Traité (1450)
- Guillaume Bouillé (~1410–~1495)
Éditions
- Quicherat : Fragments (latin) (Procès, t. III, 1845, p. 322), introduction et conclusion, d’après le ms. 5970 de la BnF.
- Lanéry d’Arc : Texte (latin) (Mémoires et consultations, 1889, p. 323), d’après le même ms. 5970 de la BnF.
- Duparc : Texte (latin) (Procès en nullité, t. II, 1979, p. 317), d’après le ms. Stowe 84 de la British Library.
- Doncœur et Lanhers : Texte (latin) et Traduction (français) du Codicille, c’est-à-dire la version de 1450, légèrement différente de celle insérée au procès (Documents, t. III, p. 65-120), d’après le ms. 8838 de la BnF (d’Urfé), collationné avec les deux précédents : 5970 et Stowe 84.
- Ayroles : Traduction (Vraie Jeanne d’Arc, t. I, 1890, p. 211-232), d’après le ms. 5970.
Sources manuscrites
- BnF : Manuscrit Latin 5970
[XVe siècle.] L’un des trois exemplaires authentiques du procès de Réhabilitation (celui de la famille d’Orléans). — f°160 r° à 164 r°.
Incipit :
Ad honorem et gloriam Regis regum qui causas defendit innocentum…
Pour l’honneur et la gloire du Roi des rois qui défend les causes des innocents…
Ms. latin 5970, fol. 160 r° (Source gallica.bnf.fr / BnF) - British Library : Stowe MS 84
[XVe siècle.] L’un des trois exemplaires authentiques (celui de Charles VII). — f°164 v° à 171 v°.
Incipit :
Tractatus venerabilis et scientifici viri magistri Guillelmi Bouyllé sacre theologie professoris, decani Noviomensis…
Traité du vénérable et savant homme maître Guillaume Bouillé, professeur de théologie sacrée, doyen de Noyon…
- BnF : Manuscrit Latin 8838, dit
d’Urfé
[XVe siècle.] Rédaction première du procès de réhabilitation. — f° 1 v° à 7 v° (avant 1957 : f°113 v° à 119 v°).
Rubrique :
Tenor autem certi codicis inter ipsa judicii preparatoria per dictos supplicantes nobis tunc exhibiti et traditi sequitur in hec verba.
Suit la teneur d’un certain codex, présenté et remis à nous par lesdits plaignants au cours des préparatifs du jugement, en ces termes :
Incipit :
Ad honorem et gloriam…
Pour l’honneur et la gloire…
Ms. latin 8838, fol. 1 v° (Source gallica.bnf.fr / BnF)
Aperçu
Quelques considérations :
- Bouillé fut-il l’instigateur de l’enquête de 1450 ?
- Datation du mémoire
- Deux versions du mémoire : 1450 et 1455
- Exemplaire du procès de condamnation utilisé par Bouillé
1. Bouillé fut-il l’instigateur de l’enquête de 1450 ?
Paul Doncœur s’interroge qui du roi ou de Bouillé fut à l’initiative :
Est-ce de lui-même que le Roi parla de venger la mémoire de Jeanne ? [...] Faut-il attribuer à Bouillé lui-même la première pensée d’une réhabilitation de Jeanne, ce pourquoi le roi lui aurait donné commission ? En tous cas, l’acte de Charles VII prend place dans le grand sursaut d’énergie qui vient de lui faire reconquérir la Normandie et qui, bientôt, délivrera la Guyenne elle-même de l’occupation anglaise. Il ne cessera plus d’agir qu’il n’ait obtenu, six ans plus tard, la cassation de la sentence de Cauchon. — (Documents relatifs, t. III, 1856, p. 6.)
La question importe puisque d’elle découle la datation du mémoire.
2. Datation du mémoire
La date de la rédaction du mémoire qui nous occupe est difficile à déterminer.
(Doncœur, Documents, t. III, p. 21). En effet, si les historiens s’accordent à dire qu’il fut le premier de tous les mémoires écrits pour la réhabilitation, car composé à l’occasion de l’enquête de 1450 (interrogatoire de sept témoins les 4 et 5 mars), ils se divisent sur sa place (et son rôle) dans cette enquête.
Bouillé l’a-t-il écrit avant : pour justifier l’enquête, ou après : pour être joint aux dépositions.
- Avant l’enquête : Quicherat (en 1844), Régine Pernoud (1953), Paul Doncœur (1956) ;
- Après l’enquête : Quicherat (en 1845), Lanéry d’Arc (1889), Belon et Balme (1893), Pierre Duparc (1988).
