Réhabilitation : Préliminaires (enquête de 1450)
1Préliminaires de la Réhabilitation non insérés au procès
I. Informatio prævia super iniquitate prioris processus.
Ensuit la teneur des lettres de commission de maistre Guillaume Bouillé1.
Charles, par la grâce de Dieu, roy de France, à nostre amé et féal conseiller, maistre Guillaume Bouillé, docteur en théologie, 2salut et dilection. Comme jà pieça Jehanne la Pucelle eust été prinse et appréhendée par nos anciens ennemis et adversaires, les Anglois, et amenée en ceste ville de Rouen, contre laquelle ilz eussent fait faire tel quel procez, par certaines personnes à ce commis et députez par eulx ; en faisant lequel procez, ilz eussent et ayent fait et commis plusieurs faultes et abbus, et tellement que moyennant ledit procez et la grant haine que nos [ditz] ennemis avoient contre elle, la firent morir iniquement et contre raison, très cruellement ; et pour ce que nous voulons savoir la vérité dudit procez, et la manière comment il a esté déduit et procédé : vous mandons et commandons, et expressément enjoingnons que vous vous enquerez et informez bien et diligentement de [et] sur ce que dit est, et l’informacion par vous sur ce faicte, apportez ou envoyez stablement2 close et seellée par devers nous et les gens de notre Grant Conseil ; et avec ce, tous ceulx que vous saurez qui auront aucunes escriptures, procez, ou autres choses touchant la matière, contraignez les par toutes voyes deues et que verrez estre à faire, à les vous bailler pour les nous apporter ou envoyer, pour pourveoir sur ce ainsi que verrons estre à faire et qu’il appartiendra par raison ; [car] de ce faire vous donnons pouvoir, commission et mandement espécial par ces présentes. Si mandons et commandons à tous nos officiers, justiciers et subgetz, que à vous et à vos commis et députez, en ce faisant, ilz obéissent et entendent diligemment. Donné à Rouen, le quinziesme jour de février, l’an de grâce mil quatre cens quarante neuf3, et de nostre règne le vingt huictiesme.
Sic signatum : Par le Roy, à la relacion du Grant Conseil, Daniel4.
3[Dépositions des témoins.]
Frère Jehan Toutmouillé.
Vénérable et religieuse personne, frère Jehan Toutmouillé, de l’ordre des Frères Prescheurs au convent des Jacobins de Rouen, docteur en théologie, aagé de quarante deux ans, juré et examiné le Ve jour de mars ;
Et premièrement de l’affeccion des juges et de ceulx qui ont traictié et mené le procez de ladicte Jehanne, dépose, pour ce qu’il n’a point assisté et comparu au procez, qu’il ne saurait rien dire de vue ; mais rapporte que la commune renommée divulgoit que par apetit de vengeance perverse, ilz l’avoient persécutée, et de ce donné signe et apparence. Car devant la mort d’elle, les Anglois proposèrent mettre le siège devant Louviers, mais tantost muèrent leur propos, disant que point n’assiégeraient ladicte ville, jusques à tant que ladicte Pucelle eust esté examinée : de quoy ce qui en suit fait probacion évidente ; car incontinent après la combustion d’icelle, sont allés planter le siège devant Louviers, estimant que durant sa vie, jamais n’auraient gloire ne prospérité en fait de guerre.
Item dit et dépose ledit Toutmouillé que, le jour que ladicte Jehanne fut délaissée au jugement séculier et livrée à combustion, se trouva le matin en la prison avec frère Martin Ladvenu, que l’évesque de Beauvais avoit envoyé vers elle, pour lui annoncer la mort prouchaine, et pour l’induire à vraye contricion et pénitence, et aussi pour l’ouyr de confession ; ce que ledit Ladvenu fist moult soigneusement et charitativement. Et quant il annonça à la pouvre femme la mort de quoy elle devoit mourir ce jour là, que ainsi ses juges le avoient ordonné et entendu, et oy la dure et cruelle mort qui lui estoit prouchaine, commença à s’escrier doloreusement et piteusement, se destraire et arracher les cheveulx : Hélas ! me traite-l’en ainsi horriblement et cruellement, qu’il faille [que] mon cors net en entier, qui ne fut jamais corrompu, soit aujourd’hui consumé et rendu en cendres ! Ha ! a ! j’aymeroie mieulx estre descapitée sept fois, que d’estre ainsi bruslée. Hélas ! se j’eusse esté en la prison ecclésiastique à laquelle je 4m’estoie submise, et que j’eusse esté gardée par les gens d’Église, non pas par mes ennemys et adversaires, il ne me fust pas si misérablement mescheu, comme il est. O ! j’en appelle devant Dieu, le grant juge, des grans torts et ingravances qu’on me fait.
Et elle se complaignoit merveilleusement en ce lieu, ainsi que dit le déposant, des oppressions et violences qu’on lui avoit faictes en la prison par les geôliers, et par les autres qu’on avoit faict entrer sus elle.
Après ses complainctes, survint l’évesque dénommé, auquel elle dist incontinent : Évesque, je meurs par vous.
Et il lui commença à remonstrer, en disant : Ha ! Jehanne, prenez en patience. Vous mourez pour ce que vous n’avez tenu ce que vous nous aviez promis, et que vous estes retournée à vostre premier maléfice.
Et la pouvre Pucelle lui respondit : Hélas ! si vous m’eussiez mise aux prisons de court d’Église, et rendue entre les mains des concierges ecclésiastiques compétens et convenables, cecy ne fust pas advenu : pour quoy je appelle de vous devant Dieu.
Cela fait, ledit déposant sortit hors, et n’en oyt plus riens.
Frère Isambert de la Pierre.
Vénérable et religieuse personne, frère Isambert De la Pierre, de l’ordre de Saint-Augustin du convent de Rouen, prebstre, juré et examiné témoin, le Ve jour de mars, l’an de grâce mil quatre cens quarante-neuf, dit et dépose qu’une fois, luy et plusieurs autres présens, on admonestoit et sollicitoit ladicte Jehanne de se submettre à l’Église. Sur quoy elle respondit, que voulontiers se submettoit au Saint Père, requérant estre menée à lui, et que point ne se submettroit au jugement de ses ennemis. Et, quant à ceste heure là, frère Isambert lui conseilla de se submettre au [général] concile de Basle, [et] ladicte Jeanne lui demanda que c’estoit que général concile. Respondit cellui qui parle, que c’estoit congrégacion de toute l’Église universelle et la chrestienté, et qu’en ce concile y en avoit autant de sa part, comme de la part des Anglois. Cela oy et entendu, elle commença à crier : O ! puisqu’en ce lieu sont aucuns de nostre parti, je veuil bien me rendre et submettre au concile de Basle.
Et tout incontinent, par grant despit et indignacion, 5l’évesque de Beauvais commença à crier : Taisez-vous, de par le dyable !
et dist au notaire qu’il se gardast bien d’escrire la submission qu’elle avoit faicte au général concile de Basle. A raison de ces choses et plusieurs autres, les Anglois et leurs officiers menacèrent horriblement ledit frère Isambert, tellement que s’il ne se taisoit, le gecteroient en Seine.
Item dit et dépose que, après qu’elle eust renoncé et abjuré, et reprins habit d’homme, lui et plusieurs autres furent présens, quant ladicte Jehanne s’excusoit de ce qu’elle avoit revestu habit d’homme, en disant et affermant publiquement que les Anglois lui avoient faict ou faict faire en la prison beaucoup de tort et de violence, quant elle estoit vestue d’habits de femme ; et de fait, la veit éplourée, son viaire plain de larmes, deffiguré et oultraigié en telle sorte que celui qui parle en eut pitié et compassion.
Item dit et rapporte que devant toute l’assistance, lorsqu’on la réputoit hérectique obstinée et rencheue, elle respondit publiquement : Si vous, Messeigneurs de l’Église, m’eussiez menée et gardée en vos prisons, par advanture ne me fust-il pas ainsi.
Item dit et dépose que, après l’yssue et la fin de ceste session et instance, ledit seigneur évesque de Beauvais dist aux Anglois qui dehors attendoient : Farowelle5, faictes bonne chière, il est faict.
Item dépose ce tesmoing, que l’on demandoit et proposoit à la povre Jehanne interrogatoires trop difficiles, subtilz et cauteleux, tellement que les grans clercs et gens bien lettrez qui estoient là présens, à grant peine y eussent sceu donner response ; par quoy plusieurs de l’assistence en murmuroient.
Item dépose icelui tesmoing, que lui mesme en personne, fut pardevers l’évesque d’Avranches6, fort ancien et bon clerc, lequel, comme les autres, avoit esté requis et prié sur ce cas donner son 6oppinion. Pour ce, ledit évesque interrogua le tesmoing envoyé pardevers lui, que disoit et déterminent monseigneur saint Thomas, touchant la submission que on doit faire à l’église. Et celui qui parle bailla par escript audit évesque la déterminacion de saint Thomas, lequel dit : Es choses douteuses qui touchent la foy, l’en doit toujours recourir au Pape, ou au général concile.
Le bon évesque fut de cette oppinion, et sembla estre tout mal content de la délibéracion que on avait faicte par-deçà de cela. N’a point esté mise par escript la déterminacion ; ce qu’on a laissé par malice.
Item dépose celui qui parle, que, après sa confession et percepcion du sacrement de l’autel, on donna la sentence contre elle, et fut déclairée hérectique et excommuniée.
Item dit et dépose avoir bien veu et clairement apperceu, à cause qu’il a tousjours esté présent, assistant à toute la déduction et conclusion du procez, que le juge séculier ne l’a poinct condamnée à mort, ne à consumpcion de feu ; et combien que le [dit] juge lay et séculier se soit comparu et trouvé au lieu même où elle fut preschée derrenièrement et délaissée à justice séculière, toutesfois, sans jugement ou conclusion dudit juge, a esté livrée entre les mains du bourreau et bruslée, en disant au bourreau tant seulement, sans autre sentence : Fais ton devoir.
Item dépose celui qui parle, que ladicte Jehanne eut en la fin si grande contricion et si belle repentance, que c’estoit une chose admirable, en disant parolles si dévotes, piteuses et catholiques, que tous ceulx qui la regardoient, en grant multitude, pleuroient à chaudes larmes, tellement que le cardinal d’Angleterre et plusieurs autres Anglois furent contraincts plourer et en avoir compacion.
Dit oultre plus, que la piteuse femme lui demanda, requist et supplia humblement, ainsi qu’il estoit près d’elle en sa fin, qu’il allast en l’église prouchaine, et qu’il lui apportast la croix, pour la tenir eslevée tout droit devant ses yeux jusques au pas de la mort, afin que la croix où Dieu pendist, fust en sa vie continuellement devant sa vue. Dit oultre, qu’elle estant dedans la flambe, oncques ne cessa jusques en la fin de résonner et confesser à haulte voix le saint nom de Jhesus, en implorant et invocant sans cesse l’ayde des Saincts et Sainctes de paradis ; et encores, qui plus est, en 7rendant son esperit et inclinant la teste, proféra le nom de Jhesus, en signe qu’elle estoit fervente en la foy de Dieu, ainsi comme nous lisons de saint Ignatius et plusieurs autres martyrs.
Item dit et dépose que, incontinent après l’exécucion, le bourreau vint à lui et à son compaignon, frère Martin Ladvenu, frappé et esmeu d’une merveilleuse repentance et terrible contricion, comme tout désespéré, craingnant de non savoir jamais impétrer pardon et indulgence envers Dieu, de ce qu’il avoit faict à ceste saincte femme. Et disoit et affermoit ledit bourreau que, nonobstant l’huile, le soufre et le charbon qu’il avoit appliquez contre les entrailles et le cueur de ladite Jehanne, toutesfoys il n’avoit pu aucunement consommer ne rendre en cendres les breuilles ne le cueur ; de quoy estoit autant estonné comme d’un miracle tout évident.
Frère Martin Ladvenu.
Vénérable et religieuse personne, frère Martin Ladvenu, de l’ordre des Frères Prescheurs, au convent de Saint-Jacques de Rouen, espécial confesseur et conducteur de ladicte Jehanne en ses derreniers jours, juré et interrogué l’an et jour dessusditz sur certains articles ;
Et premièrement touchant l’affeccion désordonnée de ceulx qui ont traictié et mené le procez et la cause : dépose que plusieurs se sont comparus au jugement, plus par l’amour des Anglois et de la faveur qu’ilz avoient envers eux, que pour le bon zèle de justice et de foy catholique. Principalement cellui qui parle, dit du couraige et de l’affeccion excessive de messire Pierre Cauchon, alors évesque de Beauvais, sur lui allégant deux signes d’envye : le premier, quant ledit évesque se portoit pour juge, commanda ladicte Jehanne estre gardée ès prisons séculières, et entre les mains de ses ennemis mortelz ; et quoy qu’il eust bien peu la faire détenir et garder aux prisons ecclésiastiques, toutesfois si a-t-il permis depuis le commencement du procez jusques à la consommacion, icelle tormenter et traictier très cruellement aux prisons séculières. Dit oultre davantaige ce tesmoing, qu’en la première session ou instance, l ‘évesque allégué requist et demanda le conseil de toute l’assistance, assavoir lequel estoit plus convenable de la garder et détenir aux prisons séculières, ou aux prisons de l’Église ; sur quoy 8fut délibéré, qu’il estoit plus décent de la garder aux prisons ecclésiastiques qu’aux autres ; fors, respondit cest évesque, qu’il n’en feroit pas cela, de paour de desplaire aux Anglois. Le second signe qu’il allègue, est que le jour que ledit évesque, avec plusieurs, la déclaira hérectique, récidivée et retournée à son mefiait pour cela qu’elle avoit dedans la prison reprins habit d’homme, ledit évesque sortissant de la prison, advisa le conte de Warwick7 et grant multitude d’Anglois entour lui, auxquelz en riant dist à haulte voix intelligible : Farowelle, Farowelle, il en est faict, faictes bonne chière
, ou parolles semblables.
Item dit et rapporte que, à la conscience, en lui proposoit et demandoit questions trop difficiles, pour la prendre à ses parolles et à son jugement ; car c’estoit une pouvre femme assez simple, qui à grant peine savoit Pater noster et Ave Maria.
Item dépose que la simple Pucelle lui révéla, que, après son abjuracion et renonciacion, on l’avoit tourmentée violemment en la prison, molestée, bastue et deschoullée ; et qu’un millourt d’Angleterre l’avoit forcée ; et disoit publicquement que cela estoit la cause pourquoy elle avoit reprins habit d’homme : et environ la fin, dist à l’évesque de Beauvais : Hélas ! je meurs par vous, car se m’eussiez baillée à garder ès prisons de l’Église, je ne fusse pas icy.
Item dit et dépose que quant elle fut derrenierrement preschée au Viel-Marché, et abbandonnée à justice séculière, combien que les juges séculiers fussent assis sur un escherflault, toutesfois elle ne fut nullement condampnée d’aucun d’iceulx juges, mais sans condampnacion, par deux sergens fut contraincte de descendre de l’escherffault, et menée par lesditz sergens jusques au lieu où elle devoit estre bruslée, et par iceulx livrée entre les mains du bourreau. Et en signe de ce, peu de temps après, un appellé Georges Folenfant fut appréhendé à cause de la foy et en crime d’hérésie, lequel fut semblablement délaissé à justice séculière. A ceste cause, 9les juges de la foy, c’est assavoir, messire Loys de Luxembourg, archevesque de Rouen, et frère Guillaume Duval, vicaire de l’inquisiteur de la foy, envoyèrent ledit frère Martin au bailly de Rouen, pour l’advertir qu’il ne seroit pas ainsi faict dudit Georges comme il avoit été faict de la Pucelle, laquelle, sans sentence finale et jugement deffinitif, fut au feu consommée.
Item dit et dépose que le bourreau, après la combustion, quasi à quatre heures après nones, disoit que jamais n’avoit tant crainct à faire l’exécucion d’aucun criminel, comme il avoit eu la combustion de la Pucelle, pour plusieurs causes : premièrement, pour le grant bruit et renom d’icelle ; secondement, pour la cruelle manière de la lier et afficher ; car les Anglois firent faire un haut escherffault de piastre, et, ainsi que rapportoit ledit exécuteur, il ne la povoit bonnement ne facillement expédier ne acteindre à elle, de quoy il estoit fort marry, et avoit grant compassion de la forme et cruelle manière par laquelle on la faisoit mourir.
Item dépose de sa grant et admirable contricion, repentance et continuelle confession, en appellant tousjours le nom de Jhesus, et invocant dévotement l’ayde des Saincts et Sainctes de paradis, ainsi comme frère Isambert, qui tousjours l’avoit convoyée à son trespas et raddressée en la voye du salut, cy devant a déposé.
Frère Guillaume Duval.
