A. Vallet de Viriville  : Histoire de Charles VII (1862-1865)

Tome I : Livre III (1422-1424)

355Livre III
Depuis l’avènement de Charles VII au trône (octobre 1422), jusqu’à la venue de la Pucelle (mars 1429).

Chapitre I
22 octobre 1422 – 31 juillet 1423.

Immédiatement après la mort d’Henri V, Jean, duc de Bedford, fut constitué régent, par l’autorité des rois de France et d’Angleterre715, et de leur grand conseil. Cette délégation eut lieu du consentement de Philippe duc de Bourgogne, et sur le refus de ce prince, qui déclina cette charge pour lui-même.

Vers le 15 septembre, le nouveau régent se rendit à son poste à Rouen, comme gouverneur de la province conquise. Il accompagna jusqu’à Calais la reine douairière Catherine, qui s’embarqua dans ce port le 5 octobre, conduisant à Londres la dépouille mortelle d’Henri V. Le duc de Bedford dut se partager entre ce soin pieux et ceux que réclamait son installation, comme chef du gouvernement, dans la capitale de la Normandie716.

356Philippe le Bon, de son côté, s’était également retiré dans ses États du Nord. Arras lui servait de résidence, lorsqu’un messager vint lui annoncer la mort de Charles VI. Inaccessible encore à de meilleures inspirations, des sentiments de jalousie, de respect humain ou de vanité commençaient à tempérer, chez le prince bourguignon, son zèle ardent en faveur des Anglais. Le duc de Bourgogne prévit que, s’il paraissait aux obsèques du roi de France, il lui faudrait céder le pas ou la préséance, lui cousin germain de Charles VI, à Jean duc de Bedford, régent de France et oncle du nouveau roi. Philippe résolut de s’abstenir. Ce prince demeura en Artois. Il se contenta d’envoyer à Paris quelques chambellans, avec mission de l’excuser auprès du régent et de suppléer le duc de Bourgogne717.

Le 22 octobre, Charles VI étant mort, le chancelier de France, Jean le Clerc, président du conseil, prit en main la possession nominale du gouvernement. Le même jour, une ordonnance parut sous ce protocole : Le chancelier et les gens du conseil de France. Cet acte, en autorisant les recettes et dépenses, confirmait provisoirement dans leurs places tous les fonctionnaires de l’État718.

Le lendemain, un conseil fut tenu, sous la présidence de ce chef de la magistrature, dans la chambre du parlement, en présence de Jacques Branlart, Ch. Thiessart, Hector de Loans, et beaucoup d’autres conseillers et officiers 357de la maison du roi et de la reine. Le chancelier exposa que les quatorze exécuteurs testamentaires du feu roi désignés par son codicille, en date de janvier 1413, étaient tous morts. Le conseil institua, pour les remplacer, les ducs de Bedford, de Bourgogne, de Bretagne, le chancelier de France, les évêques de Thérouanne, de Beauvais719 et huit autres personnages. Parmi ces derniers, il convient de signaler Michel ou Michaud de Lallier, riche bourgeois de Paris, maître de la chambre des comptes, Bourguignon notable et familier de la reine Isabelle. On s’occupa immédiatement de l’inventaire et des funérailles720.

Le 27 octobre, tandis que le régent Bedford écrivait, de Rouen, pour demander aux habitants de Londres, de vouloir bien reconnaître Henri VI, un nouveau conseil s’assemblait au parlement de Paris721.

Dans cette séance, le chancelier fit d’abord lire à haute voix l’ordonnance de 1407. C’était un acte par lequel Charles VI prescrivait qu’en cas de mort du roi de France, son fils aîné, en quelque âge qu’il fust, seroit roi et couronné le plus tôt que faire se pourroit. Aux termes de cet édit, le prince Charles dauphin devait être proclamé sans délai et sacré sous le nom de Charles VII.

Le chancelier rappela ensuite que, depuis la mort de Charles VI, il avait cru devoir réserver le nom du roi, dans la formule initiale des actes publics. Cependant, ajouta Jean le Clerc, monseigneur de Bedford a récemment 358adressé au conseil de France des lettres contenant l’avis du conseil de Normandie sur ce point. De cet avis, il semblait résulter, dit-il, que on devoit nommer ès mandements et lettres dessus dits, le roy Henry [Henri VI] roy de France et d’Angleterre, fils du roy d’Angleterre, nagaires trépassé.

Telle était la question, termina le ministre, sur laquelle la réunion avait à se prononcer. Le conseil du parlement, après en avoir délibéré, statua que l’ordre établi par le chancelier serait maintenu, jusqu’à plus ample explication entre cette compagnie et les ducs de Bourgogne ainsi que de Bedford722.

Jean, duc de Bedford, revint à Paris le 5 novembre. Cinq jours après, eurent lieu les obsèques du roi de France. Seul, le duc de Bedford suivait le prince défunt et composait le deuil royal. Seul, il mit à l’offrande. Le 11, à Saint-Denis, lorsque le corps eut été déposé dans la fosse, les huissiers d’armes, selon la coutume, brisèrent leurs verges et les jetèrent sur le cercueil. Alors Berry, le roi d’armes, cria : Dieu veuille avoir pitié et mercy de l’âme de très haut et très excellent prince Charles roy de France !… Puis il ajouta : Dieu donne bonne vie à Henry, par la grâce de Dieu, roy de France et d’Angleterre, notre souverain seigneur723 !

Cependant, Guy le Bouteiller (français renié), de concert avec le bâtard de Thien, occupait en armes la capitale. 359Des reconnaissances militaires, capitaines en tête, éclairaient les avenues, par où l’on redoutait l’arrivée des forces du dauphin. Toujours seul pour représenter les princes français, Bedford rentra dans Paris. Il fit porter devant lui l’épée de l’état, comme régent : dont le peuple murmuroit fort. Mais la contrainte enchaînait cette multitude. Dans son sein, la honte, la colère, de sombres desseins fermentaient. Il n’y eut, toutefois, au dehors, que des murmures et des larmes. Le peuple, dit une relation officielle, pleuroit et non sans cause, … car ne sçavoient si de longtemps auroient roi en France724.

Le prince Charles chevauchait, pour retourner de Saintonge en Berry, pendant que son père, Charles VI, rendait, à Paris, le dernier soupir. Ce fut à Mehun-sur-Yèvre, le 24 octobre, qu’en arrivant à sa résidence, le régent dauphin reçut la nouvelle de ce grave événement.

Le roi est mort, vive le roi ! Cet adage populaire résume et peint le principe qui réglait ce point de droit public, dans l’ancienne monarchie. D’après ce principe, le mort saisissait le vif, et la transmission de la souveraine autorité ne souffrait ni retard ni lacune.

Cependant, le prince Charles conserva six jours entiers, du 24 au 29 octobre, la qualité de régent, comme s’il eût attendu le résultat de la séance du 27. Le vendredi 30, il prit, en son château de Mehun-sur-Yèvre, le titre de roi. Deux jours plus tard, 1er novembre, eut lieu la solennité de la Toussaint. Charles se rendit alors à 360Bourges et tint sa fête comme roi, dans la magnifique cathédrale de cette ville. Ainsi fut inauguré le règne de Charles VII725.

Ce prince habitait, ordinairement Bourges. Il s’était fait de cette place une sorte de capitale, autour de laquelle s’étendait son patrimoine réduit. Charles, en effet, ne possédait point Paris, siège et métropole de la monarchie depuis des siècles. Reims, la ville du sacre, se trouvait également hors de sa puissance. Le Berry, l’Orléanais, la Touraine, le Poitou, le Maine, l’Anjou, le Dauphiné, le Lyonnais, le Languedoc, l’Auvergne ainsi que le Bourbonnais, la ville et gouvernement de La Rochelle, avec une partie de la Saintonge, la Provence, enfin (par alliance et vassalité) : telles étaient les seules provinces qui reconnussent alors son pouvoir. On l’appela par dérision le roi de Bourges.

Les Anglais occupaient en maîtres la Normandie, la Guyenne, la Picardie, la Champagne, Paris et l’Île-de-France, tout le pays de Langue d’oïl en un mot, au nord 361de la Loire, sauf plusieurs places incessamment disputées. Par le duc Philippe le Bon, ils dominaient les Flandres, l’Artois et les deux Bourgognes. Ils tenaient en échec la Bretagne.

Le roi de France et d’Angleterre Henri VI était au berceau. Mais ce lourd fardeau, une double couronne, pesait sur d’autres fronts que celui de ce chétif enfant. Capitaine hardi, politique non moins habile que son frère, le duc de Bedford s’était aguerri à l’école du succès, qui double les forces du vainqueur. Il comptait de nombreux et puissants auxiliaires. Cependant l’adversaire le plus redoutable avait disparu, de la scène. En frappant, coup sur coup, Henri V et Charles VI, la Providence avait renouvelé la lutte et changé la proportion relative des chefs antagonistes. Vis-à-vis d’un roi qui venait de naître, Charles VII, âgé de près de vingt ans, exerçait une autorité, désormais affranchie de toute entrave. Le roi de France, on pouvait l’espérer du moins, allait se révéler.

Malheureusement, le héros ne répondait pas à la situation. Dans les desseins de l’éternelle sagesse, l’heure n’avait point encore sonné. Charles, au lendemain, comme la veille, de cette grande métamorphose, échappait aux regards de ses partisans, impatients et enthousiastes. Il continuait de disparaître au sein d’un demi-jour, sans gloire et probablement sans vertu. L’histoire n’a guère pu que sonder le vide obscur de cette retraite et ne peut attester de ce prétendant, que son inertie. Depuis l’événement de La Rochelle, on ignorait s’il était mort ou vivant, dans le cours de l’hiver, les Tournaisiens, 362partisans de Charles, envoyèrent aux pays de Berry et d’Orléanais des messagers spéciaux, chargés de constater la vérité du fait. Ces ambassadeurs retournèrent au carême et rapportèrent que le prince était vivant. Parmi les rares mentions directes que les chroniqueurs du temps nous ont laissées à son égard, l’un d’eux se borne à ce court panégyrique. Le roi Charles, dit-il, estoit de sa personne mout bel prince et biau parleur à toutes personnes, et estoit piteux envers povres gens, mais il ne s’armoit mie vollentiers et n’avoit point chier la guerre, s’il s’en eust pu passer726.

Entre ces deux compétiteurs, la France, enjeu du tragique débat, endurait un triste martyre. Bien des souffrances l’avaient éprouvée : il lui en était réservé de plus longues et de plus cruelles encore. De toute part sévissaient des maux inouïs, pour lesquels le monde, ou l’effort humain, ne savait nul remède, si ce n’est de les empirer chaque jour. En cet état, les âmes, exaltées par la douleur, s’élevaient au-dessus de la terre, vers le siège de l’invisible justice. À toutes les époques et quel que soit l’état de la littérature ou de la civilisation, les peuples ont parmi eux des esprits qui les raniment et des voix qui les consolent. Lorsque le ciel s’assombrit, lorsque les âmes se troublent, ces voix chantent la strophe redoublée, qui rapproche les poitrines et qui rallie tous les cœurs. Tel est, parmi les nations, le rôle historique de la poésie.

Au quinzième siècle, la forme métrique, la ballade ou chanson populaire, célébrait les vicissitudes de chaque jour. 363On peut voir dans la Complainte du pauvre peuple que nous a conservée Monstrelet, un tableau général ou résumé de ces souffrances. De nombreux poètes anonymes suppléèrent le reste de cette peinture. Mais le cri, l’instinct qui dominait alors la poésie dans sa plus haute expression, c’était le sentiment du patriotisme727. Deux poètes, à ce titre, méritent une mention distincte. Le premier, plus passionné, plus véhément, plus viril, Robert Blondel, a été déjà signalé728. Le second avait également vu le jour sur le sol de la Normandie, où régnaient les Anglais. Plus heureusement inspiré, sous ce rapport, que Blondel, Alain Chartier s’adressa directement à l’idiome national, pour en faire l’organe et l’interprète du sentiment national. Dans le Lai des quatre dames, il ne réussit pas seulement à émouvoir ses contemporains et la postérité, sur la funeste journée d’Azincourt ; mais grâce à la juste et généreuse pensée qui anime cet opuscule, il sut ennoblir un revers et féconder en quelque sorte, dans les cœurs, le souvenir de ce désastre. Le quadriloge invectif (en prose) et quelques autres morceaux de poésie portent également cette noble et forte empreinte morale. On la sent, on la retrouve, sous la touche, minutieuse et caressée, du poète que devait couronner le platonique baiser d’une princesse.

Pendant que les deux parties belligérantes déchiraient la commune patrie, un autre genre de rivalité animait les gouvernements anglais et français. Chacun d’eux, à l’envi de son adversaire, s’efforçait, par des actes pacifiques et 364d’une sagesse plus ou moins éclairée, de se gagner ou de se maintenir des partisans.

Charles VII, durant les neuf premiers mois de son règne, confirma ou accrut les privilèges et libertés des villes de Loches, de Toulouse, Milhaud, Pézenas, Tournay, Saint-Jean-d’Angély, Tours, La Rochelle, Issoudun et autres, soumises à son autorité. L’ordonnance du 16 novembre 1422 prescrivit au gouvernement du Dauphiné de pourvoir à l’abrègement des lenteurs judiciaires. Une autre maintint les officiers du parlement (séant à Poitiers) dans l’immunité de l’aide, ou contribution roturière729.

Henri VI ou le conseil anglais, de son côté, confirma d’abord tous les fonctionnaires ou officiers royaux (25 décembre 1422). Un diplôme, rendu au nom d’Henri VI le 27 janvier 1423, décria les monnaies d’or ou d’argent fabriquées par ordre de Charles, son adversaire. D’autres mandements, au contraire, tendirent à accréditer exclusivement les diverses espèces que faisait frapper le gouvernement anglais. Les gens du parlement de Paris, et la redoutable corporation des bouchers, furent les principaux objets des faveurs ou prérogatives que le conseil, présidé par le duc de Bedford, crut devoir distribuer à ses auxiliaires politiques730.

Charles VI, durant le, schisme pontifical, avait promulgué une ordonnance notable, en date de 1406. Cet édit conférait soit aux chapitres, soit aux évêques ou autres 365collateurs, l’élection à certaines prélatures, ou la collation de bénéfices sis en France. La prérogative, ainsi que les émoluments qu’entraînaient ces mutations, furent de la sorte enlevés au saint-siège. Martin V, vers le mois de septembre 1422, députa comme légat auprès de Charles VI, le cardinal Albergati, archevêque de Bologne. Ce prélat, chargé en même temps de négocier la paix entre la France et l’Angleterre, réclama contre l’ordonnance de 1406.

Martin V avait toujours favorisé sous main la maison de Lancastre. Bedford lui accorda l’abolition de cette ordonnance. Mais le gouvernement de Charles VII, malgré la difficulté de sa situation, opposa sur ce point une vive résistance à la cour de Rome. Le légat voulut promulguer, dons la province de Lyon, une bulle conforme à la doctrine ultramontaine. L’archevêque (assisté de Jean Gerson) ne permit pas la publication de la bulle. Une ordonnance royale rendue à Bourges, le 8 février 1423, vint au contraire maintenir l’acte de 1406 et fournir un nouvel appui à la cause des libertés gallicanes731.

Jean, duc de Bedford, avait les yeux constamment tournés vers les grands barons français, dont l’alliance lui était nécessaire.

Les négociations entamées auprès de Jean VI, duc de Bretagne, se continuèrent avec activité. Dans les premiers jours d’avril 1423, Bedford quitta Rouen et se rendit à Amiens. Il établit sa résidence dans le palais de l’évêque 366et y tint, avec un luxe royal, une sorte de gala qui dura près d’un mois, et de cour plénière. Le duc de Bourgogne et le régent s’étaient empressés de fournir à Jean VI des sauf-conduits en bonne forme. Le duc de Bretagne répondit de sa personne à ces avances. Il amena de plus avec lui son frère, Arthur de Richemont, comte de Montfort et d’Ivry732.

Le duc Philippe se rendit également à la somptueuse assemblée. Pendant le cours des réunions et des fêtes, qui marquèrent cet élégant congrès, les quatre princes s’unirent entre eux par les nouveaux liens d’une multiple alliance. Les ducs de Bretagne, de Bourgogne, de Bedford, signèrent ensemble un solennel traité de paix et d’amitié. Le régent anglais prit en mariage Anne de Bourgogne, sœur du duc. Arthur de Bretagne devint l’époux de Marguerite, autre sœur de Philippe le Bon. Cette princesse était veuve de Louis de France, duc de Guyenne et dauphin, frère aîné de Charles VII733.

Le comte de Foix ne fut point oublié. Par lettres du 6 mars 1423, ratifiées solennellement à Amiens le 36718 avril, le gouvernement anglais accepta les conditions exigées par Jean de Grailly, pour prix de sa fidélité au parti des Lancastre. Mais le grand vassal du Midi continuait à jouer double jeu. Dans le même temps, ses ambassadeurs négociaient à Bourges auprès de Charles VII. Le roi, par lettres données en cette ville au mois de mai, accorda premièrement à Mathieu, comté de Comminges, frère de Jean de Foix, des lettres de rémission. Les méfaits abolis par ces lettres n’allaient à rien de moins qu’au degré criminel de lèse-majesté. Le comte y était reconnu coupable pour le passé, mais innocent pour l’avenir, d’avoir battu monnaie, contre la prérogative royale. Cette monnaie, de plus, avait été fabriquée à faux poids et à moindre titre que la monnaie de Charles elle-même.

Peu après, sous la même rubrique et la même date, des lettres tout à fait semblables furent concédées au comte de Foix. C’étaient les préliminaires d’une réconciliation ou d’un rapprochement, qui ne tarda pas à s’opérer, comme on le verra bientôt, entre le comte Jean et le roi de France734.

En dépit de tous ces efforts et de toute sa diplomatie, le gouvernement anglais ne pouvait se guérir de son vice ineffaçable. Il ne pouvait se préserver de l’antipathie naturelle qu’il suscitait autour de lui. À peine le nouveau roi était-il proclamé, que, vers la fin de novembre, une nouvelle trame s’ourdissait, à Paris même, contre les dominateurs étrangers.

368Des bourgeois de la ville conspirèrent de livrer cette capitale au roi Charles. Le gouvernement anglais découvrit le complot et réussit à l’étouffer par la force. Bon nombre des conjurés furent pris. Parmi eux, se trouvait une femme, que l’on brûla. Plusieurs autres furent décapités. D’autres purent s’enfuir, laissant entre les mains des juges leurs biens confisqués. De ce nombre était Michel de Lallier, l’un des exécuteurs testamentaires de Charles VI, désigné par le conseil de France, pendant l’interrègne735.

Le gouvernement redoubla de méfiance et de rigueur. Le prévôt de Paris fut changé. Au mois de février suivant, tous les habitants de Paris durent prêter serment, c’est à sçavoir (dit le journal), bourgeois, mesnagers, charretiers, bergers, vachers, porchers des abbayes, et les chambrières, et les moines même, d’être bons et loyaux au duc de Bethefort… de lui obéir en tout et partout et de nuire de tout leur pouvoir à Charles, qui se disoit roy de France, et à tous ses alliés ou complices736.

À Troyes en Champagne, la capitale d’Isabeau, ville du fameux traité, les habitants, comme on l’a vu, étaient individuellement interrogés et soumis à une sorte d’inquisition politique. Pour vivre en paix, il fallait se munir d’un certificat régulier de servilisme. À Reims, Guillaume Prieuse, supérieur des Carmes, se vit dénoncer, comme suspect d’avoir témoigné des sentiments favorables au dauphin. Traduit, malgré l’immunité de sa robe, 369devant Jean Cauchon, lieutenant du capitaine de Reims, il soutint ses opinions avec fermeté. Jamais roi anglais, dit-il, n’a régné en France, jamais l’Anglais ne régnera737 !

D’autre part, le conseil de Charles VII s’efforçait de négocier avec le duc de Bourgogne. Au mois de janvier 1423, une entrevue diplomatique eut lieu dans ce dessein à Bourg-en-Bresse, pays neutre appartenant au duc de Savoie. Cette réunion s’effectua sous les auspices d’Amédée VIII. Le chancelier de France, Gouges de Charpaigne, y prit part au nom de Charles VII et Nicolas Rolin, comme chancelier de Philippe le Bon. Mais, sous le coup des animosités qui divisaient les deux partis, ces ambassadeurs ne purent s’entendre. L’assemblée se termina sans produire une solution favorable738.

Vers la fin de juin 1423, Yolande d’Aragon était de retour auprès de Charles VII. La belle et sage reine de Sicile venait d’assurer à son fils, Louis III, la succession de Naples. Elle revint apporter à son autre fils, au nouveau roi de France, le concours indirect, mais toujours si précieux et si éclairé, de son influence et de ses conseils739.

La mort des deux rois avait à peine suspendu, pendant 370quelque temps le cours des hostilités. Bientôt elles se rallumèrent avec une nouvelle ardeur.

Jacques d’Harcourt, La Hire, Xaintrailles, Raoulet et autres capitaines continuaient de tenir la campagne, sous la bannière de Charles VII. Au mois de novembre 1422, Jean de Luxembourg, lieutenant de Philippe le Bon, dirigea une expédition contre Guise en Thiérache. Jacques d’Harcourt se vit contraint d’abandonner aux Anglais Saint-Valery. Mansart d’Esne, capitaine bourguignon, fut pris à Vitry. Rue en Ponthieu se rendit à Jacques d’Harcourt. Jean du Bellay et Ambroise de Loré tentèrent un coup de main malheureux sur Fresnay, dans le Maine ; Guérin de Fontaine vengea cet échec et remporta contre les Anglais un avantage à Neufvy-Lalais740, dans la même contrée. Vers la fin de cette année, La Ferté-Milon et Meulan tombèrent au pouvoir des Français741.

En 1423, le comte de Salisbury, chassé du Vendômois par les troupes françaises et écossaises, fut obligé de se retirer en Normandie742. Les soldats de Jacques d’Harcourt s’emparèrent, le 20 mars, de Domart-en-Ponthieu et continuèrent leurs courses dans le Vimeu. Les Anglais recouvrèrent Orsay, village situé près de Paris. Noyelles-sur-Mer, à l’embouchure de la Somme, devint également (au mois de mai) leur conquête743.

371Meulan avait été pris au nom du roi Charles, par Jean Malet, sire de Graville en Normandie, et par un capitaine de l’Orléanais, nommé Yvonnet de Garancières. Ce dernier mit dans la place Louis Paviot, son lieutenant et, pour garnison, quelques centaines de gentilshommes. Le duc de Bedford, accompagné du comte de Salisbury et de forces considérables, vint bientôt mettre le siège devant cette ville fortifiée. C’était la première affaire importante dans laquelle, depuis la mort des deux rois, les nouveaux antagonistes allaient se mesurer.

Pendant que Charles VII demeurait à Bourges, sur les vives instances des assiégés, des forces militaires furent envoyées sous l’autorité de ce prince, pour les secourir744. Les comtes d’Aumale et de Buchan, le vicomte de Narbonne et Tanneguy Duchâtel commandaient cette armée, forte d’environ six mille combattants. Le comte d’Écosse, suivi d’une partie de ces troupes, se dirigea vers le siège, et, parvenu à peu de distance de Meulan, il se disposait à l’investir. Mais la concorde ne se maintint pas entre les capitaines du roi de France. La jalousie de marcher au premier rang, dans cette journée qui allait inaugurer le règne, engendra la dissension. Duchâtel, au rapport d’un témoin considérable (Cousinot), assuma le principal tort de cette déplorable conduite745.

Duchâtel, l’un des favoris du jeune roi, représentait, dans le conseil, l’homme officiel de la guerre. Il était à la dévotion de Jean Louvet et de l’évêque de Laon (Guillaume de Champeaux). Ces deux ministres, pour 372lors omnipotents, avaient tout le maniement des finances. Muni de l’argent destiné à la solde des troupes, Tanneguy arriva en forces dans Orléans, où Louis Paviot jouissait d’une renommée populaire. Duchâtel en profita pour tirer des habitants une contribution de deux mille livres. Puis il fit marcher en avant les Écossais qui faisaient partie de son commandement, jusqu’à Gallardon, près de Chartres. Quant au chevalier breton, il employa devant Orléans la contribution qu’il avait perçue, à son propre usage et profit, en achat de vaisselle, joyaux et pierreries. Pendant que le comte de Buchan et les autres capitaines attendaient vainement son aide, il ne s’avança pas plus loin que Janville. Puis, sans payer les troupes, il rompit finalement avec ses compagnons d’armes et se retira au château de Sully, résidence de Georges, seigneur de La Trémoille746.

Louis Paviot, privé de secours et sans munitions, défendit la place avec intrépidité. Il fut tué d’un coup de canon. Mais, après sa mort, les auxiliaires écossais et autres se débandèrent. Plein de courroux contre Duchâtel, ils ramenèrent vers la Loire leurs troupes mécontentes et indisciplinées. Celles-ci eurent beaucoup à souffrir, sur la route, des garnisons anglaises, qui exécutèrent contre elles de redoutables sorties. Les défenseurs de 373Meulan s’indignèrent à leur tour de ce lâche abandon. À la vue des assiégeants, ils renversèrent publiquement, de haut en bas, la bannière du roi Charles, en signe de mépris pour l’autorité de ce prince. Ils arrachèrent de même les croix d’étoffe blanche, cousues sur leurs vêtements, et autres insignes de leur parti. Le premier mars 1423, leurs chefs signèrent une capitulation avec les envoyés du duc de Bedford. Meulan fut, le jour suivant, remis entre les mains des Anglais. La reddition de cette place entraîna celle des forteresses de Marcoussis, Montlhéry et autres lieux fortifiés du voisinage747.

Le 25 mars 1423, Tanneguy Duchâtel, de retour à Orléans, donnait quittance au trésorier général d’une nouvelle somme de 11,500 fr. destinée aux dépenses militaires. Le même jour, Charles VII, par acte daté de Bourges, reconnut avoir reçu de Georges, seigneur de La Trémoille, 2,000 écus d’or. Cette somme avait été avancée ou prêtée au roi, par La Trémoille, dit l’acte, pour le paiement de certain nombre de gens d’armes et de trait du pays de Bretagne, que nous envoyons promptement de là à la rivière de Seine. Le 12 janvier précédent, les états, réunis à Bourges, avaient voté en faveur du roi un subside ou taille générale à répartir entre les pays qui reconnaissaient l’autorité de Charles VII. Le prince devait indemniser La Trémoille de son avance : il lui accorda, par ce même mandement, le droit de lever ladite taille pour le compte et au profit de lui La Trémoille, sur les sujets 374du roi qui habitaient les terres et seigneuries de Georges, situées dans le royaume748.

Quelques jours plus tard, le 5 avril, Charles VII donna 200 livres à Lubin Raguier, son queux ou gentilhomme de cuisine, en considération de ce que ledit Lubin avoit prêté, par l’ordonnance des chancelier et conseillers du roi à l’évêque de Laon (intendant général des finances), la somme de mille livres, pour remettre à Louis Boyaux chevalier, chambellan tant pour lui que pour certains gens d’armes à Beaugency749.

Ces faits particuliers nous montrent à quels expédients financiers le roi, de plus en plus obéré, avait recours, pour faire face aux dépenses quotidiennes, qu’exigeait une guerre incessante. Nous manquons de notions historiques précises sur l’emploi militaire ou politique qui eut lieu de ces deniers. Mais nous savons que le résultat n’en fut point heureux.

Le parti de Charles VII occupait encore, dans la Champagne, de nombreuses forteresses. Ses troupes inquiétaient et harcelaient perpétuellement la province entière. Troyes et Reims, spécialement, étaient continuellement menacées et tenues en échec. Vers le mois de mai, la ville de Pont-sur-Seine, où les troupes de Charles s’étaient établies, fut assiégée, prise, démolie et brûlée par les 375Anglais. De mai à juin, les villes ou forteresses de Moymet-Vertus, Traînel, Gumery, Soligny, Paroir, Saint-Mesmin, Origny, Charmont, Aubeterre, Montsuzain, Voué, Pouan750, situées dans le voisinage et à peu de distance de Troyes, subirent un sort analogue751.

Parmi les capitaines bourguignons, se trouvait un aventurier nommé le bâtard de la Baume752. Ce redouté partisan résidait sur les frontières de l’Auxerrois. Vers le mois de mars 1423, une trêve fut proclamée dans ces parages, d’un commun accord entre Charles VII, le régent Bedford et le duc de Bourgogne. Durant cette trêve, des capitaines gascons, qui tenaient le parti du roi Charles, se mirent en rapport avec Guillaume de la Baume. Ils le conduisirent à Bourges, l’engageant à quitter la bannière de Bourgogne et à prendre, comme eux, du service auprès du roi de France753.

376Charles VII accueillit favorablement le transfuge. Il lui fit quelques dons, accompagnés de grandes promesses et reçut de lui le serment d’être fidèle à son nouveau maître. Le bâtard de la Baume retourna, secrètement, comme il était venu, à Mailly-le-Château, une de ses demeures les plus habituelles. Avant que le bruit de son changement de drapeau se répandît, il se concerta, pour tenter un coup de main sur Cravant754, avec les capitaines français qui l’avaient engagé à suivre cette ligne de conduite. Le bâtard adjoignit à ses hommes bourguignons, un renfort, plus nombreux, de recrues françaises, que lui fournirent ces capitaines. Du 24 au 30 juin environ, il se présenta devant Cravant comme ami, et se fit ouvrir ainsi, par trahison, les portes de la ville755.

Une fois maître de la place, il cria : Vive le roi ! ville gagnée ! En même temps, lui et ses compagnons se répandirent dans les rues, pillant les maisons, rançonnant les hommes, violant les femmes et les filles. Tout d’abord, le bâtard avait eu soin d’occuper une tour carrée, qui dominait la place et en formait la citadelle. Une fosse profonde, ou cave fermée par une trappe, faisait partie de la forteresse, que commandait cette tour. Les plus riches ou notables habitants de Cravant, faits prisonniers, furent confinés dans cette prison, ou salle basse.

Cependant, parmi les Bourguignons du capitaine Guillaume, trois gentilshommes, attachés, de cœur à leur parti, n’avaient point vu sans colère l’œuvre de perfidie et de mensonge dans laquelle ils avaient été enveloppés. 377Après s’être concertés secrètement, l’un d’eux sortit de la garnison sans attirer les remarques. Il se rendit en toute hâte à Chastellux chez Claude de Chastellux, seigneur de ce lieu, naguère maréchal de France, et l’un des principaux capitaines de Philippe le Bon. Ce seigneur adopta un plan d’attaque, combiné d’avance par les trois conjurés et rassembla immédiatement des troupes pour le mettre à exécution.

