avait pris dès lors le soin d’en multiplier les preuves ou témoignages !

Les parents de la Pucelle, au dire de l’un de ses plus anciens 45historiens, étoient de fort gens de bien, craignant et aimant Dieu, mais qui avoient peu de moyens et vivoient d’un peu de labourage et de bestial qu’ils nourrissoient. Les calamités du temps et sept personnes à faire vivre ne les rendaient pas bien riches1052. Jeanne apprit le Pater, l’Ave, le Credo, et ne sut jamais ni a ni b. On lui montra encore à filer et à coudre. Toute jeune, elle fut employée à conduire aux champs les brebis de ses parents. Elle gardait aussi et à tour de rôle, pour son père, le troupeau de la commune. Le reste du temps, elle s’occupait aux travaux du ménage1053.

Chacun l’appelait Jeannette, dans son village, et jusqu’à son départ elle ne porta point d’autre nom. La chaumière paternelle était située près de l’église. De là se voyait, à peu de distance, la Fontaine des groseilliers sur le coteau. Cette source recevait l’ombrage d’un hêtre archiséculaire, objet de traditions romanesques et immémoriales, appelé l’Arbre aux fées. Plus loin s’étendait le Bois chesnu ou des chênes. Tous les ans, le dimanche de Lætare, quatrième du carême, la jeunesse allait y manger des gâteaux, que les mères préparaient. On chantait, on dansait autour de l’arbre ancien, couronné, ce jour-là, de fleurs et de guirlandes. Jeanne se rendait, avec les autres jeunes filles, à ces solennités. Mais elle n’était pas danseuse : bonne du reste et bien aimée de toutes et de tous1054.

46On la voyait réfléchir ; elle aimait la solitude et tenait parfois ses yeux comme cloués vers le ciel. La foi du christianisme, sa poésie, furent la source où se désaltéra sa jeune âme. Elle montra de bonne heure une piété avide. L’iconographie des saints peupla de divins hôtes un empyrée plein, disait-elle, de suaves senteurs ; un monde enchanté, qu’elle portait en elle. Jeanne fréquentait assidûment l’église, se confessait et communiait souvent ; mais elle rougissait avec bonne grâce, lorsque ses amies la taxaient d’être trop dévote. Il y avait auprès de Domrémy un oratoire, l’ermitage de Notre-Dame de Beaumont, où elle aimait à s’écarter, emmenant avec elle sa jeune sœur. Le son des cloches lui causait une joie infinie. Pour stimuler le zèle, parfois négligent, du marguillier chargé de sonner celle de la paroisse, elle le subventionnait de ses caresses enfantines, accompagnées de petits présents1055.

La guerre civile épargna cette contrée jusqu’au mariage de René, qui devint duc de Bar ; mais, en 1421, elle y pénétra : Jeanne avait alors neuf ans. Les Anglo-Bourguignons, conduits par le comte de Saint-Pol, arrivèrent jusqu’à Gondrecourt, à trois lieues de Domrémy. Ils s’emparaient des châteaux, mettant les villages à feu et à sang. Domrémy ressortissait militairement à la châtellenie de Vaucouleurs. Il demeura constamment français : ce petit village, lui aussi, devait être un canton sacré de la patrie. Mais la lutte et la division régnaient dans la contrée. Domrémy était armagnac, tandis que Maxey, village tout proche, était bourguignon. Dans les rixes fréquentes qui éclataient entre les deux communes, Jeanne vit souvent, 47avec larmes, revenir, sanglants et meurtris, les jeunes garçons de sa paroisse1056.

De 1424 à 1428, diverses alarmes, éclatant coup sur coup, signalèrent l’invasion des gendarmes ennemis. Les habitants furent contraints de se réfugier, tantôt au château de l’Île comprise dans le village, entre deux bras de la Meuse, et tantôt à celui de Neufchâteau. Ils trouvèrent au retour leurs demeures dévastées par le pillage et l’incendie. Toutes ces circonstances exaltèrent progressivement l’âme rêveuse et tendre de la jeune enfant. Elle se dit, dans son cœur, que Dieu ne voulait pas la perpétuité de ces désastres. Peu à peu, dessein candide et sublime ! elle conçut l’ambition de devenir elle-même le ministre ou l’instrument de la divine justice1057.

À l’âge de treize ans, pendant l’été de 1425, Jeanne se trouvait au jardin de son père. Elle entendit une voix, accompagnée d’une grande clarté, qui l’appelait, à droite, du côté de l’église. Bientôt, elle reconnut dans cette voix celle d’un ange, qui lui prescrivait d’être bonne, pieuse, et d’aller en France pour délivrer le royaume. Cette époque marquait l’âge de formation de la jeune fille, et correspondit aussi avec quelque recrudescence des hostilités. En effet, à peu de temps de là, Robert de Baudricourt, capitaine de Vaucouleurs, et le maréchal de Bourgogne, signaient ensemble une de ces courtes trêves qui servaient aux partis à reprendre haleine entre deux campagnes1058.

48Ces apparitions se renouvelèrent, de plus en plus nettes et fréquentes, et s’emparèrent absolument de ses facultés. Dès ce moment, elle devint songeuse, concentrée, absorbée dans son unique préoccupation, qu’elle laissait, par instants, déborder, en quelque sorte, à travers les fissures de son âme. Enfin, ainsi qu’elle le dit plus tard, elle ne pouvait plus durer et le temps lui pesa comme à une femme enceinte. Son père, homme simple, accueillit ses ouvertures, d’abord timides, avec une inquiétude, qu’il finit par exprimer sur le ton de l’autorité, puis de la colère1059.

Il rêva, la nuit, que sa fille suivait en France les gendarmes du roi. Dès lors il retint Jeanne sous une étroite discipline et dit à ses fils : Si je savois que votre sœur partît, je voudrois que la noyassiez, et, si vous ne le faisiez, je la noyeroie moy-mesme. Jeanne se soumit à tout pour temporiser. Mais elle tenta de se conquérir l’intervention de son oncle, nommé Laxart, qui habitait un village voisin. La femme de Laxart était en couche. Jeanne se fit demander. Elle obtint le consentement de ses parents pour se rendre auprès de sa tante et l’assister. Arrivée là, elle sut persuader à son oncle de se rendre en parlementaire auprès du bailli-capitaine1060 ; disant qu’elle voulait aller vers le roi, lui porter secours.

Baudricourt répondit à l’envoyé qu’il donnât à Jeanne de bons soufflets et de la ramener à ses parents1061.

49Ces derniers voulurent aussi, vis-à-vis de leur fille, déjouer par stratagème, le destin, qui était écrit. Un jeune homme avait recherché Jeanne par amour. D’intelligence avec la famille de Jeanne, ce jeune homme cita devant l’official de Toul sa fiancée, ou prétendue telle. Affirmant qu’il avait d’elle parole de mariage, il la somma de l’accomplir. Mais Jeanne se présenta devant le juge d’église, expliqua qu’elle n’avait rien promis, plaida son procès, et le gagna. Deux fois, elle s’échappa de nouveau, arriva jusqu’au capitaine et le fatigua vainement de ses interpellations1062.

Cependant, la force prodigieuse que portait en elle la sublime enfant, peu à peu, faisait expansion.

Cette crise du quinzième siècle était de celles qui ouvrent aux esprits les plus durs les portes de l’extraordinaire et du merveilleux. De vagues prophéties couraient le peuple, qui chaque jour les interprétait avec plus de précision. Les poètes faisaient entendre leur voix. Robert Blondel, dans la complainte des bons Français, invoquait, après tant de larmes, l’ange de la victoire et le montrait à la France, sous les traits d’une vierge pudique et tutélaire. Des pronostics, accrédités sous le nom celtique de Merlin, annonçaient que, des marches de Lorraine, proche du Bois chesnu, sortirait une jeune fille qui subjuguerait les archers bretons1063.

La dernière invasion de Domrémy, suivie de l’émigration à Neufchâteau, eut lieu en juillet 1428. Antoine de Vergy commandait cette invasion. Membre de la commission 50que présidait Cauchon, il fut chargé, par lettres du 22 juin, enregistrées le 1er juillet au bureau des comptes, de mettre sous son obéissance les ville et châtellenie de Vaucouleurs et autres places environ. Ce mouvement, comme on sait, fut le prélude de l’expédition contre l’Orléanais. Lorsque le siège d’Orléans fut connu à Domrémy, cette nouvelle y causa une consternation extrême et mit le comble à l’enthousiaste exaltation de Jeanne1064.

Au mois de février 1429, instruite de la bataille des Harengs, elle retourna une troisième fois à Vaucouleurs. C’était l’époque du carême. Jeanne dit à Baudricourt qu’il fallait impérieusement qu’elle partît pour faire lever le siège d’Orléans, et qu’elle irait, dussé-je, ajoutait-elle, user mes jambes jusqu’aux genoux ! Plusieurs indices donnent à penser que Baudricourt référa de cet incident à la cour, ou du moins à quelque autorité supérieure, et qu’il reçut ordre de ne plus s’opposer au départ de la jeune inspirée1065.

De Vaucouleurs, Jeanne se dirigea vers Nancy. Le duc Charles de Lorraine, conservateur des trêves précédemment signées entre Baudricourt et le maréchal de Bourgogne, avait mandé lui-même la jeune fille auprès de lui. 51Déjà, on le voit, Jeanne n’était plus, pour ceux qui l’entouraient, une enfant vulgaire. Le duc Charles, vieux et malade, se sentait troublé dans sa conscience. Il avait délaissé la duchesse, une sainte, et vivait publiquement en concubinage avec la bâtarde d’un prêtre, nommée Alison du Mai. Charles II de Lorraine voulut consulter la Pucelle et lui recommanda l’état de sa santé, mortellement atteinte. La jeune fille lui conseilla de reprendre sa compagne légitime, ajoutant qu’elle, Jeanne, n’avait pas la puissance de le guérir. Elle l’exhorta du reste à l’aider dans la mission qu’elle avait entreprise. Le duc lui fit remettre quatre francs d’or. Jeanne, après s’être arrêtée en pèlerinage à Saint-Nicolas-du-Port, revint alors à Vaucouleurs. Elle prépara son départ sous les yeux de Baudricourt1066.

La jeune fille avait toujours sur elle les seuls vêtements qu’elle possédât : ses pauvres habits rouges de paysanne. Jean de Nouillonpont ou Novelompont, chevalier de la garnison de Vaucouleurs, fut chargé de l’accompagner. La voyant ainsi vêtue, il lui demanda si elle comptait voyager dans cet équipage. Jeanne répondit que volontiers elle s’habillerait en homme, et que tel était son ferme dessein. Là-dessus, Nouillonpont la vêtit et la chaussa des dépouilles d’un de ses valets1067.

Quelques jours après, les habitants de Vaucouleurs, de concert avec le capitaine, se cotisèrent pour l’habiller à neuf. Ses cheveux alors furent coupés court et en sébile, selon la mode des jeunes gens. On lui fit un gippon ou pourpoint et des chausses, qui se liaient ensemble, par le 52moyen de vingt aiguillettes. Elle eut aussi une huque ou robe courte ; pour coiffure, un chaperon de laine découpé ; elle fut chaussée de houseaux, armés de longs éperons. On lui fournit en outre un cheval, un haubert ou plastron qui protégeait le buste ; lance, épée, dague, c’est-à-dire l’équipement complet du cavalier d’armes1068.

Son costume était celui de gens de bien simple manière. Elle partit ainsi escortée de Nouillonpont, chevalier ; de Bertrand de Poulangy, écuyer ; de deux sergents d’armes ou coustilliers, de Colet de Vienne, messager royal, et d’un archer nommé Richard. Baudricourt leur fit jurer de la conduire bien et sûrement. Sa propre foi cependant n’était pas bien vive, car au moment où Jeanne allait sauver la France et mourir, il la salua, pour tout adieu, de ces paroles : Va donc, Jeanne, et advienne que pourra1069 !

Le petit cortège quitta Vaucouleurs vers le 25 février 1429. Pour arriver jusqu’au roi, qui résidait au château de Chinon, il fallait traverser environ cent cinquante lieues, y compris les détours, sur un territoire en guerre, coupé de cours d’eau, hérissé de garnisons, et la moitié en pays ennemi. Jean de Nouillonpont, chef de l’escorte, ainsi que ses compagnons, étaient des jeunes gens. Jeanne venait d’atteindre sa dix-huitième année. Brune, assez 53grande, forte, bien prise ; la voix assez grêle, très féminine et d’une grande douceur, elle avait reçu de la nature tous les attraits propres à séduire. Mais une égide morale toute-puissante l’avait prémunie et la protégea contre ce péril. Chaque nuit lorsqu’elle le put, elle avait coutume de s’arrêter dans quelque abbaye, ville ou village. Elle faisait choix aussi de quelque femme respectable, qui se prêtait à cet honneur et partageait sa couche hospitalière1070.

En cas de bivouac et lorsque plus tard, elle se désarmait au milieu de ses compagnons, ce qui lui arriva rarement, Jeanne demeurait vêtue. Ainsi fit-elle dans ce voyage, où elle conserva jour et nuit ses chausses et son pourpoint, étroitement liés à foison d’aiguillettes. D’ailleurs le sentiment qu’elle inspirait, souverainement, tout d’abord était celui d’un profond respect. L’abandon tempérait, chez elle, un ascendant dont la puissance insinuante était irrésistible. Dès le principe, Jeanne, conduite matériellement par ces hommes, n’en prit pas moins sur eux l’autorité réelle, comme elle avait pris l’initiative de l’expédition1071.

La petite troupe se dirigea par Saint-Urbain, abbaye où elle coucha la première nuit. Puis on se remit en marche, presque sans débrider, évitant les grands chemins, avançant le moins en vue possible, et de préférence après le jour. La Pucelle ayant traversé Auxerre, gagna Gien, et là, trouva le premier poste français. Puis, côtoyant la Loire, elle se rendit à Sainte-Catherine-de-Fierbois, en Touraine. Ce lieu de pèlerinage célèbre était consacré 54à l’une de ses saintes. Elle y entendit trois messes consécutivement. De Sainte-Catherine, elle écrivit au roi pour lui annoncer sa venue1072. Enfin le 6 mars, le cortège, sain et sauf, mit pied à terre sous les murs de la résidence royale à Chinon. Le trajet avait été franchi en onze jours1073.

La carrière de Jeanne d’Arc est la merveille de notre histoire et de toutes les histoires. En eux-mêmes, les faits dont elle se compose, offrent un caractère extraordinaire et surprenant. Ces faits, peu à peu enveloppés dans l’ombre redoublée des siècles, ont été en outre et dès le principe, obscurcis par des mensonges, des calomnies, des erreurs successives et accumulées. Cependant la postérité n’a point voulu demeurer trompée. Ce souvenir a pris dans ses préoccupations une place définitive et essentielle. Le demi-jour de la légende, bon pour certaines traditions lointaines et secondaires, ne convient pas au sérieux intérêt qui s’attache exceptionnellement à ce personnage. Les générations se succèdent, et la figure de Jeanne d’Arc, monte, monte sans cesse au zénith des esprits ; plus belle chaque jour, à mesure que la science dépouille un à un tous ces voiles. Des hommes du premier mérite ont consacré à ce travail d’éclaircissement leurs éminentes facultés. Venu après eux, j’essayerai de continuer leur œuvre, en profitant de la somme de leurs lumières et en remontant, à mon tour, aux sources vives de la vérité.

55On a donné du génie cette définition : le bon sens élevé à sa plus haute puissance. Cette définition que l’on a souvent appliquée à Christophe Colomb, nous paraît convenir spécialement à Jeanne d’Arc. L’héroïne du quinzième siècle nous apparaît comme une femme supérieure par la droiture de son esprit et de son cœur. Les problèmes les plus ardus de la politique ainsi que de la science humaine, se résument, en définitive, dans des notions claires et simples, qui contiennent la solution de ces problèmes. Ceux qui trouvent et appliquent ces solutions, obtiennent les applaudissements légitimes de la multitude. La France appartenait-elle à la France ou à l’Angleterre ? Telle était toute la question qui se débattait au quinzième siècle. Des incidents, des malentendus, des catastrophes inouïes, avaient compliqué ou embrouillé ce litige. Des circonstances analogues en empêchaient le dénouement.

Une femme (Isabeau de Bavière), a perdu le royaume : une fille le sauvera ! Ainsi s’était exprimée Jeanne avant de quitter son village1074. On pourrait citer d’elle, divers autres mots, nobles et fiers, équivalents de celui-ci. La Pucelle avait donc une intelligence très lucide et très vive de la question politique de son temps. Quant à l’exécution, il s’agissait de marcher : elle donna l’exemple. L’héroïne subvint, dans le détail, aux nécessités de sa tâche, avec cette même simplicité lumineuse de vue, qui présidait à sa mission.

Arrivée à Chinon, la Pucelle se logea premièrement 56chez une femme de bien, proche le château. Elle fut ensuite admise dans un appendice ou dépendance de la résidence royale. Charles VII habitait, à Chinon, le château du milieu. Jeanne eut pour demeure provisoire une chambre de la tour du Coudray, grand corps de logis annexé au manoir. Elle habita cette tour, dont les vestiges subsistent encore, jusqu’à ce qu’elle fût autorisée à paraître devant le roi1075.

Les propositions qu’apportait la nouvelle venue n’avaient rien assurément de commun, ni d’ordinaire. Il était juste et naturel, en présence de cet incident, que les conseillers de la couronne fissent usage de circonspection, ainsi que de prudence. Charles VII, pendant toute sa vie, eut pour trait dominant de son caractère, écrit sur sa figure et dans ses yeux, la défiance. Quoique jeune encore, cette affection de l’âme était déjà, chez lui, très prononcée. Ses ministres, par divers motifs, que nous analyserons plus tard, secondèrent particulièrement en ce sens la disposition morale du prince. Jeanne fut accueillie et gardée à distance avec un luxe de précautions extrême1076.

Pendant trois jours, on mit en délibération si elle serait reçue à l’audience royale. Charles VII questionna d’abord, sur son compte, les gentilshommes qui l’avaient amenée. La Pucelle conférait quotidiennement, dans sa tour du Coudray, avec des hommes de diverses conditions, que la curiosité attirait auprès d’elle. Jeanne recevait également 57des femmes, qui, la nuit demeuraient en sa compagnie. Sur les rapports chaque jour plus favorables, dont elle était l’objet, il fut décidé que le roi lui accorderait audience1077.

Suivant le témoignage de Jeanne, cette audience fut publique. La nuit était venue. Il y avait au château, éclairé par plus de cinquante flambeaux ou torches de cire, près de trois cents chevaliers et hommes d’armes. Le comte de Vendôme, grand maître de l’hôtel, introduisit la jeune fille. Cette réception eut lieu, d’après la tradition locale, dans la grande salle du premier étage, longue de quatre-vingt-dix pieds sur cinquante, dont on voit encore, de nos jours, un pan de mur et la cheminée1078.

Charles VII, pour éprouver l’inconnue, se mit à l’écart. Plusieurs de ses familiers le masquaient, vêtus d’un riche costume, qui pût donner le change à la visiteuse inexpérimentée. Mais celle-ci distingua parfaitement le roi, et lui dit : Gentil daulphin, j’ay nom Jehanne la Pucelle, et vous mande le roy des cieux, par moi, que vous serez sacré et couronné dans la ville de Reims. Après diverses questions du prince, Jeanne insista en lui répétant : Je vous dis, de la part de Messire (de Dieu), que vous êtes vray héritier de France et fils du roy. Cette parole, qui répondait aux plus intimes préoccupations du 58prince Charles, produisit sur lui une très vive impression1079.

Si l’on en croit le concert de témoignages très notables, la Pucelle ne se serait point bornée à cette assurance, si frappante et si opportune. Dans un entretien particulier qui eut lieu en présence de Charles VII et de quelques intimes, Jeanne aurait retracé au roi, en détail la circonstance advenue le 1er novembre 1428 dans l’oratoire de Loches et que nous avons rapportée ci-dessus1080.

Gérard Machet, confesseur du roi, assistait à cet entretien. Ce digne et pieux docteur fut des premiers à se déclarer en faveur de l’héroïne. Touché par tout ce qui se révélait devant ses yeux, par le charme sympathique et religieux qui s’exhalait de cette jeune fille, il déclara qu’elle était bien l’envoyée dont les prophéties annonçaient la venue, ainsi qu’il l’avait lu dans les livres. Cet appui du saint prêtre exerça une grande influence sur la détermination de Charles VII. Philippe de Coëtquis, archevêque de Tours et conseiller du roi, fut également consulté. Ce prélat se montra également favorable à la Pucelle. Jeanne fut provisoirement admise ou accueillie auprès du prince. On n’en décida pas moins qu’il serait procédé vis-à-vis d’elle à une enquête minutieuse et approfondie1081.

59Jeanne fut alors soumise à certaine inspection physique, dont l’idée seule nous choque sensiblement, et qui semble insulter à la fois tout bon sens ainsi que toute pudeur. Il importe, cependant, d’apprécier cette circonstance en connaissance de cause.

Les croyances publiques du moyen âge attachaient ou attribuaient à la femme, et surtout à la jeune fille, à la vierge, un idéal, qui touchait sans doute à la superstition, mais qui ne manquait pas toutefois d’élévation, ni de poésie. D’après ces croyances, la sainte douceur de la vierge communiquait à celle-ci une puissance, supérieure à la force, et au pouvoir du mal. Au dire des bestiaires, la licorne est un cheval-chèvre, de couleur blanche et sans tache. Cette bête intrépide porte au front, en guise de corne, une merveilleuse et redoutable épée. Douée en même temps de pieds rapides, elle défie ainsi à la fois les atteintes meurtrières et les poursuites du veneur. Mais si, dans, la clairière des bois, quelque jeune fille se rencontre sur son passage, soudain la licorne s’arrête : elle obéit à la voix de la vierge ; incline humblement sur 60son giron, sa blanche tête, et se laisse prendre aisément par les faibles mains de cette enfant1082.

Tel était l’idéal poétique, l’abstraction de la légende. Mais le fait concret se manifeste également dans la réalité des mœurs.

À l’époque de Jeanne d’Arc et dans plusieurs provinces de la France proprement dite, régnait une coutume fort notable. Lorsque les condamnés à mort marchaient au supplice, il arrivait parfois que quelque jeune fille, en voyant passer le cortège du patient, se sentit émue d’une compassion dévouée. Dans ce cas, elle réclamait publiquement le condamné, pour en faire son époux. Cet appel était suspensif ; il entraînait immédiatement le sursis de l’exécution. Bientôt, des lettres du prince, sous forme d’acte de rémission, abolissaient le crime et la peine prononcée. On peut citer, de 1350 à 1450 notamment, une série authentique de faits avérés et nombreux de ce genre. Il était de notoriété publique, enfin, que le Diable ne pouvait avoir d’action sur la femme ou jeune fille, qu’après l’avoir dépouillée de sa virginité1083.

Cette double question se posait donc, au début de l’enquête, relativement à l’étrangère : 1° Était-elle femme, 61(ou homme, ainsi que l’indiquait son costume) ? 2° Offrait-elle à l’esprit du mal l’inviolabilité d’une vierge ? Trois grandes dames reçurent la mission d’opérer dans le secret cette étrange vérification. La première, appelée Jeanne de Preuilly ou madame de Gaucourt, était la femme de Raoul de Gaucourt, gouverneur d’Orléans, né en 1371. La seconde, toute jeune, avait le même âge environ que Jeanne d’Arc. Elle se nommait Jeanne de Mortemer, femme de Robert le Maçon, baron de Trèves, autre ministre du roi, ou membre du grand conseil. La troisième, Yolande d’Aragon, reine de Sicile, présidait cette commission. Elle fit au roi en conseil son rapport, qui fut complètement favorable à l’examinée1084.

Le roi décida ensuite que Jeanne serait conduite à Poitiers. Lui-même l’accompagna dans cette ville, où il se trouvait le 11, et encore le 23 mars 1429. Poitiers était le siège du parlement ; un grand nombre de docteurs et de jurisconsultes appartenaient à ce grand corps de l’État. Jeanne fut logée chez le conseiller Jean Rabateau et recommandée à la femme de ce magistrat. Là, elle reçut la visite d’une commission de clercs, chargée à son tour de l’interroger et de l’examiner, sous le rapport de la foi. Beaucoup d’habitants vinrent aussi la voir et converser avec elle. Dans ses réponses, elle déploya tant de sens, de simplicité modeste et gracieuse, qu’elle désarma les plus sévères. Elle déjoua même, à son grand succès, d’aigres attaques, imprudemment dirigées contre elle1085.

62Procès-verbal de cet examen fut rédigé sous forme authentique. Malheureusement, le registre spécial qui en contenait le texte, ne nous est point parvenu. Ce document, que Jeanne invoquait, à Rouen, en présence de ses accusateurs, paraît avoir été détruit par une malveillance intéressée. Nous savons toutefois parfaitement quel fut le résultat général et immédiat de cette enquête. La Pucelle, à Poitiers, ne se manifesta pas seulement devant ses juges officiels. Les hommes et les femmes qui la visitaient journellement, abordaient le seuil de sa demeure avec une curiosité sceptique et parfois hostile. Tous en revenaient surpris, émerveillés, remplis d’une tendre admiration ; quelques-uns émus jusqu’aux larmes. L’histoire doit citer, parmi ces derniers, Cousinot de Montreuil, auteur de la Chronique de la Pucelle. Ce personnage, l’un des plus considérables de son époque, se trouvait alors à Poitiers, comme secrétaire du roi, ou maître des requêtes au parlement. Il vit en cette occasion la Pucelle. Les lecteurs de cette importante chronique savent quel témoignage enthousiaste et convaincu il y porte à chaque page en faveur de notre héroïne1086.

Le 24 mars 1429, Charles VII, parti de Poitiers, se trouvait à Châtellerault, retournant vers Chinon, en compagnie de la Pucelle. Jeanne, après le rapport de Poitiers, avait été définitivement agréée par le roi. On lui assigna donc un état et un commandement. Le gouvernement résolut d’envoyer aux Orléanais des vivres et des munitions. Cette entreprise devait être confiée à la Pucelle. 63Les préparatifs de l’expédition se prolongèrent encore durant près d’un mois1087.

Yolande d’Aragon, en ces difficiles circonstances, habitait la Touraine, à peu de distance de la résidence royale. Elle déployait, au profit de la cause française, une remarquable activité. La reine de Sicile s’était endettée, pour aider à soutenir le siège d’Orléans, avant la venue de la Pucelle. Naguère les habitants de Tours avaient encore invoqué le secours de cette princesse, pour se délivrer de certain chef d’auxiliaires espagnols, qui menaçait d’appatiser leur ville. Ce capitaine, appelé Ferrado de Séville, consentit à s’éloigner, moyennant rançon, et vint prendre du service à Orléans, contre les Anglais. Le prix de ce marché fut la somme de 2,500 écus d’or, payés à ce chef de bande. Yolande d’Aragon donna sa vaisselle pour faire une partie de cette somme, que durent compléter les Tourangeaux. Ce fut elle qui, de Blois, dirigea les préparatifs du convoi destiné à ravitailler les Orléanais1088.

Jeanne, durant ce temps, se préparait, de son côté, au rôle actif qu’elle avait hâte de remplir. Après avoir regagné Chinon, elle se rendit à Saint-Florent-lès-Saumur. Charles d’Orléans représentait particulièrement la cause armagnac ou nationale. Aussi inspirait-il à la Pucelle un intérêt spécial. À défaut de ce prince, Jeanne prit en singulière affection le jeune duc d’Alençon, qu’elle appela toujours mon beau duc. Jean d’Alençon était le gendre du duc Charles. La Pucelle alla visiter à Saint-Florent la 64femme et la mère du duc Jean, qui la fêtèrent pendant plusieurs jours. Jeanne les quitta en leur promettant de ramener sain, sauf et victorieux, le beau duc1089.

De là, Jeanne vint à Tours, la ville la plus importante des états de Charles VII, sous le rapport du luxe et de l’industrie. Par ordre de ce prince, une armure de pied en cap fut fabriquée dans cette ville, pour l’habillement militaire de la Pucelle. Le roi voulut compléter cet équipement en lui offrant une épée. Mais la Pucelle demanda qu’on lui procurât de préférence, certaine arme de ce genre, qu’elle indiqua particulièrement. On a dit que Jeanne, arrivant de son pays, s’était arrêtée à Sainte-Catherine-de-Fierbois. Cette église, depuis près de cinquante ans, avait reçu de nombreux ex-voto, qu’y apportait la piété des pèlerins. On y déposait notamment des harnais de guerre, ainsi qu’il était d’ailleurs coutume de le faire dans tous les lieux saints. Jeanne, désigna une épée qui devait se trouver entre beaucoup d’autres dans cette église, et dont la lame était marquée de cinq croix1090.

Un armurier de Tours, fournisseur du roi, se rendit à Fierbois, muni d’une lettre de la Pucelle. Le clergé de cette collégiale s’empressa de donner l’épée demandée. Jeanne la reconnut ; et, par honneur pour sainte Catherine, elle en fit, pendant longtemps, son arme de prédilection. Telle est, à ce qu’il semble, la vérité pure et simple sur cette fameuse épée, qui donna lieu, même du vivant 65de la Pucelle, à tant de fabuleux commentaires1091.

Jeanne fut logée, à Tours, chez une dame nommée la Pau, d’un rang considérable1092. Là, Jeanne fit peindre deux bannières ou enseignes de guerre pour son usage. Elle donna les sujets, et l’œuvre fut exécutée par James Power, ou en français Jacques Pouvoir, écossais, peintre du roi. L’une, la bannière proprement dite, était blanche et peinte des deux côtés. Sur la face principale, semée de fleurs de lis, on voyait le Père éternel en majesté, ayant pour siège l’arc-en-ciel, et portant dans sa main le globe du monde. Au-dessus se lisait cette inscription Jhesus Maria. Deux anges (saint Michel et saint Gabriel), agenouillés, offraient à Dieu une fleur de lis, emblème du royaume de France. Il y avait au revers (comme au contre-sceau royal) un écu de France, tenu par deux anges1093.

La seconde, plus petite, était un simple fanon. Elle représentait la Vierge Marie ou Notre-Dame, en annonciation ; à qui l’ange apportait également le lis symbolique de la France. Arrivée à Blois, Jeanne fit peindre et bénir dans l’église de Saint-Sauveur, un troisième étendard. Celui-ci était destiné aux prêtres de l’armée. La Pucelle y avait fait placer l’image de Jésus crucifié. Par ses ordres, frère Pasquerel, Augustin, son confesseur et aumônier, prit la charge de cette enseigne. Trois serviteurs ou officiers 66furent attachés à sa personne, pour son service militaire. Jean d’Aulon, écuyer de l’écurie du roi, homme d’armes expérimenté, devint son écuyer, chargé de veiller sur elle, et plus tard son maître d’hôtel. On lui donna en même temps deux pages, de quatorze à quinze ans : l’un nommé Louis de Contes, et l’autre Raymond1094.

La cour céleste, Dieu le Père, Notre-Dame, Dieu le Fils, la Sainte-Trinité, les Archanges, les Saints et Saintes du paradis : tels furent les premiers confidents, les premiers témoins à qui Jeanne communiqua son sublime dessein. Dans ces élans religieux de la pensée, dans ce commerce divin qu’illuminait sa foi, la Pucelle était devenue voyante. Sainte Catherine, sainte Marguerite, saint Michel lui apparaissaient habituellement et comme à volonté. Ils formaient pour elle un conseil, qu’elle appelait ses voix ; ce conseil l’assistait et dirigeait sa conduite. L’évidente sincérité de ses visions subjugue notre critique moderne : de la part de ses contemporains, elles ne rencontraient aucune objection fondamentale. L’autorité que Jeanne alléguait pour garant de sa mission, la sanction sous laquelle elle plaçait chacun de ses actes, régnait, à la lumière du jour, sur toutes les consciences1095.

La Pucelle séjourna les 25 et 26 avril à Blois, où elle fit sa jonction avec les sires de Gaucourt, de Rais, de Loré, le maréchal de Sainte-Sévère et autres chefs de guerre. Le 27 ou 28, quand tout fut prêt pour le départ, hommes et chariots, elle se réunit au convoi, puis se mit en route. 67Il s’agissait de paraître devant l’ennemi, violateur de la justice et du droit, en soldats de la foi et de la patrie. Jeanne prescrivit à ses compagnons d’armes de se confesser. Les filles d’armée, le bagage que les gens d’armes traînaient avec eux pour leur plaisir, tout cela fut laissé en arrière. En tête de la troupe, elle plaça un peloton de prêtres ou aumôniers, commandé par Pasquerel et rangé sous leur bannière. Cette avant-garde ouvrait la marche comme une musique sacrée, faisant entendre, par intervalles, le chant des hymnes et des psaumes1096.

Elle arriva ainsi le 29 devant Orléans. Le trajet s’était effectué par la rive de Loire, qui forme le côté de la Sologne. Sur cette rive, le convoi dépassa Orléans et vint s’arrêter devant Chécy, entre les assiégeants et Jargeau. Les Orléanais, munis de barques, se portèrent à sa rencontre. Jeanne, le soir même, vers huit heures, entra dans la ville. Elle était montée sur un cheval blanc, ayant à sa gauche le bâtard d’Orléans et derrière elle les principaux capitaines. La population se pressait à flots sur son passage. Tous, gens de guerre, hommes, femmes ; enfants, témoignaient leur joie comme se ils veissent Dieu descendre entre eulx. Ils se sentoient jà reconfortez et comme désassiégez par la vertu divine qu’on leur avoit dit estre en ceste simple pucelle1097.

Nul ne pouvait se rassasier de la voir. Chacun voulait toucher son cheval, l’approcher de plus près. Elle souriait à tous avec une angélique bienveillance. Quelques-uns, dans leur, empressement, armés de torches, mirent le feu 68à son étendard. Jeanne, se dégageant avec aisance, manœuvra son cheval comme l’aurait pu faire un écuyer des plus habiles, et, de sang-froid, elle éteignit aussitôt ce petit incendie. Escortée ainsi par la ville entière, elle descendit à l’hôtel de Jacques Boucher, trésorier du duc d’Orléans. Elle était accompagnée de ses deux frères et de ses compagnons de Vaucouleurs. Jeanne, cette nuit et les suivantes, eut pour compagne de sa couche, la fille du trésorier1098.

Le 17 avril, Poton de Xaintrailles était revenu à Orléans de son ambassade auprès de Philippe le Bon. Ce duc avait accueilli favorablement la requête des Orléanais. Il vint lui-même à Paris plaider la cause du duc d’Orléans. Philippe proposa de mettre la ville en séquestre, et neutralisée, entre ses mains. Ce terme moyen et amiable fut repoussé par le conseil anglais de Paris. Le duc de Bourgogne, blessé de ce rejet imprévu, donna ordre immédiatement à tous les Bourguignons qui combattaient à Orléans, parmi les Anglais, de quitter le siège. Le héraut ducal, porteur de cet ordre, accompagna l’ambassadeur qui retournait à Orléans. Les Anglais perdirent ainsi quinze cents auxiliaires ; et l’entente cordiale qui les unissait au duc Philippe reçut en outre une nouvelle atteinte1099.

Mais cet heureux incident pâlissait devant l’éclatante nouveauté qui remplissait les esprits et qui faisait tout oublier : la venue de la Pucelle. Une fausse mesure fut 69prise à l’insu de cette dernière et contre ses ordres. C’est pourquoi le convoi ne put entrer que partiellement le 29 avril, à Orléans. Il fallut attendre plusieurs jours l’arrivée complète de ce secours, avant de tenter aucun mouvement important. Jeanne, dans cet intervalle, prit possession des lieux, visita les églises, opéra des reconnaissances, affermit le moral des assiégés et s’adressa par voie pacifique aux Anglais. Dès le mois de mars, un jour, à Poitiers, l’un des clercs qui l’examinaient lui demanda ce qu’elle était venue faire. Avez-vous de l’encre et du papier, répondit Jeanne ? Et, sur l’affirmative : Eh bien ! dit-elle, écrivez ce que je vais vous dicter. La Pucelle ébaucha dès lors, séance tenante, son manifeste ou lettre aux Anglais1100.

Elle compléta bientôt cette pièce, qui ne tarda pas à circuler en de nombreuses copies. La Pucelle est tout entière dans ce document remarquable, lancé au début de sa carrière. Pour beaucoup de lecteurs, la rouille du temps ou du langage est un voile qui rendra, malheureusement, impénétrable le sens complet de cet écrit, surtout dans ses naïves finesses et dans ses gauloises beautés de détail. Mais la signification générale frappera tous les esprits. Nous en transcrirons ci-après les principales parties sans altérer une syllabe.

Jhesus Maria

Roy d’Angleterre, faictes raison au roi du ciel de son sang royal. Rendez les clefz à la Pucelle, de toutes les bonnes villes que vous avez enforcées1101. Elle est venue de par Dieu pour réclamer le sang royal et est toute preste de faire paix, se vous voulez faire 70raison, par ainsi que vous mettez jus et paiez de ce que vous l’avez tenue1102.

Roy d’Angleterre, se ainsi ne le faictes, je suis chief de guerre, en quelque lieu que je attendrai voz gens en France, se ilz ne veulent obéir, je les feray yssir, veuillent ou non ; et se ilz veulent obéir, je les prendrai, à merci… La Pucelle vient de par le roy du ciel, corps pour corps vous bouter hors de France. Et vous promet et certifie la Pucelle que elle y fera si gros hahay1103 que encore a mil ans en France ne fut veu si grant.

Guillaume de la Poule, comte de Suffort ; Jehan, sire de Talbort, et Thomas, sire de Scalles, lieuxtenans du duc de Bethford, soy disant régent du royaume de France pour le roy d’Angleterre, faictes réponse se vous voulez faire paix à la cité d’Orléans…

Duc de Bethford, qui vous dictes régent de France, … la Pucelle vous prie et requiert que vous ne vous faictes mie destruire. Se vous ne lui faictes raison, elle fera que les François feront le plus beau fait qui oncques feust fait en la christianté.

Escript le mardy de la grant sepmaine1104.

Suscription : Entendez les nouvelles de Dieu et de la Pucelle.

De grossières invectives furent la réponse des Anglais à cette lettre, où les plus impérieux commandements de la raison avaient pour organe la bouche la plus candide. Le 4 mai 1429, le complément des troupes de renfort arriva de Blois, suivi d’artillerie et de tout le matériel, avec une forte escorte. La Pucelle était allée les recevoir cette fois du côté de la Beauce. Là se trouvaient les travaux d’attaque les plus formidables des ennemis. De même que le premier jour, les prêtres marchaient en tête. Parvenus à portée de la première bastille des Anglais, ces lévites entonnèrent le Veni Creator, hymne du 71treizième siècle composée par Étienne Langton, archevêque de Cantorbéry. Ce spectacle inouï glaça les assiégeants. Étonnés, stupéfaits, ils n’osèrent tirer sur cette phalange inoffensive : ils n’osèrent immoler une légion de martyrs. Cette femme, venue de Dieu, ou pour eux de l’enfer, faisait succéder à la terreur du sacrilège un autre genre d’épouvante. Comme la Pucelle l’avait prévu, le convoi passa tout entier sous les yeux des Anglais, sans atteinte et sans coup férir. Il entra ainsi dans la ville1105.

Le soleil venait seulement de se lever. Après quelques heures de repos, Jeanne entraîna immédiatement les troupes à l’assaut de l’une des bastilles, dite de Saint-Loup. Cet ouvrage fut emporté le même jour. Chassés du boulevard, les Anglais se réfugièrent dans le clocher, qui subsistait, de l’église, sur les ruines de laquelle cette bastille avait été construite. Les Français y pénétrèrent à la suite d’une lutte nouvelle et acharnée. Ils voulaient tuer tous les ennemis qui s’y rencontraient. Cependant plusieurs de ces derniers, trouvant sous leur main des vêtements ecclésiastiques, s’en étaient affublés. Jeanne, avertie de ce stratagème, n’en fut point dupe ; mais elle vit dans je prétexte une occasion de miséricorde et de générosité. Elle les prit sous sa protection en disant, par plaisanterie, qu’il ne fallait pas verser le sang des prêtres. Et leur vie fut de la sorte épargnée1106.

Le lendemain 5 mai, jour de l’Ascension, la Pucelle 72interrompit toute opération militaire et fit célébrer religieusement cette grande fête. Le 6 mai fut marqué par la prise de la bastille des Augustins, dont il fallait s’emparer avant que de parvenir à la tête du pont ou bastille des Tourelles. Cette position, comme on sait, était la citadelle des assiégeants. Ils y avaient établi de tels ouvrages, que, le 6 au soir, les capitaines français victorieux renonçaient à l’espoir de s’en rendre maîtres. Il fallait, disaient-ils, au moins un mois de siège pour la réduire.

Le 7, de grand matin, la ville fut sur pied, par ordre de la Pucelle. L’assurance et la gaieté rayonnaient sur son front. Au moment où elle partait, tout armée, de son logis, un pêcheur apporta une alose à son hôte Jacques Boucher, qui la lui offrit. Gardez-la pour le souper, répondit-elle ; je vous amènerai ce soir un godon (un Anglais prisonnier), qui en prendra sa part. Elle annonça également qu’elle reviendrait par le pont d’Orléans, c’est-à-dire après avoir conquis les Tourelles1107.

À six heures du matin, la lutte commença et dura toute la journée, soutenue par l’élite de la chevalerie d’Angleterre. L’assault fut fier et merveilleux, plus que nul qui eust esté oncques vu de la mémoire des vivants. À midi, la Pucelle plantait une échelle. En ce moment un carreau ou gros trait, lancé de haut en bas, lui traversa les muscles de la poitrine, au-dessus du sein droit, entre le cou et l’épaule, sur un trajet de sept à huit centimètres. Elle céda un moment à la douleur, et se tirant à l’écart, 73elle pleura. Puis elle fit venir son aumônier et se confessa. Cependant, le trait enlevé, le sang qui coulait abondamment de sa blessure fut étanché. On posa ensuite sur la plaie un premier appareil, composé de lard frais et d’huile d’olives. La Pucelle raffermie moralement et pansée, retourna sur l’heure au combat1108.

Les Anglais déployaient toujours la plus grande énergie. Au soleil couchant, le bâtard d’Orléans, désespérant du succès, fit sonner la retraite, contre l’avis de la Pucelle. Jeanne se détourna quelques instants seule dans une vigne et se recueillit à genoux. Elle revint, décidée à reprendre la lutte. En cet instant, la bannière de la Pucelle fut accidentellement agitée. Les troupes, croyant à un signal de ralliement, remontèrent à l’assaut avec une nouvelle ardeur. Les Anglais avaient épuisé leur dernier projectile et se disposaient d’eux-mêmes à se retirer. Au nombre de six cents, ils furent en un clin d’œil culbutés par les assaillants1109.

Quatre cents périrent sur la place, par le feu, le fer ou l’eau. William Glasdale, un des principaux capitaines, avait violemment insulté la Pucelle. Jeanne, le tenant à merci, lui cria : Rends-toy, rends-toy.. j’ai pitié de ton âme ! Glasdale se trouvait sur le pont de bois en ruine, au-dessous duquel les Orléanais venaient de mettre le feu. À ces mots, le frêle appui s’écroula ; Glasdale et beaucoup d’autres Anglais tombèrent dans la Loire, au milieu du fracas et de débris enflammés. Jeanne, témoin de cette scène, s’émut d’une pitié profonde et manifesta par ses 74lamentations et ses larmes les sentiments dont elle était pénétrée1110.

Les vainqueurs, pour ne pas faire mentir la Pucelle, rétablirent à la hâte une tête de pont et revinrent par cette route à Orléans. Ils reconduisirent en triomphes la ville leur libératrice. Jeanne rentra, suivie de deux cents godons, pour un qu’elle avait promis. Restait à débarrasser la rive droite. Pendant la nuit, les Anglais plièrent bagage, et les Orléanais, le 8 mai, au matin, n’eurent qu’à contempler leur départ. L’ensemble des troupes se divisa en deux colonnes : William de la Pole, comte de Suffolk, dirigea l’une sur Jargeau ; l’autre, conduite par Talbot, regagna Meung-sur-Loire. La Pucelle, en quatre jours, avait accompli le premier acte de sa mission. Le siège d’Orléans était levé1111.

Ce grand épisode mérite la place d’honneur qu’il occupe dans nos annales. L’histoire, et à juste titre, a célébré les exploits des capitaines qui se distinguèrent en cette occasion mémorable. Les noms des Gaucourt, des Dunois, des La Hire, des Xaintrailles, sont depuis ce jour demeurés célèbres. Il est juste d’ajouter que la Pucelle jeta sur la gloire même de ces hommes son propre reflet et un nouvel éclat.

La guerre que menaient, avant sa venue, les Duchâtel, les Buchan et les La Trémoille, était ce qu’est la guerre en elle-même, une aveugle et grossière ordalie. Jeanne moralisa la lutte : elle en fit une guerre sainte et nationale.

75Lorsque la Pucelle renvoyait les filles d’armée1112, proscrivait l’indiscipline et les violences, elle ne s’inspirait pas d’une dévotion mesquine. Les désordres de tout genre qui régnaient parmi les gendarmes au service de Charles VII, avaient perverti l’ordre civil de la société. Ces défenseurs de la cause française en étaient devenus le fléau le plus grave et le plus redoutable. Jeanne procédait ainsi, d’instinct, à une réforme de première importance.