Révérend père en Dieu et religieuse personne, frère Guillaume Duval, de l’ordre et convent des Frères Prescheurs de Saint-Jacques de Rouen, vénérable docteur en théologie, aagé de quarante cinq ans ou environ, juré et examiné l’an et jour dessusditz,
Dépose que, quant on faisoit actuellement le procez de ladicte Jehanne, il se trouva en une session avec Ysambert De la Pierre, et quant ilz ne trouvoient lieu propre à eulx asseoir ou consistoire, ilz s’en alloient asseoir au parmy de la table, auprès de la Pucelle ; et quant on l’interroguoit et examinoit, ledit frère Ysambert l’advertissoit de ce qu’elle devoit dire, en la boutant, ou faisant autre signe. Laquelle session faicte, cellui qui parle et frère Ysambert, avecques maistre Jehan De la Fontaine, furent députés juges pour la visiter et conceiller ledit jour après disner ; lesquelz vindrent ensemble ou chasteau de Rouen, pour la visiter et admonester ; et 10là trouvèrent le conte de Varvic, lequel assallit par grant despit et indignacion, mordantes injures et opprobres contumelieux ledit frère Ysambert, en lui disant : Pourquoy souches-tu le matin ceste meschante, en lui faisant tant de signes ? Par la morbieu, vilain, se je m’aperçoys plus que tu mettes peine de la délivrer et advertir de son prouffict, je te ferai gecter en Seine.
Pour quoy les deux compaignons dudit Ysambert s’enfouirent de paour en leur convent.
Toutes ces choses veit et oyt celui qui parle, et non davantaige, car il ne fut pas présent au procez.
Maistre Guillaume Manchon.
Vénérable et discrète personne, maistre Guillaume Manchon, prebstre, aagé de cinquante ans ou environ, chanoine de l’église collégiale Nostre-Dame d’Andely, curé de l’église parrochiale de Saint-Nicolas-le-Paincteur de Rouen, notaire en la cour archiépiscopale de Rouen, juré et examiné l’an de grâce mil quatre cent quarante neuf, le quatriesme jour de mars, dit et dépose qu’il fut notaire au procès d’icelle Jehanne, depuis le commencement jusqu’à la fin, et avecques lui maistre Guillaume Colles dit Bois-Guillaume.
Item dit que à son advis, tant de la partie de ceulx qui avoient la charge de mener et conduire le procez, c’est assavoir, monseigneur de Beauvais et les maistres qui furent envoyez querir à Paris pour celle cause, que aussi des Anglois à l’instance desquelz les procez se faisoient, on procéda plus par haine et contempt de la querelle du roy de France, que s’elle n’eust point porté son party, pour les raisons qui ensuivent :
Et premièrement, dit qu’un nommé maistre Nicole Loyseleur, qui estoit familier de monseigneur de Beauvais, et tenant le parti extrêmement des Anglois (car autrefois le Roy estant devant Chartres, alla querir le roy d’Angleterre pour faire lever le siège), feignyt qu’il estoit du pays de ladicte Pucelle, et par ce moien trouva manière d’avoir actes, parlement et familiarité avec elle, en lui disant des nouvelles du pays à lui plaisantes ; et demanda estre son confesseur ; et ce qu’elle lui disoit en secret, il trouvoit manière de le faire venir à l’ouye des notaires. Et de fait, au commencement 11du procez, ledit notaire et ledit Bois-Guillaume, avec tesmoings, furent mis secrettement en une chambre prouchaine, où estoit ung trou par lequel ou pouvoit escouter, affin qu’ilz poussent rapporter ce qu’elle disoit ou confessoit audit Loyseleur. Et lui semble que ce que ladicte Pucelle disoit ou rapportoit familièrement audit Loyseleur, il rapportoit auxditz notaires ; et de ce estoit faict mémoire pour faire interrogacions au procez, pour trouver moien de la prendre captieusement.
Item dit que quant le procez fut commencé, maistre Jehan Lohier, solempnel clerc normant, vint en ceste ville de Rouen, et lui fut communiqué ce qui en estoit escript par ledit évesque de Beauvais ; lequel Lohier demanda dilacion de deux ou trois jours pour le veoir. Auquel il fut respondu qu’en la relevée il donnast son opinion, [et] à ce fut contrainct. Et icellui maistre Jehan Lohier, quant il eust veu le procez, il dist qu’il ne valoit riens pour plusieurs causes. Premièrement, pour ce qu’il n’y avoit point forme de procez ordinaire. Item, il estoit traicté en lieu clos et fermé, où les assistans n’estoient pas en pleine et pure liberté de dire leur pure et pleine volonté. Item, que l’en traictoit en icelle matière l’honneur du roy de France, duquel elle tenoit le party, sans l’appeller, ne aucun qui fust de par luy. Item, que libelle ne articles n’avoient point esté baillez ; et si n’avoit quelque conseil icelle femme, qui estoit une simple fille, pour respondre à tant de maistres et de docteurs, et en grandes matières, par espécial celles qui touchent ses révélacions, comme elle disoit. Et pour ce lui sembloit que le procez n’estoit valable. Desquelles choses monseigneur de Beauvais fut fort indigné contre ledit Lohier ; et combien que ledit monseigneur de Beauvais lui dist qu’il demourast pour voir demener le procez, ledit Lohier respondit qu’il ne demourroit point. Et incontinant icellui monseigneur de Beauvais, lors logé en la maison où demeure à présent maistre Jehan Bidault, près Saint-Nicolas-le-Paincteur, vint aux maistres, c’est assavoir, maistre Jehan Beaupère, maistre Jacques de Touraine, Nicole Midy, Pierre Morice, Thomas de Courcelles et Loyseleur, auxquelz il dist : Velà Lohier qui nous veut bailler belles interlocutoires en nostre procez ! Il veut tout calompnier, et dit qu’il ne vault riens. Qu’en le vouldroit croire, il fauldroit tout recommencer, et tout ce que 12nous avons fait ne vauldroit riens
; en récitant les causes pourquoy ledit Lohier le vouloit calompnier ; disant oultre ledit mon seigneur de Beauvais : On voit bien de quel pied il cloche. Par saint Jehan ! nous n’en ferons riens, ains continuerons nostre procez comme il est commencé.
Et estoit lors le samedi de relevée, en Caresme ; et le lendemain matin, celluy qui parle, parla audit Lohier en l’église de Nostre-Dame de Rouen, et lui demanda qu’il lui sembloit dudit procez et de ladicte Jehanne ; lequel lui respondit : Vous voyez la manière comment ils procèdent. Ilz la prendront s’ilz peuvent par ses paroles, c’est assavoir ès assercions où elle dit Je sçai de certain ce qui touche les apparicions ; mais s’elle disoit Il me semble, pour icelles paroles Je sçai de certain, il m’est advis qu’il n’est homme qui [la] peust condampner. Il semble qu’ilz procèdent plus par haine que par autrement ; et pour ceste cause je ne me tendray plus icy, car je n’y veuil plus estre.
Et de faict a tousjours demouré depuis en cour de Romme, et y est mort doyen de Roe8.
Item dit que au commencement du procez, par cinq ou six journées, pour ce que celluy qui parle mettoit en escript les responses et excusacions d’icelle Pucelle, ensemble et aucunes fois les juges le vouloient contraindre, en parlant en latin, qu’il mist en autres termes, en muant la sentence de ses parolles, et en autres manières que cellui qui parle ne l’entendoit : furent mis deux hommes du commandement de monseigneur de Beauvais en une fenestre près du lieu où estoient les juges ; et y avoit une sarge passant par devant ladicte fenestre, affin qu’ils ne fussent veus. Lesquelz deux hommes escripvoient et rapportoient ce qu’il faisoit en la charge d’icelle Jehanne, en taisant ses excusacions, et lui sembloit que c’estoit ledit Loyseleur ; et après la jurisdiction tenue, en faisant collacion, la relevée, de ce qu’ilz avoient escript, les deux autres rapportoient en autre manière, et ne mettoient point d’excusacions ; dont ledit monseigneur de Beauvais se courouça grandement contre cellui qui parle. Et ès parties où il est escript au procez9 Nota, c’estoit où il y avoit controverse et convenoit 13recommencer nouvelles interrogacions sur cela ; et trouva-l’en que ce qui estoit escript par cellui qui parle, estoit vrai.
Item dit qu’en escripvant ledit procez, icelui déposant fut par plusieurs fois argué de monseigneur de Beauvais et desditz maistres, lesquelz le vouloient contraindre à escripre selon leur ymaginacion, et contre l’entendement d’icelle. Et quant il y avoit quelque chose qui ne leur plaisoit point, ilz défendoient de l’escripre, en disant qu’il ne servoit point au procez ; mais ledit déposant n’escripvit oncques fors selon son entendement et conscience.
Item dit que maistre Jehan de Fonte, depuis le commencement du procez jusques à la sepmaine d’après Pasques M.CCCC.XXXI., fut lieutenant de monseigneur de Beauvais à l’interroguer, en l’absence dudit évesque, lequel néantmoins tousjours présent estoit avec ledit évesque ou démené du procez. Et quant vint ès termes que ladicte Pucelle estoit fort sommée de soy submettre à l’Église par icelluy de Fonte, et frères Ysambert De la Pierre et Martin Ladvenu, desquelz fut advertye qu’elle devoit croire et tenir que c’estoient nostre sainct père le Pape, et ceulx qui président en l’Église militante, et qu’elle ne depvoit point faire de doute de se submettre à nostre saint père le Pape et au saint concilie, car il y avoit tant de son party que d’ailleurs, plusieurs notables clercs, et que se ainsi ne le faisoit, elle se mettroit en grant danger ; et le lendemain qu’elle fut ainsi advertie, elle dit qu’elle se vouldroit bien submettre à nostre saint père le Pape et au sacré concilie. Et quant monseigneur de Beauvais oyt cette parolle, demanda qui avoit esté parler à elle le jour de devant, et manda le garde anglois d’icelle Pucelle, auquel demanda qui avoit parlé à elle ; lequel garde respondit que ce avoit esté ledit de Fonte, son lieutenant, et les deux religieux ; et pour ce, en l’absence d’iceulx de Fonte et religieux, ledit évesque se courrouça très fort contre maistre Jehan Magistri, vicaire de l’inquisiteur, en les menassant très fort de leur faire desplaisir. Et quant ledit de Fonte eut de ce congnoissance, et qu’il estoit menacé pour icelle cause, se partit de ceste cité de Rouen, et depuis n’y retourna ; et quant aux deux religieux, se n’eust esté ledit Magistri, qui les excusa et supplia pour eulx, en disant que se on leur faisoit desplaisir, jamais ne viendroit au procez, ils eussent esté en péril de mort. Et dès lors fut deffendu de par monseigneur 14de Warwick, que nul n’entrast vers icelle Pucelle, sinon monseigneur de Beauvais ou de par luy, et toutesfois qu’il plairoit audit évesque aller devers elle ; mais ledit vicaire n’y eut point d’entrée sans lui.
Item dit que au partement du preschement de Saint-Ouen, après l’abjuracion de ladicte Pucelle, pour ce que Loyseleur lui disoit : Jehanne, vous avez fait une bonne journée, se Dieu plaist, et avez sauvé votre âme
, elle demanda : Or ça entre vous gens d’Église, menez moi en vos prisons, et que je ne soye plus en la main de ces Anglois.
Sur quoy monseigneur de Beauvais respondit : Menez-la où vous l’avez prinse.
Pour quoy fut remenée au chasteau duquel estoit partie. Et le dimanche ensuivant, qui fut le jour de la Trinité, furent mandés les maistres, notaires et autres qui s’entremettoient du procez, et leur fut dit qu’elle avait reprins son habit d’homme, et qu’elle estoit rencheue ; et quant ilz vindrent au chasteau, en l’absence dudit monseigneur de Beauvais, arrivèrent sur eulx quatre-vingts ou cent Anglois ou environ, lesquels s’adressèrent à eulx en la cour dudit chasteau, en leur disant que entre eulx gens d’Église estoient tous faulx, traistres armagneaux et faulx conseillers ; pour quoy à grant peine purent évader et yssir hors du chasteau, et ne firent riens pour icelle journée. Et le lendemain fut mandé cellui qui parle, lequel respondit qu’il n’iroit point, s’il n’avoit seureté pour la paour qu’il avoit eue le jour de devant ; et n’y feust point retourné se n’eust été un des gens de monseigneur de Warwick, qui lui fut envoyé pour seureté. Par ainsi retourna et fut à la continuacion du procez jusques à la fin, excepté qu’il ne fut point à quelque certain examen de gens qui parlèrent à elle à part, comme personnes privées ; néantmoins monseigneur de Beauvais le voulut contraindre à ce signer ; laquelle chose ne volut faire.
Item dit qu’il veit amener ladicte Jehanne à l’escherffault, et y avoit le nombre de sept à huit cens hommes de guerre entour elle, portans glaives et bastons, tellement qu’il n’y avoit homme quy fust assez hardy de parler à elle, excepté frère Martin Ladvenu et maistre Jehan Massieu. Et dit que patiemment elle oyt le sermon tout au long, après fist sa régraciacion, ses prières et lamentacions moult notablement et dévotement, tellement que les juges, prélats, 15et tous les autres assistans furent provoquez à grans pleurs et larmes, de lui veoir faire ses pitéables regrez et douloureuses complainctes. Et dit le[dit] déposant que jamais ne ploura tant pour chose qui lay advint, et que par ung mois après ne s’en povoit bonnement appaiser. Pour quoy d’une partie de l’argent qu’il avoit eu du procez, il acheta un petit messel, qu’il a encores, affin qu’il eust cause de prier pour elle. Et au regart de finalle pénitence, il ne veit oncques plus grant signe à chrestien.
Item dit qu’il est récolent que au preschement fait à Saint-Ouen, par maistre Guillaume Erard, entre autres paroles fut dit et proféré par ledit Erard ce qui s’ensuit : Ha, noble maison de France, qui as tousjours esté protectrice de la foy, as-tu esté ainsi abusée, de te adhérer à une hérectique et scismatique ! C’est grant pitié.
A quoy ladicte Pucelle donna response, de la quelle ledit déposant ne se recorde point, excepté qu’elle faisoit grant louange à son Roy, en disant que c’estoit le meilleur chrestien et plus saige qui feust au monde. Pour quoy fut commandé audit Massieu, par ledit Erard et par monseigneur de Beauvais : Faictes-la taire.
Maistre Jehan Massieu.
Maistre Jehan Massieu, prebstre, curé de l’une des porcions de l’église parrochialle Sainct-Candres de Rouen, jadis Doyen de la Chrestienté de Rouen, de l’aage de cinquante ans ou environ, juré et examiné le cinquiesme jour de mars ;
Dit qu’il fut au procez de ladicte Jehanne, toutes les foys qu’elle fut présentée au jugement devant les juges et clercs ; et à cause de son office, estoit député clerc de maistre Jehan Benedicite10, promotheur en la cause, pour citer ladicte Jehanne et tous autres qui seraient à évocquer en icelle cause. Et semble audit déposant, à cause de ce que veit, que on procéda par haine, par faveur, et en déprimant l’honneur du roy de France auquel elle servoit, par vengeance et afin de la faire mourir, et non pas selon raison et l’honneur de Dieu et de la foy catholique. Meu ad ce dire, car quant monseigneur de Beauvais, qui estoit juge en la cause, accompaigné 16de six clercs, c’est assavoir, de Beaupère, Midy, Morisse, Touraine, Courcelles et Fueillet, ou aucun autre en son lieu, premièrement l’interroguoit, devant qu’elle eust donné sa response à ung, ung autre des assistans lui interjectoit une autre question ; par quoy elle estoit souvent précipitée et troublée en ses responses. Et aussi, comme ledit déposant par plusieurs foys amenast icelle Jehanne du lieu de la prison au lieu de la jurisdiction, et passoit pardevant la chapelle du chasteau, et icellui déposant souffrist, à la requeste de ladicte Jehanne, qu’en passant elle feist son oraison : pour quoy, icellui déposant fut de ce plusieurs foys reprins par ledit Benedicite, promotheur de ladicte cause, en luy disant : Truant, qui te fait si hardy de laisser approcher celle putain excommuniée de l’Église, sans licence ? Je te ferai mettre en telle tour, que tu ne verras lune ne soleil d’icy à ung mois, si tu le fais plus.
Et quant ledit promotheur apperceut que ledit déposant n’obéissoit point ad ce, ledit Benedicite se mist par plusieurs fois au devant de l’huis de la chapelle, entre iceulx déposant et Jehanne, pour empescher qu’elle ne feist son oraison devant ladicte chapelle ; et demandoit expressément ladicte Jehanne : Cy est le corps de Jhesus-Crist ?