Citations :
- Quicherat a vu a position évoluer au fil de la publication des Procès. Au t. II (1844) il situe le mémoire avant l’enquête de 1450 ; au t. III (1845), après l’enquête ; et au t. V (1849) il ne se prononce plus sur l’avant/après et ne conclut qu’une chose : ce mémoire est antérieur à tous les autres :
Le premier mémoire écrit contre la validité du jugement de Pierre Cauchon, est de lui [...], et l’on verra, d’après le préambule, qu’il a du être composé avant la délivrance des pouvoirs énoncés dans la présente commission [lettres de commissions du 15 février 1450]. — (Procès, t. II, 1844, p. 1.)
Destiné à appeler l’attention des théologiens et des canonistes sur les irrégularités du premier procès, il fut composé après l’information de 1450 [...], peut-être même après l’information de 1452, que dirigea le cardinal d’Estouteville. Cela ressort de plusieurs endroits de la discussion ou Guillaume Bouillé s’en réfère aux dépositions déjà recueillies. — (Procès, t. III, 1845, p. 322.)
Il semble résulter de là que le mémoire de Bouillé précéda tous les autres, même ceux des jurisconsultes romains. — (Procès, t. V, 1849, p. 467.)
- Lanéry d’Arc suit Quicherat sur sa dernière conclusion (du t. V) et retient sa seconde proposition (t. III) d’un mémoire composé après l’enquête de 1450 :
[Le mémoire de Bouillé fut fait] postérieurement à l’enquête de 1450. [...]
Il semble en résulter, dit Quicherat, [qu’il] précéda tous les autres, même ceux des jurisconsultes romains.
— (Mémoires et consultations, 1889, p. 323.) - Les pères Belon et Balme font comme Lanéry d’Arc :
[Les enquêtes des 4-5 mars 1450], furent sans retard transmises au roi et à son conseil, qui firent dresser un mémoire, consultèrent plusieurs théologiens et canonistes, et finalement durent attendre une occasion favorable de saisir le Saint Siège. [...] Si le mémoire eût été écrit seulement après l’enquête de 1452, comme les deux premières consultations de Théodore de Leliis et de Paul Pontanus par exemple, le reste du préambule serait, semble-t-il, rédigé d’autre façon, et la disposition de l’ensemble correspondrait davantage au Summarium de Bréhal. Quicherat a remarqué fort judicieusement que le mémoire de Bouillé précéda tous les autres, même ceux des jurisconsultes romains. Nous partageons complètement cette manière de voir, et, pour les motifs que nous venons d’indiquer, nous assignons à cet écrit la date de 1450. — (Jean Bréhal, 1893, p.4.)
- Régine Pernoud, adopte sans le citer la conclusion de Quicherat (t. V), et sa première position (t. II) d’un mémoire rédigé avant l’enquête de 1450 :
[Guillaume Bouillé] avait apporté personnellement un vif intérêt à la cause posthume de Jeanne, puisque, avant d’être chargé de l’enquête, c’est lui qui avait rédigé le premier en date des mémoires écrits contre la validité du procès de Rouen. — (Vie et mort de Jeanne d’Arc, 1953, p. 20-21.)
- Paul Doncœur suggère que la réhabilitation est la cause de Bouillé avant d’être celle de Charles VII : le roi ne l’a pas choisi pour l’enquête :
il s’est désigné
. Aussi, après avoir récapitulé la position des précédents historiens, ilestime vraisemblable
, comme Pernoud, que son mémoire est le premier, et qu’il précède l’enquête de 1450 :La difficulté d’assigner au Mémoire la date de 1449-1450 vient de ce que le texte que nous possédons allègue à plusieurs reprises les dépositions des témoins en faveur de Jeanne. [Or Bouillé n’indique pas les témoins (ni les enquêtes, 1450, 1452, 1456) auxquels il se réfère, et rien dans le contenu des dépositions ne permet de les deviner.]
Une autre difficulté vient de ce que Bouillé constate que les prédictions de Jeanne se sont réalisées [délivrance d’Orléans et Sacre (1429), paix avec le duc de Bourgogne (1435), reddition de Paris (1436), départ des Anglais] Or, si en 1449, Charles est en voie de recouvrer toute la Normandie, il ne reconquit la Guyenne qu’en 1453. Faut-il donc reculer jusqu’à cette date la rédaction du Mémoire ? Nous ne le croyons pas ; car, d’une part, Bouillé a pu ajouter ce dernier trait, lorsqu’il remit son Mémoire remanié aux délégués apostoliques ; et d’autre part on peut parler du Royaume délivré des Anglais, sans y inclure la Guyenne, qui depuis trois cents ans relevait des rois d’Angleterre.
