Tome I : Livre I (1403-1418)
1Livre I Depuis la naissance du prince (21 février 1403), jusqu’à sa retraite en Berry (signature du traité de Saint-Maur, 16 septembre 1418).
Chapitre I Depuis la naissance de Charles jusqu’en 1413.
Le 21 février 140317, Isabeau de Bavière, reine de France, mit au monde un prince, à Paris, en l’hôtel royal de Saint-Paul. C’était le cinquième fils et le onzième des douze enfants que cette princesse donna successivement au roi Charles VI, son époux. Il naquit le jour même où Charles d’Albret prit, des mains du roi, l’épée de connétable18.
Peu de jours après sa naissance, le jeune prince fut porté au baptême en la paroisse royale de Saint-Paul, où 2il reçut le nom de Charles. Il eut, selon l’usage du temps, deux parrains : Charles d’Albret, connétable, et un gentilhomme de la cour, chevalier savoisien nommé Charles de Luyrieux. Son unique marraine fut Jeanne de Luxembourg, dame de la reine ; depuis, damoiselle de Luxembourg, comtesse de Ligny et de Saint-Paul.
Parmi les œuvres manuscrites d’Eustache des Champs, poète royal en titre d’office, on lit une ballade inédite, composée pour la naissance d’un fils de Charles VI et d’Isabelle, nommé Charles. En voici la première strophe ou couplet.
Ballade.
Douce France, pran eu toy reconfort ;
Resveille-toy, soies de joie plaine ;
Car cilz est né qui doit par son effort
Toi restorer. C’est le roy Charlemayne,
Charles a nom, qui de jour en jour maine
Ses osts pour toy. Ton fils doit recouvrer
Ce qu’as perdu, accroistre ton domaine
Et recouvrer la terre d’Oultremer19.
Le sens de la ballade entière est assez obscur, comme il arrive d’ordinaire aux horoscopes. Selon toute apparence, cette pièce fut composée, non pas en l’honneur du prince auquel est consacrée la présente histoire, mais de l’un de ses frères aînés, Charles, deuxième fils de ce nom, 3qui vit le jour en 1392. Celui-ci mourut étique, deux ans avant la naissance de Charles VII. Il démentit ainsi les louanges anticipées que le poète de cour avait, suivant l’usage, chantées devant son berceau.
Mais la Providence, qui seule a le secret de l’avenir, ajoute parfois aux prophéties des poètes un sens nouveau. Nul, au moment où naquit le cinquième fils de Charles VI, ne pouvait prévoir que ce dernier rejeton dût monter sur le trône. Charles VII, au grand étonnement de ses contemporains, à la grande admiration de la postérité, accomplit les principaux points de la prédiction contenue dans la ballade.
Charles fut élevé, comme ses frères et sœurs, par les soins et sous les yeux de sa mère Isabeau, qui se séparait peu de sa jeune famille. De septembre à décembre 1403, le prince enfant avait son appartement ou quartier d’habitation en l’hôtel du Petit-Musc ou Pute-y-muce20.
Placé à peu de distance du palais de Saint-Paul, à l’angle des rues actuelles de Saint-Antoine et du Petit-Musc, cet hôtel, par son nom seul, a laissé dans l’histoire, comme une tracé impure. C’était une maison de plaisance, et à vrai dire, une petite maison, qui servait aux plaisirs peu mesurés de la cour. Charles VI avait fait rebâtir cet hôtel et le prêta au duc d’Orléans, son frère. Celui-ci, en 1389, y dépensait en un jour, comme nous l’apprennent ses comptes, 225 livres, qui équivaudraient, si l’on veut, à neuf mille francs de notre monnaie21. Quant 4aux causes de ces dépenses, elles étaient telles que le duc ne voulait pas qu’elles fussent déclairées ès-dits comptes22
.
Charles respira, dès le berceau, l’atmosphère de cette élégante orgie, où vivaient les princes, ses parents.
Le 15 février 1404, par le commandement et ordonnance de la royne, une harpe fut délivrée aux gens de monseigneur de Ponthieu, pour en jouer devant le dit seigneur23.
Charles, en effet, avait reçu, dès 1404 au plus tard24, le titre de comte de Ponthieu ; sous lequel nous le désignerons désormais.
Le service de sa maison se composait d’un double personnel : les hommes et les femmes. Le service hommes se bornait à un aumônier ou premier chapelain nommé Jean de Mante, assisté de Jean de Montmoret, clerc de chapelle. Le service femmes comprit tout d’abord quatre personnes, savoir : une gouverneresse ou gouvernante, une nourrice et deux femmes de chambre. La gouvernante était Jeanne du Mesnil, damoiselle. L’histoire nous a conservé le nom de la nourrice. Elle s’appelait Jeanne de Chamoisy, également damoiselle25.
Dès 1405, l’orfèvre de la cour fournit un sceau spécial, duquel on scellait tous les actes qui concernaient la maison 5du comte de Ponthieu et l’administration de ses biens26.
En 1411, le prince Charles, âgé d’environ sept ans, dut sortir des mains des femmes pour passer exclusivement dans celles des hommes et commencer son éducation virile. Il eut alors pour gouverneurs trois gentilshommes expérimentés : Hugues de Noyers, Pierre de Beauvau, et Hardouin VIII, seigneur de Maillé ou Mailly en Touraine. On lui donna pour précepteur de belles-lettres un savant et vertueux docteur en théologie. Celui-ci se nommait Gérard Machet, natif de Blois. D’abord professeur ou régent, puis proviseur de Navarre, il devint confesseur du jeune prince.
Deux de ces gouverneurs, les seigneurs de Beauvau et de Maillé, étaient vassaux et conseillers intimes de la maison d’Anjou. Ils représentèrent, dès lors, auprès du jeune Charles, cette influence angevine, qui, bientôt, devint tout à fait prépondérante dans ses conseils27.
Au nombre de ces influences primitives, qui laissent toujours, sur la jeune âme qu’elles modèlent, une empreinte durable, il faut considérer d’abord celle de la reine, Isabeau de Bavière.
Mère tendre (quoi qu’on en ait pu dire), à l’égard, surtout, de ses jeunes enfants, la nature ne lui avait aucunement refusé cette vulgaire sensibilité, qui rend toute femme accessible aux affections domestiques et communes. Isabelle, vers 1403, descendait la pente de cette saison rapide, où la beauté, la pompe, l’orgueil, l’opulence lui 6prodiguaient encore de passagères jouissances ; illusions éphémères qui bordaient et voilaient le chemin de sa vie, en lui faisant cortège. La princesse de Bavière étendit autour d’elle, sur tous les siens, son luxe insouciant et sa prodigalité sensuelle.
Les premières leçons qui arrivent à l’âme de l’enfant lui viennent de sa mère. Toute femme chaste et pure porte en elle cet enseignement, dans ses regards, dans sa vie, dans son sourire, dans ses maternels baisers ; et la leçon coule, avec le lait de son sein, aux lèvres du nouveau-né. Isabelle n’allaitait point ses enfants. Elle ne transmit pas à son fils des communications morales, qu’elle ignorait. Elle ne soupçonna point d’ailleurs cette lacune. Du reste, l’enfance de Charles, grâce à la sollicitude de sa mère, fut entourée de tous les soins et de tout le luxe matériel qui convenaient au fils d’un roi28.
Les maîtres et les parents peuvent beaucoup pour former un pupille. Mais il est un autre genre d’ascendant qui contribue plus puissamment encore à l’éducation des princes c’est la leçon des événements. Pour les princes, en effet, la scène de l’histoire se passe à une proximité immédiate. Pour eux, acteurs et spectateurs dès l’enfance, l’histoire est véritablement la maîtresse de la vie, magistra vitæ, titre que lui décernait un sage29.
Ce ne sera donc pas perdre de vue notre sujet que de rappeler ici en termes succincts les principaux événements qui s’accomplirent pendant les premières années du jeune prince.
7Charles VI, roi de France, avait été atteint, en 1392, d’aliénation mentale et de folie furieuse. Les accès de cette affreuse maladie, tout à fait caractérisée dès cette date, se renouvelèrent, depuis lors, de jour en jour, et avec une intensité plus grave, ainsi qu’à des intervalles plus rapprochés.
Tête faible dès sa jeunesse, Charles VI n’avait pu communiquer à ses proches, aussi bien qu’à son gouvernement, des traditions salutaires et fortes ni une impulsion durable. Le pouvoir, tombé entre les mains des princes et des favoris, devint bientôt l’anarchie. Tout d’abord, la rivalité se manifesta entre le vieux duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, oncle du roi, et le jeune frère de Charles VI, Louis duc d’Orléans. Philippe mourut en 1404. Mais l’antagonisme renaquit avec une activité nouvelle, entre les deux princes survivants, qui étaient à peu près du même âge : Louis d’Orléans et Jean sans Peur, duc de Bourgogne.
Le 23 novembre 1407, Jean sans Peur, mû par un sentiment d’animosité, politique et d’atroce jalousie, fit assassiner Louis duc d’Orléans, rue Vieille du Temple, à peu de distance de l’hôtel de la reine, ou hôtel Barbette. Une gravité, une importance infinies caractérisent, dans l’histoire du quinzième siècle, ce tragique événement. Le meurtre de Louis fut la cause ou le point de départ auquel se rattachent, comme des effets et des conséquences, la plupart des faits historiques qui se produisirent ultérieurement30.
8Louis d’Orléans laissait après lui une veuve, la duchesse Valentine, et quatre jeunes enfants. Valentine de Milan poursuivit en vain la punition du crime. Elle mourut le 4 décembre 1408, léguant à de faibles héritiers le soin de sa vengeance.
Cependant la lutte ne se ralentit point, ni ne s’affaiblit entre les mains de ces jeunes successeurs. Le sang versé avait jeté sur la flamme, comme un excitant et un aliment inextinguible. Toute une ligue de clients, de conseillers et d’alliés du prince assassiné, se réunirent sous la bannière du duc, autour de ses enfants orphelins.
La paix de Chartres, signée le 9 mars 1409, dans la cathédrale de cette ville, ne fut qu’un expédient malheureux et une halte au début de la guerre civile. Cette mesure entraîna immédiatement la perte du ministre qui l’avait conçue. Chacun des articles de ce contrat renfermait une promesse de paix, d’oubli, de concorde pour l’avenir. Il était l’œuvre de Jean de Montaigu, premier conseiller de la couronne. À peine ce pacte venait-il d’être juré, que Jean de Montaigu succombait, immolé au ressentiment de l’implacable Bourguignon. Jean de Montaigu, principal favori de Charles VI, fut décapité le 17 octobre 1409.
Ce nouveau meurtre, presque aussi odieux que celui de Louis duc d’Orléans, attisa la haine qui divisait les partis. La France entière se partagea entre l’un et l’autre camp. Ce ne fut plus la rivalité de deux princes ou de deux maisons : ce fut le schisme politique et la guerre civile.
Jean duc de Berry, oncle du roi, Charles, nouveau 9duc d’Orléans et ses frères, le duc de Bourbon, le comte d’Alençon, Bernard comte d’Armagnac, dont le nom allait devenir si célèbre, conclurent le traité de Gien : 15 avril 1410. C’était un manifeste accompagné d’une levée de boucliers. En dépit de Jean sans Peur, et de ses alarmes, et de son ombrageuse activité, l’effet suivit de près la menace. Paris vit arriver sous ses murs les princes et leurs alliés en armes, portant sur leur poitrine la bande blanche, signe distinctif du parti. Les Armagnacs firent ainsi leur première apparition (10 octobre 1410), et reçurent du peuple de Paris le surnom que leur a conservé l’histoire. Cette démonstration, il est vrai, amena la paix de Bicêtre, arrêtée dès le 2 novembre 1410, entre les belligérants. Mais cette paix elle-même ne fut pas de longue durée.
Au printemps de l’année suivante, le parti armagnac rouvre les hostilités par ses incursions en Picardie. Le duc d’Orléans adresse au roi des sommations de justice, accompagnées ainsi de la sanction matérielle des voies de fait. La lutte prit alors un caractère plus grave encore que par le passé. La paix d’Auxerre (26 août 1412) interposa de nouveau une trêve ou armistice momentané.
De notables et dramatiques incidents marquèrent l’année 1413. Henri IV, roi d’Angleterre, mourut le 20 mars. Il eut pour successeur le redoutable Henri V. À Paris, la commune populaire éleva sa voix dans le conflit. Caboche et ses bouchers présidèrent à la fameuse sédition ou émeute dite des Chaperons blancs. Pierre des Essarts, prévôt de Paris, créature du Bourguignon, paya 10de sa tête un retour de fortune, éprouvé par la cause bourguignonne. Le 1er juillet 1413, des Essarts fut décapité au pilori des halles, comme il avait fait décapiter au même lieu, le surintendant Jean de Montaigu. Le 2 août suivant, un nouveau tumulte éclate au sein de la capitale. Cette fois, le mouvement a pour chef et pour guide le jeune dauphin Louis, duc de Guyenne. Âgé de seize ans, ce prince obéissait aux suggestions des courtisans et des courtisanes, dont l’entourage lui tenait lieu de conseil. Aucune vue élevée, salutaire, ne présidait à cette entreprise. Louis, néanmoins, dominait par son rang, par sa naissance, le duc de Bourgogne et le parti populaire. Les prisonniers faits par les Cabochiens recouvrèrent leur liberté. La grande boucherie de Paris, asile et citadelle politique de la formidable corporation, fut rasée. À la suite de cette réaction ou vicissitude, le pouvoir devint le lot du parti armagnac. Le 29 septembre 1413, eut lieu l’entrée à Paris du comte Bernard. Jean d’Alençon fut nommé gouverneur de Normandie le 30 novembre de la même année.
Tels sont, dans l’ordre politique, les principaux faits, qui se succédèrent, durant la courte période qu’embrasse cette rapide esquisse. Ces délinéaments suffisent, toutefois, pour retracer la situation, chaque jour plus difficile et plus périlleuse, au milieu de laquelle grandit le comte de Ponthieu. Le moment est venu où Charles commença de paraître lui-même sur la scène politique. Nous devons consacrer désormais à ce récit des développements moins restreints.
11Chapitre II 1er décembre 1413 – 5 avril 1417.
Dans les premiers jours de décembre 1413, la reine de France, Isabeau de Bavière, habitait son hôtel de Barbette, sis à Paris, en la rue Vieille du Temple. Vers le même temps, Yolande d’Aragon, reine de Sicile et duchesse d’Anjou, quitta la ville d’Angers, sa résidence habituelle. Yolande voyageait en compagnie de ses enfants et vint prendre sa demeure à Marcoussis, près de la capitale31. C’était un élégant manoir, qu’avait fait élever, depuis peu d’années, le surintendant Jean de Montaigu. Après la mort de l’infortuné grand maître, Marcoussis avait été donné à Louis de Bavière, frère de la reine32.
Vers le 8 décembre, la reine de Sicile, avec sa suite, visita la reine de France à Barbette et y reçut une somptueuse hospitalité. Le but de cette ambassade féminine était de conclure une alliance matrimoniale, projetée dans les conseils de la couronne, entre Charles, comte de Ponthieu, et Marie d’Anjou, fille aînée du roi de Sicile. Les deux reines-mères s’accordèrent sur cette proposition33.
Isabelle, à cette occasion, offrit à ses hôtes de riches présents.
Elle fit agréer à la reine de Sicile six hanaps34 d’or à 12pied, émaillés intérieurement de rouge clair. L’un de ces hanaps, destiné à l’usage personnel de Yolande, était couvert, ou muni d’un couvercle en signe de la majesté royale35. Louis d’Anjou, comte de Guise (âgé de dix ans), accompagnait sa mère. Il eut en partage un anneau enrichi d’un diamant. Marie de Craon, première dame de la reine Yolande, reçut également un diamant. Le principal conseiller de la reine de Sicile, Mathieu de Beauvau, chevalier, figure aussi dans ces révélations à la fois intimes et d’un intérêt général, que les archives domestiques ont léguées à l’histoire. Mathieu de Beauvau appartenait à la même famille que Pierre de Beauvau, chevalier, gouverneur de Charles, comte de Ponthieu. Isabeau lui fit don d’un hanap et d’une aiguière d’argent doré. Enfin le jeune prince Charles prit lui-même une part à ces libéralités. Sa mère lui donna une aiguière et un gobelet d’or de 208 livres tournois36.
Le 18 décembre suivant (1413), la cérémonie des fiançailles eut lieu dans le palais du roi, qui habitait alors son château du Louvre. Charles VI, ce jour même, en proie à sa cruelle maladie, ne put être témoin de la célébration. Charles, son troisième fils survivant, fut uni par promesse de mariage ou fiancé à Marie d’Anjou, en présente de la reine Isabelle, de Louis II, roi de Sicile et duc d’Anjou, de Louis Dauphin, duc de Guyenne, fils aîné du roi ; de Charles, duc d’Orléans ; de Philippe d’Orléans, 13comte de Vertus ; de Charles d’Artois, comte d’Eu, et de Bernard VII, comte d’Armagnac37.
L’union qui venait d’être célébrée s’appelait promesse de mariage per verba de presenti. Aux termes du droit canonique, qui régissait cette matière, la limite d’âge ou majorité légale pour contracter mariage n’était autre que celle de la puberté : quatorze ans révolus en ce qui concernait l’homme et douze ans du côté de la femme. Le traité de fiançailles constituait un engagement purement provisoire. Pour que cette obligation devînt parfaite, indissoluble, et se convertit en mariage, il fallait un nouvel assentiment ou ratification des deux fiancés, devenus majeurs, et une nouvelle consécration de l’Église. Dans l’intervalle qui séparait ces deux termes, la volonté de l’une des parties suffisait pour annuler ce premier contrat38.
Charles, comte de Ponthieu, n’avait point encore atteint la fin de sa onzième année. Marie d’Anjou était née le 14 octobre 1404. Elle comptait donc moins de dix ans d’existence39.
La politique, ainsi qu’on en peut juger par ces détails, présidait seule à un engagement conclu, pour ainsi dire, entre deux berceaux. Mais à ce dernier point de vue, l’union dont il s’agit offrait une très grave importance.
14Louis II, roi de Sicile, en 1410, avait agréé la main de Catherine de Bourgogne, fille de Jean sans Peur, âgée de neuf ans, à titre de fiancée, pour son fils aîné, Louis d’Anjou, comte de Guise. Le duc de Bourgogne espérait, à l’aide de ce lien, gagner à son parti le roi de Sicile. Mais ce dernier prince, peu à peu, s’était dégagé de la ligue bourguignonne. Durant près de trois ans, Catherine de Bourgogne habita, près du comte de Guise, au sein de la famille angevine et porta le titre de comtesse de Guise40.
Cependant, la jeune princesse, au moment où elle devenait habile, par son âge, à confirmer définitivement son union, fut en quelque sorte répudiée par le roi de Sicile. Le 20 novembre 1413, Louis d’Anjou la fit reconduire solennellement jusqu’à Beauvais, par le seigneur de Loigny, maréchal de France, suivi de cent vingt chevaliers. Là, elle fut remise, avec grande pompe, entre les mains de seigneurs bourguignons, venus pour la recevoir au nom de son père. Ce procédé légal, mais par le fait, outrageant, causa, au cœur du vindicatif Bourguignon, une amère et mortelle animosité. Entre les maisons de Bourgogne et d’Anjou, ce fut le signal d’une rupture éclatante41.
L’alliance que Louis venait de prendre avec le prince Charles, était un nouveau pas qui éloignait le roi de Sicile de Jean sans Peur. Par suite de la rivalité sanglante qui divisait les familles d’Orléans et de Bourgogne, un véritable schisme partageait l’État, livré aux désastres de la guerre civile. Ce mariage tendait à créer, entre les deux 15branches ennemies, une tierce influence, au profit de la maison d’Anjou. Deux degrés ou branches collatérales séparaient du trône, à la vérité, le comte de Ponthieu. Ses frères aînés, Louis et Jean, étaient mariés à des princesses bourguignonnes. Mais tous deux, jeunes encore, n’avaient point d’enfants. Déjà, plus d’une perte était venue atteindre la nombreuse postérité de Charles VI et d’Isabeau de Bavière. De nouvelles éventualités de ce genre pouvaient, d’un jour à l’autre, supprimer la distance qu’avait mise entre Charles VI et son successeur, l’ordre de primogéniture. Dans ce dernier cas, le comte de Ponthieu faisait asseoir avec lui sur le trône une princesse d’Anjou.
En 1413, le voile de l’avenir, l’inconnu, recouvrait encore ces vicissitudes ultérieures de la fortune. Sans les deviner par le don de prescience, il n’était pas toutefois impossible, à un esprit clairvoyant, de pénétrer ce voile jusqu’à un certain point et de supputer ces éventualités. Nous n’hésitons pas à faire honneur de ces prévisions, de ces calculs, à la reine de Sicile, et nous regardons Yolande comme ayant été le véritable auteur de cette combinaison politique. Une telle conjecture a pour garants à nos yeux la perspicacité peu commune et la vive intelligence des affaires, que cette princesse déploya, durant tout le cours de sa grande carrière.
Quoi qu’il en soit, les résultats auxquels nous venons de faire allusion ne tardèrent point à se réaliser. L’histoire de Charles VII tout entière offre le développement de cette influence, mêlée de mal et de bien, mais, en résumé, providentielle, exercée, d’une manière presque constante, par la maison d’Anjou, pendant la durée de cette période.
16Une fois accordé ou fiancé à Marie d’Anjou, le comte de Ponthieu entra immédiatement dans sa famille nouvelle42.
Le 21 décembre 1413, Yolande d’Aragon vint de Marcoussis à Paris, où elle partagea la demeure du roi Louis, son époux. Après avoir séjourné quelque temps à Paris, à Marcoussis et à Saint-Marcel près Paris, Yolande s’éloigna de la capitale. Le 5 février 1414, la reine de Sicile partit de Saint-Marcel, ayant à ses côtés le comte de Ponthieu, la princesse Marie, qui fut appelée désormais comtesse de Ponthieu, et ses autres enfants. Yolande se rendit de la sorte à Angers, son séjour ordinaire43.
Charles passa deux années en Anjou et en Provence, tantôt dans la compagnie de son beau-père, Louis de Sicile, et la plupart du temps sous les yeux de la reine Yolande44.
Pendant cet intervalle, de grandes vicissitudes s’accomplirent. Au commencement de 1414, le duc de Bourgogne, supplanté par les Armagnacs, eut recours aux armes pour reconquérir la domination qu’il avait perdue. Le 8 février, ses troupes occupaient Saint-Denis. Les lieutenants de Jean sans Peur vinrent escarmoucher à la porte Saint-Honoré : lui-même parut sous les murs de la capitale. À plusieurs reprises le duc, par l’organe de son roi d’armes45, demanda d’être admis à l’audience royale. Mais les ministres de Charles VI s’y opposèrent avec tant de 17force que Jean sans Peur, aigri et découragé, prit le parti de retourner dans ses pays de Flandres.
Le gouvernement de Charles VI résidait alors entre les mains du comte d’Armagnac. Par ses mesures énergiques, il sut imposer au redoutable Bourguignon, et celui-ci fut contraint, à son tour, de reculer, en se tenant sur la défensive. Le 3 avril, Charles VI, après avoir levé l’oriflamme à Saint-Denis, marcha contre Jean sans Peur, à la tête des troupes. Compiègne, Soissons, Bapaume et enfin Arras furent successivement enlevés d’assaut, en présence du roi de France, contre son vassal révolté. La paix d’Arras (4 septembre 1414) termina cette campagne de Picardie.
En 1415, tandis que la sédition fermentait au sein même de la capitale, Henri V, roi d’Angleterre, profita de la division des partis pour envahir la France. Appelé par les princes eux-mêmes, à tour de rôle, l’Anglais se saisit avidement d’une proie facile. Henri d’Angleterre, débarqué le 15 août sur les côtes de Normandie, assiégea, le 16 Honfleur. Cette ville tomba en son pouvoir le 22 septembre. Bientôt une portion notable de la Normandie subit le même sort. La conquête s’opéra presque sans coup férir. Ces provinces, en effet, par suite de la précédente anarchie des pouvoirs publics, n’avaient point été mises en état de défense.
Pendant le cours du même mois (septembre 1415), le comte de Ponthieu passa par Orléans. Il revenait de Provence, accompagné de sa jeune femme ou fiancée, de la reine de Sicile et du roi Louis, son beau-père. Le jeune prince et sa famille logèrent au palais du Domaine ou palais 18ducal, qui fut orné de vitres à cette occasion et qui avait été préparé pour recevoir de pareils hôtes. De là, les voyageurs se dirigèrent vers leur comté du Maine46.
Cependant la nécessité contraignit le gouvernement français de pourvoir à la situation et d’agir. Le 20 octobre, Charles VI tint, à Rouen, un conseil royal, auquel assistaient le roi Louis et son jeune pupille. Charles, comte de Ponthieu, entra ainsi dans la carrière des affaires. Âgé de douze ans, il fut témoin d’une délibération où s’agita le sort de la monarchie en péril. Le 25 octobre 1415 eut lieu la bataille d’Azincourt47.
Peu de jours après cette lamentable catastrophe, un nouveau conseil fut tenu à Rouen en présence du jeune prince. Bernard, comte d’Armagnac, qui guerroyait dans le Midi, fut rappelé en toute hâte. Le roi et les princes étaient de retour à Paris le 25 novembre. Charles, comte de Ponthieu, fut alors nommé capitaine de Vincennes, poste militaire et politique important, car ce château fort servait tour à tour de résidence au roi et à la reine48.
Le duc de Bourgogne se présenta de nouveau sous les murs de la capitale. Louis II, duc d’Anjou, redoutait le conflit que n’aurait pu manquer de produire sa rencontre avec son cousin de Bourgogne. D’ailleurs le roi de Sicile souffrait alors d’une cruelle maladie, qui devait, peu de 19temps après, l’entraîner au tombeau. Il quitta donc Paris sans retard et regagna son château d’Angers, où déjà l’avait précédé son gendre le prince Charles49.
Louis, duc de Guyenne et dauphin, mourut le 18 décembre 1415, sans postérité. Jean, duc de Touraine, lui succéda comme héritier présomptif de la couronne. Un seul degré, désormais, séparait du trône le cinquième fils de Charles VI et d’Isabeau de Bavière50.
Le nouveau dauphin, Jean, duc de Touraine, âgé de dix-sept ans, résidait à la cour de Hainaut, près du comte Guillaume, qui lui avait donné sa fille en mariage. Une ambassade fut aussitôt envoyée au comte, et le pria de ramener à Paris ce jeune prince inexpérimenté, pour aider à gouverner le royaume51.
Jean, duc de Berry, oncle du roi, mourut dans son hôtel de Nesle, à Paris, le 15 juin 1416. Le duc laissait au dauphin Jean, son filleul, toute la portion de ses biens, titres, charges, ou prérogatives, qui ne s’éteignaient point avec lui, ou qui ne faisaient point, de droit, retour à la couronne. Le 16 juin, Charles, comte de Ponthieu, partit d’Angers, se dirigeant vers la capitale. Il fat immédiatement nommé capitaine général de cette ville, charge qu’avait occupée jusque-là, son oncle, le feu duc de Berry52.
20Le 15 juillet 1416, Charles, comte de Ponthieu, fut créé, par lettres royales, duc de Touraine. Le jeune prince devait tenir cet apanage à titre de pairie. Il en fit hommage, le même jour, entre les mains du roi53.