Meu aussi ad ce, car [quant] il la ramena en la prison de devant les juges, la quarte ou quinte journée, ung prebstre, appelé maistre Eustache Turquetil, interrogua ledit déposant, en lui disant : Que te semble de ses réponses ? sera-t-elle arse ? que sera-ce ?
Auquel ledit déposant respondit : Jusques à cy je n’ai veu que bien et honneur à elle ; mais je ne sçai qu’elle sera à la fin ; Dieu le sçaiche.
Laquelle response fust par ledit prebstre rapportée vers les gens du Roy, et fust relaté que ledit déposant n’estoit pas bon pour le Roy ; et à celle occasion fust mandé, la relevée, par ledit monseigneur de Beauvais, juge, et luy par[la] desdictes choses en lui disant qu’il se gardast de mesprendre, ou on lui feroit boire une fois plus que de raison. Et luy semble que, se n’eust esté le notaire Manchon qui le excusa, il n’en feust oncques eschappé.
Item dit que quant elle fut menée à Saint-Ouen pour estre preschée par maistre Guillaume Erard, durant le prescheinent, environ la moitié du preschement, après ce que ladicte Jehanne eust esté moult blasmée par les parolles dudit prescheur, il commença à s’escrier à haulte voix, disant : Ha ! France, tu es bien abusée, 17as toujours esté la chambre très-crestienne ; et Charles, qui se dit roy et de toi gouverneur, s’est adhéré comme hérectique et scismatique (tel est-il), aux parolles et fais d’une femme inutille, diffamée et de tout deshonneur plaine ; et non pas lui seulement, mais tout le clergié de son obéissance et seigneurie, par lequel elle a été examinée et non reprinse, comme elle a dit.
Et dudit roy reppliqua deux ou trois foys icelles parolles ; et depuis, soy adressant à ladicte Jehanne, dist en effect, en levant le doy : C’est à toi, Jehanne, à qui je parle, et te dy que ton roy est hérectique et scismatique.
A quoy elle respondit : Par ma foy, sire, révérence gardée, car je vous ose bien dire et jurer, sur peine de ma vie, que c’est le plus noble crestien de tous les crestiens, et qui mieulx aime la foy et l’église, et n’est point tel que vous dictes.
Et lors ledit prescheur dist à cellui qui parle : Faiz-la taire.
Item dit que ladicte Jehanne n’eust oncques aucuns conseils ; et luy souvient bien que ledit Loyseleur fut une foys ordonné à la conseiller, lequel lui estoit contraire, plutost pour la decevoir que pour la conduire.
Item dit que ledit Érard, à la fin du preschement, leut une cédulle contenante les articles de quoy il la causoit de abjurer et révoquer. A quoy ladicte Jehanne lui respondit, qu’elle n’entendoit point que c’estoit abjurer, et que sur ce elle demandoit conseil. Et alors fut dit par ledit Érard à cellui qui parle, qu’il la conseillast sur cela. Et dont, après excusacion de ce faire, lui dist que c’estoit à dire que, s’elle alloit à l’encontre d’aucuns desditz articles, elle seroit arse ; mais lui conseilloit qu’elle se rapportast à l’Église universelle se elle devoit abjurer lesditz articles ou non. Laquelle chose elle feit en disant à haulte voix audit Erard : Je me rapporte à l’Église universelle, se je les doy abjurer ou non.
A quoy luy fut respondu par ledit Erard : Tu les abjureras présentement, ou tu seras arse.
Et de faict, avant qu’elle partist de la place, les abjura, et feit une croix d’une plume que luy bailla ledit déposant.
Item dit icellui qui parle, que, au département dudit sermon, advisa ladicte Jehanne, qu’elle requist estre menée aux prisons de l’église, et que raison estoit qu’elle fust mise aux prisons de l’église, 18puisque l’église la condampnoit. La [quelle] chose fut requise à l’évesque de Beauvais par aucuns des assistans, desquelz il ne sçait point les noms. À quoy ledit évesque respondit : Menez-la au chasteau dont elle est venue.
Et ainsi fut faict. Et ce jour après disner, en la présence du conseil de l’église, déposa l’habit d’homme et print habit de femme, ainsi que ordonné lui estoit. Et lors estait jeudy ou vendredy après la Pentecouste, et fut mis l’habit d’homme en ung sac, en la même chambre où elle estoit détenue prisonnière, et demoura en garde audit lieu entre les mains de cinq Anglois, dont en demouroit de nuyt trois en la chambre, et deux dehors, à l’uys de ladicte chambre. Et sçait de certain celluy qui parle, que de nuyt elle estoit couchée, ferrée par les jambes de deux paires de fers à chaaine, et attachée moult estroitement d’une chaaine traversante par les piedz de son lict, tenante à une grosse pièce de boys de longueur de cinq ou six pieds et fermante à clef ; par quoy ne pouvoit mouvoir de la place. Et quant vint le dimanche matin en suivant, qu’il estoit jour de la Trinité, qu’elle se deust lever, comme elle rapporta et dist à celluy qui parle, demanda à iceulx Anglois, ses gardes ; Defferrez-moi, si me lèverai.
Et lors ung d’iceulx Anglois lui osta ses habillement de femme, que avoit sus elle, et vuidèrent le sac ouquel estoit l’habit d’homme, et ledit habit jettèrent sur elle en luy disant : Liève-toi
; et mucèrent l’habit de femme oudit sac. Et ad ce qu’elle disoit, elle se vestit de l’habit d’homme qu’ilz lui avoient baillé, en disant : Messieurs, vous savez qu’il m’est deffendu : sans faulte, je ne le prendray point.
Et néantmoins ne lui en voulurent bailler d’autre, en tant qu’en cest débat demoura jusques à l’heure de midy ; et finablement pour nécessité de corps, fut contraincte de yssir dehors et prendre ledit habit ; et après qu’elle fust retournée, ne lui en voulurent point bailler d’autre, nonobstant quelque supplicacion ou requeste qu’elle en feist.
Interrogué à quel jour elle leur dist ce qu’il dépose de la relacion d’elle : dit, ce fut le mardy ensuivant, devant disner, auquel jour le promotheur se despartit pour aller avec monseigneur de Warwick, et luy qui parle demoura seul avec elle. Et incontinant de manda à ladicte Jehanne pourquoy elle avoit reprins ledit habit d’homme ; et elle luy dist et respondit ce que dessus est dict.
19Interrogué s’il fut le dit dimanche, jour de la Trinité, au chasteau après disner avec les conseils et gens d’église qui avoient esté mandez pour veoir comme elle avoit reprins habit d’homme : dit que non, mais les rencontra auprès du chasteau moult esbahis et espaourez, et disoient que moult furieusement avoient esté reboutez par les Anglois à haches et glaives, et appeliez traistres, et plusieurs autres injures.
Item dit que le mercredi ensuivant, jour qu’elle fut condampnée, et devant qu’elle partist du chasteau, luy fut apporté le corps de Jésus-Christ irrévérentement, sans estolle et lumière, dont frère Martin qui l’avoit confessée, fut mal content ; et pour ce fut renvoyé quérir une estolle et de la lumière, et ainsi frère Martin l’administra. Et ce fait, fut menée au Viel-Marché, et à costé d’elle estoit ledit frère Martin et cellui qui parle, accompaignés de plus de huict cens11 hommes de guerre ayans haches et glaives. Et elle estant au Vieil-Marché, après la prédicacion, en laquelle elle eust grant constance, et moult paisiblement l’oyt, monstrant grans signes et évidences et cleres apparences de sa contricion, pénitence et ferveur de foy, tant par les piteuses et dévotes lamentacions et invocacions de la benoiste Trinité, et de la benoiste glorieuse Vierge Marie, et de tous les benoistz Saincts de paradis, en nommant expressément plusieurs d’iceulx Saincts ; èsquelles dévocions, lamentacions et vraie confession de la foy, en requérant aussi à toutes manières de gens de quelques condicions ou estat qu’ilz feussent, tant de son party que d’autre, mercy très-humblement, en requérant qu’ilz voulsissent prier pour elle, en leur pardonnant le mal qu’ilz lui avoient fait, elle persévéra et continua très-longue espace de temps, comme d’une demye heure, et jusques à la fin. Dont les juges assistans, et mesme plusieurs Anglois furent provoqués à grandes larmes et pleurs, et de faict très amèrement en pleurèrent ; etaucuns et plusieurs d’iceulx-mesmes Anglois, recongnurent et confessèrent le nom de Dieu, voyant si notable fin, et 20estoient joyeulx d’avoir esté à la fin, disans que ce avoit esté une bonne femme. Et quant elle fut délaissée par l’Église, celluy qui parle estoit encore avec elle ; et à grande dévocion demanda à avoir la croix ; et ce oyant un Anglois qui estoit-là présent, en feit une petite de boys du bout d’un baston qu’il lui bailla ; et dévotement la receut et la baisa, en faisant piteuses lamentacions et recognicions à Dieu nostre rédempteur qui avoit souffert en la croix pour nostre rédempcion ; de laquelle croix elle avoit le signe et représentacion, et mit icelle croix en son sain, entre sa chair et ses vestemens. Et oultre demanda humblement à cellui qui parle, qu’il lui feist avoir la croix de l’église, afin que continuellement elle la puist veoir jusques à la mort. Et celluy qui parle feit tant que le clerc de la paroisse de Sainct-Saulveur lui apporta ; laquelle apportée, elle l’embrassa moult estroitement et longuement, et la détint jusques ad ce qu’elle fut lyée à l’atache. En tant qu’elle faisoit lesdictes dévocions et piteuses lamentacions, fut fort précipité par les Anglois, et mesmement par aucuns de leurs cappitaines, de leur laisser en leurs mains, pour plustost la faire mourir, disant à celluy qui parle, qui à son entendement la reconfortoit en l’escherfifaut : Comment, prestre, nous ferez-vous icy disner ?
Et incontinent, sans aucune forme ou signe de jugement, la envoyèrent au feu, en disant au maistre de l’œuvre : Fay ton office.
Et ainsi fut menée et atachée, et en continuant les louanges et lamentacions dévotes envers Dieu et ses Saincts, dès le derrain mot, en trespassant, cria à haulte voix : Jhesus !
Maistre Jehan Beaupère
Vénérable et circonspecte personne, maistre Jehan Beaupère, maistre en théologie, chanoine de Rouen, de l’aage de soixante-dix ans ou environ.
Dit que au regart des apparicions dont il fait mencion au procès de ladicte Jehanne, qu’il a eu et a plus grant conjecture que les dictes apparicions estoient plus de cause naturelle et intencion humaine, que de cause sur nature ; toutesfoys de ce principalement se rapporte au procès.
Item dit que au devant qu’elle fust menée à Saint-Ouen pour estre preschée, au matin, cellui qui parle entra seul en la prison de 21ladicte Jehanne par congié, et advertit icelle qu’elle seroit tantost menée à l’escherffaut pour estre preschée, en luj disant que s’elle estoit bonne crestienne, elle dirait audit escherffaut que tous ses fais et diz elle mettoit en l’ordonnance de nostre mère saincte Église, et en espécial des juges ecclésiastiques. Laquelle respondit que ainsi ferait-elle. Et ainsi le dist-elle audit escherffaut, sur ce requise par maistre Nicole Midy ; et ce veu et considéré pour celle foys, elle fut renvoyée après son abjuracion, combien que par aucuns Anglois fut impropéré à l’évesque de Beattvais et à ceulx de Paris qu’ilz favorisoient aux erreurs d’icelle Jehanne.
Item dit que après telle abjuracion, et qu’elle eust son habit de femme qu’elle receut en ladite prison, le vendredy ou samedy d’après, fut rapporté auxditz juges que ladicte Jehanne se repeutoit aucunement d’avoir laissé l’habit d’homme et prins l’habit de femme. Et pour ce Monseigneur de Beauvais, juge, envoya cellui qui parle et maistre Nicole Midy, en espérance de parler à ladicte Jehanne, pour l’induire et ammonester qu’elle persévéras ! et continuast le bon propos qu’elle avoit eu en l’escherffaut, et qu’elle se donnast de garde qu’elle ne rencheust ; mais ne peurent iceulx trouver cellui qui avoit la clef de la prison ; et ainsi qu’ilz attendoient le garde d’icelle prison, furent par aucuns Anglois estans en la cour dudit chasteau, dictes parolles comminatoires, comme rapporta ledit Midy audit parlant, c’est assavoir que qui les getleroit tous deux dans la rivière, il seroit bien employé. Pourquoy, icelles parolles oyes, s’en retournèrent, et sur le pont dudit chasteau, oyt ledit Midy, comme il le rapporta audit parlant, semblables parolles ou près d’icelles par autres Anglois prononcées ; par quoy les dessus dictz furent espouvantez, et s’en vindrent sans parler à ladicte Jehanne.
Item dit que, quant à l’innocence d’icelle Jehanne, qu’elle estoit bien subtille de subtillité appartenante à femme, comme lui sembloit ; et n’a point sceu par aucunes parolles d’elle qu’elle fust corrompue de cors.
Item au regard de sa pénitence finale, n’en sçauroit que dire ; car le lundy d’après l’abjuracion partist de Rouen pour aller à Basle de par l’Université de Paris ; et elle fut condampnée le mercredy ensuivant ; par quoy ne sceut aucunes nouvelles de sa condampnacion, jusques à ce qu’il oyt dire à Lisle en Flandre.
22II. Consultatio domini theodorici auditoris rotæ in curia Romana12.
[Discussio super duodecim articulis extractis e confessionibus Johannæ.]
Circa articulos elicitos ex confessionibus Johannæ vulgo dictæ la Pucella, et per judices illius ad transmittendum consultos, satis liquet percurrenti processum et confessiones ipsius Johannæ, illos forte minus recte et sincere compositos. Siquidem omnia collecta sunt, quæ ipsam Johannem gravare videbantur ; quæ collata cum aliis confessionibus, non ita absona esse videntur, possuntque ex dictorum omnium comparatione salvari. Quod si ita esse monstrabitur, satis apparebit consultores, exemplum facti secutos, in consulendo fuisse deceptos.
Primo dicitur ipsam Johannam circa tertium decimum annum natam, sanctum Michælem oculis corporalibus et in effigie corporali vidisse, et multitudinem angelorum, et sanctas virgines Katharinam et Margaretam. 23Quantum ad hoc, puto nemini dubium angelos in formis corporalibus hominibus sæpe apparuisse, et apparere posse. Sive enim in illis corporalibus apparitionibus creatura aliqua creetur, sive formetur ad illud opus tantum, id est, sive angeli qui mittuntur assumant corporalem speciem de creatura corporea in usum ministerii, sive ipsum corpus suum, cui non subduntur, vertant atque commutent in species quas volunt, accommodatas atque aptas actionibus suis (de quo est quæstio apud Augustinum, lib. IIIo de Trinitate), non curo : satis est angelos, etiam bonos, corporalibus speciebus hominibus apparere. Tamen eos fuisse bonos spiritus conjecturari possumus ex aliis dictis per ipsam Johannam. Primo ex eo quod in ea ætate tredecim annorum, quæ ætas tenera puritati et simplicitati proxima est : ex quo satis præsumi potest virgini et incorruptæ necdum inquinatæ peccatis, angelos bonos apparuisse ; quoniam nequam spiritus in eorum mentes illabitur et illos in errorem deducit, quos reperit subdi tos peccatis.
Alia præsumptio, ex eo quod dicit sibi prima visione sanctum Michælem incussisse terrorem, ut ipsa, p. 5213, examinata testatur. Hoc idem testatur p. 171, dicens quod primo et secundo territa est, nec credebat, donec angelus affaretur et consolaretur eamdem. Quod exemplo angeli nuntiantis Mariæ incarnationem Salvatoris, comprobatur, qui primo aditu Virginem pavidam terruit atque turbavit ; ex post pavidam consolatur, confirmat dubiam, ac familiariter 24vocans ex nomine : Ne timeas
benigne persuadet. Hoc, de incussione pavoris, ostenditur etiam ex visione Ezechielis dicentis : Et vidi, et cecidi in faciem meam
; Ezech. secundo cap. Et Jobannes in Apocal. primo cap. : Et cum vidissem, cecidi ad pedes ejus tanquam mortuus, etc.
Alia est præsumptio ex desiderio illi relicto, et animi ardore ad illum sequendum. Ait enim quod recedens angelus non incussit sibi terrorem neque fremitum, sed cum quodam gaudio admixtum dolorem de recessu. Dicit etiam se flevisse eo quod eum, carcere corporis obsessa, sequi non poterat. Simile legimus in vitis Patrum, et sanctis viris contigisse in apparitionibus. Hæc habentur p. 73.