L’histoire, d’autre part, n’a pas jusqu’ici versé assez de lumière sur le rôle que jouèrent, en cette crise, les humbles populations de nos provinces du Centre et du Midi. Dans les archives de quelques villes, telles que Tours par exemple, se conservent à cet égard des documents précieux et encore peu connus. Ce sont de véritables titres de noblesse pour ces villes et le chapitre premier de leur histoire moderne. Il faut lire ces documents pour savoir tout ce qu’elles eurent à souffrir de misères et de sacrifices. Le zèle patriotique, l’honnêteté, le bon sens, le dévouement modeste et naïf s’y peignent ensuite sous les traits les plus frappants. Poitiers, Chinon, Saumur, Angers, Tours, Blois, Bourges, La Rochelle s’unirent, dans un actif concert, à l’héroïsme que déploya la municipalité d’Orléans. De continuelles communications s’étaient établies spontanément entre toutes ces villes. Bien loin de recevoir l’impulsion du pouvoir central, toujours prêt à les exploiter, même sans mesure, on voit l’une 76de ces cités, la ville de Tours, supplier le roi, au mois de janvier 1429, de secourir Orléans et de faire quelque effort pour reconquérir son royaume. Albi, Montpellier, d’autres communes de l’Auvergne et du Bourbonnais s’associèrent à l’œuvre ; elles envoyèrent aux Orléanais du salpêtre, du soufre, de l’acier pour les armes de jet, etc.1113

La délivrance d’Orléans fut le premier fruit de ce généreux concours. En un certain sens le rôle politique du tiers-état commençait : avant la Pucelle, jamais ces populations n’avaient été représentées ainsi. Jeanne les personnifia dans une figure si belle, que la France entière, aujourd’hui, la revendique à ce titre. Quand la Pucelle fit entendre sa voix dans la lettre à Bedford, ces populations tressaillirent à cet écho de leur âme, à cet écho divinisé de leur propre voix. La Pucelle, dès ce jour, devint leur amour et leur idole. Jeanne était plébéienne, et c’est, hélas ! dans le peuple seul qu’elle devait rencontrer une sympathie profonde et fidèle.

77Chapitre II
Jeanne d’Arc : du 8 mai au sacre de Charles VII (17 juillet 1429).

La venue de la Pucelle produisit sur les Anglais une impression subite et considérable.

Le grand conseil ou conseil privé du roi s’assembla le 15 avril 1429 à Westminster. On y lut d’abord une dépêche de Jean, duc de Bedford. Le régent demandait que Henri VI, malgré son jeune âge, fût amené en France et sacré comme roi, pour recevoir personnellement des diverses autorités le serment d’allégeance. Bedford espérait ainsi devancer le dauphin : ce prince, en effet, ne possédant ni Reims, ni Paris, n’avait pu jusque-là, se faire administrer l’onction sainte1114.

Le lord haut trésorier du royaume prit ensuite la parole. Il exposa que les revenus de la couronne, en déficit de vingt mille marcs par an, se trouvaient au-dessous des charges existantes. Il ajouta que des circonstances nouvelles aggravaient la situation. Pour conclure, il sollicitait, auprès de l’assemblée, un remède à cet état de choses.

Une autre dépêche du régent notifia au conseil que, tant avant la mort du comte de Salisbury que depuis cette perte, l’armée anglaise occupée au siège d’Orléans avait vu diminuer par la désertion le nombre de ses soldats. 78Il terminait en réclamant avec instance l’expédition d’un renfort. Le duc demandait seulement deux cents lances et douze cents archers, pour servir à la solde du roi pendant une demi-année1115.

Le conseil, après en avoir délibéré, arrêta le surlendemain les résolutions suivantes : 1° envoi de cent lances et sept cents archers en France, aux gages d’Angleterre pour demi-année ; 2° mise sur pied d’une escadre croisière. Cette dernière expédition devait s’opposer au passage d’une armée d’Écosse, forte de six mille hommes. Ayant à bord la princesse Marguerite Stuart, ces six mille hommes se préparaient, disait-on, à débarquer sur la côte française et conduisaient au dauphin sa jeune fiancée. Dans le même temps, des négociations diplomatiques furent rouvertes par le gouvernement anglais avec le roi d’Écosse et les autres alliés de Charles VII1116.

L’éclatant succès qui marqua les débuts de l’héroïne, remplit le duc de Bedford de douleur et d’amertume. Ces sentiments se font jour, en termes curieux, dans une lettre qu’il adressa vers cette époque au roi d’Angleterre Henri VI. Tout prospérait, dit-il, pour, votre cause, jusqu’au siège d’Orléans, entrepris, Dieu sait sur quel avis ! Depuis ce temps, et après la catastrophe advenue à mon cousin de Salisbury, votre peuple, assemblé devant Orléans en grand nombre, a reçu un coup violent, qui semble être tombé du ciel. Ce choc lui est survenu, à mon avis, de la folle pensée et du déraisonnable effroi qu’a causés sur lui un disciple et limier de l’ennemi (du diable), 79appelé la Pucelle, qui a usé de faux enchantements et de sorcellerie1117.

Lorsque Bedford apprit à Paris la délivrance d’Orléans, il ne se crut plus en sûreté dans cette capitale. Le régent se retira sans délai au château de Vincennes. Là, il manda gens de toutes parts. Mais peu y en vint ; car les picars et autres nations du royaume qui tenoient son party, se prirent à deslaisser les Anglois, et à les haïr et les despriser. Avant la venue de la Pucelle, deux cents Anglais mettaient en fuite huit cents ou mille soldats de Charles VII. Depuis le ravitaillement d’Orléans, une sortie de quatre ou cinq cents Français, commandés par cette jeune fille, suffisait pour intimider toutes les forces anglaises réunies devant la même ville1118.

Le 10 mai 1429, la Pucelle partit d’Orléans, se dirigeant vers le roi, qui habitait Chinon. Jeanne coucha cette nuit et la suivante à Blois : Charles VII vint, de son côté, à Tours ; le 13 mai, la Pucelle et le roi se rencontrèrent dans cette ville. Jeanne, dit une chronique peu connue, alla au-devant de lui, son étendard à la main, et lui fit révérence, s’inclinant sur son cheval le plus bas qu’elle put, la tête découverte. Le roi, à cet abord, ôta son chaperon et embrassa Jeanne, en la redressant. Et, comme il sembla à pluiseurs, voullentiers le (la) euist baisée, de la joie qu’il avoit. Et le lendemain vinrent nouvelles au roi que le sire de Scale estoit à Jargeau1119

80Après cette entrevue, Charles VII ne tarda pas de retourner à Loches. Jeanne le suivit également dans cette résidence. À Loches, comme à Tours, Jeanne fut reçue avec honneur ; mais l’attitude que le roi garda vis-à-vis d’elle excite un légitime étonnement. Après la merveilleuse délivrance d’Orléans, il semble que toute hésitation fût en quelque sorte, de la part du roi, contre le bon sens et contre nature. Le prince le plus timide devait se sentir assez rassuré pour prendre au moins possession, en personne, de cette aide extraordinaire que la Providence lui octroyait si libéralement. La Pucelle invita Charles VII, dans les termes les plus chaleureux, à la suivre sans retard. Elle le pressa de marcher contre un ennemi qui déjà fuyait pour ainsi dire de lui-même devant elle.

Charles VII demeura insensible à ces instances1120.

Les prières et les avis de la Pucelle, toutefois, ne furent point absolument repoussés. À Tours et à Loches, le roi tint conseil sur conseil, et mit la délibération de ces avis à un ordre du jour perpétuel. Les ministres accueillirent honorablement l’héroïne ; mais ils ne lui donnèrent point accès dans ces conseils. Jeanne, désolée de pareilles lenteurs, se présente un jour auprès du roi. C’était au château de Loches. Le roi Charles se trouvait en ce moment dans son retrait ou chambre de secret ; on appelait ainsi des cabinets de bois, pratiqués au sein des vastes salles 81murées du moyen âge. Les conseillers les plus hostiles aux vues de la Pucelle n’accompagnaient point le roi. Ce prince avait seulement autour de lui Christophe d’Harcourt (frère de Jacques), le sire de Trèves, et Gérard Machet, son confesseur. Jeanne frappa, sans introducteur, à la porte. Aussitôt entrée, elle se jeta à genoux devant le roi, embrassant ses jambes et lui disant avec larmes : Noble dauphin, ne tenez plus tant et de si longs conseils ; suivez-moi, et venez prendre, à Reims, votre digne couronne. Le roi, par la bouche du seigneur d’Harcourt, répondit à cet acte d’effusion… Séance tenante, il fit subir à l’héroïne une sorte d’interrogatoire, véritable répétition abrégée des enquêtes de Chinon et de Poitiers1121 !

À la suite de cette scène, des gens d’armes furent mandés. Charles VII nomma le duc d’Alençon lieutenant général, chargé d’accompagner la Pucelle. L’un et l’autre reçurent ordre d’affranchir les rives de la Loire et les environs d’Orléans. Tous les abords de cette ville, en effet, obéissaient encore aux Anglais. Le 2 juin 1429, le roi Charles VII, comme s’il eût épuisé son activité dans cette campagne parlementaire, était de retour à sa résidence favorite de Chinon. Ce même jour, la Pucelle fut autorisée à prendre pour armoiries un écu d’azur, à l’épée d’argent, enmanchée d’un pommeau d’or, soutenant une couronne du même, férue eu pointe et accostée de deux fleurs de lys d’or.

Elle partit aussitôt et se remit en campagne1122.

82La mémoire de Bertrand du Guesclin, vainqueur des Anglais sous Charles V, rajeunie par les circonstances actuelles, était alors présente à tous les esprits. L’héroïne, avant de poursuivre sa carrière, voulut célébrer à sa manière cette grande renommée. La veuve du connétable survivait : Jeanne, le 1er juin 1429, lui envoya spontanément un petit anneau d’or. Elle joignit à cette offre légère un compliment qui, trois jours après, fut transmis à l’illustre veuve par l’un de ses petits-fils. André de Laval était venu visiter la Pucelle ; Jeanne chargea ce jeune gentilhomme de dire à son aïeule que c’étoit bien petite chose et qu’elle vous eust volontiers envoyé mieulx, considéré votre recommandation1123.

Le 11 juin, là Pucelle et le duc d’Alençon vinrent mettre le siège devant Jargeau. L’armée royale s’accroissait journellement de recrues qui venaient combattre sans compter sur aucune solde. Suffolk et sa division occupaient cette place fortifiée. Au montent de l’attaque, la Pucelle distingua une pièce d’artillerie, braquée et pointée de la ville vers le duc d’Alençon. Beau duc, lui dit-elle, ostez-vous du logis où vous estes, vous seriez en danger des canons. Le prince ne s’était point écarté de deux toises, que le boulet partit. Un écuyer d’Anjou, qui avait remplacé le duc, eut la tête emportée du coup. Jeanne accomplit ainsi la promesse qu’elle avait faite aux dames d’Alençon.

Le lendemain 12, la Pucelle descendit dans le fossé au plus fort de l’assaut. Elle tenait son étendard à la main. Frappée d’une grosse pierre, jetée par les assiégés, 83qui la fit tomber assise, elle remonta sur l’échelle et entraîna les assaillants. Venez hardiment, dit-elle, et entrez dedans ! À ces mots, ils pénétrèrent dans la place et n’eurent que la peine de chasser les fuyards1124.

Un des combattants français poursuivit sur le pont le comte de Suffolk et se disposait à le prendre. Es-tu gentilhomme, lui demanda le comte ? — Oui. — Et chevalier ? — Non. Le comte alors fit chevalier son interlocuteur, puis se rendit à lui. La ville ennemie, ses munitions, ses richesses, tombèrent au pouvoir des vainqueurs, ainsi que le général et la garnison anglaise, forte de six à sept cents hommes. John de la Pole, frère du général, demeura également prisonnier, et son deuxième frère, Alexandre Pole, y perdit la vie1125.

À cette nouvelle, Charles VII, encouragé, quitta subitement Chinon et fit un pas remarquable, mais très mesuré dans la direction de Reims, que lui conseillait la Pucelle. Le roi vint s’établir à Sully-sur-Loire. Cette ville et le château où Charles prit son gîte, en compagnie de La Trémoille, appartenaient à ce favori. Dans le même temps, la Pucelle, réunie à Orléans avec les principaux capitaines, délibéra d’aller mettre le siège devant Meung et Beaugency. Le connétable de Richemont, exilé de la cour, se tenait depuis longtemps à l’écart. Instruit des événements, il accourut à Blois, suivi d’un contingent, et résolut, malgré sa disgrâce, de prendre une part active à la guerre1126.

84Sur la requête de Richemont, la Pucelle, d’accord avec le lieutenant général, duc d’Alençon, donna au comte un commandement provisoire, à Beaugency. Elle se chargea en outre de plaider sa cause devant le roi et La Trémoille. Beaugency, ainsi que Meung, se rendirent, le 15, aux Français. Cependant Talbot et Fastolf, exaspérés par cette série de revers, se réunirent en Beauce pour marcher, de concert, au secours de leurs compatriotes. Jeanne, après avoir débarrassé les rives de la Loire, marcha au-devant d’eux. La rencontre des deux armées s’opéra en un lieu dit Coinces, près Patay (Eure-et-Loir), le 18 juin 14291127.

C’était la première fois que les Anglais se voyaient affrontés, depuis la venue de la Pucelle, en rase campagne. Le duc d’Alençon avait en sa compagnie les comtes de Vendôme, de Richemont, le maréchal de Sainte-Sévère, Louis de Culant, amiral de France ; Poton, La Hire ; les sires d’Albret, de Laval, de Chauvigny, de Loré, de Termes-Armagnac, etc. Le lieutenant général dit à la Pucelle : Jeanne, voila les Anglais en bataille, combattrons-nous ? — Avez-vous vos éperons, lui répondit la Pucelle ?… Allez sur eux, et ils s’enfuiront… et pour ce fault il vos esperons pour les suivre1128.

Lord John Talbot, qui commandait l’avant-garde anglaise, rangea ses archers en bataille avec leurs épieux, suivant le mode accoutumé. Il choisit pour s’établir un poste favorable, qui contraignait les Français à se jeter entre 85deux haies dans un étroit passage. À la voix de la Pucelle, les Français fondirent avec impétuosité sur Talbot. Sir John Fastolf, chef de la bataille ou corps principal, vint rejoindre Talbot, qui était suivi de l’arrière-garde. En peu de temps, la déroute des Anglais fut complète : Talbot, Scales, Thomas Rempston, lord Hungerford, prisonniers, et plus de deux mille des leurs, morts, demeurèrent sur la place1129.

Sir John Fastolf ne s’enfuit point, comme il a été dit trop souvent, mais il opéra sa retraite, après avoir déployé dans toute cette affaire une très grande prudence, unie à un courage désespéré. Les Anglais, démoralisés, abandonnèrent la Beauce, et fuyant d’Étampes à Corbeil, se replièrent jusque sous les murs de la capitale1130.

La Pucelle avait fait itérativement ses preuves devant l’ennemi. Les premiers hommes de guerre du temps de Charles VII, tels que La Hire, Dunois, Gaucourt, Ambroise de Loré, etc., s’accordèrent à vanter, même de son vivant, la capacité militaire de l’héroïne. Elle excellait, disent-ils, à manier la lance, à former les pelotons, à faire prendre aux troupes leurs emplacements et à disposer l’artillerie. Leurs éloges sur ce point, comme sur tous les autres, aboutissent à exalter en sa personne un être surnaturel, et à l’idée du miracle1131.

86Jeanne d’Arc, évidemment, était une de ces intelligences neuves et puissantes qu’on remarque surtout parmi les personnes illettrées. Aidée d’une observation précoce, patiente, concentrée, d’une mémoire excellente, elle s’était assimilée avec un merveilleux succès les notions pratiques nécessaires à l’accomplissement de sa mission. Ces témoins ont tous été frappés, chez elle, de l’art si précieux, et qu’elle possédait au plus haut degré, l’art d’enlever le soldat sur le champ de bataille. En effet, à chaque affaire, Jeanne, payant de sa personne, se montrait à l’instant décisif et criait : Ils sont à vous !… Elle emportait ainsi la victoire1132.

Après la bataille de Patay, l’armée revint à Orléans, où elle fut reçue en triomphe. Les habitants de la ville tapissèrent les rues pour l’arrivée du roi, qu’ils attendaient également. Mais le roi se tint à Sully, sans faire un pas. La Pucelle et le duc d’Alençon se rendirent auprès du prince. Ils n’osèrent point, toutefois, conduire avec eux le connétable, dans la demeure de La Trémoille. En vain le premier chef militaire offrit-il de s’humilier jusqu’à implorer du ministre, à genoux, l’autorisation de rester sous les armes. Toutes ses protestations ne purent vaincre les refus de l’ombrageux favori1133.

Il en fut de même, entre autres, du comte de Pardiac, fils du dernier comte d’Armagnac. Ce personnage, très recommandable, était venu, ainsi qu’Arthur de Richemont, pour aider militairement le roi contre ses ennemis. La comparaison d’un homme de bien ne semblait 87pas moins redoutable au premier ministre que les censures du justicier. Le roi, à cette époque, voyait avec les yeux de La Trémoille et n’exprimait que ce que La Trémoille avait pensé. Par ordre du roi, Arthur de Richemont fut contraint de se retirer à Parthenay, et le comte de Pardiac, en Guyenne1134.

Tout ce que la Pucelle et ses adhérents purent obtenir de Charles VII, fut qu’il se rapprochât d’Orléans, jusqu’à Châteauneuf. En passant par Saint-Benoît-sur-Loire, le roi dit à la Pucelle qu’il avait pitié d’elle et de la peine qu’elle se donnait, l’engageant à se reposer ! À ce douloureux compliment, l’héroïne fondit en pleurs ; conjurant le sceptique monarque de ne plus douter, elle lui protesta encore une fois qu’il recouvrerait tout son royaume et recevrait prochainement la consécration royale. Charles VII accueillit à Châteauneuf les chefs de guerre victorieux et tint divers conseils. Le voyage de Reims y fut en dernier lieu résolu. Lorsque les troupes eurent été rassemblées, que tout fut prêt, le roi et quelques familiers opposèrent de nouvelles résistances. La Pucelle, pour couper court, donna le signal et prit les champs le 27. Deux jours après, le roi se mit en route1135.

La Trémoille, jusque-là, n’avait point encore fait flotter au vent sa bannière. Il partit, conduisant le roi, le conseil et l’armée. La reine, probablement à la demande de la Pucelle, avait été mandée de Bourges, afin qu’elle fût associée, suivant la coutume, à la cérémonie du sacre et du couronnement 88royal. Marie d’Anjou, timide, modeste, fut jugée de peu de ressource, en cas de péril. On la renvoya, sans respect, de Gien à Bourges. Tant il y avait encore de doute, dans l’esprit de La Trémoille, sur le succès de cette campagne1136 !

Comme contraste avec ce trait de scepticisme, on peut citer la lettre que la Pucelle écrivit de Gien, le 25, à la ville de Tournay. La Pucelle, qui, dès lors, embrassait dans son influence une sorte d’action quotidienne sur les affaires publiques, n’oublia pas la ville patriote et française. Elle écrivit aux Tournaisiens de persévérer dans leurs sentiments ; et, renouvelant avec une parfaite opportunité leur titre de bonne ville, elle convoqua le corps municipal de Tournay pour assister, en cette qualité, au sacre de Reims. La Pucelle adressa une lettre analogue au duc de Bourgogne, comme pair de France1137.

L’armée, forte d’environ 12,000 hommes, partit de Gien le 29, et arriva, le même jour, à Auxerre. Des hérauts du roi vinrent sommer cette ville de se mettre en obéissance. Auxerre appartenait comme fief à Philippe le Bon. La Trémoille, en 1427, s’était fait nommer lieutenant-général du roi en Bourgogne et gouverneur d’Auxerre. Les habitants refusèrent de reconnaître Charles VII. Jeanne voulait donner l’assaut : La Trémoille s’y opposa ; moyennant deux mille écus d’or donnés au ministre, la ville conserva la neutralité. C’était un cas de lèse-majesté royale, c’est-à-dire de trahison contre l’État, accompagnée 89de concussion. La Pucelle et d’autres furent indignés de ce double crime : mais les Auxerrois n’eurent qu’à fournir des vivres à l’armée, et l’on passa outre1138.

Après avoir traversé la ville de Saint-Florentin, qui se soumit immédiatement, ainsi que Brienon-l’Archevêque, le roi, la Pucelle et les forces arrivèrent le 4 juillet devant Troyes. Depuis le fameux traité, cette ville, fort travaillée par les partis politiques, s’était façonnée au joug de l’étranger. Une faction puissante, animée des passions bourguignonnes, y dominait. La garnison se composait de cinq à six cents hommes d’armes très résolus, maîtres d’une ville fermée, solidement défendue de murs, de fossés et de remparts. Les troupes royales s’emparèrent du château de Saint-Lyé, sur la Seine, qui appartenait à l’évêque de Troyes. Le roi s’établit ensuite au faubourg Croncels et envoya ses hérauts sommer la ville de lui ouvrir ses portes. Bien loin d’obéir à une telle injonction, la garnison exécuta contre les troupes royales une vigoureuse sortie. Cette irruption fut refoulée avec succès, et les assiégés se renfermèrent dans la ville, qui bientôt se trouva étroitement investie1139.

L’armée de Charles VII, néanmoins, n’avait ni argent, ni artillerie de siège, ni subsistances. Plusieurs jours se passèrent dans cette attente, dans cette situation d’impuissance et de péril. Prières et menaces, jusqu’alors, n’avaient rien obtenu des assiégés. Les choses en étaient là, quand 90le 8 juillet, un dernier conseil fut tenu par Charles VII. La majorité penchait pour quitter la place et poursuivre la route. Déjà le chancelier Regnault de Chartres recueillait les suffrages : le sire de Trèves, appelé à voter, émit l’avis de consulter la Pucelle. Jeanne, mandée, assura qu’avant trois jours la ville se soumettrait au roi de France1140.

L’héroïne, en effet, tint parole. Jusqu’ici le résultat seul de cette campagne devant Troyes a été révélé par l’histoire. Or, le silence ou le mystère prête au merveilleux. Sans diminuer en rien l’admiration due à la libératrice, nous pouvons toutefois présenter, sous un autre jour, le mérite qui lui revient. Nous pouvons aujourd’hui faire connaître les moyens d’influence qui se rattachaient à son initiative, et qui furent mis en action dans cette circonstance.

On a vu précédemment le rôle politique joué, dans les affaires de France, par le dominicain saint Vincent-Ferrier et ses disciples. Nous retrouvons ici un nouvel effet de cette propagande politique et religieuse. Parmi les élèves de saint Bernardin de Sienne et de saint Vincent-Ferrier, se trouvait un cordelier nommé Frère Richard, probablement originaire d’Italie. En 1428, il avait passé par Troyes et prêché l’avent dans cette ville. Frère Richard et ses coreligionnaires préconisaient cette doctrine, qu’un grand renouvellement allait s’accomplir. Sous des traits mystérieux et singuliers, il annonçait le prochain avènement d’une sorte de messie, à la fois réformateur et vengeur1141.

91Frère Richard obtint auprès des Troyens un immense succès. Il leur disait chaque jour (décembre 1428) : Semez des fèves largement ; celui qui doit venir, viendra en bref. De là, il se rendit à Paris, où l’influence du prédicateur sur la population ne fit que s’accroître. Cet ascendant et le caractère de ses sermons causèrent de l’ombrage au gouvernement anglais. Frère Richard fut taxé, par l’autorité, d’être Armagnac. Dénoncé à la Sorbonne et au prévôt de la capitale, il s’esquiva pendant la nuit, au moment où on allait l’arrêter. Ces faits se passaient en avril 1429. Richard, se voyant persécuté, confessa hautement ses sympathies pour la cause de Charles VII. Il se rendit immédiatement en Orléanais et devint un des aumôniers de la Pucelle1142.

Bien que bourguignonnes, les villes de Troyes, Reims, Châlons, qui connaissaient ce prédicateur, professaient pour lui beaucoup d’estime et d’admiration. Hésitantes, intimidées, déjà ébranlées par la marche des événements, ces villes se consultaient entre elles. De fréquents messages avaient lieu de l’une à l’autre. Troyes était la première cité importante qui dût prendre une décision. Frère Richard influa sur cette détermination de tout le poids de sa réputation et de la confiance qu’il avait inspirée1143.

Les fèves, que les Troyens avaient semées largement, 92servirent à la nourriture des troupes affamées. Jean Lesguisé, évêque de Troyes, intervint aussi favorablement. Ce prélat était un ancien élève du collège royal de Navarre, collège particulièrement attaché, de tradition, à la cause Armagnac. Là, il avait eu pour condisciple Gérard Machet, devenu confesseur du roi et l’un des appuis de la Pucelle. Durant le séjour de Richard à Paris, un synode ou concile de la province de Sens s’était réuni dans la capitale. Lesguisé avait accompagné Richard à Paris ; il venait assister au concile, comme suffragant de Sens. Lors de cette visite récente, l’évêque avait pu s’enquérir, au chef-lieu politique, de l’état des esprits et de la situation des affaires ; Lesguisé retrouva Richard et son condisciple Machet, dans sa demeure épiscopale de Troyes, au milieu de ces circonstances critiques1144.

Les instances du confesseur agirent puissamment sur l’évêque. Jean Lesguisé, natif de Troyes, tenait à la ville dont il était le premier personnage, par les attaches les plus fortes et les plus nombreuses. Le doyen de la cathédrale, nommé Jean Pougeoise ; Jean Bareton, l’un des principaux conseillers de la ville, étaient ses proches parents. Guillaume Andouillette, maître de l’Hôtel-Dieu de Troyes, puis abbé de Saint-Loup, se prononça comme les précédents, pour le parti de Charles VII1145.

En sortant du conseil, Jeanne parut de nouveau devant 93les remparts. Communiquant, par son exemple, une nouvelle activité, elle donna ordre qu’on apportât des fagots, des portes, tables et chevrons, pour construire des taudis d’approche. Elle fit pointer contre la ville la faible artillerie de campagne qui l’avait suivie. Cependant les négociations, les pourparlers avec l’évêque, continuaient leur cours. Frère Richard exaltait, par ses prédications, les sentiments de crainte et de terreur qui avaient gagné les esprits. La population civile, anxieuse et troublée, se précipitait dans les églises1146.

Le lendemain 9, l’évêque vint trouver le roi. Des lettres d’abolition, datées de ce jour, furent accordées à la ville. Jean Lesguisé stipula en outre une capitulation, dans laquelle tous les intérêts du pays étaient sauvegardés et satisfaits avec la plus grande sagesse. Troyes ouvrit enfin ses portes au roide France. Charles VII y fit, le 11 juillet 1429, son entrée solennelle1147.

De là l’expédition se dirigea vers Châlons-sur-Marne. Arrivée à Bussy-Lettrée, le roi envoya aux Châlonnais son héraut Montjoie, chargé de requérir leur soumission. 94Les clefs de la ville furent apportées par l’évêque de Châlons à Charles VII, qui, le 15, prit son gîte à Châlons. En passant par cette ville, Jeanne y rencontra quatre on cinq de ses compatriotes. Ces derniers étaient accourus de Domrémy pour voir et saluer la jeune fille du pays, dans sa gloire. À Jean Morel, son parrain, elle donna une huque rouge, qu’elle avait portée. Un autre, nommé Gérardin, d’Épinal, avait été du parti bourguignon : Jeanne lui dit qu’elle ne craignait qu’une chose, à savoir, d’être trahie. Mot amer et profond, jeté dans ce témoignage détourné comme un oracle énigmatique, et que l’histoire doit enregistrer. Vers la même époque, elle disait au roi, en présence du duc d’Alençon : Employez bien mon temps ; car, ajoutait-elle, je ne durerai guère plus d’une année1148.

Gerson venait de mourir à Lyon, le 12 juillet 1429. L’illustre docteur, à la requête de son ami Gérard, confesseur du roi, avait été consulté sur le fait de la Pucelle. Gerson consigna son témoignage dans un opuscule daté du 14 mai, après le signe donné par la jeune fille en chassant d’Orléans les Anglais. Ce mémoire, tout hérissé des épines de la scolastique, se ressent peut-être un peu de l’affaiblissement intellectuel que cause le poids des années. Sa solution, toutefois, est complètement favorable à l’héroïne. Un mot, tiré de l’Écriture, termine cet opuscule, digne testament politique du grand théologien. Ce mot résume 95et pourrait remplacer tout le reste : A Domino factum est istud : Ceci est l’œuvre de Dieu1149.

On touchait à la ville du sacre. Reims, métropole de la seconde Belgique, était également la capitale religieuse de la France primitive des Mérovingiens. À ce titre, l’un de ses archevêques avait sacré, en la personne de Clovis, le premier roi chrétien. D’après la légende de la monarchie française, un ange apporta au fondateur, avec l’écu aux trois fleurs de lis, cette célèbre ampoule contenant l’huile sainte et toujours renaissante. Une bulle de 1179 légalisa ces traditions et confirma authentiquement à l’archevêque de Reims la prérogative dont il avait joui dans le passé1150.

En 1429, le successeur de saint Rémy se nommait Regnault de Chartres, chancelier de France. Le premier ministre de Charles VII, dans l’ordre hiérarchique, occupait ce siège, avec le titre de duc et pair, depuis 1414. II n’y avait point encore fait, cependant, son entrée solennelle. Dès le 11 juillet, il écrivit de Troyes aux bourgeois, aux fidèles et à son clergé rémois, de se préparer à la réception du roi de France. Avant de parvenir jusqu’à sa métropole, l’archevêque reçut au gîte Charles VII et lui offrit l’hospitalité dans son château de Sept-Saulx. Ce manoir, qui faisait partie du domaine archiépiscopal, se trouvait sur la route de Châlons à Reims, à quatre lieues de cette dernière ville1151.

Le 16 juillet, les députés de Reims vinrent, dans ce 96château, faire leur soumission au roi Charles. Des lettres d’abolition furent accordées aux Rémois pour avoir obéi à l’autorité anglo-bourguignonne. Le roi coucha ce soir même à Reims. Au moment où il y entrait, les capitaines bourguignons, délaissés par la population civile, s’éloignèrent librement et de leur propre volonté. Le 17 était un dimanche ; on procéda, dès ce jour, à l’importante cérémonie qui formait le but principal de l’expédition1152.

La nuit tout entière fut activement employée à improviser les préparatifs de cette grande solennité. Les habitants de Reims, à qui incombaient les dépenses d’une telle pompe, redoutaient fort l’entrée des gendarmes du roi. Ceux-ci n’avaient point encore pénétré dans leurs murs, et la présence des soldats était toujours un fléau pour les villes. Les Rémois contribuèrent avec zèle, par ce motif, au prompt accomplissement du sacre royal. Le gouvernement anglais, informé de la campagne de Reims, avait conçu le projet de transférer ailleurs la sainte-ampoule, afin que cette relique ne pût servir à l’onction du roi Charles. Toutefois, Bedford ou Pierre Cauchon, son commissaire général en Champagne, recula évidemment devant les périls et les difficultés morales d’une telle soustraction. Les conseillers du prince avaient préparé d’avance une riche couronne pour être employée en cette circonstance. Mais ce joyau était demeuré en arrière, parmi les bagages. Afin d’éviter les retards et l’arrivée de l’armée, on passa outre et l’on se contenta d’une couronne beaucoup plus simple, qui fut trouvée dans le trésor de la 97cathédrale. Il fallut suppléer enfin, à l’absence des autres regalia, qui, notamment à l’époque du dernier sacre, en 1380, avaient été déposés dans le trésor de l’abbaye de Saint-Denis1153.

Le matin, quatre otages furent députés par le roi pour aller recevoir et pour escorter la sainte ampoule ; savoir les seigneurs de Boussac et de Rais, maréchaux de France ; le sire de Graville, grand maître des arbalétriers, et le sire de Culant, amiral. Ces quatre seigneurs, à cheval, tout armés et portant chacun leur bannière, se rendirent à l’abbaye de Saint-Rémy. Là, ils firent serment de conduire et reconduire sûrement cette relique. Alors l’abbé, nommé Jean Canard, 98revêtu de ses riches habits pontificaux, monta sur un cheval, qui lui fut, conformément à son privilège, alloué et payé par le roi. L’abbé suspendit à son cou la sainte ampoule et prit place sous un poêle, ou dais magnifique. Le cortège se mit ainsi en marche, jusqu’à l’église de Saint-Denis de Reims1154.

L’archevêque-chancelier, en habits ecclésiastiques et suivi de ses chanoines, se porta au-devant du cortège. Parvenu au portail de Saint-Denis, il rencontra l’abbé de Saint-Rémy et reçut de ses mains la fiole miraculeuse, qu’il apporta jusque sur le maître-autel de sa cathédrale. Les quatre otages pénétrèrent, à cheval, dans l’église et ne mirent pied à terre qu’à l’entrée du chœur. Charles VII revêtu d’habillements intaillés sur la poitrine et aux épaules pour recevoir les onctions, se tenait au lieu assigné. Il prêta d’abord les serments obligatoires : 1° de conserver la paix de l’Église et ses privilèges ; 2° de préserver le peuple des exactions et ingravances ; 3° de gouverner avec justice et miséricorde. Puis, le duc d’Alençon fit le roi chevalier1155.

Berry, roi d’armes de France, évoqua ensuite, par leurs noms, devant le grand autel, chacun des douze pairs, en les requérant de faire leur service au roi leur seigneur. Le duc de Bourgogne et d’autres ne répondirent point à cet appel. Divers personnages les suppléèrent. Parmi les pairs ecclésiastiques, Regnault de Chartres, archevêque-duc de Reims, Guillaume de Champeaux, évêque-duc de Laon, Jean de Sarrebruck, évêque-comte de Châlons, étaient présents. Les évêques de Sées, d’Orléans, et un autre prélat, assistèrent les trois premiers. Les six pairs laïques furent représentés, en habits royaux, par le duc d’Alençon, les comtes de Clermont, de Vendôme, les sires de La Trémoille, de Laval et de Maillé en Touraine. Charles d’Albret tint l’épée, au lieu du connétable de Richemont1156.

L’archevêque, alors, procéda, suivant le pontifical du 99sacre, aux onctions, puis à la consécration et aux bénédictions rituelles. Au moment où les pairs confirmèrent de la main la couronne, sur la tête du roi, le cri de Noël retentit unanimement dans l’assistance, et les voûtes de la cathédrale s’ébranlèrent au bruit d’une éclatante fanfare. Le roi de Sicile (René d’Anjou), le duc de Lorraine, et le damoiseau de Commercy étaient venus trouver le roi pour assister à son sacre. Malgré la difficulté des circonstances, tout le matériel nécessaire à la cérémonie se trouva réuni comme à point nommé. Rien ne manquait à la pompe du spectacle ; ni le nombre et l’animation, aux spectateurs1157.

Charles VII, sacré roi, fit à son tour chevalier, dans l’église même, le damoiseau de Commercy (Robert de Sarrebruck), neveu de Jean, évêque de Châlons. Par lettres datées du même jour, le roi, en l’honneur des dames de Laval et de Guy de Laval, héritier de ce nom, érigea la baronnie de Laval en comté. Gilles de Rais fut promu à la dignité de maréchal et le sire de La Trémoille, baron de Sully, à celle de comte1158.

100Au milieu de cette pompe officielle, la Pucelle était là : elle tenait à la main son étendard, qui, déjà béni du ciel, avait guidé le roi de Bourges, alors dénué, vaincu, jusqu’au pied de ces autels. Sa vue, son maintien, excitait l’universelle sympathie. Lorsque le cérémonial fut accompli, elle s’agenouilla aux pieds de son prince et lui dit avec larmes : Gentil roy, ores est exécuté le plaisir de Dieu, qui vouloit que vinssiez à Reims, recevoir votre digne sacre, en monstrant que vous estes vray roy et celui auquel le royaume doit appartenir1159.

101Chapitre III
Jeanne d’Arc : campagne de Picardie et de Paris (17 juillet – 13 septembre 1429).

Il était d’usage que les rois de France, après leur sacre, et le même jour, se rendissent à Corbeny, pour y toucher les écrouelles. Un notable incident ne permit pas à Charles VII de se conformer ponctuellement à cette coutume.

Le 17, jour du sacre, avant la cérémonie, Jeanne d’Arc écrivit une seconde lettre au duc de Bourgogne. Dans cette dépêche, elle se plaignait de ce que le héraut, porteur de sa première missive, n’était pas de retour et de ce que le prince n’avait point répondu à son appel. Quelle que fût l’hostilité de Philippe le Bon, le duc ne se sentait point complètement assuré en cette occasion. Le défaut pur et simple du vassal, en pareille occasion, pouvait entraîner contre le défaillant, de rigoureuses conséquences. D’ailleurs, l’astre de Charles VII montait à l’horizon : Philippe ne conservait à l’étoile pâlissante des Anglais, qu’une foi chaque jour plus tiède et plus ébranlée.

Ce jour même, 17 juillet 1429, à l’insu de Jeanne, ou après le départ de son message, les ambassadeurs de Bourgogne arrivèrent à Reims. Ils vinrent au nom de Philippe le Bon, saluer le roi de France et lui apporter des offres d’accommodement. Cependant Antoine de Toulongeon, 102maréchal de Bourgogne, publiait le ban de guerre dans tous les bailliages de ce duché. Les nobles et gens d’armes, d’après ce mandement, devaient s’assembler à Châtillon-sur-Seine le vingt-huit juillet, pour s’opposer au dauphin, qui voulait se faire couronner à Reims1160.

Le duc de Bourgogne, en effet, commençait à subir les conséquences de la fausse position qu’il avait embrassée. Sa politique, et nous y reviendrons bientôt, consistait toujours à se faire courtiser en même temps par Henri VI et par Charles VII. Rusant des deux parts, il jouait un double jeu tendant à duper l’un et l’autre.

Au moyen de ces vaines conférences, les envoyés bourguignons amusèrent, à Reims, pendant quatre jours, le roi de France et son conseil. Puis ils s’éloignèrent sans rien conclure. Charles VII quitta Reims le 20 et se rendit à Corbeny ; là se trouvait un prieuré dépendant de Saint-Rémy de Reims. Ce monastère était placé sous l’invocation d’un saint appelé Marculfe, qui, de son vivant, dit-on, avait été prince du sang royal1161.

La langue vulgaire, en se formant, changea le nom de Marculfus en Marcou. Il n’en fallut pas davantage pour que les fidèles invoquassent particulièrement l’intercession de ce saint, afin d’en obtenir la guérison des écrouelles. Une maladrerie spéciale était annexée à ce monastère, qui recevait, tous les ans, de nombreux pèlerinages. Une tradition 103ancienne attribuait particulièrement aux rois de France, nouvellement sacrés, le pouvoir de guérir, par l’apposition des mains, cette maladie1162.

Après avoir fait ses offrandes, ses oraisons, et touché les malades, le roi se dirigea par Vailly, petite ville du domaine de l’archevêque de Reims, qui reconnut immédiatement son autorité. Un grand nombre d’autres places appartenant à la province ecclésiastique de Reims, ou de Picardie et de Champagne, imitèrent cet exemple. Soissons, Laon, Château-Thierry, Provins, Coulommiers, Crécy en Brie, Compiègne, etc., redevinrent spontanément français1163.

Après la bataille de Patay, plusieurs conseillers du roi, notamment le duc d’Alençon, dont les domaines à reconquérir se trouvaient sur la lisière du Maine, voulaient marcher en armes vers la Normandie. La Pucelle insista pour opérer d’abord la campagne de Reims, qui en un seul jour, disait-elle, faisait du dauphin le roi de toute la France. Elle rallia ou entraîna Charles VII, ainsi que le conseil, à cette dernière résolution. Mais Bedford, aussitôt que les Anglais eurent perdu la ligne de la Loire, concentra d’abord ses forces au sein de la Normandie. Il y rencontra en effet le connétable de Richemont, qui, ne pouvant souffrir 104l’inertie à laquelle on le condamnait, alla guerroyer contre l’ennemi dans cette province1164.

Le 4 juillet 1429, le gouvernement anglais assignait une somme de cinq mille marcs, sur la rançon du duc de Bourbon, pour la solde de la garnison de Calais. C’est ainsi qu’en dépit du testament d’Henri V, les Anglais se voyaient forcés d’entendre à la libération des princes français, prisonniers d’Azincourt. À force de ruse vis-à-vis du saint-siège, et avec l’argent prêté par Martin V, le conseil privé réunit en Angleterre une nouvelle armée de cinq mille hommes. Ces forces étaient censées destinées à combattre les Hussites de Bohême : le cardinal de Winchester en prit le commandement1165.

En France, il s’agissait de remonter le moral des populations, chaque jour plus refroidies, plus craintives, et de réchauffer également l’alliance du Bourguignon. Le 15 juillet 1429, Paris eut le spectacle d’une véritable scène, à la fois théâtrale et politique, dont l’impresario était le régent de France, duc de Bedford. Après une procession, accompagnée de sermon, le grand conseil et le parlement se réunirent, à la Table de marbre du palais, en présence du régent et du duc de Bourgogne. Sur ce théâtre, consacré aux Sotties et Moralités, on lut publiquement le traité du Ponceau (juillet 1419). Puis, le chancelier pour les Anglais fit un récit pathétique du meurtre de Montereau, suivi, à point nommé, de murmures d’indignation. 105Le final ou dénouement fut un serment général de haine à la patrie, et d’amour en faveur du gouvernement étranger. On profita de cet enthousiasme pour changer le prévôt des marchands et les échevins, devenus inopinément suspects. Toutes les autorités furent contraintes à renouveler le serment anglais1166.

Dans le même temps, le duc de Bourgogne promettait au régent Bedford une armée de secours. Le régent s’engagea de lui payer vingt mille livres, et de lui remettre des joyaux qui lui permissent d’emprunter une somme égale, au compte du roi d’Angleterre. Pierre Surreau, trésorier du régent, porta le numéraire à Arras, entre les mains du receveur ducal. Mais le duc ne fournit point d’armée : l’eût-il voulu de bonne foi, ce résultat dépassait alors sa puissance. Aux termes stricts du droit féodal, les Flamands et les Picards du nord se refusaient à servir le duc hors de leur pays, et à l’aider dans sa guerre contre les Français1167.

Bedford, en attendant, adressait au conseil privé message sur message. Répondant à ses pressantes instances, le cardinal d’Angleterre, accompagné de ses cinq mille hommes, arriva le 25 juillet à Paris. Une division de ce corps arbora sur son drapeau des symboles contenant une allusion satyrique à la Pucelle. Le capitaine de cette division avoit fait faire ung estendart tout blancq, dedens lequel avoit une queunelle chergié de lin, à quoy pendoit ung fuisel ; autour, du fille, comme à moitiet fusée ; et y estoit 106entresemé, en plusieurs lieus, de fusiaux, et avoit escript : Or viegne la belle ! en signefiant qu’il lui donroit à filler1168

Ces merveilleux succès, qui se propageaient chaque jour en faveur de la cause royale, étaient l’œuvre de la Pucelle. Le peuple, la nation française ne s’y trompaient pas. Ils saluaient la libératrice d’une admiration, d’un respect et d’un enthousiasme unanimes. Mais il n’en fut point ainsi dans les hautes régions de la politique et du gouvernement.

Les obstacles les plus pénibles, les ennemis les plus redoutables que Jeanne devait rencontrer sur son chemin, elle les trouva chez ceux-là même qui auraient dû être pour elle les premiers des auxiliaires. Après toutes les épreuves préliminaires qu’elle subit, il lui fallut compter encore avec la jalousie des grands, avec les passions basses et mauvaises, qui habitent trop souvent l’asile du pouvoir. Dès le premier jour de sa carrière, commença ainsi, pour l’héroïne, un second et navrant martyre.

Le jour même où elle partait de Blois vers la ville assiégée, Jean, bâtard d’Orléans, la trompait et désobéissait à son commandement. Peu de temps après, un conflit d’autorité éclatait au milieu du siège, entre Jeanne et le gouverneur d’Orléans, Raoul de Gaucourt. La Trémoille, Regnault de Chartres entretenaient contre elle une hostilité, longtemps couverte d’un masque hypocrite, mais qui, dans 107leur cœur, ne cessa jamais d’exister et de grandir1169.

À l’époque où nous sommes parvenus, il y avait déjà, dans l’État, deux conseils et deux politiques : le conseil et la politique du roi, le conseil et la politique de la Pucelle. Entre ces deux autorités, la séparation, la divergence, même l’antagonisme, se manifestaient quotidiennement, et de plus en plus. Chaque mesure proposée par l’héroïne était presque toujours, non seulement critiquée, mais contrecarrée sourdement par les ministres.

La Pucelle, en quittant Reims, voulut conduire le roi droit à Paris. La Trémoille, plein du respect intéressé qu’il avait manifesté, à Auxerre, pour le duc de Bourgogne, désapprouva cette hardiesse. L’idée fixe de La Trémoille était de négocier avec le duc. De cette œuvre de dupe, de cette chimérique entreprise, le diplomate Regnault de Chartres fit son affaire et son honneur personnels. Le cabinet de Charles VII, pendant cinq ans encore, devait s’aveugler sur ce mirage, et ne connut point d’autre programme1170.

Vers les premiers jours d’août, contre le gré de la Pucelle, des trêves et un traité secret furent conclus, entre le, roi et ce grand vassal. Celui-ci promettait de délivrer Paris, sans coup férir, dans un délai de quinze jours. Le 3 août, Charles VII et ses conseillers, rassasiés de gloire, décidèrent qu’ils retourneraient en Berry. La cour était alors à Provins ; on envoya des fourriers à Bray, où il y avoit un bon pont, pour passer la Seine en cette ville. Heureusement, les Anglais arrivèrent pendant la nuit à Bray : ils 108attaquèrent et détroussèrent l’avant-garde royale, qui, devant cet obstacle, prit le parti de rebrousser chemin1171.