Vers le mois d’août, Charles VI retomba malade. La reine, aux termes des précédents édits, fut investie du gouvernement, pour l’exercer de concert avec les princes du sang et le conseil. Grâce à la décision, à l’énergie soutenues que déployait le comte d’Armagnac, Jean sans Peur continuait de se tenir à distance de la cour. La reine, souffrante elle-même, se trouvait dans un état d’empêchement physique, qui ne lui permettait pas de manier activement les rênes de l’État. Partagée entre la peur et des préoccupations frivoles ou mesquines, l’égoïste et faible Isabeau essayait toujours de louvoyer, au milieu des partis et des écueils54.
Le 1er août 1416, Henri V, excité par le duc de Bourgogne, avait opéré une nouvelle descente à la Hougue de Saint-Vaast. Il ne tarda pas à débloquer le port d’Harfleur, que le connétable tenait assiégé, pour le soustraire à la domination anglaise. Complice de ces désastres, le duc de Bourgogne entretenait des troupes de bandits, ou de partisans armés, qui désolaient le nord du royaume. L’une de ces bandes vint jusque sous les murs de Paris, tenter nuitamment un coup de main contre cette capitale55.
21Dans ces difficiles conjonctures, Isabelle de Bavière essayait de se concilier le comte d’Armagnac. De 1414 à 1417, on voit figurer, parmi ses dépenses particulières, de nombreux présents d’argenterie, offerts par la reine au connétable, au prévôt de Paris, le célèbre Tanneguy Duchâtel, et à d’autres fonctionnaires de cet ordre. La plupart des conseillers influents, que les princes d’Anjou avaient placés auprès du prince Charles, étaient, sous main, pensionnés par la reine, ou recevaient de cette princesse des dons manuels56.
En même temps, elle négociait avec le duc de Bourgogne, par l’intermédiaire de son cousin, Guillaume de Bavière, comte de Hainaut et de son gendre, Jean VI, duc de Bretagne. Jean sans Peur tenait sous sa coupe, à Valenciennes, le nouvel héritier présomptif de la couronne. Le comte de Hainaut, foncièrement dévoué aux intérêts du duc de Bourgogne, exerçait sur le jeune dauphin, qui avait épousé sa fille, les droits de l’autorité paternelle. Prié de ramener son beau-fils à la cour de France, le comte de Hainaut mit pour condition à ce retour, le retour du duc de Bourgogne lui-même, son beau-frère. Cette offre ne manqua point d’être opiniâtrement repoussée par les ministres de Charles VI. Jean, dauphin de France, demeura ainsi, pendant une année environ, éloigné de la cour et du gouvernement des affaires57.
Cependant le roi de Sicile, prince du sang, exerçait 22nominalement l’autorité publique et jouissait à Paris d’une influence prépondérante. Il présidait les conseils du roi, auxquels prenait part, non loin de lui, le prince Charles, qui tenait le rang de son frère aîné, ou du dauphin absent58.
Le 25 décembre 1416, Guillaume de Hainaut, pour condescendre aux instances de la reine, amena le dauphin Jean jusqu’à Saint-Quentin. Isabelle, suivant les désirs du comte de Hainaut, devait se rendre en Picardie, pour recevoir son fils. Vers cette même date, Louis II, roi de Sicile, quitta de nouveau Paris et revint en Anjou, emportant avec lui, suivant la remarque du chroniqueur officiel, de grandes richesses, qui provenaient de l’impôt et qui étaient destinées, dit cet écrivain, aux dépenses de la guerre. Charles, duc de Touraine, demeura près de la reine sa mère59.
Vers le mois de janvier 1417, le roi éprouva, dans sa santé, quelque amélioration. Le duc de Bretagne fut mandé de nouveau pour négocier avec Jean sans Peur. Guillaume, comte de Hainaut, conduisit le dauphin Jean au château royal de Compiègne. Isabelle quitta Paris, pour aller à la rencontre de son fils, accompagnée des ducs de Bretagne et du grand conseil. La reine établit sa demeure à Senlis, où elle se trouvait le 11 janvier. Le 17 du mois suivant, elle résidait encore dans cette ville. Durant ce laps de temps, les négociations furent reprises entre la reine et le comte, afin de parvenir à la 23restitution du dauphin de France. La comtesse de Hainaut amena vers la reine, à Senlis, la dauphine Jacqueline de Hainaut, épouse du prince Jean. Mais la jeune princesse fut ensuite reconduite auprès de son mari à Compiègne, et le dauphin ne quitta point cette ville60.
Vers l’entrée du carême, la reine partit de Senlis. Le 24 février 1417, jour des Cendres, elle accomplit les dévotions de cette solennité religieuse, en l’abbaye de Saint-Denis. Isabelle ramenait avec elle au sein de la capitale le comte de Hainaut et le duc de Touraine. Le 5 mars, après avoir traversé la capitale, elle était venue seule établir sa demeure à Vincennes61.
Guillaume, comte de Hainaut, poursuivit auprès du gouvernement de Charles VI, le cours des négociations commencées. Il rencontra, de la part des conseillers du roi, une invincible résistance. Le 30 mars 1417, le comte, en pleine audience des princes ou du grand conseil, déclara qu’il mettrait dans Paris et le duc de Bourgogne, et le dauphin, ou bien qu’il remmènerait ce dernier en son pays de Hainaut. Le conseil du roi (c’est-à-dire le connétable d’Armagnac), de son côté, répondit à cette apostrophe en décrétant d’arrestation le comte Guillaume.
Mais celui-ci fut informé secrètement et sans retard du danger qui le menaçait. Le lendemain, de bon matin, Guillaume s’esquiva de Paris, avec deux hommes de suite, sous prétexte de pèlerinage à Saint-Maur des Fossés, 24genre de démonstration pieuse alors très usitée62.
Sans perdre un instant, il se rendit vers le dauphin, à Compiègne. Arrivé le jour même, il trouva ce jeune prince atteint subitement d’un mal très grave. Les progrès de cette affection morbide se développèrent avec une telle rapidité, que le prince Jean, très peu de jours après, expira le 5 avril 1417 à Compiègne.
Le quatrième fils de Charles VI mourait âgé de moins de vingt ans, sans postérité. Cette fin prématurée donna lieu à des rumeurs sinistres. On dit que le dauphin Jean, à son tour, venait de périr empoisonné. Jean sans Peur, duc de Bourgogne, publia aussitôt un nouveau manifeste. Il n’hésita pas à représenter ce deuil répété, comme étant l’effet d’un double crime, qu’il imputait à ses adversaires, les Armagnacs ou conseillers du roi63.
Charles, duc de Touraine, dernier rejeton mâle qui survécût de la tige royale, devint ainsi dauphin de Viennois et l’unique héritier de la couronne.
25Chapitre III Avril – juin 1417.
Par lettres royales du 13 avril 1417, Charles, duc de Touraine, fut investi du titre de dauphin et du gouvernement du Dauphiné64.
Au moment où le dernier fils de Charles VI parvenait à cette éminente position, les affaires générales du royaume se trouvaient dans une situation déplorable. La guerre des Bourguignons contre les Armagnacs avait, d’une frontière à l’autre, allumé des animosités ardentes. Cet antagonisme sanglant divisait non seulement les concitoyens d’une même ville, d’une même bourgade, mais encore les divers membres des familles entre eux. Il n’était point rare de voir le frère combattre le frère et le fils porter les armes contre son père.
Ce désordre général tendait à rompre les liens, qui unissaient les diverses classes, à pervertir les sentiments les plus naturels, à bouleverser les bases sur lesquelles reposait la société.
Tour à tour vainqueurs et vaincus, les partis s’abandonnaient successivement, l’un contre l’autre, à une série indéfinie de cruautés, de pièges, de vengeances et de représailles. À Paris, l’espionnage exerçait, dans les rues 26ainsi qu’à domicile, son ignoble et mystérieux empire. Un homme tout à coup disparaissait. Ses voisins l’avaient dénoncé comme suspect. Et nul n’osait signaler ce scandale, de peur que, pour cet autre genre de dénonciation, il n’eût lui-même à subir un pareil sort65.
Une multitude d’individus, bannis de Paris ou des autres villes comme Armagnacs, allaient chercher au sein des armées bourguignonnes, un refuge assuré. Ils en formaient l’avant-garde ; et, dans leurs excursions fréquentes, ils se distinguaient, entre les autres ennemis, par leurs ravages et par leurs cruautés. Nulle terre ouverte et livrée à la culture, n’était à l’abri de perpétuelles dévastations. Les paysans, excédés par les spoliations, les violences, qu’ils subissaient, poussés et comme arrachés hors de la glèbe par le dénuement, prenaient les armes.
Une bande de ce genre se forma près de la capitale dans la vallée de Montmorency. D’abord, ils attaquèrent, de nuit, leurs voisins, qu’ils allaient assiéger à domicile. Le jour, ils habitaient les bois, comme des bêtes sauvages, et se jetaient sur le voyageur égaré à la portée de leurs coups. Puis, las de ce mode précaire et aléatoire de subsistance, ils se procurèrent des chevaux, des armures, prirent l’habit des nobles, et se mêlèrent à la première compagnie de Bourguignons qui se présenta. C’est ainsi que la guerre civile dégénérait en un immense et universel brigandage66.
À la faveur de ces désordres, l’Anglais opérait 27annuellement sur les côtes de la Normandie ses invasions, devenues périodiques. Le vainqueur d’Azincourt avait pratiqué, au sein de la France, une large brèche et marchait résolument à la conquête du royaume. Le roi de France, dépositaire de l’autorité suprême, était fou, avec des intermittences de répit qui chaque jour se montraient plus rares. Une reine indigne, incapable et infirme, devait, aux termes des édits, le suppléer. Son fils, le nouveau dauphin, n’avait point encore passé l’âge de l’adolescence. Jean sans Peur, duc de Bourgogne, le seul prince qui pût être l’appui de la couronne, tenait campagne contre la couronne et venait d’être mis hors la loi.
Toute l’action des pouvoirs publics se trouvait concentrée de fait, entre les mains du connétable. Bernard VII, comte d’Armagnac, était un homme de main et de décision. Mais la passion, chez lui, l’emportait sur les talents politiques, et son énergie ressemblait moins à la force qu’à la violence. Aussi l’autorité du comte, connue depuis peu de temps et mal affermie, inspirait-elle plus de crainte que de confiance. La lutte intestine des Bourguignons et des Armagnacs absorbait les forces militaires de la nation. Pour faire face à l’invasion étrangère, le gouvernement avait loué des mercenaires lombards, espagnols et génois. Les uns, archers, les autres marins de profession, ces auxiliaires devaient, à prix d’argent, défendre et sur terre et sur mer, une patrie qui n’était point la leur. L’argent manquait pour payer la solde qui leur était due.
En temps de paix, le roi devait se défrayer de ses 28charges, à l’aide de ce qu’on appelait les revenus ordinaires de son domaine. Tel était l’idéal, au moyen âge, d’une équitable et sage administration. Depuis longtemps, la gestion financière de Charles VI avait excédé ce cadre normal. Les tailles ou impôts directs et extraordinaires, de toute espèce, étaient devenus périodiques. Ils produisaient peu et ne suffisaient point, quoique portés à un taux excessif et renouvelés à des intervalles d’une brièveté inusitée. Le gouvernement eut recours à un expédient plus ancien, mais non moins désastreux. Il altéra les monnaies. Le 10 mai 1417, une ordonnance royale prescrivit l’émission de nouvelles espèces. De ce nombre étaient des moutons d’or qui devaient avoir cours pour vingt sous tournois ou seize sous parisis la pièce. Le 29 du même mois, dit le Journal de Paris, il fut crié que nul ne prit d’autre monnaie que celle du roi, et que l’on ne comptât que par livres et par sous. Et furent aussi criés à prendre petits moutons d’or pour seize sous parisis, qui n’en valaient pas plus de onze67.
Comme ces produits totalisés ne s’élevaient pas au niveau des dépenses, on frappa un nouvel impôt sur le sel. Les contribuables, condamnés de par la loi, à devenir consommateurs, furent taxés. À l’un, la taxe allouait arbitrairement deux septiers, ou trois septiers de sel. Tel autre, plus riche, en recevait d’office un muid ou un demi-muid. Le prix du septier était fixé à quatre écus. Il devait 29être acquitté d’avance et au comptant, sous peine, pour le contribuable, de loger des garnisaires à ses dépens ou d’être mis en prison68.
Telle était, lorsque le prince Charles parvint au rang de dauphin, la situation des affaires publiques en général et spécialement au point de vue des finances. Ici se place un épisode remarquable et dont le véritable caractère ne semble pas avoir été mis sous un jour suffisant par les précédents historiens.
Isabeau de Bavière, mère de Charles VII, fut un personnage important de cette période. Le souvenir de cette princesse s’est transmis jusqu’à nous avec une éclatante et populaire notoriété. Son nom seul suffit, en même temps, pour susciter une image terrible, objet d’horreur et d’exécration. La calomnie, cependant, ne s’attaque pas exclusivement et toujours à l’innocence. Souvent l’opinion publique, égarée, prête aux riches ; et, soit faute de lumière, soit inattention, elle classe ou flétrit inexactement les coupables. Ce défaut de justice relative nous semble avoir été le partage d’Isabeau de Bavière.
Isabelle était née en 1370. Charles VI, âgé de dix-sept ans, l’épousa, en 1385, par amour (circonstance rare dans les mariages de princes), et sur la foi d’un charmant portrait. Peint d’après nature, ce tableau subsiste encore, au Louvre69, parmi les richesses artistiques les plus précieuses et les plus anciennes de la collection royale. Une beauté chaste et pure, la beauté qui s’ignore, s’exhale dans 30cette image. Isabelle y respire avec la fraîcheur de ses quinze printemps. À l’inspection de cette effigie, le jeune roi n’eut point de cesse que ses yeux n’eussent contemplé le modèle. Tandis qu’on l’amenait sans retard de Bavière, Charles se rendit au devant d’elle en la ville d’Amiens. Lorsqu’il la vit enfin, l’idéal, pour lui, bien loin de tomber en poudre au toucher du réel, rayonna d’un nouveau prestige. Trois jours après il l’épousait, sans dot, dans la cathédrale d’Amiens.
Isabeau de Bavière, comme toutes les créatures de Dieu, apportait avec elle l’innocence de la jeunesse, virginité de l’âme et du corps. Chez elle, la douceur, la beauté ornaient ce trésor naturel et le relevaient, d’attributs séduisants et modestes. L’universel auteur n’avait mis dans son âme, ni la corruption, qui l’empoisonna plus tard, ni cette perversité profonde et grandiose, qu’on lui a gratuitement attribuée.
Les premières années de son union, avec le jeune roi de France, s’écoulèrent comme dans l’enivrement d’un songe. Des comptes authentiques ont conservé, jusqu’à nous, les preuves multipliées de cette passion ardente, de cette tendresse mutuelle et romanesque70.
Mais le roi Charles, avec un tempérament énergique et sanguin, avait reçu du ciel un esprit faible, un caractère mobile et sans appui moral. Quatre ans de possession rassasièrent ses sens. En 1389, il partit pour son fameux voyage de Languedoc, véritable pèlerinage aux autels de Vénus. Il partit, négligeant la jeune reine, qui allait 31bientôt le rendre père pour la troisième fois. L’épouse, dans ce voyage, fut bien oubliée. Charles revint trois mois après, épuisé, vieux à vingt ans. Au fond de ces voluptés effrénées, il avait laissé la santé de son corps et de son esprit. L’idole de ses premières amours, Isabelle, dès lors, fut de plus en plus délaissée.
Isabelle cependant demeura fidèle même à l’infidèle. Armée de sa conscience, pure jusqu’alors, elle s’enferma dans le devoir comme au sein d’une citadelle, avec les ressources de sa beauté, de sa jeunesse et l’espérance. Vain espoir. Le roi devint fou. À travers les désordres de la maladie et parmi les vapeurs de son esprit troublé, d’autres femmes avaient le don de le toucher encore. Charles VI, par exemple, reconnaissait la belle Valentine, qui, plus d’une fois, charma, du son de sa voix, ses redoutables accès. Le roi, souvent, alors, se calmait et lui disait : Chère sœur.
Mais, dans cet enfer de la démence, il n’avait emporté aucun souvenir de l’amour que sa jeune épouse lui avait naguère inspiré. Lorsque celle-ci paraissait devant ses yeux, les traits de la reine, au lieu de réveiller en lui comme une vibration de tendresse endormie, au lieu d’y ranimer la vivante effigie d’un objet connu et aimé, ses traits lui apparaissaient comme ceux d’une étrangère. Ses traits le glaçaient d’indifférence, le frappaient de surprise et rallumaient le plus souvent toutes ses fureurs. Même sans la voir, il lui prodiguait les signes de l’aversion et l’outrage. Dans l’écusson de ses armes, que le mobilier du palais multipliait sous ses regards, le blason de Bavière, fuselé d’argent et d’azur, s’unissait aux fleurs de lis d’or. 32Parfois la vue de ces figures suffisait pour irriter ses sens dévoyés. Il se précipitait alors sur ces symboles, avec colère, et voulait les mettre en pièces.
Bientôt là maladie du roi empirant, il tomba dans une négligence absolue de sa personne. Doué d’une force herculéenne et inaccessible aux soins d’autrui, son corps devint une plaie immonde, qu’habitait une repoussante vermine. La reine, dans ses entretiens avec lui, subissait des sévices et des coups. Pendant quinze années (de 1392 à 1407), Isabelle de Bavière, conduite au lit royal par la raison d’État, continua de pourvoir à la postérité de la monarchie.
Sans doute, indépendamment de la voix stoïque du devoir, d’amples compensations s’offraient à une épouse dévouée, à la reine qui eût été digne de son titre et du rang que lui avait octroyé la Providence. Un rôle difficile, mais sublime, appartenait à Isabelle, si la nature l’eût douée des talents et des vertus nécessaires pour le remplir.
Isabelle, et nous retombons ici dans la stricte justice de la vérité, n’était nullement sublime. Le ciel l’avait faite, de tout point, moralement, médiocre et vulgaire. Le poison de l’exemple coulait autour d’elle, à pleins bords, dans les mœurs d’un siècle corrompu. La séduction vint la trouver sous le toit domestique. Depuis le jour où elle mit le pied sur la terre de France, un jeune prince, à peu près de son âge, la poursuivit de ses recherches et ne la quitta plus. Compagnon assidu de sa vie intime, inévitable témoin de ses mouvements, partout il la suivait, l’entourait, l’enlaçait ; épiant le moindre de ses pas, de ses gestes, et prévenant d’un piège, chacun de 33ses actes ou de ses pensées. Louis, duc d’Orléans, était le vice aimable : il la perdit. Le jeune homme, puis l’amant grandit à ses côtés. Il grandit à mesure que le veuvage d’un époux vivant creusait, autour d’elle, un vide, au sein de la demeure conjugale. Par lui et pour lui, Isabelle descendit successivement tous les degrés qui mènent du dépit à la faute et de l’innocence au scandale et à l’impudeur.
La reine eut comme premier précepteur d’immoralité le frère du roi ; son propre frère, Louis de Bavière, dit le Barbu, lui donna d’autres leçons et acheva de la corrompre. Ce Louis, type étrange et vil, était pourvu d’une stature et de membres athlétiques. Il n’avait cependant pas même le vulgaire courage de combattre pour se défendre. La nature semblait l’avoir construit de la sorte, pour montrer, dans ce géant, la caricature d’un corps sans âme. Insatiable de richesses, de voluptés et de débauche, l’unique ressort de son esprit tendait à l’exaction. Il l’exerçait alternativement sur ses sujets de Bavière et sur le trésor de sa sœur ou du roi de France, trésor qu’il tenait perpétuellement assiégé71.
Isabelle, docile et molle écolière, apprit du premier de ces maîtres la galanterie, et du second, la cupidité.
À l’époque où nous sommes parvenus (avril 1417), Isabelle de Bavière comptait quarante-sept ans. Une vieillesse rapide devint le fruit de ses fatigues maternelles et de ses écarts. La reine, comme on sait, avait donné douze rejetons, de l’un et de l’autre sexe, à la tige royale. Le 3423 novembre 1407, Louis d’Orléans, lorsqu’il fut assassiné, sortait de chez la reine. Celle-ci pleurait alors un enfant mort-né, le dernier de ses fils, qu’elle avait perdu depuis très peu de jours. La naissance de cet enfant marqua, pour Isabeau de Bavière, le terme de la période maternelle.
Pour elle, la saison des passions galantes ne tarda point à se clore également, par un arrêt de la nature ou de la Providence. Au retour de l’âge, elle fut atteinte d’une obésité qui la rendait difforme. Le 31 décembre 1409, des lettres patentes attribuèrent à la reine, à défaut du roi, le gouvernement. Cet acte public, en même temps, prévoyait le cas où cette princesse elle-même, par suite de cette infirmité, se trouverait empêchée de présider le conseil72.
De toutes les superstitions qui assaillaient le pauvre esprit d’Isabelle, celle qui dominait, en elle, toutes les autres, était la terreur de la mort. Nulle créature n’aimait la vie pour la vie, avec un instinct plus sensible. Isabelle fit son premier testament en 1411. On peut voir, dans ce symptôme, un signe sérieux et certain. Dès lors, aux yeux de la pécheresse, l’existence, avec son passé amer, n’offrait plus devant ses regards la perspective des jouissances qu’elle avait antérieurement recherchées. Elle n’offrait plus l’illusion, ni même l’espérance (ou le souci) d’un long reste à parcourir. Ses jours, il est vrai, devaient se succéder encore pendant de nombreuses années. Mais déjà, sur cette terre, la période de l’expiation avait 35commencé pour elle. Les infirmités, la maladie, l’infortune, se multiplièrent en s’aggravant, sur son front. Au mois de décembre 1415, la reine se rendit de Melun à Paris. Elle se fit porter en litière, à épaules d’hommes, par des relais de piétons, qui se succédaient. La monture du cheval, qu’elle avait aimée passionnément dans sa jeunesse, lui fut de bonne heure interdite. Elle dut même renoncer, comme moyen de transport, à ces chars rapides et perfectionnés, dont elle avait précédemment fait usage.
Devenue podagre73, la reine, en avril 1416, était obligée, pour se mouvoir à l’intérieur, de se faire traîner dans une chaise roulante. Jean sans Peur, duc de Bourgogne, avait élevé dans son hôtel d’Artois, rue Mauconseil, une chambre forte, construite en pierre, à l’épreuve d’un siège et du canon, où il couchait le soir74. L’annonce de la guerre des Anglais, mêlée à celle des Bourguignons, redoublait, à cette époque, les terreurs d’Isabelle. Dans les manoirs de Saint-Paul et de Vincennes, qu’elle habitait, la reine s’était fait faire des logements ou retraits de bois, fermés de divers engins de serrurerie, fréquemment renouvelés. C’est là qu’elle reposait la nuit, sous la tutelle immédiate de gardiennes ou gardes-malades, qui se relayaient pour veiller.
La médecine, comme elle se pratiquait alors, et les actes de piété, tels que la reine les exerçait, constituaient on peut le dire en toute sûreté de conscience, une double superstition qu’Isabelle combinait d’étrange manière. 36Elle buvait l’or potable et les pierres précieuses, sous forme d’élixir. À la date citée en dernier lieu, la reine recevait les soins de maître Guillaume le Pelletier, physicien du roi. Ce docteur fut en outre chargé de faire faire pour ladite dame et à sa dévotion, une neuvaine-quinzaine en l’église Notre-Dame de Montfort
. Cette princesse accomplissait de tous côtés, à ses dépens, des pèlerinages par procuration. Au moment où elle venait de perdre son fils, le dauphin Jean, Isabelle de Bavière chargea l’un de ses aumôniers de payer neuf livres quatre sous à sœur Jeanne la Brune, religieuse à Saint-Marcel, pour trente-six jours que ladite sœur avait jeûné pour et à la dévotion de madite dame la reine75
.
Partout où la reine de France, suivie de ses dames d’honneur, fixait son séjour, une garnison nombreuse de gendarmes habitait auprès d’elle, pour veiller à la sûreté de leur commune demeure. La reine, à l’aide des minutieuses précautions que nous avons rappelées, parvenait à isoler sa personne. Elle se préservait ainsi, malgré cette cohabitation, d’un voisinage, dangereux peut-être, et plus probablement incommode. Ces mesures, à ce qu’il semble, ne produisirent point de semblables résultats, en ce qui concerne les dames d’honneur d’Isabelle. Ces dames, jeunes pour la plupart et de haute condition, se faisaient remarquer par un luxe, une extravagance de costume, qui formaient avec la gravité des circonstances et avec la détresse financière, un scandaleux contraste. La conduite 37même de ces compagnes de la reine était sévèrement incriminée par la malignité publique.
Le 14 novembre 1416, par ordre de la reine, le serrurier de la cour avait posé deux serrures, l’une à boîte, l’autre à ressort, garnies de cinq clés, par lui mises (les serrures) et assises en deux huis (ou portes) au retrait des damoiselles de ladite dame, en l’ostel de Saint-Paul
. Ces cinq clés étaient destinées aux cinq principales dames d’honneur de la reine. Le témoignage unanime des chroniqueurs du temps autorise à croire que les dépositaires de ces cinq clés en firent un usage peu favorable à la bonne renommée des jeunes personnes placées sous leur garde, et qui habitaient en cour, jour et nuit, dans la compagnie de la reine76.
Parmi les capitaines de gens d’armes préposés à la garde du corps de la reine et de ses dames d’honneur, se trouvait un chevalier nommé Louis de Bosredon.
C’était un gentilhomme d’Auvergne, aussi distingué par son rang que par son mérite et ses actions militaires. Fidèlement attaché, depuis 1408, au parti royal ou Armagnac, il rendit à cette cause, en mainte rencontre, de signalés services. Il avait exercé de grands commandements dans l’armée des princes, sous les ordres du comte d’Armagnac, et parfois de pair avec ce dernier. Plus heureux que le connétable, M. de Bosredon se trouvait à la bataille d’Azincourt. Il s’y montra, comme toujours un brave chevalier. L’éclat de sa valeur, la confiance dont il jouissait auprès de la reine, étaient de nature à lui susciter 38l’envie de plus d’un rival, et même celle, peut-être, du tout-puissant connétable. Il remplissait aux côtés d’Isabelle de Bavière, indépendamment des fonctions de capitaine, l’emploi de grand-maître de l’hôtel de la reine. À ce dernier titre, les détails d’intérieur, concernant l’habitation de la reine et ses dames d’honneur, étaient soumis à sa juridiction77.
La reine, vers le 15 avril 1417, résidait, avec le dauphin Charles, à Vincennes. En ce moment, le roi jouissait, dans sa santé, d’une amélioration passagère. Par ordre du comte d’Armagnac, le prévôt de Paris, Tanneguy Duchâtel, tout dévoué au connétable, conduisit le roi à Vincennes. Il avait eu soin de se munir d’une forte escorte, bien armée.
Informée de cette visite, Isabeau de Bavière envoya au-devant du roi le dauphin son fils, sous la conduite de M. de Bosredon, son grand-maître d’hôtel. Celui-ci était également accompagné de ses hommes d’armes. Louis de Bosredon se disposait à offrir au roi ses hommages. Mais aussitôt le prévôt de Paris, exécutant les instructions précises qu’il avait reçues du connétable, déclara au grand-maître de l’hôtel qu’il le faisait, au nom du roi, prisonnier. L’escorte de M. de Bosredon fut mise en fuite et dispersée. Après une entrevue de Charles VI et d’Isabelle, le prévôt de Paris ramena le roi et le dauphin au sein de la capitale78.