Alia præsumptio resurgit ex optimis atque salutaribus monitis ipsius angeli et virginum quas sibi dicit apparuisse : primum ex eo quod dicit beatas Katharinam et Margaretam eam exhortasse ad confitendum, p. 89, quod nequam spiritus nullatenus faceret, qui pertinacia peccati delectatur et suas semper latere vellet insidias ; quod hortata fuerit ut frequentaret Ecclesiam, quam diabolus horret ; quod bene se regeret ; item quod servaret virginitatem, quam illa dicit se illis promisisse tanquam missis a Deo, p. 127, qua exhortatione nulla potest esse sanctior neque melior ; item quod angelus sibi denuntiavit miseriam Franciæ et calamitatem, hortans eam ut veniret in Franciam et subveniret oppressis ac regnum a tyrannide eriperet, volens Deus infirma mundi eligere, ut fortia quæque confunderet. Nam asserit sibi a vocibus revelatum quod faceret depingi in vexillo suo Regem cœli, et deinde eo libere uteretur, ut patet p. 181.
25Alia præsumptio resurgit ex eo quod dicit illas imagines circumamictas lumine et claritate sibi apparuisse ; quod non et præsumendum de angelis tenebrarum.
Alia præsumptio resurgit ex eo quod ipsa Johanna detestata fuit sortilegia illarum mulierum quæ dicuntur volitare per æra, ex quarum numero dicit se nunquam fuisse, p. 187 : ex quo apparet ipsam cognovisse quid inter revelationes et diabolicas illusiones intersit. Item ex eo quod dicit de quadam illusione cujusdam Katharinæ, quæ dicebat sibi apparere quamdam mulierem indutam vestibus albis, quam ipsa Johanna irridet et detestatur, ut patet in sexta examinatione, p. 106, satis patet ipsam scivisse discernere et judicare de revelationibus et confictis illusionibus.
Item est alia præsumptio ex eo quod dicit se non credidisse, sed ter sibi apparuisse antequam crederet : ex quo apparet eam non temere et inconsulte fecisse.
Item est magna præsumptio, quia dicit interrogata, quod sæpenumero in illis apparitionibus signavit se de signo crucis, tamenetsi aliquando etiam non faceret, ut patet ex illius responsione ad commonitionem archidiaconi, p. 395. Quod si dæmones fuissent, non tulissent signum Crucis ; sic namque agnitos et pulsos in suis illusionibus dæmones a sanctis Patribus legimus. Item ex eo quod testatur pluries in processu, habitam super illis apparitionibus inquisitionem diligentem Pictavis per clericos et litteratos viros, et ab illis ante cognitionem rei fuisse objurgatam ; sed postea illos sua facta probasse. Non est autem præsumendum illos tota aberrasse via.
26Item est præsumptio ex fine et intentione ipsius Johannæ, et assidua postulatione quam faciebat illis Sanctis apparentibus, a quibus nunquam aliud petivisse se asserit nisi salutem animæ suæ ; ut patet in pluribus locis, et præcipue in secunda sessione, p. 57. Quod non faciunt incantatores et sortilegæ mulieres et invocatrices dæmonum, quæ aut cupiditate impelluntur, aut vindicta et libidine excitantur ; et aliud efflagitant a dæmonibus, ut liquet ex quotidianis processibus qui habentur contra tales.
Item est magna præsumptio ex eo quod ducenda ad supplicium, in ipso mortis articulo, licet confessa esset et Eucharistiam suscepisset, perstitit tamen, et perseveravit usque in finem, dicens quod verum erat quod ipsas voces et apparitiones realiter habuisset ; ut patet ex attestationibus positis in fine processus. Non est autem putandum eam, imminente sibi supplicio, post confessionem et assumptionem corporis dominici, quod, ut asserunt testes, multis cum lacrymis et magna devotione suscepit, immemorem suæ fuisse salutis, aut cum interitu corporis et animæ voluisse mentiri.
Adjuvat hoc idem bona et religiosa ipsius Johannæ opinio in eo quod dicit se non credere, si esset in peccato mortali, se a voce illa et dictis sanctis virginibus visitatam ; quod professa est p.65, examinatione tertia, ubi etiam dicit, tempore jejunii, et quando eadem Johanna jejunaverat, frequentius voces audivisse et apparitiones habuisse ; ut illa die, qua dicit se a meridie hesternæ diei, usque ad illam horam non comedisse, qua die ter audiverat voces, ut patet, p. 70. Ex quo liquet ipsam Johannam intellixisse angelos et sanctos hominibus peccatoribus et homini in peccato 27mortali constituto, non apparere ; et tempore jejunii et orationis has apparitiones frequentari. Nec enim si quis dicat sibi sanctas virgines apparere et secum etiam familiariter miscere sermones, aut etiam ab angelis visitari, debet illico aut insanus judicari aut in hæresis suspicionem incidere. Alioquin et Martinum beatissimum quivis condemnabit, quem constat aliquando dixisse : Agnes, Thecla et Maria mecum fuerunt.
Et referebat vultum atque habitus singularum ; nec solum una die, sed frequenter se ab eis confessus est visitari. Petrum etiam et Paulum apostolos videri a se sæpius non negavit. Et tamen nemo erit tam sacrilegus qui Martinum existimet fuisse mentitum. Idem quoque angelos sæpe familiariter vidit, ita ut conserto invicem apud eum sermone loquerentur. Ille tamen dæmonum insidias cognoscebat : nam eos advenientes non modo agnoscebat, sed protinus increpabat ; Mercurium, Jovem brutum atque hebetem esse dicebat. Hæc verissima esse testatur disertissimus et beatus vir Severus Sulpitius, secundo ejus vitæ libro. Illa tamen etiam multis in suo monasterio constitutis incredibilia fuisse narrat, ut in his humana fragilitas vix possit credulitatis fidem adhibere.
Excusat etiam ipsam Johannam, posito quod fallaces fuissent spiritus, bona et sincera credulitas ; quoniam dicit illas Sanctas fuisse veneratam tanquam illas quæ erant in cœlo, et propterea fecisse celebrari missas in honorem ipsarum, ut patet p. 167 ; et quia dedit et ornavit imagines istarum Sanctarum existentes in Ecclesiis sertis et capellis, ut habetur, p. 186 ; obtulit etiam munera sacerdotibus in honorem ipsarum, ut habetur p. 167. Quare non videtur culpanda si 28illas fuit venerata, quas credebat vere illas esse quæ a fidelibus debita veneratione coluntur : unde et dicit ipsa Johanna nil aliud unquam ab ipsis Sanctis, nisi salutem animæ suæ, sedulo petivisse ; quæ sancta est petitio. De ea ipsa, p. 57.
Ad illam partem primi articuli, in qua dicitur quod dictæ Sanctæ fuerunt allocutæ sub arbore, quæ Fagus dicitur, et prope Fontem, de qua arbore et fonte fert fama quod Dominæ fatales conversantur ; ad id quod dicit famam divulgatam, advertendum est quod de hac fama non constat in processu aliquibus authenticis documentis, cum informationes, etiam quæ fuerunt factæ in præsentia ipsius Johannæ, ex decreto et consulto assistentium Belvacensi episcopo, ut apparet p. 31, non sunt insertæ processui. Et de hac arbore et fonte ipsa Johanna interrogata in processu, videtur referre superstitiones quorumdam dicentium febricitantes, ebibita aqua illius fontis, liberari ; sed dicit se id nescire, et Fatas vel fatales Dominas non ibi vidisse, licet aliquando cum grege et aliis puellis ludendo et spatiando ad arbores illas transiret. Dicit etiam se non credidisse de quodam Nemore Quercoso, vicino domui suæ paternæ, et contempsisse, sed non credidisse his qui dicebant exstare prophetiam de puella fatata in illo nemore. Hæc omnia p. 67, in tertia sessione. Verum est quod semel tantum in quodam loco, multis importunis interrogationibus fatigata, videtur dicere Sanctarum vocem audivisse, sed tunc non intellexisse quod dicerent, ut patet p. 64 : ex quo apparet non fuisse ibi tantopere in articulis de arbore ponderandum. Et falsum est quod subditur in articulo, scilicet quod in illo loco fuerit dictas Sanctas venerata, aut eas invocaverit 29ibidem ; nec hoc apparet ex processu, et falso fuit adjectum.
Sequens pars articuli falsa videtur et calumniosa in pluribus, in eo quod dicitur ipsi Johannæ a vocibus fuisse mandatum quod adiret quemdam principem sæcularem, et quod, ejusdem mulieris opera et laboribus mediantibus, dictus princeps magnum dominium temporale et honorem mundanum recuperaret : ex quo notatur dolus et fraus condentium articulum. Tacent enim quod ipsa Johanna sæpe professa est sibi expositas fuisse mandato Dei miserias et calamitates regni Franciæ, dicens quod aliquando permiserat eos affligi pro peccatis ipsorum, ut dicit p. 178. Missa vero fuit ad regem, non ad temporale dominium acquirendum, sed ad regnum tyrannide oppressum, recuperandum ; et non ad honorem mundanum, quod sonat ad fastum, sed ad sua repetenda, pro quibus justum ex divinæ legis sententia bellum geritur. In qua re notanda sunt verba Johannæ plena humilitatis, nihil in suis operibus et laboribus confidentis, sed omnia ad Deum referentis. Asserit enim pluribus locis, quod, admonita per voces quod veniret in Franciam, dixit : Ego sum una pauper filia ignara belli
, p. 53. Et alibi interrogata quare id Deus per eam magis voluisset facere quam per aliam, respondit quod ita placuerat divinæ bonitati facere per unam simplicem puellam pro repellendo adversarios regis, ut patet ex processu, p. 145. Alibi dicit de vexillo, in quo depicta erat imago Regis cœli continentis mundum, quod non habebat spem in vexillo, nec putabat vexillum suum fuisse fortunatius aliis, sed omnem spem victoriæ et auxilium fuisse in Deo et ex Deo, p. 182. Ex quo deprehenditur humilitas 30ipsius Johannæ nil temere sibi arrogantis, sed more etiam prophetarum qui mittebantur, imbecillitatem suam et fragilitatem profitentis. Arguitur etiam ineffabilis divina Providentia, quæ, ut ostenderet se permisisse Gallicos aliquando pro peccatis affligi, et, miseratam tandem calamitatem regni, mirabiliter per puellam regnum a servitute eripere voluisse, non per robur exercitus, ne juxta prophetam Gallici dicerent : Manus nostra excelsa, et non Dominus fecit hæc omnia
, elegit, ut ait Apostolus, infirma mundi ut fortia quæque confunderet.
Subjicitur in illo articulo quod dictæ Sanctæ, quas sibi apparuisse dicit, sibi præceperunt ut assumeret habitum virilem, et quod mallet mori quam illum dimittere. Quantum ad id quod dicitur sibi a Sanctis illis fuisse præceptum, nullibi constat. Quinimo sæpe interrogata dicta Johanna, an voces id sibi præcepissent, dixit quod nolebat onerare hominem viventem super illo, et nunquam fassa est voces sibi expresse præcepisse. Patet id p. 132, in examinatione facta in carcere, die XII. martii, ubi interrogata de habitu, asserit se sponte suscepisse, non ad requestam cujusquam. Et, interrogata an præcepto vocum, dicit quod quidquid boni fecerat, fecerat ex illarum præcepto ; sed de habitu se alio tempore responsuram, p. 133. Verum est eam interrogatam alias, dixisse hoc eam non fecisse humano consilio, nec ceperat vestem, aut aliud fecerat, nisi divino præcepto. Et dum interrogeretur an putaret id præceptum esse licitum, respondit caute quod quidquid præcepto Dei fit, putat licite fieri. In quarta examinatione, p. 74, et alibi dicit de delatione habitus, quod, postquam faciebat præcepto Dei et in 31servitio suo, non credebat se male agere ; sed quando placeret Deo præcipere, statim deponeret. Alias videtur dixisse quod nondum tempus advenerat dimittendi habitum adhuc, ut patet in responsione ad XV. articulum, p. 227. Ex quibus apparet et alibi, aliqua certa ratione et oraculo ad imbutam, dictam Johannam habitum assumpsisse. Die XVII. martii dicit quod, quantum ad habitum virilem, non caperet adhuc, donec placeret Domino nostro, p. 176. Et alias expressius dicit : Quando ego fecero illud propter quod ego sum missa ex parte Dei, ego recipiam habitum muliebrem
, p. 394. In admonitione facta per archidiaconum, asseruit non aliqua superstitione vel ornatus illiciti causa, sed ratione convenientiæ et expedientiæ temporis ; et causa erat conservandæ melius pudicitiæ inter viros ; nec enim aliter opinabatur inter armatos et viros tute aut decenter posse consistere in prælio. Quod si causa pudicitiæ fecit, ne inardescerent viri in sui cupiditatem, non videtur esse damnabile, uti legimus de beata Marina virgine, quæ perpetuo in habitu virili in monasterio conversata est. Nec enim aliter poterat inter viros et armatos adesse, vel ipsa sua manu pugnare. Eadem ratio fuit retinendi habitum in carcere, quoniam erat viris et quidem lascivis commissa ad custodiendum : nam fuit commissa custodienda juveni scutifero regis, sola virgo atque puella, ut patet p. 47. Imo quod amplius est, probatum est per informationes habitas Rothomagi14 quod dicta Johanna aliquando conquesta est quod impii quidam et scelesti tentaverant sibi vim inferre ; et 32quod ista fuerat causa retinendi pertinaciter in carcere habitus viriles, ipsa Johanna in fine declaravit, quoniam, semel virili habitu dimisso post abjurationem et postea reassumpto, dixit se accepisse quia habitus ille erat decentior inter viros quam muliebris, cum esset in virorum custodia, compedibus ferreis constricta ; et quod daretur sibi honestus et, gratiosus carcer, et quod pareret Ecclesiæ, ut palet circa finem processus, p.456. Et quod ista fuerit causa et ejus intentio, indicant variis locis multa illius dicta. Semel enim dixit, p. 68 : Detis mihi unam vestem muliebrem, et sinite me abire.
Sciebat enim in carcere se sine periculo pudicitiæ non posse durare. Et, ne quis putet eam fuisse muliebris honestatis oblitam, videat pias preces illius, quæ inter reliqua rogavit quod, si oporteat eam adduci ad judicium et eam spoliari, requirebat de gratia ab ecclesiasticis quod haberet unam camisiam longam muliebrem et unum capitegium, p. 176. Et quidquid dicatur quod præelegerit non audire missam et non suscipere Eucharistiam quam abjicere habitum, semper videtur ista fuisse intentio sua quod contenta erat audire divina in habitu muliebri. Et ita alias instantissime petiit dicens : Tradatis mihi unam vestem longam usque ad terram sine cauda, et eam mihi tradatis ad eundum ad missam, et deinde ego reassumam habitum quem habeo
, videns, ut prædixi, in alio habitu non posse morari in carcere. Alias petiit unam vestem ad modum unius filiæ burgensis et unum caputium muliebre, et ego accipiam pro audiendo missam.
Patet id p. 165. Alias dixit : Certificetis me de audiendo missam, si debeo accipere habitum muliebrem.
Et alias, post omnes confessiones, dum admoneretur a 33quodam archidiacono, p. 394, declaravit quæ fuisset ejus intentio, dicendo quod, de habitu, ipsa bene voluerat assumere unam tunicam longam et caputium muliebre pro eundo ad ecclesiam et recipiendo sacramentum Eucharistiæ, sicut alias respondit, proviso quod, statim post, ipsa illum habitum deponeret et reassumeret alium : ex quo patet falsum esse quod præelegerit non recipere communionem in die statuta ; nam et in alio loco, dum diuturno carcere macerata et compedibus cruciata graviter laboraret, videns sibi mortem imminere, judices pie obtestata est dicens : Videtur mihi quod sim in magno periculo mortis, visa infirmitate quam patior ; et si ita est quod Deus velit facere placitum suum de me, ego requiro vos quod habeam confessionem et sacramentum Eucharistiæ et quod sepeliar in loco sacro
; ut patet ex processu, p. 377. Et alias, in prima sessione, petiit ex gratia quod posset audire missam antequam adduceretur ad judicium ; quod ei impie videtur fuisse denegatum, p. 43. Ex quibus responsionibus videtur innuere delationem habitus virilis, causa melius conservandæ pudicitiæ, ipsa se bellis ingerente, in carcere autem, propter cupidos juvenes et lascivos, quibus commissa erat, fuisse licitam ; et non fuisse propterea voluntatem ejus perpetuam aut superstitiosam. Delatio autem habitus virilis tunc videtur damnari canonibus, quando ad superstitionem, ad indecentem ornatum, nullo certo consilio, nulla necessitate, fit.