Ici se place un remarquable épisode qui a suscité de vives controverses parmi nos modernes historiens. Écoutons d’abord, sur le fait, Cousinot de Montreuil, auteur de la Chronique de la Pucelle.

La vigille de la Nostre-Dame, mi-août, dit-il (14 août), le roy, par le conseil des seigneurs et capitaines, s’en retourna à Château-Thierry, et passa outre avec tout son ost vers Crespy en Valois, et se vint loger aux champs, assez près de Dammartin ; et le pauvre peuple du pays crioit Noël ! et pleuroient de joie et de liesse1172

Jeanne, ajoute un témoin oculaire, acteur de la scène, chevauchait entre Dunois et l’archevêque de Reims, chancelier de France.

Laquelle chose, la Pucelle considérant, continue Montreuil, et qu’ils venoient au-devant du roy en chantant Te Deum laudamus et aucuns respons et antiennes, dit au chancelier de France et au comte de Dunois : En nom Dieu, voicy un bon peuple et dévot, et quand je devrai mourir, je voudrois bien que ce fût en ce pays !

Et lors ledit comte de Dunois lui demanda : Jeanne, sçavez-vous quand vous mourrez, ne en quel lieu ? Et elle respondit qu’elle ne sçavoit et qu’elle en estoit à la volonté de Dieu. Et si dit oultre aux dits seigneurs : J’ay accomply ce que Messire (Dieu) m’a commandé, de lever le siège d’Orléans et faire sacrer le gentil roi. Je voudrois bien qu’il voulût me faire ramener auprès mes père et mère, et garder leurs brebis et bestail, et faire ce que je 109soulois1173 faire… Et quand les dits seigneurs ouvrent la dite Jeanne ainsi parler et que, les yeux au ciel, remercioit Dieu, ils creurent mieulx que c’estoit chose venue de par Dieu qu’autrement1174.

Dans ces paroles, croyons-nous, la Pucelle n’exprimait pas ouvertement sa pensée. Coupe ou calice, l’héroïne devait épuiser, jusqu’au fond, jusqu’à la lie, ce breuvage où ses lèvres avaient trempé. Non, elle ne regrettait pas les humbles occupations de son enfance, qu’elle avait oubliées pour de plus grands travaux. Si Jeanne, après le sacre, eût voulu sérieusement retourner à ses brebis, le roi n’avait-il pas assez pitié d’elle ? Les ministres, Regnault de Chartres et Dunois lui-même, en ce cas, de concert avec le maître, l’eussent unanimement conviée à se reposer1175 !

Mais Jeanne, armée de sa pénétration féminine, perçait à jour l’habile chancelier. Elle aussi, dans son langage, se montrait diplomate. La veille, elle disait à l’ex-Bourguignon : je ne crains que d’être trahie. Aujourd’hui, la même plainte, sous une forme également détournée, s’échappait de son âme. Devant cet archevêque de peu de foi, elle prenait à témoin la naïve piété des humbles populations qui l’entouraient et le cordial abandon de leur confiance. Ce à quoi Regnault de Chartres et Dunois, le froid et attrempé seigneur, comme l’appelle Jean Chartier, répondirent en 110demandant à l’infortunée le lieu et la date de sa mort. À cette question, Jeanne émet pour réplique une douloureuse hypothèse, sorte de terme moyen entre la justice qui lui était due et la fin dont elle se sentait menacée.

Le 4 août 1429, Jean de Bedford quitta Paris et dirigea, par Corbeil et Melun, vers la Brie, l’ensemble de ses forces, y compris le contingent destiné aux Hussites. Le 7, Bedford écrivit au roi, de Montereau, une lettre dans laquelle il le défiait personnellement. Le régent proposait un rendez-vous en Brie ou en Île-de-France, pour vider la querelle des deux rois, soit par le moyen de paix non feinte et pardurable, soit par la voie des armes. Les deux armées se rejoignirent vers Mitry-en-France1176.

Du 15 au 17, Jean de Lancastre et le roi Charles VII se trouvèrent aux champs, en présence, sous les murs de Senlis. Mais les deux partis s’observaient à ce point que le conflit se borna, pour tout résultat, à d’insignifiantes escarmouches. Bedford, rappelé à Paris par des transes continuelles, quitta la place avec son armée et se replia encore une fois sur la capitale. Charles VII entra le 18 à Compiègne, qui venait de se déclarer pour sa cause1177.

Cependant le nom seul et la présence de la Pucelle reconquéraient, au profit du roi Charles, et sans coup férir, le territoire usurpé. Firent obéissance au roi, dit Monstrelet, Beauvais, Creil, Pont-Sainte-Maxence, Choisy, 111Gournay-sur-Aronde, Rémy, La Neuville-en-Hez, et de l’autre côté Mognay, Chantilly, Saintines et plusieurs autres… La ville de Senlis se soumit également et reçut à cet effet des lettres d’abolition, signées du roi à Senlis le 22 août 1429. Pour vérité, ajoute le chroniqueur bourguignon, s’il (si le roi), à toute sa puissance, estoit venu à Saint-Quentin, Corbie, Amiens, Abbeville et plusieurs autres villes et fors chasteaulx, la plus grande partie des habitans d’ycelles estoient tout pretz de le recepvoir à seigneur, et ne désiroient au monde aultre chose que de lui faire obéyssance et plaine ouverture. Toutefois il ne fut pas conseillé de luy traire si avant sur les marches du duc de Bourgogne1178.

Loin de là, Regnault de Chartres, accompagné de Christophe d’Harcourt, de Raoul de Gaucourt et autres ambassadeurs, se trouvait le 16 août à Arras, pour traiter de paix avec les Bourguignons et les Anglais. Charles VII faisait offrir à Philippe le Bon les propositions suivantes : Le roi devait s’excuser du meurtre accompli à Montereau ; une chapelle expiatoire serait élevée à ses frais sur le théâtre du crime. Le duc garde toutes ses possessions, prérogatives, pensions, avec de nouvelles terres qui lui seront données. Il sera dispensé pendant sa vie de tout hommage envers la couronne. Quant aux Anglais, Charles VII leur abandonnait à charge d’hommage, la Guyenne, non seulement telle qu’ils la possédaient actuellement, mais avec extension, en leur faveur, de limites jusqu’à la Dordogne. Moyennant cette dernière concession, les Anglais devaient 112remettre en liberté les ducs d’Orléans et de Bourbon, les comtes d’Eu (Charles d’Artois) et d’Angoulême, soit gratuitement, soit au prix de finance raisonnable1179.

Du 18 au 28 août, Charles VII prit son séjour à Compiègne. Jean de Luxembourg, personnage le plus considérable, après le duc, des États de Philippe le Bon, vint y trouver le roi de France : de nouveaux pourparlers eurent lieu. Le roi homologua et ratifia en grande partie les articles délibérés à Arras ; le 28, de nouvelles trêves furent stipulées entre le roi et le duc. Ces trêves devaient courir jusqu’au 25 décembre et comprendre tous les pays de çà la rivière de Seine, depuis Nogent-sur-Seine jusqu’à Harfleur, avec le Ponthieu, Amiens, Noyon et Thérouanne. Le traité réservait expressément au duc le droit d’employer ses personne et force à la défense de Paris. Bref, un historien du temps apprécie et résume en termes très justes le résultat de ces conférences. Jehan de Luxembourg, dit-il, fist moult de promesses de faire la paix entre le roy et le duc de Bourgogne : dont il ne fist rien, sinon le décevoir1180.

La Pucelle ne méconnaissait point les ménagements qui devaient être observés à l’égard du duc de Bourgogne. Le meurtre de Montereau, sur lequel elle eut à s’expliquer, lui apparaissait comme un crime détestable et qu’il importait de désavouer. Politiquement elle y voyait une tache compromettante 113et une faute des plus graves à effacer. Mais, pour cela, elle ne prosternait pas avec bassesse, devant une victime peu innocente, telle que Jean sans Peur, la dignité de la couronne. Elle ne lui sacrifiait pas, ainsi que le faisaient les ministres de Charles VII, jusqu’aux droits de l’État et de la nation. Sa rectitude de jugement, la droiture de son âme lui inspiraient à ce sujet une élévation de vues et de sentiments que l’on rencontre rarement chez les politiques de profession. Comme contraste avec les actes diplomatiques de La Trémoille et de Regnault de Chartres, on peut lire la lettre que la Pucelle écrivit de Reims au duc Philippe. On y trouvera, sur ce thème difficile, un modèle de sagesse, d’honnêteté, de justice à la fois délicate et noble1181.

La Pucelle profita d’un intervalle entre deux de ces trêves impolitiques, à l’aide desquelles Philippe le Bon, auxiliaire des Anglais, décevait le cabinet de Charles VII. Elle partit de Compiègne, le 23 août 1429, avec le duc d’Alençon et une belle compagnie de gens de guerre. Le 26, elle occupait militairement Saint-Denis. Charles VII alors se vit forcé de quitter Compiègne et se porta jusqu’à Senlis que la Pucelle venait de recouvrer et qui lui ouvrit ses portes. Il vint à grand regret, dit Perceval de Cagny, jusquez en la ville de Senlis ; et sembloit qu’il fust conseillé au contraire du vouloir de la Pucelle, du duc d’Alençon et de ceulx de leur compaignie1182.

Le duc de Bedford commençait à sentir le poids de l’héritage que lui avait légué son frère Henri V. En faisant 114face aux cruelles difficultés qui l’accablaient, le régent de France croyait accomplir un devoir d’honneur. Il s’agissait de conserver à son pupille Henri VI le dépôt qui lui avait été confié. Il ne se dissimulait pas la dure position faite à son orgueil. Condamné à ne subsister en France que par la grâce de Philippe le Bon, la Normandie était le seul point où il se sentit quelque assurance. Beauvais et Aumale venaient de se déclarer pour Charles VII. Lorsque la Pucelle parut à Saint-Denis aux portes de la capitale, l’anxiété du régent fut extrême. Il comprit avec raison que sa présence et son action à Paris seraient plus propres à causer la perte des Anglais qu’à les sauver. Philippe, duc de Bourgogne, portait du moins le nom de Français. Laissant donc à ce prince le commandement de la capitale, il se dirigea de nouveau vers la Normandie1183.

Le 27 août, Bedford était à Vernon. Tout ce qui pouvait porter les armes avait été levé en masse et devait venir passer à la montre devant les baillis respectifs. Le mandement comprenait tous les Anglais et Normands de la province. Aussitôt formées, ces troupes avaient ordre de se porter à marches forcées pour défendre la capitale. Comme les baillis succombaient à la peine, des commissaires extraordinaires furent institués pour opérer hâtivement ces revues. Le gouvernement anglais, à court de finances, fit main basse, pour payer ces dépenses de guerre, sur les dépôts civils conservés dans les greffes du parlement1184.

115Le 7 septembre, la Pucelle, après avoir soumis Lagny, vint camper à La Chapelle. Elle avait en sa compagnie le duc d’Alençon et le comte de Clermont, les maréchaux de Rais et de Boussac, suivis d’environ 12,000 hommes. La capitale était défendue par la population civile, en partie bourguignonne, et par une garnison de deux mille hommes. L’évêque de Thérouanne, chancelier de France pour les Anglais, Jean Rattley ou Rathelet, chevalier anglais, Simon Morhier, prévôt de Paris, anglo-bourguignon, le sire de l’Isle-Adam et quelques autres chefs de guerre envoyés par Philippe le Bon, exerçaient le commandement militaire. Les vingt-quatre quarteniers, ou capitaines de la milice parisienne, furent chargés de pourvoir, chacun dans leurs quartiers, à la défense de la ville1185.

En avant et en arrière des diverses portes qui donnaient accès dans Paris, on avait construit des barrières de bois. Des fossés remplis d’eau et des contre-fossés, munis de remblais ou boulevards, régnaient tout autour de l’enceinte. Des canons et des munitions d’artillerie garnissaient les murs, ainsi que les points élevés du périmètre de la ville. Charles VII avait sa résidence en l’abbaye de Saint-Denis : le cas échéant, il pouvait, à cette distance, profiter de la victoire et recouvrer sa capitale ; dans le cas contraire, il ne 116compromettait ni sa majesté, ni sa personne. L’attaque des assiégeants fut principalement concertée entre la Pucelle et le beau duc son officier fidèle. Le corps de ville reçut des lettres pleines de courtoisie, scellées aux armes du duc d’Alençon, qui invitaient les Parisiens à reconnaître l’autorité du roi Charles. Une amnistie générale (comme il était de règle) fut annoncée au nom du roi1186.

La journée du 7, consacrée aux approches, s’était passée en observation de la part de Jeanne et en escarmouches. Le lendemain 8, jour de la Nativité de la Vierge, la Pucelle résolut de donner l’assaut, malgré son respect pour cette solennité. Le matin à huit heures, elle partit de La Chapelle, suivie des mêmes forces que la veille et d’un matériel de siège. Raoul de Gaucourt se joignit à l’expédition. La Pucelle et ses principaux lieutenants, ou compagnons d’armes, se portèrent, au milieu des champs, vers une butte voisine de la porte Saint-Honoré. Cet emplacement s’appelait alors le Marché-aux-Pourceaux1187.

Le seigneur de Saint-Vallier poussa une pointe heureuse jusqu’à cette porte. Il incendia les barrières, prit le boulevard et refoula les défenseurs, qui escarmouchaient an dehors, jusque dans l’intérieur de l’enceinte. La Pucelle 117alors jugea le moment venu de pratiquer l’assaut. Les fossés étaient remplis : mais Jeanne ignorait leur profondeur. Et si en avoit aucuns, au dit lieu, parmi les assiégeants, qui le sçavoient bien, et selon ce qu’on pouvoit considérer, eussent bien voulu, par envie, qu’il fust meschu (qu’il arrivât mal) à la dite Jeanne1188.

Cependant elle franchit le contre-fossé qui était à sec, et monta sur le dos-d’âne ou remblai qui séparait le contre-fossé du fossé. Armée de sa lance et exposée comme une cible au tir des assiégés, elle sondait elle-même la profondeur de l’eau, en ralliant, de sa parole, ceux qui la suivaient. Dans ce moment, un trait lancé de la place effleura l’une de ses cuisses et traversa l’autre de part en part : Jeanne fut mise ainsi hors de combat. Au même instant, son porte-étendard, blessé d’abord au pied, tomba mortellement atteint d’une flèche, qui le frappa entre les deux yeux1189.

La Pucelle, sans désemparer, se fit porter près d’un épaulement de terre ou dodine, qui la protégeait contre le tir ennemi. Malgré sa cruelle blessure, elle ne cessa point de diriger l’action, animant la troupe de ses pressantes instances. L’assaut se poursuivit en effet avec une certaine vigueur. Des intelligences politiques existaient, de tout temps, dans la capitale en faveur du roi Charles. Une partie de la population civile remplissait, ce jour-là, les églises et assistait au sermon. Au milieu du jour et pendant le plus fort de l’assaut, soudain un cri public s’élève dans les rues et se propage parmi la foule : Tout est perdu, 118voici l’ennemi, sauve qui peut ! À ce bruit qui gagne l’intérieur des églises, les fidèles désertent précipitamment le service religieux et se retirent en tumulte. Mais cette commotion spontanée ou artificielle s’arrêta bientôt1190.

Les assaillants étaient privés de l’activité de leur chef, de cet élan sympathique et irrésistible que la Pucelle ne manquait jamais de leur communiquer. Plus d’un capitaine combattait mollement et de mauvaise humeur. La nuit vint sans que les troupes eussent franchi la brèche, ouverte dès la matinée. Jeanne persistait toujours et criait de persévérer : mais en vain ; le duc d’Alençon lui-même vint la prier de se retirer. Jeanne résista à toutes les instances. La Trémoille avait donné l’ordre de la retraite ; Raoul de Gaucourt et d’autres survinrent, se saisirent de l’héroïne, la mirent à cheval et la ramenèrent ainsi contre son gré à La Chapelle. Jeanne protestait et disait avec son serment de guerre habituel : Par mon martin (bâton de commandement), la place eût été prise1191 !

Les historiens du temps, en effet, s’accordent à reconnaître et il paraît évident que si la Pucelle avait exercé son action, pleinement, à l’abri de ces funestes dissidences, la capitale rentrait, dès ce jour, sous la domination de Charles VII. Le sire de Montmorency, premier baron chrétien de France, ou Île-de-France, c’est-à-dire le premier 119des anciens vassaux de la crosse ou évêché de Paris, s’était associé au plan de la Pucelle. On a vu, par l’exemple de Jean Tudert, que la cause royale comptait dans le haut clergé parisien des influences notables1192.

Le lendemain 9, la Pucelle, souffrante de la fièvre causée par sa blessure, voulait néanmoins retourner à l’assaut. De nouvelles entraves paralysèrent, comme la veille, son indomptable conviction. Charles VII venait de recevoir un héraut de Philippe le Bon. Le duc, par ce message, pressait le roi de cesser les hostilités et réitérait avec protestations ses promesses. Le traité du 28 août fut renouvelé, en y comprenant désormais la capitale, demeurée jusque-là en dehors du contrat d’armistice1193.

La Pucelle laissa faire ; elle tâcha de se dégager du réseau dans lequel on cherchait à l’emprisonner. Un dernier espoir lui restait : le duc d’Alençon, de concert avec elle, avait jeté un pont sur la Seine, vis-à-vis de Saint-Denis. Le 10 septembre, de grand matin, la Pucelle envoya son avant-garde dans la direction de ce pont. Elle comptait 120retourner au siège en employant ce passage. Par ordre du roi, le pont avait été coupé1194.

Le 13 septembre 1429, après un dernier conseil tenu à Saint-Denis, Charles VII décampa. Il prit la route du Berry et licencia une partie de ses troupes, emmenant avec lui la Pucelle. Avant de partir, Jeanne se désarma du harnais avec lequel elle avait combattu ; l’abbaye de Saint-Denis était le sanctuaire de la monarchie : la Pucelle, au moment où l’on faisait subir cette épreuve à son dévouement, offrit et déposa son armure complète sur la tombe de saint Denis et ses compagnons, patrons des rois de France1195.

121Chapitre IV
Jeanne d’Arc : 13 septembre 1429 – 24 mai 1430 (prise de la Pucelle).

L’échec éprouvé devant Paris, et la retraite du roi vers la Loire, constituaient une double faute : le préjudice que cette conduite devait lui causer ne tarda point à se faire sentir.

Charles VII avait institué comme chefs militaires Jean Foucault et Ambroise de Loré à Lagny, et le comte de Vendôme, à Saint-Denis, sous l’autorité de Charles, comte de Clermont, lieutenant-général. Mais ces commandants n’avaient plus sous leurs ordres de forces suffisantes. Après le départ de la Pucelle, chacun d’eux fut attaqué dans sa position. Le comte de Vendôme abandonna Saint-Denis, qui retomba au pouvoir des Anglais. Les pilleries, la guerre civile, l’anarchie, avec tous les fléaux qu’elle entraîne, recommencèrent comme par le passé1196.

Le jeune prince de Bourbon, vaincu par ces difficultés, quitta son poste et se retira dans ses domaines. Regnault de Chartres, 122demeuré à Senlis, siège de la lieutenance générale, était le principal ministre de ce gouvernement par délégation. Il dirigea sur Rouen un coup de main infructueux. Dans le même temps, le duc d’Alençon demandait à marcher en armes vers la Normandie : à cet effet, il sollicita du roi un nouveau commandement, pour lui et la Pucelle ; mais il ne put l’obtenir. Messire Regnault de Chartres, le seigneur de La Trémoille et le sire de Gaucourt, qui lors gouvernoient le corps du roy et le fait de sa guerre, ne voulurent oncques souffrir que la Pucelle et le duc d’Alençon fussent ensemble1197.

La lieutenance générale du duc d’Alençon fut définitivement transportée à Louis de Bourbon, comte de Vendôme. De ce temps, dit un chroniqueur attaché à la maison de Jean, duc d’Alençon, le comte de Vendôme, par le pourchas d’aulcuns qui avoient envie de la gloire d’icelui duc, fut fait lieutenant-général du roy… et en ce faisant fust fait injure au dit duc d’Alençon qui paravant avoit la dite charge1198.

Cette substitution mérite d’être notée attentivement. Le comte de Vendôme, lieutenant-général en Picardie, devenait ainsi le bras militaire de Regnault de Chartres, déjà investi de la plénitude des pouvoirs civils. Le rival de Jean, duc d’Alençon, 123en supplantant son prédécesseur, fit succéder l’hostilité sourde, que lui inspirait Regnault de Chartres envers la Pucelle, à la sympathie que le duc d’Alençon avait toujours montrée pour l’héroïne. On verra bientôt se déployer les graves conséquences de ce changement.

Sous le coup d’une semblable disgrâce, le duc d’Alençon se retira le cœur plein d’amertume : il ne pardonna jamais au roi ce grief. Tel fut, chez ce prince vindicatif, le levain d’une haine mortelle, qui, plus tard, devait l’égarer jusqu’à conspirer avec les Anglais.

Amédée de Savoie, médiateur entre Charles VII et la Bourgogne, blâma de son côté la tentative faite sous les murs de Paris, comme un acte inconséquent et un coup fourré. Anne de Bourgogne, duchesse de Bedford, partagea ce sentiment avec vivacité. Elle rapprocha le duc, son frère, de son époux, et les excita tous deux à s’unir contre la France1199.

Charles VII, à Gien (21-25 septembre), continuait de négocier avec Philippe le Bon. Le duc de Bourgogne lui avoit mandé de nouveau qu’il lui feroit avoir Paris, par le sire de Charny, qui en avoit apporté les nouvelles, et qu’il viendroit à Paris pour parler à ceulx qui tenoient son party. Et pour ceste cause, le roy lui envoya un sauf-conduit pour venir à Paris1200.

Le duc de Bourgogne revint en effet dans la capitale, où il fut l’objet d’une espèce d’ovation. Philippe, accompagné de la duchesse de Bedford, s’y réunit le 30 septembre avec le cardinal d’Angleterre et le régent. De nouvelles conférences s’ouvrirent, le 10 octobre, à Saint-Denis, entre Regnault de Chartres 124et le chancelier anglais, évêque de Thérouanne.

Trois jours après, le duc de Bourgogne, lieutenant-général, publia une dernière trêve, conclue dès le 28 septembre, qui comprenait dans l’armistice Paris, Saint-Denis, Vincennes, Charenton et Saint-Cloud1201.

Jean de Lancastre, par un accord amiable, abandonna complètement au duc le gouvernement de Paris et la régence, à l’exception de la Normandie. Bedford partit pour Rouen le 27 et les troupes anglaises évacuèrent la capitale. Mais le duc de Bourgogne y resta le maître au nom d’Henri VI. Puis il retourna (17 octobre) dans son pays de Flandres, pour y recevoir Isabelle de Portugal, avec laquelle il était sur le point de s’unir en troisièmes noces1202.

Le 30 octobre 1429, le roi envoya de Jargeau un message ou ambassade, comme on disait alors, aux bourgeois de Reims. Les commissaires royaux se nommaient Christophe d’Harcourt, Adam de Cambrai, président au Parlement, le sire de Conflans et Pierre Durand, bailli de Châlons. Ils avaient spécialement pour charge de notifier aux bourgeois de Reims les trêves par nous dernièrement prinses avec nostre cousin de Bourgoigne. Ils devaient en outre leur enjoindre d’observer ces trêves et accord, sans y faire faulte, si chier, 125disoit le roy, que vous avez nostre bien et honneur1203.

Vers cette époque Laval au Maine, Torcy, Louviers, Château-Gaillard en Normandie, furent repris par des partisans, au nom du roi de France1204.

La Pucelle, cependant, ne supportait qu’avec impatience l’inertie dans laquelle les favoris de Charles VII avaient replongé ce prince. Jeanne obtint, comme une faveur, l’autorisation de poursuivre la guerre hors du théâtre de l’armistice. Elle quitta la cour, accompagnée du sire d’Albret, lieutenant-général en Berry, et de quelques troupes. Vers les premiers jours de novembre, ayant pris d’assaut la ville de Saint-Pierre-le-Moûtier, elle soumit trois ou quatre places des environs, qui obéissaient au duc de Bourgogne1205.

Après avoir remporté ces avantages, la Pucelle, suivant la logique de ses plans, voulait retourner devant Paris. Les compagnons d’armes que lui avait donnés La Trémoille, la dissuadèrent de ce dessein : ils lui conseillèrent de se porter à La Charité. L’héroïne condescendit, sans le conseil de ses voix, et probablement sans pouvoir faire autrement, aux instances qui pesaient sur elle1206.

Le 9 novembre, Jeanne était à Moulins et se disposait à faire le siège de La Charité. Ce poste, occupé par les Bourguignons, avait pour capitaine un chef de corps francs, très 126redoutable, nommé Perrinet Grasset. Jeanne vint assiéger cette ville le 24. Les ministres du roi abandonnèrent la Pucelle dans le cœur de l’hiver, sans ressources, aux prises avec les difficultés de cette expédition. Jeanne invoqua de nouveau le patriotisme des villes. Elle écrivit aux bourgeois de Riom pour se procurer l’artillerie qui lui manquait. Orléans et Bourges furent mises également à contribution. Mais les secours qu’elle en tira et ses propres efforts demeurèrent impuissants1207.

D’après un écrivain bourguignon, Perrinet Grasset fit retirer les assiégeants, par une merveilleuse finesse. Cagny, de son côté, nous apprend que le siège fut levé pour ce que le roy ne fist finance d’envoyer à la Pucelle, vivres ni argent, pour entretenir sa compaignie. Toujours est-il que Jeanne, à sa grant desplaisance, quitta la place, après un mois de siège sans succès, et en y perdant l’artillerie qu’elle s’était procurée1208.

Ce second échec de La Charité est un des points obscurs que présente la biographie de la Pucelle. Charles d’Albret, qui tenait sous sa main l’héroïne, était frère utérin de La Trémoille… Nous ignorons à l’aide de quelle finesse Perrinet Grasset éloigna la libératrice. Mais nous apprenons, par un document particulier, que le 11 janvier 1430, la ville de Bourges ayant expédié à La Charité treize cents écus d’or, cette dernière place rentra sous l’autorité du roi de France1209.

127Jeanne, au retour ou pendant le cours de cette entreprise infructueuse, fut anoblie, ainsi que sa famille. Les lettres royales qui lui octroyaient cette faveur sont datées de Mehun-sur-Yèvre, en décembre 1429, et contresignées La Trémoille. Les parents de la Pucelle, avec son assentiment, profitèrent de ce privilège, qui les élevait tout à coup de la classe des serfs aux rangs les plus favorisés de la société. Mais quant à l’héroïne elle-même et personnellement, elle n’en tint aucun compte1210.

Fidèle aux grandes idées d’abnégation et de dévouement qui l’animaient, Jeanne, avant de se nantir, elle et sa famille, avait pensé d’abord à l’humble et patriotique village qui l’avait vue naître. Aussitôt après le sacre, elle sollicita et obtint du roi un acte authentique qui affranchît perpétuellement de tout tribut la commune de Greux-Domrémy. Ces lettres furent données à Château-Thierry le 31 juillet 1429. Mais au blason royal qui lui avait été spontanément octroyé le 2 juin, Jeanne préféra toujours les religieux symboles dont elle-même avait décoré sa bannière1211. Jeanne, anoblie par Charles VII, ou par La Trémoille, ne grandissait point devant l’histoire. Celle qui devait verser tout son sang pour son pays, ne songeait point, d’ailleurs, à faire lignée. L’héroïne du quinzième siècle se prononça 128en termes explicites sur cette concession, et protesta qu’elle y était demeurée complètement étrangère1212.

La Pucelle touchait alors, en quelque sorte, à l’apogée de sa carrière. Essayons, à notre tour, de peindre cette admirable physionomie dans la plénitude de son existence.

Le côté le plus extraordinaire et qui domine tout, chez la Pucelle, dès la première vue, est l’aspect religieux. La religion, au quinzième siècle, n’était pas cette abstraction, un peu froide, qui règne parmi les esprits des temps modernes : elle se mêlait à toute chose et se confondait, sans exclusion, avec les réalités quotidiennes. La religion suppléait à la science ; où manquaient les lumières rationnelles, l’imagination et le sentiment y pourvoyaient. De là le rôle si fréquent que joue, dans le monde du moyen âge, le merveilleux, le miracle.

Le miracle, à cette époque, ne répugnait aucunement aux intelligences : il exerçait, au contraire, un attrait universel ; chacun le revendiquait, avec un succès sympathique et mutuel. Le merveilleux et le miracle habitaient donc, au XVe siècle, tous les esprits. Ils se retrouvent dans l’ensemble des témoignages qui nous sont restés sur la Pucelle. La Chronique de la Pucelle, écrite par un des personnages les plus graves, les plus éclairés de son temps, est pleine de merveilleux, de miracle. Le miracle et le merveilleux étaient enfin dans la croyance intime et dans l’âme de la Pucelle, ainsi que dans le milieu qui l’entourait.

129Jeanne, chez qui le bon sens brillait de tant d’éclat, s’abandonnait, avec la puissance des riches natures, à cet autre instinct, à cet autre besoin non moins impérieux de l’âme humaine, le sentiment religieux. Elle s’abreuvait, sans réticence et sans réserve, à cette source abondante que le catholicisme ouvrit, comme une piscine, à ses premiers pas. Elle ne chercha point en dehors de ce paradis tout trouvé. Jeanne d’Arc, avons-nous dit, était assistée d’un conseil qu’elle appelait ses voix. Les témoignages qu’elle nous a laissés sur ce point offrent une netteté, une multiplicité, une invariable persistance, qui ne laissent aucune prise à l’équivoque. Or, comme la sincérité de la déposante s’élève à nos yeux au-dessus de tout soupçon, nous nous soumettons à tenir pour vrai le fait allégué par elle. D’après notre sentiment, la foi de Jeanne, et les circonstances que nous avons dites, suffisent pour rendre compte de ce fait à l’intelligence.

La Pucelle nous apparaît donc comme une femme profondément religieuse et d’une insigne piété, mais nullement comme une mystique et une thaumaturge. Plusieurs saintes ou dévotes, femmes d’église et de couvent, faiseuses de petits miracles, et adonnées à de petites pratiques, précédèrent la Pucelle, ou se manifestèrent en même temps qu’elle. De ce nombre était une nommée Catherine, de La Rochelle, que Jeanne rencontra près d’Orléans, à Jargeau. Sans que l’on mette sur le même rang ces diverses rivales, la Pucelle n’eut, si j’ose ainsi dire, qu’à écarter du pied les moins nobles, pour que la confusion soit demeurée impossible1213.

130La Pucelle ne prophétisait pas en vue de faire signes. Elle ne macérait point ses sens dans une idée de perfection solitaire, ni d’édification mystique. Ses signes, comme elle dit, furent de lever le siège d’Orléans, de faire sacrer le roi à Reims, de restituer la France au livre des nations. Par ce chemin plus rapide et nouveau, elle alla au cœur des masses, et s’acquit une admiration impérissable. Les sentiments qu’elle inspirait se firent jour, à son égard, dans la forme propre au temps où elle vécut. Après la délivrance d’Orléans, un magistrat français écrivait au duc de Milan que le jour où la Pucelle était née dans son village tous les habitants en avaient été avertis. Les coqs, cette nuit-là, comme des hérauts de bonne nouvelle, se mirent à chanter avec une allégresse inaccoutumée1214.

Quand elle était jeune, ajoute-t-il, et qu’elle faisait paître les agneaux de ses parents, jamais une de ses bêtes ne périt. D’autres disaient que quand elle estoit bien petite et qu’elle gardoit ses brebis, les oiseauls des bois et des champs, quand les appeloit, venoient mangier son pain dans son giron, comme privés. Ce sont là de nouvelles paraphrases sur les propriétés de la licorne et de la vierge. Après la bataille de Patay, on vit en Poitou des hommes armés de toutes pièces, chevaucher dans l’aer, sur ung grand cheval blanc… Tout le pays de Bretaigne en fut espaventé, car le duc naguères avait fait serment aux Anglois. Le roi a envoyé devers l’évêque de Luçon pour sçavoir la vérité de cette besoigne1215.

131Jeanne entretenait autour d’elle des clercs occupés à une correspondance étendue. On en peut juger par les lettres d’elle, qui nous sont restées. Bonne de Milan, mariée à un simple gentilhomme de sa cousine Isabeau de Bavière, se voyait frustrée des droits qu’elle prétendait à la riche succession des Visconti. L’héritière se pourvut, par une requête, auprès de dame Jehanne la Pucelle, afin que celle-ci lui fît rendre son patrimoine. Le comte d’Armagnac était engagé dans de graves démêlés avec le pape Martin V. Bien que le schisme fût presque éteint, Jean d’Armagnac voulait se soustraire à l’obédience de Rome. Le comte désirait obtenir de la Pucelle une consultation publique et dont il espérait tirer profit. Donc, il lui demanda auquel des trois papes Benoît, Clément ou Martin, l’on devait obéir. La lettre du comte lui fut remise au moment où, déjà montée à cheval, elle partait, le 22 août 1429, de Compiègne1216.

Toutes les fois que l’objet de ces demandes rentrait dans le domaine de sa mission, Jeanne y répondait avec une sagesse et une perspicacité admirables. Quant au comte d’Armagnac, elle l’éconduisit très poliment. Jeanne lui fit savoir que quand elle serait à Paris, elle s’occuperait de son affaire et lui répondrait à loisir. Plus d’une consultation put être dérobée à sa complaisance et à sa bonne foi. 132Telle est, incontestablement, la lettre écrite en latin, sous son nom, contre les Hussites1217.

Les poètes principaux du quinzième siècle, Robert Blondel, Alain Chartier, Astesan et plus tard Villon, (ballade des dames du temps jadis), s’émurent de son avènement et le célébrèrent. Gerson la bénit de sa voix mourante. Jacques Gélu, Henri de Gorkum et le docteur allemand, auteur de la Sybilla Francica, témoignèrent en sa faveur par de solennels écrits. Christine de Pizan, poète, femme d’un grand sens et du plus noble caractère, lui consacra, comme Gerson, ses derniers accents1218.

Le bruit de la merveilleuse jeune fille, porté par la voix de la renommée, se répandait jusque chez les Grecs, aux confins de la chrétienté. Dès 1429, on la montrait, peinte, en Allemagne. L’empereur Sigismond, avec le magistrat de Ratisbonne, assista publiquement à cette exhibition. Un fragment de tapisserie, récemment découvert, paraît avoir fait partie d’une série de tableaux analogues. On sait par les accusations de Rouen, que l’enthousiasme public se manifestait en l’honneur de l’héroïne soins la forme du culte religieux. Nous possédons en effet, parmi d’autres preuves comparables, le texte d’une collecte ou prière finale de l’office, dans laquelle son nom figure avec les honneurs qu’on rendait aux saints1219.

133À cette époque, toute personne, recommandée à la haute estime publique par d’éminentes qualités de l’ordre moral, toute personne, vivant, comme on disait, en odeur de sainteté, se voyait adresser de semblables hommages. Jeanne accueillait ces démonstrations avec toute la modestie, tout le bon sens dont elle était capable. À chaque pas, elle combattait ces populaires superstitions et ces naïves idolâtries. Quelquefois elle s’en fâchait, séance tenante, comme d’un excès d’absurdité. Le plus souvent, elle reprenait doucement les délinquants ou délinquantes. À Poitiers, des bonnes femmes lui apportèrent leurs patenôtres et divers objets à toucher. Touchez-les vous-mêmes, leur dit-elle, ils en vaudront tout autant. Lorsque les habitants de Troyes lui ouvrirent leurs portes, certains soupçons restaient dans l’esprit de quelques-uns : Jeanne venait-elle de par Dieu ou de par le diable ? Tel était le doute dont ils étaient encore agités. Le cordelier négociateur, Frère Richard, se chargea de calmer ces derniers scrupules. Le jour où la Pucelle franchit l’entrée de la ville, Richard se présenta publiquement devant la libératrice, multipliant les signes de croix et jetant en l’air de l’eau bénite. Jeanne, par ce moyen, devait être exorcisée en tant que de besoin. La Pucelle dit alors dans son lorrain natal : Approchez hardiment, je ne me envouleray point1220.

Plusieurs historiens se sont enquis avec un zèle extrême, des conditions physiologiques, dans lesquelles vécut la 134Pucelle. À défaut de la personne, ils ont fouillé les textes. Ces auteurs ont recommencé, après la reine de Sicile, un genre d’investigation pour lequel ils ne présentaient ni l’excuse d’être du quinzième siècle, ni la qualité de matrones. Moins favorables en leur verdict que le jury féminin de Chinon, ils déclarent que Jeanne ne jouissait pas de tous les attributs de la santé. Ils ont même reconnu que l’héroïne avait puisé, dans je ne sais quel état pathologique la puissance supérieure dont elle fut douée.

Cette étrange conclusion, nous le savons, n’est point un fait isolé. Certains physiologistes, et ceux-là médecins, ont étendu de nos jours cette doctrine. Renouvelant un vieux paradoxe, ils ont affirmé que Socrate, ainsi qu’Homère, étaient fous. Suivant eux, les chefs-d’œuvre de l’esprit, humain sont le fruit de la phlegmasie. D’autres réfuteront et ont réfuté ces exagérations, avec une autorité à laquelle nous ne saurions prétendre1221.

Nous oserons toutefois protester, sinon de par la science, du moins au nom de l’histoire et du sens commun, contre de semblables égarements. Non, l’insalubrité n’est point une condition de l’héroïsme, ni la source du génie. Phidias et les Grecs ont jugé la thèse, il y a deux mille ans. Le beau est la splendeur du vrai. Sur le front du Jupiter Olympien, l’œil humain verra rayonner à jamais, dans la règle et l’harmonie de la forme, la règle et l’harmonie de l’intelligence.

Pour ce qui touche Jeanne d’Arc en particulier, nous ne 135suivrons même pas nos contradicteurs sur le terrain où ils se sont placés. Nous ne le ferons point, par respect pour le lecteur et pour la dignité humaine. Qu’il nous suffise et qu’il nous soit permis de le dire : les même textes, étudiés avec soin, n’ont nullement justifié à nos yeux les bizarres conclusions que l’on en a tirées. Jeanne, d’après la lettre intelligible de ces documents, vécut au physique ainsi qu’au moral, dans la plénitude des facultés que la nature ou la Providence ont données aux personnes de son sexe, y compris… la santé.

Aucune grâce extérieure ne manquait à cette femme élue, riche, entre toutes, par les dons de l’âme. Jeanne avait conscience des poétiques honneurs que les croyances de son temps attribuaient à son titre de vierge. Elle n’ignorait pas le pouvoir moral que ce titre lui conférait. Que lui importait d’ailleurs le roman vulgaire de la femme ? Son sublime regard avait lu dans le ciel une plus austère et plus haute destinée. Jeanne voua sa virginité, comme sa vie, non pas à une idée d’ascète, mais à sa patrie. Que l’on joigne à ces grands desseins le sentiment de la pudeur naturelle, la dignité de la personne, et nous en aurons assez dit sur ce point, où il ne convient pas d’insister.

Jeanne, bien loin des maussades rigueurs d’un ascète, portait, épanoui sur son allègre visage, le sourire de ses vingt ans. Avenante et gracieuse pour chacun, elle réconfortait les gens du peuple, entrait dans tous leurs sentiments, qu’elle avait connus. Elle se faisait sociable, secourable, aux plus humbles, aux plus petits. Jeanne recherchait néanmoins la compagnie des nobles et se plaisait aux relations polies. Elle avait comme toutes les jeunes 136femmes, le goût inné de l’élégance, et n’attendit point, pour le manifester, des lettres d’anoblissement1222.

Son état, ou train de maison, était celui d’une comtesse, ou mieux d’un comte. Cet état comprenait un maître d’hôtel, un écuyer, un aumônier, plusieurs chapelains, des secrétaires, des pages, des valets de chambre, de pied, etc. : attribut naturel des fonctions qu’elle remplissait. Elle se plaisait aux riches vêtements, aux belles armes, aux chevaux de prix. Les textes permettent de suivre la série de plus en plus élégante des costumes qu’elle revêtit successivement. À Vaucouleurs, elle quitta ses pauvres habits de paysanne. Dès lors, elle ne porta plus que le costume d’homme, condition nécessaire de sa masculine mission. La femme reparut peu à peu dans le choix des étoffes, dans le luxe et la grâce de l’ajustement. Elle portait volontiers des robes à la mode des gentilshommes, des robes de soie brochée ou de drap d’or, enrichies de fourrures1223.

Toute jeune, elle s’était exercée à monter les chevaux et, dit-on, au maniement des armes. Lorsqu’elle vint à Chinon, le duc d’Alençon la vit dans la prairie courir à cheval une lance : il fut si charmé de sa bonne mine qu’il lui donna un coursier ; ainsi leur amitié commença. 137En 1430, Jeanne avait à son service quinze chevaux de diverses qualités1224.

Nous avons vu la Pucelle employer, à Tours, le peintre du roi, qui peignit ses bannières : ce peintre avait une fille déjà grande et nommée Héliote ; Jeanne protégea Héliote, qui se maria en 1430. La Pucelle était alors à la cour. Elle écrivit à la municipalité Tourangelle d’allouer sur les fonds de la ville, à titre de libéralité, une somme de cent écus en faveur de la jeune fiancée, pour sa corbeille. La ville, attendu son extrême pénurie, n’alloua pas cette dépense. Mais elle pourvut au festin nuptial et le magistrat assista officiellement à cette noce, pour l’amour et l’honneur de ladite Pucelle1225.

Nous ne voulons point appuyer outre mesure sur ces légers traits. Le côté mondain de la Pucelle, négligé ou méconnu généralement, est un des aspects vrais de cette figure, qui appartient tout entière à l’histoire. De tels détails, à un autre titre, méritaient encore d’être notés. Ce luxe innocent de la jeune fille, comme on le verra bientôt, lui fut imputé à crime. Le lecteur, désormais, appréciera les faits qui servirent odieusement de prétexte à une semblable accusation.

Jeanne, pendant les loisirs forcés que lui faisaient les gouverneurs du roi, tenait ses yeux fixement tournés vers la capitale. Bien rassuré sur ces conseillers, Philippe le Bon avait quitté Paris le 17 octobre 1429, sans même y 138laisser de garnison. Les populations de la Champagne, en voyant le roi reprendre le chemin de la Touraine, étaient stupéfaites. Nous avons encore la correspondance qui s’établit, à cette occasion, entre la ville de Reims et le gouvernement de Charles VII1226.

Diverses lettres, écrites par cette ville, du 3 août au 5 septembre, témoignent au roi la douleur que fait concevoir à ses habitants une telle conduite. Ils représentent que l’ennemi est fort et que la retraite subite du roi expose inopinément les Rémois à tous les périls. Ils se plaignent que les gens de Poton de Xaintrailles recommencent, à leurs portes, les pilleries.

Charles VII ou son conseil, au moment où ce prince retournait vers les bords de la Loire, promettait à Philippe le Bon de lui donner en apanage les comtés de Champagne et de Brie. Mais pendant que les conseillers du prince négociaient sur ce point, le gouvernement anglais les gagna de vitesse1227.

Par lettres datées du 8 mars 1430, en nostre manoir de Elcham, Henri VI, roi de France et d’Angleterre, donne à Philippe le Bon, en fief, les comtés de Champagne et de Brie. Cet octroi fut accompagné d’un autre don de 12,500 marcs ou livres anglaises. Une délibération spéciale du conseil privé, datée du lendemain 9, ordonna que cette somme, nonobstant la pénurie du 139trésor, serait immédiatement réunie et portée au duc en sa ville d’Arras, ou ailleurs1228.

La dernière trêve jurée n’expirait qu’à Pâques, 15 avril. Néanmoins, le duc de Bourgogne rouvrit immédiatement les hostilités contre Charles VII.

Reims fut de nouveau menacé, ainsi que diverses autres places de Champagne et de Picardie. À la date du 15 mars, le conseil de cette ville s’adresse, par une pressante dépêche, au comte de Vendôme et au chancelier-archevêque. Il leur mande que l’approche de Jean de Luxembourg est signalée. Douze jours après, 27, le capitaine de Reims avait fui, muni d’un sauf-conduit délivré par le duc de Bourgogne. Les habitants écrivaient au lieutenant-général pour faire arrêter le fugitif.

Instruite de ces faits, la Pucelle brisa sa chaîne. Depuis un mois, elle habitait avec le roi le château-fort de Sully, résidence féodale de La Trémoille. Du 29 au 31, elle partit, mais cette fois sans prendre même congé du roi. Elle partit comme un prisonnier, qui s’échappe et qui se rachète lui-même, d’une injuste ou tyrannique captivité1229.

Du 1er au 16 avril, deux à trois cents Picards, soldats de Philippe le Bon, sortirent de Rouen et vinrent se loger, près cette ville, à Saint-Denis-le-Thiboult. Des Français les surprirent la nuit et les mirent à mort, presque jusqu’au dernier. Paris lui-même, toujours frémissant, 140s’agitait de nouveau. Vers les premiers jours de mars, une nouvelle conspiration s’ourdit entre des bourgeois de la capitale et des Français venus du dehors1230.

Dans ces entrevues secrètes, divers plans furent proposés. Sous peu de jours, des Écossais devaient se présenter à l’une des portes de la capitale. Ces étrangers, portant le costume anglais et la croix de Saint-André, amèneraient du bétail et de la marée. Pendant qu’ils se feraient ouvrir les portes, à titre de marchands, un gros de soldats embusqués dans la banlieue, fondrait sur la ville, et y pénétrerait à force ouverte. Durant le même temps, des affidés devaient ameuter le peuple, à la place Baudoyer, lire publiquement des lettres d’abolition et soulever la ville en faveur du roi Charles1231.