Au jour dit, 3 juillet, vers le matin, le sire de Chastellux, suivi de 5 à 600 combattants de bonne étoffe, arrivait à deux lieues de distance et en vue de la grande tour de Cravant. Les deux autres conjurés avaient précisément fait le guet, ou monté la garde, cette nuit même et n’étaient point encore descendus de la plate-forme. Ils échangèrent avec les survenants des signaux convenus.

L’un de ces deux écuyers s’appelait Jacques de Catry, dit le Velu, et l’autre, Étienne de Ville, surnommé en guerre Saulve-le-Demourant756. C’était un samedi. Sauve-le-Demeurant, en descendant de la plate-forme, passa dans la salle du rez-de-chaussée. Là se tenaient au nombre de trois, les hommes d’armes, préposés à la garde habituelle de la tour et des prisonniers. Il leur dit qu’il viendrait, ce jour maigre, dîner avec eux et leur apporterait une tarte, la meilleure que jamais ils mengaissent757. À dix heures du matin (heure où l’on dînait alors), il revint portant la tarte et suivi du Velu. Déjà les trois gardes de la tour étaient à table, en compagnie de deux fillettes, leurs amies.

378Sauve-le-Demeurant, après avoir salué les convives et offert sa tarte, se mit, comme en attendant le Velu, à considérer une hache de bataille, qui se trouvait placée contre un mur, aux pieds des soldats. Il prit en main cette arme, et la manœuvrant avec adresse, il se rapprocha de la table. Y en a-t-il un de vous trois, leur dit-il, qui sache faire les trois coups de la hache ? Les compagnons répondirent au questionneur que, s’il le savait, il le leur montrât.

Aussitôt Sauve-le-Demeurant élève la hache de ses deux bras ; puis la brandissant avec force, il l’abaisse violemment sur la tête de son interlocuteur le plus voisin. Du coup, il lui ouvrit le crâne, et la cervelle du malheureux recouvrit ou inonda le pavé de la salle. Retournant ensuite la hache, du côté de la seconde lame, aiguisée en une pointe obtuse, il frappa si rudement le deuxième homme d’armes, qu’il le renversa de sa selle ou escabeau, mort comme le premier. Quant au troisième soldat qui restait, avant que celui-ci eût eu le temps de se mettre en défense, Sauve-le-Demeurant l’atteignit, en troisième lieu, avec le manche de la hache. Frappé à la poitrine, ce soldat tomba en arrière, les pieds levés et ne mourut pas, mais il demeura deux heures sans pouvoir parler.

Durant ce temps, le Velu écoutait à la porte. Jugeant que le moment était venu, il monta par l’escalier jusqu’à la plate-forme. Là il déploya une enseigne blanche, et le temps étant très clair, il fit un feu de fumée. À ce signal, le sire de Chastellux, suivi de trois étendards, lança ses cavaliers au galop vers Cravant, à force d’éperons. En redescendant au corps de garde, le Velu retrouva Sauve-le-Demeurant, qui, le visage égratigné, se débattait à 379grands coups de manche de hache, contre les deux femmes. Le troisième garde était encore comme anéanti de suffocation et de terreur.

Reprenant toutefois ses sens et voulant assurer le salut de ses jours, ce dernier indiqua au Velu la trappe qui s’ouvrait, dans le corps de garde même, sous leurs pieds et qui servait de loge aux prisonniers. Dès qu’il put énoncer une parole, il l’invita à délivrer les captifs, qui furent ainsi rendus à la liberté. En ce moment, le bâtard de la Baume accourait suivi de la garnison et d’artillerie. Il commença, sur-le-champ le siège en règle de la tour et de la forteresse. Sauve-le-Demeurant et le Velu, assistés des prisonniers, prirent immédiatement la charge de la défense. Du haut des fenêtres de la tour, ils jetèrent en guise de projectiles, les deux cadavres sur la tête des assiégeants.

L’attaque, cependant, devenait de plus en plus inquiétante pour les défenseurs. À l’instant où la lutte devant la tour était le plus animée, Jacques de Catry ou le Velu s’esquiva, suivi de trois des captifs qu’il avait libérés. À l’une des extrémités du fort, un pont-levis donnait sur les champs. Ils abaissèrent le pont et ouvrirent cette porte de derrière. Quelques minutes après, les Bourguignons, ayant à leur tête le sire de Chastellux, affluaient par cette porte et pénétraient dans la place. Bientôt ce renfort imprévu tomba sur les Français, lance baissée, et les mit en déroute. Chastellux et les siens s’emparèrent ainsi de la ville en criant : Notre-Dame ! Bourgogne758 !

380Le bâtard de la Baume, se voyant hors d’état de lutter avec avantage, prit le parti de battre en retraite. Ceux qui purent l’accompagner s’enfuirent de toute la vitesse de leurs jambes ou de leurs montures. Guillaume retourna de la sorte à Bourges, où il apprit au roi les événements qui venaient de se passer759.

Le point de mire principal vers lequel le conseil du roi dirigeait les efforts de la guerre était la Champagne. Au nord de cette province, Prigent de Coëtivy, neveu et lieutenant de Tanneguy Duchâtel, avait été battu et refoulé jusqu’à Mouzon. D’un autre côté, Duchâtel lui-même, poursuivi par les comtes de Suffolk et de Salisbury, s’était réfugié en Bourgogne. Guillaume de la Baume proposa au roi d’envoyer de nouvelles troupes pour reprendre Cravant. Il montra cette ville comme une clé qui devait ouvrir au roi le chemin d’Auxerre et la Bourgogne jusqu’à Dijon760.

Le conseil voulait ménager les états propres de Philippe le Bon. Cependant le connétable d’Écosse, Jean Stuart de Darnley, partit du Berry à la tête d’une expédition. Il se dirigea par Gien-sur-Loire, et, de concert avec Duchâtel, il vint assiéger Cravant, vers le 10 juillet. Son armée comptait moins de Français que d’étrangers dans ses rangs. Elle se composait en gros d’Écossais, d’Aragonais, de Lombards, d’Espagnols, et de routiers, c’est-à-dire de bandits, de toute origine. Ces forces avaient pour guide, sous le commandement général de Darnley, le Gascon Amaury de 381Sévérac, militaire peu capable, à qui la politique avait récemment valu le bâton immérité de maréchal de France. Avec lui se trouvaient le sire d’Estissac, le comte Jacques de Ventadour, les seigneurs du Bellay, de Fontaine et de Gamaches, accourus tout exprès de leurs cantonnements de l’ouest761.

Pendant que les assiégés, dépourvus de vivres et de munitions, se défendaient avec vigueur, la duchesse douairière de Bourgogne (en l’absence de son fils, qui habitait la Flandre) convoqua les milices. Elle écrivit en même temps au duc de Bedford, qui lui envoya des troupes. Le 28 juillet, les forces anglo-bourguignonnes se réunirent à Auxerre. Les comtes de Suffolk, de Salisbury, Marshall, les seigneurs de Scales et de Willoughby, étaient les principaux capitaines du pays d’Angleterre. Jean de Toulongeon, dit le Borgne, maréchal de Bourgogne ; les seigneurs de Vergy, de Vienne, de Rochefort, Renier Pot ; les Savoisiens Guigue de Sallenôves, Amé ou Amédée de Viry, Jean de Digonne, etc., etc., unis aux assiégés (Claude de Chastellux et Guy de Bar), commandaient les troupes placées sous la bannière de Philippe le Bon762.

Ce même jour, les chefs anglais et bourguignons tinrent conseil en commun dans l’église cathédrale de Saint-Étienne. Ils arrêtèrent un programme d’opérations et un ordre général destiné à maintenir entre tous les alliés l’ensemble, l’union et la discipline. Ces dispositions furent publiées à son de trompe à Auxerre. Le lendemain 29, 382l’armée anglo-bourguignonne vint se poster sur la rive gauche de l’Yonne, à Vincelles. Le 30, elle marcha vers l’ennemi, qui occupait l’autre rive et qui cernait la ville de Cravant ; cette journée se passa en observation et en escarmouches763.

Le samedi 31 juillet 1423, eut lieu la bataille de Cravant.

Au lever du soleil, les deux armées étaient en présence, uniquement séparées par la rivière d’Yonne. Une partie des troupes à la solde du roi de France tenait le siège de la ville. L’autre, destinée seule à combattre, était formée en trois corps, qui occupaient autant de mamelons, situés entre la ville et l’Yonne. L’armée anglaise bordait la rive opposée. Précédée de ses archers, la chevalerie avait mis pied à terre764.

Vers midi, les archers commencèrent à passer la rivière, en amont du pont de Cravant, mouillés les uns, jusqu’aux genoux, et les autres, jusqu’à la ceinture. Pendant ce temps un canon, pointé de la rive anglaise, incommodait fort les adversaires de l’autre bord. Ceux qui occupaient le mamelon le plus méridional, se déterminèrent en conséquence à déloger de cette hauteur, et à descendre dans la plaine. En ce moment, le comte de Willoughby tenta d’enlever le pont et de forcer le passage. Les Écossais repoussèrent le premier choc avec tant de fermeté, qu’ils rejetèrent 383les assaillants en arrière. Témoins de ce mouvement, les comtes de Suffolk et de Salisbury auguraient alors, pour le parti anglais, la perte de cette journée. Mais Willoughby rallia ses troupes et cette fois emporta le passage.

La lutte recommença entre la ville et l’eau, sur la rive droite de l’Yonne. Les assiégés de Cravant, exténués de famine, se ranimèrent à la vue de leurs libérateurs. Ils traversèrent, en faisant irruption, les lignes dégarnies des assiégeants et vinrent attaquer l’armée du dehors avec une grande énergie morale. Les troupes confiées au connétable des Écossais se virent ainsi prises entre deux atteintes redoutables. Jean Stuart et les siens déployèrent de nouveau leur mâle courage et une fermeté remarquable. Mais le maréchal de Séverac, Robert de Leire ou de Loré, ainsi que d’autres capitaines, donnèrent lâchement le signal de la retraite. Les routiers de toute nation, qu’ils commandaient, s’enfuirent avec eux et, selon l’expression du héraut Berry, laissèrent les vaillants mourir. La victoire et le champ de bataille demeurèrent aux Anglo-Bourguignons765.

Le maréchal de Chastellux, qui commandait les assiégés, eut le principal honneur de cette journée. Par acte du 16 août 1423, le chapitre de l’église cathédrale d’Auxerre voulut consacrer le souvenir de la part que ce capitaine avait prise à la victoire. En vertu de ce privilège, un service anniversaire était fondé dans l’église de Saint-Étienne. L’aîné de la maison de Chastellux fut reconnu, à perpétuité, chanoine-né de cette cathédrale. 384Comme tel, il avait le droit d’assister à l’office, portant le surplis canonial par-dessus son vêtement habituel, et tenant au poing un faucon, signe de sa gentilhommerie laïque et militaire766.

Les historiens originaux des deux partis se taisent ou ne s’accordent pas entre eux sur l’importance numérique des forces engagées, de l’un et de l’autre côté, dans ce conflit. Au milieu de leurs assertions, sur divers points, très contradictoires, il paraît difficile de fixer en termes précis les proportions respectives des deux armées et les pertes qu’elles subirent. Un seul fait résulte avec évidence de témoignages unanimes : c’est que le dommage éprouvé par les vainqueurs fut insignifiant. Quant aux vaincus, tout semble, au contraire, concourir à démontrer que, supérieurs en nombre à leurs adversaires, ils eurent cependant à essuyer de tout point un préjudice extrêmement considérable767.

William Hamilton, de Hamilton, frère utérin du connétable des Écossais et le fils de ce laird William ; Thomas de Seton, John Pillot, Thomas Stonehampton, un bâtard du roi d’Écosse, périrent sur le champ de bataille. Guérin de Fontaine, Étienne de Chabannes, chevaliers français, y finirent également leurs jours. Le connétable des Écossais, Jean Stuart, commandant en chef de l’expédition, 385eut un œil crevé, ainsi que le comte de Ventadour. Tous deux tombèrent, comme prisonniers, entre les mains de l’ennemi. Les seigneurs de Joyeuse, de Gamaches et du Bellay, le fameux Xaintrailles et beaucoup d’autres capitaines français, écossais, etc., perdirent aussi la liberté. Le bâtard de la Baume, pris par l’ennemi, fut d’abord compté parmi les morts. Mais il survécut, indubitablement, à cette catastrophe de Cravant, dont il fut en quelque sorte le promoteur. Guillaume servait encore en 1426, dans le parti français768.

386Chapitre II
3 juillet 1423 – 17 août 1424.

Le 3 juillet 1423, la reine, Marie d’Anjou, mit an monde un fils, le premier des fruits nombreux que devait porter son union avec Charles VII. Cet enfant naquit à Bourges vers trois heures de l’après-midi. La jeune mère avait à ses côtés sa propre mère, arrivée récemment à la cour. Par honneur pour Yolande, et par son influence, vraisemblablement, le prince nouveau-né fut nommé Louis, en remembrance de S. Loys de Marseille, le saint Louis de la France méridionale769.

Aussitôt, le roi, par lettres closes, manda cette nouvelle à toutes les bonnes villes et à toutes les communautés de son obéissance. En tous ces lieux, notamment à Tournay, des feux de joie et des réjouissances populaires répondirent à cette notification. La gésine (les couches) des reines de France entraînait avec elle un cérémonial presque public et réglé. À cette date, le siégé archiépiscopal de Bourges était vacant : les solennités accoutumées eurent pour théâtre le palais de l’archevêché, qui avait servi de demeure à la reine pour son enfantement. La salle où la princesse-mère se tenait comme en représentation, était 387tendue de drap d’or de Chypre vermeil et d’autres tapisseries, appartenant au duc d’Orléans770.

Le roi de Bourges, comme on voit, ainsi que la reine, vivaient, même à Bourges, d’hospitalité ou d’emprunts. Ce notable événement, toutefois, fut célébré avec autant de pompe ou de luxe, que le comportait la situation financière de la couronne. Au bruit des cloches sonnant à toutes volées, la cérémonie eut lieu dans la cathédrale. Guillaume de Champeaux, évêque-duc de Laon, pair de France, membre du grand conseil, administra le baptême. Le prélat était assisté de Pierre Hutin, chapelain du roi. Celui-ci tenait les deux bassins d’argent ; conformément aux droits de sa charge et à la coutume, il conserva pour son profit la valeur de ces deux joyaux. Les parrains furent Jean duc d’Alençon, prince du sang, et Martin Gouge de Charpaigne, évêque de Clermont (suffragant de Bourges), chancelier de France. Le catéchumène eut pour marraine, une jeune, belle et bonne dame, de la compagnie de la reine, Catherine de l’Île-Bouchard, femme de Hugues de Chalon, comtesse de Tonnerre771.

Les astrologues du temps s’empressèrent d’interroger le ciel à leur manière et de pronostiquer l’avenir du nouveau 388dauphin. Un horoscope latin, composé à cette intention, nous a été conservé. L’enfant, dont ces faux prophètes interprétaient aveuglément la destinée, devait continuer sur le trône la postérité de son père. Par des moyens bien différents, il était destiné à poursuivre l’œuvre monarchique de Charles VII. Cet enfant, depuis, fut Louis XI772.

Le jeune roi continuait de demeurer à Bourges. Il quittait cette résidence à d’assez rares intervalles. Ce n’était pas toutefois pour se montrer aux populations insoumises, ni pour prendre le commandement des armées. Les états de chaque province, les villes fidèles à l’autorité du prince, assemblaient au moins une fois par an leurs comices, et délibéraient sur les demandes de finances, qui leur étaient incessamment adressées. Au mois d’août 1423, les trois états du royaume, réunis à Selles en Berry, votèrent un impôt de 200,000 livres. Le 13 décembre suivant, une aide pour trois années consécutives fut allouée au roi dans un conseil analogue, tenu à Chinon. Le 16 mars 1424, les trois états du Languedoc furent convoqués à Selles. Ils octroyèrent au roi une aide d’un million de livres. Charles VII, assisté de sa famille et de son conseil, présida successivement ces trois assemblées773.

Vers la fin d’octobre 1423, Charles se transporta de Bourges à Tours, accompagné de Marie d’Anjou. Tous deux célébrèrent dans cette ville, non plus comme duc et duchesse de Touraine, mais comme roi et reine de France, 389leur joyeux avènement. Cette cérémonie avait pour conséquence nécessaire des subventions, fournies par les habitants. La ville de Tours présenta au roi dix pipes de vin, dix muids d’avoine, cent moutons gras et cent livres de cire, en cinquante torches. Moindre de moitié, le présent offert à la reine consista dans cinq pipes de vin, cinq muids d’avoine, cinquante moutons et vingt-cinq torches de cire. Le 8 novembre, Charles VII fut reçu, comme roi, à Saint-Martin de Tours. En cette qualité, il prêta un nouveau serment devant le chapitre de cette insigne collégiale774.

Les actes d’administration intérieure, édictés par le prince français, dans cette période désastreuse, se font remarquer par une grande stérilité relative.

Quelques efforts ou prescriptions furent tentés pour opérer progressivement la restauration de la monnaie. Diverses ordonnances promulguées du 3 août 1423 au 10 août 1424, confirmèrent les biens, libertés ou prérogatives de l’abbaye de Beaulieu, près de Loches, de Marmoutier, ou Saint-Martin de Tours ; de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem ; de la Sainte-Chapelle de Bourges ; des villes d’Azat, de La Rochelle, de Poitiers, et de Saint-Jean-d’Angély775.

Le roi rendit une ordonnance le 30 janvier 1424, pour 390casser et renvoyer définitivement de son service tous les capitaines, gens d’armes et de trait quelconques, exceptés les Écossais et Lombards. Cette résolution avait été inspirée au gouvernement royal par les désordres sans nom, il faut le dire, et par l’indiscipline barbare des corps francs. Or, ces milices des pays composaient alors la seule armée nationale. Cependant, au moment même où cette mesure extrême était prise, les Écossais, objet de toute la prédilection royale pour le service militaire, répandaient également la terreur parmi les pays qu’ils défendaient776.

Charles VII ou son conseil, et ce fut l’erreur fatale de cette partie de son règne, portait exclusivement ses yeux, son espoir, du côté de l’étranger. Les épreuves que lui infligeait la Providence affectaient spécialement l’amour-propre du jeune prince, et l’avaient irrité, aigri, rebuté. Charles négligea les ressources profondes que recèle, dans ses généreuses entrailles, un pays tel que la France. Il méconnut des dons, qu’il avait pour ainsi dire sous la main. Il les méconnut jusqu’à demeurer, longtemps encore, insensible et ingrat, lorsque le ciel, par miracle, ouvrit la terre, en quelque sorte, pour faire surgir ces trésors, pour 391les manifester, et pour en combler ce même prince.

Le Portugal, allié à la maison de Bourgogne et ami des Anglais, était en guerre contre la Castille, auxiliaire et confédérée du roi de France. Charles VII, par lettres données en mars 1426, prorogea pour dix ans l’exemption de tous impôts, antérieurement accordée aux Castillans qui venaient trafiquer dans le royaume777.

Le gouvernement français, après la défaite de Cravant, s’était de nouveau retourné vers l’Écosse778. Archibald Douglas, père du connétable Buchan, fut sollicité de venir au secours du roi de France. On lui promit, à titre de récompense, le duché de Touraine. Déjà ce grand apanage avait naguère subi, à titre d’engagement ou de transport, des mutations fréquentes. De là, pour les habitants, des prestations renouvelées, et, sous le rapport administratif, une instabilité désastreuse. À la nouvelle de ce dernier changement, qui leur imposait un prince étranger, les fidèles Tourangeaux s’émurent plus vivement qu’ils ne l’avaient fait jusqu’alors. Ils députèrent auprès du roi, des procureurs, chargés de leurs pouvoirs et de leurs humbles sollicitations. Mais ces délégués arrivèrent trop tard. Les conseillers de Charles VII n’avaient point reculé, précédemment, devant le mensonge officiel, pour leurrer les plaignants, de protestations décevantes. Le duché de Touraine, 392pour la troisième fois dans le cours d’environ une année, fut transporté, par lettres du 19 avril 1424, à ce capitaine d’Écosse. Nos Tourangeaux réclamèrent ; mais des lettres de jussion, et l’admirable esprit qui inspirait à ces populations un humble et patriotique dévouement, firent bientôt évanouir ces murmures779.

Charles VII, par lettres du 16 septembre 1423, envoya une ambassade au duc de Milan. Il confia la charge de cette négociation à l’abbé de Saint-Antoine de Viennois, Artaud de Granval ; personnage considérable par sa prélature et qui paraît avoir joué un rôle politique marquant dans ces temps difficiles780.

L’abbé de Saint-Antoine conduisit heureusement cette affaire. Le 26 février 1424, il conclut au château d’Abbiategrasso, près Milan, un traité avec Philippe-Marie Visconti, duc de Milan. Cet acte inaugura, dans la carrière diplomatique, le règne de Charles VII, qui devait être si fécond, plus tard, en relations de ce genre. Les alliances sur lesquelles pouvait alors s’appuyer le nouveau roi étaient rares et précaires. Le traité du 26 février 1424 servit du moins à les constater et à les réunir en faisceau. L’acte d’Abbiategrasso stipulait une ligue 393offensive et défensive dans laquelle s’obligeaient mutuellement le roi de France, le duc de Milan, le roi de Castille Jean II, le roi d’Écosse781, le roi Louis III de Sicile ; le duc d’Orléans, le comte d’Angoulême, le duc de Bourbon782 et son fils ; le duc d’Alençon ; René d’Anjou et Charles, frères de Louis III ; le comte Jean d’Armagnac ; Richard de Bretagne ; Charles II, sire d’Albret ; la reine Jeanne de Naples ; Amédée VIII, duc de Savoie ; Jean-Jacques, marquis de Montferrat, marié à Jeanne de Savoie, fille d’Amédée VII ; Francesco Foscari, doge de Venise ; Nicolas III, marquis d’Est, et enfin Jean-François de Gonzague, marquis de Mantoue783.

Benoît XIII anti-pape étant mort, le gouvernement de Charles VII résolut de se rallier à Martin V. Au mois d’avril 1424, durant les fêtes de Pâques, une ambassade solennelle qui comptait onze cents chevaux, entra dans Rome et vint faire obédience, envers le souverain Pontife, au nom du roi de France784.

Les actes administratifs du gouvernement anglais portent le caractère d’une politique plus activé, plus vigilante, en ce qui concerne les intérêts positifs et généraux des populations. On y voit fonctionner un pouvoir qui dicte ses lois du sein de la capitale ; une autorité exercée par des mains fermes ; un pouvoir habile à faire peser, sur des vaincus, une domination savamment calculée.

394Les Anglais, maîtres de la France du nord et rois par la grâce de la force, auraient pu lever, de leur autorité, les tributs que le vaincu, d’ordinaire, paye au victorieux. En matière d’impôts, le traité de Troyes stipulait que les anciennes coutumes de la nation seraient respectées. Les populations elles-mêmes voulaient maintenir l’ordre matériel, indispensable à toute administration publique. Par là, elles étaient portées à consentir spontanément les subsides qui devaient leur assurer ces bienfaits élémentaires. Habitués d’ailleurs à la pression douloureuse et violente du mécanisme financier de la monarchie, les timides représentants des institutions populaires se montraient, en général, de composition peu redoutable. Le gouvernement de Bedford rendit à la morale, à la foi jurée, cet hommage, auquel ses intérêts prêtaient un appui tout à fait identique : les états généraux et provinciaux furent conservés. Ils lui servirent à battre monnaie. Les Anglais remplirent exclusivement jusqu’aux moindres charges militaires. Mais les vainqueurs abandonnèrent aux Français la majorité des offices administratifs, qui touchaient à l’assiette et à la perception des finances785.

Les ordonnances rendues au nom du gouvernement d’Henri VI font partie d’un grand recueil historique, connu sous ce même titre. Nous pouvons donc nous dispenser d’en reproduire ici l’analyse. Il nous suffira de 395rappeler les matières principales qui en forment le sujet.

Indépendamment de la question, sans cesse renouvelée, des monnaies, les édits émanés de l’autorité anglaise, à cette époque, sont relatifs à l’organisation de l’ordre judiciaire inférieur, ou juridiction du Châtelet ; à l’exercice de la chirurgie dans la capitale ; aux courtiers de chevaux ; à la police extérieure des mœurs dans Paris ; aux spéculations sur les rentes hypothécaires à la draperie de Beauvais, à l’union des chambres des comptes de Caen et de Paris ; à la draperie de Rouen ; et autres objets semblables. Un diplôme, en date du mois d’août 1424, confirme les privilèges de la marine portugaise, qui venait commercer à Harfleur786.

La Loire formait alors la limite septentrionale et orientale des états de Charles VII. Elle circonscrivait ainsi le théâtre d’incessantes hostilités. La guerre sévissait toujours sur la rive droite de ce fleuve, ou sur quelques points de son long parcours.

Après la bataille de Cravant, les Anglais s’emparèrent des châteaux de Coucy et de la Roche. Le comte de Salisbury marcha de nouveau sur la Champagne, et le comte de Suffolk sur le Nivernais, pour disputer aux troupes de Charles VII la possession intégrale de ces provinces. Un mouvement tenté par les Français, du côté de Guise, fut repoussé avec perte. Vers le mois de décembre 3961423, Perrinet Grasset, Bourguignon, leur enleva la Charité-sur-Loire. Compiègne, pris et repris, tomba au pouvoir des ennemis. La Fère en Tardenois capitula le 14 février 1424. Sur la fin du même mois, Montaiguillon787 en Champagne et le Crotoy, citadelle de Jacques d’Harcourt, se rendirent aux Anglais788.

Jacques d’Harcourt, jusque dans ces derniers temps, avait porté haut et honorablement le drapeau de son parti. Les Anglais vinrent assiéger définitivement le Crotoy à la Saint-Jean (24 juin) 1423. Se voyant assailli par des forces supérieures, Jacques d’Harcourt s’avisa d’un heureux stratagème. Pendant la nuit, il simula une sortie. En ce moment, deux de ses émissaires traversaient la ligne des assiégeants, sans être aperçus. Ces envoyés se rendirent à Bourges auprès du roi, qui leur promit du secours. Mais bientôt les sollicitations du bâtard de la Baume et la malheureuse expédition de Cravant ne permirent pas à Charles VII, ou, à son conseil, de réaliser cette promesse789.

Jacques d’Harcourt, instruit de ces faits, désespéra de la situation. Il capitula le 5 octobre et s’obligea de rendre la place, au plus tard le 4 mars suivant, si d’ici là, selon la formule d’usage, il n’était point secouru. Sous ce rapport, le défenseur du Crotoy ne conservait pour 397ainsi dire aucune illusion. Il partit vers la fin d’octobre, peu après la signature du traité. Ce contrat stipulait, en faveur du capitaine français, une retraite accompagnée des honneurs de la guerre. Jacques s’y réserva également le droit de continuer à défendre sa cause au delà des rivières de Seine et de Loire. Sept navires de la marine du Crotoy lui étaient assurés pour son transport.

Il commença par envoyer ses deux frères Jean d’Harcourt, évêque d’Amiens, et Christophe d’Harcourt, en Hainaut, pour y prendre et ramener ses enfants, qui habitaient cette province. Dans l’intervalle, Jacques vendit à Abbeville et ailleurs tout ce qu’il possédait. Ayant ainsi réalisé sa fortune, il la chargea sur ses navires et s’embarqua lui-même, suivi d’une certaine compagnie de gens d’armes790.

Jacques d’Harcourt avait épousé en 1417 Marguerite de Melun, seule fille et héritière de Guillaume de Tancarville, vicomte de Melun, seigneur de Montreuil-Bellay en Anjou, grand bouteiller de France, mort à la journée d’Azincourt. Ses enfants l’avaient précédé à Montreuil-Bellay791. Pour ce qui est de Jacques, il cingla d’abord vers le Mont-Saint-Michel en Normandie. Le capitaine fit une station dans ce poste, qui obéissait au roi de France. Puis, poursuivant sa route par le littoral de l’Océan, il remonta la Loire et vint rejoindre sa famille à Montreuil. De là, il prit le chemin du Poitou792.

398Marguerite de Melun était la propre nièce de Jean Larchevêque, seigneur de Parthenay en Poitou. Le riche héritage de ce grand feudataire devait un jour appartenir aux enfants de Jacques et de Marguerite. Le seigneur d’Harcourt se rendit à Parthenay, auprès de son oncle d’alliance. Jean Larchevêque, avancé en âge, avait essuyé dans sa province toutes les vicissitudes de la guerre civile. Il tenait et avait toujours tenu pour la cause bourguignonne. Jacques d’Harcourt sonda les sentiments du vieillard, et tenta de l’émouvoir à embrasser le parti du roi Charles. Le sire de Parthenay repoussa les ouvertures de son neveu, ainsi que ses instances. Il congédia le comte, après lui avoir témoigné d’ailleurs la plus cordiale et la plus gracieuse hospitalité793.

L’hôte éconduit se rendit alors à la cour de Charles VII, qui résidait à peu de distance. Après avoir conféré sur ce sujet, avec le conseil royal, il retourna, suivi d’une compagnie de gens de fait, armés en guerre, à Parthenay. Mais le sénéchal, averti, se tenait sur ses gardes. Jacques d’Harcourt posa une embûche aux portes de la ville. Puis il se présenta de nouveau près de Jean, qui lui fit le même accueil que par le passé.

En sortant de table, le capitaine interpella son amphitryon et le somma de lui livrer ce que Jacques appelait son héritage. Sur le refus du sénéchal : Bel oncle, lui dit Jacques, je vous fais prisonnier du roy ! À ces mots, il mit la main sur Jean Larchevêque. Les compagnons du capitaine tirèrent leurs épées. Beau neveu, répliqua le vieillard, gardez que vous faites ! Pendant que les assaillants cherchaient à s’emparer de Jean Larchevêque et 399de ses officiers, une cloche, mise en mouvement par de fidèles serviteurs, se fit entendre794.

À ce signal convenu, des soldats apostés par le sire de Parthenay, les hommes de la ville, accoururent en foule. Jacques d’Harcourt, à son tour assiégé, poursuivi, se réfugia dans la salle basse d’une tour étroite, où se trouvaient quelques harnois de bataille. Il eut d’abord les deux cuisses percées d’un coup de lance, qui lui fut porté, du dehors, à travers une lucarne. Les soldats de Jean Larchevêque pénétrèrent enfin dans sa retraite et le mirent à mort, lui et vingt-sept de ses compagnons795. Jacques d’Harcourt termina ainsi, misérablement, dans une expédition au moins équivoque, la noble carrière qu’il avait jusque-là fournie.

