A. Vallet de Viriville  : Histoire de Charles VII (1862-1865)

Tome I : Livre II (1418-1422)

128Livre II
Depuis la retraite du prince Charles vers la Loire (juin 1418), jusqu’à la mort de Charles VI (21 octobre 1422).

Chapitre I
Juin 1418 – janvier 1419.

L’invasion des Bourguignons à Paris causa, sur l’esprit du jeune dauphin, une impression profonde et des plus durables.

Charles VII en conserva le souvenir toute sa vie. Le dépit, la passion et l’intérêt froissé de ses conseillers ne laissèrent pas d’aigrir et de fortifier le ressentiment du dauphin. Charles, à partir de ce jour, prit la capitale en haine et en aversion. Pendant dix-huit ans, la fortune de la politique ou de la guerre l’exila de cette ville, qui depuis cinq siècles était le siège de la monarchie et le centre moral du royaume. Il n’y revint jamais, ultérieurement, que pour y faire de brèves apparitions et avec une répugnance visible.

En s’éloignant de Paris, le prince dut fixer tour à tour sa demeure en des lieux de moindre importance. Charles inaugura ainsi cette vie nomade, presque errante, qui lui 129fit passer le reste de sa carrière au sein de retraites obscures251.

Le lieutenant-général du royaume, comme on l’a vu, se porta d’abord à Bourges. Il parcourut ensuite, en de fréquents déplacements, cette ligne géographique, formée par le cours de la Loire, qui délimitait vaguement entre eux les pays de Langue d’oïl et de Langue d’oc. Dauphin de Viennois, duc de Berry, de Touraine et comte de Poitou, ces titres, joints à sa délégation de lieutenant-général, semblaient corroborer son autorité sur ces provinces, à l’aide d’un caractère plus direct et plus spécial. Le jeune prince commença par assurer et confirmer sa puissance dans ces régions méridionales. Par lettres du 9 juillet 1418, données à Montrichard, il exempta les Auvergnats, de l’aide ou contribution extraordinaire, imposée dans le royaume. Le lieutenant-général soulageait ainsi des populations pauvres, et un pays dont les secours, habilement ménagés, lui devaient être si nécessaires dans l’avenir252.

Charles résidait à Chinon le 4 août. De là, il adressa aux diverses provinces un manifeste considérable. Sous le titre d’advis fait pour le bien et union du royaume, les conseillers du lieutenant-général y traçaient un programme d’action politique. Ce programme aurait dû rallier le duc de Bourgogne à l’héritier du trône, dans une rivalité patriotique, contre l’ennemi commun du royaume. 130Mais Jean sans Peur, pour répondre à une telle exhortation, se serait vu contraint de renoncer à l’usurpation de fait qu’il avait commise sur le pouvoir suprême. Aussi l’appel de Charles ne fut-il point entendu253.

Le 7 août, Charles, dauphin, accueillit libéralement dans la même résidence, un héraut de Jean Ier de Grailly, comte de Foix, accompagné d’un ambassadeur de ce grand vassal. Le Languedoc, en majeure partie, était occupé par les Bourguignons. Jean de Foix comptait au nombre des potentats féodaux, qui exerçaient, sur les affaires de ce pays, une influence prépondérante. Le conseil du dauphin négociait avec le comte Jean. Peu de jours après, le 16 août, Regnault de Chartres, archevêque de Reims, fut nommé lieutenant du dauphin en Languedoc254.

La ville de Tours, depuis l’enlèvement de la reine, et plusieurs points de la province, demeuraient au pouvoir des Bourguignons. Vers le 20 juillet 1418, Charles, duc de Touraine, se présenta devant la capitale de son duché, requérant l’obéissance des habitants. Mais ceux-ci, intimidés par le duc de Bourgogne, refusèrent d’obtempérer aux injonctions du prince. Ils se pourvurent immédiatement auprès du roi (c’est-à-dire de Jean sans Peur), qui, par lettres du 27 de ce mois, leur commanda de persévérer dans leur résistance. Des secours leur furent en même temps promis, afin qu’ils pussent repousser, par la force des armes, les poursuites du dauphin255.

Toute la France septentrionale, par rapport à la Loire, 131ou Langue d’oïl, en général, appartenait à l’ennemi, soit bourguignon, soit anglais. C’était, dès lors, pour l’héritier de Charles VI, une portion du royaume à reconquérir. Aussitôt que le prince se fut retiré à Bourges, Tanneguy Duchâtel, prévôt de Paris, reçut le titre de maréchal des guerres du dauphin. Il fut nommé en outre lieutenant et capitaine général, de par le dauphin, dans tous les pays de France (Île-de-France), Champagne, Brie, et de outre la rivière de Seine. Tanneguy prit immédiatement l’offensive et dirigea spécialement ses hostilités contre les villes et régions soumises à l’autorité du duc de Bourgogne256.

Le duc de Bretagne, après s’être fait l’auxiliaire du dauphin, résolut, comme on l’a dit, de rétablir la paix et l’union entre ce prince et le duc de Bourgogne. Tel fut l’objet du congrès de Charenton et du traité de Saint-Maur-des-Fossés. Jean VI de Bretagne, indépendamment de son concours personnel, employa, dans ces négociations, son frère, Richard de Bretagne, et Jean de Malestroit, son chancelier. Une trêve de trois semaines suivit le congrès de Charenton. Durant cet armistice, de nombreuses victimes des discordes civiles, cachées dans Paris, recouvrèrent leur liberté257.

Parmi ces victimes, de l’un et de l’autre sexe, se trouvait 132Marie d’Anjou, la jeune épouse ou fiancée du prince Charles. Lors de l’invasion des Bourguignons à Saint-Paul, elle s’était enfuie et réfugiée à l’hôtel de Bourbon. Là, elle vécut pendant plusieurs mois, privée de ses biens, de son état, cachée et comme proscrite. Deux fois fouillé, lors du double massacre, par les Bourguignons, l’hôtel de Bourbon fut un des théâtres principaux de leurs violences. La jeune princesse, frappée de terreur, assista aux meurtres qui s’y commirent et vit ses propres jours en danger258.

De concert avec le duc de Bourgogne et la reine, Jean VI de Bretagne fit décider que Madame Marie serait remise en liberté. Richard de Bretagne s’employa personnellement à la faire sortir de Paris, ainsi que sa suite. Ses biens meubles, qui avaient été saisis, lui furent en même temps restitués259.

Le 22 septembre, une ambassade formée de conseillers du roi et du duc de Bourgogne, partit de Paris. Elle avait pour mission de se joindre au duc de Bretagne et d’escorter ou de reconduire la dauphine, jusqu’à la résidence du prince son époux. Après avoir rempli, sur la route, d’autres instructions politiques et secrètes, les ambassadeurs, vers le 13 octobre suivant, arrivèrent à Saumur. Ils rejoignirent le fils du roi dans cette ville et remirent la princesse Marie entre ses mains260.

133En agissant ainsi, les auteurs du traité de Saint-Maur espéraient se concilier la faveur personnelle du dauphin, et obtenir de lui la ratification de ce traité. Mais déjà les conseillers du lieutenant-général, avaient pris les devants à cet égard.

Le 29 septembre 1418, Charles signa une lettre ou nouveau manifeste, daté de Maillezais, dont le texte nous a été conservé. Cette pièce est une protestation longuement motivée contre le traité de Saint-Maur et un désaveu complet de cette transaction261.

Peu de jours après, le duc de Bretagne, accompagné de la dauphine, arrivait à Saumur. Il se proposait de renouveler auprès de Charles, ses instances personnelles, pour l’exhorter à se rendre à Paris et pour repousser les Anglais, de concert avec le duc de Bourgogne. Mais les conseillers du dauphin formaient autour de lui un rempart infranchissable. Le duc, tenu à distance, tenta vainement pendant plusieurs jours, d’obtenir l’accès de son cousin et beau-frère. De guerre lasse, Jean VI se disposait à se retirer ainsi que ses barons, et à regagner Nantes, sa capitale. Heureusement la reine de Sicile, favorable au traité de Saint-Maur, intervint, et le duc fut enfin admis à l’audience du prince262.

Jean VI, dans un discours, où les gouverneurs du lieutenant-général ne furent point épargnés, s’éleva contre cet état de captivité. Il reprocha au dauphin la confiance excessive que ce prince accordait à ses favoris. Cette démarche 134ne laissa point le dauphin complètement insensible et réussit à l’ébranler. Quelques ordres furent donnés aux troupes pour modérer leurs dévastations. Mais, le duc parti, les familiers de Charles reprirent toute leur influence. Rien ne fut changé dans la politique du conseil. Jean VI s’éloigna, le cœur ulcéré d’un tel résultat. Depuis ce moment, le dépit et l’hostilité remplacèrent, chez ce grand baron, le dévouement affectueux qu’il avait jusque-là témoigné envers l’héritier de la couronne263.

Après le conseil privé du prince, ou conseil exécutif, le Parlement composait, au quinzième siècle, le principal organe du gouvernement ou de la monarchie. La cour, séante à Paris, venait d’être reconstituée par le duc de Bourgogne. Le gouvernement du dauphin transféra, ou réorganisa (lettres datées de Niort le 21 septembre 1418), le siège du parlement royal à Poitiers. Ce nouveau parlement eut pour noyau un certain nombre de magistrats, déjà institués, qui étaient demeurés fidèles à la cause du dauphin. La chancellerie de France, ou du lieutenant-général, reçut en même temps et dans la même ville une organisation nouvelle. Cette haute cour de justice, ou parlement de Poitiers, commença de fonctionner le 1er décembre264.

Vers la même époque, furent organisés à Poitiers, puis à Bourges, la cour des comptes265 et les autres rouages de 135l’administration souveraine. Pour compléter cette œuvre de revendication de l’autorité suprême, le prince Charles prit désormais le titre de régent. En 1358, lors de la captivité du roi Jean le Bon, son fils le dauphin (qui fut, depuis, Charles V), s’était déclaré de même et spontanément régent du royaume. Cette qualification fut alors considérée sans conteste comme échue de droit à l’héritier du trône, par le fait même de l’état où se trouvait Jean, prisonnier des Anglais. Charles, fils de Charles VI, s’autorisa de ce précédent. Un acte authentique du roi d’Angleterre, en date du 26 octobre 1418, prouve que dès cette époque, le dauphin traitait avec Henri V, en qualité et sous la dénomination de régent266.

Vingt-huit ans, environ, s’étaient écoulés depuis qu’un mal inexorable avait atteint Charles VI dans ses facultés intellectuelles. L’affection du roi, bien loin de s’acheminer vers la guérison, n’avait fait que s’aggraver. Elle était parvenue à un état extrême et désespéré. La vie du malheureux prince consistait dans une succession de crises affreuses, séparées entre elles par des phases moins aiguës. Même aux instants les plus favorables de ces intervalles éphémères, le mal était toujours là, chronique et latent. Au sein de cette organisation ruinée, ce qui subsistait d’immatériel, lueur, faible et décroissante, méritait à peine le titre d’intelligence ou de raison. Le jugement, la conscience, la volonté avaient péri. Charles VI, en un mot, n’offrait plus que le spectre d’un homme et l’ombre d’an roi. Cependant (telle était la puissance du culte et de la foi qui 136entouraient la monarchie) l’opinion publique et les populations conservaient à ce fantôme royal tous leurs hommages et tous leurs respects. La personne de l’infortuné monarque constituait une sorte de talisman, dont les partis se disputaient la possession, comme équivalant à la possession même du pouvoir souverain. En proclamant la régence du prince Charles, ses conseillers frappaient d’un coup habile et hardi cet abus ou cette imposture politique.

Les honneurs dus au rang suprême, le titre de roi demeuraient, avec la couronne, sur le front de Charles VI, qui avait reçu l’onction sainte. Mais le dépôt du pouvoir actif, enlevé pour le salut de tous, à des mains visiblement impuissantes, était dévolu à l’héritier létal et naturel. Au moment où le droit suprême de la dynastie se trouvait mis eu péril par les attentats d’Henri V, cette dévolution s’accomplissait d’avance et régulièrement, suivant la coutume et conformément à la loi fondamentale de l’État267. Le jeune régent, enfin, déjà engagé dans les liens du mariage, promettait pour la transmission future du pouvoir royal, cette sécurité, ce long avenir, l’un des principaux avantages ou attributs de l’hérédité.

Des lettres du dauphin régent, promulguées à Chinon, le 30 octobre, défendirent aux sujets d’obéir aux mandements rendus sous le nom du roi pendant sa détention et maladie. Cette ordonnance fut considérée comme étant principalement l’œuvre de Robert le Maçon, chancelier du dauphin. Elle irrita particulièrement le duc de Bourgogne. Un autre édit parut le 13 novembre 137suivant, au nom de Charles VI. Cet édit stigmatisait de termes injurieux les favoris du prince Charles. Il révoquait les pouvoirs de lieutenant-général qui lui avaient été précédemment délégués. Il confirmait, en dernier lieu, le traité de Saint-Maur. Mais il exceptait nommément de ce traité de paix Robert le Maçon, chancelier, Jean Louvet, président de Provence, et Raymond Raguier, trésorier, conseillers intimes du dauphin268.

Le prince Charles, pendant ce temps, n’en poursuivait pas moins le plan de conduite ci-dessus indiqué.

En qualité de duc de Touraine, il était chanoine-né de la collégiale de Loches. La revendication de ces titres ecclésiastiques, annexés au pouvoir civil, avait une importance considérable, même au point de vue purement politique. Charles, par la pente de sa nature, aussi bien que par habitude et par éducation, témoigna toujours un grand zèle pour ces prérogatives ; et ce zèle contribua puissamment à lui concilier les faveurs du clergé.

Le 6 novembre, accompagné des grands, des familiers de sa cour, il descendit de son château de Loches et vint se présenter au portail de l’église, où l’attendait le collège des chanoines, ses confrères. Ayant pénétré dans le chœur, Charles revêtit le surplis, la chape de soie, l’aumusse de fourrure grise et prit place dans sa stalle, à côté du maître-autel. Il entendit ensuite la grand-messe. Le prince enfin se retira, non sans avoir juré d’observer les statuts de la collégiale, et promis de fournir à la communauté une chape de soie ; 138redevance à laquelle il était tenu pour son joyeux avènement269.

De là, le jeune prince se mit en campagne et se dirigea, par la Touraine, vers l’Orléanais.

En sortant de Loches, il passa près d’une place nommée Azay-sur-Indre, située au confluent de cette rivière avec l’Indrois. Cette place était au pouvoir des Bourguignons. La garnison se composait de quelques gentilshommes, d’une population démoralisée par l’anarchie et jetée dans la guerre civile, puis, enfin, de véritables bandits. Ces Bourguignons accueillirent le prince au passage, ainsi que sa troupe, par des plaisanteries injurieuses. Ils refusèrent de reconnaître son autorité. Le siège fut aussitôt résolu, et cette bicoque, prise d’assaut. Après la victoire, le capitaine d’Azay eut la tête tranchée. La forteresse fut démolie. Deux ou trois cents individus, parmi lesquels on n’épargna ni les femmes ni les enfants, périrent par la corde ou par l’épée270.

Le régent poursuivit sa route en traversant Romorantin et Jargeau, jusqu’à Sully. Le seigneur de ce château fort était un des grands barons de France, destiné à jouer son rôle, aux premiers rangs, dans les événements de cette histoire.

Georges de La Trémoille, baron de Sully, avait tenu jusque-là le parti de la reine, ou mieux le parti de Bourgogne. Une querelle d’intérêts, toute personnelle, existait 139entre lui et Gouge de Charpaignes, évêque de Clermont.

Georges de La Trémoille prétendait avoir à se plaindre de ce personnage, précédemment chancelier de Louis dauphin, duc de Guyenne, et, de plus, exécuteur testamentaire de Jean, duc de Berry. Lors de l’invasion bourguignonne, à Paris, l’évêque se vit poursuivi comme armagnac. Il s’enfuit de cette capitale (juin 1418), à grand-peine, sous un déguisement, et se dirigea vers Bourges, en vue d’y rallier le dauphin. Mais, arrivé sous les murs de Jargeau, il fut reconnu par les gens de La Trémoille, qui le fit arrêter de son autorité privée, et le détint dans les prisons de son château de Sully271.

Durant plusieurs mois, le prélat, réduit à une dure captivité, fit entendre aux oreilles de La Trémoille de vaines réclamations. Vainement il se recommanda auprès du dauphin, lieutenant-général, des ministres les plus familiers de ce prince, avec lesquels il avait toujours entretenu les rapports d’une étroite et intime amitié. La Trémoille ne consentait à relâcher son prisonnier que contre une forte rançon272.

Enfin les instances de Jean de Torsay, grand-maître des arbalétriers du régent, et de Tanneguy Duchâtel, maréchal 140de ses guerres, déterminèrent ce prince à prendre en main la cause de l’évêque273.

Le 15 novembre, Charles, régent de France, assisté de Philippe d’Orléans, comte de Vertus, vint mettre le siège devant le château de Sully. Georges de La Trémoille fut sommé de rendre le prisonnier et de reconnaître le parti ou l’autorité du dauphin. Le sire de Sully remit en liberté l’évêque de Clermont. Il promit également de se rallier à la bannière du prince Charles. Mais il n’en conserva pas moins, dès lors et toute sa vie, un pied solidement établi dans le camp du duc de Bourgogne274.

Vainqueur de La Trémoille, le dauphin se dirigea vers Tours et posa le siège devant cette ville le 26 novembre275. Charles Labbé, capitaine du château, assisté de Jacques, sire de Montberon, défendait cette place pour le duc de Bourgogne. Le régent avait à ses côtés, pour le seconder dans son expédition, Louis III, duc d’Anjou ; le comte de Vertus ; Jacques de Bourbon, seigneur de Préaux ; Jean de Blois, seigneur de Laigle et comte de Penthièvre ; Louis de Chalon, comte de Tonnerre ; le maréchal de Rieux, dit de Rochefort ; Jean de Torsay, maître des arbalétriers ; les sires de Barbazan, de Montenay, de Mortemart, et enfin Jean Louvet, président de Provence276.

141Après une résistance de cinq semaines, le capitaine bourguignon consentit à capituler, moyennant une somme de quatorze mille livres, qui lui fut remise par le trésorier du régent. Il obtint aussi la châtellenie de Montreuil-Bonnin en Poitou. À ces conditions, il céda la place aux assaillants par traité du 30 décembre et se rangea dès lors au parti du dauphin277.

Le gouvernement du prince Charles, placé dans des circonstances très difficiles, déployait, comme on voit, une énergie remarquable. Tanneguy Duchâtel, l’âme du mouvement et de la guerre, était partout. Écrasé par des circonstances majeures, il luttait avec intrépidité ; faisant face à la fois au Bourguignon et à l’Anglais. Durant le même temps, Jean sans Peur, acclamé par la faveur populaire et maître du gouvernement, jouait un autre rôle. Le roi et la reine Isabeau ne quittaient point ses côtés ; et, muni de ces deux gages, il continuait à faire régner souverainement sa volonté. Le 3 novembre 1418, il fit révoquer, par l’officialité de Paris, la sentence d’excommunication qui l’avait frappé l’année précédente. Les larges émoluments s’accroissaient toujours entre ses mains. Cependant la détresse générale était extrême. L’épidémie décimait Paris et ses environs. En octobre 1418, le duc de Bourgogne frappa, au sein de la capitale, une nouvelle aide extraordinaire sur les vins, en dépit de ses fameuses et solennelles protestations touchant cette matière. 142Le 25 juillet 1419, Jean sans Peur, avec une impudence audacieuse, se fit adjuger par lettres du roi, c’est-à-dire par lui-même, la possession, litigieuse jusque-là278, du comté de Tonnerre279.

Plein de sollicitude pour ses intérêts propres, Jean sans Peur n’avait pas encore croisé le fer contre l’Anglais. De vaines et pompeuses paroles, des démonstrations inefficaces et dérisoires, voilà tout ce que le royaume en péril obtint de son dévouement. Rouen venait de succomber. Une fois la métropole placée sous le joug, Henri V eut promptement raison de la province entière. Vernon, plantes, la Roche-Guyon, subirent, peu de temps après, le même sort que Rouen280.

La Roche-Guyon, du moins, ne fut point livrée ; elle fut défendue par une femme. Perrette de la Rivière, dame de la Roche-Guyon, était une veuve d’Azincourt. Guyon de la Roche, son mari, avait péri en 1415 sur ce champ de bataille, en combattant les Anglais. Vers le mois de février 1419, Guy le Bouteiller, auxiliaire de Warwick, vint mettre le siège devant le château de la Roche-Guyon 143(près Mantes). La noble veuve s’enferma dans la place, pourvut à la défense et refusa de se rendre jusqu’à ce que Guy le Bouteiller, ayant miné la citadelle, se disposât à la faire sauter.

En cette extrémité, la dame de la Rivière, capitula281.

Henri V fit don du château de la Roche à Guy le Bouteiller. Il proposa en même temps à la veuve d’épouser ce capitaine. Le roi d’Angleterre lui promit également ses bonnes grâces, si elle consentait à reconnaître son autorité. Perrette de la Rivière repoussa ce mariage et le serment de fidélité à l’Anglais. La dame de la Roche-Guyon sortit de son château, pauvre et dénuée, accompagnée de ses trois jeunes enfants. Elle se rendit ainsi auprès du prince Charles, qui, pour elle, représentait le devoir, la patrie et l’honneur282.

144Chapitre II
Janvier – août 1419.

Les divers partis belligérants, qui se déchiraient par des hostilités incessantes, semblaient déployer, dans les négociations diplomatiques, le même zèle, le même acharnement et un semblable esprit de rivalité. D’une part, le duc de Bourgogne, de l’autre, le dauphin et ses alliés, assiégeaient Henri V de leurs ambassades respectives. Chacune de ces ambassades avait pour instruction spéciale et secrète d’écarter toute autre négociation que la sienne283.

Le roi d’Angleterre, exploitant avec art une pareille situation, se prêta en effet à divers pourparlers. Plusieurs congrès, composés de plénipotentiaires anglais et bourguignons, ou anglais et dauphinois, se tinrent successivement en Normandie. Vers les premiers jours de mai, une entrevue personnelle des deux princes fut sollicitée par les Dauphinois. Le prince Charles, à cette date, se réunit dans une conférence entre Mantes et Meulan, avec le comte de Warwick, cousin et représentant du roi anglais284.

Ces diverses assemblées ne furent suivies d’aucune conclusion. Aussitôt, le duc de Bourgogne demanda, de son côté, une semblable entrevue. Dès le 9 mai, les commissaires 145assemblés des rois de France et d’Angleterre, avaient fait choix d’un lieu de réunion285, très proche du premier. Henri V et Charles VI devaient s’y rencontrer, pour traiter des conditions de paix. Le 30 mai, jour désigné, le roi de France fut saisi d’un accès de sa maladie et demeura, en conséquence, à Pontoise286.

Une tente, donnée au roi anglais par Isabeau de Bavière, avait été dressée au lieu convenu. Des pavillons, placés de part et d’autre, dans deux enceintes fortifiées, devaient servir d’asile aux membres de la réunion. Le 30 mai, Isabelle de Bavière, reine de France, arriva en litière, suivie de ses femmes. La reine avait avec elle sa fille, Catherine de France, âgée de dix-huit ans, et d’une grande beauté. Au moment où les princesses mirent pied à terre, Henri V les embrassa. Il prit la reine par la main et l’introduisit, ainsi que sa fille, sous la tente royale. Cette première séance fut consacrée aux préliminaires, et le soir les parties se retirèrent dans leurs pavillons respectifs287.

L’entrevue se renouvela le lendemain et se continua pendant tout le mois de juin, entre les personnages politiques. Henri V était assisté de ses deux frères, les ducs de Clarence et de Gloucester, du comte de Warwick et de l’archevêque de Cantorbéry. Le duc de Bourgogne prit également part au congrès. Soixante nobles et seize conseillers 146français, soixante nobles et seize conseillers anglais, furent en outre admis à pénétrer sous la tente médiane. Enfin quinze cents hommes d’armes, pour chacune des deux puissances, étaient préposés à la garde des lices ou barrières288.

Une série de fêtes, de festins, de réjouissances et de démonstrations courtoises ou hospitalières, accompagna le cours des délibérations. Henri V demanda les conditions du traité de Brétigny289, plus la Normandie, et la main de la princesse Catherine. Le duc de Bourgogne et la reine abandonnaient une part moins notable du domaine royal, et consentaient à l’union qui faisait d’Henri V le futur héritier du roi de France. Mais un obstacle capital s’opposait à la conclusion des arrangements discutés. En effet, plusieurs des places ou provinces qu’il s’agissait de céder au roi anglais, n’étaient point au pouvoir des contractants. Ces places ou provinces obéissaient au dauphin de France régent, c’est-à-dire au prince Charles. Le congrès fut, en conséquence, dissous, après un mois de réunions inutiles290.

En sortant de Tours (janvier 1419), le régent avait 147dirigé ses forces vers La Charité. À la même époque, Duchâtel, qui gardait les marches d’Île-de-France, rencontra près de Chaumes en Brie, une troupe d’Anglais. Des gens du duc de Bourgogne servaient de guides à ce détachement, commandé par les comtes de Kent et de Warwick. Tous se rendaient à Provins, auprès du roi de France, pour y parlementer. Duchâtel et ses dauphinois fondirent sur cette troupe à l’improviste. Après avoir remporté quelque avantage, il fut toutefois obligé de plier et se retira dans la ville de Meaux291.

D’autres lieutenants du prince guerroyaient aux environs de Chartres et s’emparèrent de Bonneval. La Hire et Xaintrailles, cantonnés en Picardie, débutaient ensemble, sur le belliqueux théâtre, où leurs deux noms inséparables devaient acquérir une renommée si populaire. Du 1er au 7 février, Mantes fut reprise momentanément sur les Anglais. Ambroise de Loré s’empara de Fresnay-le-Vicomte dans le Maine292. Beaumont-sur-Oise (vers le 25), puis Soissons (8 mars), tombèrent également au pouvoir du régent. Le 13 du même mois, ses troupes, harcelant les Bourguignons, paraissaient sous les murs de Vincennes, séjour de la reine et de la cour293.

148Le sire de Parthenay en Poitou tenait toujours les champs pour le duc de Bourgogne. Quelques foyers de guerre civile subsistaient encore dans cette province. La répression armée de ces résistances fut décidée. Duchâtel délégua le 15 mai 1419, à Bourges, comme son lieutenant, le sire de Mornay, pour organiser cette expédition. Le siège de Parthenay fut confié par le régent aux talents militaires du jeune comte de Vertus (frère puîné de Charles duc d’Orléans) avec le titre de lieutenant-général, pour le régent dauphin, dans les pays de Poitou et de Guyenne294.

Le château de Parthenay, entouré de deux paires de fossés, était approvisionné de vivres pour dix ans. L’élite de la noblesse poitevine combattait parmi les défenseurs. Cette place résista pendant quatre mois aux efforts du comte Philippe, de Jean de Torsay, maître des arbalétriers, et de deux vaillants capitaines, nommés, l’un Jean d’Aragon et l’autre Jean Rouault, seigneur de Boisménard295.

Cependant un accommodement final permit au prince Charles de terminer à son honneur cette querelle. Philippe, comte de Vertus, et Jean Larchevêque signèrent ensemble sur les lieux (31 août 1419), le traité dit de Parthenay-le-Vieil. En vertu de ce traité, la garnison évacua cette place, qui reçut pour capitaine un chevalier de marque, Régnier Pot, institué de concert entré le régent et le duc de Bourgogne. Jean Larchevêque fit sa soumission au 149dauphin. Dès ce moment, la guerre des Armagnacs contre les Bourguignons fut éteinte dans les provinces d’Aunis, de Poitou et duché de Berry, qui reconnaissaient, ainsi que la Touraine, la pleine autorité dit régent296.

Le prince Charles, malgré son ressentiment contre les Parisiens, n’avait point perdu de vue la capitale du royaume. Des messages fréquents le mirent en communication permanente avec le parlement et les bourgeois, parmi lesquels il se ménagea toujours des intelligences. Le principal agent de ces négociations politiques fut Guillaume de Montenay, chevalier normand et capitaine de Caen, qui, en 1417, s’était honorablement comporté devant l’agression anglaise297.

Une autre négociation, suivie d’un succès immédiat, eut pour objet le mariage de René d’Anjou avec Isabelle de Lorraine et fut l’œuvre de Yolande d’Aragon. Charles II, duc de Lorraine, avait marqué jusque-là parmi les auxiliaires actifs et redoutés de la cause bourguignonne. Déjà vieux, il laissait après lui, pour unique héritière de son duché, une princesse, alors âgée de huit ans. Au mois de janvier 1418, Isabelle de Bavière (lors de sa jonction avec Jean sans Peur) s’était entremise pour marier à son neveu l’héritière de Lorraine298.

Cette alliance, si elle se fût réalisée, devait avoir, nécessairement, 150pour résultat de perpétuer l’hostilité de la maison de Lorraine contre la cause politique dont le prince Charles, régent de France, était le représentant. Une nouvelle combinaison, toute différente, vint, heureusement, conjurer cette funeste éventualité. Le duché de Bar, voisin de la Lorraine et souvent en guerre avec cet état, reconnaissait alors l’autorité de Louis de Bar, cardinal, évêque de Châlons-sur-Marne, puis de Verdun. Ce prélat était devenu duc par la mort du dernier de ses frères, Édouard III de Bar, tué en 1415, à la bataille d’Azincourt. Le duché de Bar, cependant, fief féminin ainsi que la Lorraine, appartenait en droit, à l’une des sœurs du cardinal. Yolande d’Aragon, fille de Yolande de Bar, représentait ces droits féminins. Le cardinal-duc, sous les inspirations de Yolande, consentit, par manière de transaction ou d’accommodement, à adopter pour héritier du duché de Bar, son petit-neveu, René d’Anjou, deuxième fils de Yolande et frère de Marie d’Anjou, mariée au prince-régent299.

Louis de Bar proposa, de plus, à Charles II, de donner sa fille, Isabelle de Lorraine, en mariage, à René d’Anjou, devenu l’héritier présomptif du duché de Bar. Par cette union, la Lorraine s’adjoignait un état voisin et rival, qu’elle conquérait, en quelque sorte, sans coup férir. Un avantage aussi grave, aussi évident, triompha dans l’esprit de Charles II, de ses répugnances et de ses animosités antérieures300.

151Le 20 mars 1419, le duc de Lorraine et le cardinal, réunis, au château de Foug, près de Toul, signèrent un traité, sur les bases qui viennent d’être énoncées. Charles II, à partir de ce moment, se détacha de la ligue bourguignonne. Il était devenu l’allié du prince Charles régent. Yolande d’Aragon, par lettres données le 24 juin, tant en son nom qu’au nom de son fils aîné Louis III, roi de Sicile et duc d’Anjou, autorise, son deuxième fils René, âgé de dix ans, à accepter cette union. Elle lui permit, par le même acte, d’écarteler, dès lors, ses armes propres, des armoiries du duché de Bar301. La reine de Sicile, à cette date, habitait Mehun-sur-Yèvre, en Berry, auprès de son gendre le prince régent. Peu de jours après ce nouveau service, rendu à la cause du jeune Charles et à leur royale maison, Yolande d’Aragon s’éloigna de la cour de Bourges. Le 30 juin suivant, elle partit pour la Provence, où l’appelaient ses propres affaires. Elle partit, laissant ainsi le prince destitué de ses conseils, qui lui avaient toujours été salutaires, et dont l’absence allait, plus gravement que jamais, se faire sentir302.

Henri V, en effet, avait vu avec déplaisir l’issue infructueuse des négociations engagées. Considérant le duc de Bourgogne comme le véritable arbitre de la situation, il lui imputait la stérilité d’un résultat, peu conforme à ses désirs. Au moment où le congrès de Meulan était sur le point de se dissoudre, le roi d’Angleterre fit entendre à 152Jean sans Peur ces amères paroles : Beau cousin, lui dit-il, nous voulons que vous sachiez que nous aurons la fille de votre roi et tout ce que nous avons demandé avec elle, ou nous le débouterons, et vous aussi, hors de son royaume ! — Sire (lui répondit le Bourguignon atteint, par ce propos, au plus vif de son égoïsme), vous dites votre plaisir. Mais avant que vous ayez débouté mon seigneur et nous hors de son royaume, vous serez bien lassé ; et de ce ne faisons nul doute303.

Ainsi, les essais de transaction tentés, jusque-là, par les voies diplomatiques, n’avaient pu donner satisfaction à aucune des parties. En traitant successivement avec le régent et le Bourguignon, en excitant la rivalité de ces compétiteurs, Henri V n’avait pu les amener au degré de complaisance ou de lâcheté que rêvait son ambition. D’un autre côté, les deux princes français, Charles et Jean, en dépit de leur antagonisme, avaient reconnu l’impuissance à laquelle ils se voyaient condamnés par leur isolement. La nécessité, la logique des intérêts, se faisant jour à travers les résistances de la haine et de la passion, les poussait à un rapprochement inévitable304.

Après divers pourparlers, le prince Charles partit de Bourges ; passant par Montargis, il vint se fixer à Melun. Jean sans Peur quitta Pontoise le 7 juillet et prit sa demeure, le même jour, à Corbeil. À une lieue de Melun, sur le chemin de Paris, existait une longue chaussée, située près d’un étang, où se trouve aujourd’hui le village de Vert-Saint-Denis. Cette chaussée, très voisine de 153Pouilly-le-Fort, portait alors le nom du Ponceau-Saint-Denis305. Tel fut le lieu qui devait servir à l’entrevue des deux princes306.

Trois tentes ou pavillons avaient été construits sur cette chaussée : l’un, au milieu, pour le colloque des princes, et les deux autres destinés à la suite de chacun d’eux. L’abri ou habitacle du milieu, était formé de branchages verts et de ramures feuillées. On avait recouvert le tout de tapis de laine et de soie, afin d’intercepter les rayons d’un soleil de juillet, aussi bien que la pluie. Le duc et le régent arrivèrent, chacun de son côté, suivi de forces considérables. Parvenus à deux traits d’arc l’un de l’autre, tous deux firent arrêter leur troupe. Puis, conservant, chacun, seulement une escorte de dix familiers ou gentilshommes, ils se réunirent au point de rencontre. Aussitôt que le dauphin fut descendu de cheval, le duc de Bourgogne s’agenouilla devant le prince, qui lui prit la main, le fit relever et l’embrassa307.

Cette première conférence eut lieu le 8 juillet, après la grande chaleur du jour. L’entrevue se prolongea depuis six heures environ jusqu’à onze heures du soir. Malgré ses démonstrations de respect et de courtoisie, le duc de Bourgogne soutint ses prétentions devant la personne du prince, avec une résistance opiniâtre. La conférence dut 154prendre un terme, sans que le régent eût obtenu la soumission, ou l’acquiescement du duc, aux conditions d’accommodement que le dauphin proposait. Les chevaliers et les écuyers du régent attendaient avec impatience la fin de cette séance. Charles, en sortant de la conférence, parut devant eux avec l’expression du mécontentement peinte sur son visage308.

Cependant le lendemain dimanche, 9 juillet, le régent envoya de Melun, à Corbeil, Tanneguy Duchâtel et Louis d’Escorailles, chevaliers, auprès de Jean sans Peur, à l’effet de continuer les négociations. Une nouvelle entrevue fut fixée au surlendemain, le 11. Dans l’intervalle, une tempête vint à éclater, accompagnée de pluie torrentielle, d’éclairs effroyables et d’un grand fracas de tonnerre. Cette manifestation du ciel frappa tous les esprits. Les uns affirmaient que ce phénomène provenait de l’état de l’atmosphère et n’avait rien que de naturel. Mais d’autres, en plus grand nombre, répondaient que les génies inférieurs, ou esprits malins, n’étaient sans doute pas étrangers à ces signes visibles. Peut-être, ajoutaient-ils, ces puissances démoniaques voient-elles d’un mauvais œil notre assemblée des princes ? Quant à ceux qui partageaient cette dernière opinion, ils n’auguraient pas que rien de ferme ni de durable pût résulter de cette négociation309.

Une seconde entrevue se passa donc le 11, mais elle ne servit qu’à faire renaître la discussion et la résistance. Le dauphin sortit de nouveau, le visage courroucé, annonçant que le lendemain il retournerait en Berry. Il faudra 155bien, dirent les chevaliers et écuyers, que nous aussi, nous conférions avec ces Bourguignons. Le jugement de Dieu décidera quelle est la bonne cause ? À ces nouvelles, intervint sur-le-champ une certaine dame de Giac, envoyée par la reine, et dont nous reparlerons bientôt. Cette dame, qui, depuis quelque temps, ne quittait pas la compagnie de Jean sans Peur, alla trouver tour à tour les deux princes sous leurs tentes. Elle fit si bien que la conférence rompue fut reprise immédiatement.

Après une heure d’entretien, les contractants s’étaient enfin mis d’accord. On vit alors l’escorte des deux princes agiter les mains vers le ciel, crier Noël, se confondre et s’embrasser, en fraternisant, avec allégresse. Avant de se séparer, le dauphin et le duc de Bourgogne étreignirent la main l’un de l’autre et s’embrassèrent, comme des adversaires réconciliés. Le duc prit enfin congé de l’héritier du roi, et voulut, lorsque le prince remonta en selle, lui tenir l’étrier310.

Aussitôt, un traité en forme, daté du 11 juillet et du Ponceau-Saint-Denis, fut libellé, pour être revêtu du seing manuel des parties, scellé de leurs sceaux, puis échangé entre elles et reproduit à de nombreux exemplaires. Dans ce traité, composé seulement de deux articles, le duc et le dauphin déclaraient leur querelle terminée et se juraient amitié, fraternité, paix et alliance inviolables pour l’avenir. Divers personnages de marque, choisis de part et d’autre, s’associèrent à, la garantie du pacte signé311.

156Jean sans Peur, dans l’intervalle des négociations, avait eu soin de se munir d’argent, pour s’assurer les bonnes grâces des principaux conseillers du dauphin. Une somme de dix mille livres environ fut consacrée à ces libéralités. Robert le Maçon, Jean Louvet, Tanneguy Duchâtel, Barbazan, Louis d’Escorailles, Pierre de Beauvau, Hugues dit Huguet de Noyers, Guillaume d’Avaugour et Jacques du Peschin, frère de la dame de Giac, reçurent chacun une gratification de 500 moutons ou écus d’or Les deux princes eux-mêmes échangèrent entre eux des présents. Le duc de Bourgogne offrit au régent un fermaillé d’or et reçut de ce prince un coursier312.

Le jeudi suivant, 13 juillet, les princes contractants jurèrent ce traité à Corbeil, entre les mains d’Alain de la Rue, évêque de Saint-Paul-de-Léon en Bretagne, légat du Saint-Siège, accrédité pour rétablir la paix dans le royaume. Cette cérémonie eut lieu par le serment prêté sur l’eucharistie, et le contact des Évangiles. Elle fut renouvelée, le lendemain 14, de la part des seigneurs ou adhérents. Après ces formalités, des messagers du duc de Bourgogne portèrent à Rome un exemplaire de cet acte solennel. Une bulle de Martin V, rendue le 30 octobre suivant, ratifia cet acte et le revêtit de la sanction pontificale. Le dauphin, suivi de son conseil, ne quitta Corbeil que le 15 juillet, pour se retirer en Berry.

Le 17 juillet, deux ordonnances ou déclarations du roi furent rendues à Pontoise. La première reconnaissait l’existence légale du parlement de Poitiers. Elle ajournait aux 157prochaines assises royales, la décision des causes encore pendantes devant la cour du régent. La seconde traçait un programme de conduite politique à tenir désormais, par les deux princes, en vue de la paix qu’ils venaient réciproquement de se jurer. Le 20, ce traité de paix fut lu et enregistré, comme loi de l’État, au parlement de Paris. Une procession solennelle et des réjouissances publiques célébrèrent, le 13 et le 21, cet heureux événement. Enfin du 28 au 30 du même mois, le dauphin députa deux de ses secrétaires à Saint-Denis, vers le duc de Bourgogne, pour lui témoigner ses favorables dispositions, quant au maintien et à l’observation de ce traité313.

Mais qu’importent les écrits, les parchemins, les cérémonies, lorsque l’envie subsiste, et que la haine vit au fond des cœurs ? Du 21 au 31 juillet, Henri V, ayant repris l’offensive, s’empara de Gisors et de Saint-Martin-le-Gaillard. Désormais, le conquérant anglais tenait en sa possession les derniers points qu’il lui restait à subjuguer, sur le territoire continental314 de la Normandie. Dès le 22 du même mois, le duc de Bourgogne se rapprochait seul d’Henri V. Il obtenait à cette date, et à l’insu du prince régent, un sauf-conduit pour des plénipotentiaires exclusivement bourguignons. Le 6 août suivant, ces plénipotentiaires négociaient avec Henri V, à Pontoise315.

158Peu de jours auparavant, le 31 juillet, cette ville, située aux portes de Paris et pour ainsi dire l’une des clefs de la capitale, Pontoise s’ouvrait au roi d’Angleterre. Or le capitaine de Pontoise était le maréchal de l’Isle-Adam, bourguignon, et la rumeur publique taxait de trahison la reddition qu’il avait faite, presque sans coup férir, de cette ville. Le 9 août enfin les coureurs anglais paraissaient devant Paris316.

Ces désastres extrêmes, ces griefs, vrais ou faux, mais acerbes, empoisonnés par la haine des partis, suffirent pour ranimer toute leur animosité. Chacun d’eux se renvoyait ces imputations. Du côté du dauphin, ainsi que du côté bourguignon, les gens d’armes, abandonnés à leur brutale indiscipline, violaient, à qui mieux mieux, le traité du Ponceau. Ils se livraient à des attentats incessants, d’un parti contre l’autre, et négligeaient plutôt de courir sus à l’Anglais, que d’attaquer le Français du plat pays317.

Le vent de la colère allait emporter de nouveau ce traité de Corbeil, comme il avait soufflé déjà sur les tentatives antérieures de pacification. Une tempête, plus redoutable que l’ouragan des airs, devait incessamment surgir. Cet orage allait se terminer par un coup tragique et par une sinistre catastrophe.

159Chapitre III
Entrevue de Jean sans Peur et du dauphin à Montereau. — Mort de Jean sans Peur (10 septembre 1419).

L’événement qui forme le sujet de ce chapitre, est un des épisodes les plus dramatiques et des faits les plus graves du quinzième siècle. Il tire à la fois son importance historique et de lui-même, et de ses origines, et de ses conséquences. Pour le passé, le meurtre de Jean sans Peur, se rattache, par un lien logique et nécessaire, au meurtre de Louis, duc d’Orléans, assassiné en 1407. Après elle, cette même catastrophe entraîna des conséquences infinies : elle ouvrit pour la France, une nouvelle série de représailles, de crimes et de désastres.

Deux acteurs principaux figurent dans ce drame, et captivent tout d’abord l’attention. Le premier fut la victime, Jean sans Peur. L’autre, Charles de France régent, est celui sur qui se reporte naturellement la pensée, pour trouver l’auteur, le chef responsable de cette sanglante action.

Le prince Charles, en 1419, était âgé de seize ans. D’un caractère doux et humain, qui, sous ce rapport, ne se démentit jamais, pendant tout le cours de sa vie, doué d’un tempérament débonnaire et timide, diverses causes arrêtèrent en lui, jusqu’à un terme fort tardif, le développement 160de ses facultés. Dès le jour où il fut l’héritier désigné du trône, il était devenu pour ainsi dire la possession d’un parti. Des politiques, pleins de confiance en eux-mêmes, s’emparèrent du jeune prince, comme d’autres, depuis trente ans, s’étaient emparés de Charles VI. Bien loin de presser sa lente jeunesse, et d’exciter sa spontanéité, ils s’attachaient au contraire à le laisser, à le retenir dans une sorte d’abandon intéressé. Enfermé, par eux, comme au milieu d’une enceinte impénétrable, il ne voyait que par leurs yeux.

Ces conseillers avaient nourri et développé, dès l’enfance, chez le prince Charles, un sentiment de méfiance et d’hostilité contre le duc de Bourgogne. La retraite de Paris, suivie des derniers événements qui venaient de s’accomplir, aigrirent ce sentiment et lui communiquèrent un nouveau degré d’irritation et d’acuité. Mais tout un abîme s’étend, aux yeux de l’observateur, entre cette disposition défavorable, ou ce mécontentement du dauphin, et l’idée d’un assassinat. Rien ne prouve que les familiers du jeune régent aient osé lui faire la moindre ouverture personnelle, tendant à la perpétration d’un acte aussi coupable.

Ainsi, ni la préméditation, ni la volonté, ni l’intelligence, ni la participation, comme on le verra plus tard, ces éléments indispensables de toute responsabilité sérieuse, ne sauraient être imputés, dans cette déplorable cause, au jeune dauphin régent. Pour découvrir les véritables auteurs de la catastrophe de Montereau, il faut chercher ailleurs, il faut interroger les diverses influences dont ce prince était entouré. On ne saurait peindre un tableau 161moralement plus inégal et plus mêlé, que celui de ces influences.

Yolande d’Aragon, la bonne mère de Charles, lui manquait dans ce moment. Lors de sa retraite en Berry, le fils du roi avait emmené avec lui son précepteur, nommé Gérard Machet. Ce docteur, élève puis maître du collège royal de Navarre, après avoir introduit son pupille aux lettres humaines, inaugurait avec lui sa carrière politique. Il demeura, dès lors, à ses côtés, comme directeur de sa conscience, ou confesseur du dauphin, puis confesseur du régent, puis confesseur du roi. Ami et collègue du grand Gerson, maître Gérard Machet était un vénérable et saint homme, mais dans une aussi orageuse circonstance, aucun rôle, selon toute vraisemblance, ne lui fut assigné318.

L’homme qui prit, à cette réunion tragique de Montereau, la part la plus considérable, est Tanneguy Duchâtel. Né en 1359, ce gentilhomme breton touchait à un âge déjà très mûr. Nature forte et puissante, il devait poursuivre jusque près du terme ou cercle centenaire, le long cours de sa robuste existence319. L’Angleterre, l’Aragon, le Portugal, l’Italie, la France, furent successivement le théâtre de ses prouesses militaires. Il servit d’abord Louis, duc d’Orléans, jusqu’à sa mort, et se porta dès lors (1407) un de ses vengeurs. Duchâtel passa ensuite les Monts et prêta le secours de son épée à Louis II d’Anjou, roi de Naples et de Sicile. Le duc de Bourgogne lui-même ne fut pas étranger à la carrière et à la fortune de Tanneguy. Jean sans Peur le donna vers 1412 162à son gendre, Louis, duc de Guyenne et dauphin. Ce prince le prit pour son maréchal ou maréchal de Guyenne, et bientôt Duchâtel, nommé prévôt de Paris, monta sur la scène politique320.

Louis duc de Guyenne étant mort, Tanneguy devint le bras droit du connétable d’Armagnac. Il épousa les vues et la conduite de ce comte, avec un zèle aveugle et une fidélité toute féodale. Vingt fois, il joua résolument sa tête, pour la cause du connétable, dans ce jeu sanglant des partis. On sait le dévouement, la présence d’esprit, l’intrépidité qu’il déploya en 1418, lors de l’enlèvement de Charles dauphin. Ces qualités brillantes sont propres à exciter en faveur du capitaine breton de légitimes sympathies. Mais il y a une ombre au tableau. Tanneguy… très périlleux homme, chaud, soudain et hâtif, et faut que soubdainement ce qu’il veut soit fait et accomply. Ainsi le peint un témoignage contemporain321. Duchâtel, insatiable de biens et de jouissances, recevait de toutes mains et vendait après tout son dévouement.

Par complaisance pour le comte d’Armagnac, il s’était fait le bourreau de Louis de Bosredon. Indépendamment du sang de ce juste, qui souille la mémoire de Duchâtel, une autre tache le marque, une seconde charge s’élève contre lui, devant l’histoire. C’est le jugement d’un honnête homme et appréciateur éclairé : Guillaume Cousinot, chroniqueur et chancelier de la maison d’Orléans. Cet écrivain, dans la Geste des nobles, place Duchâtel 163au niveau des pires conseillers qui entourèrent le jeune roi Charles VII322.

Un autre capitaine célèbre servait aux côtés du prince régent. Il se nommait Arnault Guilhem, seigneur de Barbazan en Bigorre. Compatriote de la Hire et de Xaintrailles, il a laissé dans nos annales, un souvenir moins populaire que ces derniers. Mais ce souvenir est beaucoup plus recommandable et d’un ordre plus relevé.

Barbazan mérita un titre que l’histoire n’a pas prodigué. Il fut, avant Bayard, surnommé par ses contemporains le chevalier sans reproche. Barbazan détesta la surprise et le crime de Montereau, bien loin de les conseiller. Tombé au pouvoir des Anglais ses ennemis, qui étaient devenus ses juges, on l’accusa cependant d’y avoir trempé. Sans autre preuve que sa parole, sans autre garantie que sa renommée, Barbazan se lava de ce reproche et contraignit ses accusateurs à l’absoudre323.

Quant au conseil, proprement dit, du régent, on y comptait surtout deux personnages notables. Le premier, Robert le Maçon, natif de Château du Loir en Anjou, homme sans naissance, comme on disait, fut anobli en 1401, et s’éleva par sa propre valeur. Louis d’Anjou le fit magistrat, et le plaça dans les conseils de la couronne. C’est ainsi qu’il passa, comme homme de robe, 164au service du dauphin. Éclairé, laborieux, sage, assidu, Le Maçon était un de ces caractères probes et bons, que l’on rencontre parfois dans le camp des pervers. Naturellement honnête, mais faible, il partagea les revers et les fautes des mauvais jours. Il était incapable du mal, mais capable de le laisser faire, et incapable d’y opposer une active et généreuse vigueur324.

Le second, Jean Louvet, de petite condition aussi, se trouvait en 1415, lieutenant du juge-mage et président des aides ainsi que des comptes en Provence. À cette époque, Charles, comte de Ponthieu, tout récemment fiancé à Marie d’Anjou, voyageait avec son beau-père, dans ces parages. Ils rencontrèrent à Nîmes le président Louvet. Louis II ramena ce magistrat à Paris, le mit au conseil, et depuis ce temps, Louvet ne quitta plus le gendre du roi de Sicile. Louvet, égoïste, remuant, vaniteux, âme dépourvue de véritable grandeur et de toute élévation, fut un des hommes funestes au prince Charles325.

Le régent avait encore pour entourage et pour familiers, Hugues de Noyers, premier écuyer du corps et maître de l’écurie ; Pierre de Beauvau, son gouverneur : deux sages et expérimentés chevaliers, qui le servaient depuis le jour de sa naissance. Enfin, à la suite de ces influences, venaient un certain nombre d’épées, de militaires, hommes de main et d’action. Nous nommerons Pierre Frotier ; Guillaume, vicomte de Narbonne ; un des grands barons du Midi ; Guillaume Bataille ou Bataillier, chevalier de renom ; Robert de Loré, gentilhomme 165manceau ; Olivier Layet ; Guillaume d’Avaugour, qui fut grand bailli de Touraine, issu d’une branche cadette de la maison royale et ducale de Bretagne326.

Parmi ces individualités diverses, inégales et pour lors confondues, nous distinguerons, en dernier lieu, Pierre Frotier. Ce gentilhomme poitevin peut être signalé comme un type spécimen de ces nobles aventuriers, officiers de fortune, qui pullulaient au quinzième siècle. Loi, religion, droit, morale, discipline, lui étaient profondément étrangers. Sans autre Dieu que la force, sans autre foi… qu’en son épée, Frotier n’hésita pas à construire, dans la boue d’une vie effrénée, sa fortune acquise au milieu du sang : le sang du duc de Bourgogne.

Ce meurtre de Montereau fut l’exploit qui lui valut ses éperons de chevalier, avec l’office de grand maître de l’écurie, l’une des premières charges de la cour327. Marié en 1421 à Jeanne de Naillac, héritière de Preuilly, il devint ainsi baron de la Crosse de Tours, on l’un des quatre grands vassaux de Touraine. Le baron de Preuilly introduisait des fous dans l’église paroissiale de sa seigneurie. Il menait en dérision, au milieu des rues, l’abbé de Preuilly. Il contraignait ses meuniers et ceux de l’abbé à jouter, entre eux, sur des ânes, à la quintaine. Pour construire ses tours, il démolissait les bâtiments, en pierre, possédés et occupés par ses vassaux, se servant de ces bâtiments comme de carrières. Frotier bravait enfin le roi lui-même 166et déclarait, au surplus, qu’il était lui baron, pape, empereur et roi en sa terre328.