Cette conspiration comptait dans son sein des membres du parlement, du Châtelet ; des marchands, et autres gens de toute classe. Les conjurés du dedans communiquaient avec ceux du dehors, par le moyen de lettres que portait, des uns aux autres, Pierre Dallée, religieux mendiant de l’ordre des Carmes. Un nommé Jean de Calais vendit le complot à la police anglaise. Au jour dit, les assaillants de l’extérieur arrivèrent à leur poste et le mouvement militaire fut tenté. Mais le duc de Clarence, lieutenant de Bedford, s’empara des complices, qui devaient, à l’intérieur, provoquer l’insurrection1232.

Pierre Dallée fut mis au brodequin et la torture lui 141arracha de nombreuses dénonciations. On arrêta cent cinquante personnes. Les unes périrent à la question ; d’autres se rachetèrent à prix d’argent ; un certain nombre s’enfuirent. Le 8 avril 1430, Jean de la Chapelle, auditeur en la chambre des comptes et Renaud Savin, procureur au Châtelet, furent écartelés. Jean de Calais, révélateur (et probablement anglais), pour prix de sa délation, obtint l’impunité. Le même jour, Pierre Morand procureur au Châtelet, Jean le Français dit Baudran, Guillaume Perdriau tailleur d’habits et Jean le Rigueur boulanger, furent, pour le même fait, décapités aux Halles. Michel Piau, Jacques Perdriel, absents, furent déclarés bannis. La plupart des conjurés étaient possesseurs d’immeubles importants. Le gouvernement les distribua au bâtard de Clarence et à plusieurs autres de ses affidés1233.

Jeanne, dans les premiers jours d’avril, accourut à Lagny, parce que ceulx de la place fesoient bonne guerre aux Anglois de Paris et ailleurs. La Pucelle signala militairement son retour, par une rencontre, dans laquelle trois à quatre cents Anglais furent taillés en pièces. Elle s’établit d’abord à Lagny, puis à Compiègne ; et, de là, dirigea des excursions armées sur divers points, tels que Senlis, Crépy en Valois, Soissons et autres. Du 8 au 15 avril, elle combattait sous les murs de Melun. Cette ville ne tarda pas à redevenir française1234.

142Le duc Philippe de Bourgogne, instruit de la présence de Jeanne sur les champs, se remit personnellement en campagne. Après avoir célébré les fêtes de Pâques (15 avril) à Péronne, il conduisit la nouvelle duchesse à Montdidier, où il passa quelques jours. Laissant alors Isabelle de Portugal en cette ville, le duc vint mettre le siège, vers le 21 avril, devant Gournay-sur-Aronde. Cette place appartenait au comte de Clermont, beau-frère de Philippe, Elle avait pour capitaine un brave chevalier, gentilhomme du pays, vassal du comte, oncle maternel d’Agnès Sorel, et nommé Tristan de Maignelay. Celui-ci, dépourvu de forces, traita de rendre la place au 1er août suivant, dans le cas où il ne serait point secouru. En même temps, il souscrivit une trêve qui dura jusqu’au terme indiqué1235.

La guerre alors se ranima, dans la zone de l’Île-de-France et pays adjacents, avec toute la rigueur qu’elle avait eue précédemment. Le sire de Montmorency reconquit ou recouvra sa baronnie. Les Armagnacs s’emparèrent (25 avril) de Saint-Maur-les-Fossés. Du reste, c’était toujours, parmi les milices du roi Charles, la même indiscipline. L’un de ses capitaines, Yvon du Puy-du-Fou, au mépris de la trêve encore subsistante, au mépris de la consigne royale, avait envahi la place forte appelée Maizy, entre Laon et Reims. Un autre, Rigaud de Vercel, fit main basse sur Dormans. Tous deux se mirent à ravager le pays de Reims, nouvellement conquis à la cause de Charles VII1236.

143Du 21 avril au 10 mai environ, le duc Philippe s’arrêta pendant une huitaine de jours à Noyon (cette ville était restée bourguignonne) ; et parcourut d’autres points environnants de la Picardie. Jean de Luxembourg et lui, de concert, s’acheminaient à main armée, vers Paris et devaient se rencontrer à Compiègne. Le 8 mai, les habitants de Compiègne envoyèrent de l’artillerie et des munitions au château de Choisy-sur-Aisne ou Choisy-au-Bac, point important qui dominait leur ville1237.

Philippe le Bon vint en effet assiéger ce château, vers le 10 mai 1430. Le samedi 13 may, arriva à Compiègne Jeanne la Pucelle, pour secourir ceux qui estoient assiégez à Choisy. À laquelle on présenta trois pièces de vin, présent qui étoit grand, de prix excessif, et qui fait voir l’estime que l’on faisoit de la valeur de cette vierge. Ainsi s’exprime un historien inédit de la contrée. C’était la coutume au moyen âge, en Picardie, de présenter aux hôtes de distinction le vin de ville. La quantité du présent offert à la Pucelle montre qu’elle était honorée par les habitants à l’égal des têtes couronnées. Le don se rehausse encore ici par le prix de la matière, sous la menace et à la veille d’un siège1238.

Jeanne, cédant sans doute à une autre inspiration que la sienne propre, au lieu de marcher droit à Choisy, fut emmenée vers Soissons. Le programme était d’entrer d’abord dans cette ville, que naguère elle avait rendue 144française, puis de se porter à Choisy, à l’encontre du duc de Bourgogne. La Pucelle sortit de Compiègne accompagnée du chancelier de France et du comte de Vendôme, lieutenant général pour le roi. Arrivés devant Soissons, Guichard de Bournel, institué capitaine par le comte de Clermont, leur refusa l’entrée. Cependant, quand la nuit fut venue, Bournel introduisit dans la place le chancelier, le comte de Vendôme et la Pucelle, avec un petit nombre de gendarmes. Mais le reste de la troupe se vit barrer le passage1239.

Les gentilshommes qui la composaient se dispersèrent entre les rivières de Marne et de Seine. Une partie de ces licenciés, et les principaux, se retirèrent vers Senlis. La Pucelle, ainsi abandonnée, en présence de Regnault de Chartres, retourna d’abord à Compiègne qu’elle traversa de nouveau. Puis elle alla prendre sa demeure, près de Senlis, à Crépy1240.

À peine Jeanne était-elle sortie de Soissons, que le capitaine livra cette ville à Jean de Luxembourg : dont il fit, ajoute Berry, vilainement et contre son honneur. Bournel se rendit ensuite à Choisy et cette place, au lieu de recevoir le renfort de la Pucelle, vit accourir le capitaine de Soissons, pour aider au duc de Bourgogne. Louis de Flavy, lieutenant de Guillaume de Flavy, commandait dans Choisy-sur-Aisne. Cette forteresse ne tarda point à succomber. Philippe le Bon la fit aussitôt démolir et raser jusqu’aux fondements1241.

145Peu de temps auparavant, la Pucelle avait déjà tenté un mouvement analogue. Vers les premiers jours de mai, elle était partie de Compiègne, accompagnée de Poton de Xaintrailles, de Jacques de Chabannes, et autres capitaines, suivis d’environ deux mille combattants. Ils se dirigèrent vers Pont-l’Évêque au passage de l’Oise, gardé par les Anglais. Regnault de Chartres, cette fois, ne faisait point partie de l’expédition. Cette sortie n’eut point de résultat décisif et ne constitua qu’une brillante escarmouche, à l’honneur de l’héroïne1242.

Compiègne était regardé comme une porte essentielle de passage entre l’Île-de-France et la Picardie : le duc Philippe voulait en avoir la clef ; par ce motif, il attachait un très grand prix à la possession de cette riche et belle ville. Les conseillers du roi, pour complaire au duc, lui firent bon marché sur ce point. Compiègne venait de céder à cet élan français, que suscitait partout la Pucelle. Le 18 août 1429, l’autorité de Charles VII y fut reconnue. Aucune cité picarde ne témoigna plus énergiquement sols adhésion au mouvement national : nulle part, la Pucelle n’excita un plus chaleureux enthousiasme. Cependant le 28 du même mois, Jeanne avait à peine mis le pied hors de cette ville, sa nouvelle conquête, que déjà les conseillers du roi offraient Compiègne au duc de Bourgogne1243.

Lorsque Charles VII passa par cette place, les habitants demandèrent au roi, pour capitaine, un personnage militaire du pays, dans lequel ils avaient confiance et qui déjà en remplissait les fonctions. C’était un jeune homme, 146né à Compiègne, et appartenant à l’une des familles les plus considérables de la province. Il se nommait Guillaume de Flavy. Mais La Trémoille, premier ministre du roi de France, se réserva cet office : le gouverneur d’Auxerre se fit nommer aussi (18 août 1429) capitaine de Compiègne. Flavy toutefois fut maintenu comme lieutenant. C’était le prélude de la cession au duc de Bourgogne1244.

Mais, lorsque, peu de jours après, il s’agit de réaliser ce marché, l’opposition vint de la part des habitants. Ils représentèrent au chancelier chargé de négocier la cession : qu’ils étoient les très humbles sujets du roi et désiroient le servir de corps et de bien, mais que, de se commettre audit seigneur duc de Bourgogne, ils ne le pouvoient… Vainement les ordres du ministre succédèrent à ses instances. Les habitants déclarèrent qu’ils étaient résolus de se perdre eulx, leurs femmes et enfans, plutôt que d’estre exposez à la mercy dudit duc1245.

Les conseillers alors firent accepter au duc comme compensation le pont Sainte-Maxence. Mais Philippe le Bon ne renonça point à Compiègne. Le duc offrit à Guillaume de Flavy une grande somme d’argent et un riche mariage, s’il voulait lui livrer cette place. Flavy n’était point un modèle d’honneur et de patriotisme ; néanmoins, il refusa. Philippe le Bon, dans ces circonstances, résolut de s’en emparer par la force des armes1246.

La Trémoille savait très bien que sa propre domination 147toucherait à sa fin, le jour où Charles VII commencerait de régner par lui-même. Dans cette vue, il avait établi, pour les pays d’outre Seine et Loire, le deuxième conseil royal, dont nous avons parlé. C’était simplifier ou diminuer d’autant, quant au jeune roi, la sollicitude et le poids des affaires. Ce conseil, en effet, présidé par Regnault de Chartres, décidait des questions les plus importantes sans même en référer au conseil royal proprement dit, que dirigeait La Trémoille.

Toute autre personne que Jeanne, en se soustrayant au joug du favori, aurait pu songer à mettre à profit cette division des pouvoirs. Mais témoin du vice radical qui déchirait ce gouvernement sans autorité, Jeanne n’avait garde de pousser, elle aussi, à l’anarchie. Bien loin de là, elle vint immédiatement rallier, comme on l’a vu, le vice-roi, Regnault de Chartres. Peu de mois auparavant, ce même chancelier se présentait humblement devant le duc de Bourgogne, en lui prostituant, sans dignité, les offres et les avances les plus impolitiques1247.

Le 19 mars 1430, avant le départ de la Pucelle, le gouvernement royal proprement dit, ou La Trémoille, adressait, de Sully, à la ville de Reims, une première dépêche. Cette lettre, signée : Charles, est une réponse aux appréhensions et aux demandes de secours que les bourgeois de Reims avaient itérativement exprimées. Elle conclut à endormir ces alarmes et à des promesses évasives. Le 6 mai 1430, après le départ de la Pucelle, Regnault de Chartres écrivit aux mêmes correspondants une autre missive, 148bien différente. Celle-ci est signée : par le roi, à la relation du conseil estant à Compiègne1248.

Sans doute, l’évidence des faits les plus récents, le dépit et l’humiliation du diplomate joué, purent contribuer à dessiller tardivement les yeux du chancelier. Mais la présence seule de la Pucelle prouve assez, pour tout esprit clairvoyant, la part que l’histoire, dans ce subit changement de conduite et de langage, doit attribuer à l’influence personnelle de l’héroïne. Jeanne était d’avis qu’il n’y avoit de paix possible avec le duc de Bourgogne, si ce n’est par le bout de la lance. Depuis longtemps, elle luttait pour faire prévaloir cette opinion, contre la politique sans noblesse et contre les fins de non recevoir intéressées des ministres. L’un de ces derniers, Regnault de Chartres, isolé, ne put résister, ostensiblement du moins, à l’ascendant de la conseillère, à qui le langage des événements prêtait d’ailleurs une aussi pressante éloquence1249.

La libératrice, on le voit, n’avait rien perdu des facultés supérieures de son esprit. Son prestige et la paissance de sa renommée étaient toujours immenses.

Le gouvernement anglais comptait beaucoup, pour la 149prospérité de ses affaires, sur l’arrivée en France du jeune Henri VI. Bedford ne cessait de hâter l’embarquement du royal héritier. Au moment de quitter le sol anglais, une résistance, un obstacle inouï se révéla. Les hommes d’armes engagés refusaient de partir : Bedford, pour les y contraindre, dut recourir à un édit spécial. Cet acte public, daté du 3 mai 1430, est dirigé contre les capitaines et soldats réfractaires, qui sont terrifiés par les enchantements de la Pucelle. Le 5 mai, Jean Boucher, chanoine d’Angers, se rendit en pèlerinage à Sainte-Catherine de Fierbois. Ce même jour, après avoir accompli son vœu, il y dit une messe, en l’honneur du roi, de la Pucelle, et de la prospérité du royaume1250.

Le bruit de son approche ranima dans Paris et ailleurs, ces sentiments, de terreur pour les uns, de sympathie enthousiaste chez les autres, qu’elle excitait de toutes parts. Sa foi, son courage, sa gaieté même et son enjouement se conservaient entiers et inaltérables1251.

Et pourtant, une ombre funèbre planait déjà sur ce jeune front. Depuis un an à peine, Jeanne avait pris possession de sa carrière ; c’en était assez pour que ses pieds se fussent heurtés contre le roc et les épines de la réalité humaine. Jeanne n’était plus cet être surhumain, cette vision des premiers jours. La crédulité du quinzième siècle, cette foi si puissante, montrait, comme toute médaille, ici-bas, son revers. Les ennemis de Jeanne aidant, l’héroïne avait perdu en partie cette auréole superstitieuse, 150à laquelle elle n’aspirait pas, mais dont l’affubla tout d’abord l’imagination publique.

Jeanne avait combattu, avait échoué (à La Charité et ailleurs). Jeanne avait souffert, elle avait pleuré, comme tous, et devant tous ! Ses voix l’inspiraient toujours. Devant Melun, aux fêtes de Pâques (15 avril), un pressentiment intime l’avait avertie qu’elle serait prise avant la Saint-Jean (24 juin). À quelle heure et comment ? Elle l’ignorait. Mais à partir de ce moment, elle se rapporta le plus, du fait de la guerre, à la voulenté des capitaines. Or ces capitaines devaient la trahir. L’idée de sa fin, de sa perte, assiégeait son esprit1252.

Depuis le premier jour, ce terme, cette fin, dans l’illumination intérieure, qu’elle voyait, de sa carrière, n’était-il pas le point visuel de la perspective et le dénouement ! Mais la divine messagère avait appris, depuis ce premier jour à connaître le mal, qui est parmi les hommes, l’ingratitude, les embûches. Autour d’elle, la trahison, qui rampait effectivement sous ses pas, se dressait visible pour les yeux de son âme.

À Compiègne, où elle fit successivement divers séjours, Jeanne logeait chez le procureur du roi. Elle partageait la couche de Marie Le Boucher, femme de ce fonctionnaire. Et faisoit souvent relever de son lict ladite Marie, pour aller advertir ledit procureur qu’il se donnât de garde de plusieurs trahisons des Bourguignons. Il faut entendre par ce dernier mot les créatures que le duc de Bourgogne entretenait à Compiègne, et qui, de concert 151avec Regnault de Chartres, tendaient à lui livrer cette ville1253.

Ces créatures, en effet, étaient propres à exciter très sérieusement la vigilance de Jeanne et des véritables amis de la cause nationale. Parmi ces ennemis, nous pouvons citer, comme un premier exemple, Jean Dacier, fanatique partisan des Anglais. Abbé de Saint-Corneille de Compiègne, il fut un des juges qui siégèrent à Rouen et qui condamnèrent la Pucelle1254.

Mais ces nuages passaient sur le front de Jeanne sans en altérer la sérénité.

Le 20 mai 1430, Philippe vint mettre le siège devant Compiègne. Un corps d’auxiliaires anglais se réunit aux troupes ducales, composées de Bourguignons et de Portugais, munis d’artillerie. Jean de Luxembourg, Baudo de Noyelles, les comtes d’Arundel et de Montgomery assistaient le duc, comme lieutenants. Philippe s’établit à Loudun, au nord de Compiègne. Ses capitaines s’échelonnèrent au long de l’Oise avec leurs corps respectifs, à Clairoix, Margny et Venette. Ce dernier poste était occupé 152par les Anglais, au nombre d’un millier d’hommes. Le total des assiégeants s’élevait environ à quatre mille1255.

Dans ce péril, les assiégés s’adressèrent au roi de France. Pierre Crin, l’un des attournés ou gouverneurs de Compiègne, partit ce même jour, pour Jargeau, résidence de Charles VII, et vint réclamer du secours. Par ordre du roi ou de son conseil, le bâtard d’Orléans fut chargé de satisfaire à cette demande. Le bâtard se mit en route immédiatement et s’avança jusqu’à Crépy. De là, il dirigea sur Compiègne un lieutenant nommé Jamet ou Jacques du Tillay, avec soixante-dix hommes pour la garde et défense de la ville1256 !

En recevant cette aide dérisoire, les assiégés invoquèrent l’assistance de la Pucelle.

Le mercredi 24 mai 14301257, veille de l’Ascension, Jeanne partit également de Crépy en Valois dès le plus grand matin, à l’heure de minuit. Elle avait avec elle de trois à quatre cents combattants. On lui représenta que c’était bien peu de forces, pour traverser de nombreux assiégeants. Par mon martin, dit-elle, nous suymes (nous sommes) assez ; je iray voir mes bons amis de Compiègne. Elle arriva, vers le soleil levant, sans encombre, et pénétra dans la ville. Là, d’après une tradition locale, qui subsiste encore et qui s’accorde avec les documents écrits, elle se rendit le matin à la paroisse de Saint-Jacques, pour y 153faire, à la vigile de cette grande fête, ses dévotions1258.

Toute la jeunesse de la ville, cent à six-vingts enfants, et d’autres personnes se pressaient dans l’église, attirés par sa présence. Après la messe qu’elle avait fait dire, et après avoir communié, elle se retira près de l’un des piliers. Puis, elle dit à ceux qui l’approchaient : Mes enfants et chers amys, je vous signifie que l’on m’a vendue et trahie, et que de brief seray livrée à mort. Si, vous supplie que vous priez Dieu pour moy1259

Vers le déclin du jour, Jeanne prit avec elle sa compagnie de gardes, commandée par le lieutenant, nommé Barette, et d’autres compagnons d’armes, jusqu’au nombre d’environ 500 hommes. Un boulevard ou redoute, avec barrière, avait été construit, en tête du pont, qui menait à la chaussée, hors de la ville. Guillaume de Flavy mit cet ouvrage en état de défense et fit préparer sur l’Oise des bateaux, propres à favoriser également, au retour, la rentrée des troupes. Quant à lui, il resta dans Compiègne1260.

Toutes les portes de la ville demeurèrent fermées, à l’exception de celle du pont. Jeanne se dirigea vers Margny, par cette issue, qui resta ouverte pendant toute la durée de l’action. Il était environ cinq heures du soir. Le plan de la Pucelle était de se porter d’abord à Margny, où se tenait le maréchal bourguignon. Flavy, d’après ces conventions, devait suffire, avec la disposition des lieux, pour tenir en respect les Anglais à Venette. De Margny, l’expédition 154marcherait sur Clairoix et combattrait le duc de Bourgogne, qui, de Coudun, ne pouvait pas manquer d’accourir. Le premier de ces mouvements s’accomplit avec un entier succès. Le camp de Margny, pris à l’improviste, fut culbuté très brièvement. La lutte s’engagea bientôt avec ceux de Clairoix. Mais les Anglais, durant ce combat, parvinrent à se joindre aux Bourguignons et prirent à revers les Français. La Pucelle, assaillie par un ennemi très supérieur en nombre, ne perdit point un instant son sang-froid1261.

Il n’en fut pas de même de ses soldats. Se voyant pour ainsi dire enveloppée, une partie de la troupe dit à la Pucelle : Mettez peine de recouvrer la ville, ou vous et nous, sommes perdus ! La Pucelle leur répondit : Taisez-vous, il ne tiendra qu’à vous qu’ils ne soient déconfis. Ne pensez que de férir sur eux ! Mais vainement. Elle fut refoulée et violemment entraînée du côté du pont. Toutes les forces des assiégeants, accumulées, se réunirent vers le même point. Jeanne et ses plus dévoués soldats supportèrent avec héroïsme le poids de cette presse, en retardant pied à pied le mouvement de retraite1262.

Dans ce tumulte, le boulevard et les barrières se trouvèrent forcés. Les piétons qui faisaient partie de l’expédition se jetèrent dans les barques et regagnèrent la ville. Mais Flavy, au moment où l’ennemi se précipitait en masse devant l’entrée de Compiègne, donna ordre de lever le pont et de baisser la herse. La retraite manqua désormais à l’héroïne. Pendant quelque temps, elle lutta comme une 155lionne. Mais elle trouva bientôt le terme d’une résistance impossible1263.

Les efforts et l’universelle préoccupation de cette armée se dirigeaient vers elle et tendaient à s’emparer de sa personne. Jeanne portait sur son harnois un riche surtout ou tabard de soie rouge. Désignée de la sorte à tous les yeux, elle se vit traquée comme une proie, puis harcelée par autant de bras qu’il s’en pouvait réunir autour de son cheval. Un archer picard, redde homme et bien aigre, la saisit par son vêtement d’étoffe, et la renversa ainsi sur le sol. Les efforts de ses gens, qui toujours l’entouraient, ne parvinrent point à la remonter. Cinq ou six ennemis à la fois lui demandèrent de se rendre.

L’un d’eux, nommé le bâtard de Wandonne, la pressa le plus vivement. Wandonne lui criait qu’elle se rendît à lui de préférence et lui donnât sa foi, attendu sa qualité de gentilhomme. Jeanne répondit : J’ai juré et donné ma foi à autre qu’à vous (c’est-à-dire à Dieu ou à Charles VII), et je lui en tiendrai mon serment ! Ce bâtard était un lieutenant, de Jean de Luxembourg : il se saisit de la prisonnière et la conduisit au comte Jean ; la Pucelle demeura sous la garde de ce dernier1264.

Jeanne d’Arc, on n’en saurait douter actuellement, fut trahie et livrée par Guillaume de Flavy1265.

156Le capitaine de Compiègne ne pouvait être, pour la Pucelle, qu’un ami, ou un ennemi. Dans cette conjoncture, à l’égard d’une telle héroïne, l’indifférence, l’oubli, l’incurie est l’hypothèse la plus inadmissible. Si Flavy eût été l’ami de la Pucelle, il lui aurait laissé ouverte la porte de Compiègne ; car il s’agissait, pour Jeanne, du péril évident de sa personne. Or, Flavy devait sauver Jeanne, même au risque d’introduire avec elle les assiégeants dans la ville. Flavy était-il donc l’ennemi de Jeanne ? Examinons. Blanche de Nelle, veuve de Raoul de Flavy, épousa Hector père de Renaud de Chartres, chancelier de France. Guillaume de Flavy, capitaine de Compiègne, proche parent de Raoul, naquit vers 1395 : il fut le pupille et l’élève du chancelier, qui le lança dans la carrière. La famille de Chartres et la famille de Flavy possédaient en commun divers biens et seigneuries sis sur le territoire de Compiègne. Tels étaient les liens qui rattachaient entre eux Guillaume de Flavy et Regnault de Chartres1266.

Guillaume de Flavy était un agent et affidé de La Trémoille ; Regnault de Chartres le lui avait donné. En 1427, Flavy remplit, sous les ordres de La Trémoille, une mission politique, secrète et confidentielle, auprès du comte de Foix et de Champeaux, dans le Languedoc. En 1428, il fut capitaine de Beaumont-en-Argonne. En 1429, lieutenant 157de La Trémoille, et de sa compagnie, on le trouve au nombre des chefs de guerre triés, qui prirent part à la campagne du Sacre. En mai 1430, La Trémoille était capitaine titulaire de Compiègne, et Flavy son lieutenant. Tels sont les rapports qui liaient Flavy à La Trémoille1267.

Qu’on se rappelle maintenant la suite et l’enchaînement des faits : échec de la Pucelle devant Paris ; échec devant La Charité ; échec devant Soissons ; échec final devant Compiègne. Une seule main préside à ces quatre actes : c’est la main de La Trémoille. Devant Paris, La Trémoille était présent en personne. Devant La Charité, il était présent en la personne de son frère et son lieutenant, Charles d’Albret. Devant Soissons, il était présent en la personne de son alter ego, Regnault de Chartres. Devant Compiègne, il était présent en la personne de son lieutenant Guillaume de Flavy, que surveillait immédiatement Regnault de Chartres.

Jeanne avait annoncé, le matin, qu’elle serait trahie. Guillaume ne tarda point à révéler en lui un véritable scélérat, qui mourut chargé de crimes. Trois chroniques contemporaines attestent cette trahison. La Trémoille fut cause de sa prise, dit le chroniqueur de Metz, en parlant de la Pucelle. Elle fut prise, dit la chronique de Normandie ; et ce firent faire par envie les capitaines de France, parce que si aucuns faits d’armes se faisoient, la renommée estoit par tout le monde que la Pucelle les avoit faits. La chronique de Tournai confirme indirectement ce témoignage. Elle attribue la perte finale de 158l’héroïne, à l’envie des capitaines de France, avec la faveur que aulcuns du conseil du roi avoient à Philippe, duc de Bourgogne et à Messire Jehan de Luxembourg1268.

En 1445, un avocat plaidant contre Guillaume de Flavy, lui reprocha publiquement ce crime, en plein parlement, et ne fut point démenti1269.

159Chapitre V
Jeanne d’Arc : depuis la prise de la Pucelle jusqu’à l’ouverture des débats (24 mai 1430 – 3 janvier 1431).

La prise de la Pucelle fit éclater, parmi les Bourguignons et Anglais, des transports de joie. Ce soir même, (24 mai 1430), Philippe le Bon expédia en toute hâte des courriers pour mander cette nouvelle à Lille, à Saint-Quentin, à toutes ses bonnes villes, et jusqu’à la cour de Bretagne. Jean de Luxembourg, par son frère, chancelier de France, se chargea d’en informer Paris et les Anglais1270.

À Tours, un deuil public accueillit l’annonce de cet événement1271. Regnault de Chartres en instruisit officiellement les habitants de Reims. Le texte original de sa correspondance ne subsiste plus. Mais nous possédons l’analyse authentique de trois dépêches qu’il adressa successivement, de 1430 à la fin de 1439, sur ce sujet, à la ville du sacre. Le texte de cette analyse appartient à l’histoire.

1° L’archevesque de Reims, chancelier, donne advis de la prise de Jehanne la Pucelle devant Compiègne et comme elle ne vouloit croire conseil ; ains faisoit tout son plaisir ; — 2° qu’il estoit venu vers le roy ung jeune pastour, gardeur de brebys des montaignes de Gévaudan, en l’évesché de Mande, lequel disoit ne plus 160ne moines qu’avoit faict la Pucelle et qu’il avoit commandement de Dieu d’aller avec les gens du roy et que, sans faulte, les anglois et bourguignons seroient desconfits. — 3° Et sur ce qu’on lui dit que les anglois avoient faict mourir Jehanne la Pucelle, il respondit que tant plus il leur en mescherroit et que Dieu avoit souffert prendre Jehanne la Pucelle, pour ce qu’elle s’étoit constituée en orgueil, et pour les habits qu’elle avoit pris et qu’elle n’avoit faict ce que Dieu luy avoit commandé, ains faict sa volonté1272.

Ce document couronne l’œuvre et l’explique. Deux hommes furent les principaux acteurs de cette longue machination, ourdie contre la Pucelle. Le premier, Regnault de Chartres, était né vers 1380, d’un père attaché à la cause du dauphin. Regnault suivit héréditairement ce parti il y chercha fortune et entra dans la politique par la porte de l’Église. En 1402, déjà chanoine, déjà doyen de Saint-Pierre de Beauvais, le futur cardinal fut condamné avec son frère Pierre de Chartres, pour quelque insulte faite au bailli de l’évêque de Beauvais. Nonobstant cet écart de jeunesse, Regnault devint peu après camérier du pape, puis évêque de Beauvais (1414)1273.

Il n’accepta pas ce simple siège et fut bientôt transféré à l’archevêché, duché-pairie, de Reims. Prélat de hasard, au surplus, jamais il n’exerça le ministère pastoral. La toge du chancelier couvrit toujours, à ses propres yeux, la robe de l’archevêque. Banni de sa métropole avant d’en avoir pris possession, les Anglais, aussitôt qu’ils 161furent maîtres de Reims, saisirent le temporel du métropolitain. De. 1415 à 1428, Regnault de Chartres fut successivement président des comptes et lieutenant civil ou commissaire général en Languedoc. Il remplit aussi, durant cette période, une suite de missions. Le résultat le plus notable de ces ambassades fut de développer chez l’ambassadeur une extrême confiance dans ses propres talents diplomatiques1274.

Regnault conserva opiniâtrement cette spécialité, lorsque Charles VII le nomma, pour la deuxième fois, garde des sceaux, le 8 novembre 1428. Il s’adjoignit ainsi au gouvernement de La Trémoille. De perpétuelles négociations avec le duc de Bourgogne fournirent, comme on l’a vu, à son activité une longue et ample carrière. Lors de la venue de la Pucelle, un second rôle paraît avoir été dévolu à Regnault de Chartres. La conduite, le caractère, les actes de l’héroïne bouleversaient et ruinaient de fond en comble la politique des favoris. Regnault de Chartres, instrument du premier ministre, fut auprès de Jeanne l’œil et la main de La Trémoille.

À chacun de ses pas, désormais, la libératrice rencontra, soit dans la personne de quelque capitaine, ou autre fonctionnaire subordonné, soit dans le chancelier lui-même, une malveillance polie et déguisée, mais constante. Cet emploi vis-à-vis de la Pucelle avait néanmoins ses épines, si ce n’est ses dangers. À Troyes, par exemple, où le chancelier de France et la fille des champs se firent écouter successivement du conseil, l’avantage ne demeura point 162au premier. L’archevêque de Reims désespérait de la campagne et voulait fuir : peu de jours après, Jeanne le réintégra dans sa métropole et dans son temporel. Battu et obligé par la Pucelle, Regnault de Chartres rendit à sa bienfaitrice en mauvais vouloir, en haine dissimulée, tout ce qu’il lui devait d’affection et de reconnaissance. Jamais Regnault de Chartres ne témoigna, pour faire honneur à l’héroïne, des égards plus démonstratifs que lors de sa dernière campagne : la veille, pour ainsi dire (fin mars 1430), Jeanne venait de rompre en visière vis-à-vis de La Trémoille ; le lendemain (24 mai), elle tombait à Compiègne. Jeanne une fois victime de ces périls, qu’on lui voyait courir avec une secrète délectation, il n’y avait plus qu’à la désavouer de nouveau et pour toujours. Regnault de Chartres jeta le masque dans sa correspondance avec les Rémois.

Georges de La Trémoille, que nous devons peindre maintenant à son tour, naquit vers 1385. Son père Guy V de La Trémoille dut sa fortune, presque subite, à Philippe le Hardi, père de Jean sans Peur. Guy fonda ainsi sa maison. Le duc fit nommer Guy, porte-oriflamme de France et lui donna pour femme Marie de Sully, veuve d’un prince du sang. Georges, en 1417, était encore premier chambellan du duc de Bourgogne1275.

Nous avons dit par quelles circonstances Georges passa de Jean sans Peur au dauphin. Le lecteur sait aussi comment La Trémoille supplanta le sire de Giac au gouvernement. Georges de La Trémoille avait, comme son 163père, épousé en premières noces une princesse du sang royal. Il s’allia, le 16 novembre 1416, à Jeanne, comtesse de Boulogne et d’Auvergne, veuve de Jean duc de Berry. À peine le mariage accompli, Georges voulut s’emparer des deux comtés. Il accabla de mauvais traitements la princesse et la renvoya sans asile ; Jeanne mourut de douleur en 1423. C’est ainsi que Georges, devenu veuf, put épouser, en 1427, une seconde héritière : Catherine de l’Île-Bouchard, veuve de Giac1276.

On a vu comment La Trémoille écarta le connétable et le comte de Pardiac. Gilbert de La Fayette, le vainqueur de Baugé, s’acquit aussi un rang des plus honorables. En 1423, Gilbert, par ordre du roi, combattit en Auvergne, La Trémoille, qui voulait frustrer à force ouverte de cette succession les héritiers de la comtesse Jeanne. La Trémoille, devenu ministre, persécuta La Fayette. Il le chassa de la cour, lui retira son emploi de maréchal et l’exclut de la campagne du sacre1277.

La situation politique du royaume, si désastreuse qu’elle fût, n’avait point, pour La Trémoille, d’extrémité sans remède. Au mois de septembre 1428, les Anglais pénétrèrent en Touraine et s’emparèrent du château de Sully. Mais La Trémoille, baron de Sully, avait su se ménager des intelligences. Jean de Jonvelle, son frère, fut nommé capitaine de ce manoir, qui demeura intact. Bien plus : le siège d’Orléans durant, ceux de Sully avitailloient les Anglois de ce qui leur estoit possible1278. Tant que Charles VII 164conserverait, avec sa couronne, un trésor royal ; tant qu’il resterait en France une province à pressurer, La Trémoille pouvait maintenir la position qu’exigeaient son orgueil et son opulence. Charles VII détrôné, les Anglais eux-mêmes ne régnaient en France que par la grâce de Philippe le Bon. Aussi, volontairement, le premier ministre ne brûla-t-il jamais ses vaisseaux du côté de la Bourgogne.

Georges de La Trémoille, préteur sur gages, maître des finances royales et seigneur d’immenses domaines, ne se bornait pas à pressurer les contribuables, sujets du roi, ou les siens propres. Suivant l’antique tradition féodale, il les pillait. Le château de Sully était le chef-lieu général où se conservaient ses prises et la résidence principale de ses gens de main. C’est là que le premier ministre donna l’hospitalité au roi et à la Pucelle. C’est de là que cette dernière s’échappa en mars 14301279.

Comme homme d’État, deux idées fixes et d’une évidente fausseté résument toute la politique de La Trémoille. L’une consistait à négocier sans cesse et à tout prix, vis-à-vis du duc de Bourgogne. L’autre était de combattre les Anglais, à l’aide de troupes mercenaires et étrangères. La Pucelle offrait pour ainsi dire l’antithèse vivante de ce double système. En avril 1429, elle avait été présentée depuis un mois, lorsque La Trémoille s’adressa au roi d’Aragon pour défendre la France. Alphonse le Sage 165exigea, en échange, une partie du Languedoc. Il se déclara d’ailleurs dans l’impossibilité d’obtempérer immédiatement à cette requête. La Trémoille se vit alors contraint d’accepter ou de tolérer la Pucelle1280.

Jeanne avait été prise devant le boulevard de Compiègne. De là, elle fut conduite à Margny. Philippe, informé de l’événement, accourut aussitôt pour la visiter. Le duc eut avec l’héroïne un entretien peu digne de l’histoire ; car Monstrelet, son chroniqueur, était présent, et déclare, dans ses mémoires, qu’il n’en a pas gardé le souvenir. La Pucelle fut ensuite livrée à Jean de Luxembourg, devenu ainsi le véritable arbitre non seulement de sa liberté, mais de sa mort ou de sa vie1281.

Jean de Luxembourg est ce même capitaine, héros perpétuel et patron de Monstrelet, qui lui a pour ainsi dire consacré toutes les pages de sa Chronique. Il portait un des plus grands noms du moyen âge. La tige des Luxembourg, vieille comme Charlemagne, s’étendait à travers l’empire d’Occident, jusqu’à la Bohême et la Hongrie. Partout elle s’unissait à des maisons souveraines. Six reines, une impératrice, quatre rois de Hongrie et de Bohême, autant d’empereurs, ont fait retentir ce nom dans le monde. Le cardinal Pierre de Luxembourg, oncle de Jean, était mort en 1387, salué du titre de bienheureux par l’acclamation populaire.

Issu des comtes, puis ducs allemands de Luxembourg, par une branche cadette, Jean de Luxembourg était lui-même un cadet, ou puîné de famille. Né en 1391 et peu 166apanagé, il s’allia au duc de Bourgogne et à l’Angleterre, pour faire la guerre en France. Comme prix de sa coopération, la conquête de ce royaume offrait à son ambition la perspective de quelque grand établissement, personnel et territorial. Il avait débuté, en 1412, sous les ordres de son oncle, Waléran, comte de Saint-Pol et connétable de France. Jean gagna vaillamment sa chevalerie en combattant les Armagnacs. Depuis ce jour, il servit constamment le parti de Bourgogne, perdit un œil au siège d’Allibaudières et reçut mainte autre blessure, témoignage de son incontestable bravoure. Jean sans Peur et Philippe le Bon le firent successivement gouverneur d’Artois, comte de Guise, capitaine général de la Picardie et en tout le premier lieutenant du duc même1282.

À première vue, Pierre Cauchon trouva les mains de Jean de Luxembourg bien puissantes, pour faire passer la proie, qu’il convoitait, de ces mains dans les siennes. Dès le 26 mai 1430, deux jours après l’événement, semblable à l’ennemi qui approche de haut et prudemment un point formidable, il fit mouvoir l’Université de Paris et le vicaire général de l’Inquisition. À la date que nous indiquons et sous la dictée de l’évêque, ces deux corps écrivirent une lettre, non pas à Jean de Luxembourg, mais au duc de Bourgogne, en le requérant de livrer et d’envoyer à Paris la captive1283.

Jean de Luxembourg, bien loin d’accéder à cette invitation circonspecte et détournée, éloigna immédiatement 167Jeanne du camp de Compiègne, où elle était encore. Il l’envoya, sous bonne escorte, dans une de ses places fortes, appelée Beaulieu en Vermandois, à quelque distance au nord de Compiègne. Jeanne y demeura environ deux mois : juin et juillet1284.

Durant ce temps, les malheurs de la guerre et les revers se firent de nouveau sentir pour la France. Le 8 juin, un renfort de troupes anglaises arriva dans Paris. Douze forteresses voisines de la capitale tombèrent au pouvoir des ennemis. Ces derniers construisirent à Saint-Denis une nouvelle tour, qui fut armée le 29 juillet 1430. Château-Gaillard, Aumale, redevinrent anglais. Henri VI, dans le même mois, fit son entrée à Rouen1285.

Le siège des Bourguignons continuait devant Compiègne. Guillaume de Flavy redoublait d’activité, comme pour faire oublier la Pucelle. Le vendredi 26 (mai 1430), fut accordé nourriture à Barette, capitaine des gens de la Pucelle, pour trente-deux hommes d’armes, deux trompettes, deux pages, quarante-huit arbalestriers, et vingt hommes, tant archers que targiers (porteurs de targes ou pavois). Le samedy 27, fut démolie l’église de Saint-Germain au faubourg, pour faciliter la défense de la ville1286.

168Cependant le duc de Bourgogne et Jean de Luxembourg poursuivaient l’attaque avec énergie. Vers le 20 juillet, le boulevard de Compiègne fut enlevé par les assiégeants. Les bourgeois de Reims, menacés de leur côté, aussi bien que ceux de Compiègne, adressaient au roi de fréquents messages, pour réclamer du secours. Les uns et les autres adjuraient surtout le jeune prince de paraître en personne et de marcher1287.

Nous possédons les réponses du gouvernement royal. Charles VII, ou son conseil, écrivit à ses féaux et bienamez de Reims, qu’ils eussent bon courage, que déjà les Écossais étaient en route et que le roi ne tarderait pas à les suivre. Une dépêche ultérieure ajoute que le roi est parti, mais que aucunes menues places qu’il fallait soumettre chemin faisant, ont retardé sa marche. En butte à des périls encore plus pressants, les habitants de Compiègne reçurent de leur côté des assurances toutes semblables. De mai à juillet inclusivement, Charles VII se transporta de Jargeau à Sully ; puis de Sully à Gien : mais il ne marcha point au delà vers Compiègne1288.

Cauchon perdait patience, en voyant que sa prisonnière demeurait aux mains du seigneur de Luxembourg. Jeanne résolut de fuir. Les textes ne nous ont laissé, touchant cet épisode, que des notions d’un laconisme désespérant. Deux pièces de bois, ou de charpente, fournissaient à la captive une issue, par l’intervalle qui les séparait. 169La Pucelle s’introduisit dans cet espace et déjà elle était dehors, prête à enfermer ses gardiens. En ce moment, le portier de la tour survint : l’héroïne fut réintégrée dans sa prison1289.

La date même de ce premier essai d’évasion ne nous est point certifiée d’une manière exacte et précise ; mais sa tentative eut certainement lieu en juillet : soit du 14 au 20, soit du 20 à la fin de ce mois. Le 14 juillet 1430, Pierre Cauchon fit écrire au duc de Bourgogne une nouvelle lettre par l’Université. Dans cette dépêche, l’Université se plaint de ce que sa première missive est demeurée sans réponse. Nous doubtons moult, ajoute cette lettre, que par la faulceté et séduction de l’ennemi d’enfer, par la malice et subtilité de mauvaises personnes, vos ennemis et adversaires, qui mettent toute leur cure, comme l’on dit, à vouloir délivrer icelle femme, par voyes exquises, elle soit mise hors de vostre subjeccion… En conséquence, les auteurs de la lettre supplient et demandent avec de nouvelles instances que la détenue soit, sans plus, de délai, non plus envoyée à Paris, mais remise à l’ordinaire, c’est-à-dire à Pierre Cauchon, évêque de Beauvais1290.

Une dépêche semblable, ou analogue, fut écrite, le même jour, par l’Université, à Jean de Luxembourg. Pierre Cauchon joignit à ces deux épîtres, sous la même date du 14 juillet, une requête et sommation adressées, en son nom propre et collectivement : 1° à Philippe, duc de 170Bourgogne ; 2° à Jean de Luxembourg, et 3° à Lionel de Wandonne. L’évêque expose, dans cette pièce, que Jeanne a été prise sur le territoire de sa juridiction et lui appartient comme juge spirituel. Le roi, néanmoins, dit-il, pour la rémunéracion de ceulx qui l’ont prinse et détenue, veult libéralement leur bailler jusqu’à la somme de six mil francs ; et, pour le dit bâtart qui l’a prince, lui donner et assigner rente, pour soustenir son estat, jusques à deux ou trois cens livres.

À ce premier marché, l’évêque, subsidiairement, ajoute une dernière proposition. Selon les droit, usage et coutume de France, poursuit-il, tout prisonnier de guerre, fût-il roi, dauphin, ou autre prince, peut être racheté au nom du roi (d’Angleterre), moyennant une indemnité fixe de dix mille livres allouées au preneur. Dans le cas où on l’exigerait, et encore bien que la prise d’icelle femme ne soit pareille à celle de roy, etc., l’évêque requiert définitivement que ladite Pucelle lui soit livrée, en baillant seurté de ladite somme de 10,000 francs, pour toutes choses quelconques1291.

Ainsi, Jean de Luxembourg se faisait marchander.

La vie d’un prisonnier de guerre, en général, était sacrée. À part les cas de scélératesse patente et de brigandage qui donnaient lieu à un jugement criminel, non seulement le prisonnier de guerre voyait respecter ses jours, mais il était, pour le vainqueur, un hôte et souvent un frère d’armes1292.

L’intérêt s’unissait à ces sentiments, en faveur ou au 171profit de l’humanité. À la dépouille stérile d’un mort, le chevalier victorieux avait lieu de préférer la productive rançon du captif. Ces considérations, propres à mitiger les rigueurs militaires, étaient devenues surtout plus puissantes depuis que les exploits de Jeanne avaient changé les conditions antérieures de la lutte entre les deux peuples. Les nouveaux prisonniers, que la France faisait à l’Angleterre, lui permettaient d’espérer un échange, pour racheter enfin les illustres combattants d’Azincourt ; et, réciproquement, l’Angleterre devait tendre à s’approvisionner d’une semblable richesse. Donc, la mort de la Pucelle n’était nullement une conséquence nécessaire de sa captivité. Cette conséquence répugnait non seulement aux lois de l’honneur et au droit des gens, mais aux intérêts mêmes de l’Angleterre, entendus suivant la loi, la mesure et la raison1293.

L’acte de Pierre Cauchon fut signifié judiciairement, le jour même de sa date, à Jean de Luxembourg, dans la bastille du duc campé devant Compiègne. Jean de Luxembourg reçut et lut cette pièce en présence du duc et du chancelier de Bourgogne. L’évêque de Beauvais lui-même, présent, appuya, de ses instances orales, cette communication1294.

Jean de Luxembourg ne tint pas plus de compte de la sommation et de l’homélie épiscopales, qu’il n’avait fait de ses précédentes ouvertures. Dans les premiers jours 172d’août, au plus tard, Jeanne fut transférée de Beaulieu à Beaurevoir, dans le Cambrésis. Ce château, qui appartenait également à Jean de Luxembourg, seigneur de Choques et de Beaurevoir, était en même temps la demeure de sa famille1295.