Quand le terme du 4 mars fut expiré, le Crotoy, demeuré sans défense, tomba au pouvoir des Anglais. Rue et Abbeville éprouvèrent le même sort. Noyelles et Saint-Valéry furent rasés796. Le parti de Charles VII ne subit pas toutefois sans compensations ces pénibles revers de la fortune. En, août 1423, les Anglais et Bourguignons furent défaits dans une rencontre près de Bourges. Le 17 du même mois, eut lieu la journée de Bussières, près Mâcon. Jean de Toulongeon, maréchal de Bourgogne, y fut pris avec cent soixante chevaliers ou écuyers de nom. Cette capture importante servit de base à un échange, dans lequel le connétable des Écossais et le comte de Ventadour, prisonniers de Cravant, recouvrèrent la liberté797.

400Le 26 septembre, Jean VIII d’Harcourt, comte d’Aumale, remporta la victoire dite de la Brossinière ou de la Gravelle, au Maine798.

Yolande d’Aragon, reine de Sicile, habitait le château d’Angers. Elle fut informée que le comte de Suffolk, suivi d’environ trois mille hommes, venait de s’établir à Segré en Anjou. De là, il portait ses ravages dans les alentours. La reine avertit aussitôt Ambroise de Loré. Ce dernier accourut à Tours, se concerter avec le comte d’Aumale, lieutenant pour le roi dans ce district militaire. Une expédition fut immédiatement dirigée sur le point indiqué799.

Anne de Laval (fille de Jeanne de Laval, veuve du grand Du Guesclin), était dame du lieu où allait se passer cette action. À la demande du comte d’Aumale, Anne lui envoya son fils, André de Laval, pour y faire ses premières armes. L’aïeule, en se séparant de son petit-fils, lui ceignit elle-même l’épée qu’avait portée l’illustre connétable et lui dit : Dieu te fasse aussi vaillant comme celui à qui ceste épée estoit800 !

Le futur maréchal de Lohéac, André de Laval, âgé, de douze ans801, dit-on, reçut à la Gravelle, l’ordre de chevalerie sur le champ de bataille.

401Ambroise de Loré, le bâtard d’Alençon, Jacques de Montenay, Louis de Tromargon, Jean de La Haye, baron de Coulonces, et beaucoup d’autres, se distinguèrent parmi les Français, aux côtés du capitaine-général. La journée, inaugurée sous les auspices de Du Guesclin, fut heureuse. Les Français remportèrent un avantage complet et signalé. Les Anglais perdirent au moins quinze cents morts802 et trois ou quatre cents prisonniers. Parmi ces derniers, se trouvaient le commandant en chef des forces ennemies, John Pole, son frère, et la plupart des capitaines anglais, qui gardaient les villes et châteaux de la Normandie803.

La victoire de la Gravelle causa, dans le parti royal, une impression de joie d’autant plus vive, qu’il était moins accoutumé à de pareils succès. Charles VII, en ce moment, habitait le château de Loches. Le 28 au soir, il fut informé de cet heureux événement. Le lendemain 29, il écrivit aux autorités de Lyon, pour leur transmettre cette nouvelle, en les invitant à la propager autour d’elles. Jean d’Harcourt, comte d’Aumale, fit vœu d’élever une chapelle commémorative sur le lieu même de la bataille. Le roi, quoique pauvre, contribua, par lettres du 27 octobre, à cette 402fondation, pour une somme de 4, 050 livres tournois804.

Le vainqueur de la Gravelle, poursuivant sa marche, se porta devant Avranches et tenta le siège de cette ville, mais sans y réussir. De là, il poussa jusqu’à Saint-Lô et retourna, muni de quelque nouveau butin, dans le Maine. Le 3 octobre suivant, Poton de Xaintrailles s’empara de la ville de Ham sur la Somme805.

Au printemps de 1424, les parties belligérantes se disposèrent à se porter réciproquement de nouvelles atteintes. L’archevêque de Reims, Regnault de Chartres, venait, pour fruit de son ambassade en Écosse, de ramener au roi le comte de Douglas, accompagné de dix mille Écossais. Le duc de Bedford reçut également des recrues d’Angleterre. Jean de Lancastre n’avait cessé de parlementer auprès de Jean VI, duc de Bretagne. Il témoigna une incessante condescendance au duc de Bourgogne, afin de maintenir intacte l’alliance que l’un et l’autre avaient formée806.

403Cependant la reine Yolande reprenait, de son côté, l’ascendant de son influence et le cours de ses rapports affectueux avec son parent et allié, le duc de Bretagne. En novembre 1423, l’éloquente princesse résidait à Nantes, entourée des hommages et de l’hospitalité de Jean VI. Quelques mois plus tard, selon le témoignage de Berry le héraut, les ports de Bretagne s’ouvrirent au débarquement des Écossais, auxiliaires du roi de France807.

Le légat du pape Albergati, cardinal de Sainte-Croix, tentait au nom du Saint-Père, des efforts vraiment religieux, pour rétablir la paix entre la France et l’Angleterre. En même temps, le duc Amédée de Savoie poursuivait ses instances auprès de Philippe le Bon, afin de réconcilier ce prince de la fleur de lis avec la couronne. En Bourgogne même, Charles VII comptait aussi d’autres partisans dont l’aide ne devait pas lui être inutile808.

Odette de Champdivers, la petite reine, était originaire de cette contrée. Une fille, nommée Marguerite naquit, vers 1407, de sa liaison avec le roi Charles VI. Tant que ce prince vécût, les ressources ne manquèrent pas à la compagne de sa vie souffrante et intime. Odette reçut en présent deux beaux manoirs, ainsi que toutes leurs dépendances et leurs revenus ; l’un sis à Créteil et l’autre à Bagnolet près Paris. En 1418, le roi alloue à Odette et à sa fille devenue grande, les produits du péage 404de Saint-Jean de Lône et du rouage809 de Troyes. Par acte de 1422, une somme annuelle de cinq cents livres, sur le péage de Saint-Jean de Lône, devait être spécialement et viagèrement attribuée à la princesse Marguerite810.

Charles VI étant mort, Odette de Champdivers se retira en Bourgogne, à Saint-Jean de Lône, près Champdivers, terre patrimoniale de sa famille. Mais bientôt l’Anglais mit la main sur le domaine de Charles VI. Le péage de Saint-Jean de Lône (8 septembre 1423) fut transporté à Philippe le Bon. Odette ruinée se tourna vers le duc de Bourgogne. Elle demanda et obtint quelques secours. En octobre 1423, le duc accordait à la mère de Marguerite, une libéralité de vingt livres ; puis, en décembre, pour elle et sa fille, autre libéralité : trente livres !

La honte finit par monter au front des suppliantes, Charles VII, dans son enfance, avait parfaitement connu, à Paris la petite reine. Sa sœur naturelle, Marguerite, avait grandi devant ses yeux. À cette époque, les liens du sang unissaient dans un étroit faisceau les membres de la famille, légitimes ou autres. Ces traditions vivaient et s’observaient particulièrement au sein de la dynastie royale. L’intérêt froissé, l’humiliation, éveillèrent, dans le cœur de ces deux femmes, des sentiments d’un ordre plus élevé. Une cause plus grande que la leur et non 405moins juste, la cause de la France et du fils de Charles VI, émut leur sympathie. Marie de Berry, duchesse de Bourbonnais, gouvernait ce duché, en l’absence de son mari, le duc Jean, prisonnier des Anglais depuis la journée d’Azincourt. La princesse Marie avait aussi l’âme française. Odette et Marguerite nouèrent des intelligences avec la cour de Bourges, avec la duchesse Marie. Elles ourdirent une conspiration, dont le réseau s’étendait jusqu’en Suisse. François Surrat, marchand de Genève, c’est-à-dire banquier, prêtait de l’argent au roi de France et comptait au nombre des affiliés811.

Dans les premiers jours d’avril 1424, Odette habitait Dijon. Là, se trouvait également de passage, frère Étienne Charlot, natif du Bourbonnais et cordelier du couvent de Beuvray-lès-Autun. Frère Étienne était un émissaire secret, envoyé par Charles VII, pour épier les mouvements politiques et militaires de Philippe le Bon. Odette, instruite de sa présence, lui dépêcha son écuyer, qui pria ce religieux de venir la trouver. Le moine et Odette conférèrent ensemble au logis de la petite reine. Odette de Champdivers apprit à l’envoyé que des notables de Lyon avaient secrètement vendu cette cité au comte de Salisbury. Né sujet du duc de Bourbon, lui dit-elle, portez en toute hâte ces nouvelles à madame de Bourbon.

Le cordelier se rendit aussitôt près de la duchesse, au manoir de Chantelle812. Cette princesse le dirigea sans délai sur Bourges, porteur d’une lettre. Charles VII, 406ayant pris connaissance de la dépêche, écrivit immédiatement au sénéchal et autres autorités de Lyon. La ville fut ainsi préservée du péril. En même temps, le roi expédia un gentilhomme à madame Odette, pour lui répondre et pour lui adresser de nouvelles instructions.

Le 10 avril 1424, au moment où le Franciscain rentrait à son couvent, il fut arrêté et interrogé. Conduit, le 26, à Dijon, pour être confronté avec Odette, il subit devant le bailli de cette ville un nouvel interrogatoire. Le même jour, mademoiselle de Champdivers et sa fille étaient appelées également en justice. Mais on y mit plus de forme que pour le religieux. Ainsi qu’il était d’usage, lorsqu’un témoin appartenait au sang royal, Odette et Marguerite comparurent devant le chancelier de Bourgogne, assisté du grand conseil de Philippe le Bon.

Toutes deux surent ménager, avec un art vraiment féminin, le duc bourguignon, dont l’aide parcimonieuse leur était encore indispensable. Elles déployèrent toutefois, dans cet interrogatoire, beaucoup d’intelligence et de fermeté. Elles confirmèrent les aveux du cordelier, revendiquant la droiture des sentiments qui avaient guidé leur conduite. Odette déclara enfin qu’ayant perdu tout son bien et celui de sa fille, elle ne vouloit pas perdre son âme ; et se justifia hautement de ce qu’elle avait fait.

Nicolas Raulin, chancelier de Bourgogne, prêtait, dans ce temps même, une oreille favorable à l’intervention du duc de Savoie en faveur du roi de France. Odette et sa fille recouvrèrent leur liberté. Au mois de septembre 1424, l’une et l’autre habitaient encore la Bourgogne. Mais douze 407mois ne s’étaient pas écoulés, qu’elles avaient trouvé un asile en Dauphiné, sur le domaine propre du prince Charles, dans cette noble contrée, si fermement unie, de tout temps, à la cause nationale.

Odette disparaît dès lors ; et, probablement, elle mourut bientôt, dans un pénible état d’abandon et de détresse. Mais sa fille, Marguerite de France, devait lui survivre. Charles VII ne l’avait point perdue de vue : il ne tarda pas, comme nous le dirons prochainement, à lui donner les marques d’une véritable sollicitude813.

Les deux armées reprirent la campagne au printemps de 1424. Charles VII avait convoqué son ban à Jargeau pour le 15 mai. Les états de Languedoc accordèrent une nouvelle aide de 150,000 livres, et ceux de Dauphiné un subside de quatorze mille florins. La Saintonge s’imposa une contribution analogue. Au moment où le roi licenciait les milices des pays, il donna, par exception, une marque de spéciale confiance à sa fidèle province du Dauphiné. Le gouverneur Randon de Joyeuse assembla les gentilshommes : il avait ordre de répondre à l’appel du prince, suivi de deux cents hommes d’armes. Randon en amena plus de mille814.

Malgré les efforts et les prouesses de La Hire, de Xaintrailles et de Raoulet, en Picardie, les Français éprouvèrent de nouvelles pertes, faiblement compensées par quelques succès815.

408Oisy en Thiérache, près de Laon, se rendit le 6 mai 1424 aux Anglais. Sézanne fut assiégée du 6 avril au 24 juin, par le comte de Salisbury et le seigneur de Châtillon, capitaine bourguignon qui commandait, sous les ordres de l’Anglais, en Champagne. Cette petite ville avait pour défenseur un écuyer du pays, nommé Guillaume ou Gille Marin, d’une bravoure éprouvée. Le capitaine était assisté de Roger de Criquetot, chevalier normand. Trois ou quatre cents combattants, au plus, composaient les forces des assiégés. L’ennemi, après avoir bombardé la ville, leur proposa de capituler : mais tous refusèrent de se faire Anglais.

Salisbury alors donna l’ordre de creuser la mine. Pressés par cette extrémité, les assiégés se précipitèrent au dehors, en opérant contre les assiégeants une irruption des plus meurtrières et désespérées816. Il fallut toutefois céder à la force et au nombre. Gille Marin et plus de deux cents de ses compagnons d’armes périrent dans cette rencontre. Criquetot et les autres demeurèrent prisonniers. Les Anglais entrèrent dans la ville, pillèrent les biens, violèrent les femmes et démolirent les fortifications de la place.

Gaillon en Normandie, dont le célèbre château appartenait à l’archevêque de Rouen, fut pris par les Français, le 16 avril et assiégé par les Anglais le 10 mai. Ceux-ci, le 8 juillet, s’en emparèrent définitivement et rasèrent la forteresse. Vers le même temps, Nesles-en-Tardenois, Braine, Pont-Arcy, Tours-sur-Marne, La Folie, Basoches en 409Champagne, furent le théâtre de semblables hostilités817.

Cependant, les Anglais occupaient au Bec-d’Allier, confluent de cette rivière avec la Loire, une place forte nommée Cuffy. De ce point frontière, les Anglo-Bourguignons causaient de grands dommages au roi Charles. Une expédition, dirigée contre Cuffy-sur-Loire, fut confiée à l’amiral de France, Louis de Culant. Ce haut personnage militaire avait sous ses ordres le vicomte de Narbonne, Borno Cacaran et Théodore de Valpergue, Lombards ; le fameux Rodrigo de Villandrando, Castillan, qui paraissait pour la première fois au delà du Rhône, et d’autres étrangers. La place de Cuffy se rendit par traité au roi de France. Deux forteresses, la Guerche et Thuisy-en-Nivernais, situées dans le voisinage de Cuffy furent également recouvrées par les Français818.

En 1424, le château d’Ivry819 en Normandie redevint aussi français. Cette place forte, avec le titre de comté, appartenait au prince Arthur de Richemont, qui les tenait en fief du roi d’Angleterre. Géraud de la Pallière, capitaine gascon, s’en empara pour le roi Charles VII. Suffolk, par ordre du duc de Bedford, vint y mettre le siège le 15 juin. Quatre cents hommes composaient seuls toute la garnison. Le 5 juillet, Géraud capitula. Il promit 410conditionnellement de rendre la place au 15 août et fournit, comme garantie, dix otages. En même temps, il écrivit au roi pour lui demander du secours820.

Le conseil assemblé résolut de porter la guerre de ce côté. Des gens d’armes furent mandés de toutes parts. Le duc de Touraine, assisté du connétable Buchan, partit de Tours, suivi des Écossais. Ils se portèrent vers Châteaudun, où s’opéra leur jonction avec le duc d’Alençon, le comte d’Aumale, le vicomte de Narbonne, et le maréchal de la Fayette. Tous se dirigèrent ensuite par Bonneval, Chartres, Dreux, et vinrent se poster à Nonancourt. En traversant le pays ennemi, ces troupes désordonnées exercèrent toutes sortes de ravages. Arrivés à Nonancourt, les chefs de l’expédition envoyèrent devant Ivry des coureurs, pour éclairer et reconnaître la place. Ceux-ci retournèrent bientôt, annonçant que le duc de Bedford en personne assiégeait Ivry, avec toutes les forces de l’occupation. Les assiégeants s’étaient en outre fortifiés dans une position naturellement inexpugnable821.

À ces nouvelles, en dépit des promesses, formelles et scellées, de secours, que Géraud de la Pallière avait entre les mains, les capitaines passèrent outre, abandonnant le siège d’Ivry. Au lieu de marcher au nord-est vers cette place, ils firent diversion au sud-ouest et prirent Verneuil aux Anglais, par stratagème. Des Écossais contrefirent des prisonniers ou blessés anglais. Ils se teignirent de sang 411à plaisir, comme faisaient les Malandrins dans les cours des Miracles et se lièrent par des cordes à la queue des chevaux822.

Dans cet équipage, ils se présentèrent aux portes de Verneuil, poussant de grandes lamentations et s’écriant, à hante voix, dans le meilleur anglais possible, que le régent Bedford et ses gens venaient d’être exterminés par les Français devant Ivry. Verneuil faisait partie du domaine ou héritage du jeune duc d’Alençon, qui était aussi comte du Perche. Jean, duc d’Alençon, se trouvait parmi les capitaines assiégeants. À la vue de leur seigneur naturel, les habitants n’hésitèrent plus. Les portes de la ville, puis du château, s’ouvrirent au duc et au roi de France823.

Cependant Géraud de la Pallière, au jour dit (15 août), évacua le château. Bedford, après avoir pris possession de la place, continuait d’occuper fortement sa position, attendant toujours ses adversaires. Comme il ne les voyait point paraître, il envoya le comte de Suffolk en éclaireur. Ce lieutenant, orienté par des épies, s’avança progressivement à Damville et à Baiseux824, puis à Breteuil-en-Perche. Bedford, pendant ce temps, s’était établi à Évreux825.

De leur côté, les chefs qui occupaient Verneuil au nom 412du roi, mirent sur les champs Guillaume de Peliège, capitaine expérimenté du Berry. En chevauchant pour explorer le pays, Guillaume rencontra un religieux, qui avait, le matin, chanté la messe devant le duc de Bedford. Conduit au camp, ce religieux annonça que le régent anglais marchait sur Verneuil, avec toutes ses forces826.

Le 17 août 1424, les deux armées furent en présence, sous les murs de cette ville. Forte d’environ quatorze mille hommes, l’armée du duc de Bedford se composait d’Anglais et des gens du commun, fournis par les diverses contrées de la France soumises à l’étranger. Tels étaient les contingents de Paris, Rouen, Chartres, Senlis ; de la Normandie, de la Picardie et autres. Toutefois une portion des nobles de Normandie, sans s’arrêter au danger de perdre leurs fiefs et même la vie, désertèrent, ce jour même, le drapeau anglais et se refusèrent à combattre le roi de France827.

L’armée anglaise, très aguerrie et disciplinée, comptait dans son sein huit mille de ces archers, qui s’étaient, depuis plus de cent ans, montrés si redoutables, en mainte occurrence, et qui jouissaient d’une renommée européenne. Elle avait pour commandants, les chefs de guerre bourguignons les plus accrédités et l’élite des capitaines anglais : les comtes de Suffolk, de Warwick, de Salisbury, Scales, Talbot, etc. etc.828

Supérieure en nombre, l’armée qui soutenait la cause 413de Charles VII, s’élevait au moins à vingt mille combattants. Les Français proprement dits, Dauphinois, Bretons et autres, en formaient la minime partie. On y voyait, dans une plus forte proportion, des Espagnols et des Lombards. Les Écossais enfin composaient le fond principal. Dans son ensemble, cette multitude, incohérente et mal armée, n’avait ni unité, ni discipline. Le sentiment moral qui, seul, mérite en fait de guerre, l’estime et l’intérêt, n’existait point pour la masse de ces soldats rassemblés. Les Écossais étaient des troupes très braves, pleines d’audace et qu’animait contre les Anglais une haine de frères, la plus fanatique et la plus inexorable. Mais leur courage offrait tous les périls de la fougue sans frein, sans mesure, et de la témérité829.

Parmi les chefs placés à la tête de ces forces, il faut citer les comtes de Douglas et de Buchan, Borno Cacaran, le duc et le bâtard d’Alençon, les comtes d’Aumale, de Tonnerre et de Ventadour ; le vicomte de Narbonne, La Fayette, La Hire, Xaintrailles, Le Roussin ou Roncin, le seigneur de Graville, etc. Après s’être emparés de Verneuil, les capitaines avaient délibéré sur la ligne de conduite qu’ils devaient tenir. Affronter en bataille rangée les Anglais et leurs formidables archers, était une imprudence que déconseillaient à la fois l’expérience et la raison. C’est ce que reconnut tout d’abord la meilleure et la plus saine partie du conseil. L’avis contraire fut émis avec chaleur par les Écossais. Ces derniers eurent pour échos ou pour appui, quelques jeunes gentilshommes français de grande volonté 414et courage, mais qui n’avoient pas cognoissance des faits de guerre et qui venoient droit de leurs maisons830.

Les Écossais jouissaient de l’omnipotence. D’ailleurs, pendant ces débats, l’ennemi était à quatre lieues de distance et en marche. Il n’y avait plus qu’à combattre. L’armée de Charles VII se forma en un seul corps, sans avant-garde et flanquée de deux ailes. Le corps principal ou bataille devait agir à pied. Placée à droite et à gauche, la cavalerie avait pour mission de tourner l’ennemi à un moment favorable et de rompre les redoutables archers. L’une des ailes fut confiée à Cacaran, Valpergue et Lurquin Ruz, Lombards. Elle était placée près du lieu patibulaire de la ville ou justice. Le baron de Coulonces, Xaintrailles, La Hire et le Roussin eurent la charge de l’autre aile, qui se déployait du côté de la forêt831.

Le duc de Bedford rangea également son ost en un seul corps de bataille, marchant à pied. Les chevaux, les vivres, un peu d’artillerie et le reste du charroi, furent placés à l’arrière, sous la garde des pages et varlets. Ce vaste carré était bordé de tous côtés par des archers. Chacun de ces soldats, sur le front de bandière, plaça devant lui en terre un pieu aigu et fixé obliquement. Ainsi fut formée une palissade qui présentait toutes les pointes à l’ennemi. Le régent de France, durant cette campagne, marchait à la tête des troupes. Vêtu d’une robe de velours bleu, il portait à la poitrine une grande croix blanche ou croix de France, sur laquelle se dessinait, 415un peu plus petite, la croix rouge d’Angleterre. Quatre bannières, sans compter sa bannière propre, le précédaient, confiées à un pareil nombre de chevaliers. Deux de ces enseignes offraient les armes de France, pleines sur la première, et sur l’autre, écartelées d’Angleterre, pour signifier aux yeux de tous la réunion des deux couronnes832.

Arrivé près de la justice de Verneuil, Bedford reconnut le général écossais, duc de Touraine. Il lui envoya un héraut pour le complimenter et l’inviter à boire. Douglas répondit dans les mêmes formes à cet acte de courtoisie. Puis les deux batailles marchèrent à la rencontre. Le vicomte de Narbonne, s’élançant avec une pétulance méridionale, ne put être suivi qu’avec peine des chefs écossais. Ces derniers toutefois étaient jaloux d’aborder les premiers. Les Anglais, au contraire, s’avançaient pesamment et lentement, mais en bon ordre, conservant leur assiette et ménageant leurs forces. Quand la jonction eut lieu, déjà les Écossais et les Espagnols arrivaient presque hors d’haleine et débandés833.

Il était trois heures de l’après-midi, lorsque le cri universel et accoutumé des Anglais se fit entendre. Le vicomte de Narbonne alla frapper au centre, contre le comte de Salisbury, qui soutint, en ce jour, le principal effort et le 416poids le plus lourd de la bataille. L’aile des Lombards attaqua l’un des coins du carré anglais, sans réussir à l’entamer. Repoussés de ce côté, les Italiens tournèrent en effet l’ennemi, comme il leur avait été ordonné. Ils parvinrent à pénétrer en partie jusqu’au charroi et autres impedimenta. Mais les archers qui défendaient cette face ne leur permirent pas de désorganiser le carré. Les Lombards, avides surtout de pillage, se souciaient médiocrement de l’issue générale. Ils tuèrent des pages, détachèrent quelques chevaux et se chargèrent de butin. Puis, se voyant harcelés cruellement par les archers, ils s’enfuirent, de toute la vitesse de leurs coursiers, dans la direction de Chartres. Les Lombards abandonnèrent ainsi sans retour le champ de bataille834.

L’aile des Français, conduite par La Hire, Xaintrailles, etc., entama l’ennemi, le culbuta et traversa le carré de part en part, en lui causant un dommage effroyable. Mais parvenus à la seconde extrémité, ou à l’issue de cette trouée, les cavaliers qui composaient cette aile, crurent à la déroute des Anglais. Ils se détournèrent à la poursuite des fuyards, qu’ils chassaient devant eux. Leur départ priva le reste des combattants d’une précieuse assistance. Parmi les capitaines de cette aile, se trouvait le baron de Coulonces, qui devait exercer le commandement, comme lieutenant du roi. Une querelle de préséance s’éleva entre lui et le duc d’Alençon. Forcé de céder le pas au prince du sang, ce chevalier quitta la place en présence de l’ennemi. Pendant toute la durée du conflit, il se tint avec sa compagnie, 417sur un monticule, témoin immobile de la bataille835.

L’infanterie de Charles VII, ou les combattants à pied, se virent ainsi réduits à leurs propres forces et privés du secours qu’ils attendaient de la cavalerie, contre les archers. Les Anglais de la face antérieure et du centre s’étaient couchés dents contre terre, au passage des cavaliers. Une fois délivrés de cette arme spéciale, ils se remirent debout et recommencèrent la lutte. Les archers de l’arrière, après avoir vu fuir les Lombards, se rallièrent avec les archers de la ligne antérieure. Aux cris de Saint-Georges d’une part et de Saint-Denis de l’autre, la mêlée s’établit entre les Anglais et leurs ennemis.

Pendant trois quarts d’heure, la lutte se balança des deux parts, avec une telle puissance que l’issue resta indécise. Le duc de Bedford, tête énergique couronnant un robuste corps, dominait les siens de la pensée comme du geste. Armé d’une hache d’armes qu’il agitait à deux mains, il était le centre qui attirait à lui le principal effort de l’attaque. Le comte de Douglas, notamment, dirigea ses continuels efforts vers le point où il apercevait le duc, afin de lui répondre en personne, au sujet du message que lui avait apporté le héraut. Le redoutable Bedford, frappant de mort tous ceux qui l’approchaient, demeura comme invulnérable et inaccessible836.

Un instant la bannière de Saint-Georges fut foulée aux pieds. Les Anglais plièrent, et la victoire sembla pencher 418pour leurs adversaires. Mais bientôt l’étendard fut relevé. L’ordre et le sang-froid se rétablirent parmi les soldats. Partout, les Écossais engagés dans le combat déployèrent une bravoure admirable et luttèrent jusqu’à l’extermination. Les Dauphinois et la plupart des capitaines français méritèrent les mêmes éloges. L’avantage enfin se décida du côté des Anglais. Le sang coulait par grands ruisseaux. D’après les historiens du temps, la journée de Verneuil fut l’une des plus imposantes et des plus meurtrières qui pussent être citées de mémoire d’homme837.

Plus de neuf mille combattants, au dire des hérauts, périrent du côté de Charles VII. Presque tous appartenaient à la nation d’Écosse. Cette victoire coûta aux Anglais environ quatre mille hommes. Les vainqueurs firent en outre quelques centaines de prisonniers. Au nombre de ces derniers, se trouvèrent le maréchal de la Fayette, les seigneurs de Gaucourt et de Mortemart, Antoine de Chabannes, page du comte de Ventadour, etc. Xaintrailles, menacé dans la déroute, dut son salut à la vitesse de son cheval. La plupart des chefs de l’expédition succombèrent838.

Ainsi finirent le comte de Buchan, connétable de France ; Archibald Douglas, duc de Touraine ; James, son fils ; les comtes d’Aumale, de Tonnerre, de Ventadour ; Guillaume, le dernier des vicomtes de Narbonne de la maison de Lara ; Perron de Luppé ; Antoine de Sourches, sire de Malicorne ; 419Le Roussin, Louis de Bracquemont, Gilles de Gamaches, les seigneurs de Montenay, de Graville, etc., etc. Le vicomte de Narbonne fut exhumé d’un fossé où il gisait sans vie. Jean, duc de Bedford, néanmoins, pour complaire à Philippe le Bon, fit pendre le noble vicomte, comme ayant participé en 1419, au meurtre de Jean sans Peur. Après ce que ledit duc de Bedford eut obtenu la victoire, … si, rassembla ses princes autour, et en grande humilité remercia son créateur, ses mains jointes et les yeux levés vers le ciel, de la bonne aventure qu’il lui avait envoyée. Après, furent dénués et dévêtus grande partie des morts et fut pris ce qu’il y avait de bon. Le lendemain 18 août, la ville se rendit par composition au roi d’Angleterre. Le 8 septembre suivant, Bedford retourna triomphant à Paris, où des réjouissances publiques devaient célébrer cet événement839.

Quelques années plus tard, un Français, qui avait combattu à Verneuil, se rendit ermite, au lieu qui avait été témoin de la bataille. Il fit bénir le champ, fonda une chapelle, et là, recueillit pieusement, pour l’honneur de la cause qu’il avait défendue, les ossements des victimes. En 1426, les états du Dauphiné instituèrent un service perpétuel destiné à consacrer ce souvenir, dans l’abbaye célèbre de Saint-Antoine de Viennois. On appelait cet office quotidien, la messe de Verneuil840.

420Chapitre III
Période critique du règne de Charles VII : Faits politiques et de l’ordre civil (août 1424 – mars 1425).

L’époque à laquelle nous sommes parvenus marque, au plus haut degré, la période critique de ce règne. Nettement délimitée par de notables événements, cette période s’étend du mois d’août 1424 au printemps de l’année 1429 : entre la bataille de Verneuil et la venue de la Pucelle. Durant ce laps de temps, le spectacle que nous avons eu précédemment sous les yeux, ne change point tout à coup. La lutte continue des deux parts, avec ses vicissitudes, ses compensations. Mais les péripéties revêtent chaque jour un caractère plus sérieux, plus funeste. La main de la Providence ou du destin s’appesantit sur le roi Charles. Du côté des Anglais, l’avantage ou la supériorité devient visiblement prépondérante. Le succès définitif semble se dessiner en leur faveur.

De plus en plus, la royauté, dans la personne de ce prince, s’amoindrit ou recule. La ligne d’invasion s’élargit et s’étend. Les forces de l’ennemi se renouvellent : elles s’accroissent, surtout moralement, par le triomphe. 421La monarchie, que représente un jeune homme inactif, semble se démoraliser devant l’imminence et l’extrémité du péril. Près de devenir la proie des conquérants, elle se scinde elle-même et se dépouille pour se sauver. Ses dernières provinces, ses derniers écus sont, par elle, livrés en gage à ses derniers défenseurs.

L’abbaye de Saint-Denis, sanctuaire de la dynastie capétienne, placée aux portes de sa capitale, appartenait, comme la capitale, aux Anglais. C’est là que depuis le dixième siècle, s’écrivaient les annales officielles de la monarchie. La charge de chroniqueur royal est vacante. L’histoire elle-même interrompt son récit. À l’aspect du ciel noir de l’adversité, les courtisans s’enfuient à tire-d’aile. Les grandes charges de la couronne, faute de payement, sont désertées. Charles VII, le 12 juin 1426, révoqua tous les dons et mandements de finances précédemment accordés. Il retint pendant un an les gages de tous ses officiers, qui demeurèrent ainsi sans traitement. Les membres du parlement de Poitiers, les maîtres des requêtes et les gens de guerre, furent seuls exceptés de cette mesure841.

