Dossier : La vie et les œuvres de Gerson (Mgr Glorieux)
Essai biographique par Mgr Palémon Glorieux, 1960
L’essai fut d’abord publié sous le titre de La vie et les œuvres de Gerson
dans les Archives d’Histoire Doctrinale et Littéraire du Moyen Âge, 25e et 26e années 1950-1951, Vrin, 1951, p. 149-192, Google, puis en version allégée des références et justifications dans son édition des Œuvres complètes de Jean Gerson, t. I (1960), p. 105-139 (c’est cette seconde version qui est reproduite ci-dessous, avec la pagination).
105Premier des douze enfants d’Arnould le Charlier et d’Élisabeth la Chardenière, Jean naquit le 14 décembre 1363 à Gerson-lès-Barby (à trois kilomètres à l’Ouest de Rethel) non loin de Sorbon. Il fut baptisé le jour même, en la fête de saint Nicaise et sa sœur Eutropie, vierge et martyre.
Jean le Bon régnait alors en France, nominalement du moins, puisqu’il regagnait en ces mêmes jours sa captivité anglaise où quatre mois plus tard (8 avril 1364) devait l’attendre la mort ; et Charles V lui succédait. (Charles VI allait naître en 1368.)
Depuis un an, en Avignon, Urbain V était pape.
L’éducation, austère et chrétienne, se fit au foyer familial.
Les enfants s’y multipliaient. Après Jean naquit Marion ; puis un autre Jean, le futur moine bénédictin de Saint-Rémy-de-Reims ; puis Jabina, Raulina ; deux autres encore, Agnès et Pierre, morts au berceau ; et deux filles encore.
C’est alors l’époque de la pacification de la France et de sa reconquête sur l’Angleterre ; de la victoire de Cocherel (16 mai 1364), du traité de Guérande (12 avril 1365), du connétable du Guesclin (2 octobre 1370), de la reconquête du Poitou. C’est, le 16 octobre 1367, le retour, temporaire, d’Urbain V à Rome, qu’il abandonne à nouveau pour Avignon où il meurt (19 décembre 1370). C’est l’élection de Grégoire XI, le 30 décembre 1370. Deux ans plus tôt, le 3 décembre 1368, était né Charles VI.
Jean est donc un aîné de cinq ans. Dès ce moment il commence ses études, soit au prieuré de Rethel, soit plutôt chez les Bénédictins de Saint-Rémy, car Gerson est de leur domaine. Il doit y apprendre 106les éléments de la grammaire. Pour ces études et celles qui devaient suivre, son père sacrifie une partie du patrimoine.
C’est en 1377 que Jean partit à Paris, au Collège de Navarre (de recrutement champenois) recevant alors sans doute la tonsure des mains de Richard Ricque (1375-1389) le consécrateur de Charles VI, l’archevêque de Reims qui me donna couronne
. Il trouva là, pour l’orienter dans ses études d’artiste, d’artien, Nicolas de Clémanges, Gilles Deschamps, Jean Loutrarii, le maître sous lequel il prit la licence. Dès l’année 1378 c’est sous le nom de Jean de Gersono (parfois Jarsonio, Gersonio, etc.) qu’on le voit mentionner dans les documents universitaires. On sait le symbolisme qu’il se plut à trouver à ce nom : celui de pèlerin, et comment il le développa longuement.
Avec l’Université il put assister (4-6 janvier 1378) à la réception solennelle de l’empereur Charles IV ; se réjouir du retour de Grégoire XI à Rome (17 janvier 1377) ; apprendre successivement la mort de Grégoire (27 mars 1378), l’élection mouvementée d’Urbain VI (8 avril) à qui le roi et l’Université donnèrent d’abord leur adhésion ; puis, le 20 septembre 1378, la contre-élection de Clément VII et le début du grand schisme. Le 16 novembre le roi Charles V prenait position en faveur de ce dernier ; et en mai 1379 l’Université se ralliait, elle aussi, au pape d’Avignon.
Dès lors les écrits se multiplient que Gerson dut connaître : l’Epistola Pacis, de Henri de Hesse (juin 1379) ; l’Epistola concordiae, de Conrad de Gelnhausen (mai 1380) ; l’Epistola concilii pacis, d’Henri de Hesse ; l’Epistola diaboli Leviathan, de Pierre d’Ailly ; l’Invectio Ezechiel contra pseudo-pastores, du même (1381).
Entre-temps, une épidémie de peste a sévi à Paris (été 1379) ; des négociations de paix, inefficaces d’ailleurs, ont été entamées avec l’Angleterre. Du Guesclin est mort (13 juillet 1380) et le roi Charles V peu après (16 septembre 1380). Le 8 novembre Charles VI est sacré à Reims.
Gerson continue ses études ; il conquiert en 1381 sa licence ès-arts. C’est l’année de la mort de Ruysbroeck (2 décembre 1381). Il entreprend aussitôt ses études théologiques, toujours au même Collège de Navarre.
On le trouvera, en 1383 ou 1384, procureur de la Nation française.
Il a alors pour maîtres, Laurent de Chavanges, puis Pierre d’Ailly (1383-1389) et, une fois celui-ci devenu chancelier, Gilles Deschamps (1389-1392).
Sept années durant (1381-1388) il suit leurs cours. Années lourdes d’événements au point de vue national : avec les révoltes de Rouen (fin 1382), des Maillotins à Paris (mars 1382) ; les campagnes de Flandre (journée de Roosebecke, 27 novembre 1382 ; l’expédition d’août 1383) ; avec l’accession au comté de Flandre (30 janvier 1384) de Philippe 107le Hardi, le puissant duc de Bourgogne, qui sera bientôt le protecteur de Gerson ; avec le mariage de Charles VI et d’Isabeau de Bavière à Amiens (17 juillet 1385).
Années importantes aussi dans l’histoire du schisme, qui se poursuit malheureusement, enregistrant en 1383 l’adhésion de l’Université de Paris à Clément VII, les changements d’obédience des divers États, les luttes des deux papes pour l’État pontifical, et les campagnes de Louis II d’Anjou.
Sur le plan familial enfin, le cercle des frères et sœurs se complète : c’est, en 1382, la naissance de Nicolas ; en 1385 celle de Jean, né semble-t-il à la même date que son aîné, vingt-deux ans jour pour jour après lui ; enfin, ou auparavant peut-être, Poncete, la dernière des filles.