Madame de Beaurevoir ou de Luxembourg, qu’il avait épousée en 1418, s’appelait, de son nom propre, Jeanne de Béthune, vicomtesse de Meaux. À l’époque de la ligue picarde (1424), l’un des conjurés, Regnault de Longueval, fut amené prisonnier à Beaurevoir. Condamné comme les autres, il devait subir le même sort. Mais Jeanne de Béthune, française de naissance et de cœur, intervint auprès de son époux, et, par ses prières, elle sauva la vie au condamné1296.

Jean de Luxembourg avait également près de lui, à Beaurevoir, sa tante, Jeanne de Luxembourg. Témoin des jours anciens, Jeanne avait vu naître ce neveu et le roi Charles : Jeanne de Luxembourg comptait soixante-sept ans d’âge. Elle était la propre sœur du cardinal Saint-Pierre de Luxembourg. C’est elle que le bienheureux faisait la confidente de sa vie intime ; à elle qu’il adressa dit-on, la Diète du salut. Jeanne avait elle-même vécu comme une sainte, au milieu des respects et des honneurs du monde. Elle n’avait point pris d’alliance. Comtesse de 173Ligny, de Saint-Pol, etc., etc., elle s’appelait la damoiselle de Luxembourg. Le sire de Beaurevoir, qu’elle affectionnait avec tendresse, figurait au premier rang de ses héritiers. Jeanne, enfin, survivant seule de sa génération, était l’aïeule, le guide, l’oracle vénéré de la lignée des Luxembourg1297.

Telles furent les deux femmes avec qui la Providence permit que Jeanne la Pucelle se rencontrât dans sa nouvelle demeure. Auprès de ces dames réellement si nobles, la libératrice n’eut qu’à paraître pour se voir, en partie du moins, comprise et appréciée. Les dames de Luxembourg s’émurent, pour elle, d’un bienveillant intérêt. Tout d’abord, les rigueurs de la prison lui furent adoucies par cette compagnie distinguée. Ces dames représentèrent courtoisement à Jeanne un seul point : il leur semblait étrange qu’elle ne revêtit pas, à cette heure, après la lutte des camps, les vêtements de son sexe. Elles lui offrirent des étoffes en pièces, afin que Jeanne en disposât souverainement, selon son gré. L’héroïne le confessa : si quelqu’un, ici-bas, eût pu obtenir d’elle ce sacrifice, elle l’eût fait aux dames de Luxembourg1298.

Cependant, nous savons, par d’intimes circonstances, que la femme, à cette heure même, ne se décelait que trop, pour le repos de sa pudeur, en la personne de la Pucelle. Aymond de Macy, âgé de vingt-quatre ans, écuyer de Jean de Luxembourg, se trouvait alors à Beaurevoir. Il se livra envers Jeanne à une tentative, dont les textes authentiques nous ont conservé le témoignage. La tragédie 174n’avait point, d’ailleurs, atteint sa péripétie. D’ardents projets, pour l’avenir, roulaient encore dans la tête enflammée de la guerrière. Elle ne pouvait pas s’ouvrir de toutes ces choses à ses nobles hôtesses. Jeanne persista donc à garder ses habits d’hommes. Elle répondit à ses bienveillantes compagnes que le temps n’était point encore venu et que Dieu ne lui permettait pas de leur obéir1299.

Jeanne de Luxembourg était la marraine de Charles VII. En 1418, et sur les instances de cette dame, Charles, encore Dauphin, avait activement sollicité en cour de Rome, auprès de Martin V, la canonisation du jeune cardinal. Si Charles VII, en 1430, avait eu des yeux pour voir, un cœur pour sentir, ou l’étincelle d’une royale énergie, les dames de Beaurevoir et la demoiselle de Luxembourg au premier rang étaient des négociatrices toutes-puissantes. Jean de Luxembourg lui-même n’avait-il pas, en août 1429, sollicité, comme ambassadeur de Bourgogne, auprès du roi de France, à Compiègne1300 ?

Jeanne, on l’a vu, devait, aux termes du droit qui régnait alors, posséder personnellement de nombreux prisonniers, tant Bourguignons qu’Anglais. Elle offrait donc ainsi par elle-même à rançon et au centuple. En supposant que le conseil d’Angleterre s’opposât à cet arrangement direct, la diplomatie n’y pouvait-elle pourvoir par quelque combinaison ? Un allié neutre et commun, le duc de Savoie, par exemple, pouvait recevoir Jeanne sous séquestre. 175Évidemment, le succès d’une telle tentative était non seulement possible, mais en quelque sorte immanquable.

Cette tentative, de la part de la couronne, semblait tellement nécessaire et inévitable, que ses ennemis s’en montraient inquiets1301. Jean de Luxembourg surveillait la Pucelle avec un soin extrême. Il craignait chaque jour, que, par quelque subtil expédient, ou autre, la captive s’échappât. Charles VII n’essaya pas le moindre effort. L’eût-il essayé, La Trémoille se fût dressé devant lui comme une invincible barrière. Mais ce qu’un gouvernement, mille fois ingrat, devait faire, Jeanne de Luxembourg eut la gloire de le tenter1302.

Pierre Cauchon ne perdait pas de vue sa victime. Après avoir échoué à Compiègne, il revint à Beaurevoir, obséder, tenter Jean de Luxembourg. Au mois d’août, les États de Normandie avaient voté les dix mille livres, prix du sang. Pendant le cours de septembre, cet impôt fut levé. L’évêque poursuivait ses démarches. Jean de Luxembourg, perplexe, hésitait ; la lutte du bien et du mal agitait sa conscience : Jeanne de Luxembourg intervint.

Apparemment, elle représenta au comte que livrer, pour de l’argent, cette jeune fille, cette héroïne, serait un meurtre d’abord et de plus une ignominie. L’aïeule était prête à comparaître devant Dieu. Elle fit son testament, le 10 septembre 1430, à Beaurevoir. La princesse, moribonde, adjura son neveu de ne pas souiller de cette tache le 176blason des Luxembourg. Elle le requit de ne pas livrer la Pucelle aux Anglais1303.

Cependant, à la fin de septembre, Pierre Cauchon avait cessé de visiter le capitaine de Beaurevoir. Le 20 octobre, ordre du roi d’Angleterre donné à Rouen : il prescrit de rembourser au garde de ses coffres un acompte de nobles, avancé par lui pour offrir et présenter en espèces d’or, monnaie d’Angleterre, ces dix mille livres. Les Anglais faisaient de nouveaux progrès en Picardie. Compiègne, réduit à l’extrémité, dévoré par la famine, allait tomber au pouvoir des assiégeants… Jeanne entendit, avec l’ouïe de son âme exaltée, la voix des femmes et des enfants de Compiègne, qu’elle connaissait, et qui combattaient jusqu’au dernier souffle, pour défendre leur ville. Jeanne, sans doute, se savait vendue déjà. Elle tenta une seconde fois de s’échapper.

Jeanne essaya de fuir, non pas, comme on l’a cru jusqu’ici, en sautant du haut de la plate-forme, mais par les fenêtres, en s’aidant de quelque lien ou support. Cet appui lui manqua et se rompit. Elle tomba grièvement meurtrie, au pied de sa prison, où elle fut réintégrée, puis se guérit1304.

177Cependant, Guillaume de Flavy soutenait le siège de Compiègne. Une partie des troupes bourguignonnes avait été détachée de ce siège pour faire face, dans le pays de Namur, à une attaque concertée des Liégeois. La situation de Compiègne, néanmoins, était toujours très difficile. Au mois d’août, fut envoyé vers le roi Pierre Crin, pour obtenir quelque nombre de gens ; et le 20 du mois, mit ès mains de Jean de Malpart, receveur de la ville, la somme de cent livres tournois, et tant moins de ce (à compte sur) trois cents livres, données par le roy à la ville pour supporter la despense des gens de guerre. Enfin, du 24 au 28 octobre, Compiègne fut délivrée d’une manière subite et inattendue. La population au désespoir tenta une sortie téméraire qui fut couronnée de succès1305.

Ce jour même (24 octobre), l’armée de secours, qui depuis six mois n’arrivait pas, s’approcha de la ville. Louis de Bourbon, comte de Vendôme, avait fini par rallier environ deux mille fûts de lances, ou hommes d’armes. Le matin, il partit de Senlis, où il avait opéré sa jonction avec le maréchal de Boussac. Louis de Bourbon, en quittant Senlis, fit vœu à Notre-Dame de la Pierre, que s’il ravitaillait les assiégés de Compiègne, il fonderait, dans l’église de Senlis, un service perpétuel en l’honneur de cette Vierge. Les Anglais, embusqués aux portes de Compiègne, 178vinrent pour lui barrer le passage, au nombre de trois à quatre mille combattants1306.

La population civile et les femmes prirent en queue le corps de bataille anglo-bourguignon et l’attaquèrent avec une extrême intrépidité. Grâce à cette diversion, le comte de Vendôme traversa l’ennemi, sans dommage sensible pour sa troupe. Il pénétra, suivi de ce notable renfort, jusqu’au sein de la ville. La délivrance de Compiègne fut ainsi décidée1307.

Jean de Luxembourg, depuis peu de temps, était revenu devant Compiègne pour activer le siège en personne. La Pucelle avait prédit à son maître d’hôtel, qui la servait dans sa prison, que Compiègne et les autres places qu’elle avait conquises resteraient à la France. Jean de Luxembourg, vaincu et humilié, fut particulièrement sensible à son insuccès devant cette ville. Il leva le siège, courroucé. Vers ce temps, Jeanne de Luxembourg quitta Beaurevoir. Elle fut transportée à Boulogne, où elle mourut le 13 novembre 1430. Ce fut l’arrêt de la Pucelle. Jeanne était perdue1308.

Le seigneur de Beaurevoir, avantagé par sa tante, recueillait 179une succession litigieuse. La vente de la Pucelle lui aida, sans doute, pour apaiser les réclamations de ses cohéritiers : Louis de Luxembourg, prélat avide et frère de Jean, s’entremit à la consommation du marché. Le 21 novembre 1430, Jeanne était livrée ; elle venait de passer tout récemment dans les mains de l’Angleterre1309.

Jean de Luxembourg se vendait lui-même. Le 2 décembre, il acceptait un nouveau maître et recevait de l’autre main la somme de cinq cents livres pour servir, dans la retenue de l’évêque de Winchester, le cardinal-capitaine des Anglais. Du château de Beaurevoir, Jeanne fut transférée en la ville d’Arras. On l’enferma ensuite au château-fort de Drugy, près de Saint-Riquier, puis au Crotoy1310.

Les lieux qu’on vient de nommer étaient soumis par la force aux Anglais. Mais cette terre avait été le théâtre de luttes glorieuses, soutenues pour la cause de la patrie française. D’illustres morts y avaient déposé leurs os. Ces stations, pour Jeanne d’Arc, étaient celles d’un pèlerinage et presque d’un triomphe. Dans la ville d’Arras, un Écossais lui montra un portrait d’elle qu’il portait, symbole du culte que lui vouaient ses fidèles. Les dames d’Abbeville firent cinq lieues pour aller la visiter comme une sainte. Les hommages et le respect formaient cortège à la captive1311.

180Les Français, à cette époque, occupaient encore çà et là quelques points en Normandie. Ayant de la sorte gagné la lisière du continent, on l’avait soustraite, autant que possible, au contact de la France et à la portée de tout libérateur. Du Crotoy, ses conducteurs la mirent dans une barque et la firent passer en Vimeu. À Saint-Valery, Jeanne prit la mer ; et par la ville d’Eu, puis Dieppe, elle fut conduite à Rouen, la vraie capitale des Anglais1312.

Ainsi, confiée à la mer seule, entre le ciel et l’eau, cette jeune fille traversait l’espace, entourée de gardes. Et pourtant, ses vainqueurs n’étaient point rassurés. Dans leur île d’Angleterre, sur le sol usurpé de la France, ils tremblaient. Le 12 décembre 1430, Humphrey, duc de Gloucester, publiait, à Wyx, un nouvel édit au nom d’Henri VI. Cet édit, signifié aux vicomtes, au constable de Douvres, au garde des Cinq-Ports, sévissait contre les déserteurs que terrifiait la Pucelle1313.

Rouen, nom sombre et sinistre ! Le 28 décembre 1430, Jeanne y était arrivée. À la date de ce jour, Pierre Cauchon se fit donner des lettres de territoire par le chapitre de cette métropole, le siège vacant. Aux termes du droit canonique, cette autorisation était nécessaire pour que l’évêque de Beauvais, expulsé de son diocèse par ses ouailles, pût exercer juridiction sur le territoire normand. Le 3 janvier 1431, 181un ordre royal d’Henri VI remit Jeanne entre les mains de Pierre Cauchon1314.

Vers cette époque, l’héroïne reçut une visite notable. Elle était écrouée depuis peu à Rouen. Jean de Luxembourg, comte de Ligny, qui l’avait vendue, pénétra dans sa prison. Venait-il insulter à sa victime ?… ou peut-être l’image de l’aïeule, naguère ensevelie dans la chapelle funéraire, se dressait devant lui comme un remords et le poussait à cette démarche ?… Il vint accompagné de son frère, le chancelier anglais, et de son écuyer, Aymond de Macy, dont nous avons parlé. Deux lords assistaient aussi à cette entrevue : Richard de Beauchamp, comte de Warwick, gouverneur du roi Henri VI, et Humphrey, comte de Stafford, connétable de France pour le roi d’Angleterre1315.

Le comte de Ligny dit à la captive : Jeanne, je suis venu ici pour vous mettre à finance et traiter de votre rançon. Promettez seulement ici de ne plus porter les armes contre nous. — En nom Dé, répondit Jeanne, capitaine, vous moquez-vous de moi ? Me racheter ! vous n’en avez ni le vouloir ni le pouvoir ; non, vous ne l’avez pas ! Et comme le comte insistait : Je sais bien que ces Anglais me feront mourir ; mais fussent-ils cent mille godons de plus qu’il y en a déjà eu en France, ils n’auront pas le royaume1316 !

À ces mots, lord Stafford tira sa dague à demi du fourreau pour frapper Jeanne1317 ; mais Warwick l’arrêta. 182Ce meurtre eût été plus que le procès : il eût été une faute. Les Anglais ne voulaient pas tuer Jeanne ; il y avait mieux à faire, c’était de la juger.

La scène qu’on vient de rapporter précéda l’ouverture du procès ou fut contemporaine de ses préliminaires.

183Chapitre VI
Jeanne d’Arc : procès de condamnation. Première partie : depuis l’arrivée de la Pucelle à Rouen (décembre 1430 – 21 février 1431).

L’Université de Paris, au quinzième siècle, était en quelque sorte le cerveau de la société française. C’est là que s’élaborait la pensée, l’opinion publique. Gardienne de la foi qui présidait à toute science, elle conservait aussi le dépôt des connaissances acquises. Ses privilèges, ainsi que son prestige, faisaient presque d’elle un second gouvernement et comme un État dans l’État.

À aucune époque, l’Université n’exerça d’influence plus visible, ni plus sérieuse sur les affaires publiques. Au dedans, l’anarchie et les troubles du quatorzième siècle avaient introduit, en même temps, ses docteurs, au sein des conseils du prince et dans le forum populaire. Au dehors, le schisme pontifical, les conciles de Pise et de Constance, leur ouvrirent un théâtre, aussi grand, par son retentissement, que la chrétienté. Les liens de fraternité contractés au sein de l’illustre école survivaient à toutes les séparations. Indépendamment des sympathies de personnes et des vives affections de la jeunesse, le commun enseignement inculquait à tous ces condisciples un fonds indestructible de commune doctrine. Il leur inculquait l’esprit de corps et l’orgueil solidaire d’un glorieux patrimoine. L’Université régnait par là sur tous les esprits, à 184travers les dissensions politiques et les antagonismes les plus prononcés.

Sous le précédent règne, Jean sans Peur et Louis, duc d’Orléans, s’étaient partagé son domaine. Tous deux luttèrent envers le corps et les membres, de prévenances, de caresses et de libéralités. Grâce à cette dernière voie de persuasion, l’un et l’autre avaient rallié à sa cause et placé respectivement dans sa clientèle domestique les docteurs les plus renommés. L’Université, comme le royaume, se divisait en deux camps : le premier sous la bannière d’Armagnac ou d’Orléans, le second sous le drapeau de Bourgogne.

Deux princes avaient donc rivalisé, pour plaire, en apparence, à cette corporation ; mais au fond, pour la dominer. Dans cette lutte, l’avantage et le succès pratique furent toujours du côté bourguignon. Le duc de Bourgogne y consacra tout d’abord le plus de zèle et de sacrifices. De justes griefs, exploités par une ardente ambition, lui aidèrent à grossir le nombre de ses adhérents. La désunion, l’incapacité, les désordres, les scandales de toutes sortes, pouvaient servir de thème, sur le compte des Armagnacs, à de légitimes imputations. La satire de ces abus, la revendication des réformes, l’aspiration à un nouvel avenir, s’inscrivaient naturellement sur la bannière opposée. Dans la première période, surtout, de cette longue guerre civile, des esprits droits et des cœurs généreux purent s’y méprendre.

Ainsi s’expliquent la popularité, l’importance numérique et la persistance opiniâtre du parti de Bourgogne. Pour une portion notable du pays, le parti de Bourgogne, même 185après la dure expérience de l’invasion étrangère, demeura le parti des réformes contre les abus, de la démocratie contre les tyrans et les favoris. Aux yeux de ces politiques, la Pucelle apparaissait, avant tout, comme l’auxiliaire d’une cause et d’un adversaire détestés. La superstition du siècle, dans leur esprit, se retournait fatalement contre l’héroïne. Celle qui était, pour les uns, une créature surnaturelle, capable de ressusciter les morts et de faire tonner, devint, pour les autres, une sorcière et un suppôt de l’ennemi, c’est-à-dire du démon.

La mort de Louis, duc d’Orléans, la captivité de son fils à la journée d’Azincourt et enfin les événements de 1418, éclaircirent de plus en plus, dans l’Université, les rangs des Armagnacs. Depuis cette dernière date, l’école de Paris se recrutait au sein de familles hollandaises, picardes, normandes, anglaises, hostiles à la cause de Charles VII. Le collège royal de Navarre avait été, en 1418, une citadelle politique, battue et emportée par la faction triomphante. Cette patrie classique des d’Ailly et des Gerson, cette pépinière d’orateurs et de conseillers dévoués à la fleur de lis, le collège de Navarre lui-même, étaient livrés à des maîtres bourguignons. Le drapeau bourguignon et le parti de Bourgogne dominaient l’Université.

Les jeunes gens, qui venaient prendre leurs grades au sein de l’École parisienne, notamment les théologiens, y prolongeaient leurs études jusqu’à l’âge de virilité. Plusieurs trouvaient là une carrière à laquelle ils se consacraient sans retour. Ces jeunes gens appartenaient à la noblesse, à la riche bourgeoisie ; par exception, aux classes les plus humbles de la société. Mais les uns et les autres, 186une fois qu’ils avaient dit adieu à leurs familles, entraient comme dans un autre monde que celui des vivants.

L’écolier docile et destiné aux honneurs de sa robe revêtait avec celle-ci un esprit nouveau, qui lui était imposé. Le régime universitaire du quinzième siècle empruntait à la vie du cloître son idéal et quelques-unes de ses rigueurs. Un spiritualisme ascétique y présidait. Deux siècles plus tard, après une période continue d’adoucissements progressifs, Gabriel Naudé nous peignait encore les hôtes des collèges, même purement littéraires, vivant loin de la lumière et de la vie, in umbra et parmi les morts.

La sévérité des mœurs et de la discipline descendait jusqu’à une rigidité, souvent sordide, et plutôt cynique encore que stoïque. Sous de tels auspices, la jeunesse, âge de l’abandon et de l’aimable candeur, s’imprégnait d’une sorte de dureté contre nature. Au lieu de s’épanouir sous le souffle de l’urbanité, sous l’influence polie du goût et du monde, les humanités y demeuraient cette gothique discipline, qui nous est connue. La métaphysique et la théologie offraient à ces jeunes esprits une froide et sombre abstraction.

Que l’on joigne à cela le mécanisme de la dialectique, tel que le pratiquait le moyen âge. Dans les mains stipendiées de Jean Petit, cette mécanique du syllogisme avait produit naguère la doctrine du tyrannicide, c’est-à-dire de l’assassinat. Un peu plus tard, en 1415, la scolastique universitaire alluma les bûchers de Constance, où périrent Jérôme de Prague et Jean Huss. Notre grand Gerson lui-même siégeait parmi les juges et ne demeura 187point étranger à ces actes de foi. Tel était le siècle, tels étaient les docteurs qui allaient juger la Pucelle1318.

On a vu le tribunal de l’Inquisition s’adjoindre à l’Université de Paris, lors des premières poursuites dirigées contre la jeune fille. Ce tribunal, d’importation étrangère, datait, chez nous, du treizième siècle. Il s’y était établi à la suite de la fameuse croisade contre les Albigeois. Depuis cette époque, l’ordre de saint Dominique en exerçait la charge principale. Mais dans notre pays, l’Inquisition fut toujours, d’une part, éclipsée par l’Université de Paris, et de l’autre, limitée par le pouvoir épiscopal, qui, peu à peu, l’absorba complètement.

La France du moyen âge paya son tribut à des mœurs, qui étaient alors celles de toute la chrétienté. Son histoire religieuse, non plus que celle des autres peuples, n’est point exemple du hideux spectacle des sacrifices humains. Mais l’Inquisition du moins n’y déploya jamais, ou n’y fit point durer cet appareil formidable, ni ce luxe de cruauté, si douloureux à contempler dans d’autres annales. Au quinzième siècle, l’Inquisition de Paris subissait, comme tous les corps constitués, la pression du gouvernement anglo-bourguignon et l’influence politique de ce parti. Divers motifs, cependant, nous donnent à penser, que, sur ce point spécial, les Dominicains et le tribunal du Saint-Office n’apportaient pas, il s’en faut, une hostilité unanime et passionnée, contre la glorieuse prévenue.

188Quelques années auparavant, de novembre 1413, à janvier 1414, le clergé armagnac, soutenu alors par le gouvernement, résolut de poursuivre en matière de foi ses adversaires bourguignons. La doctrine de Jean Petit fut solennellement déférée à une assemblée de docteurs. L’inquisiteur de la foi, Jean Polet, s’unit à l’évêque de Paris. Il prit nominalement et à découvert l’initiative de ces poursuites, en dépit des menaces bourguignonnes et au risque d’encourir une formidable inimitié. Il était assisté de son confrère Jean Graverand, dominicain, professeur de théologie. Ce dernier vota de concert avec son supérieur, ainsi que Gérard Machet. Tous trois déployèrent, pour flétrir la doctrine incriminée, autant de sens que d’énergie. Graverand exprima son vote oralement, puis par écrit et demanda que la condamnation fût signifiée au duc de Bourgogne1319.

Au sein des corporations religieuses, de tels actes ne s’accomplissaient pas légèrement. Dans la lettre du 26 mai 1430, nous ne voyons figurer que le vicaire général de l’inquisiteur. Cependant le titulaire, ou inquisiteur délégué par le pape pour tout le royaume de France, résidait alors à Paris. Mais ce titulaire n’était autre que Jean Graverand, successeur de Jean Polet. Antipathique à la cause bourguignonne et à ce procès, il refusa d’y apporter le concours d’une coopération directe et personnelle. Nous ignorons par quelles circonstances son vicaire consentit à 189s’y entremettre. On peut, remarquer encore que l’acte du 26 mai est signé Lefourbeur1320, scribe du tribunal, et contresigné Hébert, nom du scribe ou greffier de l’Université. Il semble que le vicaire général et le notaire de l’Inquisition aient voulu, par là, s’abriter sous la garantie, sous l’autorité de la fille aînée des rois de France1321.

L’Université de Paris, elle-même, était évidemment partagée sur ce point. Les docteurs les plus considérables du parti de Charles VII avaient, en effet, suivi ce prince à Bourges et à Poitiers. Mais le champ qui restait à leurs adversaires ne demeurait point le théâtre d’un triomphe sans contradicteur. L’opinion publique, au sein de la capitale, ne subissait pas d’une manière absolue, il s’en faut, le joug des doctrines anglaises et bourguignonnes. Aussi le gouvernement d’Henri VI se garda-t-il bien de convoquer à Paris les juges de la Pucelle. Il n’aurait certes pas osé appeler le corps de l’Université à délibérer pleinement, publiquement et librement, sur une pareille cause1322.

L’Université, d’autre part, était une sorte de république, énergiquement organisée pour se défendre. Mais, en dehors de sa sphère d’enseignement, en dehors de la police intérieure de ses écoles et de ses suppôts, elle n’exerçait aucune 190juridiction active. Sa force résidait tout entière dans ses membres. Le recteur, placé à sa tête, constituait le seul organe par lequel elle communiquait à l’extérieur. Or, elle conférait cette charge élective, à un délégué, le plus souvent assez jeune et qui se renouvelait tous les trois mois. L’Université n’avait point de promoteur ou ministère public, ni même de représentant, fixe et permanent, de son autorité ou de sa doctrine.

La lettre du 26 mai 1430, acte d’ailleurs non suivi d’effet, ne saurait donc offrir la gravité que l’on pourrait être tenté de lui attribuer. Signée quelques heures pour ainsi dire après la prise de la Pucelle, elle exclut toute idée possible de délibération de la part de l’Université. Les noms des deux secrétaires, réunis sur l’une des lettres collectives, nous semblent attester un acte commun de condescendance. Enfin la promptitude même de cette manifestation décèle évidemment un coup, préparé du dehors par une puissante influence, et non la libre expression d’un sentiment réfléchi, intime et spontané1323.

Cet agent du dehors, l’âme de tout ce procès, fut Pierre Cauchon.

Nous voyons dans Pierre Cauchon, un de ces hommes (tels qu’on en rencontre à toutes les époques), chez qui les talents, le savoir faire et la réussite, suppléent à ce qui leur manque, du côté de la conscience et de la moralité. Né au pays de Reims, vers le déclin du quatorzième siècle, le jeune Cauchon vint faire à Paris son cours d’études, qu’il 191accomplit avec un plein succès. Il obtint, dès 1403, les honneurs suprêmes du rectorat. Ses débuts, sur la scène de la politique, remontaient au mois de mars 1407. À cette époque, une ambassade fut envoyée de Paris, à l’effet de parlementer avec les compétiteurs à la tiare et de remédier au schisme pontifical. Jean de Gerson, Jean Petit, accompagnés des plus illustres conseillers de la couronne et de l’Église, figuraient au premier rang de cette légation. Pierre Cauchon, nouvellement licencié en droit canon, y fut adjoint parmi les jeunes attachés de l’ambassade1324.

En 1413, il prit une part active au mouvement cabochien ou révolutionnaire. Cauchon fut un des commissaires nommés par le roi pour réformer les abus1325. Dès lors il acquit une grave autorité dans les affaires et prit possession de la popularité. Le duc Jean s’attacha le brillant docteur, à qui la renommée décernait, par voie de succession, une place demeurée vacante, depuis la mort de Jean Petit et depuis la retraite de Gerson. Au concile de Constance, Cauchon fut l’ambassadeur de Bourgogne et l’antagoniste de Gerson. Revenu en France avec Jean sans Peur triomphant, il rentra, pour n’en plus sortir, dans l’arène politique1326.

Pierre Cauchon devint successivement archidiacre de Chartres, maître des requêtes au conseil du parlement, 192vidame de Reims, chanoine de la Sainte-Chapelle, membre du grand conseil, évêque et comte de Beauvais, pair de France1327.

Jusqu’ici, le sentiment du juste, le zèle du bien public n’étaient point incompatibles avec la cause bourguignonne. Mais, lorsque les Anglais, violant à la fois le droit public de la monarchie et de la nation, eurent subjugué la moitié de la France par le feu, la famine et le sang, le doute, alors, ne fut plus possible.

L’indépendance du pays, en péril, réclamait le secours de sa vive intelligence et de son actif dévouement. Mais, au lieu d’écouter-la voix austère du devoir, Pierre Cauchon céda aux appâts de la puissance, aux séductions de la richesse, aux enivrements de l’orgueil et de l’ambition. Présenté par Philippe le Bon au conquérant, l’évêque de Beauvais reçut les caressés et les faveurs d’Henri V, qui le nomma aumônier de France. Le gouvernement anglais, depuis l’invasion, n’eut point d’agent plus habile ni plus puissant. C’était un jurisconsulte consommé dans toutes les branches du droit. Déjà plusieurs fois, et notamment en 1426, il avait présidé, sous les auspices du pape et de l’Université, à des causes criminelles en matière d’hérésie1328.

193Cauchon franchit un à un les degrés de l’Université parisienne ; il en avait rempli les différentes charges. Nul, au sein de ce corps, ne jouissait, parmi ses pairs, d’un plus grand crédit ; nul ne connaissait plus profondément, pour se les être assimilés, les intérêts, les sentiments, les passions de cette importante communauté ; nul ne savait en toucher les ressorts d’une main plus adroite et plus sûre. L’évêque de Beauvais se fit nommer (1423) conservateur des privilèges de l’Université. Protecteur de la corporation, il la tint désormais sous sa coupe1329.

Le duc de Bedford, succédant comme régent de France à Henri V, maintint l’aumônier royal dans les hautes régions de la faveur. Il ouvrit au zèle de Pierre Cauchon une nouvelle carrière en lui ménageant, avec art, la perspective de nouveaux biens et de croissantes dignités. Dès 1426, il lui fit espérer le siège archiépiscopal de la Normandie. Chassé de Beauvais, comme on l’a vu, en 1429, Pierre Cauchon devint ainsi l’ennemi particulier de la Pucelle : il convoita le siège de Rouen avec d’autant plus d’ardeur. Durant le procès, Bedford sut tenir suspendue cette mitre tant désirée, qu’il finit par adjuger à un autre compétiteur1330.

Doté, en attendant, d’un hôtel à Saint-Cloud et de largesses quotidiennes, Pierre Cauchon ne ralentit pas un seul jour l’activité passionnée de ses services. Le favori de Bedford sut se concilier, toute sa vie, avec le prestige d’un haut rang, les témoignages de l’estime et de la considération 194publics. Du Boulay, l’historien de l’Université, a écrit, sur des documents authentiques, l’éloge de Cauchon. Il vante sa bienfaisance et sa libéralité. L’évêque de Beauvais était mort depuis douze ans, lorsque Calixte III rendit la bulle qui servit de préliminaire à la réhabilitation de la Pucelle. Dans cet acte même, le pape accorde encore au juge prévaricateur cette qualification de style : feu de bonne mémoire l’évêque de Beauvais1331.

Le 9 janvier 1431, Pierre Cauchon constitua le tribunal par la nomination du promoteur1332, du conseiller-examinateur des témoins1333, de deux notaires et de l’appariteur1334. Celui-ci, chargé des significations, s’appelait Jean Massieu. L’évêque désigna, pour remplir l’office de promoteur, un prêtre de son clergé, prébendé en Normandie, Jean d’Estivet, chanoine de Beauvais et de Bayeux. Jean de la Fontaine, maître ès arts, licencié en décret, fut examinateur1335.

Un grave intérêt s’attachait au choix des deux notaires, qui devaient transmettre à l’histoire le texte de cette procédure. Douze notaires apostoliques exerçaient alors près la cour de Rouen. L’évêque choisit à cet effet Guillaume Manchon, homme jeune et timide. Lui-même, afin de diminuer ce poids moral en le partageant, désigna son collègue ou second notaire, Guillaume Colles, qui lui fut adjoint par l’évêque1336.

195Avant d’ouvrir les débats, une enquête ou information préalable était nécessaire ; elle eut lieu, en effet, par l’intermédiaire du bailli de Chaumont pour les Anglais. Un homme de bien, natif de Lorraine, fut spécialement chargé de s’occuper de cette enquête et d’en faire son rapport à l’évêque de Beauvais. Le mandataire ne négligea rien pour accomplir sa mission avec conscience1337.

Mais quoi ? ce fut partout un concert unanime. Il n’y avait pas, sur le compte de l’héroïne, une note que le commissaire n’eût voulu voir concerner sa propre sœur. Plein de joie, il alla porter à Cauchon cette réponse, en réclamant l’indemnité qui lui était due. Le juge repoussa cet homme de bien, le taxa de traître, mauvais homme et autres injures. De plus, il refusa de lui payer son salaire, attendu que l’envoyé s’y était mal pris et n’avait produit rien d’utile. L’enquête, communiquée, pour la forme, à quelques assesseurs triés, ne le fut ni aux juges ni aux notaires, qui ne l’insérèrent point au procès1338.

L’évêque, dans cette cause en matière de foi, ne pouvait se dispenser d’invoquer l’assistance de l’inquisiteur ; ce fut là un des embarras de Pierre Cauchon. Rouen était le siège d’un tribunal ou vicariat du Saint-Office. L’inquisiteur local se nommait Jean Lemaître, prieur des Jacobins de Rouen. Pierre Cauchon, dans le principe, l’invita vainement à le seconder. Déjà les procédures étaient commencées, lorsque, le 19 février, le juge manda en sa présence Jean Lemaître et le requit de lui prêter son ministère1339.

196Jean Lemaître répugnait profondément à y condescendre ; mais, faible de la fragilité humaine, ce religieux ne sut résister que par des biais, des excuses soumises et des exceptions plus ou moins subtiles. Ses lettres d’institution, disait-il, étaient générales et remontaient à 1424. L’inculpée avait été prise sur le diocèse de Beauvais ; l’évêque, il est vrai, avait obtenu des chanoines normands ces lettres de territoire ; mais lui, inquisiteur, pouvait-il assister, dans le diocèse de Rouen, un évêque de Beauvais ? Tels furent les doutes qu’il exprima pour décliner son intervention immédiate1340.

Pierre Cauchon, sans interrompre l’action judiciaire, écrivit, le 22, à l’inquisiteur général, pour le sommer d’avoir à intervenir au nom du Saint-Office, soit par lui-même, soit par délégué. Graverand (natif de Normandie) répondit, le 4 mars, de Coutances, en déléguant et commettant ad hoc Jean Lemaître. Une nouvelle pression fut alors exercée sur le vice-inquisiteur. De clairs avertissements parvinrent à ses oreilles et lui firent savoir qu’il s’agissait de sa vie, ou d’obéir. Il obéit. Par lettres du 13 mars, Jean Lemaître s’adjoignit à la cause. Il nomma promoteur pour l’Inquisition, et sous son autorité, Jean d’Estivet, déjà promoteur de l’évêque. Jean Massieu reçut également de lui au même titre, c’est-à-dire comme exécuteur des exploits, de nouveaux pouvoirs1341.

197Jeanne avait déjà subi à Chinon un examen physique dont nous avons parlé. Cette épreuve fut renouvelée à Rouen. Des sages-femmes jurées accomplirent cette vérification, avec toute la gravité d’un acte judiciaire. Des dames nobles, en nombre notable, y assistèrent, comme témoins, sous la présidence et l’autorité de la régente, Anne de Bourgogne, duchesse de Bedford. Le duc de Bedford lui-même, placé à proximité dans un lieu secret, put, dit-on, contrôler, sans être vu, cette constatation. Jeanne fut reconnue vierge et intacte1342.

La duchesse de Bedford ordonna aussitôt que la captive fût traitée comme une honnête femme. Elle fit défendre aux gardiens et à tous autres de se permettre à l’égard de la prévenue aucune violence. Par ses ordres, un tailleur ou couturier pour femmes confectionna un vêtement féminin à l’usage de Jeanne. Mais les juges suprêmes n’entrèrent point dans cette voie d’impartialité. Ils refusèrent de donner acte, au procès, de cette constatation, et les témoins furent contraints de s’engager, par serment, à ne pas la révéler. Indignés d’un tel procédé, des assesseurs se récusèrent en se fondant sur ce motif. Jeanne, avec sa pénétration naturelle, ne laissa point tomber cette arme, que la perfidie même de ses juges plaçait entre ses mains. Pendant tout le cours des débats, elle fit, à ce déni de justice, une persévérante allusion. Interrogée sur son nom, elle répondit avec art et insistance qu’elle s’appelait Jeanne la Pucelle ; elle ajouta qu’elle ne revendiquait point d’autre dénomination ni d’autre titre, et demanda 198que cette qualité fût légalement constatée en sa faveur1343.

Henri VI, roi de France et d’Angleterre, était venu, le 29 juillet 1430, prendre sa résidence à Rouen. Il y demeura pendant la durée entière du procès, accompagné de toute sa cour. Le fils d’Henri V, âgé de neuf années, était un débile enfant. La nature avait mis, en son faible corps, l’âme d’un casuiste et d’un moine. Incapable de verser le sang, d’offenser la créature vivante, il porta dans ce siècle de fer, au milieu du drame enflammé des événements, ce caractère placide, débonnaire, respectueux de la religion et du droit, jusqu’aux plus minutieux scrupules. Henri vécut en saint et mourut martyr. S’il avait, parvenu à l’âge adulte, connu la Pucelle, il l’eût adorée : envers ce roi couronné d’épines, sans doute Jeanne se serait émue de pieuse tendresse et d’une pitié maternelle. Les deux victimes étaient faites pour s’entraimer et se plaindre. Singulière ironie de la destinée ! c’est au nom de cet enfant que Jeanne fut jugée et subit la sentence mortelle1344.

Pierre Cauchon, lorsqu’il sut que la Pucelle arrivait à Rouen, s’était porté au-devant d’elle, loin de la ville, comme à la rencontre d’un ami. Aussitôt qu’il fut de retour, il alla rendre compte de la légation au roi et au gouverneur du roi, comte de Warwick. L’évêque laissa 199éclater dans cet entretien sa joie et son allégresse. Il la tenait enfin1345 !

La prisonnière n’avait donné sa foi à personne et savait qu’elle ne devait compter que sur elle-même. Jeanne, probablement, ne déguisa pas son dessein de s’échapper. Peut-être même, dans le trajet de Beaurevoir à Rouen, renouvela-t-elle quelque tentative d’évasion. En arrivant, elle fut placée dans une tour du château royal, du côté de la campagne. Tout d’abord on lui mit des fers aux pieds et aux mains. Une cage de fer fut construite et apportée dans sa prison pour l’y enfermer. Mais il est douteux qu’on en ait fait usage ; Cauchon, spontanément, renonça bientôt à ce luxe de barbarie superflue1346.

Il y avait à Rouen, ville archiépiscopale, une haute justice ecclésiastique et des prisons spéciales, dont la discipline et la tenue, dirigées par des gens d’église, se ressentaient d’une organisation plus humaine. Cauchon, en sollicitant du chapitre rouennais des lettres de territoire, avait demandé aussi et obtenu le droit de se servir, comme juge, de ces prisons. Là, aux termes du droit et de la coutume, Jeanne devait trouver un asile honnête et convenable. La prévenue, en qui la loi respectait une personne non déclarée coupable jusque-là, devait être gardée par des femmes1347.

200Vainement, dès le premier jour, réclama-t-elle cette justice. L’évêque rejeta ses plaintes et celles qui lui parvinrent sur le même sujet ; il fallait à Cauchon que Jeanne fût avilie : l’ordre et la décence de la prison ecclésiastique auraient nui à ce résultat1348.

La Pucelle fut détenue dans un réduit de la prison laïque, à la merci des Anglais et de leur soldatesque. Jour et nuit, l’infortunée était exposée aux outrages et aux embûches de ses ennemis capitaux, devenus, au mépris scandaleux de toute loi, ses gardiens. Ordinairement, le lieu qu’elle habitait servait de logement aux prisonniers de guerre. Sous ce prétexte, divers individus, suivant les témoins de la réhabilitation, feignirent d’être Français et s’introduisirent auprès de Jeanne. L’un d’eux, nommé Loyseleur, prêtre normand, était un ami particulier de Pierre Cauchon. Il capta ainsi les confidences de Jeanne, qu’il révélait aux Anglais, et lui fut donné comme confesseur1349.

Pierre Cauchon, au début de la cause, annonçait à ses coopérateurs qu’il allait faire un beau procès. Ce document, en effet, est conçu avec art. Sous le rapport littéraire, il l’emporte de beaucoup sur le procès, plus honnête et plus véridique, de la révision. Mais que pouvait être un beau procès, selon l’évêque de Beauvais, si ce 201n’est une pièce où l’intelligence et le talent ne servent qu’à décorer habilement l’iniquité1350 ?

Le premier interrogatoire eut lieu dans la chapelle du château : un grand tumulte y régnait. Les notaires de la cause étaient accompagnés de faux notaires, les uns visibles, les autres cachés, qui rédigeaient à leur manière le compte rendu de la séance. Par la suite, ces faux notaires furent écartés ; mais l’esprit qui présidait à leur rédaction demeura la loi des scribes officiels. On sait que Jeanne réclama contre ce texte à plusieurs reprises. Des omissions essentielles1351 s’y remarquent, et, 202lors de la révision, y furent authentiquement constatées. Les obscurités, les contradictions y abondent. Ce procès de condamnation est l’ouvrage de Thomas de Courcelles, l’un des assesseurs les plus hostiles. Celui-ci l’a composé à loisir, sans contrôle, sur les notes d’audience, ainsi dressées par les notaires et traduites par lui du français original en latin, longtemps après la mort de la victime1352.

Tel est le beau procès de Pierre Cauchon : œuvre artificieuse, et dont la séduction mensongère s’est exercée jusqu’à nos jours. Interroger ce document, c’est chercher dans un masque un visage. Plus on l’observe, ou plus on y croit, plus on risque de se méprendre. Le second procès, honteuse et pitoyable palinodie, sur certains points, de plus d’un juge, ne corrige le premier que très imparfaitement. Les témoins du premier procès qui déposèrent lors de la révision, n’étaient autres que les notaires ou des assesseurs, qui tous avaient poursuivi la victime. Rassurés, dans leur faible courage, par l’impunité qui leur était promise, ils se tirèrent de cette nouvelle épreuve à force de bassesse ou de réticences, s’accusant eux-mêmes, et surtout les uns les autres. Les morts eurent la grosse part et jouèrent le rôle principal. Après avoir menti pour condamner, les juges survivants mentirent pour absoudre ; et le second procès contient, ainsi que l’autre, de nombreuses faussetés. Près de vingt ans s’écoulèrent entre la mort de la Pucelle et les préliminaires judiciaires de la révision. La sentence d’absolution ne fut prononcée que le 7 juillet 1456. La vérité, elle aussi, dans ce long intervalle, au moins pour une grande part, avait également péri sans retour.

Démêler le vrai du faux dans ces deux procès, spécialement dans le premier, soulever partout le masque et mettre à nu la pure beauté du visage, est un travail qui défiera peut-être à jamais la patience et la sagacité de la critique. Pour nous, d’ailleurs contraint de nous restreindre, nous ne puiserons à cette source trompeuse que des emprunts mesurés et circonspects.

La première séance publique se tint le 21 février 1431. Pierre Cauchon, et plus tard le vice-inquisiteur, Jean Lemaître, avaient seuls la qualité de juges. Ils mandèrent pour les assister de nombreux conseillers ayant voix consultative. On fit d’abord venir de Paris plusieurs juristes et théologiens célèbres ; plus tard, on convoqua de simples artiens ou littérateurs, et même des docteurs en médecine, assez 203embarrassés de leur soudaine judicature. Le chapitre de Rouen, le clergé régulier, les principaux docteurs ou prélats de la ville et de la province, fournirent encore un contingent d’assesseurs. Une centaine environ, au total, parurent successivement, et parfois le personnel des docteurs réunis atteignit à peu près à la moitié de ce nombre1353.

Ce fut là une des grandes fraudes et le chef-d’œuvre de Pierre Cauchon ; car, étouffer le sentiment de la justice est une entreprise dont la difficulté croît avec le nombre des hommes sur lesquels elle s’exerce. Il s’agissait de condamner Jeanne comme ayant erré en matière de foi. L’accusation parvint à réunir soixante et dix articles qui, à la fin, se réduisirent à douze. Les griefs imputés à l’héroïne peuvent se résumer ainsi. Jeanne était accusée : 1° d’avoir affirmé qu’elle avait eu des communications avec les puissances célestes, tandis, qu’au contraire, elle avait invoqué les démons ; 2° d’avoir porté l’habit d’homme et exercé l’état militaire ; 3° d’avoir refusé de se soumettre à l’Église militante1354.

204Chapitre VII
Jeanne d’Arc : procès, suite et fin. 21 février – 30 mai 1431 (mort de la Pucelle).

Deux hommes, dans ce procès, méritèrent le titre de justes. Le premier se nommait Jean Lohier, et le second, Nicolas de Houppeville ; tous deux jurisconsultes normands. L’un et l’autre, appelés dès le commencement de la cause, manifestèrent une improbation motivée. Ils se virent aussitôt en butte à des menaces. Nicolas de Houppeville fut jeté en prison et recouvra sa liberté, sur les instances d’un troisième assesseur, l’abbé de Fécamp. Celui-ci dut offrir, pour garantie, une obéissance plus soumise : contre sa conscience, il vota la condamnation de l’accusée. Jean Lohier prévint le sort qui l’attendait, par la fuite. Il quitta Rouen et se rendit à Rome, où ses lumières et son intégrité l’appelèrent au poste éminent de doyen ou président de la Rote1355.