Ainsi se désorganisait en quelque sorte spontanément, l’appareil vital et administratif du gouvernement ou du royaume. Aussi, les témoignages écrits, vestiges et produit quotidien de cette existence, nous font-ils défaut. Les archives de la cour des comptes, les registres de la chancellerie ou trésor des Chartes, sont muets pour cette période. Quelques relations hostiles, étrangères, 422quelques fragments de chroniques domestiques et rétrospectives : telle a été la principale ressource historique de la postérité. Cette sombre période n’a guère, jusqu’ici, reçu d’autre lumière. Le désordre de l’époque se fait sentir, même dans ces fragments écourtés, où règne une chronologie fautive et bouleversée.

Charles VII résidait au château d’Amboise chez un de ses familiers842. Ce fut là qu’il apprit le désastre de Verneuil. Suivi de ses favoris, Pierre Frotier, le président Louvet et Tanneguy Duchâtel, il revint prendre sa demeure à Poitiers. Le jeune roi, dès qu’il eut été informé de ce dernier revers, en conçut un extrême déplaisir843.

Mais la douleur de Charles était dépourvue de ce généreux aiguillon, qui l’ennoblit et qui la féconde. La nature, l’éducation, une nécessité factice, mais irrésistible, conspiraient pour retenir, jusque-là, le représentant de la monarchie, dans une sorte de longue enfance et de minorité. En examinant de très près la vie entière du fils de Charles VI, en considérant avec attention les images authentiques de ses traits, qui nous sont restées, on doute si la terrible maladie du père ne transmit point au fils quelque trace héréditaire.

Cette éducation molle, énervante, solitaire ; l’exemple contagieux de mœurs licencieuses ; le spectacle perpétuel de ces bassesses intimes, qui forment si souvent, chez les grands, le tissu de la vie quotidienne ; le poison de la flatterie, que les courtisans versent aux princes et qui les berce 423de sa monotone ivresse : telles furent les leçons qui l’initièrent au sévère apprentissage de la vie, aux épreuves que lui réservait la Providence.

Depuis la folie de Charles VI, peuples et ministres étaient accoutumés à voir la puissance suprême, passer, telle qu’un talisman, de main en main, et s’exercer au gré des circonstances. Pour l’heure, les conseillers de Charles VII se trouvaient nantis de ce talisman. Au risque même ou au prix de la ruine universelle, ce pouvoir suffisait à leur fortune, ainsi qu’à leur orgueil. Ils n’avaient garde de s’en dessaisir, en rendant au roi son initiative.

Ces favoris mettaient au contraire leur entente et leur sollicitude à maintenir le prince, par les liens et l’attrait du plaisir, au sein de sa captivité dorée. Une raison spécieuse enfin et même d’une certaine gravité, leur servait de prétexte, pour justifier, au besoin, leur conduite. À la veille de chaque journée périlleuse, dit un historien du temps, ils avaient toujours soin d’emmener le roi dans quelque bonne ville, située à une certaine distance : dont ils firent preuve de grand sens844. Charles, en effet, dernier rejeton de la branche royale qui constituait sa lignée, ne laissait après lui qu’un enfant au berceau et la redoutable perspective d’une régence.

Toutefois, la détresse osait frapper à la porte du royal séjour et de la prison dorée. Cette ironique invasion de la Pauvreté, venant s’asseoir au banquet du prince, fut 424le premier trait qui le toucha. Le commencement de la sagesse pénétra dans le cœur de Charles VII, par cette initiation, par ce véhicule salutaire de la souffrance. Un tel spectacle émut aussi, vivement, l’imagination populaire. Le doyen de Saint-Thiébault, de Metz, a noté dans sa chronique lorraine, l’écho de cette impression morale. Certain crouvexier, ou cordonnier, dit-il, fut mandé à cette époque par le roi. Déjà le marchand lui avait chaussé une jambe, lorsqu’il fut averti que le prince n’avait pas de quoi le payer comptant. Incontinent et plutôt que de faire crédit au roi de France, il s’empressa de le déchausser et de remporter sa marchandise845.

Un jour que La Hire et Poton

Le vindrent voir par festoiement,

N’avoient qu’une queue de mouton

Et deux poulets tant seulement.

Ainsi s’exprime Martial d’Auvergne, poète contemporain, dont les vers, à la fin du quinzième siècle, étaient répétés par cœur et se chantaient dans nos campagnes846.

425Ces allégations se présentent sous une forme, il est vrai, familière et frivole. Elles s’accordent néanmoins avec les témoignages les plus sérieux de l’histoire847.

Jean, duc de Bedford, après la bataille de Verneuil, rentra en triomphe dans Paris. Partout les rues étaient tendues sur son passage. Des processions vinrent au-devant de lui. À Notre-Dame, les chanoines, chantant les hymnes et les psaumes, le reçurent comme si ce fust Dieu. Bref, on ne vit oncques plus d’honneur faire quand les Romains faisoient leur triomphe, qu’on lui fit à cette journée… Cependant un second motif appelait aussi le triomphateur au sein de la capitale. Après cette victoire, ajoute un autre historien, le régent retourna promptement à Paris, où il y avoit eu une sédition pendant son absence ; il en fit punir les auteurs par le dernier supplice. Deux mois plus tard, la conspiration était toujours menaçante. Philippe de Bourgogne arriva le 20 octobre à Paris. Sa présence dans cette ville calma l’émeute qui s’y étoit formée contre le régent848.

On se rappelle la défection des seigneurs normands, le matin même de la bataille de Verneuil. Peu de temps auparavant, un grand nombre de seigneurs picards s’assemblèrent à Roye en Vermandois. Le duc de Bourgogne, dont ils étaient vassaux, leur avait donné, en la personne de Jean de Luxembourg, une sorte de vice-roi. Cet 426étranger faisait peser sur eux tout le poids d’un commandement despotique. Les gens d’armes de Jean de Luxembourg foulaient et détruisaient, sans ménagement, les terres de ces gentilshommes. Outrés de ces excès, les confédérés se décidèrent à former une ligue et à se révolter contre la tyrannie qui leur était imposée849.

Jean de Luxembourg, instruit de cette conspiration, redoubla de rigueur altière, dans son attitude. Quelques-uns des conjurés furent intimidés par ses menaces. Mais d’autres levèrent ouvertement la bannière de l’insurrection. Ils se déclarèrent avec éclat en faveur du roi Charles et firent guerre de jour et de nuit au duc de Bourgogne. Jean de Luxembourg et Philippe le Bon mirent au ban les révoltés. Parmi ces derniers, on remarquait Charles et Regnault de Longueval, Jean Blondel, le seigneur de Saint-Simon, Jean de Mailly, le sire de Maucourt et plusieurs autres. Après la victoire de Verneuil, Jean de Luxembourg se retourna vers les seigneurs rebelles, armé de nouvelles forces. Les plus compromis furent arrêtés, décapités, écartelés, et cette ligue fut ainsi dissoute850.

Vers le même temps, la ville de Tournay, fortement travaillée par les agents de Philippe le Bon, se prononça de nouveau en faveur de Charles VII851.

Bedford faisait toujours au Bourguignon mille caresses. La bataille de Verneuil avait rouvert la route de Normandie. 427Les états de la France anglaise furent convoqués à Paris pour voter de nouveaux subsides. Jean de Lancastre ne manqua pas d’associer son beau-frère de Bourgogne à la haute direction des affaires. Néanmoins le moment approchait où cette alliance allait, pour la première fois, recevoir de graves atteintes852.

La guerre continuait entre le roi Charles et Philippe le Bon. Deux petites places, Tournus et Bussières en Mâconnais, furent reprises par le duc. Mais, de l’un et l’autre côté, les hostilités se relâchaient de leur précédente animosité. Le duc de Savoie, Amédée VIII, commençait à redouter pour ses propres états les progrès de l’invasion anglaise. Le 28 septembre, il proposa et fit accepter des deux parts une trêve de sept mois, à partir du 5 octobre, et qui devait être renouvelée dans l’avenir853.

L’union précédemment formée, entre les ducs de Bourgogne et de Bretagne, contre Charles VII, était en voie de se dissoudre. Arthur, comte de Richemont, avait été associé à cette alliance. Frère de Jean VI, il était fils de Jean V, qui avait successivement épousé deux princesses d’Angleterre. Lui-même était né de Jeanne de Navarre. Or sa mère, veuve de Jean V, s’était remariée à Henri IV, de Lancastre, père d’Henri V. La couronne de Bretagne, vassale en Angleterre comme en France, tenait par de nombreuses attaches à la première. Arthur, prisonnier d’Azincourt en 1415, fut à Londres, l’hôte de sa propre mère. Jeune et puîné de famille, il se vit dépourvu de 428tout grand établissement. On sait comment il recouvra vers 1420 sa liberté, avec la faculté de retourner en France. Arthur avait dû payer ces biens au prix d’un serment de fidélité envers le roi d’Angleterre854.

La mort de ce dernier vint, en 1422, le délier de ses obligations. Les avances de Bedford et de Philippe le gagnèrent une seconde fois au parti anglais. Lorsqu’il épousa Marguerite de Bourgogne, veuve du dauphin Louis, cette princesse répugnait à accepter pour mari un comte sans fortune. Elle s’y résigna, sur les grandes espérances qu’on lui fit concevoir. Marguerite y mit toutefois cette condition expresse, qu’elle conserverait ses nom et titre de duchesse de Guyenne. Vers le mois de mars 1424, un grand commandement militaire fut à donner. Il s’agissait de protéger la capitale contre les incursions des troupes de Charles VII. Arthur de Richemont, appuyé par son beau-frère, Philippe, sollicita ce poste auprès du régent. Le duc de Bedford, en cette occasion, faillit à l’habileté de langage et de conduite qui lui était accoutumée. Il écarta le prétendant, en lui faisant sentir avec peu de ménagements son insuffisance et les motifs de son refus855.

Humilié de toutes parts, Richemont se détacha du parti anglais. Il se retira, le cœur ulcéré, près de son frère, en Bretagne. L’influence de Yolande s’exerçait alors sur le faible Jean VI. Elle s’étendit aisément de ce duc à son frère. L’intérêt, joint au dépit, triomphèrent 429du scepticisme, ou des incertitudes d’Arthur. Désormais, il fixa définitivement son adhésion en faveur de la France. Esprit judicieux et solide, nature peu brillante d’ailleurs, et, même au physique, dépourvu de distinction ou du moins de toute élégance856, le comte Arthur rachetait ces lacunes par de l’application et par son opiniâtreté bretonne857. Une fois rallié à cette ligne politique, qui satisfaisait à la fois sa conscience et sa raison, il n’en dévia plus. Les difficultés qu’il y rencontra éprouvèrent sa fermeté, en réparant ce qu’il put manquer de noblesse au premier mobile de sa conversion.

La reine Yolande, au mois d’octobre 1124, réunit dans une entrevue les princes bretons et son beau-fils le, roi de France. Charles VII, le 19 de ce mois, entra solennellement à Angers. Il était accompagné de Béraud III, comte-dauphin d’Auvergne ; des sires de Montlaur, de la Tour, et autres seigneurs de cette province. Pierre d’Amboise, vicomte de Thouars ; Jean Louvet, président de Provence ; Tanneguy Duchâtel et Guillaume d’Avaugour, se trouvaient également dans la société du prince. Le roi, escorté, sous un dais, par six des principaux bourgeois, se rendit à la cathédrale, où il fut admis comme chanoine858.

430La reine Yolande, duchesse d’Anjou, au nom de Louis III, avait précédé le roi et tout disposé pour cette assemblée. Le 19, Charles reçut le serment de fidélité des habitants et confirma les privilèges de l’évêché. Le vendredi 20, Richemont arriva de son côté, accompagné d’une suite nombreuse de gens de guerre. Le roi était logé à Saint-Aubin. L’entrevue de Charles VII et d’Arthur eut lieu dans un jardin et vraisemblablement hors de l’assistance de ses principaux favoris. Le lendemain 21, le roi s’obligea par lettres-patentes à payer les cent mille francs de dot promis en mariage, à Louis III d’Anjou (qui habitait Naples), pour son union avec Isabeau, fille du duc de Bretagne. À cet effet, le roi engagea le duché de Touraine, comme garantie, entre les mains de la reine de Sicile859.

Charles VII, entraîné par ses favoris, ne demeura que trois jours à Angers. Le 22, il retourna en Touraine par les Ponts-de-Cé, après avoir gratifié la cathédrale d’une riche tapisserie. Yolande, ce même jour, reçut à sa table au château d’Angers, Arthur de Richemont, qui dîna chez la reine, en compagnie du comte de Vendôme et du vicomte de Thouars. Deux points essentiels avaient été résolus dans le cours de ces négociations. Le premier fut la décision du mariage, antérieurement promis ou projeté entre Isabelle de Bretagne et Louis III. Les contractants arrêtèrent, en second lieu, la prochaine élévation d’Arthur au poste de connétable de France, 431demeuré vacant depuis la bataille de Verneuil860.

Les princes bretons, avant de traiter personnellement avec le roi Charles, avaient exigé que Jean, bâtard d’Orléans, et Guillaume d’Albret se rendissent en Bretagne comme otages. Les places de Lusignan, Chinon et Loches, étaient les principales forteresses qui restaient dans ces parages, au roi de France. Elles furent engagées à titre de garantie, entre les mains du connétable. Moyennant ces nantissements, Arthur de Richemont prit part à l’entrevue d’Angers. Le comte Arthur n’accepta point non plus sans réserve l’épée de connétable. Il y mit deux conditions : l’une, que le roi renverrait de sa cour ceux de ses favoris qui avaient appuyé les Penthièvre. Il se réserva pour seconde condition, de soumettre sa conduite, ainsi que toute décision en cette affaire, au jugement et à l’approbation de son beau-frère, Philippe le Bon. En conséquence, Arthur de Richemont, peu de jours après la réunion d’Angers, se dirigea vers la Bourgogne. Déjà, il s’y était fait précéder de mandataires ou ambassadeurs861.

Dans les premiers jours de novembre, la cour, fort avide en tout temps de plaisirs, eût à Paris des fêtes magnifiques. Jean de La Trémoille, seigneur de Jonvelle, grand maître d’hôtel et chambellan de Philippe, duc de Bourgogne, épousa Jacqueline d’Amboise, dame de la reine Isabelle et nièce de Pierre II, d’Amboise (qui accompagnait 432Charles VII à Angers). Le duc de Bourgogne vint à Paris pour ces noces, qu’il fit célébrer à ses frais dans son hôtel d’Artois. La reine Isabeau, le duc de Bedford régent, la duchesse Anne régente, le comte et la comtesse de Salisbury, le comte de Suffolk, y prirent part avec un grand nombre d’autres seigneurs, dames et damoiselles. Georges de La Trémoille assista, muni d’un sauf-conduit, au mariage de son frère862.

Philippe le Bon, pour la licence des mœurs, était un autre Louis, duc d’Orléans. Très habile comme lui dans les exercices qui font briller devant les dames, il excellait à la joute de lance et à danser. Le duc Philippe, à cheval, jouta contre le duc de Bedford et se donna carrière dans son double talent. Il poursuivit spécialement de ses instances, durant le cours de cette fête, la belle Éléonore Holland, comtesse de Salisbury. Veuf depuis peu de temps, le duc Philippe, en ce moment même, était à la veille de contracter un second mariage. Le comte de Salisbury, personnage sérieux et d’un âge mur, prit ombrage de ces galanteries irrespectueuses. Il en éprouva contre le duc de Bourgogne un grave ressentiment, qui devait bientôt se faire jour sur le théâtre de la vie publique863.

C’était la première fois, remarque un historien du temps, que Bedford paraissait dans ce genre de lutte ou d’exercice. Oncques mais, n’avoit jousté, dit Fenin. 433Si l’on en croit certains documents qui paraissent dignes de toute confiance, ces jeux de courtoisie recouvraient déjà, perfidement, entre Bourguignon et Anglais, un antagonisme mortel. D’après ces documents, Gloucester instruit de la défection de Richemont, en avait aussitôt informé le duc de Bedford. Il lui fit connaître en même temps les négociations qui tendaient à réconcilier les ducs de Bretagne et de Bourgogne avec le roi de France. Gloucester concluait en conseillant à son frère de faire arrêter le duc Philippe. Bedford répondit qu’il vaudrait mieux le tuer dans les joutes qui devaient accompagner les noces parisiennes. Après le mariage du sire de Jonvelle, il écrivit à Gloucester que l’occasion avait manqué, mais qu’il trouverait moyen d’attirer le duc de Bourgogne et de le faire enlever au passage864.

Dans le même temps, une autre cause, non moins grave, de division, s’émut entre le duc de Bourgogne et les Anglais. Jacqueline de Bavière, fille de Guillaume de Bavière et de Marguerite de Bourgogne, était la cousine germaine de Philippe le Bon. Née vers 1401, elle avait été unie, toute enfant, à Jean de France, quatrième dauphin. Jean et Guillaume moururent en 1417. Le premier laissait Jacqueline veuve sans avoir connu le mariage. Cette jeune princesse demeura en même temps l’unique héritière de Guillaume, pour les comtés de Hollande et de Hainaut865.

434Philippe le Bon s’empressa de la marier à un prince de sa famille, Jean de Bourgogne, duc de Lothier, de Brabant et de Limbourg. Cet adolescent, plus jeune que Jacqueline, était faible et chétif de corps, ainsi que d’intelligence. Philippe, en négociant leur alliance, avait compté sur cette double infirmité. Le duc de Bourgogne y voyait, dans le présent, le moyen de tenir sous sa main deux beaux comtés. Dans l’avenir, il espérait qu’à défaut d’héritier direct, ses riches états s’agrandiraient encore, par l’adjonction de la Hollande et du Hainaut866.

Jacqueline, belle, vive, galante, veuve du dauphin de France, ne subit qu’avec une extrême répugnance, cette nouvelle union. La discorde éclata bientôt entre les époux, accompagnée, de rixes et de scènes quelquefois sanglantes. La querelle du duc-comte et de son épouse agitait à la fois leur demeure et les pays soumis à leur domination. Jacqueline professait pour le duc Jean une aversion ouverte et déclarée. Le duc, âgé de dix-sept ans, introduisit, dit-on, dans le palais conjugal, la fille d’un chevalier brabançon, qu’il entretenait comme concubine. La duchesse prit texte de là pour quitter Bruxelles et s’éloigner de son mari. Elle vint alors trouver sa mère à Valenciennes, et résolut de se créer, elle-même, ultérieurement, sa destinée867.

La comtesse de Hollande et de Hainaut avait pour confident Louis Robsaert ou Robersart, chevalier du 435Hainaut. Ce dernier, habile courtisan, capitaine éprouvé, fit sa fortune à suivre le parti des Anglais. Admis dans la privauté d’Henri V, il se rendit en Angleterre, afin de préparer les voies à l’aventureuse princesse. Jacqueline, de concert avec Robersart, s’enfuit de Valenciennes, à l’insu de sa mère. Elle partit à cheval, suivie de quelques femmes, se dirigeant, sous l’escorte de Robersart et de nombreux hommes d’armes, vers Calais. Là, elle prit la mer, et passa le détroit. La comtesse vint débarquer à Douvres, où elle fut reçue par Humphrey de Lancastre, duc de Gloucester, frère du roi d’Angleterre Henri V868.

Conduite à la cour, elle se fit place tout d’abord dans l’intimité royale. Vers le mois de mars 1423, Jacqueline épousa le duc de Gloucester. Une bulle qu’elle avait obtenue de l’antipape Benoît XIII, servit à rompre, sous prétexte de contrainte, son mariage avec le duc de Brabant. Humphrey, devenu l’époux de Jacqueline, signifia au duc de Brabant, qu’il eût à se désister de toute prétention sur la personne et les biens de cette princesse869.

Philippe le Bon avait suivi pas à pas les progrès de cette manœuvre politique, compliquée d’une romanesque intrigue. Henri V, tant qu’il vécut, sut pallier avec art la conduite de son jeune frère. Par ses protestations, par ses caresses, il endormit ou écarta les réclamations du duc Philippe et gagna du temps. Après Henri V, le duc de Bourgogne reproduisit ses instances auprès du régent, duc de Bedford. Celui-ci obtint des deux parties belligérantes, à savoir d’une part, Humphrey, duc de Gloucester, avec Jacqueline, 436et, de l’autre, Jean duc de Brabant, d’accepter, pour arbitres de leur différend, lui-même, duc de Bedford et Philippe le Bon, duc de Bourgogne. La sentence que rendit ce tribunal, fut agréée sans peine par le duc de Brabant. Mais Humphrey de Lancastre refusa de s’y soumettre870.

Du 1er au 4 novembre 1424, pendant que Philippe le Bon faisait libéralement à ses hôtes les honneurs de son hôtel d’Artois, Humphrey et Jacqueline débarquaient à Calais. Le duc de Gloucester avait pris le commandement de cinq à six mille soldats, destinés primitivement à poursuivre la conquête de la France. À la tête de ces forces, Humphrey de Lancastre entreprit de soumettre à sa domination le Hainaut871.

Philippe, instruit de cette invasion, prit immédiatement fait et cause pour le duc Jean. Des troupes bourguignonnes, réunies sans délai, reçurent ordre d’entrer en Hainaut et de repousser les Anglais. Le duc de Bourgogne, en quittant Paris, se rendit en Nivernais. Il épousa, le 30 novembre, à Moulins-Engilbert, Bonne d’Artois, comtesse de Nevers. Arthur, comte de Richemont, était allé d’Angers, rejoindre à Montbard madame de Guyenne. Par les soins du duc de Savoie, une nouvelle conférence s’ouvrit à Mâcon, dans les premiers jours de décembre872.

Trois prélats, Regnault de Chartres, archevêque de Reims, l’évêque du Puy Guillaume de Chalençon , et Robert, dauphin de la maison d’Auvergne (évêque de Chartres, nommé par Charles VII), assistaient à cette entrevue, comme ambassadeurs 437du roi de France. Le duc de Savoie et ses conseillers, ainsi que le comte Arthur, s’y réunirent au duc de Bourgogne. Le moment paraissait opportun pour fléchir le prince de la fleur de lis et pour le réconcilier avec la couronne. Les envoyés de Charles, dans ce but, ne crurent pas devoir épargner, non seulement les offres de paix, mais les avances morales et les explications propres à justifier la conduite, antérieure du roi ou du dauphin873.

Vers le même temps, Arthur de Richemont, assisté de divers personnages, délégués par le duc de Bourgogne, s’était rendu auprès d’Amédée VIII, à Montluel en Bresse. Ils y rencontrèrent l’évêque de Clermont (Martin Gouge de Charpaignes), et d’autres ambassadeurs du roi de France. Des propositions de paix furent également discutées dans ce congrès. D’après les données mises en avant par ces diplomates, il fut question de marier le dauphin Louis, âgé de deux ans, à l’une des princesses de Savoie. Une seconde fille d’Amédée VIII devait être épousée par François de Bretagne, fils aîné de Jean VI. Mais rien ne pouvait se conclure, sans l’assentiment décisif du duc de Bourgogne874.

Le duc Philippe, vivement indisposé par l’agression de Gloucester, balançait entre ce sentiment d’irritation contre les Anglais, et l’hostilité qu’il avait jusque-là manifestée à l’égard du prince Charles. La joie et l’orgueil du vassal, tenant à sa merci le roi de France, l’emportaient, 438dans sa vanité, sur le devoir que semblait lui prescrire la piété filiale. Philippe ne se laissa vaincre que partiellement. Il repoussa les propositions de paix, qui lui étaient faites. Les ambassadeurs excusèrent le prince Charles, sur le jeune âge où il se trouvait, lorsque avait eu lieu le meurtre de Montereau. Philippe le Bon répondit à cet égard, en exigeant du roi le renvoi des conseillers, qui avaient pris part à ce crime. Cependant les trêves furent prolongées. Le duc décida en outre le mariage de sa sœur, Agnès, avec le comte de Clermont, partisan du roi Charles. Enfin le comte Arthur obtint l’autorisation d’accepter l’épée de connétable875.

Tels furent les importants résultats de cette conférence.

Arthur de Richemont revint en Bretagne. Une seule espèce d’entraves ou de difficultés désormais s’opposait à ce que le prince breton fournît à Charles VII le précieux appui de ses services. Ces obstacles provenaient des conseillers intimes du roi de France. On se rappelle les injonctions, respectivement émises, comme préliminaires indispensables de tout arrangement, par les ducs de Bretagne et de Bourgogne. Plusieurs des favoris apercevaient avec une mortelle appréhension la fin de leur règne. Dans l’accession du connétable au conseil, ils voyaient, pour eux, le signal de la retraite.

Un document inédit peint, sous des traits frappants, les mesquines terreurs et les sentiments d’égoïsme qui, à cette époque de péril pour la France, animaient les tristes conseillers 439de la monarchie. Vaincus par la nécessité, les ministres de Charles VII se résignèrent à faire place au comte de Richemont. Mais ils crurent devoir prendre vis-à-vis de lui certaines garanties. Les conditions en furent stipulées dans l’acte que nous reproduisons ci-après.

Ce sont les choses que Monseigneur le comte de Richemont jure et promet au roy sur les saints Évangiles de Dieu, par le baptesme qu’il apporta des saints fonts, par sa part de paradis et sur son honneur, en prenant l’office de la connestablerie de France…

Item, jure et promet que pour quelconque chose qui puisse advenir, ne consentira en manière quelconque, ainçois (au contraire) de tout son pouvoir l’empêchera, que la personne du roy soit nulle part qu’il y ait seigneur plus fort que le roy, mais sera toujours le roy le plus fort, à son pouvoir, ou à tout le moins aussi fort, s’il lui plaît ; et sera le roi accompagné, en ce cas, de telles gens comme il plaira au roy.

Item, jure et promet que de tout son pouvoir, il aidera à tenir la personne du roy en franchise et liberté, en usant de sa seigneurie franchement et pleinement en toute chose comme il (le roi) a fait jusqu’à présent.

Item, jure et promet que les serviteurs du roy c’est assavoir M. T. Duchastel, prévôt de Paris, le président [Louvet], le sire de Giac, G. d’Avaugour et Pierre [Frotier] aimera, soutiendra et portera ; ni, pour quelconque chose qui soit, [ne viendra] au dommage de leurs personnes, ou de leurs biens et état. — Et pareillement feront serment de vouloir le bien de monseigneur le duc de Bretagne et le pourchasseront à leur pouvoir, comme ils feroient le bien du roi ; et avec ce, le bien de mon dit seigneur le comte de Richemont, ainsi qu’il leur promet.

Item, jure et promet que pour quelconque paix traictée ou à traiter, ne souffrira, ni ne consentira, pour quelconque cas advenu (Montereau, — Penthièvre), l’éloignement des serviteurs du roy dessus dits d’avecques le roy, ni le dépointement de leurs états ; ainçois, qui en parleroit, empeschera la chose.

Item, des gens d’armes pour être entour du roy et l’accompagner, s’en rapportera au roi.

Item, le roy lui baille la connestablerie en la forme et comme ses prédécesseurs.

En témoin des quelles choses, le dit monseigneur le comte 440de Richemont a cy mis son sein manuel et y a fait mettre son scel le 7e jour de février l’an [1425 N. S.].

Arthur876.

Charles VII, après avoir traversé la Touraine, avait passé l’hiver en Auvergne. Les états du royaume, convoqués dans la ville du Puy, votèrent une aide de 150,000 livres. À la fin de la mauvaise saison, le roi de France et ses conseillers se rapprochèrent des frontières de Loire877.

Le 7 mars 1425, Arthur de Richemont prit en grande pompe l’épée de connétable et fit hommage au roi Charles VII. Cette cérémonie eut lieu dans la prairie de Chinon, qui s’étend entre le coteau de Saint-Mexme et la Vienne. Louis de Bourbon, comte de Vendôme, Martin Gouge, évêque de Clermont, chancelier de France, les archevêques de Reims et de Sens, l’archidiacre de Reims, l’évêque d’Angers, le maréchal de Séverac et toute la cour, s’étaient réunis pour en être témoins. Jean de Beaufort, président ou chancelier de Savoie, et Gaspard de Montmayeur, maréchal de Savoie, délégués par le duc Amédée VIII, y représentaient spécialement ce prince auprès du roi de France878.

441Chapitre IV
Période critique du règne de Charles VII : Faits politiques, suite (mars 1425 – juillet 1428).

Le 9 mars 1425, par lettres du roi données à Chinon, Arthur de Richement, indépendamment de son commandement général à titre de connétable, reçut un état militaire ou commandement particulier. Il fut retenu, ou inscrit sur les comptes de la guerre, comme chef d’une compagnie de deux mille hommes d’armes et mille hommes de trait. Charles VII assigna le même jour, à madame de Guyenne, comtesse de Richemont, pour son douaire, les revenus de Gien, Fontenay-le-Comte, Dun-le-Roi et Montargis. Le nouveau connétable entra immédiatement dans l’exercice actif de ses fonctions. Le 20 mars, il était à Nantes, organisant les milices de Bretagne879.

Charles VII, dans le cours des négociations vis-à-vis du connétable, s’était engagé, sous serment, à renvoyer les favoris dont l’expulsion était réclamée par les ducs de Bourgogne et de Bretagne. Cette promesse avait été faite 442solennellement devant les états assemblés en Auvergne. La réforme des pilleries, que commettaient incessamment les gens de guerre, devait être l’un des premiers soins confiés à la vigilance du nouveau chef de l’armée. Les subsides avaient été votés sur ces assurances880.

Arthur de Richemont se mit immédiatement à l’œuvre, pour réaliser loyalement ces améliorations. Cependant à peine avait-il quitté Chinon, que déjà les favoris du roi s’efforcèrent de contrecarrer le connétable et de violer ces promesses solennelles. Le plus ardent et le plus compromis parmi les conseillers du jeune roi, était Jean Louvet, président de Provence. Richemont, en s’absentant de la cour, y avait laissé deux amis, sur lesquels il comptait pour l’appuyer : l’évêque de Clermont (Martin Gouge de Charpaigne), et Jean de Comborn, seigneur de Treignac en Limousin. Aussitôt que Richemont fut parti pour la Bretagne, Louvet commença par éloigner ces deux derniers collègues. Il s’empara des subsides, et bien loin de favoriser la réforme, il s’entoura exclusivement d’Écossais, d’étrangers et des routiers les plus indisciplinés. Louvet, maître des finances et de la force armée, avait emmené à Poitiers Charles VII, qu’il tenait également sous sa main. Les troupes réunies autour de cette ville reçurent pour instructions de se tenir prêtes à combattre le connétable. En revenant de Bretagne, Arthur de Richemont rencontra, dans la ville d’Angers, le sire de Treignac et l’évêque de Clermont, que Louvet avait expulsés de la cour comme traîtres881.

