A. Vallet de Viriville  : Histoire de Charles VII (1862-1865)

Tome III : Livre VIII (1453-1461)

241Livre VIII
Depuis l’expulsion des Anglais jusqu’à la mort de Charles VII (1453-1461).

Chapitre I
Reprise des événements depuis la mort d’Agnès Sorel (1450 et années suivantes)

  • Antoinette de Maignelay.
  • Jacques Cœur.

La carrière historique de Charles VII se partage en trois périodes aisément distinctes. La première s’étend depuis l’entrée de ce prince sur la scène de l’histoire jusqu’au traité d’Arras (1435). Cette période de minorité pour le roi est marquée d’une tache qui reste fixée à son nom : le supplice et l’abandon de la Pucelle. Toutefois, quelle que soit la part de responsabilité qui retombe nécessairement, dans ce déplorable abandon, sur Charles VII lui-même, on a vu le roi de France reconnaître peu à peu ce tort immense et s’étudier, quoique tardivement, à le réparer. La seconde époque, la plus belle sans contredit et la plus brillante, va de 1436 à 1450. La troisième, qui se termine avec la vie de ce personnage, est celle que nous avons maintenant à retracer. Une grande faute, une seconde tache ineffaçable, souille cette dernière phase (comme il en est de la première) aux yeux de la postérité : c’est la condamnation de Jacques Cœur.

Donc, après la mort d’Agnès Sorel, un nouveau changement 242s’opère dans le caractère moral de Charles VII.

En 1445, la dauphine avait parmi ses filles d’honneur Marguerite de Villequier. Par des motifs qui ne nous sont pas explicitement connus, Agnès Sorel, de concert avec la reine et la dauphine, improuvait, à ce qu’il semble, l’influence que cette demoiselle exerçait auprès de la princesse. Agnès, dit-on, voulait écarter Marguerite et mettre à sa place Prigente de Melun. L’année suivante ou deux ans plus tard, Marguerite, après la mort de la dauphine, était passée au service de la reine et jouissait de quelque faveur auprès du roi. Le 4 mai 1447, André de Villequier, écuyer, reçut en don du roi la somme de 156 livres 15 sous tournois, sur les aides de Languedoc pour faire faire des robes à ses deux sœurs Marguerite et Antoinette de Villequier2169.

À elle seule, Marguerite, soit en participation de cette libéralité, soit en vertu d’une autre allocation, donna quittance, le 6 décembre suivant, de 137 livres 2 sous tournois pour don fait à elle par le roi sur le même aide voté, à Montpellier, en avril 1446. Marguerite, disons-nous, exerçait alors à la cour un certain crédit. Car, au mois d’octobre 1448, René d’Anjou, courtisan émérite et solliciteur perpétuel, se trouvait à Tours auprès du roi de France : avant de prendre congé de ce prince, il offrit, à son tour, à Marguerite de Villequier un présent analogue. Peu de temps après, Marguerite épousa Antoine d’Aubusson, seigneur de Monteil, chambellan, conseiller du roi et son bailli de Touraine. 243Antoinette ou Toinine, sa sœur, comme on l’appelait, fut mariée à Jean de Lévis, seigneur de Vauvert et comte de Villars, autre familier du roi. Depuis lors, ces deux dames prirent une part croissante à l’intimité de Charles VII. Toutes deux figurent constamment, ainsi que leurs maris, dans les comptes qui nous sont restés des dépenses royales2170.

Une autre dame, vers le même temps et toujours du vivant d’Agnès, ne tarda pas à exercer sur l’esprit du roi un ascendant plus notable encore. Antoinette de Maignelay, c’est d’elle que nous voulons parler, était née vers 1420, de Jean II de Maignelay, dit Tristan, capitaine de Creil et de Gournay-sur-Aronde, et de Marie de Jouy. Catherine de Maignelay, sœur de ce capitaine, fut mère d’Agnès Sorel. La position de cette dernière offrit à sa cousine Antoinette l’occasion toute naturelle de paraître sous les yeux du roi. Plus jeune que sa parente et non moins belle, Antoinette en profita, tout porte à le croire, pour se faire aimer de Charles VII et pour supplanter son introductrice2171.

244Raoul de Maignelay, père de Jean, avait eu de grands procès contre Louis II, duc de Bourbon, qui s’était fait adjuger la terre de Maignelay, en 1398. Au mois d’août 1449, alors qu’Agnès Sorel jouissait de sa pleine faveur, Charles VII retira la seigneurie de Maignelay des mains de Charles, duc de Bourbon, et la rendit, non pas à Jean de Maignelay, titulaire nominal de cette terre, mais à Antoinette2172.

André de Villequier, mentionné ci-dessus, appartenait à une famille normande et d’ancienne chevalerie. Jeune encore, il servait le roi depuis son enfance et avait contribué militairement au recouvrement de la Normandie. En 1433, André s’était entremis à l’enlèvement de La Trémoille, et l’avait blessé dans la lutte. Au mois de juin 1449, il siégeait aux Roches-Tranchelion parmi les membres du grand conseil2173. Lorsque Saint-Sauveur-le-Vicomte rentra sous la domination française, le roi vint y prendre son gîte, et par lettres datées du 7 juillet 1450, il fit don de cette même seigneurie (Saint-Sauveur) à l’écuyer normand, pour le récompenser de ses services militaires. André de Villequier entra subitement auprès du roi, dès cette époque, 245dans une faveur extraordinaire et dans une intimité qui surprirent ses contemporains2174.

Le 29 juillet 1450, André de Villequier fut nommé capitaine et gouverneur royal des port et pays de La Rochelle, poste militaire et politique de premier ordre, dans lequel il remplaça immédiatement Prigent de Coëtivy, amiral de France. Par lettres du mois d’août suivant, Charles VII unit à la vicomté de Saint-Sauveur la baronnie de Néhou et divers biens, au profit du même donataire2175.

Nicol Chamber, capitaine de la garde écossaise et confident de Charles VII, avait acquis pour le roi comme prête-nom, eh, 1448, les vicomté, manoir et terre de la Guerche en Touraine, qui devait servir à ce prince de maison de plaisance. Le 19 octobre 1450, cet Écossais, par ordre du roi, vendit la Guerche à Villequier pour un prix moindre que celui de L’acquisition. Trois jours après, le 22, André de Villequier reçut en don les îles et dépendances d’Oléron, Marennes, la tour de Brou, etc., sises en Saintonge et dans le pays d’Aunis, qui avaient été confisquées sur le sire de Pons. André recueillit ainsi les dépouilles de Jacques de Pons, son ennemi, qui ne lui avait point pardonné la blessure portée, en 1433, 246par André, à La Trémoille, oncle de Jacques. Villequier, dès cette époque, eut deux mille livres de pension, le titre de premier chambellan, la moitié des aides du roi aux îles d’Oléron, Marennes, etc. ; fut capitaine de Château-Gaillard en Normandie, de Rochefort-sur-Charente en Saintonge, membre du grand conseil, etc.2176

Tous ces dons et faveurs lui furent accordés, suivant, les termes d’un acte authentique, considérant que André de Villequier, ce sont les termes du diplôme royal, à notre requête et pour nous complaire, a pris par mariage nostre très chère et bien amée Antoinette de Maignelay, damoiselle. Le mariage d’Antoinette et d’André eut lieu, en effet, sous les yeux du roi, vers la fin du mois d’octobre 1450. Antoinette, alors, était déjà la maîtresse avérée du souverain. De son côté, elle fut, à partir de cette époque et depuis, comblée de biens et de faveurs incessantes, ainsi que son mari. Entre autres dépouilles d’Agnès Sorel, le roi, peu après le mariage d’Antoinette, par lettres du 12 novembre suivant, lui donna les place, château, ville et seigneurie d’Issoudun. Agnès, dont la mémoire est demeurée en butte aux sévérités de certains historiens, conserva du moins le célibat et ne viola pas, de sa part, le serment conjugal. Antoinette de Maignelay (dont Georges Chastelain et tant 247d’autres parlent sans aucune indignation), se maria pour devenir la favorite en titre du roi. Charles VII érigea, pour ainsi dire, le scandale public de cette liaison sur un double adultère. Antoinette avilit encore le rôle qu’elle accepta, en descendant à l’emploi de proxénète ; et plus tard elle se réserva seulement, comme les Pompadour et les du Barry, la surintendance des débauches royales. L’emploi qu’elle fit de sa faveur se consuma en de basses et viles intrigues, au grand préjudice des affaires publiques et de Charles VII, qui ajouta, par sa vieillesse licencieuse, au déshonneur de ses jeunes années2177.

Dans la période précédente, on a vu Charles VII se, distinguer, par sa bravoure individuelle, aux sièges de Montereau, de Pontoise et d’Harfleur. Aux entrées solennelles qu’il fit dans les villes de Paris et de Rouen, il s’était mis en contact immédiat avec les populations. Cet abandon généreux de sa personne, cet amour de la gloire semblent indiquer en lui, durant cette période, la présence d’un génie familier, qui lui communiquait un tel enthousiasme. Après la mort d’Agnès Sorel, cette 248inspiration ne se fait plus sentir. La double expédition du Midi ne lui fournit pas une seule occasion de se montrer avec cet éclat, avec ce prestige du passé. Le roi, aussitôt que la campagne de Normandie fut terminée, déposa les armes : il ne les reprit qu’avec une répugnance visible ; répugnance qui avait caractérisé sa jeunesse. Dès lors, il se retira de la scène publique, passant, de manoir en manoir, une vie voluptueuse et cachée.

Nous le trouvons à Maillé, chez le grand maître d’hôtel de la reine ; à Montbazon et à la Rochefoucauld, chez Aymar de La Rochefoucauld ; à Montrichard, chez le comte de Tancarville ; à Chissé, chez le trésorier Pierre Bérard ; aux Boches Saint-Quentin, chez Jean Dupuy, mari d’Éléonore de Paul, tous familiers ou confidents du roi ; à la Guerche, chez Antoinette de Maignelay-Villequier ; à Taillebourg enfin, etc., auprès de ses enfants naturels2178.

Il suivit la même conduite en 1453, recherchant pour demeure des lieux obscurs et presque inaccessibles. Là, il vivait au sein de la mollesse et du sybaritisme, au milieu d’un groupe trié de princes, de favoris, de complaisants et de courtisanes. Quelques actes de dévotion 249et les soins indispensables de la politique interrompaient seuls les plaisirs secrets de cette existence orientale2179.

Après une longue adversité, Charles VII avait conquis les faveurs de la fortune : il sut désormais la retenir et la fixer. Ses entreprises politiques, conduites en général avec la même intelligence et la même sagesse, furent, jusqu’aux derniers chagrins de sa vie, couronnées du même succès. Les talents variés, les aptitudes remarquables des Dunois, des Xaintrailles, des frères Bureau, des Cousinot de Montreuil, des Le Boursier d’Esternay, etc., etc., continuèrent à lui valoir le titre, si mérité, de Charles le Bien Servi. Mais le caractère moral du roi, à partir, de cette troisième époque, présente de nouveau les signes visibles de l’affaissement et de la décadence. De 1443 à 1450, Pierre de Brézé avait été l’âme du conseil royal et le bras actif du gouvernement. Après la mort d’Agnès, il demeura en Normandie, ainsi que le connétable de Richemont. Tous deux, absorbés par une œuvre de dévouement sans gloire ou du moins 250sans éclat, furent dorénavant relégués au second rang. Pierre de Brézé ne suivit pas le roi et n’eut point de commandement en Guyenne. Au conseil, il fut remplacé par de nouvelles créatures. André de Villequier, Louis de Bohême ou Bohaing dit de la Rochette, parent des Maignelay et marié à Jeanne de Villequier ; Antoine d’Aubusson, Jean de Lévis ; Guillaume Confier, Jean de Bueil, Antoine de Chabannes, etc., courtisans assidus, mais, généralement, médiocres et serviles, se partagèrent le crédit et l’autorité2180.

Telles furent les influences qui entouraient Charles VII lorsqu’eut lieu la catastrophe de Jacques Cœur.

Jacques Cœur (Cuer, dans la langue du quinzième siècle) était né à Bourbes, vers 1595, d’un riche pelletier de Saint-Pourçain, nommé Pierre Cœur. La fortune de ce dernier fut réputée la plus grande de son temps parmi les marchands de pelleterie ses confrères, et dut faciliter les commencements de Jacques. Vis-à-vis de la maison de Pierre Cœur demeurait, à Bourges, un valet de chambre du duc Jean, devenu prévôt de la ville. Ce 251voisin, appelé Lambert de Léodepart ou de Lodderpap, avait pour femme Jeanne Roussard, fille du maître de la monnaie de Bourges. Vers 1418, Jacques Cœur, à son tour, épousa Macée, fille de ce Lambert2181.

À la même époque, c’est-à-dire en 1420 ou environ, Ravant Ledanois2182, marchand, se fixa en Berry. Attaché à la cause nationale et voyant les Anglais envahir le royaume, Ravant quitta la Normandie, où il était richement établi, et vint, lui et les siens, offrir ses services au roi de Bourges. Là, il s’entremit du fait des monnoies, fut le patron de Jacques Cœur et devint, selon toute apparence, le parrain de Ravant Cœur, l’un des enfants de Jacques. Dans ce temps, les marchands de Bourges, dont le commerce s’étendait jusqu’aux ports de la Méditerranée ainsi qu’à l’extérieur, rendirent au prétendant obéré de signalés services. C’étaient eux qui pourvoyaient à l’approvisionnement et à l’entretien de la maison de Charles VII et de Marie d’Anjou. Une grande partie au moins de ces fournitures étaient gratuites. Les marchands obtenaient à ce prix les sûretés, 252patentes et privilèges qui leur étaient nécessaires pour exercer leur négoce2183.

En 1427, Ravant Ledanois s’associa Jacques Cœur et Pierre Godart, de Bourges, pour l’exploitation de la monnaie royale. La situation de ces fonctionnaires était alors particulièrement difficile et périlleuse. La détresse du gouvernement le déterminait à exiger de ses fermiers des monnaies non seulement une production précipitée, nais des avances continuelles. En 1425 ou 1426, des commissaires royaux visitèrent les hôtels des monnaies et imposèrent aux gardes et maîtres des emprunts forcés. Plusieurs de ces agents se virent complètement ruinés par ces exactions administratives. L’affaiblissement des espèces était un expédient dont la royauté elle-même donnait le triste exemple depuis Philippe le Bel, et qu’elle prescrivait par des ordonnances secrètes. Ravant Ledanois et ses compagnons, afin de se récupérer de leurs pertes, fabriquèrent des monnaies courtes de poids. Jacques Cœur, pour sa part, y fit, dit-on, un lucre de 120 à 140 écus2184.

D’un autre côté, cette altération des monnaies était, de la part des contribuables, l’objet des réclamations les plus légitimes. Sur les plaintes, déjà réitérées, que firent entendre de nouveau les états généraux de 1428, des commissaires furent nommés pour la réformation des monnaies. L’infraction que les monnayeurs de Bourges avaient commise, relativement aux ordonnances 253publiques, attira l’attention de ces commissaires, et Ravant Ledanois, ainsi que ses associés, en furent déclarés coupables. Cependant il est difficile d’imputer cette irrégularité, ou ce manquement regrettable, au mobile abject et vulgaire de la simple cupidité. Car, au moment même ou les prévenus subissaient cet échec, Ravant, le principal accusé, poursuivait sa carrière de dévoilement patriotique et servait, lui marchand, à la campagne du sacre, avec dix ou douze combattants équipés à ses frais. Quant à Jacques Cœur, personnage secondaire dans cette action, son caractère moral se dessinera bientôt de manière à éclairer le lecteur sur le jugement que doit susciter ce présent épisode. Quoi qu’il en soit, l’affaire se termina par des lettres de rémission, qui furent accordées aux délinquants, le 6 décembre, 1429, moyennant une amende ou réparation de mille livres2185.

Jacques Cœur forma une seconde association avec Pierre Godart et Barthélemy ou Barthomier Godart, frère de Pierre. Ils entreprirent à profit commun les fournitures de la cour, fournitures dont nous avons parlé ci-dessus. La nouvelle société dura jusqu’en 1439, époque où elle fut dissoute, puis liquidée, par suite du décès, advenu à cette époque, des deux frères Godart. Mais dans cet intervalle, de 1430 à 1439, Jacques Cœur aborda seul, ou du moins spontanément, un ordre tout nouveau d’opérations commerciales et dont les résultats 254devaient atteindre à une bien autre importance2186.

Pendant le cours entier du moyen âge, le commerce de la France avec le Levant s’était effectué par quatre ports principaux de la Méditerranée, savoir : Narbonne, Montpellier ou Lattes, Aigues-Mortes et Marseille. En 1430, ces places commerciales se trouvaient en pleine décadence et presque ruinées. Saint Louis, pour communiquer avec l’Orient, et dans des vues plus religieuses encore que politiques, avait créé à Aigues-Mortes un port en quelque sorte artificiel, et abstraction faite des convenances générales, naturelles ou géographiques2187. Il l’avait doté d’un monopole exorbitant, celui du transit de tous les navires de commerce qui passaient en vue d’Aigues-Mortes. Des causes naturelles : alluvions, ensablement, etc., jointes à la guerre civile et à l’invasion des Anglais, avaient amené l’anéantissement presque total des trois premiers de ces ports. Quant à Marseille, en partageant la ruine et les désastres de la maison d’Anjou, elle s’était vue entraînée vers une situation analogue2188.

Aux quatorzième et quinzième siècles, ces circonstances 255eurent pour résultat final de livrer le commerce du Levant à Venise et aux Italiens. On n’ignore pas le rôle que les Lombards ont joué chez nous durant cette période, ni la trace désastreuse qu’ils ont laissée dans nos annales. Pour ne citer que ce récent exemple, au plus fort de la querelle entre Armagnacs et Bourguignons, un Dino Rapondi, marchand de Lucques, figurait parmi les auxiliaires de Jean sans Peur. Fournisseur et créancier du roi et des princes, ses hôtels, ses richesses, à Montpellier ainsi qu’à Paris (et à Bruges), éclipsaient la fortune de tous les marchands du royaume. Dino Rapondi pesa d’un poids considérable sur les discordes civiles de la France ; il contribua de son puissant appui au meurtre de la rue Barbette ; or, ce crime devait être le principe de tous les malheurs qui, par suite, ensanglantèrent cette époque2189.

C’était donc une conception de génie que d’affranchir commercialement la France, alors tributaire des étrangers, et de rendre à son activité cette source immense de richesse et de prospérité. Voilà ce que fit Jacques Cœur, à l’époque même où la Pucelle prêtait à la monarchie, le secours merveilleux de son inspiration et de son dévouement, pour disputer militairement son trône aux Anglais. En 1433 (n. s.), Jacques Cœur se trouvait à Damas, prêt à s’embarquer à Beyrouth sur la galère de Narbonne, et à remporter en France les marchandises orientales qui composaient sa cargaison. Tel fut sans doute le début de cette série d’entreprises commerciales 256auxquelles le hardi marchand devait bientôt donner un développement si considérable2190.

Les premiers pas de Jacques Cœur, au retour de ce voyage d’essai ou d’exploration, les actes par lesquels il organisa réellement sa grande fortune, sont demeurés précisément les points les plus obscurs de sa carrière. Jacques Cœur semble avoir repris ou continué à Bourges la direction de la monnaie royale, sous la gérance nominale de Ravant Ledanois, jusqu’à ce que Jacques fut préposé comme chef à l’atelier de Paris, lorsque cette ville rentra sous l’autorité du roi de France2191.

En 1436, Jacques Cœur était placé sous les ordres des membres de la chambre des comptes séant à Bourges. Il fut alors envoyé par Jean Beloysel, maître des comptes et maître de la chambre aux deniers du roi et de la reine, à Montpellier et à Pézenas, pour toucher une délégation de mille moutons d’or, faite au nom de la reine sur ses comptables de Languedoc. Le 16 octobre 1438, une ordonnance du surintendant, Guillaume de Champeaux, prescrit de payer à Jacques Cœur, commis au fait de l’argenterie, la somme de 1,400 livres, pour partie de celle de 4,000 livres à lui ordonnée par le roi pour employer au fait de ladite argenterie. Ainsi Jacques Cœur, 257à cette dernière date, n’était encore que commis à cette fonction, dont il ne tarda pas à devenir le titulaire2192.

La charge d’argentier, créée vers la fin du treizième siècle, correspondait à celle que nous avons connue, dans les temps modernes, sous le titre d’intendant général de la liste civile. L’argentier recevait en compte du Trésor une somme affectée aux dépenses et fournitures journalières du roi, de sa famille et de sa cour. Il devait, en outre, tenir provision et magasin d’étoffes, meubles, bijoux, denrées de toute espèce, marchandises ou matières premières en nature ou manufacturées, qui pouvaient être nécessaires à cette consommation quotidienne. On a vu que Jacques Cœur, dès le principe, remplit les fonctions de cette charge avec ses coassociés de Bourges. Il fut ensuite commis à cet emploi, lequel emploi (probablement) ne fut point officiellement rempli durant la première partie du règne. Il en obtint enfin le titre, lorsque lui-même eut contribué, par ses richesses et ses services, à la restauration financière du, roi et du royaume2193.

Charles VII, par lettres du 5 mai 1437, voulut récompenser les bourgeois de Bourges, qui l’avaient assisté de 258toutes manières en des temps difficiles. Ces lettres, données à Pézenas, près Montpellier, accordaient à ces habitants les mêmes privilèges que les rois avaient concédés à plusieurs reprises aux Parisiens, et qui mettaient ces derniers sur le pied des nobles. Ces lettres de 1437 autorisaient les impétrants à pouvoir acquérir et tenir des fiefs nobles, sans payer la taxe dite des nouveaux acquêts. Il est raisonnable de penser que les services particuliers de Jacques Cœur, si ce n’est son influence personnelle, ne furent point étrangers à la promulgation de cet édit, qui, dans tous les cas, lui était individuellement applicable. Cependant, le riche argentier du roi, né roturier, n’eût point été sans doute admis à recueillir le bénéfice de ce privilège dans une autre province que le Berry. La charge de cour qu’il remplissait, les rapports de personnes qu’il y entretenait, son accès auprès du roi, et enfin sa haute position, rendaient convenable ou nécessaire qu’il reçût authentiquement le titre de noble. Des lettres, données à Laon, par Charles VII, en avril 1441, lui octroyèrent, en considération de ses mérites et services par lui rendus tant en sa charge d’argentier que autrement, les privilèges de la noblesse pour lui, sa femme et leur postérité2194.

Nous touchons ici à la période la plus brillante de notre héros. Jacques Cœur, personnage officiel et politique, fut désormais employé par le roi, ou s’employa 259lui-même pour le bien de l’État, dans les plus hautes affaires et les plus variées.

Le 13 octobre 1442, Charles VII institua Jacques Cœur son commissaire auprès des trois états de Languedoc, convoqués à l’effet d’aider le roi dans sa campagne de Tartas. Depuis lors et jusqu’à sa disgrâce, il remplit d’année en année le même office au sein de cette assemblée périodique. L’année suivante, de concert avec l’archevêque de Vienne, autre commissaire royal, il prépara l’ordonnance rendue au mois de juillet 1443, en faveur de la draperie, principale industrie de Bourges. Dès 1444, au plus tard, il eut la haute inspection des greniers à sel du Languedoc2195 et la haute main sur toute l’administration financière de cette province. La même année, il obtint à ferme du roi, moyennant deux cents livres par an, le bail de diverses mines d’argent, de cuivre et de plomb, sises en Lyonnais et en Beaujolais2196.

Au mois de juin 1444, Jacques Cœur, assisté de Pierre du Moulin, archevêque de Toulouse, et de Jean d’Étampes, natif de Bourges, l’un de ses compatriotes et protégés, installait à Toulouse le nouveau parlement du 260Languedoc. Une lettre du magistrat de Barcelone est adressée à Jacques Cœur, trésorier du roi de France, le 15 septembre 1444, et lui demande que la nation française, à Palerme, élise un Catalan pour consul de France en Sicile. En 1445, une galère portant le pavillon royal avait été capturée par les Génois dans la rade d’Aigues-Mortes. Le roi demanda et obtint réparation. Ce fut Jacques Cœur qui négocia cette affaire et qui fit enregistrer au parlement de Toulouse le traité de capitulation intervenu entre les parties2197.

Arbitre commis par le roi, en 1445, entre Mathieu de Foix, comte de Comminges, et les états de ce pays, Jacques Cœur était l’homme de confiance accrédité par tout le Midi, auprès du roi, pour solliciter les affaires locales. Il était l’homme de confiance, non moins accrédité de la part du roi, auprès des populations ; car il excellait à obtenir des contribuables les impositions répétées que le fisc exigeait d’eux. En 1446, nous le trouvons membre du grand conseil : son nom reparaît dans les registres de la chancellerie, à la suite d’une multitude d’actes ou de délibérations concernant surtout le commerce, les monnaies, l’industrie et les finances. On n’ignore pas le rôle historique et si distingué qu’il remplit de 1446 à 1450, tant à Gênes et à Rome que dans la campagne de Normandie2198.

261Jacques Cœur, durant cet intervalle, n’avait cessé de développer ses entreprises de négoce. Il atteignit avec un plein succès le but grandiose que nous avons précédemment exposé. De nombreux navires et trois cents facteurs, établis dans tous les ports du monde commercial, ou montés sur ses galères, portaient ses marchandises et les produits de la France en Angleterre, en Flandre, en Espagne, en Afrique et en Asie. Jacques Cœur fit flotter le pavillon de Charles VII sur les mers les plus lointaines que pût explorer la marine du quinzième siècle, et fonda les relations diplomatiques de la France en Orient. Il avait des comptoirs et possédait plusieurs maisons à Bourges, à Chinon, à Paris, Lyon, Marseille, etc. Mais il choisit Montpellier pour le principal siège de ses opérations, et le Languedoc fut redevable à l’entreprenant armateur de voir refleurir son commerce et renaître l’antique splendeur de sa marine2199.

Jean de Village, l’un de ses auxiliaires les plus distingués, avait 262épousé sa nièce, Perrette Cœur. En 1447, Jean de Village se rendit au Caire à bord des galères de son maître et fut reçu comme ambassadeur de Jacques Cœur. Il remit au sultan les lettres de créance signées de Charles VII et le présent diplomatique du roi de France. Jacques Cœur, par la droiture et la fermeté de sa conduite commerciale, avait relevé le négoce européen ; il releva aussi l’attitude morale des Francs, qui vivaient en Orient accablés d’avanies. Abou-Saïd-Djacmac-el-Daher, sultan d’Égypte, accueillit le présent et l’ambassadeur. Jean de Village revint en France, apportant au roi, suivant l’usage, le présent et le firman du calife. Le firman couvrait de sa protection dans tout le califat les marchands français, et les admettait au rang des nations les plus favorisées. Le présent comprenait du baume fin de la sainte vigne, un léopard, un service de table en porcelaine de Chine richement décoré, du gingembre, des amandes, du poivre vert, du sucre, des confitures orientales, etc.2200

En 1447, Jacques Cœur était capitaine, pour le roi, de la ville et place de Saint-Pourçain (où avait habité 263son père). Il se montra homme de guerre aussi résolu qu’habile diplomate dans le ravitaillement de Finale. Notre financier, il est vrai, s’employait à tous les services et recevait de toutes mains. Il thésaurisait. Tout lui était occasion de lucre, et il n’en négligeait aucune. De même que Pierre de Brézé, son collègue et ami, s’enivrait des attributs de l’autorité, de même Jacques Cœur avait l’ambition de l’or, cet emblème réel de la puissance. Mais il n’accumulait ce signe d’échange que pour en tirer de nobles et féconds résultats. Il avait en tout le génie des grandes choses et savait ouvrir avec prodigalité ces mains qui semblaient fermées par l’épargne. Jacques de Lalaing, revenant de la cour d’Aragon, rencontra, en 1448, près de Montpellier, l’argentier du roi. Celui-ci fit honneur au paladin avec la courtoisie d’un prince et avec une libéralité plus que princière. L’ambassade du roi de France à Rome, en passant par Lyon vers le même temps, éprouva aussi son opulente hospitalité. On peut voir enfin, dans les chroniques du temps, la magnificence avec laquelle il représenta la France ou le royaume, lorsque après avoir mis fin au schisme pontifical, il fut reçu par Nicolas V dans la capitale de la chrétienté2201.

Jacques Cœur fut de ceux qui, par leurs exhortations, déterminèrent Charles VII à entreprendre l’heureuse 264campagne de Normandie. Avant cette expédition, le roi et son argentier se trouvaient une fois en ung lieu secret, où n’avoit que le roy et lui, où ils besoignoient de choses plaisantes au roy ; ou quel lieu ledit Jacques dit au rov : Sire, sous ombre de vous, je connois que j’ay de grans proufis et honneurs, et mesme en pays des infidèles, car, pour votre honneur, le souldan a donné sauf-conduit à mes gallées et facteurs… Sire, ce que j’ai est vôtre. Et à cette heure le roi lui fit requête de lui prêter argent pour entrer en Normandie ; à laquelle requeste accorda prêter au roi deux cent mille écus, ce qu’il fit2202.

Les autres historiens constatent la part active et considérable qu’il apporta de sa personne, de son aide pécuniaire et de ses conseils, à l’expédition. Ils reconnaissent en dernier lieu que, sans cette aide, l’armée se fût débandée et que la conquête n’eût pu s’effectuer. Or, d’après les documents qui nous sont restés, on ne voit 265pas que Jacques Cœur ait été remboursé de la totalité de ses avances2203.

Cependant Jacques Cœur était arrivé au comble de la richesse et de la faveur. Le 5 septembre 1450, Jean Cœur, fils de Jacques, faisait son entrée solennelle dans sa ville métropolitaine, comme archevêque de Bourges. Il était à peine âgé de vingt-six ans, et devait cette haute position au crédit de son père. Les quatre premiers barons du Berry ou de la Crosse portaient le fils du marchand, placé, suivant l’usage, dans sa sedia gestatoria, entouré des évêques de Carcassonne, de Nevers et d’Agde, qui devaient également leur siège au tout-puissant conseiller. Déjà son propre frère, Nicolas Cœur, était depuis six ans évêque de Luçon.

Les plus hauts seigneurs et les princes même faisaient la cour à Jacques Cœur et lui offraient des présents pour conserver son amitié. Pendant une année encore il demeura fixé sur ce point culminant. Mais, suivant une métaphore qui était alors particulièrement goûtée, la roue de la Fortune, qui l’avait amené à ce point, devait incessamment le précipiter pour l’écraser.

Le 26 juillet 1451, Jacques Cœur signait de sa main 266la quittance d’une nouvelle gratification que le roi venait de lui accorder. Cinq jours après, au même lieu (le château de Taillebourg), par ordre du roi et par les mains d’Olivier de Coëtivy, seigneur de Taillebourg et sénéchal de Guyenne, Jacques Cœur était arrêté2204 !

Charles VII avait pris possession de Bordeaux par commissaires, le 30 juin 1451. Ainsi le succès de la campagne était désormais assuré. Depuis la mort d’Agnès, le crédit de l’argentier avait évidemment diminué, ou du moins il était sourdement inquiété. Jacques Cœur, durant la campagne de Guyenne, se montre dans le cénacle des courtisans, mais non sur le théâtre actif de l’expédition, comme il avait fait en Normandie. Cependant son zèle patriotique ne s’était point refroidi. Nous 267croyons pouvoir rapporter à cette entreprise militaire de 1451 la fourniture de certains harnois et autres choses, qu’il avait fait venir d’Espagne, et qui lui étaient dus lors de son emprisonnement. Peu avant cette arrestation, dans les derniers jours de juillet 1451, il écrivait à sa lemme et à ses amis de Bourges que son fait étoit aussi bon, et que lui (Jacques Cœur) étoit aussi bien envers le roy, que il avoit jamais été, quelque chose qu’on en dît. Signe évident et des dangers qui le menaçaient et de la sécurité trompeuse dont il cherchait à se bercer2205 !

Un autre fait, qui n’est point sans rapport avec la disgrâce de Jacques, avait eu lieu peu de temps auparavant.

Jean Barillet, autrement de Sancoins ou Xaincoins (en Berry), résidence de sa famille, était le compatriote de Jacques Cœur. Simple secrétaire du roi en 1454, il devint successivement receveur général en Languedoc et Languedoïl (1439), commis à l’administration des finances de la reine (1445), trésorier général et conseiller du roi sur le fait et gouvernement de toutes ses finances (1449), membre du grand conseil (1448 et années suivantes). Sancoins, dans ces charges importantes, s’était acquis de grandes richesses. Vainqueur de la Normandie, Charles VII avait épuisé les ressources du trésor, tellement, que le roy à son grant besoing ne pouvoit finer 268d’argent pour payer les souldoyers au fait de la guerre de son pays de Guyenne ; mais lui convint trouver aultres moyens merveilleux pour avoir finances2206.

Jean de Sancoins (comme l’avait été Mariette) fut accusé de malversation et de faux, ou altération d’actes publics, ainsi que Jacques Charrier, son principal clerc. Les poursuites commencèrent le 1er juillet 1450, et se terminèrent le 9 juin 1451. Elles embrassèrent également Martin Roux2207, Pierre Godeau (de Tours ?) et le sire de Pressigny. Des relations officielles et d’amitié unissaient les familles Cœur et Sancoins. Le sire de Pressigny était marié à Françoise de Brézé, sœur de Pierre. Or, Pressigny et Brézé avaient été précédemment les arbitres du conseil royal. Quant à Jacques Cœur, il vécut toujours avec ces deux ministres en harmonie de vues, 269de conduite, et dans les termes d’une affectueuse familiarité. Jean de Sancoins fut arrêté à Tours le 16 octobre 1450, et emprisonné dans cette ville2208.

Il confessa, dit-on, les crimes qui lui étaient imputés. Mais nous n’avons pour garant de cette assertion que le témoignage complaisant et sans preuve de Jean Chartier. D’autre part, une présomption bien grave, en faveur du prévenu, résulte de ce seul fait, que Sancoins fut soustrait à la justice naturelle et jugé par des commissaires : caractère habituel de ces iniques et fréquentes exécutions politiques. Quoi qu’il en soit, Jean de Sancoins s’entendit condamner, par la bouche du chancelier de France, à tenir prison fermée certain espace de temps, avec confiscation de toits ses biens.

Soixante mille écus furent attribués au roi comme restitution. Sur les autres biens du condamné, Charles VII fit don au comte de Dunois, qui entrait en campagne, du magnifique hôtel ou palais que Sancoins possédait à Tours. Guillaume Gouffier obtint des mêmes dépouilles les terres d’Oison en Poitou, de Rochefort, du Rougnon, de la Chaussée, de Champagné-le-Sec et de Sonnay, près Chinon. Le fief de Sainte-Maure et une autre 270seigneurie échurent à Jean Fradet, de Bourges. Jean de Bueil, amiral, débiteur de Sancoins et beau-frère de Gouffier, se trouva délié de ses obligations et nanti d’une terre en Anjou2209.

Il y a, dans nos annales, une histoire qui n’a point été écrite jusqu’ici comme elle mériterait de l’être : c’est celle de l’impôt. L’arbitraire, qui, chez nous, présida si longtemps à la fixation et à l’assiette des contributions publiques, le mode si imparfait de perception usité jusqu’en 1789, ont suscité, durant tout le moyen âge, de la part des populations, une aversion générale et caractérisée contre le monde des traitants, maltôtiers et gens de finances. L’histoire des impôts se signale par une suite de douleurs privées et publiques, de désastres, de révoltes mal comprimées. Souvent la colère accumulée de la multitude se faisait jour tout à coup. Cette soif de vengeance, alors, combinée avec la passion de l’envie, s’en prenait, pour ainsi dire, au premier venu, sous prétexte de sa position comme financier, de sa richesse, pour en faire le bouc émissaire et la victime expiatoire de ces haines exaspérées. Enguerrand de Marigny, Jean de Montaigu, Semblançay, Fouquet, John Law2210 271enfin, et beaucoup d’autres, marquent, de siècle en siècle, cette longue série d’infortunes plus ou moins imméritées, de chutes éclatantes, d’épisodes lugubres et plus d’une fois sanglants2211.

Les ennemis de Jacques Cœur paraissent à leur tour avoir exploité cette prévention séculaire, afin de se procurer, même dans l’opinion publique, une sorte d’appui factice et de complicité.

Jacques Cœur avait voulu se faire construire, au sein de sa ville natale, une demeure qui fût en rapport avec sa fortune. Dans ce but, il acquit, en 1443, un terrain qui touchait aux murs de la ville. Deux tours féodales qui, par leur construction primitive, remontaient au temps des Romains, faisaient partie de ces fortifications urbaines ; elles entrèrent dans l’ensemble des bâtiments nouvellement érigés. L’ouvrage dura environ sept ans, et Jacques Cœur y dépensa, outre l’acquisition du terrain, plus de cent trente-cinq mille écus. Cet hôtel, connu par métaphore sous le nom de son auteur, est appelé Jacques-Cœur de Bourges. Il ne nous offre pas seulement un spécimen de l’architecture civile, spécimen des plus rares et des plus précieux en son genre. Jacques-Cœur de Bourges est encore, au premier chef, un monument historique, par rapport au personnage dont il sert à retracer la mémorable carrière. Cette maison ressemble à un livre composé d’images, toutes symboliques 272et instructives, quelques-unes impénétrables2212.

L’hôtel de Jacques Cœur occupe un vaste parallélogramme irrégulier, mais dont la coupe ne messied pas et s’accorde sans inconvénient avec le pittoresque du style général, ou de l’ensemble. Sa façade principale, sise rue Jacques Cœur, annonce, dès l’abord, le caractère moral qui règne et se développe dans le reste de l’édifice. Le rez-de-chaussée tout entier est sans fenêtre à l’extérieur : il écoute, observe et se tait. Un vaste corps d’habitation, riche et animé, domine au premier étage. Le haut pavillon du milieu se détache en avant-corps, flanqué de son élégante tourelle prismatique. Un double portail donne accès au manoir. La première porte, à large voussure, s’ouvrait, les jours de gala, pour les chars, les litières, les cavaliers, les haquenées ; l’autre, munie d’un guichet de sûreté, était réservée aux piétons2213.

Une large croisée ogivale éclaire ce pavillon, orné extérieurement d’un riche dais, ou baldaquin sculpté à jour. Le motif ou ornement supérieur des meneaux qui 273découpent intérieurement l’ogive, dessine en relief une très grande fleur de lis, au-dessous de laquelle se rangent et s’abritent deux cœurs. Ce baldaquin ou console portait la statue équestre, toute caparaçonnée, du très haut, très puissant et victorieux Charles VII, armé de pied en cap, et dans l’attribut de la force régnante. Au faite de ce pavillon, trois points culminants, groupés 2 et 1, suivant l’art héraldique, faisaient dominer dans l’azur des airs la double fleur de lis d’or ou cimier royal de France2214.

Ainsi, dès le frontispice éclatait l’hommage public et respectueux rendu à l’autorité souveraine par l’officier du roi ; mais en même temps et sous cette égide, la personnalité, l’individualité de Jacques Cœur, se déployait avec une assurance et une liberté remarquables.

À droite et à gauche de la statue équestre, deux figures sculptées, deux personnages en costume civil, se montrent à une fenêtre simulée. Tous deux semblent représenter la Vigilance. L’homme regarde au dehors à droite, du côté de la ville ; la femme dirige ses yeux vers la gauche, où se tenaient les communs, offices et cuisines2215.

Sur le tympan de la petite porte, sur les voussures et les vantaux de la grande, se développent, en ornements 274exquis et multipliés, les emblèmes ou devises personnelles du maître : les coquilles de saint Jacques le pèlerin, et les cœurs. Ces deux derniers symboles se répètent et foisonnent de la base au sommet de l’édifice. On les retrouve partout : depuis les dessins les plus visibles des rampes, découpées à jour en coquilles et en cœurs, jusque sur la tête des moindres clous de l’hôtel, qui figurent tous des cœurs ou des coquilles. Comme si le fondateur avait voulu que le dernier vestige de son palais de pierre fût réduit en poudre avant que l’on ait pu anéantir le symbole de son nom et de sa personne ! Enfin, sur la gauche et tout près du centre, au fronton du palais, la lumière du jour détache en lettres sculptées la brande devise si connue et sur laquelle nous reviendrons :

Fronton de la maison de Jacques Cœur

Pénétrons maintenant à l’intérieur. Deux étages d’habitation, y compris le rez-de-chaussée, surmontés encore çà et là d’autres logements, devaient servir à la demeure de l’opulent argentier, de sa famille, de ses gens, de ses subordonnés et à ses fonctions multiples.

Nous ne saurions détailler les cours, les galeries, les salles et les appartements dont ils se composaient. Personne ne visite la chapelle sans admiration. Les peintures 275délicieuses qui décorent le plafond, voûté en berceau d’ogives, sont d’un maître inconnu, digne d’être placé entre Van Eyck et Fouquet. Il y avait la chambre du Roi, celle des Évêques, celle des Mois de l’An, celle des Galères. La salle des Festins subsiste encore. On y remarque la tribune des musiciens qui, du son de leurs instruments, animaient la gaieté des convives. Elle attenait à de vastes cuisines. Le luxe qui régnait dans ces banquets et dans tout l’édifice, cet édifice lui-même, par la richesse, l’ampleur, le confort de ses aménagements, étaient alors sans exemple.

Jacques Cœur n’avait point achevé de meubler son hôtel lors de son arrestation. Il ne l’habita jamais à demeure fixe2216. Mais il y installa sa femme et y donna de grandes fêtes, pour lesquelles on transportait, de la ville, un complément de mobilier nécessaire2217. Des textes affirment que Jacques Cœur n’était servi que d’argenterie, tandis que les officiers du roi prenaient leurs repas dans de la vaisselle d’étain. Mais Jacques Cœur n’était point le mauvais riche : une galerie spéciale attenait également aux cuisines ; elle recevait les pauvres, à qui se distribuait la desserte de ses tables2218.

276Les traits physiques de Jacques Cœur sont connus par la planche de Grignon, que nous a laissée Godefroy dans son beau recueil de Charles VII. C’est, comme on l’a dit, une figure bourgeoise, mais non commune. La résolution et la dignité s’y combinent avec une certaine bonhomie. Le sourire de l’enjouement tempère, par une courbe plus douce, l’expression de ses lèvres fines et fermes. Aucun portrait de Jacques Cœur, digne de ce nom, ne s’est conservé dans son hôtel. Il y avait réservé, comme on l’a vu, pour le roi les honneurs de la statue équestre. Mais des symboles, multipliés à profusion, achèvent de nous révéler son portrait historique et moral2219.

Macée de Léodepart, épouse du riche financier, était prodigue et dissipatrice. Les sujets sculptés sur la cage de l’escalier principal, qui menait au corps de logis, sont une page de morale appliquée à la vie intime. On y voit opposés, dans un contraste synoptique, les avantages de l’Ordre et les inconvénients du Désordre. Le groupe inférieur nous offre la contrepartie de la moralité, si connue, des Vierges sages et des Vierges folles. 277Ici deux femmes, allèges et satisfaites, portent haut la quenouille qu’elles filent. À côté, deux autres femmes tiennent cet objet l’étoupe en bas, et sont prêtes à s’en servir comme d’armes pour se battre2220.

Jacques Cœur avait connu son siècle, en le voyant de près. Les plus grandes affaires, les plus grands personnages lui étaient familiers. Plus d’une fois il dut les trouver petits. Le rang que lui refusait sa naissance, il l’avait payé de son mérite et de son or, et Jacques se croyait quitte. L’un des mascarons ou chapiteaux sculptés de la tour dite du Trésor représente un esclave noir, un fellah d’Orient, qui tient, en guise de support héraldique, le timbre ou casque du marchand anobli, recouvert de son lambrequin et blasonné de deux cœurs. Un autre sujet, de la même tour, nous fait voir deux chevaliers armés de pied en cap s’escrimant à qui mieux mieux et s’enferrant, corps à corps, de leurs lames. Sur la droite, un faux-visage ou paysan masqué, accroupi, guette les passants, armé du bâton qu’il a dans ses mains. De l’autre côté, une fille d’armée, vulgaire Briséis, attend aussi, les bras croisés, l’issue des vicissitudes. C’est le tableau satirique de la Guerre au quinzième siècle. Une autre scène, dont la malice n’est pas moins gauloise, décorait la cheminée de l’une des salles d’apparat et s’appliquait aux tournois. Ici, les tournoyeurs sont des bergers et des porchers, montés sur des ânes, à cru, ayant pour étriers de vieilles cordes. 278Ils pointent gravement l’un contre l’autre, en manière de lances, des manches à balai, et portent des fonds de paniers au lieu de targes, boucliers ou rondaches2221.

Jacques Cœur, lui aussi, avait le génie du bon sens. Ces judicieuses railleries, alors parfaitement actuelles, devançaient de plus de cent ans Cervantès et Don Quichotte. Les proverbes, dit-on, sont la, sagesse des nations. Jacques Cœur affectionnait beaucoup ces adages populaires. Il partageait aussi le goût des rébus, si répandu au quinzième siècle. Parmi ces énigmes qui décorent toute sa maison, les unes sont muettes et présentent leur signification sous la forme de figures. Beaucoup sont accompagnées de phylactères ou banderoles avec légendes. Le vitrail du musée, provenant de Jacques-Cœur à Bourges, montre, dans tout son éclat, le blason qui dut être concerté, en 1441, entre le nouvel anobli et son compatriote, le héraut Berry, premier roi d’armes : d’azur à trois cœurs d’or, avec une fasce d’argent chargée de trois coquilles de sable. À l’entour, comme supports : des fleurs et des fruits (l’abondance). Pour cimier, le mât d’une galère ; en guise de lambrequins, des cœurs et des palmes. À l’extérieur de l’écu, du côté gauche, un fol a la bouche fermée d’un cadenas ; 279il tient cette devise écrite sur la banderole :

En bouche close n’entre mousche.

À droite, un autre fol ou sot de théâtre porte cette légende :

Oyr dire ; — faire ; — taire2222.

Ailleurs on voit ce rébus :

A ♥♥ joie

il décore le tympan de la porte qui conduisait aux festins et salles d’assemblées. Enfin, sur le tout, dominait la grande et fière devise à laquelle nous avons déjà fait allusion. Au temps de Charles VII, un Jean de Luxembourg, issu de la plus haute lignée, avait pour symbole personnel une bête de somme qui s’affaisse, et ces mots :

À l’impossible nul n’est tenu.

Ce chevalier s’affaissa lui-même, et, pour le prix du sang, il livra la Pucelle. Jacques Cœur, l’homme du tiers état, de l’avenir, prenait pour âme de sa devise :

À vaillants cœurs rien impossible2223.

280À l’autre extrémité des bâtiments, par rapport à l’entrée principale, s’élève la grosse tour, donnant aujourd’hui sur la place de Berry. Elle est surmontée d’une vigie, d’où se transmettait immédiatement le signal en cas d’alarme. Au pied du perron de cette grosse tour, partent deux galeries souterraines. La première communique, par ce passage secret, avec une autre aile des bâtiments. La seconde aboutit à un puits pour se continuer à l’extérieur, et devait fournir, en cas de besoin, une issue invisible et inaccessible au dehors. La salle dite des Angelots ou du Trésor subsiste au troisième étage de cette tour. Cette espèce de réduit servait à Jacques Cœur de retrait particulier, ou d’étude, pour employer le propre mot qui désignait, au quinzième siècle, ce genre d’appartement2224.

La salle ainsi nommée ferme par une porte munie d’une serrure à secret et de dimensions colossales. Composée de lames de fer superposées, cette porte est mécaniquement indestructible. Les gonds ont été scellés lorsque le vantail de fer fut posé, de sorte que sans la clé il eût fallu démolir la tour pour pénétrer dans cette pièce. Elle est voûtée en ogive. Huit nervures se rejoignent à un point central ou clé de voûte, et forment autant de pendentifs. Quatre angelots ou petits anges, sculptés aux retombées des nervures, ont donné leur nom à cette chambre. L’un chante ; le second accompagne celui-ci de la guiterne ; deux autres portent les blasons de Jacques Cœur et de Macée de Léodepart. À gauche de la cheminée, la sculpture représente un porteur 281de lanterne (la veilleuse du quinzième siècle)2225. À droite, un marmouset barbu : sur le phylactère qui l’accompagne, nous avons déchiffré ces mots : Joan Joan2226.

Restent deux retombées, qui délimitaient la dernière paroi de cette pièce. À gauche, la nervure se termine court et à plat, en console. À droite, la dernière retombée, au contraire, présente un sujet très ouvragé que nous allons décrire, et qui est demeuré jusqu’à ce jour comme inexplicable. Mais entre les deux s’élevait un meuble (armoire ou coffre-fort), adapté à cette place dès l’origine, de telle manière, vraisemblablement, que ce dernier sujet devait être masqué ou découvert à volonté.

La scène sculptée occupe les trois faces d’un chapiteau prismatique. Elle représente un bosquet ou verger. Sur la droite, une jeune femme, vêtue avec un luxe prodigieux d’étoffe et de fourrures, est nonchalamment couchée au milieu des fleurs. Une fontaine coule à ses pieds. De l’autre côté du bassin s’avance insidieusement un jeune prince, qui pose la main sur son cœur. Un fou, qui semble être son guide, l’accompagne et le suit. La dame, portant la main droite à son front, paraît montrer au damoiseau la couronne (de duchesse ?) qui ceignait sa tête. Mais le prince, à son tour, lui indique une autre 282couronne, la couronne royale, qui se reflète dans le bassin de la fontaine. En effet, au sein du feuillage touffu que présente l’arbre du milieu, un roi couronné assiste au dialogue. Le phylactère qui se déroule près de sa bouche est muet ou effacé.

Phylactère de Jacques Cœur

Pour nous, dans ce roi, nous croyons reconnaître avec certitude Charles VII ; dans le prince follement conseillé, Louis dauphin ; et dans la dame, Agnès Sorel. Quant à la signification plus étroite des faits représentés, nous ne tenterons même pas de la préciser davantage. Le champ le plus vaste s’ouvre ici aux conjectures2227. Nous 283ajouterons que, selon toute apparence, Jacques Cœur lui-même, en se permettant de faire sculpter dans sa demeure une pareille allégorie, a voulu soigneusement lui retirer du moins le caractère de l’évidence et d’une téméraire personnalité2228.

Jacques Cœur avait été initié aux affaires les plus secrètes du roi. Il avait eu l’administration des biens de la maison de la reine. Les dépenses courantes des princesses du sang s’effectuaient par ses avances et par son ministère. Il avait rencontré l’occasion de plaire au dauphin et de lui être utile. Les livres et papiers de ce marchand, tenus avec un ordre et une précision inexorables, renfermaient la trace écrite de mille confidences intimes et de services ou de bienfaits reçus. On y voyait figurer, à ces titres divers, les noms de mesdames Radegonde et Jeanne de France ; la duchesse de Bourbon (26 décembre 1446)2229 ; 284Charles, duc d’Orléans, Charles et Amanieu d’Albret ; Jean de Bourbon, comte de Clermont ; Jean d’Anjou, prince de Lorraine ; Jean, bâtard d’Armagnac ; Jean de Bueil, amiral de France ; Prigent et Olivier de Coëtivy, André de Villequier, le maréchal de La Fayette ; Antoine d’Aubusson, seigneur de Monteil ; Jean de Lévis ; Guillaume Gouffier ; Adam de Cambrai, président du parlement ; le seigneur d’Estouteville, Jacques et Antoine de Chabannes, Jean et Gaspard Bureau, Odet d’Aydie, Blaise Greslé, Gilles le Bouvier, dit Berry, etc., etc. ; en un mot les anciens, les nouveaux favoris, et les personnages les plus considérables2230.

Le 12 décembre 1445, Charles, duc de Bourbon, avait vendu à Jacques Cœur, pour le prix de 4,000 livres, les terres de la Bruyère, l’Aubespin et dépendances. Jacques Cœur joignit à cette acquisition celles de Meaulne, Boisy en Roannais, Saint-Gérand-de-Vaux et la Palisse (1444 et 1448), sis également sur le domaine de ce prince. En 285Berry, il devint seigneur de Menetou-Salon, Marmagne, Barlieu, Maubranche, etc. Enfin il acquit en 1451, des marquis italiens de Montferrat, diverses baronnies, telles que Saint-Fargeau, Toucy, Angerville, etc., etc., qui comprenaient presque tout l’ancien pays de Puisaye. Ce domaine avait appartenu à La Trémoille, et ses héritiers prétendaient y avoir droit. Jacques Cœur revendiqua hardiment le sien et se mit en lutte avec la famille du puissant favori2231.

On estime à quarante le nombre des terres et seigneuries achetées par Jacques Cœur, et qui renfermaient plus de vingt-deux paroisses ou villages. Il avait osé acquérir ces biens, pour la plupart, de la main des plus grands seigneurs. Il signala sa courte possession par des améliorations, par des travaux d’utilité publique ; il marqua enfin son passage, d’une empreinte si vive, qu’elle dure encore, en ces diverses localités, dans le souvenir des populations2232.

286Les précédentes particularités nous semblent faire connaître implicitement les véritables causes qui suscitèrent à Jacques Cœur de redoutables ennemis et qui déterminèrent sa perte. Nous devons dire maintenant quels prétextes et quels moyens furent employés par ces envieux pour réaliser le dessein qu’ils avaient conçu.

Les juges de la Pucelle à Rouen réussirent, comme on sait, à accumuler contre l’héroïne soixante-dix chefs d’accusation, qui se réduisirent à douze. Les neuf griefs suivants furent imputés par l’accusation à Jacques Cœur :

  1. d’avoir empoisonné Agnès Sorel ;
  2. fabriqué de la monnaie faible de poids ;
  3. fourni des armes aux Sarrasins ;
  4. exporté des métaux précieux en Orient ;
  5. rendu un esclave chrétien à son maître ;
  6. opéré à Montpellier la presse des matelots et embarqué contre son gré un pèlerin allemand ;
  7. contrefait un petit sceau de la chancellerie ;
  8. perçu des gratifications illicites ;
  9. de s’être également procuré des profits extralégaux dans la ferme des foires de Pézenas et autres revenus du domaine2233.

Le premier de ces chefs d’accusation mérite qu’on s’y arrête. Jacques Cœur succomba évidemment à une intrigue ourdie autour du roi, de concert avec Antoinette de Maignelay, par les nouveaux favoris. Antoine de Chabannes, capitaine d’écorcheurs, élève et ancien page de La Hire, fut l’âme de cette ligue et le principal agent de cette odieuse machination. Il mit en avant Jeanne de Vendôme, damoiselle de l’hôtel du roi, femme de 287François de Montbron, seigneur de Mortagne, chambellan, en 1443, de Louis dauphin.

Jeanne, à son tour, suscita d’autres faux témoins et affirma impudemment que Jacques Cœur avait empoisonné Agnès Sorel. Cette déclaration, appuyée par les courtisans, trouva un instant crédit auprès de Charles VII et suffit pour obtenir de ce prince l’ordre d’arrestation, qui fut décrété et exécuté soudainement contre l’argentier, sans information préalable. Le roi s’attribua immédiatement cent mille écus à prendre sur les biens du prévenu, et les appliqua aux besoins de la campagne de Guyenne.

De plus, et par un détestable abus qui souillait la justice du quinzième siècle, le roi nomma pour commissaires chargés de poursuivre l’accusé, Antoine de Chabannes, Guillaume Gouffier, etc. Ceux-ci, débiteurs du prévenu et ses dénonciateurs, devenaient en même temps ses parties, avec promesse de partager, ses biens, qui devaient, être confisqués au roi par suite de la condamnation2234.