Alia pars articuli incusans quod decem et septem annorum puella, inconsultis parentibus, recesserit et se agminibus armatorum immiscuerit, die et nocte, nullam apud se mulierem habendo, partim dolo reticet 34verum, partim falsum malitiose exprimit. Tacet enim quæ, ad excusationem hujus, ipsa Johanna dixit : se idcirco non indicasse parentibus, ne eos mœrore conficeret ; fuisse enim arctatam divino præcepto, cui obedire oportebat magis quam parentibus, et illico scripsisse parentibus et veniam fuisse consecutam ; item obedientiam quam semper in aliis fuerat parentibus obsecuta. Quæ habentur p. 129, et latius disseram infra, in articulo speciali. Reliqua particula est falsa, quoniam, licet illa inter armatos versaretur, uti necesse erat, ex quo ad id missa erat, et ducebat exercitum, dicit tamen se in cubiculo unam aut duas mulieres secum habere solitam, et, si quando illas non potuit habere, armatam cubasse neque se spoliasse.
De eo quod subjicitur, quod asserat se missam a Deo cœli, quia inde inquiratur quoquam hoc illam signo et testimonio debuisse doceri, dicetur infra, ubi melius cadit.
Quod sequitur, quod noluit se de supradictis submittere determinationi cujusquam, nisi solius Dei, quoniam super hoc fit articulus specialis, qui est ultimus in ordine, cum illo dicetur ; in quo multa ostendentur falsa, multa dolo suppressa ex dictis ipsius Johannæ.
Et in eo quod dicebat de certitudine suæ salutis, quoniam non ita dure nec absone protulit, sed recte videtur interpretata, dicetur speciali suo articulo infra.
Secundus articulus est de signo dato regi Francorum, videlicet de angelo qui detulit coronam regi Franciæ, et eidem exhibuit reverentiam. Circa quem articulum advertenda sunt plura. Primo, quod ipsa 35Johanna sæpe protestata est quod, de his quæ tangunt regem, non diceret quidquam aut non diceret veritatem ; et quanquam multis verbis et minis urgeretur ab episcopo Belvacensi, quod simpliciter juraret dicere veritatem, aliquando dixit : Vos bene possetis a me talem rem petere, de qua ego responderem vobis veritatem, et de aliis non responderem
; et hac protestatione juravit in prima sessione, p. 45. Et alibi respondit : Talia possetis a me petere quæ ego non dicerem vobis
; et rursum : Potest esse quod de multis, quæ a me petetis, ego non dicerem vobis verum
, ut patet in tertia sessione, XXIV. februarii habita, p. 60. Patet etiam ex processu, quod multas sæpe interrogationes repulit tanquam non facientes ad processum, et quod variis illam implicabant quæstionibus, ut, de natura angelica, quis esset verus papa, et multa similia. Comminatus est sæpe episcopus ut simpliciter juraret, alias haberetur pro convicta de crimine, ut patet p. 61 ; illa tamen nunquam voluit simpliciter jurare. Aliquando etiam expresse protestata est quod, de tangentibus regem suum, non diceret veritatem. Aliquando dixit : Ego juravi aliqua non dicere, et vos non deberetis me incitare ad perjurandum
; ut patet in secunda examinatione, p. 50. Ex quibus denuntiationibus et protestationibus videtur quod, si quando ipsa Johanna multiplici interrogatione fatigata, et pene coacta (de quo etiam aliquando conquesta est), aliquid dixerit quod videatur a vero abhorrere, id fecerit satisfaciendo importunitati petentium, et excusanda sit a perjurio. Item est advertendum quod, si volumus ipsius Johannæ omnia dicta pensare, et intellectum verborum subtili inquisitione discutere, reperiemus 36forte ipsam Johannam nihil in hoc absurdi dixisse, sed mystice et in figura sic locutam fuisse : quod in fine declaravit aperte. Quodam enim in loco interrogata de corona, videtur dixisse illam coronam non fuisse operatam et manu factam, quia dicit quod illa corona mittebatur ex parte Dei, et quod non est aurifaber in mundo qui scivisset facere ita pulchram et ita divitem, et quod erat boni odoris si bene custodiatur, ut patet pp. 141 et 145. Ex quibus verbis videtur intellexisse coronam missam ex parte Dei, id est recuperationem regni et coronationem Remis fiendam, quæ erat boni odoris, si conservaretur fructu boni operis et justitiæ. Et quia dixit illam fuisse delatam ad regem, ipsa in fine, imminente supplicio, non revocando dicta, ut falso aliqui calumniantur, sed interpretando, dixit semetipsam fuisse angelum delatorem : quod satis convenit ; [nam] cum se missam ex parte Dei profiteatur, ideo potest angeli nomine nuncupari ; siquidem angelus dicitur quasi missus, et nomen est officii, non angelicæ naturæ vel dignitatis, secundum doctores ; et hoc patet per illud Malachiæ prophetæ, secundo capitulo : Labia sacerdotis custodiunt scientiam et legem exquirunt ex ore ejus, quia angelus Domini exercituum est
angelus, id est nuntius. Et hoc sentit quodam alio loco, ubi dicit [quod] plures viri ecclesiastici et alii viderunt eam, qui non viderunt angelum, tempore quo fuit corona delata. Hoc dicit die XIII. martii, p. 143. Et tunc bene convenit illud quod dixit de corona quæ fuit data archiepiscopo Remensi in præsentia aliquorum, quoniam fuit decretum a Deo quod archiepiscopus Remensis coronaret regem, sicut declaravit eventus rei. Regi ergo a Deo per angelum, id est nuntiationem 37ipsius Johannæ, Fuit corona missa, id est repromissio regni facta ; quæ corona commissa est archiepiscopo Remensi, hoc est illi commissum est a Deo quod ipsum in regem coronaret. Et quod dicit de multitudine angelorum concomitantium, quibusdam locis in processu, videtur interpretata, dicendo illos fuisse administratorios spiritus, fortassis sentiens eos qui sunt ad hominum custodiam deputati : quod videtur innuisse aliquando dicendo quod angeli illi ab hominibus videri non possunt ; et quod crebro angeli inter homines versantur, qui tamen non videntur : uti dixit in examinatione facta die XII. martii, p. 130. Unde præsumendum est Johannam tunc aliquid dixisse in figura, secundum quam bene convenit illa exhibitio reverentiæ facta regi per ipsammet : quod nobis declarat quædam ipsius Johannæ confessio dicentis se vidisse in manu cujusdam Scoti, videlicet imaginem unius puellæ armatæ, quæ erat ageniculata uno genu et præsentabat unam litteram regi suo ; dicens quod nunquam vidit, vel fieri fecit aliam imaginem, vel picturam ad suam similitudinem ; ut patet ex responsione ad LII. articulum, p. 292.
Ad tertium articulum, in quo asseritur Johannam dixisse se certam esse de apparitionibus bonis ex earum sola confortatione et bona doctrina, et quod credebat ita firmiter sicut credit Dominum passum pro nobis, falsus et subreptitius est iste articulus, quia non solum ex illo, sed plurimis et maximis argumentis, et quasi certis indiciis cognoscebat veritatem revelationum, ex quibus ita experta erat, ut asseruerit, cum interrogaretur quod si diabolus transfiguraret se in formam angeli 38boni, quomodo ipsa cognosceret quod esset bonus angelus vel malus, respondens quod satis cognosceret an esset sanctus Michæl, vel aliqua res conficta. Sic ipsa dicit p. 171, ubi etiam dicit se non temere nec subito credidisse, incussumque esse sibi terrorem ; et alia plurima concurrerunt, quæ copiose prosecutus sum circa primam partem primi articuli. Licet enim difficilis sit agnitio atque discretio veræ revelationis ab illusione, tamen, ut ait beatissimus Gregorius, lib IV. Dialogorum, sancti viri, inter illusiones atque revelationes ipsas, visionum voces aut imagines quodam intimo sapore discernunt, ut sciant vel quid a bono spiritu percipiant, vel quid ab illusore patiantur. Ex qua patet auctoritate Gregorii, ex vocum aut imaginum dissimilitudine, a sanctis et justis viris non solum credi, sed sciri posse quid inter revelationem et illusionem intersit. Quod confirmat beati Martini exemplum, de quo scribit facundissimus vir Severus Sulpitius, quod diabolum tam conspicabilem et subjectum oculis habebat, ut, sive se in propria substantia contineret, sive se in diversas figuras spiritalesque nequitias transtulisset, qualibetque ab eo sub imagine videretur, cognoscebat ; sicut cum illum, circumamictum purpura et diademate redimitum sibi apparentem, agnovit. Pluraque possunt exempla hujusmodi ex sanctorum Patrum vitis proferri. Ex quibus patet excusabilem et tolerandam esse ejus assertionem ; et in hoc quod comparat credulitatem illorum credulitati fidei, magis de vehementi nimis affirmatione quam de errore fidei potest reprehendi.
Quartus articulus habet quod ipsa Johanna dicit 39se certam de quibusdam futuris contingentibus. In hoc advertendum quoniamdicta Johanna nil in prædictione futurorum videtur temere esse locutam ; et ipsa prædictio sui vaticinii in multis videtur nobis præstare efficax signum suæ missionis. Quod non jactanter locuta est, patet in responsione ad XXXIII. articulum, in quo sibi illud impingitur. Dicit quod in Domino et ex Domino est revelare futura cui placet sibi ; et quod de ense et aliis rebus futuris et venturis, quas dicit, hoc est per revelationem. Ita dicit in responsione ad dictum articulum, in processu, p. 251. Humiliter ergo retulit ad divinam virtutem, tanquam si illud didicisset de Evangelio : Gratias tibi ago, Domine, quia abscondisti ea a prudentibus et sapientibus, et revelasti ea parvulis.
Sed quæ possunt prædici veriora, quam illa quæ dicta Johanna prædixit ? Primo illud quod pro signo prædixit regi Francorum et quod a vocibus sibi asserit revelatum, quod liberaret civitatem Aurelianensem obsidione, et quod coronaretur Remis, quæ civitas adhuc detinebatur ab Anglicis ; sicut patet secunda examinatione, p. 53. Item in eo quod prædixit ipsis Anglicis pluries, sed potissimum quinta sessione, p. 84, ubi dixit et denuntiavit Anglicis quod, antequam elaberentur septem anni, perderent majus vadium quam Aurelianis, et haberent majorem perditionem quam hactenus habuissent in Francia : quod quidem omnes scimus in reductione urbis Parisiensis fuisse completum, Sed quod amplius et certius est, et his diebus divino munere ac dono videmus impletum, illa palam prædixit quod rex suus lucraretur vel recuperaret regnum Franciæ ; et hoc ita bene sciebat, sicut quod erat præsens in judicio. Hoc dicit eadem sessione, p. 84 : 40quod ante tanta temporum curricula nullus potuisset malignus spiritus divinare, qui solum ex quibusdam conjecturis, subtilitate naturæ et experientia, quædam potest futura prædicere, sicut beatus tractat Augustinus, libro De natura dæmonum. Hoc itaque spiritu revelavit ensem absconditum in ecclesia sanctæ Katharinæ, signatum tribus crucibus ; de quo tamen ense illa in quarta sessione, habita die XXVII. februarii, p. 76, dicit etiam quod nunquam fecit fieri aliquam benedictionem super illum ensem, nec fecit deprecationem ut ille ensis esset fortunatior, nec habebat plus spei in illo ense quam in alio ; imo, illo abjecto, accepit quemdam ensem abreptum ab uno Burgundo, qui videbatur aptior ad bellum gerendum. De prædictione autem liberationis a carcere, quæ videtur eam fefellisse, notandum quoniam propter hoc cætera vaticinia non debent haberi suspecta, quoniam id ipsum legimus sanctis Prophetis contigisse ; quoniam, ut ait beatus Gregorius lib. II. Dialogorum, spiritus Prophetarum mentes non semper irradiat ; quin imo de eo scriptum est quod, quando vult, spirat. Hinc est quod Nathan, in libris Regum, requisitus si David construere templum posset, prius consensit, et postea prohibuit. Hinc est quod Eliseus cum flentem mulierem cerneret, causamque nesciret, ad prohibentem puerum dixit : Dimitte eam, quia anima ejus in amaritudine est, et Dominus celavit a me et non indicavit mihi.
Hoc enim Dominus ex magnæ pietatis dispensatione disponit, quia aliquando prophetiæ spiritum dat, aliquando subtrahit ; et aliquando Prophetæ futura prævident, aliquando non ; ut præclare prosequitur beatus Gregorius, prima homilia super Ezechielem. Quanquam de sua liberatione 41ambigue semper responderit ipsa Johanna, testata se nescire diem neque horam. Et quodam in loco dicit se deliberatione sua habuisse anceps responsum, sed quod haberet succursum a Deo : quod illa dicebat posse intelligi vel per liberationem a carcere, vel per perturbationem judicii. Et finaliter dicit sibi fuisse dictum : Non cures de martyrio tuo, quia pervenies ad regnum Paradisi.
Ex quo satis supplicium suum prædixisse videtur. Hoc patet in examinatione duodecima, p. 155. Et alibi dicit quod consuluit et interrogavit voces an esset combusta ; et ipsæ responderunt quod se referret ad Deum, et ipse illam adjuvaret. Hoc patet in processu, in interrogatione facta die IX. maii, p. 401. Nec mirum est per spiritum ipsam homines, quos nunquam viderat, potuisse cognoscere, quæ multo incertiora et incredibiliora de futuro prædixit, cum etiam arcanæ hominum cogitationes et tentationes mentis possunt per spiritum a sanctis viris cognosci ; ut de superba cogitatione pueri per spiritum cognita, beatus Gregorius II. libro Dialogorum narrat.
Quantum ad quintum articulum, in quantum dicitur ipsam asseruisse se Dei præcepto assumpsisse habitum virilem, et in illo habitu Eucharistiæ sacramentum suscepisse, consideranda sunt illa quæ dixi in primo articulo, ubi hoc ipsum tangitur et data est illa conclusio quod, [cum] probabiliter credatur missa a Deo, ad exercendas res bellicas inter armatorum consortia, ad comprimendam concupiscentiam illorum, ad liberius bellica exercenda, non autem ex aliqua superstitione et indecenti ornatu, Dei nutu, assumpserit. Et quod semper dixerit se velle in eo habitu permanere, scilicet 42quamdiu esset in servitio illo sibi a Deo demandato, et quamdiu Deo placuerit, uti patet ex multis dictis illius positis supra : non debet hæreticum judicari si in eo habitu sacramenta sumpsit, quoniam necessitate officii et ministerii suscepti, et bona de causa induebatur. Sicut nec beatæ Marinæ quis imputabit ad culpam, si in monasterio monachorum, perpetuo in virili habitu, incognita vixit, cum monachis communicans in sacramentis ; nec ante fœmina patuit, licet calumnia adulterii affecta esset, quam ejus corpus post mortem nudatum sexum indicavit. Simile de beata Eugenia, quæ in virili habitu diutissime et castissime vixit. Item ipsa Johanna circa ipsam assumptionem Eucharistiæ in illo habitu, dicit (quod isti reticent), quod, licet reciperet, tempore quo sequebatur castra, corpus dominicum in eo habitu, non tamen in armis ; ex quo ipsius patet religio et reverentia erga sacramentum. Hoc dicit sexta sessione, acta III. martii, p. 104.
Quoad sextum articulum, in quantum objicit ipsi Johannæ quod inscriberet in litteris Jhesus Maria, et crucem ad significandum ne obediretur, ad hoc fatetur se Johanna in litteris suis præposuisse Jhesus Maria ; idem et in sculptura annuli, de quo p. 185, et in vexillo. Hoc non debet reprehensibile judicari : imo hoc est religiosum in unoquoque christiano ; quocirca et multi prudentes et religiosi viri in litteris scribendis observant. Verum est tamen quod in quinta sessione, habita die I. martii, p. 83, ipsa fatetur quod aliquando aliquod signum crucis faciebat ad significandum inter suos ne facerent id quod scribebat : quod est intelligendum de aliquo signo in crucis modum, quod a plerisque etiam 43catholicis principibus observatur, qui id in rebus arduis faciunt et arcanis, ut secretam mentem aliquo signo significent. Imo et characteribus litteras totas conficiunt, ne hoc a quoquam possit intelligi. Sed quod illa per edictum fuerit interminata exitium non parentibus litteris suis, quod sequitur in articulo, falsum est et nullibi apparet ex toto processu.
Et advertendum est quam caute ultimis verbis articuli subditur, dicendo quod scribi fecit quod faceret interfici non obedientes, et de ictibus memorando : unde suggerere conantur crudelitatem fuisse et sævitiam in dicta Johanna, illud reticentes quod ipsa Johanna præclare est elocuta in quarta sessione, acta die XXVII. februarii, p. 78, ubi dicit quod neminem unquam interfecit ; quin imo, quando aggrediebatur adversarios, ipsa propriis manibus gestabat vexillum suum, pro evitando, ut ait, ne aliquem interficeret. Tacent item illud, quod Johanna per litteras et ambassatiores requisivit ducem Burgundiæ ne cædes sequeretur, ut patet ex responsione ad XVIII. articulum, p. 234. Tacent insuper quod, in obsidione Aurelianensi, illa litteras destinaverit suadentes pacem, admonentes ut inde discederent hostes, ne cædes sequeretur. Quarum litterarum exstat exemplum in processu, p. 240, inter articulos. Hæc omnia in Johanna suspicionem crudelitatis elidunt.