Ces divers personnages, et notamment les premiers, couvaient dans leurs cœurs une haine ardente et mortelle contre Jean sans Peur. Duchâtel n’ignorait pas que lors de l’invasion de Paris, durant la nuit du 30 mai, son nom figurait en tête des victimes vouées aux massacres sur les listes bourguignonnes. Robert le Maçon, Jean Louvet, dans maint édit ou manifeste du duc de Bourgogne, avaient été taxés d’infamie, désignés à l’opprobre et à l’exécration publiques329.

D’autres éléments de haine et de colère se mêlaient, chez ces hommes, à leurs ressentiments particuliers. La France était livrée au paroxysme de cette fièvre, que les passions politiques engendrent, aux époques les plus agitées. La guerre civile régnait depuis douze ans. Douze ans de vicissitudes partagées, de revers, éprouvés surtout par les champions du duc Louis ; douze ans d’impunité pour Jean sans Peur ; de succès presque continus, de triomphes dans le crime ! Bien loin d’amortir le courroux des Armagnacs, ce long duel n’avait fait que l’attiser. L’invasion d’Henri V et les progrès de la conquête mettaient le comble à l’exaltation. La doctrine de l’assassinat, du tyrannicide, invoquée par Jean sans Peur, cette dernière arme des partis refoulés ou même vaincus, se retournait 167logiquement contre lui et se dirigeait, à son tour, vers sa poitrine.

Au lendemain du meurtre de Montereau, un docte et pieux prêtre, humaniste gradué de l’Université de Paris, qui fut depuis précepteur d’un fils de France, maître Robert Blondel, offrait au dauphin régent son poème, aujourd’hui peu connu, mais remarquable. Cet ouvrage, écrit d’abord en mètres latins, puis traduit en vers de la langue vulgaire, a pour titre la Complainte des bons Français. Au milieu des sentiments les plus nobles, les plus justes et les plus purs, le patriote normand, auteur de ces vers, va jusqu’à placer sous la sauvegarde de la religion et sous la sanction de la morale, l’homicide accompli sur le duc de Bourgogne330.

Telles furent, du côté du dauphin, les circonstances morales au milieu desquelles s’ouvrit le drame de Montereau.

Le 11 juillet 1419, Armagnacs et Bourguignons, en la personne des deux princes, s’étaient juré une réconciliation qui n’était nullement dans les cœurs. Chacun des deux partis entendait absorber en son triomphe son adversaire réconcilié. Vers les premiers jours du mois d’août, aussitôt après la prise de Pontoise, le dauphin envoya des troupes sous les murs de Paris. Le duc Jean renouvela immédiatement ses alliances avec les Parisiens. Il leur fit reprendre l’insigne de sa faction, qui était la croix oblique, ou sautoir de Bourgogne, et défendit qu’il fût donné accès ni passage aux forces du dauphin331.

168Cependant le conseil du roi siégeait à Troyes. La reine, la ville de Paris écrivirent au régent et au duc, pour les adjurer de se rapprocher et de s’unir. Une nouvelle conférence avait été fixée, lors du traité de Corbeil, au 26 août suivant. Les deux princes contractants s’étaient promis de s’entendre avant ce terme de rigueur. Ils devaient se concerter, tant au sujet de l’administration générale du royaume, que de la guerre contre les Anglais332.

Le 10 août, Tanneguy Duchâtel, Jacques du Peschin et Louis d’Escorailles sénéchal de Berry, envoyés du dauphin, se rendirent à Troyes, vers le duc de Bourgogne. Ils invitèrent Jean sans Peur à tenir sa promesse et à se transporter près du régent. Le duc répondit en exhortant le prince, par l’intermédiaire de ces envoyés, à venir se joindre non seulement à lui duc, mais au roi et à la reine qui habitaient Troyes ; comme un bon fils devait le faire, disait-il, à l’égard de son père et de sa mère333.

Les conseillers du régent et le prince lui-même, autant que nous pouvons juger de ses sentiments, éprouvaient quant à l’adoption de ce plan, les plus vives répugnances. Les premiers, spécialement, comprenaient que suivre ce parti c’était abdiquer et périr. Toute leur politique et tous leurs efforts se dirigèrent donc vers un seul but : triompher, sur ce point, de la volonté ou de l’option du duc de Bourgogne. L’entreprise offrait de grandes difficultés. Jean sans Peur, caractère sombre, taciturne, était la défiance même. Toujours mal assuré depuis le meurtre de Louis, 169il s’était fait construire, dans son hôtel d’Artois, une chambre forte, toute en pierres, à l’épreuve du canon, et s’y retirait la nuit pour y coucher. Il ne sortait jamais le soir, à l’heure où avait péri sa victime. Le jour, il ne marchait qu’entouré d’une forte garde du corps ou escorte334.

Jean sans Peur, au préjudice de sa belle et vertueuse épouse, Marguerite de Bavière, avait eu successivement plusieurs liaisons illicites. En ces derniers temps, il s’était accointé d’une certaine dame de Giac, qui jouissait auprès de ce prince du plus grand crédit. Plusieurs historiens modernes la qualifient, sans hésitation, de maîtresse du duc. Nous nous bornerons, sur un tel point, à faire observer ce qui suit. Jeanne du Peschin, dame de Giac, avait épousé en 1376, Louis de Giac, seigneur de Châteaugay, mort vers 1408. Elle était mère (entre autres enfants) d’un fils, nommé Pierre de Giac, homme fait et l’un des principaux capitaines au service de Jean sans Peur. Donc la dame de Giac, en 1419, devait être à peu près sexagénaire335.

Quoi qu’il en soit, on ne saurait nier que la mère et le fils, comblés de biens par le duc, possédaient, à ses côtés, la plus grande faveur. La mère principalement était tenue par lui en un singulier attachement. Jeanne du Peschin 170avait été longtemps dame d’honneur de la reine. Elle connut ainsi, tout enfant, le prince Charles. Ce dernier répondait par une sorte d’affection d’habitude et filiale, à la tendre familiarité de la dame d’honneur. Madame de Giac suivit la reine, à la cour de Troyes. Entourée elle-même de ses femmes, le duc lui avait donné un état considérable. Partout elle accompagnait Jean sans Peur, qui la consultait sur ses plus grandes, comme dans ses plus petites affaires336.

Jeanne du Peschin, d’une assez grande famille d’Auvergne, était sœur de Jacques du Peschin, l’envoyé du régent. Par le mari de sa belle-sœur, Catherine de Giac, elle appartenait à la maison de Poitiers et aux seigneurs de Saint-Vallier. Or Charles de Poitiers, évêque de Langres, et l’un des principaux conseillers de Jean sans Peur, avait pour frère Jean de Poitiers, évêque de Valence en Dauphiné, qui occupait à la cour du régent une position assez notable337.

Enfin, parmi les plus privés de Jean sans Peur, se trouvait un domestique, nommé Philippe Musnier, dit Jossequin ou Petit-Josse, fils d’un armurier au service de la 171maison ducale. Jossequin, prisonnier du Turc à Nicopolis, comme le duc, ne s’était point séparé du prince bourguignon, depuis leur enfance. Jean sans Peur l’avait fait successivement son valet de chambre, puis secrétaire ; premier chambellan, à qui était confié son sceau de secret ; garde de ses joyaux ; puis, conseiller. Il lui accordait, avec son extrême familiarité, une confiance extrême338.

De proche en proche, comme on voit, ces divers ressorts communiquaient du prince Charles au duc de Bourgogne. Tanneguy Duchâtel, de concert avec ses collègues du conseil, fit mouvoir, avec infiniment d’art et d’habileté, ces touches sensibles et secrètes. Jossequin et surtout la dame de Giac étaient auprès de Jean sans Peur les aboutissants. Le prévôt de Paris, dans ses fréquentes ambassades, inspecta et activa puissamment les effets de cette œuvre de séduction. Après de nombreux pourparlers et de grandes résistances, le duc se décida, le 1er septembre 1419, à quitter Troyes, sa résidence actuelle. Il se rendit à Bray-sur-Seine, se dirigeant ainsi vers le dauphin régent. Le duc s’était fait suivre de trois cents hommes d’armes pour sa garde et d’un petit corps d’armée339.

De son côté, le dauphin, dès les premiers jours d’août, (vers le 12), était parti de Bourges. Il avait pris sa demeure 172le 24, au château de Montereau-Fault-Yonne, attendant de jour en jour l’arrivée de son cousin. Charles, d’après Monstrelet, avait à sa suite près de vingt mille combattants. Le dimanche 10 septembre 1419, Jean sans Peur, cédant à de nouvelles instances, se porta de Bray à Montereau, Les serments du 11 juillet avaient été, renouvelés la veille et échangés entre les signataires du traité. Le château de Montereau était situé d’un côté de la Seine, et la ville de l’autre. Un pont de pierre fortifié, avec tête, herses et ponts-levis, unissait les deux rives. L’entrevue devait avoir lieu sur ce pont340.

À cet effet, Regnaultin Lenormand, charpentier, avait construit, par ordre du régent, un parc de bois, divisé en trois parties. La première s’ouvrait du côté du château, après la tête de pont, et formait une sorte de vestibule. La seconde, subdivisée, à ce qu’il paraît, en couloirs obliques, contenait une espèce de loge ou de chambre. Une porte, munie de serrure, y donnait accès. Cette porte ouvrait du côté du vestibule et fermait en dedans de la loge. Semblable au vestibule, la troisième partie communiquait de la chambre à la ville341.

Pour offrir au duc de Bourgogne une nouvelle garantie, le dauphin, sur l’avis de ses conseillers, avait délogé du château, qu’il occupait primitivement. Cette forteresse fut 173mise à la disposition du duc de Bourgogne et de ses gens. Charles passa la nuit du 9 au 10, au château de Moret. Puis, le matin, accompagné de Barbazan, il revint à Montereau et s’établit dans la ville342.

Vingt chevaliers en tout devaient assister à l’entrevue. Chacun des deux princes, dans ce dessein, avait fait choix de dix personnes, agréées par le parti adverse. Jean sans Peur désigna : Charles de Bourbon, comte de Clermont, son gendre ; Archambaud de Foix, seigneur de Navailles ; les sires de Saint-Georges, de Vergy, d’Autrey, de Lens, de Montaigu, de Fribourg, de Pontailler et Pierre de Giac. Les dix chevaliers délégués par le dauphin, se nommaient Tanneguy Duchâtel, Barbazan, Pierre Frotier, Guillaume d’Avaugour, vicomte de Narbonne, Pierre de Beauvau, Olivier Layet, Huguet de Noyers, Louis d’Escorailles, Robert de Loré. Il avait été convenu que ces vingt militaires, seraient armés seulement de leur cotte d’armes ou haubergeon, et de l’épée. Le duc prit en outre avec lui, comme greffier, Jean Séguinat, l’un de ses secrétaires. Le dauphin devait être assisté de Robert le Maçon et du président de Provence. Parmi les gens de monseigneur de Bourgogne, se trouvait un juif appelé Maître Mousque, qui se mêlait de prédire. Il déconseilla au duc d’aller à cette réunion. Ce juif lui remontra, comme pronostic, que, s’il y allait, il n’en reviendrait pas. D’autres personnes ouvrirent un avis analogue343.

Arrivé au château dans l’après-midi, le duc commença 174par donner ses ordres pour la sûreté de sa personne et pour la police militaire de la place. Il prit ensuite possession de ce poste. Le duc installa sa garde. Il y introduisit également la dame de Giac, qui avait fait route avec lui, persistant à lui conseiller de se rendre à l’entrevue. Jean sans Peur confia cette dame, avec une partie de ses joyaux, à Philippe Jossequin, comme au plus féable de ses serviteurs344.

À cette heure, des avis assez sombres lui parvinrent encore. Les barrières, construites sur le pont, étaient, disait-on, très avantageuses au dauphin ; des gens cachés et en armes se tenaient dans des maisons du côté de la ville. Pierre de Giac, envoyé pour reconnaître les lieux, rapporta qu’il n’avait rien vu de semblable. Le duc, après en avoir délibéré, marcha au rendez-vous. Parvenu à la tête du pont, il réunit une dernière fois son conseil, sans descendre de cheval ; et, sur l’avis de la majorité, ayant reçu les nouveaux serments des gens du dauphin, il s’engagea sur le pont345.

De ce côté, l’abord du parc, ou vestibule, présentait une entrée, composée de fortes pièces de bois, crénelées et disposées à droite et à gauche, en manière d’affûts ou barbacanes. Le milieu offrait un passage. Sur les côtés, des canons, braqués et chargés, étaient prêts à faire feu, 175ultérieurement, en cas d’invasion sur cette face346.

Pierre de Beauvau et Tanneguy Duchâtel reçurent le duc et sa suite, avec de grandes marques de respect. Duchâtel mit à les introduire une sorte de précipitation. Séguinat, secrétaire du duc, n’entrait pas assez promptement au gré de Tanneguy. Celui-ci le tira par une de ses longues manches, qui pendaient à la robe du secrétaire et qui étaient alors de mode, pour les hommes comme pour les femmes. Aussitôt la porte ou guichet de la chambre fut fermée en dedans de telle sorte que le duc et ses compagnons se virent pour ainsi dire dans l’impossibilité de retourner sur leurs pas347.

Jusqu’ici les circonstances de l’événement nous sont connues d’une manière claire et certaine. Mais il n’en est plus de même à partir de ce point. Ce qui se passa dès lors, eut pour témoins vingt personnes environ. Ces dernières, appelées depuis à en déposer, le firent avec l’inévitable partialité de leur situation respective. Le tumulte violent de l’action, joint à la position critique de chacune d’elles, mirent un double obstacle à la netteté de leurs impressions et par suite à l’exactitude ou à l’autorité de leurs souvenirs. Ces divers récits enfin ne se produisirent que partiellement et jamais dans un débat d’ensemble et contradictoire. De là le désaccord, la confusion, toute naturelle, des notions qui nous sont restées à cet égard. Toutefois le voile ténébreux, que le temps et l’histoire ont laissé retomber sur le dénouement de ce drame, ne nous semble pas absolument impénétrable. 176L’opinion que nous allons émettre, pour résumer les faits, nous paraît rendre de ces faits, un compte, si ce n’est complètement vrai, au moins le plus vraisemblable.

D’après une première version, l’entrevue de Montereau ne fut autre chose que le résultat d’un complot ourdi et prémédité par Duchâtel et ses complices, sans en excepter le jeune prince lui-même. À l’aide d’amorces couvertes ou de séductions, ce complot avait pour but d’attirer Jean sans Peur en un guet-apens. Une fois le duc entré dans la loge, le dauphin aurait fait au président Louvet un clignement d’œil, accompagné de certain geste convenu, en présence de Duchâtel. À ce signal et sans plus attendre, Duchâtel se serait précipité sur le duc et l’aurait assassiné. Le duc enfin aurait succombé au moment même où ce prince, agenouillé, protestait aux pieds du dauphin de sa soumission et de sa loyauté envers la couronne. Tel est, sauf quelques divergences (assez graves déjà), le thème commun de toutes les dépositions bourguignonnes. Mais on peut s’assurer que cette version n’offre pas une image exacte et sincère de la vérité.

Jean sans Peur était un adversaire à moitié soumis et à demi révolté. Si haut que fût son rang, quelle que fût l’étendue de sa puissance, la loi monarchique faisait de lui le premier sujet de l’autorité royale. Or, dans l’état de santé où se trouvait l’infortuné Charles VI, cette autorité vivait, pour ainsi dire tout entière, dans la personne de son fils unique, le prince Charles. L’invitation ainsi adressée, par ce prince, au duc de Bourgogne, constituait 177un mandement et un ordre. Mis en demeure par l’opinion publique, sommé par les requêtes des villes et des corps de l’État, Jean sans Peur ne pouvait pas se dispenser de se rendre à l’entrevue de Montereau.

Le prince Charles, armé à blanc, l’épée ceinte, se tenait debout à l’extrémité de la loge, du côté de la ville. Le duc marcha vers lui. Arrivé devant le régent, il se découvrit en ôtant son aumusse ou bonnet de velours, et mit un genou en terre. Monseigneur, dit-il au prince, après Dieu, mon devoir est de vous obéir et servir ; j’offre d’y mettre et employer mon corps, mes amis, alliés et bienveillants. Dis-je bien ? ajouta le duc, pour terminer ce discours ; et il invoquait du regard l’approbation du dauphin ainsi que des seigneurs. Beau cousin, lui répondit le prince, vous dites si bien qu’on ne pourrait mieux : levez-vous et vous couvrez348.

Ainsi s’engagea le colloque entre les deux princes. Mais Jean sans Peur, il faut le répéter une dernière fois, était le meurtrier de son cousin Louis, duc d’Orléans. Il avait tramé froidement et spontanément cet assassinat ; il l’avait fait consommer avec une préméditation, une perfidie, une atrocité, vraiment extraordinaires, et qui attestent, chez le criminel, une rare perversité. Jean sans Peur, depuis ce meurtre, avait ordonné la mort de Montaigu, mort couverte de formes judiciaires, mais également inique et presque aussi odieuse. Jean sans Peur avait usurpé le pouvoir royal, séduit les villes et les populations, mis dans le royaume le feu de la guerre civile. Bien plus : en 1416, à Calais, il avait traité avec 178le roi d’Angleterre Henri V, et n’avait pas craint de déchaîner sur la France la honte et le fléau d’une invasion étrangère.

À défaut de ses souvenirs, dont il pouvait redouter la fidélité ; à défaut de remords, que, selon le procédé des grands coupables, il avait violemment étouffés dans son cœur, la mémoire de ses adversaires n’offrait point de ces défaillances. Le courroux de ses ennemis veillait, pour suppléer sa conscience muette et pour aider à ses souvenirs. Cette loge, que Regnaultin Lenormand construisit sur le pont de Montereau, n’était point seulement un piège. C’était une sellette, où Jean sans Peur, sous l’étreinte de la nécessité, allait enfin rencontrer un juge et se trouver face à face avec des accusateurs. Tanneguy Duchâtel, d’après un témoignage indépendant et désintéressé, lui rappela tout d’abord le meurtre de Louis et lui annonça que le jour était venu de l’expier349.

Alléguant une série de griefs moins vifs, mais plus directs et immédiats, le dauphin interpella le duc à son tour. Il lui reprocha sa longue demeure à Troyes, puis à Bray-sur-Seine. Dix-huit jours durant, ajouta le dauphin, vous nous avez fait attendre votre venue en ce lieu de Montereau, ce lieu atteint d’épidémie ou de mortalité ; au risque et probablement en vue de péril pour notre personne350.

À ce langage sévère, irrité, qui remplaçait les premières démonstrations de là courtoisie, Jean sans Peur, 179à son tour, reprit son attitude insoumise. L’orgueil, l’arrogance dont il avait fait preuve au congrès de Pouilly et qui, de sa part, avaient failli rendre ce congrès inutile, reparurent dans son ton et dans son langage. Le duc répondit au dauphin qu’on ne pourroit rien aviser ou faire, si non en la présence du roi son père, et qu’il falloit qu’il y vînt. Le prince Charles à ce propos, repartit qu’il iroit par devers Monseigneur son père, quand bon lui sembleroit, non mie à la volonté du duc de Bourgogne, et qu’on savoit bien que ce qu’ils feroient eux deux le roi en seroit content. Puis le dauphin demanda compte au duc, des conventions récemment arrêtées entre eux à Corbeil, de son inertie contre les Anglais ; de la prise de Pontoise ; de ses alliances renouvelées avec les fauteurs de la guerre civile351

Ces paroles, et beaucoup d’autres que nous abrégeons, furent dites. Car, soit textuellement, soit en substance, on les trouve, presque unanimement rapportées par les témoins ou chroniqueurs, tant de tel parti que de l’autre. Un précieux document, découvert depuis peu, nous apprend même comment le colloque devint une altercation. En agissant ainsi, continua le dauphin, vous avez manqué à vos devoirs. — Monseigneur, répondit le duc, je n’ai fait que ce que je devois faire. — Si ! vous avez manqué, dit le dauphin. — Non ! répliqua le duc352 !

Un démenti, cet outrage à des lois élémentaires, venait 180d’éclater, dans la bouche d’un vassal, parlant au fils de son souverain. Au même moment, le sire de Navailles intervint dans le débat. Monseigneur, dit-il en marchant sur le dauphin, vous viendrez, à présent, vers votre père, quiconque le veuille voir ! Disant ces mots, Archambaud de Foix, qui s’était porté auxiliaire du duc, se rapprochait du régent. De la main gauche, il fit le geste de saisir le prince et tira, de la droite, son épée, à moitié du fourreau. Archambaud de Navailles était notoirement voué au parti anglais. Dans ce même instant, le duc Jean, soit dans une intention soit dans une autre, toucha de la main son épée353.

C’en fut assez. Pareil à la mine chargée qu’enflamme l’étincelle, aussitôt le conflit fit explosion. Au bruit des épées tirées, du tumulte, quelques serviteurs du dauphin accoururent par le côté de la ville. Seul ou à peu près seul, le sire de Navailles fit résistance, pour défendre le duc. Tous deux succombèrent sous les coups de Pierre Frotier, de Robert de Loré, de Guillaume Bataille et du vicomte de Narbonne. Aux premières voies de fait, le dauphin, saisi d’épouvante, avait quitté la place, emmené jusqu’à son logis, par le président Louvet, et ses gens354.

Jean sans Peur fut le principal objet de ces violences meurtrières. L’histoire conserve à cet égard une pièce notable de conviction. Ce sont les ossements et spécialement 181le crâne de la victime. Au-dessus du coronal, vers le point où l’os des tempes se soude avec le pariétal droit, on voit encore aujourd’hui sur la tête de Jean sans Peur, une large entaille, de plusieurs centimètres d’étendue et très vivement incisée. Ce coup formidable accuse la lame ou taillant d’une hache d’armes. Il paraît avoir été frappé en dessus, par derrière, au moment peut-être où le prince était déjà tombé. Ce coup, assené de haut en bas, porta d’un tel poids, ou d’une force si grande, que l’arrière-tête ou occiput s’ouvrit au-dessous de l’arme, jusqu’aux vertèbres, en une effroyable fissure. La partie antérieure de la boîte osseuse était également fracassée355.

Cependant le prince respirait encore. Quelque subalterne lui plongea une épée dans le ventre. Le duc poussa un soupir, étendit les reins et mourut sur la place. Il était environ cinq heures du soir. Archambaud de Foix, blessé mortellement, fut porté à l’hôpital de Montereau, où il expira peu de jours après356.

La plupart des relations de l’un et de l’autre parti représentent Tanneguy Duchâtel, comme ayant pris, à la fin tragique de Jean sans Peur, une part non seulement directe et personnelle, mais principale. Presque toutes s’accordent à signaler expressément, en lui, le meurtrier, qui, de sa hache d’armes, fit au duc la large plaie, dont la trace est encore visible à nos yeux357.

182Néanmoins, tandis que ses collègues se vantèrent du rôle qu’ils avaient joué dans cette circonstance, Duchâtel se défendit toujours de l’accusation, qui lui fut, à cet égard, imputée. D’après l’un des plus graves témoignages, Duchâtel en effet, au moment où le sire de Navailles marchait sur le dauphin, se serait saisi du prince et l’aurait emporté dans ses bras, hors du parc, comme il avait fait en 1418, à l’hôtel des Tournelles. Le meurtre aurait été consommé, ainsi, pendant son absence momentanée358.

De plus, et peu de temps après la catastrophe, Duchâtel écrivit au duc Philippe le Bon, successeur du duc Jean, pour protester qu’il était innocent de cet assassinat. Suivant l’usage du temps, il offrit de prouver son bon droit par la voie légale du gage de bataille, en combattant contre deux champions de la cause opposée. Aucun gentilhomme ne se présenta pour relever le gant de Duchâtel359.

Barbazan était également absent au moment du meurtre. Arrivant du dehors, attiré par le cliquetis et le tumulte, il rencontra Huguet de Noyers, qui, au contraire, venait du pont et retournait à la ville. Huguet, tout éploré, lui apprit la catastrophe. Le loyal capitaine en fut indigné. Rejoignant bientôt le jeune prince, il osa lui manifester son sentiment. Barbazan lui représenta qu’il venait de mettre la couronne de France en péril360.

183Les gens du duc de Bourgogne qui se tenaient hors du parc, vers le château, entendirent du bruit. Mais ils ne s’émurent point, dans la persuasion où ils étaient que ce fust monseigneur le dauphin qu’on eust tué. Cependant ils ne tardèrent pas à être informés de la vérité. Parmi les dix chevaliers de Jean sans Peur, le sire de Montaigu parvint seul à s’échapper sain et sauf. Il escalada les barrières et courut porter la nouvelle aux Bourguignons. Huit autres gentilshommes survivaient, après le meurtre de leur maître et d’Archambaud de Foix. Tous et Jean Séguinat en même temps, furent arrêtés, presque sans résistance. Chacun d’eux tomba au pouvoir de quelque serviteur ou chevalier du dauphin et demeura prisonnier de guerre. Traités en prévenus, plusieurs d’entre eux subirent un interrogatoire par-devant le chancelier du régent. Charles de Bourbon passa immédiatement dans le camp du dauphin361.

Bientôt le pont fut évacué. La maison d’un meunier située dans la ville, à peu de distance, reçut d’abord le cadavre de Jean sans Peur, dépouillé de ses bagues, joyaux et vêtements. Son inhumation eut lieu le lendemain, sans aucune pompe en rapport avec son rang. Une fois cette triste expédition achevée, Duchâtel commandant des forces, fit fermer la barrière du côté du château, et dresser le pont-levis devers la ville. Il fit également sonner 184les trompettes et ménétriers, en signe de victoire. Peu de temps après, quatre cents hommes d’armes furent dirigés vers le château. Les Bourguignons, instruits de la mort de leur duc, s’enfuirent comme dans une déroute. Jossequin, la dame de Giac, son fils et quelques chefs, demeurèrent à Montereau. Les trois premiers furent considérés comme ayant joué, en toute cette affaire, le rôle de traîtres, et se rangèrent, dès lors, au parti du dauphin362.

Ce n’est pas seulement comme un crime, que la catastrophe du 10 septembre 1419 se présente au jugement de l’historien. Elle fut encore une grande faute politique. François Ier, roi de France, au mois de juillet 1521, passa par Dijon. Le descendant de Louis, duc d’Orléans, visitait la Chartreuse, antique cimetière de la maison ducale de Bourgogne. Le roi voulut contempler à nu la dépouille mortelle de Jean sans Peur, son aïeul, qui, depuis le meurtre, y avait été transportée. À l’aspect de cette plaie formidable, qui entaillait le crâne du duc Jean, François Ier, expert en coups d’estoc et de taille, se récria sur l’énormité de la blessure. Sire, dit au prince le Chartreux qui l’accompagnait, c’est par ce trou-là que les Anglais sont entrés en France363.

185Chapitre IV
11 septembre 1419 – 1421.

Aussitôt que la catastrophe de Montereau fut consommée, les conseillers du dauphin songèrent à prévenir l’opinion publique. Ils promulguèrent, sous le nom du prince, un manifeste portant la rubrique fatale : donné à Montereau, le 10 septembre 1419. Cette espèce de plaidoyer après le meurtre, présentait les faits sous l’aspect le plus favorable au parti du régent. Il fut envoyé, le jour même, au parlement de Paris. Le prévôt des marchands de cette capitale, les corps constitués, les bonnes villes du royaume, se virent adresser successivement des documents semblables364.

Néanmoins, cette protestation n’exerça, généralement, qu’une faible influence sur les esprits. Quant aux partisans du dauphin, peut-être cette apologie contribua-t-elle à calmer le trouble que ce tragique événement ne put manquer de susciter au sein même du parti ? Mais, en ce qui touche les Bourguignons, cette lettre circulaire fut complètement impuissante. Elle ne modéra aucunement la colère que fit éclater parmi eux l’homicide du duc Jean.

186Dès que le fait accompli parvint à la connaissance des Parisiens, un grand conseil fut tenu au parlement. Indépendamment des magistrats ou conseillers de la couronne, ceux de la ville et les diverses autorités y prirent part, sous la présidence du jeune gouverneur bourguignon, comte de Saint-Pol. Indignation profonde de l’assassinat, redoublement de haine et d’antagonisme contre le dauphin, sympathie enthousiaste en faveur du Bourguignon ; zèle et dévouement envers le triste gouvernement royal, installé à Troyes : tels furent les sentiments que manifesta cette assemblée avec une force unanime365.

Le comte de Charolais, fils aîné du duc Jean, succéda sans aucun obstacle à ce dernier. Il prit immédiatement possession de ses États de Flandres, d’Artois, puis de Bourgogne. Philippe le Bon, âgé de 23 ans, n’avait point hérité, de son père, la violence ombrageuse et perfide, qui caractérisait Jean sans Peur. Nature plus souple, plus ouverte et bénigne, il apportait, avec la même morgue, plus de modération et des formes tout autres. Fort adonné, dès lors, au plaisir, comme il le fut pendant sa vie entière, on voyait en lui un jeune prince frivole, inconsidéré. Son pouvoir et les circonstances attachaient, toutefois, à ses actes et à la conduite qu’il allait tenir, une extrême gravité366.

La reine Isabelle et les conseillers royaux de la cour de Troyes témoignèrent à la duchesse douairière, ainsi qu’au 187nouveau duc, les plus grands égards. Celui-ci entra, sans délai, en pleine possession des prérogatives de toute sorte, qu’avait obtenues son père et prédécesseur. À la nouvelle du meurtre, les Parisiens reprirent la croix de Saint-André, se vêtirent de deuil et rendirent au feu duc, dans toutes les églises, des honneurs funèbres. Le 13 octobre, un service solennel fut célébré, avec la plus grande pompe, en l’église de Saint-Vaast d’Arras367.

Celui qui profita immédiatement du coup déplorable frappé à Montereau, ce fut le roi d’Angleterre. Lorsqu’il apprit cet attentat, Henri V, à travers une indignation politique et de convenance, laissa paraître toute la joie qu’il en ressentait. Grand dommage, dit-il, est du duc de Bourgogne : il fut bon et féal chevalier et prince d’honneur ; mais par sa mort, à l’aide de Dieu et de saint George, nous sommes au-dessus de notre désir. Ainsi aurons, malgré tous Français, dame Catherine que tant avons désirée368.

Chez Jean sans Peur, on l’a vu, un reste de légitime orgueil, le dernier scrupule d’une pudeur honorable, séparait le prince français du hardi prétendant. Pour Philippe le Bon, cette barrière s’abaissait pour ainsi dire naturellement. Pour lui, le droit, le devoir de la vengeance, faisait taire aisément le murmure confus du patriotisme. En tournant ses armes contre son pays, le nouveau duc s’enveloppait de piété filiale. Philippe le Bon, Isabelle, la 188ville de Paris, tout le parti bourguignon, qui jusque-là tenaient encore pied pour repousser l’invasion, se jetèrent comme à l’envi dans les bras de l’envahisseur. Le mois de septembre ne s’était pas écoulé, que les uns et les autres dirigeaient vers Rouen leurs ambassades, pour traiter avec le roi anglais369.

Un fait notable et qu’on s’explique moins aisément, c’est que les négociations continuèrent entre le dauphin régent et Henri V. Le 14 octobre, un sauf-conduit, au nom du roi d’Angleterre, fut accordé à six conseillers du dauphin, pour se rendre en Normandie et parlementer avec le conquérant. Henri V, le 26 du même mois, nomma de son côté des commissaires chargés de le représenter. Les instructions de ces ambassadeurs tendaient à traiter de la paix définitive. Subsidiairement, le moyen jugé propre à atteindre ce but, et le sujet sur lequel devaient porter les conférences, n’était autre que le mariage projeté entre le souverain anglais et Catherine de France, sœur du régent dauphin370.

De ce côté, les négociations, on le devine sans peine, demeurèrent complètement infructueuses. Elles obtinrent, au contraire, de l’autre part, un plein succès et ne reçurent que trop d’accomplissement. Henri V, sans interrompre le cours de ses conquêtes, prêta l’oreille à ces ouvertures de paix. Une ligne étroite et plus violente que jamais, s’ourdit entre les Bourguignons, contre le dauphin. 189Cette coalition impie ne craignit pas d’associer à son œuvre fratricide le conquérant lui-même371.

Meulant, Poissy, Gisors, Saint-Germain en Laye, tombèrent successivement au pouvoir d’Henri V. Maître des deux Vexins et touchant déjà la capitale, Henri V, après la prise de Gisors, se rendit, le 15 décembre, à Rouen. Là, il prit ses quartiers d’hiver, en attendant que le cours des négociations diplomatiques apportât, sans coup férir, dans ses mains, le sceptre de la France372.

Des lettres rendues sous le nom du roi Charles VI, désignèrent son propre fils, le prince Charles, à la haine, au mépris et à la désobéissance de tous les sujets du royaume. La duchesse douairière de Bourgogne envoya vers le pape des ambassadeurs, pour dénoncer le dauphin, comme meurtrier, du duc Jean, par-devant le souverain tribunal de la catholicité. Un traité de paix fut conclu à Rouen, le 25 décembre 1419, entre Charles VI, Henri V et Philippe le Bon, puis renouvelé dans le mois de janvier suivant. Aux termes de ce contrat, des trêves étaient arrêtées jusqu’à la Pâque ou printemps de l’année suivante. Henri V prenait l’engagement d’épouser Catherine de France, de punir les meurtriers de Jean sans Peur et d’assurer au nouveau duc, Philippe le Bon, vingt mille livres 190de revenu, sur le royaume, en fonds de terre373.

Parti de Montereau le 20 septembre, Charles dauphin, par Sens, Courtenay, Château-Renard, Gien, Aubigny, Vierzon, Mennetou-sur-Cher, Selles en Berry et Saint-Agnan, se rendit à Loches en Touraine, une de ses résidences favorites. Il y séjourna du 6 au 16 octobre. Durant cet intervalle, selon toute apparence, le prince régent se mit en rapport avec le duc de Bretagne. Il s’efforça de l’engager dans sa querelle et le requit de lui fournir des troupes. Le duc n’osa point en face, repousser ces demandes et promit d’y déférer. Mais bientôt la reine écrivit à son gendre de Bretagne. La cour de Troyes et le duc de Bourgogne exercèrent sur le faible duc un nouvel ascendant. Jean VI, au lieu de tenir, vis-à-vis du gouvernement du dauphin, les engagements qu’il avait souscrits, fut rempli de crainte. Il conserva ses troupes et créa immédiatement une garde nombreuse pour la sécurité de sa propre personne374.

Le prince Charles, revenu le 20 octobre à Mehun-sur-Yèvre, puis à Bourges (le 24), fixa de nouveau sa résidence dans cette ville. Il continua de réunir ses forces militaires, composées dès lors en bonne partie d’Écossais et autres étrangers. Le 30 octobre, Charles prescrivit aux 191habitants de Clermont-Ferrand de mettre leur ville en état de défense. Dans le nord de la France, généralement bourguignon, La Hire et Xaintrailles soutenaient, avec succès, au nom du dauphin, une guerre d’embuscades et de partisans. Ils suffisaient du moins à harceler et à inquiéter l’ennemi. Philippe, comte de Vertus, fut créé lieutenant-général du régent, au fait de la guerre, entre les deux rivières de Seine et de Loire. Le dauphin institua, en divers postes importants, de vaillants et sûrs capitaines : Guillaume de Quitry à Montereau ; à Melun, Barbazan, et le sire de Gamaches, à Compiègne375.

Cette période fut également marquée par différentes mesures relatives aux finances. Une ordonnance, rendue au château de Loches, le 12 octobre, affermait, pour un an divers hôtels, ou fabriques de monnaie. Marot de Betons, échevin de Poitiers, se porta soumissionnaire, avec vingt coassociés ou sous-traitants. Le régent leur abandonna le produit des diverses monnaies, ou monnaieries, qui relevaient de son obéissance. Moyennant ce privilège, Marot de Betons s’engageait à verser entre les mains du régent une somme annuelle de deux millions cent soixante mille livres tournois. Cette somme était payable d’avance, mensuellement et dans cinq villes désignées au contrat. Le régent, par un autre édit376, régla les droits de plait et de muage, qui lui étaient dus, en Dauphiné, à raison des diverses mutations de seigneur, 192qu’avait récemment subies cette province.

Dans le même temps, le conseil du prince s’ouvrit à un nouveau venu, personnage notable. Guillaume de Champeaux, clerc obscur, jusque-là, du Soissonnais, fut élevé, tout d’un coup, le 16 octobre, à l’une des plus hautes positions du royaume. Guillaume devint ainsi évêque-duc de Laon, pair de France. C’était un de ces prélats politiques et courtisans, qui ne mirent jamais les pieds dans leurs diocèses. L’évêque-duc, sous ce titre immérité qui lui valait de riches émoluments, prit dès lors, une grande part à la haute administration financière. Il donna bientôt, dans cette carrière, l’exemple de concussions et d’une rapacité véritablement incroyables377.

Le 12 novembre, le prince Charles retint de son conseil, c’est-à-dire prit à son service, avec la dénomination de conseiller du roi et du régent, à six cents livres par an de pension, Guillaume Cousinot, chancelier d’Orléans. Cet honnête et intègre magistrat, serviteur dévoué de la cause nationale, est demeuré peu connu dans l’histoire, bien qu’il soit l’auteur d’une chronique estimable. Le choix de ce serviteur éclairé formait comme un heureux contraste avec le choix qui précède378.

Ainsi grandissait et s’avançait le jeune prince, entre le Mal et le Bien, entouré des inspirations les plus inégales.

Au milieu de ces conjonctures difficiles, le conseil du 193régent résolut de conduire le futur roi dans les provinces méridionales. Depuis saint Louis, qui l’avait annexée à la couronne, cette France du Midi s’était associée à la destinée de la métropole, avec une invariable constance. Véritable martyr de son dévouement, de sa fidélité monarchique, le Languedoc, à dater de sa réunion aux états de la maison de Bourbon, se vit pressuré par une suite d’avides intendants. Peu soucieux des intérêts de ces riches contrées, les lieutenants du roi avaient déployé, généralement, une inhabileté administrative ou politique, égale à leur indifférence et à leur cupidité. L’antique plaie de la féodalité, toujours ouverte dans ce pays, affligeait les populations. Elle menaçait à la fois leur indépendance et l’autorité du souverain.

Ces maux, sous le règne de Charles VI, étaient parvenus à une extrême gravité. La querelle des Armagnacs et des Bourguignons, querelle pour ainsi dire étrangère en ces lointaines régions, déchirait le Languedoc. L’anarchie et toutes ses calamités semblaient se réunir et se personnifier, dans le lieutenant général qui gouvernait les populations comprises entre le Rhône et la Garonne. Jean de Grailly, comte de Foix, était alors titulaire de cette grande baronnie. Le Languedoc redoutait le joug de ce haut feudataire. De leur côté, le gouvernement de Charles VI et celui du dauphin l’appréhendaient également. Néanmoins, Henri V et Charles VI ou les anglo-bourguignons, d’une part, et de l’autre, les conseillers du prince Charles, avaient en quelque sorte, supplié à l’envi le comte de Foix d’accepter, en leur nom et sous leurs auspices respectifs, la lieutenance royale. Jean de 194Grailly réussit à s’imposer de la sorte, grâce au rôle prépondérant que lui assurait, en ces contrées, l’étendue de ses ressources, ainsi que de sa puissance féodale.

Le comte de Foix recevait alternativement de Charles VI, ou d’Henri V, et du dauphin, leurs lettres de provision royale, et surtout il percevait les deniers royaux. Peu lui importait que les espèces fussent frappées au soleil ou à l’écu. Il ne refusait ni le mouton du dauphin, ni le noble d’Angleterre. Le comte au surplus, convoquait les États, levait la milice, frappait monnaie lui-même, exerçait en un mot, dans le Languedoc, toute l’autorité royale. Mais en somme et jouant à la fois Armagnac et Bourgogne, il ne reconnaissait en Languedoc d’autre roi que lui, comte de Foix, et ne rendait ni raison, ni tribut, à personne379.

Le 21 décembre 1419, Charles dauphin partit de Bourges, se dirigeant vers le Languedoc380. Mais avant de raconter ce voyage et pour ne pas en interrompre ultérieurement le récit, nous insérerons en ce lieu un épisode important et remarquable. L’événement dont nous allons parler s’accomplit, il est vrai, durant l’expédition du prince dans le Midi. Mais il se rattache, par un lien chronologique presque immédiat, à des faits qui ont été précédemment exposés.

Une querelle dynastique et déjà ancienne, relative à la possession de la couronne ducale, divisait la maison de Bretagne. Arthur II, duc de Bretagne, mourut en 1312. 195Marié deux fois, ce duc laissa, du premier lit : Jean III, qui lui succéda comme duc de Bretagne, et Guy, comte de Penthièvre. D’un second mariage, naquit Jean IV, dit de Montfort. Jean III contracta successivement trois alliances matrimoniales, mais qui ne lui donnèrent point de lignée. Il voulut régler d’avance sa succession. Le duché de Bretagne, d’après la loi du pays, fut déclaré fief féminin. Jean III maria sa nièce, Jeanne de Penthièvre, fille de Guy, à Charles de Blois ou de Châtillon, dit le Saint. Il fit en outre reconnaître les deux époux comme héritiers du duché de Bretagne. Ce contrat fut consenti par Jean de Montfort lui-même. Après la mort de Jean III, Charles de Blois, conformément à ces stipulations, fut proclamé duc de Bretagne, par arrêt des princes et pairs de France, en 1341. Mais Jean de Montfort revendiqua le duché, les armes à la main. De là, cette guerre de Blois contre Montfort, ou des deux Jeannes, qui ensanglanta la Bretagne pendant un demi-siècle381.

Jean de Montfort avait en effet épousé Jeanne de Flandres, l’héroïne d’Hennebont. Les deux maris ayant été faits prisonniers, Jeanne de Penthièvre se mit à la tête des armées et combattit sa rivale. La France, dès le principe, soutint la cause de la maison de Blois. Celle de Montfort s’appuya de l’Angleterre. Charles de Blois succomba en 1364 à la bataille d’Auray. Le traité de Guérande (1365) fut imposé aux parties par la fortune des armes. La maison de Montfort l’emporta. Jean V, vainqueur à Auray, et fils de Jean IV, fut reconnu seul et souverain duc de Bretagne. La maison de Penthièvre se 196contenta de riches apanages, qui lui furent attribués.

Ainsi la branche cadette et masculine triomphait, au préjudice de la branche aînée, mais féminine. Jean de Blois, fils de Charles le Saint, épousa en 1387, Marguerite, fille du célèbre Olivier de Clisson. Jean mourut en 1403, soumis au traité de Guérande. Mais sa veuve Marguerite n’avait jamais consenti à reconnaître ce traité. L’énergique et opiniâtre Bretonne sentait circuler dans ses veines le sang du connétable. Quatre fils naquirent de son union : Olivier, Jean, Charles et Guillaume de Blois ou de Bretagne, appelés aussi les Penthièvre. Olivier, l’aîné, comte de Penthièvre, fut fiancé, dès 1406, à Isabeau de Bourgogne, fille de Jean sans Peur. En 1408, le redoutable duc amenait jusqu’à Paris vingt mille hommes, destinés, disait-on, à replacer Olivier, son beau-fils, sur le trône ducal de Bretagne382.

L’année suivante, Jean VI de Montfort, duc de Bretagne, fils de Jean V, prenait, dans son duché même, l’initiative des hostilités. Il ravagea les terres des Penthièvre. En même temps, il envoya vers Henri IV, roi d’Angleterre, un de ses chambellans, faire hommage de son comté de Richemont. Pour prix de cette sujétion, il obtint du prince de Lancastre un secours militaire. Le duc introduisit ainsi les Anglais en Bretagne. On se rappelle que Jean VI avait épousé Jeanne de France, propre sœur du dauphin. Indignée de ces procédés, la duchesse en fit au duc de vives représentations. Jean VI, à ces paroles, s’oublia, selon Monstrelet, envers la princesse, au point de la battre et de l’injurier. La reine de France prit fait et 197cause pour sa fille. Le litige fut évoqué par la cour, et le duc de Bretagne dut se rendre à Paris. Cette controverse, déférée à l’arbitrage des princes, disparut sous le poids de difficultés plus graves encore. Le différend sembla s’assoupir. Mais, dans le cœur de Marguerite et de ses fils, couvait toujours, sous des cendres apparentes, le feu d’une ambition mal étouffée383.

Déjà en 1418, une certaine mésintelligence s’était glissée entre le duc de Bretagne et le conseil du dauphin. Le refus qu’avait opposé Jean VI à la demande de secours, adressée à ce vassal par le régent, fit éclater le mécontentement. D’après les principes généraux du droit féodal, ce refus entraînait, contre le tenancier, la confiscation du fief et la peine capitale ; peine de la félonie et de lèse-majesté. Mais la force manquait au prince régent, pour servir de sanction à une poursuite légale. Les conseillers du prince y substituèrent un indigne expédient.

Olivier de Blois, poussé par sa mère, Marguerite de Clisson, obtint, à ce qu’il paraît, un scellé, ou lettres en forme, signées du régent. Dans cet ordre, la maison de Blois était reconnue légitime possesseur de la couronne de Bretagne. Le même acte autorisait Olivier, comte de Penthièvre, à s’emparer de la personne de Jean VI, duc de Bretagne, comme d’un rebelle envers l’état, ennemi du royaume384.

198Quoi qu’il en soit, au mois de février 1420, Olivier de Blois et Charles, son frère, allèrent trouver le duc Jean VI en Bretagne. Les trois princes se réunirent à Nantes. Olivier, dans ce moment, jouissait de toute la confiance de ce duc. Les semblants du plus parfait accord et de la plus complète union régnaient entre les deux parents. L’abandon du duc Jean envers Olivier était sincère et sans borne. Naguère encore, il avait répété devant des conseillers intimes, que si Dieu disposait de lui, c’était à son cousin de Blois qu’il entendait remettre la garde ou régence de son duché, ainsi que de ses enfants385.

Olivier, de son côté, prodiguait mensongèrement au duc mille démonstrations d’amour et de respect. Tous ces dehors cachaient un piège, tendu au prince par Marguerite et ses fils. Cette comtesse, dit un ancien chroniqueur breton, conspira de faire venir le duc, soubz couleur de le festoyer, et luy faire un banquet. Car elle estoit garnye de jeunes damoiselles, belles et frisques, et le duc estoit jeune et amoureux et moult beau prince386. Olivier se rendit vers le duc et le pria, de la part de sa mère, qu’il voulsist se transporter à Chantoceaulx, et que là elle luy donneroit le banquet gracieulx, où il seroit servy par les plus belles damoyselles que l’on sçauroit souhetter et 199y trouveroit du passe-temps moult plaisant ; — à quoy le duc se condescendit volluntiers387.

Champtoceaux était une châtellenie des Penthièvre, sise à deux petites journées de Nantes, sur la Loire, près d’Ancenis. Il fallait, pour y arriver, franchir le pont de la Troubarde, qui traversait la Divatte. Le duc, à cheval, se rendit de Nantes vers ce point, suivi de ses gens et accompagné du comte de Penthièvre. Olivier avait eu soin de faire déclouer les planches du pont. Parvenus en cet endroit, le duc et le comte mirent pied à terre. Olivier prétexta le mauvais état de ce pont et en fit un sujet de plaisanterie. L’un et l’autre passèrent à pied sur les planches désassemblées. Aussitôt qu’ils eurent atteint, avec un petit nombre de compagnons, l’autre rive, des gens d’Olivier, toujours raillant, jetèrent dans l’eau les planches du pont. L’escorte du prince se trouvait ainsi interceptée388.

En même temps, la scène changea. Tout à coup, Charles de Bretagne, frère d’Olivier, sortit d’un bois voisin, avec quarante cavaliers et quelques fantassins. Beau cousin, quelles gens sont-ce-ci ? s’écria le duc surpris et troublé. Ce sont mes gens, répondit le comte. À ces mots, il mit la main sur le duc, en lui déclarant qu’il le faisait prisonnier au nom du dauphin et qu’avant qu’il lui échappât, le duc lui rendrait son héritage, c’est-à-dire la couronne de Bretagne. Richard de Bretagne, jeune frère du duc, qui l’accompagnait, subit le même sort. 200Quelques serviteurs tentèrent une vaine résistance : on les désarma389.

Jean VI et son frère furent accablés d’ignominie et de mauvais traitements. Olivier fit remonter le duc à cheval. Le prince fut ensuite lié par la jambe droite, à la bride et à l’étrier, puis il se remit en route. Un fantassin menait au licou la monture du prince. Deux satellites, armés de demi-lances, le tenaient à droite et à gauche, en respect. Il fut ainsi conduit au château de Clisson, puis de là transféré, de prison en prison, dans diverses places appartenant à ses ennemis, tant en Anjou qu’en Poitou et jusqu’au fond de la Saintonge.

Jean VI, captif, se montra complètement dépourvu de courage, de noblesse et de dignité. Menacé, traité avec hauteur et dédain par Marguerite, qui le tenait à merci, le duc la supplia qu’à tout prix on épargnât ses jours. Il s’humilia jusqu’à souscrire, sans résistance, aux dernières concessions, répétant qu’il ne lui chailloit de déposition390, pourvu qu’il fût assuré de la vie. Dès qu’il se vit prisonnier, il se voua, comme on dit, à tous les saints : à Notre-Dame du Bodon, aux Notre-Dame de Vertus, de Grâce, du Mené et de Brélévenez en Bretagne ; à Saint-Sauveur de Redon ; à Saint-Pierre de Vannes ; à Saint-Jean-d’Angély, à Sainte-Catherine de Fierbois-en-Touraine. Sur l’injonction d’un carme, son confesseur, il promit à Notre-Dame des Carmes de Nantes, son pesant d’or, s’il était tiré de captivité. Il s’engagea, dans le même cas, à doter de son pesant d’argent, Saint-Yves-de-Tréguier. 201Il voua enfin de faire le pèlerinage du Saint Sépulcre de Jérusalem ou de la Terre-Sainte, et d’exempter à l’avenir ses sujets de tout subside391.

Au fond de cette guerre de Penthièvre et à travers ses longues vicissitudes, une grave question de droit se débattait, c’était celle de l’habileté des femmes au gouvernement. La fortune, on peut le remarquer, tantôt favorisa la branche cadette et tantôt la branche aînée. Mais presque toujours, le beau rôle fut exclusivement du côté des femmes. Jeanne de France, duchesse de Bretagne, avait, après Jeanne de Bretagne et Jeanne de Flandre, inscrire, sans déroger, son nom dans la suite de ces annales.

Aussitôt que la captivité de son époux lui fut connue, elle prit le gouvernement du duché. Déjà la guerre civile se soulevait de nouveau. Jeanne de France conjura tous les périls et subvint à toutes les difficultés. Aussitôt, elle convoqua les états. Paraissant en personne au sein de l’assemblée, la belle duchesse, avec larmes, présenta aux prélats et barons, ses deux jeunes enfants, héritiers du prince captif. Les Bretons, électrisés par cet appel, vinrent, en foule, se ranger sous sa bannière.

Sans perdre un instant, la duchesse avait saisi l’opinion publique de l’éclat de sa cause et de l’éclat de son activité. Elle envoya ambassade sur ambassade à son frère le dauphin ; noua, de toute part et jusqu’en Espagne, des alliances. Elle écrivit au roi d’Angleterre Henri V. Elle lui réclama, en termes touchants et pressants, le frère de Jean VI ; Arthur de Bretagne, comte de Richemont, prisonnier 202d’Azincourt ; conjurant le roi de le lui prêter au moins momentanément. Ses prières, dirigées avec une adresse féminine et persévérante, finirent par triompher des résistances que lui opposa le conquérant.