Nicolas de Houppeville avait pour amis Jean de la Fontaine, examinateur des témoins, et plusieurs membres du chapitre métropolitain. Entre autres moyens de droit opposés à Pierre Cauchon, Nicolas de Houppeville lui reprochait ses lettres de territoire extorquées. Le chapitre de Rouen, en effet, n’était pas favorable, au fond, ni à Pierre Cauchon, 205ni à ce procès. Au mois d’octobre 1429, le siège métropolitain de Rouen devint vacant. Les chanoines redoutaient l’ambitieux et remuant Cauchon, qui convoitait cette prélature. Le chapitre offrit à Louis de Luxembourg ses suffrages et le pressa de les accepter. Bedford endormit ces négociations. Pour exercer sur les chanoines une pression plus sûre, lui-même se fit recevoir chanoine de Rouen. Le 23 octobre 1430, il prit possession de sa prébende, en grande pompe et solennité. Le 28 décembre suivant, Pierre Cauchon obtenait ses lettres de territoire1356.

Houppeville, atteint dans sa liberté, revendiqua l’official comme son juge. L’official et le promoteur furent arrêtés et emprisonnés, puis de même relaxés. Quant à Jean de la Fontaine, un jour il s’était rendu auprès de Jeanne, pour lui donner quelques avis favorables : les Anglais levèrent sur lui le bâton, l’épée dégainée. Jean de la Fontaine, chassé du château, se mit en sûreté par la fuite1357.

Le vice-inquisiteur, Jean Lemaître, voyait avec la lumière d’un cœur droit l’innocence de la prévenue. Il ne partageait aucunement la passion de l’évêque. Ses lettres d’institution lui prescrivaient de poursuivre les corrupteurs de le foi, mais aussi, le cas échéant, de relever et d’absoudre. Condamner cette pieuse jeune fille était, à 206ses yeux, retourner contre la vertu, l’arme qu’il avait reçue de la religion pour frapper le crime. Dans sa perplexité, il fit, plus d’une fois, Nicolas de Houppeville confident de ses scrupules et de ses terreurs. Mais, sous la main de fer de Cauchon, ce roseau pliait1358.

Partout il suivait Cauchon. Le timide jacobin se faisait accompagner, le plus souvent, par quelques religieux de son ordre. Tels étaient Isambard de la Pierre et Martin Ladvenu, assesseurs de la cause. Ces deux moines, tout en se courbant, ainsi que leur prieur, devant l’évêque, rendaient, comme leur prieur, un secret hommage au droit et à la morale. Tous deux usèrent parfois, envers Jeanne, de compassion, de condescendance et de quelque charité. Isambard et Martin, pour avoir donné à l’inculpée un avis loyal et utile, se virent menacés par Cauchon. Jean Lemaître dut intervenir et défendit ses religieux. À son tour, il menaça Cauchon de déserter la cause, et les deux dominicains cessèrent d’être inquiétés.

Que le vice-inquisiteur osât, en faveur de Jeanne, ce qu’il avait tenté, avec succès, pour ses deux confrères ; qu’il refusât à l’évêque de l’assister davantage : le procès se trouvait interrompu. Jeanne, soutenue par l’un des juges, appelait, de l’autre, à Rome. Là, sans même parler du fond de la cause, le nouveau pape ne pouvait appuyer l’évêque intrus contre l’ordre de saint Dominique et le Saint-Office : Jeanne était sauvée. Mais hélas ! le premier, le seul effort de Jean Lemaître avait suffi pour épuiser tout son courage. Lui et ses religieux suivirent jusqu’au bout 207l’injuste évêque. Tous trois prêtèrent leur assistance, leurs votes, aux condamnateurs de l’héroïne. Lors de la dernière délibération, Jean Lemaître siégeait encore comme juge à côté de Pierre Cauchon, et leurs deux noms sont unis dans l’intitulé de la sentence définitive1359.

Un autre assesseur, Jean Lefèvre, appartenait à l’ordre des Ermites de saint Augustin. Il déclara plus tard que Jeanne, sauf ses apparitions, lui semblait inspirée. Cela ne l’empêcha pas de voter la condamnation. Dans l’intervalle des deux procès, Lefèvre devint évêque de Démétriade. Il déposa lors de la seconde instance, fit l’apologie de la Pucelle, fut nommé juge délégué de la cause et prononça, contre lui-même, la sentence de réhabilitation1360.

Nicolas Midi, fougueux ennemi de Jeanne dans le procès, était un docteur en théologie de l’École parisienne. Parti, sans bénéfices, de la capitale, il fut nommé, le 21 avril 1431, à la veille du vote, chanoine de Rouen, par le roi Henri VI. Tous les juges ou conseillers étaient à la solde de l’Angleterre, et beaucoup reçurent des présents ou gratifications spéciales1361.

Quelques-uns mirent à leur acharnement une véritable spontanéité. Jean d’Estivet, promoteur choisi par Cauchon, fut de ce nombre. Aux rigueurs de son ministère légal, il joignit toute la violence d’une rudesse mal dégrossie. 208Des textes authentiques nous ont conservé les ignobles spécimens de son langage. Il mourut, dit-on, aux faubourgs de Rouen, dans l’ordure d’un égout. Guillaume Érard1362 et Thomas de Courcelles comptèrent parmi les lumières de l’Université, ainsi que du royaume. Courcelles, gentilhomme picard, appartenait à une famille du parti bourguignon. Âgé de trente ans environ, il avait la douceur et la modestie d’une jeune fille. Les yeux baissés, il vota contre Jeanne la torture, puis la mort. Au procès de réhabilitation, il balbutia, mentit et produisit à la lumière de l’histoire, un type bizarre, déplorable et singulier mélange d’intelligence, de fanatisme et d’hypocrisie1363.

Les interrogatoires de Jeanne se succédèrent du 21 février au 9 mai. Ils se tenaient parfois dans la prison, en présence d’un petit nombre d’assesseurs. D’autres fois, les assises avaient pour théâtre une salle du château dite Chambre de parement, au bout de la grande cour1364. Ces séances commençaient à huit heures du matin et se prolongeaient jusque vers midi. Quelquefois elles se renouvelaient dans l’après dîner, ou après-midi, durant deux ou trois heures. La passion du juge et le zèle de 209ses complaisants se trahissaient par le nombre et le désordre précipité des questions, qui pleuvaient à la fois sur la prévenue : Beaux seigneurs, leur dit-elle un jour, faites l’un après l’autre1365 !

Ces questions comprenaient la vie entière de l’accusée. Cependant, en dépit des efforts de l’accusation, elles se réduisirent à un petit nombre de points ; cercle borné dans lequel elles tournaient sans cesse.

Le principal notaire de la cause, témoin à décharge lors de la révision, dit que les réponses de Jeanne étaient tantôt assez habiles, et tantôt assez naïves. Nous ne nous en fions complètement ni à son témoignage, ni au procès que lui et Thomas de Courcelles nous ont laissé. Néanmoins, au nombre des lambeaux qui nous sont transmis, quelques-uns paraissent véridiques. Ceux-là semblent assez bien justifier les appréciations de Guillaume Manchon1366.

Les juges, au sujet de ses visions, lui demandèrent si, lorsque saint Michel lui apparaissait, cet archange était nu. Croyez-vous, répondit-elle, crue Dieu n’ait pas de quoi le vêtir ? Elle dit que la voix de ses saintes est belle, douce et humble, s’énonçant dans l’idiome français. — Et sainte Marguerite, lui demande le juge, parle-t-elle anglais ? — Comment, parlerait-elle anglais, puisqu’elle n’est pas du parti des Anglais. Question. Jeanne, êtes-vous en grâce ? — Réponse. Si je n’y suis pas, Dieu m’y mette, et si j’y suis, Dieu m’y conserve. Interroguée s’elle dist point que les pennonceaulx qui estoient en semblance des 210siens estoient eureux (c’est-à-dire ensorcelés), répond : elle leur disoit bien à la fois : Entrez hardiment parmy les Anglois, et elle-mesme y entroit. Q. Pourquoi votre étendard occupait-il, au sacre, la première place ? — R. Il avait été à la peine, c’était bien raison qu’il fût à l’honneur !

Un cachet de vérité, qui montre Jeanne sous ses divers aspects, nous semble caractériser ces réponses1367.

L’esprit qui présidait à la procédure criminelle, en matière de foi, respire dans deux ouvrages, composés l’un au quatorzième siècle et l’autre à la fin du quinzième. Le premier, véritable code de l’Inquisition, est le Directorium inquisitorum, rédigé par l’espagnol Nicolas Eymeric, en son vivant inquisiteur général de la foi dans le royaume d’Aragon. L’autre, Malleus maleficarum1368, a pour auteur ou compilateur un dominicain allemand, nommé Jacques ou Jacob Sprenger. Les principes et la marche indiqués par ces deux ouvrages furent suivis et appliqués de point en point, dans le procès de la Pucelle.

Jeanne, après avoir été interrogée, fut prêchée et admonestée charitablement, par Cauchon, le 18 avril 1431. Elle était alors malade, et assez gravement pour inspirer aux Anglais de vives inquiétudes. Ceux-ci redoutaient sa mort naturelle, comme un contretemps imprévu, qui déconcertait leurs desseins. Car le meurtre de la Pucelle n’était pour eux qu’un but accessoire : le but principal consistait à la déshonorer (et par suite son parti), comme 211hérétique ou sorcière ; puis, après avoir obtenu ce résultat, ils voulaient la brûler. Conformément à leurs vœux, l’héroïne se rétablit. Cauchon, le 2 mai, fit comparaître Jeanne dans la Chambre de parement ; au milieu d’une assemblée nombreuse d’assesseurs. Maître Jean de Châtillon, archidiacre d’Évreux, par ordre de l’évêque, sermonna de nouveau la prévenue1369.

Cependant les assesseurs, consultés, avaient accumulé leurs verdicts, tous plus ou moins favorables à l’accusation. Jeanne résistait. Le 9 mai, la prévenue fut extraite de sa prison et amenée, cette fois, dans la grosse tour du château. Pierre Cauchon présidait l’audience, assisté de l’inquisiteur et de divers conseillers. Les tourmenteurs jurés étaient également présents. Mandés par les juges, ils se tenaient prêts à saisir l’accusée pour la mettre, séance tenante, à la torture. Jeanne fut de nouveau sommée de se rétracter. Elle persista. Quand même, dit-elle, vous me feriez déchirer les membres, je ne tiendrais pas un autre langage ; et si la douleur me l’arrachait, je protesterais ensuite n’avoir ainsi changé que de force. La séance fut close pour délibérer, et Jeanne reconduite à sa prison1370. Trois jours après (12 mai), le tribunal se réunit en conseil. L’évêque proposa cette question : s’il fallait soumettre l’accusée à la torture. Huit voix contre cinq se prononcèrent pour la négative. Isambard de la Pierre, dominicain, vota dans ce dernier sens ; l’inquisiteur, de son côté, ajouta quelques mots équivoques et timides, 212mais où se trahit le sentiment que lui inspirait la victime. Jeanne fut exemptée de la torture. En ce moment, d’ailleurs, non seulement le second juge, Jean Lemaître, mais encore divers assesseurs, inclinaient vers l’indulgence, ou mieux vers la justice à l’égard de la prévenue. Jean de la Fontaine s’était enfui. Plusieurs chanoines de Rouen, soupçonnés d’impartialité, avaient été récemment, par ordre de Cauchon, arrêtés et emprisonnés1371.

Aussi bien, l’évêque de Beauvais comptait sur un coup de maître, dont il attendait l’effet ou le résultat, préparé de longue main. Pierre Cauchon et les Anglais n’avaient point osé juger la Pucelle à Paris. Les clercs de Rouen, ébranlés par le contact de l’héroïne, invoquaient eux-mêmes le verdict suprême de l’Université parisienne. Vers le commencement d’avril, la première phase de l’instruction était terminée. À cette époque, Jean Beaupère, Jacques de Touraine, cordelier, Nicolas Midi et Gérard Feuillet, partirent de Rouen pour la capitale. Ces quatre assesseurs, docteurs en théologie, étaient des suppôts influents de l’École parisienne. Chargés des instructions de Cauchon, ils portèrent à l’Université les articles ou chefs d’accusation dressés par les juges de Rouen1372.

À la réception de ce message, le recteur1373 convoqua les Nations (ou faculté des arts), qui composaient le fonds 213principal de la communauté. Les articles furent, en outre, transmis aux Facultés de théologie et de droit canon, qui les examinèrent à huis clos. Le 19 mai 1431, les ambassadeurs de Cauchon étaient de retour. À l’approbation de ces Facultés supérieures, homologuée par l’Université proprement dite, celle-ci avait joint deux lettres, œuvre de Cauchon, comme le reste. La première était adressée au roi d’Angleterre, et la seconde à l’évêque de Beauvais ; l’une et l’autre approuvaient, avec force louanges, le procès de Rouen. L’Université, en outre, y supplie le roi et l’évêque que très diligemment ceste matière soit par justice menée à fin briefvement. Jeanne fut ainsi, de fait, condamnée, absente, par l’Université de Paris ; mais à huis clos, sine strepitu judicii, et hors du péril ou de la pression de l’opinion publique1374.

Cette communication exerça, en effet, sur le procès de Rouen, une décisive influence. Le tribunal s’assembla de nouveau le 19 mai. Maître Jean de Châtillon fit ouvertement cette motion : que ceux qui jusque-là n’avaient point pleinement délibéré ou voté, étaient tenus de le faire conformément à la délibération de l’Université. Le 23, Jeanne fut amenée devant les juges, qui prononcèrent, en sa présence, la conclusion de la cause1375.

Si Jeanne d’Arc avait été une femme ordinaire, elle eût sans peine obtenu de ses ennemis un adoucissement à ses maux. Il lui eût suffi, pour cela, de s’incliner devant le sort des batailles et de s’engager à ne point reprendre les 214armes contre les Anglais. Ainsi le prouve la visite de Jean de Luxembourg, qui précéda l’ouverture du procès ; ainsi le témoignent divers indices qui se reproduisirent durant le cours des débats. Loin de là, Jeanne montra, pendant toute la durée de ce procès, une fière énergie. En vain les écritures des clercs ont-elles altéré le dialogue et obscurci le texte de ses réponses ; ils n’ont point réussi à masquer entièrement ou à défigurer le modèle. Dans leur peinture même, la véritable Jeanne reparaît et marque sa présence1376.

Cependant elle habitait une prison obscure et sordide, meublée du lit, où elle gisait, attachée par sa chaîne de fer à une poutre. De vils subalternes, des houcepailliers anglais la gardaient ; ils la réveillaient la nuit par des ricanements et des injures. L’asile même d’un cabanon fermé lui manquait. Ses juges lui refusèrent obstinément le service ou la compagnie d’une femme. Pas une âme à qui s’ouvrir librement de ses pensées ! Toute figure humaine était pour elle celle d’un ennemi, ou, qui pis est, celle d’un espion, d’un traître. Les moins pervers osaient à peine lui témoigner leur faible et stérile sympathie par quelques signes dérobés. Enfin, la nuit, plusieurs de ses gardiens tentèrent, à diverses reprises, de la violer1377.

Le 24 mai 1431, dans la matinée, Pierre Cauchon et Jean Lemaître se rendirent au cimetière de l’abbaye de Saint-Ouen, sis à l’intérieur de la ville : deux échafauds y avaient été construits. Jeanne, en habits d’homme, fut 215amenée ; elle monta sur le premier échafaud, qui donnait accès à un petit nombre de personnes ; l’autre était une vaste tribune. Les deux juges y prirent place, accompagnés du cardinal d’Angleterre, des évêques de Thérouanne, de Noyon et de Norwich1378, garde du sceau privé d’Angleterre ; les abbés de Saint-Ouen, de Fécamp, du Mont-Saint-Michel, etc., au nombre d’environ, cinquante, prélats ou assesseurs, s’y placèrent également. Une multitude de peuple et de clercs était venue prendre part à ce spectacle1379.

Conformément au code d’Eymeric, l’évêque avait fait libeller d’avance deux formules de sentence : la première était celle que le juge en matière de foi devait adresser aux prévenus d’hérésie, lorsqu’ils viennent à résipiscence ; l’autre était la sentence finale de condamnation. Après avoir ouvert la séance, Pierre Cauchon donna la parole à l’un des théologiens de Paris, Guillaume Érard ; celui-ci prit son thème dans le chapitre XV de saint Jean : Le sarment ne peut porter de fruit, etc. L’orateur de la cour d’Angleterre fit de son discours un glaive à double tranchant : d’un côté il frappa, dans la personne de Jeanne, l’hérétique ; l’autre n’épargnait point le roi Charles VII, qu’il représenta comme atteint de la même tache, pour avoir patronné la Pucelle. Au moment où le prédicateur attaquait le plus vivement le roi, Jeanne, s’oubliant elle-même : Vous le calomniez, dit-elle, il est bon catholique, lui… ; il n’a pas cru en moi1380.

216Érard s’adressa ensuite directement à la Pucelle et la somma de se rétracter, en se soumettant à l’Église. Jeanne refusa, protestant qu’elle en appelait au pape et que Dieu avait conduit toutes ses actions. Trois fois la sommation publique lui fut renouvelée ou répétée sans plus de succès. Alors Cauchon prit en mains la sentence de condamnation et commença d’en lire la formule. Le bourreau avait été mandé tout exprès. Le cimetière s’ouvrait sur une rue de la ville. Là, dans sa charrette, cet exécuteur se tenait prêt à conduire la victime au supplice. En ce moment, un grand tumulte se produisit1381.

Le matin, Beaupère était venu trouver Jeanne dans sa prison, pour l’exhorter à se soumettre. L’inquisiteur et les Dominicains, amis de Jeanne, lui donnaient le même conseil. Érard et Loyseleur insistèrent ; ils lui promirent, pour prix de sa soumission, la vie sauve. Ce qui pouvait toucher Jeanne, s’il est possible, plus vivement encore, ils lui promirent qu’elle sortirait aussitôt des mains des Anglais pour entrer, selon le droit et la loi, dans les prisons de l’Église. L’huissier Jean Massieu offrait à la Pucelle un papier contenant la formule d’abjuration. Ces trois hommes l’entouraient sur l’échafaud et l’assiégeaient de leurs instances. L’évêque lisait toujours. Quelques mots de plus proférés par sa bouche, et tout était dit : il fallait signer à l’instant ou marcher au bûcher1382.

Jeanne hésita encore quelques secondes. Elle prit une plume, déclarant qu’elle ne savait pas écrire. L’un des clercs lui saisit la main pour la guider, et elle signa 217comme elle avait coutume : Jehanne. Immédiatement l’évêque s’interrompit. Après avoir consulté le cardinal d’Angleterre, il prit l’autre formule, ou sentence de mitigation. Jeanne, aux termes de ce nouvel arrêt, que prononça l’évêque, était déchargée de la condamnation du Saint-Office et de l’excommunication. Déclarée toutefois coupable, malgré son repentir, les juges lui infligeaient, pour pénitence, de tenir prison perpétuelle, au pain de douleur et à l’eau de tristesse1383.

La Pucelle descendit de l’échafaud et dit aux clercs : Or ça, entre vous gens d’Église, menez-moi en vos prisons et que je ne soie plus en la main de ces Anglais ! Cependant le tumulte s’était accru. Les Anglais objurguaient les juges et se récriaient ; des pierres furent lancées ; l’évêque se vit apostrophé de traître. Pierre Cauchon, irrité, se défendit : séance tenante, il se justifia par un nouvel acte d’iniquité. Jeanne, sur son ordre, fut reconduite à la prison d’où elle sortait1384.

Le même jour, dans l’après-midi, Jean Lemaître vint trouver la captive au château. Ce deuxième juge était accompagné de Nicolas Midi, de Loyseleur, de Courcelles et de frère Isambard de la Pierre. Ils exhortèrent Jeanne de nouveau à se soumettre et à revêtir des habits de femme. Jeanne portait les cheveux taillés en rond au-dessus du bord supérieur de l’oreille. Elle fut invitée à se laisser raser complètement la chevelure ; Jeanne se soumit de point en point à toutes ces prescriptions1385.

Deux pensées, fermes et distinctes, paraissent avoir 218soutenu l’héroïne, à Rouen, durant tout le cours de la douloureuse épreuve qu’elle avait subie jusqu’à ce jour. La première était l’espérance de s’échapper ; la seconde fut d’être admise dans les prisons ecclésiastiques. Jeanne eut le courage de déclarer ouvertement à ses juges qu’elle voulait et qu’elle espérait fuir1386.

Ce point nous conduit à une autre question que nous ne saurions passer sous silence. Quels efforts furent tentés, ou auraient pu l’être, par le gouvernement de Charles VII, pour le salut de la Pucelle1387 ?

En dehors des négociations diplomatiques, sujet que nous avons déjà traité précédemment1388, une double voie pouvait, si je ne me trompe, et devait être suivie pour délivrer Jeanne d’Arc, même après l’ouverture des débats.

Le premier moyen consistait dans la force des armes. Charles VII occupait Beauvais, ville épiscopale de Cauchon. La Hire était maître de Louviers, près Rouen. Le roi tenait Compiègne, etc. De ces divers points, les garnisons pouvaient se porter rapidement sur la Normandie supérieure. Ce voisinage inquiétait fort les Anglais. Le 13 avril 1431, lord Willoughby tenta un mouvement sur Louviers. Mais il fut obligé de battre en retraite. Tant que la Pucelle vivait, ils n’osaient point se remettre sérieusement en campagne1389.

À la date du 3 mars 1431, les habitants de Poitiers donnaient 219à l’une des tours de leurs murailles municipales, nouvellement construite, le nom de Tour de la Pucelle. Les archives de La Rochelle, de Tours, d’Orléans, de Compiègne, etc., témoignent assez combien le peuple des villes et des campagnes était demeuré fidèle dans ses sympathies, à celle que trahissaient les grands et la fortune. Charles VII n’eût-il point eu d’armée à sa solde, ces villes dévouées la lui eussent fournie. Un ordre du roi eût suffi pour la mettre en mouvement. Les milices urbaines, que dis-je, les populations entières que Jeanne avaient remplies d’enthousiasme, auraient marché à sa délivrance, hommes, femmes et enfants, comme les croisés firent jadis au tombeau de Jérusalem.

Les indices que nous a laissés l’histoire, à cet égard, équivalent à des allégations formelles. Aussi n’hésitons-nous pas à affirmer, sans autres preuves, que La Trémoille dut nécessairement réprimer, à Tours et à Orléans, des tentatives spontanées de ce genre. Mais les milices communales ne pouvaient s’ébranler, sans un ordre du gouvernement. Elles ne le firent point parce que le gouvernement, c’est-à-dire La Trémoille, éprouvait à l’égard de la libératrice les sentiments que nous avons mis ci-dessus en lumière1390.

Un second moyen se présentait, qui n’offrait pas même les périls de la guerre et qui pouvait sauver Jeanne, sans coup, férir. Ce moyen consistait à intervenir judiciairement dans le procès. Pierre Cauchon était le suffragant de Regnault de Chartres. En dirigeant contre Jeanne une action illégale, l’évêque de Beauvais avait encouru la censure et la 220suspension. C’était à ce métropolitain qu’il appartenait canoniquement de poursuivre le coupable, son subordonné. À l’époque où s’ouvrit la cause, Martin V occupait à Rome le trône de saint Pierre. Charles VII, dès 1424, reconnut l’obédience de ce pontife. Regnault de Chartres lui-même avait été le chef de l’ambassade qui porta dès lors au saint-père les hommages du roi de France, fils aîné de l’Église1391.

Martin V, il est vrai, témoigna au roi d’Angleterre Henri V une condescendance favorable. Mais le pape, cependant, ne s’était jamais départi d’une certaine impartialité, que dictaient à la fois au saint-siège son intérêt et son devoir. Indignement trompé par la cour d’Angleterre, Martin V s’était tout récemment rapproché du roi de France et lui avait manifesté une explicite bienveillance. Dans le vicaire de Jésus-Christ, chef suprême de la hiérarchie religieuse, Charles VII trouvait donc un juge non seulement équitable et indépendant, mais favorablement disposé par des circonstances opportunes. Martin V mourut de mort subite (21 février 1431). En ce moment, une nouvelle ambassade de cardinaux franchissait les monts. Elle venait reprendre et poursuivre une œuvre de pacification 221déjà commencée, au nom de Rome, entre les couronnes de France et d’Angleterre. Le nouveau pontife, Eugène IV, continua la politique de Martin V, avec une nuance plus marquée de dispositions favorables à l’égard du prince français1392.

Le 1er mai 4431, Eugène IV, sur la recommandation de Charles VII, accorde à J. Ragongey, dominicain, un bénéfice à la nomination du pape dans l’un des hôpitaux français. On voit que des rapports suivis et amiables subsistaient, à cette date, entre le prince Valois et la cour de Rome. Jeanne elle-même, dans son procès, en appela au pape ; Pierre Cauchon méprisa cette exception comme frivole. L’évêque fit plus : il alla au-devant de l’inculpée ; il lui proposa de s’en référer, sur un point sensible de ses interrogatoires, à la décision de Regnault de Chartres lui-même : tant Pierre Cauchon était assuré qu’il avait chez son métropolitain un complice, bien loin de trouver en lui un censeur redoutable1393 !

Ainsi Jeanne était abusée, immolée par cet ennemi hautain, qui se jouait de son martyre. Un piège perpétuel se cachait sous la question inquisitoriale, qui lui fut incessamment répétée : si elle voulait se soumettre à l’Église ? Quelle Église ? Ici se posait l’équivoque, l’énigme, que Jeanne, avec toute sa pénétration, ne pouvait 222résoudre. Tardivement, des assesseurs lui expliquèrent ex professo la différence entre l’Église militante et l’Église triomphante. Cauchon sourit, en se donnant cette apparence de généreuse et pédantesque impartialité ; Cauchon ne redoutait, de la part de la prévenue, ni l’appel au métropolitain, ni l’appel au saint-siège. Le code d’Eymeric laissait, sur ce dernier point, à l’inquisiteur ou au juge, une puissance à peu près discrétionnaire.

Mais, certain jour, frère Isambard de la Pierre expliquait à l’infortunée ce qu’était le concile !… Un mot de plus, et Jeanne appelait à ces grandes assemblées, qui, depuis vingt ans, jugeaient en dernier ressort les plus hautes dissensions de la chrétienté. Un mot de plus, et Jeanne introduisait cette sérieuse instance, auprès du concile de Bâle, en ce moment même convoqué. Taisez-vous, de par le Diable ! dit alors l’évêque au Dominicain, avec une émotion où l’emportement se mêlait à la terreur1394.

Regnault de Chartres avait donc toute l’autorité nécessaire pour intenter, auprès du tribunal de Rouen, une action efficace. Par son organe, le gouvernement de Charles VII devait et pouvait aisément exercer un recours direct, soit au pape, soit au concile. L’enquête de Poitiers, que Jeanne invoqua dès le début de la cause, avait reçu la sanction de l’inquisiteur général de Toulouse ; la sanction de divers docteurs de l’Université, celle du clergé de Poitiers, et enfin la sanction de Regnault de Chartres lui-même. 223L’autre inquisiteur général de France1395, Jean Graverand, était contraire à ce procès ; Gérard Machet, confesseur du roi, avait approuvé la Pucelle. La voix de Gerson et de plusieurs autres oracles de la théologie s’était fait entendre en sa faveur.

Aucune instance de ce genre ne fut introduite. Jeanne devait périr sans qu’un seul clerc ou avocat de son parti se présentât, pour la défendre, à la barre du tribunal. Le registre de Poitiers non seulement ne fut point apporté à Rouen, mais disparut, et le pouvoir royal, en 1450, fut impuissant à retrouver ce document lors de la révision.

Si Jeanne succomba, c’est que personne n’essaya de la sauver. La Trémoille, au temporel, pour le spirituel Regnault de Chartres, s’opposèrent à ce qu’un pareil effort fût tenté1396.

Durant ce temps, le roi Charles VII avait son séjour à Poitiers, puis à Chinon. Ce prince demeurait à peu près aussi étranger au gouvernement que l’avait été son père, Charles VI, pendant la dernière période de sa vie et de sa démence. Les intrigues des favoris, en se croisant autour du roi, sous l’omnipotence de La Trémoille, l’enfermaient d’un réseau toujours impénétrable. Charles continuait de ne pas voir, d’ignorer les affaires et de ne point régner. Probablement, il ne savait rien, ou peu de chose, touchant la cause qui se débattait à Rouen contre son honneur et 224à son évident préjudice, ni touchant la moribonde, qui lui avait conservé sa couronne1397.

Le jeudi 24 mai, dans l’après-midi, Jeanne s’était laissé raser la tête et avait pris l’habit de femme. Que se passa-t-il ensuite au sein de cette prison ? C’est ce que les documents ne nous révèlent point d’une manière claire, certaine et précise. Sur cette période, les deux procès se contredisent et contiennent l’un et l’autre diverses obscurités. Le récit qui va suivre nous paraît exprimer ce qu’il y a de plus vraisemblable. Jeanne, après cette concession, se sentit émue dans sa conscience et troublée. Elle demanda, dès lors, à être déferrée ; à pouvoir entendre les offices ; à être accompagnée de femmes ; à entrer, enfin, dans les prisons de l’Église. Ces demandes, toutes de droit strict, furent impudemment repoussées. Un redoublement de rigueur fut déployé contre elle : les rapports entre la détenue et ses geôliers devinrent plus aigres, plus acerbes ; la lutte tendait à une issue finale. Ce dénouement éclata le 27 mai1398.

Le dimanche 27 mai 1431 fut celui de la Trinité. Jour et nuit, la prisonnière était gardée à vue. Au moment de se lever, le matin, elle demanda qu’on lui retirât ses fers et qu’on lui donnât ses vêtements. Les habits d’homme, par elle quittés naguère, avaient été mis dans un sac. Pour toute réponse, les gardiens lui jetèrent ce sac sur son lit, en lui disant de s’habiller de la sorte. Jeanne objecta que ces vêtements d’homme lui étaient interdits et réclama son costume de femme ; mais ce dernier 225avait été enlevé à dessein. La matinée se passa en débats, en réclamations, en prières inutiles. Enfin, à midi, contrainte de se lever pour obéir à une nécessité naturelle, Jeanne se décida, plutôt que de rester nue, à reprendre ses habits d’homme, les seuls qu’on lui eût laissés1399.

Ce même jour dimanche, il y eut au château comme une émeute et un tumulte des Anglais autour de Jeanne. Ils répandirent à grands cris que la Pucelle venait de reprendre ses habits d’homme ; qu’elle était relapse1400.

Les Anglais conviaient les visiteurs à venir constater le fait ; plusieurs assesseurs s’y rendirent. Jeanne, à tous ceux qui purent l’approcher, expliqua la ruse odieuse dont elle était victime : mais les soldats choisissaient leurs témoins. Un des survenants, le prêtre Marguerie, se prit à dire : Il serait bon de faire une enquête sur la cause qui a mû Jeanne à revêtir ces habits. De telles paroles suffirent pour mettre cet ecclésiastique en danger de mort. Les Anglais dirigèrent leurs armes contre lui, et Marguerie prit aussitôt la fuite. D’autres clercs ou docteurs, envoyés par Cauchon, tels que Beaupère, Midi, le notaire Manchon, etc., furent témoins des mêmes faits1401.

Le lendemain, 28 mai, les deux juges, informés, se présentèrent à la prison, suivis de quelques assesseurs. Jeanne en larmes, portait sur son visage, sur toute sa personne, les traces visibles de la lutte et des violences qu’elle avait 226endurées. Elle était vêtue de chausses, pourpoint, huque et chaperon d’homme. Interrogée par les magistrats, la Pucelle répondit qu’elle avait repris ces vêtements de son gré, volontairement, et qu’elle y persistait. On lui avait, dit-elle, manqué de parole en lui refusant de la déferrer et de la laisser aller à l’office pour y communier. Elle ajouta que ses voix lui étaient apparues de nouveau ; que son abjuration avait été un acte de faiblesse arraché par la peur ; qu’elle se repentait de son abjuration ; que tous ses faits et dits antérieurs lui avaient été inspirés par Dieu. Enfin, elle préférait terminer son expiation tout d’un coup, c’est-à-dire par la mort, plutôt que de subir davantage les traitements qu’elle endurait1402.

Pierre Cauchon et sa suite se retirèrent. Les Anglais ne cherchaient qu’une occasion de mort. En sortant de la prison, l’évêque rencontra le comte de Warwick et une multitude d’Anglais : Farowelle ! Farowelle1403 ! faictes bonne chère ; elle est prise, il en est faict. Telles furent les propres paroles de Cauchon.

Le mardi 29, il réunit le tribunal dans la chapelle de l’archevêché. Les deux juges et près de quarante conseillers prirent part à la délibération. Sur le rapport de ce qui s’était passé la veille, Jeanne, à l’unanimité, fut déclarée coupable, relapse, et définitivement condamnée. L’appariteur Jean Massieu reçut ordre de citer Jeanne à comparaître le lendemain 30, à huit heures du matin, sur la place du Vieux-Marché, lieu ordinaire 227des exécutions, pour entendre prononcer sa sentence1404.

Le mercredi 30 mai 1431, à sept heures du matin, Jean Massieu pénétra auprès de la condamnée. Il lui signifia l’exploit de citation à comparaître, dans une heure, au lieu indiqué. L’appariteur fut bientôt suivi des deux juges, accompagnés de Courcelles, de Loyseleur et d’autres. Ils recommencèrent auprès de Jeanne leurs obsessions accoutumées, et l’interrogèrent encore au sujet de ses visions. Parmi ces prêtres et tous ces théologiens, il n’en était sans doute pas un qui n’admît comme possibles et même louables, ces illuminations intérieures de la foi. Tous légalisaient et canonisaient, selon leur pouvoir, de semblables manifestations, qui se produisaient pour ainsi dire quotidiennement dans la société religieuse du moyen âge. Mais chez Jeanne, leur ennemie, ils incriminaient ces mêmes manifestations, ils les livraient à la moquerie, ils en faisaient un grief de persécution mortelle. Mal rassurés, toutefois, dans leur conscience, ils venaient ordonner comme un supplément d’instruction. Il leur fallait une dernière sanction à ces prétextes et un surcroît de garanties contre ceux qui pourraient, quelque jour, demander compte aux juges de leur sentence. Les assesseurs firent coucher par écrit tout ce qu’ils voulaient que Jeanne répondît1405.

Au surplus, dans l’âme navrée de l’héroïne, la mesure était comble. La mort, inévitable gouffre qui l’attirait, lui semblait aussi un remède, un refuge. Elle 228avait fini par embrasser cette solution, et volontairement elle s’était donnée à la mort.

Après l’appariteur, Pierre Cauchon, le matin, envoya auprès de Jeanne frère Martin Ladvenu, qui précéda l’évêque et les assesseurs. Ce dominicain était assisté d’un jeune religieux de son ordre nommé Jean Toutmouillé. Il dut à son tour informer la patiente que l’heure était venue, et qu’il fallait mourir. À ces mots, et en dépit d’elle-même, Jeanne s’émut profondément. Si jeune, mourir ainsi, par le feu ! À cette idée, la jeunesse et la vie se révoltèrent dans les flots tumultueux de ses veines.

Ah ! ah ! s’écria-t-elle en portant avec désespoir ses mains, qui se crispaient, à sa chevelure rasée, me traite-t-on si cruellement ? Son titre virginal lui revenait à l’esprit comme un suprême moyen de défense, qu’elle revendiquait dans son naïf orgueil. Faut-il que mon corps pur, dit-elle, et immaculé, soit ainsi consumé, réduit en cendres ! Ah ! j’aimerais mieux être décapitée sept fois que d’être brûlée1406 !

Martin Ladvenu la prit à part, et à deux reprises l’entendit en confession. Avec la permission de l’évêque, il lui donna ensuite l’eucharistie. Peu à peu, le calme se faisait chez la patiente ; les larmes succédaient aux spasmes fébriles de la chair et du sang. Il fallut quitter le château ; vers huit heures du matin, accompagnée de Jean Massieu et de Martin Ladvenu, elle se dirigea vers la place du Vieux-Marché à travers la ville.

Jeanne fit ce trajet, selon toute apparence, dans la charrette 229des condamnés au dernier supplice. Elle était vêtue en femme, d’une robe longue (et de toile probablement), la tête coiffée d’un chaperon féminin, ou couvre-chef, qui cachait ses cheveux ras et se rabattait comme un voile sur son visage. Elle pleurait. Une forte escorte la suivait ; sept à huit cents hommes d’armes sur pied ne permettaient point que qui que ce fût l’approchât1407.

Sur la place du Vieux-Marché, les Anglais avaient déployé un grand appareil. Des établies ou loges furent construites ad hoc et annexées aux bâtiments des halles. Trois échafauds s’élevaient sur cette place. Le plus vaste était destiné à recevoir les prélats, les assesseurs et les autorités de la capitale anglaise. Cauchon, Lemaître, le cardinal d’Angleterre, Louis de Luxembourg, chancelier, l’évêque comte de Noyon, etc., etc., prirent séance sur cette estrade. La seconde devait servir à la prédication ou admonition publique. Le troisième échafaud était le bûcher1408.

Vers neuf heures, tous les acteurs de ce drame se trouvaient réunis. Une immense multitude remplissait l’espace demeuré libre. Jeanne étant montée sur le deuxième échafaud, Midi, docteur désigné par Cauchon, prit la parole. Le nouveau chanoine de Rouen prononça, comme l’avait fait Érard, un sermon dont il emprunta le texte au chapitre XII de la première aux Corinthiens : Si un membre, etc. Durant cette prédication, Jeanne, toujours plus calme à mesure qu’elle s’avançait vers la mort, Jeanne, résignée, 230pleurait et priait. Lorsque le théologien eut fini, l’évêque exhorta la patiente à son tour, et prononça la sentence définitive. Nous t’avons rejetée, dit-il, retranchée et abandonnée comme un membre pourri, pour que tu ne corrompes pas les autres ; nous te rejetons et retranchons de l’unité, ainsi que du corps de l’Église… Nous t’abandonnons à la justice temporelle, en la priant de modérer envers toi son jugement, et de t’épargner la mort, ainsi que la mutilation des membres. Midi reprit alors : Jeanne, va en paix, l’Église ne peut te défendre ; elle te laisse au bras séculier1409.

À ces mots du prédicateur, la séance fut levée pour les gens d’église. Le bras séculier, c’est-à-dire la justice laïque, était présente. Raoul Bouteiller, bailli de Rouen, Pierre Daron, son lieutenant, et Laurent Guesdon, assesseur en cour laïque, avaient seuls qualité pour prononcer la sentence, entraînant la mort physique ou mutilation des membres. Tous les trois, placés dans la grande tribune, faisaient partie de l’assistance. Par une dernière et éclatante violation du droit, cette sentence ne fut point délibérée ni prononcée. Le bailli, sur un signal des Anglais, dit seulement au bourreau : Qu’on l’emmène, ou : Fais ton devoir1410.

Malgré cet ordre, et malgré l’empressement des maîtres, Jeanne, pendant une demi-heure, demeura encore sur l’échafaud. Elle avait demandé une croix : deux bouts de bâton, croisés et liés ensemble par un Anglais, lui furent 231apportés. Jeanne prit ce symbole du sacrifice et le plaça sur son sein, entre ses vêtements et sa chair. D’après son désir, Jean Massieu se rendit à l’église de Saint-Sauveur, dont le portail s’ouvrait sur le Vieux-Marché. Il invita les clercs de cette paroisse à vouloir bien prêter leur croix processionnelle. Cependant, Jeanne, à genoux, pria publiquement et à haute voix. Elle dit que son roi était innocent des actions qu’elle avait entreprises. Elle demanda le pardon des offenses qu’elle avait pu commettre, soit envers ses amis, soit envers ses ennemis. Elle pardonna les offenses qui lui avaient été faites. Enfin la croix de Saint-Sauveur arriva. Jeanne baisa le divin emblème ; il fallut descendre1411.

Un homme d’armes la livra au bourreau. Jeanne remonta dans la charrette, assistée des deux dominicains Ladvenu et Isambard de la Pierre. Au moment où elle s’éloignait, un des assesseurs se fit jour à travers la mêlée du cortège. C’était Loyseleur, le prêtre qui avait trahi sa confession. Pressé par le remords, il se traînait vers la généreuse victime et venait implorer son pardon. Loyseleur fut écarté, repoussé, menacé par les Anglais1412.

L’héroïne traversa ainsi la place et fut menée au troisième échafaud. Tout était prêt depuis longtemps. Le bois seul, d’ordinaire, entrait dans la construction de ces appareils de supplice ; mais les Anglais avaient prescrit pour cette circonstance, un luxe et un développement matériel inusités. L’estache ou poteau contre lequel devait être liée la patiente était en plâtre et reposait sur un ouvrage de 232maçonnerie. Des degrés conduisaient à la plate-forme. Un immense amas de bois formait la base, et sur ce vaste théâtre, la victime pouvait être vue de tous les yeux. Le bourreau s’était muni de charbon, d’huile et de souffre. Mais la grandeur de l’édifice ne lui permettait pas de maîtriser aisément l’exécution1413.

Jeanne, toujours assistée de Ladvenu, monta sur la plate-forme et fut liée à l’estache. Vêtue de sa robe, elle avait échangé sa coiffure de femme contre une mitre de papier sur laquelle était écrit : hérétique, relapse, apostate, ydolastre. Un tableau, placé devant le bûcher, présentait cette inscription : Jehanne, qui s’est faict nommer la Pucelle, menteresse, pernicieuse, abuseresse de peuple, devineresse, superstitieuse, blasphèmeresse de Dieu… invocateresse de déables, etc.1414

Cependant, les persécuteurs de la Pucelle avaient fini par se prendre au piège de leur propre triomphe. Cet accomplissement final de l’iniquité, cette terrible mise en scène causaient une impression opposée à celle qu’en attendaient les auteurs. Le cardinal d’Angleterre, vieillard blasé de plaisirs et usé, Pierre Cauchon, pleuraient. Tous ceux qui, même à travers le fanatisme de la passion ou des intérêts, conservaient quelque libre arbitre dans le cœur ou dans l’esprit, participaient à cette émotion1415.

Lorsque Jeanne vit briller les flammes, elle commanda au dominicain de descendre et de tenir haute devant elle la 233croix de Saint-Sauveur. Le religieux obéit à cette double prescription. Jeanne contempla cette croix jusqu’au dernier regard de ses yeux. Elle répétait le nom de Jésus au milieu de la fournaise grandissante. Une dernière fois elle cria : Jésus1416 !…

Aussitôt qu’elle eut cessé de vivre, l’exécuteur, sur l’ordre des chefs, écarta les brandons ardents. La femme, alors, dépouillée par le feu de ses derniers voiles, fut exhibée, dans sa nudité funèbre, aux regards de la foule. Ainsi la mort et l’identité de la victime pouvaient compter autant de témoins pour en déposer, que le supplice avait eu de spectateurs1417.

Puis, les brandons furent rapprochés et rallumés, afin d’achever l’œuvre de destruction ; mais en vain : le bourreau lui-même, ému et troublé, ne put y réussir. Huile, souffre, charbon ne servaient de rien dans ses mains défaillantes ; les derniers restes d’un cadavre se jouaient du tortionnaire et de ses engins. C’en était assez pour fournir des reliques au culte de la postérité… Par ordre du cardinal d’Angleterre, ces vestiges furent réunis et jetés dans 234la Seine1418. Quant à l’exécuteur, éperdu en sortant d’accomplir son office, il courut au couvent des dominicains, voisin du fleuve et du Vieux-Marché. Là, devant les confesseurs de la jeune martyre, il raconta ce qui s’était passé. Le bourreau protesta qu’un pareil fait n’avait pu être permis de Dieu sans miracle.

Jean Thiessart, notaire du roi d’Angleterre, était présent au supplice. En se retirant chez lui, triste et gémissant, il dit : Nous sommes tous perdus, car nous avons brûlé une sainte1419.

Fin du livre IV.

Notes

  1. [1050]

    Domrémy et Greux (annexe), aujourd’hui canton de Coussey, arrondissement d’Épinal, Vosges.

  2. [1051]

    Les autorités sur lesquelles se fonde tout le commencement de ce chapitre sont réunies dans le mémoire intitulé : Nouvelles recherches sur la famille, etc., de Jeanne d’Arc. 1854, in-8°, Romée au féminin, ou, dans le midi et au masculin, Romieu, signifiait : qui a fait le grand pèlerinage, qui a été à Rome. Isabelle s’appelait ainsi héréditairement.

  3. [1052]

    Non multum divites. Quicherat, Procès, t. II, p. 335 et suiv. Ce recueil est la principale source qui vous sert d’autorité pour toute la partie connue de la carrière de Jeanne.

  4. [1053]

    Procès, t. III, p. 74. À Rouen, Jeanne, interrogée sur ce chapitre, répondit que pour ce qui est de coudre et de filer, elle ne craignait aucune dame de cette grande ville ; quant à avoir gardé les bestiaux, elle dit qu’elle ne s’en souvenait plus.

  5. [1054]

    Procès, t. II, p. 391 et suiv.

  6. [1055]

    Procès, t. I, p. 185 ; t. II, p. 413, etc.

  7. [1056]

    Procès, t. I, 66.

  8. [1057]

    Procès, t. II, p. 51, 214, etc.

  9. [1058]

    Ibid. — D. Plancher, t. IV, p. lv et Ivj des Preuves, convention du 18 mars 1426.

  10. [1059]

    Procès, t. I, p. 132, etc.

  11. [1060]

    Chaumont, chef-lieu du bailliage, était au pouvoir de Bedford. Jean de Torcenay y remplissait le siège du bailliage pour Henri VI. Robert de Baudricourt cumulait avec la capitainerie de Vaucouleurs la charge de bailli de Chaumont pour Charles VII. Procès, t. II, p. 411 ; t. IV, p. 326.

  12. [1061]

    Ibid., p. 436, etc.

  13. [1062]

    Procès, t. I, p. 128, 215, etc.

  14. [1063]

    Ibid., t. I, 68, 1213 ; t. III, 341, 429 ; t. IV, 481.