443L’énergique Breton résolut d’avoir raison de ces intrigues. Il poursuivit, sans se troubler, son œuvre, continua ses levées d’hommes et réunit de toute part la noblesse sous les armes. Fort du concours que lui prêtaient la reine Yolande et le duc de Bretagne, il écrivit aux bonnes villes qui soutenaient le parti français. Par ces moyens, il s’acquit prudemment le double appui de la force et de l’opinion publique. Les archives du Rhône nous ont conservé les pièces originales de cette correspondance882.

Richemont, cependant, marchait vers le roi, pour s’entendre avec ce prince. Mais Louvet, à son approche, s’enfuit de logis en logis, emmenant avec lui le souverain, pour le soustraire à cette réunion. Enfin, dans les premiers jours de juin, Richemont vint s’établir à Bourges, après s’être également assuré l’adhésion de cette capitale. Jean Louvet et ses fauteurs, à bout de ressources, furent contraints d’accomplir les obligations convenues et de quitter la cour. Les conseillers désignés spécialement à l’animadversion des ducs de Bretagne et de Bourgogne, étaient précisément ceux qui figurent dans l’étrange traité du 7 février : Tanneguy Duchâtel, Jean Louvet, Pierre Frotier, Guillaume d’Avaugour et le sire de Giac883.

Nous connaissons déjà le premier de ces personnages pour son naturel bouillant et emporté. Tout récemment, il s’était acquis la renommée d’un acte de violence incroyable. D’après le bruit accrédité, Tanneguy Duchâtel, dans la chaleur de 444la discussion, aurait tué de sa main, en plein conseil et sous les yeux du roi, l’un de ses collègues : Béraud III, comte et dauphin d’Auvergne884.

Cette pétulance, toutefois, n’excluait pas, chez le prévôt de Paris, une certaine générosité de caractère. Arrivé à cette crise, il se résigna le premier. Il dit au connétable que jà à Dieu ne plût que pour lui demeurât à faire un si grand bien comme le bien de paix entre le roi et monseigneur de Bourgogne. De plus, il aida à mettre hors ceux qui s’en devoient aller et fit tuer à ses archers, devant lui, un capitaine lequel faisoit trop de maux et ne vouloit obéir. Lui-même se retira immédiatement en Provence, où il occupa, jusqu’à sa mort, le poste de sénéchal de Beaucaire885.

D’Avaugour et Frotier (pensionnés ou nantis par le roi) s’éloignèrent également et en silence. Ils furent suivis, entre autres, dans la retraite, par Jean Cadart. C’était un médecin, genre de personnages, qui, de tout temps, obtinrent, auprès de Charles VII (comme de Louis XI), le plus grand crédit. Maître Jean Cadart, physicien de la reine en 1417, n’avait point sauvé de la mort 445le dauphin Louis, qui périt à cette époque, empoisonné, dit-on, par les Armagnacs. Cadart fut positivement accusé par les Bourguignons d’avoir trempé dans le meurtre de Jean sans Peur. Parmi ses compagnons de disgrâce, on le tenoit (dit un chroniqueur) le plus sage et mieux advisé : car il s’en alla riche de vingt cinq à trente mille escus886.

Jean Louvet, le plus coupable de tous, se montra le plus opiniâtre. Présomptueux et médiocre, c’était une âme pétrie d’égoïsme et de cupidité. Dans la ruine de l’État, il avait su construire sa fortune privée. Louvet s’était établi, lui et sa famille, au cœur de la monarchie et il en avait sucé la substance. L’une de ses filles, nommée Jeanne, qui ne déplaisait pas au roi, fut placée, comme demoiselle d’honneur, auprès de Marie d’Anjou. Déjà la femme du président occupait un semblable emploi chez cette princesse. Jeanne épousa Louis de Joyeuse, écuyer du dauphin, prisonnier à Cravant en 1423887. L’aînée, Marie Louvette, fut la première femme de Jean, bâtard d’Orléans. Jean reçut à cette occasion les terres de Theis, La Pierre, Domène et Fallavier sises en Dauphiné888.

Louvet devint successivement seigneur d’Eygalières, de Theis, de Fallavier (par lui cédés à son gendre), et de Mirandol. En 1425, il avait à sa discrétion les finances du 446royaume et les détournait impunément à son profit particulier. Le seigneur de Mirandol, en l’absence de Richemont, rompit les négociations ébauchées avec succès, vis-à-vis des ducs de Savoie et de Bretagne. Il se mit à traiter, sur de nouveaux plans, avec les Anglais889.

Le 10 février 1425, Louvet fit signer au roi une ordonnance de la plus haute gravité. Cet acte sacrifiait les libertés gallicanes et rendait au souverain pontife la libre collation des bénéfices. En effet, le président de Provence avait alors besoin du pape, pour une affaire à lui personnelle. L’acte fut signé en blanc par le roi et scellé de même, puis rempli par le président. Un religieux du mont Saint-Michel, ancien prieur de Villemur890 en Provence, créature du président, porta clandestinement cet acte au saint-père. Mais le parlement de Poitiers, sur la requête expresse du procureur général, refusa de l’enregistrer. Cette ordonnance ou convention subreptice fut annulée par ambassade spéciale envoyée à Rome l’an 1426891.

Le sire de Mirandol ne céda point aux premières injonctions du connétable, ni à l’exemple de ses consorts. Le 12 juin 1425, le roi et lui étant à Selle, en Berry, il se fit charger d’une mission importante. Aux termes de ses provisions royales, le sire de Mirandol fut commis, avec Béraud III, comte dauphin d’Auvergne, pour terminer un litige, pendant entre la couronne et le sire de Saint-Vallier, 447évêque de Valence, au sujet des duchés de Valentinois et Diois. Louvet, dans ces lettres, était maintenu en possession de son autorité primitive et muni des pouvoirs les plus étendus892.

Enfin le 5 juillet 1425, le roi, sur les instances de la reine Yolande, osa briser le ministre… absent. La disgrâce du favori lui fut signifiée en Dauphiné, où il s’était rendu pour accomplir sa mission. Il eut ordre de se retirer en Avignon. Louvet, escorté de son gendre le bâtard d’Orléans, regagna le séjour qu’il avait dans cette province. Dès le 16 novembre 1422, le sire de Mirandol s’était fait donner l’office de capitaine et viguier de Saint-André-lès-Avignon. Il disparut de la scène politique et s’enferma dans ce poste lucratif. Mais de là, il ne cessa point, par ses proches, de faire arriver jusqu’à lui les utiles témoignages de la faveur royale. Aussi, en fut envoyée Jeanne Louvette, femme du seigneur de Joyeuse, laquelle avoit esté longuement fort en la grâce du roy, elle estant damoyselle en l’hostel de la royne893.

448Mais Louvet, en partant, avait laissé un alter ego en la personne de Giac. On se souvient du rôle équivoque joué par ce personnage, dans le drame de Montereau. Depuis cette époque, suspect aux Français comme Bourguignon, odieux, comme Français, au duc de Bourgogne, Giac avait su se maintenir à la cour. Il survécut même à l’expulsion de sa coterie. Tel était le naturel du roi qu’il lui fallait, de toute nécessité, un favori, c’est-à-dire un tuteur officieux, qui, assumant le soin des affaires, lui en épargnât le poids, ainsi que la fatigue de penser et d’agir.

Pierre de Giac, accepté d’abord par Richemont, remplaça donc Louvet dans cet office. Bientôt Giac marcha sur les traces de son prédécesseur et le dépassa, autant que possible. Au mois d’octobre 1425, les trois états de Langue d’oïl s’assemblèrent à Poitiers et votèrent un subside de 450,000 livres. Du 1er au 10 novembre suivant, une nouvelle assemblée se réunit, en présence du roi, à Mehun-sur-Yèvre. Elle accorda une aide de 250,000 livres pour la guerre ; plus, un don gratuit au roi, de 12,000 livres. Les pilleries des gens d’armes se perpétuaient et servaient toujours de prétexte, pour obtenir ces sacrifices, imposés à des populations exténuées894.

Parmi les conseillers du roi qui prirent part aux états de Mehun, se trouvait Hugues de Combarel, évêque de 449Poitiers. Cet honnête prélat, dans un discours qui précéda la délibération, parle, énergiquement sur la nécessité de mettre un terme à ces pilleries. Lorsque le roi, après le vote, fut rentré dans sa chambre, Giac manifesta tout haut son courroux contre l’évêque. Il dit que qui l’en croiroit, on jetteroit le dit Combarel en la rivière, avec les autres qui avoient été de son opinion. Giac, ainsi que Louvet, négligea toute réforme, appliquant arbitrairement à son profit des sommes considérables. Quant à la question de la discipline ou de l’organisation militaire, il maintint les mêmes abus895.

Jean, comte de Foix, était venu servir le roi, qui lui confia le principal commandement des troupes. Jean cumulait cette charge militaire, avec la lieutenance générale du Languedoc. Le sire de Giac, par surcroît, lui fit donner le comté de Bigorre et s’acquit de la sorte l’amitié du comte Jean. Ce prince avait amené avec lui un contingent de Béarnais : mais ces étrangers ne se réunirent point face à face avec les Anglais, pour combattre. Jamais ils ne dépassèrent la Croix-Verte de Saumur et vécurent sur les Français comme en pays conquis. Les Écossais, de leur côté, continuaient de se livrer à mille désordres. Sous 450prétexte de défenseurs et d’armée, le pays était de plus en plus la proie du brigandage896.

Pierre de Giac avait épousé en premières noces Jeanne de Naillac, dame de Châteaubrun, damoiselle de la reine Isabeau de Bavière. Parvenu au rang de premier ministre et de favori, Giac convoita pour épouse Catherine de l’Île-Bouchard, veuve du comte de Tonnerre et marraine du dauphin Louis. Il empoisonna Jeanne de Naillac, qui était enceinte ; et quand elle eut bu les poisons, il la fit monter derrière lui à cheval. Dans cet état, Jeanne chevaucha quinze lieues et mourut incontinent. Le sire de Giac, alors, épousa la comtesse de Tonnerre897.

Arrogant et hautain, Pierre de Giac traitait avec une tyrannique violence, ceux de ses propres collègues, dont il jalousait l’honnêteté. Au mois d’août 1426, Robert Lemaçon, seigneur de Trèves, membre du grand conseil, fut appréhendé au corps, en plaine campagne, par des créatures de Giac. Après avoir été battu et détroussé, ce vieillard fut placé sur un cheval et parcourut une traite de dix-sept lieues, comme avait fait Jeanne de Naillac. De là, on le transporta au château d’Usson en Auvergne, où il fut détenu plus de trois mois, en dépit de lettres du 451roi et de la reine, qui vainement écrivirent au châtelain pour faire délivrer ce ministre898.

Le désordre et la dissension régnaient avec Giac. Les sires d’Arpajon et de Séverac comptaient au nombre des principaux capitaines. L’un et l’autre, jusque-là, s’étaient aimés comme frères899. Mais à la suite de certaine querelle individuelle, tous deux avaient entrepris l’un contre l’autre une guerre privée. Le hasard les réunit inopinément à la cour. Arpajon rencontra Séverac, à Mehun-sur-Yèvre, qui sortait de la chambre du roi. Tous deux se heurtèrent poitrine contre poitrine. Ils se reconnurent alors et s’embrassèrent mutuellement, en pleurant à chaudes larmes. Le 27 décembre 1425, Hugues d’Arpajon fit au maréchal une réparation publique en présence de Charles de Bourbon, du connétable et de toute la cour. Dès lors, oubliant leurs divisions pour ne plus se rappeler que leur amitié ancienne, ils se réconcilièrent et s’unirent fraternellement, en présence du commun péril, comme deux bons compagnons d’armes900.

Mais de tels sentiments ne prévalaient pas toujours. Deux gentilshommes du Berry, Jean, baron de Linières, grand queux de France, et le seigneur de Culant, se trouvaient également en litige. Pour éviter la voie de fait, ou ordalie de la guerre privée, ils furent cités judiciairement devant le roi. Tous deux comparurent au château 452de Mehun-sur-Yèvre. La cour se divisa entre les deux plaideurs ou champions. Georges de La Trémoille, seigneur de Sully, appuyait Culant901 ; Giac soutenait Linières. Un débat s’émut, en présence du roi, dans lequel le sire de Giac traita La Trémoille avec une insultante hauteur. La Trémoille à son tour le démentit ; dont le roy fut très mal content902.

Dès lors, il n’y eut plus de sûreté pour La Trémoille. Georges se retira de la cour, résolu de se venger. Peu de temps après, le roi et son favori habitaient Issoudun. C’était dans les premiers jours de février 1427. Arthur de Richemont se distingua toute sa vie, par sa rigueur à sévir contre les infractions militaires, civiles ou religieuses. Cette vigilance, plus d’une fois impitoyable, lui valut le nom de Justicier. Du 1er au 11 février, il se rendit à Issoudun, suivi des seigneurs de La Trémoille, d’Albret, et d’une compagnie de gens d’armes. Le connétable s’était préalablement assuré le concours des proches parents du roi. Tous lui accordèrent hautement leur approbation, excepté le comte de Foix903, et celui de Clermont, à qui Giac avait fait donner récemment le duché d’Auvergne904.

Le matin au point du jour, Giac était couché dans sa chambre avec sa femme, Catherine de l’Île-Bouchard. 453Tout à coup on frappe à sa porte. Qui est là ? demanda-t-il. On lui répondit que c’était le connétable. — Je suis un homme mort ! La porte enfoncée, Giac fut pris à peine chaussé, vêtu de sa robe de nuit ; tandis que la dame, se levant toute nue905, courait à son argenterie pour la sauver. Giac, dans cet équipage, fut placé sur un cheval qui avait été amené tout sellé à la porte de l’hôtel906.

En entendant ce bruit, le roi se leva et s’arma, fort inquiet ; ses gardes étaient accourus à la porte ; le connétable leur défendit de bouger, déclarant que ce qu’il faisait était pour le bien du roi. Alain Giron, capitaine breton, attendait sur la route, avec cent lances. Giac fut conduit à Bourges, puis à Dun-le-Roi, seigneurie du connétable, qui lui fit faire son procès par son bailli de Dun et autres gens de justice. Le favori, ajoute Guillaume Gruel, chroniqueur de Richemont, confessa tant de maux que ce fut merveilles ; entre lesquels la mort de sa femme (Jeanne de Naillac), toute grosse et le fruit dedans. Et outre, confessa qu’il avoit donné au diable l’une de ses mains, afin de le faire venir à ses intentions. Et quand il fut jugé, il réquéroit Dieu qu’on lui coupât la dite main avant de le faire mourir. Et offroit à monseigneur le connétable, s’il lui plaisoit lui sauver la vie, de lui bailler comptant cent mille escus, sa femme (Catherine), ses enfants et 454ses places à hôtages, et de jamais n’approcher du roi de 20 lieues907.

L’inexorable justicier lui répondit que pour tout l’argent du monde, il ne le laisserait pas aller et qu’il avait mérité la mort. Richemont envoya le bourreau de Bourges à Dun-le-Roi, pour exécuter Giac. Celui-ci, peu de jours après908, fut noyé dans la rivière, puis retiré de l’eau, rendu à sa famille, et enfin inhumé. Bientôt La Trémoille qui avait participé activement à cette expédition, épousa la veuve de Giac. Le roi, sous le premier coup de l’événement, se montra fort irrité. Il tint rigueur au connétable. Mais le comte instruisit par lettres, de ce qui se passait, les autorités de Lyon, et autres bonnes villes. Il les invita, en même temps, à écrire au roi pour lui témoigner, à l’égard de ce coup de main, leur entière approbation. Le roi se laissa convaincre par ces manifestations et s’apaisa complètement. Pour remplacer Giac, le connétable lui donna de sa main un nouveau favori, appelé le Camus de Beaulieu909.

Jean Vernet ou du Vernet, dit le Camus de Beaulieu, était un obscur écuyer d’Auvergne. Richemont pensa niveler le terrain autour du roi, en plaçant auprès de lui un aussi nul personnage. Ce jeune homme, antérieurement, commandait une compagnie de gens d’armes préposés à la garde du corps du roi. Beaulieu prit avec la succession l’attitude de Giac. Il devint, coup sur coup, 455capitaine de Poitiers, grand maître de l’écurie du roi. Puis, l’orgueil de l’omnipotence lui troubla l’esprit. Il imita de tout point ses prédécesseurs. Beaulieu ne fut point de longue durée. Vers la fin de juin 1427, selon toute apparence, le roi et lui se tenaient momentanément au Château de Poitiers, résidence du capitaine. Jean de Brosse, Seigneur de Boussac et de Sainte-Sévère, depuis maréchal de France910, reçut du connétable l’ordre d’exécuter, cette fois sommairement et sans forme de procès, le favori911.

Le gouverneur du roi avait lui-même un gouverneur ou favori, nommé Jean de la Granche. Ce gentilhomme probablement fut gagné. Le Camus, ce même jour, prit fantaisie d’aller faire une course au pré, pour se divertir. Il descendit de sen logis, suivi de La Granche, qui l’entraîna vers un lieu propice. Dès qu’ils y furent, quatre ou cinq compagnons, apostés par Boussac, parurent tout à coup. Cette action se passait derrière le Château, dans une petite prairie au bord de la rivière. Charles VII, demeuré au logis du capitaine, n’avait point perdu de vue les deux jeunes gens et assistait à cette scène. Du premier coup d’épée, l’un des hommes d’armes fendit la tête de Jean du Vernet. Un autre lui coupa le poignet. Le favori, tué raide, resta immobile sur la place912.

456La Granche reconduisit au château le mulet sur lequel Beaulieu était monté. Aussitôt Charles VII s’emporta en éclats de colère. Il ordonna immédiatement que les coupables fussent poursuivis. Des hommes montèrent à cheval. Mais on n’arrêta point les meurtriers. Aucuns furent soupçonnez, qui en étoient innocents, dit Montreuil : enfin il n’en fut autre chose.

Un spécimen que nous citerons ici, fournira l’idée ou la mesure de l’ordre public qui régnait sous le gouvernement de Beaulieu. Vers la fin d’avril 1427, le comte de Clermont crut avoir à se plaindre de Martin Gouge de Charpaignes, évêque de Clermont et chancelier de France. La double qualité dont ce ministre était revêtu n’empêcha point le comte de faire arrêter, de sa propre autorité, le prélat, et de le jeter en prison. Le 5 mai, une députation, composée du premier président et de deux conseillers, fut envoyée par le parlement de Poitiers en ambassade. Cette légation se rendit auprès du prince pour solliciter de lui, au nom du roi, l’élargissement du chef de la justice913.

Le comte de Clermont refusa. Charpaignes alors implora l’assistance du pape. Martin V adressa, dans ce dessein, une bulle à Charles de Bourbon et au maréchal de la Fayette, l’un de ses principaux officiers. Le saint-père invoqua en même temps le crédit et l’intervention de Jean Louvet, ainsi que du président du Dauphiné. Le 457comte de Clermont, vers le mois de septembre, se décida enfin à libérer l’évêque, moyennant une forte rançon. Charles VII, pour aider le chancelier à payer cette somme, lui concéda l’autorisation, spéciale et momentanée, de faire fabriquer, à son profit, une certaine quantité d’espèces d’or et d’argent, dans l’un des hôtels de la monnaie royale914.

La Trémoille survint alors auprès du roi et se substitua de lui-même au Camus de Beaulieu. Le prince Charles hésitait à l’admettre dans cette privauté. Si l’on en croit Gruel, ce fut le connétable qui fixa son indécision. Le roi lui dit : Beau cousin, vous le me baillez, mais vous en repentirez : car je le cognois mieux que vous !… Et sur tant demeura La Trémoille, qui ne fit point le roy menteur : car il fit le pis qu’il put à mon dit seigneur le connétable915.

Georges de La Trémoille, habile, audacieux, expérimenté, puissant par sa naissance, par ses alliances, par d’immenses établissements, dépassait aussi de beaucoup en perversité, les Louvet, les Giac et les Beaulieu. L’exemple de ces favoris ne lui inspira aucunement le dessein de mieux faire. Il ne tarda pas à s’attirer l’animadversion du connétable. Mais il prit tout d’abord contre lui de solides garanties. Il s’établit, envers le connétable, et envers tous autres, dans un tel état de défense, qu’il le tint durant six années en échec. Durant six années, La Trémoille fut le véritable roi de France. Son règne se compose d’une longue suite de méfaits, privés et publics, accomplis sous 458la sauvegarde de l’intimidation que La Trémoille exerçait, de son omnipotence et de l’impunité.

La Trémoille, tout d’abord, supplanta le comte de Richemont dans le gouvernement du Berry, qu’il fit retirer au connétable pour se l’octroyer916.

Il sut ensuite l’éloigner de la cour. Il inspira en même temps au roi contre Richemont une sorte d’antipathie aveugle, mêlée d’aversion et de terreur. Durant ces six années, l’énergie bretonne du connétable s’usa dans un conflit scandaleux, immoral et stérile. Pendant que la France perdait en quelque sorte son dernier sang, le connétable de France, paralysé, persécuté par le favori, s’épuisait à se défendre contre ses embûches.

En de telles conjonctures, Arthur de Richemont, doué heureusement d’une invincible persévérance, fit pour ainsi dire de son activité deux parts. Il employa la première à exercer son office, c’est-à-dire à soutenir la lutte contre les Anglais. Il ne le put qu’en bravant, à force de courage et de patience, le mauvais vouloir, l’opposition sourde, indirecte et souvent déclarée du premier ministre. La seconde part de ses efforts s’absorba dans les vicissitudes d’une guerre ouverte et privée, entre lui et La Trémoille.

Le 4 août 1427, Arthur de Richemont et Charles de Bourbon, comte de Clermont, s’unirent par un traité d’alliance mutuelle, offensive et défensive. Vers la fin d’octobre suivant, les deux contractants tentèrent de se réunir en Poitou. Bernard d’Armagnac, comte de Pardiac, personnage 459hautement recommandable, avait accédé à cette ligue. Les trois princes, Richemont, Clermont et Pardiac, étaient animés d’un commun ressentiment, que leur inspirait la conduite de La Trémoille. Tous trois voulaient associer leurs efforts afin de le combattre. Les princes mécontents se donnèrent rendez-vous à Châtellerault, pour le jour de la Toussaint : 1er novembre917.

Mais La Trémoille occupait le Poitou, tant par ses propres vassaux que par les gens d’armes du roi. Il défendit aux villes et aux garnisons de donner accès aux conjurés. Lorsque le connétable se présenta pour entrer à Châtellerault, il s’en vit refuser l’entrée. Arthur de Bretagne fut obligé de se retirer, après avoir, en signe de menace et d’autorité, jeté par-dessus la barrière une masse d’huissier d’armes. Le 28 octobre, il logea sur les champs entre Châtellerault et Chauvigny, à deux lieues de cette dernière place, chez un gentilhomme, qui lui donna l’hospitalité. Les princes se réunirent le lendemain à Chauvigny, et, de concert, ils se rendirent à Chinon, où résidait madame de Guyenne918.

Le roi, à cette époque, habitait le château de Lusignan. Des négociations s’entamèrent à Chinon, par l’entremise de Raoul de Gaucourt et de l’archevêque de Tours (Philippe de Coëtquis), ambassadeurs du roi et de La Trémoille. Les princes, de leur côté, tout en traitant avec ces négociateurs, envoyèrent leurs propositions au roi par des fondés de pouvoir. Mais La Trémoille ne voulut entendre à aucun accommodement. Le 20 novembre 1427, Arthur 460de Richemont se trouvait en sa seigneurie de Parthenay, où il s’était retiré. L’hiver se passa dans une sorte d’armistice entre les parties919.

Cependant La Trémoille, de son côté, rappelait Jean de Blois, seigneur de Laigle, l’un des acteurs de la conjuration des Penthièvre. Jean de Blois, accueilli à la cour, devint membre du grand conseil. Appuyé par La Trémoille, il tenta un coup de main sur Limoges et fit une rude guerre au connétable dans ces parages. Le 28 février 1428, La Trémoille signait à Blois un traité de confédération avec le comte de Foix. Madame de Guyenne, ou comtesse de Richemont, résidait toujours au château de Chinon. Cette place était commise ou engagée parle roi au connétable, qui se fiait, pour la garde du poste et de la duchesse, à Guillaume Belier, capitaine du château. Mais ce dernier fut gagné par La Trémoille920.

Le 12 mars 1428, madame de Guyenne vit arriver, non sans quelque sentiment de surprise et de crainte, au château de Chinon, le roi Charles VII. Ce prince était accompagné de La Trémoille, de messire Guillaume d’Albret, de Regnault de Chartres, archevêque de Reims et 461chancelier de France, de Raoul de Gaucourt ; de Jean de Harpedanne, seigneur de Belleville, allié du roi921 ; de Robert le Maçon, sire de Trèves, et autres membres du grand conseil. Le roi rassura sa belle-sœur et l’entretint avec beaucoup de douceur et de courtoisie. Il lui donna toutefois à entendre, devant tout le conseil, que sa présence à Chinon ou en quelque autre demeure du roi qu’elle choisirait, serait tenue au roi pour agréable, mais à une condition : c’est que là duchesse n’y reçût point le connétable. La fière épouse de Richemont répliqua que jamais ne voudroit demeurer en place où elle ne pût voir monseigneur son mari. Peu de jours après, Marguerite de Bourgogne, prenant congé du roi, alla rejoindre, à Parthenay, son époux922.

Le roi, vers le commencement de juillet 1428, était à Loches. Profitant de ce séjour, les princes tentèrent une entreprise armée contre le favori. Il s’agissait de prendre Bourges, d’enlever La Trémoille et de se rendre maîtres du gouvernement. Les ligueurs s’étaient assurés l’adhésion du roi Jacques de Hongrie, comte de la Marche, ainsi que du comte d’Armagnac. Aidés par les habitants de Bourges, qui les favorisaient, ils entrèrent sans difficulté 462dans la ville. Déjà, ils s’étaient emparés de la Monnaie royale et autres établissements publics de la monarchie. Mais lorsqu’ils voulurent prendre possession du Château, ils éprouvèrent une vigoureuse résistance. Jean, sire de Prie, grand panetier de France, assisté des seigneurs de la Borde et de Bonnay, commandait cette place. Aux sommations des princes, il répondit que son poste lui avait été confié par le roi et qu’il ne le rendrait à nulle autre personne923.

Les alliés mirent alors le siège devant la grosse tour, vers le Bourbonnais. Jean de Prie, dans une escarmouche, fut tué d’un gros trait ou vireton et remplacé par le seigneur de la Borde. Les alliés, dès le principe, avaient écrit au connétable de venir en toute hâte leur prêter main-forte. Arthur quitta Parthenay, suivi de ses troupes. Mais le chemin de Poitou en Berry lui avait été barré par le gouvernement. Richemont prit alors un détour pour gagner la route d’Auvergne.

Nouvel échec : il ne put aller au delà de Limoges, où les partisans de La Trémoille le contraignirent à s’arrêter924.

Cependant La Trémoille ne demeurait point inactif. Absent lui-même de Bourges, il avait déjoué les poursuites dirigées contre sa personne. Il réunit des renforts et conduisit le roi devant la ville assiégée. En présence du roi et de forces imposantes, les princes se virent contraints de se désister. Des propositions de traité furent acceptées avec empressement des deux parts. Le 26 juillet 1428, la place 463fut remise pour le roi à Jean de Bonnay, chevalier, nommé capitaine de Bourges. Le lendemain 27, Charles VII, par lettres données au château lès Bourges, accorda aux comtes de Clermont et de Pardiac, une rémission ou abolition complète, au sujet de l’entreprise qu’ils avaient tentée. Mais le connétable fut exclu formellement de cette transaction925.

Ainsi, pour Charles VII, âgé, en 1428, de vingt-cinq ans, l’enfance paraissait se prolonger au delà du terme que les lois naturelles assignent, d’ordinaire, au développement de l’homme. Déjà la vie physique du sang affluait, chez lui, en des organes adultes. Mais la conscience et le jugement ne s’élevaient pas pour en régler les flots tumultueux. La France, un royaume, une nation sur le penchant de sa ruine, était livrée à ces débiles mains ! Les ministres, ses favoris, ressemblaient à des jouets, tour à tour choyés avec une éphémère passion, puis perdus, et pleurés avec des larmes non moins puériles. Par intervalles, le bras du justicier apparaissait et enlevait ces pygmées.

Richemont, toutefois, n’était qu’un bras. L’âme, l’intelligence, qui présidait à ces retours de raison, étaient celles d’une femme, à laquelle les annalistes n’ont point fait, selon nous, jusqu’ici une juste part. Le lecteur a déjà nommé Yolande d’Aragon. Reine de Naples, de Sicile, de Jérusalem, duchesse d’Anjou, comtesse du Maine, de Provence, héritière d’Aragon : chacun de ces fiefs, en quelque sorte, fut pour elle, soit une couronne à préserver, soit un domaine à conquérir. Maint homme eût succombé 464sous le poids de ces soins multiples. Seule et veuve, entourée de mineurs, Yolande suffit à tout et porta ce fardeau sans fléchir. La tutelle de la France lui échut par surcroît. L’histoire peut décerner à Yolande un titre que des politiques, moins habiles qu’elle, portaient alors en Angleterre : le titre de protectrice du royaume.

Les lois de l’État n’attribuaient à la belle-mère du roi aucune part dans le gouvernement des affaires publiques. Aucune responsabilité officielle ne lui incombait sous ce rapport. Les liens féodaux qui la rattachaient à la couronne faisaient de cette princesse une simple vassale et une sujette. Son influence fut donc constamment bénévole et intermittente. Yolande apporta le concours de ses avis, quand ils lui furent demandés. Elle intervint encore, lorsque l’évidence du mal et l’imminence du péril équivalaient, pour son dévouement, à un cri d’alarme.

Nous ajouterons que cette influence fut généralement des plus heureuses. Une série d’actes peu nobles, impolitiques, mesquins, ou désastreux, marque cette période dans l’histoire du jeune roi fainéant et de ses favoris. Lorsque, de loin en loin, une mesure honorable, utile, prévoyante, vient à interrompre cette suite monotone, interrogez les documents, remontez aux sources historiques : ils vous révéleront la main, l’initiation, le nom de Yolande, comme ayant inspiré ou dicté ces mesures exceptionnelles. Tel fut notamment le choix de Richemont, pour tenir la place inamovible de connétable. Acte souverainement habile, qui fut l’œuvre propre de Yolande ; œuvre énergiquement poursuivie par elle à travers les 465favoris ou gouverneurs, et qui devait avoir, dans tout le règne, une conséquence infinie926.