Ainsi fut rendu à la France, en la personne du futur connétable de Richemont, l’un des hommes qui devaient coopérer le plus puissamment à l’œuvre de l’indépendance nationale.

Grâce à l’énergie, grâce à l’habileté de la duchesse, les rôles ne tardèrent pas à s’intervertir. Olivier de Bretagne, assiégé à Guingamp, et Marguerite de Clisson, à Lamballe, furent obligés de capituler. Jean VI recouvra sa liberté le 5 juillet 1420. Les représentations de la duchesse, ses succès, l’indignation publique, enfin, contraignirent le gouvernement du régent, de renoncer à ses honteux calculs et de désavouer, au moins extérieurement, cette odieuse expédition392.

Olivier de Blois, vaincu, souscrivit une formule d’amende honorable. Le 16 février 1421, le parlement de Bretagne, séant à Rennes, rendait contre les Penthièvre, un arrêt solennel, mais qui ne frappa que des contumaces. Olivier de Blois et son frère furent condamnés à mort ; la famille des Penthièvre perdit une grande partie de ses biens et de ses prérogatives393.

203Chapitre V
21 décembre 1419 – 2 juin 1420.

Le 21 décembre 1419, Charles, avec vingt-six chevaux, partit pour le Languedoc. En 1389, cette excursion avait coûté à son père, Charles VI, la perte de sa santé, de son intelligence, et causé, par là, un déluge de maux. Celui qui allait être Charles VII inaugurait, par le même voyage, son avènement aux affaires publiques. Les mêmes séductions, les mêmes dangers, entouraient le fils de Charles VI ; car la nature, pour la fougue et la puissance de certaines passions, l’avait créé très ressemblant à son père.

On voudrait pouvoir suivre, pas à pas, sur ce théâtre nouveau, les faits et gestes du jeune prince, à ce début de sa carrière. Ses comptes de l’écurie, qui nous sont restés, permettent en effet de retracer, étape par étape et jour par jour, son itinéraire. Mais il ne nous est parvenu de cette importante campagne, aucune relation politique et suivie. Les conseillers de Charles continuaient de le soustraire à tout contact jugé par eux compromettant. Il semble que ces tuteurs intéressés aient réussi à rendre leur pupille impénétrable, même pour l’histoire et la postérité. En l’absence de documents d’un ordre plus général et plus relevé, le lecteur nous pardonnera de mettre en œuvre, dans ce chapitre, des bribes d’information que les 204siècles nous ont conservées et que nous avons pu çà et là recueillir.

Charles, marchant de Bourges sur Lyon, prit son chemin par le Bourbonnais. Il traversa successivement Dun-le-Roi, Ainay-le-Château, Bourbon-l’Archambault, Souvigny, Moulins, Varennes, Lapalisse, et pénétra dans le Beaujolais. D’après une tradition (dont les traces se sont transmises jusqu’à nous), la jeunesse, au quinzième siècle, avait coutume de célébrer, par des divertissements nocturnes et plus ou moins tumultueux, la fête des Rois ou Épiphanie. Le prince Charles séjourna le 5 et le 6 janvier 1420, à Perreux en Beaujolais. Il logeait dans la maison d’un nommé Jean Trenier, qui habitait lui-même Perreux. Nous manquons de notions précises sur la manière dont l’Épiphanie ou plutôt le réveillon fut chômé dans la résidence du jeune prince. Mais nous possédons une quittance authentique de cinquante livres tournois accordées par le régent à Jean Trenier pour les dommages que lui avait occasionnés le desroy [désarroi] de son hôtel, auquel mon dit seigneur fut logé la nuit des Rois, etc.394

Charles rendit, le 11, à Feurs-en-Forez, des lettres-patentes concernant Guillaume, vicomte de Narbonne. Ce seigneur, l’un des grands barons du Midi, comptait, 205en même temps, parmi les champions les plus considérables de la cause politique représentée par le dauphin. Brunissende de Lautrec, tante du vicomte, avait laissé un héritage litigieux. Le dauphin confirma la possession de ces domaines en faveur de Guillaume395.

Le prince Charles et sa suite entrèrent le 22 janvier 1420 à Lyon, où il fixa pendant quelque temps son séjour396.

Jean Gerson, le redoutable adversaire du duc de Bourgogne et de Jean Petit, était aussi arrivé, depuis peu de temps, dans cette ville. Après tant de travaux, lui, la gloire de l’Université de Paris, s’était vu fermées, au retour, les portes de cette école et de cette capitale. Gerson, l’illustre chancelier de Notre-Dame, n’avait plus de chaire possible, là où triomphait Jean sans Peur, là où allait régner un roi anglais !

Revenu du concile de Constance, après l’invasion du 30 mai 1418, Jean de Gerson s’était volontairement éloigné de Paris et avait pris la route de Lyon. Le vieil athlète, fatigué de sa carrière militante, aspirait, vers l’automne de sa vie, au repos de l’âme. L’étude, la retraite, une pieuse philosophie promettaient ce port au nautonier éprouvé partant de tempêtes. Le contact des hommes, 206l’effet de la lutte et l’expérience des réalités de ce monde, avaient arraché de son cœur bien des espérances, et détruit plus d’une illusion. Deux croyances pourtant y survivaient, chaque jour plus fortes et plus épurées : Dieu et la patrie.

Tels étaient les seuls biens que rapportait à Lyon le grand docteur. Mais sa noble pauvreté ne devait pas du moins dégénérer en indigence. Son frère, prieur des Célestins de Lyon, lui ouvrait un asile doublement fraternel. Gérard Machet, confesseur du régent, accompagnait ce prince. Gérard se trouva ainsi réuni à son ancien maître, dont il avait partagé tous les sentiments et dont il aurait voulu partager aussi la retraite, avec ses religieux loisirs397. Le 25 janvier 1420, dit un acte authentique, le régent donna 200 fr. à Jean Gerson et 100 fr. à Gérard Machet, tant en considération des bons et grands services qu’ils lui avaient dès longtemps faits, comme pour leur aider à supporter les pertes et dommages en quoy ils sont encourus dernièrement, en la ville de Paris, pour la rébellion advenue en icelle398.

Avant de quitter cette grande cité, le régent y rendit trois ordonnances qui réglaient divers points d’administration 207judiciaire, ressortissant à la chancellerie du Dauphiné399.

De là, le régent se rendit à Vienne, en Dauphiné. Les habitants saluèrent sa bienvenue par un présent qu’ils lui offrirent de 800 florins d’or. Il accorda, le 9 février, par lettres datées de cette place, à la ville de Lyon, qu’il venait de quitter, l’autorisation de tenir annuellement deux foires franches. À ce privilège il joignit la permission, très précieuse alors, d’accepter en paiement et en circulation, toutes monnaies étrangères400.

Charles de France regagna le Lyonnais par Rive-de-Gier, Saint-Chamond, Saint-Rambert-sur-Loire, Saint-Bonnet-le-Château et passa, par Arlanc et Brioude, en Auvergne. Il traversa rapidement cette province. Les étapes de Massiac, Saint-Flour, Laguiole, Espalion, Rodez, Sauveterre-de-Rouergue, Monestiés le conduisirent à Albi, où il résidait les 27 et 28 février.

Le 1er mars, Charles, régent du royaume, fit son entrée à Toulouse, véritable capitale du Midi. Il y fut reçu avec faveur et avec pompe. Le train ou équipage du prince s’était accru pendant le cours de son voyage. Sa suite personnelle, à Toulouse, comprenait quarante et un chevaux. Le régent avait en sa compagnie son jeune cousin Charles de Bourbon, comte de Clermont ; Jean, comte d’Armagnac ; les membres de son grand conseil ; Guillaume de 208Boisratier, archevêque de Bourges, vice-chancelier, etc. etc.401

Après lui, marchaient en bataille ses hommes d’armes ; portant chacun leur lance, ornée d’un panonceau, et peintes par divers artistes de Lyon, d’Avignon et de Bourges. Puis venaient les hommes de trait, ou fantassins. La plupart de tous ces combattants étaient écossais402.

Cet appareil indiquait l’une des vues de cette sérieuse promenade. Charles VII n’avait point l’instinct militaire. Le courage personnel et l’intelligence de la guerre se développèrent en lui tardivement. Ils furent le fruit non de la nature, mais de la volonté, du calcul et de la réflexion. En attendant, les conseillers du jeune héritier de la couronne se donnaient de garde de l’exposer au péril. Mais ils ne négligeaient point de le produire à la vue des populations, entouré de ce prestige de la force armée, qui les trouve toujours si sensibles.

Des sommes considérables avaient été dépensées pour son harnais de campagne, que l’on véhiculait après lui. L’or, l’argent et le travail de l’orfèvre reluisaient sur sa riche épée de parement, sur son heaume de cérémonie. Les couleurs ou devise qu’arborait le futur roi de France et qui formaient sa livrée militaire et civile, n’étaient autres que nos couleurs nationales, consacrées depuis la révolution de 1789 : rouge, blanc et bleu. Son armure complète et de grande tenue consistait en une lourde 209carapace qui enveloppait et bardait le corps entier ; carapace de fer, orfévrée d’or et d’argent ; le heaume, ceint d’une couronne d’or et sommé de joaillerie403 et de plumes. Mais le plus souvent le jeune prince marchait le visage découvert. Il remplaçait alors le heaume par un chaperon, ou par un chapeau, soit de velours, soit de feutre orfévré. Par-dessus la cuirasse ou au lieu de la cuirasse, il portait une robe courte rembourrée aux épaules et froncée de corsage, nommée huque.

Sur ces huques, les orfèvres, brodeurs ou couturiers royaux, épuisaient les ressources de leur imagination et de leur goût, qui, sous l’empire de la mode, touchait souvent à l’extravagance. L’une des robes de Charles avait de longues manches pendantes et découpées, chargées de dix marcs404 d’or, en ornements. Il possédait une autre huque plus simple. Celle-ci, de velours vermeil, était recouverte de drap de laine noir, découpé en manière de grandes écailles pourfilées et nervées de fil d’or de Chypre, qui pesaient six marcs et trois onces d’argent doré. Nous signalerons entre autres, une troisième robe à l’usage du prince brochée d’or sur velours vermeil, dorée et ouvragée de besans et de feuilles branlants.

La plus solennelle, sans doute, le revêtait au jour de son entrée dans Toulouse. Cette huque d’état offrait aux 210regards une ornementation politique. Charles VI, roi de France, avait pour emblème un soleil d’or. Son fils le prince Charles portait une huque italienne, ou à la mode du Midi, en drap de laine noir, brodée d’or, ladite broderie en forme ou manière d’auvent traversé par les rais d’un soleil d’or. Ce symbole, vraisemblablement, donnait à entendre, ou à deviner, aux Occitaniens, que le régent était pour le pays un protecteur et un abri, à travers lequel pénétraient jusqu’à eux les rayons et les bienfaits de l’autorité royale405.

En effet, Charles ne tarda pas à laisser dans ces régions des traces utiles et favorables de son passage.

Il commença par destituer le comte de Foix. Mettant en sa propre main la lieutenance générale, il exerça lui-même cette charge jusqu’à son départ du Languedoc, puis il en revêtit alors le comte de Clermont. Il destitua, en même temps, dans tout le ressort, les fonctionnaires bourguignons et les remplaça par des officiers dévoués à sa cause. Charles fonda la noblesse échevinale ou noblesse bourgeoise des capitouls. Les familles de magistrature civile, assimilées ainsi à l’ancienne aristocratie d’épée, entrèrent en possession des prérogatives, qui avaient été jusqu’ici l’attribut exclusif de la noblesse militaire. Enfin une notable ordonnance fut rendue à Carcassonne, le 20 mars, par le régent. Elle constitua ou plutôt rétablit à Toulouse un parlement ou cour souveraine, pour les pays de Languedoc et duché de Guyenne deçà la Dordogne. Le roi commit à remplir les fonctions de premier président, 211Dominique de Florence, archevêque de Toulouse, dominicain406.

Charles de Valois se rendit ensuite à Carcassonne, où il s’arrêta du 15 au 25 mars. Il présida, dans cette ville, les états de la province, qu’il y avait convoqués pour le 17. Cette assemblée lui octroya un don de deux cent mille francs, pour son joyeux avènement dans le pays. Il renouvela également les fonctionnaires anglo-bourguignons et confirma les libertés et privilèges des habitants de Montauban407.

De Carcassonne, le régent atteignit Montpellier, par Lézignan, Narbonne, Béziers et Pézenas. Après s’être arrêté cinq jours à Montpellier, Charles parut le 4 avril à la tête de son armée, devant Nîmes. Louis de Chalon, prince d’Orange, occupait cette place pour le duc de Bourgogne. Jusqu’ici l’héritier légitimé n’avait eu qu’à se montrer. Partout son ascendant avait suffi pour déterminer des populations, qu’agitait la guerre civile, à se prononcer en sa faveur. Mais les habitants de Nîmes lui fermèrent leurs portes et se mirent en état de résistance. Déjà la soumission des autres parties de la province doublait l’ascendant moral du fils de Charles VI et communiquait à son autorité comme une force acquise et d’impulsion. Il fallut néanmoins recourir à celle des armes.

Jean de Torsay commandait à côté du dauphin, comme 212grand maître des arbalétriers ou de l’infanterie. La ville, investie avant l’arrivée du prince, se rendit dès le 4, en sa présence. Le château ne tarda pas à subir le même sort. Charles fit mettre à mort les principaux chefs de la résistance. L’antique municipe du Midi se vit retirer (momentanément) le droit de consulat et celui de garde urbaine. Une partie de ses murailles fut abattue par pans. Elle demeura ainsi mutilée, en guise de châtiment, ou d’expiation perpétuelle. Moyennant ces conditions, le prince amnistia les habitants et reçut la ville sous son obéissance408.

Le régent se présenta ensuite (18 avril) à Villeneuve-lès-Avignon, qui lui ouvrit ses portes. Durant les derniers jours de ce mois, Charles demeura aux environs de la ville des papes. Le 21, par lettres données à Saint-André-lès-Avignon, il confirma les statuts et privilèges de Sommières, place forte et importante, qui tenait le parti bourguignon. Le 22, cédant à la même politique de paix et de conciliation, il rétablit dans leurs offices les consuls de la ville de Nîmes409.

Arrivé sur ces confins du Languedoc, Charles se réunit à sa bonne mère Yolande, qui résidait alors dans son comté de Provence. Il y rencontra également son jeune beau-frère, Louis III, roi de Sicile et duc d’Anjou. Yolande et Louis prirent part aux conseils du régent. 213Ils l’aidèrent aussi de secours militaires. L’état d’Avignon et son pays du Dauphiné lui fournirent une aide semblable. Muni de ces ressources, Charles arriva le 2 mai devant le Pont-Saint-Esprit, qui, à l’instar de Nîmes, tenta de méconnaître, à force ouverte, son autorité. Ce fut le dernier point qui, sur son passage, lui opposa quelque résistance. Le jeune prince fit assiéger le Pont-Saint-Esprit, comme il avait fait de Nîmes. Une semaine lui suffit pour obtenir la complète soumission des habitants410.

Trois places secondaires : La-Motte-sur-le-Rhône, Sommières et Aigues-Mortes, étaient désormais les seules, qui, de la Garonne aux embouchures du Rhône, tinssent encore levée la bannière bourguignonne411. Au sud de la Loire, il en était à peu près de même, en exceptant le Mâconnais, depuis ce fleuve jusqu’à la Méditerranée. Après avoir obtenu ce grand résultat, le prince Charles retourna sur ses pas par la route d’Auvergne.

La cathédrale du Puy jouissait alors, parmi les églises de France, d’une immense renommée. C’était, dans le Midi, comme une Notre-Dame des Victoires. Le jeune prince, après les succès qu’il venait de remporter, arriva au Puy le 14 mai. Le lendemain, il y fit en grande pompe son entrée solennelle. Non content de ces mondaines 214cérémonies, le régent se fit recevoir chanoine de Notre-Dame du Puy. Il assista le 15, aux premières vêpres, revêtu de l’aumusse et du surplis. Le jour suivant 16 mai, fête de l’Ascension, Guillaume de Chalencon-Polignac, évêque du Puy, célébra la grand-messe pontificalement. Le chanoine régent y reçut l’eucharistie. Il créa ensuite chevaliers le comte de Pardiac, fils du connétable d’Armagnac, les barons de Chalencon-d’Apcher, de la Tour-Maubourg, de la Roche, ainsi que les seigneurs de Vergezac et de Rouxel, qui s’étaient distingués dans la précédente campagne412.

Le prince Charles était de retour à Poitiers le 8 juin 1420413.

De décembre 1419 au printemps de 1420, les trêves subsistèrent entre les partisans de Charles VI ou bourguignons et le roi d’Angleterre. Les capitaines du dauphin continuèrent les hostilités.

Au mois de janvier 1420, Jacques Gélu, archevêque de Tours, se rendit en ambassade vers don Juan second, roi de Castille. Il obtint de cette cour, ancienne alliée des rois de France, une aide précieuse en faveur du dauphin. Vingt galées et soixante gros vaisseaux de guerre furent mis à la disposition du prince français. La Castille fit les avances pécuniaires de l’expédition. Elle fournit aux marins trois mois de solde et des vivres pour quatre mois. L’amiral de Castille don Alfonso Enríquez 215dut prendre le commandement de l’escadre. Mais il céda ce commandement à l’amiral de France, Robert de Bracquemont414.

Robert appartenait à cette race de hardis navigateurs normands, qui, dès le commencement du quinzième siècle, furent les pionniers de la grande route du monde, et qui devancèrent Vasco de Gama et Christophe Colomb. Natif du pays de Caux, il était le compatriote et le cousin germain de Jean de Béthencourt, à qui l’on doit la découverte des Canaries. Robert de Bracquemont avait suivi au delà des Pyrénées Bertrand du Guesclin. Vers 1400, il épousa doña Inés González de Mendoza, de l’une des plus grandes maisons de l’Andalousie, et devint la tige des ducs de l’Infantado. Possédant ainsi, dans les deux pays, un établissement considérable, Robert est désigné par les historiens français sous le titre de connétable du roi de Castille415.

L’amiral de France avait à son bord l’intrépide bâtard d’Alençon, nommé Pierre, fils de Jean le Sage, duc d’Alençon, tué par les Anglais, l’an 1415, à la bataille d’Azincourt. Pierre avait juré de venger la mort de son père en ne faisant aux envahisseurs du pays, aucun quartier. La flotte hispano-française rencontra les Anglais sur mer, vers les côtes de la Basse-Bretagne ou de l’Aquitaine. Pierre d’Alençon tint parole. L’équipage 216ennemi comptait de sept à huit cents hommes. Tous, jusqu’au dernier, furent tués, noyés ou mis à rançon. Après cet avantage signalé, l’escadre victorieuse se rallia dans le port de La Rochelle416.

Sur le continent, des succès partagés se balancèrent entre les Armagnacs et les Bourguignons. Les hostilités eurent pour théâtre les marches de Picardie, de Champagne, de Bourgogne ; le Parisis, le Vendômois, la Touraine. Dammartin, Roye-en-Vermandois, Crépy-en-Laonnois, furent successivement pris et repris par les Dauphinois et par leurs adversaires. Vers le mois de mai, le comte de Derby, Anglais, fut fait prisonnier des Armagnacs aux portes de Paris417.

Le 8 mai 1420, Henri V, ayant quitté ses quartiers de Rouen, vint coucher à l’abbaye royale de Saint-Denis en France. Le lendemain 9, les Parisiens virent défiler devant la porte Saint-Martin sept mille Anglais. Cette armée était commandée par leur nouveau maître, qui prit ce même jour son gîte au pont de Charenton. De là, Henri V se rendit à Troyes, où il avait été précédé par le duc de Bourgogne418.

Charles VI, la reine, la princesse Catherine tenaient depuis longtemps leur résidence dans cette ville. Le fameux 217traité de Troyes y fut débattu, puis arrêté définitivement le 20 mai 1420419.

Ce traité, promulgué le lendemain, 21 mai, dans la cathédrale de Troyes, stipulait en premier lieu le mariage d’Henri V avec Catherine de France. Une dot et un douaire étaient assurés, pour cette princesse, tant en France qu’en Angleterre. Le traité garantissait à Isabelle le titre de reine et des émoluments en rapport avec sa condition. Charles VI conservait également, jusqu’à la fin de sa vie, ses titres, rang et prérogatives, avec la pompe et les revenus afférents à la royauté. Contrairement à la loi fondamentale du pays, les droits héréditaires du dauphin Charles étaient, non point transportés, ou abolis, mais méconnus. Ces droits se trouvaient violés de fait par la cession momentanée d’une part, et de l’autre, par la promesse d’aliénation, pour l’avenir, que Charles VI y consentait, de son pouvoir royal.

En effet, Henri V, reconnu dès lors comme fils et héritier de France, devait, selon la teneur du traité, prendre immédiatement le gouvernement du royaume avec le titre de régent. En cas de survie par rapport à Charles VI, il était désigné pour entrer en possession absolue de la couronne420.

Dans l’état d’intelligence et de santé où se trouvait le malheureux Charles VI, la pensée, naturellement, se détourne pour accuser les véritables auteurs, les auteurs 218responsables de cet odieux contrat. Deux femmes, à ce sujet, se désignent pour ainsi dire d’elles-mêmes : Isabelle de Bavière et sa fille Catherine.

L’histoire a flétri le nom de cette reine, en la liant pour ainsi dire au perpétuel souvenir du traité de Troyes et en couvrant l’une et l’autre, d’une commune réprobation.

Il est juste, en effet, d’imputer à Isabelle la grande part dans la responsabilité de cet indigne traité. Reine de France et jouissant au moins de son entendement, elle devait défendre le droit public de l’État. Obligation d’autant plus simple, à ce qu’il semble, que ce droit se confondait avec celui de son propre fils. Si la reine Isabelle eût été au niveau de son rang, elle pouvait tout sauver. Ce que sa fille Jeanne de France venait de faire en Bretagne, elle pouvait le répéter sûr un théâtre grandiose. La France entière, ralliée sous la poétique bannière d’une femme, d’une Marguerite d’Anjou, d’une Blanche de Castille, l’eût suivie dans la voie de l’héroïsme.

D’autres inspirations prévalurent chez elle et dirigèrent sa conduite. Isabelle de Bavière céda, non pas aux violentes passions, à la haine contre nature, qu’on lui a prêtées gratuitement, mais à des instincts d’un genre beaucoup plus terre à terre. Charles son fils, ou plutôt les conseillers de ce prince s’étaient livrés envers elle, à des manques d’égard, à des iniquités, qui avaient atteint les proportions non seulement de torts privés, mais de fautes politiques. Les Anglo-Bourguignons, conseillers d’Isabelle, ne négligèrent point d’exploiter, dans son esprit, ces fautes et ces torts, ni d’aiguiser le ressentiment de la reine ; de la mère, 219outragée. Il est fort peu certain toutefois qu’Isabelle en ait ressenti une animosité profonde, réelle (envenimée à ce point !) contre son fils. Rien ne prouve même que, dans cette conspiration, tramée entre de mauvais Français et les envahisseurs de la France, Isabelle ait joué positivement un rôle actif.

L’ambition, la haine, l’envie même, ont d’énergiques ressorts, que ne comportaient ni la molle complexion d’Isabeau, ni l’état actuel de son caractère. La paresse, l’inertie, la timidité, l’égoïsme surtout, dominaient son existence. On peut y joindre la cupidité, une prodigalité qui se combinait avec l’avarice, la sensualité enfin. Isabelle n’avait plus même de passions : il ne lui restait que des vices421.

Les auteurs du traité de Troyes, Henri V et ses complaisants, obtinrent d’Isabelle un acquiescement facile et intéressé ; rien de plus. Dans le traité de Troyes, elle vit un riche parti, un grand établissement pour une princesse qu’il lui restait à pourvoir. Elle crut y voir pour elle une promesse de bien-être et d’honneurs dans l’avenir. Quant aux droits d’une patrie qui n’était pas la sienne, comment demander à l’imbécile et vulgaire Isabeau, des inspirations dont la noblesse, dont la lumière dépassaient, à ce point l’humble portée de son esprit et l’étroite capacité de son cœur !

220Le 17 mai, au moment où tout, à Troyes, était prêt, des lettres patentes, rendues au propre nom, d’Isabelle, lui instituèrent un argentier, c’est-à-dire une liste civile indépendante. La reine se sentait plus valétudinaire que jamais. Par les soins de son apothicaire et d’un conseiller bourguignon de Paris, Michel de Lallier, elle fit venir de cette capitale un précieux électuaire, ou potion médicinale. Cet élixir, que prit la reine dans l’intérêt de sa santé, se composait d’or potable, de jacinthes, d’émeraudes, de rubis d’Alexandrie et de perles d’Orient. Pour les solennités qui se préparaient, Laurent Bonnault, tailleur de la reine, lui confectionna une robe magnifique et d’un haut prix. Cette robe, destinée à orner l’obésité d’Isabeau, mesurait quatorze aunes de drap de soie de Damas, bleu, achetées à un marchand de Lucques. Elle se fit faire en même temps, de rechange, une autre robe, dite houppelande, de dame noir, dont la soie seule coûta, monnaie du temps : 537 livres 12 sous parisis. Quinze cents ventres de menu-vair furent employés à la fourrure de ces deux robes, que la reine portait au traité de Troyes et au mariage de Catherine422.

Lorsque tout fut consommé, lorsque Henri V eut passé au doigt de sa fiancée, l’anneau qui le faisait roi de France, veut-on savoir quelles préoccupations, quels soucis absorbaient Isabeau de Bavière ? La reine avait laissé à Vincennes et à Paris une partie de ses animaux et de sa volière. À travers les périls des routes infestées de gendarmes et de brigands, elle fit venir de loin, par devers elle, à Troyes et à grands frais, trois douzaines de petits 221oiselets chantans, chardonnerets, pinçons, linotes, tarins et autres, tant mâles que femelles423. — Des robes et des oiseaux, voilà ce que vit, dans le traité de Troyes, Isabeau de Bavière.

Catherine de France, parmi les nombreux enfants issus d’Isabelle, paraît avoir été celle qui, moralement surtout, ressembla le plus à sa mère. Jeune princesse, elle ignorait, en 1420, le monde et la vie. La fille d’Isabeau se révéla plus tard. Après Henri V, Catherine se donna, comme on sait, à Owen Tudor, du pays de Galles. Un jour à Windsor, cet homme d’armes était de garde. Invité à danser devant la reine, il eut soin de tomber sur elle, avec une maladresse providentielle. La veuve d’Henri V reçut le danseur dans ses bras ; et nulle autre cérémonie ne célébra jamais leur union. La seconde moitié de la vie de Catherine se réverbère sur l’autre et l’éclaire. Dans les entrevues de Meulant et de Troyes, Catherine avait plu… C’est là tout ce qu’elle avait appris d’Isabelle424.

Henri V réunit à Troyes, pour assister à son inauguration, le cortège le plus nombreux qu’il put former, de princes et de seigneurs considérables. Ses frères, ducs de Bedford et de Clarence, les comtes de Huntingdon, de Warwick, et de Dent, y furent convoqués. Il avait avec lui Jacques Ier, roi d’Écosse, son prisonnier, qu’il gardait comme un gage et qui l’avait suivi sur le continent. Le duc de Bourgogne et sa cour, le duc rouge de Bavière425, marquèrent également parmi les témoins de cette usurpation. 222Charles duc de Lorraine, nouvellement rallié à la cause du dauphin, s’excusa poliment de ne pas répondre à la semonce ou convocation du roi anglais. Au moment où le comte de Warwick arrivait en armes aux portes de Troyes, il fut assailli par un gros de dauphinois. Les chevaliers anglais mirent pied à terre et repoussèrent victorieusement cette attaque. Ils en furent quittes pour une alerte et pour la perte de leurs chevaux, qui demeurèrent entre les mains de l’ennemi426.

Henri V, après avoir signé le traité de Troyes, procéda aux cérémonies et formalités nécessaires pour son union avec Catherine, d’après les lois et la coutume de France. Cette signature eut lieu dans l’église cathédrale, ou Saint-Pierre de Troyes. Immédiatement ensuite, le roi d’Angleterre fiança la princesse. En présence de l’archevêque de Sens, Henri de Savoisy, métropolitain ; en présence de la reine Isabeau de Bavière, du duc de Bourgogne, du duc et de la duchesse de Clarence, et de nombreux témoins, tant chevaliers, écuyers, que dames et damoiselles, Henri V promit de prendre à femme, per verba de presenti, c’est-à-dire dès le moment présent, la princesse Catherine. Restait à observer les délais alors requis entre la fiançaille et le mariage427.

Le 2 juin, ces délais étaient accomplis. D’après une tradition locale, Henri V avait son logis dans la ville entre 223Saint-Jean et Notre-Dame-aux-Nonnains. Ce même jour, le mariage fut célébré dans l’église de Saint-Jean, paroisse de l’époux, au milieu d’une pompe royale. Henri de Savoisy unit, sous le poesle428, la main d’Henri V à celle de Catherine. Les époux déposèrent sur l’évangile, en guise des deniers symboliques du mariage, treize nobles429, ou écus d’or d’Angleterre. À l’offrande chacun d’eux présenta trois nobles430.

Le roi anglais laissa en outre à la fabrique de Saint-Jean deux cents nobles, qui, si l’on en croit la même tradition, furent encore accompagnés de nouvelles libéralités. Après la cérémonie religieuse, sur le soir, les époux prirent ensemble les souppes431 (ou toastes) accoutumées. C’étaient des tranches de pain, emblème de la vie quotidienne et domestique, qui se trempaient alors dans du vin. Puis l’archevêque officiant bénit le lit nuptial432.

224Chapitre VI
3 juin 1420 – 23 février 1421.

Henri V avait épousé Catherine un dimanche, jour de la Trinité. Le lendemain, lundi, selon la coutume, les chevaliers de Bourgogne et d’Angleterre voulurent faire des joutes, à Troyes, pour célébrer cette solennité. Mais le nouveau marié s’y opposa. Je prie, dit-il, Monseigneur le roy dont j’ai épousé la fille et je vous recommande à tous, ici, que, demain matin, nous soyons prêts, les uns et les autres, pour aller mettre le siège devant la ville de Sens ; et là pourra chascun de nous jouster et tournoyer et monstrer sa prouesse et son hardement433 !

En effet le jour suivant, 4 juin, Henri V partait de Troyes, emmenant avec lui sa jeune épouse, qui devait partager, sous une tente guerrière, le lit nuptial du conquérant. Il se fit suivre également de sa belle-mère, la peu martiale Isabelle, et de son beau-père, le roi de France. Fétiche débonnaire, Charles VI était plongé, de plus en plus, dans une sorte de doux hébétement. Quiconque parlait devant lui le dernier, avait raison. Il approuvait avec bénignité toute requête adressée à sa majesté royale et insensée. L’héritier de France, dans cet 225équipage, se mit en route vers Sens, qui tenait pour le parti du dauphin434.

Ervy-le-Châtel (Aube), puis Saint-Florentin (Yonne), lui ouvrirent leurs portes sans résistance. À Joigny, les habitants intimidés étaient disposés à se soumettre. Le seigneur du pays, nommé Guy de La Trémoille, comte de Joigny, s’y opposa. Guy de La Trémoille suivait le parti de Bourgogne, mais il considérait comme une honteuse tyrannie l’usurpation du roi anglais. Il destitua Gille de Flemin, capitaine de Joigny, qui servait aux gages des habitants et qui voulait rendre la place au roi d’Angleterre. Guy avait signifié d’avance à ses hommes de Joigny que lui, comte, refuserait le serment à Henri V et que la peine de mort attendait quiconque prêterait ce serment sacrilège. Les habitants, pris, de la sorte, entre deux forces ou deux contraintes, invoquèrent, par une lettre, aussi bien la clémence que le secours du conquérant anglais, et se mirent à la merci de ce dernier435.

En passant à Villeneuve-le-Roi, Henri laissa dans cette ville Isabelle, Charles et Catherine, qui se trouvèrent ainsi à proximité en même temps qu’à l’abri des hostilités. Pour lui, accompagné de tous ses gens d’armes, il poursuivit sa route, jusqu’aux portes de Sens. La place, assiégée le 8, se rendit le 11, au roi anglais436.

226De Sens, Henri V se rendit avec le roi et les deux reines à Bray-sur-Seine, ville bourguignonne, où il se trouvait le 16. Ce même jour, il envoya mettre le siège devant Montereau.

Le château de Moret avait pour défenseurs un écuyer du pays, nommé Denis de Chailly, assisté d’une faible garnison. Se voyant hors d’état de résister, le capitaine évacua la place et se retira sur Melun, qui appartenait au dauphin. Henri V, par ce moyen, devint maître de Moret sans coup férir437.

Montereau était occupé pour le dauphin, par Guillaume de Chaumont, seigneur de Quitry, et cinq cents hommes environ de garnison. Ce petit nombre de combattants ne pouvait opposer une longue résistance. Les Bourguignons entrèrent dans la ville le 24 juin. Tout d’abord ils s’enquirent des dépouilles mortelles de Jean sans Peur. Les femmes de Montereau indiquèrent le lieu où ces restes avaient été déposés. Le cadavre du prince fut reconnu par son fils et par ses serviteurs. Philippe le Bon fit célébrer le même jour un service funèbre en l’honneur de son père. Le lendemain, le corps de Jean sans Peur fut exhumé, puis conduit à la Chartreuse de Dijon, Montereau se rendit aux Anglo-Bourguignons dans les premiers jours de juillet438.

Aussitôt, Henri V se transporta devant Melun, et en commença le siège le 7 juillet. Cette place, qui barrait 227l’accès de Paris par la Seine, était d’une grande importance. Barbazan y commandait pour le dauphin. Il avait sous ses ordres quelques capitaines de marque, tels que Pierre de Bourbon, sire de Préaux ; Nicole de Girème, grand prieur en France, de l’ordre de Rhodes ou de Saint-Jean de Jérusalem ; Denis de Chailly, Guillaume de Chaumont-Quitry, capitaines de Moret et de Montereau, qui s’étaient réfugiés à Melun. On comptait également dans les rangs de ses auxiliaires un gentilhomme notable du pays : Philippe de Melun, seigneur de la Borde ; Louis Jouvenel des Ursins, chevalier, sire de Traînel et un vaillant écuyer breton, Tugdual de Kermoisan dit le Bourgeois. Mais l’ensemble des combattants était peu nombreux du côté de la défense. Les auteurs bourguignons eux-mêmes l’évaluent, les uns de six à sept cents, les autres de neuf cents à mille hommes d’armes. Le roi d’Angleterre avait sous ses ordres au moins vingt mille hommes439.

Il était accompagné de ses frères les ducs de Clarence et de Bedford ; des comtes de Huntingdon, Warwick, etc. Philippe le Bon, nouveau duc de Bourgogne, participait à l’expédition. Accompagné d’un contingent de troupes considérable, il fournissait au roi anglais son principal appui. Le duc rouge de Bavière et d’autres confédérés se joignirent aux précédents. Parmi les vassaux ou alliés de Philippe le Bon, on remarquait le prince d’Orange, Louis de Chalon, qui venait de succéder à son père. Il se rendit au 228camp de Melun, sur le mandement du duc de Bourgogne. Henri V, informé de sa présence, requit l’hommage du prince et voulut qu’il souscrivît au traité de Troyes. Le prince refusa. Louis de Chalon répondit qu’il était prêt à combattre les Armagnacs et à servir le duc de Bourgogne ; mais que, pour mettre le royaume aux mains des Anglais, jamais il ne le ferait. Là-dessus et au grand déplaisir d’Henri V, il quitta le siège et se retira440.

Henri V et le duc de Bourgogne se partagèrent le commandement du siège. Philippe le Bon, associé au comte de Huntingdon, cerna la partie de la ville au nord-est de la Seine, du côté de la Brie. Le roi d’Angleterre et ses frères se postèrent au sud vers le Gâtinais, près d’un lieu nommé Saint-Ambroise. Des bateaux, saisis par les assiégeants, leur servirent à jeter, au-dessous de la ville, un pont, qui complétait l’investissement et leur procurait autour des assiégés, une communication circulaire. L’artillerie de siège fut mise en jeu des deux parts. Philippe le Bon tenta, le 28 juillet, un premier assaut. Mais il fut repoussé avec perte. Les assiégés firent une vigoureuse sortie, prirent au duc une de ses bannières et tuèrent un de ses écuyers441.

Les assiégés opposèrent une résistance opiniâtre et des plus brillantes. Dans le nombre, se trouvait un de ces 229hommes, travestis, comme on en voit à toutes les époques : celui-ci portait sous le froc monastique l’âme d’un guerrier. Il s’appelait Damp442 Simon, jadis religieux Augustin du monastère du Jard, au diocèse de Sens et maintenant cellérier de l’abbaye de Jouy en Brie. Il excellait à tirer de l’arbalète. On lui en fit une très bonne et très forte. Assisté, en guise d’écuyer ou de varlet d’armes, par un autre religieux, il frappa de mort à lui seul, plus de soixante hommes d’armes ou nobles, assiégeants, sans compter de nombreux fantassins443.

Le canon de l’attaque avait presque rasé les murs de la ville. Néanmoins le roi d’Angleterre n’osa pas renouveler l’assaut, tant l’intrépide valeur de la défense lui inspirait de respect. Il résolut de miner la place et poussa des galeries jusque par dessous et par de là le côté intérieur de l’enceinte murale. Mais Barbazan contre-mina de son côté. Les mineurs ou taupins des deux partis se rencontrèrent. La dernière cloison de terre tomba : il y eut alors un vigoureux choc de lances, repoussé de part et d’autre444.

Les Anglais firent élever dans la galerie de mine une forte barrière de bois. C’était une simple cloison, à hauteur de la ceinture d’homme. Dans cette lice souterraine, les deux parties belligérantes descendaient journellement et accomplissaient des joutes ou passes d’armes aux flambeaux. Chacun des deux généraux y créa des chevaliers, 230comme il était coutume de le faire à l’occasion des sièges, en rase campagne. Henri de Lancastre ne dédaigna pas de participer de sa personne à ces prouesses militaires. Le duc de Bourgogne accepta pour adversaire messire le Bourgeois, qui n’était point encore chevalier. Henri V croisa le fer avec le seigneur de Barbazan445.

Cependant, les sorties des assiégés se succédaient ; le temps s’écoulait. À bout de solde, les troupes de Bourgogne se voyaient décimées par la maladie et menaçaient de se débander. De jour en jour, l’on s’attendait a voir arriver le dauphin suivi de troupes, pour secourir les défenseurs de Melun et les délivrer446.

Charles dauphin revenait du Midi dans le moment où Henri V reprit l’initiative des hostilités. Le 28 juin il se trouvait à Mirebeau447 et se remit en campagne. Il commanda ce même jour dix mille panonceaux pour dix mille lances, équipa sa maison militaire, et plaça tout son service de l’écurie sur le pied de guerre. Après avoir réuni environ seize mille combattants, il s’avança par la Touraine, le Berry et le Blésois, jusqu’à Saint-Mesmin près Orléans, où il séjourna les 26 et 27 août. Pendant que le prince occupait ce poste de réserve, les capitaines qui conduisaient les bandes arrivèrent à Yèvre et à Château-Renard448. Ces capitaines se mirent en rapport avec la garnison de Meaux et les autres lieutenants qui défendaient la 231cause du régent, dans la Beauce, dans le Parisis, le Gâtinais et le comté d’Auxerre. Des éclaireurs poussèrent enfin jusqu’à Melun ; ils reconnurent secrètement la position du siège et celle du roi anglais449.

Henri V et Philippe le Bon avaient fortifié leurs camps de fossés avec remblais, de pieux et de palissades. Les éclaireurs rapportèrent au dauphin que cette position était inexpugnable. Sur ces informations, le conseil résolut de ne point commettre en ce conflit la personne du prince, appuyé de ressources insuffisantes. Les troupes s’employèrent dans leurs cantonnements à harceler, à inquiéter l’ennemi ; à cerner et à menacer de loin les assiégeants. Quant aux assiégés, on leur manda sous main qu’ils n’eussent à compter que sûr eux-mêmes. Charles, le 4 septembre, était de retour à sa résidence de Mehun-sur-Yèvre (près Bourges). Là il tint un séjour continu jusqu’au 8 janvier de l’année suivante450.

Durant ce temps, la famine gagnait les défenseurs de Melun. Le pain manqua aux hommes et le fourrage aux chevaux. Ces bêtes furent nourries avec les paillasses de la ville. Puis la garnison s’alimenta de chair de cheval et autres animaux. C’était au mois de septembre. Charles VI et Isabelle habitaient Corbeil. Henri V manda sa jeune épouse auprès de lui, sous les murs de la ville assiégée. Il lui fit construire une sorte de villa de plaisance, où elle jouissait, entourée des seigneurs, dames et damoiselles, de 232toute la pompe et de tous les honneurs royaux. Le matin et le soir, dix clairons d’Angleterre et les ménestrels du camp lui donnaient une heure d’aubade ou de sérénade. Au bruit de ces fanfares, au milieu de ces délices, Catherine de France, pour passe-temps, put contempler un spectacle digne d’elle. Sous ses yeux, une poignée de ses compatriotes affamés se défendaient, vainement, contre vingt mille Anglais451 !

Bientôt la disette commença de se faire sentir, même parmi les assiégeants. En cette conjoncture, Henri V, appuyé par le duc de Bourgogne452, se rendit à Paris, muni d’un mandement au nom du roi Charles VI pour y recruter du secours. Le 18 octobre, des troupes fraîches, levées par les soins des Parisiens, arrivèrent à Melun. Elles avaient pour capitaines Jean Le Gois et Jean de Saint-Yon, seigneurs des boucheries de Paris ; le dernier, échevin de la capitale. De son côté, déjà, le duc de Bourgogne avait rappelé de Picardie le gouverneur, Jean de Luxembourg, qui était venu le rallier à Melun avec toutes ses forces disponibles. Ces renforts considérables décidèrent du sort qui attendait les braves soldats de Melun. Réduits à toute extrémité, ils capitulèrent, et le roi anglais entra dans la ville le 17 novembre 1420453.

Le siège de Melun, célébré par la poésie populaire, 233impressionna vivement les contemporains. Il mérite, à côté de celui de Rouen, une place d’honneur dans nos annales. La vaillance des défenseurs avait arraché au roi d’Angleterre un cri d’admiration. Mais le froid politique n’eut aucune générosité après la victoire. Les termes de la capitulation reçurent de sa part une interprétation, pour le moins rigoureuse et impitoyable. La garnison entière, et des femmes même, furent envoyées à Paris. Plongés dans les prisons civiles, comme des malfaiteurs, privés des honneurs de la guerre, beaucoup périrent de misère et de mauvais traitements. Les principaux capitaines furent rançonnés ; d’autres s’enfuirent. Barbazan, traduit en justice, à raison du meurtre de Montereau, subit l’outrage de la torture. Il fut enfin relégué sous bonne garde à Château-Gaillard, forteresse des plus inaccessibles, que les Anglais possédaient en Normandie454.

Une fois maître de Melun, Henri V se dirigea vers Paris, afin d’y prendre possession du gouvernement. L’héritier de France y fit son entrée, avec une grande pompe, le dimanche 1er décembre. Les deux rois marchèrent de front : Charles VI roi de nom, Henri V roi de fait. Tous deux étaient suivis des princes d’Angleterre ; puis en troisième ordre, venaient le duc de Bourgogne et sa maison. Jean sans Peur n’eût pas souffert cette subalternité. Les Parisiens commençaient à subir leur monarchie anglaise. Isabelle et Catherine entrèrent à 234Paris le lendemain. Escorté du duc Philippe le Bon, le roi Charles retourna en possession de son séjour à Saint-Paul. Le duc de Bourgogne, après avoir pris congé de Charles VI, établit sa demeure en son hôtel d’Artois455. Henri V et ses princes s’installèrent au palais du Louvre.

Immédiatement après le traité de Troyes, Henri V avait changé la formule initiale des actes émanés de sa chancellerie. Dès le 14 juin 1420, Humphrey de Lancastre, duc de Gloucester, frère d’Henri V et en son absence garde du royaume d’Angleterre, avait adressé, à ce sujet, un ordre, daté de Westminster, au lord chancelier de l’Échiquier. Il lui manda, au nom du roi, de faire graver un nouveau sceau. La légende jusque-là était ainsi conçue : Henri roi d’Angleterre et de France, seigneur d’Irlande. Au lieu des mots soulignés, l’inscription du nouveau sceau devait porter : héritier du royaume de France456.

Par lettres patentes, données à Bray-sur-Seine le 16 juin, Henri V transmit un ordre semblable aux maîtres de la monnaie de Normandie, qui depuis l’invasion fabriquaient, à Rouen et à Saint-Lô, des espèces, au nom de l’usurpateur457.

Ce changement, sous l’apparence d’une simple question 235d’étiquette ou de protocole, mérite la plus sérieuse attention de l’historien.

Henri V, comme on sait, pour revendiquer la couronne de France, alléguait les droits qu’il tenait, disait-il, d’Isabelle fille de Philippe le Bel, mariée à Édouard Il, roi d’Angleterre. Mais les états généraux de 1316 jugèrent le différend et fondèrent à cet égard le droit public du royaume. Il fut décidé qu’en France l’hérédité du trône se transmettait exclusivement de mâle en mâle. Tel est le grand principe improprement désigné, mais parfaitement connu sous le nom de loi salique.

Henri V, le jour où il signait le traité de Troyes, fit lui-même justice de cette vaine revendication. En acceptant le titre d’héritier de France, substitué à son précédent titre de roi, en l’acceptant de la main et par la délégation de Charles VI, il reconnaissait la légitimité de ce souverain, lequel ne régnait, à bon droit, qu’en vertu de la loi salique. Henri V élevait donc sa propre légitimité sur un nouveau terrain.

Aux termes du traité de Troyes, Henri V devenait héritier de France, non pas par une dévolution directe, mais du chef de Catherine, et à raison de son mariage avec cette princesse. Charles VI ou le traité de Troyes renversait la loi salique et transmettait subsidiairement la couronne à une femme. Tel était le nouveau terrain, le nouveau principe, sur lequel s’élevait le nouveau titre d’Henri V.

Mais, on peut facilement le démontrer, ce nouveau titre 236n’était pas moins vicieux que l’autre. Catherine de France, en effet, lorsqu’elle épousa Henri V, avait au-dessus d’elle trois sœurs, filles comme elle de Charles VI, et qui, toutes, nées avant elle, primaient ses droits ou son titre à l’hérédité de la couronne458.

Ainsi, pour nous résumer sur cette importante question, l’accession d’Henri V au trône de France peut être appréciée à trois points de vue différents. Le premier est celui de la loi salique. Le second prend pour base, la successibilité des femmes. Ces deux principes embrassent le droit entier du moyen âge. La postérité, c’est-à-dire l’appréciateur moderne, peut ajouter ou substituer aux précédents un troisième criterium. Si nous appelions ce troisième point de vue le droit de la souveraineté nationale, nous pourrions sembler commettre, au moins dans les mots, un anachronisme. Mais ce principe, qui, au fond, appartient à tous les temps, peut être défini l’intérêt évident du royaume ou de la nation459.

De quelque manière que l’on envisage ce litige, la prétention d’Henri V ne saurait acquérir une ombre de légitimité. Le traité de Troyes fut donc et restera dans l’histoire 237un grand exemple de ces contrats d’iniquité imposés par la force, ou par la fatalité des circonstances.

Le 6 décembre, Henri V réunit dans la Salle-Basse, à Saint-Paul, une assemblée, que les textes officiels et contemporains décorent du nom d’états généraux ou d’assemblée des trois états de France460. Nous manquons de notions précises et développées sur la manière dont cette réunion fut constituée. Mais on sait dans quel état de schisme politique et de guerre civile le royaume était plongé. Une telle position suffit pour nous autoriser à affirmer en toute assurance que cette assemblée n’offrait qu’un vain simulacre de représentation nationale.

Le principal objet proposé à la délibération de ce conseil fut l’approbation du traité de Troyes, qui devait être soumis à la sanction de l’un et de l’autre peuple. On dut s’occuper aussi des finances. La détresse du Trésor et l’avilissement de la monnaie constituaient une des plus grandes difficultés de la situation461. Henri V frappa un impôt déguisé sous la figure d’emprunt. Les contribuables furent taxés individuellement ou par groupes. Tout imposé était tenu de prêter à l’État une certaine quantité de marcs ou fractions de marcs d’argent. Ce métal devait être porté à la monnaie. Puis des espèces, frappées à l’aide de cet apport, durent être réparties, au marc le franc, entre les contribuables. Mais ceux-ci devaient supporter une perte d’un huitième.

Ces diverses mesures furent proposées devant le conseil 238assemblé. Après quoy, dit Jean des Ursins, ceux qui étaient envoyés comme par les trois états, se retirèrent à part. Puis par la bouche de l’un d’eux fut dit qu’ils estoient prêts et appareillés de faire tout ce qu’il plairoit au roy et à son conseil d’ordonner. Cet impôt comprenait non seulement les bourgeois et marchands, mais aussi les clercs ou gens d’Église. L’université, à ce dernier titre, osa seule réclamer. À la veille du traité de Troyes, ses privilèges et immunités avaient été solennellement, itérativement, reconnus et proclamés. Mais les temps étaient changés. Henri V menaça de telle sorte ses orateurs ou suppôts, que ces derniers se retirèrent silencieux et intimidés462.

Le 23 du même mois, un lit de justice fut tenu à Saint-Paul en présence des deux rois, de Philippe de Bourgogne et de ses ayants cause. Nicolas Raulin, procureur général de ce duc, y fulmina un violent réquisitoire contre les auteurs du meurtre de Jean sans Peur. Ces conclusions furent homologuées dans des lettres patentes rendues le intime jour au nom du roi de France463.

Survint la fête de Noël. Dans une telle solennité, Charles VI, à l’instar des autres monarques, avait coutume de tenir un grand état de cour ou gala, qui faisait l’orgueil et l’admiration des sujets. Le roi et la reine Isabelle, relégués 239et comme abandonnés dans le vaste hôtel de Saint-Paul, y firent maigre chère. Quelques vieux serviteurs et des gens de petit état furent les seuls qui, en cette fête solennelle, vinrent les visiter et servir. Les hauts officiers de la couronne, l’affluence des courtisans, des parasites obséquieux, se portèrent au Louvre. Là, le roi Henri V et la jeune Catherine déployèrent le plus grand luxe et la pompe la plus altière464.

Rien ne se faisait plus et ne se défaisait dans le royaume que sous le bon plaisir du régent héritier. Des fonctionnaires de tout ordre qu’avait institués Charles VI, Jean sans Peur ou Philippe le Bon, furent destitués et remplacés par les ordres de l’Anglais. C’est ainsi qu’il nomma gouverneur de la capitale, son frère le duc de Clarence, assisté du duc d’Exeter. Il préposa également, des capitaines anglais dans les places de Melun, de Vincennes et de la Bastille465.

Le 3 janvier 1421, Charles de Valois, dauphin de Vienne, fut ajourné à son de trompe, sur la table de marbre, en la grande salle du palais, pour comparaître dans le délai de trois jours. C’était la forme accoutumée pour les cas de bannissement. Charles ne comparut point. En conséquence, il fut, par un arrêt du parlement, banni et exilé du royaume, comme coupable du meurtre de Jean sans Peur. Cet arrêt le déclara indigne de succéder à 240aucunes seigneuries échues ou à échoir. Du quel arrêt, ajoute un ancien juriste, ledit de Valois appela, tant pour soy que pour ses adhérans, à la pointe de son espée, et fit vœu de relever et poursuivre sa, dite appellation, tant en France qu’en Angleterre et par tous les pays du duc de Bourgogne466.

Après avoir célébré la Noël, Henri V quitta Paris, accompagné de Catherine, de ses frères les ducs de Clarence et de Bedford, ainsi que d’un nombreux cortège. Le 31 décembre, la nouvelle reine d’Angleterre fit avec son époux une entrée solennelle à Rouen. Elle reçut de cette ville, à titre de présent, une écharpe ou ceinture d’or, décorée de pierreries, qui fut estimée dix mille nobles467.