Cependant Jacques Cœur répondit à ce grief et ne tarda pas à en prouver le néant par les attestations de 288Robert Poitevin, médecin d’Agnès et de la reine. Jeanne de Vendôme, convaincue d’imposture, se rétracta, et fut condamnée à faire amende honorable. Il résulte de documents certains, que l’article du poison fut le seul, parmi ceux imputés à l’argentier, qui firent impression sur l’esprit de Charles VII. Ce grief venant à manquer, il fallut y suppléer. Les commissaires et une multitude de débiteurs étaient désormais intéressés à sa perte, par la perspective qui s’ouvrait à eux, en le faisant condamner, de se voir remettre, au nom du roi, les obligations pécuniaires qu’ils avaient contractées envers Jacques Cœur.

Une nouvelle cabale se forma donc autour du roi pour dénigrer le prévenu. Probablement, le moyen secret et efficace, qu’ils employèrent alors, fut tiré des irrévérences ou libertés de langage et autres que Jacques Cœur s’était permises. Or, ces libertés n’avaient épargné, comme on l’a vu, ni les capitaines, ni les seigneurs, ni les rapports d’Agnès avec le roi, ni la majesté royale elle-même. Quoi qu’il en soit de cette conjecture, l’accusation se poursuivit sur de nouveaux frais et produisit ainsi, tardivement, les huit autres griefs ci-dessus rapportés2235.

En ce qui concerne le deuxième article, on a dit comment Jacques Cœur, au début de sa carrière, s’était vu compromis, ainsi que Ravan Ledanois, maître particulier de la monnaie de Bourges, dont il était alors le clerc et facteur. Ces faits, antérieurs à 1429, avaient porté peu d’atteinte à l’honorabilité des prévenus, aussi 289bien qu’à la confiance dont ils étaient investis de la part du roi.

En effet, à peine la capitale était-elle rentrée sous la domination française, que Jacques Cœur, par une délibération spéciale tenue à Bourges entre le roi et ses conseillers généraux des monnaies, fut nommé maître particulier à Paris. Les circonstances étaient graves ; Charles VII avait un pressant besoin de finances, Jacques Cœur accepta cette charge : à l’aide de son puissant crédit, de son activité, il réunit immédiatement une grande quantité de métaux précieux qu’il convertit en monnaie ; fit exercer le change à Melun et à Pontoise par ses facteurs ; remplit les caisses du trésorier des guerres, pour faire face à la solde des troupes, et prit sur son compte toutes les avances de ces livraisons2236.

Jacques Cœur fit plus. La restauration des monnaies fut un des actes les plus louables et les plus habiles qui marquèrent la grande période du règne de Charles VII. Le maître particulier de la monnaie de Paris inaugura sa gestion par cette importante réforme. À partir de ce jour, les espèces marquées au coin royal eurent une valeur fixe, et le titre de ces espèces une pureté d’aloi et d’affinage qui leur avait manqué par le passé. Le 29 août 1452, les conseils ou amis de Jacques Cœur, détenu prisonnier au château de Maillé en Touraine, présentèrent au garde du scel aux contrats de la prévôté de Bourges les lettres d’abolition délivrées le 6 décembre 1429 et dont nous avons parlé. Ils en obtinrent un vidimus ou ampliation authentique, laquelle fut produite 290en justice ; mais vainement. L’arrêt qui condamna Jacques Cœur énumère les deux griefs que nous venons d’analyser, comme avant motivé la sentence, sans tenir aucun compte de ces lettres d’abolition. Cet arrêt fut prononcé en présence du roi, par le chancelier de France, Guillaume Jouvenel des Ursins, le 29 mai 14532237.

On peut juger, par ces deux spécimens, de la justice et de la bonne foi qui présidèrent à ce procès ! Mais le tribunal de l’histoire a pour mission de réviser les sentences injustes, et souvent d’intervertir les rôles entre les accusateurs et les accusés.

Parmi les commissaires ou les dénonciateurs du prévenu, figurent, plusieurs Italiens. L’un d’eux, nommé Otto Castellani, était natif de Florence. Or, Jacques Cœur avait dépossédé en partie cette ville de son ancienne suzeraineté commerciale. À son tour il y créait, au moment de sa prise et au profit de la France, un établissement industriel. Otto Castellani, nommé trésorier de Toulouse sous l’autorité de Jacques Cœur, y avait 291acquis une grande richesse. Il fut un des persécuteurs les plus acharnés de son ancien maître et le supplanta dans sa, charge de l’argenterie2238.

Ce Castellani avait comme auxiliaire ou collègue un de ses parents, appelé Jacopo Medici ou de Médicis, receveur particulier à Toulouse pour les diocèses d’Auch et de Lombez. L’ami de Castellani était un véritable scélérat, 292qui avait encouru par sa conduite antérieure des poursuites criminelles. Jacques Cœur, de son côté, vers 1444, eut au nombre de ses commis de l’argenterie un certain Étienne de Manné, lequel appartenait à une famille échevinale de Bourges. Étienne abusa de la confiance qui lui était accordée, et déroba des magasins de l’argenterie une quantité considérable de marchandises précieuses. Jacques Cœur couvrit ce méfait d’une généreuse indulgence et se contenta de congédier le dépositaire infidèle. Lorsque les poursuites s’ouvrirent contre Jacques Cœur, Castellani s’adjoignit, en qualité de clerc, Étienne de Manné, qui obtint en même temps, de la chancellerie royale, des lettres de rémission pour l’absoudre de sa propre faute2239.

Jacques Cœur, durant le cours de son inique procédure, avait subi le supplice de la question. Le pape Nicolas V, juge souverain dans les matières de foi, qui formaient la principale substance des griefs juridiques de l’accusation, écrivit à Charles VII, afin de revendiquer 293l’innocence du prévenu. Le cardinal d’Estouteville, lors de sa légation de 1452, eut pour instruction spéciale de plaider en sa faveur auprès du roi. Ces secours honorables n’atteignirent point le but qu’on se proposait.

Le 5 juin 1453, Jacques Cœur, nu-tête, sans chaperon ni ceinture, comparut publiquement dans le prétoire ou salle de justice, au palais de Poitiers. Là, en présence de Jean Dauvet, procureur général du roi, Jacques Cœur fut contraint de se mettre à genoux. Il tenait à la main, comme les pénitents, une torche de cire ardente et pesant dix livres. Il fit amende honorable des crimes qu’on lui imputait, en requérant mercy à Dieu, au roy et à justice.

Le roi, par égard pour le pape et pour les services qu’il reconnaissait avoir reçus de Jacques Cœur, commua, dit l’arrêt, le criminel en civil. La peine de mort encourue fut remise au condamné. Mais Jacques Cœur était dépossédé de tous ses biens, confisqués au roi, et devait, sur ce gage, payer une amende de 400 mille écus d’or. L’accusé était en outre condamné à la prison perpétuelle ou à l’exil, réservé sur ce point le bon plaisir du roy2240.

Jacques Cœur, que Thomas Basin appelle à tort un homme illettré, avait étudié et reçu la tonsure. Ses lettres d’ordination mineure furent vainement produites en justice par l’archevêque de Bourges, son fils, et par l’évêque de Poitiers. Tous deux revendiquèrent, le prévenu comme clerc, à l’encontre du chancelier de France, qui était le propre frère de l’évêque. De plus, Macée de 294Léodepart, sa femme, mourut de chagrin pendant le cours du procès, et Jacques devint ainsi clerc solu. Mais cette fin de non recevoir, tirée du droit canonique, était repoussée par les juristes et tribunaux séculiers, surtout lorsqu’il s’agissait de cas royaux. Quant à Jacques Cœur, il avait été arrêté en robe courte ou costume laïque, et ne portait pas habituellement de couronne cléricale. Apparemment, il dédaigna d’employer cette exception de droit. Car, durant toute sa captivité, il négligea de prendre l’habit de clerc et de renouveler sa tonsure2241.

L’arrêt fut enregistré au parlement de Toulouse le 15 août 1453. Dès le lendemain du jour où l’arrêt fut prononcé à Poitiers, Jean Dauvet le signifia au condamné. La recherche des biens de Jacques Cœur et la vente de ses meubles, partout où il s’en trouvait, commencèrent immédiatement. Cette double opération rencontra plus d’un obstacle. On hésitait à déshériter de son vivant cette victime d’une iniquité judiciaire. Guillaume de Varye, premier clerc de Jacques Cœur, Jean de Village, son lieutenant le plus actif et le plus entreprenant, résistèrent avec fermeté au zèle et au talent de Jean Dauvet, dignes d’une meilleure cause2242.

Jean de Village, capitaine général de la marine de René d’Anjou, 295était sujet de ce prince et citoyen de Marseille. Jean Dauvet, ancien conseiller de René, alla trouver ce prince à Aix, et déploya autant d’habileté que d’énergie pour déterminer le beau-frère du roi de France à lui livrer Jean de Village. Mais le comte de Provence, ayant réuni son conseil, opposa au commissaire, par l’organe de son chancelier, les privilèges de sa couronne comtale, le droit des gens, l’immunité des Marseillais, et enfin la raison d’État, qui ne lui permettait pas de sacrifier le chef militaire de ses forces maritimes2243.

Il ne restait plus à Jacques Cœur que la voie de fait pour recouvrer sa liberté, en pourvoyant à son salut personnel. Vers la fin de décembre 1454, il avait, de prison en prison, subi plus de trois ans de captivité. De concert avec ses amis et ses proches, il gagna l’un de ses gardes à prix d’argent. Le captif quitta en secret Poitiers, et, se réfugiant successivement en divers lieux d’asile, il se fit recevoir, à titre d’hôte, chez les Cordeliers de Beaucaire. Ce couvent, situé sur le Rhône, était inviolable, comme église de réguliers. Beaucaire était aussi une place frontière du Languedoc, sise à l’extrémité ale la terre de France. Tarascon, placé sur l’autre rive du fleuve, appartenait à la Provence, et reconnaissait pour souverain le roi de Sicile2244.

L’obscurité de cette retraite ne déroba pas longtemps le fugitif aux recherches de ses persécuteurs. Bientôt le 296couvent fut mis en demeure de répondre à des poursuites juridiques, intentées au nom de Charles VII. Les limiers de Castellani pénétrèrent à la suite de Jacques Cœur chez ses hôtes. Ils intimidèrent ces moines, et Jacques Cœur se vit assailli en pleine nuit par des sicaires. Heureusement, l’argentier avait converti à sa cause l’un des religieux, nommé Tungault. Armé d’un maillet de plomb, que lui avait prêté ce bon frère, il racheta vigoureusement sa vie. Ce fut alors le tour du poison. Jacques Cœur, averti, fit semblant de boire, à souper, une poudre nommée réalgar, qu’on lui versa dans du vin, et jeta le breuvage. En cette extrémité, prévoyant pour lui le sort du prince Gilles2245, il écrivit à Jean de Village, qui l’attendait à Marseille, une lettre pressante, et dont l’original autographe nous est resté. Le bon frère lui-même se chargea de la porter2246.

Au reçu de ce message, dont l’écriture ou le texte débutait par un signe convenu de détresse2247, et souscrit des initiales de son bienfaiteur, de son second père, Jean de Village ne perdit pas un instant. Il prit quelques barques armées en guerre, montées par des marins à sa solde, hardis et résolus, puis navigua sur le Rhône jusqu’à 297Tarascon. Aussitôt arrivé, on traversa le fleuve vers minuit. Les Franciscains chantaient matines. Une brèche existait au mur de France : les assaillants l’agrandirent. Par cette voie, ils pénétrèrent dans la ville et marchèrent droit au couvent. Une lutte à mort s’établit alors entre les débarqués et les gardiens de Jacques Cœur. L’office finissait lorsque l’argentier fut mis en liberté.

Escorté de ses libérateurs, il sortit de la ville par la brèche et descendit en barque le cours du Rhône jusqu’aux portes de Marseille. Là, montant à cheval, il se rendit par terre jusqu’à Nice, où il s’embarqua sur la Méditerranée. Jacques Cœur, sain et sauf, parvint ainsi à Pise, puis à Rome2248.

Au mois de mars 1455, Jacques Cœur, à Rome, était logé chez son protecteur, Nicolas V, souverain pontife. L’argentier étant tombé malade, le pape voulut qu’il fût soigné dans son palais par ses propres médecins. Cependant le saint-père lui-même touchait au terme de sa vie. Le 16 de ce mois, il prononça toutefois, devant le consistoire des cardinaux, une allocution officielle qui fut authentiquement rédigée par un secrétaire de la chancellerie romaine. Cette note avait pour effet de proclamer l’innocence du proscrit, de rappeler les services qu’il avait rendus au pape et à l’Église, et de lui décerner publiquement l’approbation du saint-siège. Nicolas V mourut le 25 mars 1455, moins de dix jours après cet acte de droiture et de justice. Calixte III, qui lui succéda 298immédiatement, continua sa faveur à l’argentier du roi de France.

Une lutte décisive, et qui marqua des plus grands événements militaires la fin du quinzième siècle, s’ouvrit entre les Turcs et la chrétienté. Le saint-siège arma contre Mehmet Il, vainqueur de Constantinople, seize galères, placées sous la surintendance du cardinal patriarche d’Aquilée. Jacques Cœur en fut le capitaine général. La flottille qu’il commandait s’engagea dans l’Archipel ; mais elle ne put que ravager les côtes de l’Asie Mineure et quelques îles. Jacques Cœur, blessé ou malade, relâcha dans l’île de Chios, où il mourut le 25 novembre 14562249.

Les ennemis de l’infortuné Jacques Cœur, lorsqu’ils virent le captif leur échapper, avaient redoublé de passion et d’acharnement. Des messages diplomatiques et comminatoires furent adressés, sous le nom du roi, à René d’Anjou, aux autorités provençales et au podestat de Florence, à qui le roi reprochait d’avoir donné asile ou passage au réfugié. La femme et les enfants de Jean de Village, Henri Cœur, chancelier de l’église de Limoges et le mandataire de Geoffroy, autre fils de Jacques Cœur, furent jetés en prison ou condamnés à faire amende honorable, pour avoir payé, en faveur du condamné, la dette de la nature et de la gratitude. Quant aux biens de Jacques Cœur, suivant l’expression du généalogiste et historien La Thaumassière, ils furent, de 1455 à 1456, 299partagés entre les vautours de cour, instigateurs et fauteurs de cette intrigue.

Des adjudications fictives dévolurent au comte de Dammartin les domaines de Puisaye ; à Guillaume Gouffier, ceux de Boisy et du Roannais. Menetou-Salon en Berry et d’autres profits, en sommes d’argent ou créances, échurent à Antoinette de Maignelay. Jean de Bourbon, comte de Clermont, était au nombre des débiteurs de Jacques Cœur. Le roi, sur les deniers de la condamnation, fit don au prince de 3,612 écus. Charles, duc de Bourbon, n’avait pas même attendu la mutation de seigneur pour reprendre les taxes féodales qui lui étaient dues, à raison des terres mouvantes de son duché. Le crédit de Jean Soreau, frère d’Agnès Sorel, s’était accru sous le règne de sa cousine. En 1451, il devint grand veneur de France et prit part, en 1455, aux dépouilles de Jacques Cœur. Jean Soreau, de concert avec sa mère, Catherine de Maignelay, eut en partage les terres de Saint-Géran, Gouise, etc., ainsi que la capitainerie et châtellenie de Verneuil, sises en Bourbonnais2250.

Il advint à l’illustre conseiller de Charles VII cette fortune singulière, qui lui fut commune d’ailleurs avec d’autres personnages du moyen âge : persécuté de son vivant, sa mort, comme celle de Jeanne d’Arc, fut révoquée en doute par la multitude. L’imagination populaire, et cela précisément après qu’il eut cessé de vivre, 300lui prêta le don d’une fabuleuse immortalité. Au moment où le Jacques Cœur réel n’existait plus, commence le roman d’un Jacques Cœur légendaire. Depuis longtemps déjà, l’histoire véridique et sérieuse a fait justice des récits imaginaires auxquels il vient d’être fait allusion. Nous avons donc cru devoir procéder à l’égard de ces fables, en ce qui concerne Jacques Cœur, par voie pure et simple d’omission, comme nous l’avons fait en toute occasion dans le cours de cet ouvrage.

Il est un point toutefois sur lequel la lumière n’a pas été faite assez complètement jusqu’à ce jour. Nous croyons devoir y revenir, en consacrant à cette particularité quelques lignes d’éclaircissement.

Dans l’un des inventaires actuels des mémoriaux de la chambre des comptes de Paris, se trouve la mention suivante : Mémoire concernant la dépense du roi Charles VII, fait par Jacques Cuer, prisonnier à Poitiers2251.

Le document ainsi indiqué n’existe pas au dépôt général et ne fait point partie des pièces dites rapportées. Nous savons, en effet, que les mémoriaux primitifs de la chambre des comptes ont péri dans l’incendie de 1737. On n’ignore pas non plus que les mémoriaux actuels, aussi bien que leurs inventaires ou tables, ont été restitués, postérieurement à cette date, par le moyen de copies faites sur des expéditions anciennement émanées de la chambre, et par toutes sortes de renseignements plus ou moins indirects et incertains. Il est donc impossible aujourd’hui de contrôler avec précision l’origine et 301l’authenticité de la note ci-dessus transcrite, et qui, d’aventure, pourrait être le fait d’une insertion relativement moderne.

Mais le document auquel se réfère cette note, c’est-à-dire l’état de la dépense prétendue de Charles VII et des ressources financières du royaume, nous a été conservé ailleurs et s’est transmis jusqu’à nous en de multiples exemplaires. Il a été reproduit, notamment au seizième siècle, avec cette même attribution :

On dict que Jacques Cuer (ainsi s’exprime l’une des versions de ce document), trésorier du roy Charles septiesme… trouva, par la sérieuse reserche qu’il fist de l’estat des finances du roy, qu’au royaulme de France y avoit dix sept cent mille closchiers, prenant chacune ville pour ung closchier, etc.2252

Il ne serait pas nécessaire, à la rigueur, de pousser plus loin l’examen, ni même la transcription de ce morceau, pour montrer qu’il ne saurait être pris au sérieux. Mais une considération péremptoire nous permettra de couper court à toute autre réfutation. Le texte même de ce document remonte au règne de Charles VI, père de Charles VII. La découverte ou la constatation des prétendus faits statistiques exposés par ce document ne peut donc, en aucune manière, être rapportée ou attribuée à Jacques Cœur. La pièce en question se lit in extenso dans la chronique dite du Religieux de Saint-Denis, sous la date de 1405, (1406, nouveau style)2253.

302Jacques Cœur, en terminant, comme il a été dit, sa carrière, avait révélé de nouveau tout le mérite et toute la valeur qui lui étaient propres. À ses derniers moments, il protesta de son innocence et recommanda au roi ses enfants. Charles VII venait d’obtenir du même pape la réhabilitation de la Pucelle. La mort du capitaine général au service de la chrétienté, le glorieux éclat de cette fin et son caractère politique, firent vraisemblablement impression sur l’esprit du roi de France. Mais ce tardif repentir fut, dans tous les cas, incomplet et probablement éphémère2254.

Le 1er janvier 1457, par ordre du roi, Otto Castellani fut arrêté à Lyon, sous les yeux de ce prince. Mis en procès, condamné, ainsi que Guillaume Gouffier, Castellani fut destitué, puni d’une amende. Guillaume Gouffier, sans quitter le royaume, subit également l’orage de cette disgrâce. Il conserva la plupart de ses biens et rentra plus tard en faveur. Le comte de Dammartin, Antoinette et les autres ne perdirent pas un moment, tant que survécut Charles VII, les bonnes grâces royales. Au 303mois de février 1457, et successivement, le roi accorda des lettres de rémission à Jean de Village, à Guillaume de Varye, à Jean Forest, à la veuve Gimart, etc., etc. ; tous parents, alliés ou amis de l’argentier, qui s’étaient compromis pour la défense de leur bienfaiteur. Enfin, le 5 août de la même année, intervint un dernier acte. Le roi, par lettres données à Courcelles, près Souvigny, rendit aux enfants de Jacques Cœur une partie des biens qui composaient leur patrimoine, moyennant quittance, et, en quelque sorte, moyennant le pardon, accordé par ces enfants à la justice et à l’autorité qui avait frappé leur père. L’autre partie fut maintenue entre les mains des courtisans qui s’étaient approprié ses dépouilles2255.

Il y a entre Jacques Cœur et Jeanne d’Arc la distance du beau ou du grand au sublime. Ces deux personnages ne sauraient donc être mis sur le même rang. Mais, dans la balance de l’histoire, le second reproche adressé à la mémoire du roi, qui abandonna ces deux victimes, le reproche qui concerne Jacques Cœur, pèsera d’un poids plus grave que le premier. Charles VII, lorsqu’il méconnut Jacques Cœur, était dans la plénitude de sa fortune et dans la maturité de sa vie. Pour effacer cette seconde tache, il ne fit rien qui puisse désarmer, en sa faveur, la juste rigueur de la postérité.

304Charles VII, en sacrifiant Jacques Cœur, tua de ses mains la poule aux œufs d’or. Le premier résultat de cette iniquité fut la ruine de Montpellier2256.

En 1451, au moment où, plus téméraire que René d’Anjou, le roi de France faisait arrêter le futur amiral du saint-siège, Charles VII commettait l’une de ses erreurs les plus déplorables, l’erreur la plus aveugle et la plus imprévoyante.

Nous allons dire en quoi consista cette erreur. Charles VII, éclairé par l’adversité, avait institué l’armée nationale. Cavalerie, infanterie, artillerie, lui durent, en quelque sorte, l’existence. Mais une lacune de cet édifice laissa la défense du pays imparfaite. Notre marine militaire, issue, comme les marines étrangères, de la marine marchande, naquit seulement au dix-septième siècle. Un seul port, qui fit des prodiges, il est vrai, La Rochelle, reçut, pendant tout ce règne, des encouragements efficaces. L’expédition de 1436, dirigée contre Calais, échoua par l’absence de marine. En 1451, le roi, vainqueur des Anglais en Normandie, implorait les vaisseaux du Castillan pour soumettre la Guyenne. Le secours d’une marine nationale eût épargné à ce roi les terreurs que lui coûta l’occupation des côtes normandes, à peine recouvrées. Elle lui eût épargné le débarquement de Talbot et l’insécurité du royaume, qui dura aussi longtemps que dura la possession de Calais par l’Angleterre.

On a comparé, non sans raison, Jacques Cœur à Colbert. Nous ajouterons au parallèle ce nouveau trait c’est que Jacques Cœur, ainsi que Colbert et deux siècles 305avant Colbert, était l’homme qui devait créer la marine militaire de la France2257.

307Chapitre II
(octobre 1453 – juillet 1457)

  • Situations respectives du roi de France et du duc de Bourgogne après le recouvrement de la Guyenne.
  • Projets de croisade.
  • Le vœu du Faisan.
  • Tiédeur des princes chrétiens.
  • Conduite de Charles VII.
  • Ordonnance sur le fait de la justice.
  • Mise en défense et administration civile du royaume.

Sauf l’occupation de Calais, Charles VII avait rejeté ses ennemis hors du territoire de la France et les avait refoulés dans leur île. À l’extérieur, il s’était créé partout des alliés. Il avait étendu dans l’État de Gênes et jusqu’en Orient son influence et le bruit de sa renommée. À l’intérieur, il avait fait cesser la guerre civile, créé l’armée, rétabli l’ordre, les finances. Les grands barons avaient été soumis : quelquefois, comme il advint pour le comte d’Armagnac, par la force des armes. Vis-à-vis de presque tous les autres : Lorraine, Bretagne, Foix, Bourbon, etc., des moyens amiables et honnêtes lui concilièrent l’attachement ou l’intérêt de ces princes et les lui avaient ralliés2258.

Mais de toutes ces conquêtes, opérées à l’aide de moyens pacifiques, la plus importante, la plus difficile, comme aussi la plus périlleuse, était celle du duc de Bourgogne.

Philippe le Bon, par son caractère et sa complexion morale, offre une grande analogie avec le roi de France Charles VI. Tous deux aimaient la pompe, le cérémonial, la majesté extérieure de la forme. Ce prestige, que 308le temps et la tradition ajoutent à certaines institutions, les éblouissaient tous deux, par un éclat en quelque sorte superficiel. Leur esprit ne pénétrait pas, comme le faisait celui de Charles VII, ne scrutait pas le fond de ces institutions, pour en examiner la valeur et la solidité. Ainsi l’étiquette des cours, les tournois, les cérémonies chevaleresques furent en grand crédit auprès de Charles VI, aussi bien que de Philippe le Bon. Toutes ces pompes excitèrent, chez ces deux princes, un goût passionné.

Moins sincèrement enthousiaste que Charles VI, le duc de Bourgogne sut modérer son zèle par des considérations tirées de l’ordre le plus positif. Cependant il est aisé de reconnaître en lui, dans mainte circonstance, l’homme imbu des idées du moyen âge, du passé. Philippe de Bourgogne fut à cette époque le dernier représentant de la haute féodalité2259.

Durant tout le règne de Charles VII, et surtout pendant la première partie de cette période, l’ordre, la grandeur, la magnificence qui régnaient à la cour de Bourgogne, formaient, avec ce qui se passait autour du roi de France, une espèce de contraste, dans lequel ce vassal éclipsa constamment son suzerain. Supérieur pour la forme, 309l’étendue de ses ressources, de ses possessions, de ses alliances, lui permettait encore de rivaliser avec le roi par la réalité de sa puissance. Philippe le Bon n’adopta point et n’introduisit point dans ses États les réformes et les institutions de Charles VII. L’armée bourguignonne demeura, notamment, toute féodale. Tant que vécut Charles VII, le roi et le feudataire, enchaînés par de mutuels égards et de communs scrupules, se bornèrent à s’observer. Chez l’un et chez l’autre, une profonde défiance couva sous le masque de la courtoisie et d’une réconciliation que tous deux avaient jurée.

L’Angleterre repoussée, vaincue, mais non désarmée, depuis 1455, poursuivait la Bourgogne d’une animadversion non moins énergique et non moins déclarée que celle qu’elle portait à la France. Cette considération contribua puissamment au maintien de la paix entre Charles VII et Philippe le Bon. Mais la scène changea du jour où le Téméraire d’une part, et, de l’autre, le machiavélique Louis XI, succédèrent à leurs pères. La lutte, longtemps comprimée, éclata finalement entre ces deux champions. On vit alors les francs-archers de Charles VII se mesurer avec les bandes féodales de Bourgogne, et la querelle se vida, au profit de la royauté, dans les marais de Nancy2260.

310La prise de Constantinople par les Turcs fut pour la chrétienté le signal d’une crise non moins redoutable que l’avait été celle du schisme pontifical. Nicolas V occupait le trône de Saint-Pierre. Thomas de Sarzane (c’est le nom qu’il portait avant son avènement) était un pontife pieux et attaché aux devoirs de sa haute situation. Mais la disposition des esprits, le milieu qui l’entourait, son caractère personnel enfin, le rendaient plus propre aux calmes travaux des lettres et de l’étude qu’aux actives et énergiques entreprises du politique et de l’homme d’État. La grande catastrophe de 1453 ne le trouva point insensible. Nicolas V publia immédiatement des indulgences en faveur de ceux qui coopéreraient à la défense de la chrétienté. Par un manifeste solennel, le saint-père convia les princes de l’Europe à pacifier leurs différends et à se réunir contre le Turc dans une nouvelle croisade2261.

L’empereur Frédéric III avait toujours pour secrétaire de ses conseils Énée Piccolomini, l’une des intelligences les plus vives et les plus brillantes de son siècle. Énée, devenu évêque de Sienne, jetait déjà sur le trône de Rome ses regards ambitieux. Peu à peu, il rompait avec les idoles de sa jeunesse et se préparait au rôle nouveau et si différent qui convenait au futur Pie II. Sous l’influence de Piccolomini, l’empereur écrivit au pape pour lui proposer ses services. Il publia ensuite un ban impérial, qui fut notifié aux princes de l’Europe et à tous les vassaux et cités de l’Empire. Frédéric y prescrivait 311la levée d’une armée de deux cent mille hommes, à raison de deux soldats, soit à pied, soit à cheval par trente ménages ou feux, et destinée à combattre les infidèles. Cette armée, que devait seconder une flotte, principalement fournie par les puissances italiennes, avait ordre d’entrer en campagne au mois d’avril 1454. Dans le même temps, le grand maître de Rhodes invoqua aussi le secours de tous les princes chrétiens2262.

Philippe le Bon, qui prétendait à la possession du Luxembourg, se reconnaissait à ce titre, et à d’autres, vassal eu sujet de l’Empire. Il reçut avec de grandes démonstrations de zèle et d’enthousiasme le mandement du pape et celui de l’empereur. La ferveur catholique du grand baron se manifesta surtout dans une suite de banquets tenus à Lille en janvier et février 1454, sous la présidence de ses princes et féaux, ou sous ses propres auspices. On peut lire dans les Chroniques bourguignonnes la prolixe relation de ces pompes mondaines et culinaires2263.

Le plus riche et le plus somptueux de ces festins fut celui que donna le duc en personne, accompagné de la duchesse Isabeau de Portugal. Cette solennité se tint à Lille le 17 février 1454. Une vaste salle contenait vraisemblablement plusieurs centaines de convives et de serviteurs. Au milieu des tables et au-dessus des assistants, l’espace libre qui avait été ménagé, était assez étendu pour servir de théâtre à des jeux équestres et à des évolutions 312aériennes. Nous ne décrirons pas, à la suite des Olivier de La Marche, des Du Clercq, des Escouchy, les mets ni les entremets, ou mystères singuliers, qui animèrent cette fête.

L’une des tapisseries qui décoraient la salle du festin, où se réunissaient les paladins de la croisade annoncée, représentait l’histoire d’Hercule. Sur la table ducale s’élevait un surtout colossal : il figurait une église vitrée, avec son clocher garni d’une cloche sonnante. Cette église contenait plusieurs personnes, dont quatre chantres ou chanteurs qui se faisaient entendre tour à tour. Une autre table était chargée d’un pâté non moins gigantesque et renfermant vingt-huit musiciens exécutants, munis de leurs instruments2264.

L’église et le pâté faisaient l’office de chœur et d’antienne. Ils se répondaient par leurs chants, et de ces deux points partirent alternativement les signaux qui servaient à guider le programme des entremets vifs, ou mystères par personnages. Le dernier de ces intermèdes fut celui qui devait exprimer la moralité de cette réunion. Un géant, vêtu d’étrange sorte, conduisit, jusque vers la place où le duc était assis, un éléphant, que montait une dame placée dans une tour. Cette dame, vêtue en deuil, de noir et de blanc, coiffée d’un couvre-chef de Bourgogne, représentait Sainte-Église2265.

313Captive et détenue par le géant sarrasin, l’Église s’arrêta devant le duc pour implorer sa protection. Après qu’elle eut débité son discours, Jean Lefèvre de Saint-Rémy, autrement dit Toison d’or, chroniqueur et premier roi d’armes de l’ordre ducal, présenta au prince un faisan richement orné. Cet oiseau en vie était escorté de deux damoiselles, dont l’une s’appelait damoiselle Yolent, fille inlégitime du dit duc, accompagnée de deux chevaliers de la Toison d’or. Alors Philippe le Bon, répondant à l’appel de l’Église, prononça le célèbre vœu du Faisan. Il s’engagea par serment, et toutefois sous certaines conditions et réserves, à se rendre de sa personne, suivi d’une armée, en Asie, pour faire la guerre aux infidèles. Il promit enfin de combattre corps à corps le Grand Turc lui-même, s’il venait à le rencontrer. Chacun des cavaliers présents, se levant ensuite et à tour de rôle, s’obligea par un vœu analogue. Tous remirent au chancelier ducal leur scellé ou serment écrit, 314qui avait été libellé la veille, sous le seing de leurs noms et sous le sceau de leurs armes2266.

L’empereur d’Allemagne avait indiqué une première diète des princes croisés, qui devait se réunir devant lui, en mai 1454, à Ratisbonne. Après une série de fêtes, Philippe le Bon quitta Lille le 24 mars et se dirigea vers la Bavière. Sa marche en Allemagne fut une suite d’ovations presque quotidiennes. Il se trouvait à Ratisbonne au jour indiqué. Mais là, au lieu d’une nombreuse assemblée de tous les princes allemands, il n’en rencontra que deux, voisins et proches parents de Frédéric. L’empereur lui-même y fit défaut, et, sous de vains prétextes, il convoqua une nouvelle diète à Francfort, pour la Saint-Michel (29 septembre) 1454. Le duc de Bourgogne retourna dans ses États, déjà refroidi par ce qu’il avait vu et entendu à Ratisbonne2267.

Philippe le Bon apprit à Ratisbonne que les Anglais, nonobstant les trêves, venaient d’opérer sur ses terres des incursions armées. Il se souvenait que son père, dans sa jeunesse, avait combattu les Turcs à Nicopolis, et que 315ce glorieux exploit, où le duc Jean était demeuré longtemps captif, n’avait produit, pour ce duc et ses États, que préjudice et disgrâces. Les Vénitiens, malgré les exhortations du père commun des fidèles, ne renoncèrent point à leur antique rivalité contre les Génois. Cette dissension fut cause que le saint-siège ne put réunir dans la Méditerranée les forces maritimes qui lui étaient nécessaires. Chacun des princes chrétiens, bien loin de répondre à l’appel du souverain pontife, ne prit souci que de ses préoccupations particulières, de ses intérêts ou de ses passions. Alphonse d’Aragon, retenu par sa maîtresse, abandonna la cause de l’Église. Antoinette de Maignelay n’aurait pu manquer de jouer auprès de Charles VII le même rôle, si le zèle ou la complexion de ce prince l’eussent porté aux élans d’un religieux enthousiasme. Les Grecs, proscrits, réfugiés en Italie, dispersés dans toute la chrétienté, méconnurent opiniâtrement le nouvel appel que le pape leur adressa en faveur de l’unité. Un scepticisme effroyable et profond avait pénétré au sein de cette Église grecque, ainsi qu’on en peut juger par le livre, si caractéristique et si extraordinaire, de Gémiste Pléthon. Cette branche, désormais stérile, du christianisme, était destinée à se dessécher et, pour ainsi dire, à s’annihiler en se confondant avec le pouvoir absolu du tsarisme. Enfin l’Église elle-même, la cour de Rome et des cardinaux, livrée au philosophisme, était envahie par le flot de la Renaissance2268.

316Le temps n’était plus où l’Occident, comme un seul homme, s’ébranlait à la voix de Pierre Lhermite. Vainement le pape Calixte III, qui venait de succéder à Nicolas V, rappela-t-il au roi de France que ce dernier s’appelait le Fils aîné de l’Église et que le sang de saint Louis coulait dans ses veines. C’est en vain qu’essayant sur l’âme de Charles VII un autre mode d’action, le saint-père décerna au prince français la rose d’or, ou prix de la piété. Pour tout dire en un mot, la foi du moyen âge n’existait plus. Saint Louis, lorsqu’il mourut sur la plage d’Afrique, après sa quatrième et infructueuse expédition, y avait en quelque sorte déposé, avec ses os, l’esprit d’une autre époque. Depuis cette dernière croisade, de nouvelles idées, de nouveaux devoirs s’étaient imposés aux peuples et aux souverains de la chrétienté. Des relations pacifiques et commerciales avaient remplacé les entreprises guerrières et les conflits armés. Christophe Colomb, Vasco de Gama étaient nés, et le siècle auquel ils appartiennent ne devait pas s’écouler avant que leurs vaisseaux ne servissent à réunir, par une fraternelle communication, les deux mondes. L’Europe enfin, abordant la période moderne de son histoire, se constituait politiquement. Les nations se formaient et trouvaient les principales lignes de leur configuration naturelle et définitive2269.

317En ce qui concerne la France, Charles VII remplissait à cet égard une haute mission. À travers les fautes et les défaillances de son âge mûr, il ne se laissa pas détourner d’une œuvre si importante, et dans laquelle s’était montré si visiblement le doigt merveilleux de la Providence. La diète de Francfort décida qu’une garnison de quarante mille hommes (au lieu de deux cent mille), levés par les puissances chrétiennes, serait opposée aux Turcs sur les frontières envahies. Cette sage détermination était le fruit naturel de la force des choses. Le duc de Bourgogne dut fournir, pour sa part, un contingent de quatre mille hommes de pied et de deux mille lances. Vers le même temps, Philippe le Bon avait envoyé au roi une ambassade pour lui notifier le dessein où était le duc de s’armer, et pour recevoir à cet égard les instructions du suzerain. Le roy respondit de sa personne que, si le duc vouloit bailler en ses mains ses villes engagées dessus la rivière de Somme, comme Montreuil, Abbeville, Amiens, Saint-Quentin, et lui envoyer son fils, le comte de Charolois, en son hostel, durant son absence, il lui lairroit joyr de tous les prouffits desdites villes et s’acquitteroit de garder son filz, ensemble de ses autres pays, comme il feroit des siens propres. Et en tant qu’il touchoit ladite bannière, ni gens ni argent, n’étoit pas délibéré à ce faire, pour tant que toujours estoit sur sa garde de ses anciens ennemis d’Angleterre2270.

318Charles VII, sans prendre de participation directe à la guerre chrétienne, la seconda loyalement et selon son pouvoir. Il renouvela les privilèges dont jouissaient en France les chevaliers de Rhodes ou de Jérusalem. Le roi de France encouragea les efforts de la ligue européenne. Il ne tarda pas à fournir au grand maître de cet ordre militaire un secours de seize mille écus, qu’il remit au commandeur français Pierre d’Aubusson, celui qui devait s’illustrer en 1430 par la célèbre défense de Rhodes. Bientôt Scanderbeg, ainsi que Jean Huniade, reprirent l’offensive contre les Turcs, et Huniade remporta, le 22 juillet 1456, un avantage signalé sous les murs de Belgrade. Cette victoire contribua puissamment à fixer les limites respectives et définitives de l’Islam, vis-à-vis de la chrétienté. Le héros de cette mémorable journée fut Jean de Capestrano ou Capistran, Français par son père, qui avait accompagné Louis III d’Anjou au royaume de Naples. Saint Jean de Capistran, apôtre européen, disciple de saint Bernardin de Sienne, appartenait à ces ordres mineurs dont nous avons dû signaler plus d’une fois le rôle généreux et actif, et qui, en de suprêmes circonstances, manifestaient cette énergique vitalité2271.

L’un des actes qui témoignent le plus hautement de la sollicitude que mettait Charles VII à remplir sa 319mission de roi de France, fut la grande ordonnance relative à la justice et datée d’avril 14542272.

La justice, besoin primordial des peuples civilisés, avait eu particulièrement à souffrir de l’état de subversion où Charles VII avait trouvé le royaume. Déjà en 1446, dans un diplôme que nous avons mentionné, il avait prescrit quelque remède à ce mal. L’ordonnance de 1454 embrasse la question sous un aspect plus vaste à la fois et plus élevé. Le législateur s’y exprime avec une autorité devenue plus forte et plus efficace. Dans l’intervalle qui sépare ces deux dates, le roi de France avait reconquis la Normandie et la Guyenne. Ce qui caractérise l’acte de 1454, ce sont les vues d’unité qui s’y manifestent. Or, cette manière d’envisager les choses demeurait impossible, tant que l’ensemble du territoire national n’avait point été affranchi de la domination étrangère2273.

Le grand édit de 1454 se compose de 125 articles. À défaut d’une analyse complète, nous reproduirons dans un sommaire très succinct l’énoncé des matières qu’il renferme : composition du parlement, résidence des magistrats, tenue de l’audience, compétence du parlement, retenue des causes en appel, exécution des jugements nonobstant appel, causes criminelles, désertion d’appel, défense aux juges de changer les sentences après le prononcé, délai de l’appel, préférence due aux procès criminels ; des rôles ; des devoirs des avocats ; de la taxe des procureurs, capacité des procureurs ; injonction aux 320avocats d’être courts ; défense aux avocats d’injurier leurs parties ; nullité des lettres d’état ; les avocats ne doivent proposer que des moyens pertinents ; lettres de délais ou de relief de laps de temps ; nullité des lettres de chancellerie, nullité des lettres d’abolition ; heures des audiences, des actions possessoires, matières bénéficiales ; causes d’appel ; jugements par commissaires, prohibés nombre de juges requis ; comparution des baillis et sénéchaux ; baillis, sénéchaux et autres officiers : leur institution, leur résidence ; enquêtes par commissaires ; production de pièces ; greffiers, notaires, officiers du parlement ; les juges doivent refuser dons ; défense aux avocats et procureurs d’en être médiateurs ; jugements passés d’accord ; fins de non recevoir ; défense aux juges de concourir à l’exécution des sentences ; de la rédaction des coutumes2274.

Cette ordonnance, comme on voit, offre d’abord un véritable code de procédure. Elle est, en outre, une loi organique de compétence. Sous ces rapports divers, elle mérite d’être rangée au nombre des principaux monuments de l’ordre judiciaire. Pour trouver des termes de 321comparaison égaux en importance, il est nécessaire de remonter aux établissements de Philippe le Bel et de saint Louis, ou bien, descendant l’échelle des âges, au grand édit de Villers-Cotterêts (1539) et au code de Colbert de 16662275.

Charles VII, en rétablissant l’ordre, la discipline et la dignité au sein du parlement, rendait à cette grande institution la meilleure part d’un éclat et d’un prestige déjà antiques. Il fonda ainsi, ou renouvela, pour l’autorité de la monarchie, un point d’appui et un organe respecté. En confirmant les attributions judiciaires de ce corps, en lui soumettant à nouveau l’Université, en lui restituant les appels des bailliages et autres qui s’y étaient soustraits depuis les temps d’anarchie, il augmenta ses justes attributions.

Charles VII suivit la même voie pour la chambre des comptes et la chambre des aides. Ce prince éleva surtout celle des comptes par le choix des sujets et par des règlements tutélaires, à un degré de puissance, d’autorité, de considération, inconnu pour ce tribunal dans le passé. Son conseil étroit ou grand conseil fut également 322fortifié de plus en plus, grâce à l’accession permanente ou momentanée, d’hommes habiles et compétents, qu’il empruntait, sans acception de naissance, aux diverses classes de la société.

Ainsi s’explique, s’il ne se justifie pas complètement, ce notable changement qui marque dans l’histoire le règne de Charles VII, à savoir : l’abolition des états généraux comme assemblées périodiques et, croyons-nous pouvoir ajouter, la substitution des cours souveraines ou conseils permanents de la couronne à ces mêmes assemblées2276.

Depuis le commencement du règne, depuis la soumission de Paris, et enfin depuis le recouvrement de la Guyenne, plusieurs villes importantes, telles que Montpellier, Bordeaux, Poitiers (siège temporaire du parlement royal), et d’autres, avaient sollicité avec instance auprès de Charles VII l’institution de cours souveraines dans leurs murs. Charles VII n’accorda cette prérogative à titre définitif qu’à deux villes : Paris et Toulouse. Il soumit à ces deux centres, qu’il reconnut indispensables, toute la juridiction du royaume. La première de ces villes, la capitale (qu’il n’aimait pas), le parlement de Paris en un mot, fut maintenu dans un état de préséance que cette cour avait, dès le principe, reçu en 323partage. Ne doit-on pas ajouter que cette espèce de suprématie était particulièrement nécessaire à l’œuvre de centralisation que le prince avait en vue2277 ?

L’ordonnance de 1454 abolissait les jugements par commissaires, qui, tant de fois, avaient mis la passion la plus effrénée, ainsi que la servilité la plus basse, à la place de l’indépendance et de l’impartialité, conditions premières et suprême attribut de la véritable justice. Rendue au lendemain du jour où des commissaires venaient de condamner Jacques Cœur, cette ordonnance peut être considérée, de la part du roi, comme un acte dût à l’heureuse inspiration du repentir. Charles VII, du moins, s’astreignit désormais lui-même à cette loi, qu’il avait dictée. Nous verrons bientôt le comte d’Armagnac, le duc d’Alençon et d’autres criminels d’État, jugés par la justice régulière. Malheureusement, sur ce point et sur beaucoup d’autres, l’abus que le réformateur voulait détruire, ne fut point radicalement extirpé. Les tribunaux exceptionnels devaient se relever dans l’avenir. Mais les améliorations subites et le bien absolu ne sont point le propre des œuvres humaines. Ce grand édit de Charles VII sur la justice demeura, toutefois, l’une des mesures législatives qui portèrent les fruits les 324plus salutaires, et l’un de ses meilleurs titres vis-à-vis de la postérité.

Un dernier article de cet édit en montre toute la maturité, toute la sagesse, et suffit à le recommander. Aux termes de cet article, les différentes coutumes ou styles du royaume devaient être rédigés par écrit, accordez par les coustumiers, praticiens et gens de chascun des pays de notre royaume… lesquelz (livres) seront apportez par devers nous pour les faire veoir et visiter par les gens de nostre grand conseil ou de nostre parlement et par nous les décreter et conformer, etc. Les historiens du droit français n’ont point déterminé jusqu’ici avec une précision suffisante les dates respectives auxquelles furent effectivement révisées, conformément à cette loi, nos diverses coutumes provinciales. Nous n’ignorons pas, cependant, que les légistes bourguignons s’empressèrent de répondre à cet appel du roi de France. Les coutumes de Bourgogne-duché, puis de Bourgogne-comté, solennellement examinées par les gens des trois états et sur la demande de ces trois ordres, furent promulguées par deux diplômes de Philippe le Bon, rendus, l’un et l’autre, en 1459. La coutume de Touraine fut officiellement rédigée et vérifiée le 19 mars 1460. Charles VII eut ainsi le mérite de tracer, à l’aide de son autorité souveraine, et d’inaugurer dans le domaine des faits accomplis, une tâche difficile et qui devait être l’œuvre des siècles2278.

325L’ordonnance sur le fait de la justice porte la souscription de nombreux conseillers, qui prirent part à la délibération de ce grand acte. Ces noms, toutefois, ne représentent point la totalité des personnes éclairées dont le roi, en cette circonstance, avait invoqué l’aide et les lumières. Ainsi, nous savons par une autre source d’information, que, peu avant la promulgation de l’édit, une commission de jurisconsultes et de hauts fonctionnaires s’était assemblée à Paris, pour donner son avis sur ce projet de réforme. Thomas Basin, évêque de Lisieux en Normandie, auteur d’un mémoire spécial sur la matière, fit partie de cette commission et s’y rencontra avec Pierre de Brézé, sénéchal de cette province. On peut aussi désigner particulièrement le chancelier Guillaume Jouvenel des Ursins comme ayant été l’un des principaux rédacteurs de la loi. Divers autres actes ou ordonnances secondaires furent publiés en conséquence de cet édit et pour en faciliter l’application. Ce fut seulement à la rentrée ou à la Saint-Martin (11 novembre 1454), que le parlement de Paris enregistra et commença d’appliquer la nouvelle législation2279.

326Charles VII, durant la période qui nous occupe, s’entourait, dans la vie intime, de favoris, d’intrigants, peu dignes de la confiance et de la familiarité qu’il leur accordait. Des plaisirs, que n’excusaient plus la pétulance de l’âge ou des entraînements juvéniles, occupaient la plus grande part de son temps et de son activité personnelle. Cependant l’histoire doit reconnaître que les conséquences d’une conduite si éloignée des devoirs imposés par la morale ne se faisaient que rarement sentir dans le domaine des intérêts publics. Charles VII, par une combinaison que l’on ne saurait ni absoudre ni surtout accepter pour modèle, conciliait jusqu’à un certain point ces termes qui semblent inconciliables : à savoir une existence voluptueuse, des actes de dévotion multipliés et le gouvernement assidu des affaires du royaume.

Nous aurons l’occasion de revenir spécialement sur 327le premier de ces articles. Un grand nombre de documents, que nous rencontrons sous les dates extrêmes qu’embrasse le présent chapitre, témoignent de l’activité que déployait le roi sous les deux derniers rapports que nous avons indiqués.

Les provinces nouvellement réunies à la couronne paraissent avoir excité de la part du roi une sollicitude spéciale. Dans le cours de l’année 1454, Charles VII prit possession du Commingeois, succession litigieuse qui déjà lui était légalement dévolue depuis un certain laps de temps. Ce prince, vers la même date, fortifia Bordeaux et rétablit (le 11 avril) la mairie de cette capitale. Charles VII éleva également une tour de défense pour protéger le pays de Bayonne. Cette tour fut construite sous les murs de Fontarrabie2280.

Il préposa aussi dans les places des capitaines sûrs et expérimentés. Don Martin Henriquez, d’une grande famille de Castille, fut nommé par le roi, le 14 novembre 1453, gouverneur du pays de Labour, dont Bayonne était la capitale. Des lettres patentes élevèrent à la dignité de maréchal de France Poton de Xaintrailles, qui désormais se fixa comme gouverneur militaire et termina ses jours en Guyenne. Dans ces lettres données le 1er avril 1454, il est dit que cet office étant devenu vacant, le roi a réuni en conseil, pour les consulter ad hoc, tous les chefs de guerre, et que Poton a été désigné à la 328nomination du roi par le suffrage unanime de ses rivaux et de ses pairs2281.

Le 23 mai 1457, Blaise Greslé (Gresle ou de Greelle), conseiller de Charles VII et l’un de ses familiers les plus dévoués, fut sacré en l’abbaye de Saint-Denis, près Paris, archevêque de Bordeaux. Il remplaça, dans ce poste éminent, le célèbre Pey Berland, qui avait toujours été hostile à la cause des Français. Diverses ordonnances accordèrent aux habitants de Bordeaux et de la Guyenne le pardon des actes de rébellion accomplis lors du soulèvement de 1452. D’autres eurent pour objet la protection de leurs intérêts commerciaux, le bon ordre de la province ou l’extension des privilèges locaux2282.

En Normandie, le soin de la conservation du territoire reconquis fût confié à la haute capacité militaire du comte de Dunois, toujours assisté du chevalier Flocquet et du sénéchal de la province, Pierre de Brézé. Par lettres du 5 mars 1454, Charles VII porta de 500 à 800 livres l’allocation annuelle affectée à la construction du nouveau château de Dieppe. Peu après, il convertit les divers 329impôts de la Normandie en une taxe fixe de 250,000 livres pour les gens d’armes. Deux diplômes royaux du mois d’avril confirmèrent les antiques immunités de l’abbaye de la Trinité, près de Rouen. D’autres lettres de 1454, 1455 et 1457, règlent le mesurage des grains à Rouen, homologuent les statuts des chirurgiens de la même ville et ceux des tailleurs de la ville de Caen2283.

Le 3 février 1454, Charles VII présida en grande pompe et au milieu de toute sa cour à la translation des reliques de saint Martin de Tours. Ces ossements furent placés dans une châsse magnifique, ouvrage d’un orfèvre tourangeau, nommé Jean Lambert, et dû en partie à la pieuse munificence du roi et de ses proches. Diverses lettres, données par ce prince de 1454 à 1457, concédèrent différents privilèges ou immunités judiciaires au chapitre de Tours, aux abbayes des Vaux-de-Cernay, de Clairvaux, de Saint-Ambroise, Saint-Laurent et Saint-Sulpice de Bourges ; de Saint-Arnould de Metz, de Sainte-Geneviève de Paris, et à l’hôpital du Saint-Sépulcre en cette dernière ville2284.

Parmi les nombreux actes législatifs émanés de la couronne, à cette époque, on en remarque plusieurs qui 330se rapportent aux intérêts généraux du commerce et de l’industrie. Telle est l’ordonnance du 21 mai 1455, qui accorde des privilèges aux maîtres des usines et forges du royaume ; celle du 16 juin suivant, par laquelle le roi exempte de l’imposition de 12 deniers pour livre les marchandises apportées aux foires ; celle du 15 octobre, même année, qui prohibe le transport des grains hors de France ; celle enfin du 18 décembre 1456, qui dispense du droit d’aubaine, pendant neuf ans, les familles d’émigrés que la guerre avait forcés de s’expatrier et qui rentraient dans leur pays, ou les étrangers qui, avant ce terme de neuf ans, viendraient se fixer dans le royaume. Le roi, par divers actes, tarifa de nouveau la valeur et le titre des monnaies d’or et d’argent ; il en régla le cours et la circulation. Il institua un atelier monétaire à Laon et tarifa de nouvelles règles aux ateliers déjà établis de Bordeaux, Tournay et autres2285.

Le gouvernement de Charles VII n’oublia pas, au temps de la prospérité, les services rendus au roi et à la cause nationale par des patriotes dévoués. Parmi les charges ou dépenses imputées sur les aides levés à Chartres pour l’exercice financier commençant au 1er octobre 1454 et finissant au dernier septembre 1455, on 331voit figurer l’article suivant :

Aux deux Bouffineaux et à Jehan Lesueur, pour leur pension, à chascun 50 livres.

Des bienfaits, ou privilèges, analogues à ceux qui ont été précédemment indiqués, se rapportent au Poitou, à la ville et au gouvernement de La Rochelle2286.

En 1454, une assemblée des trois états de la province réunis à Poitiers décida que l’on supplierait le roi de remplacer l’impôt des aides par un autre moins onéreux pour le peuple. En 1456, les trois ordres du Languedoc firent aussi parvenir au prince des réclamations, sous la forme de cahiers divisés par articles de remontrances. Les plaignants exposaient tout d’abord, entre autres causes de détresse, la cessation du commerce extérieur (qui avait suivi la condamnation de Jacques Cœur)2287.

Nous ignorons quel fut le sort des plaintes élevées par les contribuables poitevins. Mais nous savons que le gouvernement du roi prit en grande considération les griefs du Languedoc, et que ces réclamations furent en grande partie satisfaites. Tel est le sujet auquel est consacrée l’ordonnance royale rendue au château du Châtelard le 8 juin 14562288.

332Guillaume Cousinot, seigneur de Montreuil, avait rempli auprès du roi d’Écosse une mission politique au nom du roi de France. Le but de ce voyage était de préparer un concert d’action entre les deux souverains. Jacques II devait assiéger Berwick, ville d’Écosse occupée parles Anglais, tandis que, de son côté, Charles VII tenterait de reprendre sur eux à main armée la ville de Calais.

Guillaume de Monypenny, Écossais, seigneur de Concressault et familier de Charles VII, faisait partie de la même ambassade. Surpris en mer par une tempête, au moment où ils venaient de quitter le rivage écossais pour revenir en France, le navire qui ramenait la légation fit naufrage sur la côte d’Angleterre. L’équipage perdit ses biens et fut fait prisonnier des Anglais. Le seigneur de Montreuil, notamment, demeura trois ans en captivité. Il obtint enfin sa liberté, moyennant une excessive rançon ; et, de retour en France, il se vit hors d’état de la payer à l’aide de ses ressources personnelles. Charles VII, par lettres données à Bois-Sire-Amé le 4 juin 1455, imposa sur toutes les villes et greniers à sel de son domaine une crue, ou supplément d’impôt, pour acquitter la rançon de ce fidèle serviteur2289.

Nous ne pouvons enfin que mentionner collectivement plusieurs autres documents qui touchent pour la plupart aux intérêts commerciaux de divers points du territoire. Le plus ancien des actes auxquels nous faisons allusion est du 2 mai 1454, et le plus récent du 3333 juin 1457. Ils concernent les villes de Paris, Narbonne, les Vans en Languedoc, Reims, Ervy en Champagne, Rodez (et le Rouergue), Tournay, Dun-le-Roi, Montpellier, Toul, Limoges (et le Limousin), Langres, Toulouse et Lyon2290.

334Chapitre III
(1453 – 1458)

  • Guillaume de Lure ou Édeline.
  • Mœurs du clergé.
  • Jean V, comte d’Armagnac.
  • Canonisation de saint Vincent Ferrier.
  • Réhabilitation de Jeanne d’Arc.
  • Querelle de l’Université de Paris avec les ordres mendiants.