39Quant au capitaine des gardes et grand-maître de l’hôtel de la reine, il fut emmené à la tour de Montlhéry, où il demeura quelque temps chargé de chaînes et garrotté. Puis on le fit venir à Paris, pour le juger au Châtelet, sous l’autorité du prévôt. La cour du parlement, à laquelle appartenait, en pareil cas, l’administration d’une justice régulière, n’eut aucune connaissance de la cause. Cette soustraction du justiciable à son juge légal et le choix de la juridiction du prévôt, suffiraient pour dénoncer, dans ce procès, une véritable exécution politique. En effet, le malheureux capitaine fut soumis à la torture, jugé, condamné et livré à la mort dans l’ombre du huis clos. Pendant la duit, la Seine reçut un sac de cuir qui contenait la victime. Sur le sac, il y avait cette inscription : Laissez passer la justice du roi79 !
Les prétendus aveux tirés du prévenu dans ce drame judiciaire furent soustraits, comme les débats, à la lumière et aux garanties de la publicité. La gravité même de ces révélations, fictives ou extorquées, servit de prétexte au mystère. On sema le bruit que les désordres, reprochés à de grandes dames, n’étaient point le seul grief, auquel la mort du grand-maître de la reine avait dû servir d’expiation. L’honneur conjugal du roi, lui-même, murmurait-on, avait été souillé par le coupable. La reine, en conséquence, fut aussitôt inquiétée. Séparée du dauphin et de Marie d’Anjou sa belle-fille, elle eut recours à l’autorité du roi Louis et de la reine de Sicile, par un message qu’elle leur écrivit de Vincennes le 17 avril 1417. Le lendemain, 40par ordre du connétable et au nom du roi Charles VI, elle quittait cette résidence. De là, Isabelle de Bavière fut conduite, en dépit de ses représentations, au château de Blois. La reine fut enfin reléguée à Tours80. Les particularités dans lesquelles on est entré ci-dessus, permettent au lecteur d’apprécier, dès à présent, combien ces perfides insinuations, en ce qui concernait personnellement la reine Isabeau, se trouvent peu compatibles avec la vraisemblance. La suite des faits achèvera d’éclairer cet épisode.
Isabelle de Bavière était avare et prodigue tout ensemble. Elle dissipait avec profusion et ne se lassait pas de thésauriser : elle enfouissait. Sur un seul exercice, entre autres, de sa trésorerie, l’exercice antérieur à 1416, on remarque ce chapitre : deniers baillés comptant à la reine. Le total s’élève à cent quatre mille six cent quatre-vingt-deux livres, dix-sept sous, huit deniers tournois : 104, 682l 17s 8dt. On peut multiplier par quarante cette somme, pour se faire une idée approximative de l’équivalent en francs de notre monnaie actuelle81. La reine absorbait ces sommes énormes, en dehors de ses dépenses proprement dites, imputées sur d’autres chapitres de ses budgets. Une partie notable de ces deniers, provenant des subsides et littéralement de la misère publique, était convertie par elle en vaisselle d’argent, en perles, en diamants non montés et en lingots d’or. Elle plaçait, sous main, ces valeurs à titre de dépôts, non seulement dans les coffres de ses diverses demeures, mais çà 41et là, chez des marchands, ou banquiers et chez les gens d’Église. L’abbaye de Saint-Denis, la cathédrale de Chartres, reçurent ainsi des fidéicommis clandestins. Le 20 mai 1416, Jean Picard, premier secrétaire de la reine, se présenta devant les sous-prieur et couvent de la Trinité, à Vendôme. Il était porteur de trois mille francs, en écus d’or à la couronne. L’envoyé de la reine montra aussi un acte en bonne forme, scellé et signé du nom et de la main d’Isabelle. L’acte et l’argent furent confiés aux religieux. L’un et l’autre devaient être restitués à volonté, sur l’ordre de la reine. Quant aux dépositaires, afin qu’ils gardassent, touchant cette remise, un silence perpétuel, la reine stipulait, dans l’acte, que la somme, si elle n’était pas réclamée par la déposante et durant sa vie, appartiendrait au couvent.
Les Bénédictins de Vendôme conservèrent effectivement le secret. Mais Jean Picard, secrétaire de la reine, et Guillaume Toreau, son chancelier, trahirent leur maîtresse. Le connétable n’ignorait pas le fait de ces enfouissements. Exilée de Vincennes, la reine demanda qu’on la conduisît à Melun. Elle-même avait accommodé à ses goûts ce séjour, qui lui appartenait en propre, dès le présent, et à titre de douaire. Mais le connétable s’opposa expressément au choix qu’Isabelle avait fait de cette résidence. Une fois qu’il sut la reine internée à Blois, le comte d’Armagnac envoya des émissaires à Melun. Là ces derniers firent main-basse sur des sommes considérables que la reine y avait cachées. Le dépôt de Vendôme et d’autres encore devinrent ainsi la proie du connétable, et rendirent à l’État des ressources précieuses82. 42Dans sa faiblesse et ses perplexités, la reine inclinait parfois vers le duc de Bourgogne. Cette attitude, cette manœuvre louvoyante inquiétait et irritait le comte d’Armagnac. Se défaire politiquement de la reine, s’emparer du dauphin, dépouiller à la fois Isabelle d’un reste de pouvoir et enfin de l’argent qu’elle avait thésaurisé, tel fut, selon toute apparence, le triple but que se proposa le connétable83.
Louis de Bosredon, capitaine de la reine et son maître d’hôtel, était le principal obstacle à ce projet. Il en fut la victime désignée. Nous avons dit plus haut les prétextes qui servirent à colorer son exécution judiciaire. Si nous interprétons les faits et les documents avec fidélité, les véritables motifs de cet audacieux coup de main furent ceux qui viennent d’être indiqués en dernier lieu.
43Chapitre IV 29 avril – octobre 1447.
Le 29 avril 1417, Louis II, duc d’Anjou et roi de Sicile, mourut en son château d’Angers. Ce prince était âgé seulement de quarante ans et succombait à une pénible maladie84.
Il avait amassé, dit-on, de grandes richesses. Sa mort prévint heureusement une nouvelle guerre intestine, que le duc de Bourgogne se préparait à diriger contre lui. Louis II avait été jusque-là, pour, son gendre, le prince Charles, un conseiller politique et un appui. En mourant, il institua sa veuve, Yolande d’Aragon, régente de tous ses États. Louis la fit en même temps administratrice de la personne et des biens de sa jeune famille85.
Il était écrit dans la destinée de Charles VII, que, depuis son berceau jusqu’à sa tombe, des femmes exerceraient sur toute sa carrière une influence notable. Dans le chapitre qui précède celui-ci, nous avons essayé de peindre Isabeau de Bavière. À côté du jeune prince, la Providence plaça comme un bon génie, Yolande d’Aragon, qui fut, heureusement pour lui, une seconde mère.
44Yolande ou Violante d’Aragon, comme on la nommait dans sa langue maternelle, avait vu le jour en cette partie de la péninsule espagnole. Elle était née l’an 1380, de Jean Ier, roi d’Aragon, et de Yolande de Bar, petite-fille du roi de France Jean le Bon.
Du sang français coulait ainsi dans ses veines. Yolande ne l’oublia jamais, et, toute sa vie, elle s’inspira, non sans honneur, de cette origine.
Sa mère, Yolande de Bar, mariée à un prince peu capable, prit constamment une part importante au gouvernement de ses États. Plus libérales sur ce point que les nôtres, les mœurs, aussi bien que les lois du moyen âge, n’excluaient point généralement les femmes, de la scène où s’agitent les intérêts publics. C’est ainsi que la future duchesse d’Anjou se trouva de bonne heure initiée au rôle considérable qu’elle devait personnellement remplir.
Le 2 décembre 1400, Yolande d’Aragon épousa, dans la ville d’Arles, Louis II, duc d’Anjou, comte de Provence, roi de Naples, de Sicile et de Jérusalem. La jeune princesse, à son arrivée en France, fut saluée de l’accueil le plus sympathique. Sa beauté86, ses vingt ans, sa vive intelligence, excitèrent autour d’elle un concert de louanges et d’admiration.
De grands soucis attendaient toutefois l’épouse de Louis II.
45Ce prince, en lui donnant sa main, l’élevait au rang de souveraine. Comte, duc et roi, une triple couronne royale brillait à son front, et la reine Yolande en partageait l’éclat ainsi que les titres pompeux. Mais la royauté de Jérusalem n’était plus (dès lors et depuis longtemps) qu’un vain nom, et jamais Louis ne put s’asseoir tranquillement sur ses trônes de Naples ni de Sicile. Comme duc d’Anjou, comme grand baron de France, sa position au milieu des troubles qui déchiraient le royaume, offrait déjà pour lui, mille dangers.
En 1411, pendant qu’il guerroyait au delà des monts pour sa couronne d’Italie, les vassaux de son comté de Provence profitèrent de l’absence du comte pour se révolter contre lui. Yolande d’Aragon, lieutenante-générale, au nom de Louis, accourut d’Angers à Aix, leva le ban, et réprima la sédition. Vers le même temps, le roi d’Aragon vint à mourir. La reine de Sicile dut repasser les Pyrénées pour aller disputer à de redoutables compétiteurs cette succession paternelle. Toujours militante et plus d’une fois éprouvée par l’adversité, Yolande se montra sans cesse à la hauteur de son rang et de la fortune87.
Avec de nouveaux périls, la mort de son époux, entourée de conjonctures aussi difficiles, lui imposa de nouveaux devoirs.
Le 17 mai 1417, le prince Charles, déjà duc de Touraine et dauphin, reçut par lettres royales le duché de Berry, ainsi que le comté de Poitou, pour les tenir, l’un et l’autre, en pairie. Peu de jours après, la reine de Sicile 46vint à Paris et ramena son beau-fils avec elle dans les contrées de l’Ouest88.
Des soins nombreux réclamaient, en ces parages, la présence du jeune prince.
La guerre des Armagnacs et des Bourguignons désolait le Poitou. Jean II Larchevêque, seigneur de Parthenay, créé sénéchal de Poitou par Jean, duc de Berry, alors possesseur de ce comté, avait d’abord défendu le parti des princes orléanais. Mais, en 1413, débordé par les progrès de la cause bourguignonne, il déserta le drapeau royal et passa dans le camp de Jean sans Peur.
Un an ne s’était pas écoulé que les Armagnacs reprenaient, triomphants, possession de l’autorité. Le sénéchal de Poitou perdit son office. Sa seigneurie de Parthenay et d’autres fiefs importants, qu’il tenait au sein de cette province, furent confisqués sur lui et adjugés, par le roi, au comte de Richemont, frère du duc de Bretagne. La guerre civile, alors, se ralluma entre le seigneur de Parthenay, dépossédé, et Arthur de Bretagne, comte de Richemont. Cette guerre mit en feu la province entière89.
Le dauphin Charles, vers la fin du mois de mai 1417, paraît avoir fait un premier séjour passager à Poitiers. De là, il se rendit en Touraine90.
Ce prince était le 2 juin à Tours, ville où, déjà, sans doute, l’avait précédé sa mère, la reine Isabelle, exilée. Sigismond, empereur d’Allemagne, avait reçu, en 1416 47l’hospitalité de Charles VI à Paris. De là le roi des Romains s’était dirigé vers la cour d’Henri V, en Angleterre. Jean sans Peur eut soin de circonvenir d’agents et d’affidés attachés à son parti, l’hôte du roi de France. Ces influences entourèrent Sigismond pendant le cours de son voyage de Paris à Calais, puis de la traversée ; puis, durant tout le temps qu’il passa près la cour de ce prince.
Armagnac à Paris en 1416, le roi des Romains était devenu anglo-bourguignon lors de son retour au sein de ses États d’Allemagne, en 1417. Le Dauphiné touchait à l’empire, et le roi des Romains revendiquait féodalement sur ces régions, de prétendus droits de suzeraineté. Sigismond voulut transporter, de son autorité impériale, le fief du Dauphiné à l’un des frères du roi d’Angleterre. Dans ces circonstances, le dauphin, par lettres patentes datées de Tours le 2 juin 1417, ordonna au gouverneur de mettre le pays en état de défense. Vers le même temps, le maréchal du Dauphiné, Guillaume de Roussillon, seigneur du Bouchage, fut institué capitaine par le dauphin, pour le servir ; avec soixante hommes d’armes, contre les Anglais91.
De Tours, le prince Charles alla rejoindre sa belle-mère à Angers. Il assista, peu de jours après, à un service religieux qui, par les soins de la reine Yolande, fut célébré avec une grande pompe en l’honneur du feu roi de Sicile92.
48Durant le cours du même mois de juin, les états de Poitou, réunis à Saumur, représentèrent au comte-dauphin les maux infinis que cette lutte, engagée entre le seigneur de Parthenay et les gens du comte de Richemont, ne cessait de causer pour la province. Le jeune prince fut supplié de porter à cet état de choses un remède prompt et efficace. Le 2 juillet 1417, afin de parvenir à rendre la paix au Poitou, un traité fut signé à Angers entre le duc de Bretagne, au nom de son frère Arthur93, et le prince Charles. Suivant les termes de ce traité, la châtellenie de Châtelaillon fut cédée au comte breton. Le dauphin conserva pour lui les autres seigneuries de Jean Larchevêque, qui demeurèrent, ainsi que la terre de Parthenay, confisquées au roi de France94.
Le lendemain, 3 juillet 1417, par contrat passé à Angers, Louis d’Anjou, fils aîné de Louis II et de Yolande, fut avec le consentement de Charles, dauphin, marié à la princesse Isabelle, fille du duc de Bretagne95.
Ces divers actes accomplis pendant ce voyage du dauphin Charles sont empreints d’un caractère de sagesse qui décèle à nos yeux la main de la reine Yolande. Dans le même temps, une ordonnance royale, rendue au nom de Charles VI, à Paris, fut inspirée par le connétable d’Armagnac. Cet édit, daté du 14 juin 1417, ordonnait 49qu’en l’absence du roi, le dauphin Charles, son fils, présiderait le conseil96.
Pour apprécier toute la portée de cette mesure, il convient de se référer à des circonstances politiques, précédemment exposées. Suivant les desseins du ministre, cet acte, spécialement dirigé contre Isabeau de Bavière, achevait de la détruire et de l’effacer.
Ainsi, pour des motifs non explicites, le connétable avait osé attenter à la personne et à liberté de la reine de France. Il l’avait arbitrairement reléguée à l’état de captive. Par la loi de la violence et sans aucune forme régulière, à l’aide de la délation de serviteurs subornés, il s’était emparé de valeurs qui appartenaient en droit à la compagne du trône. Un meurtre inique et odieux, le meurtre de Bosredon, l’un des serviteurs les plus utiles à l’État, avait été le couronnement de l’œuvre, et le prétexte destiné à colorer ces exécutions, d’un semblant de justice.
Non content de ces rigueurs, le premier ministre poursuivait la reine, présidente légale du conseil, jusqu’à l’anéantir. Déjà le connétable avait privé publiquement Isabelle, non seulement de la direction, mais de la société même de ses enfants. L’ordonnance du 14 juin achevait de susciter contre elle un antagoniste, en la personne de son propre fils, le dauphin. Déshonorée comme femme, outragée comme reine, Isabelle reçut de la sorte, dans son orgueil de mère, une dernière atteinte.
Nature inerte et inoffensive jusque-là, Isabelle conçut 50dès lors un ressentiment amer et jusqu’à un certain point légitime. De tels procédés, employés contre une femme, contre une princesse de son rang, seront jugés pour le moins peu mesurés, et peu habiles. L’hostilité de la reine, au milieu des embarras qui hérissaient la situation, pouvait ajouter à ces difficultés une complication redoutable. Les événements ne devaient point tarder à le démontrer.
Aidé par ces fautes et par ces violences du gouvernement, Jean sans Peur gagnait chaque jour du terrain. Le 24 avril 1417, il adressa un nouveau manifeste aux bonnes villes. Le duc de Bourgogne y prenait texte de la mort, qui avait frappé, coup sur coup, les deux dauphins.
Égoïste et sceptique, à la manière des ambitieux, le duc Jean exploitait avec une égale facilité tous les thèmes politiques. Les impôts considérables dont les artisans étaient surchargés, fournissaient à ses amplifications officielles une abondante et fructueuse matière. Despote au sein de ses États, il s’était, en 1408, baigné dans le sang des Liégeois, insurgés pour la défense de leurs libertés séculaires. En même temps, le duc de Bourgogne avouait à Paris la doctrine du tyrannicide Jean Petit, ainsi que l’amitié des cabochiens et des bouchers.
Jean sans Peur, dans ce dernier manifeste, se proclamait le défenseur du pauvre peuple et le patron des prérogatives communales. Grâce à cette attitude et à ce langage, le duc de Bourgogne s’était acquis, parmi les habitants des villes, un parti nombreux. Les populations, excédées de souffrances, confondaient leur cause avec 51la cause de son ambition. La Picardie, la Champagne et généralement le nord de la France, se déclaraient, de jour en jour, en sa faveur. Amiens, Montdidier, Troyes, Reims, Châlons, etc., accueillirent ses proclamations avec enthousiasme. L’entrée des Bourguignons au sein de ces villes fut suivie partout de réactions violentes, de destitutions, d’exils et de confiscations sans nombre97.
Rouen, l’une des capitales de la France, et la tête de l’importante province de Normandie, obéit à cet entraînement. La circulaire du 24 avril n’y fut pas plutôt reçue que les corporations, notamment celle des drapiers, donnèrent le signal de l’insurrection bourguignonne. À la nouvelle de ces désordres, le comte d’Armagnac expédia trois commissaires, armés de pleins pouvoirs et accompagnés de troupes. L’un deux, prince du sang, se nommait Jacques de Bourbon, sire de Préaux. Il était accompagné d’un jeune et vaillant capitaine, Gilbert de la Fayette, qui fut, depuis, maréchal de France, et de Pierre de Mornay, seigneur de Gaules, dit Galuet, maréchal du duc d’Orléans. Cette démonstration de l’autorité supérieure ne fit qu’attiser l’ardeur de la lutte98.
Pendant la nuit du 23 au 24 juillet, l’émeute populaire éclata dans toute sa violence. Raoul de Gaucourt était bailli de Rouen pour le roi. Vers dix heures, une troupe d’insurgés en armes se présente à la porte de son hôtel, situé, dans la cité, rue Beauvoisine, auprès de l’hôpital 52de Saint-Ouen. Les assaillants avaient le visage embrunché, c’est-à-dire masqué par la draperie de leur chaperon, rabattue sur les yeux. Ils demandaient à parler au bailli, sous prétexte de lui présenter un malfaiteur nouvellement arrêté. Après avoir essayé de les éconduire, ce magistrat finit par sortir au devant d’eux.
Il n’avait pas franchi le seuil de sa porte, à peine vêtu, qu’il tomba sous les coups de trois assassins99. Ceux-ci prirent la fuite, abandonnant, au milieu de la rue, le cadavre sanglant. De là, les insurgés se portèrent chez le lieutenant du bailli, nommé Jean Léger, qui fut également assassiné cette même nuit. Le lendemain, plusieurs bourgeois, soupçonnés de vouloir rendre la ville au dauphin, périrent noyés dans la Seine100.
Le prince Charles résidait encore à Angers, lorsque, vers le 20 juillet, il fut informé de la situation critique où se trouvait la première cité de la Normandie. Le dauphin s’y rendit immédiatement, suivi de troupes.
Arrivé à Chartres, il apprit que le duc de Bourgogne venait de remporter un nouvel avantage, en s’emparant du château de Saint-Florentin. Le prince Charles, à cette nouvelle, détacha une partie de ses forces. Il envoya sans retard ce secours à Saint-Florentin (Yonne), sous le commandement de Jean de Torsay ; grand maître des arbalétriers, sénéchal de Poitou, et du sire de Gaules, commissaire de Rouen, qui l’accompagnaient.
53Suivi du reste de ses forces, Charles continua sa route vers la ville insurgée.
Deux parlementaires normands, Pierre Fresnel, évêque de Lisieux, et le sire de Bacqueville, membres, l’un et l’autre, du grand conseil royal, l’avaient précédé. Le dauphin vint coucher, le 22 ou le 23, à Pont-de-l’Arche. De ce point, il envoya de nouveau Louis d’Harcourt, archevêque de Rouen, pour tenter, auprès des révoltés, les voies de la douceur et des négociations. Mais le prélat, parvenu aux portes de la ville, y trouva ses propres chanoines en armes et faisant cause commune avec les insurgés. Il retourna près du prince en lui signifiant l’insuccès de ses efforts. Le dauphin résolut alors d’employer la force des armes101.
Le château de Rouen, situé hors de la cité, était demeuré au pouvoir des officiers royaux. Après y avoir introduit un renfort, le dauphin déploya le surplus de ses troupes sur la côte de Sainte-Catherine. Ce spectacle, offert à la vue des rebelles, commença de les intimider. Quelques jours se passèrent, au bout desquels les bourgeois finirent par capituler102.
Le jeune prince, ou les conseillers qui le dirigeaient, terminèrent ce conflit, avec une modération digne d’éloges. Les Rouennais se soumirent à d’autorité royale. 54À cette condition, une amnistie générale fut accordée. La ville conserva ses antiques privilèges. Tels étaient la garde des clés, la possession des chaînes pour tendre les rues, le soin de faire le guet, d’entretenir les fortifications de la cité, en un mot le droit de porter les armes pour leur propre défense et pour la défense du royaume. Ces privilèges furent maintenus habilement au vaincu par le vainqueur, attendu, disent les termes précis de la capitulation, attendu la prochaine venue du roi d’Angleterre103
.
Rouen ouvrit ses portes au dauphin le 29 juillet 1417. Ce prince y nomma pour bailli Guillaume, seigneur de Gamaches en Vexin, et pour capitaine Jacques d’Harcourt, comte d’Aumale104.
Pendant qu’il apaisait ainsi une menaçante sédition, Charles apprit d’une part que le roi d’Angleterre venait d’opérer sur la côte normande une nouvelle descente, et, d’une autre part, que le duc de Bourgogne marchait sur Paris. Le conseil du prince se réunit pour décider de quel côté le dauphin devait aller de préférence affronter l’ennemi. Vers le 5 août, le prince Charles quitta Rouen et prit le chemin de la capitale105.
Le 29 juin précédent, Thomas de Lancastre, duc de Clarence, avait quitté les rivages d’Angleterre, cinglant vers la côte normande. Une flottille de caraques, montée par des marins génois, gardait ce dernier littoral. Pour 55toute défense, ces mercenaires étaient appuyés par sept cents hommes d’armes, embarqués à bord des nefs, sous la conduite du bâtard de Bourbon, Alexandre fils du duc Jean. Cette escadrille, complètement insuffisante, attendait depuis trois mois, à l’ancre, des secours promis par le comte d’Armagnac et qui n’arrivèrent point.
Vers le jour ci-dessus indiqué, les Génois se virent attaqués en mer par le frère du roi anglais. Le duc de Clarence commandait une flotte nombreuse et formée de bâtiments à proues disposées pour l’attaque. Il était accompagné de deux mille hommes d’armes et de quinze cents archers d’élite. Les Génois, habiles tireurs, secondés par les chevaliers et écuyers de terre embarqués avec eux, soutinrent d’abord avantageusement cette lutte inégale. Leurs traits et autres projectiles causèrent de notables dommages à l’ennemi. Mais lorsque les partis opposés se réunirent et que l’abordage eut lieu, le nombre l’emporta et la victoire demeura aux Anglais.
Une partie, de la flottille française était coulée à fond. Quatre caraques, prises sur les Génois, furent envoyées par les vainqueurs en Angleterre comme trophées. La plupart des chevaliers français durent payer une rançon. Mis hors d’état de tenir dorénavant la campagne, les Génois ramenèrent vers les ports de la Bretagne les débris de cette funeste expédition106.
56L’embouchure de la Seine, balayée par cette attaque d’avant-garde, s’ouvrait désormais, sans résistance possible, à un débarquement de l’ennemi107. Henri V, en effet, réunit tout ce qui était nécessaire pour une semblable expédition. Le 1er août 1417, les conseillers du dauphin accompagnaient ce prince à Rouen : ils s’attendaient à voir le roi d’Angleterre débarquer dans cette, ville. Ce jour même, Henri V opérait sa descente, sans coup férir, à la Hougue Saint-Vaast. Depuis le prince Noir, un souvenir de terreur avait survécu dans l’esprit du menu peuple qui habitait ces côtes maritimes. Quoique la paix eût refleuri depuis ces temps anciens, la tradition confuse s’était ravivée sous l’impression d’alarmes et d’invasions récentes. Pour ces populations, abruties par l’ignorance et la servitude, les Anglais n’étaient point des hommes, mais des bêtes étranges, qui dévoraient le peuple. L’annonce du débarquement des Anglais produisit, sur ces pauvres gens, le même effet, que les signes précurseurs d’une horrible tempête. Tous s’enfuirent devant l’ennemi, tournant le dos à la mer et se réfugiant dans les villes voisines108.
Du 2 au 9 août, Henri V s’empara de la petite place de Touques. Auvillars et d’autres points se rendirent également. Les envahisseurs purent dès lors parcourir la Seine inférieure et reconnaître un pays presque désarmé. Harfleur était anglais. Pour devenir complètement maître de l’embouchure du fleuve, Henri V prescrivit d’attaquer 57Honfleur, port considérable, situé à l’opposite, sur la rive gauche de la Seine.
Le gouvernement du comte d’Armagnac avait prévu cette éventualité.
Une forte garnison, sous les ordres d’un gentilhomme normand appelé Bétas d’Hermeville, défendait cette place. Elle résista pendant trois semaines aux sommations, aux promesses et aux assauts des Anglais. Las de cette résistance, Henri V abandonna Honfleur et concentra toutes ses forces sur la ville de Caen. Il était devant ses murs le 18109.
Caen, seconde capitale de la Normandie, ville riche et florissante, avait pour sa défense une garnison commandée par un gentilhomme du pays. Guillaume de Montenay, capitaine de cette place, comptait parmi les champions de la cause Armagnac et les principaux conseillers du dauphin. Une particularité, qui le concerne, peint d’un trait frappant la situation où se trouvait alors, l’administration générale. Le sire de Montenay devait avoir sous ses ordres quatre cents hommes d’armes110. Il touchait la solde de cet effectif, et pourtant, au rapport des chroniqueurs royaux, il n’avait pas en sa compagnie deux cents gentilshommes présents sous les armes111 ! L’énergie des bourgeois, abandonnés par le gouvernement 58royal à leurs faibles ressources, vint en aide à la garnison et soutint, pendant seize jours, tout le faix de la résistance.
Moins attaché à la défense du sol natal112 et des intérêts temporels, le clergé demeura comme en dehors de la lutte. Les moines de Saint-Étienne de Caen, tremblant pour leur monastère, allèrent immédiatement se jeter aux genoux d’Henri V. Ils implorèrent en lui le descendant de leur fondateur, Guillaume de Normandie. Leurs prières ne furent point vaines. Moins barbare que les Bourguignons et les Armagnacs, le conquérant anglais se piquait d’un sincère respect envers la religion. Il ne tuait pas pour tuer, ni ne détruisait pour détruire.