Nous croyons donc que ces difficultés n’infirment pas les propres paroles de Bouillé dans sa préface, qui désignent le Mémoire comme le premier composé en vue de la Réhabilitation. Nous estimons vraisemblable qu’il a été écrit très peu avant 1450, dans une rédaction dont les manuscrits témoignent qu’elle a été plus tard remaniée en quelques expressions. — (Documents relatifs, t. III, 1856, p. 22-23.)
- Pierre Duparc, rejette d’abord l’idée que le mémoire ait précédé l’enquête (t. V, p. 6), avant d’accepter cette possibilité (p. 57) en citant Doncœur :
Il ne paraît guère possible que ce mémoire ait été rédigé par Bouillé avant le début de l’information, ou qu’il ait valu à son auteur de recevoir les lettres de commission du 15 février. En effet les Anglais ayant quitté Rouen seulement le 19 octobre, on ne voit pas comment Guillaume Bouillé aurait pu prendre connaissance du procès de condamnation, d’une manière approfondie et rédiger son mémoire en un si court délai. Avec son exorde solennel exaltant le renom du roi de France et introduisant les remarques faites sur l’original du procès de condamnation, le mémoire offre l’aspect d’une réponse à la demande royale, une exécution des ordres du roi, et non pas d’une vraie mise en demeure d’agir, adressée au roi avant les lettres de commission. Relevons enfin que le codicille en question est reproduit avec quelques variantes dans les mémoires judiciaires insérés au procès en nullité. — (Procès en nullité, t. V, 1988, p. 6-7.)
Son mémoire, Codicillum, fut peut-être écrit avant même d’avoir reçu cette charge, entre 1449 et février 1450 ; mais il a cité des dépositions de témoins en faveur de Jeanne, ce qui pourrait en retarder la date de rédaction (Doncœur). — (p. 57.)
3. Deux versions du mémoire : 1450 et 1455
La première version est contemporaine de l’enquête de 1450 : on la trouve dans le manuscrit de d’Urfé, Latin 8838 de la BnF. La seconde version est celle incluse au procès de réhabilitation, et fut remise au tribunal à l’ouverture du procès (17 nov. 1455) : on la trouve dans les exemplaires authentiques du procès, Latin 5970 de la BnF (exemplaire de la famille d’Orléans) et Stowe 84 de la British Library (exemplaire de Charles VII).
Les deux versions sont quasi identiques, mais celle de 1450 inclut en préambule un hommage au roi, qui disparaît dans celle de 1455.
Citations :
- Quicherat :
Le protocole expliquait primitivement qu’il avait été écrit en l’honneur de Dieu et du roi de France. L’hommage au roi a été effacé dans la rédaction définitive. — (Procès, t. V, 1849, p. 467.)
- Lanéry d’Arc :
Le ms. de d’Urfé, qui est comme l’on sait, une rédaction d’essai du procès, ajoute :
Nec non ad exaltationem regis Francorum seu domus Franciæ, quæ nunquam legitur hæreticis favorem præbuisse aut quovismodo adhæsisse.
Et aussi pour l’exaltation du roi de France, dont on a jamais dit qu’il soutint des hérétiques ou s’y attacha d’aucune manière. Dans ce protocole, Bouillé disait donc avoir écrit son mémoire en l’honneur de Dieu et du roi de France. L’hommage au roi en a été effacé dans la rédaction définitive. On voit la préoccupation constante qu’avait Bouillé de démontrer à tout propos que le roi était résolu à provoquer la révision du procès de 1431. — (Mémoires et consultations, 1889, p. 323.) - Les pères Belon et Balme :
[Le mémoire de 1450] a été inséré plus tard, avec une légère modification du protocole, dans le procès de réhabilitation. [...] Les mots que nous avons reproduits en italiques, — à savoir l’intention déclarée d’exalter le roi et la maison de France, et l’hommage fait de ce travail à la majesté royale, — montrent assez sous l’empire de quels sentiments il a été composé. Ils appartenaient certainement au texte original ; ils ont été supprimés dans le ms. 5970, parce qu’ils ne concordaient plus avec la tournure nouvelle donnée au procès de réhabilitation, qui avait dépouillé son caractère politique pour revêtir des apparences d’ordre privé, la personne et les intérêts du roi s’étant effacés devant la requête directe de la famille de Jeanne d’Arc. — (Jean Bréhal, 1893, p.4-5.)
4. Exemplaire du procès de condamnation utilisé par Bouillé
Quicherat a remarqué que les numéros de feuillet donné par Bouillé lorsqu’il cite le procès, correspondent à la pagination de l’exemplaire aujourd’hui conservé à la bibliothèque de l’Assemblée nationale.