À la fin de sa septième année d’études théologiques, Gerson est proposé pour un bénéfice, sur le rotulus de la faculté des arts. L’an suivant, (1387-1388) il commence en qualité de bachelier bibliste son premier cursus, dont l’objet nous est malheureusement inconnu.
Il a suivi de près, alors, sans aucun doute, l’épisode de Jean de Monzon O. P. (Certain manuscrit, Paris N. L. 15107, lui attribue même la relation détaillée de ces événements ; ce serait, en ce cas le premier écrit que nous posséderions de lui) : les thèses soutenues par le Dominicain lors de sa résompte, en mai 1387, la censure portée par l’Université (5 juillet) et l’ordonnance épiscopale le condamnant (23 août) ; l’appel fait à Rome, et la nouvelle condamnation (du 14 février 1388). Avec Pierre d’Ailly, il fait partie de la députation universitaire qui se rend, en juillet 1388, à la Curie, à Avignon pour cette affaire. On sait que le Chapitre général des Prêcheurs, ayant pris le parti de Jean de Monzon, les Dominicains se retirèrent alors de l’Université.
On trouve vers ce même temps Gerson mentionné à nouveau dans le rotulus de l’Université de Paris, pour un bénéfice à la collation de l’évêque de Paris. Il n’est pas encore prêtre alors, mais ne tardera plus longtemps à le devenir.
L’année 1388-1389 voit son second cursus sur la Bible. Celui-ci comme le précédent fut précédé de la Collation inaugurale, la première des œuvres de Gerson que mentionne son frère le Célestin dans la liste qu’il en a dressée.
Devenu alors bachelier sententiaire, il lit durant l’année scolaire 1389-1390 les quatre livres des Sentences, chacun d’eux étant précédé de son Principium. Il ne reste plus de trace de ceux-ci, et l’Annotatio n’en a pas précisé le thème ; de dominio voluntatis super vires sensitivas pro statu innocentiae
[de la domination de la volonté sur les forces sensorielles pour l’état d’innocence] dit-il pourtant lui-même dans un de ses sermons. On ne possède pas davantage le texte de son Commentaire sur les Sentences.
108Par contre, de ces années de bachelier, soit bibliste soit sententiaire, datent certains sermons, ses plus anciennes œuvres actuellement en notre possession. En tout premier lieu peut-être son sermon français, Quaerite Dominum, donné en présence du roi, pour le Mercredi des Cendres, 3 mars 1389.
En 1390-1392, bachelier formé, il doit prendre une part plus active aux actes universitaires : disputes, sermons, etc.
Un nouveau pape, Boniface IX a succédé, à Rome, le 9 novembre 1389 au pape Urbain VI. Il y ouvre, dès le mois de décembre, l’année jubilaire. Des pourparlers de paix s’engagent entre lui et son rival d’Avignon. On espère entrevoir la paix et la fin du schisme, et l’Université insiste auprès du roi dans ce sens, encore que lui-même pense à la voie de fait. C’est dans ces conditions que le 6 janvier 1391 Gerson prononce devant le roi Charles VI son sermon Adorabunt eum. Sa réputation de prédicateur est donc solidement établie déjà dès avant cette date. Faut-il rapprocher de ce sermon et attribuer également à Gerson le Tractatus pro unione Ecclesiae, encore inédit que conserve le Vatic. lat. 4927 et qui doit dater de cette même année 1391 ? Certains l’ont soutenu.
Un autre sermon universitaire, Misit illos, est donné par lui le 23 janvier 1391 pour la Septuagésime, au lendemain de la saint Vincent. C’est une collation. Pierre d’Ailly avait donné le sermon sur le même thème, le matin. On y perçoit encore l’écho des discussions relatives à Jean de Monzon.
Puis c’est entre la France et l’Angleterre que des pourparlers de paix s’engagent. Des négociateurs sont venus en février ; une rencontre des deux rois est projetée pour juin. Tout ceci malheureusement n’aboutira pas.
Quelques mois plus tard, c’est à la chapelle Saint-Louis que Gerson donne le sermon Dedit illi gloriam, pour la fête de saint Louis (25 août 1391). Il y remplace, au pied levé, l’abbé de Saint-Germain retenu par la fièvre.
Viennent ensuite un sermon, français, pour la Toussaint : Regnum coelorum, et pour la fête de Noël, le sermon Verbum caro où Gerson s’inspire d’Alain de Lille (25 décembre 1391).
L’année 1392 débute par une Collation Postquam consummati sunt pour la Circoncision.
Les mois qui suivent voient successivement la naissance du dauphin Charles (6 février), l’échec des négociations anglaises et, à Amiens, la première maladie du roi (mars).
C’est devant lui cependant, et devant la cour, que Gerson prononce son sermon Accipietis, pour la Pentecôte (2 juin 1392) où il fait un 109suprême effort pour détourner de la guerre tant qu’il en est encore temps. À la fin du mois il prêche au peuple, pour la fête des saints Apôtres, le sermon Nimis honorati sunt, en l’église Saint-Paul. Un peu plus tard, pour la fête de saint Louis on retrouve encore Gerson bachelier donnant au Collège de Navarre la collation Dominus regnavit (25 août 1392). Il la termine par la poésie Rex et progenies.
À ce moment le roi se remet à peine de sa crise de folie de la forêt du Mans (5 août). C’est devant lui cependant que le dimanche 29 septembre Gerson pourra prononcer son grand sermon Factum est prœlium pour la fête de saint Michel. Quelques jours plus tard, le 13 octobre, ce sera, semble-t-il, le Vade in domum, et le 6 décembre une collation, Spes mea, pour la Saint-Nicolas.
Il touche alors, ou presque, au terme de ses études. Il est en effet licencié le mercredi 18 décembre 1392 sous la présidence de Pierre d’Ailly. On a d’ailleurs sur cette promotion, comme sur toute cette année scolaire, une foule de détails concrets, intéressants, succulents parfois, notés au jour le jour par Robert de Bazoques. On connaît le thème de la harangue que Gerson prononça le lendemain à sa réception à la maîtrise : Quaesivi eam sponsam mihi assumere.
Ce sont les noces du théologien et de la Sagesse qu’il décrit sous forme de dialogue, à l’imitation de Boèce. Aucun manuscrit n’en subsiste toutefois.
Il reste par contre un témoin de la séance de résompte, tenue quelques jours plus tard (fin décembre 1392), le De jurisdictione spirituali où est repris le premier corollaire d’une des questions soutenues à ses vespéries.