Circa septimum articulum, in quantum dicitur ipsam in ætate decem et septem annorum adiisse unum scutiferum, quem nunquam agnoverat, ex quo videntur innuere eam solam, oblitam feminei pudoris, ad virum accessisse, falso in hoc calumniantur ; nam ipsa Johanna asserit in processu quod, sæpe admonita per 44voces quod veniret in Franciam, primum accessit ad avunculum suum et sibi aperuit propositum suum ; et quod eam oportebat ire ad oppidum de Vallecoloris ; et quod avunculus suus eam deduxit illuc, ubi reperiit dictum scutiferum, scilicet Robertum de Baudricuria. Hoc constat in examinatione facta XXII. februarii, p. 53.
Quantum ad aliam partem articuli, in qua dicit quod insciis et inconsultis parentibus recesserit, circa hoc aliquid dixi in primo articulo. Non attenderunt ergo neque notaverunt quemadmodum de hoc se Johanna eleganter excusat, p. 129, dicens se idcirco non indicasse parentibus, ne aut prohiberent, aut ex recessus denuntiatione eos mærore conficeret ; dicens quod, ex quo Deus ita præceperat et mandabat, etiam si habuisset centum patres, oportebat eam Deo obedire. Digna et constans in puella vox, consentanea apostolicæ sententiæ, quia oportet obedire magis Deo quam hominibus. Sciebat enim primum voluntatem Dei impleri debere, deinde parentum, exemplo Christi cui reperto in templo cum mater dixisset : Ego et pater tuus dolentes quærebamus te. — Quid est quod me quæritis ? Nescitis quia voluntatem patris, qui me misit, oportet implere ?
Quare et ipsa Johanna, prædicto loco et aliis multis, dixit in cæteris se semper obedientissimam fuisse parentibus.
Quod vero sequitur in articulo, quod ab ipso armigero acceperat habitum virilem, falsum est. Quin imo ipsa plurimis in locis interrogata an id ad illius Roberti instantiam, vel ex ejus consilio fecisset, respondit quod de hoc non inculpabat hominem viventem, ut patet secunda sessione, p. 54 ; semperque videtur 45dixisse illum voluntate et præcepto Dei, se, ad ejus servitium et certum tempus, assumpsisse.
Et quod ponitur in fine capituli, dixisse principi quod volebat ducere guerram et ponere eum in magno temporali dominio, dolose confingitur, ut dixi in primo articulo, quia dixit et in plurimis locis testata est, se venisse ex præcepto Dei ad denuntiandum regi Francorum quod Dei ope recuperaret regnum suum, non ad victoriam contra adversarios, sed pro justissimo bello, ad regnum ab hostibus eripiendum ; non pro temporali adventitio dominio, ut verba sonant, sed pro suo et legitime parto regno, et ab hostibus injuste capto, redimendo.
Octavus articulus dicit de dejectione ac saltu turris, ut inducat et causet in ea crimen desperationis ; sed est advertendum quia, si ipsius Johannæ diligenter dicta pensentur, ipsa se ab omni crimine infamiæ in ea re purgat. Quodam enim inlocodedictosaltu interrogata, dicitquod, iratæx eoquodaudiebat Anglicos adventare, ne inillorum manus incideret, saltavit et commendavit se Deo et Beatæ Virgini. Et interrogata tunc an malebat mori quam incidere in manus Anglicorum, respondit, ut crimen desperationis a se repelleret, quod ipsa malebat reddere animam suam Deo quam esse in manu Anglicorum. Ita testata est in sexta sessione, habita III. martii, p. 110. Alibi apertius causam piam ipsius saltus inductivam declaravit, dicens quod audierat, dum esset in turri, Anglicos crudele quoddam edictum fecisse, scilicet quodomnesde Compendio qui septimum annum exceflerent, vivi cremarentur. Gravissime 46indoluit obtestans Deum et dicens : Et quomodo dimittet Deus mori istas bonas gentes quæ fuerunt ita fideles domino suo ?
Mota compassione, cupiens illis in tanta calamitate succurrere, saltavit de turri. Et interrogata utrum, quando saltavit, crederet se interficere, respondit quod non ; sed saltando commendavit se Deo, et credebat, per medium illius saltus, evadere quod ipsa non traderetur Anglicis. Sic illa in decima tertia examinatione, præsente subinquisitore, facta die XIV. martii, respondit, p. 150. Et alio loco expressius se excusavit dicens : Ego faciebam hoc non desperando, sed in spe salvandi corpus meum et eundi ad succurrendum pluribus bonisgentibus exsistentibus in necessitate ; et post saltum fui confessa, et requisivi veniam a Domino
; quam per revelationes agnovit se impetrasse. Hoc dixit in alia examinatione, eodem die habita, p. 160. Exquibus omnibus in unum collatis assertionibus ipsius Johannæ, in saltu hæc tria fuisse reperimus illam excusantia : bonum et pium finem succurrendi calamitosis, et prohibendi lam impium et nefarium facinus in illos de Compendio ; spem evasionis ; et post factum, agnitionem erroris et veniæ petitionem. Quibus stantibus, non potest dici fuisse desperata, siquidem desperatio, ut theologi definiunt, est qua quis penitus diffidit de Dei bonitate, existimans suam malitiam divinæ bonitatis magnitudinem excedere ; sicut Cairi qui dixit : Major est iniquitas mea quam ut veniam merear.
Quantum ad nonum articulum, de promissione suæ salutis et certitudine, non temere nec absone dixisse videtur, si ejus dicta congrue referantur. Ipsa enim 47alias sponte sua interpretata est quod dixerat de certitudine suæ salutis, quod illud dictum intelligebat, dummodo teneat juramentum et promissionem quam fecit Deo, videlicet quod ipsa bene servaret virginitatem suamtamcorporisquam animæ : in quoomnino sancte videtur et religiose sensisse, cum in canonibus scriptum sit quod sola virginitas replet paradisum, quod castitas sola est quæ cum fiducia valet Deo animas præsentare ; cum laudabilior sit omni proposito, transcendens et vincens cœlestia, ut beatus Augustinus ait ; cum etiam virginitas hominem angelis reddat æqualem, imo angelos excellere faciat, ut beatus Hieronymus prosequitur ad Eustochium. Et notandum quod Johanna dicit de virginitate mentis et corporis, intelligens illam esse veram et perfectam virginitatem, quæ mente incorrupta servatur. Et de peccato, si omnia illius dicta conferantur in unum, satis convenienter videtur esse locuta, quanquam, ut puella et ignara, discretionem et differentiam inter mortale et veniale peccatum potuit ignorare. Et ego simplices homines audivisse me memini, qui nullum existimant mortale peccatum, nisi maximum quoddam detestabileque flagitium, ut hominem occidere, latrocinium facere, et similia. Ipsa namque quodam loco ait, interrogata an esset in gratia Dei, caute et religiose respondens : Si ego non sum, Deus ponat me in illa ; si vero sum, Deus me in ipsa perseveret.
Sic respondit tertia sessione, XXIV. februarii, p. 65. Et alibi interrogata, ex quo habet revelationes, utrum putaret expedire sibi confiteri, respondit quod nescit quod peccaverit mortaliter ; sed si ipsa esset in peccato mortali, ipsa existimat quod sancta Katharina et Margareta illico dimitterent eam. 48Subjecit tamen sapienter quod nemo potest nimis mundare conscientiam suam. Hoc dixit in secunda examinatione facta die mercurii, XIV. martii, p. 157. Cauta responsio : non enim temere asserit se non peccasse aut non posse peccare, sed pie credit inquinatis mortali peccato Sanctos et electos Dei non apparere. Et quod id clare senserit perspicue declaratur ; interrogata enim alio loco utrum crederet post revelationes se peccare, respondit : Ego nihil scio ; sed ex toto me refero ad Deum.
Et cum sibi diceretur quod ista responsio est magni ponderis, respondit quod etiam tenet eam pro magno thesauro, ut patet prima examinatione facta XIV. martii, p. 156.
Quantum ad illud quod dicitur in decimo articulo, quod ipsa temere asserat Deum quosdam diligere viatores, in hoc non videtur aberrare ; quinimo humiliter profiteri alios in hoc sæculo esse qui plus a Deo quam ipsa diligi mereantur. Et illud quod dixit fuit de duce Aurelianensi, de quo dixit se habuisse plures revelationes quam de aliquo alio, post regem suum, quoniam, pro succurrendo gentibus ipsius laborantibus, dixit se missam ; non tamen temere aliquid certi de illorum salute asseruit. In his autem,, quæ videntur esse contra caritatem proximi, ut de Angiicis, alias ipsa recte salvavit, ubi dixit se amare quos Deus amat, et odere quos Deus odit. Et interrogatajan scit quod sanctæ Katharina et Margareta odiant Anglicos, respondit quod, de odio et amore quem Deus habet ad Anglicos, vel quid faciet animabus ipsorum, ipsa nescit ; sed bene scit quod expellentur a Francia. Ita dixit XVII. mensis martii, p. 178. Quomodo enim eos 49videtur habuisse odio, quos per litteras caritative commonuitet hortata estad pacem ? ut patet ex copia litterarum posita inter articulos, p. 240. De Burgundis autem nunquam dixitse odere, sed non diligere propter voces quas habuit. Interrogata enim an voxadmonuerit eam quod oderet Burgundos, caute respondit nil dictns de vocibus ; sed quod ipsa, postquam voces et revelationes audivit regi Franciæ favere, non dilexit Burgundos ; subdens quod haberent guerram, nisi facerent quod deberent. Ita respondit in tertia sessione, XXIV. februarii, p. 66. Licet ergo non distinxerit dicens se illos non odere, sed eorum errores, tamen videtur recte sensisse. Et satis evidens in Burgundos caritatis indicium ostendit, cum testatur per litteras et ambassiatores requisivisse dominum ducem Burgundiæ ad pacem inter regem et eum, ut patet ex responsione ipsius Johannæ ad XVIIIum articulum, p. 234.
Undecimus articulus est perplexus, multa falsa continens. Primoobjicitquod ipsa Johanna exhibebat reverentiam imaginibus apparentibus : ex quo videtur eam notarede idolatria ; sed dolo reticuisse videtur formans articulum, quod eam venerationem exhibebat tanquam illis quas vere et realiter putabat esse Sanctas illas quæ sunt in cœlis, non intendens illas venerari ut imagines, sed ut eas quæ coli a fidelibus venerarique debent ; quod patet, quia ipsa Johanna dixit se impendere honorem illis sicut sanctæ Katharinæ et Margaretæ quæ sunt in cœlis ; et ob hoc in illarum honorem offerebat munera sacerdoti ; et quod credebat firmiter quod illæ essent, quia ob illarum honorem ornavit imagines earum exsistentes in ecclesiis sertis seu cappellis. 50Quæ constantex confessione illius, p. 186. Tacent quod ipsa faciebat celebrari missas in honorem ipsarum, et sic debitum cultum exhibebat ; et hoc posito etiam quod illusiones fuissent, eam tamen præmissa ab idolatria excusant.
Ad id quod subjicitur in articuio, de corporali et reali complexione, satis dictum est in primo articulo. Circa vero invocationem, ex qua quidam eam arguunt tanquam invocatricem dæmonum, male videntur interpretari, et contra omnia asserta et confessata per illam. Quodam enim in loco dicit, interrogata utrum invocaret sanctas Katharinamet Margaretam, respondit quod sæpe adveniunt sine vocando, et nisi venirent ipsa requireret a Deo quod illas mitteret. Ecce ergo quod non est invocatrix spirituum, sed Dei, ut per Sanctos dignetur eam confortare. Hoc patet ex interrogatione habita die lunæ, XII. martii, p. 126. Quin imo una ejus responsio omnem in hac re suspicionem elidit, quam fecit ad Lum articulum, p. 279. Interrogata enim per quem modum et quibus verbis voces requireret, respondit quod reclamabat Deum et beatam Dei genitricem quod mitterent sibi consilium et confortationem, ponens verba ga llica quæ ita possunt interpretari latine : Pissime Deus, in memoriam tuæ sanctæ Passionis, obsecro digneris mihi revelare quomodo debeo his viris ecclesiasticis respondere.
Similiter falsum est quod illis imaginibus devovit virginitatem, nisi tanquam missis a Deo, referens tamen votum principaliter ad Deum. Sic enim semel de hoc interrogata respondit, quod bene debebat sufficere hoc promittere illis qui erant missi ex parte Dei ; die lunæ XII. martii, p. 127. Et in eadem examinatione dicit 51quod prima vice, quando audivit vocem, vovit servare virginitatem tamdiu quamdiu placeret Deo ; et sic votum simplex virginitatis Dei curæ custodiæque commisit. Hoc patet ex processu, eadem examinatione, p. 128. Et quod dictam promissionem et votum ipsa Johanna fecerit principaliter Deo, ipsamet declaravit expresse in secunda examinatione diei mercurii XIV. martii, p. 157, ubi de certitudine salutis dixit quod illud intelligebat, si servaret juramentum et promissionem quam fecit Deo ; videlicet quod servaret virginitatem suam tam animæ quam corporis. Et sic votum factum est, quia Deus ipse votis colitur, dicente Propheta : Vovete et reddite domino Deo vestro, omnes qui in circuitu ejus affertis munera.
De eo autem quod subjicitur in articulo, quod celaverit curato et ecclesiasticis revelationes suas, ipsa se excusat in sessione habita XII. martii, p. 128, dicens quod voces suæ non compulerunt ad celandum hoc, sed multum formidabat revelare præ timore Burgundorum, ne eam impedirent a suo viagio, et specialiter multum timebat patrem suum ne impediret eam. Hæc namque fuerat, in re tam ardua et tanti discriminis, justa ad tempus causa celandi. Verebatur enim indicare curato quiforte non potuisset sinediscrimine reticere ; potuisset etiam facile prohiberi ab exsequendo divinum mandatum. Verum id non celavit perpetuo, sed quamdiu revocari potuisset ; nam postquam venit ad regem, palam dixit Ecclesiæ, scilicet viris ecclesiasticis Pictavis congregatis, a quibus ferme per tres hebdomadas se dicit examinatam. Et juramentum quod proestitit, dicit se præstitisse ut se a molestia liberaret importune petentium.
52De aliis contentis in articulo abunde dictum est in superioribus.
Quantum ad ultimum articulum, de submissione Ecclesiæ, nimis dure videntur conficientes articulum sua verba referre. Si enim voluerimus omnia ipsius Johannæ responsa circa istud in uuum colligere, reperiemus eam, aliquando simplicitate adactam, quid esset Ecclesia non intellexisse ; aliquando putasse Ecclesiam in judicibus illis, quos suspectos habebat, consistere ; aliquando ipsamsubmissionem judicii timuisse, cogitans se submittendo judicio, jam fore condemnatam. Apparet et ullimo in plerisque partibus ipsam de Ecclesia et ejus potestate recte sensisse.
Primum simplicitas ipsius et quod non satis intelligeret, apparet ex eo quod alias interrogata de hoc, an vellet submittere se determinationi Ecclesiæ, respondit quod, quantum ad Ecclesiam, diligit eam et vellet eam sustinere toto suo posse pro fide uoslra christiana ; et ipsa non est quæ debeat impediri de eundo ad ecclesiam nec de audiendo missam. Intellexit ergo quadam simplicitate, per illa verba, per Ecclesiam, murorum ambitum et materialem ecclesiam contineri. Alias paulo post dixit quod, de dictis et factis suis, referebat se ad Deum et beatam Mariam et omnes Sanctos ; et quod sibi videbatur quod unum et idem esset de Deo et Ecclesia ; et quod de hoc non debebat fieri difficultas, dicens : Quare de hoc facitis difficultatem ?
Hæc patent ex processu, examinationefacta XVII. mensis martii, p. 175.