Guillaume de Lure, nommé aussi Guillaume Édeline, Adeline, Eudeline et Hameline, fut d’abord moine bénédictin de l’abbaye de Lure, en la comté de Bourgogne. Il tirait de là ce nom de Guillaume de Lure sous lequel il a été désigné. Docteur en théologie, il était, en 1448, prieur de Saint-Germain en Laye, près Paris, membre dépendant de l’abbaye de Coulombs, au diocèse de Chartres, et de l’ordre de Saint-Benoît. Puis il changea de religion, c’est-à-dire d’ordre ou de règle, et s’affilia, comme augustin, à cette famille monacale des mendiants, qui, par la prédication, par son contact immédiat et quotidien avec le peuple, exerça sur les masses une action si puissante au quinzième siècle. Guillaume se rendit ensuite à Poitiers (où s’était également retiré frère Richard, après la capture de la Pucelle), et se fit agréger au corps des professeurs de théologie dans l’Université de cette ville2291.

Revêtu de ce titre, il se livra de nouveau à la propagande 335oratoire ; et partout où il se fit entendre, il entraîna la multitude à ses sermons. Mais, suivant le témoignage de Pierre Mamoris, son contemporain, Guillaume avait plus d’art que de science. Il prêcha surtout, dit Mamoris, cette doctrine que la sorcellerie n’était qu’une illusion fantastique, ce qui fit que cette secte abominable devint plus nombreuse que jamais. Frère Guillaume fut arrêté sur le territoire de l’évêque d’Évreux, nommé Guillaume de Flocques, et mis en jugement sous l’autorité de ce prélat2292.

L’inquisition poursuivit, de concert avec l’ordinaire, cette procédure criminelle. Le malheureux prédicateur avoua, si l’on en croit le bénédictin Jean Chartier, s’être donné à l’ennemy d’enfer (le diable), pour accomplir ses plaisirs et délices mondaines et par espécial pour faire à sa volonté d’une dame chevaleresse (femme d’un chevalier) comme on disoit. En décembre 1453, Édeline fut mitré, échafaudé, prêché publiquement, Guillaume fut enfin condamné à garder prison perpétuelle en une basse-fosse, au pain et à l’eau. Il mourut, peu de temps après, dans cet état de pénitence2293.

336À cette même époque, frère Didier, autre prédicateur, des Mendiants, recevait le vin de ville à Montdidier, et prêchait, escorté d’une garde d’honneur ; tandis que, toute affaire cessante, un autre poste militaire veillait à la sûreté de la ville. En ce qui concerne Guillaume de Lure, la crédulité qui entache si visiblement le témoignage de ses biographes, jette sur son histoire une confusion totale. Cette obscurité ne nous permet pas de nous faire une idée exacte de la véritable moralité de ce personnage. Il est difficile de distinguer s’il se rendit coupable d’écarts réellement condamnables, ou bien, si, devançant son siècle, comme Thomas Couette et plusieurs autres, il n’expia point, par d’injustes rigueurs, le mérite et le courage d’avoir fait entendre à ses contemporains des vérités utiles. Les ordres religieux, en effet, au quinzième siècle, présentaient déjà les signes d’une manifeste décadence. Chez les mendiants en particulier, l’anarchie de la règle et l’indiscipline nécessitèrent, plus d’une fois, durant cette période, l’intervention de l’autorité supérieure, tant civile qu’ecclésiastique2294.

337Il est juste d’ajouter que les mêmes désordres et le même relâchement existaient au sein de la hiérarchie séculière et dans tous les rangs du clergé. À vérité dire, ainsi s’exprime Jacques du Clercq, chroniqueur picard, plusieurs gents d’Église et le plus (la plupart) en ce temps et longtemps paravant, estoient si dissolus au péchié de luxure et d’avarice, ambition et ès délices mondains, que ce seroit pitié à le mettre par escript et aussi bien les grands, comme prélats et autres, que les povres prestres [religieux], mendiants et aultres. Le même auteur et beaucoup de ses contemporains appuient cette observation sur des faits authentiques et caractérisés2295.

Vers la fin de juin 1455, Jean Jouvenel des Ursins, archevêque de Reims, frère du chancelier, réunit à Soissons, avec l’autorisation du roi, un concile provincial. L’objet principal de cette assemblée était de réformer les mœurs du clergé. Et entrautres fut conclud et délibéré que, de là en avant, mulz prebstres ne tenroient aveuc eulx plus nulles meschines, sous paine de confiscation de leurs bénéfices et estre pugnis à la discrécion du dit archevesque ; dont plusieurs desdits gens d’Église furent mal contens et y ot grant murmure par tout l’archeveschié et les pays d’environ. Mais, quelque chose qui en fust apoinctié néantmoins ne se tint 338ledict appoinctement guères de temps ; et fist chacun comme il avoit accoustumé2296.

Après la mort de Jean IV, comte d’Armagnac, Jean V, son fils, lui succéda en 1450. Ce jeune prince, né vers 1420, avait été nourri et élevé à la cour du roi. Aussi, lorsque Jean V prit possession de la couronne comtale, Charles VII, libéralement, lui rendit la plupart des terres confisquées sur Jean IV. Il lui donna même, en pur et gracieux don, la somme de dix mille écus pour l’aider à recouvrer quelques-uns de ses domaines engagés. On a vu que Jean V, gracié ainsi que son père, contribua militairement au recouvrement de la Guyenne. Toutefois, dans les veines du comte Jean, circulait le sang des Armagnac. Digne fils de son père, il avait reçu de lui, avec un naturel véhément, emporté, ces traditions féodales, qui entraînaient les fougueux barons du Midi jusqu’à mépriser toute entrave morale ou légale. Jean IV laissait une fille, nommée Isabelle, plus jeune de douze ans que le comte Jean, son frère, et qui estoit tenue, pour ce temps, une des belles femmes du royalme de France. Jean V s’éprit d’amour 339pour sa sœur et la rendit mère de deux enfants2297.

Charles VII, instruit de ce scandale, dut intervenir comme prince chrétien et comme justicier du comte. Il s’adressa de sa personne à Jean V, lui envoya de graves ambassadeurs et fit tant par ses instances, qu’il obtint de lui un désistement formel de sa conduite, ainsi que la solennelle promesse de n’y plus retomber. À cette condition, le roi de France intercéda auprès du saint-siège, et le pape Nicolas V consentit à lever la sentence d’excommunication qui avait été précédemment prononcée contre Jean. Mais ce dernier, oubliant bientôt sa promesse, continua ses relations coupables avec sa sœur, dont il eut un troisième enfant. Vers le mois de mars 1455, Nicolas V frappa le délinquant d’un nouvel anathème. Charles VII, de son côté, résolut de sévir par les voies temporelles2298.

Pour ce qui concerne le roi de France, d’autres griefs, relevant de la politique, se mêlaient à ces considérations d’ordre moral. Aussitôt qu’il eut succédé à Jean IV, Jean V reprit identiquement les errements paternels. Il battit monnaie, s’intitula par la grâce de Dieu et s’attribua, en un mot, les droits régaliens. Lorsque, en 1454, les commissaires de Charles VII prirent possession du comté de Comminges, Jean V renouvela ses prétentions et protesta autant qu’il était en son pouvoir. Peu 340de temps après, le siège archiépiscopal d’Auch était devenu vacant, Philippe de Lévis, sujet de Charles VII et allié de plusieurs favoris du roi, fut régulièrement pourvu de ce siège. Mais le comte d’Armagnac, au mépris des canons, de l’autorité royale et du pape, força les chanoines d’Auch à casser cette élection. Il les contraignit en outre à déclarer de nouveau la vacance du siège et à nommer pour archevêque Jean de Lescun, son frère bâtard2299.

Le comté d’Armagnac, pour couvrir son odieuse récidive, avait voulu faire consacrer sa liaison incestueuse par un mariage légal. À cet effet, il sut se conquérir l’assistance d’un clerc, instruit et ambitieux, nommé Ambroise de Cambrai, membre d’une famille puissante et attaché à Louis, dauphin de France. Ambroise de Cambrai, doyen de la faculté de décret à Paris, puis référendaire du pape à Rome, fabriqua, de concert avec un autre notaire apostolique, nommé Jean de Volterre, une fausse bulle de dispense, qui autorisait le comte à épouser sa propre sœur. Une fois possesseur de cette pièce, Jean V intimida plus aisément un de ses chapelains, nommé Guy, et le contraignit à célébrer ce mariage2300.

Le roi de France et le pape ayant été informés de cette fraude, Charles VII députa vers Jean V le respectable 341Bernard d’Armagnac, comte de la Marche, oncle de Jean, assisté de Jacques, comte de Castres, fils de Bernard, et de la dame d’Albret (Anne d’Armagnac), tante du même Jean V. Ces trois personnes allèrent trouver le comte en sa ville de Lectoure et renouvelèrent leurs instances. Anne d’Albret s’adressa particulièrement à Isabelle, qu’elle avait mission de recueillir. Elle rencontra peu de résistance auprès de sa jeune parente. Isabelle se sentait émue et troublée d’être tombée dans un abîme où la violence l’avait entraînée et dans lequel elle était retenue par l’intimidation. Mais Jean V se montra intraitable, et peu s’en fallut qu’il repoussât les mandataires du roi par la force brutale2301.

Le 11 mai 1455, le roi donna ordre aux comtes de Clermont et de Dammartin ainsi qu’à Jean Bureau, d’arrêter Jean d’Armagnac et sa sœur, partout où on pourrait les saisir, et de séquestrer ses terres, châteaux et autres biens quelconques. Une armée de vingt-quatre mille hommes, formée principalement des garnisons de la Guyenne, se réunit vers le cours supérieur de la Loire, et entra, sur la fin de ce mois, en Armagnac et en Rouergue. Le comte de Clermont, prince du sang et lieutenant général en Guyenne, avait été chargé du mandement judiciaire ou sommation du roi au vassal rebelle. Il fut en même temps préposé au commandement des troupes, avec l’assistance des comtes de la Marche, de Dammartin et de Ventadour. Il avait également sous ses ordres les maréchaux Lohéac et Xaintrailles, les sires de Montgascon, de Torcy, d’Orval, de Blanchefort, Joachim Rouault, 342Théodore de Valpergue, bailli de Lyon, Robert de Flocques, bailli d’Évreux, etc.2302

Les négociations se poursuivaient au moment où s’ouvrirent les hostilités. Jean V envoya vers le roi de France, à Bourges, Bégon, seigneur d’Ambeyrac, chevalier, à titre d’ambassadeur. Le comte, instruit de l’expédition dirigée contre lui, rassembla ses barons, arma ses vassaux, ses paysans, et mit principalement en défense sa ville forte de Lectoure, qui fut immédiatement assiégée du 24 au 27 juin 1455. Mais se sentant hors d’état de résister avec succès à des forces si imposantes, il s’enfuit précipitamment de Lectoure à l’aide d’un déguisement, laissant pour lieutenant général Charles d’Armagnac, son frère. Le comte d’Armagnac se retira en premier lieu dans la vallée d’Aure (Hautes-Pyrénées). Poursuivi et chassé de cette retraite, il se jeta en Aragon, où il possédait quelques châteaux, entraînant à sa suite Isabelle. Là, il habita durant un certain temps la ville de Pailhès, située à la frontière de France. Peu de mois suffirent à l’armée royale pour réduire à l’obéissance les deux pays du baron insurgé, qui comptaient, indépendamment de Lectoure, dix-sept places à pont-levis. Philippe de Lévis fut en outre rétabli d’autorité dans le siège archiépiscopal d’Auch2303.

La guerre d’Armagnac se fondait sur les motifs les plus graves et les plus légitimes. Mais en même temps 343s’agitaient autour de Charles VII les intérêts privés de ses familiers. Les Lévis, les Aubusson, les Comborn, ne perdaient pas de vue la perte ou le gain que l’expédition devait entraîner pour eux, et le conseil du roi était quotidiennement entretenu de leurs affaires. La bonne reine, Marie d’Anjou, toujours dévouée à son époux, toujours prête à lui complaire, voulut contribuer aussi à cette entreprise militaire. Elle arma et équipa à ses frais trois de ses jeunes écuyers, qu’elle avait élevés comme enfants d’honneur, et qui prirent part à la campagne d’Armagnac. Antoine de Chabannes commandait le corps d’armée chargé de soumettre le Rouergue. Il obtint, comme récompense de ses succès, l’office de la sénéchaussée de Carcassonne et diverses terres qui servirent à augmenter sa fortune, déjà très opulente2304.

Cependant Jean V avait été ajourné à comparaître le 20 novembre 1456, à Paris, devant la cour du parlement. Le 24, un jugement de contumace fut rendu contre le défaillant, ajourné derechef pour le 15 mai 1457. Telle était l’autorité nouvellement recouvrée par le pouvoir royal, que Jean V, presque sans perspective de succès possible, obtempéra, par contrainte autant que par respect, à cette deuxième sommation. Le 34414 mars 1458, Jean V, comte d’Armagnac, comparut en personne, dans la grand-chambre du palais, devant la cour du parlement, à huis clos. Jean récusa d’abord les magistrats, prétendant être pair, comme descendant du sang royal, et être jugé en cour de pairie, par des pairs. Ce déclinatoire fut repoussé, attendu que sa descendance royale était féminine, et la cour passa outre2305.

Jean V voulait plaider la légitimité de son mariage, attendu sa bonne foi et les assurances du référendaire Ambroise, dont lui-même, disait-il, avait été dupe. Mais il ne trouva qu’à grand-peine, parmi les membres du barreau parisien, un avocat nommé Poignant, qui, moyennant de grandes libéralités, consentit à se charger de sa cause. Après quelques pas faits dans la procédure, le défenseur conseilla la fuite à son client. Jean d’Armagnac, prisonnier sur parole, mais libre de sa personne, avait d’abord obtenu la provision ou cession provisoire du tiers de ses revenus, évalué à dix mille couronnes d’or. La cour lui permit également de se loger à la proximité de Paris, de trois lieues, puis de six. Vers la fin de l’année 1458, le comte prit sa résidence à Bruyères-le-Châtel, manoir fortifié, près Corbeil. Puis, voyant sa cause empirer, il s’enfuit (novembre 1459) hors du royaume. Jean V alla d’abord trouver 345Philippe le Bon, qui, probablement en souvenir du connétable Bernard et de son père, Jean sans Peur, refusa de le recevoir. Jean V visita ensuite le dauphin à Genappe. Il se rendit enfin à Nozeroy, chez le prince d’Orange, son parent et allié2306.

Le 13 mai 1460, après trois édits de ban sur défaut, Yves de Sepeaulx, premier président, à la requête du procureur général Jean Dauvet, prononça en la grand-chambre du parlement de Paris un arrêt solennel contre Jean V, comte d’Armagnac. Jean fut déclaré coupable d’inceste, de rébellion, de conspiration avec les Anglais ; criminel de lèse-majesté. La sentence pénale lui laissait la vie sauve, mais le bannissait à perpétuité du royaume et confisquait tous ses biens2307.

Jean V, proscrit, sans ressources, parvint jusqu’à Rome, où il implora la miséricorde et la protection du souverain pontife. Pie II reçut le coupable, incliné devant son tribunal et venu à résipiscence. Jean V s’obligea pour l’avenir, et comme pénitence, à s’éloigner de sa sœur, à jeûner, certains jours, un temps limité ; à servir militairement le saint-siège contre les infidèles, suivi d’au moins vingt-cinq lances à cheval, et à payer cinq mille écus pour la réparation d’églises et de monastères. Isabelle d’Armagnac aussitôt prit le voile en 346l’abbaye du Mont-Sion, à Barcelone. Le 12 septembre 1460, Pie II écrivit à Charles VII pour lui annoncer la soumission du pénitent et pour invoquer en sa faveur l’indulgence royale. Mais le roi ne se laissa point fléchir par ces prières. Jean V se retira en Aragon, dans la ville d’Aínsa-Sobrarbe, où il vécut misérablement jusqu’à l’avènement de Louis XI2308.

Calixte III, successeur de Nicolas V, était Espagnol de naissance et se nommait Alphonse Borgia. Dans sa jeunesse, il avait connu à Valence le dominicain Vincent Ferrier, son compatriote, et ce dernier lui avait prédit son futur pontificat. Calixte III, élu pape le 8 avril 1455, à l’âge de soixante-dix-huit ans, rendit, le 29 juin suivant, une bulle pour canoniser cet illustre docteur. Nous avons dit l’influence considérable que Vincent Ferrier exerça sur les affaires publiques de la France par ses rapports ou son intervention personnelle, et plus encore par ses doctrines et par ses disciples2309.

Vincent Ferrier était mort à Vannes, où il avait été pieusement recueilli par la duchesse Jeanne de France. Cette princesse portait au dominicain de Valence une 347dévotion particulière. Jusqu’à la venue du saint en Bretagne, l’union de Jeanne, mariée à Jean VI, était demeurée longtemps stérile. La duchesse eut, en 1418, un fils nommé Pierre, et elle attribua depuis à l’influence du saint son heureuse fécondité. Pierre II, qui portait la couronne de Bretagne eu 1455, continua envers saint Vincent Ferrier le culte dont sa mère lui avait donné l’exemple. Il contribua très activement par ses instances et par ses avances pécuniaires à obtenir de Rome et à poursuivre les opérations relatives à cette canonisation2310.

Dans la nuit du 4 au 5 avril 1456, le corps de saint Vincent Ferrier fut solennellement levé de l’église cathédrale où il avait été déposé à pareille date, en 1419, par les soins de la duchesse Jeanne. Le duc Pierre II, la duchesse sa femme, toute sa cour, quatorze prélats, tant archevêques qu’évêques, et une multitude de témoins assistèrent aux cérémonies qui furent célébrées à cette occasion. Le cardinal de Coëtivy, breton et légat du pape, présidait ces solennités. Il fit agréer à la duchesse, à titre de don personnel, la ceinture du bienheureux, son bonnet doctoral et un doigt de sa main2311.

348Au moment où le pacificateur Vincent Ferrier recevait ainsi, les honneurs, suprêmes que la vénération du moyen âge décernait à ses héros, une autre solennité, qui n’est pas sans rapport avec ce dont il vient d’être parlé, se célébrait à Rouen. Cette dernière avait pour objet la mémoire de la Pucelle.

Dès le jour où Charles VII ouvrit les yeux sur l’indigne sacrifice de cette glorieuse victime, un véritable retour s’était opéré à cet égard dans sa conscience. Nous avons recueilli et noté avec soin, ci-dessus, toutes les circonstances qui, depuis 1436, attestent cette modification morale de la part du roi de France. On l’a vu, aussitôt maître de Rouen, donner cours à ce projet de réparation, évidemment nourri et médité antérieurement. Guillaume d’Estouteville, prélat normand et cardinal romain, prêta dès lors au roi, par ses négociations auprès du saint-siège, un secours précieux. Durant sa légation auprès de Charles VII, ce prince de l’Église mit activement la main à l’œuvre judiciaire que Guillaume Bouillé avait déjà commencée par ordre du roi. Obligé de retourner au delà des monts, le cardinal, en 1452, avait confié à des délégués cette œuvre interrompue. Lui-même, l’année suivante, devint métropolitain de Rouen (la ville du supplice), et succéda, sur ce siège, à Raoul Roussel, qui l’avait occupé, depuis 1444, sous la domination des Anglais2312.

349Toutes ces circonstances, toutes ces lenteurs, étaient indispensables pour arriver sûrement au but que l’on se proposait. Il s’agissait, en effet, d’amener l’Église elle-même à se déjuger. Il fallait obtenir en ce sens, et du chef de la catholicité, un acte souverain d’initiative. Or, entre autres difficultés, l’auteur de cet acte ne pouvait heurter de front le roi d’Angleterre, puissance orthodoxe, et que le pape avait particulièrement à ménager, dans la situation critique où se trouvait le saint-siège. On saura bientôt à quel prix, par combien de labeurs et par quelles solutions Charles VII parvint à triompher de ce problème.

Le 11 juin 1455, Calixte III rendit une bulle, qui confiait à divers commissaires ecclésiastiques le soin de réviser l’arrêt prononcé en 1431 contre la Pucelle. Le mandement du pape se fonde en préambule, sur la requête privée de la famille, savoir : Isabelle Romée, assistée de Jean et de Pierre d’Arc ou du Lis. Mais, du préjudice éclatant causé à l’équité ; du roi de France ; d’un ministère public, pour employer à dessein ces mots qui, nous le savons, forment ici anachronisme ; de tout cela, il n’est fait aucune mention dans l’acte pontifical. Ces commissaires étaient l’archevêque de Reims, l’évêque de Paris (Guillaume Chartier) et Richard Olivier de Longueil, évêque de Coutances ; tous trois conseillers du roi et jouissant auprès de lui du crédit le plus notable. Ils devaient s’adjoindre l’inquisiteur de la foi (pour le Nord) au royaume de France, et le promoteur de Beauvais, attendu que la cause primitive avait été poursuivie par l’évêque de ce siège2313.

350Le premier de ces commissaires se nommait Jean Jouvenel des Ursins. Frère du chancelier de France, il avait d’abord succédé à Pierre Cauchon, comme évêque de Beauvais, puis à Regnault de Chartres, métropolitain et complice de Cauchon, comme archevêque de Reims. L’évêque de Paris tenait dans sa main l’Université. Richard Longueil, ultramontain, était, vis-à-vis du pape, comme un gage pour les doctrines et pour les intérêts moraux du saint-siège. Quant à l’inquisiteur, nommé Jean Bréhal, il avait remplacé, dans cet office, Jean Graverand, dont le concours direct n’avait pu être obtenu, en 1451, par les persécuteurs de la Pucelle2314.

Pierre Cauchon, Regnault de Chartres, Georges de La Trémoille, les véritables coupables de cette odieuse iniquité, étaient morts dans l’intervalle. L’un des juges seulement subsistait. C’était le malheureux Jean Lemaître, qui avait siégé contraint et forcé, et qui, par faiblesse, s’était associé à la détestable sentence. La famille de Cauchon se présenta pour répudier cet héritage moral, mais en même temps pour exciper de l’amnistie, relative à la recherche des opinions et des faits politiques du passé, amnistie stipulée, en 1449, par le traité de Rouen. Les juges de 1455 accueillirent cette exception. Ils adjugèrent aux requérants la garantie demandée. Quant à Jean Lemaître, par une convention tacite et spéciale, il fut considéré, non pas comme vif, non 351pas comme mort, mais comme absent. Le dernier juge de Jeanne termina ainsi ses jours : il s’évanouit de ce monde sans autre expiation que celle des tourments de sa conscience. Il subit, pour tout châtiment, celui de survivre à sa victime et d’assister, sans être vu, à la réhabilitation de l’héroïne2315.

Le 7 novembre 1455, en présence des juges dénommés, la mère de la Pucelle, accompagnée de ses deux fils, se présenta dans l’église de Notre-Dame de Paris et demanda justice. La requête fut solennellement admise. Un avocat habile et distingué, membre de l’Université de Paris, nommé Pierre Mauger, prit en main la poursuite judiciaire de la cause. Des procureurs fondés, tous gens de marque et de capacité, furent donnés aux plaignants, évidemment avec le concours et par ordre de l’autorité royale, pour représenter les demandeurs à Rouen et dans les divers lieux où ils devaient ester2316.

Avant même de commencer l’instance, des consultations favorables avaient été obtenues des plus célèbres avocats et jurisconsultes romains, de la rote, ou consistoriaux. Dans le cours du procès, les demandeurs produisirent également d’autres avis analogues. Ces avis, motivés, avaient pour auteurs Jean de Gerson — qui avant de mourir avait, comme on sait, fait entendre sa voix en faveur de la victime — , et, en second lieu, des prélats ou docteurs, dont le témoignage venait récemment d’être invoqué. Tels étaient l’évêque de Périgueux, 352nommé Hélie de Bourdeilles, cordelier, élu, par les suffrages unanimes du chapitre, à ce siège en 1447 ; l’évêque de Lisieux, Thomas Basin, ami du sénéchal Pierre de Brézé ; l’évêque du Mans, Martin Berruyer, qui participa, vers le même temps, à la canonisation de saint Vincent Ferrier ; et enfin l’évêque d’Avranches, Jean Bochard, natif de Saint-Lô, qui avait succédé à Gérard Machet dans l’office de confesseur du roi. À ces noms il faut joindre encore ceux de plusieurs autres docteurs français et étrangers, comme Jean de Montigny, Guillaume Bouillé, Robert Ciboule et d’autres, qui délibérèrent, soit spontanément, soit à la requête des parties, ou de Jean Bréhal, inquisiteur du saint-office2317.

De nouvelles informations judiciaires sur la vie de la Pucelle, avant et après sa captivité, eurent lieu dans son pays natal, à Rouen, à Orléans, à Paris et ailleurs. Ces témoignages sont, en général, pleins d’intérêt. Ceux de son pays surtout forment avec le procès de condamnation, c’est-à-dire avec les actes de son martyre, le plus beau titre de gloire de l’héroïne. Ces dépositions des compatriotes de Jeanne d’Arc respirent un parfum de sincérité, de droiture et de sympathie, qui remplissent le cœur d’une pure et noble émotion. Mais on n’en saurait dire autant des autres. Les dépositions des témoins français, recueillis d’ailleurs et coordonnés avec peu de soin, de talent et d’intelligence, présentent à l’observateur un tableau confus, mutilé, dans lequel manque, du moins en partie, un élément moral de premier ordre : 353l’indépendance cordiale et sincère du déposant. Les questionnaires employés pour ces interrogatoires avaient été rédigés, avec un art méticuleux, en faveur des premiers juges, de leurs héritiers ou de leur mémoire. La procédure semblait avoir plutôt pour but de sauvegarder ces juges, ou leurs auxiliaires, et de les préserver de toute atteinte, que de faire éclater leur conduite coupable et l’innocence de la victime2318.

Dans l’intervalle des deux procès, en effet, le vent de la Fortune avait changé. Le roi de Bourges était devenu le roi de France. Pour beaucoup de simples esprits, Jeanne, de sorcière, s’était changée en sainte, parce que Dieu, parce que le succès avait couronné l’œuvre à laquelle Jeanne s’était consacrée. Parmi les persécuteurs de la Pucelle, quelques-uns, tels que Thomas de Courcelles et d’autres, ralliés à la cause de Charles VII, occupaient une position considérable et fondée sur de véritables titres ou services. De là, entre le langage ou l’attitude tenus par les mêmes hommes en 1429 ou 1431, d’une part, et en 1450 ou 1455, de l’autre, une différence sensible. De là, ce genre d’anomalie que le moraliste a lieu de contempler dans tous les temps, lorsqu’il observe les vicissitudes de l’histoire et de la politique. Dans l’espèce qui nous occupe et comme spécimens à cet égard nous pouvons citer les témoignages de Raoul de Gaucourt et de Jean, comte de Dunois. Ces deux chefs de guerre, si sceptiques et si durs à l’égard de Jeanne, lors du siège d’Orléans, ces deux chefs, interrogés pour 354le second procès, ne tarirent pas sur la sainteté de Jeanne, sûr ses talents militaires, sur la sûreté de son coup d’œil et la vérité de sa mission2319.

Enfin, le 7 juin 1456, les juges commissaires, dans une audience solennelle, rendue au palais archiépiscopal de Rouen, en présence de Jean du Lis, frère de Jeanne, et d’autres procureurs de la famille ou témoins, prononcèrent la sentence. Le jugement de 1431 fut déclaré injuste, mal fondé, inique, cassé et frappé de nullité. Aux termes de la sentence, ce même acte dut en outre être publiquement proclamé et signifié le lendemain à Rouen : 1° sur la place et en l’église abbatiale de Saint-Ouen ; 2° sur la place du Vieux-Marché où avait eu lieu le supplice. Une procession, accompagnée de sermon, fut célébrée à cette occasion. Une simple croix s’éleva d’abord sur la place qu’avait illustrée le bûcher de Jeanne d’Arc. Des cérémonies analogues s’accomplirent à Orléans et peut-être ailleurs. Elles devinrent l’origine ou point de départ des institutions et des monuments ou édifices qui, jusqu’à ce jour, ont servi (d’une manière si imparfaite) à commémorer ce personnage historique2320.

Parmi les hommes qui s’associèrent comme auxiliaires ou comme témoins à la révision de 1455, il convient de signaler, indépendamment de ceux que nous avons 355déjà nommés, Jean Soreth, général des Carmes ; Jean de Vernon et Jean Foret, du même ordre ; les deux premiers Normands, et le second prieur du couvent de la place Maubert à Paris ; Jean Fabri (Augustin), assesseur du premier procès, juge subdélégué du second, et devenu entre ces deux événements évêque in partibus de Démétriade ; Jean Pâquerel (Augustin), aumônier de la Pucelle, religieux de cet ordre au couvent de Bayeux en 1455 ; Martin Ladvenu, qui assista la patiente à ses derniers moments ; Gérard Gehé, Hector de Coquerel, et autres docteurs ou personnages considérables2321.

À ces noms nous croyons devoir joindre, en dernier lieu, celui de Robert Blondel. Le principal manuscrit du procès de réhabilitation se termine par un poème latin, transcrit à la suite des écritures authentiques et par la main des mêmes copistes2322. Ce poème est consacré à la glorification de la Pucelle et de son principal exploit : la levée du siège d’Orléans. Au mètre des vers, à la touche ou style poétique, à diverses particularités historiques, il est difficile de ne pas reconnaître que ce morceau fut composé, probablement à cette occasion, par l’auteur de la Complainte des bons Français, alors chapelain de la reine et précepteur de Charles de Berry, fils puîné de Charles VII2323.

356Le procès de cassation fut sans contredit un acte louable, et qui donna quelque satisfaction à la conscience humaine ainsi qu’à la morale publique. L’histoire doit tenir compte à Charles VII de cet acte, si péniblement et si tardivement dû à ses négociations habiles, à sa persévérance opiniâtre. Mais il est juste d’ajouter que ce prince en recueillit les fruits les plus directs et les plus réels. Charles VII, en effet, se trouvait atteint, par la condamnation, d’un grief extrêmement grave, si l’on se place au point de vue des idées qui régnaient au quinzième siècle. Le roi de France demeurait implicitement compris dans la sentence d’hérésie et de sorcellerie qui avait frappé la Pucelle. L’arrêt de 1456 fut donc pour lui-même une réhabilitation nécessaire.

Quant à la libératrice et à sa gloire, il ne ressortit pour elle de cet acte qu’un médiocre résultat. Le jugement des prêtres anglais et le supplice infamant de 1431 suffirent pour interrompre le légitime enthousiasme et l’espèce de culte dont la Pucelle avait été antérieurement l’objet de la part de ses coreligionnaires politiques. Même après l’arrêt de 1456, le trouble et le doute, déjà semés par la mystification de la Fausse-Pucelle, subsistèrent dans les consciences. Cinquante ans environ après la mort de Jeanne d’Arc, toute notion exacte et 357vraie de cette héroïne s’était éteinte, avec les témoins oculaires, au sein des nouvelles générations. Dès lors un type romanesque, arbitraire, un masque changeant, mais toujours mensonger, recouvrit en quelque sorte, de siècle en siècle, cette noble figure. Nous croyons pouvoir à juste titre revendiquer pour l’érudition moderne et contemporaine2324 le mérite d’avoir enfin dissipé ces erreurs et restitué à ce modèle ses véritables traits historiques.

Le procès de révision coïncide chronologiquement avec un fait moins éclatant, mais qui nous paraît digne toutefois d’être ici rappelé. L’Université de Paris, comme tous les corps anciens et pourvus de privilèges, portait un zèle extrêmement jaloux aux prérogatives dont elle était nantie. Dès le treizième siècle, mue par cet esprit exclusif, elle avait refusé d’admettre au bénéfice de ses grades et de ses avantages, ou immunités, les membres du clergé régulier qui venaient s’instruire à ses leçons et solliciter ses diplômes. L’Université s’était, particulièrement mise en lutte, pour ce motif, avec les ordres mendiants.

Plus d’une fois, sous l’autorité de Charles VII, la Fille aînée des rois de France revendiqua ses antiques privilèges avec arrogance et ne craignit pas de compromettre la paix publique, en renouvelant l’abus scandaleux des cessations. Charles VII sut contenir ces écarts d’une main ferme et sage. Il réforma, comme on l’a dit, l’Université parisienne, lui donna des émules et la soumit au 358joug salutaire de l’unité légale, ainsi que de l’égalité devant la loi.

Vers la fin de 1455, la querelle des Mendiants se réveilla. Les frères mineurs obtinrent du pape une bulle qui les associait au corps universitaire et qui fut déposée, pour être mise à exécution, entre les mains de Guillaume Chartier, évêque de Paris. Dès que l’Université eut connaissance de ce fait (mai 1456), elle tint une assemblée générale et déploya la plus grande activité afin de s’opposer à l’exécution de l’ordre pontifical. Dans le même temps (19 juin), Jean Bréhal, supérieur des Jacobins, prenant à son tour l’offensive, censura l’Université, en incriminant, comme inquisiteur de la foi, l’orthodoxie d’une thèse récemment soutenue par un théologien de l’École parisienne. Guillaume Bouillé ainsi que d’autres docteurs se portèrent au secours de l’Université. Ils consacrèrent au parti de la défense les talents remarquables et la haute réputation dont ils jouissaient. Les apologistes de la Pucelle se divisaient ainsi, sur une difficulté accessoire avant le prononcé de la sentence qui devait couronner l’œuvre commune, c’est-à-dire le procès de réhabilitation, pour lequel ils avaient associé leur zèle et leurs efforts. Cette guerre de l’Université contre les Mendiants se prolongea quelques années encore. Elle se termina en 1458 par une transaction, qui donna finalement gain de cause aux religieux, dans leurs prétentions principales et les plus légitimes. Cette conclusion amiable fut en grande partie l’œuvre du connétable de Richemont. Interprète des vues élevées du roi de France, Richemont s’était acquis 359en effet une grande autorité auprès des Parisiens, dans le gouvernement, presque dictatorial, qu’il exerça depuis la réduction, au sein de la capitale2325.

360Chapitre IV
(1454 – 1er septembre 1457)

  • Retraite de Louis, dauphin, dans les États de Bourgogne.
  • Alliances du roi : Savoie, Castille, Portugal, Aragon, Navarre, Palatinat, Danemark, Écosse, cour de Rome.
  • Menaces et conspirations.
  • Le roi se prépare à la guerre.
  • Il prend l’offensive contre les Anglais.
  • Expédition de Sandwich.

Louis, fils aîné du roi, continuait de suivre les errements que nous avons retracés. Il se contint en son Dauphiné, dit Chastellain, faisant bonne chère ; amoit par amours, maintenoit gens d’armes, traveilloit fort son pays, ses voisins visitoit, et le duc de Savoie, son beau-père, ploia tout à sa guise ; mesme par armes et à haute main… En 1454, le duc de Bourgogne et le roi de France durent intervenir. Ils dictèrent au prince royal, ainsi qu’au duc, un traité qui pacifiait à la fois les griefs des deux parties et sauvegardait les intérêts des puissances limitrophes2326.

De nouveaux griefs vinrent encore accroître le mécontentement du père contre le fils et la mésintelligence qui les divisait depuis longtemps. Louis, pour subvenir à ses entreprises téméraires, avait fini par engager ou tenter d’aliéner plusieurs terres du domaine delphinal. Ces mesures ou ces expédients (que le roi lui-même avait employés dans sa détresse), excédaient les pouvoirs du dauphin administrateur et les termes du contrat fondamental 361par lequel cette province avait été réunie à la couronne2327.

Du 17 avril au 21 juillet 1456, Louis envoya successivement à son père trois ambassades ou messages ; tout remplis de vagues protestations et de captieuses demandes. Louis espérait non seulement gagner du temps, mais duper le roi par ses mensonges diplomatiques. Il voulait obtenir une sorte de blanc seing qui lui restituât l’indépendance et le déclarât indemne2328.

Au fond de ce déplorable conflit, des motifs graves d’animosité se cachaient de part et d’autre sous les griefs officiels et avoués de la politique. Louis alléguait pour prétexte la conduite privée du roi de France. Il stigmatisait avec indignation l’asservissement du souverain à une tourbe de favoris et de favorites, tandis que le sceptre royal était aux mains de la dame de Villequier. Mais cette allégation, bien que fondée sur des faits vrais, manquait absolument, dans la bouche qui les invoquait, de valeur et de sincérité. Les mœurs vulgaires et dissolues du jeune prince ne lui permettaient pas d’exercer, vis-à-vis du roi (n’eût-il pas été son père), une pareille censure. On le verra bientôt, d’ailleurs, pactiser avec cette même courtisane, entretenir avec elle des négociations secrètes, volontaires et intéressées2329.

362Louis XI, alors âgé de vingt-trois ans, montra dès cette époque tout ce qu’il fut sur le trône. La nature avait donné à ce prince des instincts d’égoïsme et de domination servis par une volonté de fer, indomptable, par une intelligence souple, vivace, pleine de subtilités et de ressources. Son intérêt personnel, élevé plus tard à la hauteur de raison d’État, lui servit toujours de règle unique et ne connut jamais de frein moral ou religieux. La tendresse de sa mère (la digne reine Marie d’Anjou) put seule exercer quelque ascendant sur le dur caractère du prince Louis2330. Mais en désertant le foyer natal, il s’était également soustrait à cette salutaire influence. Agnès Sorel, la douce et généreuse conseillère, n’était plus. Pierre de Brézé avait cessé d’exercer une action directe et quotidienne sur la conduite du roi et sur la marche des affaires. Agnès et Brézé, d’ailleurs, échouèrent devant cette tâche. Désormais Charles VII ne trouvait plus autour de lui d’intermédiaire qui fût doué d’un sens moral assez conciliant ni assez élevé pour dénouer une difficulté aussi grave et aussi intime. Le dauphin ne répondit aux démarches sévères, mais paternelles, du roi, qu’en usant de ruse et de duplicité, en ourdissant trame sur trame, en suscitant, autour du roi lui-même des intrigues, des embûches et des conspirations sans cesse renouvelées2331.

363Le roi, sachant qu’il fallait joindre le fait à la menace, avait rassemblé des troupes et s’était avancé jusqu’à Saint-Priest et Saint-Symphorien-d’Ozon, sur les confins du Lyonnais et du Dauphiné. Il remit le commandement de ces forces au comte de Dammartin, qu’il nomma son lieutenant général. Louis, assuré de l’inutilité de ses négociations, forma en Dauphiné des compagnies d’ordonnance et les mit sur pied. Jean V, comte d’Armagnac, avait récemment levé l’étendard de la révolte. Le duc d’Alençon venait d’être arrêté comme prévenu de conspiration avec les Anglais. Charles VII écrivit à Chabannes de marcher contre le dauphin et de le faire prisonnier2332.

L’irritation du roi était extrême. Des témoignages sérieux montrent que Charles VII se disposait à déshériter son fils aîné, à le faire déclarer indigne de succéder à la couronne et à lui substituer dès lors son second fils, 364Charles, duc de Berry (que l’on appelait familièrement le petit seigneur), comme héritier présomptif de la couronne2333.

Pressé de la sorte, Louis prit aussitôt de son côté une résolution extrême. Il commanda ses gens de vénerie et de bouche, ainsi que sa vaisselle d’argent, qu’il fit porter dans une forêt voisine de sa résidence2334. Le prince annonçait une partie de chasse, genre de plaisir qui le passionna jusqu’à ses derniers jours. Mais pendant que ses serviteurs obéissaient à ces ordres et l’attendaient au rendez-vous ; pendant que Chabannes, secrètement instruit de ces dispositions, observait les lieux et les ceignait de troupes, Louis montait à cheval, suivi d’un petit nombre de familiers et fuyait à toute bride. Le dauphin, parti le lundi 30 août 1456, se dirigea vers Saint-Claude, à travers les montagnes de la Savoie, affectant de s’y rendre en pèlerinage. Le mardi 31, il arriva dans cette place à dix heures du matin. Là, il entendit trois messes devant l’autel du saint, dîna, puis se remit en route. De Saint-Claude, le prince français écrivit au roi une dépêche qui nous a été conservée. Dans cette lettre, insigne spécimen d’audace et chef-d’œuvre d’hypocrisie, Louis informait son père qu’étant gonfalonier 365de l’Église, il se rendait vers le duc de Bourgogne, pour se croiser avec son bel-oncle contre les infidèles2335.

De Saint-Claude, où il avait atteint la Franche-Comté, le fugitif alla coucher dans le Grandvaux. Puis il se rendit au château de Nozeroy, résidence habituelle de Louis de Chalon, seigneur d’Arlay, prince d’Orange. Ce dernier avait épousé la sœur de Jean V révolté, Éléonore d’Armagnac. Le prince d’Orange était ennemi du dauphin, mais il était allié aux ennemis de Charles VII. Le fils allié du roi rencontra les mêmes circonstances et les mêmes sentiments auprès de Thiébaud de Neuchâtel, sire de Blamont, maréchal de Bourgogne. Louis traita ces deux personnages en amis. Il leur confia sa fortune et fit appel, avec succès, à leur générosité (sans leur garder, depuis, la moindre gratitude).

Après avoir, durant quelques jours, mis à profit l’hospitalité du prince d’Orange, Louis, dauphin, partit sous la conduite du maréchal qui lui procura une escorte. Il s’avança, toujours guidé par le seigneur de Blamont, qui le protégeait, de château en château. Le dauphin, éperdu, se croyait poursuivi, même sur la terre de Bourgogne, par les émissaires du roi. Assiégé des mêmes craintes, il traversa la Lorraine, le Luxembourg, et vint enfin trouver un refuge à Louvain, puis à Bruxelles2336.

366Charles le Téméraire, comte de Charolais, avait épousé Isabelle, fille du duc de Bourbon. Cette alliance tendait à resserrer les liens politiques qui rattachaient le duc de Bourgogne au roi de France. Mais une défiance peu sympathique couvait toujours sous les dehors de la courtoisie et des traités entre le roi et le grand feudataire. À l’époque même de la retraite clandestine opérée par le dauphin, Philippe le Bon venait d’essuyer un dernier affront très sensible à son orgueil. Le duc avait fait enlever la fille d’un riche vilain nommé Jean Raimbaut, brasseur de bière à Lille en Flandres, pour la donner comme épouse, contre le gré de cette personne et de ses parents, à un archer de la garde ducale. Le père de la jeune fille se pourvut au près du souverain justicier, le roi de France, qui fit ajourner le duc au parlement de Paris. Philippe le Bon fut obligé, par cette menace, de déférer à la requête du roturier, son sujet, et remit la fille en liberté2337.

Le duc était absent lorsque Louis arriva dans la capitale du Brabant. Mais Philippe transmit ses instructions à la duchesse, qui reçut le réfugié avec tous les égards dus à un dauphin de France, et selon toutes les formes d’un cérémonial auquel elle présida en personne2338.

367Le roi, dès qu’il fut instruit de la retraite du dauphin, députa auprès de son fils un personnage considérable. Cet ambassadeur, nommé Guy Bernard, évêque-duc de Langres, pair de France, avait été maître des requêtes en l’hôtel du roi. Le dauphin était né sous les yeux de Guy et d’Étienne (oncle de Guy Bernard), trésorier de la reine Marie d’Anjou, serviteur particulièrement affectionné de cette princesse.

La mission de Guy Bernard n’eut aucun résultat. Charles VII écrivit en même temps aux bonnes villes de refuser à son fils tout secours, asile ou assistance. Il s’adressa dans le même but au duc de Bourgogne. Mais le duc se contenta de répondre à de telles instances par des dépêches à la fois évasives et respectueuses. Une suite d’ambassades et de négociations s’ouvrit à ce sujet entre le duc et le souverain. Les rois d’Écosse, de Castille, d’autres princes ou alliés de Charles VII s’employèrent aussi, mais vainement, pour réconcilier le père et le fils2339.

Philippe le Bon s’excusa sur le droit des gens, sur le 368respect qu’il devait au premier-né du suzerain ; et qui lui imposaient, avec les lois de la chevalerie, cette obligation d’accueillir dans sa détresse le prince belligérant, son hôte. Il fit agréer au dauphin une pension annuelle de trente-six mille livres ou florins2340 pour le défrayer, ainsi que la dauphine. Il leur donna comme résidence le château de Genappe. Au fond, le duc Philippe voyait dans le séjour du dauphin auprès de lui un gage précieux. Le duc voyait aussi dans cette caution une garantie contre les mesures de rigueur auxquelles Charles VII aurait pu se porter vis-à-vis de son cousin (Philippe de Bourgogne) et de son fils2341.

Le dauphin, de son côté, pressa le duc de faire la guerre au roi de France. Il engagea Philippe à soutenir Édouard IV (duc d’York) dans sa lutte, contre Henri VI, devenu l’allié de Charles VII. Le duc de Bourgogne condescendit à ces conseils : il envoya, et le dauphin envoya aussi, des troupes, qui combattirent pour la cause d’Édouard. Louis protesta hautement que, si le roi contraignait Philippe à cesser de lui donner asile, il avoit son appointement en Angleterre, ennemie du royaume de France, et que là il seroit soutenu et bien venu. Charles VII, effrayé des résultats où pouvaient le conduire ces extrémités, se résigna. En présence de telles conjonctures, il s’abstint de déclarer la guerre au duc de Bourgogne, et cette position expectante de part et 369d’autre se continua jusqu’à la fin de son règne2342.

Ainsi menacé d’ennemis éloignés et intimes, Charles VII veillait prudemment à s’assurer des forces vives qu’il avait créées dans l’intérieur de son royaume et de ses alliances au dehors.

À ses portes, le duc de Savoie excitait particulièrement la sollicitude du roi de France. Louis de Savoie, son allié, qui régnait alors, était un prince faible, entièrement dominé par la duchesse Anne de Chypre. Louis ne se souciait que de musique, de ménétriers, de joueurs de farces et de baladins. Il négligeait par nonchalance les affaires politiques, abandonnées à l’ascendant, fortuit ou subreptice, de la duchesse et de quelques favoris chypriotes, admis dans l’intimité princière. Le dauphin, gendre de Louis et son voisin limitrophe, exerçait sur ce duc une influence considérable2343.

Les traités de Cleppé, signés en 1452, n’avaient reçu qu’une exécution imparfaite. Des troubles intérieurs, amenés par la révolte des seigneurs savoisiens, étaient mal apaisés. Le roi, de 1454 à 1455, envoya divers ambassadeurs auprès du duc Louis et des Suisses, alliés de ce duc et du dauphin. Durant l’été de 1455, le roi manda près de lui, à Bourges, le comte de Dunois et le connétable de Richemont, qui passèrent en Savoie au mois de 370septembre de la même année. Ces deux personnages se rendirent à Genève auprès du duc Louis, et firent acte de justicier dans les États de ce prince, au nom du roi de France. Louis, dauphin, pressait toujours son beau-père de lui fournir des troupes. Lorsque la nouvelle révolte de 1456 éclata, le roi envoya au duc le comte de Dammartin pour empêcher Louis de Savoie de prêter aucun secours au dauphin2344.

De concert avec Jean de Grolée, prévôt de Montjoux et sujet savoisien, l’amiral de Bueil, le maréchal de Lohéac et Jean d’Aulon, sénéchal de Beaucaire, se réunirent à Lyon, puis à Saint-Priest, les 19 et 17 septembre. Par les soins de ces commissaires, le Dauphiné fut remis entre les mains du roi, qui changea tous les officiers ou chefs de services, militaires et administratifs.

Louis de Savoie, par lettres données à Genève le 20 août 1456, ratifia et promulgua les traités antérieurs, qui l’obligeaient, comme allié, envers le roi de France, et qui, à la requête du roi, avaient été sanctionnés, comme lois de l’État, par les trois ordres de la Savoie.

Indépendamment de ces mesures, Charles VII manda le duc auprès de lui. Louis de Savoie s’y rendit une première fois, au Bouchet (ou Bouchet, près de Saint-Pourçain), en décembre 1455. Charles VII le reçut une seconde fois, ainsi que la duchesse et leur famille, l’année 371suivante, à Saint-Symphorien-d’Ozon, en Dauphiné. Louis de Savoie, par lettres patentes, scellées dans ce lieu et durant ce séjour, le 9 décembre 1456, confirma solennellement toutes les stipulations dont l’objet a été ci-dessus indiqué2345.

Jean II, roi de Castille, pendant son long règne (1406-1454), s’était montré fidèle aux traditions d’amitié qui, de tout temps, unissaient ce royaume à la France. Mais il n’en était pas de même du Portugal, où dominait l’influence bourguignonne, ni de la Navarre, qui, par antagonisme contre la Castille, avait épousé le parti de l’Angleterre. Après la mort de Jean II, les rois d’Espagne et de France pensèrent, d’un commun accord, à renouveler leurs antiques alliances. En 1455, Charles VII envoya vers don Enrique (ou Henri IV l’Impuissant), nouveau roi de Castille, une ambassade, conduite par Jean Bernard, archevêque de Tours2346.

Malgré l’amitié qui régnait entre les deux puissances, des griefs, des incidents graves, multipliés, délicats, étaient survenus, de nature à compromettre cette bonne intelligence. Le code maritime, au quinzième siècle, 372n’avait pas atteint le développement, tout à fait moderne, qu’il a reçu depuis. Aucune police générale, aucun principe de droit des gens ne dominait à la mer, faute surtout de sanction amiable, résultant d’un concert établi entre les puissances chrétiennes. La piraterie existait à l’état permanent, en pleine paix et sous tous les pavillons civilisés. Les lettres de marque, de gage et de contremarque, donnaient lieu aux abus les plus déplorables.

Ennemis communs de l’Angleterre, les rois de France et de Castille s’étaient réservé le droit de délivrer des passeports ou sauf-conduits exceptionnels, en faveur de sujets anglais, pour pénétrer sur leurs États respectifs. Des dommages considérables étaient résultés de cette pratique. Ainsi, des marchands castillans avaient été victimes d’hostilités exercées contre eux par des Anglais, à la faveur ou à l’abri de ces sauf-conduits, sur le territoire même de Castille, ou lorsqu’ils naviguaient en mer sous le pavillon castillan. De même aussi, des marins anglais, munis de passes françaises, avaient été attaqués, dans les mers de France, par des Castillans. Une rixe de ce dernier genre ayant eu lieu, des Anglais lésés s’adressèrent aux autorités françaises de Normandie. Pierre de Brézé n’hésita pas à faire arrêter les Castillans, les fit emprisonner à Rouen et déféra le jugement de l’affaire à la juridiction de l’Amirauté, qui se tenait alors à la Table-de-marbre du parlement de Paris2347.

373Les habitants de Fontarrabie, sujets de Castille, disputaient aux Français de, la Terre de Labour, Urtubie et la possession de la Bidassoa, fleuve qui débouche, vers ce point, dans l’Océan. On sait que Charles VII, pour se couvrir militairement de ce côté, avait élevé une tour à la vue des Fontarrabiens. Enfin les Castillans se plaignaient qu’à Bayonne et à Bordeaux, en dépit de leurs traités d’alliance et des privilèges à eux concédés par les rois de France, ils étaient soumis à des taxes plus fortes que celles dont ils avaient été chargés, en Guyenne, au temps de la domination des Anglais2348.

Les personnages les plus influents, accrédités pour négocier, sur ces divers points, furent, de la part de Henri IV, en première ligne, don Juan Pacheco, marquis de Villena, favori du roi de Castille. Celui-ci employa comme négociateurs, entre autres agents, don Fortunio Vélasquez de Cuellar, protonotaire apostolique, docteur en décret, doyen de Ségovie, auditeur de l’audience royale et rapporteur (relator) ; don Juan Manuel, capitaine des gardes du roi ou alcade-mayor, et don Alphonse Alvarez, secrétaire auditeur. L’archevêque de Tours, Jean Bernard (oncle de Guy Bernard, évêque de Langres), comptait parmi les principaux conseillers du roi de France. Homme habile, expérimenté, il appartenait à une famille angevine, qui avait donné à la cause de Charles VII les marques d’un attachement 374éprouvé. Le 10 juillet 1455, Henri IV renouvela par un traité solennel, passé à Cordoue, les antiques alliances qui existaient entre la France et la Castille. Jean Bernard déploya beaucoup de talent dans cette mission. Lorsqu’il fut de retour, le roi, en témoignage de son contentement, lui octroya le droit d’ajouter à son blason un écusson central (posé en cœur sur le tout) et décoré de la fleur de lis de France2349.

Depuis longtemps déjà, de graves démêlés existaient entre Charles (don Carlos), prince de Viane ou de Navarre, et son père Jean II (don Juan), roi de Navarre. Blanche de Navarre, épouse de Jean II, était morte en 1441, léguant à son fils Charles, âgé de vingt ans, la couronne de Navarre dont elle était, de son propre chef, souveraine et propriétaire. Cependant Jean II, devenu veuf, refusa d’exécuter cette disposition testamentaire de la reine. Dès 1450, Jean (don Juan), roi de Castille, prit parti en faveur de don Carlos ; ce dernier, recommandé par don Juan, invoqua l’appui et l’arbitrage du roi de France. En 1455, le prince de Viane s’empara de Pampelune et se fit reconnaître pour roi de Navarre. Mais l’année ne s’était pas écoulée que Jean II, son père, l’avait expulsé par la force des armes. Au mois de mai 1456, le prince de Navarre habitait Poitiers, où il 375s’était réfugié sous la protection du roi de France. Don Carlos vint trouver Charles VII dans le Lyonnais. Il lui réclama le duché de Nemours, qui avait été possédé par ses prédécesseurs ; et, surtout, il implora le secours du souverain pour lui restituer le trône de Navarre2350.

Henri IV (don Enrique) continuait à soutenir, par ses instances diplomatiques auprès de Charles VII, les réclamations du prince navarrais. Jean II envoya de son côté, vers la fin de 1456, Navarre, son héraut et ambassadeur, pour plaider sa cause auprès du roi de France. Cependant Jean de Navarre et son fils s’étaient de tout temps montrés hostiles à la France. En 1453, lors du siège de Bayonne, le gouverneur de Navarre, chancelier et lieutenant général du prince de Viane, avait défendu la place contre les Français. Depuis le recouvrement de la Guyenne, ce même gouverneur, nommé don Juan, comte de Beaumont, ainsi que le seigneur de Saint-Père, et d’autres gentilshommes du pays, s’étaient concertés avec les Anglais pour leur rendre cette province. En conséquence, le comte de Foix d’une part (gendre et cohéritier du Navarrais), et de l’autre Jean Bureau, étaient entrés en Navarre. Ils avaient pris diverses places, tels que le château de Rochefort, Saint-Jean-Pied-de-Port, et Ostabat, tant dans l’intérieur du pays que sur le 376littoral, depuis le cap Breton jusqu’à Saint-Jean-de-Luz2351.

Charles VII, par l’adresse et la modération de sa politique, sut conjurer de tels périls. Il pallia ou dissipa vis-à-vis de ses alliés, anciens ou récents, ces causes nombreuses de division.

En ce qui concerne Alphonse d’Aragon, la position de Charles VII était d’autant plus difficile, qu’Alphonse, au royaume de Naples, était le compétiteur victorieux de René d’Anjou, allié et protégé du roi de France. Charles VII, néanmoins, entretint de tout temps, avec Alphonse le Magnanime, des relations amicales. Vers les premiers mois de 1456, les rois de Navarre et de France souscrivirent un traité d’alliance. Jean II s’obligeait, par cet acte, à fournir à Charles VII, dans le cas où ce dernier prince aurait à soutenir la guerre contre les Anglais, trois cents gentilshommes à cheval ou lances fournies2352.

En 1457, les ambassadeurs castillans vinrent de nouveau trouver à Lyon le roi de France. Le point capital auquel avait tendu toute la sollicitude de ce souverain, était une ligue armée contre l’Angleterre et un grand 377déploiement de forces maritimes. Le roi de Castille offrait de fournir à son confédéré dix nefs et six galées. Mais Charles VII représenta que cette flotte était tout à fait insuffisante et qu’il estoit besoing de mettre sus si puissante armée sur la mer, que les Anglois, par quelque entreprise qu’ils voulsissent faire, ne les poussent grever. Charles VII, afin d’atteindre ce but, offrit de mettre à flot, pour sa seule part, douze nefs et trois galées armées, équipées et avitaillées. Les ambassadeurs castillans, en quittant l’audience royale, devaient se rendre auprès de Pierre II, duc de Bretagne, pour solliciter de ce duc un contingent maritime, proportionné à son zèle envers la France et à ses ressources. Quant au roi de Castille, sa réponse était attendue avant la Saint-Martin (11 novembre)2353.