De l’activité magistrale qu’il inaugura alors il ne reste guère ici encore, pour les années 1393-1395 que des sermons. On en compte trois pour l’année 1393 : le premier Certamen forte, le 17 janvier inaugurant peut-être la série des sermons qu’il prêchera ainsi chaque année en la fête de saint Antoine, jour anniversaire de la naissance de Philippe le Hardi dont il est devenu alors le premier aumônier ; puis, pour la fête de saint Louis, le Considerate lilia agri ; on lui a fait d’ailleurs dès la veille une réclame intempestive en l’affichant au Collège de Navarre ; enfin en l’église saint Paul pour la Saint-Michel (lundi 29 septembre 1393) : Factum est praelium.
Faut-il rapprocher du second les deux essais en vers : Carmen ut lilia crescant et Rex et progenies ?
Il est à cette époque, on vient de le dire, attaché au titre de premier aumônier au duc de Bourgogne, Philippe le Hardi. Celui-ci lui offre bientôt, après le 19 décembre 1393, la succession du doyen du chapitre de Saint-Donatien à Bruges. Gerson prendra possession par procureur le Samedi Saint 18 avril 1394.
110Son frère cadet, Jean, est alors entré chez les Bénédictins au couvent de Saint-Rémi, à Reims. Sa sœur Marion s’est mariée, mais ne tardera pas à perdre son mari.
Les pourparlers avec l’Angleterre ont continué toute l’année, sans résultat. Quant au schisme, les efforts pour le réduire s’intensifient ; l’Université prend position en faveur d’une intervention royale dans ce but. Dans un scrutin public, en fin de janvier 1394, dix mille voix se prononcent en ce sens ; le 26 février, quatre cents maîtres réunis aux Bernardins approuvent leurs députés Gilles Deschamps, Étienne de Chaumont. Le 6 juin le Mémoire rédigé par Nicolas de Clémanges pour prôner la voie de cession sera remis au roi. Mais le 30 juin celui-ci rejettera tout, et imposera le silence à l’Université. Le 16 septembre Clément VII mourra à Avignon et Pierre de Luna, élu le 28, prendra le nom de Benoît XIII. L’espoir renaît. Pierre d’Ailly, en octobre, part en ambassade auprès de lui. C’est dans ce cadre historique que se placent les sermons de Gerson : celui de Pâques, Pax vobis, prêché devant la cour le 19 avril 1394 ; celui de la Saint-Louis, Tu Domine rex, le 25 août ; et celui de la Toussaint, Exultabunt sancti.
La situation toutefois se tend rapidement. L’assemblée du clergé à Paris (2-18 février 1395) recommande la double cession et parle de soustraction d’obédience. Vers le 14 avril l’ambassade de l’Université, celle des ducs partira pour Avignon, mais se heurtera au refus de Benoît ; la rupture aura lieu en juillet. L’Université se retournera alors vers l’Angleterre pour l’entraîner dans la voie de cession.
Les deux sermons, pour les Rameaux : Ecce rex tuus venit (le 4 avril 1395) sans doute en présence du roi, et pour le Jeudi Saint Ante diem (8 avril 1395) font écho à ces évènements.
Sur ces entrefaites Pierre d’Ailly ayant été nommé, le 2 avril, évêque du Puy, Gerson se voit appelé à lui succéder comme chancelier (13 avril 1395). Il accepta pour échapper à la vie de courtisan qui le menaçait. Un bénéfice lui est adjoint le 12 juillet. Le 20 octobre, le « Banc du chapitre » près du puits du cloître est mis à sa disposition.
Mêlé désormais de plus près encore aux actes de l’Université, il interviendra dans les efforts faits en vue de terminer le schisme. Mais partisan de la voie de cession, il essaye de freiner la campagne pour la soustraction d’obédience. Tel est le sens du De substractione obedientiae, vers août 1395, en réponse au questionnaire adressé alors à Benoît XIII par l’Université.
Vers cette même époque, 1395-1396, s’inaugure sa correspondance spirituelle avec ses cinq sœurs qu’il décide à se consacrer à Dieu. C’est le thème de son traité sur l’excellence de la virginité, avec les sept enseignements qu’il y donne ; puis, bientôt après la Lettre à ses 111sœurs sur la méditation et les dévotions quotidiennes ; suivie à quelque temps de là des Neuf enseignements ou Avis pour la conduite chrétienne.
Dès ce moment aussi sans doute, ou du moins à partir de l’année scolaire 1396-1397, ses deux frères Nicolas et Jean sont auprès de lui, au Collège de Navarre, et il s’occupe de leur éducation. On possède encore une des lettres que leur mère leur écrivit alors.
Le début de mars 1396 voit simultanément se prolonger pour 28 ans la trêve avec l’Angleterre, et se conclure les fiançailles de Richard II d’Angleterre et d’Isabelle de France.
Plusieurs sermons datent de ces premiers mois, l’un d’eux Poenitemini, le 17 janvier, pour la Saint-Antoine ; peut-être le Suscepimus pour le 2 février. Le 30 mars il prêche son sermon Cum iam diabolus, pour le Jeudi-Saint ; puis le 29 mai le sermon In nomine Patris pour la Trinité.
C’est vers cette même époque, sans doute, tandis que croît l’opposition à Benoît XIII, qu’on parle de soustraction d’obédience et que se prépare le deuxième concile de Paris (16 août-14 septembre) qui admettra le principe de cette soustraction tout en reportant son application, qu’il écrivit son De schismate vel De papatu contendentibus.
C’est l’époque aussi de l’emprisonnement de Jean de Varennes [l’auteur fait un bond d’un siècle en arrière ?], le saint homme de Saint-Lié
qui dans sa retraite de Saint-Lié près de Reims, avait attiré les foules à ses sermons où il critiquait les abus et luttait contre le schisme. Ses excès de langage, tant à Saint-Lié qu’à Paris, lui avaient suscité des ennemis et le feront incarcérer à Saint-Maur (30 mai 1296), où il écrira sa défense. Gerson avait presque été conquis par lui ; il ne prit aucune part dans les poursuites dont il fut victime.
On trouve ensuite Gerson à Compiègne le 1er juillet, quand est communiquée la réponse des Anglais aux démarches tentées à Oxford, dès octobre 1395, par l’Université de Paris.