Henri V séjourna près d’un mois à Rouen. Les états de Normandie furent convoqués à l’instar de ceux de Paris 241et se montrèrent encore plus dociles à la volonté du maître. Ils accordèrent au vainqueur d’amples subsides. Les divers services militaires et administratifs reçurent une organisation régulière et complète. Le roi d’Angleterre et Catherine, solennisèrent à Rouen l’Épiphanie, avec la même pompe qu’ils avaient déployée au sein de la capitale468.

Henri V n’avait point négligé le Languedoc, dont la possession militaire venait de lui être enlevée par le dauphin. Le prince de Lancastre entretenait de constantes intelligences avec les grands barons du Midi. Tels étaient le sire d’Albret, le comte de Foix, le comte d’Armagnac, dont les épées s’aimantaient toujours dans la direction de l’autorité la plus dorée. Henri V accueillit à Rouen les ambassadeurs de ces grands vassaux. Tous trois lui promirent alliance et fidélité. Le 17 janvier 1421, Jean, comte de Foix, fut autorisé par lettres patentes, datées de Rouen, à faire hommage envers le roi d’Angleterre, héritier de France. Mille marcs d’or, octroyés par Henri V au comte Jean, furent les arrhes perdues de cette vaine promesse469.

Le prince de Lancastre reçut à l’hommage, en cette même résidence, Arthur de Richemont, pour le comté d’Ivry en Normandie, et le comte de Salisbury, comme investi récemment du comté du Perche. Le 18 janvier, Henri V établit pour son lieutenant général en France 242le duc de Clarence, avec les pouvoirs les plus étendus. Diverses ordonnances, rendues au nom du régent anglais, tant à Paris qu’à Rouen, prescrivirent des mesures d’administration, de bon ordre et d’utilité publique. Après avoir enfin préposé des fonctionnaires à tous les postes qui relevaient de son autorité, il quitta Rouen vers le 25 janvier 1421470.

De là, Henri V poursuivit sa route par Amiens, vers Calais et Douvres, où il débarqua le premier février. Le 23 du même mois, Catherine de France était couronnée reine d’Angleterre, dans l’antique abbaye de Westminster471.

243Chapitre VII
22 août 1420 – 22 mars 1421.

Du côté du dauphin, quelques rares documents nous permettent, à grand-peine, de suivre son histoire.

Le schisme du royaume s’étendait à la monnaie. Chacun des deux gouvernements rivaux frappait la sienne. Celle du dauphin avait été de plus en plus altérée, tandis que des ordonnances successives en maintenaient mensongèrement la valeur nominale. Ce déplorable expédient financier remontait, chez nous, à une date très lointaine472. Par une ordonnance datée de Vienne-lès-Jargeau le 24 août 1420, Charles régent proscrivit dans tout le royaume les monnaies décriées. Ce nom désignait les espèces étrangères, non reconnues par les ordonnances françaises, mais que le commerce, à cause de la supériorité de leur titre, recherchait avec avidité473.

La guerre civile menaçait de se réveiller dans le Poitou. Les Anglais s’étaient approchés des frontières. Dans ces conjonctures, des bandes de gens équivoques et de malfaiteurs commençaient à s’embusquer dans les places ou forteresses à demi ruinées. Ainsi se formaient des nids de routiers et de bandits. Un second édit, rendu, le 25 août, 244au même lieu que le précédent, coupait le mal dans sa racine. Une commission mixte, composée de membres civils attachés au parlement, et assistés d’experts en matière de guerre, fut instituée. D’après cet édit, toute place forte, en état insuffisant de défense, dans le Poitou, devait être réparée à neuf, ou rasée474.

Philippe d’Orléans, comte de Vertus, mourut de maladie, à Beaugency, le 1er septembre 1420. Ce jeune prince, le premier des frères du duc poète (prisonnier depuis 1415), était une des espérances de la dynastie, l’un des appuis sur lesquels comptait le parti du dauphin. Le comte de Vertus, lieutenant général du régent, venait d’entrer à peine dans sa vingt-cinquième année. Cette perte sensible paraît avoir impressionné vivement le conseil du dauphin. La mort du comte coïncide exactement avec le retour de Charles dans ses cantonnements du Berry. Elle pourrait avoir au moins contribué pour une part à déterminer cette retraite475.

Une vigilante activité, déployée par les conseillers de Charles, servit heureusement à réparer les pertes et les échecs qu’il venait de subir. Le 25 décembre 1420, Charles de Valois célébra la fête de Noël, en son château de Mehun-sur-Yèvre. C’était un manoir distribué avec le genre d’élégance que comportait l’architecture du temps, et dont on voit encore aujourd’hui les pittoresques ruines. Le duc Jean 245de Berry, grand amateur de bâtiments, l’avait récemment fait construire, à deux pas de sa ville de Bourges, comme maison de plaisance. Ce manoir, échut en héritage à son jeune neveu. Le prince Charles en fit toute sa vie son séjour de prédilection et devait y terminer sa carrière476.

En ce jour de Noël, le régent institua, dans sa chapelle, un roi d’armes du titre de Berry. Chef du collège ou corps des hérauts de France, le roi Berry avait la prééminence sur tous les autres fonctionnaires de ce genre. Le prince choisit, pour cet office, un jeune homme du pays nommé Gilles le Bouvier. Quoique demeuré peu célèbre, le Bouvier fut un personnage de grand sens. Ainsi le prouve l’importante chronique de ce règne, qui porte son nom : la Chronique du héraut Berry. Ainsi le prouveraient encore plusieurs autres ouvrages dont il est l’auteur, ouvrages inédits et qui, mis en lumière, offriraient un sensible intérêt, tant pour l’histoire que pour la géographie du quinzième siècle477.

Cependant le dauphin s’était adressé à l’Écosse, son ancienne et fidèle alliée, pour en obtenir un nouveau secours. Durant le cours de l’ambassade et du retour, au mois de février 1421, Villeneuve-le-Roi (Yonne), près Paris, fut reprise par les dauphinois. En revanche, ils perdirent Château-Thierry, qui tomba au pouvoir des Bourguignons. Le fameux La Hire se trouvait dans cette place et ne recouvra sa liberté qu’au prix d’une forte rançon. Les partisans armés du dauphin occupaient toujours Meaux, Compiègne, Pierrefonds. Ils tenaient en échec 246le Valois, le Beauvaisis, le Vermandois et le Santerre. Ceux du Laonnais et de Guise en Thiérache étendaient leurs hostilités jusqu’aux marches bourguignonnes du Cambrésis et du Hainaut478.

Vers cette époque, quatre à cinq mille Écossais franchirent la mer et vinrent débarquer à La Rochelle, sous la conduite du comte de Buchan et du seigneur de Darnley. Le jeune prince quitta Mehun-sur-Yèvre, le 7 janvier, pour se porter au-devant d’eux. Il se rendit par Vierzon, Mennetou-sur-Cher et Valençay, à Selles-en-Berry, où il tint conseil le 25. Le 9 février, il quitta Selles après une résidence de 24 jours479. Charles traversa ensuite (du 10 au 17) Saint-Aignan, Loches, Preuilly-en-Touraine, Châtellerault (du 20 au 26), et se fixa le 27 à Poitiers. Le dauphin avait déjà réuni des gens de guerre, à Selles-en-Berry. À Poitiers, il reçut avec une hospitalité empressée, vers les premiers jours de mars, ses nouveaux auxiliaires d’Écosse480.

Henri V, en quittant la France, avait confié à son frère, Thomas de Lancastre duc de Clarence, le soin de le remplacer. Jeune481 et impétueux, le lieutenant d’Henri V aspirait impatiemment à se distinguer. Il commença par envahir la Beauce, à l’instigation des Bourguignons de Chartres. Ensuite, il parcourut tout ce pays, qu’il incendia jusqu’à la forêt d’Orléans et se retira en Normandie482.

Sur la fin de l’hiver, le duc réunit les garnisons anglo-normandes 247à Bernay, et prenant le commandement de ces troupes, il entra dans le Maine. Ayant franchi la rivière d’Huisne à Pont-de-Gênes, il acheva de traverser cette province du nord au sud. Il s’avança de la sorte à Lucé, puis il passa la rivière du Loir et pénétra dans l’Anjou. Le 14 mars 1421, après avoir mis tout à feu et à sang sur son passage, il vint mettre le siège devant Angers, et fit à cette occasion des chevaliers483.

Cependant les troupes du dauphin s’étaient portées au-devant de l’ennemi484. Le duc de Clarence, alors abandonna le siège d’Angers, se bornant à emporter le butin que ses soldats avaient fait sur la route. Il vint s’établir militairement à Beaufort-en-Vallée485. Les soldats du dauphin, composés pour le plus grand nombre d’Écossais, prirent position à Baugé, entre Beaufort et la Flèche486.

Le samedi saint, 22 mars 1421, le duc de Clarence dînait, vers midi, au quartier général de ses troupes. Quelques-uns de ses cavaliers, en fourrageant, avaient pris quatre Écossais et les conduisirent vers le prince. Ces derniers firent connaître au duc, en anglais487, que le comte de Buchan, à la tête des dauphinois, était à peu 248de distance. Aussitôt le frère du roi d’Angleterre se leva de table et montant à cheval : Allons leur courre sus, dit-il, ils sont nôtres488 !

Le prince de Lancastre avait également pris conseil d’un autre étranger. Celui-ci était Lombard de nation, et d’après les historiens anglais, tout en servant le duc de Clarence, il appartenait au dauphin. Quoi qu’il en soit, ce mercenaire, consulté par le duc, lui fournit, ajoutent-ils, des renseignements inexacts sur les forces réelles de ses adversaires. Il protesta que les Français étaient incapables de résister à l’armée anglaise et que le duc marchait à une victoire certaine489.

L’empressement du prince fut si grand qu’il ne se donna point le temps de rassembler tout son monde. C’était le début de ses exploits en France, comme général en chef et gouverneur. Il dédaigna d’emmener, en sa compagnie, à une telle journée, à une fête semblable, des fantassins, partie plébéienne des armées du moyen âge. Il laissa donc ses archers à Beaufort-en-Vallée, sous le commandement de Thomas Beaufort, appelé le bâtard de Clarence490.

Le duc ne prit avec lui que des gentilshommes, la fleur de ses compagnons d’armes : presque tous les capitaines, et l’élite des chevaliers. Parmi eux, se trouvaient Thomas Montagu, comte de Salisbury et du Perche, 249lieutenant du prince ; lord John Ros, maréchal d’Angleterre, et son frère sir William Ros ; sir John Grey, comte de Tancarville ; Gilbert Humphreville, comte de Kent ; les comtes de Somerset491, de Huntingdon492, Fitz-Walter, etc. Le reste de l’expédition devait rejoindre ultérieurement493.

Arrivés au Petit-Baugé, qui s’appelait aussi le Jeune-Baugé, les Anglais rencontrèrent un chevalier français nommé Jean de la Croix. Messire Jean était de la compagnie de Guérin ; seigneur de Fontaine494. Il défendait ces marches d’Anjou pour le dauphin. Se voyant peu nombreux, il se retrancha, lui, ses hommes et ses chevaux, dans l’église. Après avoir barricadé la porte intérieurement, avec les coffres et bahuts de la sacristie, les combattants montèrent au clocher. Les Anglais assaillirent aussitôt cette forteresse improvisée, dans laquelle les assiégés combattirent vaillamment à coups de pierres. Le duc s’arrêta quelque temps à cet obstacle. Puis passant outre, il marcha sur le Grand-Baugé ou le Vieil-Baugé. C’est là que se trouvait le gros de l’ennemi495.

Les Français, postés près de l’église et près du cimetière de ce village, attendaient en bon ordre.

Le comte de Buchan496 exerçait le commandement 250général. Il avait sous ses ordres Jean Stuart497 de Darnley, connétable ou chef des Écossais. On comptait également parmi ces vaillants auxiliaires, le comte de Wigton498 et beaucoup d’autres. Jean, duc d’Alençon, portait le titre de lieutenant-général pour le dauphin-régent. Un gentilhomme d’Auvergne conduisait les milices françaises et inaugura dans cette journée son historique carrière. Gilbert III Motier, sire de la Fayette, remplissait à titre de commis l’une des charges de maréchal de France, alors vacante par l’absence et la captivité de Boucicaut.

Sous ses ordres ou à ses côtés, étaient placés divers grands seigneurs, attachés à la cause du dauphin. On peut citer le comte de Ventadour, de la maison de Lévis ; le vicomte de Narbonne ; Baudouin de Champagne, sire de Tucé en Touraine ; Roncin ou Roussin, capitaine ; le bâtard d’Alençon, Jean du Bellay, Garin ou Guérin de Fontaine, Charles le Bouteiller et plusieurs autres chevaliers ou écuyers de renom499.

Parvenu à ce point, le duc de Clarence fondit, avec pétulance, contre la bataille. Sa lance en arrêt et monté sur un cheval, armé, comme lui, de pied en cap, on le distinguait au plus fort de la mêlée. Le duc portait à sa tête un casque léger ou chapeau de fer, ceint d’un cercle d’or (appelé aussi chapeau), tout reluisant de pierreries. Ayant rompu sa lance, il mit l’épée à la main. Partout où il courait, 251le chapelis, c’est-à-dire le meurtre et le péril, signalait sa présence. Le prince anglais était, pour les combattants de l’autre parti, le point de mire et le centre de tous les efforts. Charles le Bouteiller, notamment, s’adressa vers le duc. Son but n’était autre que de faire le général anglais prisonnier, afin de l’échanger contre Charles duc d’Orléans, captif en Angleterre depuis la journée d’Azincourt500.

Mais le prince de Lancastre se défendait avec une telle puissance, qu’il était moins hasardeux de le tuer que de le prendre. Celui qui tentait l’un ou l’autre, s’offrait lui-même à la mort. Telle fut la chance que courut Charles le Bouteiller. L’armure du prince était composée de lames imbriquées et nommées, par ce motif, pièces d’écrevisse. L’une de ces lames pendait, au-dessous de la cuirasse, à une charnière de fer, qui se rompit. Emporté par l’ardeur de la lutte, Charles le Bouteiller lui poussa en pointe, par cette ouverture, un tel coup d’épée, que l’arme pénétra de la longueur d’un pied dans le ventre du prince. Thomas de Lancastre tomba sur le sol, fut trépigné par les chevaux et ne se releva plus501.

Aussitôt le comte de Ros se précipita sur le chevalier français, résolu de venger à tout prix la mort de son maître. Dans un combat corps à corps, le maréchal d’Angleterre triompha de Charles le Bouteiller. Percé à la gorge d’un coup d’épée, celui-ci périt sur la place. Le comte de Ros, à son tour, paya de la vie cette action. Peu de minutes après, le maréchal succomba lui-même, ainsi que 252le comte de Kent, et les plus renommés de ses compagnons d’armes502.

Les Anglais, poux joindre l’ennemi, avaient à franchir, près de Baugé, la petite rivière du Couasnon. Un pont de planches étroit fournissait à cet accès un périlleux et unique passage. Le comte de Buchan posta sur ce point environ cent ou cent cinquante archers écossais, qui retardèrent longtemps l’arrivée des Anglais et leur causèrent de grands dommages. Pendant ce temps, la bataille du dauphin se fortifiait par l’arrivée des divers corps et se formait. La bravoure française et écossaise fit le reste. À quatre heures du soir, la déroute des Anglais était complète503.

Les chroniqueurs contemporains ne s’accordent nullement entre eux, sur le nombre ou l’importance relative des forces, appartenant aux deux partis. Toutefois, en contrôlant autant que possible leurs allégations les unes par les autres, on peut considérer les évaluations, qui suivent comme assez vraisemblables. Le total des combattants anglais qui arrivèrent successivement sur le théâtre de la lutte, paraît s’être élevé à environ six mille hommes ; celui des Français, de quatre à cinq mille. Les Anglais perdirent environ deux mille morts et six cents prisonniers. Quant à la perte des Français, les uns l’estiment de vingt à trente morts seulement, et les autres à plus d’un mille504.

253Les Anglais avaient sur les champs quatorze bannières, qui, la plupart, devinrent, pour les français, autant de trophées de victoire. La bannière du duc de Clarence fut portée505 et suspendue triomphalement dans l’église de Notre-Dame du Puy. Le comte d’Humphreville, lord Ros, sir William Ros, sir John Grey, sir Robert Veer et sept autres princes, ducs ou comtes, avaient péri en compagnie du jeune duc de Clarence. Les vaincus purent toutefois relever pieusement leurs morts. Les dépouilles du duc furent conduites en grande pompe à Rouen, puis en Angleterre. Parmi les prisonniers, dix-sept personnages appartenaient au sang des Lancastre, des Beaufort ou des plus hautes familles de l’aristocratie britannique506.

Après le combat, les Anglais se comptaient encore au nombre d’environ quatre mille, qui se rallièrent à Beaufort-en-Vallée. 254Le lendemain au point du jour, ils levèrent le camp pour effectuer leur retraite. Les comtes de Buchan et de Wigton les attendaient, avec le dessein de les poursuivre. Ils pensaient que les fuyards prendraient la route directe et se dirigeraient à la portée de leurs coups, pour aller passer le Loir à la hauteur du Lude. Mais les Anglais trompèrent leurs calculs. La retraite des vaincus s’opéra d’un autre côté507.

Là, ils construisirent un pont à l’aide de charrettes fixées ou engravées dans la rivière, et le couvrirent, avec des portes de maisons. Le tout avait été pillé par eux dans les villages environnants. Ils franchirent ainsi le Loir et marchèrent sur le Mans, où ils déçurent les Français par un nouveau stratagème508.

Les Manceaux tenaient le parti du dauphin. Déjà, par leurs soins, le pont de la rivière d’Huisne avait été rompu, pour couper la retraite aux ennemis, lorsque ceux-ci pénétrèrent dans leurs murs. En effet, les Anglais, prévoyant cet obstacle, s’étaient munis de croix blanches, qu’ils placèrent sur leurs vêtements. Ils se donnèrent aux habitants pour des Écossais509, à la solde du dauphin. En 255conséquence, ils les invitèrent à reconstruire hâtivement le pont, leur annonçant la prochaine arrivée des seigneurs de France. Aussitôt que le pont fut rétabli, les Anglais le passèrent à la hâte ; puis ils le coupèrent de nouveau. De plus, ils mirent le feu aux faubourgs du Mans et massacrèrent, sans distinction d’âge ni de sexe, au nombre d’une centaine, les pauvres gens qui venaient de favoriser ainsi leur évasion. Les capitaines du dauphin, instruits trop tard de ces faits accoururent au Mans. Mais déjà les Anglais avaient regagné, par Alençon, leurs frontières de Normandie, puis leurs garnisons respectives510.

256Chapitre VIII
Mars – octobre 1421.

La religion, ses commandements, les pratiques du culte, occupaient une grande place dans les actes publics et privés du prince Charles.

Ce n’est pas que la Providence lui eût naturellement départi le caractère, ni le tempérament d’un saint. Ce n’est pas que la foi, la vertu des confesseurs et des martyrs, habitassent l’âme du jeune régent ! Au contraire, la complexion physique et morale de Charles VII se composait d’un fonds de sensualité remarquable. Sa vie paraît avoir été, sous certains rapports, une longue carrière d’immoralité. Au sein de ses licencieuses et inaccessibles retraites, tout au plus parvint-il à voiler, à dérober les scandales d’une lasciveté, qui semble avoir été, chez lui, comme un vice congénital et héréditaire. En tous les sujets qui comportaient l’application de son jugement, il portait le scalpel d’un esprit douteur et méfiant. Jamais, dans sa politique, les froids calculs de ses intérêts monarchiques, ni la raison d’État, ne s’inclinèrent devant la cause abstraite de l’Église et de la foi chrétienne.

Mais, au quinzième siècle, la religion était semblable à l’air, que nous respirons en commun. Il n’entrait dans l’esprit de personne de supposer, à cet égard, qu’un autre élément de vie fût possible. Personne, en général, ne 257songeait même à prendre une partie quelconque de cet élément, pour le soumettre à une analyse critique. Dans les hautes régions sociales auxquelles appartenait le dauphin de France, la piété était particulièrement une tradition de famille et dynastique. L’observation des préceptes de la foi constituait, pour les princes, aux yeux des populations, non seulement un devoir, mais un titre de recommandation spéciale. Les pratiques du culte, qui s’alliaient à toutes les modes et à toutes les élégances du monde, leur fournissaient une occasion, sans cesse renouvelée, d’occuper avec avantage le rang qu’ils tenaient de leur naissance et de la hiérarchie.

Charles dauphin rendit, à Mehun-sur-Yèvre, le 8 octobre 1420, une ordonnance contre les blasphémateurs. Cet acte, renouvelé des anciens édits, punissait d’une peine progressive ceux qui juraient, renoyaient, maugréaient et despitaient le nom de Dieu, de la glorieuse vierge Marie, des saints et saintes, etc. La justice seigneuriale devait connaître de ces délits. Pour la première faute, le coupable encourait une amende de cinq à vingt sous parisis, selon l’arbitrage du juge et au profit du seigneur local. La peine était double, triple ; elle entraînait enfin l’emprisonnement, dans les cas de première, deuxième et troisième récidive511.

Dès cette époque, le prince Charles avait son service de chapelle somptueusement organisé. Le docteur Gérard Machet et messire Étienne de Montmoret, prêtre, y présidaient ; 258le premier, comme confesseur, et le second, comme aumônier du régent. Tous deux étaient assistés de plusieurs chapelains auxiliaires. La chapelle du prince comprenait également des artistes en musique religieuse, les uns chanteurs, les autres instrumentistes512.

Chaque jour, le dauphin entendait au moins deux messes, l’une à note ou en musique ; la seconde et la troisième étaient des messes basses ou sans musique. Il récitait en outre quotidiennement ses heures canoniales, se confessait chaque jour et communiait aux grandes fêtes. Ses offrandes à la messe et aux corporaux de l’autel s’élevaient, journellement, à douze deniers parisis. Il suivait à cet égard le même ordre, les mêmes pratiques et consacrait à ces offrandes la même somme, que la reine, Marie d’Anjou, son épouse. Toutes les fois que le prince arrivait prendre son séjour dans une ville, il avait coutume, le lendemain, de visiter dévotement la cathédrale ; et, la veille de son départ, il renouvelait avec exactitude sa visite.

Aux mois de février-mars 1421, le dauphin Charles habitait Poitiers, la ville sainte, aux nombreux moutiers. Là, des souvenirs empreints sur la pierre, figuraient les plus anciennes traditions de la royauté. Là, se mêlaient aux récits merveilleux des romans aquitains les légendes des saints et de l’Église. Les conseillers du jeune prince le retenaient dans cette pieuse et sûre résidence, occupé des actes religieux qui avaient pour objet la célébration du carême. Ils le préservaient ainsi du tumulte de la guerre et de ses périls. Le 20 mars 1421 (jeudi saint), 259deux jours avant la bataille de Baugé, Charles, vêtu d’un sac ou manteau de toile, aussi bien que les officiers de sa maison, accomplissait les cérémonies du mandé qui consistaient à laver les pieds de douze pauvres513.

Le lundi 24, lendemain de Pâques, au matin, un gentilhomme de Sologne, nommé Louis Boyau, qui avait pris part à la bataille, arriva dépêché par les seigneurs de France, vers le régent. Le messager trouva le prince au château des comtes de Poitou, sa résidence habituelle. Aussitôt, Charles se rendit à pied du château à la cathédrale. Le régent y fit célébrer cette victoire par un Te Deum, et par un sermon, que prêcha Me Pierre de Versailles. Étant retourné ensuite à sa demeure pour y prendre quelque réfection, le prince quitta immédiatement Poitiers, se dirigeant, vers Tours et coucha cette nuit à Mirebeau514.

Les jours suivants, Charles vint au gîte à Loudun, Chinon, Azay-le-Rideau, puis à Tours, où il arriva le 29. Le lendemain, 30 mars, était le dimanche de la Quasi-modo. À l’heure de l’office, le régent se présenta, vêtu en chanoine de la célèbre église de Marmoutier de Tours, devant la porte de cette collégiale. Après avoir prêté le serment accoutumé de la part des rois de France (chanoines-nés de Marmoutier), il pénétra dans l’église. L’héritier du trône prit part aux distributions de pain, de vin 260et d’argent qui représentaient sa prébende, et fut reçu avec honneur par le chapitre. Charles était accompagné de son jeune cousin Jean, duc d’Alençon, de Pierre II, seigneur d’Amboise, et d’un cortège de gens de cour. Dans le nombre, se trouvaient trois notables prélats attachés à la cause du dauphin : Louis d’Harcourt, archevêque de Rouen, Jean de Norry, compétiteur du siège de Sens ; et l’archevêque de Bourges, Guillaume de Boisratier, conseiller du régent. Ce dernier personnage était en même temps chanoine de Marmoutier ; il célébra pontificalement la grand-messe du jour devant l’assistance515.

Cependant les vainqueurs de Baugé étaient arrivés à Tours, accompagnés de leurs prisonniers. Le mois d’avril se passa en réjouissances destinées à fêter cette victoire. Diverses mesures, arrêtées dans le même temps, servirent à préparer de nouveaux succès pour l’avenir. Du 1er au 5 avril, le dauphin régent conféra au comte de Buchan l’épée de connétable. Un grand festin réunit, à la table du prince, les généraux victorieux, et les capitaines anglais que la fortune des armes avait faits captifs du dauphin, leur amphitryon516.

Avec l’épée de connétable (première charge militaire du royaume), Jean Stuart reçut du prince un singulier présent. Charles lui donna un astrologue : maître Germain de Thibouville, docteur en médecine et souverain astrologien. Ce prophète, attaché au parti du dauphin, avait accompagné Barbazan lors du siège de Melun. Passé 261au service de lord Stuart, il pronostiqua, dit-on, immédiatement, la mort de Charles VI et d’Henri V. Jean Stuart de Darnley, par lettres du 23 avril, fut investi de la seigneurie de Concressault en Berry. Le dauphin distribua aux divers capitaines qui s’étaient signalés en Anjou, d’autres libéralités ou récompenses517.

Dans le même temps, Guillaume Cousinot, le fidèle chancelier dut duc d’Orléans, accourut de Blois à Tours. Il se mit en rapport avec le dauphin et les seigneurs d’Écosse. Le but de ses instances était d’obtenir que les grands personnages anglais, tombés au pouvoir de leurs adversaires à Baugé, fussent échangés contre les deux princes d’Orléans, captifs l’un et l’autre en Angleterre. Par ses soins, un Anglais fut dépêché comme interprète négociateur. L’Anglais se rendit à Paris vers le duc d’Exeter, Thomas Beaufort, gouverneur de cette capitale et vers la duchesse douairière de Clarence. Cet envoyé leur proposa, de la part du dauphin et du duc d’Orléans, de rendre la liberté au bâtard de Clarence, nommé aussi Thomas Beaufort, fils naturel du feu duc de Clarence et prisonnier du dauphin. En retour, Jean, comte d’Angoulême, devait être également délivré de captivité. Mais ces négociations vinrent échouer devant l’inexorable résistance que leur opposa le roi d’Angleterre518.

Charles de Valois réunit, à Clermont en Auvergne, les trois états des provinces soumises à son obéissance. Le 262motif évident de cette convocation était de se procurer de nouveaux subsides. Le conseil du dauphin se disposait à reprendre la campagne. L’alliance écossaise fut encore invoquée. Cette fois, la charge de négociateur échut à un écuyer breton, nommé Henri de Plusquellec, qui, depuis 1420, avait suppléé ou remplacé Tanneguy Duchâtel, son compatriote, dans le gouvernement de La Rochelle. Plusquellec fit les avances pécuniaires de l’expédition. Elles se montèrent à trente-six mille écus d’or, en y comprenant le fret des navires et le transport des troupes. En garantie de cette avance, le dauphin dut engager au prêteur les châteaux et forteresses de Taillebourg et de Châtelaillon, sis en Saintonge à peu de distance de La Rochelle519.

Charles, pendant sa résidence à Tours du 29 mars au 7 avril, remit sa maison sur le pied de guerre et s’équipa personnellement pour entrer en campagne. Hans ou James Poulvoir, peintre écossais, lui peignit et vernissa trois lances de bataille. Ses orfèvres, brodeurs et couturiers confectionnèrent à son usage un riche appareil de vêtements et d’armures militaires520.

263Vers les premiers jours d’avril, les troupes d’agression, d’un côté, et le dauphin, d’un autre, déployèrent sur les champs leurs bannières. Les forces du régent, groupées auprès de Tours, se dirigèrent par Vendôme, Châteaudun et le Perche. Charles partit de Tours le 8 avril et prit sa demeure à Chinon. Après un séjour d’une semaine environ dans cette ville, il gagna Saumur, où il se tint du 14 au 26. Il passa, le 27, à la célèbre abbaye de Saint-Florent-lès-Saumur. Le 28 et le 29, il visita les positions militaires et le lieu de la bataille à Beaufort-en-Vallée, puis à Baugé. Puis, par Durtal, le prince, entra dans le Maine à Sablé, où il arriva le 4 mai521.

Le dénouement inattendu de la conspiration des Penthièvre avait modifié gravement la ligne de conduite suivie en premier lieu dans cette affaire, par le gouvernement du dauphin. Ravisés et mieux inspirés, les conseillers de Charles se rapprochèrent du duc de Bretagne, cherchant à lui complaire et à le rallier.

Une entrevue, dans ce dessein, fut ménagée à Sablé, où le prince fit, du 4 au 9, sa résidence. Instruit par l’expérience, Jean VI n’entendit à ces pourparlers qu’après avoir obtenu de sûres garanties et s’être fait donner des otages. Le duc exigea ensuite, et avant toute autre transaction, que le régent s’obligeât solennellement, par parole de prince, à éloigner de son conseil et de sa cour le président de Provence, le jeune bâtard d’Orléans, Guillaume d’Avaugour et Pierre Frotier. Ces personnages étaient nominativement signalés à la vindicte de Jean VI, comme 264les fauteurs de l’attentat commis, contre sa personne, par les Penthièvre. Charles prêta le serment qui lui était demandé, malheureusement, la force, aussi bien que la volonté, manquaient au jeune prince, pour accomplir loyalement une semblable promesse522.

Les négociations, après ces préliminaires vidés, suivirent aisément leur cours. Le dauphin accueillit avec beaucoup d’égards et de bonne grâce, Richard de Bretagne, frère de Jean VI, et les autres ambassadeurs de Bretagne. Charles offrit à son jeune parent un beau coursier. Par lettres datées du 8 mai, il lui donna en apanage le comté d’Étampes, à raison, était-il dit, de ce que Richard s’employait actuellement à la cause du dauphin. D’après le texte des mêmes lettres, cette libéralité avait encore pour but de récompenser le service que Richard avait rendu au régent en ramenant à ce prince la dauphine523.

Le même jour, un traité de paix, d’alliance et d’amitié, fut signé entre Charles de France et le duc de Bretagne. Jean VI reconnaissait, dans ce contrat, que l’usurpation d’Henri V constituait un attentat criminel. Ce préjudice, ajoutait le duc, atteignait non seulement le régent Charles, mais aussi les autres parents de Monseigneur qui lui pourraient par droit succéder… en espécial nous Jehan, duc de Bretagne, qui avons espousé la fille du roi… En conséquence, le duc se considérait comme obligé, en honneur et en justice, à se déclarer l’ennemi d’Henri V. 265De son côté, le prince Charles désavouait hautement le coup de main exécuté par Olivier de Blois et ses complices. Les deux princes, en un mot, s’engageaient solennellement et mutuellement, à s’unir, par une alliance offensive et défensive, en même temps contre le roi d’Angleterre et contre les Penthièvre. À la suite de cette entrevue, un contingent de forces bretonnes fut levé immédiatement et placé au service du régent, sous les ordres de Richard, comte d’Étampes524.

Le régent de France, comte de Poitou, indépendamment du comté d’Étampes, transporta encore à son cousin Richard de Bretagne les terres de Palluau, Thouarsais, et autres, sises dans son comté de Poitou et confisquées sur la branche des Penthièvre. Enfin un double mariage, conclu sous les auspices du prince royal, fut destiné à cimenter pour toujours cette réconciliation. Richard de Bretagne, né en 1395, devint l’époux de la princesse Marguerite d’Orléans, née en 1406 et sœur du duc poète. Jean II, duc d’Alençon, âgé de quatorze ans, était, par Marie de Bretagne, le neveu maternel de Jean VI. Charles dauphin lui donna pour épouse Jeanne d’Orléans, fille unique du duc Charles et plus jeune encore que son époux, étant née le 13 septembre 1409525. Les deux 266unions furent célébrées immédiatement, avec une grande pompe, dans les salles du château de Blois, tendues, pour cette solennité, de magnifiques tapisseries, que le somptueux Louis d’Orléans y avait réunies en grand nombre526.

Durant ce temps, les troupes du dauphin avaient recommencé les hostilités. En sortant de Tours, elles s’arrêtèrent devant un château-fort sis au lieu nommé le Bouillis, près Vendôme. Cette place était occupée par les Bourguignons. Prise d’assaut, elle fut livrée aux flammes, et les défenseurs, passés au fil de l’épée527.

Le connétable de Buchan, accompagné de La Fayette, de La Hire, de Xaintrailles et d’environ six mille combattants, se dirigea vers la Normandie. Cette armée vint mettre le siège devant Alençon, qui, depuis trois ans était tombé au pouvoir du roi d’Angleterre. Le comte de Salisbury, informé de ce mouvement, réunit le peu de troupes que lui fournirent, à l’état disponible, les garnisons normandes. Il s’avança ainsi jusqu’à proximité des assiégeants. Bientôt les deux armées furent à portée de combattre. Mais le lieutenant d’Henri V, intimidé par l’exemple de son prédécesseur le duc de Clarence, jugea prudent de ne point tenter un nouveau conflit. Masquant habilement sa retraite, il se rabattit sur l’abbaye du Bec, où il fut 267poursuivi l’épée dans les reins par les troupes françaises. Ces dernières firent subir à l’ennemi une perte de deux à trois cents hommes, tués ou blessés. Après cette escarmouche, l’armée du dauphin reçut une nouvelle direction. Quittant la frontière normande des Anglais et abandonnant le siège d’Alençon, les troupes du régent se replièrent, d’une part, sur l’Anjou et, de l’autre, sur le pays Chartrain528.

Charles dauphin, en partant de Sablé, était venu se fixer au Mans (du 15 au 23 mai). Il prit ensuite son séjour à la Ferté-Bernard (du 24 mai au 9 juin) et se, disposa, dans cette ville, à rejoindre l’expédition qui avait été envoyée vers Chartres. Le 10 juin, Charles rallia ses troupes à Montmirail. Jean, duc d’Alençon, son cousin, et le comte d’Aumale, s’y trouvèrent réunis aux comtes de Buchan et de Wigton. Cette place était défendue, au nom du duc de Bourgogne, par deux capitaines appelés l’un Fouquet Pesas, et l’autre Jannequin. Les forces supérieures du régent ne leur permettaient pas une longue résistance. Montmirail fut bombardé, puis rasé, et les deux capitaines passèrent au service du dauphin529.

De là, l’expédition se tourna vers Beaumont-le-Chétif530. Le dauphin se posta le 12, à Frénée531 près Beaumont, pendant que les troupes assiégeaient le château. 268Trois jours après, Beaumont était rendu. Les troupes du régent se portèrent alors devant Chartres. Le prince Charles avait à ses ordres, sous les murs de cette ville, tant de noblesse que d’archers, arbalétriers et auxiliaires, environ vingt mille hommes532.

On commença d’investir la place, de tous côtés. Le régent, après avoir marché par Brou, Illiers et Nogent-sur-Eure, passa devant Chartres et s’arrêta non loin de cette ville à Saint-Prest. Mais Chartres appartenait au parti bourguignon. Le bâtard de Thien, l’un des meilleurs capitaines de ce parti, avait été envoyé de Paris pour la défendre. En un mot, la résistance parut au conseil du dauphin tellement assurée, qu’il poursuivit son entreprise en marchant de Saint-Prest sur Gallardon533.

Le 23 juin, Charles de France assistait au siège de cette dernière ville. Gallardon servait d’asile et de retraite aux plus exaltés Bourguignons de la contrée. De grandes richesses s’y trouvaient réunies. La défense avait pour chef un Parisien nommé le Rousselet, capitaine et bailli de l’endroit, assisté, de Me Gilles Cousin, avocat de Chartres. 269Après six jours de siège, Gallardon tomba au pouvoir des troupes françaises, bretonnes et écossaises, qui soutenaient la cause du dauphin.

Charles de Montfort, capitaine breton, avait été tué par les assiégés. La perte de ce seigneur, très estimé de ses compagnons d’armes, exaspéra les vainqueurs ; ou plutôt elle servit de texte à des barbaries, très familières, dans ces temps, à une soldatesque grossière et effrénée. Après un assaut général et meurtrier, la ville fut envahie, le 25 juin, par les dauphinois. De nombreux et inoffensifs habitants s’étaient réfugiés dans l’église. Bien que ces malheureux se rendissent à discrétion, les vainqueurs en firent une cruelle boucherie. Le Rousselet et Cousin furent pendus ou décapités, et la ville livrée au pillage. Indépendamment des lieux ci-dessus dénommés, Bonneval et divers autres châteaux ou points fortifiés du pays chartrain, se soumirent à l’autorité du régent534.

Dans le Nord, la lutte se poursuivait avec des fortunes diverses. Les troupes du dauphin s’emparaient du château de la Folie près Braine (département de l’Aisne). Ils prirent égaleraient Cuisles, Saint-Pierremont, Mareil, faisant tous les jours des courses, jusqu’aux portes 270de Reims. Le 4 juin 1421, un gros de partisans assaillit les faubourgs de cette ville et enleva tout le bétail. Mais les bourgeois de Reims exécutèrent une sortie et refoulèrent les agresseurs535.

Toutefois le conseil du dauphin ne poursuivit pas cette campagne au delà du terme précédemment indiqué. Le 30 juin 1421, Charles, régent de France, passa le Gué-de-Longroi. Puis, retournant par Sours (à peu de distance de Chartres), il traversa rapidement Illiers, Brou, Châteaudun, Vendôme, Château-Renard et regagna ainsi la Touraine. Le 11 juillet 1421, Charles dauphin avait établi sa résidence au château d’Amboise, chez Pierre II, seigneur de ce lieu et de Chaumont. Il y séjourna presque constamment jusqu’à l’automne536.

Henri V, en effet, avait reparu sur le rivage de France. Le roi d’Angleterre, après le couronnement de Catherine, entreprit de visiter avec elle ses provinces du Nord. Il se trouvait à peu de distance d’York, lorsque, dans les premiers jours d’avril, il apprit les résultats de la journée de Baugé. À cette nouvelle, la colère et le dépit l’emportèrent, chez le hautain monarque, sur l’affection fraternelle et sur la douleur. Le roi avait prescrit à son frère d’observer les frontières du Perche et d’Anjou, mais de garder la défensive. Emporté par sa bouillante ardeur, le duc de Clarence avait engagé la bataille malgré les avis du comte de Huntingdon. Henri V, lorsqu’il fut instruit de cette défaite, déclara, dit-on, que si son frère 271avait survécu, il l’eût puni de mort pour avoir ainsi transgressé ses ordres537.

Le voyage conjugal qu’Henri de Lancastre venait d’accomplir au sein des populations, lui servit à ranimer le zèle de ses compatriotes. Des subsides considérables furent votés par les communes réunies à Westminster. Henri termina ses préparatifs et mit à la voile sur la plage de Douvres. Il était suivi de l’armée la plus nombreuse et la plus redoutable qui eût jusque-là marché sous ses ordres538.

Le 10 juin 1421, Henri V débarqua de nouveau à Calais. Il était, dès ce jour, accompagné de quatre mille hommes d’armes et de vingt-quatre mille archers. Aussitôt la descente opérée, il renvoya ses vaisseaux en Angleterre. Le duc de Bourgogne se porta au-devant de lui à Montreuil, comme un vassal et auxiliaire. Il lui fraya la route à travers la Picardie. Les Anglais et Bourguignons de France attendaient avec anxiété la venue de l’héritier régent. Les dauphinois enlaçaient les approches de la capitale et y tenaient comme bloqué le duc d’Exeter. Sur les vives instances du gouverneur de Paris, Henri V, le 11 juin, lui envoya un premier secours de douze cents lances ou hommes d’armes539.

Le roi d’Angleterre se hâtait lentement. Il procédait avec le calme de la réflexion et l’assurance que lui inspirait la conscience de ses talents et de son prestige. De 272Montreuil, il prit sa route par Vaast en Ponthieu (ou Airon-Saint-Vaast), Saint-Riquier, Abbeville, Beauvais, Gisors et se rendit à Paris. Là, il salua le roi ainsi que la reine et pourvut aux affaires de haute administration. Chemin faisant, Henri V s’était mis en rapport avec le conseil de Rouen, avait distribué à ses lieutenants leurs commandements respectifs, et organisé de toute part des intelligences. Placé au centre de ce réseau, aucun rayon, aucun point n’échappait à sa vigilance. Henri de Lancastre, informé des progrès que venait d’accomplir le régent, lança son frère Humphrey, duc de Gloucester, et William de la Pole, comte de Suffolk, à la poursuite de l’ennemi. Pour lui, il établit son quartier général et sa résidence habituelle à Mantes sur la Seine, où il arriva vers le 25 juin540.

Le duc de Bourgogne avait amené à Mantes, près du roi anglais, un contingent de trois mille hauberts, ou gens d’armes d’élite. Quinze mille combattants, sous les ordres de Gloucester, se portèrent à Chartres, où ils arrivèrent sur les vestiges du dauphin. Mais ils ne trouvèrent à qui parler541.

273Le 18 juillet, les Anglais mirent le siège devant Dreux. Cette place importante, défendue par la nature et par des ouvrages militaires, offrait un appareil de défense multiple et formidable. Elle avait pour capitaine un notable chevalier, natif de Guyenne et nommé Amaury d’Estissac. Mais ce capitaine et son lieutenant étaient absents. La garnison, composée de huit cents hommes, se voyant isolée, sans espoir de secours, entra en pourparlers. Le duc de Gloucester et le roi d’Écosse542 représentaient à ce siège Henri V. Le 8 août, il fut convenu, entre les parties belligérantes, que si, dans douze jours, les assiégés n’étaient pas secourus, ces derniers rendraient la place au roi anglais. Le 20 août, aucun secours n’ayant été envoyé, les assiégés sortirent de Dreux, avec leurs biens et la vie sauve. Toutefois ils furent tenus de jurer que, durant le délai d’un an, ils ne s’armeraient pas contre le roi d’Angleterre543.

Après la capitulation de Dreux, Henri V se rendit, en 274pèlerinage, nu-pieds, à Notre-Dame de Chartres. Ce lieu de dévotion était des plus renommés. Le régent anglais fut reçu avec acclamation par le clergé, spécialement par l’évêque, nommé Jean de Frétigny, et par les autres Anglo-Bourguignons de cette ville. À l’exemple de Dreux, Tillières, Croisy, Nogent-le-Roi, Épernon, Bonneval, Gallardon et autres châteaux ou places des environs, tombèrent au pouvoir des Anglais544.

Mais la Piété, chez Henri V, était la compagne assidue de la Politique. En visitant Notre-Dame de Chartres, il se rapprochait des rives de Loire, occupées militairement par le dauphin. Chaque jour les contingents, préparés, arrivaient aux postes que leur avait assignés la prévoyance de cet habile chef militaire. Le 5 août avait été fixé pour l’un de ces rendez-vous ou convocations de ban.

Le même jour, les conseillers du dauphin tinrent, à Blois, sous les auspices et au nom de ce prince, un grand conseil d’État et de guerre. Charles, qui habitait à cette date le château de Chinon, peu éloigné de Blois, n’assista point à cette réunion. Elle fut principalement composée des chefs de l’armée. De ce nombre étaient le connétable, Darnley, Wigton, capitaines écossais ; les deux maréchaux de France : Amaury de Séverac et Gilbert de La Fayette ; Tanneguy Duchâtel, maréchal des guerres du régent ; Jean de Torsay, grand maître des arbalétriers ; le vicomte de Narbonne et plusieurs autres. Martin Gouge de Charpaigne, évêque de Clermont, chancelier du régent et l’archevêque de Reims, Regnault de Chartres, 275membres du conseil étroit ou conseil ordinaire du dauphin, y représentaient la politique et l’autorité civiles545.

L’assemblée délibéra sur les conjonctures présentes. Elle prit en spéciale considération le siège de Dreux, soutenu par les serviteurs du dauphin, et la nécessité de les secourir. Mais déjà de précédents appels d’hommes avaient été publiés au nom de l’héritier légitime du trône. Les possesseurs de fiefs, tenus au service des armes envers la couronne, n’avaient point répondu à ces appels, avec toute la précision et l’unanimité désirables. En conséquence, le conseil adressait aux vassaux un nouveau mandement, en forme de lettres royaux ou ordonnance. Le ban général était expressément convoqué ou prorogé, pour le 25 du mois d’août, à Vendôme. C’est de là que les troupes devaient partir, pour aller à Dreux, faire lever le siège, et ailleurs. L’ordonnance, enfin, libellée, sur ce point, avec une énergie tonte militaire, stigmatisait, moralement, ceux qui persisteraient à négliger l’accomplissement des devoirs de leurs fiefs. Elle prononçait en ce cas la confiscation des tenures et la dégradation, quant aux tenanciers, de toutes leurs prérogatives de noblesse546.

L’ordonnance du 5 août fut de nul effet, comme on l’a vu, en ce qui concerne le siège de Dreux. Mais les hostilités ne tardèrent pas à recommencer sur un autre théâtre. Au jour dit, 25 août, les comtes de Buchan, de Wigton, Tanneguy Duchâtel, le vicomte de Narbonne et autres capitaines du dauphin, se réunirent à Vendôme et de là se rendirent 276en divers cantonnements. Henri V, instruit de ces faits, partit de Chartres et vint faire étape à la Ferté-Villeneuil. Après avoir tenté une attaque infructueuse sur Châteaudun, il dirigea l’une de ses colonnes sur Vendôme et une autre sur Beaugency547.

À Vendôme, les gens du dauphin s’avancèrent jusqu’au gué du Loir, attendant l’ennemi de pied ferme. Les Anglais l’emportaient de beaucoup en nombre. Mais la position du terrain leur était désavantageuse. Leurs troupes, d’un autre côté, manquaient de vivres, bien que chaque soldat eût reçu huit mois de solde avant de quitter le rivage britannique. Les deux armées s’observèrent pendant quelques jours ; puis les Anglais, n’osant attaquer l’ennemi, décampèrent548.

Durant ce temps, Henri V se transféra de sa personne à la Bruyère près Beaugency. Ses troupes franchirent la Loire à la vue de Tanneguy Duchâtel, qui occupait Saint-Dié. De son côté, ce capitaine ne crut pas devoir engager une attaque sérieuse. Les Anglais firent une pointe dévastatrice en Sologne et parvinrent à s’établir pendant deux jours devant Beaugency. Mais au bout de peu de temps, dans le cours de septembre, le roi d’Angleterre replia ses tentes et marcha vers Orléans549.

277La famine et la maladie décimaient l’armée d’Henri V. Arrivés devant Orléans, les Anglais, pressés par la soif, pillèrent quelques tonnes de vin et tentèrent un coup de main acharné sur les faubourgs de la ville. Mais les Orléanais, préludant aux exploits, qui, peu d’années plus tard, devaient jeter un si grand lustre sur leur histoire, repoussèrent avec succès les envahisseurs550.

Après trois jours de station devant Orléans, les Anglais délogèrent en s’avançant vers l’est. Dans le même temps, leurs coureurs avaient rejoint ou saisi, sur la rive de Beauce, une troupe de cinquante à soixante cavaliers dauphinois, qui côtoyaient et harcelaient le gros de l’armée anglaise. Ces cavaliers, poursuivis par les Anglais, se réfugièrent dans un château fort appelé Rougemont551, qui tenait pour le parti français. Le capitaine ou châtelain, Génois de nation, se nommait le marquis du Guaret (Caretto ?). La place étant tombée au pouvoir des Anglais, Henri V fit incendier le bâtiment et distribuer à ses troupes les vivres qui s’y trouvaient. Le capitaine et la garnison furent pendus ou noyés jusqu’au dernier, par ordre du vainqueur552.

De là, Henri V et ses troupes prirent leur route par le Gâtinais et vinrent s’établir à Joigny. Le 22 septembre, Villeneuve-le-Roi sur Yonne fut assiégée par les Anglais, 278et ne tarda pas de se soumettre à leur puissance. Henri de Lancastre, peu de temps après, passa la Seine et l’Yonne à Moret et à Montereau. Il gagna ensuite Melun, puis Vincennes, et retourna de la sorte au sein de la capitale553.

Le roi d’Angleterre, dans le cours de cette campagne, avait perdu plus de quatre mille hommes, presque sans coup férir. Ces malheureux soldats, réduits à manger de l’herbe, périssaient par milliers. Leurs cadavres, tout habillés, jonchant les routes et les bois, marquaient ainsi leur passage. La nature semblait faire cause commune avec la juste querelle de la France et sévissait spécialement contre les oppresseurs. Les troupes du dauphin, avitaillées par les villes patriotes de la Loire, avaient dû, il est vrai, compter avec la maladie. Mais tel fut leur unique ou principal ennemi. Les adversaires du dauphin eurent à subir des épreuves beaucoup plus terribles554.

La guerre traînait après elle tous les autres fléaux qu’elle engendre. L’an 1421, dit un chroniqueur normand, fut la plus forte année en France (Île-de-France), et en Normandie que oncques homme vit, de tous vivres et de toutes autres choses nécessaires à corps d’homme, et oncques n’en vit-on si mauvais de biens, ni de fruitages : noix, pommes poires, prunes, cherises et de tous autres choses, avec les mutations de monnoie qui par détruisoient tout555. La terre, abandonnée des cultivateurs, demeurait stérile. Un trouble inaccoutumé dans l’ordre des saisons, et l’intempérie 279de l’air avaient déterminé des maladies qui se joignaient à la misère publique.

Le gouvernement anglais, à Paris et à Rouen, s’était vu entraîné lui-même à déprécier les monnaies. De là, une perturbation immense, suivie du renchérissement des denrées les plus nécessaires à l’existence. Au terme de la Saint-Jean (24 juin), le populaire s’ameuta au sein de la capitale et fit entendre ces murmures qui n’avaient point grondé en vain dans les jours redoutables. Le gouvernement anglais s’émut et dut intervenir, comme modérateur, pour le paiement des rentes et loyers. En cest an (note un autre nouvelliste, rédacteur du Journal de Paris), fut hiver si long et si divers, qu’il faisait très grand froid jusqu’en la fin du mois de mai et en la fin de juin n’étaient pas encore les vignes fleuries ; et fut si grande année de chenilles que le fruit fut tout dévasté… En ce temps, étoit le vin si cher que chacune pinte de vin moyen coûtoit quatre sols parisis556… Et furent en ceste année trouvés à Paris en aucuns lieux, escorpions qu’on n’avoit point accoustumé de voir… En ce temps étoit très grande mortalité. Tous mouroient de chaleur, qui leur prenoit la tête, accompagnée de fièvre. Ils mouroient sans être autrement malades ou affaiblis de corps, et, parmi eux, dans la force de la vie, les jeunes gens557.

La famine, rapporte un troisième, étoit si grande ès pays entre Seine et Loire, Champaigne et Brie, mesmement dans Paris, qu’il fut trouvé une femme morte de faim, son enfant vif tenant encore la mamelle de sa mère, 280y cuidant trouver substance. On vit des pauvres refuser un peu de nourriture, que leur apportait la pitié. Ils répondaient : Donnez à d’autres, je n’ai plus la force de manger. Ce que le menu peuple souffroit tant de pauvreté, de faim, de froid et de toutes autres méchances, nul ne le scet, que Dieu de Paradis ; car quand le tueur de chiens avoit tué des chiens, les pauvres gens le suivoient aux champs pour avoir la chair ou les tripes pour les manger. Enfin les loups apparaissaient dans les villages et dans les villes. Ils déterraient, de leurs pattes, les cadavres frais et nombreux que recevaient chaque jour les cimetières. En ce temps, étoient les loups si affamés, qu’ils entroient de nuit ès bonnes villes et faisoient moult de divers dommages. Souvent passoient à la nage la rivière de Seine et autres. Ils pénétroient dans les rues et mangeoient, en sautant, les jambons suspendus aux portes. On en vit dans plusieurs lieux se jeter sur les femmes et sur les enfants pour les dévorer558.