Secundo ipsa sæpe ipsius episcopi judicium declinavit, petens quodam modo, si sejudicio debebat Ecclesiæ 53submittere, quod ita adhiberentur viri ecclesiastici de partibus Franciæ sicut Angliæ. Ita dixit et petiit antequam subiret judicium ; illico post fuit citata, ut patet ex relatione exsecutoris citationis, posita p. 42. Quod etiam expressius declaravit quando petiit quod advocarentur tres aut quatuor clerici de sua parte, et coram eis responderet veritatem, ut habetur in processu, p. 397. Alibi interrogata utrum sibi videbatur quod deberet plenius respondere coram Papa, Dei vicario, respondit requirendo et petendo quod adduceretur ad Papam ; et quod postea coram eo responderet totum illud quod debebit ; ex quo apparet quod expresse declinaverit jurisdictionem episcopi et petierit se remitti ad Papam. Hoc constat secunda examinatione diei sabbati post meridiem, die XVII. martii, p. 185. In qua etiam petitione constans perseveravit usque in processus finem, quoniam hoc denuo petiit, p. 325. Quinimo hoc palam professa est in judicio, cum prima sententia ferretur coram toto populo, quo tempore patuit malitia judicantium ; nam interrogata utrum vellet revocare omnia dicta et facta sua, quæ sunt reprobata per clericos, respondit : Ego merefero Deo et domino nostro Papæ.
Illi autem cupientes conceptam vindictam ad effectum perducere, non veriti auctoritatem Sedis apostolicæ, cui post delationem ipsius mulieris erat ab omnibus humiliter deferendum, præsertim in causis fidei, quæ sunt de majoribus et ad Sedem apostolicam deferendæ, ut canones omnes acclamant, dixerunt quod non poterat fieri quod iret quæsitum dominum nostrum Papam ita remote, et quod erant Ordinarii judices quilibet in sua diœcesi, et alia auctoritati apostolicre Sedis derogantia : in quibus fortasse 54verius judices possent quam ipsa Johanna reprehendi. Hæc constant ex processu in fine acto, die XXIV. maii, p. 445. Unde patet quod ipsius intentio fuit non subterfugere veri et summi judicis Romani pontificis judicium, sed tantum illorum clericorum quos videbat in unum convenisse et conspirasse ad damnationem suam, quorum expavescebat judicium ; et præsertim quia illi tam crebro interrogaban t eam verbis horrendis, an veliet se de criminibus et excessibus suis submittere judicio Ecclesiæ. Et hoc indicant aliæ suæ responsiones : una, qua dicit quod ejus responsiones viderentur et examinarentur per clericos ; et postea sibi dicatur an sit ibi aliquod quod sit contra fidem, et ipsa sciet dicere quid inde erit : protestans quod si sit aliquid malum contra fidem christianam, quam Deus præcepit, ipsa non vellet sustinere, et esset bene irata de veniendo in contrarium. Quæ fuerunt ipsius verba in examinatione diei jovis, XV. martii, p. 162. Et alibi in eadem examinatione, respondet quod omnia dicta et facta ipsius erant in manu Dei, et de his me exspecto ad ipsum
; subjiciens : Certifico vos quod nihil vellem facere aut dicere contra fidem christianam ; et si ego aliquid dixissem aut fecissem, aut quod esset supra corpus meum, quod clerici scirent dicere esse contra fidem christianam quam Dominus stabilivit, ego non vellem sustinere, sed illud expellerem
, ut patet p. 166.
Item ex multis ejus dictis et factis in processu, apparet quod bene sensit de auctoritate Ecclesiæ ; quæ interrogata quis esset verus Papa et cui esset obediendum, catholice respondit quod illo tempore obediendum erat Papæ Romæ exsistenti, scilicet felicis recordationis 55domino Martino ; et quod in illum credebat, ut patet p. 83.
Item de potestate clavium bene sensisse videtur, quia scivit, quolibet anno, esse proprio sacerdoti confitendum. Interrogata enim utrum quolibetanno confiteretur proprio sacerdoti, respondit quod sic et proprio curato, aut, quando erat impeditus, de ipsius licentia alteri sacerdoti. Ita respondit in secunda sessione, acta XXII. februarii, p. 51. Item quoniam petiit, morbo ex maceratione carceris proveniente gravata, sibiministrari sacramenta Confessionis et Eucharistiæ, die XVIII. aprilis, p. 377. Et alibi, cum sibi diceretur a judice quod relinqueretur sicut una Sarracena, respondit protestans quod erat bona christiana, bene baptizata, et sicut bona christiana moreretur. Et cum sibi replicaretur de submissione, dixit quod non responderet aliud ; et quod diligebat Deum, deserviebat sibi, et erat bona christiana, et vellet adjuvare et sustinere Ecclesiam pro toto suo posse : eadem die XVIII. aprilis, p. 380.
Denique per informationes Rothomagi habitas, edocetur ipsam se Ecclesiæ submisisse : quod episcopus inscribi noluit ; et etiam ab aliquibus fuit data opera ad eam subornandam nese submitteret Ecclesiæ. Asserunt enim quidam testes novissimæ examinationis, super decimo articulo id continente, quodquidam Anglicus simulans se Gallicum captivumab Anglicis, adibat de nocte secreto carcerem ipsius Johannæ, subornans eam, ne se submitteret judicio Ecclesiæ, alias actum erat de re sua. Item plures testes, qui præsentes fuerunt et adstiterunt judicio, dixerunt quod ipsa semper se Papæ et Ecclesiæ submisit. Hoc dicunt super duodecimo 56articulo, dicentes eam crebro petivisse quod adduceretur ad Papam ; et aliquos sibi dixisse quod submitteret se Concilio generali, in quo aderant prælati de parte sua ; et illos fuisse reprehensos ab Anglicis.
Hæc igitur in facto consideranda erunt consulentibus circa processum.
[Deductio punctorum juris a consulentibus considerandorum.]
Circa nullitatem autem videndum erit :
I. De competentia judicis, an Belvacensis episcopus favens partibus Anglicorum, ex eo solo quod illa fuerit infra ejus diœcesim capta, fuerit illius competens judex.
II. Posito quod sic, an debuerit supersedere, attento quod in plerisque partibus processus ejus judicium et jurisdictio declinata videtur : primo quod illa antequam quidquam responderet, respondit exsecutori citationis quod petebat convocari etiam prælatos de parte sua, ut patet p. 43 ; et quod alias dixerit : Vos dicitis vos esse judicem meum. Ego nescio an sitis ; videatis bene, ne vobis immineat periculum
, p. 154 ; et quod petierit copiam responsionum suarum, ut Parisius ostendere posset, p.154.
III. Numquid, ex eo quod se submisit judicio Papæ, et requisivit ac instanter petiit se remitti ad eum, debuerit in causa fidei, quæ estde majoribus, per judices deferri.
IV. Cumfuerit ab initio decretum quod episcopus simul cum inquisitore.procederet, ut patet p. 31, an processus reddatur nullus, ex eo quod nunquam intervenit nec inquisitor nec ejus vicarius a die inchoati processus, die IX. januarii, usque ad diem XIII. martii ; quo tempore novem sessiones vel examinationes 57ipsius Johannæ sine inquisitore factæ fuerunt.
V. An vicarius inquisitoris potuerit, posito quod fuerit nullus, processum sua ratihabitione confirmare.
VI. An videatur manifesta ex actis calumnia et iniquitas apparere, attento quod Johanna fuit per episcopum, judicem, illicitispactionibusetpretio nummario ad supplicium comparata, et ipsi regi Angliæ tradita ; utpatet ex requisitione ipsiusepiscopi facta, p. 13. Attento etiam quod ipsa Johanna per regem Angliæ non fuit libere tradita, sed cum retentione et protestatione, de qua in litteris regis, p. ig ; attento ulterius quod fuit in sæcularibus et profanis carceribus posita, ut apparet toto processu, et quod fuerit tradita scutiferis et armigeris custodienda ; item attento quod fuit ferreis compedibus mancipata, diuturno carcere macerata, defensionis copia denegata, multis perplexis quæstionibus irretita, de quibus habetur in Summario processus15, [an] evidens appareat calumnia et injustitia judicantium.
VII. Numquid debuit Johanna censeri relapsa, attento quod se excusavit quod nunquam intellexit schedulam abjurationis ; attento quod non fuerit servatum, quod major pars consulentium voluit observari, scilicet quod iterato schedula legeretur et admoneretur : quod tamen factum non reperitur, sed illico fuit properatum ad judicium seu ad supplicium ; attento etiam quod antea dixerat quod submittebat se 58domino nostro Papæ, petens se illi remitti : quodjudices acceptare noluerunt, ut prædixi ; attento denique quod, ut dixit, reassumpserat habitum virilem, quia convenientior erat habitus inter viros, et quia non fuerat sibi observatum promissum quod iret ad missam et relaxeretur a compedibus ferreis ; et quod offerebat se, si daretur sibi gratiosus carcer, usuram habitu muliebri. In quo attendendum erit quod, circa hoc, quidam testes perhibent quod habitus muliebris assumptus per eam, fuit sibi furtive ablatus, ut judicaretur relapsa : de quo constat in informationibus extrajudicialibus16.
[Sic signatum :] Theodoricus, Auditor Rotæ in Curia Romana.
59III. Domini Pauli Pontani17, advocati consistorialis, quædam allegationes in processum puellæ.
[Prooemium.]
Domini nostri Jhesu Christi perquem intelligitur et discernitur veritas, præsidio invocato, præsuppositis his quæ in facto narrantur, plura dubia discutienda videntur.
[Allegationum tituli.]
Et primo, an hujusmodi revelationes seu apparitiones a bonis spiritibus vel a malis factæ censendæ sunt.
Secundo, dubitatur an gestatio habitus virilis in ea culpabilis fuerit vel non.
Tertio, dubitatur an gesta et facta ejus quæ ex processu constant, sunt damnatione vel excusatione digna.
Quarto, dubitatur an in dictis suis reprehensibilis vel excusabilis sit.
60Quinto, dubitatur an erraverit circa submissionem Ecclesiæ.
Sexto, dubitatur an ex præmissis omnibus fuerit hæretica judicanda.
Ultimo, dubitatur an processus et sententia contra Johannam habiti, ex juris ordine non servato aut aliunde corruant.
[Subscriptio libelli.]
Et ita, pro prima summaria visione, dejure concludendum videtur mihi, Paulo Pontano, juris utriusque doctori miuimo ac sacri Consistorii advocato, salvis sanctæ matris Ecclesiæ determinatione et judicio ac cujuslibet alterius melius sentientis.
61IV. Consultatio ejusdem domini Pauli Pontani.
[Digestio operis quoad dicussionem circa XII articulos habitam.]
Primus articulus continet quasi summam omnium articulorum et incipit : Quædam fœmina
, et dividitur in plures partes. In prima ponit de revelationibus et apparitionibus sancti Michælis, sanctarum Katharinæ et Margaretæ, et quod ex parte Dei erant, et voto virginitatis ; et in hoc concordat cum articulo tertio, qui incipit : Item dicta fœmina.
Secunda pars continet de reverentia illis per eam exhibita ; et concordat cum articulo undecimo, incipiente : Item dicta fœmina dicit.
Tertia pars habet de præcepto per illas facto, quod veniret ad Regem, et ex qua causa, et de signo ; et concordat cum articulo secundo, incipiente : Item dicta fœmina dicit quod signum.
Quarta pars, de assumptione et gestatione habitus virilis ; et concordat cum articulo quinto, incipiente : Item dicta fœmina dicit de mandato.
Quinta pars est de recessu a parentibus sine scitu eorum, et prosecutione bellorum ; et concordat cum articulo septimo, incipiente : Item dicta fœmina dicit quod nil fecit.
Sexta pars est de submissione Ecclesiæ, cum qua concordat articulus duodecimus, incipiens : Item dicta fœmina dicit et confitetur.
Septima pars dicit quod certa erat salvari ; et concordat cum articulo nono, qui incipit : Item dicta fœmina dicit et affirmat.
Extra summam primi articuli, est quartus articulus loquens de certitudine futurorum ; et sextus loquens de verbis Jhesus Maria in litteris suis positis ; et octavus loquens 62de saltu turris ; et decimus loquens de dilectione dictarum Sanctarum in regem Franciæ et alios de parte sua. Quibus sic conjunctis, ne bis idem repetatur.
[Specimen discussionis ipsius.]
Circa primam partem primi articuli, et consequenter circa articulum tertium, ad dendum est, primo, pro pleniori instructione habentium in hujusmodi causa consultare, quod hæc mulier erat tempore intentati contra eam judicii, ætatis XIX annorum vel eo circa, ut ipsa asseruit in prima sessione, p. 46 ; et sic ponderetur quod nondum plenum animi vigorem et intellectum obtinebat. Item ipsa asserebat se habuisse primam vocem in horto patris sui, non apud arborem Fatarum ; et quod illam habuitad sejuvandum ac gubernandum ; et quod prima vice habuit magnum timorem : quod est boni Angeli signum, p. 52. Item, prout ipsa asserebat, illa vox docuit eam se bene regere et frequentare ecclesiam ; et quod sibi vox dicebat revelasse quod levaret obsidionem ante Aurelianis, prout fecit, p. 55. Item quod ipsa nescit quod, postquam habuit discretionem, ipsa tripudiaverit juxta dictam arborem, p. 68. Item quod post recessum ipsius vocis, plorabat et bene voluisset quod eam deportaret, p. 73. Item quod, antequam Rex voluit sibi credere quod esset ex bono spiritu, fuit per tres hebdomadas interrogata a clericis de parte sua, et judicaverunt quod in ea non erat nisi bonum, p. 75. Item quod ipsa prophetizavit Anglicis perditionem omnium quæ tenebant in Francia : quod hodie videmus verificatum, p. 84. Item dicit quod nescit an in illis apparitionibus aliquid erat de brachiis, vel an erant alia membra figurata, p. 86, etc… 63Item quoque quando veniebant ad eam sanetæ Katharina et Margareta, signabat se signo crucis, p. 395. Hæc ex primo registro.
Ex processu præparatorio18, frater Martinus, Prædicatorum, qui audivit eam in confessione, dicit quod semper et infine dierum suorum reperiit eam fidelem et devotam.
Ex processu ultimo, frater Ysambardus, octavus testis, asseruit quod quidam Anglicus qui illam odiebat, dum vidit illam ita religiose finivisse, fuit quasi attonitus et in extasi ; et quod asserebat quod visum fuerit sibi, in emissione spiritus ipsius Johannæ, viderequamdam columbam albam exsilientem de flamma19. Dominus Thomas, presbyter, decimus quartus testis, dicit quod audivit a multis quod visum fuit nomen Jhesus inscriptum in flamma ignis in quo illa fuit combusta. Hæc ob primum.
Circa secundam partem primi articuli, et consequenter circa undecimum articulum, addendum est quod ipsa asserit quod nunquam requisivit a dicta voce aliud præmium finale quam salvationem animæ suæ, p. 57, etc, etc.
[Conclusio]
Ex quibus habentur substantifice, per verba formalia, ea quæ concernunt dictos articulos, contenta in 64dictis registris. Ex his etiam patet cuicumque legenti quod articuli fuerunt minus fideliter ex processu eliciti, imo mendose et corrupte depravati.
Articuli seu dubia extra præmissos danda sunt breviter hujusmodi :
I. An dicti processus et sententia nullitati subjiciantur, cum dominus Belvacensis non videatur fuisse competens judex (eliam dato quod esset in ejus territorio capta), cum neque ibi deliquerit, neque ex alio forum sortiebatur.
II. An ex nullitate corruant, cum episcopus Belvacensis elegerit procedere cum prætenso subinquisitore conjunctim, et tamen de asserti Inquisitoris, a quo delegatus censetur, eum constituentis seu subdelegantis, potestate, nullo modo constat.
III. An sint nulli, quia ex processu patet episcopum solum sine subinquisitore per eum adjuncto, ad plures actus substantiales processisse, ut, plures solemnes interrogatioises, loci assignationes et similia.
IV. An sint nulli, quia sæpe per alios et non per se solum fecit episcopus Johannam examinari, attento quod causa erat criminalis et gravissima.
V. Quia ex dictis testium ultimi processus, constat de metu maximo et impressione illatis per Anglicos in subinquisitorem et alios habentes consulere in causa, an ex dicto melu processus corruat.
VI. An, attento quod Johanna recusavitdictum episcopum ut incompetentem et suspectum, et sibi, ut asserebat, capitalem inimicum, exhoc processus et sententia sintnulli aut saltem manifeste iniqui.
VII. An, quia judicio Papæ et Concilii se submisit et ad eos duci petiit, et sic sub Papæ protectione se submisit, 65processus et sententia postea pereos contra illam habiti, sint nulli.
VIII. An, altenta gravitate causæ, videlicet de istis revelationibus secretis et occultis quæ soli Deo notæ sunt, et de dubio causæ fidei quæ soli Sedi apostolicæ est reservata, nulliter isti processerint, præsertim cum per Papam judicari petierit.
IX. An, attento quod ipsa Johanna in carcere privalo detinebatur laicorum et in manibus hostium capitalium, qui erant ad ipsius custodiam deputati, et adeo inhumanissime eam tractabant quod mori desiderabat ; et attento quod petiit se duci ad carcerem ecclesiaslicum et gratiosum : ex eo processus corruat.