Quelque temps après, c’est à Bruges qu’on le voit ; envoyé là par Philippe de Bourgogne, il en profite pour prendre personnellement possession de sa charge de doyen, le 12 octobre 1396. Il y publie, le 16 octobre, une ordonnance capitulaire sur la célébration des messes de fondation. Au retour il alla rendre compte de sa mission à Philippe le Hardi. Peut-être était-il de retour à l’époque du mariage anglais, à Calais, 4 novembre 1396 ; mais très certainement à Noël, quand parvint la nouvelle du désastre des croisés à Nicopolis (25 septembre 1396). Son sermon Puer date de ce jour-là.
Tout au début de 1397 il adresse son Mémoire au roi Ut condemnatis ad mortem permittatur confiteri [Qu’il soit permis aux condamnés à mort de se confesser], en cinq considérations. Sa voix fut entendue comme en témoigne l’Ordonnance du 2 février 1397. La France avait alors à nouveau un dauphin (Louis, né le 12 janvier 1397).
112Peut-être est-ce à cette même année qu’appartient le sermon Ave Maria qu’il prêcha en la fête de l’Annonciation. Un peu plus tard, le 19 avril, c’est pour le Jeudi-Saint qu’il continue, avec le Tradidit Jesum Judas, la suite de ses sermons.
Une triple ambassade, française, anglaise et castillane part alors (juin-juillet) à Avignon, puis à Rome, pour obtenir des deux papes qu’ils acceptent la voie de cession. L’échec fut complet. Le 12 septembre le roi interdit à quiconque de prêcher ou d’écrire contre cette voie de cession.
En cette même année Gerson qui était demeuré jusqu’alors l’hôte du Collège de Navarre, loue à vie la maison qui était contiguë au jardin du Grand Maître.
À Noël il prononce devant le roi et la cour son sermon Gloria in excelsis. Peut-être est-ce déjà un écho à la lettre 9 de Nicolas de Clémanges.
Puis il repart à Bruges, où sa présence est signalée le 24 janvier 1398, le 4 et le 11 février, le 2 mars. Sans doute s’y prolongea-t-elle assez longtemps encore. Quand le 12 mars, après le décès de Pierre Mignot, il demande au chapitre de Notre-Dame le canonicat et la prébende de celui-ci, contre Gilles Juvenis, c’est par procureur qu’il le fait. (Le procès allait durer un an, et se terminer le 21 mars 1399 par la renonciation de Gerson). Et le 28 mars le Chantre qui le remplace lui demande par écrit ses instructions pour la licence de Mathieu Regnault.
Tandis que les positions se durcissent contre le pape Benoît XIII, que l’empereur Wenceslas, à Reims (23 mars 1398) entre dans les vues françaises, que Pierre d’Ailly est envoyé pour une dernière démarche, infructueuse, auprès du pape d’Avignon et que sont lancées (7 mars) les convocations pour le 3e Concile de Paris (7 mai) Gerson se tient à l’écart. Il intervient cependant de loin, en esprit de pacification et dans l’intérêt de la Flandre, par sa Sententia de modo se habendi tempore schismatis [Avis sur la conduite à tenir en temps du schisme]. Mais il n’assista pas aux séances du Concile (14 mai-28 juillet) ni au vote de la soustraction d’obédience. Celle-ci fut suivie du siège du palais des Papes à Avignon ; après quoi Benoît XIII y fut gardé à vue jusqu’en 1403.
De retour à Paris, Gerson prit part, à Saint-Mathurin, le 19 septembre 1398, à la séance de la faculté de théologie qui censura 28 propositions concernant les pratiques superstitieuses.
C’est à cette année qu’appartient la traduction qu’il fit pour la reine Ysabeau, de La Passion de Notre Seigneur Jésus Christ. Peut-être également d’autres traductions encore : celle des Soliloques de Saint Augustin ; celle de l’Aiguillon d’amour divine, le Stimulus amoris, de saint Bonaventure (antérieure certainement à 1406, date à laquelle 113fut transcrit un manuscrit de Paris qui la contient). Et pour la fête de la Toussaint, il donne son sermon Exultate.
À la fin de cette même année, le 3 décembre 1398, il entame une nouvelle action pour entrer en possession de la prébende de Saint-Merry, jadis tenue par Guillaume Baudin et alors revendiquée par Jean Willequin, mais litigieuse ; (il sera finalement débouté le 8 juillet 1401).
On l’entendit encore prêcher le 27 mars 1399 pour le Jeudi-Saint son sermon Si non lavero te, dans la série entreprise depuis quatre ans déjà.
Après quoi, c’est un nouveau voyage et un nouveau séjour à Bruges, mais plus long cette fois, et qu’il songera même à rendre définitif. Sa présence au chapitre de Saint-Donatien est attestée dès le 3 juin 1399 ; elle le demeurera jusqu’au 20 septembre 1400. On a alors coup sur coup des ordonnances du 9 et 30 juin et du 8 octobre 1399 sur l’exactitude aux réunions du chapitre, sur la célébration de l’office divin et sur le costume ecclésiastique. (En cette même année, à Paris, Guy de Roye, l’archevêque de Reims, fondait le Collège de Reims. On ne sait dans quelle mesure Gerson put être mêlé à cette fondation.)
Mais c’est de cette période surtout que vont dater de nouveaux écrits, assez nombreux, destinés à ses sœurs ; dont la Piteuse complainte de l’âme dévote, faussement attribuée à Pierre d’Ailly, que Gerson insérera plus tard dans sa Mendicité spirituelle.
Il est résolu à ce moment, à se démettre de la Chancellerie de Paris. Contre ses amis qui voudraient l’en dissuader, il met par écrit ses Causae propter quas cancellariam dimittere volebat [Raisons pour lesquelles il souhaitait se démettre de la chancellerie], et il avertit officiellement de son dessein la faculté de théologie de Paris, en demandant qu’on lui substituât en cette charge maître Dominique Petit. (Cette demande fut effectivement transmise au chapitre le 11 mars 1400). Toutefois sur l’intervention du duc de Bourgogne, Gerson revint sur sa décision et se prépara à regagner Paris vers la mi-mars.
Mais brusquement l’épidémie qui sévissait alors à Bruges aussi bien qu’à Paris, le saisit et le força à s’aliter. C’est de ce lit de malade qu’il écrit, le 1er avril 1400, son Epistola Dum mentis aciem, à Pierre d’Ailly, à laquelle il joint, dans la soirée, son Mémoire sur la réforme de la faculté de théologie.
Une autre lettre, Attulerunt eximie, à des amis de Paris sans doute, est du 27 avril. Elle est suivie, le 29, de la Première lettre au Collège de Navarre (Jocundum… Stimulavit me). Quelques jours après, à Paris, il y a, en son absence, collation de la licence en théologie.