Tels étaient (mémorable enseignement), tels étaient les fruits que produisait déjà la domination étrangère.

281Chapitre IX
Août – septembre 1421.

Henri V, pour s’avancer en maître de Calais à Paris, n’avait trouvé que trop de facilité. Cependant, malgré son mariage avec Catherine de France, malgré l’apparence de légitimité que lui avait conférée le traité de Troyes, cette nouvelle invasion armée du territoire, par le prince anglais, ne s’était point opérée sans quelque résistance. Peu à peu, le sentiment national s’éveillait, sous les atteintes et les provocations de l’étranger. L’idée de la patrie naissait, au sein de la lutte, même infructueuse. Cette idée grandissait et s’aguerrissait dans la défaite, pour triompher un jour.

Jacques II d’Harcourt était un des premiers barons de la Normandie. Chevalier en 1411, il avait suivi pendant toute sa vie la fortune de Jean sans Peur. Philippe le Bon comptait, en lui, un compagnon d’enfance et un allié pour ainsi dire héréditaire. Mais, lorsque l’antagonisme du duc de Bourgogne, contre le dauphin, s’étendit jusqu’à faire cause commune avec Henri V, lorsqu’il s’agit de livrer le royaume de France à un roi anglais, Jacques d’Harcourt rompit en visière avec Philippe le Bon559.

Jacques II avait combattu, pour la cause nationale, à la 282journée d’Azincourt et devant Rouen. Il se déclara en faveur du dauphin et fit une guerre ouverte aux Anglo-Bourguignons de sa contrée. Le seigneur d’Harcourt, lieutenant du régent sur les frontières de Normandie560, habitait le plus souvent le château du Crotoy, dont il était capitaine pour le prince Charles. Cette place forte occupait un angle du littoral, à l’embouchure de la Somme. L’influence de ce grand baron, ses ramifications dans la province, étaient considérables. Il ne tarda pas à rassembler sous sa bannière de nombreux gentilshommes et des capitaines de marque. Au moment où Henri V débarquait à Calais, les châteaux et places de la Ferté-lès-Saint-Riquier, Drugy, Eaucourt, Airaines, Mareuil, Rambures, Gamaches, la ville de Saint-Valery, obéissaient à Jacques d’Harcourt. En un mot, le Ponthieu était presque tout entier français, sauf Abbeville, Saint-Riquier et Pont-Rémy561.

Ce brave pays du Ponthieu, composé de populations maritimes, commerçantes et guerrières, n’en était point à sa première épreuve de ce genre. Le sang de ses anciens comtés coulait, par les femmes et par des alliances matrimoniales, dans les veines de Jacques d’Harcourt562.

Depuis le douzième siècle, la Picardie avait été incorporée 283à la France, au point de n’avoir pas d’autre blason que les fleurs de lys. Vainement, après la bataille de Poitiers, le roi Jean avait livré ses sujets du Ponthieu à l’Angleterre. Les Picards ne subirent ce joug, en frémissant, que pour le briser peu de temps après. Charles V, en 1369, avait reconnu cette énergique fidélité. Les armoiries d’Abbeville, jusque-là, étaient les anciennes armes de Ponthieu. Charles V, par lettres du 19 juin 1369, leur donna le chef de France, avec cette devise historique : fidelis ou fidelissima, qui devint plus tard la devise de toute la province de Picardie563.

Au mois de juin 1421, les Abbevillois voulurent fermer leurs portes sur le passage d’Henri V. Ce prince et le duc de Bourgogne étaient encore à Airon-Saint-Vaast en Ponthieu. Dans cette conjoncture, Henri de Lancastre se servit avec adresse de Philippe le Bon. Pendant que le roi d’Angleterre se divertissait à chasser dans la forêt de Crécy, le jeune duc se rendit à Abbeville. Toute son influence et la pression de son autorité ne furent point superflues, pour triompher de la répugnance des habitants. Ces derniers, toutefois, consentirent à livrer accès au roi d’Angleterre, à condition, par celui-ci, de payer comptant les frais qu’entraînait le passage de ses troupes. Henri V, avant d’entrer à Abbeville, se logea dans Saint-Riquier.

La Ferté, château voisin, avait soixante hommes d’armes de garnison, commandés, sous les ordres de Jacques d’Harcourt, par, le bâtard du Bellay. Ce château, durant 284la présence d’Henri V et de ses forces, fut remis par traité à un gentilhomme du pays, qu’avaient désigné de concert le roi anglais et le duc de Bourgogne. Il se nommait Nicaise de Boufflers. Puis le roi anglais poursuivit sa route564.

Mais les choses, une fois que Henri V et ses soldats se furent éloignés, changèrent immédiatement de face. Guy de Nelle, seigneur d’Offemont et le fameux Poton de Xaintrailles, mandés par Jacques d’Harcourt, arrivèrent au Vimeu, suivis de 1, 200 chevaux. Ils passèrent la Somme à la Blanque-Taque et se présentèrent devant la Ferté. Sous les auspices de Jacques d’Harcourt, le seigneur de Boufflers leur rendit volontairement la forteresse. L’abbé de Saint-Riquier prêta le même concours sympathique. Jacques d’Harcourt, en un mot, appuyé de nouveaux auxiliaires, reprit possession du Ponthieu. La guerre recommença contre le parti de Bourgogne. Henri V et le duc avaient placé dans Abbeville un capitaine choisi de leur main, Louis de Berghes, sire de Cohem.

Certain soir que le capitaine était allé poser son guet et donner le mot d’ordre par la ville, soudain une main inconnue vint le frapper. Le lieutenant du roi anglais tomba de cheval, blessé presque mortellement. À la faveur de la nuit, les assaillants échappèrent aux poursuites et vinrent trouver, dans le château du Crotoy, un refuge, que Jacques d’Harcourt leur avait préparé565.

Philippe le Bon avait amené récemment, vers Mantes, son contingent. Il se trouvait à Croissy566, lorsqu’il fut instruit de ces faits. Aussitôt le duc manda de nouvelles 285troupes, et sur l’exhortation du roi anglais, il prit en hâte le chemin de la Picardie. Philippe mit à réquisition les villes d’Amiens et d’Abbeville, qui lui fournirent les munitions nécessaires et commença par attaquer les Dauphinois établis à Pont-Rémy. Après une semaine environ de résistance, les défenseurs évacuèrent ce village vers le 27 juillet, et se répandirent dans les places voisines. Le duc de Bourgogne, assisté de ses lieutenants, vint mettre le siège devant Saint-Riquier567.

Philippe le Bon occupait de sa personne le château de la Ferté, tombé en son pouvoir. À la porte Saint-Jean, du côté d’Auxy, était logé messire Jean de Luxembourg, et le seigneur de Croÿ à la porte Saint-Nicolas, vers Abbeville. Mais les Bourguignons ne réussirent pas à intercepter la communication des assiégés par la porte dirigée sur le Crotoy. La garnison profita de cette issue, non seulement pour braver un investissement incomplet, mais pour opérer de vigoureuses et menaçantes sorties. Le duc de Bourgogne comptait dans ses rangs, tant d’hommes d’armes que d’archers et arbalétriers fournis par ses bonnes villes568 d’Artois, de Flandres, de Bourgogne et de Picardie, environ de cinq à six mille combattants. Xaintrailles et Offemont n’avaient guère avec eux que quatre cents 286lances garnies, c’est-à-dire quatre cents gentilshommes, chevaliers ou écuyers, assistés chacun de leurs serviteurs d’armée. Le total de ces forces s’élevait à peu près de douze à quatorze cents assiégés569.

Chaque jour, Jacques d’Harcourt communiquait avec les défenseurs et ranimait leur courage. Lui-même, du dehors, s’employait incessamment à leur procurer de nouveaux secours. À cet effet, le lieutenant du dauphin dans la haute Normandie écrivit aux divers commandants de places en Picardie et Champagne. Guillaume de Gamaches, capitaine de Compiègne ; Eustache de Conflans, lieutenant pour le dauphin en Champagne ; Jean Raoulet, capitaine de trois cents lances, à Beaumont en Argonne et à Mouzon (près Sedan) ; enfin, le célèbre La Hire, capitaine de Vitry-le-François, se rendirent hâtivement à cet appel. Les uns se rassemblèrent à Soissons, les autres à Compiègne. Puis, tous réunis se dirigèrent vers Saint-Riquier570.

La Hire, chemin faisant, vint se loger dans un village où il passa la nuit. Pendant qu’il dormait, le manteau de la cheminée, dans la chambre où il couchait, s’effondra et tomba sur sa jambe. La Hire, ainsi blessé grièvement, ne put prendre part à la rencontre et demeura boiteux toute sa vie. Le reste de la petite armée de secours poursuivit sa route. Le 30 août, de très bonne heure, entre le point du jour et le soleil levé, ces auxiliaires débouchaient en bonne ordonnance à la hauteur d’Oisemont. Ils marchaient vers le Crotoy, comptant passer la Somme au lieu dit la Blanque-Taque. Là, ils devaient rallier le seigneur d’Harcourt, 287parti de son château du Crotoy, et se porter tous ensemble à la défense de Saint-Riquier571.

Cependant, le duc de Bourgogne avait été informé de ces mouvements. Le 29 août, à la chute du jour, il détacha de son siège, devant Saint-Riquier, les seigneurs de Saveuse et de Crèvecœur, avec cent vingt combattants. Ceux-ci eurent ordre de passer à Abbeville, puis d’entrer en Vimeu et d’y marcher à la rencontre des auxiliaires dauphinois. Ils devaient chercher à les reconnaître et transmettre incessamment au duc les résultats de leurs explorations. De son côté, peu de temps après le départ de ce détachement, le duc lui-même se résolût à lever le siège. Il fit plier ses tentés en toute hâte, brûla ses logis, et conduisit le gros de ses troupes à Abbeville. Là, sans perdre de temps, il rafraîchit son armée, prescrivit à ses hommes de boire et de manger, mais sans même leur permettre de descendre de cheval. Le lendemain 30, de grand matin, Philippe le Bon apprit par des coureurs, ramenant prisonniers quelques traînards dauphinois, que l’ennemi était parvenu à Oisemont572.

Aussitôt, le duc, laissant son infanterie pour l’heure dans Abbeville, s’élança, suivi de tous ses chevaux, à la poursuite de ses adversaires. Il vint s’embusquer, avec des forces, dans un bois où se trouve aujourd’hui le village nommé le Quesnoy. Le lieu dit la Blanque-Taque était une espèce d’île ou d’atterrissement qui affleurait, comme une tache blanche, l’embouchure de la Somme. Aux heures de marée basse, le lit du fleuve, tari, permettait de le 288franchir, en cet endroit, soit à pied, soit à cheval. Seul, avec un très petit nombre de compagnons choisis et déterminés, Poton de Xaintrailles était parti la nuit de Saint-Riquier, puis avait passé la Somme à la nage. Il vint rallier en Vimeu les Dauphinois, et, prenant le commandement de l’avant-garde, il les conduisit vers la Blanque-Taque (ou Blanquetade, entre Saint-Valery et Abbeville). Mais la mer était trop haute et le passage se trouvait impraticable. Jacques d’Harcourt, placé sur la rive de Ponthieu, dut, par le même motif, renoncer à se joindre aux troupes du régent573.

Au moment où les Dauphinois tentaient le passage, Philippe le Bon, débusquant du Quesnoy, s’avança vers Saigneville. Les troupes du régent, se voyant arrêtées par le fleuve et pris en queue par l’ennemi, firent volte-face et gagnèrent le large des champs, pour se déployer. Les deux partis prirent position à trois traits d’arc l’un de l’autre. Il était environ onze heures du matin. Philippe le Bon requit Jean de Luxembourg, un de ses capitaines, de lui conférer l’ordre de chevalerie574. Le duc ayant reçu l’épée et l’accolade militaire au nom de saint Georges, d’autres chevaliers furent immédiatement créés par le duc lui-même sur le champ de bataille. Les Dauphinois, à la hâte, en firent autant de leur côté. Puis l’action commença entre Mons-en-Vimeu et Abbeville575.

Les Dauphinois, de beaucoup inférieurs en nombre, ne comptaient que quinze à seize cents lances. Philippe 289le Bon forma sa bataille en un corps, flanqué de deux ailes. L’aile droite attaqua les archers français postés près d’un moulin à vent, les enfonça et leur tua deux cents hommes. Pendant ce temps, les chevaliers et écuyers, commandés par Xaintrailles, fondaient impétueusement sur le centre des Bourguignons. Philippe le Bon, point de mire des principales atteintes, avait fait revêtir de ses cottes d’armes quatre de ses chevaliers. L’un d’eux, le sire de la Viéville, portait aussi ou conduisait la bannière ducale. Au moyen de ce stratagème, les coups destinés au duc de Bourgogne, allèrent s’égarer sur quatre de ses lieutenants.

Le choc principal fut soutenu, des deux côtés, avec une rare énergie. Plusieurs, parmi les Bourguignons, avaient entrecroisé leurs lances, assujetties à l’arçon de leur selle. Ainsi liés l’un à l’autre, ils formaient comme un mûr mobile, d’hommes et de chevaux, presque impénétrable à l’ennemi. Les Dauphinois, néanmoins, entamèrent cette masse formidable, et la mêlée s’engagea dans le sein de l’escadron. Il y avait entre autres, du côté des Bourguignons, un gigantesque homme d’armes, fait chevalier le jour même et nommé Jean Vilain. Ce gentilhomme flamand était monté sur un grand cheval à sa taille. Agitant de ses bras robustes une hache à deux mains, il dominait toutes les têtes et se faisait jour dans l’espace, abattant et espautrant sous le poids de sa force personnelle, hommes et chevaux, en dépit de leurs armures de fer. Ce chevalier eut l’honneur de faire reculer Poton de Xaintrailles qui, le rencontrant à sa portée, esquiva ses coups par un écart, en se signant d’admiration576.

290Toutefois les soldats du dauphin remportèrent sur ce point l’avantage. La ruse de guerre que le duc de Bourgogne avait employée, faillit lui causer une défaite complète. Deux des chevaliers qui portaient ses insignes, les sires de la Viéville et de Brimeu, furent pris pour le duc et périrent dans l’action. La bannière ducale était passée aux mains d’un simple varlet, attaché à la suite du seigneur de la Viéville. Ce bachelier, dans sa fuite précipitée, jeta la bannière pour s’en débarrasser. L’étendard ducal fut ainsi abandonné dans la poussière. Le désordre se mit au sein des Bourguignons. Un grand nombre de chevaliers et d’écuyers s’enfuirent à toute bride vers Abbeville, qui leur ferma ses portes ; puis à Picquigny ; puis enfin jusque dans leurs foyers respectifs577.

L’erreur ou la maladresse d’un héraut bourguignon augmenta cette déroute. Dupe lui-même des apparences, il répandit officiellement ce bruit, que le duc était mort ou pris. Jean Raoulet et Pierre de Luppé, capitaines du parti français, accompagnés de cent vingt chevaux environ, poursuivirent les fuyards et firent un bon nombre de prisonniers578.

Cependant la panique des Bourguignons n’avait point été générale. Un gentilhomme, nommé Jean de Rosimbos, releva la bannière de Philippe le Bon. Le prince, demeuré sain et sauf incognito, n’avait pas quitté le terrain de la bataille. Entouré de cinq cents combattants d’élite, il rallia ses forces. Tous reprirent la lutte contre les 291Dauphinois avec un nouveau courage. Il y eut alors une seconde action, dans laquelle les Bourguignons restèrent maîtres du terrain et de la victoire579.

Jean Raoulet et les autres revinrent à Mons, croyant y trouver les Français définitivement victorieux. Mais leur illusion fut de courte durée. Ralliés eux-mêmes à grand-peine, au nombre de trois cents lances, ils se replièrent, vers le soir, sur la ville de Saint-Valery, emmenant leurs blessés et ceux de leurs prisonniers du matin qu’ils avaient pu conserver. Les Français laissèrent beaucoup de morts et de prisonniers entre les mains de leurs adversaires. Poton de Xaintrailles, Gilles et Louis de Gamaches, Raoul de Gaucourt, le bâtard de La Hire ou de Vignoles, etc., tombèrent vivants au pouvoir des Bourguignons. La perte de ces derniers paraît avoir été plus faible. Français et Bourguignons toutefois chantèrent victoire chacun de leur côté580.

Si l’on fait abstraction de la cause morale, le jeune duc de Bourgogne conquit galamment, en ce jour, ses éperons dorés. Durant tout le temps de la rencontre, Philippe fit son devoir de prince, avec autant d’intelligence que de bravoure. Engagé personnellement dès le premier choc, il fut tout d’abord enferré de deux lances. L’une perça, d’outre en outre l’arçon de sa selle. L’autre faussa en flanc son harnois. Un puissant homme d’armes français le prit à bras le corps, menaçant ainsi de le désarçonner et de s’emparer de sa personne. Mais le duc montait un 292fort coursier qu’il brocha de l’éperon, et grâce à l’impulsion du cheval, il passa outre, échappant de la sorte à cette rude étreinte. Philippe le Bon fit de sa main prisonniers deux chevaliers français : Gilles de Gamaches et Poton de Xaintrailles581.

Vaillant pendant le combat, Philippe agit en sire de la fleur de lis après la victoire. Pour payer sa bienvenue comme nouveau chevalier, il mit en liberté, peu de temps après, ses deux prisonniers. Le prince pouvait exiger d’eux une rançon. Bien loin de là, il leur fit présent d’un cheval et d’une armure complète ou harnois. Le duc ordonna, de plus, qu’il fût compté à chacun de ces gentilshommes cinq cents moutonceaux582 d’or. Le soir même de la bataille et sans débrider, il se rendit à Notre-Dame d’Abbeville, où il entendit tout armé un office d’action de grâces583.

Le lendemain, le sire de la Viéville fut inhumé en l’église des cordeliers d’Abbeville. Jacques d’Harcourt, ayant rallié les Français avec le sire d’Offemont et le capitaine Raoulet, offrit au duc de nouveau la bataille. Mais elle ne fut point acceptée. Après s’être rafraîchi quelques jours, Philippe le Bon passa devant Saint-Riquier sans coup férir. Il se rendit à Hesdin, puis à Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer584 ; et, l’automne finissant, il rentra dans ses 293pays de Flandres. Les prisonniers de Mons-en-Vimeu, achetés par le duc à ses capitaines, furent détenus à Lille, pendant quelque temps. Au mois de novembre 1421, tous les prisonniers français recouvrèrent la liberté sans finances. De son côté, Jacques d’Harcourt ou le sire d’Offemont rendirent au duc de Bourgogne ses prisonniers pris par les Dauphinois. Ils évacuèrent en outre la place de Saint-Riquier, qui reçut un capitaine bourguignon585.

Henri V, roi d’Angleterre, pour la dévotion, ne le cédait à aucun prince de son temps. Il lisait chaque jour la sainte Écriture. Le pape Martin V, par une bulle spéciale, lui avait accordé le privilège de posséder un autel portatif. En Angleterre, aussi bien qu’en France, jamais il ne négligea de visiter une châsse de saint ou d’assister à un pèlerinage586.

Sa piété, toutefois, s’étendait, inclusivement, jusqu’à la conquête.

En 1419, saint Vincent Ferrier, natif d’Espagne, était venu dans les parages de France. L’homme de Dieu, près de terminer sa carrière, gémissait de voir la guerre, soutenue par des mains fratricides, sévir entre des rois et des peuples chrétiens. Vers le mois de mars, saint Vincent Ferrier se rendit à Caen près d’Henri V. En vain conjura-t-il le prétendant anglais d’entendre à des paroles 294de conciliation et de rendre la paix à la chrétienté. L’apôtre fut éconduit. Il revint, peu de jours après, mourir en Bretagne, sans avoir pu réaliser cette dernière œuvre, ce dernier vœu d’une âme évangélique587.

Henri V, au mois de juin 1421, lorsqu’il passa la mer, avait résolu de laisser en Angleterre la reine Catherine, qui était enceinte. Il l’avait confiée à la garde de l’un de ses frères. Néanmoins, peu de temps s’était écoulé, selon toute apparence, lorsque la reine, avec ou sans l’autorisation de son royal époux, traversa le détroit et vint rejoindre Henri sur le sol de la France588. Un fait indubitable, c’est que, dans les premiers jours de septembre, Catherine de Valois se trouvait à Paris ou à Vincennes, auprès de son père et de sa mère. Henri V résolut alors de la renvoyer, pour faire ses couches, en Angleterre589.

Les bénédictins de l’abbaye de Coulombs, au diocèse de Chartres, possédaient une relique célèbre. Au onzième siècle, deux seigneurs de Villiers près Coulombs, qui revenaient de la croisade, l’avaient, dit-on, achetée des Grecs et l’avaient libéralement offerte à cette abbaye. L’un des noms que portait ce meuble précieux était celui de joyau d’argent et nous l’emploierons de préférence. Les religieux de Coulombs, moyennant finance, l’exhibaient aux fidèles. Ceux-ci venaient en foule le vénérer, en diverses maladies ou périls. De ce nombre étaient notamment les femmes grosses, 295qui, par l’invocation du joyau d’argent, espéraient obtenir une heureuse délivrance. Cette exhibition constituait pour le monastère une source importante de revenus590.

Henri V, en vertu d’un second privilège apostolique, avait le droit de transporter d’un lieu dans un autre certaines reliques des saints, qui, d’ordinaire, recevaient exclusivement sur place les hommages des fidèles591. En passant à Chartres, Henri d’Angleterre, dans l’intérêt de la reine et de sa prochaine maternité, désira s’approprier momentanément la relique de Coulombs. Par l’intermédiaire de l’évêque de Chartres, tout dévoué à l’Anglais, ce prince obtint la communication du joyau d’argent592.

Il s’empressa de l’envoyer à Londres, probablement en la compagnie même de la reine, afin que Catherine l’eût auprès d’elle à l’époque de l’enfantement. Vers le 3 septembre ; la reine d’Angleterre vint faire ses dévotions à Saint-Denis. Le lendemain, après avoir pris son gîte dans l’abbaye royale, elle se dirigea vers la Normandie, accompagnée d’une escadrille spéciale. À bord d’un navire magnifique, entourée de dames et de forces militaires, elle fit voile pour la Grande-Bretagne593.

296Peu de temps après ce départ, Henri V retournait lui-même à Paris. Vers le 30 septembre 1421, il s’établit à Lagny-sur-Marne. De là, il commença de diriger les opérations du siège de Meaux, l’un des événements militaires les plus notables de cette période594.

297Chapitre X
30 septembre 1424 – 3 juin 1422.

Henri V, le 6 octobre 1421, vint mettre le siège devant Meaux. Le nombre de ses soldats s’élevait à vingt-quatre mille. Alors, comme aujourd’hui, la ville de Meaux était divisée en deux parties. L’une, située au nord de la Marne, s’appelait spécialement la Ville. L’autre, placée au sud, portait le nom de Marché. Toutes deux étaient fortifiées de fossés, de remparts, de hautes murailles et communiquaient par un pont solide, formé de plusieurs arches. Le Marché, particulièrement, avait pour défense le cours impétueux et resserré de la Marne, qui permettait difficilement d’y fixer, même à l’ancre, aucun point d’appui, aucune embarcation595.

Henri V avait envoyé d’abord le duc d’Exeter, avec quatre mille hommes, occuper les faubourgs, pour empêcher les habitants de les incendier. De Lagny, le roi anglais s’établit en premier lieu, le 5 octobre, au château du Rutel, sis (à très peu de distance de Meaux) sur le ruisseau de ce nom. Il tourna ensuite la ville au nord et vint prendre son quartier général en l’abbaye de Saint-Faron de Meaux. Le duc d’Exeter se logea près du roi, son neveu, dans le monastère du Châge, et le comte de Warwick 298à l’extrémité méridionale du Marché. À l’est, le comte de March occupait les Cordeliers596.

Henri V retrancha son camp de haies et de fossés. Il jeta sur la Marne un pont de bateaux, pour établir la communication entre ses troupes qui tenaient les deux rives. Après s’être approvisionné de vivres, le roi investit complètement cette place. Il fit enfin manœuvrer contre les portes et les murailles son artillerie de siège. Celle-ci consistait : 1° en engins mécaniques ou catapultes, qu’il avait fait construire à Lagny-sur-Marne ; 2° en canons de fer sans affûts, montés sur des carapaces de bois, et chargés de pierres sphériques597.

Le malheureux Charles VI, assistait à l’expédition. Cette existence, privée, sans retour, du guide de la raison, devenait chaque jour plus débile. Par ordre du conquérant, Charles promenait aux yeux de tous sa démence complaisante et couronnée. La présence de ce roi, comme celle du faible Jacques Ier, roi d’Écosse, en imposait aux populations. Henri V exploitait ainsi le profit moral qu’il tirait de ces majestés asservies. Charles VI suivit ou accompagna son gendre à distance. Il fut logé d’abord à Lagny, puis à Saint-Faron. Pendant tout le cours de cette campagne, Henri V fit de son quartier général le siège de sa chancellerie et le chef-lieu du gouvernement. Le nom 299de Charles VI, avec le titre de roi, figure au protocole des divers édits ou mandements, qui furent promulgués par l’héritier-régent, durant cette période. L’infortuné prince français était censé patronner ainsi de son concours et sanctionner de sa souveraine autorité tous les actes, diplomatiques ou autres. Bien plus, il était censé approuver et commander les hostilités meurtrières qu’un agresseur étranger dirigeait incessamment contre la France598.

La ville de Meaux avait pour défenseurs des champions de caractère et de qualités fort divers. Le capitaine-général de la place portait le nom de bâtard de Vaurus. C’était un gentilhomme gascon, vassal du comte d’Armagnac et venu en France avec le connétable. Celui-ci, mort, le bâtard, qui servait sous la bannière du dauphin Charles, y demeura. Ce rude condottiere partageait les mœurs de ses détestables compagnons d’armes. La mort du comte Bernard lui servit de prétexte pour redoubler de brutalité violente et de barbaries. Son poste militaire, à Meaux, était un vrai repairé de bandits et un chef-lieu de brigandage. De là, pratiquant de fréquentes sorties, il s’attaquait non seulement aux Anglais, mais, avec une préférence marquée, aux paysans inoffensifs et aux voyageurs599.

Les crimes les plus odieux, les cruautés les plus atroces lui servaient de procédés familiers, pour rançonner, pressurer 300et torturer ces malheureux. Il avait choisi, à l’entrée de la ville, un orme gigantesque. Journellement, il y faisait pendre et en cas d’absence du bourreau, il y pendait lui-même, sur toutes les branches, assez fortes pour cet emploi, les pauvres diables qui tombaient entre ses mains et qui ne satisfaisaient point aux iniques fantaisies de son despotisme. L’arbre de Vaurus, ainsi désigné à raison d’une telle origine, conserva longtemps dans la tradition sa sinistre renommée600.

Le titre de bâtard, vrai ou faux, était pour cet aventurier une espèce d’ornement, qu’il portait avec cynisme et insouciance. Car, à cette époque de dissolution, beaucoup d’hommes de guerre se riaient en quelque sorte de la légitimité de leur origine. Le bâtard avait pour lieutenant Denis de Vaurus, autre gentilhomme du Midi. Le quel (suivant Fenin) estoit très grand seigneur ; mais il n’avoit mie si grande renommée comme avoit le bastard. Denis de Vaurus, au rapport d’un autre témoin, se nommoit son cousin (cousin du bâtard) pour la grande cruauté dont il étoit plein. Monstrelet, l’auteur des mémoires dits de Fenin, et les autres Bourguignons, le qualifient propre frère du bâtard de Vaurus601.

À côté de ces défenseurs, plus que suspects, combattaient 301deux honorables personnages, de l’ordre ecclésiastique.

Le premier, âgé de vingt ans environ, se nommait Philippe de Gamaches, d’une ancienne famille de chevalerie, appartenant au Vexin normand. Ce jeune seigneur, destiné à l’Église, avait d’abord fait profession dans l’abbaye de Saint-Denis en France. Mais le monastère royal subit le joug anglo-bourguignon. Philippe, alors, quitta cette maison avec d’autres religieux, attachés comme lui à la cause du dauphin. Ils entrèrent ainsi, à titre de moines, en l’abbaye de Saint-Faron, de même ordre. Au mois de novembre 1420, l’abbé de Saint-Faron étant mort, le jeune Philippe fut élu pour le remplacer. Survint, en 1421, l’invasion du roi anglais, qui s’empara de l’abbaye. Se voyant supplanté, le prélat-guerrier prit les armes, ainsi que trois autres religieux ses confrères. Tous quatre s’enfermèrent à Meaux avec la garnison et participèrent activement à la défense602.

Le second n’était autre que l’évêque de Meaux, appelé Robert de Girème. Membre d’une famille militaire, dévouée à la querelle des Valois, il avait à ses côtés un de ses parents écuyer, nommé Sinador de Girème603.

Il convient de signaler ensuite Louis Gast, grand bailli de Meaux, Jean de Rouvres ou de Romières, avocat ; Perron de Luppé604, capitaine armagnac ; Guichard de Chissay, 302Louis de Tromargon, Bernard de Méréville et autres chevaliers ou écuyers notables. Les forces des assiégés se bornaient à un effectif d’environ mille hommes d’armes d’élite sans compter la milice urbaine et la population civile.

Henri V débuta donc par bloquer la ville et la serrer d’aussi près que possible. En même temps, il essaya de parlementer. Henri fit offrir aux assiégés des conditions bénignes, s’ils consentaient à reconnaître aussitôt son autorité. Mais les ouvertures du roi anglais ne furent point reçues avec respect, ni docilité. 303Les assiégés y répondirent par des démonstrations d’une ironie peu courtoise. Ils firent monter sur les remparts un âne, dont la tête était ceinte d’une couronne et qu’ils accablaient de coups, pour le contraindre à braire. Les conducteurs du jeu criaient aux Anglais que c’était Henri, leur roi, et qu’ils vinssent à sa rescousse. En même temps, un sonneur de trompe accompagnait cette musique vocale, pour en augmenter l’intensité sonore, du bruit de son instrument605.

Cependant, le cours naturel des choses semblait favoriser l’énergie et la vigueur des assiégés. Ceux-ci déjouaient, l’une après l’autre, toutes les pratiques et tous les efforts de l’attaque. Suppléant par l’audace à leur petit nombre, ils exécutaient, de temps à autre, des irruptions meurtrières et opportunes. À l’entrée de l’hiver, la Marne, ainsi que d’autres affluents de la Seine, s’enfla d’une crue démesurée. Les eaux de la rivière débordée inondèrent les assiégeants et divisèrent leurs postes à demi submergés. Les assiégés, pourvus d’embarcations, vinrent alors poursuivre les assiégeants, que gagnait l’inondation, et qui n’avaient point d’esquifs pour regagner la terre ferme. Les arrivages de vivres, que procurait la marine fluviale, manquèrent, et les agresseurs furent menacés de disette. Beaucoup d’Anglais succombèrent ainsi. À ces diverses causes de destruction, il faut joindre le froid, la faim et une épidémie ou mortalité, qui vint à sévir parmi les soldats d’Henri V606.

Entre ces derniers, se trouvait un capitaine anglais d’un renom considérable, appelé John Cornwall ou Cornwalis, chevalier ; cousin germain du roi Henri de Lancastre. Dans l’un des engagements, lord Cornwall fut blessé assez grièvement à la cuisse. Son fils, à ses côtés, eut la tête séparée du tronc, par un coup de canon ou coulevrine, tiré de la place. C’était un beau jeune homme, âgé de dix-huit ans, déjà chevalier, l’idole et l’espoir de son père son unique enfant. Dans sa douleur, le père détesta la guerre ; il en maudit les injustices absurdes et violentes. Il abjura la cause d’Henri V, agresseur de la France, et du légitime héritier le dauphin. John Cornwall, à partir de ce jour, déposa les armes, jurant de ne plus verser le sang chrétien. Il partit aussitôt pour l’Angleterre. Le reste de ses jours s’écoula dans la retraite ; fidèle à ses regrets ; à sa douleur et à son dernier serment607.

304Tout, néanmoins, n’était pas infortune pour les Anglais. Henri V, dans le même temps, acquit deux recrues importantes. Pierre de Luxembourg, comte de Conversan, était dans la ville de Meaux, le prisonnier de Perron de Luppé. À la requête de Jean de Luxembourg, frère de Pierre, le roi d’Angleterre fit tant que Luppé délivra le captif ; moyennant une forte rançon. Le comte de Conversan se transporta immédiatement auprès du roi d’Angleterre et, sans plus tarder, se joignit aux assiégeants. Arthur de Bretagne, comte de Richemont, venait également d’être rendu à la liberté par Henri V. Arthur donna sa foi au monarque anglais. Il prit sur-le-champ, sous sa bannière, du service au siège de Meaux et demeura engagé dans ce parti jusqu’à la mort du roi d’Angleterre608.

Henri de Lancastre disposait en maître de la Normandie. Les États du roi de France qui reconnaissaient l’autorité de Charles VI, étaient les siens. En ces divers lieux, il s’appropriait les impôts publics. L’Angleterre, avant son départ, lui avait fourni vingt mille marcs. Tout cela était consommé. Car la guerre, le plus souvent, ruine à la fois, aussi bien que les vaincus, les vainqueurs. 305Le 1er décembre 1421 le parlement anglais, présidé par Jean duc de Bedford, vota, en faveur de son roi, un nouveau subside pour continuer la conquête de la France609.

Le 6 décembre 1421, Catherine de Valois, reine d’Angleterre, assistée du joyau d’argent, mit au monde un fils qui fut depuis Henri VI. Henri de Monmouth610 en reçut la nouvelle devant Meaux. Le roi d’Angleterre attachait le plus grand prix à cet événement. La naissance du prince augmenta le courage de ses soldats. Elle remplit tous les Anglais de joie et d’orgueil. À Paris, à Rouen, en Angleterre, les cérémonies de l’église, les feux publics, comme à la Saint-Jean, les processions, les fêtes populaires, célébrèrent, avec un immense éclat, cette nativité611.

La joie du père, toutefois, ne fut point de longue durée. Aussitôt qu’Henri V apprit cette nouvelle, il s’empressa de demander dans quel lieu la reine avait donné le jour à son fils. Sire, au château de Windsor, lui fut-il répondu. À ces mots, une funeste appréhension s’empara de son esprit.

Henri V avait expressément défendu à Catherine, son épouse, de faire ses couches à Windsor. Cette injonction 306se fondait, chez lui, sur une idée préconçue. Quelque ancienne prophétie, dit-on, attachait à ce lieu un augure néfaste. D’autres affirment que le roi Henri, du temps qu’étant encore prince de Galles, il étudiait à Oxford, s’était entremis d’astrologie. Lui-même, suivant les termes de cet art douteux, aurait opéré l’élection à la fois sidérale et topique, relative à la venue du prince en ce monde. Or, cette place de Windsor était, à ses yeux, un présage d’infortune. Lord Fitz-Hugh, dit-il à son chambellan, ou grand maître de l’hôtel, quand il lui entendit prononcer le nom de Windsor :

Henri, né à Monmouth,

Régnera peu et conquerra beaucoup ;

Henri, né à Windsor, régnera longtemps et perdra tout ;

Mais, à la volonté de Dieu pour le tout612 !

Tel est, sur ce point, le témoignage de la tradition anglaise. Un document français, peu connu, se rapporte à la même particularité. L’ordre des Trinitaires ou Mathurins avait alors, pour ministre général, Jean Halboud, de Troyes, docteur considérable par sa science et sa renommée. Ce religieux, dit un de nos historiens, excelloit en astrologie. Il avoit la réputation du plus habile homme de son âge et le plus capable de dresser un thème de nativité. 307Henri VI étant né, son père fit venir Jean Halboud et le chargea de tirer l’horoscope du jeune prince… Halboud prédit que le nouveau-né régneroit, que les commencements de sa domination seroient heureux et brillants, qu’il seroit en même temps roi de France et d’Angleterre ; mais qu’il perdroit à la fin les deux couronnes613.

Durant ce temps, les jours se succédaient : les assiégés ne recevaient aucun secours. Henri V avait miné la place, et la galerie était à point d’aboutir. Enfin, le 2 mars, à minuit, Guy de Nelle, seigneur d’Offemont, arriva devant une poterne. Envoyé par délibération du conseil du dauphin, il avait avec lui un gros d’hommes de guerre expérimentés et propres au coup de main qu’il venait tenter. Vers la brune, les assiégés, qui s’étaient entendus avec lui secrètement, posèrent des échelles au pied de leurs murs, sur un point où le rempart présentait une brèche récente. Les échelles, entourées de linge, trompèrent les yeux du guet ennemi, et lorsque les Anglais vinrent faire la ronde du soir, cette couleur blanche du linge se confondit à leurs yeux avec celle des murailles614.

Le sire d’Offemont, arrivé à l’heure dite, un signal convenu fut échangé. La tête de colonne franchit les murailles. Déjà une partie des gens d’armes étaient entrés dans la place. Le capitaine, placé sur une vieille planche qui dominait les fossés, dirigeait le mouvement, et lui-même se disposait à monter. En ce moment, un goujat 308d’armée, qui faisait partie, de l’expédition, opérait l’ascension de l’échelle. Ce ribaud portait au cou une besace empaquetée, pleine de harengs (viande de carême) qu’il avait maraudée, chemin faisant, chez un marchand du pays. Il laissa par malheur échapper sa charge, qui tomba de haut sur la tête de Guy de Nelle. La planche pourrie, à ce choc, céda sous le poids du capitaine, qui fut précipité dans le fossé615.

Aussitôt, les hommes du commandant se mirent en devoir de le secourir. Mais en vain lui tendit-on successivement du parapet plusieurs lances pour le soulever. Ces lances demeurèrent aux mains du sire d’Offemont, vêtu de plein harnais et retenu par son poids dans le fossé. Pendant ce temps, l’alarme s’était répandue dans le camp des Anglais. Cet épisode se passait à la portée du poste confié au duc d’Exeter. La nouvelle parvint rapidement de là au quartier général, situé à deux pas de distance. Le sire d’Offemont, grièvement blessé au visage, resta sur place comme abandonné. Les soldats de garde anglais arrivèrent du fossé même. Un cuisinier du roi d’Angleterre, accouru avec eux, mit la main sur Guy de Nelle, qui fut arrêté avec quelques-uns de ses compagnons d’infortune. Conduit sous bonne escorte au roi Henri V, le capitaine fut pansé, puis gardé précieusement jusqu’à la fin de la campagne616.

Ce pénible échec causa sur les assiégés une impression profonde et une sorte de découragement. Le lendemain, 3 mars, ils résolurent d’abandonner la ville. Ils évacuèrent 309donc cette partie de la place, où ils ne laissèrent que la population invalide et civile. La garnison, munie de tout ce qu’elle possédait de précieux, franchit le pont du Marché. Elle vint s’enfermer dans cette autre région fortifiée. Quelques jours plus tard, Henri V, informé de cette retraite, pénétra au sein de la ville sans coup férir. Puis, après s’y être établi militairement à soir tour, il entreprit le siège du Marché617.

À l’angle nord-est du Marché, entre le pont et l’un des coudes formés par le cours de la Marne618, se trouvaient les moulins des assiégés. Henri V dirigea d’abord sur ce point l’énergie de ses attaques. Une première invasion eut lieu, dans laquelle les Anglais furent repoussés avec perte. Richard Beauchamp, comte de Worcester, y périt d’un coup de canon. Les Anglais, obligés de battre en retraite, gagnèrent les champs619, où ils furent audacieusement poursuivis par les assiégés. Là, s’engagea une nouvelle lutte assez grave par le nombre des combattants. Les Anglais furent tous pris ou tués jusqu’au dernier, à l’exception d’un seul, qui s’enfuit. Henri V, instruit de cet événement, fit saisir le fuyard. Il commanda ensuite qu’une fosse fût 310creusée. Par ordre du roi anglais, on y enfouit tout vivant ce malheureux qui périt ainsi620.

Le comte de Dorset, sir John Clifford, et plusieurs autres grands personnages anglais perdirent également la vie en diverses rencontres. Henri V, secondé par ses lieutenants, déploya tout ce qu’il avait de science et de talents militaires. Indépendamment de la mine et de l’artillerie à feu, il employa successivement diverses machines qui furent construites sur ses plans et sous ses yeux. L’une d’elles fut amenée sur des roues à travers les rues de la ville. Elle devait servir à jeter un pont volant par-dessus le pont du Marché, pour pénétrer dans la place en dominant les assiégés. Un autre consistait en une tour mobile à double étage. Celle-ci était placée sur deux bateaux liés qui lui servaient de fondements. Le sommet de cet engin affleurait le niveau des tours, qui flanquaient, de distance en distance, les fortifications du Marché. Cette machine devait naviguer sur la Marne et conduire de plain-pied les assiégeants jusqu’à la plate-forme des remparts, ou des ouvrages les plus élevés de la défense621.

Les assiégés opposèrent à toutes ces tentatives une résistance opiniâtre et longtemps invincible. Cependant leurs ressources de tout genre s’épuisaient. Ayant brisé ou perdu, 311dans le combat, tous leurs fers de lances, ils s’armèrent, pour continuer la lutte, avec des broches de cuisine. Les moulins qui servaient à confectionner leur farine et leur pain, tombèrent au pouvoir de l’ennemi. Minés par les Anglais, les murs offraient des brèches de toutes parts. Après vingt assauts partiels, vaillamment repoussés, Henri V était en mesure d’emporter la place au moyen d’un assaut général. Mais, sachant ses adversaires à bout de ressources et aux prises avec la famine, il préféra les réduire en temporisant. Par ce moyen, la ville et ses richesses tombaient intactes en son pouvoir : le vainqueur pouvait dicter des conditions plus avantageuses à des vaincus qu’à des morts et à des ruines622.

En effet les assiégés, se voyant dépourvus de vivres et sans aucun espoir de secours, entrèrent en pourparlers avec le roi d’Angleterre. Une capitulation fut signée le 2 mai 1422, après sept mois de siège623.

Aux termes de ce traité, les assiégés s’obligèrent à rendre la place, si, dans l’espace de huit jours, ils n’étaient point secourus. Du reste, la défense, hommes et biens, se livrait à peu près sans réserve à la discrétion du vainqueur. On fit toutefois deux catégories. Les uns furent en quelque sorte désignés à une mort certaine. Dans ce nombre figuraient les deux Vaurus, le bailli de Meaux (Louis Gast), Jean de Rouvres, Tromargon, Bernard de Méréville, un qui avoit buisiné du cornet, ou sonné du cor en conduisant l’âne allégorique, etc. Ceux-ci devaient 312être mis en justice. Un article spécial plaçait également sous la discrétion d’Henri V les Anglais, Gallois, Irlandais et Écossais qui par avant avoient esté obéissants au roi d’Angleterre et qui se trouvaient dans le marché, parmi les rangs, très-mêlés, comme on voit, de la défense. Les seconds devaient tenir prison et se racheter, ceux-ci par rançon ; ceux-là en rendant ou faisant rendre à leurs alliés les autres places qu’ils tenaient pour le dauphin624.

Avant même que le délai convenu expirât, les exécutions commencèrent. Le 5 mai, le bâtard de Vaurus fut traîné dans une charrette à travers les rues de Meaux, puis décapité. Ensuite les Anglais allèrent le pendre par les épaules à l’orme de Vaurus. Sa tête fut placée au-dessus du corps sur une pique. À cette pique était attaché l’étendard du capitaine-général, qui recouvrait et blasonnait son cadavre. Denis de Vaurus, son lieutenant, fût pendu au même arbre, à côté du capitaine625.

Le nombre des prisonniers de guerre s’élevait à environ huit cents. Le roi trouva, dans le Marché des richesses immenses, qu’il distribua selon son bon plaisir, à ses lieutenants et soldats. Les marchands eurent la vie sauve, ainsi que la population ; mais les premiers durent payer de grosses rançons. Divers convois de bateaux transportèrent les prisonniers au sein de la capitale. Beaucoup d’entre eux périrent de faim et de mauvais traitement. Louis Gast, Jean de Rouvre et le sonneur de trompe furent 313décapités aux halles. Une catégorie de ces prisonniers partit ensuite pour la Normandie, puis fut conduite en Angleterre. Parmi ces derniers, se trouvait Robert de Girème. Le jeune prélat mourut en 1426 sur la terre d’exil, sans avoir été sacré comme évêque et sans avoir pris possession de son siège626.

Habile à mettre à profit la victoire, Henri V tira de ses autres prisonniers, de fructueuses rançons. Philippe de Gamaches et ses trois confrères, moines de Saint-Benoît, furent amenés captifs à Paris. Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, ambitieux remuant et vendu au parti de l’étranger, commençait à jouir, dans les hautes régions, d’un grand crédit. Pour faire sa cour à l’Anglais, l’évêque déploya contre ces religieux une extrême rigueur. Il les fit mettre en basse-fosse au pain et l’eau, et proposa de les dégrader. Mais les religieux se défendirent énergiquement. Ils se réclamèrent de l’abbé de Saint-Denis, invoquant leur privilège. Les prévenus objectèrent en outre juridiquement que repousser la force par la force était chose licite à toute personne de quelque condition ou qualité qu’elle fût, et que le devoir de combattre pour sa patrie résultait de la loi naturelle, qui est immuable. L’abbé de Saint-Denis, quoique Bourguignon, intervint en faveur de ses religieux, qui lui furent rendus sains et saufs627.

Quant à l’abbé Philippe, il était frère de Guillaume de Gamaches, conseiller du dauphin, chevalier, capitaine 314de Compiègne. Pour sauver la vie de son frère, et conformément au traité de Meaux, Guillaume rendit aux Anglais (13 juin) la place de Compiègne. Philippe de Gamaches, à ce prix, recouvra sa liberté628.

Guy de Nelle, semblablement, fut contraint de rendre à l’ennemi la ville de Crépy en Valois, les châteaux de Pierrefonds, Merlou, Offemont et autres. Bien plus, il dut signer le traité de Troyes et jurer de déposer les armes, sans plus les porter contre Henri d’Angleterre. Les forteresses de Rémy, Gournay-sur-Aronde, Mortemer, Neuville-en-Hez, Cressonsacq et autres, subirent le même sort. Louis de Thiembronne, prisonnier de Meaux, fit rendre, pour se racheter, la ville de Gamaches (Somme), et Pierre de Luppé, celle de Montaigu en Laonnais.

Un certain nombre de capitaines tenaient encore pour le dauphin au nord de la Seine. Beaucoup, découragés et intimidés, capitulèrent, et, quittant leurs places isolées, se réunirent auprès du dauphin, vers la Loire. Jacques d’Harcourt conserva Noyelles-sur-Mer et le Crotoy. Presque seul dans toute la Picardie, il maintint avec intrépidité la bannière de la France629.

Le sentiment patriotique, encore à l’état de rudiment, se révélait ailleurs par des symptômes dignes de notre attention.

Henri V avait su flatter la mollesse et la vanité d’Isabelle et la mettre dans ses intérêts, ainsi que Catherine, sa 315fille. Isabelle, mue par son gendre, envoya des commissaires à Dijon. Les mandataires devaient, au nom de la reine, requérir les habitants d’adhérer au traité de Troyes. Philippe le Bon se prêtait à ce dessein. Sa présence à Dijon suivit de près celle des commissaires. Le 22 février 1422, une assemblée de la ville eut lieu pour examiner la proposition. Dans ce premier conseil, la proposition fut rejetée avec indignation et par un refus unanime.

Philippe le Bon intervint alors et fit peser sur les bourgeois cette pression toute-puissante que l’autorité dynastique exerçait, au moyen âge, sur les faibles institutions populaires. Du 23 au 27, des pourparlers, des négociations s’engagèrent entre le duc et les bourgeois. Divers modes de transaction furent proposés pour concilier les exigences impérieuses du prince avec les scrupules et les répugnances énergiques de ses sujets. Enfin le 27, Philippe le Bon fit venir dans sa chambre, au palais ducal, le maire et les échevins de Dijon. Là il les contraignit, par une injonction formelle, à signer la pièce, offerte à leur adhésion. Les bourgeois obéirent, mais en obtenant du prince même, des lettres formelles, qui leur donnaient acte de leur contrainte et de leur généreuse protestation630.

Henri V séjourna quelques semaines à Meaux, où il se rafraîchit et fit réparer à neuf les fortifications. Après avoir mis garnison dans cette ville, le roi d’Angleterre se dirigea vers la capitale. Catherine de Valois, son épouse, accompagnée de Jean duc de Bedford, et de forces considérables, débarqua le 21 mai au port d’Harfleur. Elle 316traversa ensuite la Normandie et vint rejoindre sa mère, le 25, au château de Vincennes. Henri V, informé de son arrivée, se rendit le lendemain auprès des deux reines. Le 30 mai, Isabelle et Catherine, en société d’Henri V et suivies d’un nombreux cortège, entrèrent dans Paris avec une grande pompe. La cour venait célébrer au sein de la capitale les solennités de la Pentecôte631.

Deux manteaux d’hermine étaient portés devant la litière d’Isabelle : probablement pour signifier la double royauté de la mère et de la fille. Le roi anglais descendit de cheval en premier lieu à Notre-Dame. Toujours accompagné de Catherine, il vint ensuite prendre son gîte au Louvre. Isabelle, de son côté, eut, auprès de Charles VI, sa résidence à Saint-Paul632.

Le 31 mai, jour de la Pentecôte, les deux couples royaux solennisèrent, chacun dans leur palais respectif, cette grande fête. Au château du Louvre, le roi Henri et la reine Catherine prirent place à un splendide festin, portant, l’un et l’autre, sur leur tête, la couronne royale. Toute une cour de princes, ducs, gens d’Église, bannerets et chevaliers anglais, y siégeaient, suivant le rang et la hiérarchie. La table était servie avec magnificence. Les nobles anglais se pressaient à cette fête. Ainsi qu’il était de coutume, les bourgeois et le commun de Paris se présentèrent aussi, pour y participer à leur manière. Du temps des rois de France, le roi, ces jours-là, ouvrait à 317tous l’asile de la monarchie, et le gala solennel n’excluait personne. Le roi tenait le haut bout de la table principale dans sa salle, à la vue du populaire, qui circulait à distance. Le commun du peuple lui-même trouvait ailleurs d’autres salles, où les maîtres d’hôtel royaux servaient au premier venu des aliments, sur des tables ouvertes. Telle n’était point la manière d’Angleterre et celle du roi Henri. Le populaire, cette fois, ne prit part au festin que par les yeux633.

Cependant le roi et la reine de France, assez seuls, se séoient en leur hôtel de Saint-Paul. Tous deux chômaient obscurément la solennité de la Pentecôte, avec une maigre pitance. Charles VI, ainsi que ses prédécesseurs, avait été jadis riche, libéral, large et courtois. Mais ce temps avait fui. Le roi ne gouvernait plus ; il était gouverné. L’étranger, dans le propre palais de Charles VI, régnait en maître. Pour les quelles choses, plusieurs loyaux François avoient au cœur grand tristesse, et non sans cause634 !

Les mardi et mercredi 2 et 3 juin, jours fériés de la Pentecôte, Henri V et Catherine se rendirent à l’hôtel de Nesle. À l’occasion de la solennité, les bourgeois de Paris avaient organisé, dans cette riche et spacieuse demeure, une représentation théâtrale, ou jeu de mystère par personnages. L’action devait figurer la vie et passion de monseigneur saint Georges. Spécialement invités à cette fête, Henri V et Catherine y assistèrent, accompagnés, ainsi que les jours précédents, de ducs, comtes, duchesses, 318comtesses, chevaliers, dames et nobles, de France et d’Angleterre. La représentation dura deux jours consécutifs, comme il était de coutume, sauf le temps nécessaire, aux spectateurs, aussi bien qu’aux acteurs, pour prendre leurs repas et dormir. Le troisième jour, Henri V tint, dans le même hôtel de Nesle, son conseil635.