Cette situation de conseillère bénévole et intermittente, Yolande la remplit avec un tact féminin, avec des fruits dignes de remarque. Il y avait une mère dans cette inspiratrice éclairée. Autant que les faits et les documents peuvent nous renseigner sur ces détails intimes, Yolande eut pour Charles VII, enfant de la démence, de maternels et nécessaires ménagements. Elle possédait cette dextérité de touche, qui commence, puis s’arrête, pour reprendre à point. Yolande fit plus que de conseiller le jeune roi ; elle sut, rare succès ! trouver le chemin de son cœur. Par cette éducation délicate, par cette culture habile, elle conserva, en la réchauffant, cette nature bizarre, mais non commune, que la Providence destinait à une tardive fructification927.

466Chapitre V
Période critique du règne de Charles VII : Faits politiques, suite et fin (juillet 1428 – 1429).

La bataille de Verneuil fut considérée par les Anglais comme leur plus grande action militaire depuis la journée d’Azincourt. Aucun revers, en effet, n’atteignit plus sensiblement la cause du roi Charles. Les partisans de ce prince firent, dès lors, concevoir les plus sombres appréhensions pour l’avenir. Ce grand succès, toutefois, coûtait aux Anglais, tant en hommes qu’en argent, des sacrifices énormes, proportionnellement aux faibles ressources des conquérants. Bedford, après cet avantage, s’empressa de retourner à Paris et d’y travailler activement à réunir de nouvelles forces928.

Si tout avait réussi au gré de ses désirs, si le vainqueur eût poursuivi sans interruption le cours d’un tel succès, la monarchie des Valois, déjà si ébranlée, aurait été immédiatement soumise à des épreuves plus rigoureuses 467encore. Heureusement pour la France, de graves embarras vinrent, à cette époque, entraver, avec une merveilleuse opportunité, le gouvernement de l’Angleterre.

Pendant que les états renouvelaient, au moins une fois par an, leurs assemblées, le régent tenait aussi tant à Paris qu’à Rouen, de fréquentes réunions du grand conseil. La situation financière des Anglais n’était point prospère. Une ordonnance rendue le 6 décembre 1424, au nom d’Henri VI, révoque les dons de terres ou héritages et concessions d’offices appartenant au domaine royal. Ces dons avaient été prodigués par Henri V, pour rémunérer les auxiliaires de la conquête929.

D’autres lettres, du 20 avril 1425, défendirent au chancelier de France de sceller à l’avenir de pareils dons, à moins de décision expresse et solennelle. Une délibération ad hoc du parlement de Paris nous apprend que, le 8 août 1425, il était dû, aux membres de cette cour, un arriéré de huit mois, sur leurs gages930.

Malgré toute l’habileté de Bedford, les populations se lassaient de payer, et la Normandie se dépeuplait. L’année 1426 vit s’accomplir une émigration considérable 468de fèvres normands, ou gens de métiers qui se transportèrent en Allemagne. Le Journal de Paris continuait son opposition sous les divers régimes. Il nous a conservé les murmures que faisaient entendre, à cause du poids de la taille anglaise, les habitants de la capitale. Les trésoriers d’Angleterre avaient dû distribuer les pierreries d’Henri V aux chevaliers anglais qui partaient pour la France, en nantissement de leurs gages ou solde militaire. Enfin, le 8 septembre 1428, les états de Normandie furent convoqués de nouveau. Bedford leur demanda 200,000 livres. De leur autorité privée, les états modérèrent la taxe à 180,000 livres, et le régent dut souscrire à cette réduction931.

Pendant les premiers mois qui suivirent la bataille de Verneuil, le gouverneur anglais habita Paris. Il se trouvait, le 28 juin 1425, à Corbie, accompagné de la duchesse Anne de Bourgogne. À cette époque, l’animosité de Philippe le Bon contre Gloucester touchait aux dernières limites. Les deux princes s’étaient défiés et avaient réciproquement accepté le gage de bataille. Philippe, dans ses états d’Artois, s’exerçait assidûment à l’escrime de la lance. Il se préparait à vider sa querelle par un combat corps à corps avec son adversaire. Jean, duc de Bedford, appréciait toute la gravité d’une pareille dissension. Il était parti en vue d’apaiser son beau-frère, par tous les moyens qui dépendaient de son adresse et de son pouvoir932.

469À Hesdin, où le duc bourguignon et ses hôtes furent réunis, les serviteurs de Philippe le Bon portaient au bras une emprise. Cet emblème consistait dans une plaque d’argent sur laquelle on voyait peint un rayon de soleil933. Il signifiait que la justice de la cause, ou querelle de Jean, duc de Brabant, contre Gloucester, était aussi claire que la lumière du jour. Les champions de cette cause devaient conserver l’insigne qu’ils avaient revêtu, jusqu’à ce qu’ils eussent triomphé de leur antagoniste. Ce belliqueux symbole déplut au régent anglais. Bedford essaya vainement d’obtenir que ceux qui le portaient consentissent à le dépouiller, même en sa présence. Jean de Lancastre, avant de retourner à Paris, passa par le Crotoy. C’était là que résidait le duc d’Alençon, fait prisonnier à la bataille de Verneuil. Le régent offrit au prince sa liberté sans rançon, à condition de prêter au roi anglais le serment d’allégeance. Le jeune duc refusa et demeura en captivité934.

De retour à Paris, le régent assembla une réunion de docteurs, théologiens et juristes. Ce tribunal prononça, le 22 septembre 125, l’annulation du défi et de tout le litige qui divisait les ducs de Gloucester et de Bourgogne. Mais la lutte n’en continua pas moins entre les parties. Gloucester, après une expédition infructueuse en Hainaut, avait regagné l’Angleterre. La duchesse ou comtesse Jacqueline, protégée contre son gré par Philippe le Bon, fut conduite, comme captive, à Gand. De là, elle partit un jour, à cheval et en habits d’homme, pendant que ses 470gardes dînaient. Jacqueline s’enfuit de la sorte en Hollande. Philippe le Bon ne tarda pas à l’y rejoindre. Il remporta, le 19 janvier 1426, contre Fitz-Walter, lieutenant de Gloucester, la victoire de Brouwershaven, qui lui soumit la Hollande935.

Sur ces entrefaites, le pape Martin V cassa définitivement le mariage de Gloucester avec Jacqueline. La bulle du souverain pontife validait au contraire la première union de cette princesse et lui enjoignait de retourner dans la société conjugale de Jean, duc de Brabant. Gloucester, de son côté, déféra immédiatement à cette décision. Laissant là Jacqueline, il épousa, en 1426, Éléonore Cobham, fille de lord Cobham, de Sterborough. Cette dame, d’une grande beauté, qu’elle exploitait avec une habileté non moins grande, avait accompagné le duc de Gloucester en France, à la fois comme maîtresse du duc et comme fille d’honneur de Jacqueline936.

Jean, duc de Brabant, mourut le 17 avril 1427. Jacqueline, veuve de nouveau, tenait toujours la campagne. De 1425 à 1428, le duc de Bourgogne, cet indispensable auxiliaire de la puissance anglaise, fut occupé à combattre, dans les Pays-Bas, Gloucester ou ses lieutenants. Par un traité de 1428, Jacqueline conserva l’usufruit de ses états, et promit au duc Philippe de ne point se remarier sans le consentement de ce prince937.

471Une autre querelle intestine paralysa, durant cette même période, la redoutable activité de Bedford. Henri V, en mourant, avait nommé son frère, le duc de Gloucester, gouverneur du jeune roi et protecteur du royaume. Mais la conduite du duc Humphrey excita les critiques et l’animosité de l’évêque de Winchester. Ce prélat se nommait Henri de Beaufort, fils de Jean de Lancastre, et oncle d’Henri V. Chancelier d’Angleterre, il n’avait point de rival, pour la richesse et la puissance, dans le clergé du royaume. C’était un prince instruit, fort élégant de sa personne, mais dégradé par l’abus des plaisirs sensuels, et d’une ambition sans bornes. Il disputa l’autorité de Gloucester et censura publiquement la fougue ainsi que les écarts du protecteur938.

Bientôt deux factions armées, l’une pour Gloucester, l’autre pour Winchester, furent en présence. Les rues de Londres allaient devenir le théâtre d’une collision sanglante, lorsque l’évêque de Winchester invoqua, par une lettre pressante, le retour de Bedford en Angleterre. Le régent venait à peine de réussir à pallier, pour un temps, l’ardeur du conflit analogue, qui s’était élevé entre 472les ducs de Gloucester et de Bourgogne. Jean de Lancastre quitta la France vers la fin de l’année 1425 et passa le détroit. Il résida pendant plus de douze mois dans sa patrie, laissant en France, pour lieutenant, le comte de Warwick939.

Pendant cet intervalle, le duc de Bedford assembla le parlement à Leicester. Il provoqua la censure publique de son frère, comprima momentanément les discordes civiles, fit décider la continuation de la guerre contre la France et voter de nouveaux subsides940.

Retenu dans ce pays par la nécessité de pacifier ces troubles intérieurs, Bedford, à Londres ou à Leicester, comme à Rouen et à Paris, continuait de gouverner les deux royaumes. Il poursuivit, à l’égard de Philippe le Bon, le cours des négociations commencées. Le 16 mars 1426, Jean, sire de l’Aigle, et son frère, Olivier de Bretagne, comte de Penthièvre, se rendirent en Angleterre, auprès du duc de Bedford. Ils étaient munis d’un sauf-conduit délivré au nom d’Henri VI et dans lequel ils recevaient la qualification de chers et féaux cousins. Gaston de Foix, frère du comte Jean, par lettres du 28 juillet de la même année, fut investi du comté du Benauges. Cette faveur avait pour but de resserrer l’union qui existait entre ce baron de la Guyenne et la couronne d’Angleterre. Bedford, dans le même temps, réussit à 473renouveler les traités de paix conclus précédemment par le roi Charles VI avec les populations de la Flandre941.

Jean de Lancastre revint en France vers la fin du mois de février 1427. Il s’arrêta d’abord à Calais. Le 27 mars, dans l’église de Notre-Dame de cette ville, il remit à son oncle, évêque de Winchester, le chapeau de cardinal. Ce duc était de retour à Paris le 5 avril 1427, après être resté pendant environ seize mois, absent de la capitale942.

Né de la violence et de l’iniquité, le gouvernement anglais sentait toujours, en France, un sol mal affermi trembler pour ainsi dire sous ses pas. Au moment même où le représentant d’Henri VI rentrait à Paris, une conspiration française (d’après la chronologie d’un historien local) éclatait à Rouen. Huit années de domination, le changement de règne, des mesures habiles et même bienfaisantes, qui signalèrent l’administration de Bedford, n’avaient point, dans certains cœurs, triomphé de l’attachement au droit, à la justice. Le sentiment du patriotisme vivait en quelques hommes d’élite, qui refusaient de se courber sous le joug de la force et du succès. Dès le principe, une colonie de patriotes ou de réfugiés normands accepta toutes les rigueurs d’un exil volontaire et illimité, plutôt que de se soumettre au despotisme du conquérant. Ces malheureux se répandirent dans les provinces restées fidèles à la cause des Valois. Quelques-uns 474trouvèrent à la cour du prince Charles un refuge et un emploi.

Charles VII entretint constamment, à Paris et à Rouen, des intelligences et des amitiés politiques. Mais, indépendamment de ces correspondances secrètes, les partisans qu’il comptait dans les villes placées sous la domination anglaise, avaient auprès du prince, soit par députations temporaires, soit par un autre mode, des représentants. Le 14 décembre 1425, le roi habitait Mehun-sur-Yèvre. Des lettres-patentes, en date de ce jour et demeurées inconnues des précédents historiens, furent promulguées et adressées en mandement au connétable de France.

Ces lettres contiennent un véritable manifeste politique à l’adresse de l’occupation anglaise. Elles sont conçues dans la forme d’un acte de rémission943 ou abolition, en faveur des Rouennais, pour les absoudre, quant au passé, d’avoir subi la nécessité de la contrainte, en reconnaissant l’autorité du roi d’Angleterre. Nous avons reçu, y est-il dit, l’humble supplication de la part de nos chers et bien-aimés les bourgeois de Rouen, … par aucuns leurs amis estans à présent par devers nous944.

475Lorsque Bedford, en 1425, se rendit vers le duc de Bourgogne, il fit une première pause à Amiens. De là, il se dirigea vers Doullens. Cependant, un chef de partisans français, nommé Sauvage de Fermainville, gentilhomme de grande maison, se tenait à Éclusier près Péronne, suivi de mille chevaux. Son but était de guetter le régent, lors de son départ d’Amiens et de l’assaillir au passage. Bedford, par bonheur pour ses jours, effectua ce trajet plus tôt que ne l’avait calculé Fermainville et déjoua ainsi les desseins de son ennemi. Le 15 décembre 1427, Fermainville, épié à son tour par des hommes de Bedford, fut saisi de force à l’Isle-Adam. On le mit sur un cheval, pieds et mains liés, sans chaperon. Conduit en cet équipage à Bagnolet, où se trouvait le régent, celui-ci le fit pendre incontinent sans procès et même sans l’assistance d’un confesseur945.

Vers le mois d’avril 1427, une conspiration fut ourdie à Rouen, comme nous l’avons indiqué, pour secouer la domination des Anglais et rendre la ville à Charles VII. Richard Mites, l’un des principaux bourgeois de cette grande cité, passa pour en être le chef. L’autorité anglaise surprit le secret de la conspiration. Plusieurs adhérents furent saisis et décapités. Richard Mites, contraint de s’expatrier, paya cette tentative avortée par la perte de ses biens, d’autres disent de sa vie946.

Le gouvernement de Charles VII, durant ce temps, 476épuisait ses dernières ressources, pour conjurer les périls qui l’entouraient. L’alliance du comte de Foix, notamment, fut peut-être celle dont le conseil de Bourges poursuivit la conquête avec le plus d’ardeur. Guillaume de Champeaux, commissaire général des finances en Languedoc, l’un des intrigants les plus démoralisés de cette époque, négocia cette acquisition. Jean de Foix consentit à accepter définitivement le titre de lieutenant-général pour le roi Charles VII en Languedoc. En cette qualité il prêta le 25 février 1425, à Mazères au comté de Foix, un nouveau serment, dans les mains du commissaire général. Pour obtenir un tel résultat, la roi ne craignit pas de mécontenter un de ses proches parents, Jacques de Bourbon, roi de Hongrie, qui occupait cette grande lieutenance947.

Arrivé à la cour, avec son contingent, le comte Jean fut comblé de dons et de bonnes grâces. Il prit d’abord son quartier militaire à Orléans et fit mine de se porter contre les Anglais vers Chartres et Bonneval. Mais il n’accomplit rien de sérieux. Pendant que ses troupes mangeaient le pays, il suivit la cour à Poitiers et ailleurs, se mêlant aux brigues intestines du déplorable gouvernement de Charles VII. Le roi, vers le mois de février 1426, le nomma au commandement général de sa guerre contre les Anglais. Jean de Grailly devait se mettre en campagne au printemps. Vers le mois d’avril, malade, suivant son chroniqueur, ou par des motifs différents, suivant d’autres, au lieu de mettre au vent sa 477bannière, le comte de Foix retourna dans son gouvernement. Il y présidait les états en juin 1426948.

Cependant, soit que le lieutenant du Languedoc fût présent ou absent de son poste, la province n’était pas plus heureusement administrée, dans un cas, que dans l’autre. Tantôt, l’indiscipline et l’anarchie y régnaient ; tantôt, le pays avait à souffrir des troubles et désordres qu’y occasionnait le despotisme de ce haut baron, ou des exactions illégales qu’il lui plaisait d’imposer aux Languedociens949.

Jean de Foix revint à la cour vers le mois d’août 1426. Confirmé de nouveau dans sa lieutenance générale, il fut entouré, lui et les siens, de nouvelles faveurs. Les services du grand vassal ne demeurèrent pas moins stériles. Mais le comte de Foix était un de ces ennemis intimes avec lesquels la monarchie devait compter. Le moment n’était point encore venu où Charles VII pût courber enfin ces redoutables suppôts de la féodalité sous le poids de sa royale puissance950.

Les rapports entre Charles VII et le duc de Bourgogne formaient toujours le nœud de la situation. La reine Yolande, le pape Martin V et surtout le duc de Savoie furent 478les principaux médiateurs entre ces deux puissances. Une suite non interrompue de négociations eut pour dernier fruit le traité passé à Yenne en Savoie le 26 novembre 1426. Jean Gérard, docteur ès lois, et le sénéchal de Lyon, Humbert de Grolée, y représentaient Charles VII. Aux termes de ce traité, une trêve ou suspension d’armes intervint pour trois ans entre le duc de Savoie, le duc de Bourgogne et le roi de France. Cet acte fut ratifié les 22 mai, 22 juin et 14 novembre 1428, par les souverains ou parties contractantes951.

Yolande de Sicile, en donnant le comte de Richemont pour connétable au roi de France, avait eu premièrement ce but : de créer, ou de restaurer, au profit de son gendre, une solide alliance en Bretagne. Dans ses vues, le duc de Bretagne lui-même devait servir d’une manière plus efficace que ne l’avaient fait jusqu’alors les diplomates royaux, pour rallier à la couronne des lis le duc de Bourgogne.

Jean VI de Bretagne obéit en effet docilement à cette impulsion. Mais diverses circonstances vinrent contrarier l’heureux accomplissement de ces desseins. Le 25 mars 1425, la prise d’épée du connétable fut suivie d’un traité, qui renouvelait l’union et amitié entre les ducs de Bretagne et de Bourgogne. Des négociations, entamées 479au nom de Jean VI, tendirent à lui concilier ou à lui conserver, en même temps, de bons rapports avec l’Angleterre. Puis un pas plus décisif fut fait en avant. Les fauteurs des Penthièvre avaient quitté la cour. Sur une telle assurance, le duc de Bretagne consentit à remplir envers Charles VII ses devoirs de féauté. Une entrevue fut ménagée à Saumur, dans les premiers jours d’octobre. Là, au milieu de fêtes et de galantes réceptions, le roi, en présence de Yolande, accueillit le duc de Bretagne952.

Dans un traité solennel, en date du 7 octobre 1425, le roi promit au duc de se gouverner, désormais, par les inspirations de ce prince. Le duc et son frère, connétable, prenaient en main le soin de diriger la guerre et de ramener à une parfaite union tous les princes du sang, y compris le duc de Bourgogne. À cet effet, les finances de Langue d’Oïl devaient, être dévolues à Jean VI, ou à Richemont, qui les administrerait de concert avec le roi. Les comtes de Vendôme et de Clermont, les seigneurs d’Albret et de Foix étaient présents à cette réunion. Ils jurèrent spécialement d’épouser la querelle de Jean VI contre les Penthièvre. Muni de pareilles garanties et sous de tels auspices, le duc de Bretagne fit hommage au roi de France953.

Le duc de Bretagne, effectivement, poursuivit auprès 480de Philippe le Bon les instances les plus actives pour le rallier à la cause française. Mais bientôt les démarches du prince breton, percées à jour par la vigilance de Bedford, éveillèrent toutes ses colères. Arrivé en Angleterre vers janvier 1426, l’un des premiers soins du régent fut de dénoncer, au parlement anglais, la trahison du duc de Bretagne et de lui déclarer la guerre954.

Au mois de mars 1426, le duc de Bretagne envoyait son chancelier en ambassade vers Philippe le Bon. Les instructions de ce mandataire lui prescrivirent de prier le duc de Bourgogne de se joindre à son cousin de Bretagne, pour résister à l’Anglais, lequel, dit cette pièce, a conçu le dessein de les tuer tous deux, selon les lettres de la comtesse de Suffolk955.

Jean VI était soutenu par les états de son duché. Soumis à la généreuse influence de la duchesse Jeanne et de la reine Yolande, il suivait, avec abandon, la ligne politique activement inaugurée par son frère de Richemont. Mais le duc Jean VI était, de lui-même, incapable d’embrasser et de maintenir un plan de conduite ferme, difficile, et qui réclamait autant de capacité que d’énergie. Il avait dans son propre conseil, en la personne de son chancelier, un traître vendu aux Anglais. Le 15 janvier 1427, le comte de Warwick ouvrit une guerre véhémente contre la Bretagne. Warwick et Talbot, le 10 février, 481assiégèrent Pontorson. Le duc, intimidé, s’empressa de désarmer le courroux de l’Angleterre956.

Un premier accord fut négocié le 3 juillet 1427, par le chancelier, Jean de Malestroit, évêque de Nantes, entre la Bretagne et les Anglais. Le duc fit hommage au roi d’Angleterre le 28 janvier 1428 et désavoua publiquement toute autre alliance. Le prince breton subissait d’ailleurs la haute surveillance du gouvernement de Bedford. Tandis que son duché, cerné de garnisons anglaises, était pour ainsi dire occupé par l’ennemi, les capitaines de l’armée d’invasion, tels que Talbot et Scales, s’établissaient à la cour de Jean VI. L’involontaire amphitryon offrait de nombreux présents à ces hôtes malencontreux. Il acheta ainsi, à force d’argent, les trêves et la pitié que lui vendirent les conquérants957.

Raoul de Gaucourt, l’un des principaux capitaines de l’époque, était depuis plusieurs années prisonnier des Anglais. Il obtint du roi un secours de douze mille livres. Le 29 janvier 1428, Gaucourt, muni d’un sauf-conduit, recouvra la liberté, en acquittant sa dispendieuse rançon. Le roi, pour subvenir à ces concessions de deniers, s’obligeait de toute part. Le 17 avril 1425, par lettres données à Poitiers, Charles VII avait engagé, au comte de Vendôme, Louis de Bourbon, le comté de Chartres, en nantissement de vingt mille écus d’or, que ce prince lui avait prêtés. Louis de Bourbon fut en même temps institué 482lieutenant du roi pour la guerre, au conté de Chavires, en Beauce et Vendômois958.

Dans la longue énumération des dettes et des créanciers qui appauvrissaient la monarchie, une mention spéciale appartient au ministre La Trémoille. Nous avons déjà vu ce favori s’approprier la levée des impôts, pour se couvrir de créances personnelles. Mode d’administration déplorable, qui dépouillait la contribution de son caractère général ou public, et qui enlevait à la perception le peu de garantie morale qu’elle présentait. Le 30 décembre 1425, La Trémoille se rendait, du Berry, auprès du duc de Bourgogne, pour négocier la paix. Il fut arrêté par les gens de Perrinet Grasset, capitaine de la Charité pour les Bourguignons, et détenu pendant plusieurs mois dans cette place959.

La Trémoille, avant d’obtenir sa liberté, dut payer une rançon de 14,000 écus d’or. Le 20 juillet 1425, à raison de ces circonstances, le ministre se fit engager à titre de don la terre de Melle, en Poitou, rachetable moyennant le prix de dix mille écus par la couronne. Cent mille écus lui furent, en outre, assignés sur le trésor public. Le 29 du même mois, des lettres de Charles VII, toujours motivées par les mêmes considérations, cèdent au sire de La Trémoille tous les impôts, aides et tailles qui avaient été mis et qui le seraient à l’avenir sur toutes les terres et 483seigneuries que Georges possédait eu Poitou, Limousin, Anjou, Berry et duché d’Orléans960.

En résumé de compte, Georges de La Trémoille, premier ministre du roi, non content de puiser à pleines mains dans le trésor obéré de l’État, se constituait encore vis-à-vis de la monarchie dans la situation de prêteur sur gages. À la fin de 1428, indépendamment de ses propres et seigneuries, il possédait ou avait reçu à titre d’engagement la terre de Melle et la châtellenie de Lusignan, en Poitou ; les terres, villes et seigneuries de Rochefort-sur-Loire, Amboise, Bléré, Montrichard en Touraine ; le domaine royal de Château-Thierry ; les greniers à sel de Pont-Saint-Esprit et de Mèze en Languedoc, sans compter les dons manuels et des immunités sans nombre961.

Un dernier trait particulier pourra servir à peindre, dans l’esprit du lecteur, le désarroi qui régnait au sein de l’administration des finances royales. Jean, duc d’Alençon, le 30 octobre 1427, fut délivré de captivité, moyennant une rançon de 200,000 saluts. Le prince s’adressa au roi pour l’aider à s’acquitter. Charles VII, par lettres du 5 mai 1428, accorda au jeune duc la trêve ou droit de transit sur les marchandises de la sénéchaussée de Beaucaire. Mais le roi avait déjà disposé deux fois de ce même produit. En premier lieu, Charles VII l’avait donné à sa belle-mère Yolande ; puis, au préjudice de ce premier don, il l’avait assigné à des marchands, créanciers du roi, pour les couvrir. Cette troisième concession demeura, en conséquence, 484vaine et de nul effet pour le dernier donataire962.

En 1426 et 1427, Alphonse V, dit le Sage ou le Magnanime, roi d’Aragon, avait fourni quelque gendarmerie au roi de France. Bernard-Albert, chevalier, procureur du roi Alphonse et des fiefs d’Aragon en Roussillon et en Cerdagne, conduisit vers le roi de France ces auxiliaires. Le sénéchal catalan fut en même temps accrédité comme ambassadeur auprès de Charles VII963.

Au printemps de 1428, le roi Charles avait plus besoin de soldats que de ménétriers. Il se trouvait, d’ailleurs, fort gêné pour payer les uns et les autres. En retour des contingents que le roi d’Aragon lui avait fournis, Charles VII, sur la demande d’Alphonse, lui envoya cinq ménétriers de son hôtel. Le 12 avril 1428, ces musiciens, partis de Bourges, étaient reçus à Perpignan par le sénéchal Albert. Largement rémunérés de leur voyage aux frais d’Alphonse le Sage, ils furent immédiatement dirigés sur Valence, en Espagne, où ce prince avait alors sa résidence964.

La même année (1428), Charles VII traita touchant les frontières du Dauphiné avec le prince d’Orange et députa maître Guillaume Quiedeville, son ambassadeur, auprès 485du roi de Castille965. Enfin les leçons de l’expérience, le désastre même de Verneuil, n’avaient point encore dessillé les yeux du roi sur les avantages qu’il espérait tirer de l’alliance écossaise. Au mois de janvier 1427, Jean Stuart de Darnley, connétable des Écossais, fut investi par le roi du comté d’Évreux. Le connétable était en même temps pensionné par le duc de Bretagne. Jacques Ier, à peine rétabli sur le trône d’Écosse, avait renouvelé (4 mars 1427) l’antique alliance de ce royaume avec la dynastie des Valois. Peu de temps après, Charles VII octroya au comte d’Évreux l’autorisation d’écarteler, sur le même écusson, les armes de Stuart et de France. Bientôt une nouvelle ambassade se rendit à Édimbourg ; elle était composée du comte d’Évreux, de l’archevêque de Reims (Regnault de Chartres) et d’un secrétaire du roi, le poète Alain Chartier966.

Ces mandataires, en sollicitant l’envoi de nouvelles troupes, présentèrent au roi Jacques les démonstrations affectueuses de Charles VII. Ils lui demandèrent aussi la main de Marguerite d’Écosse, l’une des filles de Jacques Ier, pour la marier au dauphin. Le roi Jacques, par lettres datées de Perth, le 19 juillet 1428, accepta les conditions du traité ; il promit de confier sa fille au premier navire que le roi de France lui enverrait au printemps de l’année suivante967.

Charles VII, après avoir transporté au prince Louis l’apanage du Dauphiné, promit officiellement son fils en 486mariage pour la princesse Marguerite. Un nouveau traité fut passé le 10 novembre 1428 entre les deux souverains. Par cet acte, le roi d’Écosse s’obligeait à fournir à son allié six mille hommes d’armes. Charles devait lui engager immédiatement le comté de Saintonge, érigé à cet effet en duché-pairie. Dans le cas où, avec le secours de ces auxiliaires, le roi de France parviendrait à repousser les Anglais, Charles VII s’obligeait, en outre, à livrer au roi d’Écosse, après la victoire, le duché de Berry, accompagné du comté d’Évreux968.

Fin du tome I.

Notes

  1. [715]

    Charles VI moribond, et Henri VI, âgé de neuf mois.

  2. [716]

    Monstrelet, éd. d’Arcq, t. IV, p. 1 :24. P. Cochon, p. 446. — Parliament rolls, t. IV, p. 169, 1 75.

  3. [717]

    D. Plancher, t. IV, p. 62, 63.

  4. [718]

    Ordonnances, t. XIII, p. 8. — Du Tillet, Recueil des traités, p. 217. — Religieux, t. VI, p. 488. — Jean Chartier, t. I, p. 29. — Rymer, t. IV, partie IV, p. 80, 81. — Parliament rolls, t. IV, p. 171, 299.

  5. [719]

    Louis de Luxembourg et Pierre Cauchon.

  6. [720]

    X. X. 1480, f° 253. — Félibien, Preuves, t. II, p. 587, b.

  7. [721]

    Delpit, Documents anglais, p. 232. — Henri IV, père d’Henri V, avait fait tuer Richard II et l’avait supplanté sur le trône.

  8. [722]

    X. X. 1480, f° 260.

  9. [723]

    Félibien, Preuves, 558, b. — Camusat, Mélanges, f° 157. — Monstrelet, p. 123. — Il y avait deux rois d’armes nommés Berry : 1° celui-ci, qui fonctionnait auprès de Charles VI, et 2° Gilles le Bouvier, appelé aussi Berry, créé par Charles dauphin, ou Charles VII.

    Avènement d’Henri VI. Détails de chancellerie. — On scella provisoirement sous le sceau du châtelet ou de la prévôté de Paris. (Religieux, VI, 488 ; Jean Chartier, I, 29.) C’était ainsi que les choses se pratiquaient toujours à Paris, en l’absence du grand sceau. Le 12 novembre, on formula dans la chancellerie : Henri, par la grâce de Dieu, roi de France et d’Angleterre… Donné soubz nostre scel du chastelet. Le nouveau sceau fut prêt et employé pour la première fois le 23 novembre. Il représentait un roi, assis en majesté, tenant deux sceptres et accompagné de deux écussons. Celui de droite était aux armes pures de France. L’autre se composait des trois fleurs de lis, écartelées des trois léopards d’Angleterre. Ces mêmes-symboles servirent d’effigie à la nouvelle monnaie. En Angleterre, le sceau d’Henri V fut employé dans la chancellerie jusqu’au 20 novembre. Un acte du 1er octobre, rendu au nom d’Henri VI, est intitulé Henricus rex, sans autre développement. (Rymer, t. IV, partie IV, p. 80 et 81.) Voyez aussi Parliament rolls, t. IV, p. 171. 299. — Jos. Stevenson, Henri VI, t. I, p. xxxij, lxxvij et suiv. — Édouard de Barthélemy, Hist. de Châlons-sur-Marne, in-8°, 1854, p. 332 et suiv. — La maison de la reine Marie d’Anjou fut organisée le 17 novembre. (K. K., 56.)

  10. [724]

    Camusat. Monstrelet. Journal de Paris, p. 660.