  15. [1064]

    Lettre du 22 juin ; l’original aux archives municipales de Reims. Il en existe une copie (faite par Fontanieu ?) à la direction générale des Archives : K, carton 69, n° 43, 3.

  16. [1065]

    Procès, t. II, 411 ; t. III, 115 et passim. — Une version française de la chronique Antonine, version inédite et datée de 1485 à 1509, atteste et précise l’allégation de ce concert entre Baudricourt et le gouvernement. Ms. fr. 1391, f° 265. Communication de M. Paulin Paris. M. Michelet a très ingénieusement remarqué l’influence que la reine Yolande dut exercer, à cet égard, en Lorraine, et la part qui lui revient dans l’accueil favorable que reçut Jeanne d’Arc à la cour. (Hist. de France, t. V, p. 61.)

  17. [1066]

    Procès, t. I, p. 54, etc. Biographie Didot : Mai (Alison du).

  18. [1067]

    Recherches iconographiques sur Jeanne d’Arc, p. 2 et suiv.

  19. [1068]

    Voir la tapisserie d’Azeglio, conservée au Musée Jeanne d’Arc d’Orléans. Cette image a été gravée : Illustration, 1855, octobre, p. 286 ; et reproduite par MM. Bordier et Charton, Histoire de France, etc., t. I, p. 518. Vallet de Viriville, Recherches iconographiques, 1855, in-8°.

  20. [1069]

    Recherches iconographiques sur Jeanne d’Arc, p. 2. — Colet de Vienne est sans doute le même que Jean Colez, chevaucheur de l’écurie du roi, etc. Voyez Procès, t. V, p. 260, et Le Brun de Charmettes, Histoire de Jeanne d’Arc, t. I, p. 404, note 2.

  21. [1070]

    Montreuil, p. 314. Procès, t. I, p. 75 ; t. III, p. 70, etc.

  22. [1071]

    Procès, t. II, p. 435 ; t. III, p. 87.

  23. [1072]

    Procès, t. I, 75, 222 ; IV, 313.

  24. [1073]

    Au moment où Jeanne et ses compagnons arrivaient à Chinon, des hommes d’armes français dressèrent une embuscade sur sa route. Leur but était de dévaliser les survenants et de les rançonner. (Procès, t. III, 203.) Nous n’avons pas besoin d’insister sur un trait aussi caractéristique.

  25. [1074]

    Voyez Procès, t. II, p. 447.

  26. [1075]

    Montreuil, p. 273. Procès, t. I, p. 143 ; t. III, p. 66. — G. de Cougny, Notice sur le château de Chinon, Chinon, 1860, in-8°, fig. ; p. 14, 10, 61. La tour du Coudray est figurée pl. I, au point A, 2.

  27. [1076]

    Procès, t. III, p. 115.

  28. [1077]

    Procès, t. V, p. 118. Montreuil, p. 273.

  29. [1078]

    Procès, t. I, p. 75 ; t. III, p. 103. — Vallet de Viriville, Charles VII et ses conseillers, p. 37. — Cougny, Notice sur Chinon, p. 15, 61. Voyez pl. I, le plan, et pl. II le point A. Aquarelle de 1699, portefeuille Gaignières, cabinet des estampes (topographie), Chinon, feuillet marqué 54. J’ai sous les yeux un dessin dans lequel j’ai constaté l’état de ces lieux en 1843.

  30. [1079]

    Procès, t. I, p. 75 ; t. III, p. 103. — Vallet de Viriville, Charles VII et ses conseillers, Paris, Dumoulin, 1859, in-8°, p. 37.

  31. [1080]

    La Pucelle avait pu être guidée sur ce point par le confesseur du roi.

  32. [1081]

    Procès, t. III, p. 75 ; t. IV, p. 128, 208. — Lannoy, Histoire du collège de Navarre, t. II, p. 524. — Mémoires de Pie II, liv. VI, p. 154. — Montreuil, p. 274. — Déposition de frère Pâquerel, confesseur et aumônier de la Pucelle ; Procès, t. III, p. 103, etc. — Cf. Quicherat, Aperçus nouveaux, etc., p. 73. Maan, Sancta et metropolitana ecclesia Turonensis, 1667, in-folio, p. 163. — Gérard Machet est sans doute le personnage désigné en ces termes dans le poème latin anonyme (Procès, t. V, p. 32) : …Vir unus, Inter doctores sacres non ultimus… Le même poète, qui est, je crois, le Normand Robert Blondel, indique également un autre personnage, comme ayant contribué à faire admettre la Pucelle : …Senior vates qui nomine Petrus Dictus erat, dulci normanna gente creatus… (Ibid.) Nous appuyons ici la conjecture du savant éditeur M. Quicherat, et nous pensons qu’il s’agit de Pierre de Saint-Valérien, maître en médecine et en astrologie. Ce poème de Robert Blondel, inachevé, paraît avoir été écrit à l’époque de la réhabilitation.

  33. [1082]

    La scène que nous décrivons se voit peinte dans un tableau très remarquable de l’époque, le Buisson ardent, cathédrale d’Aix. Cette scène représente par allégorie l’Annonciation de la Vierge. (Voyez Renouvier, les Peintres de René d’Anjou, 1857, in-4°, p. 13 ; et la planche dans les Œuvres de René, édit. Quatrebarbes, t. I, après la page cxlviij.) …Aussi, si elle n’est pucelle, la licorne n’a garde d’y toucher, mais tue la fille corrompue et non pucelle. (Berger de Xivrey, Traditions tératologiques, p. 669.) — Maury, Légendes pieuses, p. 176.

  34. [1083]

    Vallet de Viriville, Nouvelles rech. sur Agnès Sorel, p. 33 et s. Bullet. de la Soc. des antiquaires de Picardie (congrès de Laon, août 1868), t. VI, p. 621 et suiv. — Du Gange, Glossaire, au mot matrimonium.

  35. [1084]

    Anselme, Généalogie des Gaucourt. — Biographie Didot, article Le Maçon. — Procès, t. III, p. 102, 209 ; t. V, p. 87.

  36. [1085]

    Montreuil, p 275 et suiv. — Itinéraire. — Procès, t. III, p. 74, etc. — Jean Rabateau fut un des conseillers influents de Charles VII.

  37. [1086]

    Montreuil, ibid.Procès, t. I, p. 71 à 94.

  38. [1087]

    Itinéraire. — Montreuil, ibid., etc.

  39. [1088]

    Ms. s. fr. 2342, f° 45. — Archives de Tours, dans le Cabinet historique, 1859, p. 196. — Procès, t. III, p. 93. — Appatiser, mettre à pacte, rançonner.

  40. [1089]

    Biographie Didot, article Jean, duc d’Alençon. — Procès, t. I, p. 55 ; 133 ; t. III, p. 96 ; t. IV, p. 10.

  41. [1090]

    Montreuil, p. 277. — Statuette de M. Carrand ; Recherches iconographiques, planche 2. — Les Miracles de madame sainte Catherine de Fierbois, publié par M. l’abbé Bourassé, Tours, 1858, p. 19 et passim.

  42. [1091]

    Voyez Procès, t. V, à la table : Épée de Fierbois.

  43. [1092]

    C’est-à-dire La Paule (témoignage de Louis de Contes). — Éléonore de Paule avait été damoiselle de la reine, de 1422 à 1427. En 1429, elle était mariée à Jean Dupuy, seigneur de la Roche-Saint-Quentin, principal conseiller, à Tours, de la reine Yolande.

  44. [1093]

    Procès, t. I, p. 18, 117, 181 ; t. III, p. 66, 101 ; t. IV, p. 490 ; t. V, p. 154, 258. — Archives de Tours, Bull. Soc, hist. de France (loc. cit.), p. 113. Tapisserie d’Azeglio.

  45. [1094]

    Procès, t. III, p. 103 ; t. IV, p. 120, 301, 322. — Montreuil, p. 281.

  46. [1095]

    Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat ; devise de la monnaie au quinzième siècle.

  47. [1096]

    Montreuil, p. 281, 283. — Procès, t. III, p. 104, 106.

  48. [1097]

    Journal du siège, p. 153.

  49. [1098]

    Journal du siège. — Procès, t. III, p. 212, etc.

  50. [1099]

    Ibid., p. 146. — Ms. Cordeliers, n° 16, f° 483. — Jollois, Histoire du siège d’Orléans, p. 24 et suiv. The regent answered the duke’s ambassadors, that it was not honorable, nor yet consonant to reason, that the King of England should beate the bushe ; and the duke of Burgoyne should have the birdes. (Grafton, p. 579.) — Cf. Jean Chartier, in-16, t. I, p. 65.

  51. [1100]

    Extraits de comptes concernant le fait de l’advitaillement d’Orléans, Ms. s. fr. 2342, f° 49, 50. — Procès, t. III, p. 74, etc.

  52. [1101]

    Violées.

  53. [1102]

    À condition que vous mettiez bas les armes et que vous payiez une indemnité pour avoir occupé indûment ces villes.

  54. [1103]

    Tintamarre, terme populaire et familier.

  55. [1104]

    C’est-à-dire le mardi de la semaine sainte, 22 mars 1429. — D’après la copie envoyée aux princes d’Orléans en Angleterre par Cousinot, chancelier du duc Charles. — Montreuil, p. 281.

  56. [1105]

    Montreuil, ch. XLV. — Déposition de Pâquerel, aumônier en chef : Procès, t. III, p. 105 et suiv. — Histoire du siège d’Orléans, p. 37. — D. Pitra, Spicilegium Solesmense, t. III, p. 130.

  57. [1106]

    Les mêmes. — Montreuil, ch. XLVI. — Kausler, Atlas des batailles. — Jollois.

  58. [1107]

    Pour bien goûter ce dialogue, il faut, je crois, se rappeler que les prisonniers étaient un butin, une marchandise courante. Jeanne répond à la politesse d’une alose que lui fait le trésorier, par l’offre d’un godon. (Montreuil, ch. XLVIII.)

  59. [1108]

    Montreuil, ch. XLVIII. — Procès, t. III, p. 70, 110, etc.

  60. [1109]

    Montreuil, ibid.Procès, t. III, p. 110 ; t. V, p. 103.

  61. [1110]

    Montreuil, ibid.

  62. [1111]

    Les mêmes. — Grafton, p. 551.

  63. [1112]

    Au siège de Compiègne, en 1422, il y avait cinq cents folles femmes dans la garnison, composée de cent hommes d’armes (nobles) et mille hommes de pied ; au total : quinze cents militaires environ. (Journal de Paris, p. 658.)

  64. [1113]

    Cabinet historique, cité, p. 102. — Lemaire, Histoire d’Orléans, 1648, in-fol., p. 185. — Jollois, Histoire du siège, p. 52. — Procès, t. IV, p. 136, 156. — Vergnaud-Romagnési, Bulletin du bouquiniste du 15 janvier 1861, p. 19 et 20. — Amos Barbot, Histoire de La Rochelle. — Ms. Saint-Germain, fr., n° 1060, sub ann. 1429. — Arcère, Histoire de La Rochelle, t. I, p. 271. — Nos archives de ville marquent que Léger Saporis, évêque de Maguelonne (du 25 mai 1429 à 1430), fit la bénédiction de la chapelle de Notre-Dame des Bonnes-Nouvelles, fondée et bâtie par les habitants de Montpellier lorsqu’ils eurent appris la levée du siège d’Orléans et le sacre du roy en la ville de Reims. (Grefeuille, Histoire de Montpellier, 1739, in-fol., p. 143, 198.) Gallia christiana, t. VI, col. 800. Etc.

  65. [1114]

    Proceedings, etc., of privy council, t. III, p. 322.

  66. [1115]

    Proceedings, ibid. Rymer, t. IV, partie IV, p. 143.

  67. [1116]

    Proceedings, p. 324. — Rymer, part. cit. passim.

  68. [1117]

    Le texte anglais dans Rymer, p. 141.

  69. [1118]

    Montreuil, p. 286 (cf. déposition de Dunois, Procès, t. III, p, 8) ; Montreuil, p. 297. — P. Cochon, p. 456.

  70. [1119]

    Montreuil, p. 298. — Chronique de Tournai, publiée en 1856, par M. le chanoine De Smet, dans la collection des Chroniques belges, Bruxelles, in-4° ; Chroniques de Flandres, etc., t. III, p. 411. — Il faut distinguer ici l’embrassement du baiser ou accolade.

  71. [1120]

    Montreuil, p. 298. — Procès, t. III, p. 9 et s. 80, etc. ; t. IV, p. 331 ; etc. — Vers ce temps, Gilles de Rais battit les Anglais commandés par Blankburn, devant Le Lude sur le Loir (Sarthe) : D’Argentré, Histoire de Bretagne, 1618, in-f°, p. 776.

  72. [1121]

    Déposition du comte de Dunois, Procès, t. III, p. 11 et 12.

  73. [1122]

    Ibid.Nouvelles recherches sur la famille de Jeanne d’Arc, p. 29. — La Pucelle ne porta point personnellement ces symboles héraldiques. Elle conserva de préférence les emblèmes qu’elle avait choisis et adoptés.

  74. [1123]

    Cousinot, etc., p. 355. — Procès, t. V, P. 109.

  75. [1124]

    Montreuil, p. 299 et suiv. — P. Cochon, p. 455. — Déposition du duc d’Alençon, Procès, t. III, p. 96. — Chronique martinienne, f° 276.

  76. [1125]

    Ibid. — Jean Chartier et suites, t. I, p. 82 ; t. III, p. 203.

  77. [1126]

    Itinéraire. — Montreuil, p. 302 et suiv. Procès, t. III, p. 97. D’Argentré, p. 777.

  78. [1127]

    Montreuil, p. 306. — Archives de Tours, Cabinet historique, p. 109. — Jean Chartier, etc., t. III, p. 201-209. — D’Argentré, ibid.

  79. [1128]

    Cagny, Procès, t. IV, p. 12 et suiv. — Berry. Godefroy, p. 318. — Montreuil, ibid.

  80. [1129]

    Jean Chartier, t. I, p. 83 et suiv. — Wavrin-Dupont, t. I, p. 292. — Chronique martinienne, f° 276.

  81. [1130]

    Wavrin, ibid. — Monstrelet, ch. LXI. — P. Cochon, p. 455. — Biographie Didot : Fastolf. — Registre du conseil dans Procès, t. IV, p. 452, etc.

  82. [1131]

    Montreuil, p. 295, 312. — … Elle faisoit merveilles d’armes de son corps et manyoit ung bourdon de lance très puissamment et s’en aidoit radement, comme on véoit journellement. (Ms. Cordeliers, n° 16, f° 484 ; Chronique bourguignonne). Procès, t. III, p. 32, etc. (voir à la table, ces mots : Jeanne, entendue au fait de la guerre.)

  83. [1132]

    Animando armatos, Procès, t. III, p. 120 et passim.

  84. [1133]

    Montreuil, p. 308 et suiv. — Gruel, Procès, t. IV, p. 320.

  85. [1134]

    Ibid. — Montreuil, p. 304. — Monstrelet, ch. LXIII.

  86. [1135]

    Ibid.Procès, t. III, p. 116 ; t. IV (Cagny), p. 18. — Après la campagne, selon toute apparence, les états du Languedoc votent une aide de 150,000 livres pour le sacre, etc. (Ms. Fontanieu, 115, à la date du 15 juillet 1430.)

  87. [1136]

    Montreuil, p. 310.

  88. [1137]

    Procès, t. V, p. 125, 127. — Jean de Thoisy, évêque de Tournay, conseiller de Philippe le Bon, était favorable aux Anglais. Voyez Monstrelet, ch. LXIX. — Ces deux lettres donnent lieu de présumer que des convocations semblables furent adressées aux autres autorités et bonnes villes.

  89. [1138]

    Montreuil, p. 313. — Anselme et biographie Didot : articles La Trémoille (Georges de). — D. Plancher, t. IV, p. 130.

  90. [1139]

    Montreuil, p. 315 — Ms. Cordeliers, n° 16, f° 484 v°. — Ms. La Ravallière 108, p. 215. — Boutiot, Guerre des Anglais, 1861, in-8°.

  91. [1140]

    Montreuil, ibid.

  92. [1141]

    Cette doctrine était celle de l’Antéchrist. — Voyez sur ces faits : Revue archéologique, 1861 ; mémoire intitulé : Notes sur deux médailles de plomb, etc., relatives à Jeanne d’Arc.

  93. [1142]

    Richard partit de Paris le 30 avril. En juin, il était à Gien près de la Pucelle. Le 10 mai 1429, mandement de Philippe le Bon contre les prédicateurs étrangers. (Bull. Soc. hist. de France, 1860, p. 232, 233). — Sur Richard : Montreuil, p. 315 ; Journal de Paris, p. 679 ; Monstrelet, IV., 635 ; Biographie Didot : Richard.

  94. [1143]

    Procès, t. I, p. 99 et suiv. ; t. IV, p. 290 et suiv. D. Marlot, Hist. de Reims, t. IV, P. 172.

  95. [1144]

    Montreuil, p. 315. — Launoy, Historia colleg. Navarræ, t. II, p. 549. — Archon, Histoire ecclés. de la chapelle des rois de France, t. II, p. 362. — Conciles de Hardouin, t. VIII, p. 1039.

  96. [1145]

    Ms. la Ravallière, t. LI, p. 32 ; t. LVII, f° 6, v° ; t. CVIII, p. 203, 215. — Gallia Christiana, t. XII, p. 514, 515, 590. — Mémoires de l’Académie de l’Aube, 1853, p. 28. — Camusat, Auctuarium promptuarii, 1620, in-8°, p. 25. M. M. 835, f° 190.

  97. [1146]

    Et aucunes simples gens disoient qu’ils avoient vu autour de l’estendard de ladite Pucelle, une infinité de papillons blancs. Montreuil, p. 318. — Procès, t. III, p. 14 ; t. IV, p. 296, etc. — Sur l’influence de la Pucelle par rapport aux conseillers de Troyes, conférer Boutiot, Guerre des Anglais, p. 8.

  98. [1147]

    Montreuil. — Jean Chartier, I, 93 et suiv. — Basin, I, 75. — Camusat, Promptuarium, p. 234. — Ordonnances, t. XIII, p.142. — Henri VI, par lettres du 31 août 1429, ordonne au prévôt de Paris de faire vendre, sans aucun délai ni forme judiciaire, les biens que possèdent, à Paris, divers personnages dénommés dans l’acte. Ces personnages sont : l’évêque de Troyes, le maître de l’Hôtel-Dieu Illec, l’archidiacre de Gaucourt (Jean de Gaucourt, oncle de Raoul VI, archidiacre de Joinville en l’église cathédrale de Châlons-sur-Marne), Pierre de Lignières (grande famille du Berry), et plusieurs autres qui se sont naguère mis hors de nostre obéissance et rendus en celle de nostre adversaire Livre noir, f° 59 ; Archives de la préfecture de police. — Ibid., f° 265. — Ms. Fontanieu 115, à cette date.

  99. [1148]

    Montreuil, p. 319, 320. — Procès, t. II, p. 391, 422 ; t. III, p. 99 ; t. IV, p. 19, 298. — Barthélemy, Histoire de Châlons, p. 183. — Lettres d’abolition, pour Châlons, données à Lestrée le 13 juillet 1429. (Ibid. p. 331, 335.) C.-E. — Dumont, Histoire de Commercy, 1843, in-8°, t. I, p. 218.

  100. [1149]

    Procès, t. III, p. 301. — Cette même année, Gerson dicta les instructions qui devaient être transmises au précepteur du dauphin, pour l’éducation de ce prince. (Lannoy, Hist. colleg. Navarræ, t. I, p. 139.)

  101. [1150]

    Ordonnances, t. XIII, feuillet iij. — D. Marlot, t. II, p. 91.

  102. [1151]

    Entre Verzy et les Petites-Loges. Montreuil, p. 320. Papiers de Rogier, Procès, t. IV, p. 297 et suiv., etc.

  103. [1152]

    Ms. Cordeliers, n° 16, f° 485 v°. — Ms. Dupuy, n° 657, f° 288, et Brienne, n° 197, f° 301 et suiv.

  104. [1153]

    Mémoire sur le sacre, dans Varin, Archives de Reims, t. III, p. 559 et suiv. — Procès, t. 1, p. 91. — Mémoires de Pie II (ibid., t. IV, p. 513). — Ms. fr. 6356, f° 294. — Godefroy-Hermant, Histoire ecclésiastique du Beauvaisis, ms. s. fr. 5, 2, t. III, p. 1157-9.

  105. [1154]

    Montreuil, 321. — Journal du siège (Procès, t. IV, 185). — Marlot, IV, 175.

    Sur l’abbé de Saint-Rémy et la sainte ampoule. — À révérend père en Dieu Jehan, abbé de l’église, Monsieur Saint-Rémy de Reims, la somme de 50 livres tournois, qui, du commandement et ordonnance du roy nostre sire, lui a esté paiée et baillée par ledit trésorier, pour un cheval, que ledit seigneur lui doibt le jour de son sacre et couronnement, qu’il prist et receut (le sacre) en la grande église du lieu de Reims, le 17e jour de juillet 1429, pour apporter, dessus icellui cheval, dudit lieu de Saint-Rémy, la Sainte-Ampole et pour icelle reporter, après son dit sacre fait et receu, audit Saint-Rémy, etc. Ms. s. f. 2342 (Extraits de la chambre des comptes), f° 37. — La sainte ampoule, proprement dite, consistait en une petite fiole de verre blanc. Vers le douzième siècle, époque où la tradition miraculeuse paraît avoir pris toute sa consistance, cette ampoule de verre (qui remontait, dit-on, à saint Rémy, c’est-à-dire au cinquième siècle), fut enchâssée, selon l’usage, dans le ventre d’une colombe d’or. L’oiseau, dont les pattes et le bec étaient de corail, fut en outre serti dans une sorte de plat, en vermeil ciselé et enrichi de pierreries. Une chaîne d’argent était fixée par deux extrémités à ce reliquaire, qui se conservait en l’abbaye de Saint-Rémy, à côté des ossements ou tombeau du saint. Cette chaîne pouvait servir à suspendre la sainte ampoule dans le lieu où on la conservait. Passée au cou de l’abbé ou grand prieur de Saint-Rémy, la chaîne servait aussi à porter cette relique de l’abbaye à la cathédrale. (Voyez sur ce sujet D. Marlot in-4°, t. II, p. 51, notes des éditeurs et les renvois.)

  106. [1155]

    Montreuil. — Journal. — Plans de Reims. Varin, loc. cit., p. 557-8. — Lettre sur le sacre, Procès, t. IV, p. 129. — Ms. La Ravallière, n° 126, f° 86.

  107. [1156]

    Lettre citée. — Monstrelet, chap. LXIV. — Ms. Cordeliers n° 16, f° 486. Ms. s. f. 2342, f° 39 v°. — Cagny. — Procès, t. IV, p. 20. — Gallia Christiana, t. IX, col. 551 ; t. XI, 693. — Sur le privilège du connétable et son office dans les cérémonies du sacre, voyez Anselme, à la charge de connétable, éd. de 1712, t. I, p. 343-4. Les évêques-pairs de Langres, Noyon et Beauvais, absents, servaient le roi d’Angleterre. Parmi les pairs laïques, le duc de Bourgogne était le seul qui subsistât des anciens titulaires ; les autres pairies avaient été réunies à la couronne.

  108. [1157]

    Montreuil. — Lettre. — Jean Chartier, t. I, p. 97 ; t. III. p. 205. — Ordo du sacre : Mss. latins 1246 et 8886. … La sainte ampoule, jadis envoyée de par Dieu des cieulx ; qui par avant estoit vuyde, s’en trouva pleine et illec receutes vous, par miracle divin, les enseignes royales dont vous estes merchié (marqué). Discours historique adressé en 1449 à Charles VII par Robert Blondel. Ms.1341, s. G. f° 85.

  109. [1158]

    Par l’absence de La Fayette et des pairs, il manquait un maréchal de France et deux comtes-pairs laïques : Rais, Laval et La Trémoille furent promus eu conséquence. — Ms. Dupuy, 416, f° 17 et suiv. — Lettre, p. 129. — Cagny, p. 20. — Dumont, Histoire de Commercy, t. I, p. 218. — Charles VII fit présent à la cathédrale des tapis de satin vert qui avaient servi à son sacre. Il offrit, en outre, à cette église un ornement de chapelle, ou collection de vêtements sacerdotaux en velours rouge. Il donna enfin un ornement de Damas blanc à Saint-Rémy (D. Marlot, t. IV, p. 175).

  110. [1159]

    Sources citées. — Montreuil, p. 322-3. — Jacques d’Arc père de Jeanne, et l’un de ses frères, Pierre, accompagnaient à Reims leur fille et leur sœur. Procès, t. III, 198, etc. — Noms des seigneurs, etc., qui suivirent le roi à la campagne de Reims : Delort, Essai sur Charles VII, etc., 1824, in-8°, p. 174.

  111. [1160]

    Mémoires de Pie II, loc. cit. — Ms. Cordeliers, n° 16, f° 485 v° (inédit). — Nous transcrivons la date du 28 juillet, d’après Labarre, Mémoires de Bourgogne, t. II, p. 203. — Peut-être faut-il lire 28 juin ? La feinte ne se révèle pas moins, soit que l’on admette l’une ou l’autre variante.

  112. [1161]

    Ms. Cordeliers, 16, f° 486. — Pie II, ibid. — Montreuil, p. 323. — Bollandistes au 1er mai, p. 70 et suiv.

  113. [1162]

    Saint Marcou était invoqué pour les marques au cou, de même que saint Clair l’était par les aveugles, etc., etc. La maladrerie de Saint-Marcou et la cérémonie royale subsistèrent autant que la monarchie. M. le docteur Chereau, déjà connu par ses travaux d’histoire médicale, prépare sur ce sujet un mémoire plein de faits curieux.

  114. [1163]

    Ms. Cordeliers n° 16, f° 486, 489 vu. — Montreuil, ibid., 3. — Chartier, t. I, p. 98 et suiv. ; t. III, p. 205. — Saint-Rémy. — Procès, t. IV, p. 432. — D. Grenier, t. 20 bis, f. 12, 15 ; t. 89, p. 271. — Martin et Jacob, Histoire de Soissons, 1837 in-8°, t. II, p. 319.

  115. [1164]

    Catalogue Teulet, p. 282-3. — Procès, t. III, p. 12, 13. — Monstrelet, chap. LXIII, LXX. — Beaurepaire, Administration, p. 61, 62. — Voyez aussi P. Cochon, p. 458, chap. L.

  116. [1165]

    Lettres des rois et reines, t. II, p. 409. — Proceedings, etc. t. III, p. 345. — Le Brun de Charmettes, t. II, 229. 236.

  117. [1166]

    Journal de Paris, p. 680. Registre du conseil. — Procès, t. IV, p. 454. — Sarrasin, varia monumenta : L. L. 414, f° 77.

  118. [1167]

    Beaurepaire, Administration, p. 62. — Lettre de Jean Desch, Procès, t. IV, p. 354.

  119. [1168]

    Un étendard au milieu duquel il y avait une quenouille chargée de lin ; un fuseau à moitié rempli de fil pendait à la quenouille ; le champ était semé de fuseaux vides, etc. (Chronique de Lille, n° 26, déjà citée, p. 103). — Rymer, t. IV, partie IV, p. 150. — Registre du conseil, Procès, t. IV, p. 453, etc. — Cette division était probablement celle que conduisit Jean Radcliff, sénéchal de Guyenne. Voyez Beaurepaire, Administration, p. 63.

  120. [1169]

    Procès, t. III, p. 67, 68, 117, etc. — Ms. Cordelier, n° 16, f° 485.

  121. [1170]

    Conférer, Procès, t. III, 341.

  122. [1171]

    Lettre de la Pucelle aux Rémois. Procès, t. V, p. 139. — Montreuil, p. 325.

  123. [1172]

    Montreuil, p. 326.

  124. [1173]

    Ce que j’avais coutume de faire.

  125. [1174]

    Montreuil, ibid. — Le comte de Dunois, déposant pour le procès de réhabilitation en 1456, rapporte ce dialogue en termes à peu près identiques. Seulement (variante notable), il place dans la bouche du chancelier, mort depuis 1444, cette phrase, que Montreuil attribue au même Dunois : Jeanne, savez-vous quand vous mourrez, etc. Procès, t. III, p. 14.

  126. [1175]

    Voyez la note 1053 et le passage ci-dessus.

  127. [1176]

    Ms. Cordeliers n° 16, f° 487-9. — Montreuil et suite, p. 324-5, 456. — Monstrelet, ch. LXV. — Procès, t. IV, p. 21, 47, 454, etc. — Le 12 août 1429, attaque des Anglais contre Châlons, repoussée. (Barthélemy, p. 183.)

  128. [1177]

    Les mêmes. — Jean Chartier, t. I, p. 99 et suiv. — Carlier, Histoire du Valois, t. II, p. 456. — Delpit, p. 238. — Chron. de Lille, p. 103, 104. — Ms. s. fr. 2342, f° 38.

  129. [1178]

    Carlier, ibid., p. 453. Ad. — Bernier, Monuments inédits, etc. (Chronique de Senlis) 1834, in-8°, p. 18. — Monstrelet, ch. LXX.

  130. [1179]

    D. Plancher, t. IV, Preuves, p. lxxviij et s. — Ms. Cordeliers n° 16, f° 487.

  131. [1180]

    Ms. Cordeliers n° 16, f° 489 v° et suiv. — Montreuil, p. 331. — Ordonnances, t. XIV, p. 108. — Jean Chartier, t. 1, p. 106. — Berry. Procès, t. IV, p. 47. — D. Plancher, p. lxxx-j. — Du Tillet, Recueil des traités, p. 222. — Pontus Heuterus, p. 247. Etc.

  132. [1181]

    Procès, t. V, p. 126.

  133. [1182]

    Ms. Cordeliers, n° 16, f° 486 v°. — Cagny. Procès, t. IV, p. 24 ; Berry, ibid., p. 47. — Montreuil, p. 332. — Jean Chartier, t. I, p. 107.

  134. [1183]

    Cagny cité, p. 43. — Montreuil, p. 332. — Jean Chartier, p. 106. — P. Cochon, p. 457.

  135. [1184]

    Registre du conseil, Procès, t. IV, p. 451. — Registres-bannières du Châtelet, Livre noir, f° 61. — Le 3 août 1429, parut, au nom d’Henri VI, une ordonnance qui prescrivait à tous les tenanciers de terre d’avoir à se retirer dans leurs tenures, sous le délai d’un mois. Chacun devait y comparaître en personne, ou du moins par procureur, pour acquitter le service militaire des fiefs. (Proceedings, etc., p. 349.) — Catalogue Teulet, p. 383. — Titres originaux de Saint-Martin des Champs, allégués Ms. s. fr. 4805, fa 178 v°. — Ms. Fontanieu 115, au 27 août 1429. — Ms. Gaignières 649, 4, f° 2. — Beaurepaire, Administration, p. 63.

  136. [1185]

    Montreuil, p. 332. — Monstrelet, ch. 70, — Journal de Paris. Procès, t. IV, p. 463. — Les documents ne nous instruisent pas avec clarté des résultats que produisit la levée en masse de nobles, mentionnée ci-dessus.

  137. [1186]

    Les mêmes. — Doublet, Antiquités de Saint-Denis, dans Godefroy, Charles VII, p. 321. — D. Plancher, t. IV, p. 133. — Le 7 septembre 1429, Charles VII institue Jean Tudert (doyen de l’église de Paris ou Notre-Dame) au gouvernement et administration de toutes finances, des pays par deçà la rivière de Seine. (Ms. Gaignières, 771, f° 102.) Cet acte remarquable implique une volonté d’organisation du gouvernement ou de l’administration civile. — La porte Saint-Martin, fermée dès la venue de la Pucelle, resta murée jusqu’en 1444. (Journal, Panthéon, p. 725 a.)

  138. [1187]

    Les mêmes. — Cagny, p. 26. — On peut consulter le plan de Paris en 1436, donné par Kausler, Atlas des batailles, 1831, le texte grand in-4° pl. 34 (les planches grand in-f°).

  139. [1188]

    Montreuil, p. 333.

  140. [1189]

    Journal de Paris, ibid., p. 465. — Procès, t. I, p. 57 et 246.

  141. [1190]

    Monstrelet. — Registre du parlement. — Félibien. — Preuves, t. II, p. 590 b. — Divers traits consignés dans les Délibérations capitulaires de Notre-Dame, montrent combien fut grande et réelle l’impression de terreur causée à Paris par le siège de la Pucelle. (L. L. 414, f° 79 à 82.)

  142. [1191]

    Cagny, p. 27. — Berry, p. 47. — Raoulet, p. 205. — Sur la situation des esprits dans la capitale, voyez divers actes de Henri VI, des 18 et 25 septembre 1429 ; Ms. Fontanieu 115 ; Livre noir (à la préfecture de police), f° 263 ; Sauval, Antiq. de Paris, t. III, p. 586 et circ.

  143. [1192]

    Monstrelet. — Cagny. — Vallet de Viriville, Notes sur deux médailles de plomb, etc. — Jean Chartier, 1, 108. — P. Cochon, p. 460. — Au moment, dit ce dernier historien (bourguignon), où la place fut abandonnée, les assiégés quittaient les remparts : il n’y avait plus qu’à monter aux échelles pour entrer sans résistance ; ce même fait s’était produit à Orléans, lors de la prise des tourelles. — Lettres du 10 septembre 1429, au nom d’Henri VI : la baronnie de Montmorency est confisquée pour crime de lèse-majesté et donnée au bâtard de Saint-Pol. (Duchesne, Histoire de la maison de Montmorency, p. 232.) — 1430 février 16 et 17, divers actes de Jean de Luxembourg, bâtard de Saint-Pol, qui s’intitule seigneur de Montmorency. (Cabinet des titres, dossier Luxembourg.)

  144. [1193]

    Les mêmes. — P. Cochon, ibid. — Du Tillet, p. 222. — Charles était à Saint-Denis le 7 septembre. Il y fit célébrer le service de son père. Itinéraire. Chronique de Tournay, citée, p. 414. (L. L. 44, f° 19.)

  145. [1194]

    Les mêmes. — Cagny, p. 39. — À Pierre Bessonneau, escuier, maistre de l’artillerie du roy n. s. et à Jorrand Arnauld, maistre des œuvres d’icelui seigneur, du bailliage de Senlis, la somme de 235 livres, qui, ès mois d’août et septembre 1429, de l’ordonnance et commandement du roy n. d. s., leur a esté paiée et baillée par ledit trésorier, c’est assavoir audit Bessonneau 105 livres, et audit maistre des œuvres, 50 livres, pour la despense que faire leur avoit convenu, pour faire les pons que lors le dit seigneur fit faire sur la rivière de Seine, emprès Saint-Denis. Ms. s. fr. 2342, f° 32.

  146. [1195]

    Les mêmes. — Cagny, p. 29. — Jean Chartier, t. I, p. 109. — À ce harnais était jointe une épée que Jeanne avait recueillie, comme trophée de guerre, devant Paris. Procès, t. I, p. 179. — Charles VII, avant de quitter Saint-Denis, écrivit de cette ville, à la date du 13 septembre, une lettre probablement circulaire, ou manifeste politique, pour justifier sa résolution. Nous avons rencontré la dépêche ou l’exemplaire qui fut adressé à la ville de Reims. En voici la teneur presque complète. Après avoir reconquis plusieurs places, nous avons négocié avec notre cousin le duc de Bourgogne. Jour a été tenu et abstinence de guerre conclue jusqu’à Noël prochain. Et, pour ce que, si, durant icelle abstinence, attendu le très grand nombre de gens qui sont en nostre compagnie, feussions demorez en nos pays de par deçà, ce eust esté la totale destruction d’iceulx, veu que ne les povons employer ou fait de guerre ; nous, pour alléger nosdits pays, et aussi pour assembler et mettre sus plus Brant armée, afin de retourner après le temps de ladite abstinence, ou plus tost se besoin est, à toute puissance, à entendre et poursuivre le demourant de noz conqueste et recouvrement de nostre seigneurie, avons délibéré de faire un tour oultre ladite rivière de Seine, et pour la garde du dit pays nous avons institué lieutenant général le comte de Clermont, le comte Vendôme, etc. (Archives municipales de Reims, communiqué par M. Louis Paris).

  147. [1196]

    Montreuil, p. 335 et s. — Jean Chartier, t. I, p. 112 et s. — Monstrelet, chap. lxxij. — Paris, le 18 sept. 1429 : Jean de Cantepie, homme d’armes à cheval des nobles du bailliage de Caen, donne quittance à P. Surreau, receveur général et payeur pour les Anglais, de 7 liv. 7 s. 11 d. t., pour la parpaye d’un mois fini le 15 de ce mois, à l’encontre des ennemis du roi n. s. (Henri VI), estans environ Paris. Montre faite devant le bailliage de Caen. Orig. parch. signature autographe. Cabinet des titres, dossier Cantepie. Sceau : trois pies chantantes, posées 2 et 1.

  148. [1197]

    Montreuil, p. 338. — Les mêmes. — Cagny, p. 30. — La Trémoille, dans un document émané de lui, intente au connétable de Richemont cette accusation : Richemont, dit-il, a voulu soustraire ladite Pucelle de nostre compagnie. (Ms. Harlay, 47, f° 58.) Cette imputation, évidemment, est une calomnie que l’histoire doit retourner contre le calomniateur. La Trémoille exploitait et accaparait la Pucelle, tout en la jalousant. La retraite du comte de Clermont rie fut que momentanée ; le 20 décembre 1429, il était à Reims, avec le chancelier. (Varin, t. VII, p. 745.)

  149. [1198]

    Cagny, Ms. Duchesne, n. 48, f° 124. — Jean Chartier, t. I, ch. 66, p. 116.

  150. [1199]

    Biographie Didot : Jean, duc d’Alençon. — D. Plancher, t. IV, p. 133.

  151. [1200]

    Berry, dans Procès, t. IV, p. 48.

  152. [1201]

    Beauvillé, Histoire de Montdidier, t. I, p. 141. — Du Tillet cité, p. 322. — Félibien, Preuves, t. II, p. 591.

  153. [1202]

    … Mais quand il (Philippe, continue le héraut Berry) fut à Paris, le duc de Bethefort et luy firent leurs alliances plus fort que devant n’avoient fait à l’encontre du roy. Et s’en retourna ledit duc à tout son sauf-conduit par les pays de l’obéissance du roy, en ses pays de Picardie et de Flandres. Procès, t. IV, p, 48. — Journal du siège, ibid., p. 201. — P. Cochon, p. 462 et s.

  154. [1203]

    Acte original sur parchemin ; sceau du secret ou du premier chambellan, en cire rouge ; catalogue d’autographes, cabinet Lajarriette ; n. 664 ; vendu aux enchères le 19 novembre 1860, à Paris.

  155. [1204]

    Montreuil, p. 337. — Jean Chartier, t. I, p. 113. — P. Cochon, p. 462 et s. — En l’an 1427 (1428), le 13e mars, les Angloys entrèrent à Laval, et en l’an 1429, 25e septembre, les François le recouvrèrent. Ms. s. fr. 1081, f° 1.

  156. [1205]

    Jean Chartier, t. I, p. 117. — Procès, t. III, p. 23, 217 ; t. IV, p. 31, 48.

  157. [1206]

    Procès, t. I, p. 109, 147, 169.

  158. [1207]

    Les mêmes. — Procès, t. IV, p. 147 et s., t. V, p. 268 et 356. — D. Plancher, t. IV, p. 134.

  159. [1208]

    Godefroy, p. 332, 331. — Jean Chartier, t. I, p. 117.

  160. [1209]

    Biographie Michaud, article Guillaume de Ballard ; tirage à part, p. 6. Généalogie de la maison de Bastard, 1847, in-4° ou gr. in-8°, p. 42.

  161. [1210]

    Charles du Lis, Opuscules sur Jeanne d’Arc, 1856, in-8°, p. 94. — A. Vallet, Nouvelles recherches, etc., p. 9, 26. — Procès, t. I, p. 117, 118, 302. — Bibliothèque de l’École des chartes, article de M. A. de Barthélemy, sur la noblesse maternelle, 5e série, t. II, p. 123 et 149.

  162. [1211]

    … Lorsque cette noble dame (Marie de Maillé) se fut donnée à Dieu, elle quitta le sceau dont elle s’était servie jusque-là. Elle en prit un autre, blasonné des armes du Christ et des signes de la Passion. (Vie de la bienheureuse Jeanne-Marie de Maillé, morte en 1417, ap. Rolland, t. III de mars, p. 742)

  163. [1212]

    Procès, ibid.Bibliothèque de l’École des chartes, t. V, 3e sér., p. 273 et s. — Bulletin de la Société de l’histoire de France, 1854, p. 103 et s. — Cet anoblissement, émané de La Trémoille, coïncide avec l’échec de La Charité, œuvre de La Trémoille. Le lecteur saura tirer la moralité de ce rapprochement.

  164. [1213]

    Quicherat, Procès, t. I, p. 106 et Aperçus nouveaux, p. 74.

  165. [1214]

    Procès, t. I, 6 ; V, 27.

  166. [1215]

    Ibid., p. 116 et 122. — Journal de Paris, Panthéon, p. 679. — Une chronique bourguignonne, récemment découverte, dit, en parlant de la Pucelle : Et l’apelloient ly aucun du comun de France : l’angelicque ; et en faisoient et en cantoient pluisieurs canchons (chansons), fables et bourdes moult merveilleuses. Ms. de Lille, n° 26. Bulletin de la Soc. de l’hist. de France, 1857-8, p. 102.

  167. [1216]

    Procès, t. I, 246 ; V, 253. — L’une de ces lettres est signée de sa main Jehanne, par le ministère d’un scribe, qui lui tenait et conduisait ses doigts. Vu l’original, qui se conserve à Riom ; fac-simile, Procès, t. V, 146.

  168. [1217]

    Procès, t. V, 156. — Voir sur ce point la note fort judicieuse de M. Wallon, Histoire de Jeanne d’Arc, t. I, p. 317. On sait aujourd’hui que cette lettre a pour véritable auteur F. Pasquerel, aumônier de la Pucelle. Voyez Bibliothèque de l’École des chartes, 5e série, t. II, p. 81 et s.

  169. [1218]

    Procès, t. V, passim.

  170. [1219]

    Procès, t. V, 104, 270, etc. La statuette équestre de M. Currand porte sur le socle ces mots : la Pucelle d’Orliens. Par le style, la forme et les dimensions, elle répond au modèle des saints que l’on plaçait sur les autels. Voir (au musée de Cluny ?), la médaille de la collection Forgeais. Notice dans la Revue archéologique de juin 1861 : Notes sur deux médailles de plomb, etc.

  171. [1220]

    Je ne m’envolerai point. Procès, t. I, 100 ; III, 82, 87 et passim.

  172. [1221]

    La psychologie morbide dans ses rapports avec la philosophie de l’histoire ; examen critique, par le docteur Bertrand de Saint-Germain : Extrait de la Revue médicale, février 1860, Baillière, in-8°. — Flourens, De la raison, du génie et de la folie, 1861.

  173. [1222]

    Hilarem gerit vultum, etc., etc. Procès, t. V, 120, et passim.

  174. [1223]

    Le jeudi [21 juillet 1429], fu le roy pour faire garir les malades à Marcous ; et chevaulçoit ladite pucelle devant le roy, toute armée de plain harnas, à estendart desployé ; et quant elle estoit désarmée, avoit elle estat et habis de chevalier : sollers lachiés dehors piet (souliers lacés extérieurement sur le pied) ; pourpoint et cauches (chausses) justes et ung chapellet (petit chapeau) sur le tieste ; et portoit très nobles habis de drap d’or et de soie bien fourrés. (Chronique des Cordeliers, n° 16, f° 486.) Procès, t. I, 294 ; IV, 449, 472. — Le rouge paraît avoir été constamment sa couleur de prédilection.

  175. [1224]

    Procès, t. I, 195, 214 ; IV, 361, 523, etc. — A. Vallet, Recherches iconographiques, p. 2 et suiv.

  176. [1225]

    Bibliothèque de l’École des chartes, IV, p. 488. — Procès, t. V, 154. — Cabinet historique, p. 112 et s.

  177. [1226]

    Journal de Paris, Panthéon, p. 693. — Archives de Reims, copies de M. L. Paris.

  178. [1227]

    Archives de Reims. — Notes alléguées dans l’ouvrage intitulé : Principia typographica, par M. Sotheby. Londres 1858, in-f°, t. III, p. 40. — La famille Cauchon, toute-puissante à Reims, intriguait perpétuellement en faveur des Anglais. (D. Marlot, t. IV, p. 176.)

  179. [1228]

    Registre du trésor des Chartes, 174, acte 357, f° 153. 41 s. — Fontanieu, vol. 113 à la date. — Proceedings, etc., t. IV, p. 31, 921.

  180. [1229]

    Archives de Reims. — Varin, t. VII, p. 603, 746. — Procès, t. IV, 32, 299, V, 159 à 462. — Itinéraire. — Ordonnances, XIX, 629.

  181. [1230]

    P. Cochon, p. 365. — Lettres de rémission dans le registre du trésor, n° 175, acte 353, f° 151, Cabinet historique, 1859, n° 4841.

  182. [1231]

    J. J. 174 ; lettres citées, en date du 5 avril. — Stevenson, Henri VI, t. I, p. 34. — Quarante dixaines de la ville étaient du complot. Ms. Cordeliers, fin 16, f° 496, v°.

  183. [1232]

    Les mêmes. — Journal de Paris, p. 684.