Charles VII se créait également des appuis à l’est de son royaume et dans le nord de l’Allemagne. Sous les auspices d’Étienne de Bavière trésorier de Cologne, et de Frédéric le Victorieux, palatin du Rhin et comte de Sponheim, médiateur, un congrès diplomatique eut lieu à Cologne entre les orateurs ou ambassadeurs de France et de Danemark. Le seigneur Werner de Parsberg, chevalier, et maître Daniel Kepken de Nuland, chanoine de l’église métropolitaine de Trondheim, secrétaire du roi de Danemark, représentaient Christian Ier. Le roi de France avait délégué pour cette convention Richard de Longueil, évêque de 378Coutances, Jean d’Hangest, seigneur de Genlis, chevalier, et Jean le Roy, notaire et secrétaire royal2354.

Le 26 mai 1456, ces plénipotentiaires arrêtèrent ensemble, au nom des souverains, les articles d’un traité d’alliance et d’amitié entre les deux puissances. Aux termes de ce contrat, le roi de France, confédéré de Jacques II, roi d’Écosse, devait s’entremettre pour régler quelques démêlés qui divisaient entre eux Jacques et le roi de Danemark. Christian, de son côté, promettait formellement à Charles VII un secours de quarante à cinquante nefs et environ sept mille hommes d’armes, pour combattre les Anglais. Le traité de Cologne, ratifié à Copenhague, en parlement général, reçut la sanction de Christian ; et les instruments authentiques furent échangés entre les deux puissances contractantes2355.

De tous les alliés de Charles VII, Jacques II, roi d’Écosse, fut, sans contredit, le plus zélé, le plus fidèle, mais aussi le plus intéressé.

François Ier, duc de Bretagne, était mort en 1450, laissant veuve Isabelle Stuart, sœur de Jacques, duchesse 379douairière, et deux filles issues de leur mariage. Jacques, dès qu’il fut instruit de cette mort, éleva des prétentions sur la succession ducale, en faveur d’Isabelle et de ses enfants. Il écrivit dans ce sens au roi de France et sollicita son appui. En 1453, Charles VII envoya en Bretagne Guy Bernard, alors maître des requêtes, accompagné d’un secrétaire du roi, pour s’enquérir de l’état du litige et lui en rendre compte. Cependant le principe de l’hérédité masculine avait définitivement prévalu dans ce grand fief. François Ier lui-même l’avait reconnu et confirmé, en désignant par voie testamentaire, pour son successeur, Pierre II, son frère, qui, en effet, prit immédiatement possession de la couronne ducale2356.

De la part de Jacques II, ce différend donna lieu à une série de dépêches, de négociations et d’ambassades. Aux mois de juillet-août 1455, Pierre II, duc de Bretagne, se rendit à Tours, puis à Bourges, à Mehun-sur-Yèvre et à Bois-Sire-Amé, résidence habituelle du roi pendant cette saison. Le duc était accompagné d’une suite nombreuse. Il avait également avec lui un cortège de ménestrels et de lutteurs bretons2357.

Les conseillers politiques de Pierre II surent exploiter, comme un auxiliaire utile, le goût de la pompe et des plaisirs qui régnait à la cour de France.

Les ménestrels ducaux vinrent à Mehun faire honneur à la reine. Hans Frauenberg, premier écuyer de 380cette princesse, reçut en don six aunes de damas pour robe, et Marguerite de Villequier, un présent de 200 saluts d’or. Les membres du grand conseil ne furent point oubliés dans ces libéralités. Charles VII avait auprès de lui, dans le même temps, le duc d’Orléans, le comte de Richemont, les ambassadeurs de Bourgogne et beaucoup de grands personnages. Le litige de la succession bretonne fut terminé par un arrangement que le duc François lui-même avait prescrit, et qui rallia ces nombreux et importants suffrages2358.

Le premier septembre 1455, François II de Bretagne-Étampes (élève de Robert Blondel), fils de Richard, comte d’Étampes (oncle de François Ier), et de Marguerite d’Orléans, s’engagea, en présence du roi, à épouser sa cousine Marguerite, fille aînée d’Isabelle d’Écosse, et héritière de Bretagne. Pierre II quitta, le 8 septembre, la résidence royale. De retour en Bretagne, il fit approuver par les états cette alliance ; et le mariage de Marguerite avec le prince breton fut célébré le 16 novembre suivant2359.

On a vu, principalement dans la première période de cette histoire, combien l’alliance écossaise avait été onéreuse à la France. Après avoir réformé sa milice, après avoir composé d’éléments nationaux la nouvelle armée, Charles VII continua toutefois d’admettre les Écossais dans les rangs de ses troupes. Il leur confia même, de 381plus en plus exclusivement, la garde de son corps. Lors des démêlés qui précédèrent, en 1446, la retraite du dauphin, Louis avait essayé de corrompre cette garde et de se faire ainsi livrer la personne de son père. Pendant toute la campagne de Normandie et au siège de Bayonne, Robert Cunningham, Écossais, capitaine de la garde, combattit les Anglais à la tête de ces gens d’armes.

Vers le mois de juin 1450, au siège de Caen, les Anglais cherchèrent également à séduire quelques Écossais influents. Robert ou Robin Campbell, lieutenant de Robert Cunningham, Guillaume Cunningham, Robert Johnston et James Aliberton, furent inculpés d’un complot, qui aurait été tramé entre eux et les Anglais. Moyennant la somme de 4,000 écus d’or et d’autres avantages pécuniaires que leur promit le duc de Somerset, ces Écossais devaient livrer à l’ennemi l’un des quatre principaux chefs qui conduisaient la guerre pour le roi de France, savoir le comte de Dunois, le seigneur de Villequier, Jacques Cœur et maître Jean Bureau. Le plan de la conspiration était, en outre, d’introduire quinze cents Anglais dans l’enceinte comprise entre les deux fossés ou lignes du siège, où se trouvait le camp du roi, de mettre le feu aux poudres, etc. Une instruction judiciaire eut lieu contre les prévenus. Robert Campbell fut déclaré coupable par le parlement de Paris. L’arrêt de cette cour, rendu le 8 août 1455, le condamna comme crimineux de lèse-majesté, à estre traîné sur une claie depuis la Conciergerie jusques ès halles, et illec estre décapité et mis en quatre quartiers, qui seront attachés 382aux quatre potences des quatre principales portes de Paris, et sa teste mise sur une lance au pilori, son corps pendu au gibet de Paris, et tous ses biens, sis dans le royaume, confisqués2360.

Cet arrêt ne tarda point à recevoir son exécution. Quant aux autres prévenus, ils demeurèrent prisonniers jusqu’à plus ample informé sur leur compte. Robert Cunningham fut, à son tour, enveloppé dans la poursuite judiciaire. Ce capitaine appartenait à une famille considérable en Écosse. Le roi Jacques s’intéressa lui-même à cet accusé, ainsi qu’aux autres prévenus, ses compatriotes. Des suppliques et recommandations furent adressées par la voie diplomatique au roi de France, et Robert Cunningham recouvra sa liberté. Quant à Robert Campbell, Charles VII, sur la demande de son allié, envoya en Écosse une copie ou extrait du procès criminel, qui contenait les aveux du condamné. À l’aide de cette pièce, Jacques II put calmer l’émotion et le mécontentement que l’exécution de la sentence avait causés en Écosse, au préjudice de l’alliance française2361.

La France et l’Écosse avaient cela de commun, vis-à-vis 383de l’Angleterre, que toutes deux étaient limitrophes de cette dernière puissance et engagées contre elle dans une longue lutte de rivalité. Jacques II se montrait particulièrement animé, à l’égard de ses voisins, de sentiments hostiles et belliqueux. Dans sa correspondance diplomatique avec le roi de France, il ne cessait de l’exciter à porter la guerre sur le territoire anglais, lui promettant de le seconder, de son côté, par une irruption simultanée. Charles VII, sans dédaigner ces offres de services et ces encouragements sympathiques, s’attachait à modérer l’ardeur du prince écossais. Il lui tenait le langage de la prudence et lui répondait enfin que, l’opportunité se présentant, il ne manquerait pas de mettre à profit les conseils de son confédéré, ainsi que les secours que ce dernier lui promettait2362.

En effet, à travers ces divers soins et ces travaux, le principal objet des préoccupations de Charles VII, sa pensée dominante, était l’Angleterre. La sollicitude du roi de France et ses justes alarmes par rapport à son ennemi séculaire sont exprimées en ces termes dans un document confidentiel, adressé par ce prince, en janvier 14571 à son allié le roi d’Écosse :

Au temps de l’occupation des Anglois, y est-il dit, le roi n’avoit à garder que certaines marches et lieux… Mais de présent le roy a à garder toute la côte de la mer, et depuis Espaigne jusques en Picardie, qui monte plus de quatre cents lieues de pais ;… et tellement que toute la revenue de Normandie qui est l’un des plus beaux membres et des plus grandes revenues de ce royaume, ne poet pas suffire, à cent mille francs près, au paiement des gens d’armes ordonnez pour la garde d’icelui… Et quant au pais de Guyenne, chacun scet que a esté anglois l’espace de 300 ans ou 384environ et sont ceux du pays, de leur droicte condition, tous enclins au parti d’Angleterre ;… et n’est année que ledit pais ne couste au roy à garder trois cent mille francs plus que lui en vaut la revenue… Pareillement la duché de Bretaigne, le pais de Poitou et Xaintonge sont continuellement en doute au regard des ennemis, pour ce qu’ils sont sur côtière de mer, là où les ennemis peuvent chaque jour descendre, etc.2363

Les Anglais avaient toujours, dans le Calaisis, un pied sur le territoire français. En 1454, Charles d’Artois, comte d’Eu, lieutenant général vers les marches de Picardie, tenta une expédition contre Calais. Mais cette tentative fut repoussée avec beaucoup d’énergie par la garnison anglaise. Le comte d’Eu y perdit quatre-vingts prisonniers, qui, la plupart, furent pendus sans quartier ni rançon. Vers le même temps, c’est-à-dire le 5 août de cette année (1454), ordre était donné par le roi, au sénéchal de Limousin, de faire publier le ban et l’arrière-ban pour repousser les Anglais, qui se disposaient à entrer dans la Guyenne, la Saintonge et le Poitou2364.

Nous manquons de lumières et de détails sur les circonstances précises de ces soulèvements, de ces machinations, la plupart secrètement ourdies, et réprimées ou étouffées sans bruit dès leur naissance. La mort du sire de Lesparre, Pierre de Montferrand, paraît se rattacher au dernier mouvement que nous venons d’indiquer. 385Nous avons dit le rôle que joua, lors du recouvrement de la Guyenne, le soudan de la Trau. Ce seigneur avait épousé, avant 1435, Marie, fille bâtarde de Jean, duc de Bedford. Les liens d’intérêt et d’alliance les plus étroits l’unissaient au gouvernement anglais. Forcé de plier, en 1451, sous les armes françaises, il obtint de Henri VI, après la bataille de Castillon, le 24 juillet 1455, des lettres d’abolition pour l’absoudre de s’être soumis à Charles VII. Dès lors il quitta la Guyenne, mais pour servir comme ennemi de la France et comme conspirateur, sous le drapeau anglais. Vers la fin de 1454, Pierre de Montferrand, saisi par les Français, fut mis en cause à Poitiers, condamné, puis exécuté en cette ville2365.

À cette époque, la cour de Bourgogne et celle de Louis, dauphin, étaient deux officines d’intrigues politiques, deux conciliabules où s’élaboraient en permanence des œuvres suspectes, si ce n’est de vrais foyers de conspiration. Au moment où Louis, dauphin, arrêtait ses dernières mesures pour attenter à l’autorité de son père, Jean, duc d’Alençon, avons-nous dit, était incarcéré par ordre du roi, donné le 24 mai 1456. On verra plus loin les rapports 386que ce duc entretenait, d’une part avec le dauphin, de l’autre avec Philippe, et en troisième lieu avec les Anglais. Lorsque Louis eut trouvé un refuge à Bruxelles ou à Genappe, les deux centres d’intrigues ou d’hostilité se réunirent en un seul, et cet unique foyer ne devint que plus menaçant. Charles VII, en ces conjonctures, s’ingéniait à perfectionner l’armement de ses troupes et pourvoyait, avec une vigilance active, à la défense du royaume, ainsi qu’à sa propre sûreté2366.

Vers la fin de décembre 1456, Charles VII retenait auprès de lui, depuis quelque temps, une légation de Bourgogne qui était venue le solliciter au sujet des affaires du dauphin. En ce moment, une nouvelle trame était ourdie contre le roi. Sept individus avaient comploté de le venir prendre dedans le chasteau de Saint-Priest (qu’habitait le roi) et le devoient emmener à leur plaisir et à force où bon leur sembleroit. L’un des conspirateurs, nommé Grésille, alla de lui-même révéler ce complot, en implorant son pardon de la miséricorde royale. Il ajouta que quatre cents combattants étaient gagnés et devaient conduire à bout l’entreprise, après l’enlèvement du souverain. Charles VII, en écoutant ces aveux, fut rempli de terreur et de perplexité. Sa défiance 387et sa mélancolie naturelles dominèrent la haute raison dont il était pourvu2367.

Malgré de longues enquêtes, cette affaire paraît être demeurée obscure et mystérieuse, même pour le roi et pour les juges que ce prince avait chargés de l’éclaircir. Le principal favori de Charles, en ce moment, était un écuyer de médiocre extraction, mais de belle mine, appelé Guillaume Gouffier. Le roi l’avait marié à l’héritière d’Amboise et avait fait sa fortune. Gouffier ainsi que son compagnon Otto Castellani conduisaient toutes les affaires du royaume. Tous deux faisaient montre de l’ascendant qu’ils exerçaient sur l’esprit du roi, avec une sorte de forfanterie ou d’affectation. L’un et l’autre s’étaient munis de caractères ou talismans métalliques fondus, et de figures magiques sculptées par un nommé maître Mignon, élève des écoles de Toulouse et de Barcelone. À l’aide de ces secours, ils se vantaient de gouverner le roi et de conserver, malgré qu’il en eût, ses bonnes grâces et un pouvoir surnaturel2368.

Le 1er janvier 1457, Otto Castellani fut arrêté sur le pont de Lyon, ainsi que Guillaume Gouffier. Jean de La Gardette, 388prévôt de l’hôtel du roi, et Jean d’Aulon, capitaine de Pierre-Scize, s’entremirent à cette arrestation. Heureux d’avoir pu déjouer à temps le nouveau complot, Charles VII ne sut à qui imputer la première initiative et à qui faire remonter la véritable responsabilité de ce crime. Mais sa pensée, inévitablement, se porta sur son fils. La légation de Bourgogne fut regardée obliquement, dit Chastellain, et les ambassadeurs congédiés sans succès. Guillaume Gouffier, même entre les mains de la justice, continua de revendiquer son pouvoir occulte, et faillit se perdre irrévocablement, au moment où Jean d’Aulon venait, par ordre du roi, le délivrer. Les deux prévenus réussirent à sauver leur tête, par la réserve de leurs déclarations et l’habileté de leurs réponses.

Charles VII, une fois ce péril franchi, s’inspira de sa débonnaireté habituelle. L’exemple de Jacques Cœur le plongeait dans le doute et le scepticisme. Après quelques mois de détention et après avoir subi plusieurs juridictions, tant à Lyon qu’à Paris et ailleurs, Otto Castellani et Gouffier recouvrèrent la liberté de leur personne. Mais tous deux furent condamnés à une forte amende, perdirent leurs offices et furent bannis, avec défense d’approcher le roi de plus de trente lieues2369.

Cependant le pape Calixte III ne cessait d’exhorter les princes chrétiens à pacifier leurs différends, pour consacrer leurs communs efforts à la guerre sainte. Les cardinaux d’Estouteville, de Coëtivy et de Saint-Ange furent successivement envoyés par le saint-père auprès 389de Charles VII, pour requérir son assistance. Le cardinal de Saint-Ange remplit une mission analogue auprès du roi anglais et d’autres puissances chrétiennes2370.

Charles VII était sollicité par deux forces ou deux sentiments peu compatibles : devait-il consacrer ses ressources à servir la cause de l’Église, ou les réserver pour sa propre défense ? Aux instances pressantes et fréquemment répétées de la cour de Rome, le roi de France répondit d’une manière variable, suivant les variations également incessantes des conjonctures politiques et des nécessités.

Charles VII commença par autoriser (1456) la levée d’un décime sur le clergé français au profit du saint-siège. Mais il profita de la connexité des matières pour revendiquer, à cette occasion, la célèbre pragmatique et les immunités gallicanes. La réhabilitation de la Pucelle, que le roi poursuivait avec un zèle si louable, quoique tardif, contribua nécessairement pour lors à maintenir l’harmonie de vues et de conduite entre le gouvernement de Calixte et celui du roi Charles. Mais bientôt la scène changea. Le clergé lui-même, très jaloux de la prérogative à laquelle il était ainsi porté une atteinte légale et exceptionnelle, montra peu de ferveur pour répondre à l’appel du chef commun des fidèles. Une sorte de scission s’ouvrit au sein même du conseil du roi. Le duc d’Orléans, le chancelier, ainsi que Pierre d’Oriole, opinaient pour la croisade. Le dauphin, de son côté, ainsi que le duc de Bourgogne, appuyaient cet avis. Déjà ébranlé par les événements, le roi accorda de nouveau 390ou confirma le décime, mais il déclina la demande que lui adressait le souverain pontife, de joindre à ce secours indirect l’envoi d’un contingent de troupes2371.

Au commencement de 1457, le roi se voyait entouré d’ennemis, cerné, dans son propre palais, d’émissaires armés pour attenter à sa vie. Le jour même où Castellani fut arrêté, Alain de Coëtivy, légat du pape, dut signer une déclaration de ne rien faire contre les droiz du roy et qu’il (le légat) sera en France tant qu’il plaira au roy. Calixte III, à cette époque, se confiait toujours au zèle du Fils aîné de l’Église et comptait sur son assistance effective. Le roi, par mandement du 30 avril 1457, ordonne au premier huissier ou sergent requis de s’opposer à ce que les collecteurs de décimes imposés par le pape lèvent aucuns deniers sur les officiers du parlement2372. Puis vint l’ordonnance du 5 août. Le roi y déclare que le consentement qu’il venait de donner à la levée du décime ne doit porter aucun préjudice aux libertés de l’Église gallicane2373.

En ce moment, l’attitude de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, excitait particulièrement les défiances du gouvernement royal. Philippe entretenait avec les Anglais des intelligences, et le conseil de Charles VII en était instruit par des rapports secrets. Le 1er juillet 1457, une entrevue se tint à Calais entre Jean de Bourgogne, 391comte d’Étampes (neveu de Philippe et son ambassadeur), et le comte de Warwick, capitaine de Calais. À la suite de cette conférence, les deux partis renouvelèrent leurs trêves. Peu de temps auparavant, des propositions analogues avaient été adressées au roi de France, qui les avait écartées2374.

Des courses réciproques étaient opérées, savoir : de la part des Bretons, des Dieppois et autres marins normands ou français, contre les Anglais ; et, de la part des Anglais, contre les côtes françaises ou contre les navires de diverses nations alliées de Charles VII. Ainsi, au mois de mai 1457, des bourgeois de Dieppe, intimés, plaidaient au parlement de Paris contre Thibaut de Termes ou d’Armagnac, bailli de Chartres, pour la possession de Thomas de Warren et autres prisonniers anglais, récemment pris dans l’île de Wight. Quelque temps après, des marins bretons allaient exécuter une capture à l’embouchure ou près de l’embouchure de la Tamise, à Sandwich2375.

Pierre de Brézé, depuis le recouvrement de la Normandie, se consacrait tout entier à la défense de cette province. Frappé de l’insuffisance de la marine royale, il avait dirigé de ce côté son activité : le sénéchal de Normandie s’était fait constructeur et armateur de navires. Son exemple fut suivi par le lieutenant général comte de Dunois et par Cousinot de Montreuil, bailli de 392Rouen. Les mêmes sentiments inspiraient le connétable de Richemont. Des forces navales furent dès lors mises sur pied par le duc de Bretagne et destinées à combattre l’Angleterre. Pierre de Brézé réunit ainsi le plus grand nombre possible de bâtiments ; il employa les uns au commerce et à la navigation, les autres à croiser militairement et à surveiller les parages maritimes. En 1457, une expédition fut concertée entre le sénéchal, Guillaume du Périer (breton), et le capitaine de Dieppe, Charles Desmarets. Cette entreprise avait été préalablement résolue, d’un commun accord, par Jacques, roi d’Écosse, Charles VII et Marguerite d’Anjou elle-même, dans un esprit d’hostilité contre le duc d’York, prétendant à la couronne d’Angleterre2376.

Le 20 août 1457, une flotte, composée de navires normands provenant de Dieppe et autres, sortit du port de Honfleur et se dirigea vers la côte méridionale de l’Angleterre. Cinq jours après, un deuxième convoi maritime appareillait à la Fosse de Loire (Nantes) et cinglait dans la même direction. L’expédition était commandée par Brézé, accompagné de Jean d’Anjou, duc de Lorraine, du maréchal de Lohéac et de Joachim Rouault. Le grand sénéchal avait en outre pour auxiliaires les baillis et capitaines de Normandie, savoir : Charles Desmarets, capitaine de Dieppe ; Flocquet, bailli d’Évreux ; Thibaut de Termes, bailli de Chartres ; Guillaume Cousinot, 393bailli de Rouen ; Jacques de Clermont, bailli de Caen, et Jean de Brézé, bailli de Gisors. Guillaume du Périer, Jean Carbonel, seigneur de Cenxenges et d’autres, montaient les vaisseaux bretons. Placés à l’avant-garde, ils guidaient la marche des Normands vers un point d’attaque où ils les avaient, depuis peu de temps, précédés avec succès2377.

Les forces réunies de Brézé, autant que nous pouvons en juger, se composaient de soixante navires, mais de puissance et de tonnage fort inégaux. Treize seulement étaient munis de tours ou châteaux, et pouvaient compter comme bâtiments de guerre. Une partie de cette flotte avait été destinée au pape, et fut ainsi employée contre les Anglais, au lieu de l’être contre les infidèles. D’après l’historien français, qui paraît avoir été le duc d’armes ou héraut Normandie, lieutenant du roi Berry (décédé ?), la totalité des hommes embarqués s’élevait à environ quatre mille combattants. Le dimanche 28 août, la flotte mit à l’ancre dans les sables ou dunes de Sandwich, et débarqua sur la plage de seize à dix-huit cents hommes. Brézé divisa ses troupes en trois corps, pour opérer l’attaque de cette ville. L’infanterie débarquée se rendit maîtresse d’un boulevard préparé pour la défense ; elle éprouva une assez vive résistance de la part des habitants2378.

394Pierre de Brézé demeura sur son bord, accompagné des baillis de Rouen et de Chartres, de Renaud de Girème et d’une compagnie de francs-archers commandés par le capitaine Pierre Louvain. Le port était défendu par une grande caraque, trois grosses nefs de guerre ou navires à châteaux, et d’autres bâtiments portant l’enseigne militaire. Le sénéchal eut raison de ces forces, qui ne tardèrent pas à parlementer. Il arriva par la mer dans Sandwich, au moment où l’infanterie y pénétrait de son côté. Les habitants, chassés par nos troupes, sortirent des murs et cherchèrent à se rallier avec les secours qui leur étaient expédiés. Cependant la cité fut livrée au pillage. En mettant pied à terre pour monter à cheval et entrer lui-même dans cette ville, Pierre de Brézé publia une proclamation qui ordonnait aux Français de respecter les églises, les femmes et les hommes inoffensifs2379.

Les francs-archers trouvèrent parmi les denrées réunies dans ce port de grandes cargaisons de vin français, dont ils burent plus que de besoin n’estoit. Vers le soir, l’ennemi demanda une trêve, qui fut joyeusement et libéralement accordée par le chef de l’expédition. Brézé, dès le soir même, opéra sa retraite et fit donner des soins aux rares blessés qu’avaient atteints les Anglais. Le capitaine vainqueur rembarqua son monde et jeta l’ancre à deux lieues de Sandwich, sur la brève où il avait pris terre le matin. Il y demeura pendant trois jours ; après avoir défié l’ennemi suivant les lois de la guerre, le 1er septembre 1457, Brézé leva l’ancre. Il emmenait 395avec lui environ vingt-quatre navires anglais, dont trois à châteaux, et le reste de médiocre grandeur. Quant à la grande caraque, son poids et le peu d’eau où elle était mouillée ne permirent pas aux vainqueurs de l’emmener. Mais sa riche cargaison, destinée pour Londres, passa sur les navires français, qui rentrèrent bientôt à Honfleur, chargés de butin et de richesses2380.

Cependant la flotte d’invasion s’était partagée. Une escadrille se détacha, sous le commandement de Guillaume du Périer. Ce capitaine cingla vers l’extrémité opposée de la côte anglaise et débarqua à Fowey en Cornouailles. Il saccagea cette ville et ses environs et se rembarqua, chargé de ses prises. Dans le même temps, Jacques II, roi d’Écosse, par un mouvement concerté, entra de sa personne en Northumberland. Suivi de quelques troupes, il porta le ravage et l’incendie sur la terre anglaise. Mais bientôt, poursuivi par le duc d’York, qui marchait contre lui à la tête d’une armée, le prince écossais regagna son territoire. Guillaume du Périer, après cette expédition, ramena victorieusement ses vaisseaux à la Fosse de Loire2381.

396Chapitre V
(1457 – 1464)

  • Représailles de l’Angleterre.
  • Conflits sur mer.
  • Projet de mariage entre Ladislas VI et Madeleine de France.
  • Mort de Ladislas.
  • Procès de Jean, duc d’Alençon.
  • Les Vaudois.
  • La Pucelle du Mans.

Le brillant coup de main opéré par Brézé sur le territoire britannique fut bientôt suivi de représailles.

Le 28 octobre 1457, une escadrille anglaise, commandée par le duc d’Exeter, parut en vue de la Palisse, près La Rochelle. Cette division navale s’était détachée d’un corps plus considérable qui se dirigeait vers le littoral des Flandres. Les Anglais attaquèrent dans les eaux de La Rochelle un grand navire rochelais appelé la Grosse Nef de Pierre Gentilz.

Après plusieurs heures de combat, dit un historien local, la victoire semblait se prononcer pour les Rochelais, quand une affreuse tempête, s’élevant tout à coup, jeta la grosse nef sur la côte de Laleu. Elle se brisa contre les falaises, et quatre-vingts hommes furent engloutis dans les flots. Les Anglais, qui avaient échappé au danger en coupant leurs mâts, voulurent opérer leur descente. Mais le gouverneur et le maire, Jean Mérichon, déployèrent tant d’activité pour défendre la côte avec la milice de la ville et de la banlieue, que l’ennemi jugea prudent de se retirer2382.

397Les Anglais se tournèrent alors vers l’île de Ré, où ils débarquèrent le 1er novembre suivant. Cette île avait pour habitants quelques pêcheurs pauvres et dépourvus de toutes armes, si ce n’est leur courage personnel et leur dévouement. Les Anglais y portèrent l’incendie, la dévastation et le pillage. La population fut rançonnée à 6,500 écus d’or et fournit seize otages, qui durant de longues années subirent en Angleterre toutes les misères de l’exil et de la captivité2383.

Au mois de février suivant, les Anglais menaçaient les côtes de Bretagne : ils tentèrent infructueusement de surprendre Saint-Malo. Le 29 mai 1458, une bataille navale eut lieu près de Calais entre les Anglais et la flotte française, composée de vaisseaux génois et castillans, qui se proposait à son tour d’opérer une nouvelle descente en Angleterre. Divers actes d’hostilité de ce genre se répétèrent par intervalles, mais sans amener de part et d’autre de résultats sérieux ou considérables2384.

Charles VII, pour compléter le système de ses alliances extérieures, avait jeté les yeux sur la frontière orientale de l’Europe. Ladislas VI, roi de Bohême et de Hongrie, 398quoique né seulement en 1439, représentait un des personnages importants de la situation. Descendant de Jagellon, il était fils de l’empereur Albert d’Autriche. C’est en son nom et par les mains de son lieutenant, Jean Huniade, qu’avait été remportée sur les Turcs la fameuse victoire de Belgrade. Le pape comptait sur ce jeune prince, et l’Europe avait les yeux tournés vers lui, comme devant être le héros futur et le sauveur de la catholicité2385.

Ladislas, qui descendait des rois de Bohême, revendiquait le Luxembourg, sur lequel Philippe de Bourgogne élevait des prétentions de son côté. Il prit pour arbitre de ce litige Charles VII, qui se montra favorable au jeune prétendant. Des rapports de plus en plus étroits s’établirent entre le roi de France et le fils de l’empereur. Charles VII, lorsqu’il vit le duc de Bourgogne se liguer obstinément avec le dauphin, en assurant à ce dernier un somptueux asile, n’hésita plus à écouter les propositions du prince allemand. L’alliance de ce dernier lui parut offrir, entre autres, cette conséquence avantageuse de peser sur Philippe le Bon comme une menace et une contrainte indirecte. Il espéra, par ce moyen, ramener le vassal à l’obéissance et à la féauté2386.

Des négociations s’engagèrent dans ce sens, en 1456, entre les deux rois. À la suite de ces rapports, Ladislas proposa de renouveler et de resserrer par un contrat matrimonial les antiques liens de confédération et d’amitié 399qui unissaient la France et la Bohême. Charles VII accueillit favorablement ces ouvertures. Enfin, le 8 décembre 1457, une ambassade solennelle de Ladislas fit son entrée dans la ville de Tours. Elle était chargée par ce prince de demander à Charles VII, pour le jeune roi, la main de Madame Madeleine de France2387.

Cette ambassade s’était réunie à Prague et partit de cette ville le 9 octobre 1457. Elle se composait des personnages ci-après dénommés : maîtres Étienne, archevêque de Kalocsa, et Ulrich, évêque de Passau en Hongrie, Ladislas Paloczy et plusieurs autres prélats ou seigneurs de ce royaume ; pour la Bohême : Zdenko de Sternberg, burgrave du royaume ; Rudiger de Starkenberg ; le seigneur de Michelsberg, et le maréchal de Bohême ; pour l’Autriche : Oswald de Eyczinger, Jacques Trapp et le conseiller précepteur du duc Sigismond ; pour le duché de Luxembourg : le comte de Röthenbach et le prévôt (tumbrost) de Trèves. Il s’y trouvait également des clercs, seigneurs et dignitaires de Moravie et de Pologne2388.

La légation formait environ sept cents chevaux et conduisait avec elle divers chariots magnifiquement 400tendus et décorés. Plusieurs de ces chars étaient dorés et servaient de véhicules à un nombreux essaim de jeunes filles, choisies parmi les plus belles, ainsi que des plus nobles familles de ces royaumes et seigneuries. Elles avaient mission d’accompagner la reine future de Hongrie, lors du retour en Allemagne. L’ambassade apportait, dans les autres chariots, des provisions de toute sorte et des présents somptueux, destinés au roi de France, à la reine et à Madame Madeleine. Ces dons consistaient principalement en joyaux et en étoffes précieuses pour robes. Le roi Ladislas y avait joint spécialement quatre-vingts chevaux d’une entière blancheur, qui devaient être offerts à sa royale fiancée2389.

Cette caravane pénétra par Strasbourg dans la France actuelle et demeura trois jours à Nancy, où elle fut reçue par le duc Jean de Lorraine. Elle traversa ensuite Orléans, Amboise et parvint à la résidence du roi. Les ambassadeurs émerveillaient, sur leur passage, nos populations, par leur nombre, par la richesse, la singularité de leur costume et de leur extérieur. Ils les étonnaient aussi par la musique bruyante et inusitée de leurs timbales et de leurs tambours, qui signalaient la marche du cortège. Charles VII, de son côté, avait fait, pour recevoir ses hôtes hongrois, etc., de magnifiques préparatifs. Une aide spéciale fut levée à cette occasion. Lorsque les ambassadeurs arrivèrent près de Tours (le 8 décembre), ils rencontrèrent une imposante députation 401qui venait au-devant d’eux pour les recevoir. L’archevêque de Tours occupait le premier rang, assisté du cardinal-évêque de Coutances (Longueil) et de l’évêque du Mans (Berruyer). Toute la cour, le conseil et de nombreux personnages de marque s’étaient joints à cette députation2390.

Le roi Charles, malade depuis quelque temps, se tenait avec sa famille à proximité de Tours, en son château de Montils. Les ambassadeurs furent logés dans la ville, où ils attendirent l’audience royale pendant dix jours. La santé du roi s’étant rétablie, les ambassadeurs et leur suite furent introduits au château. Le roi les reçut (18 décembre 1457), assis sur un trône reluisant d’or. Il avait auprès de lui Charles son fils, les comtes de Foix, du Maine, de la Marche, de Dunois, le grand sénéchal de Normandie, les membres du conseil et autres personnages. Admis à prendre la parole, l’archevêque de Kalocsa adressa au roi une harangue latine, dont le texte nous a été conservé. Il termina en demandant de nouveau la main de la princesse. Le roi fit répondre par son chancelier. Immédiatement la négociation de la requête fut prise en mains, au nom des deux rois, par leurs conseillers respectifs et présents. Ceux du prince allemand parvinrent auprès de la reine et de Madame Madeleine 402et leur offrirent les présents qui leur étaient destinés2391.

Le 22 décembre 1457, Gaston, comte de Foix, offrit à cette occasion un grand festin, dans lequel il paraît s’être proposé pour but d’éclipser le célèbre banquet du Faisan, qu’avait tenu peu d’années auparavant le duc de Bourgogne. Le banquet du comte de Foix eut lieu dans l’abbaye de Saint-Julien, à Tours. Tous les seigneurs et dames qui occupaient un rang à la cour, et tout ceux qui faisaient partie de l’ambassade hongroise, y furent conviés. Il existe des descriptions étendues de cette pompeuse réunion. Mais les limites et le cadre de cet ouvrage nous font une obligation de nous borner, sur ce sujet, à un court résumé2392.

Les convives étaient placés autour de douze tables, ayant chacune sept aulnes de long et deux et demie de large. Chaque table fut garnie de cent quarante plats d’argent, qui se renouvelèrent sept fois pour sept services successifs. Les mets se composaient des denrées ou comestibles les plus recherchés, tels que faisans, perdrix, paons, outardes, hérons, grues, butors, oisons, 403cygnes, bécasses, halebieux et autres oiseaux d’air ou de rivière ; cerfs, chevreuils, chapons de haute graisse ; hypocras, vins, sauces, pâtés de viande et de poisson, ragoûts, gâteaux et confitures de toute sorte. Toison-d’or, héraut et historiographe bourguignon, assistait à cette fête. Sept entremets suivirent chacun des services, et présentent une grande analogie avec ceux qui parurent au banquet du Faisan.

À l’une de ces tables, les hommes figuraient alternativement avec les dames. On y remarquait, placés à côté les uns des autres, Mlle de Châtillon, demoiselle de la reine, un chevalier hongrois ; Antoinette de Maignelay-Villequier, le comte du Maine ; la dame de Châtillon, dame de la reine, le comte de Vendôme ; Mlle de Châteaubrun, Jacques Trapp, chevalier autrichien ; et Mlle de Rosny (ces deux dernières, damoiselles de la reine). Après le quatrième service, on apporta mystérieusement un paon vif placé dans un navire. L’oiseau avait à son cou les armes de la reine, et tout autour du navire étaient blasonnées celles de ses dames et damoiselles. Jacques Trapp et le chevalier hongrois vouèrent au paon et aux dames un vœu galant a en l’honneur, le premier, de Mlle de Villequier, et le second, de Mlle de Châteaubrun, auprès desquelles ils étaient placés à table2393.

Madeleine de France était âgée de quatorze ans et Ladislas en comptait dix-huit à peine. On n’attendait 404que les fêtes de Noël pour procéder ensuite, dans la ville de Tours, aux fiançailles. Cependant le jeune prince s’était rendu de Buda, à Prague, où il comptait recevoir sa nouvelle épouse. L’empereur, les électeurs de l’Empire et autres princes d’Allemagne s’étaient réunis à Prague, pour lui faire, cortège. Ladislas parut le 22 novembre dans cette ville en habits nuptiaux, portant sur sa tête le chapeau de fleurs des fiancés. Le 23, il mourait empoisonné, les uns disent par la jalousie d’une maîtresse ; d’autres, par suite de ressentiments politiques2394.

Un mois après cet événement, le 24 décembre 1457, veille de Noël, un messager arriva en toute hâte de Prague à Tours, annonçant que le roi Ladislas était mort. Cette nouvelle, tombée subitement au milieu des préparatifs de fête, causa une profonde et douloureuse impression. Chacun se rappela que des comètes, portant une queue de flamme formidable, et autres signes célestes, avaient pronostiqué récemment de grands sinistres. Le roi Charles VII était redevenu faible et souffrant. On commença par lui cacher la notion de ce deuil. Mais lorsque le roi eut célébré les fêtes de Noël, Pierre de Brézé, comme le plus disert et le mieux écouté parmi les conseillers qui entouraient le prince, fut chargé 405de lui révéler ce dénouement fatal et inattendu2395.

Ladislas, en mourant, léguait le Luxembourg à Madeleine. Les ambassadeurs offrirent à la princesse, veuve avant même d’avoir été fiancée, tous les dons que lui avait destinés celui qui devait être son époux. Ils reçurent à leur tour tous les présents dont les combla le roi de France, et qui s’élevaient à plus de 30,000 livres. Puis ils s’éloignèrent de Tours le 1er janvier 1458. Les Hongrois se dirigèrent ensuite vers Paris et Saint-Denis, dont ils visitèrent, par ordre du roi, toutes les reliques et curiosités. Ils regagnèrent enfin l’Allemagne, après avoir vu échouer ainsi le but principal de leurs négociations. Charles VII prit aussitôt sous sa garde Thionville et le duché de Luxembourg. Peu après, il se porta candidat pour succéder à Ladislas VI comme roi de Bohême. Mais la diète électorale, réunie à Prague, lui préféra Georges de Podebrady, qui avait été l’antagoniste de Ladislas, et qui fut élu roi de Bohême le 2 mars 14582396.

Jean, duc d’Alençon, était depuis près de deux ans prisonnier d’État. Celui que Jeanne d’Arc appelait son beau duc avait reçu de la nature des dons avantageux. Il était brave de sa personne. On l’a vu, en 1424, préférer la captivité, au lieu de se faire Anglais et de recouvrer sa liberté sans rançon. L’amitié qu’il sut inspirer 406à la grande héroïne du quinzième siècle est un titre pour lui devant l’histoire. Mais il ne persévéra point dans les nobles sentiments qui inspiraient la libératrice. Jean dévia de la carrière qu’il avait noblement parcourue à ses côtés2397.

Le duc d’Alençon était atteint, au plus haut degré, des infirmités morales et intellectuelles qui caractérisent le siècle et la classe auxquels il appartenait. Il avait sucé avec le lait ces principes de l’éducation féodale, qui faisaient de chaque seigneur un roitelet affranchi, du moins à ses propres yeux, de tout devoir, de toute loi civile et morale. Jean d’Alençon continua, sous Charles VII, la revendication de ces idées désordonnées, qui, du temps de Charles VI, conduisirent le royaume aux abîmes. La tyrannie de La Trémoille avait été cause, comme on l’a vu, de la disgrâce humiliante et en partie imméritée qui fut infligée en 1429 au jeune lieutenant général. Les talents militaires de ce prince et sa capacité intellectuelle semblent, d’autre part, n’avoir pas été au niveau de son amour-propre et de son ambition illimitée. Le duc, en sa qualité de haut baron, ne reculait devant aucun moyen de se faire justice lui-même. Il mettait au-dessus de toute loi ses prétentions ainsi que ses appétits. Le devoir du patriotisme, enfin, qui domine l’ensemble de nos croyances modernes en fait de vie publique, était encore nouveau dans la société du quinzième siècle. Pour Jean, duc d’Alençon, aussi bien 407que pour la plupart des princes de son temps, ce devoir n’existait pas2398.

Depuis le jour où Jean, duc d’Alençon, perdit son poste de lieutenant général, il nourrit dans le silence une égoïste rancune, et ne perdit jamais de vue son intérêt et sa vengeance privés. Le traité d’Arras, en pacifiant les discordes antérieures, en fermant la carrière des guerres intestines, mécontenta les princes, et en particulier le duc Jean. Le duc d’Alençon épousa une Armagnac et fit partie de tous les conciliabules hostiles à la suprématie et à l’unité du gouvernement royal. Il se ménagea constamment des accointances avec les autres princes ligués, avec le dauphin et avec les Anglais. Ce grand feudataire avait pris part à la campagne de Normandie, et recouvra ainsi ses possessions héréditaires. Mais il n’obtint jamais ni grande charge, ni commandement supérieur. On ne le voit figurer que par intervalles parmi les membres du conseil royal. Des motifs qui ne nous sont qu’imparfaitement connus paraissent avoir déterminé Charles VII à tenir ce prétendant à l’écart. Jean d’Alençon ne reçut point, comme ses autres cousins, de riche pension. Il se plaignait en outre, ce qui était vrai, que les courtisans, gens de bas lieu, circonvenaient Charles VII ; rendaient le monarque inaccessible, et lui interdisaient, à lui, prince du sang, l’approche du roi, chef de sa famille, son parent et compère2399.

408Jean, duc d’Alençon, jouissait cependant des satisfactions attachées à son existence princière et d’une assez grande prospérité. Il avait, dit son chroniqueur domestique, une somptueuse chapelle dans laquelle vingt-quatre chantres, excellents musiciens, lui faisaient entendre chaque jour l’office divin. Son écurie, la plus belle de France, contenait vingt-quatre chevaux de prix, affectés à son service, et vingt-quatre haquenées pour celui de la duchesse, etc., etc. Il eut recours au remède salutaire de l’étude contre les tentations de l’égoïsme et contre les maladies de son esprit. Jean se mit en relations littéraires et poétiques avec son beau-père, Charles d’Orléans. Mais il abandonna, pour son malheur, ces errements2400.

Sa faible imagination était livrée aux sciences occultes. Il donna sa confiance à un religieux, qui jouissait aussi d’un grand crédit auprès de la reine Marie d’Anjou. Ce moine, appelé Me Michel Bars, était en même temps médecin, astrologue et prévôt de l’abbaye de la Woestyne, près Bruges2401. En 1451, Jean se sentit malade de douleurs qui se portaient à la tête, aux reins et au bas-ventre. Depuis quelques années, il n’avait plus d’enfants mâles. Le duc d’Alençon rattachait ces divers 409maux l’un à l’autre. Le prévôt, consulté, lui envoya, sur ses instances, un écusson et une poudre faite avec de la peau de serpent brûlée2402.

La poudre devait se fondre sous l’influence de certaine constellation. L’écusson était de feuille d’or, rond et de la grandeur d’un demi-écu, frappé, comme la monnaie, d’une empreinte où se voyait un lion au milieu d’un soleil. Le duc avait la voix forte, mais rude. Cet écusson, placé dans sa bouche, devait lui communiquer le charme d’une éloquence irrésistible. Jean fit chercher à grands frais, depuis la Hollande jusqu’en Italie, une plante pharmaceutique nommée martagon. Cette herbe avait pour vertu de mettre le possesseur en la bonne grâce des dames. Environ trois ans avant son arrestation, Jean suivit à Tours et à Chinon le roi, qu’il fatiguait en vain de ses requêtes. Si je povois avoir une pouldre que je sçay bien, dit alors le duc, et la mettre en la buée où les draps-linges du roy seroient mis, je le ferois devenir tout sec2403.

La ville de Fougères, premier théâtre de la guerre en 1449, était de l’ancien domaine d’Alençon. À grand regret, Jean l’avait cédée, en 1427 et 1429, au duc de Bretagne, pour se racheter de captivité. Après la conquête, il réclama inutilement la restitution de cette place à François Ier, puis à Charles VII. Jean se jeta dès 410lors avec emportement dans le parti des Anglais. Aussitôt que Talbot eut repris Bordeaux, en 1452, le duc noua des négociations avec ce capitaine et ses fils. La mort de Talbot et les événements de 1453 ne ralentirent pas ses intrigues. Jean demandait au roi d’Angleterre 20,000 écus comptant, un duché (celui de Bedford ou de Gloucester), avec 30,000 écus de revenu, pour se faire une seconde situation au delà du détroit, et une pension équivalente à celle des princes ses cousins, les plus favorisés en France : de 12,000 à 20,000 livres. Sa fille aînée devait épouser le fils aîné du duc d’York, antagoniste de Henri VI. Le duc d’Alençon provoquait instamment les Anglais à descendre en France. Il traçait un plan de campagne pour l’invasion, dont il devait favoriser le succès de tout son pouvoir : Jean promettait de livrer à l’ennemi le port de Granville, Falaise et d’autres places, où il exerçait une grande autorité2404.

En 1454, Alençon vint trouver, incognito, à Lille le duc de Bourgogne. Il se mit ensuite en rapport avec le dauphin et reprit avec une nouvelle activité ses manœuvres de trahison. C’était l’année où la mésintelligence entre le roi et l’aîné de ses fils atteignit son plus haut degré de gravité. Le duc d’Alençon eut pour instrument et principal confident ou complice Thomas Gillet, prêtre de Domfront, son aumônier. Il employa aussi Edmond Gallet, fils de Louis Gallet, d’une famille 411échevinale de Paris, qui se fixa en Normandie après le recouvrement de la capitale par Charles VII, et suivit avec zèle le parti de Henri VI. John Hay, capitaine d’Alençon au temps de l’occupation étrangère, Richard Wydeville et un troisième Anglais nommé Hungerville, lieutenant du comte de Warwick à Calais, lui servirent également d’intermédiaires2405.

Le duc avait sur ses terres un nommé Pierre Fortin, dit le tors-fileux2406, paysan ou laboureur à Saint-Pierre de Vaussay, près Domfront. Vers la fin d’avril 1456, le duc envoya cet homme, simple et ignorant, à Calais. Il était porteur d’une lettre pressante écrite par ordre du prince, signée de sa main, adressée au roi d’Angleterre, et contenue dans un bâton creux. Les agents de Pierre de Brézé, sénéchal de Normandie, instruits par une indiscrétion naïve de Fortin, surveillèrent le messager. Ils le saisirent à son second passage à Rouen, muni de la réponse verbale qu’il rapportait, et le laissèrent accomplir auprès de son maître le complément de sa mission. Mais la lettre avait été interceptée et fut envoyée au roi de France. Conformément au plan de la conspiration, le duc s’était rendu à Paris, pour laisser d’abord le champ libre à l’invasion anglaise. Le 27 mai 1456, il fut arrêté à Paris, rue Saint-Antoine, en l’hôtel 412de l’Étoile, qu’il occupait (vis-à-vis du célèbre hôtel de l’Ours), au moment où Fortin venait l’y rejoindre2407.

Jean, duc d’Alençon, fut transféré successivement à Melun, au château de Nonette (en Auvergne), résidence du roi ; puis en la tour de Constance, au château royal d’Aigues-Mortes, où il subit, durant le cours de l’instruction, une longue captivité. Les ramifications de ce complot, qui coïncidait avec celui d’Armagnac, la gravité chaque jour croissante de la situation, tant à l’intérieur qu’au dehors, firent au gouvernement royal une nécessité de cette lenteur. Enfin Charles VII se résolut à vider avec éclat cette cause politique. Après divers délais, le roi assembla solennellement à Vendôme la cour des pairs et présida lui-même ce lit de justice2408.

Charles VII entra dans Vendôme le 21 août 1458, accompagné de sa garde et de toute sa maison dans l’appareil royal. Il avait auprès de lui son second fils, Charles, duc de Berry, vestu comme roy. Les débats s’ouvrirent le 26. Jean, duc d’Alençon, ramené d’Aigues-Mortes, parut devant ses juges. La plus grande pompe fut déployée dans cette solennité judiciaire, qui causa une profonde impression sur les contemporains. Jean Fouquet, peintre du roi, et le premier peintre de son époque, a retracé cette solennité dans un tableau d’histoire admirable, et que nous voudrions pouvoir 413placer sous les yeux du lecteur.

Jean Fouquet, lit de justice du roi Charles VII réuni à Vendôme pour le procès du duc Jean d’Alençon
Lit de justice du roi Charles VII réuni à Vendôme pour le procès du duc Jean d’Alençon.
(Jean Fouquet, extrait du Boccace de Munich, manuscrit enluminé, 1459-1460, conservé à la bibliothèque d’État de Bavière à Munich, Cod. Gall. 369, f° 2 v°)

Le vaste prétoire où se tint l’audience royale était disposé en forme de losange. Charles VII occupait le sommet et l’extrémité du petit axe de cette figure. Au-dessous de lui siégeaient son fils, les princes du sang, les grands officiers de la couronne, les pairs et toute la cour ; chacun placé à son rang, suivant les lois du cérémonial. Près de trois cents conseillers ou assesseurs remplissaient l’enceinte, sans compter la multitude du peuple qui se pressait aux quatre orifices du prétoire, pour assister à l’audience2409.

Jean, duc d’Alençon, avait figuré comme pair au sacre du roi. Sa qualité de prince du sang lui donnait le droit de n’être jugé que par les pairs. Depuis l’institution de ces hauts dignitaires, le fait même de leur existence et leur nombre avait été modifié par les événements. Philippe le Bon fut ajourné ou convoqué, au nom du roi, comme premier pair et doyen des pairs laïques. Il tenait à là fois les pairies de Bourgogne et de Flandres. Les comtés de Champagne et de Toulouse étaient depuis longtemps réunis à la couronne. Charles VII, pour suppléer ces deux titres éteints, érigea les 414comtés d’Eu et de Foix en pairies. Charles d’Artois et Gaston de Grailly, nouveaux pairs, siégèrent immédiatement sur la fleur de lis. Le traité d’Arras exemptait Philippe le Bon de toute contrainte personnelle ou citation judiciaire. Le duc répondit qu’il se rendrait à l’ajournement du roi ; mais qu’il aurait, pour l’accompagner, quarante mille hommes sous les armes. Philippe et le dauphin étaient, dans la cause, les complices du prévenu. Le roi dispensa le duc de Bourgogne de comparaître en personne. Son nom et celui du prince Louis furent volontairement écartés du procès. Philippe se fit représenter à Vendôme par deux orateurs et deux chevaliers2410.

Le duc de Bourgogne, par l’organe de Jean Lorfèvre, président du Luxembourg ; le duc de Bretagne (Arthur de Richemont), le duc d’Orléans, dans une harangue, personnelle qui nous est restée, plaidèrent la cause du prévenu. Jean Jouvenel des Ursins, archevêque de Reims, par un discours probablement concerté avec le conseil, invoqua la clémence royale. Enfin, le 10 octobre 1458, le chancelier de France, en présence du roi et en l’absence du prévenu, prononça la sentence qui fut notifiée ce même jour au condamné, dans son hôtel à Vendôme, par Yves de Sepeaux, premier président du parlement, assisté de plusieurs conseillers2411.

415Aux termes de cet arrêt, Jean, duc d’Alençon, comte du Perche, etc., était condamné à mort comme coupable de lèse-majesté, ainsi que de haute trahison, et ses biens confisqués. Mais le roi lui fit grâce de la vie. Quant aux possessions du coupable, l’arrêt les divisa en trois parts. La première, composée du duché d’Alençon, etc., fit retour à la couronne, ou du moins lui fut immédiatement appliquée ; la deuxième, formée du comté du Perche et autres terres, servit à l’apanage de Catherine et de René d’Alençon, héritiers légitimes du duc Jean ; la troisième fut distribuée par le roi à ses favoris. C’est ce qui advint notamment de la terre de Semblançay, concédée peu après la condamnation à Antoine d’Aubusson, bailli de Touraine, et à sa femme Marguerite de Villequier2412.

L’histoire du moyen âge, et particulièrement celle du quinzième siècle, abonde en miracles et en faits de sorcellerie. Cette double préoccupation s’explique par l’état intellectuel de la société à cette époque. La somme des 416connaissances publiques, acquise dans les divers domaines de l’entendement, se réduisait à peu de chose. La science positive et la méthode expérimentale qui en forme la base n’existaient pas encore. Généralement, comme nous l’avons dit, le sentiment en tenait lieu. Tout phénomène, ou fait quelconque qui semblait (à des observateurs peu exercés et peu scrupuleux) s’écarter des lois ordinaires de la nature, était rapporté à deux principes. On attribuait les faits heureux à une intervention spéciale de la Divinité sous le nom de miracles. Les faits considérés comme funestes étaient imputés au démon2413.

L’Église, au moyen âge, trouva debout les sciences occultes et la pratique des arts secrets, qui, à titre de croyance religieuse, et comme doctrine scientifique, se rattachaient au polythéisme antique. Ces arts portaient le nom de sorcellerie. L’Église, qui présidait à l’instruction publique, subit elle-même, aussi bien que le reste de la société, subit en partie, disons-nous, l’atteinte ou le crédit de ces doctrines. Ainsi l’astrologie, par exemple, se mêlait parfaitement, sous les auspices du clergé, à l’enseignement officiel et orthodoxe de la médecine. Mais l’Église poursuivait, avec l’ardeur et les sévérités que l’on sait, la pratique des arts occultes, lorsque cette pratique s’exerçait en dehors de son dogme, de son enseignement et de la sphère de son autorité.

Ces principes dominaient également au sein de la société proprement dite ou du siècle. À l’époque de Charles VII, il n’était pas de roi, prince ou grand seigneur qui n’eût à sa table ou qui ne comptât parmi les 417officiers de sa maison son aumônier, son médecin et son astrologue. Ces trois personnages, prêtres les uns et les autres le plus souvent, imbus des mêmes croyances, formés à la même école, se réunissaient plus d’une fois dans une seule et même personne.

Ainsi que leurs collègues, et à titre de conseillers intimes, ces astrologues orthodoxes exerçaient une sérieuse action sur la conduite des princes. En même temps, il n’était pas de haut baron qui ne se piquât d’une fidélité jalouse aux dogmes de l’Église. Tous tenaient à honneur de combattre, et de réprimer la sorcellerie (l’une des formes de l’hérésie) par les moyens temporels qui étaient l’attribut spécial du bras séculier. Ainsi, pour choisir un spécimen, le chroniqueur du connétable de Richemont, dans le panégyrique ou éloge funèbre qu’il trace de son héros à l’occasion de sa mort, le glorifie surtout des nombreuses exécutions de sorciers qu’il avait prescrites, comme justicier, dans le cours de sa carrière2414.

Cependant ce genre de crimes, sans parler de l’atrocité de la procédure et des peines, offrait, au point de vue du droit, une matière essentiellement périlleuse et problématique. Il n’était point facile, en effet, de distinguer l’astrologie licite de l’astrologie illicite2415. L’imagination, d’ailleurs, prenait une part énorme à l’appréciation morale du fait délictueux et jouait un rôle non 418moins prépondérant dans la recherche et le constatation du délit. Il suffisait donc d’une panique intellectuelle pour augmenter tout à coup la préoccupation générale des esprits à l’égard des sorciers. Il suffisait, pour multiplier les poursuites criminelles en ce genre, d’une recrudescente de zèle ou quelquefois de passion, soit de la part des autorités ecclésiastiques, soit des seigneurs temporels.

C’est ce qui arriva, en 1459, dans l’affaire mémorable des Vaudois.