  11. [725]

    Comptes de l’écurie dans Jean Chartier, t. III, p. 310, 311. — Ordonnances, t. XIII, p. 156. — Raoulet, p. 113. — Ursins, Godefroy, Charles VI, p. 398. — Cousinot, p. 189. — Charles VII fit célébrer le service funèbre de son père, non pas à Espaly, mais en l’église de Notre-Dame de Mehun-sur-Yèvre. Cette cérémonie eut lieu dans les premiers jours de novembre, ainsi qu’on le voit par le document ci-après. Reçu par Guillaume Charrier (trésorier du roi), la somme de 1, 200 livres tournois que le roy, par ses lettres-patentes, données le 6e jour de novembre, avoit ordonné lui entre baillée et délivrée pour tourner et convertir en la despence de bouche des prélats et autres gens d’église, ordonnez par le conseil pour faire l’obsèque du roy Charles derrenier trèspassé, que Dieu absoille ! en l’esglise, de Notre Dame de Mehun-sur-Yèvre. (Compte de l’hôtel du régent, puis roi, du 1er juillet au 30 novembre 1422. Ms. 1399, s. fr., f° 2.) — L’épitaphe de Charles VII dit positivement que ce roi mourut au lieu où il avait pris la couronne, à Mehun-sur-Yèvre (Revue anglo-françoise, t. III, p. 125.)

  12. [726]

    Monstrelet-d’Arcq, t. IV, p. 132, note 1. — Fenin-Dupont, p. 195.

  13. [727]

    Panthéon, p. 525. Revue des Sociétés savantes, 1857, p. 704 et suiv. — Le Roux de Lincy, Chants populaires de la France.

  14. [728]

    Voyez ci-dessus la note 330.

  15. [729]

    Ordonnances, t. XIII, p. 1 à 43, et p. 64 ; t. XV, p. 115, 162, 326 ; t. XVI, p. 35. — D. Vaissète, livre XXXIV, chap. XXV, etc.

  16. [730]

    Ordonnances, t. XIII, p. 8 à 31. — Lettres des Rois et Reines, etc., t. II, p. 398.

  17. [731]

    Ordonnances, t. XIII, p. 22. — Fontanieu, Ms. 4805, f° 119. — Du Boulay, Hist. universit. Paris, t. V, p. 366 à 373. — Du Tillet, Libertés gallicanes, p. 129.

  18. [732]

    Fontanieu, vol. 113, aux 13 décembre 1422, 12 et 25 février 1423. — D. Morice, t. I, p. 490, etc. — Monstrelet, p. 147 et s. — P. Cochon, p. 445-440. — Journal de Paris, p. 661. — J. Stevenson, Wars of Henry VI, t. I, p. XXXIV.

  19. [733]

    Cette dernière union avait déjà été décidée avant la mort des deux rois. Madame de Guyenne fut mariée au comte de Richemont, par contrat du 3 octobre 1423. Les noces eurent lieu, le 10, à Dijon ; et, par acte du lendemain 11, la dauphine douairière Marguerite, comtesse de Richemont, ratifia sa seconde alliance. Anne de Bourgogne épousa Jean, duc de Bedford, à Troyes, le 14 juin 1424. D. Plancher, t. III, Preuves, p. cccxiij ; t. IV, p. 69 ; Preuves, p. xxvij. — Gachard, Dijon, p. 32, 56, 57. — Rymer, t. IV, partie IV, p. 91. — Fenin-Dupont, p. 199 et suiv. — G. Gruel, p. 359 et suiv. — Godefroy, Charles VI, p. 729. — Monstrelet, p. 543, 548. — Ms. Brienne, p. 197, f° 293.

  20. [734]

    Rymer, ibid., p. 88, 89. — Stevenson, Wars… or Papers illustrative of… Henry VI, apud Scriptores rerum britannicarum, p. 1 et suiv. — Ms. Doat, vol. 214, f° 1 à 10. — D. Vaissète, livre XXIV, chap. XXVIII.

  21. [735]

    Monstrelet-d’Arcq, t, IV, p. 135.

  22. [736]

    Les uns de bon cœur le firent, les autres de très mauvaise volonté. — Journal de Paris, p. 661. — Biographie Didot : Morhier.

  23. [737]

    Dict oultre (Guill. Prieuse) que oncques Anglois ne fut roy de France, ne encores ne seroit jà. Varin, Archives de Reims (législatives, 2e partie, 2e volume, p. 113, 114). — Pierre Cauchon, dont la main et le nom se montrent ici, était du pays de Reims. Il employa son crédit en faveur de ses parents, jusque-là pauvres et obscurs. Nous trouvons, en 1423, dans un mémorial de la chambre des Comptes, l’admission de ce Jean Cauchon nommé récemment maître sergent des bois des montagnes de Reims et de la forest d’Épernay. (P. P. 115, p. 129.)

  24. [738]

    D. Plancher, t. IV, p. 65.

  25. [739]

    Monstrelet, t. IV, p. 144, 156, — Bourdigné-Quatrebarbes, t. II, p. 140, 147. K. K. 243, f° 63.

  26. [740]

    Neuvillalais, dans la Sarthe.

  27. [741]

    Monstrelet, p. 130 et suiv. — Saint-Rémy, p. 465. — Cousinot de Montreuil, p. 212, 213. — Jean Chartier, t. I, p. 14, 30, 31. — Bourdigné, t. II, p. 152. — P. Cochon, p. 447.

  28. [742]

    William de la Pole, comte de Suffolk, est nommé par le régent anglais, gouverneur avec pleins pouvoirs pour le roi à Chartres, pays chartrain, Poissy, Pontoise, etc. (P. P. 118, année 1423.)

  29. [743]

    Cousinot, chap. CC. — Monstrelet, p. 142 et suiv. — Wavrin, t. I, p. 215 et suiv. — Archives Joursanvault, n° 3388. — Journal de Paris, p. 662.

  30. [744]

    Monstrelet, p. 134. — Cousinot, p. 189.

  31. [745]

    P. Cochon, p. 447. — Cousinot, ibid.

  32. [746]

    Cousinot, p. 190. — Le catalogue Joursanvault désigne en ces termes un document dont la trace est aujourd’hui perdue : Ordonnance de Charles VII, rendue à Bourges le 18 février 1423, par laquelle il engage son grand diamant appelé le miroir, en garantie du paiement de la vaisselle d’or et des joyaux, qu’il achète, pour donner à diverses personnes désignées dans l’ordonnance. Original avec signature. (T. I, p. 130, n° 779.)

  33. [747]

    Les mêmes. — Journal de Paris, p. 661. — Monstrelet, p. 142. — Ms. Brienne, 197, f° 295.

  34. [748]

    Preuves de Bretagne, t. II, col. 1124. Archives de Tours : Cabinet historique, 1859, p. 103, ne 5082, 2. Ms. Fontanieu 113, au 25 mars 1423 et passim. Le 30 mars 1423, les Bourguignons entrent dans Marchenoir près Beaugency. (Cousinot, p. 198, 411 et suiv.)

  35. [749]

    Lubin Raguier appartenait à la famille d’Hémon Raguier, trésorier général. Lubin était premier queux du roi en 1441. (Archives de l’hospice de Laon. Cabinet des titres, dossier Raquier.) Sur Louis Boyau, Voy. Bataille de Baugé.

  36. [750]

    Les autres localités, sauf Vertus (Marne), appartiennent aux arrondissements de Nogent-sur-Seine et d’Arcis-sur-Aube (Aube) : Traînel, Gumery, Soligny-les-Étangs, probablement Paroy, Saint-Mesmin, Origny-le-Sec, Charmont-sous-Barbuise, Aubeterre, Montsuzain, Voué, Pouan-les-Vallées.

  37. [751]

    Fenin-Dupont, p. 198, 199. — Archives de Troyes. On lit dans un mémoire ms. de ces archives : Item, les ennemis ont par plusieurs fois publié et fait publier que le daupphin leur maistre venroit assiéger à toute puissance icelle ville et la mectre en tel estat que on diroit : Icyfut Troyes. (Communication de M. Boutiot… Hic Troja fuit ! Cf. sur ce point Revue des Sociétés savantes, 1857, p. 710.) — Dans le même temps, La Hire guerroyait à Châlons, à Somme-Vesle. De là, ses éclaireurs opéraient des incursions jusqu’à Reims, annonçant la venue et le sacre du dauphin qui que veuille ; c’est-à-dire envers et contre tous. (Archives municipales de Reims, communication de M. Louis Paris, Article La Hire, biographie Didot.)

  38. [752]

    Guillaume, bâtard de la Baume, seigneur de la Charme, marié à Gillette de Dortans (veuve de lui en 1430). Il était fils de Guillaume de la Baume, seigneur considérable du pays de Savoie, mort en 1360. (Anselme.)

  39. [753]

    Chronique de Wavrin, édition de Mlle Dupont, t. I, p. 222 et suiv. — D. Plancher, t. IV, Preuves, p. XXV.

  40. [754]

    Yonne, près d’Auxerre.

  41. [755]

    Wavrin-Dupont (Société de l’histoire de France), p. 226 et suiv.

  42. [756]

    Sauve le demeurant ; sauve le reste ! (Sauve qui peut !)

  43. [757]

    Mangeassent.

  44. [758]

    Wavrin, chapitres 963, 964, 965.

  45. [759]

    Chronique de Wavrin, 1858, in-8°, chap. DCCCCXLVI.

  46. [760]

    Ibid.Berry dans Godefroy, Charles VII, p. 363. — D. Flancher, t. IV, P. 73. — Cousinot de Montreuil, p. 214.

  47. [761]

    Berry. — Fenin, p. 197. — Saint-Rémy, p. 617. — Wavrin, p. 239. — Monstrelet, p. 157.

  48. [762]

    D. Plancher. — Berry. — Monstrelet.

  49. [763]

    Les mêmes. — Pour la chronologie, D. Plancher. — Labarre, t. II, p. 201, note e.

  50. [764]

    Cousinot, chap. CCII. — Lettre du comte de Suffolk, écrite du champ de bataille ; dans Belleforêt, Annales de France, édition de 1579, in-f°, vol. II, f. 1009.

  51. [765]

    Berry. — Monstrelet. — Wavrin. — Montreuil. — Le Jouvencel, f° xcj.

  52. [766]

    D. Plancher, t. IV, p. 76. — Le chapitre de Saint-Étienne était seigneur de Cravant. Ce collège avait toujours suivi le parti bourguignon. Par lettres données à Troyes en décembre 1419, Charles VI (c’est-à-dire Philippe le Bon) octroya aux chanoines de Saint-Étienne le privilège d’établir, dans leur ville de Cravant, un marché tous les lundis et trois foires annuelles. (J. J. 172, f° 1.)

  53. [767]

    Les mêmes. — Jean Chartier, t. I, p. 32 ; t. III (Raoulet), p. 182. — Journal de Paris, 662.

  54. [768]

    Les mêmes. — Stuart, History of Stuarts, p. 134 et suiv. — Chronique martinienne, f° 275. — Anselme, Hist. généalog., t. III, p. 837.1). — Plancher, t. IV, p. 77. — Wavrin-Dupont, p. 222.

  55. [769]

    Ms. 9667, 2, 2, à la fin. Berry, Charles VII, p. 370. Montreuil, p. 220. Anselme, etc.

  56. [770]

    Lettres closes datées du 3 juillet, environ cinq heures après midi. — Archives de Saint-Vincent du Mans ; Ms. Blancs-Manteaux, t. VIII, f° 99. — Duclos, Histoire de Louis XI. Recueil, 1756, p. 1. — Les honneurs de la cour, 1759, p. 216 et s. — Monstrelet, éd. d’Arcq, t. IV, p. 173. — Bibliothèque de l’École des chartes, 2e série, t. III, p. 137.

  57. [771]

    Cagny, chap. 79. — K. K. 56, f° 27 v°, et 51 v°. — Gallia christiana, t. IX, col. 551. — Godefroy, Charles VI, p. 798. (Ces deux bassins servaient l’un à l’aspersion, par le moyen d’une petite gargouille, et l’autre à recevoir le liquide tombant du front du baptisé.) — Archon, Histoire ecclésiastique de la chapelle des rois de France, t. II, p. 257. — Cousinot de Montreuil, p. 239. Ms. fr. 5024, f° viij.

  58. [772]

    Duclos, Recueil cité, p. 2.

  59. [773]

    Itinéraire. — K. K. 56, f° 49. — D. Vaissète, liv. XXXIV, chap. XXIX. — K. K. 244, pièce annexée au feuillet 23.

  60. [774]

    Archives de Tours. Cabinet historique, 1859, p. 104. — Ces présents faits au roi et à la reine étaient des profits pour les gens de cour. Les prestations ci-dessus énumérées furent rachetées, en argent et au rabais, par la ville, des officiers du roi et de la reine. Dom Housseau, t. XV, f° 7 v°.

  61. [775]

    D. Vaissète, liv. XXXIV, chap. XXIX. Mémorial H. Bourges. P. P. 118, f° 17. — Ordonnances, t. XIII, p. 43 ; XV, 4, 211, 277, 330, 679 ; XVI, 67, 70 ; XVII, 474. — Redet, Mélanges (documents inédits, in-4°), t. III, p. 235, etc. — Azat, sénéchaussée de Toulouse, jugerie de Villelongue.

  62. [776]

    Ms. Doat, t. IX, p. 279. — Quicherat, Aperçus nouveaux sur la Pucelle, p. 19, note 1. — Acte du 23 juillet 1423, attestant que les chemins du Poitou n’offrent plus de sécurité publique, par l’occupation des Écossais et autres gens d’armes (Archives des Deux-Sèvres). — Aux mois d’août et de novembre 1423, les officiers de la reine en Touraine et en Berry se rendent d’une ville à l’autre, afin de faire rentrer les deniers nécessaires aux dépenses de la maison de cette princesse. Ces officiers marchent sous escorte, par les chemins, pour doubte des Escossais et autres gens de guerre. K. K. 56, f° 31 v°, 35 v°, etc. Cf. Jean Chartier, t. III, p. 318 (f° 13), et Thomas Basin, Mémoires, t. I, chap. IV, p. 52.

  63. [777]

    Ordonnances, t. XIII, p. 44. — Sauval, Antiquités de Paris, t. III, p. 233 (Ambassade de Simon Morhier). — Ms. fr. 5024, f° 85.

  64. [778]

    Lettres de Walter Stewart, fils du duc d’Albanie et gouverneur d’Écosse, pendant l’absence et captivité de Jacques I, données à Sterling, le 6 octobre 1423, par lesquelles il jure d’observer les alliances conclues entre la France et l’Écosse. (Trésor des Chartes, carton J, n° 617, pièce 20, Cabinet historique, 1859, p. 24, n° 4829.)

  65. [779]

    Archives de Tours. Cabinet historique, 1859, p. 25, n° 4830 ; p. 103, n° 2 et suiv. P. P. 118, p. 9. — Ms. Baluze, 9987, 3, pièce 1. — Cousinot, ch. 211. — History of Stuarts, p.138. — Chalmel, Histoire de Touraine, II, 187.

  66. [780]

    Du Mont, Corps diplomatique, t. II, part. II, p. 176. — Gallia vetus, t. IV, col. 58. — Boudet, Mémoires pour l’abbé de Saint-Antoine, Lyon, 1746, in-4°, p. 14 et 41. — Par lettres données à Espaly, le 26 décembre 1424, Charles VII confirme à l’abbé de Saint-Antoine, en faveur de son monastère, l’exemption de toute espèce de tributs. (Ordonnances, t. XIX, p. 264.) — 1425, mars, 15, le roi distribue 1, 200 florins entre l’abbé de Saint-Antoine et autres qui s’étaient entremis à la tenue des États du Dauphiné. (Ms. Gaignières, n° 649, 2, pièce 47 bis.)

  67. [781]

    Sous la régence Murdac. (Interrègne.)

  68. [782]

    Ces trois derniers princes étaient captifs en Angleterre.

  69. [783]

    Ms. Harlay, n° 211, f° 10 et suiv. — Art de vérifier les dates, Ms. fr. 5053, f° 132, 135, 137.

  70. [784]

    Pâques, le 23. Saint-Rémy, p. 470. — Rainaldi, Annales, 1752, in-f°, t. XXVIII, p. 14, § XX.

  71. [785]

    Comptes de Pierre Surreau, receveur général de Normandie. Ms. de l’ancien fonds français, 9336, 4 ; 9436, 6 ; Bigot, 113 et 119. — Voir sur ce sujet deux excellents écrits de M. Charles de Robillard de Beaurepaire, archiviste de la Seine-Inférieure : 1° les États de Normandie, in-8°, et 2° De l’administration de la Normandie, sous la domination anglaise, in-4°, Rouen, 1859.

  72. [786]

    Trésor des Chartes, J. J., registre 172, pièce 497, f° 641. — Ordonnances des rois de France, t. XIII, p, 36 à 88. — Lettres des rois et reines, t. II, p. 404. — Journal de Paris, p. 664. — Félibien, Preuves, t. II, p. 547 b, 549 b, 552 a. — P. Cochon, p. 364, note 8. — Notice historique sur S. Morhier, prévôt de Paris pour les Anglais ; dans le tome 25 des Mémoires de la société des antiquaires de France, Ms. fr. 5024, f° iiij xx v.

  73. [787]

    Les ruines de ce château se voient encore sur la commune de Louan (Seine-et-Marne), 19 kilomètres N.-E. de Provins.

  74. [788]

    Monstrelet, édit. d’Arcq, ibid., p. 173 et suiv. — Wavrin, t. I, p. 249 et suiv. — Fenin-Dupont, p. 198, 210 et suiv. — P. Cochon, p. 449. — Journal de Paris, p. 604. — Ms. Fontanieu, vol. 113, au 14 février 1424. — Religieux, t. VI, p. 460. — Ursins, p. 391. — Abrégé français, p. 247, 248. — Cousinot, chap. 206, 207. — D. Plancher, t. IV, p. 76, etc.

  75. [789]

    Monstrelet, même édition, ibid. — Wavrin, t. I. p. 216. — Joursanvault, t. II, n° 3388.

  76. [790]

    Monstrelet, p, 175. — M. de Beaurepaire, Administration, p. 45.

  77. [791]

    Arrondissement de Saumur.

  78. [792]

    Fontanieu, Titres originaux, portefeuille n° 629, 630, à la date du 13 octobre 1417. — Monstrelet. — Saint-Rémy. — Bonfils, Histoire du Crotoy, p. 107 et suiv. — René de Belleval, La Journée de Mons-en-Vimeu et le Ponthieu après le traité de Troyes, 1861, in-16, p. 2 et suiv.

  79. [793]

    Les mêmes. — Bélisaire Ledain, Histoire de Parthenay, p. 221. — Fenin-Dupont, p. 206.

  80. [794]

    Cousinot, p. 188. — Fenin.

  81. [795]

    Les mêmes. — Montreuil, p. 254. — Berry, Charles VII, p. 328, 375. — Saint-Rémy, p. 409.

  82. [796]

    Monstrelet. — Beaurepaire, Administration, etc., p. 7, 8, 45.

  83. [797]

    Cagny, chap. 79. — Monstrelet, ibid., p. 105. — D. Plancher, IV, 78. — Cousinot, chap. 203. — Montreuil, p. 221. — Berry, Charles VII, p. 370.

  84. [798]

    Canton de Loiron, arrondissement de Laval (Mayenne). — Cousinot, chap. 204.

  85. [799]

    Bourdigné, II, 153 et suiv. — Cagny, chap. 80. — Monstrelet, p. 145. Grafton’s Chronicles, t. I, p. 555.

  86. [800]

    En 1371, Du Guesclin avait été le parrain de Louis, duc d’Orléans. Lorsqu’il tint le prince sur les fonts, il mit dans sa petite main son épée de connétable, et lui dit : Monseigneur, je prie à Dieu qu’il vous doint autel et si bon cueur, que vous soyez aussi preux et aussi bon chevalier, comme fust oncques roy de France, qui portast espée ! Claude Dormay, Histoire de Soissons, 1664, in-4°, t. II, p. 356.

  87. [801]

    Andry de Laval… lors estant jeune de l’aage de douze ans… (Montreuil). — Anselme adopte cet âge et le fait naître en 1411. Perceval de Cagny, toutefois, dit : De l’aage de seize ans ou environ.

  88. [802]

    La Chronique de Normandie donne, seule, il est vrai, à cette affaire, des proportions beaucoup plus grandes. François (dit-elle) qui estoient petite compagnie, par grand hardement se frappèrent parmy Anglois, en faisant merveilleuse occision, tant que l’honneur leur demeura… Et là, moururent de la partie des Anglois de six à sept mil hommes, sans les prisonniers. Des François peu y moururent, mais plusieurs [furent] navrez (blessés). Comparez Grafton, loc. cit.

  89. [803]

    Les mêmes. — Montreuil, p. 214, chap. 5. — Berry, p. 370. — Jean Chartier, t. I, p. 33. Chronique de Normandie, f° 181.

  90. [804]

    Dépêche originale sur parchemin (cabinet de l’auteur). — Cousinot, p. 193, note 4. — La Roque, Histoire de la maison d’Harcourt, t. II, p. 496.

  91. [805]

    Journal de Paris, p. 663 b. — Cagny, chap. 81. — Prise de Ham : Monstrelet. Cette action eut lieu le 3 octobre, éditions Buchon (Panthéon, p. 551), et autres antérieures. M. D’Arcq dit le 13 (t. IV, p. 112). — Fenin, p. 212. — Le 11 octobre 1423, les Armagnacs s’emparent du château de Hault, près Braine-le-Comte, saccageant le pays et menaçant la ville de Braine. (Mémoire du temps cité par M. Stanislas Prioux, Monographie de Saint-Yved de Braine, 1859, in-fol., p. 89.)

  92. [806]

    Beaurepaire, Administration, p. 7 ; États, p. 20. — Cousinot, chapitres 208, 209. — Montreuil, p. 221. — Preuves de Bretagne, t. II, col. 1124. — Fontanieu, Ms. 113, au 28 avril 1424. — Chorier, Histoire du Dauphiné, t. II, p. 421. — Le 8 septembre 1423, le gouvernement anglais alloue à Philippe le Bon 2,000 livres de revenus sur le péage de Saint-Jean de Lône et autres produits. (D. Plancher, t. IV, p. 79.) — Le 21 juin 1424, Henri VI transporte au même duc la jouissance des comtés d’Auxerre, de Mâcon et de Bar-sur-Seine. (Ibid., p. 76, et Preuves, p. xlj. Lavirotte, Odette, etc., p. 13.)

  93. [807]

    Lobineau, 1707, t. II, colonne 924. Berry, p. 370.

  94. [808]

    D. Plancher, t. IV, p. 82 et suiv. — Preuves, p. XXXIV et XXXV. — Le 25 février 1424, traité de mariage entre Charles de Bourbon, confédéré de Charles VII, et Agnès de Bourgogne. (Saint-Rémy, p. 471. Fenin-Dupont, p. 227.)

  95. [809]

    Droit sur le transport des marchandises.

  96. [810]

    Odette de Champdivers, dans la Bibliothèque de l’École des chartes, 4e série, t. V, p. 176 et suiv.

  97. [811]

    D. Plancher, t. IV, p. 89.

  98. [812]

    Arrondissement de Gannat (Allier).

  99. [813]

    La Barre, Mémoires de Bourgogne, t. II, p. 206, note b. — Archives de Dijon. — Lavirotte, Mémoire sur Odette, et autres sources réunies et alléguées dans la Bibliothèque de l’École des chartes, loc. sup. citat.

  100. [814]

    Lavirotte, Odette, p. 113. (1424, mai et juin.) — K. K. 56, f° 67 v°. — Chorier, t. II, p. 421.

  101. [815]

    Monstrelet-d’Arcq, p. 181. — Fenin, p. 213. — Saint-Rémy, p. 478, etc.

  102. [816]

    Monstrelet, p. 179 et suiv. — Fenin, p. 209 et suiv. — Journal de Paris, p. 664.

  103. [817]

    Les mêmes. — Jean Chartier, t. I, p. 38. — Cousinot, chap. 210. — D. Plancher, IV, 90. — Beaurepaire, Administration, p. 45 et suiv. — P. Cochon, p. 448 et suiv. — Berry, Charles VII, p. 371. — Monstrelet, Panthéon, p. 555. — Archives de Reims : Lettre du 11 août.

  104. [818]

    Les mêmes. — Raoulet, 183. — Quicherat, Rodrigo de Villandrando (Bibl. de l’Éc. des Chart., VI, 119 et s.). — Montreuil, 222. — Berry, 371.

  105. [819]

    Successivement appelé Ivry la Chaussée, ou le Cauchie, Ivry-le-Château, et actuellement Ivry-la-Bataille, canton de Saint-André, arrondissement d’Évreux (Eure).

  106. [820]

    Cousinot, p. 190, chap. 213. — Journal de Paris, p. 661. — Beaurepaire, Administration, p. 41. — Grafton, p. 555.

  107. [821]

    Les mêmes. — Berry, p. 371. — Montreuil, chap. 9. — Raoulet, p. 184.

  108. [822]

    Les mêmes. — Journal. — Monstrelet d’Arcq, p. 189. — Chronique de Normandie, f° 180. Wavrin, t. I, p. 256.

  109. [823]

    Les mêmes. — Montreuil, p. 223. — Cagny, chap. 182.

  110. [824]

    Wavrin (témoin oculaire), p. 260. — Monstrelet, que Wavrin copie en le contrôlant, dit Vaisseux. Mademoiselle Dupont, dans ses notes sur Wavrin, identifie cette localité avec celle qui porte aujourd’hui le nom de Piseux.

  111. [825]

    Monstrelet. — Fenin, p. 219. — Saint-Rémy, p. 470. — Basin, t. I, p. 48.

  112. [826]

    Raoulet, p. 186.

  113. [827]

    Monstrelet, liv. II, chap. XX. — Cousinot, p. 197. — Fenin, p. 222. — Basin, t. I, p. 48.

  114. [828]

    Les mêmes.

  115. [829]

    Les mêmes. — Basin.

  116. [830]

    Les mêmes. — Montreuil, p. 223, 224.

  117. [831]

    Berry, 371. — Raoulet, 186. — Monstrelet, chap. XX.

  118. [832]

    Monstrelet, Wavrin, p. 255 et suiv. — Les deux autres enseignes étaient celles de Saint-Georges et de Saint-Édouard. Ces quatre pavillons sont représentés en couleur, dans l’ouvrage de sir Harris Nicolas, The battle of Azincourt, 1832, in-8°, p. 330 à 331. — Pour la bannière de Bedford (Voyez son livre d’heures, Ms. Lavallière, n° 82).

  119. [833]

    Berry. — Montreuil, p. 225. — Cagny, chap. 28.

  120. [834]

    Montreuil, Raoulet. — Journal de Paris, p. 666, 667.

  121. [835]

    Les mêmes, Montreuil, Raoulet, Berry, 372. — Chronique de Normandie, f° 180, v°.

  122. [836]

    Portraits de Bedford, Monstrelet. — Saint-Rémy. — Fenin. — Wavrin, 267.

  123. [837]

    Chronique de Normandie, et autres, ci-dessus. — Chorier, Histoire du Dauphiné, t. II, p. 421, 422. Le Jouvencel, p. xcj.

  124. [838]

    Journal de Paris. — Raoulet, Chronique martinienne, f° cclxxv, v°. — Beaurepaire, Administration, p. 47. — Grafton, p. 556. The names of Frenchmen slayn and Scottes, etc. — Ms. Harléyen, dans Delort, Essai critique sur Charles VII, etc. 1524, in-8°, p. 246.

  125. [839]

    Bourdigné, t. II, p. 155. — Monstrelet. — D. Vaissète, liv. XXXIV, chap. XXXII. — Biographie Didot, au nom d’Aumale. — Journal de Paris, p. 667. — Félibien, t. II, Preuves, p. 589, b. — Montreuil, p. 226.

  126. [840]

    Chronique de Normandie, Chorier, loc. cit.

  127. [841]

    Jean Chartier, t. I, p. 3. — Charles VII et ses conseillers, p. 33. — Ordonnances, t. XIII, p. 117 et suiv.

  128. [842]

    Pierre d’Amboise, vicomte de Thouars.

  129. [843]

    Raoulet, p. 188. — Monstrelet, chap. XX, p. 199. — Charles VII, le 17 août, à Amboise ; le 22, à Poitiers. Itinéraire.

  130. [844]

    Fenin, p. 222.

  131. [845]

    Les malveillants (les adversaires du roi), ajoute la chronique messine, en firent une chanson par dérision, et étoit le commencement de la dicte chanson : Quand le roy s’en vint en France / Il fit oindre ses houssiaulx (ses bottes de voyage). / Et la royne lui demande : / Où veut aller ce damoisaulx ? (Ms. 10.318, 5. Cangé, 222, f° 5, v°.) Pour goûter le sel de cette plaisanterie, il faut se rappeler que les chaussures, au quinzième siècle, étaient de cuir moins solide, et aussi beaucoup moins chères qu’aujourd’hui. On les renouvelait beaucoup plus souvent. Des houseaux neufs n’avaient pas besoin d’être oints ; mais cela était nécessaire pour une vieille chaussure.

  132. [846]

    Les Vigiles de Charles VII, édition Consteller, in-12, t. I, p. 56.

  133. [847]

    La détresse du roi, après la bataille de Verneuil, apparaît sous les traits les plus positifs dans les comptes de la maison de la reine, 1422-7. (K. K., 56.)

  134. [848]

    Journal de Paris, 667. — Plancher, IV, 92, 95.

  135. [849]

    Monstrelet, liv. II, chap. XVII.

  136. [850]

    Monstrelet, chap. XX. — Fenin-Dupont, p. 217, 219.

  137. [851]

    Monstrelet, chap. XXI. — Voir sur Tournay, Collection des chroniques belges, in-4°. Chroniques de Flandres, t. III, p. 560 et suiv.

  138. [852]

    Beaurepaire, États, p. 23.

  139. [853]

    D. Plancher, p. 92 et suiv. — Preuves, p. xliv. — D. Vaissète, liv. XXXIV, chap. XXXI.

  140. [854]

    Anselme. — Gruel.

  141. [855]

    D. Plancher, p. 87. — Monstrelet, p. 175. — Fenin-Dupont, p. 204.

  142. [856]

    Voir dans Gaignières un excellent crayon, d’après un portrait évidemment plus ancien et original : Rois de France, t. VI, p. 48. Il a été gravé dans les deux éditions de l’Histoire de Bretagne, 1707, t. I, p. 665 ; 1750, t. II, p. 67 ; et par Montfaucon, Monuments de la monarchie française, t. III, pl. LI, fig. 10.

  143. [857]

    L’un des poursuivants au service de Richemont avait pour nom d’armes Qui que le veuille. Il fut dépêché en novembre 1424 vers le duc de Bedford. Preuves de Bretagne, t. II, col. 1194.