C’est durant cette maladie qu’il écrivit, à l’intention de ses sœurs, sa Montagne de contemplation, suivie bientôt, (en 1401), du 114traité de la Mendicité spirituelle (ou Secret parlement, ou Le truant) où il s’inspire d’Agnès d’Auxerre. Plus tard, c’est la deuxième lettre Ecce pareo, aux Maîtres de Navarre. Une troisième suivra encore peu après, Bene actum esset, où il s’excuse presque du succès de ses écrits. Et, le 13 juillet 1400, c’est le Testament que, se sentant en danger, il crut prudent de rédiger.
Il se remit heureusement, et put reparaître au chapitre de Bruges, le 2 septembre. Dès le 21 septembre, il repartit pour Paris.
L’empereur Wenceslas avait été déposé le 20 août, et les affaires du schisme ne se clarifiaient guère.
Gerson est préoccupé par la formation chrétienne des simples gens
. Pour eux comme pour ses sœurs, il multiplie au cours de cette année 1400-1401 ses traités en langue vulgaire. C’est d’abord son Traité des dix commandements (ou Miroir de l’âme) avec sa lettre d’envoi Conqueritur Dominus, aux évêques. Puis, le Bref traité des tentations. Ensuite les Considérations sur le péché de blasphème ; l’écrit Contre conscience trop étroite et scrupuleuse et remède contre les tentations de blasphème, cette seconde partie faisant partie intégrante (comme troisième instruction) du traité même. (La traduction latine en existait déjà en 1406.) Dans le même sens, Traité contre spirituelle pusillanimité et scrupulosité de conscience (traduit lui aussi en latin et transcrit avant 1406). Enfin ses Règles pour connaître la distinction entre péché mortel et véniel (Proufit de scavoir qui est péché mortel et véniel). Peut-être faudrait-il y ajouter aussi L’exemplaire des petits enfants qui semble perdu.
Il reprit sans tarder ses prédications. Son sermon Vidimus pour la Toussaint pourrait être de ce 1er novembre 1400. Bientôt le 13 janvier 1401, le dauphin Charles mourait ; son frère Louis prit son titre. Pour le Jeudi Saint, 31 mars 1401, Gerson donne le sermon Omnia dedit, de dominio evangelico ; le 22 mai, peut-être, pour la Pentecôte, en l’église Saint-Paul, c’est le sermon Mansionem ; et le 29 mai, pour la Sainte Trinité, le sermon Si terrena dixi.
C’est alors qu’il perdit sa mère ; Élisabeth la Chardenière mourut en effet le 8 juin 1401. Lui-même composa son Épitaphe.
Dans les semaines qui suivirent, il monta sans doute jusqu’à Arras où il rencontra l’illuminée dont il parlera dans ses leçons. Peut-être aussi alla-t-il à Cambrai, puis à Hérinnes-les-Enghien, à la Chartreuse de la Chapelle, où il entra en rapports avec Barthélemy Clantier et reçut de lui l’Ornement des Noces spirituelles, de Ruysbroeck.
L’année scolaire le ramena à Paris. Il va désormais s’y adonner de façon très assidue à l’enseignement, prenant pour texte l’évangile de saint Marc. L’on voit ainsi se succéder, en octobre et novembre les Lectiones duae super Marcum, le De distinctione verarum visionum 115a falsis qu’il enverra quelques semaines plus tard, au début de janvier probablement avec son épître dédicatoire Nuper unam, à son frère Nicolas ; la Lectio de duplici logica et la cinquième lection à la suite ; enfin le De non esu carnium apud Carthusienses [Sur l’abstinence de viande chez les Chartreux] qui fut rédigé sous forme de traité et envoyé avec lettre dédicatoire à Jean de Gonnant.
L’enseignement est entrecoupé de sermons : sermon universitaire Beati qui lugent, pour la Toussaint ; sermon français, le lendemain, Beati qui lugent pour le jour des morts ; on y trouve l’allusion à la mort de sa mère ; sermon français encore le 8 décembre 1401, Tota pulchra es, pour l’Immaculée Conception, à Saint-Germain.
Le 11 novembre il avait assisté à la profession religieuse ou prise d’habit de son frère Nicolas, qui avait quitté le Collège de Navarre pour entrer chez les Célestins (à la Sainte-Trinité, de Villeneuve-lez-Soissons). Il lui adressera le 5 décembre sa lettre Tardiores ad te, et trois jours plus tard, au prieur de Nicolas, la lettre Non indignetur, confiée sans doute au même courrier.
Peut-être faut-il aussi rapporter à cette époque les Onze ordonnances pour ses sœurs ; postérieures à la mort de leur mère, mais du vivant du père, encore. Marion, l’aînée des filles s’est alors remariée.
On peut ajouter encore, semble-t-il, les Douze considérations pour que soit exaucée la prière ; peut-être encore : Pour qu’on refrène sa langue.
Avec le début de 1402 le conflit entre les ducs vient de s’apaiser temporairement. Mais les taxes et impôts augmentent de plus belle.
Les discussions autour du schisme reprennent également. Certains, dont l’Université de Toulouse, travaillent pour la reprise de l’obédience. Le duc d’Orléans y est favorable, ainsi que les ambassadeurs du roi de Castille. Les ducs de Bourgogne et de Berry et l’Université de Paris y sont opposés. Le 15 avril, en un discours violent, Jean Courtecuisse lance contre Benoît XIII les accusations de parjure, de schisme, d’indignité, et demande la convocation d’un Concile de l’obédience. C’est à cela sans doute que répondent de la part de Gerson, la Protestatio super statum Ecclesiae et ses Répliques aux attaques formulées contre Benoît. Il parviendra bientôt à rallier à son point de vue 33 maîtres en théologie sur 44.
Son enseignement continuait ainsi que ses sermons. De janvier-mars date son De temperantia in cibis, potu et vestibus praelatorum. Il entreprit ensuite, semble-t-il, toute une série de prédications, en français, pour le Carême : le 8 février, pour le Mercredi des Cendres : Convertimini ad me ; le 12 un sermon sur la tentation : Non in solo pane, pour le 1er dimanche de Carême ; un autre à Saint-Jean-de-Grève (et non pas en l’église du Saint-Esprit) : Omne regnum, pour le 3e dimanche, 26 février ; le sermon Misereor turbae, pour le 4e dimanche, 5 mars ; puis, le 19 mars, Hoc sentite in vobis, pour les Rameaux.