Ce nom, au quinzième siècle, était un de ceux qu’on avait coutume de donner familièrement aux sorciers, et qui les rattachait, par un lien d’attribution plus ou moins fondée, aux hérétiques désignés par ce même nom dans l’histoire du treizième siècle. Vers le 1er novembre 1459, une femme de Douai, nommée Deniselle, femme de folle vie, fut arrêtée comme Vaudoise et détenue à Arras dans les prisons de l’évêché. Cette femme avait été dénoncée par un nommé Robinet de Vaulx, natif d’Hébuterne en Artois. Peu de temps auparavant, le chapitre des frères prêcheurs se tenait à Langres (Bourgogne). Robinet de Vaulx, à leur poursuite, avait été brûlé dans cette ville. Deniselle, à son tour, subit la torture ; elle dénonça comme, Vaudois, divers hommes et femmes de sa connaissance. Ceux-ci, arrêtés, en usèrent de même si bien que la chose montoit de plus en plus2416.

En présence de cette situation, les juges ecclésiastiques se partagèrent en deux camps. Les uns étaient d’avis 419de laisser aller tous les dessusdits, prins comme Vauldois et Vauldoises, sans nulle punition. D’autres, au contraire, et notamment maître Jacques du Bois, doyen de l’église Notre-Dame d’Arras, estimaient que tous ceulx qui avoient esté à la dicte vaulderie debvoient mourir, et ceulx aussy qui estoient raecusés (dénoncés) d’eulx, moyennant toutefois qu’ils aient trois ou quatre tesmoings contre eulx. Un grand conseil de clercs se tint à Arras On en référa au gouverneur, nommé Jean de Bourgogne, comte d’Étampes, lieutenant pour Philippe le Bon, et résidant à Péronne. Le comte se montra favorable aux poursuites. Le 9 mai 1460, Deniselle et six autres accusés furent exposés publiquement sur un échafaud, en la cour de la maison épiscopale d’Arras. Chacun d’eux était coiffé d’une mitre où estoit peinte la figure du diable, en telle manière qu’ils avoient confessé luy avoir faict hommage, et eulx à genoulx peints devant le diable. Ils furent ensuite prêchés publiquement par Pierre Lesbroussart, docteur en théologie, dominicain, lequel avait pris une part très acerbe à l’instance judiciaire. Tous enfin, abandonnés au bras séculier, subirent le supplice du feu2417.

Ces malheureux, livrés ainsi à une mort hideuse, 420firent entendre les accents du désespoir en présence d’une foule immense accourue à ce spectacle : lesquelles manières et paroles mirent le peuple en grande pensée et murmure. Les premières victimes de ces dénonciations étaient pour la plupart des filles publiques. Elles comprirent aussi un pauvre artiste, peintre et poète, âgé de soixante à soixante-dix ans, et surnommé l’Abbé de peu de sens. Il y avait encore un sergent de ville ou d’échevinage, et autres gens d’humble condition. Mais la délation en montant embrassait des régions sociales de plus en plus élevées. Elle atteignit bientôt de riches bourgeois, Martin Cornille, receveur des aides ordinaires du comté d’Artois pour le duc de Bourgogne ; Baudouin, seigneur de Noyelle, chevalier et gouverneur de Péronne ; Colart, dit Payen, seigneur de Beauffort et de Ranssart, chevalier, noble homme et une des anciennes bannières d’Artois, âgé de soixante-douze ans, et riche de cinq à six cents francs de rente2418, etc.

Plusieurs de ces prévenus, et notamment le dernier, étaient puissants par leur autorité, leurs amis, leur famille. Philippe de Beauffort, fils aîné de l’inculpé, s’entremit avec un zèle habile au salut de son père. Le Seigneur de Beauffort, mis à la torture, fit les confessions nécessaires pour éviter une condamnation absolue de la part des gens d’Église. Puis il composa pour quatre mille écus avec les juges laïques. Cependant il était toujours détenu. Mais Philippe se pourvut, au nom de son père, en la chancellerie du roi de France ; et appela de 421la justice ducale au ressort du souverain. Le gouvernement de Charles VII accueillit avec une faveur marquée cet appel. Favorables au duc et par esprit d’hostilité contre le roi, les autorités locales avaient formé un pourvoi en cour de Rome. Le pape, en effet, nomma une 422commission sur les lieux pour connaître de la cause. Mais le roi, dans cette question de paix et d’ordre publics, évoqua toute l’affaire. Il introduisit et fit prévaloir, à travers l’autorité féodale du duc, à travers l’autorité canonique du saint-siège, l’autorité souveraine de sa juridiction et l’indépendance de sa couronne2419.

Le 16 janvier 1461, un huissier du parlement de Paris se présenta, porteur d’un exploit royal, devant le geôlier d’Arras. Celui-ci rendit, non sans résistance, les prisonniers, qui furent amenés à la Conciergerie du palais et jugés par les gens du Parlement. Là, le seigneur de Beauffort établit judiciairement qu’il avait dû payer, sans y être condamné, au duc de Bourgogne, 4,000 francs ; au comte d’Étampes, 2,000 francs ; au bailli d’Amiens, 1,000 francs, et au lieutenant dudit bailly, 200 francs2420.

Dans l’intervalle de quelques mois, les appelants furent jugés, absous et mis en liberté avec restitution de leurs biens. Le roi envoya en outre dans le pays une haute commission composée de l’archevêque de Reims, métropolitain de la Picardie ; Jean Bréhal, supérieur des dominicains, et Guillaume Chartier, évêque de Paris. Ces délégués étaient précisément les promoteurs de la réhabilitation de la Pucelle, prononcée en 1456. Au milieu d’un conflit qui agitait les populations, ils portèrent, avec l’autorité souveraine du roi, des paroles de conciliation, de paix et d’indulgence. Les poursuites dirigées contre les Vaudois furent arrêtées ; les prévenus, mis hors de cause ; et des actions civiles s’ouvrirent, pour procurer, à l’égard des biens, les réparations compatibles avec les lois alors existantes2421.

Ici se place, à son véritable ordre chronologique, un autre événement judiciaire que nous avons été amené à mentionner par anticipation dans le deuxième volume de cet ouvrage2422.

Vers le mois de juillet 1460, il avait à Laval, au diocèse du Mans, une fille, âgée de dix-huit ou de vingt-deux ans, native d’un lieu voisin nommé Chassé-lès-Usson. Son père s’appelait Jean Seron ou Féron, et elle était connue sous le nom de Jeanne la Féronne. Jeanne capta d’abord la faveur de la dame de Laval2423. Cette fille se donnait pour inspirée et se prétendait possédée ou tourmentée par le démon. Elle avait sans cesse à la bouche les noms de Jésus et de Marie. La dame de Laval 423prit le parti de l’envoyer au Mans vers l’évêque, Martin Berruyer. Ce prélat entendit la patiente ou prophétesse en confession. Il renouvela son baptême, la confirma et changea son nom de Jeanne en celui de Marie, en recongnoissant l’aide de Dieu et l’aide merveilleux que lui avoit fait la Vierge Marie, mère de Dieu2424.

Jeanne la Féronne se prétendait vierge. Elle habita quelque temps la ville du Mans sous les yeux et la protection de l’évêque. Sur ce nouveau théâtre, elle donna cours à ses jongleries de thaumaturge, et réussit à tromper de plus en plus la confiance de ce vénérable prélat, affaibli sous le poids de l’âge. Elle simula plusieurs scènes de possession ou attaques des mauvais esprits, et fut à plusieurs reprises exorcisée par l’évêque. Jeanne parut à ses yeux couverte de plaies, ensanglantée, luttant contre les étreintes d’un ennemi invisible. En même temps, elle fit à l’évêque des confidences merveilleuses accompagnées de communications dévotes et de réflexions ou sentences chrétiennes. Martin Berruyer, dupe de ces démonstrations, lui témoigna un intérêt croissant. Jeanne devint bientôt célèbre sous le nom de la Pucelle du Mans, et l’évêque contribua puissamment à étendre la renommée de cette mystificatrice. Il écrivit plusieurs lettres en son honneur à plusieurs princes et communautés du royaume2425.

La pieuse reine de France, ayant entendu parler de cette fille, écrivit à l’évêque pour le prier de la lui faire 424connaître. Martin Berruyer répondit à cette demande par une épître qui nous a été conservée, et qui contient un long témoignage de l’illusion où sa bienveillance, ainsi que sa crédulité, l’avait entraîné. Parmi les visiteurs de la prétendue prophétesse, quelques officiers du roi s’étaient trouvés auprès d’elle. La Féronne leur dit : Recommandez-moi bien humblement au roy et lui dictes qu’il recognoisse bien la grâce que Dieu lui a faict ; qu’il veuille soulager son peuple.

L’attention du gouvernement royal et de Charles VII lui-même fut à son tour éveillée par le bruit de cette fille. Au mois de décembre 1464, Jeanne fut mandée à la cour. Le conseil se tenait alors à Tours, et le roi habitait son château des Montils. Pierre Sala, qui écrivait, en 1516, un opuscule dédié à François Ier, roi de France, nous a laissé, dans cet opuscule, un témoignage fort curieux, qui lui avait été transmis par Guillaume Gouffier, sire de Boisy, relativement à Jeanne d’Arc, la Pucelle d’Orléans. Le même auteur mentionne, à la suite de cette héroïne, une fausse pucelle qui, dix ans après, dit-il, fut présentée au roi comme étant Jeanne ressuscitée2426.

Mais Sala, fort âgé lorsqu’il rédigeait cet écrit, a vraisemblablement commis une erreur de date dans ce passage, et le reste de son récit paraît s’appliquer avec précision, non pas comme on l’a cru, à Claude des Armoises, mais à Jeanne La Féronne. Le roy, ainsi s’exprime Pierre Sala, oyant cette nouvelle, commanda que la fille fust amenée devant luy. Or, en ce temps estoit le roy blessé en un pied et portoit un botte faulve. Voulant 425éprouver la nouvelle venue, ainsi qu’il avait fait en 1429, à Chinon, il envoya un de ses familiers pour recevoir Jeanne la Féronne comme s’il fust le roy. Mais les conducteurs de cette fille savaient que le roi était malade. Jeanne la Féronne, avertie, passa outre et vint droit au roi, dont il fut très esbahy et ne sceut que dire, sinon en la saluant bien doulcement et lui dit : Pucelle m’amye, vous soyez la très bien revenue, ou nom de Dieu, qui scet le secret qui est entre vous et moy. Alors miraculeusement, poursuit Sala, après avoir ouy ce seul mot, se mit à genoulx cette faulse pucelle, en luy criant mercy, et sur-le-champ confessa toute la trayson2427.

En effet, Jeanne la Féronne fut conduite à Tours, examinée par le conseil, mise en jugement et convaincue d’imposture. Son procès, vraisemblablement, s’instruisit d’abord en cour d’Église, car il fut confirmé par Jean Bernard, métropolitain de l’évêque du Mans. Jeanne était la concubine d’un clerc et menait une vie dissolue. Des familiers de l’évêque, ses indignes confidents, profitaient de cette intimité pour suggérer à leur créature de prétendues révélations qu’elle offrait, sous le sceau de la confession, à la crédulité du respectable vieillard. Le conseil décida que Jeanne serait mitrée et prêchée publiquement 426devant tout le peuple dans les villes du Mans, de Tours et de Laval.

Le 2 mai 1461, elle fut exposée à Tours, coiffée d’une mitre, avec écriteau en vers latins et français. Maître Guillaume de Châteaufort, grand maître du collège royal de Navarre, la prêcha. Elle dut enfin être renfermée à Tours pour pleurer et gémir ses péchés en prison fermée l’espace de sept ans en pain de douleur et en eau de tristesse. Quant à ses complices, ils furent, dit Sala, justiciez très asprement comme en tel cas bien appartenoit2428.

427Chapitre VI
(1458 – 1461)

  • Dernières années de Charles VII.
  • Administration intérieure.
  • Relations extérieures : Aragon, Castille, Rhodes, Allemagne, Liège, Italie.
  • Congrès de Mantoue.
  • Angleterre.
  • Marine.
  • Ambassade des princes d’Orient à Charles VII.
  • Le roi dans sa vie privée.
  • Coup d’œil sur l’état des sciences, des lettres et des arts.
  • Chagrins politiques et domestiques du roi.
  • Lettre du dauphin.
  • Mort de Charles VII.
  • Résumé général.
  • Conclusion.

Un chroniqueur à peu près contemporain peint en ces termes la sécurité que Charles VII avait rendue à ses États, dans les dernières années de son règne :

Ou quel temps paix estoit en tout le royaume de France et en la duchié de Bretaigne. N’estoit question que de se resjouyr et sercher passe-temps honneste ; voire en si grande seureté que on eust porté d’une ville à l’autre un boisseau d’escuz à découvert sans dangier2429.

Cette confiance publique était achetée par le prince au prix d’une sollicitude vigilante et de perpétuelles alarmes2430. Elle était aussi le fruit de sages mesures que 428le gouvernement ne cessait de prendre pour assurer la défense, la tranquillité et la prospérité du royaume.

À l’appui des assertions qui précèdent, l’histoire nous a conservé un nombre assez considérable de documents. Tous se rapportent à l’administration civile et intérieure. Mais ces documents sont généralement fragmentaires et isolés.

Le roi, par lettres données à Tours, en avril 1458, confirma solennellement les privilèges de la Normandie, connus sous le nom de Charte aux Normands. En même temps, il augmenta le nombre des gens de guerre affectés à la garde de cette province. L’impôt s’accrut aussi en conséquence de cette augmentation. Un port militaire fut créé à Honfleur2431.

Des faits analogues se rattachent à d’autres points du territoire. Ainsi, vers le commencement de 1458, Charles VII nomma au poste, alors vacant, de la sénéchaussée de Saintonge. La Rochelle, ce port si important, entretenait constamment des relations maritimes avec l’Espagne. Le roi donna pour successeur, dans cet emploi, à Guillaume Gouffier, Enríquez de Castille, déjà gouverneur de Bayonne2432.

Des lettres, signées par le roi le 30 octobre 1459, 429étendirent les pouvoirs de Poton de Xaintrailles. Ce vaillant maréchal fut nommé lieutenant et principal gouverneur de Bordeaux, en l’absence du nouveau duc de Bourbon, qui s’éloignait souvent du siège de son gouvernement. Une indication remarquable, mais très succincte, mentionne, sous la date de 1458, l’acte de prestation de serment de Guillaume Prunellé de Herbaut, en l’office de bailli de Calais, pour le roi Charles VII2433.

On peut considérer aussi comme offrant un intérêt général diverses ordonnances rendues à cette époque pour maintenir, perfectionner ou réformer la discipline et la juridiction du Parlement, de la cour des Comptes, des Aides, des Monnaies, de la Prévôté, du Châtelet, de l’Université de Paris, ainsi que du Collège royal de Navarre2434.

À côté de ces édits, une deuxième classe de diplômes, d’une importance particulièrement topique, accorde divers privilèges aux villes ou localités ci-après dénommées et concerne les finances, l’industrie, le commerce ou la navigation. Ces localités sont Paris, Tournay, Lyon, Rouen, Aigues-Mortes, Libourne, Saint-Lô, l’Isle en Périgord, le Puy en Velay, Saint Léonard près Limoges, Béziers, Vernon-sur-Seine, Eu, Mouzon près Sedan2435, etc.

430Une dernière partie de ces mêmes documents se compose principalement de donations pieuses ou de bienfaits octroyés par le roi aux églises, abbayes et communautés de Saint-Denis, Chartres, Longchamp, la Trinité près Soissons, Marcoussis, Saint-Antoine d’Amiens, les Célestins de Paris, Saint-Jean de Thouars, Notre-Dame de Loches, l’abbaye de Saint-Martin d’Autun, Marmoutier de Tours, et l’abbaye de Corbie2436.

Charles VII continuait à chercher dans ses relations extérieures un appui contre l’Angleterre, contre le duc de Bourgogne et contre son fils. Depuis les temps de saint Louis, un prince de la maison de Bourbon avait fondé à Naples sa dynastie. Les Génois s’étaient donnés à la France sous Charles VI. Vers ce même temps, le mariage de Louis d’Orléans et de Valentine de Milan se rattachait à une combinaison politique tendant à constituer un royaume italien en faveur du prince français. Ces vues furent constamment présentes à l’esprit de Charles VII. Elles servirent de programme à sa politique étrangère dans le midi de l’Europe2437.

Les actes que nous allons exposer offrent, principalement 431en ce qui concerne l’Italie, un intérêt d’histoire générale qu’il serait superflu de signaler à nos lecteurs. Là est la tête et l’introduction de tous les événements, de tous les faits moraux, si importants, qui marquèrent, à la fin du quinzième siècle et à l’époque de la Renaissance, les relations de la France avec la Péninsule italique.

Alphonse d’Aragon étant mort le 28 juin 1458, Jean II, roi de Navarre et d’Aragon, lui succéda sur ce dernier trône. La reine Marie d’Anjou envoya Jean Tudert en Aragon pour y réclamer sa part d’héritage. Charles VII renouvela ses alliances avec Jean II et s’assura, par le traité qui intervint, un secours d’hommes et de chevaux, pour le servir en cas de guerre. Ces rapports amiables se maintinrent entre la France et l’Aragon jusqu’à la mort de Charles VII. Il en fut de même à l’égard de la Castille. En 1461, lorsque le roi de France touchait à sa fin, les ambassadeurs de Henri IV négociaient le mariage d’Isabelle, sœur de ce prince, avec Charles, duc de Berry, fils puîné de Charles VII2438.

Jean de Champdeniers, commandeur de Rhodes, Thierry de Lenoncourt, bailli de Vitry, et autres ambassadeurs de Charles VII, se rendirent, les uns à Vienne en Autriche, et les autres chez les divers princes, archevêques ou électeurs de l’Allemagne. Le principal but de 432ces légations fut de revendiquer le Luxembourg et de contrecarrer dans ces pays l’influence de Philippe le Bon. En 1459, Charles VII se mit en rapport avec Guillaume, duc de Saxe. Par acte passé à Tours le 20 mars de cette année, Guillaume et Anne son épouse vendirent au roi, moyennant 50,000 écus d’or, les droits qu’ils pouvaient avoir sur le duché de Luxembourg.

La même année, Charles VII contracta de pareils liens avec le palatin de Bavière et autres puissances rhénanes. L’État de Liège se composait d’une population fort zélée pour son indépendance, et qui portait impatiemment la domination, à la fois temporelle et spirituelle, de ses princes-évêques. Ces derniers étaient presque toujours des créatures placées sous le protectorat de la maison de Bourgogne. Charles VII rechercha l’amitié de cette communauté démocratique. Un nouveau conflit s’étant élevé entre les Liégeois et leur évêque, où prétendant à l’épiscopat, Charles VII intervint comme arbitre. Par lettres du 17 avril 1459, le roi de France prit sous sa main, ou sauvegarde, les maîtres et jurés de la cité de Liège, ainsi que des autres, cités du pays liégeois et du comté de Looz2439.

Gênes et l’Italie furent le principal théâtre où se de battirent les intérêts extérieurs du roi de France. À la 433mort d’Alphonse V, roi de Naples, Calixte III s’adjugea comme suzerain ce royaume (qui était un grand fief du saint-siège), attendu qu’Alphonse ne laissait point d’héritier légitime. En ce moment, Gênes venait à nouveau de reconnaître l’autorité de Charles VII. Des relations amicales unissaient ce prince au souverain pontife. Mais Calixte III mourut le 6 août 1458, et Pie II lui succéda. L’avènement de ce pape fut le signal d’un changement complet et défavorable pour la France2440.

Énée Piccolomini s’était activement mêlé à son siècle, dans la première période de sa vie. Il avait soutenu chaleureusement, à l’époque du schisme, l’autorité des conciles et la pragmatique française. Mais lorsqu’à son tour il fut assis sur le trône, encore si élevé, des successeurs de saint Pierre, les intérêts publics lui apparurent sous un autre aspect, et le père commun des fidèles sentit que de nouveaux devoirs s’imposaient à sa conscience. Pie II répudia donc, par une contradiction flagrante, mais probablement pure et sincère, les doctrines qu’avait émises Énée Piccolomini, secrétaire de l’empereur ou du concile de Bâle. Entouré de difficultés graves et critiques, Pie II voulut ressaisir sur les princes et sur la société chrétienne un ascendant qui, déjà depuis le temps des Innocent III et des Alexandre IV, 434avait progressivement décliné entre les mains de la papauté2441.

Pie II, exclusivement préoccupé des intérêts de la foi et de sa propre couronne, adjura de nouveau les princes occidentaux de se croiser contre le Turc. Le pape s’émut impatiemment de la tiédeur que témoignaient les potentats, des préoccupations qui les retenaient enlacés, et comme sourds à son appel. Philippe de Bourgogne sut exploiter habilement cette situation. Il s’acquit les bonnes grâces du saint-père, en manifestant une ardeur plus apparente encore que réelle. La politique essentiellement temporelle et positive de Charles VII irrita contre ce roi le bouillant et éloquent pontife.

Pie II commença par accueillir don Ferdinand, bâtard d’Alphonse d’Aragon, et lui donna l’investiture de Naples2442. Charles VII rencontra dans les cabinets de tous les princes italiens l’opposition, plus ou moins déguisée, du pape, à sa propre influence et à ses desseins. Pie II, par une encyclique, adressée au roi de France le 24 octobre 1458, invita les puissances d’Europe à un congrès solennel. Cette assemblée se tint à Mantoue l’année suivante, sous la présidence du pape. Dès le mois d’avril 1459, le duc de Bourgogne s’empressa d’y envoyer une pompeuse ambassade. Les représentants du grand duc de l’Occident y furent reçus avec des honneurs et une distinction inusités. Le pape se concerta spontanément 435avec l’empereur à l’effet d’ériger en royaume les États de Bourgogne2443.

Instruit, par ces avertissements non équivoques, des sentiments que lui portait le saint-père, et de l’accueil réservé à ses ambassadeurs, Charles VII agit avec moins de hâte. Jean de Chambes, seigneur de Montsoreau, fut envoyé à Venise pour s’assurer l’appui de cette grande et florissante république. Jean de Chambes dit adieu au doge le 7 novembre 1459. Il vint alors à Mantoue, et se réunit à la légation française. Celle-ci avait attendu le départ des Bourguignons pour prendre part à l’assemblée diplomatique, ouverte au mois d’août précédent. Ce congrès demeura, malgré l’activité, le zèle et le talent de Pie II, à peu près stérile2444.

Dans le même temps, Pie II suscitait à Gênes, contre les Français, la faction des Campo-Fregoso, qui réussit à soulever les citoyens. Jean de Lorraine, fils de René d’Anjou et capitaine du roi de France à Gênes, fit voile pour Naples et dirigea ses armes contre Ferdinand. Charles VII, par lettres données à Tours le 5 juin 1460, alloua sur les aides de Languedoïl, à son beau-frère 436René d’Anjou 55,000 livres pour recouvrer le royaume de Sicile. De leur côté, les ducs d’Orléans, de Bretagne et d’Angoulême s’efforçaient, avec l’approbation du roi de France, de faire valoir les droits que Valentine avait transmis à ses héritiers sur le duché de Milan. Ils envoyèrent à cet effet des ambassadeurs au duc de Modène, au marquis de Montferrat et à la seigneurie de Venise, pour les liguer contre Francesco Sforza, le célèbre condottiere, usurpateur du domaine des Visconti. Jean d’Anjou ne réussit point devant Naples. Le 9 mars 1461, sous prétexte d’une levée d’impôt, les Génois s’insurgèrent contre l’autorité française, qui fut obligée de se retirer. Charles VII aussitôt réunit des troupes. Il équipa en même temps une flotte (provençale), dont le commandement fut confié à René d’Anjou. Mais le malheureux prince éprouva un nouvel échec sous les murs de cette place. Complètement battu par les Génois, René d’Anjou se rembarqua sans aucun succès, le 17 juillet 14612445.

La pragmatique sanction, œuvre de Charles VII et l’une des grandes institutions de la monarchie française, était très chère à son auteur. Pie II s’éleva sans ménagement et sans mesure contre cette loi célèbre et ne lui 437épargna point les anathèmes. Le roi de France déploya une constante énergie pour la soutenir. Divers incidents secondaires, tels que la nomination d’un prélat bourguignon à l’évêché de Tournay, et autres épisodes, contribuèrent à jeter dans les rapports du roi de France et du souverain pontife, une aigreur et une mésintelligence chaque jour plus marquées2446.

La conduite politique du roi de France, dans cette période extrême de sa vie, à l’égard de l’Angleterre, est très digne de remarque. Sans dénier à Charles VII sa part de souverain, on peut dire que la main de Pierre de Brézé, sa haute intelligence et son noble caractère, sont particulièrement empreints dans la direction de ces affaires. La changeante destinée accordait à Charles VII, triomphant, une éclatante revanche contre ces anciens ennemis de la France ! Une guerre atroce, absolument comparable à celle des Armagnacs et des Bourguignons, déchirait l’Angleterre. Charles VII vit successivement la Rose rouge et la Rose blanche, humiliées à ses pieds. Tour à tour, le duc d’York et l’infortunée Marguerite d’Anjou, épuisés, par une lutte meurtrière, vinrent déférer au roi de France l’arbitrage de leur querelle ou implorer auprès de lui sa protection et un refuge2447.

Accepter les offres rivales et spontanées des deux factions, 438attiser leur mutuelle animosité, les précipiter l’une contre l’autre et profiter de leur commun désastre tel était le programme que, plus tard, devait suivre ou se proposer Louis XI, avec une opportunité moins favorable. Charles VII et Pierre de Brézé en agirent autrement. La foi jurée, les liens du sang désignaient au roi de France, en la personne de Marguerite ou de son époux Henri VI, le côté du droit et la cause légitime. Charles VII, dans ses communications diplomatiques, se prononça invariablement en faveur de sa nièce et du prince à qui elle avait consacré son héroïque existence. Le parti du duc d’York et ses offres furent invariablement repoussés2448.

Cependant les alternatives de la guerre des deux Roses ne permettaient pas à la France de se considérer comme étant à l’abri des coups de l’Angleterre. Les actes d’hostilité se renouvelèrent d’une manière intermittente, entre les deux royaumes. Ces actes eurent principalement pour théâtre le détroit maritime qui sépare les côtes britannique et française. En 1457, l’expédition de Sandwich avait suffi pour donner satisfaction à notre orgueil patriotique et national. Le gouvernement de Charles VII se montra loyal et mesuré, là où il aurait pu se laisser entraîner par les caresses et l’enivrement de la fortune2449.

439Parmi les épisodes et les documents auxquels il vient d’être fait allusion, l’un des côtés les plus instructifs et les plus intéressants, nous paraît être celui qui se rapporte à l’histoire de la marine. L’Angleterre, ainsi que la France, ne possédait point encore, à cette époque, de forces navales à un degré respectable. Le système mercenaire que Charles VII avait réformé pour l’armée continentale, dominait encore sur la mer, chez l’une et chez l’autre puissance. L’exemple de Jacques Cœur cependant ne demeura point tout à fait stérile. Il semble avoir inspiré notamment au grand sénéchal de Normandie le désir de l’imiter, ainsi qu’il convenait à un homme d’État, et d’un tel mérite. On a vu que René d’Anjou avait, en 1454, un capitaine général de ses galères. En 1464, ce prince, envoyé contre les Génois, portait, sur ses propres navires, le titre de capitaine général pour le roi de France. Dans le même temps, une armée de mer se disposait à mettre à la voile pour franchir le pas de Calais et secourir Marguerite. Pierre de Brézé fut désigné pour le commandement de cette nouvelle expédition maritime2450.

Charles VII compta parmi ses grands officiers jusqu’à quatre maréchaux de France coexistants ; bien que le cadre normal de cette haute dignité ne comportât que deux titulaires simultanés. Mais la monarchie n’avait eu jusqu’alors qu’un seul amiral. Choisi, comme les maréchaux, parmi les capitaines ou chevaliers des milices de terre, l’amiral, à proprement parler, était un simple maréchal 440des frontières maritimes. La marine, marchande ou non marchande, ainsi que le commerce, ne ressortissaient point, comme de nos jours, à l’un des grands services gouvernementaux ou administratifs. Il n’existait point de flotte royale, et nous avons vu en Guyenne la marine de guerre commandée par un fonctionnaire civil. Charles VII n’eut point même l’idée de créer sur mer une seconde armée, nationale et permanente, comme l’armée continentale. L’état social de l’Europe, à cette époque, ou mieux du droit des gens, et l’état naval des puissances, expliquent cette anomalie ; mais ils ne la justifient pas. La marine marchande et la marine militaire, sous Charles VII, naquirent pour ainsi dire d’elles-mêmes, enfantées par les nécessités de la guerre et du commerce2451.

Il ne leur manqua, pour devenir un service public et le complément de la sécurité nationale, que la sollicitude particulière et la volonté du roi. Plusieurs documents, non seulement inédits, mais, si je ne me trompe, à peu près inconnus jusqu’à ce jour, attestent que Jacques Cœur trouva aussi en Languedoc des imitateurs. Il nous est resté, à l’état de protocoles, six diplômes, adressés par Charles VII : au soudan de Babylone, aux rois de Tunis, de Caramanie, de Bougie, de Fez et d’Oran. Ces actes précieux paraissent avoir été édictés vers 1455. On y trouve mentionnés Étienne Sallelet et Pierre de Vaux, négociants de Montpellier. Ces deux associés possédaient entre autres la galère Notre-Dame et Saint-Jacques, 441qui précédemment, avait été la propriété de l’illustre argentier. En 1459, deux galères françaises abordèrent à Venise. Chargées de sucre, graine et autres denrées, elles venaient d’Aigues-Mortes, après avoir touché terre en Sicile2452.

Au mois de mai 1461, Charles VII reçut une ambassade envoyée par les divers princes chrétiens de l’Orient, ou adversaires du Grand Turc. Les noms et qualités de ces ambassadeurs sont rapportés comme il suit par le chroniqueur Jacques du Clercq. Le premier, dit-il, était frère Louis de Boulogne, de l’ordre des Cordeliers, patriarche grec d’Antioche ; le second, un chevalier nommé Michel, qui venait de par l’empereur de Trébizonde. Le troisième, appelé maître Nicole, représentait le roi de Perse ; le quatrième, également chevalier, maître Chastonidès, ambassadeur du roi de Géorgie et de Mésopotamie ; 442le cinquième nommé Mahon, estoit ung ambassadeur du petit Turc, lequel disoit que si les chrétiens vouloient aider son seigneur le petit Turc contre le grand Turc, icelui petit Turc seroit avec les chrestiens et les serviroit à tout (avec) cinquante mille hommes… 7°… ung chevalier nommé Mammart… pour le roy d’Arménie… 8° ung aultre chevalier nommé messire Hanse, ambassadeur du Prestre-Jehan (État d’Asie), quy estoit merveilleusement grand clercq et bon astrologien2453.

Cette ambassade avait été suscitée par le pape Pie II. Après avoir obtenu l’audience de Charles VII, elle se rendit auprès de Philippe le Bon, pour lui exposer les mêmes créances2454.

Le roi de France touchait à l’heure fixée par la Providence comme terme de sa carrière. Dans les pages trop peu nombreuses qu’il nous reste à remplir, nous voudrions achever de retracer, par quelques derniers délinéaments nécessaires, la figure historique de Charles VII. Le moment est venu de reprendre l’analyse de ce personnage : de peindre en lui l’homme privé, l’homme moral le prince du quinzième siècle, et de montrer finalement la place qui lui appartient dans les fastes de notre pays.

443Tous les biographes ou historiens ont observé combien les femmes avaient exercé d’ascendant sur Charles VII et quel rôle important elles jouèrent, les unes en bien, les autres en mal, dans la carrière de ce prince. Cette conséquence historique se rattache à un trait spécial d’organisation ou de complexion, propre à Charles VII. On n’aura pas manqué de remarquer à ce sujet l’espèce de dispense particulière que ses complaisants, ou contemporains, lui octroyèrent, par rapport aux communes obligations de la morale2455.

Charles VII eut de Marie d’Anjou treize enfants légitimes : quatre filles naquirent de sa liaison avec Agnès Sorel. C’est surtout après la mort d’Agnès Sorel que le roi se livra sans retenue à son penchant pour la vie galante et voluptueuse. Antoinette de Maignelay succéda, comme on sait, à la dame de Beauté. Mais la situation morale qu’elle inaugura, n’a pour ainsi dire rien de commun avec la phase précédente. Antoinette procura elle-même au roi les nouvelles maîtresses qu’il lui plut quotidiennement de convoiter. Elle appela d’abord à cet emploi ses plus proches alliées. Antoinette, en effet, n’avait pour Charles VII que l’amour vénal d’une courtisane ; et, pour exploiter une telle situation, elle trouva dans ses parentes ou protégées, non pas des rivales, mais des auxiliaires et des subalternes. Jeanne et Marguerite de Villequier, Jeanne de Maignelay, Jeanne et Marguerite Bradefer, Jeanne de Rosny, Colette de Vaux, dame de Châteaubrun, et beaucoup d’autres, furent par les soins d’Antoinette, placées comme damoiselles d’honneur 444de la reine, ou mariées à des chambellans munis de places lucratives, pour servir aux plaisirs du roi2456.

Mais bientôt ce personnel fut insuffisant. Antoinette alors mit en coupe réglée, pour subvenir à ce besoin, la jeunesse féminine et les beautés du royaume. Jacques du Clercq a raconté la touchante histoire d’une jeune fille qu’Antoinette vit à Arras et voulut recruter. Elle s’appelait Blanche de Rebreuve, née de gens riches mais avares ; laquelle Blanche, au partir de l’hostel de son père, plouroit moult fort et dit qu’elle aimeroit mieux demourer avec ses parents et manger du pain et boire de l’eau. Elle avait été gouvernante2457 ou régente dans la maison de Genlis et portait cette dénomination. À madame la régente, succéda la fille d’un pâtissier qu’on appela madame des Chaperons, pour ce que entre toutes autres femmes, c’estoit celle qui mieux s’habilloit d’un 445chaperon. Enfin, dans ses dernières années, Charles VII emmenait avec lui un véritable gynécée, qui le suivait partout et logeait à proximité de sa résidence2458.

Charles VII, en même temps, avait auprès de lui, à quelque distance, la reine, et sa famille légitime. Indépendamment de ses fils et filles, le roi comptait parmi ses commensaux, les princesses d’Écosse ainsi que le prince de Piémont, mari de Yolande et père du prince Charles, filleul de Charles VII. Le roi semble avoir concilié son genre de vie avec une grande débonnaireté dans son intérieur et une tendre, sollicitude pour tous les siens. Grâce à l’affabilité de son caractère et à la complaisance des intéressés, la paix et l’union la plus douce paraissent avoir constamment fait le charme de sa vie domestique2459.

La reine elle-même, surtout après qu’elle eut donné un second fils à la monarchie, porta, dans ces matières, l’abnégation jusqu’à un désintéressement absolu. Charles d’Anjou, comte du Maine, beau-frère du roi, ne prit jamais dans l’État, de position active et importante. Mais il secondait le roi pour tous les actes et tous les plaisirs de son existence privée. En 1458, le roi légitima 446sa fille naturelle Marie de Valois et la maria en sa présence à Olivier de Coëtivy, sénéchal de Saintonge. La reine se joignit volontiers à cette fête. Elle donna pour époux, de son côté, à l’une de ses dames, Jean Soreau, frère d’Agnès Sorel. Le reste des courtisans, à plus forte raison, condescendait, avec un zèle constant et universel, aux goûts et à la conduite du maître2460.

Georges Chastellain nous a laissé de Charles VII un portrait peint avec une frappante vérité. Il avait, dit-il, trois défauts souverains, que Georges appelle : muableté (inconstance), diffidence (méfiance), et envie. Mais il lui reconnaît, par compensation, des qualités remarquables. La plus grande fut, chez ce prince, l’art de discerner et d’employer les hommes. Il distribuait son temps d’une manière méthodique et fructueuse. Charles VII avait une grande estime pour les médecins, la médecine, et pour les professions qui s’y rattachent. Il fut constamment entouré de physiciens, de chirurgiens, d’apothicaires et d’astrologues. Il avait aussi un nombreux cortège d’aumôniers, confesseurs, chapelains, chantres et clercs de toutes facultés. L’appareil du culte et de la chapelle constituait, dans sa maison, comme chez la plupart des princes de son temps, une partie notable de son luxe intérieur. Le Trésor 447des chartes et le recueil de ses ordonnances révèlent à l’investigateur du passé la longue série de ses donations et fondations pieuses2461.

Charles VII, nous dit encore Châtelain, avoit merveilleuse industrie, vive et fresche mémoire, estoit historien grant, beau raconteur, bon latiniste, et bien sage (savant) en conseil. Louis de Bourbon, comte de Vendôme, revint mourir en France, le 21 décembre 1446, après une longue expérience de la vie et des événements. Lequel estant à sa fin à Tours, le roy mesme l’alla visiter, là où il demeura grant espace, soy informant de moult de choses passées. Bernard du Rosier, ainsi que plusieurs autres docteurs ou auteurs, lui dédièrent leurs ouvrages. Le roi de France accueillit avec libéralité les savants réfugiés de Constantinople. Thomas le Grec figure parmi ses médecins. Le 19 janvier 1458, Grégoire (Gregorios) Tifernas ouvrit en l’Université de Paris le premier cours classique de la langue des Hellènes ; et l’on peut signaler ce fait, dans l’ordre didactique, comme le point de départ de la renaissance littéraire2462.

Gutenberg venait d’inventer la typographie, qui ouvre, intellectuellement, l’ère de l’histoire moderne. Il ne dépendit point de Charles VII que la France s’associât immédiatement 448à la propagation de l’art nouveau. L’armorial manuscrit de Gilles Le Bouvier, offert à Charles VII, contient une suite d’estampes imprimées en France et portant un texte français : monument considérable et encore peu connu de la xylographie. Nous savons enfin que ce prince envoya, dès 1458, à Mayence, Nicolas Janson, en le chargeant de s’enquérir de l’imprimerie typographique, qui venait de naître, et de lui rapporter le résultat de cette mission2463.

Pour ce qui touche aux sciences, aux lettres et aux arts, le règne agité de Charles VII n’est point une de ces époques brillantes et fécondes qui attirent et qui charment tout d’abord les regards de l’observateur. Le quinzième siècle, surtout avant son déclin (1403-1461), est une époque de transition, et marque la fin d’une phase précédente. Cette phase précédente remonte, bien visiblement, dans les arts, à la période qui suit immédiatement le règne de saint Louis. À partir de cet apogée, le sentiment qui caractérise et qui animait antérieurement le moyen âge, décroît pas à pas et périt. L’art ne crée plus ; il enchérit ; il brode et raffine, sur les thèmes ou les formules inventés. Il tombe ainsi dans la recherche, l’afféterie, la puérilité2464.

449La langue, au quinzième siècle, dépouille les derniers traits, les dernières règles qu’elle avait reçus, du onzième au treizième siècle, en succédant au latin. L’idiome a perdu sa beauté juvénile, avec la pureté de ses formes ; mais il est devenu adulte, plus fort et plus puissant. Le français, au quinzième siècle, revêt ses contours définitifs et modernes2465. Il s’étend de plus en plus, avec l’instruction littéraire ; et, par les transcriptions et traductions, il augmente le trésor des bibliothèques. Ces observations s’appliquent aux arts, ainsi qu’à la littérature.

Ajoutons maintenant qu’il n’y a pas de mort absolue dans les faits moraux de l’histoire, non plus que dans ceux de la nature. Toute fin est un commencement. L’intéressant résultat promis au futur historien de l’art du quinzième siècle sera de montrer que la Renaissance date déjà, par des œuvres notables et encore peu connues, du règne de Charles VII ; et qu’elle ne date pas seulement des règnes de Charles VIII et de Louis XII, comme on l’enseigne généralement.

Pour apprécier d’une manière quelque peu moins vague les œuvres du quinzième siècle, il convient d’établir une première division. Nous distinguerons 1° ce qui appartient à la France proprement dite et 2° ce qui appartient aux États de Bourgogne. Parmi les écrivains ou littérateurs bourguignons, le premier rang est occupé 450par Georges Chastellain, auteur boursouflé, d’une exagération plus affectée encore qu’involontaire. La chronique de Chastellain, sans parler de ses autres productions, constitue un ample monument dans lequel se trouve une série de tableaux peints par un moralistes et de main de maître. Nous devons nommer aussi Monstrelet, qui précéda Chastellain dans la carrière ; Olivier de La Marche, Lefèvre de Saint-Rémy, dit Toison d’or. Vient ensuite une pléiade, encore brillante, de chroniqueurs secondaires, tels que Jacques du Clercq, Escouchy et un grand nombre d’anonymes. Les poètes sont Martin Le franc, Pierre Michaut, le même Chastellain, Pierre Bouton, Regnier de Guerchy, etc.

La chronique, comme genre, est le triomphe de la Bourgognes Sous le rapport de la forme et du talent littéraire, la France n’a pas d’émule suffisant qu’elle puisse opposer à Chastellain. Les chroniques des deux Cousinot, du héraut Berry ; au-dessous d’elles, celle de Jean Chartier, contiennent, les trois premières surtout, des annales judicieuses et sensées, des récits clairs et des faits intéressants. Mais elles n’offrent point de narrations et de peintures comparables à celles que nous devons aux compatriotes de Froissart et aux héritiers de sa plume. Pour les poètes et les conteurs, en revanche, la supériorité nous semble appartenir à la France. Comme prosateur, Antoine de La Salle mérite à nos yeux une attention toute spéciale. C’est l’écrivain le plus vif, le plus original et le plus français de son siècle. Villon et Charles d’Orléans sont deux vrais poètes, bien que le goût et le talent diffèrent, chez l’un et l’autre, jusqu’au 451contraste. Nous avons apprécié Robert Blondel et Alpin Chartier. Une grande renommée, toute de vogue, et aujourd’hui bien éteinte, fut celle de Jean Meschinot, poète ou rimeur breton, l’auteur des Lunettes des princes. Nommons encore Jacques Milet, Arnoul et Simon Gréban, Pierre et Jeannette de Nesson, Christine de Pizan, Marie de Clèves, duchesse d’Orléans.

Dans le domaine des arts : architecture, sculpture, peinture, musique, la distinction qui précède ne suffit plus. Il faut y ajouter une troisième catégorie. Nous distinguerons donc, pour les arts, trois grandes écoles. La première, afin de suivre le même ordre, sera celle de Bourgogne ou des Flandres ; la deuxième, celle de la France proprement dite ; nous croyons devoir donner à la troisième le nom de René d’Anjou. Les Van Eyck et leurs élèves dominent le premier groupe. Au milieu du second, se remarque sans pair et à une hauteur incomparable, Jean Fouquet. Ce n’est pas comme auteur ou comme artiste que René mérite à nos yeux le rang que nous lui assignons, mais comme amateur ou promoteur éclairé des arts. Duc d’Anjou, de Lorraine, comte de Provence, et enfin roi de Naples, René fit peindre, sculpter et bâtir dans ces divers pays. Il mit par là en communication les deux autres écoles et celles d’Italie. La France doit à René d’Anjou une branche spéciale et intéressante de l’art. Nous voulons parler des médailles franco-italiennes, dont nous admirons quelques spécimens si remarquables. L’art de la tapisserie paraît de même avoir été un attribut propre à la Bourgogne. Pour la musique, Ockeghem, Flamand de naissance, appartient 452toutefois à la France. Jean Ockeghem fut successivement, et à côté de Fouquet, maître de la chapelle royale à Tours, sous Charles VII et Louis XI2466.

Les dernières années de Charles VII furent abreuvées d’amertume. Un mal moral, inéluctable, parvint jusqu’à son cœur à travers ses gardes ; à travers ses courtisans, qui l’entouraient avec un soin non moins jaloux que ses satellites. Ce mal fut la véritable cause qui le fit mourir avant le terme assigné par les lois de la nature.

Le roi avait pour ennemi son propre fils, le dauphin. Charles VII, jeune, fut déshérité par son père. Nous avons essayé de peindre, au commencement de cette histoire, l’étrange situation faite au principe même de la monarchie héréditaire par un monarque qui n’était ni mort, ni déposé, mais fou.

Un sujet de méditations analogue nous est offert en étudiant la figure historique du prince Louis.

Lorsque le premier-né du roi s’enfuit du Dauphiné, il eut, dit-on, pour complices de son évasion, ceux-là même que le roi avait chargés de lui fermer toute issue. Philippe le Bon, se montrant sourd aux sommations du père et du souverain, continue de donner asile au fils rebelle. Obligés de choisir entre le roi qui vieillissait et le jeune roi du lendemain, les meilleurs amis de Charles VII, les plus fidèles et les plus dévoués, hésitaient. 453Ils hésitèrent de plus en plus. À chaque ride qui paraissait au front de Charles VII, au fur et à mesure que ses cheveux blanchissaient, il perdait de jour en jour un serviteur, un dévouement, puis un autre, et livrait, pour ainsi dire, autant de transfuges à son futur successeur2467.

Plus d’une fois, cédant à l’irritation, le roi donna ordre d’assembler des troupes et de marcher sur les États de Bourgogne. Philippe arma de son côté. Le roi temporisait. Charles VII, à plusieurs reprises, voulut aussi déshériter Louis et transmettre la couronne à Charles, son second fils. Des négociations, dirigées en ce sens, furent ouvertes auprès du saint-siège. Mais le roi recula devant la perspective assurée d’une nouvelle praguerie. À l’époque où les ambassadeurs de Ladislas arrivaient à Tours, le roi était tombé malade. Cette nouvelle, portée en Brabant, y réjouit fort le dauphin, et la petite cour de Genappe ou de Bruxelles. Les astrologues bourguignons furent mis en mouvement et pronostiquèrent la mort prochaine du roi Charles. Cependant Charles VII se rétablit et conféra de riches dons à ses médecins. Trois années s’écoulèrent encore pendant 454lesquelles Louis, dauphin, multiplia les pièges autour du roi, séduisant les villes, subornant les domestiques de son père ; sachant, de loin, resserrer, chaque jour, les mailles d’un réseau dans lequel il investissait le roi et la couronne. Des négociations infinies et vaines se prolongèrent entre le duc uni au dauphin et le monarque2468.

Cependant le roi déclinait. L’âge et les infirmités, malgré les soins très attentifs qu’il prenait de sa personne, ne lui épargnaient pas leurs atteintes. Arthur II, connétable de Richemont et duc de Bretagne, étant mort le 26 décembre 1458, François II, son neveu, lui succéda. Ce jeune prince était né en 1438. Le 28 février 1459, François II vint à Montbazon faire hommage au roi de France. Il est hors de doute que, dès cette époque, François II devint l’amant d’Antoinette de Maignelay, s’il ne l’était pas antérieurement. Antoinette avait reçu du roi le manoir de la Guerche, en Touraine. Des libéralités qu’elle tenait de François II, elle acquit la terre de Cholet, sise en Anjou, sur les confins de la Bretagne. À Bourges, à Tours, à la Guerche, à Cholet, Antoinette était toujours la reine des fêtes, des banquets, des tournois, 455qui se célébraient en son honneur. François II assistait fréquemment à ces solennités, la plupart du temps, en présence du roi. Le 13 janvier 1461, Antoinette, devenue baillistre ou tutrice de ses enfants mineurs, dut renouveler pour sa terre de la Guerche le devoir de l’hommage. Cette cérémonie s’accomplit, par ordre du roi de France, en la personne de M. le duc de Bretagne. Or, on sait quel rapprochement la cérémonie de l’hommage établissait entre ceux qui en remplissaient les formalités2469.

Peu de temps après la date de cet épisode, Louis, dauphin, écrivit de Genappe à Antoinette une lettre confidentielle. Dans cette dépêche, artificieux mélange de faux et de vrai, le dauphin eut soin de compromettre à la fois la maîtresse de son père, la quelle dame aymoit le Daulphin, et tenoit son party occultement, et le comte de Dammartin, qui, pour l’heure et par intérêt, était dévoué à la cause de Charles VII. Un cordelier devait remettre à destination ce message. Mais le porteur, peut-être initié lui-même à cette intrigue, ne put parler à la dicte damoiselle. La lettre, interceptée par le comte du Maine, fut mise sous les yeux du roi. Cette pièce était entièrement autographe ; et, pour ajouter à l’effet qu’elle devait produire, le prince, contrairement à l’usage constant et quotidien, n’avait employé, pour 456l’écrire, ni le contreseing, ni la coopération quelconque d’un secrétaire2470. Charles VII tomba pleinement dans le piège mortel qui lui était ainsi tendu.

Plusieurs causes, physiques et morales, contribuèrent à ébranler l’âme de ce prince. Ce fut en ce moment qu’eut lieu l’insuccès final de ses lieutenants sous les murs de Gênes. Vers les premiers jours de juillet, le roi habitait son château de Mehun-sur-Yèvre et souffrait d’une dent qu’il fallut extraire. Ses médecins et chirurgiens lui donnèrent les soins convenables. Mais une grave fluxion et un abcès se déclarèrent dans la bouche et la gorge. Charles VII, à la lecture de la dépêche interceptée, fut saisi d’une profonde tristesse. Il se vit entouré de traîtres, même parmi les créatures qu’il nourrissait autour de lui et qu’il avait comblées !… Éperdu, désespéré, il s’en prit d’abord à ses familiers. Adam Fumée, l’un de ses médecins, à qui, naguère, il avait prodigué de nouvelles faveurs, fut jeté en prison par ses ordres. L’un de ses chirurgiens prévint le sort qui le menaçait ; il s’enfuit dans le voisinage du dauphin, à Valenciennes, ville de refuge et privilégiée. Le comte de Dammartin fut momentanément disgracié. Le roi, enfin, dès le 15 juillet, frappé de cette idée que son fils voulait le faire empoisonner, refusa de prendre aucune espèce de nourriture2471.

457Vainement ses confidents les plus intimes renouvelèrent leurs supplications pour le presser de rompre cette fatale abstinence. Vainement son propre fils, Charles, duc de Berry, son enfant de prédilection, lui offrit-il de goûter le premier les aliments qu’on lui présentait. Le roi résista et s’affaiblit de plus en plus. Ses serviteurs l’abandonnèrent l’un après l’autre. Le 17 juillet, Charles d’Anjou et le chancelier de France se résolurent à envoyer un message au dauphin, pour lui mander la gravité de la situation et prendre ses ordres2472.

Des processions eurent lieu à Bourges et à Paris, pour implorer du ciel son retour à la santé. Le 21 juillet, ou le lendemain de grand matin, le roi consentit à ce qu’on lui servit un coulis. Et sur ce point, ayant une cuillier d’argent pour cuider prendre dudit coulix, n’en put avaller pour ce que ses conduyts estoient tout retraitz2473.

Le 22 juillet au matin, le roi demanda quel jour il estoit ; on lui répondit : Sire, le jour de la Magdelaine. — Ha, dist le roy, je loue mon Dieu et le remercie de ce qu’il luy plaist que le plus grant pécheur du monde meurt le jour de la pécheresse !Je vous 458prie, dit-il encore au comte de Dammartin, que, de ce que vous pourrez, vous serviez, après ma mort, le petit seigneur, mon fils. Le roi appela ensuite son confesseur, reçut les sacrements, et prescrivit qu’on l’inhumât près de son père, à Saint-Denis. Puis il expira entre midi et une heure de relevée.

La reine même, la pieuse Marie d’Anjou, que les ordres du maître tenaient, depuis longtemps, quelque peu éloignée de la demeure royale, la reine résidait à Chinon et ne recueillit pas les derniers soupirs de son époux2474.

En racontant la mort de Henri V, roi d’Angleterre, nous avons rapporté, d’après Georges Chastellain, l’étrange conversation que ce prince eut, peu de temps avant sa mort, avec un ermite. On sait que des communications s’établirent à cette époque entre cet ermite et le roi Charles VII, au début de son règne. Suivant le même auteur, ce message divin aurait eu une suite auprès du roi de France triomphant. Lorsque Charles VII eut reconquis 459son royaume, et surmonté toutes les difficultés dont il s’était vu entouré, Dieu lui renvoya arrière son saint message. L’envoyé demanda compte au roi de l’usage qu’il avait fait des faveurs célestes. À son tour, il lui reprocha de n’avoir pas mis à profit ces faveurs, conformément à la volonté divine ; ce qui était la condition de cet octroi. Il le blâma d’avoir méconnu l’appel du saint-père, l’exhortant à s’armer contre les infidèles ; de s’être enivré d’une vaine gloire, et de s’abandonner à la mollesse ; ainsi qu’aux plaisirs des sens. Ce messager luy pria qu’il presist à cœur le divin mand et qu’il se hastat… Et avant s’en ala et laissa le roy… Lequel persévéra en son ancien ploy et manière de vivre… dont, avant la fin de l’an, cheut en estrange maladie ; et, tout de son gré, se laissa mourir de faim2475.

Pour fonder ce récit, le chroniqueur bourguignon s’appuie sur le propre témoignage de la reine, qui vivait en effet au milieu des pratiques de dévotion et des personnages de piété. Les derniers traits de cette narration paraissent très exactement s’adapter à Louis de Boulogne, religieux mineur franciscain de l’Observance. Chef de l’ambassade envoyée auprès de Charles VII, il n’en obtint pas le succès qu’il se proposait. Philippe le Bon, consulté ensuite, et bien que l’envoyé lui promît 460ou lui offrît le royaume de Jérusalem, ne rendit au patriarche qu’une réponse conditionnelle et subordonnée à l’autorité du roi, son suzerain. Puis Louis de Boulogne retourna auprès du roi de France. Mais, dans l’intervalle, ce prince était mort, conformément au récit de Chastellain, et les ambassadeurs de l’Orient assistèrent à ses obsèques2476.

Lorsque Charles VII mourut, la somme totale ou produit des tailles, c’est-à-dire des contributions publiques, s’élevait, pour tout le royaume, à 1,200,000 livres, ainsi qu’il fut authentiquement constaté devant les états généraux en 1484. Le roi, d’après le témoignage de Henri Baude, laissa une épargne de 250,000 écus, destinée au rachat des villes de la Somme ou terres de Picardie, engagées au duc de Bourgogne par le traité d’Arras2477.

Charles VII, considéré comme homme privé, paya autant et plus qu’aucun prince, peut-être, son tribut à 461l’humanité ! Il fut, ainsi que tous les mortels, un composé de bien et de mal. Peut-être, dans la balance d’un juge sévère, ses défauts et ses torts l’emporteront-ils sur ses bonnes actions et ses louables qualités. Observé sous ce rapport, il ne restera de lui qu’une assez médiocre figure. Mais, quels que soient les droits de la morale, l’homme privé, dans un prince, disparaît jusqu’à un certain point derrière l’homme public. La face royale est celle que la critique doit principalement envisager. Placé de cette manière, le personnage que nous avons devant nous inspire déjà plus d’estime ; et la postérité peut, en ce sens, adhérer au témoignage que portaient sur Charles VII quelques-uns de ses contemporains ; témoignage suivant lequel sa vertu estoit trop plus grande sans comparaison, que son vice2478.

L’homme et ses actions passent ; les œuvres d’un roi, ses institutions restent. La grande perspective de l’histoire exige même que, perdant de vue le compte personnel du bien et du mal en ce qui concerne l’acteur couronné du drame, négligeant le détail des circonstances et des intentions, l’historien juge et apprécie surtout les résultats d’un règne. Ainsi considéré, le règne, et mieux l’époque de Charles VII n’est dépourvue ni d’importance, ni même d’éclat et de grandeur. Charles VII, en montant sur le trône, trouva son domaine réduit à quelques provinces, et ces derniers débris 462furent sur le point de lui échapper. Il reconquit tout ce qu’un siècle de guerres et de désastres avait fait perdre à ses prédécesseurs. Il ajouta plusieurs provinces à la couronne ; il poursuivit jusqu’aux lignes naturelles du Rhin et des Pyrénées la configuration, ou tes délinéaments politiques et historiques de la France. Charles VII ne donna pas seulement à ce pays la surface territoriale, mais son œuvre eut pour effet de lui communiquer aussi cette cohésion qui fait la vie des États.

La France, avant Charles VII, n’avait été qu’un royaume. Après lui, ou plutôt après Jeanne d’Arc, elle fut une nation.