Quant à la noblesse, principal soutien de la monarchie et des droits de la couronne de France, cette question locale n’était point pour elle, comme pour les bourgeois du pays, une affaire d’honneur suprême, ni de vie ou de mort. Les lois et usages de la guerre avaient pour les gens d’épée, comme on le verra bientôt, des ménagements et des privilèges.
Le 4 septembre 1417, la ville, démantelée par des brèches antérieures, fut livrée à un assaut général. Un dernier effort de la défense eut lieu sur la place du Vieux-Marché. Le sang s’écoulait, par ruisseaux, dans les rues environnantes. Là, moururent en hécatombes, des hommes 59armés, des femmes, des enfants. Henri V intervint au milieu de cette boucherie. Il vit une femme décapitée qui serrait encore sur son sein l’enfant qu’elle allaitait. Le roi fit alors cesser le carnage. Caen ne résistait plus. Il envoya des hérauts de toutes parts, prescrivant d’épargner les femmes, les enfants, les clercs et les églises. Mais la ville fut livrée au pillage113.
Le lendemain 5 septembre, les échevins gouverneurs et les notables bourgeois furent convoqués, au nom du roi d’Angleterre, dans la maison du Conseil. Henri V les accueillit d’un front irrité et mit à rançon le plus grand nombre. Plusieurs d’entre eux eurent la tête tranchée pour leur résistance opiniâtre. Au début de sa conquête, l’impitoyable vainqueur voulait intimider par des exemples. Ces meurtres eurent ainsi lieu de sang-froid, au lendemain d’une lutte terminée.
Henri V tourna ensuite ses armes contre le château. C’est là que s’étaient réfugiés, avec toutes les richesses de Caen et des environs, une partie de la population, des femmes, des vieillards et enfin la garnison royale.
Le 8 septembre, Guillaume de Montenay entra en pourparlers avec le roi d’Angleterre. Le 10, deux députés de la garnison partirent pour Paris avec un sauf-conduit d’Henri V. Arrivés devant le connétable, ils lui représentèrent l’extrémité où se trouvait la ville de Caen, et lui demandèrent du secours. Le comte d’Armagnac répondit à Guillaume de Montenay : Nous réservons toutes 60nos forces pour faire face au duc de Bourgogne ; ne comptez pas sur nous et défendez-vous le mieux possible114.
Montenay, le 11 septembre, capitula. Suivant un usage reçu, il promit de rendre la place, sous huit jours, s’il n’était secouru dans l’intervalle. Le 19 septembre 1417, Guillaume de Montenay remit au roi d’Angleterre les clés du château de Caen. Henri V établit dès lors sa résidence dans la seconde ville de la Normandie. La garnison et les dames réfugiées en compagnie des nobles, au château, se retirèrent avec les honneurs de la guerre. Les dames purent emporter tous leurs bijoux ; les nobles, leurs armes et jusqu’à deux mille écus d’or par gentilhomme115.
Le gros des habitants, c’est-à-dire les bourgeois, eurent en général la vie sauve et licence de se retirer, s’ils n’aimaient mieux prêter serment au roi anglais. Mais il ne leur était point permis d’emporter autre chose que les vêtements dont ils étaient couverts. Vingt-cinq mille de ces malheureux émigrèrent. Ils acceptèrent toutes les douleurs et toutes les misères de la proscription, plutôt que de se soumettre au vainqueur. Un quartier de Rennes se peupla de drapiers, ainsi exilés de Caen. D’autres se dispersèrent çà et là, portant avec eux le feu sacré du droit et la haine contre l’oppresseur. Martyrs obscurs, ils furent les premiers apôtres d’un culte presque inconnu qui commençait à souffrir et à grandir : le culte de la patrie116.
61Une fois maître de Caen, Henri V coupait en deux la province, l’isolait de la Bretagne et menaçait Rouen, dont il interceptait, par la Seine, les communications. Bientôt il étendit autour de ce centre le réseau de sa conquête. Villers, Creully, Thury, Bayeux, Argentan, Laigle, Alençon, Coutances, Domfront, Carentan, se soumirent successivement à sa domination. Au mois d’octobre 1417, le roi d’Angleterre occupait, sauf quelques points, toute la basse Normandie117.
Henri V, idole des Anglais, l’un des ornements de leur histoire, avait trente ans. L’étendue de ses vues, la sagacité de son esprit, son coup d’œil et sa capacité militaires, le rendaient supérieur, comme homme, à ses adversaires. L’entreprise qu’il tentait ne devait rien au hasard. Longuement méditée et mûrie, elle avait été préparée avec toutes les ressources du pouvoir uni à l’intelligence. On peut évaluer au nombre de quarante-sept mille hommes les forces vives qui l’accompagnaient. Un matériel immense y était joint. L’artillerie à poudre se combinait, parmi ces ressources, avec les anciennes machines de l’artillerie mécanique118.
62Alors, comme aujourd’hui, l’armée anglaise était formée de deux classes, empruntées, l’une à l’aristocratie du pays, l’autre aux sources infimes de sa population. L’armée inférieure avait été recrutée en diverses régions, spécialement en Irlande. C’étaient des jeunes gens qui allaient un pied couvert, l’autre nu, sans braies ni chausses, vêtus de haillons et de vieilles tentures de lits. Une coiffe de fer, un arc avec sa trousse, un gros couteau pendu au côté, composaient l’armement de ces fantassins déguenillés. Les cavaliers du même ordre montaient, sans selles, de bons petits chevaux de montagnes, harnachés de panneaux ou de loques. Les uns et les autres ne connaissaient guère que l’escarmouche et la maraude. Ces fantassins irlandais volaient avec le butin les petits enfants au berceau pour en tirer la rançon. Ils chargeaient le tout et eux-mêmes sur des vaches qu’ils dérobaient également et qu’ils faisaient courir en guise de montures119.
L’armée supérieure comptait dans ses rangs les deux frères du roi, ducs de Clarence et de Gloucester. Les plus grands noms de l’Angleterre s’y trouvaient. Elle comprenait 24 grands barons, 77 seigneurs bannerets, 16, 400 chevaliers et hommes d’armes120. L’ensemble avait pour chef, en la personne d’Henri V, le premier capitaine de son époque.
L’instinct de l’intérêt, d’autres pourront dire le génie de la conquête, était, au fond, l’unique et véritable mobile, 63qui détermina cette agression contre la France. À toutes les époques de l’histoire cependant, la pudeur de la Morale a fait rougir la Force et l’a contrainte à se voiler de quelque prétexte de droit. Henri V était l’arrière-petit-fils d’Édouard III, roi d’Angleterre. Par Isabelle de France, mère d’Édouard, il descendait de Philippe le Bel. À ce titre, sa race avait toujours revendiqué la couronne de France. La guerre de Cent ans, avec ses vicissitudes diverses, fut un duel destiné à vider ce différend.
L’acte suprême de ce drame va se jouer sous les yeux du lecteur, pendant la période qui forme le cadre du présent ouvrage.
Tout enfantement est accompagné d’héroïques efforts, de larmes, et des douleurs maternelles. Avant même que d’affronter les épreuves de la vie, l’homme a déjà reçu le baptême du sang et de la souffrance. Ainsi naîtra, sous le fer des Anglais, au milieu des convulsions d’une atroce anarchie, la patrie, la France moderne.
64Chapitre V 22 avril – 2 novembre 1417.
Ainsi, le dauphin, ayant à opter entre les Anglais et le Bourguignon, était rappelé à Paris par le connétable et opposé de préférence à Jean sans Peur. Ainsi, obéissant au même mobile, le premier ministre livrait à l’étranger la Normandie, clé du royaume, résolument et sans défense121.
Le comte d’Armagnac, qui présidait alors au gouvernement de la France, à proprement parler, n’était point Français. Issu des anciens rois d’Aquitaine, il appartenait à cette région de la Gascogne, dont les hautes montagnes servirent de derniers repaires à la féodalité. Ces grands barons du Midi, étrangers à la France, à ses mœurs, à ses intérêts, à sa langue, n’éprouvaient pour elle qu’une affection très hypothétique. Touchant d’un pied à l’Espagne, ils avaient toujours une main dans la main du roi anglais, qui régnait en Guyenne. Le roi de France, suzerain contesté, pouvait obtenir leur service et même leur respect, mais à la condition d’enchérir sur le prix auquel ils marchandaient perpétuellement l’un et l’autre.
Bernard VII, comte d’Armagnac, réunissait en sa personne 65quelques qualités et beaucoup de vices. Un tel composé permet de signaler en lui le type saillant de ces barons féodaux, indisciplinés et hautains. Peu de temps après son avènement au comté d’Armagnac, Bernard avait arrondi son domaine, en saisissant de vive force le comté de Pardiac. Par ordre de Bernard VII, Géraud d’Armagnac, son cousin, possesseur tranquille et légitime du fief de Pardiac, fut jeté eu prison, où il périt avec ses deux fils. Bravache plutôt que brave, éloquent au conseil, dit le religieux de Saint-Denis, ou mieux, pourvu de la faconde méridionale, homme d’expédient et parfois de décision ; capable de tout ; moins habile, cependant, qu’audacieux, la guerre civile avait fait éclore sa situation122.
Aucune autre épée que la sienne, jusque-là, n’avait su imposer au duc de Bourgogne. Connétable du royaume, capitaine général de toutes les milices, gouverneur général de toutes les finances, il était, par le fait, roi de France. De l’aveu de ses historiens, tandis que le trésor était à sec, il trouvait moyen de diriger de jour en jour, vers ses États du Midi, des sommes énormes. Du reste, on l’avait vu, l’an 1413, à une époque d’insuccès pour le parti qui porta son nom, ajouter publiquement à ses armes la croix rouge d’Angleterre et favoriser les excursions des Anglais en Guyenne. Le rival qui lui portait sérieusement ombrage, dont l’antagonisme lui était à cœur, ne s’appelait point Henri de Lancastre, mais Jean sans Peur, duc de Bourgogne123.
66Le connétable d’Armagnac avait donc concentré sous sa main et autour de lui les forces vives du royaume. Exclusivement préoccupé du duc de Bourgogne, il dirigeait contre cet unique ennemi tout l’effort de sa politique et de son énergie. Une ordonnance royale du 22 avril 1417 enjoignit au prévôt de Paris de fortifier et d’approvisionner cette ville. Des pouvoirs étendus lui furent accordés pour contraindre les trois états, clercs, nobles et bourgeois, de contribuer aux frais de cet armement. Pendant que Raymonet de la Guerre, capitaine gascon, et les meilleurs lieutenants du connétable tenaient la campagne contre le duc, les voies parlementaires étaient employées vis-à-vis de ce prince, afin de l’apaiser124.
Le duc, néanmoins, poursuivait incessamment le cours de ses succès. Le 18 juillet, Nogent-le-Roi tombait en son pouvoir. Déjà, comme on sait, toute la zone qui s’étend au nord-est de l’Île-de-France était à lui, par ses affidés ou ses partisans. En vain, un arrêt du parlement, daté du 21 juillet, condamna, comme séditieux, les manifestes politiques, à l’aide desquels il propageait l’incendie. Vers la fin du même mois, le duc convoqua ses troupes dans sa ville d’Arras, annonçant le dessein formel de marcher sur la capitale du royaume125.
Jean sans Peur partit d’Arras le 9 août 1417, accompagné de six mille nobles et trente mille autres gens d’armes. Il prit son chemin par, la Picardie. Le sire de Cany, 67chargé d’une ambassade conciliatrice, fut envoyé au-devant de lui, jusqu’à Amiens, ville où le duc entra le 15 août. Mais bientôt le messager dut revenir à Paris, sans avoir obtenu aucun résultat de cette négociation. Le duc de Bourgogne contracta de nouvelles alliances avec ces villes picardes. À Paris, tous les hauts fonctionnaires de l’État durent prêter au roi, c’est-à-dire au comte d’Armagnac, un nouveau serment de fidélité, contre le roi d’Angleterre et le duc de Bourgogne. Le 24 août, Jean sans Peur était reçu à Montdidier, et le 26, à Beauvais126.
Vers les premiers jours de septembre, Pontoise, Provins, Beaumont-sur-Oise, arborèrent successivement, la croix de Saint-André, emblème du parti de Bourgogne. Du 7 au 16 septembre, l’avant-garde bourguignonne, occupa l’abbaye royale de Saint-Denis. Jean sans Peur, dans cet intervalle, pénétra lui-même jusqu’à cette ville. Mais repoussé de ce poste avancé, il rebroussa chemin et se replia sur la résidence royale de Saint-Germain en Laye, où il mit une garnison. Le Pont de Poissy, Meulan, Mantes, Vernon, reconnurent aussitôt son autorité. Chartres fut assiégée, le 13 septembre, par ses troupes127.
68Cependant, une vive émotion agitait, au sein de la capitale, les chefs du gouvernement et la population. Le 5 septembre, parut sous forme de lettres-patentes, rendues au nom du roi128, une sorte de manifeste, dirigé contre le duc de Bourgogne. Le 10, un mandement de guerre, également publié au nom du roi, convoqua le ban et l’arrière-ban de toutes les provinces, astreintes au service militaire envers la couronne. Ces contingents devaient être rassemblés à Étampes le 15 octobre suivant. Le 16 septembre, Jean, duc de Bourgogne, assiégea la grosse tour de Saint-Cloud. Ses gens d’armes se répandirent de là vers le sud, infestant toute la banlieue de Paris, face à face avec les troupes de la garnison royale. Mais, parvenu à ce point central, le duc trouva une défense organisée sur le pied le plus imposant.
Durant ce même temps, les éclaireurs et les émissaires bourguignons commençaient à jeter dans les esprits un trouble inquiétant. Le 17, par ordre du connétable, le dauphin Charles se rendit à la place de Grève, en la maison de ville, ou Parloir aux Bourgeois. Le jeune prince y trouva réunis les principaux de la cité. Dans une harangue, qui lui avait été antérieurement apprise ou dictée, l’héritier de la couronne exhorta les Parisiens à demeurer fermes dans la défense de leur cause. Il leur promit de les délivrer bientôt du siège qu’avait posé autour d’eux le Bourguignon. À cet effet, il leur recommanda expressément de favoriser la rentrée des impôts, ou subsides, 69qui étaient nécessaires pour arriver à un tel résultat129.
Le 21, Jean sans Peur, pour mieux diriger les opérations et harceler la capitale, abandonna Saint-Cloud. Il vint s’établir à Montrouge et planta son étendard sur un arbre, longtemps connu sous les noms de l’Arbre-Sec ou l’Orme-Houdon.
Peu de jours après, le duc envoya Palis130, héraut, son roi d’armes de Flandres, pour remettre en son nom une lettre, ou supplique, adressée au roi. Parvenu à la porte de la ville, le héraut fut conduit près du connétable et du grand conseil.
Charles VI, en proie à sa maladie, se trouvait hors d’état de recevoir le message.
Par ordre du connétable, le roi d’armes de Flandres fut introduit auprès du dauphin. Débitant, en cette nouvelle circonstance, une leçon qu’il avait apprise, le prince Charles adressa au duc, en la personne de son parlementaire, une sévère admonestation.
Il lui reprocha sa rébellion contre l’autorité royale, les dégâts affreux qu’il causait au cœur du royaume. Pour témoigner des sentiments de fidélité que le duc affichait envers la couronne, le prince Charles l’adjura de tourner ses armes contre l’Anglais, qui, en ce moment même, attentait au sol du royaume. Que le duc, ajouta le dauphin, se conduise ainsi et il sera reçu de nous. Et ne 70die plus que mon seigneur et nous soions à Paris en servage de nulle personne. Car nous sommes tous deux en nostre pleine liberté et franchise. Et garde que tu lui dies ce que nous disons, publiquement et devant ses gens131 !
Le 30 septembre, Raymonet de la Guerre reprit le Pont de Beaumont sur les Bourguignons. Bernard d’Armagnac fit décapiter à Paris, le 6 octobre, un nommé Jean des Prés, qui avait proclamé l’autorité du duc à Senlis. Jean sans Peur, fatigué de ses efforts infructueux devant Paris, décampa de l’Arbre-Sec, le 30 septembre, et se rendit à Montlhéry, qu’il soumit à sa puissance le 7 octobre. Marcoussis, qui appartenait à la reine, et la ville d’Étampes suivirent cet exemple132.
De Montlhéry, le duc adressa, sous la date du 8 octobre, un nouveau manifeste aux bonnes villes. Cette pièce était remplie des mêmes griefs et des mêmes promesses que les précédentes. Le duc s’autorisait, en celle-ci, du concile de Constance et d’une cédule émanée du collège des cardinaux. D’après cette cédule que le duc de Bourgogne avait su se procurer, le comte d’Armagnac, attaché à la cause de Benoît XIII ou Pierre de Lune, était représenté comme hérétique. Ce même acte proclamait, au contraire, le duc Jean, seul digne d’exercer légitimement l’autorité en France, pendant la maladie du roi, attendu le jeune âge du dauphin. Le duc terminait ce manifeste en convoquant, de son autorité, les états du royaume, 71pour se réunir auprès de lui le 20 octobre suivant133.
Jean sans Peur, en attendant, porta sa résidence à Essonnes. Il y séjourna, du 11 au 25, pendant que ses gens assiégeaient Corbeil. En mettant sous sa main ce port de la Seine, le duc se proposait surtout d’affamer la capitale. Mais cette nouvelle attaque ne lui réussit pas mieux que la précédente. Le connétable avait placé dans Corbeil une garnison, forte de trois cents hommes d’armés. Ceux-ci étaient commandés par le célèbre Barbazan et autres capitaines de marque. La ville, parfaitement défendue, tint en échec l’artillerie et tous les efforts du Bourguignon. Le mauvais temps et la maladie vinrent en outre contrarier le duc et décimer son armée134.
Jean sans Peur, depuis près de trois semaines, s’épuisait, devant cette petite place, en sacrifices inutiles. Le comte d’Armagnac semblait défier la fortune de son adversaire, en se bornant à repousser, à user ses attaques. Pour lui, le connétable se renfermait, de propos opiniâtre et délibéré, dans une stricte défensive.
Soudain, un incident imprévu dérouta tous ses calculs et changea la face des choses.
Isabeau de Bavière, depuis près de six mois, subissait à Tours, une pénible captivité. Le connétable avait aposté autour d’elle trois hommes à lui pour garder la reine et lui en répondre.
Les deux premiers n’étaient autres que Guillaume Toreau, 72chancelier de la reine, et Jean Picard, son premier secrétaire. Isabelle avait pris ces deux hommes, simples clercs de la chancellerie, les avait pensionnés, investis de sa confiance, et conduits à la fortune. Tous deux, trahissant leur maîtresse, vendirent, à beaux deniers comptants, ses secrets au connétable. Soldés par ce dernier, ils étaient devenus les satellites de leur souveraine et de leur bienfaitrice. Le troisième et le pire de tous avait nom Laurent du Puy ou du Puech.
Cet homme, probablement du Midi, comme le connétable, était le gardien en chef d’Isabelle.
Il déployait un zèle particulier de rigueur et le poussait jusqu’à la grossièreté. Isabelle ne pouvait faire un pas, ni un geste, que Laurent du Puy n’interposât son contrôle et son autorité. Oubliant ce qu’il devait non seulement à la reine, mais à la femme, il lui parlait le chaperon sur la tête et sans même y porter la main135.
Isabelle de Bavière, malgré les avances et les caresses que le duc Jean sans Peur lui avait toujours prodiguées, n’éprouvait aucun penchant en sa faveur. Elle redoutait le sombre duc. En outre, elle haïssait, chez lui, plus qu’un adversaire politique. Elle haïssait le meurtrier de Louis, duc d’Orléans, qui n’avait point été seulement pour elle un beau-frère. Plongée par l’âge et l’infirmité dans un sybaritisme valétudinaire, ce n’était point le regret du pouvoir perdu qui tourmentait les jours et les nuits de son humiliant exil. Ces mâles et fières aspirations avaient toujours dépassé l’humble portée de son cœur et de son 73esprit. Elle regrettait plutôt les loisirs, embellis de mille futilités, qu’elle s’était arrangée de ses mains, dans ses manoirs habituels, aux portes de la capitale, à proximité de ses bazars et de ses marchands. Elle regrettait ses eaux roses que lui procurait, à Paris, la femme Sureau de Dammartin. Elle regrettait ses volières, et sa ménagerie multiple de chiens, de chats, de singes, de papegays136, de cygnes, de chats-huants, qui chaque jour, au temps de sa puissance, s’accroissaient de quelque présent de ce genre, respectueusement offert à la reine137. Elle regrettait enfin la liberté, — et sa vengeance.
Isabelle n’avait cure du pouvoir. Mais un mot de sa bouche pouvait déplacer ou conférer le pouvoir. Son nom, signé simplement par elle au bas d’un blanc-seing, pouvait anéantir son persécuteur. Il pouvait instituer sur les ruines de celui-ci, un autre chef, supérieur au comte d’Armagnac, un lieutenant général du royaume.
Ce que femme veut, un démon le peut. Isabelle trompa la vigilance de ses gardiens. Elle écrivit au duc de Bourgogne.
Fatigué du siège de Corbeil, Jean sans Peur, du 26 au 28 octobre, séjournait à Étampes. Il accueillit avec empressement les ouvertures de la reine, et lui envoya l’un de ses secrétaires, Jean de Drosay, chargé de ses pleins pouvoirs. Le secrétaire du duc se rendit à Tours et pénétra près de la reine. De longues et explicites négociations ne pouvaient avoir lieu. Pour lettres de créance, Isabelle remit à Jean de Drosay son signet d’or, ou petit sceau 74du secret. Ce signe était parfaitement connu de Jean sans Peur. À peine l’eut-il reçu, qu’il partit à cheval d’Étampes, le 28 octobre. Par Meaux, Chartres (que ses gens avaient pris le 14), Bonneval et Vendôme, le duc de Bourgogne arrive à Tours bien accompagné138.
C’était pendant la nuit du 1er au 2 novembre, jour des Morts. Parvenu à deux lieues de Tours, le duc détacha ses lieutenants, les seigneurs de Fosseux et de Vergy, avec huit cents combattants. Ceux-ci prirent, à une demi-lieue de la ville, une position militaire et couverte. En même temps, un nouveau messager expédié à la reine lui annonça que le duc de Bourgogne approchait.
Isabelle de Bavière appela ses trois satellites. Elle leur témoigna son intention de se rendre, en leur compagnie, à Marmoutier. C’était une abbaye célèbre, située hors la ville, sur la rive de Loire, où elle désirait, en ce saint jour, entendre la messe. Ses gardiens tentèrent de la détourner de ce dessein ; mais la reine insista : elle fut obéie. Isabelle écoutait l’office depuis quelque temps, lorsque ses gardiens, qui ne l’avaient point quittée, s’approchèrent d’elle et lui dirent avec l’accent de l’inquiétude et de la surprise : Dame, voici venir une compagnie de Bourguignons ou d’Anglois !
La reine, à ce discours, ne se montra aucunement émue.
Hector de Saveuse, gentilhomme bourguignon, cernait l’église avec soixante hommes d’armes. Bientôt le capitaine pénétra dans la nef et s’approcha de la reine. Il la 75salua au nom de son maître, le duc de Bourgogne, et lui annonça la prochaine arrivée de Jean sans Peur. Qu’on arrête ces trois hommes
, dit aussitôt la reine, en montrant ses gardiens. Hector de Saveuse se mit immédiatement en devoir d’exécuter cet ordre.
À ces mots, Laurent du Puy vit qu’il était perdu. Il s’enfuit de l’église, à l’instant, par une porte, qui donnait sur la rivière de Loire. Un bateau se trouvait là. Laurent s’y jeta, mais avec tant de presse, qu’il tomba dans l’eau et s’y noya. Quant à Guillaume Toreau et à Jean Picard, demeurés prisonniers de la reine et du duc de Bourgogne, ils en furent quittes pour une rançon. Encore, les frais de ce rachat furent-ils probablement supportés par le trésor public. En effet, promptement rendus à la liberté, l’un et l’autre, sous les auspices du comte d’Armagnac, reprirent de l’emploi auprès du dauphin. Tous deux moururent occupant de hauts postes dans la carrière des finances.
Ces faits se passèrent à Marmoutier le 2 novembre 1417, vers neuf heures du matin. Deux heures après, le duc de Bourgogne fléchissait le genou devant la reine. Très cher cousin, lui dit Isabelle en souriant, je vous dois aimer au-dessus de tous les hommes de ce royaume, vous qui, à mon mandement, avez tout laissé pour venir me délivrer de cette prison. Aussi, mon très cher cousin, jamais je ne vous manquerai, car je vois bien que vous avez toujours aimé monseigneur le roi, sa famille, son royaume et la chose publique139.
76Chapitre VI 2 novembre 1417 – avril 1418.
Le 2 novembre 1417, à midi, Isabeau de Bavière et Jean sans Peur dînaient ensemble, avec leur suite, au couvent de Marmoutier. Le même jour, la reine et le duc de Bourgogne firent leur entrée dans la ville de Tours, où ils furent admis avec tous les honneurs de l’autorité souveraine. L’un et l’autre quittèrent la ville le surlendemain, après avoir préposé à la garde du château un nouveau capitaine et laissé dans le pays des garnisons bourguignonnes. De là, le duc et la reine se rendirent de compagnie à Vendôme, à Bonneval, puis à Chartres, ou ils arrivèrent le 8. La reine avait à ses côtés un seul chevalier, d’un âge mûr, et vingt dames qui l’accompagnaient, dans quatre chariots ou voitures de suite140.
Le duc de Bourgogne s’arrêta pendant quinze jours à Chartres, dont il fit son premier poste politique. La reine, dans un manifeste daté de cette ville le 11 novembre, déclara prendre en main le gouvernement, de concert avec son cousin de Bourgogne. Elle invoquait à cette fin la délégation (essentiellement temporaire et périmée), qui lui avait été donnée par le roi, pendant la minorité de ses fils. 77Isabelle représentait, au contraire, cette délégation, comme perpétuelle et irrévocable141.
La Picardie tout entière ne reconnaissait d’autre autorité que celle du duc. Une chambre supérieure fut créée à Amiens, pour recevoir les appels des bailliages de cette province. Le duc y préposa maître Philippe de Morvilliers, l’un de ses conseillers intimes, avec le titre de chancelier. La création de cette cour spéciale avait pour but de soustraire le nord de la France à l’action du parlement, en attendant que ce grand corps de l’État fût lui-même soumis à la puissance du duc de Bourgogne142.
Les provinces du Midi étaient demeurées jusque-là presque étrangères à la grande lutte des Bourguignons et des Armagnacs. Au sein de ces contrées, étroitement unies, depuis le treizième siècle, à la monarchie, la guerre civile n’avait eu qu’un retentissement indirect et lointain. Au mois de septembre 1417, le duc de Bourgogne commença d’y semer des émissaires, qui fomentaient la révolte en sa faveur. Par lettres données à Chartres le 13 novembre, Isabeau de Bavière sanctionna de telles menées. Ces lettres firent appel aux populations, proclamèrent la cause du Bourguignon comme étant celle de l’autorité royale, destituèrent les fonctionnaires établis et en créèrent de nouveaux, du parti de Jean sans Peur. Vainement le 78vicomte de Lomagne, (fils du connétable d’Armagnac), capitaine général du Languedoc, voulut-il se mettre à la tête des troupes. L’archevêque de Toulouse et une partie notable de la population se prononcèrent pour le duc de Bourgogne143.