116Il se peut qu’on doive reporter à cette année, au 8 mars, la Harangue qu’il prononça pour les licenciés en médecine (reprise et mise en forme dans le De erroribus circa artem magicam [Sur les erreurs en matière de magie]).
C’est en ce premier trimestre, un peu avant le 13 mars, qu’il écrivit son Epistola I ad Bartholomeum, sur Ruysbroeck et le De ornatu spiritualium nuptiarum
. Alors aussi qu’il commença ses leçons qui, continuées jusque juin et mises en forme, constituèrent le De vita spirituali animae, dont il fit hommage à Pierre d’Ailly, par sa lettre d’envoi Postulare dignatus es. Il y rappelle comment l’évêque de Cambrai vint un jour assister à l’une de ces leçons.
Le Jeudi-Saint, 23 mars, il donna son sermon sur l’humilité : A Deo exivit ; puis, le 16 avril de cette même année, le 3e dimanche après Pâques, le sermon au peuple Obsecro vos. Il avait été précédé, le 13 avril, de l’épître Cum nuper devoti, au supérieur d’un de ses frères, ou bien à Nicolas lui-même.
Aux discussions alors en cours, pour ou contre la reprise de l’obédience, pour ou contre la convocation d’un Concile de l’obédience, se rattachent, peu après le 15 avril, le traité De schismate, les Considerationes de restitutione obedientiae Benedicto, et le De concilio unius obedientiae.
D’autres discussions sont également engagées alors, qui roulent autour du Roman de la Rose. Christine de Pisan s’y est lancée, avec ses lettres de 1401 à Jean de Montreuil, Gontier Col, la reine Ysabeau, Guillaume de Tignonville et le Dit de la Rose. Gerson publie le 18 mai son Traité contre le Roman de la Rose. Il y reviendra à plusieurs reprises, même dans ses sermons.
Ceux pour la Trinité, 21 mai 1402 : Videmus nunc per speculum, pour la Fête-Dieu, le 25 mai : Memoriam fecit, et le 24 juin, pour la Saint-Jean-Baptiste : Multi, suivent de tout près.
C’est probablement aux vacances scolaires suivantes, juillet-août 1402, qu’il faut attribuer les Notulae super quaedam verba Dionysii de Coelesti Hierarchia, ébauche d’un cours qui ne fut pas donné. On peut en rapprocher aussi peut-être, pour la date, ses Conclusions contre la fête des fous ; ainsi que le Centilogium de impulsibus, suite et complément du De vita spirituali animae.
À ces mêmes vacances appartient son sermon Fulcite me floribus prêché, peut-être au Collège Saint Bernard le 20 août 1402 pour la fête de Saint-Bernard. Bientôt après, à Vauvert sans doute, il donne aux Chartreux son sermon Quae est ista, pour la Nativité de la Sainte-Vierge.
De la même époque datent et son Exspostulatio… adversus correptionem juventutis, et sa lettre à Pierre Col : Talia de me scribis, qui vient s’insérer dans la controverse autour du Roman de la Rose, 117entre la lettre de Pierre Col à Christine de Pisan et la réponse de celle-ci.
C’est au cours de cette année 1402 (avant novembre) que la Faculté de théologie se prononça, et Gerson avec elle, contre les doctrines ou du moins les procédés de démonstration et les formules de Raymond Lulle.
Avec la nouvelle année scolaire, Gerson reprend ses leçons sur saint Marc. Il donne, les 8 et 9 novembre, ses deux leçons Contra vanam curiositatem studentium. Elles se voient suivies de toute la série des leçons qui, mises en forme plus tard, constitueront le De mystica theologia speculativa. C’est à leur début, vers novembre, que se situe aussi l’Annotatio doctorum aliquorum qui de contemplatione locuti sunt.
Avec l’Avent, Gerson entreprend cette année une imposante série de prédications au peuple sur le thème général des péchés capitaux, la grande série des Poenitemini. Les sermons se suivent serrés, débutant tous par ce même texte : le 3 décembre à Saint-Germain, contre la gourmandise : sermon et collation ; le 10 contre la luxure ; un autre encore, le 17, sur le même sujet à Saint-Jean-de-Grève. Auparavant, le 8 décembre le sermon Tota pulchra pour la fête de l’Immaculée Conception. Puis, pour le 4e dimanche de l’Avent, en la vigile de Noël Poenitemini… in benedicta hac die. Peut-être donne-t-il le lendemain pour la fête de Noël, son sermon Gloria.
Le 31 décembre, le sermon porte sur la chasteté ; et le dimanche suivant, 7 janvier 1403, dans l’octave de l’Épiphanie, sur la chasteté conjugale. C’est ensuite contre l’avarice qu’il parle le 14 janvier. Trois jours plus tard, pour la Saint-Antoine, il prononce devant le duc de Bourgogne le sermon Dedit illi, à l’abbaye de Saint-Antoine.
Le dimanche de la Septuagésime le sermon Poenitemini… misit operios, traite de la paresse ; le suivant, pour la Sexagésime, 18 février, de la colère ; puis, pour la Quinquagésime de l’envie. Viennent ensuite aux trois premiers dimanches de Carême, les trois sermons contre l’orgueil (4, 11 et 18 mars).
Il avait été désigné pour prêcher le 13 mars au Synode. Mais à cause de la cessation des cours décrétée à l’Université, ce sermon n’eut pas lieu. Cette grève était-elle en relation avec les événements d’Avignon ?
Le 11 mars en effet, Benoît XIII s’évadait d’Avignon où depuis cinq années il était gardé prisonnier. Les efforts pour la restitution d’obédience allaient redoubler. Déjà, entre octobre 1402 et mars 1403, Gerson avait composé dans ce sens son Trilogus in materia schismatis, tandis que Pierre d’Ailly écrivait son De materia concilii generalis. Il allait poursuivre l’effort.
118En attendant, il prêche le Jeudi-Saint, 12 avril, le sermon Ad Deum vadit ; et le lendemain, matin et soir, à Saint-Bernard, son grand sermon pour la Passion, Ad Deum vadit.
C’est dans le mois suivant que se négocia et finalement se décida, le 28 mai, la restitution d’obédience de la France au pape d’Avignon. Pierre d’Ailly l’exalta dans ses deux sermons du 30 mai et du jour de la Pentecôte. Gerson lui fit écho le lundi 4 juin dans son sermon du Saint Esprit : Emitte spiritum tuum. Il donne encore au peuple un autre sermon pour la Nativité de saint Jean-Baptiste : Multi in nativitate.