Citations :
- Quicherat :
Ce manuscrit doit être un des trois que Manchon dit avoir exécutés, probablement celui qui était destiné au roi d’Angleterre. Dès 1450 il fut employé pour les préliminaires de la réhabilitation. Cela se voit par le mémoire justificatif de Guillaume Bouillé où on lit au début de la discussion sur l’article I :
mulier ipsa erat… etatis decem novem annorum vel eocirca, ut ipsa asseruit in prima sessione, folio processus pergamenei XII.
Or cette réponse de Jeanne se trouve en effet au fol. 12 du manuscrit de l’Assemblée nationale, qui est bien un processus pergameneus. — (Procès, t. V, 1849, p. 393.)
Références
Quicherat, Procès, t. II, 1844, p. 1, note sur Guillaume Bouillé.
Quicherat, Procès, t. III, 1845, p. 322 :
Ce mémoire fut remis aux juges dès la première journée du procès, comme on le voit par le manuscrit de d’Urfé, où il est consigné après le procès-verbal du 17 novembre 1455.
Remarque similaire dans Procès, t. V, 1849, p. 463.
Quicherat, Procès, t. V, 1849, p. 467 :
Le mémoire de Guillaume Bouillé a échappé à M. de l’Averdy quoiqu’il fût à la fois dans le manuscrit de d’Urfé et dans le n° 5970 de la Bibliothèque nationale. Le protocole expliquait primitivement qu’il avait été écrit en l’honneur de Dieu et du roi de France (t. III, p. 322). L’hommage au roi a été effacé dans la rédaction définitive. L’ouvrage est plutôt de théologie que de droit ; il a aussi un côté politique en ce que l’auteur s’applique à démontrer à tout propos que le roi était tout à fait résolu à provoquer la révision du procès de Rouen. Il semble résulter de là que le mémoire de Bouillé précéda tous les autres, même ceux des jurisconsultes romains.
Lanéry d’Arc : Mémoires et consultations, 1889, p. 323, note :
Ce mémoire, selon la remarque de Quicherat, fut remis aux juges dès la première journée du procès, comme on le voit par le ms. de d’Urfé (fol. 113 v°) où il est consigné après le procès verbal du 17 novembre 1455. Cette consultation avait pour but d’attirer l’attention des canonistes sur les irrégularités du procès de condamnation ; elle fut faite postérieurement à l’enquête de 1450, car en maints endroits elle fait allusion aux témoins déjà entendus. Ce mémoire avait échappé à M. de L’Averdy quoiqu’il fût dans le ms. de d’Urfé et dans le n° 5970 à la Bibliothèque nationale. Nous le donnons d’après ce dernier texte, fol. 160 recto à 164 recto.
Note suivante :
Le ms. de d’Urfé, qui est comme l’on sait, une rédaction d’essai du procès, ajoute :
Nec non ad exaltationem regis Francorum seu domus Franciæ, quæ nunquam legitur hæreticis favorem præbuisse aut quovismodo adhæsisse.
Et aussi pour l’exaltation du roi de France, dont on a jamais dit qu’il soutint des hérétiques ou s’y attacha d’aucune manière. Dans ce protocole, Bouillé disait donc avoir écrit son mémoire en l’honneur de Dieu et du roi de France. L’hommage au roi en a été effacé dans la rédaction définitive. On voit la préoccupation constante qu’avait Bouillé de démontrer à tout propos que le roi était résolu à provoquer la révision du procès de 1431. Il semble en résulter, dit Quicherat, que le mémoire de Bouillé précéda tous les autres, même ceux des jurisconsultes romains.Ayroles : Vraie Jeanne d’Arc, t. I, 1890, p. 210, notice sur Bouillé, traduction du mémoire.
Le préambule seulement en a été édité par Quicherat. L’œuvre va être reproduite ici presque dans son intégrité. On en trouvera le texte dans le manuscrit 5970.
Le mémoire de Bouillé est un des plus courts. Le lecteur en parcourra de plus complets et de plus profonds. Tel qu’il est, il intéresse par sa limpidité et sa simplicité. Le savant théologien nous avertit lui-même qu’il ne veut pas tout dire ; son but principal est d’attirer l’attention de plus doctes que lui.
Belon et Balme, Jean Bréhal et la réhabilitation, 1893, p.4 :
Nous croyons que le mémoire dont il est ici question eut pour auteur Guillaume Bouillé. C’est le même qui a été inséré plus tard, avec une légère modification du protocole, dans le procès de réhabilitation…
Pierre Duparc, Procès en nullité, t. V, 1988, p. 6 :
Le choix de Guillaume Bouillé était justifié : ce doyen du chapitre de Noyon, docteur en théologie et professeur à l’Université de Paris dès 1430, recteur de l’Université de 1437 à 1439, avait déjà accompli diverses missions auprès de Charles VII en 1447 et 1449,…