La reine, par lettres du 30 janvier 1418, nomma trois commissaires généraux, chargés de pleins pouvoirs en Languedoc, Guyenne et Auvergne. Le premier de ces commissaires fut Louis de Chalon, fils aîné du prince et bientôt prince d’Orange. Il avait pour collègues deux autres vassaux ou favoris du duc Jean. Le grand ressort que faisaient jouer ces commissaires, pour soulever les peuples, était infaillible. Armés d’une ordonnance royale ou rendue au nom du roi, ils décrétaient l’abolition immédiate de tous les subsides, autres que ceux du sel144.
Regnault de Chartres, archevêque de Reims, fut envoyé dans le Midi avec le titre de lieutenant général pour le dauphin. Les efforts de ce magistrat civil ne furent pas plus heureux que ceux du vicomte de Lomagne, chef militaire. Peu de mois s’étaient à peine écoulés, que le Languedoc tout entier, du Rhône à la Garonne, reconnaissait l’autorité de la reine et du duc Jean, sauf quelques petites places dans les sénéchaussées de Toulouse et de Carcassonne145.
Le vicomte de Lomagne, obligé de quitter les armes, ou du moins le pays d’outre-Loire, vint se rallier auprès 79du dauphin. La reine, dans ce compte de vengeance avec le Bourguignon, avait sa belle part contre le connétable. Le 19 avril 1418, des délégués choisis par les commissaires généraux partirent de Montpellier. Aux termes des instructions émanées de la reine, ils avaient ordre de se rendre dans les comtés d’Armagnac et de Rodez, appartenant au premier ministre. Ils devaient y abolir les subsides, recevoir au nom de la reine et du duc les hommages des vassaux, mettre la main sur les terres du connétable, et, pour ceux qui voudraient résister en faveur de ce dernier, leur faire guerre de feu et de sang146
.
Une fois son prestige doublé par sa jonction avec la reine, le duc de Bourgogne reprit, sans retard, sa tâche un instant abandonnée ou interrompue. Le 22 novembre, il quitta Chartres et vint se poster à Montlhéry. De là, il lança une nouvelle expédition contre la capitale. Le lendemain, 23, était le jour de Saint-Clément, anniversaire de l’assassinat de Louis, duc d’Orléans. Gérard de Montaigu, frère du surintendant, autre victime de Jean sans Peur, avait été requis par les Armagnacs, de porter l’anathème, comme évêque de Paris, contre le duc de Bourgogne, déjà banni par la loi civile. Le prélat, ce jour même, 23 novembre, procédait à la lugubre cérémonie. Après une procession, le duc absent fut sermonné par un Jacobin. L’évêque avait ensuite prononcé la sentence d’excommunication, qui entraînait une sorte de mort civile et religieuse contre Jean sans Peur. Le duc, ses adhérents et ses successeurs, jusqu’à la troisième génération, 80devaient être dégradés de la noblesse, privés de leurs fiefs et de tous honneurs, domaines et privilèges quelconques, pontificaux, royaux ou impériaux147.
C’était le soir : les cloches de la cathédrale sonnaient le glas de l’excommunié ; les cierges, allumés, s’éteignaient symboliquement, suivant le rite liturgique, pendant que l’évêque proférait la condamnation. En ce moment même, l’alarme et une sourde rumeur naissaient dans Paris. Un curé de Champagne, nommé P. Jeannin, dit Michel, avait ourdi, avec quelques bourgeois, une conspiration bourguignonne. Le duc, averti, s’était avancé, couvertement, jusqu’à Villejuif. Pendant la nuit, ses troupes devaient arriver à Saint-Marcel. La porte Bordelle leur serait livrée à l’aide de fausses clés, fabriquées par les conjurés. Parmi ces derniers, se trouvait un pelletier de la rue Saint-Jacques. Soit faiblesse, ou remords, celui-ci alla trouver le prévôt de Paris, Tanneguy Duchâtel, et lui dévoila tout le complot148.
Le prévôt accorda au dénonciateur non seulement l’impunité qu’il implorait pour prix de sa délation, mais une large récompense. À dix heures du soir, il surprit en effet les affiliés réunis, près la porte indiquée, dans une maison appartenant à un conseiller du parlement. Pendant la nuit, Hector de Saveuse, suivi de six mille Bourguignons, se présenta devant la porte Bordelle. Mais le connétable avait mis la ville en état de défense. Les Bourguignons furent repoussés et leur capitaine reçut un coup de flèche à la 81tête. Le duc, désappointé, se replia immédiatement sur Montlhéry. Il était de retour à Chartres le 26 novembre149.
Jean sans Peur se vit ainsi, une fois de plus, écarté forcément de la capitale. L’hiver approchait. Le duc se dirigea vers Troyes, en Champagne. Toujours accompagné de la reine, il s’établit pendant plus de trois mois dans cette ville150. Isabelle prit sa résidence au palais des comtes ou Palais-Royal et perçut les deniers publics. L’un de ses premiers soins fut de mander auprès d’elle le duc de Lorraine. Ce prince, allié à la reine, par son épouse Marguerite de Bavière, appartenait à la cause bourguignonne. Isabelle destitua le connétable d’Armagnac et remit l’épée, symbole de cette grande charge militaire, au duc Charles de Lorraine151.
La reine promulgua, le 6 janvier 1418, un acte qui autorisait le duc de Bourgogne à prendre en main la monnaie du royaume. Le duc recevait ainsi le droit d’émettre de nouvelles espèces, d’en fixer la loi et le poids et d’abaisser au besoin, suivant son gré, l’un et l’autre. 82Une seconde ordonnance, rendue par la reine le 10 du même mois, augmenta encore cette puissance. Sans donner au duc aucun titre nouveau, ce dernier acte lui conférait, en réalité, le pouvoir royal dans toute son étendue152.
Jean sans Peur, dès lors, put nommer directement des capitaines, qu’il préposa dans le pays, pour guerroyer contre les Armagnacs. Beaucoup de soins de ce genre, peu féminins d’ailleurs, étaient autant de fatigues, que s’épargnait ainsi la mollesse d’Isabelle.
L’autorité nominale de la reine, avant et après cette substitution, ne laissa pas toutefois d’être empruntée, pour en revêtir les édits importants. Ces actes continuèrent d’être rendus par le duc, au nom de la reine.
Telle fut l’ordonnance du 16 février 1418, qui annulait et abolissait le parlement de Paris, la chambre des comptes et la juridiction du prévôt de cette capitale. Le même édit rétablissait dans la ville de Troyes, ces divers tribunaux, dont le personnel était composé de nouveaux titulaires153.
Ainsi donc, comme si ce n’était assez de l’invasion étrangère, le schisme monarchique se consommait, à la vue d’Henri V. Déjà le roi anglais, en contemplant un tel spectacle, pouvait se réjouir d’une conquête assurée.
83De son côté, le comte d’Armagnac soutenait et poursuivait la lutte avec toute l’ardeur des partis politiques une fois enflammés. Aussitôt que l’enlèvement de la reine à Tours fut connu du connétable, une ordonnance royale parut au nom de Charles VI, le 6 novembre 1417. Cet édit proclamait Charles dauphin, lieutenant général du roi dans le royaume. Les mêmes lettres annulaient et abrogeaient expressément toute lieutenance antérieurement accordée soit à la reine, soit à d’autres personnes quelconques. Divers mandements analogues furent successivement adressés aux provinces, pour y frapper de nullité les actes du gouvernement de la reine, alliée au duc de Bourgogne154.
La reine et le duc, pendant leur premier séjour à Chartres (novembre 1417), dépêchèrent à Dreux Rouland le Breton, roi d’armes d’Artois, chargé de quelque message politique. Ce héraut, arrêté à Dreux, fut envoyé au comte d’Armagnac, qui le retint prisonnier. Vers le même temps, Raymonet de la Guerre reprit sur le duc de Bourgogne la petite place de Méru, prés Poitiers. Lorsque, après son nouvel échec devant Paris, le duc se replia sur Chartres, Bernard d’Armagnac le poursuivit jusqu’à Joigny, à la tête de 1500 lances. Mais les pluies de l’hiver, qui avaient grossi l’Yonne, suffirent pour lui barrer le passage. Le duc accomplit impunément sa retraite jusqu’à Troyes, où il devait hiverner. Bernard était de retour à Paris 84le 20 décembre, sans avoir tiré plus de fruit de cette campagne155.
Étampes, Montlhéry, Marcoussis, Chevreuse, furent successivement repris sur le Bourguignon, pendant l’hiver156.
Toutefois, devant l’audace et les progrès croissants de Jean sans Peur, c’étaient là de faibles avantages. Le connétable tenta une démonstration sur la Picardie. Senlis, le 5 décembre, s’était définitivement rendu au duc de Bourgogne. Par mandement royal, un sursis fut accordé aux villes rebelles, de Noël à l’Épiphanie157, pour rentrer de bonne volonté sous l’autorité légitime. Au terme même de ce délai, le maréchal de Bracquemont partit de Paris, se dirigeant vers Rouen, avec des forces. Les habitants refusèrent de le recevoir, lui fermèrent les portes et se déclarèrent pour le duc de Bourgogne158.
Le roi, vers cette époque, recouvra quelques lueurs de raison. Il entra dans une de ces périodes, toujours précaires, de convalescence et d’infirmité, qui alternaient avec les crises violentes et aiguës de sa maladie. Le 10 janvier 1448, il put assister à la Saint-Guillaume. C’était une fête universitaire, qui se célébrait, chaque année, au collège royal de Navarre. Dans les conseils, auxquels le roi prit part en personne, 85le connétable sut raviver et faire vibrer en lui la corde toujours sensible des velléités belliqueuses. Il fut décidé que le roi prendrait le commandement de ses troupes et marcherait sur Senlis159.
Charles VI fit d’abord une visite pieuse à l’abbaye de Saint-Denis. Le roi avait cette coutume, chaque fois qu’il mettait sa bannière sur les champs. Il commença par accomplir ses dévotions, dans ce monastère royal, en l’honneur des martyrs qu’on y vénérait, comme les patrons spéciaux de la monarchie française. Ce prince y demeura les trois premiers jours de février et célébra la fête de la Purification de la Vierge. De là, on le conduisit au château de Creil. Le roi Charles affectionnait beaucoup ce séjour, dont l’air était regardé comme particulièrement salubre et favorable pour sa santé. Le manoir de Creil, en même temps, se trouvait à proximité du siège qu’il s’agissait d’entreprendre160.
La présence du roi et de son armée161, bien loin d’intimider les rebelles, ne servit qu’à allumer immédiatement les hostilités. Les troupes royales s’étant approchées de la 86ville, la garnison de Senlis fit une sortie et leur tua quelques hommes. Bernard d’Armagnac, assisté de quatre mille combattants, aidé d’artillerie et d’un matériel considérable, fit le siège en règle de Senlis. Les habitants, comme par toute la France, étaient divisés en deux factions. La première, composée des bourgeois paisibles et de ce qui tenait à l’aristocratie, penchait pour la soumission immédiate au roi et pour le comte d’Armagnac.
L’autre, formée en grande partie du menu peuple, appuyait chaleureusement la garnison et criait : Vive le duc de Bourgogne, qui a aboli les maltôtes royales et qui a rendu au pays ses antiques libertés162.
Les assiégés, peu nombreux, avaient à leur tête le bâtard de Thien, chef énergique, nommé récemment capitaine de cette place par le duc de Bourgogne. Ils déployèrent la plus brave et la plus vigoureuse résistance. Chaque jour et partout sur la brèche, ils réparaient habilement les dommages de l’artillerie, répondaient à la mine par la contre-mine et pratiquaient même d’audacieuses sorties. Dans les conflits nombreux qui survenaient entre les parties belligérantes, l’irrévérence et l’insulte n’étaient point épargnées, de la part des assiégés, non seulement au connétable et à ses Armagnacs, mais au roi lui-même. Cependant la disproportion des forces de l’attaque finit par serrer étroitement la défense.
Le connétable n’avait cessé d’entretenir des intelligences avec une certaine partie de la population. Le 10 avril, 87après un siège dispendieux, qui durait depuis environ deux mois, des parlementaires de Senlis demandèrent à traiter. Une capitulation fut arrêtée lé 15. Si dans quatre jours Senlis n’était point secouru, les habitants devaient rendre la place, moyennant une amnistie générale. Ils s’engageaient en outre à faire réparer, à leurs frais, les dommages de la guerre et à payer au roi soixante mille francs d’or, pour les dépenses du siège. Six otages furent livrés au comte Bernard, comme autant de cautions de ces promesses163.
Se berçant aussitôt d’une imprudente sécurité, le connétable décampa et replia sur Creil tout son matériel de guerre. Cependant, l’affaire de cette petite place, à l’insu du comte d’Armagnac, excitait toute la préoccupation du parti de Bourgogne. Averti de ce qui se passait par un messager de la ville de Senlis, le comte de Charolais164 dirigea d’Amiens un corps de secours, qui, au nombre de huit mille hommes de très bonnes troupes, parut, le 18 avril, sous les murs de Senlis165.
À la vue d’un pareil renfort, les défenseurs de Senlis reprirent immédiatement les hostilités. Sortant de leurs remparts, ils fondirent sur le quartier du connétable, y brûlèrent ses tentes encore dressées, prirent et tuèrent quelques malades, ainsi que des marchands, demeurés en ce lieu à la suite de l’armée, et rentrèrent dans leurs murs, impunément, chargés de butin.
Le connétable, instruit de ces faits, somma les habitants 88d’exécuter le traité du 15. Mais ceux-ci répondirent ironiquement que encore n’estoit point heure passée. Le comte d’Armagnac fit alors amener les otages livrés par la ville, et somma de nouveau les habitants de se rendre. Sur le refus persévérant de ces derniers, quatre des six otages furent décapités sous les yeux de leurs compatriotes166.
Les assiégés répondirent à cet acte barbare en faisant subir le même sort à vingt Armagnacs, qu’ils avaient entre leurs mains167. Menacé par ces auxiliaires, le connétable se trouva en présence de Jean de Luxembourg et du sire de Fosseux, capitaine des huit mille Bourguignons, qu’avait envoyés d’Amiens le fils de Jean sans Peur. Ces deux chevaliers, sommés à leur tour de dire qui ils étaient et ce qu’ils voulaient, répondirent par un défi de bataillé adressé au connétable.
Puisque ce n’est pas ici le duc de Bourgogne, ni son fils, repartit le comte avec sa fanfaronnade gasconne, je suis d’avis… de la retraite.
En même temps, il donna l’ordre à un lieutenant de se porter à Creil, auprès du roi et de le faire partir. Lui-même tourna le dos à l’ennemi et ramena ses troupes vers la capitale. Le 24 avril, le connétable et le roi rentrèrent à Paris. Ainsi se termina la campagne de Senlis168.
89Au milieu de ces échecs et de cette décadence, la situation financière constituait un écueil, particulièrement notable, et l’une des difficultés les plus graves qui cernaient le gouvernement du connétable.
Depuis le commencement du règne de Charles VI, le luxe effréné de la cour avait amené des abus criants dans cette branche de l’administration. Des taxes arbitraires et extraordinaires, frappées sans mesure et qui s’élevaient à des sommes exorbitantes, s’étaient succédé, avec une fréquence inconnue en temps de paix, par le passé. On regardait Louis, duc d’Orléans, lorsqu’il vivait, comme le promoteur de ces exactions. Cette opinion lui avait valu une impopularité, une exécration, tellement prononcée, que le duc de Bourgogne, meurtrier impuni de son parent, lava pour ainsi dire, dans ce sentiment général, le sang fraternel dont il s’était couvert. On a vu que Jean sans Peur avait fait de l’abolition de ces taxes l’un de ses moyens les plus puissants de propagande.
Dans les pays soumis à son autorité, le duc ou la reine subvenaient aux dépenses ordinaires de l’administration, par la voie des recettes ordinaires du domaine royal, c’est-à-dire des bailliages, prévôtés, châtellenies, etc. Restaient les dépenses extraordinaires et notamment celle des troupes bourguignonnes. La guerre, plus que jamais à cette époque, nourrissait la guerre et l’armée vivait sur l’ennemi. Mais un pareil mode entraînait de notables dommages pour les populations amies, souvent confondues avec les premières. Celles qui s’étaient, nouvellement et sympathiquement, ralliées en bloc au libérateur, souffraient avec peine les sinistres et voraces protecteurs, 90dont se composaient les garnisons bourguignonnes. Ces troupes d’ailleurs, depuis le dernier goujat ou fantassin, jusqu’au chevalier banneret, n’auraient point servi sans la solde. Le duc de Bourgogne avait dû prendre sur ses épargnes et son trésor particulier de quoi faire face à cette dépense considérable. En novembre 1417, au moment où Jean sans Peur allait rejoindre la reine à Tours, la guerre lui avait coûté, en trois mois environ, trois cent mille livres. Il écrivit alors à la duchesse de Bourgogne, lieutenante en l’absence de son mari, dans le duché, afin de lui exposer sa détresse financière. Le duc lui mandait en même temps de lui procurer soixante mille francs, dont il avait besoin pour continuer son expédition.
Le duc ne pouvait songer à créer, dans ses propres domaines, des taxes extraordinaires, ou nouveaux impôts. Il eut recours à l’emprunt. Déjà le trésor ducal était obéré, de semblables obligations. La duchesse, néanmoins, par la voie de ses baillis, demanda aux bonnes villes de son obéissance, un prêt volontaire, avec des conditions stipulées de remboursement. Malgré le crédit que le duc s’était acquis jusque-là par une administration probe et régulière, cette négociation financière s’effectua péniblement. La duchesse ne put réunir ainsi qu’une faible partie de la somme réclamée par le duc, son époux169.
L’état de guerre, en se perpétuant, augmentait le déficit et rendait plus pressant, pour Jean sans Peur, le besoin de ressources pécuniaires. Vers le commencement 91d’avril 1418, Philippe de Bourgogne, comte de Charolais, au nom de la reine et de son père Jean sans Peur, assembla les trois états de Picardie, d’Artois et autres lieux, en la ville d’Arras. C’était pendant le siège de Senlis. Le chancelier de Picardie, Philippe de Morvilliers, prit la parole comme organe de l’autorité. Il invita en premier lieu les députés à jurer de servir la reine et le duc. Puis il leur demanda de contribuer tous pour une part de deniers, savoir : les laïques, par un aide volontaire de pécune, et pareillement le clergé au moyen d’un dixième170
.
Dans le même temps, la reine se trouvait à Troyes, en présence de nécessités analogues. La Champagne, pays du domaine, ne jouissait pas des immunités et privilèges parlementaires, prérogative des pays d’États. Isabeau de Bavière, par lettres patentes du 12 avril 1418, prescrivit directement la levée d’un aide de deux mille francs sur la ville de Troyes. Le produit devait servir, d’après le texte de l’édit, à la sûreté de sa personne, qui demeuroit et résidoit audit lieu de Troyes ; pour la garde, tuition et, défense de ce lieu, où elle faisoit tenir plusieurs notables chevaliers et capitaines, accompagnés d’environ cent hommes d’armes
. C’était revenir directement aux taxes arbitraires, contre lesquelles s’était soulevée l’insurrection bourguignonne. Les habitants réclamèrent et la reine se contenta d’un aide de mille livres, auxquelles on réduisit, d’un commun accord, la somme demandée171.
92Nous venons d’esquisser la situation financière des Bourguignons. Celle des Armagnacs, ou du gouvernement royal, offrait un caractère bien autrement périlleux et déplorable. Les revenus ordinaires et extraordinaires de la monarchie, conservés en principe, lui manquaient à la fois. L’industrie, le commerce, l’agriculture même, s’arrêtaient, à cause de l’état violent de la société, de l’insécurité des routes et des personnes. Plus les ressources publiques diminuaient, plus les exigences du fisc se montraient impitoyables. L’impôt tournait dans ce cercle vicieux et se réduisait progressivement. L’exemple de l’impunité dont jouissaient les pays bourguignons, avait entraîné comme à l’envi, chez les populations du parti opposé, une sorte de défection générale. Les contribuables les plus dévoués payaient pour les plus tièdes.
Minée par le mécontentement des Cabochiens et des Bourguignons, la capitale frémissait sous le joug. Sa fidélité tenait à un fil. Des prodiges d’activité, de passion, de rigueur, que déployait le parti armagnac, la présence du roi dans ses murs, et le respect, la religion inaltérée de la monarchie, avaient pu seuls contenir jusque-là l’explosion de la révolte. Paris, en 1417, avait acquitté quatre contributions et subvenu seul aux dépenses du royaume.
La disette se joignait à la misère publique et à l’élévation inusitée du prix de toutes les denrées172.
Les troupes que le comte d’Armagnac avait amenées avec lui, ou qu’il entretenait sous sa bannière, se composaient presque exclusivement d’étrangers. Elles étaient 93formées principalement de Bretons, de Gascons, de Génois, de Lombards et d’Espagnols. Parmi les armées de toutes nations qui opprimaient le territoire, ces, soldats armagnacs se distinguaient entre tous par leur grossièreté brutale et leur barbarie. Telle était la garnison de l’élégante capitale. À Saint-Denis, des soldats bretons, chassés de Rouen, étaient venus tenir leurs quartiers sous les murs et dans les bâtiments mêmes de l’abbaye. Ils y vivaient dans le jeu, l’orgie et le pillage. Munis de croix blanches et de croix rouges, ils les portaient alternativement sur leurs habits, afin de se dire au besoin, soit Armagnacs, soit Bourguignons, et de piller continuellement sous l’un et l’autre insigne173.
À la fin d’avril 1418, les gens de l’hôtel du roi se rendirent an bois de Boulogne, pour y chercher le mai : c’était l’arbre du renouveau que l’on avait coutume de présenter au roi tous les ans au 1er mai. Partis de l’hôtel de Saint-Paul, ils parvinrent jusqu’à la Ville-l’Évêque, sans encombre. Mais arrivés là, ils se virent tout à coup envahis par les gens d’armes armagnacs de Montmartre, qui les accablèrent de coups et les détroussèrent. Des dames de Paris, allant visiter leurs biens de campagne, à une demi-lieue hors des portes, furent violées en plein jour et leur compagnie battue et dévalisée. Enfin des Normands, échappés moyennant rançon aux Anglais, avaient été pris par des Bourguignons. Puis, sous les murs de la capitale, où ils étaient venus chercher un refuge, ils avaient été repris par des Armagnacs. Ces fugitifs affirmaient que 94plus amoureux leur avoient esté les Anglois que les Bourguignons, et les Bourguignons plus amoureux cent fois que ceux de Paris174
.
On estimait à un million d’écus d’or, la somme nécessaire pour solder l’arriéré des troupes et mettre à flot les dépenses courantes. Le trésor était vide. Charles VI, depuis le commencement de son règne, avait successivement aliéné ou engagé la plupart des bijoux de la couronne. Les églises possédaient des joyaux d’or et d’argent, ornés de pierreries, dont elles avaient été enrichies par la piété des rois de France. Le gouvernement se fit donner, au nom du roi, diverses châsses et reliquaires, provenant les unes de Notre-Dame de Paris et les autres de l’abbaye de Saint-Denis. Ces objets sacrés furent engagés ou fondus pour être convertis en numéraire. Les églises reçurent, comme indemnité, des délégations assises sur des revenus futurs175.
En de telles conjonctures, le gouvernement du comte d’Armagnac était livré à une crise tellement grave, que le moindre accident pouvait la rendre fatale.
95Chapitre VII 24 décembre 1417 – 24 juin 1418.
Des symptômes aussi menaçants ne s’étaient point produits sans jeter, au sein du parti armagnac, l’alarme et l’appréhension.
Parmi les membres du grand conseil, quelques-uns, les plus timides, ou les plus clairvoyants, inclinaient pour modérer et mitiger la politique à outrance du connétable. Le roi, dans ses intervalles de convalescence lucide, apportait toujours, à l’appréciation des affaires, un sentiment débonnaire et attendri. Des actes de proscription, puis d’amnistie, puis d’exceptions à l’amnistie, avaient paru successivement et formaient un code assez confus. Une commission de quatre magistrats de robe courte et d’église, fut nommée, le 24 décembre 1417, pour examiner cette législation et en tirer les conséquences les plus bénignes possibles. Le roi, vers le même temps, promulgua un nouvel édit de pacification176.
Impuissant à arrêter les progrès de l’invasion anglaise, le comte d’Armagnac avait tenté, auprès d’Henri V, la voie des négociations. Mais le roi d’Angleterre, enhardi par ses premiers succès, voyait, dans le duc de Bourgogne, un puissant auxiliaire de ses desseins. Il se montra de plus 96en plus intraitable. La nécessité de transiger avec le Bourguignon fut alors proclamée177.
Vers le commencement d’avril 1418, des plénipotentiaires reçurent, de part et d’autre, la mission de parlementer178.
On choisit, pour lieu du congrès, un monastère nommé la Tombe ; situé entre Bray-sur-Seine et Montereau-Fault-Yonne. Le roi et le dauphin envoyèrent comme ambassadeurs Regnault de Chartres, archevêque de Reims, et Robert le Maçon, chancelier du dauphin, assistés de quatorze autres personnages de marque. La reine et le duc de Bourgogne y députèrent également seize négociateurs. Parmi eux se trouvait un docteur célèbre et personnage notable : Pierre Cauchon. Le duc Charles d’Orléans, prisonnier en Angleterre, s’y fit représenter par quatre de ses conseillers. Enfin, le pape Martin V, nouvellement élu, accrédita spécialement deux légats, chargés de procurer la paix. Les cardinaux de Saint-Marc179 et des Ursins180 s’entremirent avec beaucoup de zèle, le premier surtout, à ces négociations181.
97Après un mois de travaux diplomatiques, les envoyés adoptèrent, d’un commun accord, le projet de traité qui nous est resté. Les articles, pour devenir exécutoires, devaient recevoir, préalablement, la ratification des puissances contractantes. Ce projet, dicté aux ambassadeurs français par la nécessité, favorisait, au delà du juste et de l’honnête, la cause bourguignonne. Le duc et la reine étaient rappelés. Ce traité allait jusqu’à sanctionner l’usurpation de la reine. Il validait, sauf quelques réserves, les actes rendus au nom de cette princesse. Du reste et moyennant ces conditions, une amnistie générale était prononcée. On y trouvait enfin certaines clauses tout à fait plausibles. Ces dernières prescrivaient l’oubli et autant que possible la réparation de toutes les violences, confiscations, bannissements et autres modes de préjudice, que les partis s’étaient causés dans le feu de la guerre civile182.
Soumis à l’examen du conseil de Troyes, puis de Jean sans Peur, les articles obtinrent une approbation unanime. Les ambassadeurs triomphants rapportèrent à Paris le traité de paix, en laissant éclater l’orgueil de leur œuvre, et la satisfaction dont ils étaient remplis. Aussitôt, ce fut, au sein, de la capitale, une démonstration de bonheur universelle. Le lendemain du jour où les négociateurs avaient reparu, c’est-à-dire le 27 mai, des groupes joyeux se mirent à parcourir les rues au son des instruments de musique. Les bourgeois dressaient en plein 98air des tables ouvertes à tout venant, et les bourgeoises y versaient du vin à leurs hôtes improvisés183.
Cependant le connétable et ses adhérents les plus compromis ne considéraient pas le traité de la Tombe d’un œil aussi enthousiaste. À leur point de vue, le rappel de la reine et de Jean sans Peur, contre lesquels ils nourrissaient toujours la même animosité, constituait la plus inacceptable des solutions. Aucun sentiment de patriotisme, ou autre, n’inspirait à leur cœur l’abnégation nécessaire pour s’imposer un tel sacrifice. Lorsque le programme fut apporté au conseil, le connétable attaqua ce projet avec véhémence, comme contraire à l’honneur et à l’intérêt du roi184.