Le tiers état, durant cette période, accomplit une des étapes les plus rapides et les plus considérables de son avènement. Instruit par la nécessité, éclairé par l’intérêt de sa cause, Charles VII écarta de sa main royale l’incapacité héréditaire de l’aristocratie, qui, jusque sur les marches du trône, encombrait les avenues du pouvoir. Le même prince ouvrit une large voie aux hommes habiles et généreux, dans quelque rang que les eût placés le hasard de la naissance. Il commença, il sut entamer avec honneur, contre la féodalité, la guerre légitime que Louis XI et Richelieu poursuivirent, l’un, au mépris de toute bonne foi, et l’autre en foulant aux pieds toute humanité. Il créa l’armée nationale. Ses règlements administratifs, judiciaires et financiers, reçurent de l’expérience et du temps la consécration qui s’attache aux œuvres durables. Ses actes, comme législateur, le placent (à l’autre extrémité du moyen âge et sur le seuil de l’ère moderne) à la hauteur 463et à la suite de Philippe le Bel et de Louis IX.

Tel nous apparaît, en résumé, le règne de Charles VII. L’enquête étendue et laborieuse à laquelle nous nous sommes livré dans ce long ouvragé, a eu pour objet de justifier cette appréciation, et de mettre en lumière le spectacle des faits sur lesquels elle est fondée.

Fin du livre VIII.

Notes

  1. [2169]

    Duclos, Pièces, 1746, p. 45 et suiv. — Titres scellés de Clairambault, vol. 207, f° 8991.

  2. [2170]

    Titres scellés, ibid., f° 8989. À Nicolas Palmier de Valence, le pénultième jour d’octobre, pour xviij aulnes de satin figuré noir, achaté de Regnault Bernard, marchand demeurant à Tours, lequel drap ledit seigneur donna à son derrenier partement de Tours à Madamoiselle Marguerite de Villequier, damoiselle d’honneur de la royne, au prix de iij escuz l’aulne ; vallant xxij escuz. Comptes de René, P. P. 1339, f° lxviij v°. Anselme, Aubusson et Levis. Acte signé T[oinine] de Villequier : Titres scellés, ibid., f° 8799. Ms. fr.10371, Etrennes de 1452 et années suivantes, passim. P. P. 110, f° 235, etc.

  3. [2171]

    Anselme, Maignelay, t. VIII, p. 5404. — Le jésuite Bussières, à propos du voyage d’Agnès en Normandie, apprécie dans les termes suivants les motifs de ce voyage : Eum Agnes convenit formosissima illa sui seculi mulier, in speciem utquid arcanæ conspirationis retegeret, revera ut amantem instauratis illecebris seu recusa compede, revinciret. Historia Francica, 1671, 2 vol. in-4°, t. I, p. 611.

  4. [2172]

    Anselme, Ms. n° 10 de D. Grenier, Picardie, f° 13 v°. Beauvillé, Documents historiques sur la Picardie, 1860, in-4°, p. 119.

  5. [2173]

    J. J. 179, f° 186. — À cette époque et d’après un témoignage qui paraît fort authentique, il procura (moyennant 12,000 écus qui lui furent donnés) à Blanche d’Aurebruche des lettres de rémission, octroyées au nom du roi en faveur de cette dame, meurtrière de son mari. (Blanche d’Aurebruche, par Gaston du Fresne de Beaucourt, 1863, in-8°, p. 16.) — Sur l’enlèvement de la Trémoille voyez ci-dessus, livre V, chapitre IV.

  6. [2174]

    Maichin, Histoire de Saintonge, 1671, in-fol., p. 141. — Jean Chartier, t. II, p. 213, 226. — J. J. 180, acte 127. — Delort, Essai, etc., p. 224. — André de Villequier figure au tournoi de Saumur en 1448. (René-Quatrebarbes, t. I, p. lxxix, note.) — Il assistait au conseil de guerre tenu en juin 1449 aux Roches-Tranchelion. (J. J. 179, f° 186.) — On le trouve mentionné parmi les principaux capitaines à l’entrée de Rouen. Escouchy-Beaucourt, t. I, p. 241. — Œuvres de Chastellain, t. III, p. 16. — Cabinet des titres : Villequier.

  7. [2175]

    Ms. Gaignières, p 113. — Arcère, Histoire de La Rochelle, t. II, p. 564. — La Raque, Histoire de la maison d’Harcourt, t. IV, p. 1181.

  8. [2176]

    Ms. fr. 5909, f° ijcvj-vij. — Massiou, Histoire de Saintonge, t. II, p. 302. — Catalogue Joursanvault, n° 2793. — Dom Housseau, n° 3941, 5944, 5772. — Cabinet des titres : Villequier. Titres scellés, vol. 207, f° 8991 à 8997. — Arcère, Histoire de La Rochelle, t. I, p. 87. J. J.186, fis 7, 32, etc. — Mémoires de Bretagne, 1744, t. II, col. 1546. — Carré de Busserolles, Recherches sur la vicomté de la Guerche, Tours, 1862, in-8°, p. 7. — Vallet de Viriville, Charles VII et ses conseillers, à la table : Villequier. — Biographie Didot : Chamber.

  9. [2177]

    Titres scellés, vol. 175, f° 5897 ; vol. 207, f° 8997. — Cabinet des titres : Jacques Cœur, Inventaire des effets, etc. ; f° 11. — K. K. 52, f° 30. — P. P. 2299, f° 56. — D. Vousseau, n° 3940. P. P : Mémorial L de la Chambre des comptes, etc. — Jean Chartier, t. II, p. 248-9. — Gruel, p 403. — Du Clercq, p.26. — Ordonnances, t. XIV, p. 196. Etc. — Au moment où le roi revenait de Guyenne en Poitou (vers septembre 1453), les gens de Compiègne envoyèrent auprès de lui et solliciter le fait de la dite ville devers mademoiselle de Villequier, et maître Estienne Chevalier, ou chastel de Villedieu où estoit le roy ; où on entroit à très grand peine ; Lépinois, Archives de Compiègne, C. C., 19 ; Bibliothèque de l’École des chartes, t. XXIV, p. 496. — Quittance originale sur parchemin donnée par Anthoinette de Maignelais, le 17 août 1454 ; avec son sceau, signature autographe. J. 475, n° 90, 5. — D. d’Arcq, Inventaire des sceaux des archives, n° 2651.

  10. [2178]

    Itinéraire. — Tapisserie de la Rochefoucauld, dans Gaignières, Tapisseries et devises, Cabinet des estampes, P. c. 18, a, f° 1. — Recherches sur Agnès, p. 486. — Comptes des deniers ordonnez pour le fait des estrennes données par le roy ; 1452, 3, 4. Ms. s. fr. 1160. — Le 15 mai 1451, déjà la place de Fronsac s’était rendue aux lieutenants victorieux du roi de France : cependant les dépêches et les instances réitérées de Dunois n’avaient pu déterminer le prince à quitter ses retraites de la Touraine. Dunois lui écrivit de nouveau qu’il se tirât avant en pays et qu’il se devoit loger en la ville de Libourne, pour tant que elle estoit grande et spacieuse. À ces pressantes sollicitations, Charles VII finit par céder et choisit comme résidence… le château fermé de Taillebourg.

  11. [2179]

    Escouchy-Beaucourt, t. I, p. 336, 367. — Itinéraire. — Ms. Moreau, ne 252, f° 109, 110. — J. J. 176, n° 9 et 10. — J. J. 183, n° 151. — D. Housseau, n° 5776. — Mémoires de la Société des antiquaires de l’Ouest, 1840, p. 408. — Ci-dessus, t.1, p. 129, note 1. — 1451, février 6, donation du roi aux Célestins de Notre-Dame d’Aubert en la forêt d’Orléans. K. 68, n° 40. L. d’Anisy (Calvados), t. II, p. 394, n° 172. 1451, — Mars 23, le roi donne 300 écus d’or pour achever la châsse de saint Martin de Tours. Ms. Baluze, n° 77, f° 361. — 1451, avril 15, le roi à Sainte-Catherine de Fierbois (pèlerinage). Ms. Gaignières 286, f° 26 v°. — 1451, décembre, et 24 avril 1453, le roi, abbé de Saint-Hilaire de Poitiers, y vient faire son entrée solennelle et ses dévotions. À la première de ces dates on lit : Les cérémonies de sa réception ne sont pas expliquées dans nos actes ; il n’y est parlé que du bonnet qui fut acheté pour lui, Rapallion, Histoire de Saint-Hilaire, Ms. de la biblioth. de Poitiers. — Recherches sur Agnès Sorel, p. 493 et suiv.

  12. [2180]

    Charles le Bien Servy : Ms. 137 Notre-Dame, à la fin ; Chronique Antonine ; Ms. fr. 1371, f° 5237 v°, 244, etc. — Monstrelet d’Arcq, t. IV, p. 129. — Escouchy-Beaucourt, t. I, p. 4 ; Charles VII et ses conseillers. — J. Le Boursier, natif de La Rochelle, était maire, en 1450, de cette grande cité maritime. Chenu, Antiquitez du Berry, etc., 4621, in-4°, p. 242. — Le roi, de 1450 octobre à 1451 fin septembre, donne 1,000 liv. t., pour avoir 100 marcs d’argent, à Louis De La Rochette, son maître d’hôtel, marié à Jeanne de Villequier, dame des dartres. K. K. 52, f° 12 et 21. — Jeanne de Villequier paraît avoir été une troisième sœur d’André. Voyez Cabinet des titres, dossiers bleus : Villequier. — 1451, octobre 21, le roi mande à Jean de Lévis de mettre gardes aux châteaux du Dauphiné, par main forte et armes, attendu l’absence du dauphin, son fils. Titres de Bourbon, inventaire Luillier, Forez, liasse 4, pièce n° 151. — Anselme, Maignelais.

  13. [2181]

    Raynal, Histoire du Berry, t. III, p. 53 et suiv. — Buchon, Panthéon littéraire, vol. de Du Clercq, Documents sur Jacques Cœur, p. 612 b, 660. — P. Clément, Charles VII et Jacques Cœur, p. 8 et suiv. — En 1421, Jehan du Cueur, éperonnier à Bourges, vend à Charles VII, Dauphin, quatre paires d’éperons. Jean Chartier, t. III, p. 308, 309. — En 1374, Jean Cuer était monnoyer du roi à Paris J. J. 106, f° 115 v°, acte 207. — Nous trouvons enfin, en remontant plus haut, Gile ou Gillet le Cuer, qui figure plusieurs fois comme préteur ou créancier du roi saint Louis, de 1248 à 1256. Historiens de France, t. XXI, à la table. Le Laboureur, Additions aux Mémoires de Castelnau, 1731, in-fol., t. III, p. 142. — La Thaumassière, Histoire du Berry, p. 83 à 91.

  14. [2182]

    Alias le Dampnois. Ravant ou Ravan (Sanctus Ravannus), et non Ravaut. Dampnoy est un mot français du treizième siècle (Glossaire de Sainte-Palaye). Nous entrons dans ces détails pour montrer que le nom de ce personnage n’indique pas, comme on pourrait le croire, un étranger.

  15. [2183]

    Ms. Saint-Germain, fr. 572, p. 793 et suiv. — Ms. Dupuy 551, f° 71 et suiv. — Ms. fr. 5024, f° 81 v°. — Jean Chartier, t. III, p. 323.

  16. [2184]

    Ms. Saint-Germain, cité. Ms. 5024, f° vjxxvij v°. — Communications de MM. Adrien de Longpérier, Chabouillet, Anatole de Barthélemy et Nat. de Wailly.

  17. [2185]

    Mss. Saint-Germain et Dupuy cités.

  18. [2186]

    La compagnie Cœur et Godart frères s’exerçait en tout fait de marchandise et mesmement au fait du roy, de monseigneur le Daulphin et d’autres seigneurs, et en toutes autres choses dont ils pouvoient faire leur profit. Pièces relatives à Jacques Cœur, dans Buchon, p. 656.

  19. [2187]

    Aigues-Mortes était alors le seul port de la monarchie dans la Méditerranée.

  20. [2188]

    Depping, Histoire du commerce entre l’Europe et le Levant, 1830, in-8°, t. I, p. 34. — Pardessus, Collection des lois maritimes, 1834, in-4° ; t. III, p. lxxix, cix et suiv. — Julliany, Essai sur le commerce de Marseille, 1842, in-8°, t. I, p. 36. — E. di Pietro, Histoire d’Aigues-Mortes, passim. — C. Port, Essai sur le commerce maritime de Narbonne, 1854, in-8°, p. 125, 163, etc. — Germain, Histoire du commerce de Montpellier, 1861, in-8°, t. I, p. 14, 71 et suiv. — J. 496, Gènes, 1312-1475.

  21. [2189]

    Biographie Didot, article Rapondi.

  22. [2190]

    Voyage en Terre sainte, de Bertrandon de La Broquière. — Ms. fr. 5639, f° 8 v°. — Mémoires de l’Académie des sciences morales et politiques, t. V, p. 422 et suiv. et 490.

  23. [2191]

    Raynal, p. 59. Z. Z. 3158, f° xxix v°. — Delombardy, Catalogue Rignault, 1848, in-8°, p.125, n° 175. — Combrouse, Monnaies nationales, n° 304. — À cette période (1422-1436 ?), nous rapporterons volontiers la lettre si curieuse et sans date d’année (Bourges, 8 avril), adressée par Jacques Cœur à Hélion de Barbançois, capitaine de Saint-Benoît près Chinon, relative à une dénonciation de faux monnayage. P. Clément, t. II, p. 43-4. — Cf. Chaumeau, Histoire de Berry, 1566, in-fol., p. 240.

  24. [2192]

    Jacques Cœur, pour ses deux voyages accomplis en 1436, reçut 60 moutons d’or. Titres scellés, vol. 175, f° 1403. — Ordonnance de 1438 : dossier de Jacques Cœur au Cabinet des titres. — 1439, février (n. s.), mandement des généraux conseillers du roi sur les finances, pour verser 550 liv. à Jacques Cœur, commis à l’argenterie du roi, pour convertir, à cause de son office, ès estraines dud. seigneur du jour de l’an dernier passé. — Dans un compte du 1er octobre 1439 au dernier juin 1440, on lit : Pierre Joubert, clerc de J. Cuer, argentier du roi. Ms. Gaignières. 772/1, p. 578. — Voyez Cabinet des titres, dossier Cœur, acte du 12 janvier 1441 (nouveau style).

  25. [2193]

    Moniteur du 6 avril 1853. Notice sur Jacques Cœur.

  26. [2194]

    Chenu, Antiquitez de Bourges, 9621, in 4°, p. 14, 16. — Lettres de 1437, vérifiées en la chambre des comptes, le 24 janvier 1446-1447, — Ordonnances, t. XIII, p. 234. — Ms. Dupuy 755, f° 108 v°. — Ms. Colbert, vol. 214, f° 295. — La Thaumassière, p. 83 et à la fin. — Inventaire. Ms. lat, nouv. acq., n° 15, p. 233.

  27. [2195]

    Le titre de cette fonction était visiteur général des gabelles. Jacques Cœur, dès le mois d’avril 1441, paraît avoir été chargé de cet office. C’est ce qui nous semble résulter du texte combiné de deux ordonnances qui font partie du recueil imprimé au Louvre. L’une est du 10 avril 1441 (voyez Ordonnances, t. XIII, p. 329) ; l’autre du 10 octobre 1455 (t. XIV, p. 367).

  28. [2196]

    K. 67, n° 16 et 16 bis. — 1443, mandat financier ; le roi charge Jacques Cœur de faire acheter à Gênes certain nombre de cuirasses et de brigandines, tant pour sa personne que pour les seigneurs de son sang. Inspection : Ms. Fontanieu 119, au 12 mars 1443-1441. — Archives de Montpellier, Cayers des doléances, t. I, p. 36 à 94. — K. 690, de 1446 à 1451. — Mines : P. P. 110, f° 259, 260. — Rapport de M. Fournet sur le Mémoire de M. Poyet, relatif aux mines du Lyonnais, etc. Lyon, 1861, in-8°. — Papeterie de Bourges aux armes de la famille Cœur : Revue archéologique, 1860, t. II, p. 150.

  29. [2197]

    D. Vaissète, t. V, p. 3 et suiv. ; preuves, col. 4 et 5. — Capmani, Memorias historicas sobre la marina, comercio, y artes de Barcelona, Madrid, 1779, in-4°, t. II, p. 249. — Pietro, Histoire d’Aigues-Mortes, p. 185.

  30. [2198]

    Cabinet des titres, Jacques Cœur, 144 et ann. suiv. — Ordonnances, t. XIII, p. 456. — Charles VII et ses conseillers. — Jean Chartier, t. II, p, 239. N. Gilles, 1557, f° xciij.

  31. [2199]

    Ms. fr. 2491, nouv. acq., f° 18 à 23. — Comptoir à Bruges, K. K. 328, f° xvj, xxxj, vcvj v° et suiv. — Basin, t. I, p. 243. — Raynal, p. 66. — Pardessus, loc. cit. — Escouchy, t. II, p. 280. — Dans leur session de septembre 1444, les états du Languedoc, en présence de Jacques Cœur, commissaire, demandent au roi le développement de leur marine, et s’applaudissent des résultats déjà obtenus. Cayers des doléances, t. I, f°14 et 15. — En 1449 (après plusieurs votes semblables), les états accordent 4,000 livres de gratification à Jacques Cœur pour les dépenses par lui faites pour entretenir le fait de la marchandise par le moyen des galères, navires et autres fustes, D. Vaissète, t. V, p. 12, 14. — P. Clément, t. I, p. 165, etc. — Répété encore : Cabinet des titres, 15 mai 1430. — 1456, don à Jacques Cœur, par le roi, d’une maison à Lyon : P. P. 110, f° 216. Il en possédait plusieurs en cette ville. Par décisions des 4 mai et 17 juin de cette année, les élus lyonnais rayent Jacques Cœur du rôle des tailles comme propriétaire, vu qu’il pourroit plus nuire à la ville que qui que ce soit. Péricaud, Notes sur Lyon, p. 56. — Archives de Lyon, B. B. 7 ; — Registres, ann. 1455-1464. — Archives Soubise, X, X, 5491, sous la date du 13 juillet 1484. — Communication de M. Lot, archiviste aux Archives de l’Empire.

  32. [2200]

    Julliany, Essai sur le commerce de Marseille, t. I, p. 37. — Salvador, Histoire du commerce du Levant, 1856, in-8°, p. 116 à 159. — P. Clément, t. II, p. 326. — Escouchy, t. I, p. 124. Item une boyte de boys toute ronde, où il y a du baume, donnée à l’église de Bourges par feu monsr Jacques Cœur. Girardot, Inventaire des joyaux de la cathédrale de Bourges, seizième siècle ; dans les Mémoires de la Société des antiquaires de France, t. XXIV, p. 215, n° 43. — Une layette en laquelle y a une fiole, où il y a du baume. Inventaire de Jacques Cœur, Ms. fr. nouv. acq., n° 2497, P 50. — Cette même année, Jacques Cœur acheta des chanoines une partie du terrain de la cathédrale, où l’édifice menaçait ruine, et la reconstruisit à ses frais. Il fonda en même temps la librairie de la cathédrale et la chapelle des Cœur. Raynal, p. 63. Girardot et Durand, Description de la cathédrale de Bourges, 1849, p. 93 à 165. Etc., etc.

  33. [2201]

    Jacques Cœur reçoit, le 11 août 1447, 200 liv. sur le pays d’Auvergne, comme capitaine de Saint-Pourçain pour la garde de cette place ; le 9 juillet 1450, à Caen, 2 minets de sel (dus au titre de son office) pour la dépense et fourniture de nostre hostel ; le 12 du même mois, 812 liv., somme que j’ai prestée et despendue à faire la poursuite de certains larrons qui avoient desrobé aucun des clercs d’Et. Petit, receveur général du Languedoc, et osté 500 escus de sa recette ; etc. Cabinet des titres : Jacques Cœur. — Ms. fr. 5909, f° ijcxvij v°. — Ms. lat. 5414 A, f° 78. — Chronique de Lalaing, p. 659. — Pénicaud, Notes sur Lyon, p. 57. — Jean Chartier, t. II, p. 55 et suiv. — Sur les entreprises variées de Jacques Cœur et de ses facteurs, voyez Ms. fr. nouv. acq., n° 2497, f° 18, 19 et suiv.

  34. [2202]

    Berry, p. 458. — Escouchy-Beaucourt, t. II, p. 281 et suiv. — Basin, t. I, p. 244, 321. — Jean Chartier, t. II, p. 239. — N. Gilles, J. du Clercq (Panthéon), p. 15. — L’entretien raconté par Escouchy paraît se rapporter à une époque voisine de 1447. En juin 1447, le roi et Agnès Sorel habitaient le château de Bois-Sire-Amé, qui appartenait à Artault Trousseau, vicomte de Bourges. Ce château fut réparé aux frais du roi, par les soins de Jacques Cœur. Dans le même temps (juin 1447), Perrette, fille de Jacques Cœur, épousa (probablement à Bois-Sire-Amé, en présence du roi) Jacquelin, fils d’Artault Trousseau. — Itinéraire. — Buchon, Panthéon, vol. de Du Clercq, p. 639. — P. Clément, t. II, p.269 et suiv. — Sur la gêne financière de Charles VII avant la campagne de Normandie, voyez, à la date du 28 avril 1448, l’acte rapporté par le Dr Voillemier, Essai sur les monnaies de Beauvais, 1858, in-8°, p. 99, 100.

  35. [2203]

    Basin, t. I, p. 321. — D. Vaissète, t. V, p. 13. — G. Chastellain porte à 400,000 écus la dette du roi envers Jacques Cœur. Ce dernier, dit-il, avoit prêté à son maistre deux cens mille escus de prest, et deux autres cent mille pour le recouvrement de Normandie. — Temple de J. Boccace, dans P. Clément, t. I, p. xxij. — Le dossier de Jacques Cœur (Cabinet des titres) contient la quittance originale, signature autographe, des 60,000 livres prêtées par l’argentier pour le recouvrement de Cherbourg. Le sceau, de cire rouge, subsiste, mais très fruste. Écu penché, aux armes : 3 cœurs 2 et 1, et 3 coquilles de saint Jacques, sur une face. Heaume surmonté d’un ange tenant un phylactère, devisé presque illisible. Légende du bord : Scel Jacques Cuer conseiller et argentier.

  36. [2204]

    1449, vers décembre, don à Guillaume de Varie, premier clerc de Jacques Cœur, d’une maison à Rouen, confisquée sur les Anglais. P. P. 110, f°223. — Ms. fr. 2497 nouv. acq., f° 23 v°. — Jean Cœur, né vers 1424, étudiait à Paris en 1443-4. Sa bourse universitaire était de 10 sous parisis. Il détermina ès arts sous Jean Béguin. Licencié et incipiens de régence en avril 1445 : Registre n° 1 de l’Université, f° 9 et 25. — Chanoine de Saint-Martin du Tours le 11 juillet 1446, bis. — Baluze 77, f° 554.

    Nicolas Cœur avait pour supports de ses armes, imitées de son frère, trois morts ailés portant sur un phylactère cette triple devise : Morir convient — Souvent advient — Et n’en souvient. Ms. latin 699, f° 1.

    Vers septembre 1430, Charles, duc d’Orléans, envoie à Jacques Cœur, conseiller du roi, à Tours, quatre poinçons de son vin clairet. A. Champollion, Louis et Charles, etc., p. 366. — 26 juillet 1451, quittance de 762 liv, t. à moy données par le roy, à Taillebourg, le 22e jour de ce présent mois, pour m’aider à entretenir mon estât et estre plus honorablement en son service (Cabinet des titres, J. Cœur.) — Jean Chartier, t. III, p. 327. — Chronique martinienne, f° ccxcvij. — P. Clément, t. II, p. 334. — Commynes, éd. L. Dufresnov, 1747, in-4°, t. II, p. 520. — Il paraîtrait que Jacques Cœur était à la veille, lorsqu’il fut arrêté, de créer une nouvelle entreprise commerciale. On lit dans un inventaire de ses papiers : La compagnie de Jacques Cœur, Guill. de Varie, Hervé Paris, fondée en Flandres, signée des dessus dits, le 1er jour d’aoust 1451. Ms. fr, nouv. acq., n° 2497, f° 46. K. K. 328, f° xvj et suiv. cités.

  37. [2205]

    Ms. fr. 2899, f° 79 v°. Cf. Ms. Fontanieu 121, au 14 décembre 1450 (Jean Bureau). — Le 22 août 1451, les noces de Thoinine de Villequier avec J. de Lévis, favori du roi, se célébraient au château de Taillebourg, en présence de Charles VII. (Anselme, t. IV, p. 29, A.)

  38. [2206]

    Xaincoins, aujourd’hui Sancoins, chef-lieu de canton (Cher). — Cabinet des titres, dossier Xaincoins. — Ms. Gaignières 772, 1, p. 577. — Bibliothèque de l’École des chartes, t. XXIV, p. 493. — Charles VII et ses conseillers, au mot Sancoins. — Jean Chartier, t. II, p. 244. — 13 septembre (1450 ?) : Unes lettres adreçans au roy et signées bastart d’Orléans, Culan et Brézé, par la quelle ils lui rescripvent certaines choses touchant Xaincoins et le paiement des gens de guerre ; icelles lettres eccriptes à Harecourt le xiije jour de, etc. Ms. fr. nouv. acq. 2497, f° 29 v°. — Le sire de Culan, à son tour, fut disgracié pour ce qu’on disoit qu’il avoit pris l’argent d’ung quartier des gens d’armes. À la poursuite d’Antoine de Chabannes, Jacques de Chabannes, son frère, supplanta Culan. Chronique martinienne, f° 249. — Jean I Barillet de Sancoins, anobli en 1446, mourut en 1449 à Sancoins, laissant de sa femme, Marguerite Richard, trois enfants, savoir : 1° Jean II de Sancoins, seigneur de Cangé, Bucy, Champagné, Oiron, etc. Ce trésorier général, objet de la présente note, mourut à Paris en 1495. 2° Pierre Barillet, conseiller au Parlement de Toulouse, évêque de Viviers en 1464 ; 3° Jeanne Barillet, mariée en 1441 à Étienne Petit, receveur général en Languedoc, anobli en 1451, mort à Montpellier en 1465. Tapisseries Gaignières, Cabinet des estampes P. C. 18. a., f° 59 à 63

  39. [2207]

    En avril 1449, Martin Roux, receveur du haut pays d’Auvergne, vint à Tours réclamer un dégrèvement pour cette province. Ms. Gaignières 2765, f° 11. — Voyez aussi Cabinet des titres : dossier La Fayette, au 18 août 1446.

  40. [2208]

    Jean Chartier, Du Clercq, p. 26. — À Me Blaise Gresle ou Greslé, conseiller du roy, 700 liv. t., que le roy lui avoit ordonné pour ses peine et salaire d’avoir vacqué par son ordonnance depuis le 1er juillet, etc., à faire certaines informations et procès à l’encontre de Martin Roux (ci-dessus nommé, etc.). Ms. Gaignières 567, pièce 46. — Pressigny, rentré en grâce sous Louis XI, signa les lettres de restitution, de 1463, aux enfants de Jacques Cœur (Godefroy, Charles VII, p. 863). — Le 6 novembre 1410, le chapitre de Saint-Étienne de Bourges fit célébrer une messe pro domino argentario. Girardot, Notice sur cette cathédrale dans les Mémoires de la Société archéologique de l’Orléanais, 1853, t. II, p. 84. — Ms. Fontanieu, cité ci-dessus, t. III, p. 129, note 1.

  41. [2209]

    Ibid., P. P. 110, f° 227, 229, 275, 276. — Ms. fr. 8438, P 81. — Ms. fr. nouv. acq., n° 2497, f° 29 v°. — Ms. Gaignières 771, f° 114. — Niel, Portraits du seizième siècle, article Gouffier ; Mémoires de la Société archéologique de Touraine, 1859, 1. XI, p. 310. — Anselme : Bueil, Gouffier, Amboise. — Sur les Fradet : Cabinet des titres ; J. Chaumeau, p. 145 ; La Thaumassière, p. 1147 ; Girardot, Cathédrale de Bourges, 1849, in-12, p. 79. — Jean Chartier termine le chapitre relatif à Sancoins par ces mots significatifs : Et est cette affaire bien à noter pour donner exemple aux autres, et pour plusieurs autres causes. Jean de Sancoins réclama Oiron sous Louis XI et fut momentanément réintégré dans cette propriété. Mém. de la Soc. des antiq. de l’Ouest, 1839, p. 184 et suiv. — Traité du péculat, vers 1667, in-4°, p. 47.

  42. [2210]

    Prononcé Lass par ses contemporains français.

  43. [2211]

    Un lieu de descendance généalogique rattachait le surintendant de Louis XIV à l’argentier de Charles VII. Nicolas Fouquet eut pour femme Marie-Madeleine de Castille, issue de Geoffroy Cœur, fils de Jacques, marié à Isabeau Bureau. Voyez Godefroy : Charles VII, p. 872.

  44. [2212]

    La Thaumassière, p. 278. — Raynal, p. 66. — Bulletin de la Société des antiquités, etc., du département du Cher, 1836, in-8°, p. 25. — Chastignier, Notice sur Jacques Cœur, dans le Compte rendu des travaux de la Société du Berry, 1859.

  45. [2213]

    Mérimée, Rapport au ministre de l’intérieur, 1858, reproduit dans P. Clément, t. II, p. 261 et suiv. — Raynal, loc. cit. — Hazé, Notice pittoresque sur les monuments du Berry, 1834, in-4° et 30 planches. — Gailhabaud, Monuments anciens et modernes, 1850, in-4°, t. III, 6 planches ; texte par M. Ad. Berty. — L’Illustration du 3 mars 1849, p. 8, 7 dessins. — Viollet Le Duc, Dictionnaire d’architecture, 1863, in-8°, t. VI, p. 277 et suiv., 2 plans et vue cavalière. Photographies, 1864. Communications de M. Bailly, architecte du gouvernement, chargé de la restauration de l’édifice. Nous avons de plus sous les yeux plusieurs dessins inédits, pris sur les lieux dans nos diverses visites à Jacques Cœur.

  46. [2214]

    Ou fleur de lis croisée, usitée surtout au quinzième siècle. On en voit encore les hampes, fermant comme des tiges de girouettes. Hazé, planche 30. Il y avait à l’intérieur : une chambre de tapisserie, faicte de cerfs-volans, (pour ces particularités héraldiques, voyez Tapisseries Gaignières, Pc. 18, a., f° 1.) et aux armes du roy ; Raynal, p. 87.

  47. [2215]

    Une seconde entrée, ou entrée de service, existe à l’extrémité des bâtiments, dans cette direction.

  48. [2216]

    La cloche destinée à sonner l’heure dans la maison fut fondue en juillet 1450. (Inscription de cette cloche estampée sur place en 1349.)

  49. [2217]

    Nous trouvons dans un inventaire de Jacques Cœur deux paires (quatre jeux) de belles cartes ; à chacune une bourse (chemise) de taffetas vermeil de Florence ; mises en une petite layette longue, Ms. fr. nouv. acq, n° 2497, f° 50.

  50. [2218]

    Cette galerie est marquée en D sur le plan à terre donné par M. Viollet Le Duc. En icelui temps, en tout son hostel, on ne servoit, en quelque lieu que ce fast, que tout en vaisselle d’argent. — Escouchy, apud Clément, t. I, p. XCV et p. 234. — La vaisselle de l’hôtel du roi fut constamment en étain. K. K. 52, f° 9 et passim. — Mais le roi, personnellement, était servi en or, vermeil et argent. Il en fut ainsi même au temps de sa plus grande détresse. — 1428, mai 18, Jean du Mesnil, premier tranchant du roi, reconnaît avoir reçu 200 livres pour les trenchouers (assiettes) du roi, du poids de neuf mares d’argent tout dorez, et pour ses cousteaux de Pâques derrenier passé. Titres scellés, vol. 74, f° 5767. — Voyez le Glossaire de Laborde, au mot Tranchoir. — Compte de l’hôtel du roi pour 1458 : Vaisselle d’argent de la cuisine, tant plats que escuelles… Ms. fr. 6750, f° 8 v°.

  51. [2219]

    Godefroy, p. 858 ; probablement d’après quelque portrait original qui subsistait chez la descendance féminine de l’argentier. Nous n’admettons pas l’authenticité du tableau du dix-septième siècle, qui se conserve à l’hôtel de ville de Bourges. L’attribution de cette figure à Jacques Cœur nous paraît être le résultat d’une méprise.

  52. [2220]

    Raynal, p. 81. — Hazé, planche 14. Dans cette planche, les figures L, M peuvent représenter Jacques Cœur et sa femme. L’époux tient à sa main le marteau du monnayeur (emblème qui rappelle à la postérité la source de sa fortune), et présente à sa femme une fleur (ou un joyau ?).

  53. [2221]

    Hazé, planche 36 ; le saint Michel (pl. 31) paraît être aussi une charge d’artiste ou caricature des gens de guerre. — Un esclave d’Orient figure, comme on le verra bientôt, dans le procès de Jacques Cœur En celui jour (3 avril 1429), eut forte escarmouche entre les pages des François et ceulx des Anglois… et n’avoient escuz, sinon de petits paniers, et gectoient pierres et cailloux les ungs contre les autres. Journal du siège d’Orléans, Quicherat, t. IV, p. 143. — Le jour de la Trinité 1432, P. Frotier, baron de Preuilly, fait jouter ses meuniers à la quintaine. Mémoires de la Société archéologique de Touraine, t. VI, p, 265.

  54. [2222]

    Hazé, planches 18 et 19. Des palmes et non des plumes. Elles sont répétées en sculpture ; Hazé, pl. 13, Pierre de Brézé, ami de Jacques Cœur, avait aussi des palmes dans sa devise : La plus du monde. Voyez son tombeau à la cathédrale de Rouen. — En retudi panda nasti abela mucha (en close bouche n’entre point mouche) ; proverbe basque ou bohémien. Mérimée, Carmen, 1852, in-12, p. 106. — Oy, voy, lès, etc. (ancien proverbe), c’est-à-dire : écoute, observe et te tais !… Le marissal qui savoit faire et taire. Chastelain, Œuvres, t. III, p. 182.

    Vous qui à court royal servez,

    Entendez mon enseignement

    Oyez, voiez, taisez, souffrez,

    Et vous menez courtoisement.

    (Ballade d’Eustache Des Champs ; éd. Crapelet, p. 26.)

  55. [2223]

    Ik do ais ik kan, nici so ais ik will (je fais comme je peux et non comme je veux) ; proverbe flamand du temps des Van Eyck. Mémoires de la Société des antiquaires de France, t. XVII, p. 193, note 1. — Riche comme Jacques Cœur ; Le roi fait ce qu’il peut : Jacques Cœur, ce qu’il veut ; dictons traditionnels en Berry, Lyonnais. Cf. Poésies de Villon, cité dans Raynal, p. 93 — Bernard, Histoire du Forez, 1835, in-8°, t. II, p. 63. — Sur la devise : À vaillants cœurs, etc., voir la ballade adressée par le poète Vaillant à son contemporain Jacques Cœur. Lincy, Chants populaires, 1811, t. I, p. 315-6. Cette devise est celle, si je ne me trompe, qui décorait aussi le sceau de Jacques Cœur, d’après l’exemplaire unique indiqué ci-dessus (Phylactère), en note.

  56. [2224]

    Hazé, p. 54 et suiv. Illustration citée.

  57. [2225]

    Isabeau de Bavière, en couches, s’éclairait, la nuit, d’une laterne ou absconse. On peut voir ici Diogène cherchant un homme, ou tout simplement la lanterne, c’est-à-dire l’aide et le témoin de la veillée laborieuse.

  58. [2226]

    Plusieurs personnages de ce nom, au temps de Charles VII, furent célèbres dans l’Université, et d’autres ailleurs. Maître Jean-Jean, de Paris, notamment, commença en juin 1446 sa maîtrise de médecine. Il put être connu, comme étudiant, de Jean Cœur, fils de Jacques. Peut-être ce Jean-Jean était-il dès lors un type comique ou populaire.

  59. [2227]

    Les principales données historiques de cet emblème sont les suivantes : 1° Louis XI, ou le dauphin, depuis la Praguerie, n’avait cessé d’attenter à la couronne de son père ; 2° le jeune prince lui-même, en revenant de l’expédition d’Armagnac, avait fait sa cour à la maîtresse du roi. — L’erreur générale est d’avoir pris le jeune prince, pour Jacques Cœur, qui, en 1450, avançait vers la soixantaine. Suivant M. Ubicini (Société du Berry, 1860, in-8°, Notice sur Jacques Cœur, p. 30), l’oiseau qui perche du côté du fol est un coucou, et complétait l’allégorie. Cette interprétation, quoique hardie, n’a rien, historiquement et philologiquement, d’invraisemblable. Cependant l’oiseau (un oiseau quelconque) et le lapin se retrouvent souvent, comme attribut général de paysage, dans les monuments figurés de cette époque.

  60. [2228]

    Ainsi on remarquera le style impersonnel des figures, notamment celle du roi barbu. — Nous croyons pouvoir identifier sous son propre nom Renaud Boisseau, l’artiste qui, dans tous les cas, fut le principal interprète de la pensée de Jacques Cœur. Cet artiste a également orné de ses ouvrages, encore visibles, la cathédrale de Bourges. Il s’est désigné sous ces différents monogrammes : R. G. (Regnault, ci-dessus) ; R. D. (Regnault) ; R. B. (initiales) ; et enfin en toutes lettres sur la porte septentrionale de Saint-Étienne : Reginaldus Boicelli ; porte sculptée aux frais de Jacques Cœur. Cette forme latine semble indiquer un clerc capable d’avoir dirigé l’ensemble des travaux d’art ou d’architecture de l’hôtel. Cf. Clément, t. I, p. 239 ; chambre de taffetas rouge brodée à R. G.

  61. [2229]

    Cette date correspond à l’époque où la duchesse maria son fils Jean, comte de Clermont, à la princesse Jeanne de France.

  62. [2230]

    Ms. fr. nouv. acq., n° 2497, f° 5 v°, etc. — K. K. 328, f° 393 et suiv. — Soixante parties (titres, papiers) de feue Mademoiselle de Beaulté, avecques certaines cédules liées ensemble et subscriptes ! Icy sont les parties de la despense de feue Madamoiselle de Beauté, signées de sa main ; dont la mention est faicte en la 103e partie du 3e inventaire. Inventaire des effets de J. Cœur, Cabinet des titres, f° 17. — Une cédule missible par laquelle Gouffier rescript : Mon parrin, je vous envoie Henriet, au quel je vous prie que bailliez, jusques à la somme de lxx liv., ce qu’il voudra prendre de vous. Ibid., f° 18. Ms. Gaignières 909, 2, f°19. — 1451, juin 19, règlement de comptes entre la reine et Jacques Cœur ; 13 avril 1453, quittance de la reine. Ibid., f° 14. — Godefroy, Charles VII, p. 862. — La Thaumassière, p. 85. — Jacques Cœur avait marié sa sœur à Jean Bochetel, qui fut premier secrétaire du dauphin, lors de sa retraite en Dauphiné (1446), et depuis trésorier de la reine. Mém. de Castelnau, t. III, p. 141. — Clément, t. I, p. 219, 283 et suiv.

  63. [2231]

    Jacques Cœur acquit, le 8 novembre 1447, d’Eustache de Lévis, sire de Caylus, cousin de Jean de Lévis, favori du roi, les terres de Boisy, Saint-Haon, etc. (Anselme.) — Vues de Saint-Haon et Laubespin au temps de Jacques Cœur : Armorial Revel, Ms. Gaignières 2896, f° 45, 485. — Titres de Bourbon, inventaire Luillier, n° 2436. — Ms. fr. nouv. acq., 2497, f° 47. — Chaillon des Barres, Les Châteaux d’Ancy-le-Franc, Saint-Fargeau, etc., 1845, in-4°, p. 48 et suiv. — Déy, Histoire de la ville et du comté de Saint-Fargeau, Auxerre, 1860, in-8°, p. 70 et suiv. — La Thaumassière, p. 84. — Godefroy, Charles VII, p., 871. — Buchon, p. 577, 629 et suiv., 949 et suiv. — Bulletin du Cher, loc. cit. — De Vacher de Saint-Géran, Esquisse archéologique sur le château de Saint-Géran, Moulins, 1864, in-4°, fig. — Communications de MM. R. de Chantelauze, Coste et Geoffroy, membres de la Diana, société archéologique du Forez. — Georges II de La Trémoille, fils de Georges Ier, moult noble et très hault baron, était filleul et parent du dauphin et fort dans les bonnes grâces de ce prince. Œuvres de Chastelain, édit. Kervyn de Lettenhove, t. III, p. 213. — Olivier de La Marche, p. 509.

  64. [2232]

    Chaillou des Barres. Guillien, Recherches historiques sur Roanne et le Roannais, 1863, in-8°, p. 73, 81 et 108.

  65. [2233]

    Arrêt de condamnation dans P. Clément, t. II, p. 293.

  66. [2234]

    Anselme. — Cabinet des titres : Montbron. — Escouchy, t. II, p. 289. — P. Clément, t. II, p. 142. — Une cédule en papier, signée Bérard, le 7e jour de février, 1448-9, contenant que Monseigneur l’argentier a baillé audit Bérard la somme de 300 escus d’or pour envoyer à Mgr de Mortaigne, pour certain appointement fait entre eulx ; item plus, a baillé 500 escuz pour envoyer à la damoiselle de Mortaigne (Jeanne de Vendôme). 1448-9, avril, à François de Montbron, 30 escuz. Inventaire de Jacques Cœur. Ms. fr. nouv. acq., ne 2497, f° 21 v°, 40, 47 v°. — En fin de compte, F. Montbron devait à Jacques Cœur 42 écus, et Jeanne 530. Lettres du 5 août 1457, publ. dans Clément, p. 550 et suiv. Voir les originaux. — Sur les abus judiciaires au quinzième siècle, voyez ci-après notes complémentaires, B.

  67. [2235]

    Clément, p. 335, 368.

  68. [2236]

    Z. Z. 3281, du 27 avril 1436, à la fin du registre.

  69. [2237]

    Item, le xxixe jour d’aoust (ou avril ?), en l’an 1436, fut ordonné donner du marc d’argent, sans nulle muance de poys ne de loy, 7 liv. 8 sous. Et réaux valoient communément 30 sous ; et le peuple les a toujours aymés sur tout autre or. — Ms. appartenant à l’auteur du présent ouvrage : livre d’un changeur ou monnayeur du temps de Charles VII, f° 62. — 1436, juillet 12, mandement pour donner cours aux écus d’or pour 25 s. t. la pièce, etc. Z. Z. 3158, f, xxvij v°. — Le Blanc, Traité des monnoies, p. 300. — Delombardy, Catalogue Rignault, p. 25 et suiv. — Catalogue Rousseau, 1861, n° 882, 898 et passim. — De Wailly, Variations de la livre tournois, 1857, in-4°, p. 45, 47, 49. — De son côté, Ravan Ledanois ne tarda pas à être nommé maître général des monnaies de France. Il l’était à la date du 26 décembre 1431. Z. Z. 3281. — Ledanois mourut dans cette charge en 1460, ayant rempli diverses missions de confiance, comme inspecteur général et commissaire réformateur des monnaies en France, en Dauphiné, à Tournay, etc. Z. Z. n- 2757, f° 6 ; n- 3158, f° lviij v°, lxj. — Ms. Gaignières 771, f° 133. — Ordonnances, t. XIII, p. 571. Etc., etc.

  70. [2238]

    La compagnie d’entre G. de Varie, P. Jobert (facteurs de Jacques Cœur) et Nicolo et Pierie (Pietri ?) de Bonnacors (Buonaccorso), pour une mestier de draps de soye à Fleurence. Ms. fr. nouv. acq., n° 2497, f° 19 et 64.

    Otto Castellani cultivait les arts magiques. En 1459, le roi accorda des lettres de rémission à maître Pierre Mignon, qui, après avoir étudié ès arts et en décret à Toulouse, puis à Barcelone, s’était mis en rapport avec Otto Castellani, alors trésorier de Toulouse (vers 1444). Mignon avait fabriqué de faux sceaux. Il fit et livra en outre à Castellani deux figures de cire dites d’envoûtement ; l’une pour mettre feu Jacques Cuer, nostre argentier lors, en male grâce ; et lui faire perdre son office d’argentier ; l’autre pour faire que ledit Otto Castellan, Guillaume Gouffier et ses compagnons fussent en rostre bonne grâce et amour. J. J. 190, f° 7, 8, acte 14. Il remplaça Jacques Cœur comme argentier vers 1454.

    En 1455, des négociations diplomatiques étaient pendantes entre le roi de France et celui de Castille, pour terminer diverses affaires contentieuses. L’une des réclamations élevées par la France avait trait à une créance en litige de l’argentier, lequel avait été pourvu de lettres de marque sur des sujets castillans, et, sous l’abri de ce titre, avait fait main basse, à La Rochelle, sur des navires marchands venus d’Espagne. Mais cet argentier n’est pas nommé. Ms. latin 6024, f° 54 et 57 v°. Par la date du document, le fait pourrait se rapporter à Castellani. Il semble toutefois se rattacher plus vraisemblablement à Jacques Cœur.

    Otto Castellani fit nommer à sa place comme trésorier de Toulouse, en 1454, un de ses proches parents, selon toute apparence, appelé Vani (Giovanni ?) Castellani. Ms. Gaignières 771, f° 123. Celui-ci exerçait encore au 11 septembre 1456. Cabinet des titres, dossier Bernard, à cette date. Mais la fortune des deux Castellani ne fut pas de longue durée. Otto, comme on va le voir, perdit son crédit. Il fut remplacé dans sa charge par P. Burdelot, commis à l’argenterie, le 26 octobre 1457. Ms. Gaignières 771, f° 934. Giovanni ou Vanni Castellani perdit aussi, vers la même époque, son emploi ; car, au 17 janvier 1457 (ancien style), noble homme Pierre Vidal de Puechbusque était commis à la régence de l’office de trésorier de Tholose. Cabinet des titres, dossier Foix.

  71. [2239]

    On trouvera dans les ouvrages suivants l’analyse et la réfutation complote des griefs imputés à J. Cœur. Nous nous sommes cru par là dispensé de les répéter ici. Ces ouvrages sont : 1° Mémoires (de Bonami), sur les dernières années, etc., de Jacques Cœur, dans les Mém. de l’Acad. des inscript. et belles-lettres, t. XX, p. 509 et suiv. ; 2° Raynal, p. 73 et suiv. — Jean Chartier, t. III, p. 41. — J. Du Clercq, p. 84. — Basin, t. I, p. 314. — Chronique rédigée ou compilée pour la maison de Chabannes, et connue sous le nom de Martinienne, f° ccxcvij. — Chastellain, Œuvres, t. II, p. 188. J. J. 185, acte 308, f° 213 ; J. J. 179, acte 134, f. 70 ; J. J. 190, acte 59, f° 21. — Ms. nouv. acq., n° 2497, f° 14, 46, 52, etc. — Cabinet des titres, dossier Jacques Cœur : Inventaire, etc., f° 31. Ms. lat. 9848, feuillet de garde. — Vallet de Viriville, Recherches sur Agnès Sorel, p. 309 à 311. — Procès criminel de Jacques Cœur, Ms. suppl. fr. 350, 8, 9 ; Ms. Dupuy 351 ; Ms. Saint-Germain, fr. 372. — Ms. de Mesmes, 401. — Ms. Mortemart, 5, etc. — Jacopo Colonna, Italien, figure aussi dans le faux témoignage relatif à l’empoisonnement.

  72. [2240]

    Arrêt dans P. Clément, t. II, p. 293 et suiv.

  73. [2241]

    Basin, t. I, p. 316. — L’instruction littéraire de Jacques Cœur se prouve, non seulement par ses signatures, fort nombreuses, mais par deux ou trois lettres autographes, très précieuses et très étendues, qui nous sont restées de lui. — Sur la question de droit : communication de M. Ad. Tardif, professeur à l’École des chartes. — Tonsure, procès criminel. Si Jacques Cœur s’avoua clerc, comme il résulterait d’un seul indice, ou témoignage indirect (Clément, t. II, p. 346), ce ne fut qu’à la dernière extrémité.

  74. [2242]

    K. K. 328.

  75. [2243]

    Archives de Lyon, B. B. 7 (ann. 1455-1464). — Raynal, p. 84 et suiv. — Clément, L I, p. 244 à 256 ; t. Il, p. 30, etc. — Cabinet des titres et Biographie Didot, au mot Dauvet. — Germain, Commerce de Montpellier, t. II, p. 375, 380 et suiv.

  76. [2244]

    Basin, t. I, p. 315 et suiv. — Du Clercq, p. 84.

  77. [2245]

    Mort par assassinat quelques années auparavant.

  78. [2246]

    … Se sont entremis de poison, du quel m’a esté secrètement baillé advis et que l’on me bailleroit poudres de réalgar et d’arceney (arsenic) en du vin… Pour moy, me demore souffisance d’argent pour nécessités : si est du dedans des joyaux que j’avois en ma sainture, que le dit bon frère me a faict porter aux usuriers… Original sur papier ; collection de M. Chambry. Clément, t. II, p. 192 et suiv.

  79. [2247]

    Un signe analogue est répété au dos, en guise d’adresse ou au-dessous de l’adresse, avec ces initiales : J. d. V. (Jean de Village). Le filigrane du papier est une fleur de lis, très analogue à celle du Ms. fr. 4985, f° 134, exécuté vers 1455.

  80. [2248]

    J. J. 191, actes 234, 235 et 242. — Basin. — Raynal. — Clément, t. II, p. 517 et suiv.

  81. [2249]

    Raynal, p. 94. — Basin, t. IV, p. 347. — La cédule originale, au certificat authentique sur parchemin, écrit à Rome, nous a été conservée, Ms. Dupuy 760, f° 12. Moniteur, cité. — Une médaille italienne, du plus beau caractère, offre le portrait, la tête énergique de ce patriarche généralissime. (Vente Plot, 1864, p. 77, n° 48 et 49.)

  82. [2250]

    Clément, t. I, p. 257 ; t. II, p. 187 ; t. III, p. 422, 423, etc. — Desjardins, Négociations avec Florence, t. I, p. 81. Cabinet des titres, Inventaire de Jacques Cœur ; dossiers bleus, et le P. Anselme : Jean Soreau. — Guillien, p. 89. — La Thaumassière, Histoire du Berry, p. 88 et suiv. — Buchon, p. 582 et suiv. — Inventaire Luillier, liasse 59, n° 2426. — Ms. nouv. acq. 2497, f° 61 v°. — K. K. 328.

  83. [2251]

    P. P. 118, f° 89. Cette mention est placée à la suite des mémoriaux de Charles VII, et en tête de ceux de Louis XI.

  84. [2252]

    Jean Bouchet, Le Panégyric du Chevalier sans reproche, etc. Poitiers, 1527-8, in-4°, feuillet ex. — Jacques Signot, La Division du monde, etc. Paris, 1540, petit in-8°, dernier feuillet, verso.

  85. [2253]

    Voici le passage, traduit par le dernier éditeur, M. Bellaguet : Pendant que le duc de Bourgogne avisait, dans le conseil, au moyen de réduire les impôts, quelques gens proposèrent, pour avoir plus d’argent, de taxer à vingt écus d’or par an toutes les villes et tous les villages de France, dont ils évaluaient le nombre à dix-sept cent mille. Ils n’en exceptaient que sept cent mille, qui avaient été ruinés par les malheurs de la guerre et les épidémies, etc., etc. Mais quand on sut que ces donneurs d’avis n’étaient avoués ni par le roi ni par les seigneurs de France, on ne songea plus qu’à s’en amuser et à les tourner en ridicule. Chronique de Charles VI, dans la Collection des documents inédits, 1841, in-4°, t. III, chap. XXIII, p. 351-3. Reproduit en substance à la suite d’un protocole à l’usage des notaires du roi : Camusat, Meslanges historiques, Troyes, 1644, in-8°, f° 63 à 65. Ce protocole, d’après les noms qu’il renferme, paraît avoir été écrit de 1398 à 1406 ou environ.

  86. [2254]

    Au dit an 1456, … mourut Jacques Cuer… après la quelle mort le roy de France tous ses biens rendit à ses hoirs ; et se repentit et fut moult courroucié de ce que oncques on le avoit faict mectre prisonnier. Du Clercq, p. 100 b. On verra bientôt ce qu’il y a de faux et de vrai dans cette assertion.

  87. [2255]

    Jean Chartier, L. III, p. 83. — Charles VII et ses conseillers, p. 29. — Chastellain, t. III, p. 294 et suiv. — Moniteur universel du 5 octobre 1854, feuilleton, colonne 4. — Ms. Legrand 6967, f°107. — Mélanges Clairambault. Ms. 281, pièce 161. J. J. 135, acte 308, f° 213. J. J. 187, actes 67, 68, 290 et 3145. J. J. 191, cité. — Chenu, Antiquitez de Bourges, p. 99. — 1459, mai 11, lettres par lesquelles le roi lève les peines comminatoires antérieurement portées contre les non révélateurs des biens ayant appartenu à J. Cuer. Il permet en outre que ces biens non révélés soient dévolus aux enfants de l’argentier. J. J. 188, f. 52.

  88. [2256]

    Germain, t. III, p. 23 et suiv.

  89. [2257]

    Notes complémentaires.

    A. — Le roi, par ses lettres du 5 août 1457, s’était réservé un certain nombre de créances dues à Jacques Cœur, pour en disposer à son gré. Nous voyons figurer sur cette liste, parmi divers chevaliers et écuyers débiteurs de l’argentier, cette mention : 405 livres 45 sous, que lui debvoit Jehan le Carroyer. Le héraut Berry est également compris parmi les débiteurs. Clément, t. I, p 288. Mais le compatriote de Jacques Cœur mérite une place à part dans cette énumération, composée en si grande partie d’ingrats. G. le Bouvier protesta contre la condamnation de Jacques Cœur par la seule voie qui fût possible à un chroniqueur royal : la protestation du silence. Voyez sa Chronique et ci-dessus la note 2083.

    B. — Abus des confiscations. Épisode. — Spécimen de la justice criminelle. Voyez ci-dessus la note 2234.

    Louis de Courcelles, chevalier, seigneur du Breuil, d’Aurouze et de Beaulieu, était bailli des montagnes d’Auvergne. De 1432 à 1434 environ, et de concert avec l’évêque de Saint-Flour, nommé Jacques le Loup, il se rendit coupable de crimes nombreux et de graves excès. L’évêque avait été condamné par la cour du parlement à payer 400 écus d’or, comme réparation de dommages, à un nommé Mercier. Il associa à ses intérêts le bailli, qui, de son autorité et nonobstant appel, fit pendre Mercier. Nouvel appel au roi par les frères de la victime. Un huissier, porteur de lettres royales, se dirige vers le château d’Aurouze, pour arrêter le bailli. Mais Courcelles, informé de cette commission, aposte sur la route dix à douze compagnons. L’huissier est saisi au passage, battu cruellement. Ces gens lui enlèvent ses lettres et lui en font manger le sceau de cire : Dictum sigillum nostrum comedere fecerunt.

    Un autre adversaire de Louis de Courcelles se nommait Jean de la Fons. Saisi par les sergents du bailli, Jean fut traîné de prison en prison, puis détenu, pendant dix à douze semaines, dans la fosse (oubliette) du château d’Aurouze, et mis à rançon. Le prisonnier se refusait à concéder cette rançon. Pour l’y contraindre, un jour de grande chaleur, le bailli fit tirer le prévenu de sa prison ; celui-ci fut mis à nu, garrotté et exposé en plein soleil dans un petit pré, le corps oint de miel. Les mouches appelées taons le couvraient de piqûres. Durant ce supplice, Courcelles et ses gens, qui étaient présents, lui crachaient sur la face et urinaient sur son corps. In faciem ejusdem Johannis de la Fons spuebant contra que eum mingebant.