Il semble que, parallèlement à son enseignement, il continue son effort pour mettre à la portée des humbles gens la doctrine spirituelle. C’est de cette époque que datent peut-être son Examen de conscience sur les sept péchés capitaux ; puis la Médecine de l’âme ou la science de bien mourir, qui deviendront respectivement les 2e et 3e parties du Triparti. Peut-être aussi le Traité de la consolation sur la mort de ses amis (qu’il complétera beaucoup plus tard par ce qu’il présente comme étant le Proesme du traité de consolation, ou Paraphrase du Fiat voluntas tua).
Puis, toujours en français comme les traités précédents, l’ABC des simples gens, et le Modus brevis confitendi.
Les vacances scolaires furent marquées par la réintégration des Frères Prêcheurs dans l’Université (21 août 1403), démarche à laquelle il avait beaucoup travaillé en qualité de chancelier.
Au début d’octobre, Gerson part en ambassade auprès de Benoît XIII au nom de l’Université, avec six autres maîtres, porteurs de nombreuses suppliques. Il est à Sallone du 16 au 23 ; à Marseille le 9 novembre, où il prononce devant le pape son discours : Benedic haereditati tuae, et lui présente le Rotulus de l’Université. Il obtient de lui, par Bulle du 18 novembre, que la cure de Saint-Jean-de-Grève soit incorporée à tout jamais à la chancellerie de Notre-Dame.
Un mois plus tard, le canonicat et la prébende de Girard de Montaigu au chapitre de Notre-Dame de Paris, étant devenus vacants par sa nomination au siège de Poitiers, Gerson les obtient par procureur, le 24 décembre 1403.
À la Curie, Gerson rencontre Nicolas de Clémanges, attaché comme secrétaire au pape Benoît XIII. Avec lui et Muret, il décide de ne pas transmettre au pape la lettre Altitudinem tuam
de Jean de Montreuil, soumise par celui-ci à leur examen.
Le 1er janvier 1404, à Tarascon, il prononce devant le pape une nouvelle harangue : Apparuit gratia Dei, qui déplut à Benoît XIII et le fit revenir sur la concession faite le 18 novembre. Gerson informa de ces évènements le duc d’Orléans par sa lettre Multa hactenus du 1195 janvier et s’en ouvrit encore un peu plus tard à Pierre d’Ailly dans sa lettre Decreveram.
Il est de retour à Paris dès avant le 17 janvier peut-être, certainement avant le 25 où il est reçu personnellement au chapitre de Notre-Dame, et installé trois jours plus tard, le 28. On l’y charge même de donner le sermon au prochain synode. Ce qu’il fait le mardi 26 février par son sermon Poenitemini… Evangelium hodiernum sur la vie des clercs.
Le 27 avril 1404 Gerson perd son protecteur, Philippe duc de Bourgogne, à qui succédera Jean sans Peur. C’est peut-être au cours de cette année scolaire qu’il assembla en un traité : Opus tripartitum (ou Doctrinale) ses trois opuscules précédemment parus : le Miroir de l’âme, l’Examen de conscience et la Médecine de l’âme, les faisant précéder d’une lettre d’envoi assez générale : Christianitati suus qualiscumque… Salubre duxi (Mathieu Regnault, évêque de Thérouanne (19 juillet 1404) en reçut un exemplaire le 15 mars 1405). Sa Méditation sur l’Ascension est à fixer aussi sans doute vers ce même temps ; et peut-être aussi ses considérations De modo vivendi omnium fidelium.
Le 6 juin, on voit Gerson acheter pour 80 francs, sans mobilier, la maison claustrale de Jean Juvenis. Le 25 du même mois il est, par le chapitre, nommé proviseur de l’Hôtel-Dieu ; et chargé également des enfants de chœur de Notre-Dame. Les registres du chapitre témoignent comment il s’en occupa activement. Déjà, en tant que chancelier, il avait à sa collation les écoles de Saint-Séverin, Saint-Eustache, Saint-Gervais, Saint-Germain-l’Auxerrois, Saint-Nicolas-des-Champs et Saint-Paul.
Il eut à intervenir bientôt dans l’affaire de Charles de Savoisy, dont les gens avaient molesté et blessé, le 14 juillet, des écoliers de l’Université lors d’une procession à Sainte-Catherine pour la paix et la santé du roi. Plaintes de l’Université ; cessation des cours. Le 19 juillet, devant le Sénat, Gerson soutint dans son discours Estote misericordes, la plainte de l’Université. La sentence de condamnation fut portée le 22 août.
Peu après, le 14 septembre, Gerson perdit son père, Arnould le Charlier, retiré au monastère de Saint-Remy de Reims auprès de son fils le Bénédictin. Peut-être l’épitaphe est-elle due au chancelier. C’est à lui qu’il avait adressé quelque temps auparavant la lettre présentée comme Instructio ad senem quomodo se ad mortem praeparet. Il se peut qu’il lui ait communiqué aussi le Testamentum quotidianum peregrini.
On serait tenté de rapprocher de cette épreuve, et le sermon pour le jour des morts, Sancta et salubris, prêché à Saint-Séverin, peut-être ce 2 novembre 1404, et la belle Complainte des âmes du Purgatoire qui le suit dans certains manuscrits.
120Mais bientôt les affaires du royaume et de l’Église vont réclamer à nouveau son attention. Boniface IX, le pape de Rome, était mort le 1er octobre ; le 17 un successeur lui est donné, Innocent VII. Le pape d’Avignon qui avait entamé des pourparlers avec Boniface, les reprend avec celui-ci. Après leur échec, il s’engage dans la voie de fait ; et de Nice, puis de Gênes (mai 1405) marche sur Rome. La peste l’obligera cependant à revenir à Marseille.
En France, les dépenses folles des princes, les tailles nouvelles qu’ils lèvent (5 mars 1405) indisposent le peuple ; l’hostilité entre Bourgogne et Orléans va croissant ; les deux partis s’arment. Les Bourguignons ramèneront le Dauphin à Paris (25 août) et jusqu’à la réconciliation du 16 octobre on craindra le pire.
En cette année Gerson est l’objet d’une plainte déposée par Me Jean le Dorée à propos d’examens ès-arts auxquels le chancelier aurait mis empêchement. Le parlement en est saisi les 3-10 août 1405.