L’évêque de Paris, Gérard de Montaigu, qui avait pris part au congrès, était membre du conseil. Il insista pour obtenir la sanction de cette pièce diplomatique. Le connétable s’y opposa formellement. Henri de Marle, chancelier de France, appuya le président du conseil. Il déclara que le roi pouvait, s’il le jugeait convenable, sceller lui-même ce traité. Mais il protesta que lui, chancelier, n’apposerait jamais à un pareil acte les sceaux de l’État, confiés à sa garde185.
Le traité de la Tombe était principalement l’ouvrage de Robert le Maçon, chancelier du dauphin, et des autres conseillers de ce prince, qui voulaient sincèrement la paix. Ces derniers eurent alors recours au lieutenant du roi, héritier de la couronne. Le dauphin tint, au Louvre, un 99conseil pour revêtir de la sanction royale, le projet de traité délibéré au congrès de la Tombe. Mais le connétable s’abstint de paraître à cette réunion. L’opposition obstinée du chancelier de France, jointe à l’absence du connétable, rendit vaine l’assemblée du Louvre. En un mot, le projet de traité fut repoussé par le gouvernement et demeura comme nul186.
Aussitôt que ces dispositions furent connues dans Paris, l’enthousiasme général fit place à une immense indignation. Le flot populaire déjà ému, mais soulevé jusque-là par un sentiment sympathique, rencontrait un obstacle subit et imprévu. La vague irritée allait rebondir furieuse et grosse de tempête.
Depuis longtemps, la colère bouillonnait sous la compression. Cette nouvelle la fit éclater. Toutefois la révolte emprunta, pour plus de sûreté, les allures secrètes du complot. Perrinet Leclerc fut le principal agent de cette conspiration célèbre. Son père Pierre187 Leclerc était un gros marchand de fer, très considéré, demeurant sur le Petit-Pont. Quartenier de ville ou capitaine de la milice parisienne, il avait en sa garde les clefs de la porte Saint-Germain des Prés.
Le plus souvent, il envoyait à sa place, son fils Perrinet, asseoir le guet, c’est-à-dire donner le mot d’ordre et poser les sentinelles. Dans l’une de ces circonstances, Perrinet avait eu affaire à des soldats armagnacs, insubordonnés comme toujours, et qui l’avaient grossièrement 100maltraité. Le jeune homme se plaignit au prévôt de Paris. Mais les délinquants appartenaient à de puissants patrons. Perrinet Leclerc ne put obtenir justice. Il en garda rancune et résolut de se venger188.
Jean de Villiers, seigneur de l’Isle-Adam, capitaine de Pontoise pour Jean sans Peur, comptait à Paris des alliés au sein du parti bourguignon. Ceux-ci vinrent trouver Perrinet Leclerc et lui offrirent une occasion d’assouvir son ressentiment, en introduisant les Bourguignons au sein de la ville. Perrinet, après s’être assuré le concours de sa dizaine, ou brigade de dix hommes dans la milice bourgeoise, accepta la proposition. Des émissaires se rendirent aussitôt à Pontoise et transmirent au sire de l’Isle-Adam les instructions nécessaires.
À dix heures du soir, Perrinet Leclerc, pendant que son père dormait, prit les clefs de la ville, placées au chevet du lit paternel. Il se rendit ensuite à la porte Saint-Germain des Prés. Là, Perrinet rejoignit Jean Thibert, boucher, Perrin Bourdechon et le reste de sa dizaine189.
Parti en toute hâte de Pontoise, le seigneur de l’Isle-Adam avait pris avec lui huit cents lances. Vers deux heures du matin, le dimanche 29 mai 1418, il était arrivé avec tous ses cavaliers, le plus secrètement possible, à la porte Saint-Germain. Perrinet, instruit de leur présence, ouvrit cette porte. Il se fit reconnaître du capitaine bourguignon et lui fournit ainsi l’accès de la capitale. Quand 101les huit cents chevaux furent entrés, il ferma la porte et jeta les clefs par-dessus la muraille190.
L’Isle-Adam et ses Bourguignons ayant pour guides les conspirateurs, chevauchèrent, toujours à petit bruit, jusqu’au Châtelet. Ils y trouvèrent douze cents compagnons parisiens, prêts à marcher avec eux, pour seconder leur entreprise. Bientôt et pendant que le jour se levait, les deux troupes confondues se subdivisèrent par escouades et se répandirent dans Paris en criant : La paix ! la paix ! vivent le roi et le duc de Bourgogne !
Ils ajoutaient : Que ceux qui veulent la paix viennent nous rejoindre en armes191.
Au premier tumulte, le prévôt de Paris, Tanneguy Duchâtel, accourut à l’hôtel-neuf des Tournelles, où logeait le dauphin. Ce bâtiment faisait partie du vaste domaine de Saint-Paul, peu éloigné de la Bastille, domaine qui comprenait le palais du roi et ses dépendances. Le jeune prince dormait. Duchâtel pénétra jusqu’à son lit et l’enleva dans ses bras demi-nu, enveloppé de sa robe à relever la nuit, ou robe de chambre. Aussitôt les chambellans furent sur pied. Guillaume d’Avaugour, Guillaume Batailler, chevalier, Pierre Frotier, écuyer du prince, Pierre de Beauvau, son gouverneur, prêtèrent main-forte au prévôt. Ils l’aidèrent à emporter à bras le jeune Charles à travers les jardins de Saint-Paul192.
Arrivés à cette issue, il fallait un cheval, et le prince 102n’avait pas de monture. Robert le Maçon, chancelier du dauphin, en était pourvu. Au risque de son propre salut, le chancelier céda son cheval au dauphin. Le prévôt de Paris y monta, portant avec lui le jeune prince. Puis, tous ensemble s’enfuirent à la Bastille. Ils trouvèrent dans cette forteresse un refuge assuré193.
Grâce à l’énergique sang-froid du Breton Duchâtel, le dernier fils de Charles VI fut préservé des atteintes de l’émeute et des périls, qui, peut-être, menaçaient jusqu’à sa vie. Le prévôt de Paris, en sauvant le lieutenant du royaume, héritier désigné de la couronne, conservait aussi le gage le plus précieux du pouvoir et de l’autorité.
Cependant une bande d’insurgés se ruait à l’hôtel-vieux de Saint-Paul. Forçant gardes et portes, elle s’introduisit jusqu’au logis du roi. Charles VI, dans la marche de sa longue et incurable maladie, était parvenu à une période de démence inerte et douce. Parmi les envahisseurs, se trouvaient le seigneur de l’Isle-Adam et d’autres Bourguignons, qui jadis avaient servi dans les offices du palais, au temps que Jean sans Peur gouvernait le roi. Indifférent aux noms d’Armagnac et de Bourgogne, le malade n’en distinguait même plus la diverse signification. Mais il accueillait avec bonhomie des visages connus. Quelques-uns de ces anciens serviteurs lui parlèrent un langage propre à se faire entendre. Aussitôt le roi leur demanda des nouvelles de son cousin de Bourgogne et se plaignit de ce qu’il avait tant tardé à le visiter. Sur 103la requête des nouveaux venus, Charles VI monta à cheval. Il y fit monter avec lui le fils du roi de Chypre194, qui l’accompagnait. Les insurgés promenèrent ainsi le roi et ce prince, au milieu d’eux, parmi les rues de la capitale. À ce spectacle, une foule immense s’accrut incessamment en faveur de l’insurrection. La révolution, bourguignonne était accomplie195.
Cependant une autre brigade se portait rue Saint-Honoré vers l’hôtel d’Armagnac, situé près des Bons-Enfants et touchant aux murs de la ville. Le connétable entretenait dans Paris trois mille combattants, sans compter la milice communale. Mais la ville avait été surprise : la population se levait de toutes parts en ennemie. Avant qu’un ordre eût pu être transmis par l’autorité, déjà l’émeute, inondant les rues, y régnait à pleins bords. La marche rapide des conjurés avait isolé les chefs du pouvoir. Averti par la révolution même, le comte d’Armagnac ne songea point à lutter, pas même à se défendre. Ce hautain baron devait terminer, sans éclat, une carrière politique dont le terme était marqué. Lorsque les Bourguignons envahirent son hôtel pour s’emparer de sa personne, il avait fui, déguisé en mendiant196.
La résistance des troupes fut pour ainsi dire nulle. La garnison disparut ou se rallia autour du dauphin, à la Bastille. Dès le 29, le roi nomma prévôt de Paris, en remplacement de Tanneguy Duchâtel, l’un des officiers de Jean 104sans Peur, appelé Guy de Bar, et surnommé le Beau, ou le Veau, bailli d’Auxois en Bourgogne197.
L’insurrection, devenue gouvernement, poursuivit son œuvre. Avant midi, la masse de la population : hommes, femmes, enfants, moines, bourgeois, etc., portait sur ses habits la croix oblique dite de Saint-André ou de Bourgogne. Aux partisans de la cause bourguignonne, dignes de ce titre, se joignit l’écume de toute cité du moyen âge, une horde d’aventuriers et de bandits. La révolution déployait ses saturnales. Toute cette multitude se répandit dans Paris, armée d’épées rouillées, de vieilles cuirasses, de bâtons de berger, et d’une infinité d’ustensiles198.
Chaque rue, puis chaque maison fut fouillée. Quiconque était Armagnac, ou suspecté de l’être, ou dénoncé comme tel, par quelque haine particulière, était pris. Beaucoup furent emmenés en prison, d’autres exécutés sur place. Les insurgés civils exploraient les maisons : ils jetaient les victimes dévouées à la mort, par les portes, par les fenêtres, par-dessus les murs, dans la rue. Là les gens d’armes tuaient. Pendant le meurtre, les autres volaient et pillaient. D’après le témoignage d’un témoin bourguignon, cinq cent vingt-deux hommes moururent ce premier jour à l’épée, dans les rues, sans y comprendre ceux qui furent assassinés à l’intérieur des maisons199.
Les captifs furent conduits aux prisons du Palais, de Saint-Éloi, des deux Châtelets, du Louvre, du Temple, de Saint-Magloire, de Saint-Martin des Champs, du For-l’Évêque, 105de Saint-Antoine, de Saint-Merri et de Tiron. Au nombre des personnes ainsi arrêtées, se trouvaient quantité de bourgeois, de magistrats, de militaires, et autres personnes d’un rang plus ou moins élevé. On y remarquait les évêques de Saintes, de Lisieux, d’Évreux, de Coutances, de Senlis, l’évêque et duc de Laon, pair de France. Il faut y joindre les archevêques de Reims et de Tours ; Philippe de Villette, abbé de Saint-Denis, les cardinaux de Saint-Marc et de Bar. L’émeute enfin mit la main sur un jeune prince du sang, Charles de Bourbon, dont le père, prisonnier d’Azincourt, était l’adversaire politique du duc de Bourgogne200.
Le lendemain, par l’intercession de l’évêque de Paris, les archevêques et les cardinaux furent relâchés. Mais les arrestations et le pillage continuèrent. Une ordonnance du prévôt bourguignon prescrivit à toute personne qui connaîtrait le lieu où se serait réfugié quelque Armagnac, de le dénoncer. Un pauvre homme chez qui le connétable s’était enfui révéla sa retraite au prévôt. Guy de Bar s’y rendit lui-même, fit monter le comte en croupe de son cheval et le conduisit à la prison du Petit-Châtelet201.
Le bruit du combat et le tumulte de l’émeute arrivaient jusqu’aux oreilles du jeune dauphin, dans l’enceinte de la Bastille et le remplissaient de frayeur. Tanneguy Duchâtel, le 30 mai, conduisit le prince à Charenton-sur-Marne, puis à Corbeil et à Melun202. Duchâtel, vaincu, n’avait 106point tiré l’épée. Il ne voulut pas céder une telle partie sans combattre. Le 1er juin, accompagné du maréchal de Rieux, de Barbazan et de quinze cents lances, il pénétra dans Paris par la porte Saint-Antoine203. Une de ses colonnes se dirigea vers l’hôtel de Saint-Paul, espérant y trouver le roi et l’enlever. Mais Charles VI n’y était plus. Les Bourguignons avaient eu soin, la veille, de le conduire au château du Louvre. Pendant ce temps, une seconde colonne s’avançait d’un autre côté en criant : Vivent le roi, le dauphin et le connétable d’Armagnac204 !
Déjà la réaction se dessinait. Ce prompt retour du pouvoir impressionnait la population. Mais à peine entrés au cœur de la ville, les soldats armagnacs se jetèrent dans les maisons et se mirent à piller. Cette conduite des champions de l’autorité perdit immédiatement la cause qu’ils défendaient. Un nouveau sentiment se fit jour chez les Parisiens. La milice bourgeoise, en armes, s’élança, contre ces pillards avec colère et seconda vigoureusement l’effort des Bourguignons. Duchâtel et ses Armagnacs furent refoulés jusqu’à la Bastille, où il se réfugia de nouveau après avoir perdu trois à quatre cents hommes de ses troupes205.
Battu, cette fois et repoussé par la force des armes, l’ex-prévôt de Paris laissa dans la Bastille une faible garnison206. 107Il se replia, vers le dauphin, avec le gros de ses forces, qu’il cantonna dans les places de Meaux, Corbeil, Melun, Coucy, Guise et autres lieux. Le prince Charles continua sa route, de Melun par Montargis, jusqu’à Bourges, où il se trouvait le 21 juin 1418207.
Les Bourguignons, maîtres de la capitale, commencèrent à destituer les principaux fonctionnaires. Guillaume de Gamaches, grand-veneur de France, fut remplacé par le sire de Cohem, bourguignon. Le seigneur de l’Isle-Adam et Claude de Beauvoir, sire de Chastellux, obtinrent les deux offices de maréchaux de France. Charles de Lens devint amiral, au lieu de R. de Bracquemont. L’insurrection bourguignonne invoquait avec pompe les libertés communales. Cependant le 6 juin, au mépris de la loi, de la coutume et des droits communaux, Guillaume Ciriace, prévôt des marchands de Paris, fut destitué. Ce magistrat populaire tenait ses pouvoirs de l’élection. L’élection seule pouvait lui donner légalement un successeur. Les deux maréchaux bourguignons nommèrent d’autorité Noël Marchand, au lieu et place de Guillaume Ciriace, sans que les électeurs ou bourgeois de la cité fussent appelés au scrutin municipal208.
Dès le 2 juin, une ambassade fut chargée par le grand conseil de se rendre à Melun, auprès du dauphin, pour 108l’inviter respectueusement à rentrer au sein de la capitale. Mais au moment de partir, les députés apprirent que ce prince, au lieu de se rapprocher de Paris, avait quitté Melun, pour s’éloigner davantage. Les ambassadeurs, en conséquence, renoncèrent à cette mission.
Le duc de Bourgogne et la reine n’avaient point tardé d’être instruits à Troyes des événements que la capitale avait vus s’accomplir dans ses murs. La reine envoya immédiatement à Paris deux commissaires accrédités en son nom. Le premier était Philippe de Morvilliers, ancien avocat au parlement, chancelier de Picardie. Le second se nommait Jean de Neuchâtel, seigneur de Montaigu, chevalier. Le 8 juin, une nouvelle ambassade fut dirigée vers la reine et le dauphin209.
Compiègne, Creil, Pont-Sainte-Maxence, Moussy-le-Preux, Pont-à-Choisy, Noyon, Péronne, en Picardie, tenaient encore pour le dauphin. À la nouvelle du triomphe que venaient de remporter les amis du duc Jean, ces diverses places se soumirent à l’autorité bourguignonne. Les garnisons de Charenton, de Corbeil et de Saint-Cloud abandonnèrent également leur poste à l’ennemi210.
Cependant les violences des 29 mai et jours suivants n’avaient point assouvi les haines déchaînées. Des bruits sinistres agitaient de nouveau la multitude. On disait que les Armagnacs, revenus en force, étaient à Saint-Marcel, près la porte Bordelle ; qu’ils se disposaient à rétablir le connétable et à frapper de mort tous les Bourguignons. 109Une ordonnance du 9 juin prononçait l’annulation de tous les jugements qui avaient puni d’exil ou de confiscation les partisans de Jean sans Peur. Des bouchers, des malfaiteurs, des boutefeux de guerre civile, atteints par ces mesures de proscriptions, étaient rentrés immédiatement au sein de la grande ville. L’inquiétude et la peur servaient à la fois de prétexte et d’aiguillon au courroux, à la barbarie populaires. Une nouvelle catastrophe allait éclater211.
Le 12 juin 1418, une foule d’individus, gens de sac et de cordé, amoureux de toutes les sanglantes expéditions, se réunirent des divers quartiers de Paris. Le prévôt des marchands, nouvellement nommé, fut entraîné par eux jusque dans le Parloir-aux-bourgeois, sur la place de Grève. Arrivés là, ils lui enjoignirent d’aviser à ce qu’il y avait à faire. Eux-mêmes délibérèrent ensuite, à grands cris ; sur cette question. Ils conclurent qu’il, fallait en finir, avec les Armagnacs, sans quoi, les bourgeois de Paris n’auraient jamais de repos. Puis ils sortirent en se répandant par la ville aux cris de : Vivent le roi et le duc de Bourgogne, la paix212.
Il était alors quatre heures et demie du soir. Monstrelet évalue le nombre des soldats de cette armée du meurtre à soixante mille hommes213. Armés de vieux maillets, de couteaux, de haches, de cognées, de massues, de vieillies 110épées, de piques et autres armes, ils se dirigèrent d’abord vers la prison de la Conciergerie au Palais. Leur principal capitaine était un nommé Lambert, potier d’étain dans la Cité. En cette prison, se trouvaient réunies depuis peu, les trois victimes les plus spécialement désignées à la rage populaire, savoir : le connétable, le chancelier (Henri de Marle), qui avaient rejeté le traité de la Tombe, et Raymonet de la Guerre. Ce dernier, habile et brave capitaine, avait surtout à expier ses succès militaires, loyalement remportés contre les troupes tant anglaises que bourguignonnes214.
Ces trois personnages furent pris et massacrés des premiers. Les autres prisonniers subirent le même sort. Ces envahisseurs quittèrent la place lorsque la prison fut vide et lorsque la cour, qui était au pied des galeries du palais, se fut remplie de cadavres. De là, ils se rendirent à Saint-Éloi215, autre prison voisine. Tout ce que cette église contenait de prisonniers fut assassiné à coups de hache. Philippe de Villette, abbé de Saint-Denis, était au nombre des captifs. Revêtu de ses ornements pontificaux, les égorgeurs le trouvèrent prosterné au pied, de l’autel et levant vers le ciel l’hostie consacrée. À plusieurs reprises, ils brandirent sur sa tête leurs lames dégouttantes de sang et sa chasuble en fut inondée. Mais la majesté religieuse du prêtre, tenant en ses mains le symbole du divin sacrifice, les retint. Ils cédèrent aux prières du sire de l’Isle-Adam, qui les accompagnait. Celui-ci déclara prendre ce vieillard 111comme son prisonnier. L’abbé de Saint-Denis fut, par exception, épargné216.
Ces furieux se dirigèrent ensuite vers le Petit Châtelet. On y avait enfermé l’évêque de Coutances, l’évêque de Senlis et d’autres prélats. Les Bourguignons n’obtinrent pas, de prime accès, l’entrée de cette prison. Mais il fut convenu que l’un des leurs, délégué, pénétrerait à l’intérieur et ferait l’appel des captifs. Chacun de ces malheureux, à tour de rôle, était nominativement invité à sortir. Au moment où il baissait la tête pour franchir le guichet, il recevait la mort. Une pluie continue avait, depuis quelques jours, détrempé le sol, mal pavé. Les bourreaux jetaient au fur et à mesure le cadavre dans la boue. L’évêque de Coutances, nommé Jean de Marle, était fils du chancelier. Il avait quitté son siège, plutôt que de prêter serment au roi d’Angleterre. Le prélat s’était muni de beaucoup d’or, qu’il portait sur lui. Vainement, il l’offrit à ses meurtriers, espérant que ceux-ci préféreraient cette richesse à sa vie. Les assassins le tuèrent d’abord et le dépouillèrent ensuite : ils prirent ainsi l’un et l’autre217.
Au Grand Châtelet, les officiers royaux, gardiens de la prison, donnèrent enfin l’exemple d’une virile résistance. Ils s’étaient procurés des armes. Pendant deux heures, ils, se battirent contre ces forcenés. Puis, vaincus par le nombre, ils périrent au poste de la justice et furent les premières victimes. La lutte recommença, entre les sicaires du dehors et les prisonniers, également armés. Ces captifs, 112d’ailleurs, n’étaient pas seulement des Armagnacs. Avec eux, habitaient des prisonniers civils, des détenus pour dettes, des individus antérieurement incarcérés et tenant pour le duc de Bourgogne. Ces diverses catégories de détenus attendaient de l’émeute leur délivrance. Mais le peuple, en ce moment, était ivre de carnage et de fureur : il ne distinguait plus et voulut tout tuer. Vivement disputé, le combat se prolongea jusqu’à la nuit entre ceux de dedans et ceux du dehors.
Enfin le lendemain, les envahisseurs revinrent à la charge, renforcés de nouveaux bandits. Ils assiégèrent les prisonniers, à l’aide de la flamme et de la fumée. Sur certains points, que le feu laissait libres, les assiégeants pénétrèrent dans la prison. Chassés par la flamme et par l’épée, les assiégés montaient au sommet des tours, et, poursuivis jusque-là, ils se précipitaient au dehors. Pendant ce temps, leurs bourreaux les attendaient au pied des murailles. Leurs corps venaient tomber sur les piques des Bourguignons, qui achevaient ces morts à coups de hache ou d’épée218.
Toutes les autres prisons, que nous avons énumérées ci-dessus, devinrent successivement le théâtre de semblables excès. Les corps du connétable, du chancelier et de Raymonet de la Guerre, furent dépouillés et liés ensemble avec une corde. On traîna d’abord ces cadavres en divers lieux. Le connétable avait une jambe rompue. Quelque boucher prit son couteau, et, sur la poitrine du comte, il découpa une courroie de peau, qui dessinait une bande, de l’épaule 113au flanc opposé : la bande ou écharpe était, comme on sait, l’insigne des Armagnacs. Pendant plusieurs jours, la foule vint se repaître de la vue de ces trois cadavres, exposés à sa dérision. Dans ce but, on les avait placés sur la Table de marbre, lieu où se jouaient, d’habitude, les sotties et moralités.
Puis enfin les Bourguignons se lassèrent de tuer, se rassasièrent de sang et de cadavres. Alors les hommes, les femmes, les enfants, au nombre de quinze à seize cents, mis à mort comme Armagnacs, furent portés hors de la ville dans des charrettes. Jetés aux champs, exposés aux oiseaux de proie, ils demeurèrent privés des honneurs de la sépulture219.
Ces atrocités eurent pour témoins, l’histoire pourrait dire même pour complices, les autorités bourguignonnes. À cette cruelle occision, rapporte Monstrelet, estoient présens le nouvel prévost de Paris, le seigneur de l’Isle-Adam, maréchal de France, etc., jusqu’au nombre de mille combattants, tout armés et à cheval, pour défendre, au besoin, les dits occiseurs. Toutesfoiz moult estoient esmerveillez de voir faire cette dérision, mais ils n’avoient rien dit si ce n’est : mes enfants, vous faites bien !
Guy de Bar, cependant, n’était point un homme pervers. Jean Jouvenel des Ursins, chevalier armagnac, lui avait sauvé la vie dans une bataille, en 1414. Guy de Bar, arrivant à Paris, envoya immédiatement à Jouvenel un messager qui lui dit de la part du nouveau prévôt : Guy ne peut pas vous sauver, mais vous-même sauvez-vous !
Le chevalier dut en effet la conservation de ses 114jours à cet avis généreux d’un adversaire. Guy de Bar, l’Isle-Adam et d’autres seigneurs, avaient cherché à dissuader le populaire d’entreprendre un pareil mouvement. Vainement ils cherchèrent à mitiger ces horreurs. Mais qui ne connaît l’entraînement du mal, et le despotisme de l’exemple, exercé par la multitude220 !
La reine et Jean sans Peur, à cette époque, résidaient toujours, la première à Troyes, et le second en Bourgogne. En l’absence de ces souverains, les subalternes ignoraient le point précis où devait s’arrêter leur zèle ou leur tolérance. Le duc et la reine, satisfaits des résultats généraux, ne désapprouvèrent point, du moins publiquement, ces actes de leurs partisans. Par ordre de la reine et de ce duc, les chaînes des rues furent rendues aux Parisiens le 23 juin221. Durant ce temps, Charles, dauphin et lieutenant-général, retiré à Bourges, mandait de toutes parts des forces militaires et revendiquait l’exercice actif de l’autorité royale222.
115Chapitre VIII 4 novembre 1417 – 20 janvier 1419.
Établi en vainqueur à Caen, Henri V était déjà maître de la basse Normandie223. Falaise, assiégée le 4 novembre 1417, capitula le 20. Dès le 25 du même mois, Humphrey, duc de Gloucester, frère du roi anglais, conduisit une course jusque sous les murs de Rouen. Pendant ce temps, Talbot se jetait dans le Cotentin. Vers le mois de janvier suivant, les hostilités avaient pénétré dans le Maine, province soumise au gouvernement de la reine de Sicile, Yolande d’Aragon. L’invasion se propageait en tous sens. Elle se dirigeait principalement vers le nord et vers la Normandie224.
Menacés par les envahisseurs, abandonnés par le gouvernement légitime, Pontoise, Mantes, Vernon, Lisieux se donnèrent au tiers compétiteur, c’est-à-dire au duc de Bourgogne225. Mais la protection de Jean sans Peur n’offrait pas à ces populations, pour les défendre, un secours plus assuré que celui du roi de France. Gamaches, Lisieux, Louviers, Ivry, Harcourt, Évreux, Pont de l’Arche (19 juillet 1418), furent successivement occupés 116par les Anglais. Henri V, conquérant toujours, arriva, en descendant la Seine, devant Rouen226.
Cette grande ville, après avoir reconnu, comme on l’a dit ci-dessus, l’autorité du dauphin, était retournée au parti bourguignon, dans les premiers jours de l’année 1418. Le nouveau capitaine de Rouen, ou représentant de Jean sans Peur, se nommait Guy le Bouteiller. C’était un gentilhomme du pays, mais d’une valeur douteuse, quant au caractère moral. La ville, à l’approche des Anglais, s’était mise dès lors en état de défense. Elle avait intrépidement rasé ses faubourgs et fait le vide autour de, son enceinte fortifiée. Le 29 juillet 1418, pendant la nuit, Henri V ouvrit la tranchée et commença le blocus227.
Il déploya dans ce siège difficile de grands talents militaires. Indépendamment de leurs ressources propres, les Rouennais comptaient principalement sur l’appui de Jean sans Peur, dont ils avaient embrassé la cause avec un grand éclat.
Défendre Rouen, laver l’outrage de la violation du royaume, refouler l’agression britannique, constituaient en effet un devoir impérieux. Cette obligation première s’imposait d’elle-même au prince bourguignon, dans la position qui lui était échue par le fait des circonstances. Mais Jean sans Peur n’avait point une âme où la voix de la conscience pût se faire entendre ainsi. L’orgueil, la 117passion, l’égoïsme de son parti dominaient en lui tout autre sentiment. Au mois de juin 1418, les Parisiens envoyèrent spontanément aux Rouennais un secours de trois cents lances ou cavaliers et de trois cents hommes de trait. Jean sans Peur, au nom du roi, leur expédia quatre mille combattants. De son côté, la milice communale de Rouen se composait de seize mille hommes. Le nombre des assiégeants, sous les ordres de Henri V, s’élevait à environ trente mille.