Durant le même temps, un nouvel édit contraignait les Parisiens à se défaire au rabais de leur ancienne monnaie. De nouvelles espèces étaient mises brusquement en circulation, à l’exclusion de toute autre. Une multitude d’honnêtes gens, de petites gens surtout, se trouvaient frappés de ruine et mis à l’indigence. De sombres murmures naissaient d’une commune indignation. Mais le joug de la force et l’intimidation étouffaient les plaintes et comprimaient le sentiment public636.

319Chapitre XI
Septembre 1421 – fin août 1422.

En ce qui concerne la période actuelle, nous manquons de témoignages, qui nous permettent de suivre clairement la politique et le gouvernement du dauphin. Aucun historiographe n’était alors attitré637, pour raconter les faits et gestes du régent, ou de ses tuteurs. Quelques actes administratifs, d’un intérêt fort secondaire638, quelques lignes, mêlées au récit des chroniqueurs anglo-bourguignons, tels sont, à peu près, les seuls renseignements qui puissent nous guider à cet égard.

Aux mois d’août et de septembre 1421, Henri V marchait sur la Loire. Jacques d’Harcourt combattait dans le Vimeu. Cependant le dauphin s’était replié au sud de ce fleuve, et, dans sa mobile demeure, il se tenait toujours à deux journées de marche de l’ennemi. L’héritier adolescent 320du trône habitait Chinon, Loches et Amboise. La famine et la guerre décimaient le pays. Mais les comptes de la chambre aux deniers du régent nous montrent qu’en ces deux mois il ne manqua point d’épices ou confitures de chambre639.

En septembre, il est vrai, le dauphin achète une brigandine (vêtement militaire) de Milan, couverte de drap d’or et relevée de bossettes d’argent, au prix de 1000 livres tournois. Un bacinet [ou casque] de parement, orfévré de dauphins et de fleurs de lis, dut ombrager sa tête, moyennant 1120 écus d’or ; — plus 200 livres tournois, en six plumes d’or, pour servir de cimier à cette coiffure guerrière. Le 28 octobre, Charles dauphin paye 1800 livres une épée de parement montée en argent ; sans compter la décoration d’un casque ou garnison d’une salade ornée d’or (1600 livres), et quatre houpes de bacinet (1600 livres). Au mois de novembre enfin, Jacquet de Lyon, orfèvre et valet de chambre de mon dit seigneur, reçoit 360 livres tournois, pour l’or par lui mis en œuvre sur une épée de Turquie appartenant au prince640.

Durant ce temps, le canon tonnait, le sang coulait pour la cause de la France et du dauphin, à Meaux et ailleurs. Mais le jeune prince, on l’a vu, n’assistait pas même aux conseils de la guerre641. Ce n’était point devant les Anglais 321qu’il faisait luire ses belles armes de parement. Durant ces trois mois, le régent Charles ne quitta son logis d’Amboise (17 septembre), que pour aller, passer moins d’une semaine à Tours (du 18 au 22). De là, il vint hiverner à poste fixe, au milieu de divertissements très civils, en son palais ducal à Bourges642.

Le 29 septembre 1421, Jacques Gélu, archevêque de Tours, partit de cette ville en ambassade, vers le pape Martin V, à Rome. Le prélat avait pour mission de ménager et d’entretenir à l’égard du dauphin les dispositions favorables du saint-siège. L’abbé de Saint-Antoine de Vienne, nommé Artaud de Granval, fut chargé, peu de temps après, d’une mission analogue. Avant d’aborder le souverain pontife, l’abbé de Saint-Antoine devait visiter, dans l’intérêt du prince Charles, le duc de Savoie Amédée VIII, partisan et allié du duc de Bourgogne. Le pape Martin V accueillit gracieusement les envoyés du dauphin. Le 2 avril 1422, il rendit une bulle par laquelle il assurait le régent de ses bonnes dispositions à son égard. Ces mêmes lettres, en congédiant l’ambassadeur, archevêque de Tours, accréditaient ce dernier, près du dauphin, comme mandataire du siège apostolique643.

322Vers le mois de novembre 1421, Bertrand de Saint-Avit et Philippe de Grimaud furent envoyés par le régent auprès de Philippe-Marie Visconti, duc de Milan, pour obtenir de ce prince un secours d’hommes armés644.

En racontant la journée de Mons-en-Vimeu et le siège de Meaux, nous avons fait connaître, dans leurs principaux traits, les vicissitudes survenues entre les deux parties belligérantes. Un petit nombre de faits, rapidement esquissés, suffiront pour compléter ce récit.

Vers la fin de l’année 1421, les Dauphinois, par un hardi coup de main, s’emparèrent d’Avranches en Normandie. Deux ou trois cents Anglais furent pris ou tués dans cette affaire. Mais Henri V, instruit d’un tel échec, détacha du siège de Meaux une partie de ses forces. Avranches fut reprise et placée de nouveau sous la domination anglaise. Jacques d’Harcourt perdit, à peu de temps de là, deux ou trois cents des siens, dans une rencontre malheureuse qu’il eut, vers le Crotoy, avec les Anglais645.

Dans les premiers mois de 1422, La Hire remporta un avantage qui servit faiblement de compensation à ces revers. Il se mesura, aux environs de Vitry, contre Antoine de Lorraine, comte de Vaudémont, qui était venu lui tendre une embuscade. La Hire et ses gens, de beaucoup inférieurs en nombre, fondirent tout à coup, avec son irrésistible impétuosité, sur ces Bourguignons. Il leur tua 323quatre-vingts hommes et leur fit une multitude de prisonniers. Le comte de Vaudémont et le surplus de sa compagnie ne durent leur salut qu’à une fuite rapide646.

Le 5 avril, jour de Pâques fleuries, Louis Patiot ou Paviot, capitaine d’Étampes, et quelques autres Orléanais, réussirent à se rendre maîtres de Meulan-sur-la Seine. Cette ville obéissait précédemment aux Anglais. La capitale, en ce moment, ne s’avitaillait que par la navigation, ou les arrivages de la Seine inférieure. Pendant quelques jours, de ce point important, ils interceptèrent cette communication, et le prix des vivres, augmentant, causa une véritable alarme dans Paris anglais. Mais le 16 avril, les compagnons qui avaient pris Meulan s’y virent assiégés par des forces supérieures. Ils capitulèrent volontiers avec le comte de Salisbury, et moyennant apâtis647 ou finance, ils restituèrent la place aux soldats d’Henri V648.

Enfin dans les mois d’avril et de mai, Jean de Luxembourg, l’un des principaux lieutenants de Philippe le Bon, se dirigea vers l’embouchure de la Somme. Il soumit successivement les places du Quesnoy, d’Airaines, etc. C’est ainsi que les défenseurs attachés au parti du dauphin furent refoulés ou expulsés, presque jusqu’au dernier, de la région septentrionale du pays, par rapport à la Seine649.

324Pour les conseillers du jeune prince, ministres et gardiens de la monarchie, il ne suffisait point de veiller à la conservation d’une précieuse existence. Le dernier rejeton de la dynastie était encore sans fruit, tandis que la naissance d’Henri VI promettait un héritier à l’usurpateur de la couronne. Charles de Valois, bien que marié, avait jusque-là vécu comme frère avec sa jeune épouse, ou fiancée, Marie d’Anjou. Une nouvelle cérémonie, celle des noces définitives, fut célébrée à Bourges entre les deux époux650.

Déjà le régent, à cette époque, commençait à sentir, dans ses finances et jusque dans son luxe intérieur, les étreintes de l’adversité. Abandonné de ses fournisseurs, le prince avait dû recourir au chapitre de la cathédrale de Bourges, afin que ce collège lui fît, en nature, les avances nécessaires pour une partie de la nourriture de sa maison. Dès le 26 novembre 1421, les besoins de la guerre avaient dicté au régent une ordonnance désastreuse. Par cet acte, il autorisait l’engagement de ses revenus en Dauphiné, jusqu’à concurrence de six mille écus d’or. Ainsi s’ouvrait la voie des aliénations du domaine royal. Dans cet état de gêne, le régent emprunta de son cousin Charles, duc d’Orléans, les tapisseries de Blois651.

325Le 28 mars, ces tentures furent remises au receveur des finances du dauphin, par le chancelier du duc d’Orléans. Menées aussitôt à Bourges, elles furent employées à décorer les salles du palais, où se célébrèrent les noces de Charles et de Marie. La fête, au rapport d’une dame témoin, fut magnifique du moins par le nombre et la qualité des hôtes ou convives. Jamais, de mémoire de grande dame, on ne vit noces de roi, à cette époque, réunir plus de princes et d’aristocratie des deux sexes. Au dîner, les dames seules, suivant l’ancienne coutume qui régnait encore, prirent place, à diverses tables, sous la présidence de la dauphine régente. Mais, durant ce festin, le jeune prince époux entra dans leur salle et déploya auprès de chacune d’elle une galante courtoisie652.

La même chambre de drap d’or, de vieille façon, ou drap vert semé d’épis d’or, avec ciel dossier, courtines de baldaquin analogues, en un mot les mêmes tapisseries, servirent très probablement, à une seconde fête de ce genre. Peu de jours après le mariage du dauphin, Jean, bâtard d’Orléans, frère du duc Charles, et si célèbre depuis sous le nom de Dunois, se maria également dans la ville de Bourges. Il épousa Marie Louvet ou Louvette, fille de Jean Louvet, sire de Mirandol, président de Provence, l’un des ministres et des favoris tout-puissants du dauphin653.

Henri V, après les fêtes de la Pentecôte, reprit le cours 326des hostilités. Le 12 juin, il quitta la capitale, accompagné du roi, ainsi que des deux reines, et vint s’établir à Senlis. Le roi d’Angleterre se dirigeait vers le Crotoy. Là se maintenait avec intrépidité Jacques d’Harcourt, et le roi d’Angleterre se proposait de marcher au besoin contre lui, en personne. De Senlis, Henri V envoya vers Jacques au Crotoy une ambassade654.

Cette députation se composait de Hugues de Lannoy, Bourguignon, grand maître des arbalétriers de France655, de Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, et d’un héraut. Les envoyés avaient pour mission de sommer Jacques d’Harcourt, et en même temps, de lui persuader, par la voie diplomatique, d’avoir à mettre son château du Crotoy entre les mains du roi de France et d’Angleterre. Mais le lieutenant du dauphin se montra également insensible à la sommation du héraut et à l’éloquence de l’évêque. Ces derniers revinrent à Senlis porteurs d’un refus, que dut accepter le roi d’Angleterre656.

Pendant le cours de ces négociations, Henri de Lancastre alla visiter Compiègne. Le roi d’Angleterre explorait par ses yeux cette nouvelle conquête, lorsqu’un avis alarmant lui fut apporté. Ses agents venaient de découvrir 327à Paris les fils d’une conspiration orléaniste. D’après cet avis, l’armurier du roi, maître Jean, demeurant en la rue de la Heaumerie et un sien voisin, autre bourgeois, boulanger, auraient été les principaux acteurs du complot. Vers le 13 juin, la femme de maître Jean, de concert avec les conjurés, se rendit à Copeau657 de grand matin. C’était un lieu situé hors de la capitale, proche le village ou faubourg de Saint-Marcel. La femme se mit en rapport avec des gens d’armes, armagnacs, qui pénétraient souvent jusqu’aux abords de la ville. Elle les entretint, dit-on, des moyens propres à livrer Paris au dauphin658.

Par malheur, cette femme attira l’attention d’un prêtre anglo-bourguignon. Ce dernier était venu se divertir à sa maison de campagne, et la conversation des conjurés avait lieu dans un endroit presque contigu à son jardin. Aussitôt, il alla dénoncer l’armurier aux gardes de la porte voisine. Lorsque la femme rentra dans Paris, elle fut arrêtée, mise à la torture et révéla le secret auquel elle était initiée. Henri V, instruit de ces faits, accourut à Paris, suivi de ses forces militaires. Après une instruction sommaire et secrète, la femme fut noyée, ainsi que les principaux agents du complot, et le roi d’Angleterre retourna immédiatement à Senlis659.

Dans le même temps, deux capitaines bourguignons, 328Jean et Antoine de Vergy, prirent la ville de Saint-Dizier en Partois. Les soldats du dauphin qui l’occupaient, se retirèrent dans le château, où leurs adversaires ne tardèrent point à les assiéger. La Hire, capitaine de Vitry, s’efforça vainement de les secourir. Un engagement eut lieu dans le voisinage entre ces auxiliaires et les Bourguignons. Ces derniers obtinrent l’avantage. La Hire fut obligé de battre en retraite, après avoir laissé environ quarante morts sur les champs. Le château se rendit alors aux vainqueurs et reçut une garnison bourguignonne660.

Les conseillers du dauphin pour la guerre tentèrent, vers le printemps de cette même année, une diversion agressive contre les États du duc de Bourgogne. Dès l’automne de 1421, des troupes avaient été réunies par le maréchal de Séverac et devaient attaquer le Nivernais661. Mais l’hiver paraît avoir suspendu ce mouvement. Sur la fin de mai 1422, les Dauphinois prirent, dans ces parages, Châtillon-sur-Loing, Bléneau, Saint-Sauveur, Saint-Amand et Moutiers-en-Puisaye. Pendant ce temps, une autre armée du régent inquiétait les frontières bourguignonnes du Lyonnais et du Mâconnais. Du 2 au 20 juin, La Charité tomba au pouvoir du prince Charles, qui envoya mettre le siège devant Cosne662.

On évalue à vingt mille hommes environ l’ensemble 329des troupes qui obéissaient au régent. Parmi les capitaines qui les commandaient, nous nommerons les comtes de Buchan, de Douglas et de Wigton ; le sire de Torsay, grand maître des arbalétriers ; les maréchaux de la Fayette et de Séverac ; Tanneguy Duchâtel, maréchal des guerres du régent ; le vicomte de Narbonne, le sire de la Tour d’Auvergne, etc. Le seigneur de Reuillon, capitaine de Cosne pour le duc de Bourgogne, lui écrivit aussitôt que la garnison se trouvait hors d’état de résister. Cosne, en effet, ne tarda pas à capituler. D’après les conditions du traité, la ville et la garnison anglo-bourguignonne s’obligèrent à reconnaître l’autorité du dauphin, si, de ce jour (30 juin environ), au 16 août, elles n’étaient point secourues. Des otages suffisants furent livrés par les Cosnois en garantie de leur promesse. Le régent et le duc ratifièrent cet arrangement. Tous deux, par la bouche de leur envoyé ou héraut d’armes, promirent de se retrouver au jour dit et en armes, pour décider à qui demeurerait la victoire663.

Au mois de juillet, le vicomte de Narbonne poursuivit un moment ce plan d’agression. Il prit un détachement d’Écossais et se porta, suivi de 3, 600 chevaux, à Aubigny-sur-Nère, pour entrer en Bourgogne. Puis, changeant tout à coup de route et de tactique, il se dirigea vers le Maine et la Normandie664.

Philippe le Bon sut mettre activement à profit le délai 330stipulé dans la capitulation de Cosne. Il pressa le roi anglais, son allié, de lui envoyer des troupes. Henri V répondit qu’il ne lui en enverrait pas, mais qu’il irait en personne, avec toute sa puissance. Joignant, sans plus tarder, l’effet à la parole, Henri d’Angleterre partit de Senlis, vers le 1er juillet, dans la direction de la Bourgogne. Ce prince, toutefois, voyageait à petites journées. Une grave maladie, dont il ressentait de sérieuses atteintes, ne lui permettait pas l’équitation. Il se mit en route pour Melun, dans une litière de malade ou cacolet, porté par un cheval. Mais, arrivé à Corbeil, il se vit obligé de rebrousser chemin et se fit conduire, le 7 juillet, à Vincennes665.

Dans cette nécessité, Henri V confia la conduite de ses troupes à ses lieutenants. L’armée de secours se dirigea vers la Bourgogne, sous le commandement des ducs d’Exeter, de Bedford, des comtes de Warwick, de Salisbury, etc. Philippe le Bon, de son côté, avait adressé des mandements militaires en ses pays d’Artois, de Flandres, de Picardie et des deux Bourgognes. Ses recrues du Nord s’assemblèrent à Troyes. Lui-même opéra, le 27 juillet, à Vézelay, sa jonction avec le duc de Bedford, commandant supérieur des contingents anglais. L’ensemble des 331forces anglo-bourguignonnes n’est évalué, par un de ses chroniqueurs contemporains, qu’à la somme totale de douze mille combattants666.

Durant cet intervalle, Henri V avait obtenu quelque répit ou amélioration dans sa maladie. L’ensemble général des forces devait se réunir le 4 août à Vézelay. Henri V brûlait d’apporter à cette expédition le concours de sa présence. Vers les premiers jours de ce mois, il quitta le château de Vincennes. Henri V était le 3 à Corbeil et se trouvait encore le 6 dans cette ville. Le jeudi 13, vaincu par les progrès du mal, il dut quitter Corbeil et renoncer à s’avancer davantage. Son état ne lui permettait même plus le cacolet. À Corbeil, il monta dans une barque et conduit par des rameurs, il descendit le cours de la Seine.

Toutefois, arrivé au pont de Charenton, il voulut remonter à cheval. Le jeune roi tenait à dissimuler publiquement la gravité de sa situation ; il aspirait à rentrer du moins en cavalier, dans ce séjour de luxe et de plaisance. Henri V se remit donc en selle. Mais à peine eut-il fait quelques pas, que, dompté par la douleur, il fut contraint de reprendre sa litière. Parvenu de la sorte au château, il s’alita cette fois pour ne plus se relever667.

Le 15 août, veille du terme fixé, Philippe, avec ses 332confédérés, se trouvait, devant Cosne, au rendez-vous militaire. Charles, régent, n’y comparut point. Durant quelques jours, les deux camps restèrent en présence, sur l’un et l’autre bord de la Loire. Puis, le duc de Bourgogne, voyant que ses adversaires demeuraient inactifs, dirigea, sur La Charité, deux, mille Anglais et Bourguignons. Alors les troupes du dauphin, pour défendre cette ville, passèrent la Loire et se mirent en bataille. Philippe le Bon, ainsi que ses Anglais, reculèrent à leur tour, et les deux armées prirent des directions opposées668.

Vers le même temps, les Français obtinrent en Auvergne un avantage assez notable. Antoine de Rochebaron, seigneur de Berzé-le-Châtel en Mâconnais et de Rochebaron, qui épousa en 1429 Philippa, bâtarde de Jean sans Peur, tenait le parti de Bourgogne. Il s’était associé un Savoisien, nommé le sire de Sallenôves, qui vint le trouver à la tête de huit cents hommes d’armes. Ces deux partisans occupaient diverses places dans les pays d’Auvergne, Limousin, Gévaudan, Forez, Velay et Vivarais. Bernard d’Armagnac, comte de Pardiac, fils du connétable, Humbert de Grolée, sénéchal de Lyon, les seigneurs de Beauchastel et de la Fayette attaquèrent le sire, de la Rochebaron 333dans une petite ville nommée, Serverette669.

La place fut assiégée et incendiée ; Sallenôves et la Rochebaron s’enfuirent avec la garnison bourguignonne. Ils trouvèrent d’abord un refuge en un lieu que les historiens du temps nomment Bousos670. Puis par les montagnes, ils gagnèrent le château de la Rochebaron671. Battu, expulsé de toutes ses places, le gendre de Jean sans Peur fut ainsi complètement défait672.

Pendant que le gros des forces anglo-bourguignonnes était occupé devant Cosne, l’un des capitaines de l’expédition pour le régent frappait l’ennemi en Normandie, à l’autre extrémité de la ligne anglaise. Guillaume, vicomte de Narbonne, réunit dans le Maine, vers le 10 août, deux mille combattants. Parmi ces derniers, se trouvaient Jean de la Haie, baron de Coulonces en basse Normandie ; Ambroise de Loré, chevalier, Manceau ; Jean du Bellay et autres Angevins. Guillaume de Narbonne s’unit au jeune comte d’Aumale, Jean d’Harcourt, cousin de Jacques et lieutenant général pour le dauphin dans le Maine. Sachant les garnisons anglaises affaiblies, ils firent une course armée sur Bernay, ville riche et peuplée, grâce principalement à l’industrie des drapiers. Ils tuèrent aux Anglais deux cents hommes, pillèrent à fond la ville et reprirent la route qui les avait conduits à 334ce point. Jean d’Harcourt fut fait chevalier, dans cette campagne, par le vicomte de Narbonne673.

Après avoir couché une nuit seulement à Bernay, les vainqueurs revenaient chargés de butin vers Mortagne. Ils se trouvaient, le 14 août, au village de Moulin-la-Marche, à peu de distance et sur la route de cette ville. En ce lien, le comte d’Aumale fut informé que Philippe Branch, capitaine anglais, le suivait avec deux mille hommes, pour le combattre. Aussitôt, le nouveau chevalier arrêta sa troupe et fit volte-face. Les deux partis se portèrent à la rencontre l’un de l’autre. Jean d’Harcourt pénétra au centre de l’ennemi et le divisa. La déroute des Anglais couronna ce mouvement. Les Français leur tuèrent un millier d’hommes et firent quelques centaines de prisonniers. Jean d’Harcourt, fier de cet avantage, rentra par Mortagne dans le Perche, puis regagna ses cantonnements du Maine674.

Philippe, en sortant de Cosne, ramena ses troupes à Troyes, où il se rafraîchit quelques jours. Jean, duc de Bedford, conduisit également, par Sens, une colonne de l’armée en retraite. Les deux ducs se rejoignirent à Troyes. Le 25 août, Jean de Bedford apprit dans cette ville que l’état de son frère devenait de plus en plus alarmant. Il partit immédiatement pour Vincennes. Le duc de Bourgogne rencontra, le 30, à Brie-Comte-Robert, des messagers de la cour, qui lui étaient envoyés. Ces estafettes informèrent Philippe que le roi d’Angleterre était 335à toute extrémité. Il eut à peine le temps de dépêcher, auprès du roi moribond, Hugues de Lannoy, grand maître des arbalétriers, l’un des chambellans de la maison de Bourgogne675.

336Chapitre XII
31 août – 21 octobre 1422.

Lorsque Henri V se résigna, pour la seconde fois, à regagner Vincennes, la douloureuse affection dont il souffrait était déjà parvenue à l’état le plus grave d’intensité. Les progrès de la maladie se développèrent avec une rapidité funeste. Vers la fin du mois d’août, elle avait atteint son dernier période676.

Douze mois ne s’étaient pas encore écoulés, au rapport de Chastelain, depuis que le superstitieux Henri V avait fait une singulière rencontre. C’était, à ce qu’il paraît, dans le temps où le roi d’Angleterre retournait vers la capitale, par le Gâtinais, après son expédition de Dreux et de Chartres. Un ermite vint alors le trouver et pénétra jusqu’auprès de sa personne. Il s’appelait Jean de Gand et résidait antérieurement à Saint-Claude en Franche-Comté. L’ermite se disait envoyé de Dieu par le ministère d’un saint homme. Dans l’entretien particulier, qu’il obtint du roi non sans peine, le visiteur inconnu représenta au prince que le ciel ne lui avait pas donné la grandeur, les talents et la puissance, pour combattre un peuple chrétien. Il le dissuada de poursuivre la conquête de la France, œuvre, lui disait-il, injuste et impie. Henri V, embarrassé, 337balançait entre la crainte et la résistance. Sans répondre catégoriquement, il finit par congédier son mystérieux interlocuteur. L’ermite, près de partir, lui dit que pour n’avoir pas voulu soy retraire de vanité temporelle, avant que l’an passât en son dernier jour, la main de Dieu le toucheroit par courroux. Il ajouta positivement que la mort serait l’expiation imposée au roi par la puissance divine. Ayant dit ces mots, l’ermite quitta le roi d’Angleterre et nul ne sut d’abord où il se retira677.

Henri de Lancastre, au lieu de déférer à cet avertissement, continua son entreprise de conquête. Cependant le terme du mois d’août approchait : la menace de l’ermite recevait de l’événement une confirmation inquiétante et visible. Déjà le roi d’Angleterre avait fait part à plusieurs confidents, de cette communication antérieure. Il prescrivit d’exactes recherches pour retrouver l’anachorète et lui témoigner son regret de l’avoir éconduit. Jean de Gand reparût. Henri V, alors, lui demanda si finalement il pourrait échapper de mort, ou non. — Vous êtes à votre fin, lui répondit le solitaire ; avisez de votre âme. — Or donc, poursuivit le roi, savez-vous s’il pourra plaire à Dieu qu’en mon lieu après moi mon hoir678, pourra régner en France ! À cette dernière question, le religieux lui certifia que nenny et que jamais n’y auroit règne ne durée. — Et ainsi parla l’ermite à ce roy Henry, puis s’en alla à la conduite de Dieu679.

338Henri se résigna. L’empereur, a dit un de nos poètes :

L’empereur est semblable à l’aigle, sa compagne :

À la place du cœur, il n’a qu’un écusson.

Henri V mourut en roi, comme il avait vécu : en roi d’Angleterre. Tandis qu’il gémissait à Vincennes sur son lit de douleur, les deux reines, Isabelle et Catherine, étaient demeurées à Senlis. La tendresse consolante d’une épouse, les soins délicats, les douces attentions féminines firent défaut à ses souffrances et manquèrent au moribond. Voyant sa fin approcher, le roi anglais réunit dans sa chambre Jean duc de Bedford, son frère ; le duc d’Exeter, son oncle ; le comte de Warwick ; Louis de Robersart, chevalier du Hainaut, grand maître des eaux et forêts de Normandie ; Hugues de Lannoy, qui représentait le duc de Bourgogne. Un petit nombre d’autres personnages, témoins solennels et familiers intimes, complétaient cette assemblée680.

À son frère Jean, le prince mourant demanda, en premier lieu, deux choses : l’une, de reconnaître son héritier comme roi ; l’autre, de poursuivre la guerre contre la France. Il prescrivit, sur ce point, au duc, de ne jamais accéder à aucun traité avec le dauphin, sans que la Normandie demeurât, libre d’hommage, ou souverainement, à l’Angleterre. Je souhaite, dit-il, par-dessus tout, que vous mainteniez la bonne intelligence entre vous Jean, et le duc de Bourgogne. Si le duc veut entreprendre 339le gouvernement de ce royaume, je désire que vous le laissiez faire. Mais s’il décline ce soin, prenez-en la charge vous-même681.

Henri de Lancastre distribua ensuite les rôles à chacun : Jean duc de Bedford, gouverneur en Normandie ; le duc d’Exeter, en Angleterre, protecteur du royaume, avec le duc de Gloucester, pour lieutenant. Exeter devait avoir en outre la surintendance de l’éducation du jeune roi, à qui son père, Henri V, commettait pour gouverneur le comte de Warwick. Lord Fitz-Hugh, grand maître d’hôtel ; et le comte de Hungerford, sénéchal, étaient continués dans les mêmes charges auprès du jeune roi, successeur. L’héritier-régent du trône de France défendait enfin que l’on délivrât de captivité Charles duc d’Orléans, Charles d’Artois, comte d’Eu, le seigneur de Gaucourt682 et Guichard de Chissay683, jusqu’à ce que son fils Henri VI eût atteint l’âge de majorité684.

Après ces instructions, le malade, demeuré seul, manda ses médecins et les requit de lui dire combien de temps il lui restait à vivre. Ceux-ci répondirent d’abord, en courtisans, par des mensonges polis. Henri V, mécontent, leur enjoignit de parler vrai. Les médecins, donc, en ayant délibéré, l’un d’eux se mit à genoux et lui dit : Sire, pensez à votre âme, car il nous semble, si 340n’est la grâce de Dieu, qu’il est impossible que vous viviez plus de deux heures685.

Les docteurs s’étant retirés, le confesseur entra, suivi de la chapelle du prince. Henri fit chanter les psaumes de la pénitence, ou office des agonisants. Les chapelains, psalmodiant à voix basse, ou en récitant l’Écriture, arrivèrent au verset 20 du psaume 51 : Fais du bien à Sion et édifie les murs de Jérusalem. Ici, le roi interrompit ses prêtres. Il dit qu’il avait eu l’intention, la France une fois mise en paix, de conquérir Jérusalem et de reconstruire le saint temple. Puis l’office s’acheva.

Le roi d’Angleterre reçut ensuite l’Eucharistie, puis l’extrême-onction. Peu de minutes lui restaient à passer sur cette terre. Parmi les derniers mots qu’il prononça, on entendit ceux-ci : Tu mens, tu mens, ma part est avec Notre-Seigneur Jésus-Christ ! Il semble, d’après ces paroles, que le prince, dans sa pensée déjà obscure, se débattit contre les menaces de l’ermite. Enfin, tenant dévotement de ses mains le crucifix, il poussa un gémissement. In manus tuas, Domine, répéta le mourant avec un grand cri, ipsum terminum redemisti686. Puis, il rendit le souffle et parut s’endormir. Ainsi finit Henri d’Angleterre, le lundi 31 août 1422, entre deux et trois heures du matin. Il était âgé de trente-cinq ans et vingt-six jours.

L’adversaire que la France avait eu en la personne 341d’Henri V ne fut point un ennemi vulgaire. Anglais, Français, Bourguignons, tous les historiens du temps conviennent à célébrer les talents, les qualités rares dont le ciel l’avait pourvu. Brave et digne, ferme et mesuré, il avait la grandeur d’un monarque et le vaste regard du politique. Il était sobre de bouche, véritable en parole. Sa justice inexorable ne connaissait ni petit, ni grand, ni frère, ni ami. Les moindres infractions à la discipline, commises par les siens, étaient punies avec une rigueur spéciale687.

Lors de la capitulation de Melun en 1420, un gentilhomme du Midi, nommé Aimeri du Lau, fut désigné à la mort, comme ayant pris part au meurtre de Jean sans Peur. Bertrand de Caumont, chevalier de Guyenne, s’entremit à prix d’argent en faveur de ce condamné. II le fit évader de la ville et le sauva. De Français, Bertrand s’était fait Anglais : il avait donné à son nouveau parti les gages d’un entier dévouement. En vain Philippe le Bon et le duc de Clarence supplièrent-ils le roi d’Angleterre : Henri fit couper la tête à Bertrand de Caumont. Au sujet de Clarence lui-même, on se rappelle le propos du roi sur le compte de son propre frère, après la bataille de Baugé688.

Le peuple de France, affamé de justice et torturé par mille abus, admirait cette implacable sévérité. Henri V apporta dans son administration des vues d’ordre et d’une bienfaisante sagesse, qui manquaient aux gouvernants 342légitimes. Supérieur à ces derniers sur le champ de bataille, il ne les surpassa pas de moins haut dans le conseil. En Normandie, la seule province qu’il soumit entièrement à son pouvoir, il fit régner une exactitude inconnue par le passé. Henri V extermina de ce pays les loups ; genre d’immunité dont l’île d’Angleterre se prévaut encore aujourd’hui. Il institua des capitaines spéciaux contre le banditisme, cette lèpre qui dévorait le reste de la France. Henri abolit ou atténua les gabelles, réforma la monnaie et créa la régularité dans les finances. Henri V, enfin, décréta l’uniformité des poids et mesures. Un juge des plus éminents et désintéressé, le pape Pie II, proclame en lui le premier des princes de son siècle689.

Notre impartialité s’associe aisément à ces éloges. Il en coûte moins de reconnaître un homme plus grand pour triomphateur. Dès le quinzième siècle cependant, un instinct confus disait non seulement aux vaincus, mais aux vainqueurs, que l’empire de ceux-ci ne serait point de longue durée.

Au siège de Melun en 1420, Jean de Villiers, seigneur de l’Isle-Adam, revenait de certaine mission militaire, qu’il avait remplie à Joigny par ordre du roi anglais. Le maréchal était homme de goûts simples, sans recherche aucune dans ses mœurs, ainsi que dans ses habits. Il se présenta devant Henri de Lancastre à Melun, vêtu d’une robe neuve, mais de blanc gris, étoffe commune et peu coûteuse.

343Comment, l’Isle-Adam, lui dit en souriant à froid le roi d’Angleterre, est-ce ci la robe de maréchal de France ? Le maréchal, à ce propos, regarda le roi en face et lui dit : Sire, je l’ai fait faire telle pour venir par eau, dans les bateaux, parmi la rivière de Seine. Le roi, changeant alors de ton, reprit : Comment osez-vous regarder un prince au visage, quand vous parlez à lui ? — Sire, la coutume des François est telle que si un homme parle à un autre, de quelque état ou autorité qu’il soit, les yeux baissés, on dit que c’est un mauvais homme, puisqu’il n’ose regarder celui à qui il parle au visage.Ce n’est pas notre guise, dit Henri V pour clore l’entretien.

Quelques mois plus tard, l’Isle-Adam, maréchal de France, était destitué de son office et emprisonné, par ordre du roi d’Angleterre, à la Bastille690.

D’après les mœurs et le génie de la France, tels que la Providence les avait faits dès cette époque, la queue de renard (c’était la devise que portait le conquérant) ne devait point définitivement prévaloir sur l’élégante et poétique fleur de lis. La justice de la postérité ne s’agenouille pas devant la force et le fait accompli. Ce n’est point tout encore que le talent, le succès, la grandeur, même le génie. Sans la droiture de l’âme, sans une cause juste, il n’y a, point de héros pour l’histoire.

La mort d’Henri V fut celée au peuple pendant quinze jours. Sa dépouille mortelle, après ce terme, reçut publiquement les honneurs accoutumés pour les royales funérailles. 344Les restes du prince furent d’abord placés dans une vaste bassine, remplie d’eau et chauffée à grand feu. Les parties molles se séparèrent ainsi des os. La chair fut inhumée en l’abbaye de Saint-Maur des Fossés, église voisine de Vincennes et lieu de pèlerinage célèbre. On répandit l’eau dans le cimetière. Les ossements du prince, ensevelis avec des aromates, furent mis sur un char richement orné. Le deuil se présenta d’abord en grande pompe à Notre-Dame de Paris. Puis la cérémonie funèbre se répéta, le 15 septembre, à l’abbaye royale de Saint-Denis691.

Le cortège funèbre, après ces solennités, s’achemina vers la patrie du roi mort. Au-dessus du cercueil, voilé à tous les yeux, se voyait la représentation au vif d’Henri V. Cette image consistait en une figure de cuir bouilli, peinte à la ressemblance du prince. Le front ceint d’une riche couronne d’or, il portait le sceptre de la main droite et de l’autre une pomme d’or. La statue était vêtue des habits royaux, étendue droite et couchée sur son lit de parade, couvert de drap d’or ; le visage tourné vers le ciel. La reine Catherine ne fut que tardivement informée de son veuvage. De ville en ville, elle suivit le corps de son époux, à une demi-lieue de distance. Le 19 septembre 1422, la pompe funéraire entra dans Rouen692.

Après son court séjour au sein de cette ville anglaise, 345le convoi mortuaire se rendit à Abbeville. Puis par Hesdin, Boulogne et Montreuil, il se dirigea vers Calais, et y prit la mer. Le 10 novembre 1422, les restes d’Henri V arrivèrent à Londres. Ils furent déposés en l’abbaye de Westminster, où se voit encore sa sépulture693.

Sarrazin d’Arly dit alors ce mot plaisant, qui nous semble toutefois, par son côté grave, mériter d’être reproduit.

Le sire d’Arly, chevalier, oncle du vidame d’Amiens, était beau-frère de Guy de Nesle, seigneur d’Offemont, l’un des principaux champions de notre cause nationale. Malade de la goutte et âgé de soixante ans, il habitait son château d’Acheux, près de Pas-en-Artois. Le vieux gentilhomme avait l’esprit gaulois ; et, perclus, il était en quête de nouvelles. Un poursuivant694, nommé Haurenas, du même âge que son maître, le servait depuis longues années. Comme il revenait au manoir après avoir vu du pays, le chevalier questionna son poursuivant et lui demanda s’il ne savait rien touchant la mort du roi d’Angleterre.

Haurenas répondit qu’il avait vu Henri V (représenté) en habits royaux tout paré, en l’église de Saint-Vulfran d’Abbeville. L’as-tu bien examiné, dit le seigneur ? — Oui, messire. — Eh bien, alors, poursuivit le chevalier picard : Or me dis, par ton serment, s’il n’avoit point ses houseaux chaussés ? — Ah ! monseigneur, nenni, dit-il, 346par ma foi. — Lors lui dit messire Sarrazin : Haurenas, beau ami, jamais ne me crois s’il ne les a laissés en France695 !

Après l’affaire de Cosne, le maréchal de Séverac poursuivit sur le Mâconnais l’attaque résolue en 1421. Le 22 septembre 1422, uni à Bernard d’Armagnac, qui fut depuis comte de la Marche, ainsi qu’au sénéchal de Lyon (Humbert de Grolée, seigneur dauphinois), il s’empara de la ville de Tournus696.

Charles de Valois, régent, sous l’inspiration de son conseil, avait promis au duc de Bretagne de renvoyer ceux de ses officiers ou membres de ce même conseil, qui avaient, en 1420, trempé dans la conspiration des Penthièvre. Mais, cet engagement une fois pris, Jean Louvet, Guillaume d’Avaugour et autres, que concernait cette promesse, ne se mirent aucunement en devoir de l’accomplir. Bien loin de s’exiler volontairement de la cour, ils s’ancraient chaque jour plus profondément dans les faveurs et dans la familiarité du jeune prince. Le duc, indigné de ce manque de foi, en référa d’abord aux états de Bretagne. Cette assemblée fut d’avis de passer outre ; elle conseilla au duc de sacrifier à l’intérêt général et à la raison d’État son grief particulier, quoique légitime697.

347Mais le duc Jean, irrité de plus en plus, ne céda point longtemps à ce sage conseil. Il accueillit les constantes avances du roi d’Angleterre. Le duc et la duchesse négociaient avec difficulté la délivrance de leur frère Artus de Bretagne, comte de Richemont. Henri V rendit la liberté au prisonnier d’Azincourt, mais à la condition qu’il se rallierait au parti de son libérateur. Richemont, à son tour, devenu le féal d’Henri V, servit d’intermédiaire, ainsi que le comte de Suffolk, pour rapprocher la Bretagne de l’Angleterre. Le duc Jean finit par s’aboucher personnellement avec le conquérant anglais. Quant au traité d’alliance qui l’unissait au dauphin, il se crut affranchi, sous ce rapport, d’une fidélité dont le prince français et son conseil ne lui offraient point le modèle698.

Au moment où Henri V s’alita, mortellement atteint, les ambassadeurs de Jean VI arrivèrent à Paris. Ils étaient munis de pleins pouvoirs pour jurer et sanctionner, au nom de leur duc, le traité de Troyes. Ces conférences, interrompues par la maladie du prince de Lancastre, furent reprises après sa mort, auprès du gouvernement anglo-français699.

Dans le même temps, le duc de Bretagne forma le complot de livrer La Rochelle aux Anglais700.

Charles de France, ou son conseil, comptait sur des 348troupes étrangères pour reconquérir sort royaume. Ce fut là une des vues dominantes de sa politique. Elle prévalut, malheureusement, dans sa conduite, pendant toute la première moitié de sa carrière. La Rochelle lui offrait l’unique port à l’aide duquel le régent pût communiquer à l’extérieur ; notamment, avec ses chers et fidèles alliés, les rois d’Écosse et de Castille. Enlever La Rochelle au dauphins c’était assiéger ce prince, du sud à l’ouest, par le moyen du blocus maritime. C’était renverser cette colonne fondamentale de sa politique. La Rochelle offrait un asile, avec issue au dehors, où même des mécontents du parti français, trouvaient facilement à se réfugier701. La place avait en ce moment, pour gouverneur et capitaine général, Henri de Plusquellec, sujet breton et créancier du régent. Jean VI, après avoir noué des intelligences dans la ville, envoya des troupes pour appuyer le soulèvement projeté702.

Dans cette grave conjoncture, la présence du dauphin fut jugée un remède nécessaire à la situation. Le 26 septembre 1422, Charles régent quitta Bourges, où il vivait confiné depuis huit mois. Le prince se dirigea par Issoudun, Châteauroux, Buzançais, Chauvigny et Poitiers. 349Après avoir résidé, du 1er au 4 octobre, dans cette ville, il prit, de jour en jour, son gîte à Couhé, Chef-Boutonne, Chizé, Surgères et Bourgneuf. Le 10 du même mois, il était à La Rochelle703.

Le régent trouva, en effet, cette ville très émue et fort agitée. L’un de ses premiers soins fut de réunir les autorités, afin de se procurer des finances. Cette assemblée eut lieu le 11 octobre dans l’hôtel de l’évêque704, où le dauphin était logé. Pendant le cours de la séance, tout à coup le plancher de la salle s’effondra. La chambre du prince était située au premier étage. Sous le poids du nombreux personnel qui s’y trouvait réuni, la charpente fléchit. Les assistants, subitement précipités, tombèrent pêle-mêle dans une salle basse ou cellier705.

Pierre de Bourbon, seigneur de Préaux, accompagnait le régent, son cousin. Il périt dans cette catastrophe. Guy de Naillac, gentilhomme considérable de la contrée, subit le même sort, et beaucoup d’autres furent également tués ou blessés. Heureusement, la haute chaire ou grand siège de bois sur lequel était assis le dauphin, se trouvait placée dans une espèce de rainure, ou arcade cintrée. Cette rainure était pratiquée sur l’épaisseur de l’ancien mur de la ville, qui formait la paroi du bâtiment, à laquelle ce siège était adossé. Par un bonheur providentiel, le jeune prince demeura tout assis en sa chaire. 350Il glissa de l’étage supérieur à l’autre, sans éprouver de dommage sensible. Le futur roi de France en demeura quitte pour cette forte émotion et de légères égratignures706.

Au premier fracas de cette chute, une extrême agitation se propagea dans la ville. Tous ceux qui n’estoient en la place, furent près de s’entretuer, cuidans que le dauphin et ceux de sa compagnie fussent morts par trahison et mal-apensement. Cependant les gens du prince le recueillirent immédiatement sain et sauf dans un asile plus sûr. Bientôt il fut complètement remis de cette secousse707.

Le régent était venu accompagné, notamment, de Guillaume Taveau, échevin de Poitiers, baron de Mortemer et commandant l’une des compagnies franches du Poitou. Les forces du dauphin se concertèrent, à La Rochelle, avec le ban militaire des hautes et basses marches de Saintonge. Une rencontre eut lieu, près de Montaigu (Vendée), entre les Français et les Bretons. Ces derniers furent vaincus, repoussés et perdirent grand nombre des leurs708.

Dans le même temps, des mesures prudentes avaient été prises pour mettre La Rochelle en sûreté. Les murs de la ville furent réparés et les fossés élargis. La place 351reçut des vivres et munitions de guerre. Des correspondances militaires furent établies, pour servir en cas d’attaque, entre la ville et la banlieue. Enfin le corps échevinal et les bourgeois jurèrent fidélité à la cause du dauphin. Les échevins reprochaient aux juges royaux du pays leurs entreprises contre les prérogatives ou libertés communales. Ces réclamations furent accueillies par le gouvernement du dauphin, qui pacifia ces dissensions intestines. Grâce à ces sages et habiles mesures, La Rochelle ne fut pas seulement mise à l’abri du coup de main qu’avait médité le duc de Bretagne. Cette place importante, la clef des mers pour Charles VII, demeura constamment soumise à son autorité, même pendant les temps les plus désastreux de son règne709.

Charles régent quitta La Rochelle le 15 octobre 1422. Le 24, il était de retour à son manoir de Mehun-sur-Yèvre, près Bourges. Cette aventure merveilleuse de La Rochelle, arrivée au moment où Charles VII allait inaugurer son règne, impressionna très vivement les esprits. Charles, aussitôt qu’il eut repris possession de sa demeure, fonda dans la Sainte-Chapelle de Bourges une messe spéciale, afin d’en perpétuer le souvenir. Le prince Charles professait une dévotion spéciale pour saint Michel, archange. Ce fut à la protection de ce saint qu’il attribua la conservation de ses jours. Durant le cours de la même année, Charles VII envoya au mont Saint-Michel en Normandie certaine pierre qui s’était détachée au-dessus de sa tête lors de l’événement de La Rochelle. Cette pierre 352était accompagnée d’un buste de cristal, en guise d’ex-voto, qui représentait le roi de France710.

Le roi Charles VI, depuis longtemps, ne traînait plus qu’un reste de misérable existence. L’air de Senlis et le séjour des cantons environnants semblaient lui être particulièrement salubres ou agréables. Il y passa l’été de 1422. Au mois de juillet, Charles VI data de ce lieu un dernier acte qui sans doute lui fut dicté par les parties intéressées, mais qui contenait bien le reflet de sa bonté naturelle711.

Henri V étant mort, Charles fut amené, le 19 septembre, à Paris, ainsi que la reine. Déjà, comme on l’a vu, la conservation de sa vie n’inspirait pas moins d’appréhension que celle du roi d’Angleterre. Durant quelques semaines encore, il languit dans son hôtel de Saint-Paul. Vers la fin du mois d’octobre, la fièvre quarte le saisit. Après le quatrième ou cinquième accès, il expira, le 21 de ce mois, vers sept heures du matin, dans sa cinquante-quatrième année712.

353Charles VI, ce roi de France jadis si pompeux, rendit l’âme dans un palais presque désert. Le chancelier de France, le premier chambellan du roi, son confesseur, son aumônier ; puis quelques rares subalternes : tels furent les seuls témoins de ses derniers moments. On déploya pour ses funérailles la même pompe matérielle que pour Henri d’Angleterre. Mais aucun prince du sang ne parut à ces fastueuses cérémonies. Le 10 novembre suivant, le corps de Charles VI, embaumé, fut d’abord porté à Notre-Dame, puis à Saint-Denis. Immédiatement après le char, dans le trajet de Saint-Paul à la cathédrale, marchait seul, à pied, Jean, duc de Bedford. Venaient ensuite les autorités et une multitude de peuple713.

Le peuple, dans son ignorante et naturelle affection, fut plus fidèle à ce roi, que les princes. Paris, dès le quatorzième siècle, était déjà ce qu’il a toujours été depuis : une métropole d’opposition et la capitale française de la raillerie. Charles VI traîna, parmi les Parisiens, trente-trois années de démence. Vainement sous leurs yeux, ce monarque devint le jouet des partis, le butin du vainqueur. Vainement, sous le règne de ce prince et sous son nom, tous les désordres, tous les fléaux, toutes les misères, y compris la honte du joug étranger, vinrent-ils s’appesantir sur la ville et sur le royaume. Jamais le pauvre roi ne rencontra devant ses pas l’ironie ou l’insulte. La plus humiliante et la plus dérisoire des infirmités n’altéra point un seul jour, en sa personne vénérée, le culte de la monarchie.

354Le jour de sa mort, on ne vit point, au chevet de l’époux expirant, Isabeau de Bavière, reine de France. Au jour des funérailles, Philippe le Bon, duc de Bourgogne, était absent. Pas un fils, pas un parent. Mais la multitude des petites gens (que ce roi avait écrasés), inondait la capitale. Et tout le peuple, qui estoit en my les rues et aux fenestres, pleuroit et crioit comme si chacun vît mourir la riens que plus aimât714.

Fin du livre II.

Notes

  1. [251]

    En 1440, un de ses conseillers osait lui écrire : Vous vouiez toujours être caché en châteaux, méchantes places et manières de petites chambrettes, sans vous montrer et ouïr les plaintes de votre pauvre peuple. (Ms. S. G. fr., n° 251, f° 75.)

  2. [252]

    Itinéraire manuscrit. Ordonnances, t. X, p. 455.

  3. [253]

    Fénin Dupont, p. 274 à 280.

  4. [254]

    Cabinet des titres : Foix. D. Vaissète, t. IV, p. 947.

  5. [255]

    Dom Housseau, t. IX. n° 3825, 3826 et 3833.

  6. [256]

    Godefroy Berry, p. 435, 796, etc., etc. — Duchâtel peut être considéré comme ayant été, dès lors, le véritable généralissime du dauphin Charles. Le dauphin prétendant et pendant longtemps le roi Charles VII, n’eut qu’un seul port militaire : La Rochelle ; une seule porte d’entrée et de sortie maritime pour le royaume ! Le 7 mars 1419, Duchâtel fut nommé capitaine de La Rochelle. (Arcère, Histoire de La Rochelle, 1756, in-4°, t. II, p. 563.)

  7. [257]

    Actes de Bretagne, t. II, p. 983. — Histoire de Bretagne, t. I, p. 466. — Ursins, Godefroy, p. 356.

  8. [258]

    Monstrelet, t. III, p. 263. — Journal de Paris, Panthéon, p. 633. — L’hôtel de Bourbon était situé prés Saint-Germain-l’Auxerrois.

  9. [259]

    Vers août, septembre 1418, le roi donne à Madame Marie d’Anjou… 200 écus d’or pour employer en l’achat d’un livre, à la dévotion de la dite dame. (Ms. s. fr., n° 292, t. XI, p. 792.)

  10. [260]

    Même Ms. p. 802 et 804. — Monstrelet, ibid., p. 292. — Ursins, Godefroy, p. 356, Berry, p. 435 et 436. — Cousinot, p. 174. — Actes de Bretagne, col. 063, 1090. — Histoire de Bretagne, t. I, p. 466 et 487. K. K. 243, f° 50.

  11. [261]

    Ibid. — Fénin Dupont, p. 211.

  12. [262]

    Religieux, t. VI, p. 291. — D. Morice, p. 466. K. 50, n° 20.

  13. [263]

    Religieux. — Cousinot, chap. 168.

  14. [264]

    Ordonnances, t. X, p. 477 et 451. — Premier registre du parlement de Poitiers : X. X. 10, 095, f° 1.

  15. [265]

    Par lettres du 6 mars 1422, la cour des comptes, qui fonctionnait antérieurement à Tours, fut transportée de cette ville à Bourges. (P. P. 2298. Mémorial H. Bourges, f° 5.) Par mandement donné à Issoudun en 1418, la cour des monnaies fut transférée à Bourges. (Ms. Brienne, 148, f° 123.) Le 23 mars 1426 (n. s.), lettres données à Montluçon. Le roi ordonnance une somme de 100 francs, pour mettre à point, en notre palais de Poitiers, une chambre pour y tenir la court et juridiction du fait des aides et pour banc, buffet, fourmes et autres abillements à ce necessaires. (Ms. Gaignières, 649, 5, f° 23).

  16. [266]

    H. Martin, Histoire de France, t. V, p. 189. — Du Tillet, Recueil, etc., p. 204. — Rymer, Fœdera, t. IV, partie III, p. 67.

  17. [267]

    Dès les premiers temps de la monarchie, on avait vu les fils de roi institués rois du vivant de leur père.

  18. [268]

    Anselme, Histoire généalogique, 1730, t. VI, p. 305. — Ordonnances, t. X, p. 489.

  19. [269]

    D. Housseau, n° 3828 et 3829.

  20. [270]

    Ceux qui étoient dedans commencèrent à crier : C’est le demeurant des petits pastez de Paris. (J. des Ursins, 354.) Ce qui signifiait : Nous vous réservons ici le complément de l’accueil que les Bourguignons vous ont fait à Paris en juin. Cousinot, p. 172, chapitre 165.

  21. [271]

    Bollandistes, juillet, t. I, p. 617. Biographie Didot aux mots Gouge et La Trémoille.

  22. [272]

    Le seigneur de Sully était appuyé, sous main, par son allié le duc de Bourgogne. Au mois de septembre 1418, les ambassadeurs qui reconduisaient la dauphine vers le prince Charles, avaient en même temps pour instructions de s’aboucher pendant le voyage, avec Messeigneurs de La Trémoille et de Parthenay, pour affaires secrètes au service du roi. (Ms. s. fr. 292, t. XI, p. 802.) Ces deux seigneurs étaient en guerre avec le dauphin.

  23. [273]

    Berry, dans Godefroy, p. 436. Ursins, p. 355.

  24. [274]

    Rymer, t. IV, partie III, p. 76. Cousinot, chap. 164 et 169.

  25. [275]

    Un politique du temps composa le quatrain qui suit, au sujet de la paix et du siège de Tours (Ms. 9656, f° 61) :

    Je soutiendrai devant tous

    Que la pès vaut mieux que Tours :

    Je veil soutenir qui qu’en grogne

    Que pès vault mieux que Bourgogne.