    Traduit enfin devant le parlement de Paris, et poursuivi par le procureur général (Jean Dauvet), Courcelles fut condamné à être traîné sur la claie, décapité, puis écartelé. L’arrêt, en date du 2 mars 1454 (nouv. st.), nous a fourni les détails qui précèdent. Louis de Courcelles s’était enfui et demeura contumax (X. X. 8859, P., 343 à 345). Mais ses biens furent saisis et confisqués. Le roi abandonna 6,000 écus d’or, produit partiel ou total de cette confiscation, à Louis de Bohain, ou de la Rochette, son maître d’hôtel. Mais celui-ci dut partager ce don avec deux autres personnes de la familiarité du roi. Il céda 1,000 écus d’or à sa cousine Antoinette de Villequier ou de Maignelay, et 500 écus à Antoine de Chabannes. Ainsi le prouvent les quittances originales données scellées et signées par Antoinette de Maignelay, par Antoine de Chabannes et par Louis de la Rochette, qui nous sont restées. J. J. 475, n° 99, 1, 2, 3.

  90. [2258]

    Œuvres de Chastellain, édition Lettenhove, t. III, p. 50 et suiv.

  91. [2259]

    Nous devons nous borner ici à l’indication d’un épisode fort curieux pour la peinture des mœurs, et qui se rattache aux institutions judiciaires de l’époque féodale. C’est le duel au bâton, accompli le 20 mai 1455, en présence du duc, dans la ville d’asile et privilégiée de Valenciennes. Cette épreuve eut lieu par l’ordre formel de Philippe le Bon et contre l’avis de son fils, lieutenant en Hainaut. Les deux combattants, Mahiot Coquel et Jacotin Plouvier, étaient de condition roturière. Leur pugilat, toutefois, eut pour historiens Olivier de La Marche (p. 506 du Panthéon) ; Chastellain (Œuvres, t. III, p. 38 et suiv.) ; Escouchy (édit. Beaucourt, t. II, p. 297 à 507).

  92. [2260]

    1454, juillet 24, lettre de Henri VI, roi d’Angleterre, à la duchesse de Bourgogne, pour l’engager à réparer les dommages faits aux sujets anglais et à entretenir la liberté du commerce entre les sujets respectifs, selon les traités. Lettres des rois et reines, etc., t. II, p. 482. — Th. Wright, Political pœms and songs, etc., dans Rerum britannicarum scriptores, etc., t. II, 9861, in-8°, p. 48 et passim. — Aliénor, Les honneurs de la cour. États de la maison des ducs de Bourgogne dans les Mémoires, etc., 1729, in-4°. Etc., etc.

  93. [2261]

    Raynaldi, Annales ecclesiastici, édit. Mansi, t. XXVIII de la collection, p. 618, 626.

  94. [2262]

    Ibid., p. 613. — Escouchy-Beaucourt, p. 362 et suiv. — Bosio, Istoria della religione di S. Giovanni, 1630, in-fol., t. II, p. 245.

  95. [2263]

    Verum rei gravitas exegisset ut potius in templo votum hujusmodi sacro sancto ritu conciperetur. Raynaldi, t. XXVIII, p. 619.

  96. [2264]

    Le banquet du Faisan eut lieu à Lille en l’hostel de mondit seigneur (Philippe), nommé l’hostel de la Sale, le dimanche 17 (et non 18, comme le dit Escouchy, t. II, p. 114). Lettre de J. de Molins, secrétaire du duc, à la ville de Dijon. Mélanges Champollion, in-4°, p. 457 et suiv.

  97. [2265]

    Olivier de La Marche, chroniqueur et poète, âgé de vingt-huit ans, jouait le rôle de l’Église comme lui-même l’atteste dans ses mémoires (Panthéon, p. 488 a), et composa vraisemblablement les vers que débita ce personnage. Parmi les autres entremets, que nous omettons pour cause de brièveté, le 7e fut ung personnage d’un homme qui, d’une perche, battoit ung buisson plain de petits oyseaux ; et près d’eux en ung vergier clos de trailles de rosiers, avoit ung chevalier et une dame assiz à table, qui mangeoient les oisillons ; dont l’un (le premier acteur) battoit le buisson ; et monstroit la d. dame au doigt qui (qu’il, le premier) se traveilloit et perdoit son temps. Escouchy, p. 135. Nous n’oserions affirmer que le duc eût voulu ou laissé représenter ainsi ouvertement Charles VII et Antoinette de Maignelay. Mais cette allégorie, tout à fait en situation : le duc battant le buisson pour le roi, nous paraît être conforme à l’esprit du temps. Nous ajoutons que le rosier, emblème particulier de Charles VII se voit sur la médaille de 1453 autour des armes du roi, et dans le manuscrit de Munich peint par Fouquet (jugement du duc d’Alençon). — Voyez aussi Cabinet des estampes, Tapisseries de Gaignières P. c. 18. a, f° 1. K. K. 51, f° 63, 119, 925 et passim.

  98. [2266]

    Escouchy, t. II, p. 114. — Olivier de La Marche. — Du Clercq, p. 55 et suiv. — Chroniqueurs belges, in-4° : Chronique métrique de l’abbaye de Floreffe, province de Namur, t. VIII, p. 170. — D. Plancher, Histoire de Bourgogne, t. IV, p. 283 et suiv.

  99. [2267]

    Escouchy, t. II, p. 242 à 367. — Raynaldi, t. XXIX, p. 2. — Spicileg., t. III, p. 795. — Du Clercq, ch. XVI, p. 88. — Ol. de La Marche, ch. XXXI, p 304. — Or a esté dit comment ce duc de Bourgogne a esté au mand de l’empereur, là où luy mesmes qui le mandoit ne comparut point, ains recula de luy et différa de s’y trouver par doute qu’il avoit qu’il ne le pressant trop près d’emprendre le voyage en Turquie, tous ses autres affaires lessiés, car le sentoit assez délibéré à ce et tout conclu comme en effet il eust fait, s’il eust trouvé led. empereur press et de celuy vouloir, mais nenny et partant il fit ung long périlleux voiage à povre fruit, mais plein de mérite toutevoies et de gloire touchant sa personne. Chastellain, Œuvres, t. III, p. 6.

  100. [2268]

    Escouchy, p. 256 et suiv. Raynaldi, t. XXVIII, loc. cit. ; t. XXIX, p. 61.

    Appel des Grecs à Charles VII. — Le Rhodien Georgillas composa, vers 1455, un petit poème intitulé Threnos, pour déplorer les malheurs de la Grèce, en partie subjuguée par Mehmet II. Dans ce poème, l’auteur adresse de pompeux éloges à Charles VII, qu’il appelle le grand roi de l’Occident, et invoque son secours contre les Turcs. Il se fonde, pour justifier cet appel, sur les anciennes alliances des Valois et des Paléologues. Car, dit-il, la maison royale (de Constantin Dragasès) venait de France. Voyez, sur cette affinité, le P. Anselme, Histoire généalogique de la maison de France, grande édition, t. I, p. 412 et 413. Le poème de Georgillas ne nous est uniquement connu que par une intéressante lecture de M. Egger, séance publique des cinq académies, 16 août 1864. Revue des cours publics, numéro du 20 août 1864, p. 540.

  101. [2269]

    Raynaldi, p. 84. Carolus rex meretriciis amoribus illaqueatus… Illum tamen pontifex excitare transmisse aureæ rosæ munere conatus est. Ibid., p. 119. La rose d’or était un présent solennel que le pape offrait ou décernait chaque année, le quatrième dimanche de carême, à quelque personnage insigne de la chrétienté. Pardessus, Tableau historique du commerce depuis les croisades jusqu’à la découverte de l’Amérique ; Lois maritimes, introduction du tome III. — Spicileg., t. III, p. 796 à 800. — Jean Chartier, t. III, p. 57. — Escouchy, t. II, p. 278, 213. — Berry-Godefroy, p. 473. — Ms. Baluze, n° 9676 D, f° 32. — Armoires Baluze, t. XVII, p. 2. — D. Plancher, t. IV, Preuves, p. ccxvj-vij.

  102. [2270]

    Escouchy, p. 272 et suiv. ; 311 et suiv. ; 362 et suiv. — Œuvres de Chastellain, t. III, p. 16. — D. Plancher, t. IV, p. 285.

  103. [2271]

    Ordonnances, t. XIV, p. 265. — Chastellain, t. III, p. 30 et suiv. — Bosio, p. 258. — Raynaldi, t. XXIX, p. 88 à 102. — Escouchy, t. II, p. 524. — Du Clercq, p. 99 et suiv. — Jean Chartier, t. III, p. 66 et suiv. — Zantfliet, ap. Ampliss. coll., t. V, col. 491. — Maan, Sancta et metropolitana ecclesia Turonensis, 1667, in-fol., p. 176. — Biographie Didot, article Pierre d’Aubusson. — Stevenson, Henri VI, t. I, p. 345.

  104. [2272]

    Cette ordonnance est ainsi datée : Donné au Montils lès Tours, au mois d’avril l’an de grace mil cccc liij avant Pasques. À la suite, se trouve un appendice promulgué quelques jours plus tard et daté de mil cccc liiij. Pâques, en effet, tomba cette année le 21 avril ; l’acte fut donc rendu avant le 21 et l’appendice après le 21 de ce mois, en l’année 1454, nouveau style. Conformément à l’usage, cette ordonnance est libellée, intitulée et souscrite dans la forme d’édit perpétuel, avec l’indication du mois, mais non du jour.

  105. [2273]

    Ordonnance du 28 octobre 1446.

  106. [2274]

    Ordonnances, t. XIV, p. 284 et suiv. — Recueil général des anciennes lois françaises, par Isambard, etc., t. IX, p. 202 et suiv. — Article 3 : Les présidents et conseillers s’assembleront bien matin, c’est assavoir depuis Pasques à six heures, et depuis le lendemain (12 novembre) de la fête de saint Martin d’hiver (ouverture du parlement) jusques aud. jour de Pasques, la messe qu’on a accoutumé à célébrer au matin avant l’entrée au parlement sera dite et célébrée de Pâques à la Saint-Martin avant six heures ; et de la Saint-Martin à Pâques, incontinent après six heures. Art. 4 : … Incontinent… ils (les conseillers) se mettront à besongner ès affaires et besongnes dud. parlement, sans ce qu’ils entendent à autre chose, et défendons qu’ils ne puissent saillir dehors icelluy parlement pour aller tournoyer ou vaguer aval la salle du palays avec quelque personne que ce soit. Art. 68 : Voulons et ordonnons que d’ores en avant l’on commence à plaider en nostre parlement à sept heures du matin, tout du long du parlement, jusques à dix heures (du matin) ; fors au karesme, qu’on commence à plaider à huit heures jusques à onze. Art. 69 : Et combien que par l’usage ancien de nostre ditte cour, l’on a accoutumé de plaider après dîner depuis la Pentecoste jusques en la fin du parlement deux foys la sepmaine, c’est asçavoir au mardy et vendredy, nous, voulons pourveoir à l’expédition des causes, … statuons et ordonnons que d’ores en avant, depuis Pasques jusques en la fin du parlement on plaidoyra deux fois après disner, la sepmaine ; c’est asçavoir ès dicts jours de mardy et vendredy ; et commenceront les plaidoiries à l’heure de quatre jusqu’à six.

  107. [2275]

    L’ordonnance de 1446 et celle de 1454 se réfèrent aussi à un précédent considérable. Nous voulons parler du Stylus curie parlamenti, ouvrage composé en 1330 par Guillaume Du Breuil. H. Bordier, Bibliothèque de l’École des chartes, t. III, p. 47 et suiv. — L’édit de 1454 peut aussi être comparé à la fameuse ordonnance cabochienne de 1413. Mais ce monument législatif, le plus remarquable, sans aucun doute, du quinzième siècle, demeura stérile et à l’état de lettre morte. — Ordonnances de Charles VII sur la justice. Voyez préface de la collection du Louvre, t. XIV, p. xxj et suiv. — Compétence du parlement, ci-dessus, t, III, p. 47. Arrêts du parlement contre J. de Malestroit, évêque de Nantes, qui déniait la juridiction royale, 22 février et 24 juin 1455. Ms. Brienne, f° 192 à 209. — Histoire de Bretagne (D. Taillandier, 1756), t. II, p. 56. Actes de Bretagne (1744), t. II, col. 1607 et suiv. ; 1693 et suiv. Ms, fr. 5044, f° 35.

  108. [2276]

    Attributions du Parlement, des Comptes et des Aides, voyez Histoire de l’Église gallicane, t. XXI, p. 19. — Ordonnances, t. XIV, p. 331 à 341, etc. — On se borne à indiquer ici ces considérations générales. Nous avons tenté de les prouver et de les motiver avec les développements qu’elles comportent, dans un mémoire étendu qui a obtenu en 1862 le prix Bordin, décerné par l’Académie des sciences morales et politiques. Ce mémoire est intitulé : Essai sur les institutions de Charles VII. Nous avons l’intention de le compléter et de le publier ultérieurement.

  109. [2277]

    Mélanges Champollion, in-4°, t. III, p. 244 et suiv. — Mémoires de la Société des antiquaires de l’Ouest, 1840, p. 443. — Boutiot, Grands jours de Troyes, 1852, in-8°, p. 27. K. 69, n° 18. — Grün, Notice sur les archives du parlement, 1863, in-4°, p. cc. — Échiquier de Normandie : Ordonnances, t. XIV, p. 264. Fraternité des parlements de Toulouse et de Paris : Ibid., p. 332. Voyez encore ibid., p. 364. Toulouse et Paris étaient les sièges de deux universités des plus anciennes. Histoire de l’instruction publique, p. 193. Elles étaient le chef-lieu de deux centres généraux de l’Inquisition ou surveillance de la foi.

  110. [2278]

    Richebourg, Coutumier général, 1724, in-fol., t. II, p. 1169 et suiv. — Bréquigny, préface des Ordonnances, t. XXIV, p. xxi et suiv. — Isambard, notes, loc. cit. — Kiimrath, Travaux sur l’histoire du droit français, 1845, in-8°, t. II, p. 135. — Laferrière, Histoire du droit français (1846-1858, 6 vol. in-8°), t. V, p. 11 ; t. VI, p. 441, 2. Dansin, Histoire du gouvernement de Charles VII, ch. III, Institutions judiciaires, p. 120 et suiv. — La rédaction de la coutume d’Anjou avait été prescrite par René d’Anjou en 1458 ; mais elle ne fut approuvée qu’en 1462, dans les grands jours d’Angers. Communications de N. Ad. Tardif, docteur en droit, professeur à l’École des chartes. — 22 mai 1455, ordonnance du duc Pierre de Bretagne pour réformer dans son duché la procédure judiciaire. — D. Taillandier, t. II, p. 53. — Actes de Bretagne, t. II, col. 1649 et suiv.

  111. [2279]

    Œuvres de Thomas Basin, t. I, p. xxvj et suiv. ; t. IV, p. 29 et suiv. X. X. — 1483, aux 12 et 13 novembre 1454. Ordonnances d’application (avril à septembre 1454 et suiv.). Ordonnances, t. XIV, p. 277 à 331. Voir aussi p. 442. — Félibien, Histoire de Paris, t. III, preuves, p. 272 et 273. — 1456, avril 27, ordonnance sur le fait des procureurs du Chastelet de Paris, tant en bas que en hault. Y. Y., registre 6, f° 97. — À la date du 2 juillet 1454, on trouve dans les registres Conseil du parlement la mention suivante : La cour a ordonné que sur les héritiers et exécuteur du testament de feu Maistre Jehan Paillart, jadis conseiller en la cour de parlement et commis par icelle à recevoir les deniers ordonnez pour la façon du tableau de la grand chambre du parlement, sera faicte exécution, comme pour les deniers du roy, pour la somme de vijxxxij l. (152 livres) j sou iiij deniers parisis, restant de ce qu’il avoit receu. X. X., 1483, fol. 150. Ce tableau est sans doute le même qui décore aujourd’hui la première chambre de la cour impériale. Charles VII y est représenté en magistrat ou en majesté, debout, vêtu du manteau royal, le front ceint de la couronne et tenant en main le sceptre de la justice. De l’autre côté du triptyque se voit comme pendant : Charlemagne, tenant le globe du monde ; Charlemagne législateur et, d’après les idées reçues au quinzième siècle, fondateur de l’Université. Voyez le poème (de Robert Blondel ?) composé vers 1456, dans Quicherat, Procès, t. V, p. 34, du vers 310 au vers 520. Œuvres de Chastellain, t. II, p. 15. Bulletin de la Société des antiquaires de France, séances des 2 mars et 4 mai 1864.

  112. [2280]

    Par lettres données en novembre 1455, Charles VII autorisa la fortification de Sedan et de Mouzon en Champagne. Ms. Dupuy, n° 370, f° 40. — Pregnot, Histoire de Sedan, 1856, in-8°, t. I, p. 461. — Recueil ms. de Conrart à la bibl. de l’Arsenal, t. VII, Munster, p. 523. — Voyez Cabinet historique, 1859, p. 228. K. 69, dossier 20.

  113. [2281]

    Ms. fr. 5909, f° 208, 244. Ms. lat. 6624, f° 110 v°. — 1454, févr. 4, le roi nomme le comte de Clermont (Jean de Bourbon, son gendre), capitaine de la ville et château de Blaye. Ms. Gaignières 771, f° 119. Xaintrailles, au cabinet des titres et dans la Biographie Didot. Même cabinet : La Cropte et Nobiliaire de Saint-Alais, 1817, in-8°, t. XI, p. 41, généalogie de La Cropte. — Archives historiques de la Gironde, 1859, in-4°, t. I, p. 50 et suiv. — D. Vaissète, t. V, p. 17. — Berry-Godefroy, p. 473.

  114. [2282]

    Jean Chartier, t. III, p. 73. — K. K. 52, f° 89, 90. — Ms. Gaignières n° 649, 2, f° 1 ; Cabinet historique, 1859, p. 183. — Ordonnances, t. XIV, p. 270, 280, 378, 427, 440. — 1455, mai 9, mandement pour faire fabriquer à Bordeaux des monnaies d’or et d’argent au coin du roi ou du royaume. Ibid., p. 355.

  115. [2283]

    Ms. fr. 5909, f° iiclvi. K. 69, n° 11. P. P. 190, f° 289. — Vitet, Histoire de Dieppe, 1844, in-16, p. 37. — Ordonnances, t. XIV, p. 289, 316, 360, 421. — Les armes du roi de France sont rétablies au-dessus du pont-levis au château de Falaise : Léchaudé d’Anisy, Chartes, etc., t. I, p. 353, n° 265 ; t. II, p. 395, n° 178.

  116. [2284]

    D. Rousseau, t. IX, n° 3948. — Baluze, Historia Tutelensis, 1717, in-4°, p. 753-762. — Gallia Christiana, t. XIV, p. 95 et suiv. — Agnès Sorel contribua pour 300 écus d’or, qu’elle légua par testament, à la construction de la nouvelle châsse. Grandmaison, Procès-verbal du pillage… de Saint-Martin de Tours, Tours, 1863, in-8°, p. xxvj. Recherches historiques sur Agnès, p. 322. — Ordonnances, t. XIV, p. 528 à 377 ; t. XVI, p. 554, 556.

  117. [2285]

    Ms. Moreau 253, f° 59. — Ms. Dupuy 570, fis 158 à 163. — Ms. Gaignières 649, 3. — Cabinet historique, 1860, p. 32, n° 55. — Martin, Essai historique sur Rozoy-sur-Serre (Aisne), 1864, in-8°, t. I, p. 559. — N. de Wailly, Variations de la livre tournois, p. 76. — Ordonnances, t, XIV, p. 325 à 420 ; t. XV, p. 264 : 1455, janvier 30, lettres sur la manière dont les nobles doivent être habillés pour venir servir le roi en armes et les gages qu’ils recevront ; ibid., t. XIV, p. 350 : 1456, janvier 30, sur le payement préalable des gages d’officier et charges foncières (fiefs et aumônes) du domaine ; ibid., p. 370 : 1456, octobre, lettres sur la distribution des deniers provenant de l’émolument du sceau pour actes de rémission. Ibid., p. 419.

  118. [2286]

    P. Clément, Charles VII et Jacques Cœur, t. II, p. 419. — Ms. Brienne 317, f° 202. — Ms. Gaignières 649, 6, pièce 1 ; Cabinet historique, 1862, p. 217, n° 6918. — J. B. E. Jourdan, Éphémérides de La Rochelle, p. 397. — Ordonnances, t. XIV, p. 266, 352.

  119. [2287]

    Le nom de l’argentier et cette cause ne sont pas expressément énoncés dans la plainte. Il suffira, pour expliquer cette omission, de dire qu’Otto Castellani et Jean Dauvet avaient remplacé Jacques Cœur, le premier comme argentier du roi, et tous deux comme commissaires par devers ces mêmes états du Languedoc.

  120. [2288]

    Mélanges Champollion, t. III, p. 244. — Ordonnances, t. XIV, p. 387. — Isambard, Anciennes lois françaises, t. IX, p. 278. — Dareste de la Chavanne, Histoire de l’administration, t. I, p. 98. — D. Vaissète, t. V, Preuves, col. 6 et s.

  121. [2289]

    Les lettres, distinctes de celles-ci, allouèrent un secours du même genre à Guillaume de Monypenny. — Biographie Didot : Cousinot, Many-Peny. — Chronique de Cousinot, p. 27, 76. — Jean Chartier, t. III, p. 137. K. K. 69, n° 18. — Stevenson, Wars of Henri VI, t. I, p. 322.

  122. [2290]

    Ms. Gaignières 836, 15. — Cabinet des titres, dossier Salignac, au 27 octobre 1456 (aides en Limousin). — Lettre du roi aux habitants de Reims, le 15 octobre 1455 ; Archives de Reims, communication de M. Louis Paris. J. 914, au 10 septembre 1456. — Inventaire des sceaux des archives générales, gr. in-4°, p. 276, n° 74. — Germain, Commerce de Montpellier, t. II, p. 380. — Montfalcon, Histoire monumentale de Lyon, Lyon, 1860, in-4°, p. 282. — Ordonnances, t. XIV, p. 318 à 434 ; t. XVI, p. 16. — Acte du 7 juin 1457, relatif à la régale de l’évêché d’Arras. — Ms. Gaignières, 771 non paginé, 7e pièce.

  123. [2291]

    P. Mamoris, Flagellum maleficorum, sans lieu, date ni pagination, petit in-4°, gothique, signature e. — Bonsergent, Bulletin de la Société des antiquaires de l’Ouest, 1856, p. 1 et suiv. — Aristide Déy, Histoire de la sorcellerie au comté de Bourgogne, Vesoul, 1861, in-8°, p. 79 et suiv. — Archives de la ville de Poitiers, J. 940 : Rédet, Mémoires de la Société des antiquaires de l’Ouest, 1839, p. 395. — Cartulaire de Saint-Germain en Laye, T. T. 671, n° 8, f° 91 v°.

  124. [2292]

    Mamoris cité. — Bodin, Démonomanie des sorciers, 1580, in-4°, p. 81. — Masson de Saint-Amand, Suite aux Essais historiques sur d’ancien comté d’Évreux, 1815, in-8°, p. 207 et suiv. — Guillaume de Flocques, fils du célèbre Flocquet, était un religieux bénédictin, puis abbé de Bernay, puis évêque. Gallia Christiana, t. XI, p. 605. — On se souvient que Guillaume de Lure avait d’abord porté la robe de Saint-Benoît. D’après les idées qui régnaient au quinzième siècle, l’apostasie de l’ex-bénédictin devait être l’objet d’une prévention défavorable contre l’accusé, dans l’esprit de tout membre de cet ordre.

  125. [2293]

    Or il se mit (Guillaume de Lure) en telle servitute de l’ennemy, qu’il lui convenoit estre en certain lieu toutes fois qu’il estoit par ledit ennemy évoqué ; ou quel lieu ils avoient accoustumé faire leur consistoire, et ne luy failloit que monter sur ung balay, qu’aussi tost il estoit prestement transporté là où le consistoire se faisoit. Et confessa ledit sire Guillaume, de sa bonne et franche voulenté, avoir fait hommage au dit ennemy en l’espèce d’ung mouton, en le baisant par le fondement en signe de révérence et d’hommage… Jean Chartier, t. III, p. 55. — Du Clercq, p. 83 ; qui le nomme de l’Ollive. — Raynaldi, Annales ecclesiastici, éd. Mansi, 1752, t. XXVIII, p. 627. — Flagellum hæreticorum fascinariorum, autore Fr. Nicolao Jaquerio ord. F. F. prædicatorum et olim hæretice pravitatis inquisitore… studio et industria F. Joan. Myntzenbergii, ord. Carmelitarum, Francfort, 1581, in-8°, ch. IV, p. 27. — Quétif, Script. ord. præd., t. I, p. 847, 848. — Delrio, Disquisitiones magicæ, Louvain, 1600, in-4°, p. 83. — Garinet, Histoire de la magie en France, 1818, in-8°, p. 107 et suiv. Etc., etc.

  126. [2294]

    Frère Didier prêcha le carême de 1455 à Saint-Quentin, Péronne, Lille, etc. Bulletin de la Société de l’histoire de France, 1843, p. 109 ; 1858, p. 12 ; 1863, p. 96. — Escouchy-Beaucourt, t. II, p. 276. — Bulæus, Hist. univ. paris., t. V. p. 558. — 1457, abus des prêches et des quêtes accompagnées d’exploitation commerciale des reliques. Ms. Legrand 6963, f° 36 et suiv. Wading et autres, Histoires des ordres mineurs ou mendiants.

  127. [2295]

    J. Du Clercq, Panthéon, p. 104, 129, 151, etc. Ms. latin 6024, pièce 114. Archives de l’Aube, 1841, p. 280.

  128. [2296]

    Escouchy-Beaucourt, t. II, chapitre CXXXV, p. 310. Conciles de Hardouin, t. IX, col. 1281 et suiv. — D. Marlot, Histoire de Reims, in-4°, IV, p. 204. — Histoire de l’Église gallicane, t. XXI, p.17 et suiv. — G. Chastelain raconte (t. III des Œuvres, p. 298 et suiv.) l’histoire très curieuse d’un jeune garçon âgé de seize à dix-huit ans, qui annonçait l’Antéchrist, rendait des oracles, et servait de compère à un prêtre. La fraude fut découverte par la pénétration d’esprit de la pieuse duchesse Isabelle de Portugal. Ce jeune valleton feignait d’être sourd-muet et exploitait ainsi ses propres dupes. Le récit de Chastelain rappelle involontairement la principale donnée comique de la farce de Pathelin et ne sera pas lu sans intérêt par les critiques, pour déterminer l’origine, encore inconnue et controversée, de cet ouvrage célèbre.

  129. [2297]

    Ms. Dupuy 38, f° 85 v°. — Armoires Baluze, t. XVII, p 5 et suiv. — Escouchy-Beaucourt, t. II, p. 290. — Montlezun, Histoire de Gascogne, t. IV, p. 289 et suiv. — Art de vérifier les dates, t. II, p. 277. — Registres criminels du parlement, X. X. 8862, f° 112 vu. — Anselme, t. III, p. 423. — Pii commentarii, 1614, in-f°, p. 164.

  130. [2298]

    X. X. 8862, f° 114. Escouchy, ibid. Anselme. Montlezun. Bonal, Histoire des comtes de Rhodes, Ms. fr. 2639, t. II, p. 1245 et suiv.

  131. [2299]

    Les mêmes. Gallia Christiana, t. I, col. 999. — Isambard, Anciennes lois françaises, t. IX, p. 365. — D. Vaissète, t. V, p. 17. — Bonal, p. 1257. — Montlezun, p. 308, 310. — Gaujal, Études historiques sur le Rouergue, 1858, t. II, p. 308 et suiv. — Ms. Legrand 6967, f° 133, 155, 156 et suiv.

  132. [2300]

    Basin, cité. X. X. 8862, f° 108 v°. — Lévesque de la Ravallière, collection de Champagne. Ms. IX, p. 272. — Bulæus, Hist. univ. paris., t. V, p. 867. — Le 24 septembre 1455, Ambroise de Cambrai fut nommé par le pape à l’évêché d’Aleth ; mais plus tard, convaincu de ce faux, il fut obligé d’abdiquer son siège : Gallia Christiana, t. VI, col. 279. — Raynaldi, Annal. eccl. (sub anno 1460), t. XXIX, p. 262. — Bonal, p. 1258.

  133. [2301]

    Escouchy. — Bonal, p. 1256 et suiv. — Sources citées.

  134. [2302]

    X. X. 8862, f° 114. — Berry. — Escouchy. — Isambard, cité, p. 280.

  135. [2303]

    1 X. X. 8862. Escouchy. Berry. Jean Chartier. D. Vaissète, t. V, p. 19. Armoires Baluze, Ms. XVII, f° 7. Ms. fr. 6967, f°- 55, 56. Bonal, p. 1260. Gaujal, loc. cit., p. 512. En 1455 et 1456, le roi de Castille intercède auprès de Charles VII, en faveur du comte. Ms. latin 5956 A, f° 197, 224, 230.

  136. [2304]

    Extrait des registres du conseil privé, dans Baluze, Armoires, t. XVII. Ms. cité, f° 7 et suiv. Historia Tulenensis, p. 222 ; preuves, p. 763. Gallia Christiana, t. I, col. 999 et suiv. ; t. VI, col. 279. Pour ung marc, 7 onces et 7 gros ½ d’argent par l’ordonnance de lad. dame, mis et employé à forger et faire les garnitures de trois salades (casques) de Thibault de Vignoles (parent de La Hire), escuier, naguères enfant d’honneur de la dite dame ; Hance Corart (Hance Conrad ou Conrardt) et Thibault du Mesnil, lesquelz elle a envoyez, souffisamment montez et armez, en la guerre que le roy fait mener et faire ou comte d’Armagnac. Argenterie de la reine, K. K. 55, f° viii v°, cxj et vjxxxj v°. Dey, cité, Hist. de S. Fargeau, p. 94.

  137. [2305]

    Jean excipa aussi de sa qualité de clerc mineur et fit intervenir l’évêque de Paris comme autorité compétente en matière canonique, c’est-à-dire matrimoniale. X. X. 8861 (plaidoiries), aux 14 mars 1456 (n. s.), 8 janvier, 27, 28 février, 10 mai 1459, 10 mars et 14 avril 1460. En 1458, Jean, comte d’Armagnac, dans les lettres saisies par la justice, écrivait encore à sa sœur, comme de mari à femme. Il l’appelait la mia costa, et sur l’adresse extérieure : À ma chière compaigne. Il lui envoyait en même temps 50 écus d’or. Ms. Legrand 6967, f° 159. X. X. 8862, f° 117. Bonal, loc. cit.

  138. [2306]

    Ibidem. — Anselme : Armagnac, loc. cit. — Isambard, t. IX, n. 366. — Basin, t. II, p. 282 et suiv. — Gaujal, p. 313. — Bonal, p. 1261. — Œuvres de Chastellain, t. IV, p. 110. Lui estant à Corbeil, se partit dudit lied luy troisième : ung vallet, ung page et luy sans plus ; et passa la rivière d’Oise sur son cheval à nage au plus près du bacq de Choisy, et fut son page noyé au passer l’eaue ; mais luy et son vallet passèrent oultre. J. Du Clercq, p. 134 b.

  139. [2307]

    X. X. 8862, f° 107 à 118. Ms. Legrand 6967, f° 156 à 161. Ms. Du Puy, n° 38, f° 91. Ms. Brienne 189, f° 55.

  140. [2308]

    … Il est vray que le comte d’Armagnac avoit singuliere cognoissance à un gentilhomme de l’hostel du mareschal de Bourgogne, nommé Falleran, et avoit cestuy Falleran… par l’ordonnance dud. mareschal, conduit ce comte depuis les pays du duc jusques en Italie… et de là s’en alla à Rome, etc. Chastellain, t. IV, p. 110. — Isambard, Berry, Anselme, Basin, Raynaldi, loc. cit. — Çurita, Annales de la corona de Aragon, 1610, in-4°, t. III, liv. XVI, ch. LXVI, folio 71. — Bonal, p. 1263-4. — Ms. Dupuy, t. XXXVIII, f° 91. — Ms. Brienne, t. CLXXXIX, f° 55. — Du Clercq, p. 134, 142, 143.

  141. [2309]

    Bollandistes, Acta Sanctorum, au 5 avril, t. I, p. 483. — Raynaldi, t. XXIX, p. 26. — Ch. Romey, Histoire d’Espagne, 1850, in-8°, t. IX, p. 481.

  142. [2310]

    Joanna… multos annos non solum sine prole fuit, sed etiam nunquam potuit ex viro concipere. Sed postquam a B. Vincentio benedictionem accepit ac sancta ejus manu ac cruce uterus signatus est, illico concepit ; peperitque, multos filios quorum unus fuit Petrus… Britonum dux. Et ob summam venerationem… multam operam dedit ac multa millia aureorum impendit ut B. Vincentius catalogo sanctorum inscriberetur. — Nec hæc solum sed et quamplures aliæ mulieres hujusce modi impositione concipiendi beneficium impetraverunt. Bollandistes, p. 509. — Livre d’heures de Pierre II exécuté peu après la canonisation de saint Vincent. — Ms. latin 1159, f° 127, 128. — Quétif, Script. ord, præd., 1719, in-fol., t. I, p. 363, 365.

  143. [2311]

    Sources citées. — Raynaldi, p. 45. — Monumenta dominicana, 1675, in-fol., p. 351. — Alain Bouchart, Annales de Bretagne, 1541, f° clxxx. — Histoire de Bretagne, 1756, t. II, p. 58. — Actes de Bretagne, t. II, col. 966. — Paul Piolin, Histoire du diocèse du Mans, t. V, p. 161. — Françoise d’Amboise, duchesse de Bretagne, mariée depuis 1431 à Pierre II, était elle-même sans postérité. Godefroy, Charles VII, p. 354, 474. — J. Du Clercq, p. 98 b.

  144. [2312]

    Quicherat, Procès, t. II, p. 1 et suiv. — Wallon, Histoire de Jeanne d’Arc, t. II, p. 229 et suiv.

  145. [2313]

    Procès, t. II, p. 95. — On a vu le rôle joué par la mère et par les frères de Jeanne d’Arc dans leurs rapports avec la fausse pucelle. Le lecteur peut juger par là de la part réelle d’intelligence et de spontanéité qui revient à ces requérants dans l’instance de 1455. Charles VII et ses conseillers, aux mots Chartier, Longueil, Ursins.

  146. [2314]

    Gallia Christiana, t. XI, col. 893.

  147. [2315]

    Procès, t. II, p. 133, 193 et suiv. — L’Averdy, Notice des manuscrits, t. III, p. 143.

  148. [2316]

    Procès, t. II, p. 82, 92 et suiv.

  149. [2317]

    Procès, t. II et III, voir à la table des matières. — Ms. latin 5970, f° ccij et précédents. — Piolin, Histoire du Mans, t. V.

  150. [2318]

    Procès, t. II et III ; t. V, p. 449 et suiv. — Quicherat, Aperçus nouveaux, p. 149 et suiv.

  151. [2319]

    Procès, t. III, p. 14 et suiv., passim. — Maan, Sancta et metropolitana ecclesia Turonensis, 1667, in-fol., p. 164.

  152. [2320]

    Procès, t. III, p. 355 à 362. — La Pommeraye, Histoire de l’abbaye de Saint-Ouen, Rouen, 1664, in-fol., p. 322, 3. — Vallet de Viriville, Observations sur l’ancien monument érigé à Orléans en l’honneur de la Pucelle, etc., dans le tome XXIV des Mémoires de la Société des antiquaires de France.

  153. [2321]

    Daniel de Sainte-Marie, Speculum carmelitanum, 1680, in-fol., t. II, p. 597 et suiv. — Bibliotheca carmelitana, 1752, in-fol., t. II, col. 99, 137. — Procès.

  154. [2322]

    Les lettrines du procès, comme celles du poème, sont également inachevées.

  155. [2323]

    Ms. latin 5970. — Procès, t. V, table générale, à chacun des noms allégués. — Biographie Didot : Robert Blondel. — Charles VII, dans les dernières années de sa vie, employa plusieurs clercs, et notamment Blondel, à diverses compilations historiques et littéraires, tant sur les documents élaborés à Saint-Denis par Jean Chartier et ses confrères, qu’au Trésor des chartes et à la Chambre des comptes de Paris. Or, d’après toute apparence, le ms. 5970 provient de ce dernier établissement. Voyez Procès, t. V, p. 448. L’attribution de cette œuvre à Blondel présente donc une très grande vraisemblance.

  156. [2324]

    Quicherat, Procès.

  157. [2325]

    Du Boulay, t. V, p. 558, 601 à 630. — Crevier, Abrégé, t. IV, p. 122 et suiv. — G. Gruel, p. 403. — D. Taillandier, Histoire de Bretagne, t. II, p. 59. — Histoire de l’Église gallicane, t. XXI, p. 13. — Vallet de Viriville, Histoire de l’instruction publique, p. 142, 153, 156 et suiv. — Un dernier épisode, quoique minime, nous semble mériter aussi d’être rapproché, par une mention succincte, de la révision prononcée à Rouen le 7 juillet 1456. À cette date même ou à peu près, Marie de Clèves se rendit en pèlerinage à Sainte-Catherine de Fierbois. À Jehan Lessayeur, orfèvre de monseigneur le duc d’Orléans, la somme de 25 s. t., qu’il (l’orfèvre) avoit paiée ; à Sainte-Catherine de Fierbois, pour une enseigne d’or par lui achetée pour ma dite dame, au mois de juin 1456. K. K. 271, f°10. Peut-être ce pèlerinage n’offre-t-il qu’un rapprochement fortuit et fût-il étranger à la commémoration de la Pucelle. Marie de Clèves, toutefois, porta dignement le beau titre de duchesse d’Orléans, femme du duc poète ; titre qu’elle rehaussa par ses talents et son mérite personnels. On l’a vue saluer avec un zèle tout français les succès de Charles VII en Normandie.

  158. [2326]

    Œuvres de Chastellain, édition belge, t. III, p. 53 ; t. IV, p. 8 et suiv. — Escouchy-Beaucourt, t. II, p. 265. — P. Clément, Charles VII et Jacques Cœur, t. II, p. 422 (mission en Savoie). — Legrand, Histoire de Louis XI. — Ms. 6960, f° 75 et suiv. — Chorier, Histoire du Dauphiné, t. II, p. 455, 462.

  159. [2327]

    Comptes des revenus du Dauphiné en 1450, Ms. fr. 6756 ; f° 22 et suiv. — Morin, Numismatique féodale du Dauphiné, 1854, in-4°, p. 355 et suiv.

  160. [2328]

    Duclos, Recueil, 1746, in-12, p. 96 à 113. — Ms. fr. 6960, f° 79 et suiv. — Ms. Dupuy 762, f° 8. — Jean Chartier, t. III, chap. CCLXXVI, p. 55. — Chastellain, p. 55 et suiv. — Chorier, p. 457 et suiv.

  161. [2329]

    Ms. fr. 6762, f° cxij. — Monstrelet (continué), Paris, Sonnius, 1586, in-fol., t. III, f° 68. — Recueil de Duclos, cité, p. 224.

  162. [2330]

    Voyez J. du Clercq, Panthéon, p. 99 b.

  163. [2331]

    Aussi terrible dans ses haines qu’habile à les cacher, impie dès sa jeunesse, mais devenu bientôt superstitieux par je ne sais quel fol espoir de tromper la providence divine, comme il trompait les hommes, Louis avait pu librement développer ses défauts et ses vices dans la solitude de son apanage du Dauphiné. Kervyn de Lettenhove, Histoire de Flandres, Bruges, 1854, in-12, t. IV, p. 11. — Louis, dauphin, pour se rendre le Ciel favorable, accomplit le pèlerinage de la Sainte-Baume en Provence. Le 26 février 1456, il quitta sa résidence et vint offrir en l’église de Sainte-Marie-Madeleine de Saint-Maximin, la somme de 867 livres 6 sous, en 600 écus ou ducats d’or. Il envoya en outre des pèlerins chargés de riches dons, malgré sa pénurie financière (du 24 juillet au 6 août), à Notre-Dame de Montserrat en Aragon, à Saint-Jacques de Galice, Saint-Martin de Tours, Saint-Autome de Viennois, Saint-Michel de Normandie, Saint-Genys en Savoie, Saint-Jean de Lyon, au Pont-Saint-Esprit de Bayonne, Notre-Dame la Riche de Tours, Notre-Dame de Béhuart en Anjou, Sainte-Catherine de Fierbois, Saint-Claude, Saint-Blaise, Saint-Avertin, Saint-André de Grenoble, Saint-Hubert des Ardennes et plusieurs autres. Mss. 6960, f° 86 ; n° 6967, f° 94.

  164. [2332]

    Itinéraire. — Legrand, Ms. 6960, f° 15 et suiv., 86 ; n° 6967, f° 82. Ms. fr. 6762, f° cxij. — Chronique martinienne ou de Chabannes, f° cccij. — Lincy, Les cent nouvelles, etc., t. I, p. lij. — Guichenon, Histoire de Savoie, t. I, p, 517. — Du Clercq, p. 95. — Continuateur de Berry, dans Godefroy, p. 475. — Le 24 mai 1456, ordre du roi, donné au Châtelard près Ébreuil, d’arrêter le duc d’Alençon. — Isambard, Anciennes lois, t. IX, p. 274, n° 225. — Chastellain, Œuvres, t. III, p. 160 à 170 ; t. IV, p. 16. — Duclos, Recueil, p. 121.

  165. [2333]

    Chronique martinienne, dans Lincy, p. lv. — Vers 1450, Louis se trouvait à Vienne en Dauphiné. De là il adressa au roi une de ses nombreuses protestations de fidélité, de repentir, etc. Dans cette pièce, le dauphin prend l’engagement qui suit : Item promettra et jurera mondit seigneur Louis, sur le bras et reliques de monsieur S. Anthoine (en Viennois) de entretenir les choses dessus dictes et, en cas de deffault, renoncera à tout droit qu’il peut avoir en la couronne de France. Ms. Résidu S.-G. 143, f° 27.

  166. [2334]

    Louis habitait avec prédilection les châteaux de Romans et de Moras. Pour son itinéraire au départ, voyez Chorier, p. 460 et suiv.

  167. [2335]

    Chronique martinienne. — Recueil de Duclos, p. 117-125. — Raynaldi, t. XXIX, p. 56. — Chastellain, ch. XXXVI, p.177. — Mss. Legrand 6964, pièce 30 ; 6967, f° 75. — Guichenon, p. 517. — Chronica Latina Sabaudim, dans Monumenta historiæ patriæ, etc. Turin, 1838 et ann. suiv., in-fol. ; Scriptores, t. III, col. 622.

  168. [2336]

    Mêmes autorités. — Chastellain cité, p. 177 à 233. — Oudegherst, édition Lesbroussart, Gand, 1789, in-8°, t. II, p. 686. — Escouchy, t. II, p. 329 et suiv. — Basin, t. I, p. 285. — Commynes-Dupont, t. I, p. 85 ; t. II, p. 79. — La Pise, Histoire d’Orange, p. 130.

  169. [2337]

    Juillet 1456, lettres du roi de France, qui accordent à la ville de l’Écluse en Flandre (principal port de Philippe le Bon), le droit de punir les malfaiteurs par des amendes pécuniaires, au lieu du bannissement. — Ordonnances, t. XIV, p. 411. — Godefroy, p. 353, 473. — Escouchy, t. II, p. 270. — Chastellain, t. III, p. 19 et suiv., 81 et suiv. — Du Clercq, liv. III, chap. XVII, XXVIII et XLIII, p. 128 b. — Olivier de La Marche, p. 505. — Ms. Legrand 6967, f°59. Ms. fr. 5044, f° 32 à 35. — Lettenhove, t. IV, p. 28, lettre adressée de Paris, le 3 avril 1456, au roi, par Jean Barbin, conseiller, et Simon, avocat du roi au parlement ; original important et inédit. Ms. 5044, f° 35.

  170. [2338]

    Mêmes autorités. — Gallia Christiana, t. XI, col. 892. — Aliénor, les Honneurs de la cour, dans La Curne Sainte-Palaye, 1759, in-12, t. II, p. 208 et suiv. — Chronica latina Sabaudim, dans la collection du gouvernement sarde, Historiæ Patrice monumenta, déjà cité ; Scriptores, t. III, col. 622, 3. — D. Plancher, t. IV, p. 288.

  171. [2339]

    Gallia Christiana, t. IV, col. 619 et suiv. — Cabinet des titres : Bernard. — Anselme, grande édition, t. II, p. 220-1. — Chronique de Savoie, citée. Ms. fr. 6762, f° cxiij. — Originaux de Fontanieu, Mss., t. I, au 11 septembre 1456. — Mss. Legrand 6960, liv, III, f° 1 à 32, 89 et 90 ; n° 6963, f° 32 ; n° 6967, f° 92, 119. — Lettres du roi, Archives de Reims. Ms. latin 5956 A, fis 199, 223. Spicileg., t. III, col. 802. — Barthélemy, Histoire de Châlons, p.138. — Quantin, Bulletin de l’Yonne, 1853, p. 195, 206. — Stevenson, Henri VI, p. 326. — Duclos, Recueil, p. 127 à 160. — Chastellain, t. III, p. 342. — Bourdigné-Quatrebarbes, t. II, p. 209.

  172. [2340]

    Les auteurs varient sur l’estimation.

  173. [2341]

    Philippe le Bon avait offert à Charles VII la tutelle du comte de Charolais. Basin, t. I, p. 290. — La fortune, par un de ses retours, mettait entre les mains du vassal la garde du dauphin ! Pii Commentarii, 1614, in-f°, p. 163, 164.

  174. [2342]

    Mss. fr. n° 5037, f° 153 et suiv. ; n° 5044, f° 34 et 36 ; n° 5041, f° 14, 13, 141. — Basin, t. I, p. 303 et suiv. ; chap. XVIII et XIX. — Ol. de La Marche, p. 508 et suiv. — Du Clercq, p. 99 et suiv. — Escouchy, p. 333 et suiv. — Chastellain, t. III, p. 201 et suiv. — Commynes, cité p. 253, 273, 276 et 540. — Adrianus de Veteri Bosco, Chronique de Liège, ap. Ampliss. collectio., t. IV, Col. 1231. — Basin, p. 290 à 303. — Jean Chartier, t. III, p. 55 et suiv.

  175. [2343]

    Chastellain, t. III, p. 51. — Guichenon, Chronica Sabaudiæ. — Chorier, Histoire du Dauphiné. — Costa de Beauregard, Familles de Savoie, p. 48.

  176. [2344]

    Guichenon, p. 517. — Antoine de Chabannes, pour prix de ses négociations auprès de Louis, duc de Savoie, en 1456, obtint de ce prince le don du comté de Clermont en Genevois (Ibid.). — Ms. Legrand 6960, f° 75, 76. Ms. 6967, f° 86 à 90. — F. Clément, Charles VII, etc., t. II, p. 43. — Catalogue Joursanvault, n° 1896. — Taillandier, Histoire de Bretagne, t. II, p. 58. — Gruel, Panthéon, p. 403. Ms. fr. 5909, f° viijxxij. — Costa, ouvr. cité, p. 60, 61. — Du Mont, Corps diplomatique, t. III, p. 193.

  177. [2345]

    Les mêmes. Ms. 6967, f°5 71, 72. — Godefroy, Charles VII, p. 474. — Catalogue Dupuy, ms. 220, au mot Savoie. — Cabinet historique, 1861, p. 70, n° 5954. — Monumenta, cité, t. I (leges), col. 612 et suiv. ; t. III (scriptores), col. 622 et suiv. — J. Du Clercq, p. 98 b. — Guichenon, p. 518. — Bulletin du comité historique de la langue, etc., 1856, in-8°, t. III, p. 579. — 1457, avril 8, lettres de Charles VII pour rétablir l’autorité du roi en Dauphiné, Ordonnances, t. XIV, p. 426. — Recueil, p. 93 et suiv. — Isambard, t. IX, p. 325 à 328.

  178. [2346]

    Ms. Dupuy 578, f° 128 et suiv. — Ms. lat. 5956 A, f° 233 et suiv. — Ms. Legrand 6967, f° 287 v°. — B. Hauréau, Gallia Christiana, t. XIV, col. 128. — Le 25 mai 1455, jour de la Pentecôte, J. Bernard bénissait à Cordoue le mariage de Henri IV avec Jeanne de Portugal (Romey, Histoire d’Espagne, t. IX, p. 483).

  179. [2347]

    Ms. lat. 6024, f° 51, 57 et suiv., 92, 108, 111 et suiv. Ms. latin 5956 A, f° 227 et suiv. — Plainte au roi de ce que deux nefs, chargées en retour, pour l’Angleterre, de vins de France, et appartenant à John Ormond, écuyer anglais, prisonnier rançonné du comte de Dunois, avaient été prises et pillées en vue d’Harfleur par des Espagnols de Bilbao, en avril 1454, malgré le sauf-conduit délivré à Ormond par Dunois et par l’amiral de France. (Ms. fr. 4054, f° 166, pièce 80.) — P. Clément, Charles VII et Jacques Cœur, t. II, p. 423.

  180. [2348]

    Ibid., Ms. 6024, fis 52 et suiv., 224 et suiv. ; Ms. 5956 A, f° 228 et suiv. ; 233, 238, etc.

  181. [2349]

    Ms. 6024, f° 52 v°, 58 v°, 113, 115. Ms. 5356 A, f° 221 et suiv. — Instrument originel du traité : J. 604, 80 bis. Cahier de parchemin scellé en plomb ; buste d’Henri IV (portrait ?). Étienne Bernard, dit Moreau, receveur général de Louis II, roi de Sicile, en 1417, puis de Marie d’Anjou, était noble de race. Mais son père avait dérogé par marchandise. En 1433, il fut réanobli et reçut la fleur de lis de concession. Il était frère de J. Bernard, archevêque de Tours, et père de Guy, évêque de Langres. Anselme, Histoire généalogique, grande édition, t. Il, p. 220. Maan, Ecclesia Turonensis, p. 175. — Cabinet des titres, dossier Bernard. M. M. 855, f° 228 v°.

  182. [2350]

    Ms. 5956 A, f° 211 et suiv. bis. 6024, f° 90 et suiv. — Ms. Dupuy, n° 761, f° 26. — Art de vérifier les dates, t. I, p. 759 et suiv. — Histoire de Bretagne, t. II, p. 61. — Godefroy, Charles VII, p. 554, 474. — Vallet de Viriville, Iconographie historique ; Notice d’un manuscrit souabe ; Voyage d’Ehingen, etc., 1855, in-4°, figures, p. 15. — Romey, Histoire d’Espagne, p. 486. — Anales del reyno de Navarra, por Jos. Moret y F. de Aleson, Pamplona, 1684 et suiv., in fol., t. IV, p. 528 et suiv.

  183. [2351]

    Cabinet des titres, cartons de Foix. — Ms. fr. 5909, f° ccxviij. — Ms. latin 5950 A, f° 190 et suiv., 209 à 213. — Moret, p. 525. — Romey, p. 484. — Çurita, Anales de Aragon, t. IV, p. 41. — Annales ecclesiastici, t. XXIX, p. 127.

  184. [2352]

    Ordonnances, t. XIV, p. 334. — P. Clément, Charles VII et Jacques Cœur, t. II, p. 423. — Stevenson, Henri VI, p. 310. …El rey de Navarra dentro de dos meses que fuesse requirido que dasse obligado de ayudar a sus proprias costas al rey de Francia contra todos, esceptando al rey de Aragon, con trecientos hombres de armas a cavallo, utiles con sus pages, por seys meses. Passé ce terme, le roi de France pouvait les garder à sa solde, en les payant sur le pied accoutumé de France pour les gens d’armes. Çurita, f° 41, 42.

  185. [2353]

    Godefroy, Charles VII, p. 474, 5. — Chastellain, t. III, p. 343. — Ms. lat. 6024, f° 110 et suiv. — Ms. fr. 5909, f° ccxviij. Cf. — D. Taillandier, Histoire de Bretagne, t. II, p. 61 et 63. — Basin, t. I, liv. V, chap. XIX, p. 307.

  186. [2354]

    Ms. Legrand 6963, f° 31, Ms. Brienne, n° 340, p. 7 et suiv. — Basin, t. I, p. 294 et suiv.

  187. [2355]

    J. 457, n° 11 et 12 ; originaux sur parchemin. Le n° 11 est scellé d’un magnifique sceau de cire rouge conservé dans une cuvette de cire jaune. Moulé, n° 11, 208, collection des Archives. — Du Mont, Corps diplomatique, t. III, p. 259. — Michel (Francisque), Les Écossais, etc., t. I, p. 217. — Spicileg., t. III, p. 803. — Dans cette lettre, Christian Ier de Danemark demande à Charles VII de lui envoyer une copie de la pragmatique sanction. — Amitié des Liégeois (1454) : Amplissima collectio, 1729, in-fol., t. IV, col. 1225, Escouchy-Beaucourt, t. II, p. 259, 314. — 1457, Jean Bernard, archevêque de Tours, est envoyé par Charles VII en ambassade auprès du duc de Mantoue. Hauréau, Gallia Christiana, t. XIV, col. 129. — 1457, avril, lettre originale de Casimir (IV, Jagellon), roi de Pologne, à Charles VII. Ms. Fontanieu 123-4, à la date. Je n’ai pu réussir à retrouver cette pièce, dont je me borne à reproduire l’indication.

  188. [2356]

    D. Taillandier, Histoire de Bretagne, t. II, p. 38 et suiv., 54 et suiv. — Actes de Bretagne, in-fol., t. II, col, 1555 et suiv., 1616 et suiv.

  189. [2357]

    K. 69, n° 12. — Actes de Bretagne, col. 1644-5 ; 4689. — Stevenson, Henri VI, t. I, p. 319. — Itinéraire. — Raynal, Histoire de Berry, t. III, p. 46.

  190. [2358]

    K. K. 55, f° xvj v°. — Histoire de Bretagne, p. 54. — Actes de Bretagne, col. 1686, 1689. — Œuvres de Chastellain, t. III, p. 163. — Gruel, Panthéon, p. 403.

  191. [2359]

    Les mêmes. — Alain Bouchard, Annales de Bretagne, 1541, in-fol., p. clxxix v°. — Histoire de Bretagne, p. 56 ; preuves, col. 1669, 1675.

  192. [2360]

    Ms. Dupuy, n° 38, f° 88, 89. — En 1450, Louis, dauphin, avait à son service Robin Jameston, Anglois, homme de guerre, châtelain de Dolomieu, et lui avait engagé les produits de cette place. Les revenus de la châtellenie de Vaux étaient alloués depuis 1444 à Sanche de Saracte, escuier d’escuirie de monseigneur le Daulphin, natif du pays d’Espaigne, capitaine de gens d’armes et de trait, garde du corps dudit seigneur. Ceux de la Tour-du-Pin étaient alloués à Mahiet de Condé, maistre de l’artillerie de monseigneur. Etc., Ms. fr. 6756, f° 21, 22. Voyez aussi, f° 29 v°, 31 v°, et passim.

  193. [2361]

    Ibidem. — L’Hermite-Souliers, Histoire généalogique de la noblesse de Touraine, 1669, in-fol., p. 152 et suiv. — Stevenson, Henri VI, t. I, p. 335 et suiv. — Michel, Écossais, t. I, p. 196.

  194. [2362]

    Stevenson, Henri VI, t. I, p. 317 à 354.

  195. [2363]

    Stevenson, p. 341 et suiv. — Ces quatre cents lieues doivent s’entendre en deux parts : 1° de Marseille ou d’Aigues-Mortes à Collioure, et 2° de Fontarrabie, bouches de la Bidassoa, à Saint-Valery de Picardie.