Après s’être emparé, le 30 août, du fort Sainte-Catherine, qui dominait la ville et le fleuve, le roi anglais investit Rouen de toutes parts. Une flottille lui fut amenée par les ordres de son allié, le roi de Portugal. Il intercepta ainsi la communication inférieure de la Seine et de la mer. Un barrage, composé d’une triple chaîne, fut établi, à la sortie de Rouen, en aval de ce fleuve. En amont, Henri V construisit un pont de bois à l’autre extrémité de la ville. Ce pont, qui favorisait, les communications de l’armée assiégeante, complétait l’investissement des assiégés228.
La ville de Rouen, l’une des plus considérables du royaume, renfermait dans ses murs une population déjà très nombreuse d’habitants229. Son enceinte avait reçu en outre, selon l’usage, toute la banlieue ou population suburbaine, qui était venue y chercher un refuge. Henri V résolut de soumettre les Rouennais par la famine. Les défenseurs 118de la cité normande opposèrent à l’ennemi une activité multiple et un rare courage. À plusieurs reprises, les Anglais furent repoussés par de brillantes et vigoureuses sorties. De jour en jour, cependant, les ressources de la défense diminuèrent et le blocus devint plus étroit230.
Cherbourg, capitale maritime de la Normandie au quinzième siècle, subit le joug des Anglais le 22 août. Caudebec, aux portes de Rouen, se rendit le 7 septembre. Le 27 octobre, une députation solennelle des Rouennais se rendit auprès du roi de France, c’est-à-dire de Jean sans Peur, pour signaler au gouvernement la détresse des assiégés. Cette démarche, renouvelée peu de temps après en termes plus pressants encore, ne fut point suivie de résultats sérieux. Le duc de Bourgogne, pour faire mine de condescendre à cet appel, se mit en armes et conduisit le roi, malade, jusqu’à Beauvais. Mais les Rouennais, en définitive, furent à leur tour, comme l’avaient été les bourgeois de Caen, abandonnés à leurs ressources et à l’inspiration de leur courage231.
Pendant ce temps, le duc de Bourgogne, chef du gouvernement, négociait avec Henri V et tentait de traiter au nom de Charles VI. Parallèlement Charles, dauphin, ou son conseil, suivait une conduite analogue. Les ambassadeurs du prince Charles, lieutenant-général et régent, parlementaient de leur côté, auprès du roi anglais, de concert avec la reine Yolande et le duc de Bretagne. Non moins habile politique qu’homme de guerre, Henri V, 119tout en poursuivant le cours de sa conquête, écoutait chacune de ces ouvertures, dont il fomentait la rivalité ; mais il se gardait bien d’en admettre ou d’en sanctionner aucune232.
Au commencement d’octobre, la famine faisait déjà sentir, à Rouen, ses horribles effets. Le pain y était rare. La viande manquait, si ce n’est la chair de cheval. Avec du son et la balle d’avoine, on composa une sorte de pain. Après les chevaux, la population fit servir à sa nourriture les chiens, les chats, les rats, les souris.
Tout autour de la ville, les Anglais avaient creusé un fossé, hérissé de pieux, qui s’opposait aux sorties de la cavalerie et qui emprisonnait les habitants dans son enceinte resserrée. Contraints par la nécessité, les assiégés résolurent d’expulser de leurs murs douze mille individus non combattants : douze mille bouches qui augmentaient d’autant la famine. L’ennemi refusa de leur livrer passage. Alors cette population de victimes exilées, femmes, vieillards, enfants, ou infirmes, eut pour asile ce fossé. Là, ces malheureux languirent, par la pluie, par l’hiver, rejetés, sans abri, sans nourriture, sans vêtement, entre deux ennemis, le compatriote et l’Anglais, presque également impitoyables233.
La défense néanmoins ne succombait pas. Toujours soutenus par l’espérance d’être secourus et par l’énergique instinct du devoir national, les braves Rouennais suppléaient à leur détresse, et, pour ainsi dire, la masquaient, 120à force d’intrépidité. Durant le même temps, l’abondance régnait dans le camp d’Henri V. Ses capitaines triomphaient sur les divers points qui restaient à soumettre en Normandie. De nouvelles recrues avaient été amenées devant Rouen par ces lieutenants victorieux. La ville de Londres, à elle seule et spécialement, venait d’envoyer à Henri V un vaisseau chargé de vin et de cervoise.
Au milieu de ces conjonctures, survint le Christmas-day ou fête de Noël. Célébrée de tout temps par les Anglais avec une solennité spéciale, cette fête marquait alors pour eux le terme où recommençait l’année. Henri V, à cette occasion, s’émut de pitié en faveur des malheureux qui gisaient dans les fossés de la ville assiégée, et leur fit délivrer quelques vivres234.
La faim, comme le dit la narration anglaise d’un chroniqueur et poète contemporain, finit par briser les murailles. Après une dernière et vaine ambassade vers le duc de Bourgogne, les Rouennais députèrent auprès d’Henri V des commissaires chargés de parlementer. Les négociateurs se réunirent près de l’une des portes de la ville, à la vue du fossé, où gisait parmi les morts, ce reste de population, composée de moribonds exténués.
Henri V exigea que les vaincus se rendissent à discrétion. Les députés rouennais, malgré l’extrémité des souffrances communes, repoussèrent de pareilles conditions. Ils retournèrent auprès de leurs concitoyens, et les négociations furent rompues. Les habitants, sanctionnant cette conduite de leurs délégués, arrêtèrent une résolution désespérée. 121La nuit suivante, ils devaient saper un pan de murailles. Après avoir mis le feu à la ville, ils voulaient, en compagnie de leurs femmes et de leurs enfants, renverser sur le fossé ce mur, en guise de pont. Ils devaient s’élancer ainsi à travers l’ennemi ; puis, selon l’expression de Monstrelet, s’en yroient tous où Dieu les voudroit conduire…
Henri V, instruit de ces faits, s’empressa de rouvrir les négociations235.
Aux termes du traité qui intervint, la ville reconnut l’autorité du roi anglais, elle paya une contribution de 400,000 livres et dut livrer quatre-vingts otages ; mais elle conserva ses biens et ses privilèges. Un capitaine nommé Alain Blanchard s’était distingué dans la défense de la cité. Il fut excepté, avec quelques autres, de la capitulation. Par ordre du roi d’Angleterre, Alain eut la tête tranchée. Guy le Bouteiller se fit Anglais. Henri V fut reçu solennellement à Rouen le 20 janvier 1419. Soixante mille âmes environ avaient péri au sein de cette ville, où il pénétrait en triomphe236.
Jean sans Peur se trouvait à Mirebeau en Franche-Comté, lorsque Paris fut nuitamment surpris par les Bourguignons (mai-juin 1418). À cette nouvelle, il se rendit auprès de la reine à Troyes et la pressa de se diriger avec lui vers la capitale. La reine voyageait à petites journées. Arrivée à l’une de ses étapes (Brie-Comte-Robert), elle envoya, le 13 juillet, auprès de son fils (le dauphin), Guillaume Fillastre, cardinal de Saint-Marc. Cet ambassadeur 122alla prier le jeune prince au nom de la reine, de revenir auprès d’elle et du roi, dans la capitale, pour y prendre part au gouvernement du royaume. Mais cette invitation demeura infructueuse. Le lendemain 14, la reine et le duc firent leur entrée parmi les Parisiens, en grande pompe237.
Le duc de Bourgogne reprenait le pouvoir au milieu de circonstances critiques et difficiles. Les rouages de l’administration politique furent changés. De nouveaux titulaires prirent possession des grandes charges. Le parlement subit une réorganisation complète.
Après un mois environ de vacances ou de cessation, cette cour, composée de nouveaux membres, rouvrit ses séances le 25. Jean sans Peur se fit allouer une pension annuelle de quarante-huit mille livres, à la charge d’entretenir quatre mille hommes d’armes. Sa famille et ses partisans furent comblés de biens. Lui-même reprit possession des finances et du gouvernement de l’État238.
Dans les premiers jours du mois d’août, la redoutable corporation des bouchers fut rétablie. Cette mesure ne tarda pas à porter ses fruits. Les Gois, les Saint-Yon, les Caboche et leur sanglante clientèle, rentrèrent en possession de leur ascendant populaire. Ces espèces de chefs de clans, ou de familles parisiennes, se ramifiaient, par leurs relations, de proche en proche, au sein de la classe la plus remuante, la plus tumultueuse et la plus infime. L’industrie 123dont ils exerçaient le monopole leur fournissait un sinistre personnel, toujours prêt à mettre en œuvre la hache et le couteau.
Retirés de l’autre côté de la Loire, le dauphin et ses conseillers tenaient levée la bannière de la guerre civile. Chaque jour, les gendarmes armagnacs venaient harceler les Bourguignons jusque sous les murs de la capitale. Sens, Moret-en-Gâtinais, Melun, Meaux, Crécy, Compiègne, Montlhéry étaient en leur pouvoir. Ces points formaient tout autour de Paris une ceinture hostile. Les arrivages de la grande ville étaient restreints et interceptés. Les denrées avaient atteint un prix excessif. Le travail manquait. Comme pour exaspérer et porter à son comble ces souffrances, la population était en proie à une éruption épidémique, dont les symptômes paraissent avoir été ceux de la variole. Le populaire, dans son ignorante violence, ne manqua pas d’attribuer tous ces maux en bloc à ses ennemis armagnacs239.
Dans la nuit du 20 au 21 août 1418, une nouvelle émeute se souleva. La lie des habitants se porta aux prisons du Petit et du Grand Châtelet, ainsi qu’à la Bastille. Là se trouvaient détenus, pour cause de discordes civiles, un certain nombre de prisonniers, arrêtés depuis peu. Les massacres du 12 juin se renouvelèrent. Ils furent accompagnés, comme la première fois, du pillage, et s’étendirent, de même, soit à des haines privées, soit à des victimes complètement innocentes. Entre beaucoup d’autres exemples, Hector de Chartres, chevalier, l’un des 124anciens serviteurs du roi attachés à la cause du dauphin, et frère de l’archevêque de Reims, périt ainsi d’une mort cruelle. Des femmes de condition noble, sous prétexte politique, furent mises à nu en public, puis ensuite égorgées240.
Le principal coryphée de ces barbaries était l’exécuteur des hautes œuvres de la capitale. Cet homme, nommé Capeluche, exerçait un ascendant singulier sur la multitude. Seul à cheval, c’était lui qui commandait et dirigeait ces brutales exécutions. Personnage redouté, il traitait avec familiarité les fonctionnaires les plus considérables. Capeluche appelait le duc de Bourgogne son beau-frère. Lors de l’entrée récente de Jean sans Peur dans Paris, ce chef inconnu s’était porté à sa rencontre. Le prince avait touché sa main, ignorant alors que cette main était celle de Capeluche le bourreau241.
Jean sans Peur, absent de Paris à l’époque du premier massacre, avait désapprouvé ces actes odieux commis par ses partisans. Le meurtre du comte d’Armagnac et des autres ministres avait particulièrement contrarié ses desseins. En effet, à l’aide de ces gages, le duc se flattait de contraindre le dauphin à embrasser son alliance et de forcer les prisonniers à lui rendre les places que les Armagnacs tenaient en leur pouvoir. La nouvelle tempête populaire, qui se déchaîna sous ses yeux, excita, son courroux et son indignation.
Il n’osa pas, toutefois, s’opposer de front à ces excès. 125Présent à l’invasion de la Bastille, il crut devoir transiger avec les bouchers ameutés. Mais, dès le 23 août, par ses ordres, on arrêta Capeluche pendant qu’il buvait dans un cabaret des halles. La tourbe de ses satellites fut entraînée hors de Paris, sous la conduite de deux gentilshommes bourguignons. On les emmena faire le siège de Montlhéry sur les Armagnacs. Pendant ce temps, le 26 août 1418, Capeluche, l’exécuteur de Paris, fut décapité aux halles, par les mains de son successeur242.
Jean VI, duc de Bretagne, était allié aux deux reines, mère et belle-mère du prince Charles. Il avait épousé la fille de la première, Jeanne de France. Isabelle de Bretagne, sa propre fille, était fiancée, depuis peu, au fils aîné de Yolande, Louis III, qui fut duc d’Anjou, puis roi de Sicile. Le duc breton entreprit une tâche aussi louable que difficile : celle de rétablir la paix et l’union entre les princes ennemis243. Jean VI, parti de Nantes, visita sur sa route le dauphin, puis il s’approcha de la capitale244.
La mortalité qui régnait dans la ville, fit choisir, hors de ses murs, un lieu de réunion entre les parties. Le duc de Bretagne, accompagné de son gendre Louis III, et de 126son jeune neveu, Jean, duc d’Alençon, s’avança, jusqu’à Corbeil, où il rencontra les ambassadeurs du dauphin. Puis il se rendit, le 13 septembre, à Charenton. Le duc de Bourgogne y parut de son côté, en société des cardinaux de Saint-Marc et des Ursins, des évêques de Thérouanne, d’Arras, de Bayeux, et autres conseillers245.
Cette première entrevue ne fut point suivie de conclusion favorable, ou d’accommodement, entre les négociateurs. Le duc de Bourgogne défraya ses hôtes, dont il s’était fait l’amphitryon. Il reçut à sa table, en son logis de Conflans-Sainte-Honorine, les princes ses parents. Après quoi, le duc Jean de Bretagne alla prendre son gîte à Brie-Comte-Robert246. Cependant, les négociations continuèrent, les jours suivants, à Saint-Maur-des-Fossés. Elles eurent pour résultat de délibérer en commun un traité de paix et d’amitié entre le dauphin et le duc de Bourgogne. Cet acte porte le nom du lieu où furent discutés les articles, et l’histoire nous en a conservé la teneur247.
Le 16 septembre, le congrès se réunit à Vincennes, au séjour de la reine. Le traité de Saint-Maur y fut conclu et arrêté en présence d’Isabelle, des ducs de Bourgogne, de Bretagne, d’Anjou, d’Alençon et des envoyés de Charles dauphin248.
On convint d’un commun accord que 127les articles seraient soumis à la sanction respective du roi et du jeune prince. En attendant, la paix fut immédiatement acclamée avec enthousiasme. La population de Paris et des environs, dès la nuit suivante, célébra cet heureux événement par les manifestations accoutumées : danses aux chansons et aux instruments de musique, feux nocturnes, sonnerie des cloches, processions générales, tables ouvertes en plein air, etc.249
La ratification du roi, malade, était pure affaire de convenance ou de formalité. Elle fut immédiatement promulguée. Mais, à l’attitude même qu’avaient prise, au congrès, les représentants du dauphin, il était aisé de prévoir que de graves résistances surgiraient du côté de ce prince. Le duc de Bretagne se chargea d’en triompher250.
Fin du livre I.
Notes
- [17]
Toutes les dates énoncées dans cet ouvrage le sont d’après le comput moderne et actuellement en usage.
- [18]
Notes sur l’état civil des enfants de Charles VI et d’Isabeau de Bavière, dans la Bibliothèque de l’École des chartes, 4e série, t. IV, p. 473 et suiv.
- [19]
La terre-sainte (manuscrit 7219, f° 303 v°). Robert Blondel, dans son Discours historique (écrit en 1449), chap. XLVIII, insiste sur cette pensée que la France, champion de la foi chrétienne, a pour mission finale de refouler l’islamisme et d’affranchir les lieux saints de la domination des infidèles ; mais que, pour arriver à l’accomplissement de ce devoir, la première nécessité c’est pour elle d’expulser intégralement les Anglais du territoire français. Voyez Notice sur Robert Blondel, 1850, in-4°, p. 49.
- [20]
Direction générale des Archives, comptes royaux : K. K. 43, f° 40 v°. — Chronique de Jean Chartier, suivie de divers fragments historiques inédits, Paris, Jannet : Bibliothèque Elzévirienne, 1858, in-16, t. III, p. 257.
- [21]
9,000 francs de 1860 valent environ 22,000 euros de 2020.
- [22]
Aimé Champollion, Louis et Charles d’Orléans, 1844, in-8°, p. 57.
- [23]
K. K. 43, f° 88. Chartier, etc., t. III, p. 158.
- [24]
Ibid.
- [25]
Elle servit longtemps le jeune prince. En 1423, le roi lui faisait une pension de 25 livres par mois. Ibid, p. 328. Jean de Chamoisy était écuyer de la reine, en 1404. K. K. 40, f° 30, v°.
- [26]
K. K. Registre 42, 43, 45, 46. Jean Chartier, etc., t. III, p. 256 à 328.
- [27]
K. K. 18, f° 36. Jean Chartier, etc., 1858 in-16, t. III, p. 268. — Jean Raoulet, Ibid. p. 143. — Biographie Didot, article Machet.
- [28]
Jean Chartier, t. III, p. 252 à 269.
- [29]
Cicéron.
- [30]
On trouvera un récit circonstancié de cet événement dans le Magasin de librairie, recueil périodique ; 25 novembre 1859, p. 241 et suivantes.
- [31]
La reine Yolande s’établit à Marcoussis à la fin d’octobre. K. K. 243, f° 23 et 24.
- [32]
K. K. 48, f° 79. K. K. 243, f° 24. Lamotte, Histoire de Marcoussis, Ms. de M. J. Pichon, f° 23.
- [33]
K. K. 48, f° 79. Jean Chartier, in-16, t. III, p. 265.
- [34]
[NdÉ] hanap : grand vase en métal monté sur un pied et muni d’un couvercle, dont on se servait pour boire.
- [35]
Prix des six hanaps : 1072 francs d’or. Servir couvert, ou manger couvert était en principe une prérogative de la souveraineté.
- [36]
Jean Chartier, etc., 269. — Sainte Marthe, Histoire de la maison de Beauvau, 1626, in-4°, p. 92.
- [37]
Religieux de Saint-Denis, édit. Bellaguet, 1839 et année suivantes, in-4°, t. V, p. 231.
- [38]
Walter, Manuel du droit canonique, édition française, 1840, in-8°, p. 393, traduit par Roquemont.
- [39]
Anselme, Histoire généalogique des rois de France. — Heures de René d’Anjou, Ms. 1156 A, au calendrier. — Baudot de Juilly, Histoire de Charles VII, 1754, in-12, t. I, p. 7. — Cf. Pithon-Curt, Noblesse du Comtat, 1750 in-4°, t. IV, p. 304.
- [40]
K. K. 243, f° 48 et passim.
- [41]
Monstrelet, éd. de M. Douët-d’Arcq pour la société de l’Histoire de France, 1857 et année suivante, in-8°, t. II, p. 414.
- [42]
La solennité de son mariage, dit le père Anselme, en parlant de Marie d’Anjou, ne fut célébrée qu’en 1422.
(Histoire généalogique de la maison de France.) Nous y reviendrons. - [43]
K. K. 243, f° 24 et 25.
- [44]
K. K. 243, f° 25 à 47.
- [45]
[NdÉ] Le roi d’armes est le plus haut grade de héraut au sein de l’office d’armes (l’institution en charge des publications solennelles ou des messages importants) : le roi d’armes, le maréchal d’armes, le héraut d’armes et le poursuivant d’armes, qui est un apprenti héraut.
- [46]
Catalogue Joursanvault, 1838, in-8°, t. II, n° 3297. — K. K. 243, f° 46. Le 12 octobre, le prince Charles, Marie d’Anjou, Yolande d’Aragon et Louis II, roi de Sicile, étaient réunis en famille au pians et le 14 à Angers (ibid.).
- [47]
Monstrelet, t. III, p. 98. — P. Cochon, p. 428.
- [48]
Monstrelet, t. III, p. 126. — Anselme, Histoire généalogique, 1726, t. I. p. 115.
- [49]
Monstrelet, t. III, p. 128. Le 10 décembre, Jean sans Peur était à Lagny-sur-Marne. Gachard, Itinéraire, p. 201. — Charles se trouvait à Angers près de Yolande le 1er décembre. Louis II arriva le 20 dans cette ville. K. K. 243, f° 46, v°.
- [50]
Monstrelet, Ibid., p. 131.
- [51]
Chronique du héraut Berry dans Godefroy, Histoire de Charles VI, 1653, in-f°, p. 431.
- [52]
K. K. 243, f° 47. — Monstrelet, édition du Panthéon, p. 288. — Berry dans Godefroy, p. 431.
- [53]
Ordonnances, t. X, p. 371, etc. — Chalmel, Histoire de Touraine, 1828, in-8°, t. II, p. 173.
- [54]
Religieux, t. VI, p. 51. — Jean Chartier, in-16, t. III, p. 278.
- [55]
Cousinot, p. 162, 430. — Jean Chartier, t. III, p. 159. — Religieux, t. VI. p. 34. — Monstrelet, t. III, p. 144, 147, 152.
- [56]
Isabeau de Bavière, 1859, in-8°, p. 24. — Jean Chartier, t. III, p. 272 et s.
- [57]
Monstrelet, t. III, p. 161 et suiv. — Religieux, t. VI, p. 53, etc. Lettres de Tours, voyez ci-après, note 63.
- [58]
Félibien, Histoire de Paris, t. III, p. 545. — Ordonnances, t. X, p. 382 et 385.
- [59]
Monstrelet, t. III, p. 167. — Religieux, t. VI, p. 51.
- [60]
Monstrelet, t. III, p.167. — Religieux, t. VI, p. 53. K. K, 49, f° 39 et suiv.
- [61]
K. K. 49, n° 489. Monstrelet, ibid. — À la date du 10 mars 1417, la reine, à Vincennes, nourrissait, entre autres animaux, une léoparde, femelle du léopard, que lui avait envoyée de Compiègne son fils Jean, dauphin. (Jean Chartier, t. III, p. 283.)
- [62]
Monstrelet, t. III, p. 168. — Voyez Notes… sur quelques enseignes… religieuses tirées du cabinet de M. Forgeais. (Revue archéologique, 1861.)
- [63]
Monstrelet, ibid. — Religieux, t. VI, p. 60. — Jean Chartier, t. III, p. 285. — Godefroy, Charles VI, p. 681.
L’accusation d’empoisonnement se fixa et se multiplia, évidemment par ordre, chez les historiens bourguignons. L’un d’eux prétend que le dauphin Jean mourut pour avoir revêtu un haubert de fer, d’où le venin se répandit dans ses entrailles. (Suffridi Leodiensis chronicon, dans Chapeauville : Historiens liégeois, Liège, 1616, in-4°, t. III, p. 86). Toutes ces imputations semblent dignes de peu de foi. La maladie à laquelle succomba le jeune prince paraît avoir consisté positivement en une fistule à l’oreille. Les archives de Tours contiennent, sous la date du Quesnoy, 27 septembre 1416, une lettre importante du dauphin Jean, adressée aux habitants de Tours. (Lettres historiques tirées des archives communales de Tours, publiées par M. V. Luzarche pour la Société des bibliophiles de Touraine, 1861, in-8°, pages 4 à 7.)
- [64]
Ordonnances, t. X, p. 404.
- [65]
Journal de Paris, Panthéon, p. 625.
- [66]
Religieux, t. VI, p. 91.
- [67]
Seize sous parisis étaient égaux en valeur à vingt sous tournois. — Ordonnances X, 407. — Journal de Paris, p 624. Séance extraordinaire pour les finances, présidée au parlement par le connétable, 24 mai 1417. X. X. 1480, f° 92, v°.
- [68]
Religieux de Saint-Denis, t. VI, p. 68. — Journal de Paris, p. 625.
- [69]
Écoles hollandaises, etc., n° 592 du dernier livret. Cette peinture nous paraît devoir être restituée à un maître français.
- [70]
Isabeau de Bavière, 1859, in-8°, p. 16 et suiv.
- [71]
Iselin, Lexicon, t. III, p. 285. — Isabeau de Bavière, ibid.
- [72]
Religieux de Saint-Denis, t. IV, p. 283.
- [73]
podagre : qui a la goutte aux pieds (trouble articulaire dû à l’accumulation d’acide urique dans l’organisme).
- [74]
Cette chambre, ou du moins le corps de logis subsiste encore. Voyez Guilhermy, Itinéraire archéologique de Paris, 1855, in-12, pages 299 et 300.
- [75]
Compte des menus plaisirs de la reine, dans Jean Chartier, etc., t. III, p. 284.
- [76]
Jean Chartier, t. III, p. 230. — Religieux de Saint-Denis, t. IV. — J. des Ursins, dans Godefroy, p. 336, etc.
- [77]
Cousinot. Cabinet des titres : dossier Bosredon.
- [78]
Religieux, t. VI, p. 71. — Cousinot, p. 163. — J. des Ursins, p. 336. Conférez Monstrelet, t. III, p. 175 et les Versions bourguignonnes. Voyez aussi Daniel, Histoire de France, 1755, in-4°, t. VI, p. 522.
- [79]
Mêmes autorités. Lefèvre de Saint-Rémy, Panthéon, p. 413. — Journal de Paris, même édition, p. 624.
- [80]
Ibid. — Jean Chartier, etc., t. III, p. 275 et 285.
- [81]
Soit environ 10 millions d’euros de 2020.
- [82]
Isabeau de Bavière, passim, et les renvois. — E. de Lépinois, Histoire de Chartres, 1857, in-8°, t. Il, p. 71. — Gaguin, Annales (1417), etc.
- [83]
Le 15 mai 1417 et jours suivants, divers conseils de finances furent tenus en cour de parlement. Bernard, le 26, ouvrit la séance en exposant qu’il lui fallait de l’argent prêt et prompt pour les affaires du royaume. Les trésoriers de France présents déclarèrent que huit à neuf cent mille francs leur étaient nécessaires pour le service de quatre à cinq mois, exercice courant ;
et il n’y a rien de finances, ajouta l’un d’eux, qui ne soit jà mangé jusqu’à juin prochain
. Dans cette même séance, le prévôt de Paris déposa, sur le bureau du conseil, des placards séditieux affichés à la porte des églises de Rouen sous le sceau du duc de Bourgogne, et qui avaient été saisis par ordre de l’autorité. Le 9 juin, Bernard d’Armagnac communique aux conseillers une cédule en parchemin, annexée au procès-verbal de la séance et dont l’original nous est resté. Cette cédule avait été dressée par des commissaires du conseil et approuvée par le connétable. Elle contient un résumé succinct des mesures proposées ainsi que des ressources indiquées pour subvenir aux nécessités financières. Cette liste se termine ainsi :Item des joyaulx et argent de la royne.
(X. X. 1486, f° 92 et 95.) - [84]
Une incontinence de la vessie. Religieux, t. VI, p. 77.
- [85]
Monstrelet, t. III, p. 150. — Godefroy, Charles VI, p. 195. — K. K. 243, f° 47, v°. — Heures du roi René, Ms. 1156. A. — Bouche, Histoire de Provence, 1664, in-f°, t. II, p. 439.
- [86]
On en peut juger aujourd’hui encore, d’après un vitrail du quinzième siècle, qui subsiste à la cathédrale du Mans. La reine de Sicile y est représentée en compagnie de Louis II, son époux. Ce curieux portrait a été reproduit par M. Ferdinand de Lasteyrie, Histoire de la peinture sur verre, 1835 et ann. suiv., in-f°, pl. LII, et dans le Moyen âge et la Renaissance, t. V (Peinture sur verre).