  26. [276]

    Cagny, chap. 69. — Dom Housseau, n° 3826. — Godefroy, Charles VI, p. 355, 408 et 436. — Monstrelet, t. III, p. 292. — V. Luzarche, Lettres de Tours, 1861, p. 8, 23 etc.

  27. [277]

    Ibid. Raoulet, p. 164. — Actes de Bretagne, t. II, colonnes 989, 991.

  28. [278]

    Les comtés de Tonnerre et d’Auxerre appartenaient à Louis de Chalon, qui avait combattu devant Tours et suivait le parti du dauphin. Les lettres royales, rendues pour adjuger au duc le comté de Tonnerre, contiennent cette clause : Lequel fief de Tonnerre est mouvant de nous (le roi de France) à cause de notre comté d’Auxerre ; mensonge grossier (ajoutent les savants auteurs de l’Art de vérifier les dates), mensonge grossier dicté par le duc Jean. (Édition in-8°, t. II, p. 271.)

  29. [279]

    X. X. 1480, f° 149 à 153. — Religieux, t. VI, p. 301. — Monstrelet, t. III, p. 287. — Félibien, Histoire de Paris, t. II, p. 793, et t. IV (preuves), p. 573 b. — Ordonnances, X, 482, 485 ; XI, 16.

  30. [280]

    Religieux, t. VI, p. 311. — Monstrelet, t. III, p. 337. — P. Cochon, p. 437. — Fenin-Dupont, p. 104.

  31. [281]

    Le 6 avril 1419. Chronique de Normandie, f° 174. La place fut, rendue le 1er mai. Elmham, Vita Henrici V, p. 212.

  32. [282]

    Biographie Didot, article La Rivière (Perrette de). — Voyez aussi Rymer, t. IV, au 20 janvier 1419.

  33. [283]

    Ms. Bréquigny, n° 80, f° 94. — Rymer, t. IV, partie III, p. 81 à 116.

  34. [284]

    Religieux de Saint-Denis, t. VI, p. 327. — Voyez aussi Bréquigny, ibid., f° 91, et la Chronique de Normandie, in-8°, f° 174.

  35. [285]

    Ce lieu est désigné dans les textes anglo-latins : Campus qui dicitur la Chat (entre Meulan et Mésy). (Rymer, loc. citat., p. 116.)

  36. [286]

    Ursins, dans Godefroy, p. 364. — Monstrelet d’Arcq, t. III, p. 318 à 323. — Cousinot, chap. 175.

  37. [287]

    Ibid. — P. Cochon, p. 437. — Gachard, Archives de Dijon, p. 241. Ms. 6239, f° lxxviij et suiv.

  38. [288]

    Ursins, etc. Abrégé français des grandes chroniques, p. 217. Il existe en Angleterre un tableau du temps, peint sur bois, qui, dit-on, représente l’entrevue de Meulan, avec les portraits d’Henri V et de Catherine de France. (Agnes Strickland, Lives of the Queens of England. London, in-8°, 1844, t. III, p. 134, note 1.)

  39. [289]

    Ce traité, signé le 8 mai 1360, lors de la captivité du roi Jean, attribuait à l’Angleterre la Guyenne, la Gascogne, le Poitou, la Saintonge, le port et gouvernement de La Rochelle, l’Angoumois, le Limousin, le Ponthieu et diverses places de la Picardie maritime. Une portion de ce territoire, par suite de guerres ou de nouveaux traités, avait, depuis 1360, fait retour à la couronne.

  40. [290]

    Raoulet, p. 164. Delpit, Documents anglais, p. 226-227. Fenin-Dupont, p. 107-108.

  41. [291]

    D. Plancher, t. III, p. 505. Monstrelet, t. III, p. 313.

  42. [292]

    Le 21 avril 1419, Yolande d’Aragon, reine de Sicile et duchesse d’Anjou, décharge l’abbesse de Nyoiseau de la somme de 10 livres tournois, à laquelle l’abbaye avait été taxée, pour contribuer à repousser les ravages et hostilités des Anglais, qui désolaient, en ce temps, tout le pays d’Anjou et du Maine. (Archives de Nyoiseau, Revue d’Anjou, 1853, t. II, p. 37.)

  43. [293]

    Monstrelet, p. 310 et 315. — Lépinois, Histoire de Chartres, t. II, p. 73, note 2. — Journal de Paris, Panthéon, p. 636 et 637. — Religieux, t. VI, p. 317. — Ursins, Godefroy, p. 357 et 355. — Abrégé français, p. 215. X. X., 1480, f° 177.

  44. [294]

    Actes de Bretagne, t. II, colonne 994. — Cousinot, p. 176, ch. 114. — Revue anglo-française, 1535, in-8°, t. III, p. 405 et suiv. — Le comte de Vertus avait dans ses attributions la défense des états de son frère.

  45. [295]

    B. Ledain, Histoire de Parthenay, p. 214 et suiv. — Ursins, Godefroy, p. 356, 360 et suiv.

  46. [296]

    Ibid. — Monstrelet, p. 330. — Ordonnances, t. XII, p. 263, etc. — Thibaudeau, Histoire de Poitou, 1840, in-8°, t. II, p. 464. — Catalogue Joursanvault, n° 2549, etc. Voyez ci-dessus la note 272.

  47. [297]

    X. X. 1480, f° 174 et 150. — Félibien, Histoire de Paris, t. II, p. 797 ; t. IV, Preuves, p. 577 b, 578 b. — Cabinet des titres, dossier Montenay, au 25 avril 1419.

  48. [298]

    Voyez ci-dessus la note 151.

  49. [299]

    Calmet, Histoire de Lorraine, 1747, in-f°, t. III, colonne 533. Aux mois d’août et septembre 1419, Yolande plaidait au parlement contre la cardinal. (X. X. 1480, p. 191.)

  50. [300]

    D. Calmet, ibid. — Digot, Histoire de Lorraine, 1856, in-8°, t. II, p. 330.

  51. [301]

    Le mariage entre René d’Anjou et Isabelle de Lorraine fut célébré à Nancy le 14 octobre 1420.

  52. [302]

    D. Calmet, Histoire de Lorraine, 1757, in-f°, t. VI. Preuves, p. 111 et 115. — Yolande, partie pour la Provence le 30 juin 1419, ne reparut à la cour de France qu’au mois de juin 1423. (K. K. 243, f° 62.)

  53. [303]

    Monstrelet, p. 322 et 323.

  54. [304]

    Ms. Colbert, 9681, t. V, f° 108.

  55. [305]

    Berry désigne le même lieu en indiquant la fontaine du Pinot. Sur la carte du Dépôt de la guerre, on voit marquée en ce point, de nos jours, la fontaine ronde.

  56. [306]

    Besse, p. 306. — Religieux, t. VI, p. 328. — Berry, dans Godefroy, p. 438.

  57. [307]

    Ibid.Abrégé dans Jean Chartier, t. III, p. 218. — Monstrelet, t. III, p. 322.

  58. [308]

    Religieux. — Abrégé.

  59. [309]

    Religieux.

  60. [310]

    Religieux. — Monstrelet. — Raoulet, p. 165.

  61. [311]

    Besse. — Religieux. — Monstrelet. — Félibien, Preuves, t. II, p. 579 a.

  62. [312]

    Ms. 9681, 5, Colbert, f° 109. — D. Plancher, t. III, p. 513. — Labarre, t. I, p. 272.

  63. [313]

    Ordonnances, t. XI, p. 15, t. XII, p. 2613. — Monstrelet, t. III, p. 330 et 331. X. X. 1480, f° 187. — Félibien, Histoire de Paris, t. II, p. 797. — D. Plancher, t. III, p. 511 et 518.

  64. [314]

    Excepté le mont Saint-Michel.

  65. [315]

    Religieux, p. 349. — Monstrelet, p. 335. — Rymer, Fœdera, t. IV, partie 3, p. 128 et 129. — Kervyn de Lettenhove, Histoire de Flandre, t. IV, p. 203.

  66. [316]

    Ms. 6239, f° 81. — Journal de Paris, Panthéon, p. 638 et 639. — Chronique de Normandie, f° 174. — Cousinot, p. 176, chap. 174. — Félibien, Preuves, t. II, p. 576 b. Etc., etc.

  67. [317]

    X. X. 1480, f° 191. — Religieux, t. VI, p. 357. — Ursins, dans Godefroy, p. 369. — Abrégé, dans Jean Chartier, t. III, p. 221.

  68. [318]

    Biographie Didot, au mot : Machet.

  69. [319]

    Il mourut en 1458.

  70. [320]

    Ms. 9681, 5, f° 116. Documents biographiques. Cabinet des titres.

  71. [321]

    Ms. 9631, 5, f° 125.

  72. [322]

    Duchâtel… le président de Provence… M. Guillaume de Champeaux, évêque de Laon… renommez de vie honteuse et déshonnête, etc. (Geste des nobles, p. 190.)

  73. [323]

    Ms. 9681, 5, f° 109 et suiv. — Barbazan, dans un siècle de dissolution morale, continua la noble figure de Du Guesclin. Il fut, comme ce preux, inhumé à Saint-Denis, sanctuaire et nécropole de la monarchie.

  74. [324]

    Biographie Didot : Le Maçon.

  75. [325]

    Biographie citée : Louvet.

  76. [326]

    Le vicomte de Narbonne et Guillaume d’Avaugour, déployèrent plus tard une valeur morale ou intellectuelle d’un ordre considérable.

  77. [327]

    K. K. 53, f° 2 dans Jean Chartier, t. III, p. 299-300.

  78. [328]

    Voyez Hazé, Notices pittoresques sur les antiquités et les monuments du Berry, Bourges, 1834, in-4°, pl. 36. — Pierre Frotier, baron de Preuilly, notice de M. Granmaison, Mémoires de la société archéologique de Touraine, 1855, in-8°, t. VI, p. 252 et suiv.

  79. [329]

    Labarre, t. I. d. 210.

  80. [330]

    Ms. Saint-Germain-des-Prés, n° 1634. Voyez Mémoires de la société des antiquaires de Normandie, t. XIX, p. 161 et suiv.

  81. [331]

    Besse, p. 319 et suiv. — Revue archéologique, 1861, mai-juin, p. 425.

  82. [332]

    Religieux, t. VI, p. 368, etc.

  83. [333]

    Labarre, t. I, p. 218. — D. Plancher, t. III, p. 518. — Kervyn de Lettenhove, t. IV, p. 210.

  84. [334]

    Labarre, Mém. de Bourg., II, 133. — Saint-Foix, Essais sur Paris, 1778, in-12, p. 211 et 212. — Voyez ci-dessus la note 74. — Statistique monumentale de Paris, 3e série, 28e livraison, planches I et II.

  85. [335]

    Pasquier, Recherches, liv. VI, chap. III. — Gollut, Mémoires de la république séquanoise, 1647, in-f°, p. 701. — Barante, Histoire des ducs de Bourgogne, 1824, t. IV, p. 466 ; et d’autres qui ont suivi ces auteurs. — Le religieux de Saint-Denis, plus réservé, l’appelle une vénérable et prudente dame, t. VI, p. 332. — Anselme, t. VI, p. 345. Le duc Jean avait 48 ans, étant né le 28 mai 1371.

  86. [336]

    Jean Chartier, in-16, à la table : Giac. — Monstrelet, t. III, p. 341 et 346. — Vers le 5 décembre 1418, le roi (c’est-à-dire le duc de Bourgogne) alloue à la dame de Giac 6,000 livres, en considération des pertes qu’elle avait faites à Paris et à Melun. (Ms. s. fr. 292, 11, p. 798.) Il s’agit sans doute ici des confiscations ordonnées par le comte d’Armagnac en 1417. La dame de Giac était alors (1417) au service de la reine et sa confidente. Le 25 février 1419, Jean sans Peur donne à vie la châtellenie de Chaussin (Jura) dans sa comté de Bourgogne, et jusqu’à 1,500 livres de revenu à la dame de Giac et à son fils, Pierre de Giac. (D. Plancher, t. III, p. 506.)

  87. [337]

    Charles VII et ses conseillers. — Anselme : Giac, Saint-Vallier. — Monstrelet, p. 339.

  88. [338]

    Labarre, t. I, p. 210. La dissertation insérée, p. 209 à 244, dans les Mémoires, etc., publiés par Labarre, forme, avec les pièces qui la suivent, l’une des principales sources de renseignements que nous possédions sur le meurtre de Jean sans Peur. Cette dissertation paraît avoir pour auteur Prosper Bauin, dont les Mémoires existent manuscrits à la bibliothèque de l’Institut, n° 372 et 373. Le Mémoire sur le meurtre se trouve dans le Ms. 373, p. 106 et suiv.

  89. [339]

    Labarre, t. I, p. 218 et 219. — D. Plancher, t. III, p. 519 à 522. — Gachard, Itinéraire des ducs de Bourgogne, p. 242.

  90. [340]

    Itinéraire de Charles VII. K. 60, n° 15 et 15 bis. — Besse, p. 322. — Monstrelet, t. III, p. 338. — Labarre, p. 219 et 220. — D. Plancher, p. 523. Voir, 1° Topographie de Châtillon, la gravure de Montereau, précieuse estampe quant à la disposition des lieux et des bâtiments ; 2° Pontifical de Jacques des Ursins, évêque de Poitiers, Ms. Soltykof, n° 4, acquis par la bibliothèque de la ville de Paris en 1861, f° 82 (miniature).

  91. [341]

    Labarre. — Plancher. — Monstrelet, p. 340. — Religieux, t. VI, p. 370. — Son Abrégé dans Jean Chartier, t. III, p. 227.

  92. [342]

    — Besse. — Labarre. — Basin, t. I, p 37. — Berry, dans Godefroy, p. 435. — Ms. Colbert, 9681, 5, f° 116 verso et 120.

  93. [343]

    Sources citées. — Ursins, p. 369 à 371. — Ms. Colbert, f° 110.

  94. [344]

    Monstrelet, t. III, p. 340, 341. Le duc, dit cet auteur, avait en sa compagnie environ cinq cents hommes d’armes et deux cents archers.

  95. [345]

    Labarre, p. 221. — Monstrelet, p. 342. Jean sans Peur, avant de commander le meurtre de Louis, duc d’Orléans, s’était fait également donner un avis par son conseil. Voyez pour ce rapprochement, Assassinat du duc d’Orléans, etc., Magasin de librairie, 25 novembre 1859, p. 246.

  96. [346]

    Labarre, p. 221 à 288.

  97. [347]

    Labarre, p. 221 à 273. — Monstrelet, p. 343.

  98. [348]

    Labarre, p. 274. — Monstrelet, p. 343.

  99. [349]

    Mémoires de Pie II, 1614, p. 153.

  100. [350]

    Ursins, Godefroy, p. 371. — Besse, p. 326 et s. — Document de Rome : Ms. Bréquigny, volume 80.

  101. [351]

    Ibid.

  102. [352]

    Document de Rome, déjà cité, ou note diplomatique remise entre les mains de Martin V, le 4 décembre 1419, par les ambassadeurs du dauphin, contradictoirement avec les envoyés de Bourgogne. Ce document a été publié pour la première fois dans les Lettres des rois et reines, etc., de M. Champollion-Figeac, 1847, in-4°, t. II, p. 355. — M. J. Quicherat l’a reproduit en second lieu, d’après Bréquigny : Œuvres de Basin, t. IV, p. 277 et suiv.

  103. [353]

    Ursins, ibid. — Monstrelet. — Cousinot, p. 177.

  104. [354]

    Ursins, p. 373. — Chronique de Le Picart : Ms. 812 de Troyen. — Chronique de Raoulet, p, 165. — Monstrelet, p. 344. Etc., etc.

  105. [355]

    Voyez Mémoires de la commission des antiquités de la Côte-d’Or, t. I, p. 419 et suiv. Épreuve, moulée en plâtre, du crâne de Jean sans Peur.

  106. [356]

    Labarre, p. 223, 274, 275 et 290.

  107. [357]

    Bribes d’une chanson du temps (Labarre, p. 287) :

    Regnaultin l’enferma ;

    Tanguy si le frappa ;

    Bataille si l’assomma.

    M. Le Roux de Lincy a publié une autre chanson ou complainte, faite par les Bourguignons, sur le même événement. (Chansons historiques et populaires, Aubry, 1857, in-8°, p. 16 et suiv.)

  108. [358]

    Ursins, p. 372.

  109. [359]

    Ibid. — Voyez aussi Basin, t. I, p. 38, et Labarre, t. I, p. 241, 242.

  110. [360]

    H. de Noyers était premier écuyer du corps et maître de l’écurie du régent. Dix jours après, et probablement pour expier sa tiédeur, Huguet fut supplanté dans cette charge. Il eut pour successeur, le 20 septembre 1419, Pierre Frotier. Ms. 968 t, 5, f° 117.

  111. [361]

    Ursins, p. 372. — Monstrelet. Jean de Bourbon, père de Charles, abhorrait Jean sans Peur depuis le meurtre de 1407. Charles, âgé de 16 ans en 1419, avait été élevé sous l’influence de ce sentiment.

  112. [362]

    Il fut mis en la bière des pauvres, vêtu seulement de son gippon, ou pourpoint, et de ses chausses. On l’enterra ensuite dans l’église de Notre-Dame de Montereau sans linceul et sans poésie sur la fosse. Labarre, p. 223, 224. Ms. 9681, 5, f° 10. — Elmham, p. 236. — Monstrelet, p. 346.

  113. [363]

    Mémoires de Bourgogne, par J. du Tillet ; Ms. de la bibliothèque de l’Arsenal, histoire, n° 252, p. 122. Cet ouvrage, composé sur les lieux, reproduit la tradition intime et domestique des religieux, qui se succédèrent à Dijon depuis l’événement.

  114. [364]

    K. 60, n° 15 et 15 bis. — Gachard, Dijon, p. 32, 49. — Félibien, t. III, Preuves, p. 263 a. — D. Plancher, t. III, Preuves, p. CCCX. — Monstrelet, éd. d’Arcq, t. III, p. 352 et suiv. — Besse, p. 3.17 et suiv. — D. Vaissète, in-8°, t. VIII, p. 12. Etc., etc.

  115. [365]

    X. X. 1450, f° 193. — Monstrelet, 355. Gachard, 49.

  116. [366]

    Labarre, t. I, p. 230. — Monstrelet, 358 et suiv. — Fenin-Dupont, p. 117 et suiv. — Chastelain, Panthéon, p. 15 à 24. — Journal de Paris, Panthéon, p. 654.

  117. [367]

    Labarre, p. 231, 297. — Monstrelet d’Arcq., t. III, p. 361. — Chastelain, p. 27. — Religieux, t. VI, p. 376. — Ordonnances, t. X, p. 75 ; t. XI, p. 76, 77, etc., etc. — Gachard, Dijon, p. 52.

  118. [368]

    Wavrin de Forestel, t. I, p. 203. Voir une longue paraphrase de ce discours dans les mémoires de Pie II, 1614, in f° p. 153, 154.

  119. [369]

    Thomas Elmham, Vita Henrici V, éd. Hearne, p. 206, 245. — Chastelain, p. 25. — Religieux, t. VI, p. 378. — Rymer, 1740, t. IV, partie III, p. 133, 135.

  120. [370]

    Bréquigny, Ms. 80, f° 115 et 118. — Lettres des Rois et Reines, etc., t. II, p. 350.

  121. [371]

    Gachard, Dijon, p. 50, 109, 113. — Monstrelet, t. III, p. 360. — Abrégé français dans Jean Chartier, t. III, p. 231. — Le 2 décembre 1419, Philippe le Bon signait, en sa ville d’Arras, un traité particulier avec le prince anglais. (Ms. Brienne, n° 30, f° 133-136. Archives municipales de Troyes., Communication de l’archiviste, M. Boutiot.)

  122. [372]

    Meulant, 6 novembre ; Poissy, du 7 au 20 ;Gisors, du 29 octobre au 15 décembre. Rymer, ibid., p. 137-5. — Chronique de Normandie, f° 175, 176. — Elmham, p. 233, 236. — P. Cochon, p. 438, 439. — Chastelain, p. 25.

  123. [373]

    Ordonnances, t. XII, p. 268, 273, 278. — Besse, p. 264, 327, 329, etc. — Labarre, t. I, p. 227, 229. — Rymer, p. 138, 144. — Félibien, t. III, Preuves, p. 264, a. — Godefroy, Charles VI, p. 729. — Elmham, p. 251. — Religieux, t. VI, p. 382 à 388. — Lettres des Rois et Reines, t. II, p. 359 à 372. — Fenin-Dupont, p. 118. Etc., etc.

  124. [374]

    Monstrelet, p. 356 et suiv. Cet auteur se trompe en disant que le dauphin se rencontra personnellement avec le duc de Bretagne en Anjou. Le dauphin ne s’avança que jusqu’à Loches, sur la route de Bretagne (Itinéraire.) — D. Morice, Hist. de Bretagne, t. I, p. 472.

  125. [375]

    Itinéraire. — Monstrelet, p. 356, 357, 360, 366, 381. — Ordonnances, t. XI, p. 26. — Religieux, p. 376. — Archives Joursanvault, la pièce n° 849 (à la bibliothèque du Louvre). 1419 novembre 30, gratification au bâtard de Faurus ; Jean Chartier, t. III, p. 249. — Fenin-Dupont, p. 121.

  126. [376]

    Bourges, 23 novembre 1419. Ordonnances, t. XI, p. 23, 28.

  127. [377]

    Gallia Christiana, t. IX, col. 551. — Bulletin de la Société de l’Histoire de France, 1859, p. 57 et suiv. — G. de Champeaux fut d’abord maître clerc en la Chambre des comptes, le 15 octobre 1415. (Armorial de la chambre des comptes de Paris, par mademoiselle Denys. 1769, in-4°, t. I, p. liij, lvij.)

  128. [378]

    Godefroy, Charles VI, p. 796.

  129. [379]

    Dom Vaissète, Histoire du Languedoc, livre XXXIV, chapitre XXII et passim. — Berry, Godefroy, p. 439, etc.

  130. [380]

    Jean Chartier, t. III, p. 304.

  131. [381]

    Anselme aux Ducs de Bretagne.

  132. [382]

    Cagny, chapitre 30.

  133. [383]

    Monstrelet, t. II, p. 30. — Religieux, t. VI, passim.

  134. [384]

    Cette odieuse affaire des Penthièvre fut menée, selon toute apparence, par Louvet, l’un des conseillers du dauphin. Voyez du Tillet, Recueil des Traités, etc. 1602, in-4°, p. 19. — Labarre, Mémoires de Bourgogne, t. I, p. 240. — Lobineau, 1107, colonne 955. — D. Morice, t. I, p, 487. — D. Vaissète, livre XXXIV, chapitre XIII. — Baudot de Juilly, Histoire de Charles VII, 1754, t. I, p. 134.

  135. [385]

    D. Morice, t. I, p. 473 et les Preuves.

  136. [386]

    Le duc, Jean VI, né en 1389, avait les cheveux blonds et le visage bien fait. Actes de Bretagne, t. II, colonne 1075 et suiv. — D. Morice, t. I, p. 476. — Voir une effigie de ce prince (très douteuse d’ailleurs) dans Montfaucon, Monuments de la Monarchie française, t. III, planche 3, n° 5.

  137. [387]

    Les Grandes Annales ou Chronique de Bretagne, par Alain Bouchard, 1541, sans lieu, in-4°, f° 103-4.

  138. [388]

    Monstrelet, éd. du Panthéon. Liv. Ier, chapitre CCXLVI.

  139. [389]

    D. Morice, Monstrelet, loc. cit.

  140. [390]

    Que peu lui importait d’être déposé de son trône ducal.

  141. [391]

    D. Morice, p. 480 et renvois.

  142. [392]

    Le 10 septembre 1420, Philippe le Bon, duc de Bourgogne, faisait le siège de Melun. Jean de Mauléon, écuyer du duc de Bretagne, lui apporta en ce lien la nouvelle de la délivrance de Jean VI par Olivier de Bretagne, comte de Penthièvre, à la persuasion du dauphin, suivant le conseil de Robert le Maçon, son chancelier, et de Jean Louvet, président de Provence. (Labarre, t. I, p. 140).

  143. [393]

    Sources citées.

  144. [394]

    Cabinet des titres, dossier Villebrême. Original, parchemin, 7 janvier 1420. Dans le livre d’heures d’Étienne Chevalier, peint par Jean Fouquet, il y a une scène qui représente la célébration nocturne de l’Épiphanie au XVe siècle. Charles VII y figure, sous les traits d’un roi mage, accompagné de sa garde écossaise. Cette vignette est la huitième de la première série dans la notice-catalogue publiée par N. Brentano : Die Miniaturen des Jehan Fouquet, etc.

  145. [395]

    Dom Vaissète, livre XXXIV, chapitre XII. Le dauphin s’arrêta du 13 au 19 à La Brelle [NdÉ : probablement L’Arbresle]. (Itinéraire.) Lettres données par le régent à La Brelle, le 18 janvier 1420, en présence du bailli de Touraine, G. d’Avaogour… Charles, etc., octroyons la somme de cinquante livres tournois à nostre chier et bien amé eschançon, Jehan de Gamaches, pour nous avoir apporté et présenté, de par nostre très-chière et très amée compaigne, la dauphine de Viennois, les estraines du premier jour de l’an [1er janvier] qu’elle nous a envoyées par nostre dit eschançon… (Cabinet des titres, dossier Gamaches.) On voit que Marie d’Anjou, dans ce voyage, n’accompagnait point le dauphin.

  146. [396]

    Itinéraire.

  147. [397]

    Le chapitre noble des chanoines-comtes de Lyon, ou chapitre de la cathédrale, possédait un vieux domaine appelé le château de la Salle de Quincien. Là, saint Thomas de Cantorbéry, proscrit d’Angleterre au XIIe siècle, avait trouvé un honorable asile. Un peu après 1420, l’église de Lyon donna ou affecta cet antique manoir aux deux docteurs, Machet et Gerson, pour en jouir, l’un et l’autre, pendant le reste de leurs jours. Gérard Machet revint à Lyon vers 1424 avec l’intention de prendre part à cette retraite. Histoire des Confesseurs, Ms. s. fr. n° 2285. — Péricaud, Notes sur l’Histoire de Lyon, 1839, in-8°, p. 44. — Biographie Didot : Machet.

  148. [398]

    Godefroy, Charles VI, p. 796.

  149. [399]

    Actes des 29, 31 janvier, 3 février 1420. — Ordonnances, t. XI, p. 30, 37, 41. Un quatrième édit, rendu à Saint-Symphorien, près Lyon, le 5 février, prescrit la fabrication, en Dauphiné, d’une certaine quantité de monnaie noire ou billon. Ibid., p. 44.

  150. [400]

    Ibid., p. 45. — Chorier, Histoire du Dauphiné, t. II, p. 415.

  151. [401]

    Itinéraire. — Jean Chartier, t. III, p. 171, 304. — D. Vaissète, liv. XXXIV, chapitre XIII. — K. K. 53, f° 51.

  152. [402]

    Ibid.Berry, dans Godefroy, p. 439. — Raoulet, dans Chartier, t. III, p. 171.

  153. [403]

    Pendant tout le cours du voyage, un porteur spécial et à pied porte les houppes des bacinets (casques) de mon dit seigneur, en ung estui de toille, pour double qu’ils (elles) ne se rompissent. K. K. 53, f° 53 et suiv. Ces houppes étaient des ouvrages d’orfèvrerie branlante, sorte de passementerie, très fragiles.

  154. [404]

    Environ deux kilogrammes et cinq cents grammes.

  155. [405]

    Jean Chartier cité, p. 297, 302, 303.

  156. [406]

    Ibid. Extraits du thalamus de Montpellier : Ms. Duchesne n° 58, f° 296. — Ordonnances, t. XI, p. 59, 74 et suiv. — Berry, dans Godefroy, p. 439. — Ce parlement avait été fondé, puis aboli au XIVe siècle. Quétif et Echard, Scriptores ordinis Prædicatorum, 1719, in-f°, t. I, p. 772.

  157. [407]

    Ibid.Ordonnances, t. XI, p. 63 ; t. XVI, p. 18.

  158. [408]

    Richelieu, au XVIIe siècle, infligea cette peine à plus d’un manoir féodal. Les murs du château de Pierrefonds offrent encore aux regards de semblables traces. Ursins dans Godefroy, p. 316. — Berry, 439. — D. Vaissète, ch. XV. — Ménard, Histoire de Nîmes, t. III, p. 152, 133. Cf. Ord. XIII, 196.

  159. [409]

    Raoulet, p. 171. — Itinéraire. — Ordonnances, t. XI, p. 81 ; t. XVI, p. 180. — Ménard, p. 154.

  160. [410]

    Le séjour le plus habituel de la reine Yolande était au château de Tarascon. La main et l’influence personnelle de cette princesse nous semblent particulièrement visibles, dans ces derniers actes, qui terminèrent la campagne du prince en Languedoc. Auteurs cités. Monstrelet d’Arcq, t. III, p. 407. — Chastelain, p. 50. — Ménard, p. 154. — Chorier, t. II, p. 414. — D. Vaissète, ibid. — D. Morice, Histoire de Bretagne, t. I, p. 476.

  161. [411]

    Ces trois places turent soumises l’année suivante (Ménard, p. 156).

  162. [412]

    Les mêmes. Gallia christiana, t. II, 7 32. Cette ordination de Chevaliers par le dauphin est remarquable. Il y a lieu d’observer, en effet, que ce prince n’était encore ni roi ni chevalier.

  163. [413]

    Itinéraire.

  164. [414]

    Thesaurus anecdotorum, 1717, in-f°, t. III, colonne 1950. Anselme aux amiraux. Perez de Guzman, Cronica del rey don Juan segundo, Logroño, 1590, in-4°, chapitre CCLXVI, f° 64.

  165. [415]

    C’est-à-dire chef des troupes embarquées à la solde de Castille. Bergeron, Histoire de la première découverte et conqueste des Canaries, Paris, 1630, in-8°, p. 296 et suiv. — Religieux, t. VI, p. 305.

  166. [416]

    Religieux. — D. Morice, t. I, p. 476.

  167. [417]

    Cabinet des titres, dossier Du Châtel, au 23 mars 1420. K. 59, n° 25. — Catalogue Joursanvault, na 2915-6 ; 3168-9. — Monstrelet d’Arcq, t. III, p. 372 à 407. — Fenin-Dupont, p. 125. — Chastelain, p. 30 à 39. — Religieux, t. VI, p. 388 à 394 et 400. — Ursins, p. 374 et suiv. — Abrégé. Jean Chartier, t. III, p. 234-8. — Raoulet, 171. — Journal de Paris, Panthéon, p. 642 et suiv. Etc. etc.

  168. [418]

    P. Cochon, p. 439. — Walsingham, p. 451. — Journal de Paris, p. 613. — Monstrelet, 377. — Archives de Troyes.

  169. [419]

    Rymer, t. IV, partie III, p. 169. — Félibien, t. II, Preuves, p. 592, b. — Fénin Dupont, p. 135. — Le traité de Troyes fut approuvé en parlement à Westminster au mois de mai 1421. (Parliament rolls, t. IV, p. 135.)

  170. [420]

    Monstrelet d’Arcq, t. III, p. 388 et suiv. — Archives de Troyes ; communication de M. Boutiot. — Ordonnances, t. XI, p. 86. Etc., etc.

  171. [421]

    Conformément au traité de Troyes, Henri V assigna au profit de la reine, indépendamment des autres émoluments dont elle jouissait, deux mille francs par mois de revenu, à prélever sur le produit de la monnaie de Troyes, depuis le 1er juin 1420. (Rymer, t. IV, partie III, p. 178.) De même, il s’engagea, par un acte, formel, a révérer, à honorer sa belle-mère, à quérir son profit, éviter son mal et damage, etc. (Ibid. p. 189.) Cette double promesse fut bien peu de temps remplie. Voyez Isabeau de Bavière, 1859, in-8°, p. 38, et la suite du présent ouvrage.

  172. [422]

    Comptes de l’argenterie de la reine, dans Jean Chartier, t. III, p. 286-287.

  173. [423]

    Ibid.

  174. [424]

    Agnes Strickland, Lives of the Queens of England, t. III, p. 163 et passim.

  175. [425]

    Louis, comte palatin du Rhin, marié en 1402 à Blanche, fille d’Henri IV d’Angleterre et sœur d’Henri V.

  176. [426]

    Monstrelet, t. III, p. 388 et suiv. — D. Calmet, 1757, t. II, Preuves, ch. XIX. — Religieux, p. 444. — Berry, dans Godefroy, p. 439.

  177. [427]

    X. X. 1480, f° 215. — Ursins, p. 877. — Fenin Dupont, p. 126. — Saint-Rémy, Panthéon, p. 445. — Chastelain, p. 45. — Thomas Elmham, Vita Henrici V, p. 267. — La reine habitait le Palais des Comtes ou Palais Royal. La cathédrale devait être, par conséquent, la paroisse de la fiancée.

  178. [428]

    [NdÉ] Voile blanc tendu au-dessus des têtes des conjoints.

  179. [429]

    Espèce de monnaie la plus forte ; valant sept livres de France.

  180. [430]

    Sources citées. — Un règlement, daté de 1409, alors en vigueur, tarifait comme il suit, dans le diocèse de Troyes, les droits curiaux. Fiançailles et espousailles. L’espousée paiera treize deniers au prestre qui l’espousera (mariera) ; posé qu’elle soit épousée hors de l’église, et autres messes que les ordinaires de l’église où elle sera demeurante ; c’est-à-dire hors de sa paroisse… L’espouse paiera trois deniers au prestre qui la mariera en la paroisse de son domicile. Ms. de la Ravallière, Champagne, t. 47, p. 51 et suiv.

  181. [431]

    De ces souppes sont venus la soupe et le souper.

  182. [432]

    Les mêmes. — Rymer, t. IV, partie III, p. 177. — Grosley, Mémoires sur Troyes, 1174, in-8°, t. I, p. 304. — Vallet de Viriville, Archives de l’Aube, p. 306, 307.

  183. [433]

    Journal de Paris, Panthéon, p. 643.

  184. [434]

    Elmham, p. 268. — Monstrelet-d’Arcq, t. III, p. 402 et suiv. — Religieux, t. VI, p. 442. — Ursins, dans Godefroy, p. 378.

  185. [435]

    Ibid.Lettres des Rois et Reines, etc., t. II, p. 379. — Labarre, t. I, p. 241. — Art de vérifier les dates, aux comtes de Joigny. Guy était parent de Georges de La Trémoille.

  186. [436]

    Elmham et les autres. Ainsi ils se mirent en l’obéissance et y entrèrent les rois. Lors ledit roi d’Angleterre appela monseigneur Henri de Savoisy, archevêque de Sens, et lui dit : Vous m’avez espousé (marié) et baillé une femme et je vous rends la vostre, à sçavoir l’archevêché de Sens. (Ursins, p. 378.) Henri de Savoisy avait pour compétiteur Jean de Norry, qui suivait, le parti du dauphin.

  187. [437]

    Elmham, p. 270. — Ordonnances, t. XI, p. 91. — Monstrelet, p. 403, et suiv. — Labarre, t. I, p. 238.

  188. [438]

    Ursins dans Godefroy, p. 378 ; Berry, 439.

  189. [439]

    Ursins dans Godefroy, p. 373. — La Barre, 239. — Raoulet-Chartier, p. 168. — Monstrelet, 410. — P. Cochon, p. 439. — Chastelain, p. 51. Religieux, VI, 446. — L’abrégé français des grandes chroniques dit : de quarante à cinquante mille hommes. (À la suite de Jean Chartier, t. III, p. 245.)

  190. [440]

    Les mêmes. — Labarre. — Ursins. — Le chapelain historiographe d’Henri V (Elmham, p. 232). Ce dernier, organe du mécontentement de son maître, représente la retraite du prince d’Orange comme un effet de la peur et une preuve de lâcheté ! Il impute les mêmes sentiments à son allié le duc de Bourgogne.

  191. [441]

    Les mêmes. Labarre. Monstrelet. Rouilliard, Histoire de Melun, p. 530.

  192. [442]

    Ou Dom (dominus).

  193. [443]

    Ursins, p. 379. — Ces deux moines étant tombés, après le siège, entre les mains d’Henri V, furent décapités. (Monstrelet-d’Arcq, t, IV, p. 14.)

  194. [444]

    Ursins, ibid.

  195. [445]

    Raoulet cité, 169. — Monstrelet-d’Arcq, t. III, p. 410.

  196. [446]

    Labarre, Chapelain, cités.

  197. [447]

    Arrondissement de Poitiers (Vienne).

  198. [448]

    Loiret : Yèvre, canton de Pithiviers ; Château-Renard, arrondissement de Montargis.

  199. [449]

    Itinéraire. — Comptes, dans Jean Chartier, III, 300 (où il faut lire le 28 juin 1420 et non 1419). — Ursins, 379. — Labarre, 240. — Journal de Paris, p. 648.

  200. [450]

    Monstrelet, t. III, p. 410, etc. — Ursins, 379. — Labarre, 240. — Journal de Paris, p. 648. — Itinéraire.

  201. [451]

    Ursins. — Monstrelet.

  202. [452]

    On lit dans les comptes de Guilbaut, receveur général de toutes les finances de Philippe le Bon : À monseigneur le duc de Bourgogne, à plusieurs fois, au mois d’octobre 1420, lui estant au siège de Melun, tant pour jouer aux cartes, … 17 fr. d’or. Archives de Lille. Extraits publiés par M. de Laborde, Ducs de Bourgogne, Preuves, t. I, p. 181, n° 6.

  203. [453]

    Les mêmes. — Labarre, 241. — Rymer, t. IV, partie III, p. 102 et circa.

  204. [454]

    Les mêmes. — Le Roux de Lincy, Chants populaires (édition Aubry), 1857 petit in-8°, p. 23. — Ursins, 383. — Labarre, 272. — Abrégé français, p. 217. — Journal, p. 648. — Monstrelet, t. IV, p. 13. — Procès de Barbazan, ms. Colbert, 9681-5, f° 102 et suiv.

  205. [455]

    X. X. 1480, f° 224. — Journal de Paris, p. 649. Monstrelet, ibid., t. IV, p. 15. Félibien, t. II, Preuves, p. 585, etc.

  206. [456]

    Religieux, VI, 444. — Rymer, IV, partie III, p. 178, 180. — Tyler, Memoirs on Henry the fifth, II, p. 279. Trésor de numismatique, rois d’Angleterre, etc.

  207. [457]

    Ordonnances, XI, 91. — Le Blanc, Traité des monnaies, p. 243. — Berry, Études sur les monnaies, II, 201 et suiv., planches XXXX et XXXXI. — Humphreys, Coinage of British Empire, etc., chap. V, p. 56 et pl. V.

  208. [458]

    Marie de France, religieuse à Poissy, ne pouvait revendiquer aucun fief temporel ; mais Catherine, née en 1401, avait encore deux autres sœurs aînées : 1° Jeanne, née en 1391, duchesse de Bretagne, et 2° Michelle de France, née en 1395, duchesse de Bourgogne. Jean VI, mari de Jeanne, aurait donc pu, à titre de premier compétiteur, disputer la couronne de France à Henri V. Seulement, Jean VI était un prince peu redoutable. On peut toutefois attribuer à cette situation les ménagements remarquables que le roi anglais conserva vis-à-vis de sa belle-sœur de Bretagne.

  209. [459]

    Est-il besoin de rappeler que l’un des contractants, Charles VI, se trouvait dans un état manifeste d’incapacité intellectuelle ?

  210. [460]

    Ursins, p. 354. — Rymer, t. IV, part. III, p. 192. — Beaurepaire, États de Normandie sous la domination anglaise, 1859, in-8°, p. 1 et suiv.

  211. [461]

    Félibien, t. II, p. 500. — Elmham, p. 290. — Livre noir, f° 137.

  212. [462]

    Ursins, p. 355. — Du Boulay, V, 344 et suiv. — Voyez ordonnances des 18 et 25 avril 1420 et celle du 19 décembre 1420, p. 107. — Aude ordonnance à cette dernière date : le roi (Henri V) proroge pour un an les droits sur les vins, la gabelle et le droit de douze deniers pour livre sur diverses marchandises, p. 109. — Ces quatre ordonnances dans le tome XI.

  213. [463]

    Ursins, p. 385. — Monstrelet, ibid., p. 18. — Rymer, t. IV, part. III, p. 104. — Labarre, I, 243, 317, 350. Etc., etc.

  214. [464]

    Cousinot, p. 119. — Monstrelet, p. 22 et suiv., copié par Chastelain, p. 64 et suiv. — Saint-Rémy, p. 452. — Le 21 décembre 1420, Henri V ordonne un nouveau récolement des joyaux de la couronne. (K. K., 48, f° 65.)

  215. [465]

    Monstrelet, ibid., p. 1, 22, etc. — Journal de Paris, p. 650. — Elmham, p. 293.

  216. [466]

    Monstrelet-d’Arcq, t. IV, p. 36. — Chastelain, p. 71, 72. — Saint-Rémy, p. 453. — Fenin-Dupont, p. 139 et 294. — Ms. Brienne, n° 197, f° 289. — Godefroy, p. 703. — L’existence de cet arrêt et par conséquent de l’exploit d’ajournement qui dut le précéder, a été révoqué en doute par divers historiens. Boissy-d’Anglas, ancien avocat au parlement, a développé cette thèse négative dans un mémoire célèbre. (Mémoires de l’Institut, classe de littérature ancienne, t. IV, p. 545.) L’arrêt en question ne se retrouve plus et paraît effectivement n’avoir jamais été inséré dans les registres. Mais ce genre d’omission n’est point sans exemple, et l’on s’explique tout particulièrement, en ce cas, les motifs de crainte et de prévoyance, qui purent déterminer cette non insertion. Le texte de Monstrelet, à lui seul, permettrait difficilement de ne pas croire à cette délibération judiciaire. Ce texte a pour échos trois auteurs contemporains. La note, reproduite par Godefroy et citée par Voltaire, en ajoutant la date précise : 3 janvier, allègue le parlement de 1420-21. Elle corrobore ainsi Monstrelet et double l’autorité de son témoignage. Cette note paraît être un extrait des minutes et non des registres du parlement, minutes qui depuis longtemps ont été détruites par l’incendie.

  217. [467]

    Les mêmes. — P. Cochon, p. 440. Les monnayeurs de Rouen, dit cet auteur, lui offrirent, en outre, une nef, vase de table (saucière), de vermeil.

  218. [468]

    Rymer, t. IV, partie III, p. 184 à 201, et partie IV, p. 4 et 5. — Beaurepaire, États de Normandie, p. 8 et suiv. — Chronique de Normandie, in-8°, p. 178.

  219. [469]

    Ms. Fontanieu, vol. 112 à la date du 1er juillet 1420. Ms.6239, f° 107. — Rymer, ibid., part. III, p. 199. — Delpit, Documents français, en Angleterre, p. 262. — D. Vaissète, liv. XXXIV, chap. XVII.

  220. [470]

    Beaurepaire, p. 15. — Delpit, p. 231. — Rymer, p. 200. — Ordonnances, XI, 112, 115, 156. — Lettres des rois et reines, etc., II, 388.

  221. [471]

    Monstrelet, édition d’Arcq, t. IV, p. 24. — Chronique de Normandie, f° 178. — Rymer, t. IV, part. IV, p. 7. — Strickland, Queens of England, p. 144.

  222. [472]

    Cette plaie, cet écueil était inconnu du gouvernement anglais. L’habile Henri V n’eut garde d’y tomber, du moins volontairement.

  223. [473]

    Ordonnances, XI, 101. — Traités de numismatique, cités dans le chapitre précédent.

  224. [474]

    Ordonnances, XII, p. 286.

  225. [475]

    Monstrelet, éd. d’Arcq, t. IV, p. 8. — Saint-Rémy, p, 449. — Laborde, Ducs de Bourgogne (Preuves), III, 275. — Il fut transporté à Blois et inhumé le 26 novembre. Laborde, ibid., p. 277. — Archives Joursanvault : Bibliothèque du Louvre, F. 145, 2 ; catalogue Joursanvault, n° 808, 823, 865.

  226. [476]

    Raynal, Histoire du Berry, t. II, p. 413.

  227. [477]

    Biographie Didot, le Bouvier.

  228. [478]

    Ursins, p. 388. — Monstrelet, ibid., p. 35. — Religieux, VI, 451.

  229. [479]

    Il était arrivé à Selles le 17 janvier.

  230. [480]

    Itinéraire. — Comptes après Jean Chartier, t. III, p. 315, 318.

  231. [481]

    Le duc de Clarence était né en 1388.

  232. [482]

    Cousinot, p. 180.

  233. [483]

    Grafton’s Chronicle, I, 543. — Le 13 février 1421, lettres du dauphin, régent, pour maintenir dans ses privilèges le chapitre de Saint-Maurice d’Angers, cathédrale. (Dom. Housseau, t. IX, n° 3843.)

  234. [484]

    Le 17 mars 1421, six mille Écossais, commandés par le comte de Buchan (John Stuart) et le connétable d’Écosse, passent par Orléans pour aller au secours du dauphin. Ils sont reçus avec faveur par les procureurs de la ville. (Lottin, Recherches sur Orléans, t. I, p. 194.)

  235. [485]

    Maine-et-Loire, arrondissement de Baugé.

  236. [486]

    Berry, p. 440. — Grafton, I, 543. — Bourdigné-Quatrebarbes, II, 121.

  237. [487]

    Voyez ci-après la note 509.

  238. [488]

    Berry. Bourdigné.

  239. [489]

    … Andreu Forgusa… a traiter… (un traître). Chronique de Grafton, I, 543. … Noble men were betraved by Andreu Lambert, a double traiter. Ms. Harléyen, n° 782, f° 49 ; document publié par M. Marchegay dans la Revue d’Anjou, 1853, t. II, p. 79.

  240. [490]

    Les mêmes. — Elmham, p. 301.

  241. [491]

    Jean de Beaufort (1403-1444), comte de Somerset.

  242. [492]

    John Holland (1395-1447) comte de Huntingdon. La duchesse de Clarence était Marguerite Holland. (Dugdale, Baronragium, etc.)

  243. [493]

    Les mêmes, Revue d’Anjou, ibid., 19.

  244. [494]

    Aujourd’hui Fontaine-Guérin, près Baugé.

  245. [495]

    Mêmes autorités.

  246. [496]

    Jean Stuart de Railston et de Tillicultry, gendre d’Archibald IV Douglas, allié à la famille royale, d’Écosse. (Scottish baronetage.)

  247. [497]

    Homonyme et cousin du précédent.

  248. [498]

    Jean, Jacques ou Archibald, Douglas, car ces trois noms lui sont donnés indifféremment, selon les habitudes d’Écosse, par les historiens. Le comte de Wigton était le fils puîné d’Archibald IV. Reden, Tableaux généalogiques, n° XVII et XVIII. — Stuart, History of Stuarts, p. 114.

  249. [499]

    Grafton, p. 543. — Godefroy, p. 732. — Raoulet, p. 169. — Cagny, chapitre LXXII.

  250. [500]

    Cousinot, p. 180. — Chastelain, p. 74.

    Sur la mort du duc de Clarence. — L’honneur d’avoir tué le prince anglais a été revendiqué par de nombreux compétiteurs. La généalogie des La Fayette, insérée par le père Anselme au chapitre des maréchaux de France, affirme que Gilbert III tua de sa propre main le duc de Clarence. L’auteur de la généalogie des Stuarts élève une prétention moins absolue en faveur de John Karmichael, chapelain et écuyer du comte de Douglas, qui depuis fut fait évêque d’Orléans par Charles VII, pour le récompenser de ses bons services. John Karmichael, dit cet auteur, brisa une lance sur le duc de Clarence ; broke a spear upon duke of Clarence (loc. cit., p. 123). Un autre Écossais, sir John Swinton, de Swinton, d’après une antique tradition, désarçonna le duc et le blessa à la face. Le comte de Buchan, ajoute cette tradition, tua ensuite le prince d’un coup d’épée : mais le mérite de cette victoire appartient au brave Swinton. Le dernier Swinton, de Swinton, descendant de sir John, fit présent à sir Walter Scott de la lance avec laquelle son ancêtre avait accompli une telle prouesse. La lance de Swinton fait aujourd’hui partie du cabinet d’antiquités formé par le célèbre romancier à Abbotsford. (Strickland, Lives, etc., III, 147.) Cf. Titter, History of Scotland, IV, 392. Ces revendications qui semblent s’exclure, tendent à confirmer une notion très simple et une conséquence fort naturelle. C’est que la mort du prince ne fut pas l’œuvre d’un seul bras, et qu’un plus grand nombre encore, de prétendants, aspira personnellement à s’en attribuer la gloire.

  251. [501]

    Les mêmes. Chastelain, p. 74.

  252. [502]

    Cousinot, Chastelain et les autres.

  253. [503]

    Ursins, p. 390. — Monstrelet, éd. d’Arcq, p. 37. — Journal de Paris, p. 651. — Godefroy, Charles VI, p. 732.

  254. [504]

    Auteurs cités. Ces deux dernières évaluations : vingt à trente d’une part (Religieux de Saint-Denis, Ursins, auteurs français), et de l’autre : de mille à douze cents (Monstrelet et Chastelain, Bourguignons, Grafton, etc.) ; ces deux allégations ne sont pas aussi inconciliables qu’elles pourraient le sembler. Souvent les chroniqueurs de cette époque ne comptent, parmi les morts, que, les hommes d’armes, c’est-à-dire les nobles, qui combattaient à cheval, et non les fantassins, archers, ou coustilliers. On voit, en comparant les deux textes, que le Religieux n’entend parler que de ces hommes d’élite. Monstrelet, au contraire, paraît avoir compris cette fois les uns et les autres.

  255. [505]

    Par un écuyer nommé Estienne Fragente, qui l’avoit gaignée. (Chroniques de Belleforêt, édition in-fol. de 1621, f° 3271 v°.)

  256. [506]

    Monstrelet. — Chastelain. — Fenin-Dupont, p. 307. — Chronique de Normandie. — Raoulet. — Bourdigné. — Gallia christiana nova, t. II, col. 732. — Des soldats dauphinois avaient placé dans un véhicule le cadavre de Thomas duc de Clarence, pour le porter, comme trophée de la victoire, vers le dauphin. Mais le bâtard de Clarence, fils de ce duc, en fut instruit. Il réunit alors les débris de l’armée anglaise et s’empara du corps de son père. Il le rendit à la duchesse, qui le fit transporter ensuite à Cantorbéry. (Walsingham, p. 454. Dugdale, Baronagium, n° 197.) — En mai 1423, Charles VII donne la seigneurie de Montreuil-Bonnin, en Poitou, à Laurent Vernon, Écossais. Ce dernier avait fait prisonnier à Baugé le comte de Somerset et l’avait cédé au roi pour l’échanger contre le comte d’Eu, prisonnier d’Azincourt. (K. 165, n° 21.)

  257. [507]

    Suivant J. des Ursins, p. 390, et le héraut Berry, p. 441, les Anglais passèrent le Loir vers la Flèche. Cette ville est au nord-est de Baugé et au nord-ouest du Lude. Le Religieux, p. 450, place le passage des Anglais sur le Loir, vers l’abbaye de Vaas. Vaast-sur-Loir se trouve à environ douze kilomètres à l’est du Lude.

  258. [508]

    Ursins. — Berry. — Le Courvaisier de Courteilles, Histoire des évêques du Mans, p. 672.

  259. [509]

    À cela près de quelques différences de dialecte, les Écossais et les Anglais parlaient à peu près le même langage. Mais le français, depuis la conquête des Normands, était demeuré en Angleterre la langue officielle, celle de la diplomatie et de la noblesse. Les capitaines anglais purent donc, tout en passant pour des Écossais, se faire comprendre des Manceaux.

  260. [510]

    Ursins, 390. — Berry, 441. — Journal de Paris, 651. — Grafton, p. 545.

  261. [511]

    Ordonnances, t. XI, p. 105. Cet édit, renouvelé du douzième siècle, le fut encore très souvent depuis lors, notamment le 11 février 1425 ; Ms. Blancs manteaux, t. VIII, n° 105. — Voyez Dareste de la Chavanne, Histoire de l’administration en France, 1845, in-8°, t. I, p. 220, note 1.