  184. [1233]

    Les mêmes. — Félibien, t. II des Preuves, p. 591, 592. — Sauval, Antiquités de Paris, t. III, p. 586-7. — À peine les condamnés venaient-ils de subir ce supplice, qu’une nouvelle tentative se manifestait à Paris. (Journal, p. 685.) — C’était la sixième conspiration formée contre le gouvernement anglais depuis son établissement en France.

  185. [1234]

    Procès, t. I, 115 ; Cagny (ibid., IV, 32) ; Chastelain (ibid. p. 441). — Jean Chartier, in-16, I, 120, 125 et suiv. — Monstrelet, chap. 81, 84.

  186. [1235]

    Monstrelet, chap. 82, 91. — Ms. Cordeliers, n° 16, f° 496 v°, 497. — Beauvillé, I, 142. — Vallet de Viriville, Agnès Sorel, p. 6.

  187. [1236]

    Duchesne, — Hist. de la m. de Montmorency, p. 232. — Varin, VII, 746 et suiv. — P. Cochon, p. 465. — Journal de Paris, p. 681 — Archives de Reims : lettres citées (27 avril). — G. Hermand, Histoire du Beauvaisis, Ms. s. fr. 5, 2. t. III, p. 1463 et s.

  188. [1237]

    Monstrelet, ch. 83. — Saint-Rémy, ch. 15. — Dom Gillesson (bénédictin de S. Corneille en 1645), Antiquités de Compiègne, Ms. de la Biblioth. impériale : ronds de Compiègne, n° 75, t. V, p. 95.

  189. [1238]

    Saint-Rémy. — Gillesson, ibid.

  190. [1239]

    Berry dans Godefroy, p. 381.

  191. [1240]

    Berry. — Cagny, p. 32.

  192. [1241]

    Berry. — Monstrelet, ch. 83. Procès, t. IV, 96.

  193. [1242]

    Ms. Cordeliers, n° 16, f° 497. Monstrelet. Saint-Rémy.

  194. [1243]

    Procès, t. V, 174.

  195. [1244]

    Procès, ibidem. — Dom Gillesson, p. 3, 73, etc.

  196. [1245]

    Procès, t. IV, 175. Biographie Didot au mot Flavy.

  197. [1246]

    Monstrelet, chap. 72. — D. Marlot, IV, 176. — Varin, VII, 605.

  198. [1247]

    Berry dans Godefroy, p. 381. — Monstrelet, ch. 73, etc.

  199. [1248]

    Le duc de Bourgogne (tels sont à près les termes de cette dépêche), s’est emparé de notre père et de nos villes. Il a livré Charles VI et le royaume aux Anglais. Ce duc nous a par aucun temps amusé et déceu par trêves et abstinences, soubs ombre de bonne foy et sous prétexte de parvenir au bien de paix. Nous avons, en effet, trop longtemps écouté ses trompeuses paroles. Aujourd’hui, le masque tombe et le duc vient de reprendre les hostilités. Ses émissaires vont pénétrer parmi vous de nouveau et tenter de vous séduire. Ne prêtez aucune oreille à ses discours. Transmettez-nous directement toutes les lettres ou communications qu’il pourrait vous adresser, et ne souffrez pas que ces écrits circulent dans votre ville. (Archives de Reims, lettres citées.)

  200. [1249]

    Procès, t. I, 108.

  201. [1250]

    Rymer, t. IV, partie IV, p. 160. — Bourassé, Miracles de sainte Catherine, p. 15 et 62.

  202. [1251]

    Cagny, Procès, t. IV, p. 82 et 33. — Chastelain, loc. sup. cit., etc.

  203. [1252]

    Procès, t. I, p. 115 et s. 177, 300.

  204. [1253]

    La maison du procureur était à l’enseigne du Bœuf. (D. Grenier, t. 21, Hôtels et rues de Compiègne.) — Notes manuscrites de Jean le Féron petit-fils de Marie le Boucher ; Bibliothèque de l’École des chartes, 4e série, t, I, p. 553. — Le 13 août 1429, Jean le Féron, aïeul de l’annotateur, était un des attournés de Compiègne. Avec le procureur du roi, François de Miraumont, il fut député vers le roi, pour négocier la reddition de la ville. D. Grenier, t. 20 bis ; Comptes, f° 12.

  205. [1254]

    Procès, t. I, 399. — D. Berthaud, Hist. de Compiègne, dans Grenier, t. XX bis. Ibid. Comptes, f° 12. — Il fut bruit qu’un nommé Baudon de la Fontaine vouloit livrer aux ennemis la ville de Compiègne. Et furent envoyés, au mois de novembre 1429, deux ou trois messagers à Soissons, pour savoir du capitaine de ladite ville de Soissons (qui avoit donné cet avis), la vérité du fait. D. Berthaud (ibid.). Baudon était le lieutenant de Flavy. Quant au capitaine de Soissons, on a vu sa propre conduite à l’égard de la Pucelle en mai 1430.

  206. [1255]

    D. Gillesson, p. 95. — Monstrelet, ch. 83. — Procès, t. V, 475. — Journal de Paris, Panthéon, p. 685. — La Picardie, revue 1857, p. 21. — D. Grenier, t. LIV, p. 164 ; t. LXXXIX, p. 251. — Chronique de Tournay, citée, p. 415.

  207. [1256]

    D. Grenier, t. XX bis : Comptes, f° 15, 16 v°. Cf. Bulletin de la Société de l’histoire de France, 1861, p. 176.

  208. [1257]

    Et non le 23, comme le porte par erreur une lettre écrite précipitamment par le duc de Bourgogne.

  209. [1258]

    Chronique de Tournay, p. 415. — Cagny, p. 32. — Alain Bouchard, témoignage recueilli en 1498 de deux témoins octogénaires ; Bibliothèque de l’École de Charles, ub. sup. — Martin (bâton) ; d’où martinet.

  210. [1259]

    Ibid.Procès, t. IV, 272.

  211. [1260]

    Les mêmes. — Georges Chastelain, Procès, t. IV, 445. — Saint-Rémy, ibid., p. 538.

  212. [1261]

    Les mêmes. — Cagny, p. 33. — Quicherat, Aperçus nouveaux, p. 87.

  213. [1262]

    Procès (Cagny) ; p. 616 (Pie II). Ms. Gord., f° 498.

  214. [1263]

    Procès, ibid. — Jean Chartier in-16, I, 122 ; III, 207. — Flavy fait tomber précipitamment la herse de la porte par inattention ou par dessein. (Cartier, Histoire du Valois, II, 443.)

  215. [1264]

    Les mêmes. — Chastelain. — D. Gillesson, V, 546, etc. — Chronique de Lille, n° 26 (Bulletin, p. 104). — Berry dans Godefroy, p. 382, etc.

    Sur le bâtard de Wandonne. — A. Lionel de Wandonne (bourg et château de l’Artois) était pour Jean de Luxembourg plus qu’un subordonné ; il était presque un frère d’armes. En 1423, P. de Xaintrailles soutint une joute à outrance contre le bâtard de Wandonne, en présence de Richemont et de Philippe duc de Bourgogne. Jean de Luxembourg servit de lances Lionel pendant toute la journée. (Fenin-Dupont, p. 203). Jean de Luxembourg, testant le 17 avril 1430, avait nommé Lionel un de ses légataires et de ses exécuteurs testamentaires. (Duchesne, Histoire de la maison de Béthune, 1620, in-f°, p. 354 du texte et 219 des preuves). D’après les règles militaires, Lionel avait droit à la prise faite par ce redde homme, l’un de ses archers. De même aussi, Lionel était tenu de déférer cette prise à son capitaine Jean de Luxembourg.

  216. [1265]

    La question a été longtemps controversable et très controversée. J’ai, à mon tour, discuté cette thèse dans un fragment de mémoire lu à l’Académie des inscriptions ; séance du 3 mai 1861. Voyez Comptes rendus par M. Ab. Desjardins, p. 98 et Journal de l’instruction publique du 29 mai 1861. Je résume ici les preuves de cette assertion, qui me paraît définitivement acquise à l’histoire.

  217. [1266]

    Anselme : Nelle, Chartres, Flavy. — Cabinet des titres : Flavy. — Fr. Duchesne, Histoire des chanceliers, 1680 in-f°, p. 588. — D. Gillesson, t. V, p. 180. — G. de Beaucourt, Bulletin de la Société de l’histoire de France, 1861, p. 175.

  218. [1267]

    Dossier Flavy : actes orignaux, 4 et 7 novembre. 1427. Monstrelet d’Arcq, t. IV, p. 290-1. D. Grenier, t. LIV, p. 163. D. Gillesson, t. V, p. 76 et env. Delort, Essai sur Charles VII, p. 176.

  219. [1268]

    Biographie : Flavy. Chronique de Metz, preuves de D. Calmet 1745, etc., t. II, col. CC. — Procès, t. IV, p. 323. — Chronique de Normandie, f° 183. — Chronique de Tournay, p. 416. — Bibl. de l’École des Chartes, 1855, p. 553. — En ce temps, après la reddition de Troies, concquist ledit daulphin moulte de villes et forteresses, par le moien de la Pucelle, qui lors tolly tout le nom et les fais des capitaines et gens d’armes de sa compaignie (des capitaines du dauphin) ; dont aucuns d’iceulx n’estoient mie bien contens. Ms. Cordeliers n° 16, f° 435. Etc., etc.

  220. [1269]

    Il (Guillaume) ferma les portes à Jehanne la Pucelle, par quoy fut prise, et dit on que pour fermer lesdites portes, il eut plusieurs lingots d’or. (Bulletin, p. 176.)

    Les archives municipales de Compiègne ne m’ont pas été accessibles. Ces archives, dit-on, ne contiennent aucun document relatif au fameux siège, si ce n’est ces mots : A… pour fourniture de pieux, le jour où fut prise la Pucelle… Note sommaire relevée sur les registres des comptes par feu M. de Marsy, procureur impérial à Compiègne ; communiqué par M. Arthur de Marsy, élève de l’école des Chartes ; août 1862.

  221. [1270]

    Procès, t. IV, p. 402, 458 ; N, 165, 358. — La Fons-Mélicoq, dans la Picardie 1857, p. 27, 28. — Duchesne, Histoire d’Angleterre, 1614, in-f°, p. 1063.

  222. [1271]

    Procès, t. V, 253. — Maan, Turonensis ecclesia, p. 164. — Pour Blois et Orléans, cf. H. Martin, Hist. de France, 1855, t. VI, p. 233.

  223. [1272]

    Papiers de Rogier, bibliothèque impériale, Ms. s. fr. 1515-2. Dans son extrait, Rogier, selon son habitude et selon toute apparence, a confondu et amalgamé trois lettres, ou dépêches distinctes. — Varin, Archives de Reims, t. VII, 168. — Procès, t. V, p. 168, 171.

  224. [1273]

    Gallia Christiana. — Delettre, Histoire du diocèse de Beauvais, 1842, in-8°, t. II, p. 533. — Biographie Didot : Chartres.

  225. [1274]

    Biographie Didot ; Vallet de Viriville, Charles VII et ses conseillers, au mot Chartres (R. de).

  226. [1275]

    Anselme et Biographie Didot : La Trémoille.

  227. [1276]

    Ms. 9676, 2, 2, Colbert, f° 93 et suiv.

  228. [1277]

    Anselme et Biographie Didot, articles La Fayette. Ci-dessus.

  229. [1278]

    Berry dans Godefroy, p. 376. — À Paris, le gouvernement anglais confisqua tous les biens des Armagnacs. Mais Jean de Jonvelle occupa l’hôtel de La Trémoille (rue des Bourdonnais) et le conserva de la sorte à son frère. (Sauval, Antiquitez de Paris, t. III, p. 311.)

  230. [1279]

    Biographie Didot. J. J. 117, pièce n° 209, f° 139 et 140. — Regnault de Chartres prêtait également sur gages à Charles VII. Après la mort du chancelier, ses héritiers détenaient encore la ville de Vierzon que Regnault de Chartres avait reçue comme nantissement de divers prêts, s’élevant à dix mille écus d’or. (X. X. 8593, f° 79. Anselme. Etc.)

  231. [1280]

    Çurita, Annales de Aragon ; Çaragoça, 1610, in-folio, liv. 13, ch. XLIX, f° 184 v°.

  232. [1281]

    Monstrelet, liv. II, ch. LXXXVI.

  233. [1282]

    Monstrelet. — Fenin. — Vignier, Hist. de la maison du Luxembourg, 1617, in-8°, p. 253. — Michelet, Histoire de France, t. V, p. 111.

  234. [1283]

    Procès, t. I, p. 9, note 1, et p. 12.

  235. [1284]

    Cagny, Procès, t. I, p. 352. — La Pucelle, vers la fin de mai, fut conduite à Noyon, demeure de Philippe le Bon. Là, elle fut présentée au duc et à la duchesse, puis amenée à Beaulieu. Claude Héméré, Augusta Viromanduorum, 1653, in-4°, p. 315. — Cf. Monstrelet d’Arcq, IV, 398 ; Procès, t. IV, 397.

  236. [1285]

    Journal de Paris, Panthéon, p. 686. — Pierre Cauchon, p. 476. — Cabinet des titres, dossier Morhier. — Proceedings, etc., t. IV, p. 52. — Rymer, t. IV, partie IV, p. 164.

  237. [1286]

    D. Grenier, t. XX bis, f° 11. — D. Gillesson, p. 95. — 1430, 29 mai : le comte de Vendôme envoie savoir si les habitants de Senlis veulent tenir le party du roy. (Bernier-Mallet, p. 21.)

  238. [1287]

    La Picardie, p. 28. — Monstrelet, ch. XCI. — Lettres de Reims. — À Compiègne, les messages vers le roi se renouvellent et se succèdent sous les dates des 26 mai ; 10, 12 et 23 juin ; 3 juillet, etc., etc., (D. Grenier, t. XX bis, f° 13 et suiv. Bullet. Soc. hist. fr., 1861, p. 176.)

  239. [1288]

    Lettres de Reims. — Dom Grenier, ibidem. — Itinéraire.

  240. [1289]

    Procès, t. I, p. 163, 249. Chronique de Tournay, p. 415.

  241. [1290]

    Procès, t. I, p. 9. — Quelles sont les tentatives auxquelles il est fait allusion dans cette lettre ? L’histoire ne nous a laissé aucun enseignement précis à cet égard. Voyez ci-après, note 1301.

  242. [1291]

    Procès, t. I, 13 et 14.

  243. [1292]

    Voir à ce propos la sollicitude généreuse de la Pucelle pour les prisonniers français : Montreuil, 319.

  244. [1293]

    Pierre du Lis, frère de Jeanne, combattait auprès d’elle à Compiègne. Fait prisonnier en même temps que sa sœur, il tomba au pouvoir d’un Bourguignon, le bâtard de Vergy. Pierre du Lis obtint du roi Charles VII un secours, consistant dans le produit des hauts passages (droit sur les marchandises) du bailliage de Chaumont. Cette aide lui servit à payer le prix de son élargissement, et Pierre du Lis ne tarda point à recouvrer sa liberté (Procès, t. V, 210, 321).

  245. [1294]

    Procès, t. I, p. 14, 15 ; t. V, p. 264.

  246. [1295]

    Procès, t. I, p. 109, 110.

  247. [1296]

    Jeanne de Béthune était veuve de Robert de Bar, tué en 1415, à Azincourt. Elle favorisa toute sa vie le parti national. Ces sentiments parurent de nouveau après la mort de son mari. Voir à cette époque une transaction (8 juillet 1441) entre elle et son très chier et amé cousin R. de Longueval. (Histoire de la maison de Béthune, liv. V, chap. III, et preuves, p. 233.)

  248. [1297]

    La Diète du salut, en prose. Biographie Didot et sources citées, ibid. — Monstrelet, livre II, chap. XCXIII.

  249. [1298]

    Procès, t. I, p. 95, 96.

  250. [1299]

    Procès, t. III, 121. — … Une fois, on lui volt (voulut) faire de son corps déplaisir, dit à ce sujet le Journal de Paris, mais elle saillit, etc. (Dans les Procès, t. IV, p. 470).

  251. [1300]

    Bollandistes, Saint-Pierre de Luxembourg, t. I, du mois de mai, p. 617.

  252. [1301]

    Tel est sans doute le véritable sens des termes que nous avons signalés ci-dessus, note 1290.

  253. [1302]

    Procès, t. IV, p. 262.

  254. [1303]

    Procès, t. I, p. 231 ; t. V, p. 178, 179, 195. — Anselme, art. Jeanne de Luxembourg. — Monstrelet, Panthéon, p. 630, 631. — Procès, t. V, p. 191, 196, 369.

  255. [1304]

    … Fu enfin amenée à Beaurevoir, là où elle fu par grant espace de tamps ; et tant que, par son malice, elle en quida escaper, par les fenestres. Mais ce à quoy elle s’avaloit, rompy. Se quéy jus de mont à val ; (elle tomba ainsi à pic de haut en bas) et se rompy près (pour ainsi dire) les rains et le dos. De lequelle blechure, elle fut long tamps malade ; et depuis ce qu’elle fu garie, fut elle délivrée aux Engloix par aucuns moyens et traitiés d’argent, etc. (Chronique des cordeliers, n° 16, f° 198, v°.) Cette Chronique paraît avoir été composée à Cambrai ou dans le Cambrésis, à deux pas de l’événement. Cf. Procès, t. I, 110, 150, 152 ; Aperçus nouveaux, p. 56.

  256. [1305]

    Compiègne obtint aussi du roi des délégations ou mandats de contributions en nature, sur diverses villes voisines, telles que Senlis et autres. L’abbesse et les religieuses de S. Jean hors Compiègne contribuèrent, dès le principe, à la défense, en cédant à la ville le merrain, ou bois de charpente et du plomb pour l’artillerie : plommés… pour les canons à main, doubles à lancer. La courageuse cité s’obéra grièvement. — D. Grenier, f° 10 à 20. — D. Gillesson, p. 95 à 746 passim. — Monstrelet, Ch. LXXXIX, XC, XCVI. — Procès, t. V, 177.

  257. [1306]

    Procès, ibid., 369. — D. Grenier, t. LXXXIX, p. 271 ; LIV, p. 164. — Cagny, chap. CXIII. — Ms. des Cordeliers, n° 16, f° 500 et suiv.

  258. [1307]

    Fidèle à son vœu, Louis de Bourbon fonda, par lettres du 20 décembre 1430, en l’église de Senlis, quatre livres tournois de rente perpétuelle, pour accomplir un service commémoratif de cet événement. Charles VII rendit à Chinon, le 18 du même mois, une ordonnance qui conférait aux bourgeois de Compiègne et à perpétuité d’insignes privilèges, en récompense de leur belle conduite. D. Grenier, ibid. et t. XX bis, f° 14, 15, 17. — Ordonnances, XV, 365.

  259. [1308]

    Chronique de Tournay. — Monstrelet. — Cagny, p. 35. — Anselme, gr. édit., III, 724.

    L’échec de Compiègne fut également pour le duc une source d’inconvénients. Suivant le Journal de Paris, il quitta le siège pour soigner la duchesse en couches (Panthéon, p. 688). Un document plus grave montre que cet insuccès devint entre le duc et le gouvernement anglais un texte de récriminations assez aigres, puis un notable sujet de dissentiment. Ce motif contribua enfin à la rupture. (Collection ms. de Bourgogne ; t. X, layette d’Arras, p. 385.)

    Développements sur le siège de Compiègne :

    En ce temps (vers juin), estoient les pons et les passages assis sur la rivière devant Compiègne et y passèrent les Angloix premiers, atout 4,000 hommes, qui coururent le païs et jusques à Senlis et environ ; et y eult plusieurs coursses faictes de ceulx dud. Senlis et de Creil sur ceulx de Post dud. siége et ainsi se passa le tamps, en faisant bayes et trencquis parmy le bois, affin de luy logier plus seurement de là l’yawe (l’eau). Et tousjours salloient et s’efforchoient ceulx de la ville sur ceulx de l’ost à leur avantaige et y prirent plusieurs les prisonniers ; et entre les autres Guy de Roye, cousin bien prochain à la dame de Biaurevoir, et ung autre gentilhomme, englès, avec luy. Et si, avoient dedens ladicte ville grant plenté de petis engiens nommés culeuvres (ou plommées, canons à main, voyez note 36), les quelx estoient de métal de coeuvre (cuivre) et trayoient boules de ploncq qui perchoient ung homme d’armes tout oultre, comme ilz faisoient (perçaient) deux ou troix fortes croustes de quesne (écorces de chêne). Ces engiens là firent moult de maulx et occirent moult de gens du siège ; mais pau (peu) d’engiens furent assis ne gettés, de dehors, dedans la ville, pour ce que on le contendoit avoir entière. (Chronique des Cordeliers, n° 16, f° 500.)

    Le venredi 4e jour d’aoust audit an trespassa le duc Phelipe de Brabant à Louvain ; de laquelle mort s’esmeu grand distord et contend entre la dame doagière de Haynau, qui estoit son ante (sa tante), et le duc Phelippe de Bourgoigne, qui estoit son cousin germain… Et enfin convint-il que led. duc se partesist du siège de Compiengne, pour aller audit pays de Brabant ; et laissa son oost devant ledit Compiengne ; de laquelle oost furent chiefs messire J. de Luxembourg, et le seigneur de Saveuses avec les contes d’Arondel et d’Outiton. (Huntingdon. — Ibid.)

    … Le 24e j. du mois d’octobre, fu le siège de Compiengne levé par Poton de Sainte-Treille, La Hire, Barbazan, le seigneur de Boussach et autres tenans le party du roy Charles, qui s’estoient assamblés à grant puissance… (Sortie des hommes et femmes ; incendie par eux des ouvrages de l’ennemi. Nombreux assiégeants pris et tués.) Les assaillants, continue le chroniqueur, attendu que ilz estoient pau de gens, car le plus grant partie de leur oost s’estoit partie par défaulte d’argent, si eurent conseil de rapasser l’yawe… et par ainsi fu l’endemain le siège désemparé. (Ibid. f° 502, 503.)

  260. [1309]

    Monstrelet, liv. II, ch. XCIII. — Cagny, ibid.Procès, t. I, 17. — La devise de Jean de Luxembourg était, un chameléon (chameau) qui, à force du grand fardeau qu’il porte, culbite par terre avec cette âme : Nemo ad impossibile tenetur (à l’impossible nul n’est tenu). (Le Mausolée de la Toison d’or, 1689 in-8°, p. 14.)

  261. [1310]

    Proceedings, etc., IV, 72. — Procès, t. I, p. 100, 292 ; t. V, p. 358.

  262. [1311]

    Procès, ibid., p. 360 et suiv.

  263. [1312]

    Procès, t. III, 63, ibid. — Jeanne, vraisemblablement, fut conduite de Dieppe à Rouen, par terre et à cheval. En effet, dans les premiers temps de sa détention à Rouen, elle était encore blessée par suite de l’équitation.

  264. [1313]

    Rymer, t. IV, partie IV, p. 165. — Procès, t. V, p. 192. De fugiticis ab exercitu, quos terriculamenta Puellæ exanimaverant, arrestandis. Cet édit fut renouvelé à Rouen le 1er février 1431, en présence du roi Henri VI, et durant la captivité de la Pucelle. Ordre d’emprisonner les commissaires des guerres qui se refusaient à réunir les troupes, en Normandie. (Ms. Fontanieu, 115-6.)

  265. [1314]

    Procès, t. I, p. 18, 21 ; t. IV, 265.

  266. [1315]

    Procès, t. III, 121, 122.

  267. [1316]

    Procès, t. III, 121, 122.

  268. [1317]

    Procès, t. III, 139, 140. — La Pucelle, selon toute apparence, était dès lors et en ce moment même enchaînée. Nous reviendrons, plus loin, sur cette particularité.

  269. [1318]

    Registre de l’Université n° 8. Duboulay, t. V, passim. — Vallet de Viriville, Histoire de l’Instruction publique, n. 150, 173.

  270. [1319]

    Monstrelet d’Arcq, t. II, p. 416. — Quétif et Échard, scriptores O. F. F. prædicator, t. I, p. 782. — Œuvres de Gerson, 1706, in-folio, t. V, p. 67, 117, 180. — En 1418, lors de l’excommunication de Jean sans Peur, le sermon fut prêché par un dominicain.

  271. [1320]

    Maître Raoul Lefourbeur, chanoine de Notre-Dame, maître des enfants de chœur de la cathédrale, en 1437. L. L., 566, Registre 415, f° 332.

  272. [1321]

    Michel Hébert était un clerc normand (Procès, t. I, 422), circonstance qui n’est pas sans importance. — Quétif, p. 782. — Procès, t. I, p. 13. — Du Boulay, t. V, p. 402 et passim. — La lettre du 26 mai s’intitule au nom de frère Martin, maître en théologie et vicaire, etc. Or, dans le procès de réhabilitation, nous retrouvons, en 1456, parmi les assesseurs, frère Martin, maître en théologie, vicaire de l’inquisiteur et dominicain. (t. III, p, 23.) Frère Martin, en 1430, devait être un jeune homme.

  273. [1322]

    Ordonnances, t. XIII, p. 159.

  274. [1323]

    Du Boulay ledit en toutes lettres : Universitas, instigante Magistro Petro Cauchon… suorum privilegiorum conservatore, scripsit… (t. V, p. 395.)

  275. [1324]

    Histoire de l’Instruction publique, p. 385. — Rel. de Saint-Denis, t. III, p. 514.

  276. [1325]

    À ce titre, il doit être compté parmi les principaux auteurs de cette grande ordonnance du 25 mai 1413, que tous nos historiens ont successivement admirée.

  277. [1326]

    Ordonnances, X, 70. — Religieux, V, 5, 173. — Monstrelet (Panthéon), p. 290.

  278. [1327]

    Ce dernier poste lui avait été conféré par la protection spéciale de Philippe le Bon, qui voulut assister, en 1420, au sacre du nouvel évêque. — Lépinois, Histoire de Chartres, t. II, p. 81, note 2. — X. X. 1460, f° 149. — Ms. s. fr. 292, II, p. 797, 799. — Ordonnances, t. X, à la table. — Morand, Hist. de la Sainte-Chapelle, p. 276. — Monstrelet. — Ursins dans Godefroy, p 388. — Chastelain, p. 66. — Hist. du Beauvaisis, Ms. s. fr. 5, 2, t. III, p. 140 et s.

  279. [1328]

    Archon, Chapelle des rois de France, 1704, in-4°, p. 351. — Ordonnances, t. XI (table : Cauchon). — Ms. Colbert, 9681, 5, f° 104. — Fontanieu, vol. 113 ; (1424, avril.) P. P. 118, f° 127. — S. carton 6, 348, n° 22. X. X. 1480, p. 328. — Journal de Paris, p. 270 b. Etc., etc.

  280. [1329]

    Du Boulay, t. V, p. 912.

  281. [1330]

    P. 2298 (1426, août, 19). X. X. 1180, f° 382 v°, 411 v°. — Du Boulay, loc. cit. — Beaurepaire, États, etc., p. 32 ; Notes sur Ricarville, p. 4. — Proceedings, etc., t. IV, p. 9. — Gallia Christiana, t. XI, col. 88.

  282. [1331]

    Sauval, Antiquitez de Paris, t. III, p. 123. — Du Boulay, loc. cit.Procès, t. II, p. 96.

  283. [1332]

    Ministère public.

  284. [1333]

    Juge d’instruction.

  285. [1334]

    Huissier-audiencier.

  286. [1335]

    Procès, t. I, 23-27.

  287. [1336]

    Chronique de Pierre Cauchon, p. 353. Beaurepaire, Notice sur Pierre Cauchon : Précis de l’académie de Rouen, 1859-60, Rouen, in-8°, 1861, p. 10 et s. Procès, t. I, 23-27 ; III, 131.

  288. [1337]

    Procès, t. I, 57 ; t. II, 451, 453. Des Cordeliers s’y employèrent aussi. (II, 394, 397.)

  289. [1338]

    Procès, t. II, 200, 381 ; t. III, 193.

  290. [1339]

    Procès, t. I, 33, 35, 36.

  291. [1340]

    Procès, ibid. — Quétif, Scriptores, etc., t. 1, p. 782. — De subinquisitore ac ejus diffugio et metu illato ; chapitre inédit du procès de réhabilitation ; ms. lat. 5970, f° 190 et suiv.

  292. [1341]

    Nicolas Taquel fut adjoint à Manchon et Colles, à titre de notaire pour l’Inquisition. — Procès, t. I, 134 et s. ; 148 ; III, 153. — Le 14 avril 1431, lettres de Henri VI, qui allouent à Jean Lemaître vingt saluts d’or, pour ses peines, travaux et diligences d’avoir esté et assisté au procès… V, 202.

  293. [1342]

    Mémoires de Thomas Basin, I, 81. — Procès, t. II, 217 ; III, 50, 63, 89, 163, etc.

  294. [1343]

    Nouvelles recherches, p. 25, 26. — Procès, t. I, 46, 191 ; II, 201 ; III, 175. — Les dames de condition se faisaient habiller par des hommes. Le tailleur envoyé par la duchesse voulut essayer à Jeanne sa robe neuve. Quam quum eidem induere vellet, eam accepit dulciter per mammam. Quæ fuit pro hoc indignata et tradidit dicto Jehannotino (le couturier) unam alapam. (III, 89.) — Jeanne conserva ses vêtements masculins.

  295. [1344]

    P. Cochon, p. 466. — Procès, t. IV, 351, 354, etc. — Le 24 décembre 1430, veille de Noël, Anne, duchesse de Bedford, à Rouen, offre un livre d’heures au roi Henri VI. (Stevenson, Henri VI, t. I, p. lxxxj.)

  296. [1345]

    Procès, ibid., t. II, 325.

  297. [1346]

    Procès, t. II, 201, 298, 306, 346, 371 ; III, 155, 180, etc. Voyez à la fin du présent chapitre.

  298. [1347]

    Procès de réhabilitation, chapitre inédit : De incommoditate carcerum ; ms. 5970, f° 192. Directorium inquisitorum, 1578, in-f°, p. 371, 372, De carceribus. Dans les prisons de la cour ecclésiastique de Rouen, il y avait une geôle spéciale pour les femmes et gardée par des femmes. (Beaurepaire, Recherches sur les prisons de Rouen, p. 23.)

    Sur la captivité de Jeanne. — La tour où la Pucelle fut renfermée a subsisté jusqu’en 1782. Voyez Notice des Manuscrits, etc., t. III, Dissertation de M. de Belbeuf. — Le Brun de Charmettes, t. III, planche entre les pages 142 et 143. — Beaurepaire, Recherches sur les anciennes prisons de Rouen, etc. 1862, in-8°, p. 15. — Le bourg de Bar, prisonnier de Talbot, au mois de mai 1429, était enchaîné par les pieds d’une chaîne pesante et qui l’empêchait de marcher. Voir à ce sujet l’anecdote racontée par Cousinot de Montreuil, p. 298. — En mars 1415, Jean Huss fut remis à l’évêque de Constance et transféré à la forteresse de Gotleben, où il demeura enchaîné nuit et jour, jusqu’à ce qu’il fût conduit au bûcher. Quant à la cage de fer, ce mode de détention n’était pas non plus inusité, même pour des prisonniers de guerre. Ainsi l’illustre Barbazan, captif au château-Gaillard, en 1430, habitait une cage de fer. Voyez ci-après, livre V, chapitre I.

  299. [1348]

    La geôle ecclésiastique de Rouen fut baillée à ferme de 1420 à 1440. (Beaurepaire, ibid., p. 25.) — Cauchon, peut-être, excipa de ce bail, qui ne lui laissait pas (a-t-il pu dire) une action aussi libre, pour la surveillance, qu’au château de Rouen.

  300. [1349]

    Ms. 5970, ibid.Procès, t. II, 217. — Dépositions de Courcelles et de Manchon, III, 68, 141. — Notes particulières tirées des archives de Rouen et communiquées par M. Ch. de Beaurepaire.

  301. [1350]

    Procès, t. III, 145.

  302. [1351]

    Ainsi, par exemple, Jean de Saint-Avit, prélat considérable, évêque d’Avranches depuis 1390, fut consulté : il donna un avis favorable ; cet avis fut exclus.

  303. [1352]

    Procès, t. II, 4 à 6, 12, 300, 301, 319, 349 ; III, 63, 89, 135, etc.

  304. [1353]

    Procès, t. I, passim ; t. III, 47, 50.

  305. [1354]

    Procès, t. I, passim ; t. III, 47, 50.

  306. [1355]

    Procès, à la table : Duremort, Houppeville, Lohier.

  307. [1356]

    Procès, t. I, 21, 23 ; III, 171 et s. Gallia Christiana, t. XI, col. 87. — Archives capitulaires, citées par Chéruel : Histoire de Rouen, p. 193 ; Revue de Rouen, etc. 1845, p. 356.

  308. [1357]

    Procès, t. I, 351 et s. ; III, 171 et s. ; V, 272 et s. — Dans le procès de condamnation, écrit après 1431, on ne voit pas figurer La Fontaine parmi les officiers de la cause, confirmés ou institués pour l’Inquisition.

  309. [1358]

    Procès, t. I, 36 ; II, 216, art. VIII ; 326 ; III, 171, 172, etc.

  310. [1359]

    Procès, à la table : Ladvenu, Magistri, Pierre (Isambard de la).

  311. [1360]

    Procès, au mot Fabri.

  312. [1361]

    L’argent de France, prélevé en Normandie, ne suffisait pas. Arrêté du conseil d’Angleterre (1er mars 1431), pour envoyer au roi d’Angleterre, en France, par Dieppe, 4,000 livres (Lettres des rois et reines, in-4°, t. II, p. 415). — Beaurepaire, archives de l’archevêché. Procès : Midi et passim.

  313. [1362]

    Vir clarissimæ virtutis et cælestis scientiæ, Launoit, Historia colleg. Navarr., t. II, p. 551. — Recteur le 23 mars 1430, jusqu’au 24 juin. Courcelles lui succéda le 10 octobre. Vallet de Viriville, Hist. de l’Inst. publique, p. 486.

  314. [1363]

    Velut latenti similis. (Ænee Sylvii Piccolomini, Opera omnia, Basileæ 1551, in-f° p. 6. c.) Hic jacet eminentissimæ scientiæ et magnæ claritatis dominus Thomas de Courcellis, sacræ paginæ professor, decanus, canonicus hujus insignis ecclesiæ… (Tombes de Notre-Dame de Paris. L. L. 488 bis, p. 113.) Biographie Didot : Courcelles.

  315. [1364]

    Voir le plan annexé au mémoire de M. de Daverdy, Notice des Manuscrits, t. III, p. 600.

  316. [1365]

    Procès, t. I, 48, 58 à 309 ; III, 136, 142 ; 155, etc.

  317. [1366]

    Procès, t. II, 342.

  318. [1367]

    Procès, t. I, 65, 86, 89, 97, 187.

  319. [1368]

    Malleus malefacarum, maleficus et earum heresim ut phramea potentissima conterens, etc., Paris, Jean Petit, 1520, in-8°, gothique.

  320. [1369]

    Procès, t. I, 337 à 399.

  321. [1370]

    Procès, t. I, 3161, 3711 et s. ; II, 203 ; III, 51, etc.

  322. [1371]

    Procès, t. I, 402 ; V, 272, etc. La question ou torture, dit M. de Beaurepaire, était étrangère à la coutume de Normandie et des tribunaux normands. (Recherches sur les prisons, p. 40.)

  323. [1372]

    Jean Beaupère, recteur en 1412. Le 12 décembre, Jean sans Peur lui envoie une queue de vin de Beaune, pour se concilier ses bonnes grâces. Mémoires de Bauin, Ms. 372 de l’Institut, à la date. — Procès, t. I, 354, 407 et s., 423 ; V, 203.

  324. [1373]

    Il se nommait Pierre de Gouda, natif de Leyde en hollande, province bourguignonne. (Registre 8 de l’université.)

  325. [1374]

    Procès, t. I, 404, 408, etc.

  326. [1375]

    Procès, t. I, 423, 429. Quétif, Scriptores O. predicat., t. I, p. 782.

  327. [1376]

    Procès, t. I, 84, 38, 174, etc.

  328. [1377]

    Ms. lat. 3.970, de incommoditate carcerum, p. 192. — Procès, t. II, 298, 306, 346 ; III, 145, 151, 150, etc.

  329. [1378]

    W. Lindwood.

  330. [1379]

    Plan de Rouen, apud L’Averdy. Procès, t. I, 442.

  331. [1380]

    N. Eymerici, directoriurn inquisitorum, Romæ, 1578, in-f°, pratica officii, p. 265 et s. — Procès, t. II, 353, etc.

  332. [1381]

    Plan de Rouen. Procès, t. I, 496 et s.

  333. [1382]

    Quétif, p. 781. Procès, t. II, 11, 21, 331 ; III, 52 et s.

  334. [1383]

    Procès, t. I, 450 ; III, 64, 65, 146, etc.

  335. [1384]

    Procès, t. II, 21 ; III, 61, 90, 156, etc.

  336. [1385]

    Procès, t. I, 452.

  337. [1386]

    Procès, t. I, 94, 120, 155, 163, etc.

  338. [1387]

    Cf. L’Averdy, Notice des manuscrits, 1790, in-4°, tome III, p. 150 et s.

  339. [1388]

    Voyez Acte du parlement (tenu à Westminster), en date de mars 1431, peur traiter avec la France. Parliament rolls, in-f°, t. IV, p. 371.

  340. [1389]

    Procès, t. II, 3, 334, 318 ; III, 189. — Catalogue Teulet, 13 avril et 31 mai 1431.

  341. [1390]

    Procès, t. V, 195.

  342. [1391]

    Procès, t. II, p. 210, art. VIII. — Biographie Didot, Chartres (R. de). — Gallia Christiana, t. IX, p. 336. — Ms. Brienne, 115, p. 28. — Pierre Cauchon, dit un savant historien, fut heureux d’avoir évité un procès, dont la suite infaillible eût été sa déposition ou destitution, si le malheur des temps eût pu souffrir qu’on l’eut instruit dans les formes. (H. Godefroy, Histoire de Beauvais, Ms. s. fr. 5, 2, t. III, p. 1337.) — En 1433, l’évêque d’Avranches fut arrêté comme prévenu d’un crime politique et conduit à Rouen. Il revendiqua ses privilèges de clerc : Bedford le rendit à la juridiction de l’archevêque de Rouen, mais à condition que le métropolitain poursuivit son suffragant et lui fit son procès. (Beaurepaire, Prisons de Rouen, p. 37). — Tel était le droit.

  343. [1392]

    Baronius, t. XXVIII, p. 84 et passim. — Leibnitz, Mantissa ad cod juris gentium, 1700, in-f°, p. 76, § 67. — Proceedings, IV, 76. — Bulle du 12 mars 1431, par laquelle Eugène IV notifie à Charles VII son avènement ; Armoires Baluze, tome XVII, p. 277. — Pii commentarii, 1614, in-f°, p. 158. — Boutiot, Guerres des Anglais, p. 19. — Garnefeldt, Vita beati Albergati, 1618, in-4°, p. 30 et s.

  344. [1393]

    Ripoll, Bullarium dominicanum, 1729, in-f°, t. III, p. 7, S. — Procès, t. I, 184, 396 et s. ; 401, 445, etc. — Quicherat, Aperçus, 125 et s.

  345. [1394]

    Procès, t. I, 116, 205 ; II, 304, 349. — Directorium, p. 300, n° 123 : Si ex frivolis causis appellatum sit, quid facere debeat inquisitor ? P. 300, n° 124 : forma dandi apostolos negativos. — Jean de Saint-Avit, évêque d’Avranches, avait conclu par le renvoi de Jeanne devant le Concile. Son avis fut exclus. Procès, t. II, 5, 313.

  346. [1395]

    Il y en avait deux pour tout le royaume. L’inquisiteur général de Toulouse, en 1429, était sans doute l’ordinaire de Poitiers, où Jeanne fut examinée.

  347. [1396]

    Procès, t. I, 72, 73, 471, etc.

  348. [1397]

    Itinéraire. J. 366, n° 1 à 3. — D. Grenier, tome XX bis ; comptes, f° 15 v°.

  349. [1398]

    Procès, t. I, 453 ; II, 5, 8, 18, etc.

  350. [1399]

    Procès, t. II, 14, 18, 19, 21, 224, 300. — Cette heure de midi, qui est le terme des derniers offices du matin et de la grand-messe, doit être remarquée.

  351. [1400]

    La situation de relapse était une phase connue des procès en matière de foi. Elle annonçait la fin, la condamnation.

  352. [1401]

    Procès, t. II, 14, 21 ; III, 53, 62, 148, 158, 184, etc.

  353. [1402]

    Procès, t. I, 454 et s. ; II, p. 5, 8.

  354. [1403]

    Anglais : Farewell ; aujourd’hui, adieu. Ce mot avait alors le sens du latin ave ; en français, salut, Dieu gard ; littéralement : soyez en joie ; soyez bien.

  355. [1404]

    Procès, t. I, 459, et s. ; II, 5 ; III, 189, etc.

  356. [1405]

    Procès, t. I, 458 et suiv. ; 477 et s. — Voyez aussi Lettres de garantie du 12 juin 1431 : Procès, t. III, p. 240.

  357. [1406]

    Procès, t. I, 418 ; II, 3, 4.

  358. [1407]

    Procès, t. II, 14, 19, 32, 328 (elle avait repris l’habit de femme le 28 mai, page 334) ; 344 ; III, 113, 158, 162 ; IV, 36.

  359. [1408]

    Compte du domaine de la ville et de la vicomté de Rouen, 1431-2, dans Beaurepaire ; Notes sur la prise du château de Rouen par Ricarville, 1850, in-8°, p. 5. — Procès, t. I, 469 ; II, 6 ; III, 54, etc.

  360. [1409]

    Procès, t. I, 469 et s. ; II, 15 ; III, 159, etc.

  361. [1410]

    Procès, t. II, 6, 334, 339, 351, 366 ; III, 150, 169, 170, 187-8. Beaurepaire, ibid., p. 3.

  362. [1411]

    Procès, t. II, 6, 7, 19, 344, 351, 369 ; III, 158, 159.

  363. [1412]

    III, 162, 169, 194.

  364. [1413]

    Procès, t. II, 7, 9 ; IV, 36. — Beaurepaire, ibid., p. 5. — Sauval, Antiquitez de Paris, III, p. 339.

  365. [1414]

    Procès, t. IV, 459. — Bessin, concilia Rothomagensia, 1717, in-f°, t. I, p. 154, canon 6e : mitre des hérétiques. — Jean Chartier, in-16, t. III, p. 46, note 1.

  366. [1415]

    Procès, t. II, 6, 7, 347, 355, 366 ; III, 53, etc.

  367. [1416]

    Voir sur ce point (Culte du nom de Jésus, importé d’Italie par les Frères Mineurs), Revue archéologique, juin 1861, p. 431 et circa. — Ms. Cordeliers n° 16, f° 484 v°.

  368. [1417]

    Procès, t. II, 6, 7, 337, 344, 347, 366 ; III, 53, 158, 159 ; IV, 471. — Jeanne, avons-nous dit, vit son portrait à Arras entre les mains d’un Écossais. Un Écossais (peut-être le même ?) suivit la Pucelle pendant tout le cours de son étonnante carrière. Après avoir assisté à la fin de l’héroïne, cet étranger retourna dans son pays natal, et devint religieux à l’abbaye de Dunfermline. Il écrivit, à la requête de son abbé, une suite du Scotichronicon de Fordun, où il porte témoignage de la Pucelle. — Cette suite, objet des recherches de plusieurs savants, n’a pu être retrouvée jusqu’ici. Voyez F. Michel, les Écossais en France et les Français en Écosse, 1862, in-8°, t. I, p. 175 et ses renvois.

    Sur l’appareil du supplice. — Le Religieux de Saint-Denis nous a laissé, t. II, p. 662 et s., le récit descriptif et très circonstancié, d’une scène qui n’est point sans analogie avec le supplice de Jeanne d’Arc. Il s’agit des deux Augustins dégradés, puis exécutés à mort, comme sorciers, à Paris, le 29 octobre 1398. Ces moines, après avoir été rasés, furent coiffés de mitres en papier portant leurs noms ; conduits par les rues dans une charrette à la place de Grève : là se trouvaient deux échafauds, etc. Un tableau du musée de Bruxelles, peint par Steuerbout [probablement Dirk Bouts], en 1468, représente le supplice du feu subi par une femme ; gravé Messager de Gand, 1833, p. 17 ; photographié Vierlands, 1862. L’exécution de la Pucelle a été représentée de tradition dans les Vigiles, de Martial, ms. de dédicace, vers 1490. Gravé Bordier et Charton, Histoire de France par estampes, éd. 1859, in-8°, t. I, p. 527. On peut consulter aussi, comme monuments figurés de tradition : Monumenta et Historia Joannis Hus, Nuremberg, 1558, in-f°, t. II, figure gravée sur bois ; en tête, avec cette légende : Hac fuit, etc. ; effigie de Jean Hus mitré sur le bûcher. Autre plus moderne encore : Mémoires pour servir à l’histoire des inquisitions, enrichis de plusieurs figures ; Cologne, 1716, in-12, t. I, page 119, figure 1 : habit d’une femme, qui doit être brûlée vive, et t. II, page 355.

  369. [1418]

    Et fut la pourre (poudre) de son corps gettée par sacgs en la rivière, affin que jamais sorcherie ou mauvaisté on n’en peuist faire ne propposer. Ms. Cordeliers, n° 16, f° 507 v°.

  370. [1419]

    Procès, t. II, 7, 9, 347, 366 ; III, 160, 182, 190 ; IV, 471, 474. — Chronique de Tournay, p. 417.

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