- [87]
Bouche, Histoire de Provence. — Curita, Annales de Aragon, etc.
- [88]
Ordonnances, t. X, p. 409. — Chalmel, Histoire de Touraine, t. II, p. 174. — Chronique de la Pucelle ou Chronique de Cousinot, suivie de la Chronique normande de P. Cochon, etc., 1859, in-16, p. 164.
- [89]
Bélisaire Ledain, Histoire de Parthenay, p. 204 et suiv., 1858, in-8°.
- [90]
Chalmel, Histoire de Touraine, t. II, p. 174.
- [91]
Religieux, t. III, p. 34. — Monstrelet, t. III, p. 154, note 2. — Ordonnances, t. X, p. 414. — Catalogue Joursanvault, t. II, p. 223, n° 3, 383. — Gachard, Archives de Dijon, p. 46. Cf. Chorier, Histoire du Dauphiné, t. II, p. 413.
- [92]
K. K. 243, f° 48.
- [93]
Prisonnier en Angleterre depuis la bataille d’Azincourt.
- [94]
Redet, Catalogue des Chartes de Dom Fontenau, 1839, 8°, p. 323. Ledain, Histoire de Parthenay, p. 312.
- [95]
Dom Morice, Histoire de Bretagne, t. I, p. 463. Actes de Bretagne, t. II, colonne 947.
- [96]
Ordonnances, t. X, p. 416.
- [97]
Godefroy, Charles VI, p. 679. — Beauvillé, Histoire de Montdidier, t. I, p. 133. Religieux, t. VI, p. 78 et suiv.
- [98]
Chéruel, Histoire de Rouen au quinzième siècle, 1840, p. 23 et suivantes.
- [99]
L’un d’eux nommé Guillot Leclerc fut reconnu plus tard et subit la peine capitale à Rouen, le 5 janvier 1424. (P. Cochon, p. 432.)
- [100]
Chéruel, ibid. — P. Cochon, p. 432. — Chronique de Cagny, chap. LXIII (Ms. Duchesne, p. 48). — Chronique de Normandie, édition gothique, signature Oiij.
- [101]
Chéruel, loc. cit.
- [102]
Chronique de Normandie, etc. L’un des principaux griefs allégués par les insurgés pour justifier leur révolte et leur résistance, consistait dans les pilleries et voleries que faisait sur le peuple, un capitaine envoyé dans le pays de Caux et tenant le parti du roi, nommé Jean Raoulet. Sur ce capitaine (normand selon toute apparence), voyez la Chronique de Raoulet dans Jean Chartier, 1859, in-12, t. I et III.
- [103]
Chéruel, Histoire de Rouen, p. 25 des Pièces justificatives et passim.
- [104]
Darsy, Gamaches et ses seigneurs, p. 125. X. X. 1480, f° 103 v°.
- [105]
Berry dans Godefroy, p. 433. — Anselme, Histoire généalogique de la maison de France, 1733, t. VIII, p. 472 B. — P. Cochon, p 430.
- [106]
L’un de ces bâtiments génois était nommé la Montagne noire.
En cette année le roy fist armée par mer et fist venir le roy grosses caraques de Jannes : Montaigne-neyre et autres caraques qui estoient à lui devant Harfleu… Lesquelles les Anglais guignèrent et desconfirent pour ce que Picquet de La Haye, trésorier-général des finances, n’avait paié les gens d’armes venus dedans lesdites caraques.
(Chronique de Raoulet, p. 153.) - [107]
Religieux, t. VI, p. 96 et suiv. — J. des Ursins dans Godefroy, p. 337.
- [108]
P. Cochon, p. 430. — Religieux, VI, 100. — Bazin, I, 27 ; IV, 11.
- [109]
Religieux, ibid. — Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, t. XV, p. 300 et suiv. — Walsingham, Historia Angliæ, 1574, in-f°, p. 445. — J. Delpit, Collection générale des documents anglais qui se trouvent en Angleterre, Paris, 1847, in-4°, p. 219.
- [110]
L’Homme d’armes était, à proprement parler, chevalier. Celui-ci ne combattait point seul. Il était assisté au moins d’un écuyer et le plus souvent de deux ou trois autres serviteurs militaires.
- [111]
J. des Ursins, p. 338.
- [112]
Une bonne partie des biens appartenant aux églises de la Normandie étaient situés sur le territoire anglais. Ces biens, au début de la guerre, avaient été séquestrés par le roi d’Angleterre. Voyez Champollion-Figeac, Lettres des rois et reines dans les Documents inédits, in-4°, t. II, p. 332.
- [113]
Léon Puiseux, Siège et prise de Caen par les Anglais, 1858, in-8°, p. 54 et passim.
- [114]
Religieux, t. VI, p. 108.
- [115]
Delpit, p. 220. — Puiseux, p. 86, 87. — Rymer (Th.), Fœdera, conventiones, etc., inter reges Angliæ et alios… tractata, 1739 et ann. suiv., in-f°, t. IV, partie III, p. 15.
- [116]
L. Puiseux, ibid. — Robert Blondel, Discours historique, etc., passim.
- [117]
Chronique de Cagny, chap. LXIV et LXV. — J. des Ursins dans Godefroy, p. 338. — Cousinot, etc., p. 169, 432. — Rymer, t. IV, partie III, p. 15 à 21. — Rôles normands : Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, t. XV, p. 263.
- [118]
Henri V possédait, pour passer les fleuves, un équipage de pont, fort ingénieusement conçu. Cet appareil portatif se composait d’une série de bateaux en cuir imperméable et légers, que soutenaient des châssis de bois, et fixés, par des amarres, aux deux rives du fleuve. Un plancher de bois mobile, jeté sur ce tablier flottant, permettait aux hommes et aux animaux de franchir ce pont de plain-pied. (Puiseux, Siège de Caen, p. 40.)
- [119]
Monstrelet, éd. Buchon, p. 441. — P. Cochon, p. 430. — Rançon d’enfants : même volume, p. 474.
- [120]
Puiseux, Siège, etc., p. 30.
- [121]
Chapitre précédent et aussi Monstrelet, t. III, p. 139. — Chronique de Raoulet, dans Jean Chartier, t. III, p. 153.
- [122]
Art de vérifier les dates, (Armagnac). — Religieux, t. VI, p. 25.
- [123]
Religieux, t. V, p. 64 ; t. VI, p. 230. — Cousinot, p. 168.
- [124]
Ordonnances, t. X, p. 407. — Félibien, Histoire de Paris, t. IV, p. 563. — Religieux, t. VI, p. 82.
- [125]
D. Plancher, Histoire de Bourgogne, t. III, p. 460. — Félibien, t. IV, p. 563, a. — Fénin Godefroy, p. 463.
- [126]
Gachard, Rapport à M. le Ministre de l’Intérieur (de Belgique) sur les documents concernant l’histoire de la Belgique qui existent dans les Archives de Dijon, Bruxelles, 1843, in-8°, p. 236. — D. Plancher, t. III, p. 468-9. — Monstrelet, t. III, p. 185 à 206. — Félibien, t. IV, p. 563, b. — Ms. Brienne, n° 245, f° 172. — V. de Beauvillé, Histoire de Montdidier, t. I, p. 133. — Religieux, t. VI, p. 86, etc.
- [127]
Gachard, ibid. Monstrelet, ibid., p. 208. — Cousinot, p. 164, 165. — Religieux, t. VI, p. 114-134. — Bourquelot, Histoire de Provins, t. II, p. 57. — D. Plancher, t. III, p. 475. — J. des Ursins dans Godefroy, p. 339, 342. — Journal de Paris, Panthéon, p. 625. — Lépinois, Histoire de Chartres, t. II, p. 70.
- [128]
Par le roy à la relation de son grand conseil tenu par monseigneur le dauphin de Viennois, lieutenant.
- [129]
Besse, Recueil de pièces, 1660, in-4°, p. 119 à 137. — D. Vaissète, Histoire de Languedoc, t. IV, p. 442. — Religieux, t. VI, p. 125. — Journal de Paris (dit d’un bourgeois de Paris), édition du Panthéon littéraire, p. 625.
- [130]
Palis (pal, palissade), nom d’armes.
- [131]
Cousinot, p. 165. — Monstrelet, t. III p. 217, 218. — Gachard, p. 237.
- [132]
Religieux, t. VI, p. 88, 120, 136. — Ursins, Godefroy, p. 342. — Berry, ibid., p. 433. — Cousinot, p. 165. — Monstrelet, t. III, p. 220.
- [133]
Monstrelet, ibid. — D. Plancher, Preuves, t. III, p. ccc vij et suiv., etc.
- [134]
Religieux, t. VI, p. 139. — Ursins, Godefroy, p. 342. — Berry, ibid., p. 433. Raoulet, p. 160. — Monstrelet, t. III, p. 226. — D. Plancher, t. III, p. 478, etc.
- [135]
Biographie Didot, article Picard. — Monstrelet, t. III, p. 225.
- [136]
Perroquets.
- [137]
Isabeau de Bavière, 1559, p. 12 et passim.
- [138]
Monstrelet, p. 227. — Gachard, Itinéraire, p. 237.
- [139]
Monstrelet, ibid. — Isabeau de Bavière, p. 29.
- [140]
Monstrelet d’Arcq., t. III, p. 229. — Gachard, Archives de Dijon. Itinéraire de Jean sans Peur, p. 237. — Berry dans Godefroy, p. 434.
- [141]
Un nouveau sceau fut immédiatement gravé pour sceller en son nom les actes de l’autorité publique. La reine y était représentée debout entre les armes de France et celles de Bavière. Les actes avaient pour protocole :
Ysabel, par la grâce de Dieu, royne de France, ayant, pour l’occupation de monseigneur le roy, le gouvernement et administration de ce royaume, par l’octroi irrévocable à nous sur ce fait par mon dit seigneur et son grand conseil.
(Monstrelet, p. 234.) - [142]
Ibid.
- [143]
D. Vaissète, in-f°, t. IV, p. 443 et suiv.
- [144]
Ms. de l’Institut, n° 340, f° le et suiv. — Besse, p. 186, 199, 208, 211, 218, etc. — Berry dans Godefroy, p. 434. — Ordonnances, t. X, p. 429, 431, 449, 450. — D. Vaissète, p. 443 et suiv., et 591.
- [145]
D. Vaissète.
- [146]
Ibid. Besse, p. 208.
- [147]
Monstrelet, Gachard, aux lieux cités. Religieux, p. 158.
- [148]
J. des Ursins, p. 343. — Fenin Dupont, p. 84, note 2.
- [149]
Monstrelet, Gachard, Ursins. Par arrêt du parlement, en date du 26, les conjurés furent condamnés à mort. L’arrêt fut exécuté le 27. (Godefroy, Charles VI, p. 728. — Religieux, t. VI, p. 160.)
- [150]
Du 23 décembre 1417 au 4 avril 1418. (Gachard, p. 238.) Par lettres patentes données le 20 décembre à Auxerre, Jean de Drosay, premier secrétaire du duc, fut nommé premier secrétaire de la reine, en remplacement de Jean Picard (Labarre, Mémoires de Bourgogne, t. II, p. 114.) Jean de Drosay devint ensuite secrétaire d’État, ou notaire de la chancellerie, sous Henri VI, roi de France et d’Angleterre.
- [151]
Monstrelet, t. III, p. 240. Isabeau de Bavière, vers ce temps, s’entremit en outre pour marier l’héritière de Lorraine à Louis le Bossu, fils de son frère Louis le Barbu. (Archives royales de Munich. Frankreich, 7e fascicule.)
- [152]
Collection de Bourgogne, Ms. sup. fr., n° 292, 10, f° 136 à 138.
- [153]
Archives municipales de Troyes ; communication de l’archiviste M. Boutiot. — Ordonnances, t. X, p. 436 et suiv. — Le parlement de Troyes, formé de présidents, conseillers et autres officiers, paraît avoir été au moins installé sous la présidence d’Eustache de L’Aitre, nommé chancelier de France par la reine. Voyez Chronique du Religieux, t. VI, p. 140 ; — Chronique de Cousinot, p. 167 ; extraits de la chambre des comptes de Paris, Ms. s. fr., n° 292, 11, p. 790, 801, 804.
- [154]
Ms. de l’Institut, n° 340, f° 180. — Archives de Narbonne, Caisson 1, pièces 104 et 105. — Du Tillet, Recueil des rois de France, 1602, in-4°, p. 203. — Besse, p. 139 et 147. — Ordonnances, t. X, p. 139 et 427. — D. Vaissète, t. IV, p. 443.
- [155]
Labarre, Mémoires de Bourgogne, t. II, p. 150, note b. — Monstrelet, t. III, p. 239. — Religieux, t. VI, p. 142 et 154. — Cousinot, p. 166, 167. Berry, p. 434.
- [156]
Berry. — Cousinot. — Religieux, ibid., p. 179, etc.
- [157]
Du 25 décembre au 6 janvier.
- [158]
Adhelm Bernier, Monuments inédits de l’histoire de France (ou Chronique de Senlis, par Mallet), 1835, in-8°, p. 11. — Cousinot, p. 167. — Chéruel, Histoire de Rouen, p. 31. — Cochon, p. 432. — Religieux, t. VI, p. 148, etc.
- [159]
Du Boulay, De patronis, etc., 1662, in-8°, p. 96. — Religieux, p. 146.
- [160]
Religieux, p. 184 et suiv. — Journal de Paris, Panthéon, p. 626. — Notes manuscrites de Jean Leféron, Bibi. imp. Département des imprimés, réserve : L 359, in-f°, p. 26. (Jean Bouchet, Annales d’Aquitaine.)
- [161]
On lit dans les Mémoires dits de Fénin (éd. Dupont, p. 86), que le connétable avait conduit avec le roi, devant Senlis, son fils le dauphin. Cette assertion du compilateur anonyme ne paraît pas fondée. Le prince, dans tous les cas, ne put s’absenter que peu de temps de la capitale. Du 26 février au 15 mars notamment, sa présence à Paris est constatée d’une manière certaine. Le dauphin, pendant cet intervalle, correspond avec le conseil royal séant à Creil, préside les conseils du parlement et exerce l’autorité royale au siège habituel du gouvernement. (X. X. 1480, f° 119 à 122.)
- [162]
Vivat dux, dux insignis Burgundiæ vivat, qui annulatis regiis exactionibus, reipublicæ restituit antiquam libertatem !
(Religieux, p. 186. Monstrelet, p. 244.) - [163]
Religieux, p. 192-194.
- [164]
Depuis, Philippe le Bon, fils aîné de Jean sans Peur.
- [165]
Voyez Ms. s. fr. n° 292, 11, p. 791 (à la date du 19 juin).
- [166]
Ces quatre malheureuses victimes étaient laïques. Les deux autres otages appartenaient à la juridiction ecclésiastique. Ils furent épargnés.
- [167]
De ces vingt personnes, seize étaient, à ce qu’il semble, prisonniers de guerre. Deux (bourgeois de Senlis, qui favorisaient le parti du connétable ?) furent pendus, et deux femmes noyées. (Comparez Monstrelet, p. 153 et J. des Ursins dans Godefroy, p. 346.)
- [168]
Auteurs cités ; à la suite. X. X. 1480, f° 134 v°.
- [169]
Dom Plancher, Histoire de Bourgogne, t. III, p. 479-480.
- [170]
Monstrelet, t. III, p. 249 à 251.
- [171]
Archives municipales de Troyes. Communication de M. Boutiot.
- [172]
Religieux, t. VI, p. 150. — Journal de Paris, Panthéon, p. 626.
- [173]
Religieux, p. 154, 156.
- [174]
Journal de Paris, p. 626, 627.
- [175]
Le 19 janvier 1418, dans une séance du conseil tenue au parlement, Louvet, commissaire des finances, fut mandé devant la cour. Les conseillers lui réclamèrent leurs gages, arriérés depuis plus de trois mois. Louvet promit que dans huit jours un à-compte de trois mille francs serait affecté à ce payement. (X. X. 1480, f° 116. Revue archéologique, 1857, p. 710 et suiv. — Religieux, ibid., p. 144 et 226.)
- [176]
Religieux, t. VI, p. 146, 148. — Félibien, Histoire de Paris, t. II, p. 785, et t. III des Preuves, p. 260, b.
- [177]
Dès le 29 mai 1417, dans un conseil d’État tenu au parlement, il avait été proposé d’écrire au duc de Bourgogne pour l’apaiser. Le duc devait être invité à choisir une ville où les deux partis pussent s’entendre et parlementer. (X. X. 1480, f° 93 v°. — Félibien, Histoire de Paris, Preuves, t. IV, p. 563, a.)
- [178]
Les articles qui devaient servir d’instructions aux ambassadeurs français furent délibérés à Paris le 18 avril 1418. Cet examen eut lieu dans un conseil tenu au parlement par ordre du dauphin, en l’absence du connétable, qui se trouvait encore, à cette date, devant Senlis. (X. X. 1480, f° 133 v°.)
- [179]
Guillaume Fillâtre, savant prélat français, cardinal-prêtre du titre de Saint-Marc.
- [180]
Jordano degli Orsini, évêque d’Albano.
- [181]
Ms. s. fr. 292, 11, p. 799. K 59, n° 20. X. X. 1480, f° 135 v°. — Religieux, t. VI, p. 175. — Cousinot, p. 108. — Monstrelet, t. III, p. 240 et 255. — Labarre, t. II, p. 107, 108. — Louis et Charles d’Orléans, p. 814.
- [182]
Religieux, t. VI, p. 208 et suiv. — Fenin-Dupont, p. 255.
- [183]
Religieux, t. VI, p. 228. — Ursins, p. 347.
- [184]
Ibid., p. 230.
- [185]
Ibid., p. 230. — Monstrelet, 257. — Cousinot, 168.
- [186]
Mêmes autorités.
- [187]
Perrin était le diminutif de Pierre, et Perrinet le diminutif de Perrin.
- [188]
Ursins, p. 348.
- [189]
Ibid. — Monstrelet, P. 260.
- [190]
Monstrelet, ibid. Ms. latin, 7909, f° 1. — Sauval, Antiquités de Paris, t. I, p. 126.
- [191]
Ibid. — Religieux, t. VI, p. 232.
- [192]
Les précédents. — Chronique de Raoulet, p. 161. — Berry dans Godefroy, p. 435.
- [193]
Les mêmes. — Article Le Maçon dans la biographie Didot. — Bodin, Recherches historiques sur l’Anjou, t. I, p. 383. — Du Tillet, Recueil des traitez, etc., p. 193. — Basin, Mémoires, t. I, p. 29.
- [194]
L’un des fils de Janus de Lusignan.
- [195]
Monstrelet, Berry, Religieux, etc.
- [196]
Sauval, Antiquités de Paris, t. III, p. 312. — Monstrelet, p. 262. — Ursins, 349, etc.
- [197]
Godefroy, p. 752. — Journal, p. 628. — Religieux, p. 232.
- [198]
Journal de Paris, édition in-4°, p. 38. Religieux, p. 232, etc.
- [199]
Ibidem.
- [200]
Cousinot, p. 168, et les autres historiens allégués.
- [201]
Religieux, p. 234. — Monstrelet, p. 263, etc. — Félibien, t. II des Preuves, p. 566, b.
- [202]
Monstrelet, ibid. — Fenin-Dupont, p. 268-9.
- [203]
Dès le 31 mai, le dauphin dans l’après-midi, avait été ramené, ou était volontairement retourné jusqu’à Charenton.
- [204]
Monstrelet, ibid. — Journal de Paris, Panthéon, p. 628. — D. Plancher, t. III, p. 489.
- [205]
Ibid. Ursins, p. 349. — Berry, p. 435. — Cousinot, p. 170. — Claude Bonneau, Les Hommes illustres du Maine, p. 5.
- [206]
Elle se rendit le 4 par composition et se retira.
- [207]
Monstrelet, Berry. Anselme t. VI, p. 357, B ; t. VIII, p. 807, A. — Il existe sur cet épisode et sur la retraite du dauphin un document très curieux. C’est une lettre originale de Robert le Maçon, chancelier du prince Charles, adressée aux autorités du Dauphiné et datée de Melun le 31 mai 1418. (Fenin-Dupont, p. 268-9.)
- [208]
Godefroy, Charles VI, p. 795. — Journal de Paris, p. 630. — Le Roux de Lincy, Histoire de l’Hôtel de ville, p. 40.
- [209]
Félibien, t. II, p. 788 ; t. II des Preuves, p. 568, a et b. — Ursins, p. 350.
- [210]
Monstrelet, p. 267. — Religieux, t. VI, p. 242.
- [211]
Monstrelet, 269. — Ordonnances, t. X, p. 453. — Félibien, t. II, p. 789 ; t. II des Preuves, p. 568.
- [212]
Religieux, p. 244. — Ordonnances, t. X, p. 477.
- [213]
Il y a lieu toutefois de douter que cette évaluation soit rigoureuse.
- [214]
Monstrelet, p. 269. — Ursins, dans Godefroy, p. 350. — Félibien, t. II des Preuves, p. 568.
- [215]
Prieuré d’hommes, situé près du Palais.
- [216]
L’abbé mourut peu après, prisonnier de l’Isle-Adam, Religieux.
- [217]
Religieux. — Ursins. — Journal de Paris, p. 628. — Puiseux, Siège de Caen, p. 36.
- [218]
Religieux. — Monstrelet.
- [219]
La Table de marbre, au Palais. Auteurs cités.
- [220]
Monstrelet, p. 270. — Ursins, p. 350.
- [221]
Religieux, p. 250. — Ursins, p. 351. — Journal de Paris, p. 631.
- [222]
Mémoires de Bretagne, 1744, t. II, colonne 959. — Anselme, 1712, t. I, p. 555, B ; t. II, p. 1186, E. — Cousinot, chap. 165. Etc.
- [223]
Voyez ci-dessus (chapitre IV).
- [224]
Chronique de Normandie, 1581, in-8°, f° 170. — Rymer, t. IV, partie III, p. 31. — Ursins dans Godefroy, p. 347, K, 59, n° 21.
- [225]
Chronique de Normandie, f° 111.
- [226]
Darsy, Gamaches, p. 125-6. — Chronique de Normandie. — Delpit, Documents anglais, p.221-2. — Monstrelet, t. III, p. 375. — Rymer, ibid., p. 31 à 58.
- [227]
Poème anglais dans l’Archæologia, t. XXI, p. 43 et suiv. — Chéruel, Histoire de Rouen, etc., p. 38 et suiv. — Elmham, Vita Henrici V, édit. Hearne, 1727, in-8°, p. 176 et suiv.
- [228]
Journal de Paris, Panthéon, p. 629. — Chéruel et les sources qu’il cite. — Plan de Rouen au XVe siècle (Notice des Ms., t. III, p. 603, etc.)
- [229]
Les estimations, recueillies par les historiens locaux varient de 250 à 420,000 habitants. Mais les bases de ces sortes de calculs, d’après les données actuelles de l’érudition historique, sont très incertaines.
- [230]
Chéruel.
- [231]
Ibid. — Rymer, p. 645. — Religieux, t. VI, p. 299. — Monstrelet, t. III, p. 294.
- [232]
Rymer. Ms. 8239, f° lxxiij et suiv. — Elmham, p. 206 et suiv.
- [233]
Monstrelet. — Elmham, p. 195 : de miseria civitatis et civium fame pereuntium.
- [234]
Archæologia, t. XXI, p. 66, 67.
- [235]
Monstrelet, t. III, p. 305.
- [236]
Cousinot, p. 175. — P. Cochon, p. 433 et suiv. — Raoulet, p. 159 et suiv. — Monstrelet, p. 299. — Basin, t. I, p. 33.
- [237]
Gachard, Itinéraire, p. 239. — Religieux, t. VI, p. 253. — Ursins, Godefroy, p. 352. — Journal de Paris, Panthéon, p. 632, etc.
- [238]
Monstrelet, p. 273. X. X. 1480, f° 139, v°. — Ordonnances, t. X, p. 456 et suiv. — Ms. Fontanieu, vol. 109, au 21 juillet. — D. Plancher, t. III, Preuves, p. ccc viij-ix. — Beauvillé, t. I, p. 134, 526, etc.
- [239]
Ordonnances, t. X, p. 468. — Raoulet, p. 163. — Journal de Paris, p. 633. — Religieux, t. VI, p. 271.
- [240]
X. X. 1480, f° 142, v°. — Cousinot., p. 173. — Ursins, p. 353.
- [241]
Raoulet. — Journal, ibid. — Monstrelet, 289. — Religieux, p. 263. — Basin, t. I, p. 31.
- [242]
Monstrelet, p. 272, 291. — Cousinot. — Basin. X. X. 1480, f° 144.
Et ordonna le bourreau (Capeluche) au nouveau bourreau comment il devoit couper teste. Au moment de l’exécution, le patient qui était garrotté, fut délié. Il ordonna le tronchet pour son col et pour sa face, et osta du bois du bout de sa doloire (hache) et de son coustel, tout ainsi comme s’il vouloit faire ladite office à un autre ; dont tout le monde estoit esbahy. Après ce, cria merci à Dieu et fut descollé par son varlet.
(Journal de Paris, p. 634.) - [243]
Histoire de Bretagne, t. I, p. 465.
- [244]
Le dauphin résidait alors en Poitou. De là, le duc de Bretagne passa par Beaugency, Corbeil, Brie-Comte-Robert et Saint-Maur. (Ms. s. fr. 292, 11, p. 784, 802.)
- [245]
Religieux, t. VI, p. 279. — X. X. 1480, f° 146, v°. — Gachard, Dijon, p. 240. — Fenin-Dupont, p. 272.
- [246]
X. X. 1480, ibid. Ms, s. fr., cité.
- [247]
Religieux. Ms. s. fr., cité.
- [248]
Ce jour, la reyne, les ducs de Bourgogne, de Bretagne, d’Anjou et d’Alençon, les ambassadeurs et conseillers de Monseigneur le dauphin et autres plusieurs du conseil du roy furent assemblez au chastel du bois de Vinciennes pour conclurre ou traictié qui avoit esté pourparlé entre eulx, par plusieurs journées sur la matière de la paix et union de ce royaulme.
(X. X. 1480, f° 147.) Cependant le dauphin, dans un document authentique et des plus graves, publié à quelque temps de là, proteste formellement contre ce traité. Il y déclara en termes les plus précis, que ses ambassadeurs n’avaient ni participé ni assisté à l’adoption du traité. Nous reviendrons, au chapitre suivant, sur cette protestation. - [249]
X. X. 1480, f° 147. — Religieux, p. 283 et suiv.
- [250]
Ordonnances, t. X, p. 473, 478. — Cousinot, p. 174. —
Ce soir après minuit, vindrent courir devant Paris les gens d’armes de Mont le Héry et autres favorisants au comte d’Armignac. Et boutèrent le feu en plusieurs maisons du faubourg de Saint-Germain-des-Prés, et se y tindrent jusques au plain jour et y tuèrent quatre ou cinq personnes.
(X. X. 14.80, f° 146 v°, au 13 septembre 1418.) — Le 22 novembre suivant, lettres patentes de l’abbé de Saint-Germain-des-Prés, seigneur temporel. Sur la requête des habitants, il leur accorde l’autorisation d’élever des ouvrages ou barrières de bois, pour se défendre contre les incursions des meurtriers, larrons, gens d’armes et autres malfaiteurs. (K. 59, n° 22.)