  144. [858]

    Labbe, Alliance chronologique, t. II, p. 706. — Bourdigné, II, 154.

  145. [859]

    Ordonnances, t. XV, p. 147. — Labbe, p. 707. — P. P. 18 (21 octobre), f°, 9. -J. 409, f° 49. — Chalmel, Histoire de Touraine, t. II, p. 190. — D. Morice, t. I, p. 494. — Preuves, t. II, col. 1145, 1194.

  146. [860]

    Auteurs cités. — Itinéraire.

  147. [861]

    Anselme aux ducs de Longueville (Jean d’Orléans). — Preuves de Bretagne, t. II, col. 1163. — Gruel, p. 360. — D. Plancher, t. IV, p. 37. — Montreuil, p. 231.

  148. [862]

    Journal de Paris, p. 667. — Monstrelet-d’Arcq, t. IV, p. 200.

  149. [863]

    Les mêmes. — Fenin, p. 225. — Au mois de septembre 1428, le comte de Salisbury et le duc de Bourgogne, baillistre des enfants de Nevers, plaidaient l’un contre l’autre au parlement de Paris. (X. X. 1480, f° 444.)

  150. [864]

    L’analyse de ces lettres se conserve aux Archives de Lille (Chambre des comptes, inventaire, t. VIII, année 1424). Les pièces originales ont été soustraites au commencement de ce siècle. Voyez Michelet, Histoire de France, t. V, p. 189. Des documents analogues subsistent dans les Archives de Bourgogne. Gachard, Dijon, p. 60, n° 115.

  151. [865]

    Anselme, Art de vérifier les dates.

  152. [866]

    Portrait physique et moral de Jacqueline et de Jean de Brabant, son époux. Voir, sur ce sujet, Chastelain, p. 60, et le portrait de Jacqueline, au musée d’Amsterdam, cité par M. Renouvier, Gravure aux Pays-Bas, 1860, in-8°, p. 10.

  153. [867]

    Monstrelet, p. 206 et suiv. — Chastelain, p. 67. — Saint-Rémy, p. 453 et suiv.

  154. [868]

    Les mêmes. — Gachard, Dijon, p. 58, 116 et suiv.

  155. [869]

    Ibid. — Rymer, t. IV, part. IV, p. 102. — Grafton, t. I, p. 551.

  156. [870]

    Auteurs cités. — D. Plancher, t. IV, p. 90 et suiv. — Beaurepaire, Administration, p. 7 et suiv.

  157. [871]

    D. Plancher, p. 95.

  158. [872]

    Ibid.

  159. [873]

    Ibid.

  160. [874]

    Berry, dans Godefroy, Charles VII, p. 373. — Abrégé bourguignon, ibid., p. 330. — Guichenon, Histoire de Savoye, p. 462. — D. Morice, t. I, p. 494. — Charles VII songea vers le même temps (de 1424 à 1426) à marier son fils aîné avec la fille aînée de Jean II, roi de Castille. Ms. fr. 5053, f° 137-8. — Ces divers projets ne furent point réalisés.

  161. [875]

    D. Plancher, ibid., p. 97, et Preuves, p. xlviij. — Fenin-Dupont, p. 227, note 1. — Monstrelet, liv. II, chap. XXXVI, t. II, p. 250.

  162. [876]

    Archives du chapitre d’Angers ; copie dans D. Housseau, t. IX, n° 3351.

  163. [877]

    D. Vaissète, liv. XXXIV, chap. XXIX et XXXII. — K. K. 56, f° 68, 81, v°. — Le roi, par lettres données à Montferrand (du 1er au 6 déc. 1424), confirme les privilèges des habitants de cette ville. (Ordonnances, t. IV, p. 224.) — Le 16 décembre, à Espaly, immunité de droits en faveur de l’abbaye de Saint-Antoine de Vienne. (Ibid., p. 264.) — Le 6 janvier 1425, il rend le consulat aux habitants de Béziers. (D. Vaissète, chap. XXXIII et XXXIV.)

  164. [878]

    Raoulet, p. 188. — Cagny, chap. 83. — Gruel, p. 361. — Cougny, Notice sur le château de Chinon, p. 56. — Communication de M. le marquis de Costa, membre de l’Académie impériale de Savoie, etc.

  165. [879]

    Ms. Gaignières, 771, f° 91. — Preuves de Bretagne, t. II, col. 1164 et 1166. — Le roi, par lettres datées de Poitiers, le 24 octobre 1425, donne à Richemont les terres et seigneuries de Parthenay, Vouvent, Mervent et Secondiagny, dans la Gâtine de Poitou. (Cousinot, p. 198. Bél. Ledain, p. 224.)

  166. [880]

    Gruel, p. 362. — Revue du Lyonnais, 1859, p. 328.

  167. [881]

    Ibid.

  168. [882]

    Berry, 373. — Archives départementales à Lyon : B. B. 1. Une partie de ces documents a été publiée par l’archiviste du Rhône, M. Gauthier, Revue du Lyonnais, 1859, p. 323 et suiv.

  169. [883]

    Ibid. Voyez ci-dessus, le texte du traité.

  170. [884]

    On lit dans les registres du conseil du Parlement, à la date du 3 mars 1425 : Ce jour vindrent [à Paris] nouvelles de la mort du comte dauphin d’Auvergne, que on disoit avoir esté tué par Tanguy Duchastel, en ung conseil tenu présent le daulphin, et de ce avoit le duc de Bedford reçu lettres du duc de Bretagne, faisans mention de ce, ainsi que disoient ceulx qui avoient veu et leu les dites lettres. X. X. 1480, f° 317. — Voyez Barante, Ducs de Bourgogne, t. V, p. 210. — Il est constant néanmoins que le comte Béraud ne périt pas ainsi. Béraud, veuf de Jeanne de la Tour, se remaria le 14 juillet 1426, et mourut le 28 du même mois. (Baluze, Histoire de la maison d’Auvergne, 1708, in-fol., t. I, p. 208, etc. Cf. Art de vérifier les dates, à l’article de ce personnage.)

  171. [885]

    Gruel, p. 303. — Montreuil, p. 230. — Berry, p. 373.

  172. [886]

    Raoulet, p. 188. — Jean Chartier, t. III, p. 285, 311. — D. Plancher, t. IV, p. 219. — Cousinot, p. 199. — Montreuil, p. 230.

  173. [887]

    Le roy, pour le récompenser de ses pertes et services, lui donna 2,000 livres de pension et le château de Solret, pour en jouir sa vie durant et celle de sa femme. Le même prince érigea ensuite la baronnie de Joyeuse en vicomté, par lettres du mois de juillet 1432. Anselme grande édition, t. III, p. 887.

  174. [888]

    J. J. 187, f° 32.

  175. [889]

    Revue du Lyonnais, p. 329. — Cabinet des titres, dossier Louvet, 3 janvier 1425 et passim. — Biographie Didot, article Louvet.

  176. [890]

    Ou Villemur ?

  177. [891]

    Ms. des Blancs-Manteaux, t. VIII, p. 102 et 103. — Du Tillet, Libertés gallicanes, 1602, in-4°, p. 132 et suiv. — Cette ordonnance a été à juste titre exclue du grand recueil. Cf. Ordonnance du 24 nov. 1426 (t. XIII, p. 123).

  178. [892]

    Ms. Legrand, t. VI, p. 2. — Charles VII et ses conseillers, p. 11. — Biographie Didot : Louvet. — Bibliothèque de l’École des chartes, t. VIII, p. 142, n° 11.

  179. [893]

    Cabinet des titres, dossier Louvet. P. P. 118, f° 12. — Ms. Legrand, t. VI, p, 3 et suiv. — Ms. Gaignières, 771, f° 91. — Chorier, Hist. du Dauphiné, t. II, p. 433. — Gruel, p. 363. — Berry, Charles VII, p. 373. — Lettres du roi (17 juin 1427) qui accordent à nostre bien amée la dame de Mirandol, femme de nostre amé et féal conseiller et chambellan Jehan Louvet, chevalier, dit le Président, seigneur du dit lieu de Mirandol, la somme de 500 livres tournois, laquelle nous lui avons donnée et donnons de grâce espécial par ces présentes, tant pour considération des agréables services et plaisirs qu’elle a fais, le temps passé, à nostre très chière et très amée compaigne la royne, lorsqu’elle estoit en sa compaignie, comme pour lui aider à avoir des atours et autres menues choses qui sont nécessaires à dames et qui appartiennent à leur estat, et pour certaines autres causes et considérations qui à ce nous ont meu et meuvent. Original, parchemin, avec la quittance de Louvet pour ladite somme. 2 oct. 1427. (Cabinet des titres, dossier Louvet.) — Annales et chroniques de Nicolle Gilles, 1551, in-fol, f° lxx v°.

  180. [894]

    D. Vaissète, liv. XXXIV, chap. XXXVI. — Dossier Giac, pièce originale du 2 avril 1426. — De Mayer, États généraux, t. IX, p. 145, 148 et suiv.

  181. [895]

    Montreuil, p. 237. — Fr. Duchesne, Histoire des chanceliers de France. Paris, 1650, in-fol, p. 465. Dans la première sepmaine de janvier (1426), vint un grant planté, à Paris, de laboureurs, pour larrons, brigands, qui estoient entour, à douze, à seize, à vingt lieues de Paris environ, et faisoient tant de maux que nul ne le diroit. Et si, n’avoient nul aveu et nul estendard. Et estoient pauvres gentilshommes qui, ainsi, devenoient larrons de jour et de nuit. Le prévôt de Paris se mit en marche contre eux à la tête des archers et arbalétriers de la soixantaine, ou garde de la ville. En huit jours, il prit plus de deux cents de ces malfaiteurs. Deux charretées des plus gros, furent amenés à Paris pour y être emprisonnés. (Journal de Paris, Panthéon, p. 669 b.)

  182. [896]

    Montreuil, ibid. — Gruel, p. 364. — Le 18 novembre 1425, Jean, comte de Foix, obtient le don du comté de Bigorre, avec la châtellenie de Lourdes. Doat, vol. 214, f° 254. — Ms. de D. Vic, n° 89, p. 49. — D. Vaissète, Hist. du Languedoc, liv. XXXIV, chap. XXXIV. — Lettres données par le roi à Mehun-sur-Yèvre, le 10 décembre 1425. Gratification de 200 livres tournois accordée à Étienne Petit, secrétaire du roi et du sire de Giac, qui, naguère, en remplissant une mission pour le roi, avait été détroussé par les Écossais. (Cabinet des titres, dossier Giac.)

  183. [897]

    Gruel, p. 364. — Montreuil, p. 239. — Berry, p. 374.

  184. [898]

    M. 394 : Titres originaux d’Auvergne. — Biographie Didot, article Lemaçon.

  185. [899]

    Hugues III, seigneur d’Arpajon, vicomte de Lautrec, marié à Jeanne de Séverac. Amaury de Séverac, maréchal de France.

  186. [900]

    Montreuil, p. 236. — Gaujal, Études historiques sur le Rouergue, 1859, in-8°, t. IV, p. 131.

  187. [901]

    Jean de Culant avait épousé Marguerite de Sully. (Anselme.)

  188. [902]

    Montreuil, 238. — Raynal, Hist. de Berry, II, 10.

  189. [903]

    Le 29 janvier 1427, Giac fait donner par le roi 2,000 livres à Mathieu de Foix, comte de Comminges, frère du comte Jean. (Ms. Fontanieu, p. 115, à la date.)

  190. [904]

    Gruel, p. 364. — Revue du Lyonnais, p. 335. — Au fond, le comte de Clermont lui-même était avec Richemont. Le 20 janvier 1427, Richemont et Clermont se concertaient ensemble à Moulins. (Archives de Lyon. B. B. 1. — Voyez D. Plancher, t. IV, Preuves, p. lix.)

  191. [905]

    Gruel et Berry s’accordent sur ce trait : toute nue. La dame de l’Île-Bouchard était des plus grandes dames, et pouvait (en février) porter au lit une chemise. Mais l’usage général, au XVe siècle, prévalait encore de dormir tout nus et sans chemise. La chemise était un vêtement de jour. Voir, dans les peintures du temps, les personnes couchées.

  192. [906]

    Gruel, p. 265. — Berry, p. 374.

  193. [907]

    Gruel, p. 365. — Montreuil, p. 239. — Raoulet, p. 189.

  194. [908]

    L’exécution de Giac était connue à Lyon le 20 février 1427. (Revue du Lyonnais citée, p. 338, 342.)

  195. [909]

    Les mêmes. — Revue, p. 342. — Cousinot, p. 200. — Jean Chartier, t. I, p. 22 et 54.

  196. [910]

    Le bâton de maréchal fut, en 1427, pour Sainte-Sévère, le prix de cette mission. Cousinot, chap. 221.

  197. [911]

    Cabinet des titres : Vernet. — Biographie Didot : Beaulieu. — Itinéraire de Charles VII. — Charles VII et ses conseillers, au nom de Beaulieu. — Anselme, Beaulieu. — Jean Chartier, t. I, p. 23, 54. — Annales de Nicolas Gilles, feuillet lxx, v°.

  198. [912]

    Gruel, p. 366. — Raoulet, p. 189. — Berry, p. 374. — Le Château de Poitiers était situé à l’une des extrémités de la ville, et bordé de prairies au confluent du Clain et de la Boivre. Voir la planche de Chastillon, intitulée le Chasteau de l’antique ville de Poitiers.

  199. [913]

    Gallia Christiana, t. II, col. 292. — Lhermite et Blanchard, Éloges des présidents, etc., p. 76. — Duchesne, Chanceliers, p. 465-6.

  200. [914]

    P. 1352, f° 197 v°, 199 v°. — Gallia, ibidem, Instrum. col. 98, 99.

  201. [915]

    Gruel, p. 366.

  202. [916]

    La Thaumassière, Histoire du Berry, p. 46 et suiv.

  203. [917]

    Actes de Bretagne, t. II, col. 1199. — Gruel, p. 268.

  204. [918]

    Gruel, ibid. — D. Morice, t. I, p. 503. — Archives du Rhône, B. B. 1.

  205. [919]

    Itinéraire. — Gruel, Mémoire politique adressé au roi par les trois princes (P. 1388). — Ils proposent une réunion solennelle des états dans des conditions nouvelles de liberté pour la délibération. Cette assemblée serait tenue sous les auspices de la reine de Sicile, etc. Après diverses remises, les états généraux s’assemblèrent, en effet, à Chinon, du 1er au 10 octobre 1428. Ordonnances, t. XIII, p. 140. Ms. 1143, s. fr., f° 89.

  206. [920]

    Charles VII et ses conseillers, au mot Penthièvre. — Ordonnance du 2 décembre 1427 (t. XIII, p. 134). — D. Morice, t. I, p. 504. — Communication de M. l’abbé Arbellot sur l’histoire de Limoges. Lettres de rémission en faveur de La Trémoille : J. J. 177, f° 139, 140. — Archives des Basses-Pyrénées, E. 439 : Communication de l’archiviste, M. Paul Raymond. — Gruel, p. 368.

  207. [921]

    Marguerite de France ou de Valois, fille d’Odette de Champdivers et de Charles VII, en 1425, habitait le Dauphiné. Le 15 août de cette année, Charles VII, malgré sa détresse, manda au trésorier de cette province de payer à ladite Marguerite 400 livres tournois, pour elle aider à avoir de la robe et quérir ses nécessités. La même année, il la fit venir auprès de lui à Mehun-sur-Yèvre, où elle entra, comme damoiselle, en l’hôtel de la reine. Au mois de janvier 1428, le roi la légitima, et lui donna pour époux en chevalier, le seigneur de Belleville (Anselme, Histoire généalogique de la maison de France, aux enfants de Charles VII).

  208. [922]

    Gruel, p. 368.

  209. [923]

    Itinéraire. — D. Plancher, t. IV, p. 123. — Gruel, p. 368. — La Thaumassière, Histoire du Berry, p. 158 et suiv. — Montreuil, p. 250.

  210. [924]

    Gruel, p. 369 ; — Berry, p. 315. — Charles VII et ses conseillers, p. 40.

  211. [925]

    La Thaumassière, p. 158, 587. — Raynal, t. II, p. 158. — Ms. Gaignières, 771, 1, p. 546. — Dom Wrire, t. I, p. 504, 505.

  212. [926]

    Les lettres de provision du connétable sont d’une teneur remarquable, et qui semble dictée avec une élévation inaccoutumée. Voir le texte dans Godefroy, Charles VII, p. 792, ou dans le Gruel du Panthéon, p. 361. Comparez l’acte du 8 février, que Richemont eut la condescendance de souscrire quelques jours auparavant, et que nous avons rapporté ci-dessus, dans le chapitre précédent.

  213. [927]

    Charles VII s’exprime en ces termes dans un acte de 1443, peu de temps après la mort de Yolande : … Feue de bonne mémoire la royne Yolande.. nous a en notre jeune âge, fait plusieurs grans plaisirs et services en maintes manières que nous avons et devons avoir en perpétuelle mémoire… Laquelle notre dite bonne mère, après que nous fûmes déboutez de notre ville de Paris, nous reçut libéralement en ses pays d’Anjou et du Maine, et nous donna plusieurs avis, ayde, secours et services, tant de ses biens, gens et forteresses, pour résister aux entreprises de nos ennemis et adversaires les Anglais, que autres… (P. P. 2298, à la date du 22 février 1443.)

  214. [928]

    Vernoyl… The grettest dede doon by Englishmen in our days, cave the battle of Agyncourte. (Parliament rolls, vol. IV, p. 423.) For surely, dit Grafton, the englishe puyssaunce was so tried, proved, assayed and spred, abroad thorought all Fraunce, that the Frenchemen thought that in conclusion the Englishemen would have or should have all thinges which they either wished or enterprised. (t. I, p. 558.)

  215. [929]

    Beaurepaire, États, passim ; Administration, etc., p. 27 et passim. — Voyez Vautier, Extraits du registre des dons, confiscations, etc., faits par Henri V, etc. Paris, 1828, in-12. — Un grand nombre de ces biens, édifices, terres, etc., étaient démolis par les concessionnaires pour en avoir les matériaux, ou abandonnés sans entretien et sans culture. Des lettres au nom d’Henri VI, du 13 août 1428, enjoignirent aux tenanciers de pourvoir à ces réparations. (Ordonnances, t. XIII, p. 138.) — Le gouvernement voulut répéter des gens d’Église les dons pieux qu’ils avaient reçus depuis quarante ans. Mais il s’arrêta devant la résistance des clercs. (Monstrelet d’Arcq, t. IV, p. 296.)

  216. [930]

    Ordonnances, t. XIII, p. 84. X. X. 1480, f° 329 v°.

  217. [931]

    Journal de Paris, p. 672. — Cochon, p. 452. — Delpit, p. 236. — États, p. 33.

  218. [932]

    Administration, p. 8. — Monstrelet, p. 225. — Parliament rolls, t. IV, p. 277. — Sur la querelle de Gloucester et les démarches de Bedfod, (1424-5), voir ms. fr. 4485, p. 365.

  219. [933]

    Probablement en émail d’or sur fond bleu.

  220. [934]

    Monstrelet, ibid., p. 240.

  221. [935]

    Plancher, t. IV, p. 107 et s. Preuves, p. lij. — Gachard, Dijon, p. 115 à 117. — Montreuil, p. 241. — Stevenson, Wars of Henri VI, p. xlvij et s.

  222. [936]

    Monstrelet, p. 257 et suiv. — …Toke hys wyfe Elianor Cobham… which before (as the fame went) was his soveraigne lady and paramour to his great slaunder and reproche. (Grafton, p. 561.) — Dujardin et Sellius, Histoire générale des Provinces-Unies, 1757, in-4°, t. III, p. 443, etc.

  223. [937]

    Jacqueline viola bientôt cette promesse extorquée. Elle épousa, par amour et par reconnaissance, un simple gentilhomme. Le chevalier van Borselen, stathouder de Hollande, l’avait secourue dans sa détresse. Elle lui sacrifia tous ses titres ; et, pour demeurer sa femme légitime, elle résigna l’ensemble de ses états à Philippe le Bon. Ce contrat fut signé le 31 juillet 1433. Jacqueline mourut le 8 octobre 1436. (Monstrelet, Panthéon, p. 586 et suiv. — Dujardin, ibid., p. 455 et suiv. — D. Plancher, t. IV. Preuves, p. 133, etc.)

  224. [938]

    Grafton, p. 562. — …Winchester… the most opulent and powerfull prelate of the ecclesiastical establishment. (Sharon Turner, History of England, 1823, in-4°, t. III, p. 20.) — Voir les singuliers détails fournis par le médecin de l’évêque. Walsingham, Vita Henrici VI. — Ms. Sloane, n° 1776, publié par Hearne. — Liber niger, etc., t. II, d’après Wyrcester, p. 550, et cité par Turner, ibid., p. 19. — Stevenson, t. I, p. IX et s.

  225. [939]

    Parliament rolls, t. IV, p. 297. — Grafton. — Monstrelet-d’Arcq, t. IV, p. 252 et suiv. — Journal de Paris, p. 671, a. — Wars of Henri, ibid.

  226. [940]

    Grafton, p. 562, 571. — Monstrelet, ibid. — D. Plancher, t. IV, p. 108. — Parliamentary History, etc., t. II, p. 211. — Proceedings and ordinances of privy council of England, t. III, p. 237 (Records commission, 1834 et années suiv., in-8°).

  227. [941]

    D. Plancher, t. IV, p. 109. — Rymer, t. IV, partie IV, p. 119 et suiv. — Delpit, p. 326. Ordonnances, t. XIII, p. 110 à 127.

  228. [942]

    Grafton, p. 571. — Wyrcester (apud Hearne), t. II, p. 454. X. X. 1480, f° 368. — Journal de Paris, p. 671 a.

  229. [943]

    Cette forme est particulièrement remarquable. Chaque fois que Charles VII se présentait en armes devant une ville pour la reconquérir, des lettres d’abolition étaient en même temps accordées aux habitants.

  230. [944]

    Ms. 5415 C, non paginé ; vers latin. — Une ordonnance de Henri VI, du 14 janvier 1426 (n. s.), nous apprend ce qui suit : Il est venu, dit le roi, à notre connoissance que latitement et mucément, tant par nuyt que autrement, plusieurs démolissements et fractions sont faiz ès huis, fenestres, charpenteries, maçonneries et couvertures des portes, tours, bastilles, etc., qui sont au pourtour de la closture et fermeture de nostre ville de Paris et en sont emblées, prinses et arses ou emporté les huis, fenestres, ayz, plomb, trait, habillemens de guerre et choses ordonnées et servans à la fermeture, fortification, seurté, tuicion et deffense d’icelle nostre dite ville, etc. (Ord., t. XIII, p. 109.)

  231. [945]

    Monstrelet, p. 251. — Journal de Paris, p. 674, 676.

  232. [946]

    P. Cochon, p. 454. — Cf. Montreuil, p. 338 et suiv., et Chéruel, Histoire de Rouen, etc., pages 84 du texte, et des notes, 40, 52, 92, 93.

  233. [947]

    Le 13 avril 1425, le roi octroie à Jacques 12,000 livres pour le dédommager de la lieutenance du Languedoc. (D. Vaissète, livre XXXIV, chap. XXXV. — Ms. de Dom de Vic, t. LXXXIX, p. 42 et 46.)

  234. [948]

    Cousinot, chapitre 216. — Le 22 septembre 1425, le comte de Foix s’allie avec La Hire. (Bulletin de la Société de l’histoire de France, 1859, p. 39 et suiv.) — Ms. de Vic, n° 89, p. 51. — D. Vaissète, ibid., chap. XXXV à XL. — Bibliothèque de l’École des chartes, t. VIII, p. 141. — Cabinet des titres : Foix. — Miguel del Verms (Panthéon), p. 594.

  235. [949]

    D. Vaissète, ibid., chap. XLII à XLIX. Ms. de Vic, n° 89, f° 68, 18. — Ordonnances, t. XIII, p. 133. — Bibliothèque de l’École des chartes, t. VIII de la collection, p. 143, pièce n° 14.

  236. [950]

    D. Vaissète, ibid., chap. XLII. Ms. de Vic., t. LXXXIX.

    Libéralités de Charles VII envers la maison de Foix. — En février 1426, le roi donne à Charles d’Albret, beau-frère du comte de Foix, la ville de Fleurante et le comté de Gaure, en Armagnac. (Ordonnances, t. XVI, p. 388.) — Le 18 du même mois, le roi alloue au comte de Foix la paye de cent vingt hommes d’armes et cinquante de trait. Le 23, il donne 2,000 livres à la comtesse de Foix, Jeanne d’Albret, pour considération de certains grands plaisirs qu’elle nous a faiz envers nostre très chier et amé cousin le comte de Foix, son mari, en aucunes choses qui grandement sont à notre bien, gré et plaisir, et pour contemplation et faveur de notre dict cousin. Le 9 mars 1427, le roi donne 100 livres tournois à nostre bien amée Jehanne de Vaulx, demoyselle de nostre chière et très amée cousine la comtesse de Foix… de grâce espécial, en contemplation et faveur de nostre dite cousine et pour considération des bons et agréables services qu’elle [Jeanne de Vaulx] a faiz et fait chacun jour en maintes manières à icelle notre cousine et pour certaines autres causes et considérations qui à ce nous ont mu et meuvent, etc. (Dossier Foix.) — Le 14 septembre 1426, Jean, comte de Foix, signe à Jargeau un traité d’alliance avec Jean et Poton de Xaintrailles. (Original aux archives des Basses-Pyrénées, E. 439 : 2874. Copie envoyée à l’auteur par l’archiviste, M. P. Raymond.) — Le 28 février 1428, alliance semblable contractée à Blois entre Foix et La Trémoille. (ibid., E. 439 ; 2887. Idem.)

  237. [951]

    D. Vaissète, livre XXXIV, chap. XXXVIII. Monstrelet, p. 281. — Labarre, Mém. de Bourgogne, t. II, p. 202. — D. Plancher, t. IV, p. 118 du texte ; et Preuves, p. xlix, liij, lxix, lxx. — Gachard, Dijon, p. 60. — Revue du Lyonnais, 1859, p. 334. — En avril 1428, Pierre Loichard, dit Portejoie, poursuivant d’armes de M. Antoine de Toulongeon, maréchal de Bourgogne, va de Dijon à Chinon, vers George de La Trémoille, lui porter lettres relatives aux suspensions d’armes, rompues par aucuns de la partie adverse. (Inventaire des archives de la Côte-d’Or : E, registre 1639.)

  238. [952]

    D. Plancher, t. IV : Preuves, p. xlix. — Berry, Charles VII, p. 373, 374. — Beaurepaire, Administration, p. 9. — D. Morice, t.1, p. 496. — Preuves, t. II, col. 1173. — Gruel, p. 363.

  239. [953]

    Les mêmes. — Actes de Bretagne, t. II, col. 1130-2. — Du Tillet, Traités, p. 219, 220. — Cousinot, p. 199. — Montreuil, p. 236. — Bourdigné, t. II, p. 156. — De retour à Poitiers, Charles VII, au mois d’octobre, confirme le don qu’il avait fait du comté d’Étampes à Richard de Bretagne. (Ordonnances, t. XVI, p. 409, note.)

  240. [954]

    D. Morice, t. I, p. 497. — Actes, t. II, col. 995, 1184. — D. Plancher, Preuves, p. liij. — Gachard, Dijon, p. 33. — Rymer, t. IV, part. IV, p. 118. — Lettres des rois et reines, t. II, p. 406.

  241. [955]

    Archives de Dijon, inventaire de Bauin, layette lxxv, liasse 1, n° 5 ; visé par Gachard, p. 60, n° 115. — D. Plancher, t. IV, p, 112.

  242. [956]

    Gachard, ibid. — Gruel, p. 363 et suiv. — D. Morice, t. I, p. 499 et suiv. — D. Plancher, t. IV, p. 112 et suiv. — Preuves, p. lvij.

  243. [957]

    D. Morice, t. I, p. 502, 505. — Preuves, t. II, col. 1199, 1201-2, 1206, Ms. 4805, f° 151 v°. — Rymer, t. IV, partie IV, p. 132. — Beaurepaire, Administration, p. 11.

  244. [958]

    Bibliothèque de l’École des chartes, t. VIII, p. 141, n° 8. — Rymer, loc. cit., p. 139. — Lépinois, Histoire de Chartres, t. II, p. 77. — Ms. Brienne, n° 313, f° 197 et suiv.

  245. [959]

    D. Plancher, t. IV, n° 119. — Charles VII et ses conseillers, p. 12 et 50.

  246. [960]

    Sainte-Marthe, Histoire généalogique de la maison de La Trémoille, 1668, in-12, p. 149 et suiv. — Anselme : La Trémoille. — Redet, Catalogue de dom Fontenau, p. 328. — Cabinet des titres : La Trémoille.

  247. [961]

    Mémorial I, Bourges, P. P. 118, f° 14 à 25. J. 183, n° 142.

  248. [962]

    Chronique de Cagny, chap. 85. — Biographie Didot. Jean, duc d’Alençon. — D’après un chroniqueur anglais, Jean d’Alençon aurait dû sa mise en liberté à l’influence du duc de Bourgogne. (Grafton, p. 571.) — D. Vaissète, livre XXXIV, chap. L. — En 1428, La Trémoille refusa de recevoir en garantie de ses créances la châtellenie de Chinon. Cette place en effet avait été déjà donnée ou engagée par le roi à la reine Marie d’Anjou. (J. 183, n° 142.)

  249. [963]

    Mélanges Champollion, in-4°, t. IV, p. 311. Montres gens d’armes espagnols : K. 62, nos 22, 28 et suiv.

  250. [964]

    Voici les noms de ces artistes : Jean Boysart, dit Verdelet, Jean Boysart, son fils, Jean Gaini (sic en latin), Colin et Macé (ou Mathieu). Verdet, Mélanges cités, p. 313.

  251. [965]

    La Pise, Histoire de la principauté d’Orange, p. 417 et suiv. J. 183, n° 142.

  252. [966]

    J. 183, n° 142. Stuart, History of Stuarts, p. 141-5. — Cabinet historique, 1859, n° 4831, 4833. — Actes de Bretagne, coll. 1205, 1212. — Dupuy, volume I, folio 218.

  253. [967]

    Les mêmes. — After the Candlemes (2 février Brandons) then next to come within the year. (Stuart, p. 145.) — Tytler, History of Scotland, t. IV, p. 269.

  254. [968]

    Chorier, Histoire du Dauphiné, t. II, p. 424. — Ms. Sérilly, vol. XLI, 2e partie, p. 38 et suiv., 46 et suiv. — Cabinet historique, 1859, n° 4839. — Du Tillet, Recueil des traités, p. 238. — Massiou, Histoire de Saintonge, t. II, p. 266. — Ms. Brienne 54, f° 49 et 59.

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