  196. [2364]

    Escouchy-Beaucourt, t. II, p. 267. — Cf. Chastellain, Œuvres, t. III, p.337 et suiv. — Chronique d’Eu. — Ms. Duchesne 48, f° 181 et suiv. K. 69, n° 13. — Commentaire, etc., cité par Franklin, Recherches sur la bibliothèque de la Faculté de médecine, Paris, 1804 ; in-8°, p. 19. — Ms. Fontanieu 121, au 28 septembre 1454.

  197. [2365]

    Il eut la tête tranchée ; puis il fut écartelé, mis en six pièces et pendu en divers lieux ; comme on a accoutumé de faire en tel cas, Jean Chartier, t. III, p. 50. — Rymer, 1741, t. V. partie II, p. 27, 53, 84. — Godefroy, Charles VII, p. 353, 473. — Le 17 février 1454 n. st., le roi donne à Géraud d’Albret, seigneur de Puypardin, les terres et seigneuries de La Trau, etc., sises en Bordelais. Ms. Gaignières 771, f° 131. — En 1457, une nouvelle conspiration fut ourdie pour livrer Bordeaux et la Guyenne aux Anglais. Des personnages ecclésiastiques furent compromis dans cette affaire. Calixte III, sur la demande du roi, chargea l’archevêque B. Greslé, l’évêque de Poitiers et le cardinal Longueil d’informer à l’égard des prévenus. Annal. eccles., t. XXIX, p. 122.

  198. [2366]

    Isambard, Lois françaises, t. IX, p. 274, n° 225. — 1456, avril à septembre, la Normandie est remplie de gens d’armes et francs-archers, pour le bruit qui estoit de la descente des Anglois. K. K. 52, f° 97. — Armement : compte de Tannegny Duchâtel, premier écuyer du roi, commençant au 1er octobre 1456. Preuves de Bretagne, 1756, t. II, col. 4695 et suiv. — Octobre et novembre, un juif travaille avec Gaspard Bureau. Le roi avait fait venir d’Allemagne ce juif pour apprendre certaines choses subtiles touchant le fait de l’artillerie. Anselme, généalogie Bureau.

  199. [2367]

    Itinéraire. Chastellain, t. III, p. 307, chap. LVII. Lettenhove, Histoire de Flandres, t. IV, p. 22. — Nous trouvons en 1450 Jean Chenart, dit Gresille, au nombre des officiers du dauphin. Hélait alors capitaine et châtelain du palais delphinal à Embrun. Ms. fr. 6756, f° 52. En 1458, 1459, Crésille figure au nombre des douze cranequiniers à croc de la garde du corps du roi. K. K. 51, f° 129. Mais nous ne saurions identifier sans incertitude le dénonciateur de la conspiration avec le châtelain d’Embrun et le garde du corps, ni mérite ces deux derniers entre eux. Voir aussi Grésille (cabinet des titres), famille normande. Cf. enfin Bourdigné-Quatrebarbes, t. II, p.207.

  200. [2368]

    Chastellain, p. 294, chap. LIII. — J. J. 190, acte 14, f° 7 et 8. — Vallet de Viriville, Charles VII et ses conseillers, octobre à décembre 1456.

  201. [2369]

    Sources citées. — Jean Chartier, t. III, p. 53 et suiv. — Godefroy, Charles VII, p. 334.

  202. [2370]

    Gruel, p. 403. — Raynaldi, Annales ecclesiastici, sub ann. 1455, 1456.

  203. [2371]

    Spicilegium, t. III, col. 800. Ordonnances, t. XIV, p. 385. — Raynaldi, 16593 t. XVIII, n° 3 et suiv.

  204. [2372]

    On sait que ce corps judiciaire comptait dans son sein beaucoup de membres du clergé.

  205. [2373]

    J. J. 187, acte 329. — Ms. fr. 5909, f° viijxxxiij. — Ms. Brienne 155, f° 210-212. — Raynaldi, ibid., n° 54 et suiv. — Ordonnances, t. XIV, p. 435, 443. — Du Clercq, p. 99. — Basin, t. IV, p. 218 et suiv.

  206. [2374]

    Mss. fr. n° 4054, f° 107 ; n° 5044, f, 34 v°. — Ol. de La Marche, Panthéon, p. 510 b. — Œuvres de Chastellain, t. III, p. 318 et suiv., 357 et suiv. — Du Clercq, p. 101. — D. Plancher, t. IV, p. 294.

  207. [2375]

    X. X. 1485, vers la fin du registre, au 5 novembre 1457. — Du Clercq, p. 402 b. — Chastellain, p. 350. — Ms. lat. 6024, f° 108, etc.

  208. [2376]

    Ms. Legrand 6967, f° 286. — Mss. latins n° 6024, f° 111 ; n° 5956 A, f° 224 v°. — D. Taillandier, Histoire de Bretagne, t. II, p. 61, 62. Preuves de Bretagne, t. II, col. 1695 et suiv. — Rôle des dépenses ordonnées par le roi le 5 mai 1457. — Ms. Fontanieu 123, à la date. — Chastellain, p. 348. — Escouchy-Beaucourt, t. II, p. 355.

  209. [2377]

    Histoire de Bretagne, p. 61. — Godefroy, Charles VII, p. 475. — Escouchy.

  210. [2378]

    Godefroy, ibid., Duclos, Recueil cité, p. 229. — Chronique de Zantfliet, apud Ampliss. collectio, t. V, col. 494. — Annales ecclesiastici, édit. Mansi, t. XXIX, 1753, in-fol., p. 102 à 122. — Voir les monuments figurés de la marine du quinzième siècle : Le moyen âge et la renaissance, article Marine, et les travaux de M. Jal. — Ms. résidu Saint-Germain, n° 143, f° 215. — Stowe, Annales or general chronicle of England, Londres, 1631, in-fol., p. 401.

  211. [2379]

    Godefroy, Chastellain, Zantfliet, loc. cit.

  212. [2380]

    Les mêmes. Stowe, p. 402. Fabyan, Cronicle of London, 1559, in-fol., t. II, p. 462, 463.

    Sur l’expédition de Sandwich. — Vers 1458, l’évêque de Salisbury cherchait à nouer des relations amiables avec le gouvernement de Charles VII. Dans cette vue, il trouva moyen de s’aboucher, à Calais, avec Jean Doucereau, secrétaire de Pierre de Brézé. Doucereau nous a laissé un rapport touchant cet entretien secret. On y lit ce passage : Item me dit le dit évêque que led. monseigneur le grant séneschal estoit le chevalier du monde qu’il désitoit [le] plus veoir, tant pour ce qu’il fut cause et moien des trèves et du mariage du roy et de la roine d’Angleterre, que pour les services qu’il a oy dire qu’il (Brézé) a fait au roy (Charles VII) ; et aussi de la bonne et belle guerre qu’il a fait à Sandwich, dont il est plus grant mémoire en leur pays que de chose qui y fut faicte depuis la descente du duc Guillaume, et mesmement que tous les prisonniers qu’il avoit eu entre ses mains se louoient tant de sa gentillesse et courtoisie que merveilles. (Ms. résidu S.-G., n° 143, f° 215-6.)

  213. [2381]

    Auteurs cités. Holinshed, 1577, t. II, p. 1290 b. — Speed, The history of Grant Britain, Londres, 1614, in-fol., p. 667. — Rapin de Thoiras, History of England, 1743, in-fol., t. II, p. 581. Etc.

  214. [2382]

    Jourdan, Éphémérides de La Rochelle, p. 407. — Chenu, Antiquitez de Bourges, 1621, in-4°, p. 243. — Jean Mérichon, cinq fois maire de La Rochelle, gouverneur d’Aunis, etc., est représenté dans une miniature contemporaine et d’un grand intérêt. Communication de l’original par MM. Jourdan et Delayent, bibliothécaire de La Rochelle.

  215. [2383]

    L’île de Ré ou Rhé était un franc-aleu appartenant aux vicomtes de Thouars. Charles VII, en 1438, avait reconnu et confirmé les privilèges et les immunités d’impôt dont jouissait d’ancienneté cette faible colonie maritime. Les Rhémois ou Rhéyens prêtèrent au roi de France 4,000 livres qu’ils empruntèrent à perte. Ils furent néanmoins, et contre le droit, soumis à la contribution jusqu’en 1457. Le roi, par suite de cette invasion, exempta de nouveau les habitants de toute taille pendant deux ans, à partir du 1er octobre 1457. En 1459, cette taille fut commuée en un équivalent ou abonnement de 600 livres par an. Détails touchants et inédits dans l’acte ; donné à Rasilly en septembre 1459. Ms. Bri. 318, f° 267 à 271.

  216. [2384]

    Histoire de Bretagne, t. II, p. 64. — Privy council of England, t. VI, p. lxxxij et suiv. et 295. — Fabyan, Chronicle of London, 1559, in-fol., t. II, p. 464. Ms. fr. 5909, f° xjxxxv-vj. — Du Clercq, p. 114, 125, 155 et passim.

  217. [2385]

    Art de vérifier les dates, t. II, p. 58. — Raynaldi, Annales ecclesiastici, t. XXIX, p. 101 et suiv. — Biographie Didot, article des Ladislas et les renvois bibliographiques.

  218. [2386]

    Œuvres de Chastellain, t. II, p. 188.

  219. [2387]

    Mêmes autorités. — Ms. Dupuy 760, f° 135. — Basin, t. I, p. 292 et suiv., chap. XV. — Chastellain, Œuvres, t. III, p. 310 et suiv., 320 et suiv., 369 et suiv. — Mss. Legrand, n° 6963, p. 34 ; n° 6967, f° 108, 114. — D. Plancher, Histoire de Bourgogne, L. IV, p. 293 ; preuves, p. ccxxvij. Ms. résidu S.-G., n° 143, f° 70. J. 458, passim. — Thomas Basin, t. I, p. 292 et suiv.

  220. [2388]

    Relation allemande de l’ambassade : Copey Bach der gemainen Stat Wien, publié par l’Académie impériale de Vienne, dans Fontes rerum Austriacarum, 2e division, Diplomataria et acta, 1853, in-8°, p. 125 et suiv. — Voyez Bibliothèque de l’École des chartes, 1854, 4e série, t. I, p. 75. — Bohuslai Balbini, Epitome rerum Bohemicarum, Prague, 1677, in-fol., p. 510. — Jean Chartier, t. III, p. 74.

  221. [2389]

    Mêmes autorités. — Les ambassadeurs présentèrent à la reine (Marie d’Anjou) une robe de drap d’or semée de perles et de pierreries moult richement, et à la fille une autre pareille. Et avoient amené ung charriot branlant (suspendu) moult somptueux et riche. Jean Chartier.

  222. [2390]

    Auteurs cités. — D. Calmet, Histoire de Lorraine, 1728, in-fol., t. III, preuves, col. xxij. — Récollection des merveilles advenues de notre temps, édit. du Panthéon, p. xliiij. — H. Baude, dans Jean Chartier, t. III, p. 367, Ms. Fontanieu, n° 123, au 24 novembre 1457. — Godefroy, Charles VII, p. 355 et 477. — Chastellain, p. 369. — Du Clercq, p. 105, chap. XXX. — Escouchy, t. II, p. 354. — …Ils portoient le billon d’or, et par privilège du roy de France ils forgeoient florins d’or parmi les villages où ils se trouvoient. Olivier de La Marche, p. 508.

  223. [2391]

    Godefroy, Chastellain. — Copey Buch. — Gruel, p. 404. — Ms. latin 11, 414, f° 23.

  224. [2392]

    Au point de vue culinaire, le banquet du comte de Foix produisit une vive sensation. Aussi fournit-il la matière d’un chapitre, inséré sans doute dans quelques manuscrits du temps, à la suite du Viandier de Guillaume Tirel, dit Taillevent, célèbre queux ou cuisinier de Charles V et de Charles VI. Vers la fin du quinzième siècle, ce curieux traité fut imprimé gothique, avec ces additions, par des éditeurs fort ignorants. Ceux-ci confondirent le tout et le publièrent de la façon la plus fautive, en donnant à Taillevent le titre de gueux (sic) du roy Charles VII. Exemplaire de l’Arsenal : Sciences et arts, n° 6127, petit in-8°, Paris, Alain Lotrian et Denis Janot. Legrand d’Auxy, Vie privée des Français, 1815, in-8°, t. III, p. 375.

  225. [2393]

    Relation du banquet, annexée à la Chronique des comtes de Foix, par Miguel del Verms. Ms. du roi 9864, 2, ou Baluze 419, et Duchesne, n° 48, feuillets 314, 315, imprimé dans Buchon, Panthéon, 1841, en tête du volume qui contient cette chronique, p. xlj et suiv. Copey Bach, p. 126. Chastellain, p. 574 et suiv. Le Viandier, Du Clercq, Jean Chartier, loc. cit.

  226. [2394]

    Annal. ecclesiast., p. 104, 105. Hist. de Louis II, liv. III, f° 31 et suiv. Ms. lat. 7443, intitulé Physica quœdam, P 51. Mém. de Du Clercq, édition Reiffenberg, t. II, p. 393. Art de vérifier les dates, cité. Mailath, Geschichte der Magyaren, etc., Vienne, 1828 et suiv., in-8°, t. III, ch. XXVI, p. 20 à 34. Copey-Buch, p.127. Voyage d’Ehingen, dans Iconographie historique, 1855, in-4° ; portrait de Ladislas en fiancé, gravé ibidem, p. 1, il est également représenté, mais de fantaisie, avec Madeleine de France, sur une généalogie peinte vers 1500 ; gravé dans Marquardt Herrgott, Monumenta domus Austriæ, 1773, in-fol., t. III, planche XI.

  227. [2395]

    J. Chastellain, t. III, p. 326, 359 et suiv., 371, 380 et suiv. Du Clercq, p. 907. Zantfliet, ap. Ampliss. coll., t. V, p. 490, 494.

  228. [2396]

    Art de vérifier les dates. — Ms. Legrand, f° 32. — Histoire de Bretagne, t. II, p. 63, 64. — Dansin, Gouvernement de Charles VII, 1858, in-8°, p. 393. — Journal de Maupoint, Ms. D. Grenier 105, p. 42. — Zantfliet, p. 496. — Godefroy, p. 477, 478. — Jean Chartier, t. III, p. 77 et suiv. — Escouchy, p. 356. — Copey-Buch, p. 128, 129. — Chastellain, p. 582. — Sauval, Antiquitez de Paris, t. II, p. 86. J. J. 185, f° 220. — Ordonnances, t. XIV, p. 445. — Bohuslas, p. 514.

  229. [2397]

    Biographie Didot : Jean d’Alençon. — Œuvres de Chastellain, t. II, p. 163 et suiv. ; t. III, p. 472.

  230. [2398]

    Notice sur Château-Gonthier et sur Jean, duc d’Alençon, par X. B. de Saint-Denis, dans les Mémoires de la Société d’agriculture, etc., d’Angers, 1860, in-8°, p. 225 et suiv.

  231. [2399]

    Chronique de Cagny ou Chronique d’Alençon, sub anno 1435 et passim. Vallet de Viriville, Charles VII et ses conseillers, au mot Alençon. Escouchy-Beaucourt, t. II, p. 318 et suiv. Histoire de Bretagne, t. II, p. 59.

  232. [2400]

    Perceval de Cagny. — Biographie Didot. — Poésies de Charles d’Orléans, éd. Champollion, p. 275 et 445.

  233. [2401]

    Claude de Messey, Bourguignon, astrologue du duc Philippe, convive de Genappe, était prévôt de Waten : consulté par le dauphin en 1457, il lui pronostiqua la mort du roi malade. Voyez Œuvres de Chastellain, t. III, p. 448.

  234. [2402]

    Procès du duc d’Alençon : Ms. 500 Colbert, n° 222, f° 1, 4 v°, 28 v° et suiv. — Mss. Dupuy, n° 137, 513, 552. — Ms. Harlay, n° 47, f° 105 ; et autres copies.

  235. [2403]

    Ms. Dupuy 552. — Michelet, Histoire de France, t. V, p. 382. — Docteur Chereau, Médecins du quinzième siècle, dans l’Union médicale, 21 août 1862, nouvelle série, t. XIV (suite de feuilletons).

  236. [2404]

    D. Vaissète, liv. XXXIV, chap. L. — Actes de Bretagne, t. II, col. 1213, 1216. — Anselme, grande édition, 1. I, p. 272. — Wavrin-Dupont, t. I, p. 270, note 2. — Chronique de Cagny, chap. XCII. — Procès d’Alençon ; Mss. cités. Arrêt de condamnation dans Jean Chartier, t. III, p. 95 et suiv. — Le comte du Maine eut jusqu’à 26,000 livres de pension.

  237. [2405]

    Escouchy, t. II, p. 114, 242. — Arrêt cité. Procès. — Caillebotte, Essai historique sur Domfront, p. 20, 21. — P. Piolin, Histoire de l’Église du Mans, t. V, p. 129. K. K.1009, f° 4. — Lincy, Hôtel de ville de Paris, 1846, in-4°, p. 205. — Beaurepaire, États de Normandie, p. 51. Ms. fr. 5051, pièce M. — Stevenson, Henri VI, t. I, p. 224, 250, 317. — Ms. fr. 5044, f° 34 v°. — Jean Chartier, table, au mot Gallet. — Ms. Gaignières 567, f° 50. — Mlle Dupont : Wavrin, t. III, p. 160, 161 ; — Commynes, t. III, p. 201. P. P. 110, f° 227.

  238. [2406]

    Ce sobriquet paraît signifier : un homme qui boite en marchant.

  239. [2407]

    Chronique de Cousinot, p. 83 et suiv. — Escouchy-Beaucourt, t. II, p. 319 et suiv. — Œuvres de Chastellain, t. III, p. 100 et suiv. — Jean Chartier, t. III, p. 56 et suiv. — Godefroy, Charles VII, p. 305, 353, 474.

  240. [2408]

    Escouchy, p. 322 et suiv. — Pietro, Histoire d’Aigues-Mortes, p. 196, 184. — Œuvres de Chastellain, t. III, p. 427 et suiv. — Jean Chartier, t. III, p. 93, 94. — K. de Lettenhove, Histoire de Flandres, t. IV, p. 29. — Ordonnances, t. XIV, p. 466 à 470. — Du Clercq, Panthéon, p. 112 et suiv.

  241. [2409]

    J. du Clercq, p. 113, 116 et suiv. — Ms. de la bibliothèque Sainte Geneviève L. F. 2, f° 131 v°. — Chastellain, p. 433 et suiv., 438 et suiv. — Lettenhove, Histoire de Flandres, p. 33. — Acte du 18 septembre 1458. — Les pairs ecclésiastiques, réunis à Vendôme, protestent qu’en siégeant ils n’entendent pas concourir à la mutilation des membres ou effusion du sang (doctrine canonique : Ecclesia abhorret a sanguine). — Ms. D. Grenier, n° 89, p. 283. — Ms. Moreau, n° 253, f° 123. — Récollection des merveilles advenues de notre temps, Panthéon, p. lx. — Du Tillet, Recueil des grands de France, 1602, in-4°, p. 68 et 218. — Godefroy, Cérémonial françois, t. II, 441 et suiv. — Peinture de Jean Fouquet : Ms. 38 de la Bibliothèque royale de Munich. J. Boccace, Les nobles malheureux, in-fol., frontispice. Revue archéologique, 1855, p. 509 et suiv. — Jehan Foucquet, Gurmer, éditeur, 1864, in-4°, notice, p. 103.

  242. [2410]

    Chastellain, p. 438, 441, 450 et suiv. — Du Clercq, p. 117, 122. — Ms. Duchesne, n° 48, f° 170. — Ms. Brienne 239, 1re pièce. — Mss. fr. 1278, f° 186 ; 8415, — C. Ms. Legrand 6967, f° 125. — D. Vaissète, t. V, p. 21. — Zantfliet cité, p. 496. — D. Plancher, t. IV, p. 297 et suiv.

  243. [2411]

    Chastellain, p. 466, 471 à 488. — A. Champollion, Louis et Charles d’Orléans, p. 368, 376. — Alain Bouchard, Annales de Bretagne, f° clxxx v°. — Jean Chartier, p. 108. — D. Taillandier, t. II, p. 65. — D. Plancher, t. IV, p. 295 et suiv. ; preuves, p. ccxxix. — Godefroy, p. 478. — Gruel, p. 404. — Ms. fr. 6281, p. 180. — Ms. Brienne, n° 358. — Chronique de Cagny, à la date. — Ms. Harlay 121, t. IV, f° 381 : Exhortation au roi, par l’archevêque. Instruction à G. de Ricarville, capitaine de Loches (13 octobre 1458), de ce qu’il aura à faire pour la garde de Jean, duc d’Alençon, condamné ; Ms. fr. 2861, f° 183-4.

  244. [2412]

    Jean Chartier, p. 91 à 110. K. 69, n° 22. Zantfliet. P. P. 110, f, 235. Par lettres données à Vendôme, le 3 novembre 1458, Charles VII accorda divers biens et faveurs à Pierre Fortin, messager du duc d’Alençon. Ms. fr. 5909, f, xjxxxvj. Le condamné fut gardé, à raison de ces faits, dans la prison de Loches. Mais en 1461, il fut mis en liberté par le dauphin, devenu Louis XI. Cette même année, P. Fortin se rendit, comme pèlerin, à Saint-Jacques de Compostelle en Galice. Jean, duc d’Alençon, le fit assassiner sur la route. Ms. Fontanieu 123, sous l’année 1456. — Cimber et Danjou, Archives curieuses, etc., 1434, t. I, p. 139 et suiv. — Revue d’Anjou, 1853, t. II, p. 363 et suiv. — Vendôme appartenait au ressort du bailli de Touraine. La seigneurie de Nogent-le-Rotrou, confisquée sur le duc, fut transportée à Charles d’Anjou, comte du Maine. Ordonnances, t. XIV, p. 480.

  245. [2413]

    Voyez ci-dessus, livre IV, chapitre IV.

  246. [2414]

    Oncques homme ne haiyt plus toutes hérésies et sorciers et sorcières, qu’il hayoit. Et bien y parut : car il en fist plus brusler en France, en Poitou et en Bretagne, que nul autre en son temps, etc. Panthéon, p. 405. Hérésies en Bretagne, Ann. eccles., t. XXIX, p. 192, sub anno 1459.

  247. [2415]

    Voir l’autobiographie de S. de Phares, dans mon Histoire de l’instruction publique, p. 379.

  248. [2416]

    Bourquelot, Les Vaudois du quinzième siècle, dans la Bibliothèque de l’École des chartes, t. VIII, p. 81 et suiv. — J. du Clercq, p. 137 et suiv. — Le 26 mars 1459, Alphonse l’Ermite est brûlé à Lille. Ibid., p. 128.

  249. [2417]

    Iceluy doyen disoit et certifioit que le tiers de la chrestienté avoit esté à la d. Vaulderie et estoit vauldois. Ce doyen avait pour ami frère Jehan, évêque (in partibus) de Varut (Beyrouth ?), frère mineur, docteur en théologie et suffragant de l’évêché d’Arras… Icelui évesque avoit esté pénitentier du pape à Rome… pour quoy on disoit qu’il povoit sçavoir moult de choses, et avoit icellui évesque une telle imaginacion, que, quand il véoit les gens, il disoit et jugeoit s’ils avoient esté en lad. Vaulderie ou non. Du Clercq.

  250. [2418]

    Juin 1460. — Du Clercq, p.144 et suiv. — Beaucourt-Escouchy, t. II, p. 417. — Annal. eccles., p. 217.

  251. [2419]

    Sources citées. — Quicherat, Aperçus, p. 154. — On vouloit, dit Escouchy, les faire mourir (les prévenus) pour avoir la confiscation de leurs biens. Et à ce tenoient fort les mains aucuns qui lors estoient du conseil du dit comte d’Étampes. Jean de Bourgogne était frère de Charles, seigneur de Rozoy en 1446. Un appel semblable avait eu lieu à l’égard de ce Charles.

  252. [2420]

    Voyez ci-dessus la note 2412, affaire du duc d’Alençon : don ou gratification au bailli de Touraine.

  253. [2421]

    J. du Clercq. — Escouchy. — Ces actions civiles se prolongèrent jusqu’à la fin du quinzième siècle. Bourquelot, loc. cit., p. 98.

  254. [2422]

    Nous nous efforçons de rectifier et de compléter, autant que possible, ce que nous avions à dire sur les fausses pucelles.

  255. [2423]

    Françoise de Dinan, veuve du prince Gilles de Bretagne et remariée à Guy XIII, comte de Laval.

  256. [2424]

    J. du Clercq, p. 163. — Chronique de Jean de Troyes, Panthéon, p. 239. — P. Piolin, Histoire de l’Église du Mans, t. V, p. 163. — Anselme : Laval.

  257. [2425]

    Les mêmes. — Bourdigné-Quatrebarbes, t. II, p. 212.

  258. [2426]

    Procès, t. III, p. 289.

  259. [2427]

    Ibid. Le roi, depuis quelque temps, souffrait à la jambe d’une affection qui paraît avoir été cancéreuse. On lit dans le compte de l’argenterie, du 1er octobre 1458 au 1er octobre 1459 (juillet-août 1459, à l’article Chaussements) : trois bottines ; plus une seule bottine noire ; plus un escafignon de cuir tanné pour ung peu de mat que le roi avoit à une jambe ; et de nombreuses mentions analogues. K. K. 51 ; f° lxxvj v° et passim. Sur cette infirmité du roi, voyez encore J. du Clercq, p. 109 ; Chastellain, Œuvres, t. III, p. 371, 444 ; etc., etc.

  260. [2428]

    Ibidem. Du Clercq, p.165 et suiv. — Piolin et les autres, cités. — Echard, Scriptores ord. prædicatorum, t. I, col. 854 a. — Antoine Dufour, dans Procès, t. V, p. 336, 433. — Ms. VII de la préfecture de Troyes, f° 160 v°. Ms. fr. 2899, f° 51. — Chronique de Nicole Gilles, 1557, in-fol., IIe partie, f° c. — Il convient donc, pour nous résumer, de distinguer deux aventurières ou fausses pucelles : 1° Claude, mariée à Robert des Armoises ; celle-ci paraît sur la scène en 1436 et disparaît vers 1440 ; 2° Jeanne La Féronne, dont la brève carrière forme le sujet des lignes qu’on vient de lire.

  261. [2429]

    J. Bouchet, Annales d’Aquitaine, in-fol gothique, 1524, 4e partie, f° xxxviij v°. — J. Du Clercq, p. 175, porte exactement le même témoignage.

  262. [2430]

    À Thomas Thibault, ayant la charge par le roy nostre sire, en la ville de Bayonne, de certain nombre de gens de guerre à pié, la somme de 60 liv. tourn., que le roy N. S. lui a ordonné pour ses paine, sallaire et vacation, d’avoir amené de la dite ville de Bayonne, luy cinquiesme, ung malfaiteur nommé Pierre Acart, ou Mallesenulles ( ?), aux Roches-Tranchelion (résidence du roi, du 17 au 26 avril 1460), devers ledit seigneur, lequel l’envoya au lieu de S.-Espain (près Chinon) devers le sr d’Esternay (Jean le Boursier), pour le examiner ; et pour ce, que ledit Mallesenulles ne vouloit aucunes choses confesser, fut envoyé par led. Thibault en la ville de Pont-Audemer, pour ilec faire son procès ; ou quel lieu, sa confession oye, il fut exécuté par justice. (Ms. Gaignières 567, f° 51.)

  263. [2431]

    Ms. 500 Colbert, vol. 16, f° 8. — Ordonnances, t. XIV, p. 462, 466. — Ms. Moreau, n° 253, f° 102. — Ms. Gaignières 649, 5, f° 1, 3 et 5. — Travaux à Honfleur : Ms. Gaignières, 649, 5, pièce n° 48. — Cabinet historique, 1860, p. 31. — Ms. Gaignères, 567, f° 49. — Normandie : Basin, t. IV, p. 223. — Ordonnances, t. XIV, p. 464, 476.

  264. [2432]

    P. P. 118, f° 55. — Ms. Gaignières 771, f° 131. — Guet, garde, armement, discipline des gens d’armes : Ms. fr. 5909, il xjxxixv. — D. Housseau, n° 3969. K. 69, n° 36, 2. — Ordonnances, t. XIV, f° 508. — Ms. Fontanieu 123-4, au 5 juin 1461. — Réparations militaires et urbaines à Pontoise : Ms. Gaignières 649, 5, f° 29.

  265. [2433]

    Cabinet des titres et Biographie Didot : Xaintrailles. — D. Vaissète, t. V, p. 12. P. P. 118, f° 55. — Cf. Lefebvre, Histoire de Calais, t. II, p. 173, 175.

  266. [2434]

    Ordonnances, t. XIV, p. 447 à 507 ; t. XIX, p. 598. — Ms. Dupuy 761, f° 32. — Du Boulay, t. V, p. 642, 673, 855 et suiv. — Lannoy, Historia regii Navarræ colleg., t. I, p. 165 et suiv. — Quicherat, Histoire de Sainte-Barbe, 1860, in-8°, t. I, p. 9. — Félibien, Histoire de Paris, t. III ; Preuves, p. 703 a.

  267. [2435]

    Ordonnances, t. XIV, p. 450 à 516 ; t. XV, p. 19, 536 ; 603. — Ms. latin nouv. acq., n° 2019, Cartæ variæ, pièce n° 77. Ms. fr. 5490. J. 177, n° 15. — Ms. Brienne 258, f° 83. Ms. fr. 5909, f° ijcxlvj v°, R. 950, n° 42. — D. Vaissète, t. V. P. 21. — Montfalcon, Histoire monumentale de la ville de Lyon, p. 282. — Pietro, Histoire d’Aigues-Mortes, p. 183. — États de Montpellier, déc. 1438 ; voyez Cabinet historique, 1861, p. 274. — Primes pour tuer les loups en Champagne : Ms. Fontanieu 123, au 6 octobre 1460.

  268. [2436]

    Ordonnances, t. XIV, p. 478 à 491 ; t. XV, p. 459 ; t. XVI, p. 38. K. 69, n° 29, 31. J. J. 194, acte 141. — Ms. Baluze 77, f° 367. — Cabinet historique, 1859, p. 100. — Gallia Christiana, t, VIII, Instrum., col. 402. — Bulliot, Essai sur l’abbaye de Saint-Martin, Autun, 1849, in-8°, p. 273.

  269. [2437]

    Projet d’un royaume italien pour Louis d’Orléans, quatorzième siècle : J. 495. Gustiniani, Annali. di Genova, 1537, in-4°.

  270. [2438]

    K. K. 51, f° 41 v°. Anselme, t. II, p. 375. — Godefroy, Charles VII, p. 474. — Ms. Duchesne 107, f° 395 v°. — Chastellain, t. III, p. 50. — Ms. 5900, f° xjxxxiv v°. — Ms. Dupuy 760, f° 94. — Ms. latin 6024, pièce 119, f° 120 à 132. — Ms. Fontanieu 124, au 13 février 1461. — Duclos, Pièces, 1746, in-12, p. 249. — Portugal : Ms. fr. 2899, f° 80 v°. Ms. Legrand 6967, f° 286.

  271. [2439]

    Ms. résidu S.-G. n° 943, f° 963. — Bazin-Quicherat, t. I, p. 295 ; t. IV, p. 349 et suiv. — Tenzel, Historiæ gothanæ supplem., Iéna, 1701, in-4°, p.676. — Ludewig, Reliquiæ, etc., 1731, in-8°, t. IX, p. 708 et suiv., 720 et suiv. — Ms. Dupuy n° 766, f° 156. — Amplissima collectio, t. IV, p. 1238, 1240 et suiv. — Ms. Gaignières 567, f° 50. J. J. 190, f° 26, acte 49. — Ordonnances, t. XI V, p. 492. — Ed. Garnier, Louis de Bourbon, évêque de Liège, etc., Paris, 1860, in-8° : Les Liégeois avaient promis au roi, par un traité, de lui livrer son fils exilé, Louis, dauphin, p. 29.

  272. [2440]

    Ms. fr. 5909, f° viijxxiv. — Ms. Dupuy 760, f° 63 et suiv. — Çurita, Anales de Aragon, t. IV, f~s 45, 49 et suiv. — Spicileg., t. IV, p. 805. — Raynaldi, Annales ecclesiastici, t. XXIX, p. 149 et suiv. — Reale archivio de Turin, section politique, Archives de Gênes ; Mazzo 2e, n° 22, 24, 28 ; vues à Turin en octobre 1864. — Bosio, Istoria di S. Giovanni, t. III, p. 258. — Ms. Legrand 6967, f° 73. J. 498, n° 34. — Ms. Brienne, t. XXVI, fus 89 et suiv. — Du Mont, t. III, partie I, p. 245 et suiv. — Jean Chartier, t. III, p. 111. — Descrizione di Genova, 1846, in-4°, t. III, p. 213 et suiv.

  273. [2441]

    Histoire littéraire de la France, t. XXIV, p. 2 et suiv. — Discours de M. V. Le Clerc sur l’état des lettres, etc. : papauté.

  274. [2442]

    Et disoit-on que le bastard avoit donné grande somme d’argent au dit pape Pius. J. Du Clercq, p. 122.

  275. [2443]

    Ann. eccles., p. 153 à 167. — Eneæ Sylvii Opera omnia, Bâle, 1551, in-fol. ; epistolæ : n° 386, f° 361. — Desjardins, Négociations de la France avec Florence, t. I, p. 82 à 89. — Rymer, Fœdera, t. V, partie II, p. 83. — J. Du Clercq, p. 130, 134 et suiv. — Escouchy, t. II, p. 376 et suiv. — D. Plancher, t. IV, p. 298 et suiv. — Bourdigné-Quatrebarbes, t. II, p. 210 et suiv. — Lettenhove, Histoire de Flandres, t. IV, p. 34 et suiv.

  276. [2444]

    Pii Commentarii, p. 85 et suiv. — Annales, p. 180 à 216. — Çurita, p. 72 et suiv. — Carton des rois, K. 69, n° 56 ; inventaire de M. Jules Tardif, n° 2432. — Bibliothèque de l’École des chartes, t. III, p. 183 et suiv. — Ms. latin 5414, A. — Ms. Dupuy 551, n° 363 ; n° 760, f° 68 à 84. — Ms. Saint-Germain, latin, n° 938 ; — Ms. Fontanieu 125. — Ms. Gaignières 567, f° 49. — Armoires Baluze, t. XI, p. 48 à 89. — Spicileg., t. III, p. 806 à 822. — Correspondance littéraire, 1859, p. 464, note 2.

  277. [2445]

    Ann. eccles., p. 214, 245 et suiv., 264 et suiv. — Ms. Legrand 6963, f° 43 ; 6964, pièce 59 ; 6967, f° 148. — Ms. Dupuy 760, f° 68. Ms. 500 Colbert, vol. 64, p. 912. — Rymer, p. 92. — Ordonnances, t. XV, p. 438. — Desjardins, p. 96. — René-Quatrebarbes, t. I, p. 135 et suiv. — Ms. Fontanieu 124 : juillet 1460. — Basin-Quicherat, t. I, p. 307 et suiv. ; t. IV, p. 561 et suiv. — Discorde entre Louis, duc de Savoie, le prince de Piémont et le duc de Bourbon, 1459-1460. Intervention du roi : Monumenta patriæ, in-fol., Scriptores, t. III, Chronica Sabaudiæ, col. 624. — Ms. Fontanieu 124, au 10 mai 1460. — Archives de Gènes (à Turin) ; Descrizione ; Giustiniani, f° ccxj, etc. ; cités.

  278. [2446]

    Ann. eccles., p. 218, 237. E — Eneæ Opera, p. 845. — D. Plancher, p. 501. — Ms. Brienne 155, f° 214. — Histoire de l’Église gallicane, t. XXI, p. 32 et suiv.

  279. [2447]

    Ms. Gaignières 567, f° 50. — Cabinet historique, 1862, p. 55, n° 6. — Mémoires de la Société des archéologues de Touraine, 1859, t. XI, p. 320. — Stevenson, Henri VI, t. I, p. 358 et suiv. — Basin, t. I, p. 296. — La Roque, Histoire de la maison d’Harcourt, t. I, p. 455. — Armoires Baluze, t. XVII, f° 11. — Ms. résidu S.-G. 145, f° 215. — Ms. Fontanieu 125, au 11 avril 1459. — Duclos, Pièces, p. 242 à 248.

  280. [2448]

    J. Du Clercq, p. 121 à 131. — Basin, t. I, p. 296 et suiv. ; t. IV, p. 357 et suiv. — Ms. Legrand-6967, P 165. — Jean Chartier, t. III, p. 421 et suiv. — Bourdigné, t. II, p. 212. — Biographie Didot, article Marguerite d’Anjou. — Rapports du duc de Bourgogne avec l’Angleterre : Delpit, Documents anglais, p : 266. — Rymer, Fœdera, 1741, t. V, partie II, p. 80 à 83, 102, 103.

  281. [2449]

    Lefèvre, Histoire de Calais, t. II, p. 174 à 178. — Fabyan, p. 465. — Rymer, p. 82. — Du Clercq, p. 125. — Cabinet des titres. — Ricarville, au 15 octobre 1459. — Archives de Bourbon, inventaire Luillier, liasse 11, n° 591, 593.

  282. [2450]

    Duclos, Pièces, p. 246. — Ch. de Beaurepaire, Notes sur six voyages de Louis XI à Rouen, Rouen, 1857, in-8°, p. 11, 37. — Occupation de Jersey, etc., par le grand sénéchal de Normandie, Pierre de Brézé. Marguerite d’Anjou, pour reconnaître les services dévoués que lui rendit Pierre de Brézé, céda, par un acte d’autorité souveraine, au grand sénéchal de Normandie, les îles de Jersey, Guernesey, Alderney (ou Aurigny) et Serk, pour en jouir, lui et sa postérité, à jamais, sans relever de la couronne d’Angleterre. Pierre de Brézé prit possession du château de Montorgueil, qui commandait militairement tout le groupe de l’archipel normand, et occupa une partie de Jersey. Mais il ne put s’y maintenir ; et ces îles redevinrent complètement anglaises, lorsque Édouard IV triompha définitivement (1471) de son compétiteur. Nous avons cru devoir consigner ici ce fait notable.

    Toutefois l’insuffisance et l’inconsistance des témoignages anglais ou autres, que nous avons pu réunir sur ce point, ne nous permettent pas de déterminer avec précision si cette donation fut faite par Marguerite à Brézé sous le règne de Charles VII (1460-1461 ?) ou sous le règne de Louis XI, en 1462. Voyez Histoire détaillée des îles de Jersey, etc., traduite par Lerouge, 1757, in-12, p. 22 et suiv. — Cæsaræ, Londres, 1840, in-8°, p. 35 et suiv. —Voir aussi, Mélanges Champollion, dans la Collection des documents inédits, in-4°, t. II, p. 449 et suiv., trois pièces intéressantes, publiées par M. J. Quicherat.

  283. [2451]

    Vallet de Viriville, Charles VII et ses conseillers, chapitres des maréchaux et amiraux.

  284. [2452]

    Isambard, Anciennes lois françaises, t. IX, p. 291, 308. — P. Clément, Jacques Cœur, t. II, p. 153, 276. — Germain, Commerce de Montpellier, t. II, p. 370. — Bibliothèque de l’École des chartes, t. III, p. 192. — Vallet de Viriville, Archives de l’Aube, p. 83 ; Ms. VII de la préfecture, f° 124 et suiv. Ms. fr. 5909, f° ijclij. — Il y a dans ce dernier manuscrit, à la suite des actes précédents, un groupe de quatre autres pièces, qui paraissent contemporaines entre elles et dont l’intérêt ne le cède pas à celui des documents ci-dessus mentionnés. Ces quatre pièces sont des formules de lettres de créance données par le roi Charles. La première est adressée au roi de Naples Ferdinand Ier, qui commença de régner en 1458 ; la seconde, au comte Mathelan (Diomède Carafa, comte de Madaloni), surintendant du commerce et des finances de Ferdinand ; Diomède mourut vers 1486. La troisième était destinée au vice-roy de Sécille, et la quatrième au grand maistre de Roddes (anonymes) ; et le tout sans date. Voici le début commun de ces quatre pièces : …Nous avons été adverty par nostre amé et féal conseiller, tel, nostre grant patron et cappitaine de nos galéaces de France, maistre de nostre hostel, etc. Le roi fait allusion aux précédents voyages de sa flotte marchande aux échelles du Levant et annonce qu’il a l’intention de rendre ces tournées périodiques et annuelles. Ces actes me paraissent émaner, non pas de Charles VII, mais de Charles VIII dans les trois premières années de son règne.

  285. [2453]

    L’auteur des Annales ecclestastici rapporte in extenso les lettres de créance octroyées à Louis de Bologne, chargé de conduire l’ambassade orientale aux princes européens. On y trouvera les noms des potentats et des ambassadeurs, libellés en latin, avec des variantes et additions propres à servir d’éclaircissement sur ce point (p. 280). Voir, sur ces puissances, la Géographie et le livre de blason, l’une et l’autre inédits, que nous a laissés le héraut Berry : Biographie Didot, article Le Bouvier.

  286. [2454]

    J. du Clercq, p. 972. — Pii Commentarii, p. 127 et suiv. Ejusdem Opera omnia, p. 848. — Annal. ecclesiast., p. 280, 282. — D. Plancher, t. IV, p. 300.

  287. [2455]

    Cf. Pii Commentarii, p. 163.

  288. [2456]

    Les généalogistes de la maison royale n’ont pas connu et n’ont pas fait connaître d’une manière irréprochable la postérité directe et légitime de Charles VII. En voici le tableau résumé, aussi exact que nous avons pu le faire, d’après les matériaux que nous avons réunis :

    1. Louis XI, né 3 juillet 1423 ; † 30 août 1483 ;
    2. Radegonde, née vers 1425 ; † 19 mars 1445 ;
    3. Jean, né et † vers 1426 ;
    4. Catherine, née vers 1428, comtesse de Charolais ; † 1446 ;
    5. Jeanne, née vers 1430, duchesse de Bourbon ; † 3 mai 1482 ;
    6. Jacques, né 1432 ; † 2 mars 1438 ;
    7. Yolande, née 23 novembre 1434, duchesse de Savoie ; † 29 août 1478 ;
    8. Philippe, né 4 février 1436 ; † 2 juin suivant ;
    9. Marguerite, née 1437 ; † 24 juillet 1438 ;
    10. Marie, née jumelle avec Jeanne, 7 septembre 1438 ; † 14 février 1439 ;
    11. Jeanne, née avec Marie ; † 26 novembre 1446 ;
    12. Madeleine, née 1443, princesse de Viane ; † 1486 ;
    13. Charles, duc de Berry, de Guyenne et de Normandie, né 28 décembre 1446 ; † 12 mai 1472.

    Plaisirs du roi : registre 51, à chaque page ; et autres documents cités.

  289. [2457]

    Cet office domestique est rempli de nos jours par des personnes que nous appelons femmes de charge.

  290. [2458]

    Chastellain, Œuvres, t. IV, p. 367. — J. du Clercq, p. 90, 95, 175. — Vallet de Viriville, Agnès Sorel, p. 36. — On pourrait accroître singulièrement la liste nominale des personnes qui, par des considérations de galanterie plus ou moins intéressée, reçurent des bienfaits de Charles VII. Nous nous bornerons ici à ces indications anonymes : Bibliothèque de l’École des chartes, t. VIII, p. 139. — Cabinet des titres, dossier Gamaches, au 26 mai 1447. — Compte d’Étienne Petit, 1450 (appartient à M. Mayor). — Michelet, Histoire de France, t. V, p. 374. — K. K. 51, passim. Etc., etc.

  291. [2459]

    Le dauphin demeure en dehors de ce tableau.

  292. [2460]

    Banquet de Bois-Sire-Amé, dans Taillevent, à la fin. — Legrand d’Auxy, loc. cit., p 273 et suiv. — Chronica Sabaudiæ, citée, col. 623. — Ms. Fontanieu 125, aux 5 mai 1457 et 4 février 1458. — Moniteur du 5 octobre 1854, feuilleton. — J. J. 187, acte 342, f° 186. — Anselme : Sureau. — Ms. Résidu S.-G. 142, f° 56. — À frère Jehan Rousseau, cordelier, 4 l. 2 s. t., pour le restituer de semblable somme qu’il avoit prestée le 1er jour de mai 1455, pour bailler aux filles joyeuses suivant la cour qui vinrent devant Madame la royne demander le mai. K. K. 55, Argenterie de la reine, f° 16. Etrennes offertes par la reine à Mme de Villequier en une fontaine d’or : 95 livres, etc. Ibid., f° 140.

  293. [2461]

    Chastellain, Œuvres, t. II, p. 182 et suiv. — H. Baude, dans Jean Chartier, t. II, p. 127. — Basin, t. I, p. 51, 2 et suiv. — Ms. s. fr. 1399 et les volumes suivants : comptes de l’hôtel. K. K. Reg. 519. — Ms. Gaignères 567, f° 50. Ms. fr. 7487. — Du Boulay, t. V, p. 869. J. 463, n° 62 à 103. — Ordonnances, t. XIV et suiv.

  294. [2462]

    Chastellain, t. II, p. 175, 184. — Ms. latin 6020. — Anselme, grande édition, t. II, p. 117. — K. K. 51 ; f° 12-2. — Ms. fr. 10371, f° 35 et suiv. — Michelet, Histoire de France, t. V, p. 303, note 1. — Mémoires de la Société des antiquaires de France, t. XI, p. 370. — Du Boulay, t. V, p. 621. — Crevier, Université de Paris, t. IV, p. 243.

  295. [2463]

    Haultin, Figures des monnaies, Ms. de l’Arsenal, M. F. 467, f° 52 A. — Bernard, Origine de l’imprimerie, Paris, 1853, in-8°, t. II, p. 273 et suiv. — Les neuf Preux, gravure sur bois, etc., par M. Van der Stratten-Ponthoz, Pau, 1864, in-8°, p. 27. — Bulletin de la Société des Antiquaires de France, séance du 3 juin 1863, etc. — Biographie Didot, au mot Le Bouvier (Gilles). — Fac-similé (Pilinski), n° 515, de l’École des chartes. — Charles VII amplifie la bibliothèque de Saint-Victor, à Paris (où Faust vint mourir en vendant ses livres imprimés). — Gallia Christiana, t. VII, col. 685-686.

  296. [2464]

    Voir le Discours sur l’état des arts au quatorzième siècle, par M. Ernest Renan, dans le tome XXIV, p. 603 et suiv., de l’Histoire littéraire. L’idée que je conçois de l’art au quinzième siècle s’adapte parfaitement avec l’appréciation qu’a retracée de son coté l’illustre académicien.

  297. [2465]

    Littré, Histoire de la langue française, 1863, in-8° ; Introduction, p. xlix.

  298. [2466]

    Architecture, sculpture, etc. — Sur ce chapitre important, État des sciences, etc., nous nous bornons ici à une esquisse rapide et à des généralités succinctes. La place des développements que comporte cet intéressant sujet est ailleurs. Le cadre du présent ouvrage doit être principalement consacré aux faits narratifs et qui constituent les annales de notre période.

  299. [2467]

    Chronique Antonine, Ms. fr. 1371, f° cclxxvij. — Pii Commentarii, p. 163, 164. — Darsy, Les Gamaches. Biographie de Joachim Rouault, etc. — Le dauphin en Flandres ; négociations entre le duc ou Louis et son père : Ms. Legrand 6960, Histoire de Louis XI, liv. III. — Mss. 6963, f° 38 ; 6967, f° 116, 131, 137, 147. — Ms. Dupuy 762, f° 3, 247 et suiv. — Ms. Gaignières, n°. 37, pièce 2. — Ms. résidu S.-G., n° 143, f° 87, 169. — Œuvres de Chastellain, t. I, p. xxvij, t. III, p. 74, 112 ; 588 et suiv. — Gruel, p. 403, 404. — J. du Clercq, p. 103, 109, 129, 136 et suiv. — Duclos, Recueil de pièces, p. 7, 175 et, suiv. — Escouchy, t. II, p. 395 et suiv., 415 et suiv. — D. Plancher, Histoire de Bourgogne t. IV, p. 298 et suiv. — Bulletin de la Société de l’histoire de France, 1858, p. 184. — Annales ecclesiastici, p. 282.

  300. [2468]

    Mêmes autorités. — Mss. 6963, f° 41 ; 6967, f° 469 et suiv. — Ms. Fontanieu 124 : 3 janvier, 10 février, 19 mars. 1461. — Œuvres de Chastellain, t. III, p. 2180, 441 et suiv. — Olivier de La Marche, p. 511. — Du Clercq, p.170. — Chronique martinienne, f° cccij. — Duclos, Pièces, p. 185 à 249. — D. Plancher, t. IV, p. 302 et suiv. ; preuves, p. cxxxviij et suiv. — Mémoires de la Société archéologique de l’Orléanais, 1853, in-8°, t. II, p. 84. — Labarre, t. II, p. 188 et suiv. — RaynalHistoire du Berry, t. III, p. 44 à 48. — Déy, Histoire de Saint-Fargeau, cité, p. 160 et suiv. — Dons aux médecins (1458-9). — K. K, 51, f° 106, 108. — Ms. Gaignières 567, f° 50. — 1459 décembre, Charles VII anoblit G. Travers, son médecin : J. J. 188, f° 108. 1461, mars 3, il lui donne le fief d’Entragues en Rouergue : P. P. 14, 927, à la date.

  301. [2469]

    Godefroy, Charles VII, p. 478. — Jean Chartier, t. III, p. 112. — Anselme, aux ducs de Bretagne. — Gruel, p. 400. — J. du Clercq, p.126 et suiv. — Ms. Fontanieu 124, au 28 février 1459. — Raynal, p. 46. — Itinéraire. — Lobineau, Histoire de Bretagne, p. 658 et 675. — D. Taillandier, t. I, p. 71, 74. — Preuves de Bretagne, col. 1192 1195. — Hommage : D. Housseau, t. XII, n° 5777 ; catalogue publié par M. Mabille, 1864, in-8°, p. 506.

  302. [2470]

    Chronique martinienne, f° cccvj. Cette lettre est datée dans l’imprimé du trentiesme jour d’aoust 1461. C’est sans doute avril qu’il faut lire.

  303. [2471]

    Biographie Didot : René d’Anjou. — Basin, t. I, p. 310, 311. — Jean Chartier, t. III, p. 993 et suiv. — Godefroy, Charles VII, p. 478 et suiv. — Raynal, Histoire de Berry, t. III, p. 48 et suiv. — Chronique martinienne. — Duclos, Recueil, p. 237. — Nicole Gilles, 1557, IIe partie, f° c. — Pii Commentarii, p. 164. — Chastellain, t. IV, p. 506. — Ms. Gaignières 567, f° 50. K. K. 52, f° 108, 120. Etc.

  304. [2472]

    La lettre était signée des principaux membres du grand conseil. Parmi ces signataires on remarque le nom d’Antoine de Chabannes, comte de Dammartin. Recueil cité. Cf. la Chronique martinienne, où ce comte prétend n’être revenu à Mehun que le 21 juillet.

  305. [2473]

    Sources citées. — Alain Bouchard, Annal. de Bretagne, 1541, f° clxxxiij v°. — Commynes-Dupont, t. III, p. 215, 542, Coulis pour malade : prenez ung chapon et soit bouilly tant qu’il soit fort cuit et prenez le blanc : broyez en mortier, coulez en une étamine ; salez ou sucrez et servez froit ou chaut. (Taillevent, le Viandier du roy.) — Girardot, Mém. de la Société archéolog. de l’Orléanais, t. I, p. 84. — Journal de Maupoint, dans D. Grenier, Ms. 105, p. 42 à 50. — Beaucourt-Escouchy, t. III, p. 450.

  306. [2474]

    Les mêmes. — J. du Clercq, p 174 et suiv. — Escouchy, t. II, p. 422 et suiv. — Ms. latin 9848, f° 63. P. P. 2299, f° 213. — Monumenta patriæ, 1838, t. III ; Scriptores, col. 625. — Olivier de La Marche, p. 511. — Un parti notable se trouva formé pour proclamer roi Charles le petit seigneur. Philippe le Bon, par son attitude, décida de la dévolution de la couronne en faveur de Louis XI. Voyez Ms. Sorbonne 432, chap. LXI. — Ms. latin 7443, f° 51 v°. — Ce levain de guerre civile se fit jour de nouveau par la ligue du bien public. — La reine à Chinon : Ms. 1161, suppl. fr. : — Compte des obsèques. Charles VII fut inhumé en grande pompe à Saint-Denis, le 8 août 1461. Voir, pour les détails : le compte précédent ; auteurs ci-dessus allégués. Ms. s. fr. 4805 à la fin. — Collection Leber, Dissertations, t. XIX, p. 236 et suiv. — Félibien, t. II, preuves, p. 559 b. — Delort, Essai, p. 255. — Bull. de la Soc. de l’hist. de France, au 10 août 1838, p. 3 U, carton 561, pièce n° 318. — Beaucourt-Escouchy, t. III, p. 452. — Service funèbre pour le roi à Lyon : Archives de Lyon, B. B. 7 (Registre). — Épitaphes de Charles VII, Ms. fr. 9675, 3, imprimé gothique, Paris, Lenoir 1520, petit in-4°. — Revue anglo-française, t. III, p.125. — Jean Chartier, t. III, p. 121, note 1. — Chastellain, t. VI, p. 437 et suiv. Etc., etc.

  307. [2475]

    Œuvres de Chastellain, t. IV, p. 363, 369. Un jacobin, dans, une diatribe contemporaine, accuse Charles VII d’avoir fait mourir de faim des milliers de gens par l’aggravation des impôts, et il ajoute : Sic qui innumeros fame afflixerat, fame mortuus est ; nec aliud medici invenire potuerunt, cum etiam ejus corpus mortuum apertura fuerit. Quétif, Scriptores ordinis Prædicatorum, in-fol., t. I, p, 854. — Autre diatribe prononcée à Saint-Denis, sur la tombe de Charles VII, par un nonce du pape Pie II : Basin, t. II, p. 13, 14.

  308. [2476]

    Nous citerons entre autres faits, nombreux et analogues : Compte de l’argenterie de la royne : au 17 octobre 1454, don ou aumône pour habiller ung vieil hermite d’estrange pais… K. K. 55, f° 87. — Pii Commentarii, p. 127, 128. — Raynaldi, cité, p. 280 et suiv. — Voir, à la table du volume, les mots Ludovicus Bononiensis suivis de renvois, et l’histoire assez singulière de ce personnage.

  309. [2477]

    Journal des États généraux de France tenus à Tours en 1484, sous le règne de Charles VIII, rédigé par J. Masselin, publié par A. Bernier, Paris, Collection des documents inédits, etc., 1835, in-4°, p. 381, 391, 449 et passim. Ledit roy Charles VII levoit, à l’heure de son trespas, dix huit cens mil francz en toutes choses sur son royaulme, etc. Commynes-Dupont, t. II, p. 225. — Cette somme fut portée à quatre millions sept cent mille francs sous Louis XI. (Ibidem.) — H. Baude, dans J. Chartier, t. III, p. 139. — Cette question du rachat de la Picardie fut une des grandes préoccupations de Charles VII et de Philippe le Bon. — Escouchy-Beaucourt, t. II, p. 355. — Chastellain, t. III, p. 423 ; t. IV, p. 17, 18, etc. — L’épargne de Charles VII est un témoignage éclatant de sa loyauté. Louis XI trancha la question avec moins de scrupule.

  310. [2478]

    Pie II, ce juge difficile, a dit de son adversaire Charles VII : Rex suo ævo et magnus et memorabilis ; cujus in utramque partem admirari fortunam licet. (Commentarii, p. 163.) Cf. l’heureux emprunt que Basin fait à Virgile, pour servir d’épitaphe au roi de France, t. I, p. 328.

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