  262. [512]

    Comptes de la chapelle et autres. Godefroy, Charles VI, p. 797 et suiv.

  263. [513]

    Henri Baude dans Jean Chartier, etc. t. III, p. 129, 318. — Quicherat, Procès de la Pucelle, etc., t. V, p. 340. — K. K. 56, Passim.

  264. [514]

    Ursins dans Godefroy, p. 390. — Berry, p. 441. — Itinéraire. Le prince Charles, par une lettre datée en nostre Chastel à Poitiers le 20 mars, annonce aux Tourangeaux son intention d’aller prochainement les visiter. V. Luzarche, Lettres de Tours, p. 35.

  265. [515]

    Itinéraire. Ms. Baluze, n° 17, f° 347.

  266. [516]

    Cousinot, p. 181. — Jean Chartier, t. III, p. 317.

  267. [517]

    Simon de Phares, Ms. français, n° 7487. Sources citées. — Stuart, History of Stuarts, p. 118. — Catalogue Joursanvault, n° 3386.

  268. [518]

    Catalogue Joursanvault, n° 3386, 3392. — Tyler, Memoirs on Henri V, t. II, p. 218, 260, 292, 306.

  269. [519]

    Par délibération du 22 avril, le chapitre de Marmoutier décide qu’il enverra des députés à l’assemblée des trois états, convoqués à Clermont par le dauphin. (Ms. Baluze, n° 77, f° 347.) — Arcère, Histoire de La Rochelle, t. II, p. 563. J. 183, n° 186 à 141. — D. Morice, Actes de Bretagne, 1744, t. II, col. 1125. — En 1424, Charles VII, sur cette créance, était encore redevable de sept mille escus, pour lesquels, l’un des florons de la bonne couronne du roy est engagé à La Rochelle, en la main de Penant Baudin. (J 183, n° 140.)

  270. [520]

    Espée de parement de Monseigneur. Main-d’œuvre et argent ciselé sur la garniture de la poignée, payés 715 fr. tournois. Étui de Cordouan (cuir de cordonnerie) pour ladite épée, etc. Comptes dans Chartier, t. III, p. 305, 306. — Itinéraire.

  271. [521]

    Cousinot, p. 181. — Itinéraire. — Le Courvoisier de Courteilles, Histoire des évesques du Mans, p. 670 et suiv.

  272. [522]

    D. Morice, t. I, p. 487.

  273. [523]

    Itinéraire. — D. Morice. — Jean Chartier, t. III, p. 304, 315. — Ordonnances, t. XI, p. 121.

  274. [524]

    D. Morice, t. II, p. 487. — Actes de Bretagne, t. II, col. 1002.

  275. [525]

    Jeanne d’Orléans fut sans doute placée immédiatement au service et dans la compagnie de la jeune régente, Marie d’Anjou. Elle figure à ce titre dans les comptes de la reine, dès l’avènement de Charles VII à la couronne. (K. K. 56, f° 8, v° et passim. Lincy, Femmes célèbres, t. I, p. 648.) — L’acte de 1421 paraît n’avoir été qu’une promesse ou fiançailles. Le mariage eut lieu, d’après Cagny (ch. LXXIX), et Cousinot (ch. 205), historiographes des deux maisons, le dimanche 29 août 1423. Jeanne, à cette dernière date, allait entrer dans sa quinzième année, et le duc, né le 2 mars 1407, était âgé de plus de seize ans. Cependant, à la date du 30 septembre 1423, on trouve dans les comptes de la cour la jeune duchesse dénommée Mademoiselle d’Orléans. (K. K. 56, f° 28 et suiv.)

  276. [526]

    A. Morice, loc. cit. Preuves de Bretagne, t. II, col. 1091 et 1093. — Cousinot, chap. CXC et CCV. — Monstrelet, édit. d’Arcq, t. IV, p. 41. — Chastelain, p. 76. — Bibliothèque de l’École des chartes, t. VIII, p. 137. — La Saussaye, Histoire du château de Blois, 1850, p. 97.

  277. [527]

    Cousinot, p. 151.

  278. [528]

    Redet, Catalogue de Dom Housseau, p. 326. — Monstrelet, p. 40. — Chastelain, p. 75.

  279. [529]

    Itinéraire. — Religieux, t. VI, p. 462. — Ursins, p. 391. — Raoulet, p. 170. — Cousinot, p. 151. — Cagny, chap. LXXIII.

  280. [530]

    Ou le Chartif ; aujourd’hui Beaumont-les-Autels, canton d’Authon, entre Nogent-le-Rotrou et Brou (Eure-et-Loir).

  281. [531]

    Probablement Frestay ou Freté, près Beaumont, au sud, entre Beaumont et Brou.

  282. [532]

    Itinéraire. — Et comme il fut estimé par gens à ce connoissant, pouvoit avoir ledit dauphin en sa compagnie de six à sept mille harnois de jambes, quatre mille arbalétriers et six mille archers. Monstrelet, p. 44. — Au 10 juin, Cagny suppute l’effectif de ces troupes, à passé trente mille combattants. Vingt mille nous paraît être une moyenne vraisemblable. Voyez la note suivante.

  283. [533]

    Puis passa par devant Chartres et n’y voulut asseoir le siège pour révérence de Dieu et de sa benoite mère. (Notre-Dame de Chartres.) — Cousinot, p. 181. — Monstrelet, etc., d’accord avec l’évidence des faits, donnent un tout autre motif à cette retraite. Dans une lettre du 26 juin, le dauphin mande aux Tourangeaux de venir apporter des vivres à la compagnie qui est si grant et si notable que pieça ne fut vue telle. Voyez les notes précédente et suivante.

  284. [534]

    Lettre du dauphin aux habitants de Tours : En nostre ost devant Galardon le 26 juin… Nous avons grâces à monseigneur recouvert les places de Montmirail, Boisrufin, Beaumont-le-Chétif et Villebon au pays du Perche. Et le jour de hier, au vespre fut prise par assaut et qui ne dura pas un quart d’heure, cette ville et place de Galardon… Ils se sont par résistance opiniâtre, laissé de tous points destruire. Lettres de Tours, p. 37 et suiv. — Itinéraire. — Religieux. — Ursins. — Raoulet. — Gousinot. — Cagny.

  285. [535]

    D. Marlot, Histoire de Reims, in-4°, t. IV, p. 167.

  286. [536]

    Monstrelet, p. 43. — Religieux. — Ursins. — Cousinot. — Itinéraire. Cette retraite est ainsi motivée dans un document authentique : … Comme… par maladie survenue en nostre ost (armée), et pour voir le gouvernement et manière d’entreprendre d’iceux ennemis, et autres causes à ce nous mouvans, nous soyons tenu sur la rivière de Loire, en rafraîchissant nos gens, etc. (Ordonnances, t. XI, p. 126.)

  287. [537]

    Tyler, t. II, p. 287. — Ms. 6239, f° 112. — D. Morice, Histoire de Bretagne, t. II, p. 486. — Mémoires de Thomas Basin, t. I, p. 39, 40.

  288. [538]

    Ibidem.

  289. [539]

    Monstrelet, p. 43 et suiv. — Chastelain, p. 78. — Saint-Rémy, p. 455. — Fenin-Dupont, p. 155.

  290. [540]

    Sources précédentes. — Ms. Bréquinny, n° 80, f° 228 : Lettre d’un Anglais à Henri V ; 15 juin, situation intérieure de l’Anjou et de la Normandie ; nouvelles militaires et politiques. — Même Ms., f° 229 : Lettre à Henri V, 2 juillet ; nouvelles de la Lorraine et des Trois-Évêchés. Les Anglo-Bourguignons ont pris sur les Armagnacs divers châteaux, sous la conduite du comte de Saint-Pol. Ils ont pénétré à Gondrecourt (à deux ou trois lieues de Domrémy). — Henri V était au gîte à Paris le 4 juillet venant de Gisors. (X. X. 1480, f° 236. Félibien, Preuves, t. II, col. 586 a.) — Le 5, il se rend à Notre-Dame, pour y faire ses dévotions publiques. Le roi et la reine se trouvaient alors à Paris. Le 8, il part à la tète des troupes, se dirigeant vers Chartres. (Ibid. f° 236, r° et v°.) — Il était à Mantes le 12. (Delpit, p. 231. Tyler, II, 300.)

  291. [541]

    Elmham, p. 209. — Religieux, t. VI, p. 464. — P. Cochon, p. 441.

  292. [542]

    Jacques Ier, roi d’Écosse, étant tombé au pouvoir d’Henri V, celui-ci le fit son prisonnier d’une manière peu loyale. Dès lors, il le conduisit partout avec lui et le contraignit de servir en France, sous ses ordres, contre le dauphin. Henri V espérait contrecarrer, par ce procédé, l’alliance écossaise si chère au régent français. Il mettait ainsi les soldats écossais aux prises avec leur propre roi.

  293. [543]

    Religieux, 466. — Ursins, 392. — Berry, 441, — Cousinot, chapitre CLXXXV. — Chronique de Normandie, f° 178, v°. — Monstrelet, p. 69. — Chastelain 93, 94. — Pendant le siège, Henri V se tenait à Moronval près Dreux. (Chronique de Normandie.) Il y était encore le 22 août (J. 211, n° 48). La place avait été livrée précédemment au dauphin par un Anglais que la Chronique de Normandie nomme le comte de Tillères. (Il y a un Tillères près Dreux). Excepté de la capitulation, il fut pris comme traître par les vainqueurs et pendu. (Elmham, p. 311.) Au sortir de Dreux, les assiégés furent guettés par un Bourguignon, nommé le bâtard de Thierry, qui les attendait, en force, dans un embuscade. Quatre cents d’entre eux y périrent. (P. Cochon, p. 411.)

  294. [544]

    Elmham, p. 311. Cochon, p. 441. Cousinot, chap. CLXXXV. Chastelain, p. 93. Journal de Paris, p. 652. Lépinois, t. II, p. 75.

  295. [545]

    Monstrelet, p. 69. Chronique de Normandie, f° 69. Itinéraire.

  296. [546]

    Ordonnances, t. XI, p. 126 et suiv.

  297. [547]

    Cousinot, chap. CLXXXVI. — Berry, p. 441. — Religieux, t. VI, p. 464. — Ursins dans Godefroy, p. 392.

  298. [548]

    Berry. — Monstrelet. — Religieux. — Ursins.

  299. [549]

    Les mêmes. — Raoulet, p. 175. — Monstrelet, p. 70. — Elmham, p. 311. — Chronique de Normandie, 175, v°. — Le 6 septembre 1421, le capitaine de Blois certifie que F. de Jouteron, a délivré pour mener hâtivement à Beaugency, vers le bâtard de Joinville, capitaine dudit lieu, pour la défense de la place, deux casses (caisses) de trait commun (flèches ou viretons), un petit canon de fer garny de deux hoestes de fer et 50 livres de pouldre à canon en un sac de cuir. (Catalogue Joursanvault, t. II, n° 3173.)

  300. [550]

    Chronique de Normandie. Elmham.

  301. [551]

    Deux localités de ce nom subsistent, à peu de distance l’une de l’autre, dans la situation désignée, par delà la forêt d’Orléans, au nord. Il s’agit sans doute ici de Rougemont-sous-Aschères. Chastelain donne à ce château le nom de Longueil.

  302. [552]

    Monstrelet. — Berry. — Elmham. — Chronique de Normandie. — Chastelain, p. 95.

  303. [553]

    Elmham, p. 313. — Chronique de Normandie. — Cousinot. — Religieux, etc.

  304. [554]

    Berry, p. 442, etc.

  305. [555]

    P. Cochon, p. 443.

  306. [556]

    Au lieu de quelques deniers, prix des temps d’abondance.

  307. [557]

    Journal de Paris, p. 651, 652.

  308. [558]

    Saint-Rémy, p. 455. — Journal, p. 651, 652.

  309. [559]

    Chastelain, p. 79. — Histoire de la maison d’Harcourt, t. I, liv. IX, chap. III.

  310. [560]

    Ses lettres de provision sont du 6 novembre 1421. (Ms. Fontanieu, n° 112.) Jacques d’Harcourt exerçait déjà l’influence de cette position avant l’expédition de ces patentes.

  311. [561]

    Fenin-Dupont, p. 152. — Monstrelet-d’Arcq, IV, 41. — Louandre, Histoire d’Abbeville, t. I, p. 330. — Bonfils, Histoire du Crotoy, 1860, in-12, p. 94.

  312. [562]

    Au quatorzième et au quinzième siècle, la maison d’Harcourt portait pour blason les armes de Ponthieu. Voyez l’armorial publié par M. d’Arcq, dans le Cabinet historique, 1860, p. 225, n° 1002 et 1003.

  313. [563]

    La Roque. — Louandre. — Lettre à M. Charles Dufour sur les armoiries de Picardie, dans les Mémoires de la Société des antiquaires de Picardie, t. XVII, p. 211 à 229.

  314. [564]

    Monstrelet, p. 48. — Chastelain, etc.

  315. [565]

    Mêmes autorités.

  316. [566]

    Près Clermont (Oise).

  317. [567]

    Monstrelet. — Chastelain, p. 82. — Fenin-Dupont, p. 158. — Grafton’s Chronicle, p. 544. — Louandre, t. I, p. 333. — Laborde, Ducs de Bourgogne, Preuves, t. I, p. 182, n° 10. — La Picardie, revue in-8°, 1357, p. 145 et suiv.

  318. [568]

    Villes notables. En 1789, on appelait bonnes villes celles qui envoyaient des députés au sacre des rois de France, aux assemblées de notables, etc. Amiens fournit l’artillerie de siège. Elle fut dirigée, devant la place assiégée, par Guillaume Houredin, maître canonnier de la comtesse de Namur. (La Picardie, 1857, p. 150.) Philippe le Bon venait d’acquérir à prix d’argent le comté de Namur. (D. Plancher, t. IV, p. 27.)

  319. [569]

    Monstrelet, p. 54 et suiv. — Raoulet, p. 177.

  320. [570]

    Raoulet, p. 178.

  321. [571]

    Monstrelet, ibid.Berry dans Godefroy, p. 443.

  322. [572]

    Monstrelet, même chapitre.

  323. [573]

    Berry, p. 443. — Saint-Rémy, p. 456. — Raoulet, p. 179. — Chastelain, p. 87.

  324. [574]

    Qu’il n’avait pas encore au siège de Melun.

  325. [575]

    Berry, p. 443. — Chronique de Normandie, f° 176. — Basin, t. I, p. 39. — Monstrelet, p. 59, etc.

  326. [576]

    Raoulet. — Chastelain, p. 91.

  327. [577]

    Berry, p. 443. — Raoulet. — Jean Chartier, p. 20, etc. — Darsy, Picquigny et ses seigneurs, 1860, in-8°, p. 35. On appela proverbialement ces fugitifs les chevaliers de Picquigny.

  328. [578]

    Les mêmes.

  329. [579]

    Les mêmes. — Jean Chartier, p. 21. Cousinot de Montreuil, p. 212.

  330. [580]

    Raoulet, p. 181. — La Picardie, p. 151.

    Monstrelet évalue le nombre des morts de quatre à cinq cents pour les deux partis, dont vingt à trente morts seulement pour les Bourguignons. Il porte de cent à cent vingt le total des prisonniers français. Saint-Rémy estime les morts de six à sept cents pour les deux partis, dont trente Bourguignons. Chastelain : Morts, en tout de quatre à cinq cents, dont quarante à cinquante Bourguignons. Fenin : Français morts, de cent vingt à cent soixante ; prisonniers, de quatre-vingts à cent. Aucun auteur ne donne le nombre des prisonniers bourguignons. D’après le rédacteur du Journal de Paris (clerc bourguignon très partial), Philippe le Bon, pendant qu’il tenait le siège à Saint-Riquier, voulait aller (à la Mitourie ou Notre-Dame d’août), en pèlerinage, à Boulogne-sur-Mer. Les Armignacs le sçurent, ajoute-t-il, et le cuidèrent surprendre (à Mons-en-Vimeu), mais la vierge Marie y fit miracle, … et en demeura bien onze cens sur la place, sang les capitaines, qui furent prins. (Panthéon, p. 652.) Peu de jours après l’événement, Philippe le Bon se rendit effectivement à Boulogne-sur-Mer. On lit sous cette rubrique, l’article qui suit, dans un compte du receveur général de ce duc, à la date du 9 septembre 1421 : J’ai payé 18 sous parisis à un chanteur en place qui chanta devant mondit seigneur atout sa vièle (sur sa vielle) une chançon nouvelle de la belle journée par mondit seigneur obtenue à l’encontre de ses ennemis à Mons en Vimeux. (La Picardie, p. 154.) Comparez Raoulet, p. 181.

  331. [581]

    Monstrelet, édit. d’Arcq, t. IV, p. 59. — Jean Chartier, p. 21. — Olivier de la Marche lui donne trois prisonniers (Panthéon, p. 318).

  332. [582]

    Petits moutons (empreints sur la monnaie).

  333. [583]

    Saint-Rémy, p. 456. — Jean Chartier, 21. — Fenin, 169. — La vraie date de cette bataille de Mons-en-Vimeu a été méconnue de la plupart des historiens (y compris Monstrelet). Elle doit être placée au samedi 30 août 1421.

  334. [584]

    Saint-Valery se rendit le 4 septembre. Bonfils, Histoire du Crotoy, p. 98. — Le 20, Philippe entre à Saint-Omer. Les ménestrels de la ville vont au-devant de lui. Il était le 16 à Arras. Gachard, Dijon, p. 55.

  335. [585]

    Berry, p. 444. — Raoulet, p. 181. — Monstrelet, Fenin, etc.

  336. [586]

    Tyler, Memoirs on Henri V, t. II, p. 307 et passim. — Rymer, t. IV, part. III, p. 63. — Les historiens anglais ont surnommé Henri V : the prince of priests. Voyez Strickland, Lives of the Queens, etc., t. III, p. 148.

  337. [587]

    D. Morice, t. I, p. 469, 470. — Actes de Bretagne, t. II, col. 966.

  338. [588]

    Ce retour de Catherine paraît avoir été comme furtif et spontané de sa part. Les historiens des deux pays, notamment l’auteur des Lives of the queens, etc., n’en ont eu évidemment aucune connaissance.

  339. [589]

    X. X. 1480, f° 236. Elmham, p. 308. — Religieux, t. VI, p. 470. — Ursins dans Godefroy, p. 393.

  340. [590]

    Sur le joyau d’argent, voyez L. Merlet, Histoire de l’abbaye de Coulombs, dans le bulletin de la Société archéologique d’Eure-et-Loir 1860-1, p. 24 et 235. — Didron, Manuel des œuvres de bronze, etc., 1859, in-4°, p. 42. — Collin de Plancy, Dictionnaire des reliques, au mot Jésus-Christ, t. II, p. 46.

  341. [591]

    Henri V devait cette bulle, comme la précédente, à la complaisance, en sa faveur, du pape Martin V. Elle s’appliquait spécialement aux reliques de France et de Normandie, situées dans les pays qui sont ou seront soumis à sa conquête. L’acte pontifical est du 18 août 1418. (Rymer, loc. cit.)

  342. [592]

    Ordonnances, t. XVI, p. 325.

  343. [593]

    Gallia Christiana, t. VII, col. 323 ; t. VIII, col. 1250 ; Instrumenta, p. 389. — Religieux, Ursins, loc. cit. — Voyez encore sur le joyau d’argent le Journal de Paris, édit. du Panthéon, p. 725, b.

  344. [594]

    Monstrelet, ibidem, p. 72. 27 septembre 1421. — Ce jour, la ville de Villeneufve-sur-Yonne ou diocèse de Sens, fu, par les gens de la garnison d’icelle ville, rendue et mise en l’obéissance du roy d’Angleterre, qui tenoit le siège devant ycelle ville. Et dist on qu’il n’y tint siège que deux ou trois jours. Et dès lors ordonna, si comme on disoit, de faire approucher ses gens d’armes de la ville et cité de Meaulx, pour y mectre et tenir siège contre les gens de l’adveu du dauphin, estans ès dictes ville et cité ; les quelz avoient, par longtemps, grandement grevé et dommagié les habitants de Paris et du païs environ et autres plusieurs. (X. X. 1480, f° 241.)

  345. [595]

    Monstrelet, p. 513. — Elmham, p. 315. Voyez, pour l’aspect d’ensemble, le recueil gravé de Chastillon.

  346. [596]

    Monstrelet, édit. d’Arcq, t. IV, p. 71. — Elmham, p. 316. — Chronique de Normandie, f° 179. Toussaint du Plessis, Histoire de l’église de Meaux, t. I, p. 286.

  347. [597]

    Mêmes autorités. À Saint-Faron, Henri V fit construire une machine d’approche appelée le Pourceau. Elle portait plusieurs hommes armés, à couvert, qui travaillaient à remblayer de terre les fossés. (Elmham, 317.) Voyez L. N. Bonaparte, Études sur l’artillerie, t. I, pl. II, fig. 5 ; t. II, pl. I, fig. 1, 3, 4, et pl. II, fig. 1.

  348. [598]

    Ordonnances, t. XI, p. 132, 154. — Besse, p. 332 et suiv. ; 341 et suiv. — Rymer, t. IV, partie IV, p. 45, 52, etc.

  349. [599]

    Monstrelet, ibidem. Ursins dans Godefroy, p. 387. — Montlezun, Histoire de Gascogne, t. IV, p. 220. — Lettres du 30 novembre 1419, par lesquelles le dauphin régent accorde une gratification de 250 livres tournois à son bien-amé le bâtard de Vaurus. (Jean Chartier, t. III, p. 249.)

  350. [600]

    Histoire de Meaux. — Journal de Paris, p. 656, 657. Voir dans ce dernier auteur l’histoire de cette jeune mère qui accoucha la nuit, liée à l’orme de Vaurus et dont l’enfant fut dévoré par les loups.

  351. [601]

    Journal, p. 656. — Monstrelet, ibidem. — Fenin-Dupont, p. 175. — Vers la même époque, Jean d’Armagnac, fils du connétable, favorisait sous main dans le Midi, les Anglais. Le comte Jean avait pour lieutenant et favori un nommé André de Ribes (pendu en 1428). Avec l’autorisation expresse de Jean, André de Ribes se dénommait le bâtard d’Armagnac, bien qu’il ne le fût pas. (Ms. Doat, 216, f° 239.)

  352. [602]

    Darsy, Gamaches et ses seigneurs, p. 67. — Histoire de Meaux, p. 287 et 587. — Félibien, Histoire de Saint-Denis, abbatiat de Philippe. — Gallia christiana, t. VII, col. 104.

  353. [603]

    Monstrelet. — Cousinot, chap. CXCI. — Histoire de Meaux, p. 286 et suiv. Cabinet des titres, dossier Girème.

  354. [604]

    Luppé (Gers), ancien pays d’Armagnac. En 1421, Bernard de Luppé fait hommage au comte Jean IV. (Montlezun, t. VI, à la date.)

  355. [605]

    Elmham, p. 316. — Fenin, p. 173. — Monstrelet, p. 911. — Chastelain, p. 102. — Saint-Rémy, p. 559.

  356. [606]

    Elmham, 317, 319. Journal de Paris, p. 653. — Un auteur contemporain nomme cette épidémie la boce ou bosse, probablement à cause des tumeurs qui la caractérisaient. (Jean Chartier, etc., t. III, p. 248.)

  357. [607]

    Monstrelet, Panthéon, p. 438. — Religieux, t. VI, p. 448. — Ursins dans Godefroy, p. 385. — Abrégé dans Jean Chartier, t. III, p. 219. — Raoulet, ibid., p. 170. — Fenin, p 176. — P. Cochon, p. 442.

  358. [608]

    Monstrelet, 79 et s. — Chastelain, 100. — Chronique de G. Gruel, Panthéon, 259. — Le duc de Bourgogne, après son expédition de Picardie, vint également trouver le roi d’Angleterre au siège de Meaux. Mais il y parut en simple visiteur et ne prit point de part aux opérations militaires. Philippe le Bon se trouvait le 16 décembre 1421 à Arras ; le 18 à Douai, le, 25 (Noël) à Arras ; puis à Lucheu. Le 1er janvier 1422, il célébra la Circoncision à Amiens ; Franc-Chatel, Beauvais, Beaumont-sur-Oise ; le 5 janvier à Paris. Le 18 janvier, Philippe le Bon se rendit à Meaux. Il était de retour à Paris le 23 ; vers février en Bourgogne, puis en Savoie. (Monstrelet, p. 74 et suiv. — Chastelain, 97 à 100. — Journal de Paris, p. 656. — La Picardie, 1857, p. 52. — Dom Plancher, IV, 40 à 49. — Laborde, Ducs de Bourgogne, Preuves, I, 183, etc.)

  359. [609]

    Tyler, Memoirs on Henri V, t. II, p. 302. — 2 décembre, 1421, acte du parlement d’Angleterre par lequel il est statué, conformément à une déclaration d’Édouard III, que le titre de roi de France, en la personne du roi d’Angleterre Henri V et de ses successeurs, n’emportera aucune dépendance pour ses sujets d’Angleterre. (Champollion-Figeac, Lettres des rois et reines, etc. t. II, p. 393.) Voyez aussi Parliamentary history of England, t. II, p. 166.

  360. [610]

    Surnom historique d’Henri V [du nom de son lieu de naissance, au pays de Galles].

  361. [611]

    Gallia Christiana, t. VIII. Instrumenta, p. 389. — Monstrelet, p. 80. — P. Cochon, p. 447, 438. — Journal de Paris, p. 654. — Félibien, Preuves, t. II, 586, b. — Elmham, p. 321.

  362. [612]

    Henry born at Monmouth, shall small time reign and much get, but Henry born at Windsor shall long reign and lose all. But as God will, to be it ! Grafton’s Chronicle, p. 545. Strickland, Lives of the queens, t. III, p. 150. Etc. — Parmi les joyaux à l’usage d’Henri V et transmis à son fils par ses exécuteurs testamentaires, nous remarquons deux astrolabes, l’un d’or et l’autre d’argent. Rolls of Parliament, in-f°, t. IV, p. 219.

  363. [613]

    Carlier, Histoire du Valois, 1764, in-4°, t. II, p. 442.

  364. [614]

    Religieux, p. 450. Journal de Paris, p. 654, 655. — Elmham, p. 231. — Fenin, p. 176.

  365. [615]

    Journal. — Monstrelet, p. 82.

  366. [616]

    Auteurs cités.

  367. [617]

    Les mêmes. — On lit dans le registre du Conseil à la date du 13 mars : Ce jour, la court se leva assez tost après neuf heures (du matin) pour aler en l’église Notre-Dame-de-Paris, à la messe qui avoit esté ordonnée de dire pour les nouvelles qui avoient esté rapportées et publiées à Paris, de la prinse et entrée de Meaulz ; dont la court, mécredi XIe jour de ce mois, avoit esté certifiée par lettres closes du roi d’Angleterre. (X. X. 1480, f° 245, v°.)

  368. [618]

    Voir les plans de Meaux, gravés aux dix-septième et dix-huitième siècles.

  369. [619]

    Il faut entendre sans doute ici l’espace non fortifié de la plage où les moulins (à eau) étaient construits.

  370. [620]

    Monstrelet, p. 82, 83. — Elmham, p. 323, 325. — Religieux, p. 450. — Ursins dans Godefroy, p. 387. — Abrégé dans Jean Chartier, p. 251.

  371. [621]

    Religieux et ses copistes : Ursins ; Abrégé. — Elmham, chap. CXXV. — Tyler, Memoirs on Henri V, t. II, p. 301. Cette machine roulante s’appelait chat, elle était très ancienne. Voyez le Moyen Age et la Renaissance, in-4°, t. V ; Architecture militaire, fig. 80 et 81, et Viollet-le-Duc, Essai sur l’architecture militaire au moyen-âge à la table : chat. Un chat sur nef avait été employé en 1347 contre les Anglais au siège d’Aiguillon en Aquitaine. (Froissart.)

  372. [622]

    Elmham. — Abrégé, p. 251. — Monstrelet, p. 82, 83. — Fenin, p. 114. — Saint-Rémy, p. 459.

  373. [623]

    P. Cochon, p. 442. — Cousinot, chap. CXCI, etc.

  374. [624]

    Monstrelet, p. 91 et suiv. — Rymer, t. IV, partie IV, p. 65.

  375. [625]

    Monstrelet, ibid.Journal de Paris, p. 656. — Elmham, p. 328. — Histoire de Meaux, p. 289.

  376. [626]

    Monstrelet. — Elmham. — Journal de Paris. — J. des Ursins, p. 387, 388.

  377. [627]

    Le Religieux de Saint-Denis, p. 452. Ursins, 388.

  378. [628]

    Religieux, ibid. — Monstrelet, p. 97, 101. — Journal de Paris, 658. — Le 12 juin, la ville de Gamaches ouvrit ses portes au comte de Warwick. Monstrelet, ibid. — Fenin-Dupont, p. 302 et suiv.

  379. [629]

    Monstrelet. — Fenin, p. 177 à 182, etc.

  380. [630]

    Dom Plancher, t. IV, p. 43 à 45.

  381. [631]

    Monstrelet, p. 98 et suiv. — Lives of the Queens, t. III, p. 152. — Journal de Paris, p. 657. X. X. 1480, f° 252, v°. — Félibien, Preuves, t. II, 587, a.

  382. [632]

    Journal de Paris. — Monstrelet.

  383. [633]

    Monstrelet, p. 100.

  384. [634]

    Monstrelet, p. 100.

  385. [635]

    Journal de Paris, p. 665. — X. X. 1480, f° 253. Iceulx jeux durèrent par les deux jours dessus dits… et le troisième jour tint le d. roy d’Angleterre son conseil ou dit hostel de Nesle. Ouquel hostel, en sa compaignie estoient le duc de Bethfort, son frère, le duc d’Excester son oncle ; le comte de Richemont, breton ; le comte de la Marche (March) d’Angleterre et plusieurs autres. Et y survindrent le chancelier de France, le premier président (du Parlement), les évesques de Thérouenne (Louis de Luxembourg), de Beauvais (Pierre Cauchon), de Coustances (Nicolas Habard) ; le chancelier de Normandie, Messire Raoul le Saige et autres plusieurs. (Registre du conseil, ibidem.) — Voyez aussi Ordonnances, t. XI, p. 166.

  386. [636]

    Ordonnances, t. XI, p. 163. — Journal de Paris, p. 657. — Monstrelet, p. 101.

  387. [637]

    La chronique, très succincte, du héraut Berry est évidemment rétrospective pour cette époque.

  388. [638]

    Ordonnances des rois de France, t. XI, p. 137. — Ordonnance du régent, 6 novembre 1421 : Règlement intérieur pour le Parlement de Toulouse. (p. 139.) — 21 novembre, fortifications de la ville de Buis, en Limousin. (t. XV, p. 573.) — Janvier 1422 ; sauvegarde pour l’abbaye de Gramont. (XVI, 28.) — Même date ; permission aux consuls de Limoges d’acquérir fiefs, sans être nobles. — Le 6 mars 1422 ; lettres du dauphin qui transfèrent de Tours à Bourges la chambre des comptes. (pp. 2298.) — 25 mai 1422 : confirmation du procureur général de Dauphiné. (Ordon. XI, 164.) — Août : réunion des baronnies de Meuillon et de Montauban en Dauphiné. (Ibid. 169.) — 1422, septembre 5 ; acte de Juridiction en Poitou. (Redet, Fontenau, t. I, p. 263.)

  389. [639]

    Itinéraire. — Août et septembre 1421. Anis confit, manuchristi, sucre rosat et citron à 16 sous parisis la livre, 66 livres 8 sous. (Chartier, t. III, 320.)

  390. [640]

    Ibidem, p. 306 à 310. (Ces sommes qui paraissent exorbitantes, sont supputées en faible monnaie.)

  391. [641]

    Voyez ci-dessus au chapitre VIII.

  392. [642]

    Itinéraire. À Pierre Pictement, orphèvre demeurant à Bourges, pour avoir baillé 16 marcs d’argent doré et ouvré en manière de grandes pièces, pendans à deux chaînons, etc., sur une robe de drap noir, que Monseigneur eut, au mois de décembre 1421, pour les noces de GuillaumeRoger, 20,000 livres tournois. — Au même, la somme de 4.860 livres tournois pour 18 marcs d’argent doré et ouvré, l’une partie en manière de lozenges et petits bacins blancs, l’autre partie en Brans feuilles branlans à deux chaînons etc., assis sur un heuque etc. (mars 1422, Chartier, t. III, p. 309, 310).

  393. [643]

    Gallia Christiana, t. XIV, col. 120. — Fontanieu, Histoire de Charles VII, fol 106, 107. J. J. 188, n° 81, 82.

  394. [644]

    Fontanieu, loc. cit. Le 14 mai 1422, Cacaran, capitaine lombard, faisait montre, à Aubigny-sur-Nère en Berry, avec trente-deux écuyers et autres hommes dé sa compagnie, au service du dauphin régent. (D. Morice, Preuves, t. II, col. 1121.) — Du 1er novembre 1422, au 31 décembre 1423, la garde personnelle du roi se composait de lances lombardes, écossaises et autres. (History of Stuarts, p. 121.)

  395. [645]

    Chronique de Normandie, f° 173, v°. Monstrelet, p. 76, 80 et suiv.

  396. [646]

    Raoulet, p. 115. — Religieux, p. 458. — Ursins, p. 391.

  397. [647]

    On nommait apâtis, la rançon des villes ou places fortes, prises en guerre.

  398. [648]

    X. X. 1480, f° 250. Journal de Paris, p. 655. Cousinot, chap. CLXXXIX. P. Cochon, p. 442.

  399. [649]

    Monstrelet, p. 83 et suiv. ; 88 à 91. — Chastelain. — Saint-Rémy, Fenin. Etc., etc.

  400. [650]

    Anselme, article Charles VII.

  401. [651]

    Jean Chartier, t. III, Comptes, p. 316, 321. — Le 24 juin 1422, Charles reconnaît devoir au chapitre de Bourges, en poisson d’étangs, fourni pour sa nourriture, la somme de 2, 423 livres 16 sous parisis. Cette dette ne fut soldée par le roi qu’en 1441. (Ibid., p. 325.) — Premier édit portant aliénation : Ordonnances, t. XI, p. 141. Autre, du 16 mars 1422 : Ms. 6763, n° 24. Autre, du 31 du même mois : Ordonnances, ibid., p. 158. — Pour les tapisseries : Archives Joursanvault ; dans la bibliothèque de l’École des Chartes, 2e série, t. III, p. 136.

  402. [652]

    Sources citées. Éléonore de Souza, les Honneurs de la cour, dans Sainte-Palaye, 1759, t. II, p. 195.

  403. [653]

    Anselme. — A. Champollion-Figeac, Louis et Charles d’Orléans, etc., p. 316.

  404. [654]

    Elmham, p. 228. — Journal de Paris, p. 658. — P. Cochon, p. 445. — Monstrelet, p. 103-4. — Vers la fin de mai, la cour mande à ceux de Senlis qu’elle se dispose à se transporter dans cette ville. Les bourgeois, instruits de cet événement, lèvent une contribution de trois cents livres pour offrir aux rois et reines les présents de la ville. (Mallet et Bernier, Chronique de Senlis, p. 10.)

  405. [655]

    Commandant général de l’infanterie.

  406. [656]

    Monstrelet, ibid. — Chastelain, p. 108. — Saint-Rémy, p. 461. — Le 18 juin, par lettres royaux datées de Senlis, Charles VI donne au duc de Bedford les biens de l’un de ses meilleurs serviteurs : Bureau de la Rivière. (Ms. Fontanieu, n° 112.)

  407. [657]

    Couppaux-lès-St-Marcel, dit le Journal. La rue Copeau, qui subsiste, désigne l’emplacement de cette localité.

  408. [658]

    Monstrelet, p. 104-5. Journal de Paris, p. 653.

  409. [659]

    Les mêmes. — Chastelain, p. 105. — Saint-Rémy, p. 461. — Déjà le gouvernement anglais ne se sentait sûr nulle part. 1422 (après Pâques) : On fait à Troyes la recherche individuelle de l’opinion des habitants (Armagnacs ou Bourguignons). Ceux qui ne sont pas connus, doivent fournir des répondants. (Archives municipales de Troyes. Communiqué par l’archiviste M. Boutiot.)

  410. [660]

    Monstrelet, p. 105. — Chastelain, p. 108, 109.

  411. [661]

    La comtesse de Nevers était alors Bonne d’Artois, veuve de Philippe II, de Bourgogne, (troisième fils de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, et de Marguerite de Flandres), mort à la journée d’Azincourt. Bonne avait pour fils Charles de Bourgogne, comte mineur de Nevers, âgé de six ans.

  412. [662]

    D. Plancher, t. IV, p. 39, 54. — Ms. Doat, n° 214, p. 294. — D. Morice, Preuves de Bretagne, t. II, col. 1121.

  413. [663]

    Monstrelet, p. 106 et suiv. — Berry, p. 443. — Cousinot, p. 185.

  414. [664]

    D. Plancher, t. IV, p. 48. — Cagny, chap. LXXV. — Par lettres du 26 mars 1423, le dauphin octroya la seigneurie d’Aubigny-sur-Nère à Jean Stuart de Darnley, connétable des Écossais. (History of Stuarts, p. 303 et suiv.)

  415. [665]

    Monstrelet, p. 106 et suiv. — Elmham, p. 330. — Ce jour, 8 juillet, l’Université de Paris fist processions pour le salut du roy et prospérité du royaume et spécialement pour le salut et reconvalescence du roy d’Angleterre, qui estoit, le jour précédent, venu au giste ou Chastel du bois de Vincennes. (X. X. 1480, f° 254, v°.) — Le 12, procession générale de l’église de Paris à Sainte-Catherine du Val-des-Écoliers, pour prier Dieu pour la santé du roy nostre sire, pour la prospérité du roy d’Angleterre régent et pour la paix du royaume. Le 22, nouvelle procession à Saint-Martin des Champs, et le 20, à Notre-Dame, pour le salut et prospérité du roy et de ce royaume. (Ibid., f° 225.)

  416. [666]

    Elmham, p. 330. — Cousinot, p. 185. — Monstrelet, p. 107 et suiv. — Bibliothèque de l’École des chartes, t. VIII, p. 136, n° 3. — Fenin, p. 185. — D. Plancher, p. 57.

  417. [667]

    Elmham, p. 331. — D. Plancher, t. IV, p. 58. — Fontanieu, Ms. 112, à la date du 3 août. — Rymer, t. IV, partie IV, p. 73, à la date du 6. — Ce jour (le 3), la cour se leva à 8 heures, (du matin) pour aler aux processions générales, de l’église de Paris à l’église de Sainte-Geneviève, pour prier Dieu pour la santé du roy, pour la paix et prospérité de ce royaume et du roy régent. (X. X. 1480, f° 255, v°.) Mardy 11 et mécredy 12, y ot processions générales pour le salut et prospérité du roy et pour la paix de ce royaume et le jeudi ensuivant (le 13), retourna le roy d’Angleterre de Corbeil au giste au bois de Vincennes (Ibid., f° 256, v°). On observera que, dans ces avis, le roi d’Angleterre allègue officiellement la maladie de Charles VI, mais non la sienne.

  418. [668]

    Auteurs cités. — Berry. — Cousinot. Journal de Paris, 658. — La maison militaire du dauphin se porta jusqu’à Sancerre. Mais le jeune prince n’y fut jamais présent. — Tous les écrivains bourguignons, d’accord sur ce point avec Raoulet (p. 171), assurent que le dauphin participa de fait à cette expédition et qu’il se transporta de Bourges à Sancerre ou devant Cosne. Ces divers chroniqueurs, selon toute apparence, ont été inexactement informés. L’ost, ou maison militaire du dauphin, se porta effectivement à Sancerre ; mais le jeune prince n’y fut jamais présent. Nous avons pour garant, à cet égard, un document qui surpasse les chroniques en certitude et en précision. C’est le compte de l’écurie, dressé par un comptable qui trouvait, en général, son profit dans les dépenses inhérentes à chaque déplacement. Du mois de mars au 26 septembre 1422, le prince Charles séjourna continuellement à Bourges. Monseigneur, dit le grand écuyer, ne chevauça pas en icellui temps. (K. K. 53, f° 150.) — Itinéraire de Philippe le Bon : août 1422, 1 à 15 : d’Auxerre à Vézelay ou environs. 15, 16, 17 : Cosne. 18, Cosne, Sully-la-Tour, Vézelay. 19, Montréal, Montbar. 20 à 23, Châtillon-sur-Seine. 24, 25, Troyes. 26 à 30, Marigny, Bray-sur-Seine, Nangis, Brie-Comte-Robert : 31, Paris. (D. Plancher, t. IV, p. 57, 59.)

  419. [669]

    Près Marvejols, (Lozère). — Anselme, t. I, p. 242. C. (grande édition). — Berry, Charles VI, p. 442. — Montreuil, p. 210. — Guichenon, t. I, p. 460.

  420. [670]

    Probablement Besas, canton de Saint-Félicien, arrondissement de Tournon (Ardèche).

  421. [671]

    Berry. — Cousinot de Montreuil.

  422. [672]

    Les ruines de ce château subsistent encore, majestueusement situées sur le mont Malourou, qui domine la Loire près du bourg de Bas-en-Basset (Haute-Loire). Voyez Magasin pittoresque, 1860, p. 204.

  423. [673]

    Religieux, t. VI, p. 478. — Ursins, p. 334. — Jean Chartier, t. I, p. 15. — Cagny, chap. LXXV. — Cousinot, p. 187. — Journal de Paris, p. 658.

  424. [674]

    Religieux. — Cagny. — Jean Chartier. — Cousinot. — Cf. Raoulet, p. 171, 172.

  425. [675]

    D. Plancher, t. IV, p. 59. — Août 28 et 30, actes datés de Vincennes teste rege : Rymer, t. IV, partie IV, p. 809. — Monstrelet, p. 109 et suiv. — Fenin, p. 185.

  426. [676]

    Cette maladie paraît avoir été une dysenterie, accompagnée, de varices anales dégénérées en fistule.

    On appelait mal de saint Antoine, mal de saint Fiacre, les maladies des intestins, les affections hémorroïdales et celles de l’amas. Il était de commune renommée, qu’en 1421, lors du siège de Meaux, Henri V avait laissé piller par ses soldats l’église de Saint-Fiacre, en Brie ; lieu de pèlerinage et patron fort invoqué pour la guérison de ces maladies. (Basin, t. I, p. 41.) — D’autres allèguent que ce prince voulait transporter en Angleterre les reliques de ce même patron. (Religieux, t. VI, p. 480.) — Henri V aurait été ainsi frappé, comme profanateur, par une vengeance ou punition de saint Fiacre, (Ibid.) — Le Journal de Paris rapporte qu’en cette année 1422, la sécheresse de l’été, jointe à une chaleur excessive, détermina une épidémie. Les enfants, ajoute le rédacteur, y succombaient généralement et aussi des hommes adultes : Espécialement des Anglais, et disoit-on que le roy d’Angleterre en eut sa part. (Panthéon, p. 658.) — Pie II et plusieurs autres auteurs contemporains représentent Henri V comme atteint de dysenterie. (Commentarii, p. 154.) — J. des Ursins ajoute au flux de ventre les hémorroïdes. (p. 394.)

  427. [677]

    Chastelain, Panthéon, p. 114-5. — Ms. La Ravallière, t. LI, p. 79 et suiv. — Camusat, Promptuarium antiquitatum Trecensium, Troyes, 1610, f° 325 et suiv.

  428. [678]

    Héritier, fils.

  429. [679]

    Chastelain, p. 116.

  430. [680]

    Monstrelet, éd. d’Arcq, t. IV, p. 109. — Journal de Paris, p. 658. — Henri V avait fait son testament à Douvres les 9 et 10 mai 1421. Il était alors à la veille de descendre pour la dernière fois en France. — Rolls of Parliament, t. IV, p. 299 b.

  431. [681]

    Monstrelet, p. 110. — Elmham, p. 332.

  432. [682]

    Prisonnier d’Azincourt.

  433. [683]

    Ou Chisé ? Henri V avait admiré les talents militaires déployés par ce chevalier au siège de Meaux. Il lui offrit en vain de se rallier à sa cause. Ce chevalier (poitevin ?) préféra la captivité.

  434. [684]

    Elmham. — Monstrelet, p. 92, 94, 111.

  435. [685]

    Monstrelet, p. 111.

  436. [686]

    Dans tes mains, Seigneur, tu as racheté le terme. (Paroles liturgiques.) — Monstrelet. Elmham, p. 334. X. X. 1480, f° 257, v°. — Rymer, t. IV, partie IV, p. 80. — Tyler, Memoirs on Henri V, t. I, p. xiij.

  437. [687]

    Chastelain, p, 113. Rarus et discretus in verbe. Walsingham, p. 457.

  438. [688]

    Monstrelet, t. IV, p. 14.

  439. [689]

    Rymer, t. IV, partie III, p. 22, 51, 92, 117 et passim. — Fontanieu, Ms. 112, au 15 juillet 1422. — Lettres des Rois et Reines, t. II, p. 395. — Subjectis populis jus incorruptum dixit : plumeos lectos Anglicis interdixit… Vir certe clarus et inter reges sui temporis facile princeps. (Pii commentarii, p. 154.)

  440. [690]

    Monstrelet, ibid., p. 9, 36. — Chastelain, p. 59, 72. — Fenin-Dupont, p. 147, 156, etc.

  441. [691]

    Chronique de Cagny, chap. LXXVI. — Religieux, t. VI, p. 482. — Jean Chartier, t. I, p. 6. — Ursins. Godefroy, p. 395. Journal de Paris, p. 658.

  442. [692]

    Monstrelet, p. 112. — Chastelain, p. 113. Saint-Rémy, p. 464. P. Cochon. p. 445.

  443. [693]

    Les mêmes. — P. Cochon, p. 446. — Chronique de Normandie, f° 179, v°. Etc.

  444. [694]

    Officier d’ordonnance ou héraut.

  445. [695]

    Crois-moi, Henri V a laissé ses houseaux en France. À ce mot, (ajoute Monstrelet, p. 117), tous ceux qui étaient présents commencèrent à rire et puis parlèrent d’autre matière. Les houseaux ou guêtres d’expédition que portaient les cavaliers, étaient, dans la langue familière le signe ou l’emblème de l’activité. Avoir laissé ses houseaux signifiait avoir fini son rôle.

  446. [696]

    Voir ci-dessus. — Archives de Mâcon. — Revue des sociétés savantes, 1851, p. 707. — Histoire de Châlons-sur-Saône, p. 269. Histoire de Tournus, p. 211. — Cf. Jean Chartier, t. III, p. 292, note 2.

  447. [697]

    D. Morice, t. I, p. 487.

  448. [698]

    D. Morice. — Rymer, t. IV partie IV, p. 62, 68. — Fontanieu, vol. 112, au 26 juin 1422.

  449. [699]

    X. X. 1480, f° 255, v°. — Félibien, t. II, Preuves, p. 587, a. — Jean Chartier, t. III, p. 292. — Ms. Fontanieu, 112, à la date des 8 et 17 octobre 1422.

  450. [700]

    Cet important épisode est demeuré comme inaperçu de nos historiens modernes.

  451. [701]

    Le 15 juin 1421, un affidé anglais d’Henri V lui écrivait de Coutances : I am bred yat Pyket and bis wyf been floghen out of Aungers unto ye Rochell, for feer of ye Dolfyn ; for lie hade send to Aungers for to have arested Pyket. (J’apprends que Piquet et sa femme se sont enfuis d’Angers à La Rochelle, par crainte du dauphin ; car ce dernier a envoyé à Angers pour l’arrêter.) (Ms. Bréquigny, n° 80, f° 228.) Ce Piquet de La Haye, général des finances, était poursuivi comme ayant été cause d’une défaite navale éprouvée en 1417, auprès d’Harfleur, par la marine de Gènes, au service du dauphin.

  452. [702]

    Cousinot le chancelier, chap. CXCXV.

  453. [703]

    Itinéraire. — Amos Barbot, Histoire de La Rochelle ; Ms. S. G. fr. 1060, à la date.

  454. [704]

    Cagny. Cette maison était située à l’angle des rues Chef-de-Ville et du Coq, plus anciennement de la Verdière. (Artère.)

  455. [705]

    Cousinot, chap. CXCXVI. — Cagny, chap. LXXIV. — Louis-Étienne Arcère, Histoire de La Rochelle, t. I, p. 269. — Raynal, Histoire de Berry, t. III, p. 9, note 2.

  456. [706]

    Anselme, aux sires de Préaux et de Naillac. — Cousinot. — Cagny. — Arcère. — Monstrelet, p. 131, 132, 142.

  457. [707]

    Cagny. — Monstrelet. — Le dauphin, pendant prés de six mois, passa pour mort, même parmi ses partisans. (Monstrelet.)

  458. [708]

    Massiou, Histoire de Saintonge, t. II, 2e partie, p. 261. — Thibaudeau, Histoire de Poitou, in-8°, t. II, p. 4. Cousinot. — Despense extraordinaire faicte en l’hostel de Monseigneur le régent par plusieurs Lombards estant en son service et compagnie, au mois d’octobre en la ville de La Rochelle : 2.560 livres tournois. (Ms. s. fr. 1399, f° 2.)

  459. [709]

    Massiou. — Arcère. — Voir plus loin, livre III, chap. VII, les Anglais devant La Rochelle.

  460. [710]

    Raynal, loc. cit. — La pierre et le buste de Charles VII se conservaient encore, au dix-huitième siècle, dans l’église de Saint-Sauveur, au mont Saint-Michel. Dom Huynes, Histoire du Mont Saint-Michel, 1744 ; Ms. S. Germain français, n° 924, 3, p. 94. — Le Héricher, Histoire du mont Saint-Michel, Caen, 1848, in-fol. p. 36.

  461. [711]

    Ordonnance pour les serviteurs et officiers domestiques nobles et non nobles de l’hôtel du roi. (Ms. Fontanieu, 112 à la date.) — Godefroy, p.703.

  462. [712]

    Jean Chartier, t. III, p. 292. — Journal de Paris, p. 658. X. X. 1480, f° 259, v°. — Chronique de Normandie, f° 179. — P. Cochon, p. 446. — Camusat, Mélanges, p. 157. Etc. etc. — Les témoignages contemporains s’accordent, presque sans exception, pour fixer cette date, de la manière la plus probante, au mercredi, 21 octobre, jour des onze mille Vierges. Cependant, un acte royal et authentique, émané de Charles VII, place officiellement la mort de son père et son avènement à la couronne, au lendemain 22. (Voyez Jean Chartier, t. I, p. 3, note 1.) Dans le calendrier du moyen âge, le 21 octobre était compté, (comme aujourd’hui, pour certaines personnes, le vendredi) au nombre des jours périlleux… J’inclinerais à expliquer ainsi cette légère discordance.

  463. [713]

    Monstrelet, p. 120 et s. — Religieux, t. VI, p. 486. — Ursins, p. 395. Journal de Paris, p. 659. — Cousinot, p. 187. — K. K. 54, n° 22 et 40. — Félibien, t. Il. Preuves, p. 588, b. — Mélanges de Camusat. Etc.

  464. [714]

    La riens : la chose, res. — Journal de Paris, p. 659. — Charles le Bien-aimé : Fenin-Dupont, p. 191. — Saint-Rémy, p. 465. — Raoulet, p. 173. — On lit dans Sauval (Antiquités de Paris, t. II, p. 458), à la fin du chapitre intitulé Redevances à des gens d’Église : Enfin au prieuré de la Saulsaye près Villejuifve, on doit les sceaux d’or et d’argent cassés, avec leurs chaînes de la chancellerie, après la mort du roi. De plus, on lui doit le linge du corps et des tables du roi et de la reine, aussi bien que les mulets et chevaux de la pompe funèbre. Charles VII (c’est-à-dire Henri VI) lui paya 2,500 fr. pour les chevaux et mulets de l’enterrement de Charles VI. Voyez Ordonnances, t. XV, p. 292. — 1422 novembre 30. Assignation donnée par les dames de la Saulsaye aux officiers de l’écurie du roi et de la garde-robe ; pour qu’ils aient à délivrer auxdites dames les choses qui leur sont dues. (S. 4678, f° 42).

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