X. [An], quia constat quod denegatum erat quod nullus eam alloqueretur, et petiit consultorem et directorem sibi quandoque dari, quod sibi fuit denegatum ; attenta etiam ætate juvenili decem et novem annorum, et fragili sensu muliebri : corruat processus.
XI. An ætas hujusmodi excuset ab hæresi, in materia nostra, dubia, saltem ad relaxationem pœnæ ordinariæ20.
XII. An, quia illi qui volebant eam dirigere et instruere fuerunt per episcopum et Anglicos prohibiti, et eis terrores multi illati, ex ista denegata defensione, sententia et processus subjaceant nullitati.
XIII. An, quia petiit articulos suos perEcclesiam videri et discuti antequam abjurasset, cum fuerit sibi denegatum, sint processus et sententia nulli.
66XIV. An, quia episcopus assertus judex, ut constat, prohibebat quod per notarium scriberentur excusationes et submissiones suæ, ex hoc processus totus invalidus, imperfectus et non veridicus habendus sit.
XV. An, quia elicientes articulos consultoribus transmissos, nonveridice sed mendaciter, imperfecte et calumniose illos formarunt, ex hoc etiam sententia et processus corruant, attento hujusmodi dolo perspicuo.
XVI. An, quia constat per testes et ex processu quod interrogantes eam multum vexabant et involvebant in difficillimis quæstionibus et captiosis interrogationibus, adeo quod, secundum eos, vix maximus doctor scivisset satisfacere ; et sic ut eam in sermone caperent : ex eo a dicto crimine excusetur ; attentis etiam, ut dictum est, sua ætate et sexu, ac defensione et consilio denegatis.
XVII. An, quia per submissas fictasque personas suadebatur sibi quod non se submitteret Ecclesiæ, et calumniose removebant sibi vestem muliebrem, ut sumeret virilem, ex hoc etiam dolo judicium corruat.
XVIII. An, quia non constat de præambulo processus super infamia, ex eo etiam processus hujusmodi irritetur.
XIX. Quia ipsa Johanna in schedula abjurationis et in sententia condemnationis reputatur revelationum et apparitionum divinarum mendosa confictrix, perniciosa seductrix, præsumptuosa, leviter credens, superstitiosa, divinatrix, blasphema in Deum, Sanctos et Sanctas ipsius Dei, in suis sacramentis contemptrix legis divinæ, sacræ doctrinæ et sanctionum ecclesiasticarum 67prævaricatrix, seditiosa, crudelis, apostatrix, schismatica v in fide nostra multipliciter errans, in Deum et sanclam Ecclesiam multis modis delinquens, ipsi Ecclesiæ, domino Papæ ac generali Concilio expresse, indurato animo, obstinate, atque pertinaciter submittere se recusans ; pertinax, obstinata, excommunicata, atque hæretica : an, juxta contenta in processu, fuerit censenda talis.
Cætera suppleat prudentia consultorum.
[Sic signatum :] Paulus Pontanus, advocatus consistorialis.
68V. Summarium Fratris Johannis Brehalli, Inquisitoris fidei21.
Articuli graviores et principaliores ipsius Johannæ super quibus est deliberandum. Videlicet :
Quod asseruit se apparitiones et visiones corporales 69sancti Michælis et sanctarum Katharinæ et Margaretæ habuisse, voces spirituum frequenter audivisse et revelationes multas accepisse.
Quod aliqua futura prædixit.
Quod spiritibus sibi apparentibus et eam alloquentibus reverentiam exhibuit.
Quod habitum virilem gestavit et bellis se immiscuit.
Quod judicio militantis Ecclesiæ se de dictis et factis suis submittere videtur recusasse.
Quod, post abjurationem seu revocationem, habitum virilem resumpsit et apparitionibus suis, quibus publice renunciaverat, iterum adhæsit.
Hæc sunt super quibus videtur principaliter esse deliberandum.
70VI. Ejusdem fratris Johannis Brehalli epistola fratri Leonardo, prædicatorum viennensium, scripta.
Jhesus.
Sinceræ religionis ac præclaræ famæ viro, fratri Leonardo22, sacræ theologiæ eximio professori, lectorique conventus Viennæ in Theutonia, ordinis Fratrum Prædicatorum.
Post sinceræ venerationis officium, cum devota recommendatione, præclarissime magister et pater, ignotus ipse vobis scribere audeo, sed tamen ex clara fama noto. Suadet etiam materies quæ christianissimi regis Francorum decorem concernit, quanquam non mediocriter cordi habet ut, pro honore Ordinis, vestram auditam solertiam ad aliquid nou tam novi quam magni commoveam. Nam Majestatis suæ decus per hostes suos Anglicos in eo permaxime ab olim enormiter læsum existimat, quia quamdam simplicem puellam et virginem, quæ divino nutu, ut prope irrefragabili comprobatur evidentia, rem bellicam pro ejus sorte pridem gessit23, sub causa fidei, adversus eam processerunt ; quin imo et ad extremum, sub ipso fidei judicio, in regis et regni vituperium, ipsam hostiliter incendio exstinxerunt. Quocirca regia Majestas 71summopere cupit ipsiusseutentiæ et rei judicatæ comperireveritatem. Ob quodmihi, exiguo Inquisitori suo in regno, commisit et injunxit quatenus sapientibus universis, ubicumque expedire viderem, legitima communicando super processu documenta fideliaque extracta, ipsorum sententias percunctarer et exigerem etiam, et ab exteris permaxime, ut favor omnis videatur in peculiari causa exclusus. Unde per strenuum militem, dominum Leonardum24, illustrissimi principis domini ducis Austriæ oratorem, cuncta vestræ reverentiæ mitto, quæ rei ipsi prima facie cognoveritis, ut, pro honore Ordinis et vestræ meritæ personæ celebri commendatione, aliquid scribatis et decidatis. Cætera insinuatione digna, quoad hunc casum, supplebit memoratus illustris Leonardus.
De factis ordinis, qui nunc Dei permissione lugubri procella defluctuatur, nil aliud novi, nisi quod per dominum nostrum Papam conventui Nannetensi capitulum generale restitulum est ; sed tamen Provincialis Romanus manet ordinis vicarius. Horum bullam ipse vidi.
In Domino Jhesu feliciter valete. Ex Lugduno, ultima decembris.
Vester plena caritate frater, Johannes Brehalli, Inquisitor fidei in regno Franciæ.
Notes
- [1]
Guillaume Bouillé fut d’abord proviseur du collège de Beauvais à Paris, procureur de la nation de France (1434 et 1437), puis recteur de l’Université (1439). S’étant livré ensuite à la théologie, il se distingua dans cette faculté, et en obtint le décanat. Doyen de la cathédrale de Noyon, doyen de Saint-Florent de Roye, et chapelain de Saint-Cuthbert aux Mathurins de Paris, il fut créé membre du Grand-Conseil par Charles VII, qui le chargea en cette qualité d’une ambassade à Rome. Le premier mémoire écrit contre la validité du jugement de Pierre Cauchon, est de lui. On trouvera un extrait de cet ouvrage au chapitre VIII de la procédure, et l’on verra, d’après le préambule, qu’il a du être composé avant la délivrance des pouvoirs énoncés dans la présente commission. Guillaume Bouillé paraîtra plus d’une fois comme témoin dans le procès de réhabilitation, qu’il suivit avec autant d’assiduité que le lui permirent ses occupations nombreuses, et la discorde de l’Université et des Mendiants, pendant laquelle il eut à plaider plusieurs fois au parlement de Paris. En 1466, il renonça à ses bénéfices. En 1473, on le trouve mentionné dans l’ordonnance de Louis XI contre les Nominalistes. Enfin, il mourut en 1476, ayant prescrit à ses exécuteurs testamentaires de l’inhumer à Noyon sans pompe et sans monument. (Duboulay, Hist. univ. Paris., t. V, p. 441, 601, 875, 921. — Gallia Christiana, t. IX, col. 1035. — Ordonnances des rois de France, t. XVII, p. 609.)
- [2]
Manuscrit de l’Arsenal, semblablement ; mieux vaudrait finablement.
- [3]
Vieux style ; 15 février 1450.
- [4]
Edmond Richer ajoute à la copie qu’il donne de cette pièce :
Avec paraphe et scellé de cire jaune sur simple queue ; et sur ledit sceau, couvert de parchemin, est escrit : Mandatum regis ad Guillelmum Bouillé, decanum Noviomensem super informacione facienda de processu alias facto contra Johannam dictam la Pucelle.
(Manuscrit Fontanieu, coté P. 985, liv. III, fol. 2, à la Bibliothèque du Roi.) - [5]
C’est le mot anglais farewell, adieu. M. De L’Averdy a imprimé faronnelle, qui n’est d’aucune langue.
- [6]
Il s’appelait Jean de Saint-Avit, d’abord abbé de Saint-Denis, puis appelé au siège épiscopal d’Avranches vers l’an 1 390. En 1432, malgré son grand âge, il fut incarcéré à Rouen, ayant encouru le soupçon d’avoir voulu livrer cette ville aux Français. Mort en 1442. (Gallia Christiana, t. XI, col. 493.)
- [7]
Richard Beauchamp, comte de Warwick et gouverneur du jeune roi Henri VI. Cet homme, d’une âme dure et d’une politique inflexible, semble avoir été l’agent principal de la mort de Jeanne d’Arc. On verra par les dépositions consignées au procès qu’il contribua de son argent aux frais du jugement.
- [8]
La Rote, tribunal où se jugeaient les appels portés à Rome.
- [9]
C’est-à-dire sur la minute de Guillaume Manchon.
- [10]
Sobriquet donné à Jean d’Estivet.
- [11]
Il y a en interligne mil d’une écriture assez semblable, mais d’une autre encre. Ce doit être une erreur ; il ne pouvait pas y avoir huit mil hommes, et un autre témoin paraît indiquer cent vingt, au lieu de huit cents, ce qui est encore plus vraisemblable. (Note de M. de L’Averdy.)
- [12]
L’auteur de ce Mémoire fut l’un des plus grands canonistes du XVe siècle. Il est appelé dans les manuscrits Theodoricus, mais son nom véritable était Theodorus de Leliis. Né d’une famille noble de Teramo, il tenait a vingt-cinq ans les assises de la Rote. Pie II, qui l’appelait sa harpe à cause de son éloquence, le fit évêque de Feltre en 1462 ; en 1465, il fut transféré au siège de Trévise. Après avoir écrit de nombreux traités contre la Pragmatique, après avoir été sous trois papes la lumière du tribunal romain, après avoir fait abjurer Georges Podiebrat, et rempli les missions les plus importantes en France, en Bourgogne et en Allemagne, il mourut à l’age de trente-huit ans, de chagrin, dit-on, d’avoir promis à Paul II qu’il ne lui demanderait pas de longtemps le chapeau de cardinal. (Ughelli, Italia sacra, t. V, col. 375 et 565.)
- [13]
Dans les manuscrits folio XXII°. Le jurisconsulte romain renvoie aux folios de la grosse du procès qu’il avait entre les mains. Pour faciliter les recherches, nous remplacerons ses indications par des renvois aux pages correspondantes de notre premier volume.
- [14]
Ces informations sont celles qui furent faites en 1452 par le cardinal d’Estouteville, et qu’on trouvera rapportées tout au long au chap. V du procès.
- [15]
Ce Sommaire du Procès est un abrégé fait par Théodore de Leliis lui-même, pour l’usage des consultants. Voyez dans notre Introduction le paragraphe relatif aux Préliminaires de la Réhabilitation.
- [16]
Telle est la leçon des manuscrits de Rome. Celui du fonds de Saint-Germain-Harlay donne extravagantibus, au lieu de extrajudicialibus, Ces deux expressions, qui sont synonymes, s’appliquent aux informations de 1452, dont le jurisconsulte a déjà parlé ci-dessus, p. 31 et 55. Elles étaient extrajudiciaires en ce sens qu’elles avaient été faites avant l’intervention de l’autorité apostolique ; elles n’avaient pas d’autre caractère que celui de pièces d’instruction.
- [17]
Paul Pontanus, dont M. de L’Averdy a traduit, mais à tort, le nom par celui de Dupont. Le manuscrit de Soubise faisait, sans plus de raison, un avocat en Parlement de ce personnage, qui, dans les manuscrits plus anciens, se donne lui-même le titre d’avocat au Consistoire apostolique. Il était en 1452 à Orléans, où il contresigna comme secrétaire du légat Guillaume d’Estouteville, les indulgences accordées pour la célébration de la fête du 8 mai. On trouve, vers la même époque, plusieurs lettrés italiens du même nom et vraisemblablement de la même famille : entre autres Louis Pontanus, mort de la peste au concile de Bâle en 1439 ; Octave Pontanus, nommé cardinal ; Jean-Jovien Pontanus, qui fut précepteur d’Alphonse d’Aragon, puis secrétaire et conseiller de ce prince, mort en 1503. (Lenglet du Fresnoy, Histoire de Jeanne d’Arc, 3e partie, p. 270. — De L’Averdy, Notices des Manuscrits de la Bibl. du Roi, t. III, p. 194 et 295.)
- [18]
Paul Pontano entend par là l’information faite à Rouen par le cardinal d’Estouteville en personne ; tandis qu’il désigne par ullimus processus les dépositions des témoins entendus quelques jours plus tard par l’inquisiteur de France et le grand-vicaire du même d’Estouteville. Voyez le ch. V du procès.
- [19]
Les manuscrits du procès portent de Francia au lieu de de flamma, ainsi qu’on le verra en son lieu.
- [20]
L’auteur du manuscrit S. G. Harlay a noté cet article d’une obèle, sans doute pour indiquer que le sens ne lui en paraissait pas très-clair.
- [21]
Voyez ce qui a été dit de cette pièce dans l’Introduction, au sujet des Préliminaires de la réhabilitation. L’auteur, Jean Bréhal, était un docteur en théologie, prieur des Jacobins de Paris, et inquisiteur général dans le royaume de France. On ne sait rien sur sa vie antérieure, sinon qu’il naquit en Normandie, et fît sa profession chez les Dominicains d’Évreux. Il peut être regardé comme celui qui joua le principal rôle dans la réhabilitation de Jeanne d’Arc. Au commencement de l’année 1452, le cardinal d’Estouteville se l’adjoignit pour procéder d’office à la révision du premier procès. À cet effet, il entendit les premiers témoins cités à Rouen ; il voyagea par toute la France pour informer sur la vie de Jeanne d’Arc ; enfin il se mit en correspondance avec les plus fameux docteurs du royaume et de l’étranger pour avoir leur opinion sur une matière si délicate. Les délégués désignés par Calixte III, en 1455, l’ayant également appelé à siéger avec eux, pendant huit mois que dura le procès, il y vaqua presque sans interruption, un jour à Paris, un autre à Rouen ; et cela au milieu de circonstances très-difficiles pour lui, attendu que l’Université de Paris était en guerre ouverte avec les Ordres mendiants dont il était l’un des chefs. La sentence définitive fut prononcée le 7 juillet 1456 ; le 21 du même mois, Jean Bréhal conduisait à Orléans la procession expiatoire ordonnée par cette même sentence. Au mois de février 1457, dans une assemblée solennelle de l’Université, présidée par le connétable de France, il fit publiquement la soumission des quatre Ordres, et, quoique ses paroles fussent trouvées un peu fières, la paix fut conclue entre le corps enseignant et les dissidents, redevenus ses suppôts. Après cela, on rencontre le nom de maistre Jehan Bréhal, inquisiteur de la foy, sur les registres de l’Échiquier de Rouen, où il est mentionné comme faisant de faut aux assises de 1463. Il reste de lui un traité manuscrit De libera auctoritate audiendi confessiones religiosis mendicantibus concessa, et une vaste compilation des avis doctrinaux rédigés en faveur de Jeanne d’Arc, laquelle il composa par ordre du tribunal, et dont nous donnons quelque chose au chapitre VIII de la procédure. (Quétif et Échard, Script, ord. Præd., t. 1, p. 815. — Duboulai, Hist. un. Par., t. V, p. 615. — Delaroque, Hist. de la maison d’Harcourt, t. III, p. 552, 573 et 577 ; et les pièces rapportées dans le quatrième volume du présent ouvrage.)
- [22]
Ce personnage n’est connu que par son prénom, sous lequel il se distingua dans son ordre. Quétif et Échard mentionnent dix traités ascétiques et moraux, qu’il dédia à l’empereur Frédéric III, en l’année 1469. (Script. ord. Præd., t. 1, p. 843.)
- [23]
Pour que la construction de la phrase fût régulière, il faudrait suppléer au moins les mots ceperunt et.
- [24]
Léonard Wilzkehet, chancelier de l’archiduc d’Autriche, alors en ambassade auprès de Charles VII.