En mai, il a pu entendre les réquisitoires vigoureux prononcés par l’Augustin Jacques le Grand contre la reine et le duc d’Orléans. Du 15 juillet au 15 août il est absent de Paris. On le voit le 16 juillet à Bruges où il doit répondre aux critiques et parer aux manœuvres de Robert Bourgois.
Il est de retour à Paris quand la délégation de l’Université est éconduite, à Melun, par le duc d’Orléans (septembre 1405). C’est après la réconciliation des princes que, le samedi 7 novembre, il prononce au Louvre, devant le roi de Navarre et les ducs, son discours Vivat rex.
À ce moment, depuis le 21 novembre, l’Université suspend ses cours, ainsi que les sermons d’Avent, en protestation contre les collectes ordonnées par le pape Benoît XIII. La grève se prolonge jusqu’à Noël, sinon même jusqu’à la fin de janvier 1406.
L’hostilité au pape va croissant ; et l’on songe à une nouvelle soustraction d’obédience. De violents discours de Jean Petit (17 mai), de Pierre Plaoul (7 juin) vont dans ce sens. En juillet l’Épître des Toulousains, (celle de 1402) est déférée au Parlement. Et le 11 septembre, Gerson assistera à la délibération par laquelle celui-ci abolira les annates et les décimes de Benoît.
Il se peut qu’à cette année 1406, sinon à l’année précédente déjà, appartiennent divers écrits se rapportant au ministère de la direction qu’il exerce auprès des enfants, et de la confession : conseils donnés aux maîtres : le Dialogus cordis, conscientiae, rationis et quinque sensuum : De toute humaine créature
; le Dialogue : Dame raison, ma bonne mère
; le Doctrina rationis et conscientiae : Âme il est temps matière avoir
; et le livret Puisqu’en paix suis. Conseils donnés aux confesseurs : De arte audiendi confessiones ; et l’apologie de sa propre conduite : De parvulis trahendis ad Christum.
121En avril, le samedi 3, veille de la Passion, il avait en qualité de chancelier présidé les cérémonies pour la licence en médecine et prononcé son Oratio pro licentiandis in medicina ; de même quelques semaines plus tard, au temps pascal, la Collatio pro licentiandis in decretis.
On le retrouve en octobre, le 6, mandaté par le chapitre pour plaider auprès du roi la cause de l’Hôtel-Dieu. C’est le thème du discours Miserere mei, qui dut être prononcé le 7 ou le 8.
Vers la même époque surgit le conflit qui va mettre aux prises pendant plus de quatre ans (16 octobre 1406 - juillet 1410) le chapitre de Notre-Dame et les moines de Saint-Denys au sujet du chef de saint Denys. À la procession du 7 novembre, pour la paix entre les ducs, Gerson prêche à Sainte-Catherine et défend l’authenticité de la relique conservée à Notre-Dame.
Quelques jours plus tôt, le 2 novembre, il avait, semble-t-il, dans son sermon Memento finis, prêché devant le roi, fait allusion au concile de Paris sur le point de s’ouvrir. Convoqué d’abord pour la Toussaint et retardé jusqu’au 18 novembre, il devait remettre en question l’obédience restituée à Benoît XIII. Gerson y assista mais n’y prit pas la parole. On a pourtant de lui deux écrits, Acta quaedam de schismate tollendo, et Disputatio de schismate tollendo composés en novembre, dans l’intervalle qui s’écoula entre la mort d’Innocent VII (6 novembre 1406) et la nouvelle de l’élection de Grégoire XII (30 novembre). Les débats violents à l’assemblée, aboutirent le 4 janvier 1407 au refus d’obédience au temporel.
Grégoire ayant proposé à Benoît XIII une mutuelle cession, les esprits se mirent à l’espérance. Le sermon prononcé à cette occasion, le 26 janvier, par Gerson, la nouvelle assemblée du clergé le 21 pour la paix, trahissent ces dispositions. Les pourparlers commencèrent entre les papes ; l’envoi d’une ambassade dont Gerson ferait partie, avec Pierre d’Ailly, Pierre Plaoul, Guillaume Fillastre, Pierre Cauchon, fut décidée par le roi (18 février ; 13 mars). Le 18 mars, dans son sermon Vade in pace, sur l’union de l’Église, Gerson est toujours à l’espérance.
Il part bientôt, pour plus d’un an (18 avril 1407 - 7 mai 1408). Est-ce alors qu’il passa à Auxerre et vit Agnès d’Auxerre ? Il est le 30 avril à Villeneuve-les-Avignon ; le 9 mai à Marseille où se trouve le pape Benoît XIII. L’ambassade obtient audience le 17 ; ce même jour Gerson prêche dans l’église des Frères Mineurs, devant les cardinaux sur le thème : Rogate quae ad pacem ; mais le pape se dérobe. Le 21 Gerson est à Aix. Avec Pierre d’Ailly, Jacques de Nouvion, Philippe de Villette, il y rédige les Rationes ad differendam subtractionem. Avec une partie des ambassadeurs il continue la route vers Grégoire XII par Gênes (début de juin), puis par mer, pour arriver 122à Rome le 16 juillet. Là aussi le pape hésite, se dérobe. Les audiences (du 18 et du 28 juillet) n’obtiennent rien ; et les ambassadeurs reprennent la route du retour. Dès le 21 août Gerson est à Gênes où il demeurera jusqu’au 26 janvier suivant. Il écrit de là, avec Pierre d’Ailly, le 15 septembre 1407, une Lettre à Grégoire XII.
Il y compose également le De theologia mystica practica, en septembre-novembre 1407. Sans doute aussi écrit-il alors pour ses sœurs le Dialogue spirituel (à moins qu’il ne l’ait fait à Rome ou un peu plus tôt encore au cours de son voyage).
Pendant ce temps les deux papes se rapprochent sans pourtant se rencontrer. Le 24 septembre Benoît XIII est à Savone, mais Grégoire fait défaut. Du 23 au 31 décembre Benoît sera à Gênes, puis à Pietra Santa, à Lucques. Le 26 janvier 1408 Gerson avec d’Ailly et les autres ambassadeurs quittent Gênes et regagnent la France. L’Université de Paris a déjà déclaré les deux pontifes schismatiques. L’on s’achemine vers la soustraction d’obédience et même l’idée d’un Concile général. Le 18 janvier Charles VI abolit les taxes apostoliques.
Quand Gerson rentre à Paris, au début de février 1408, la situation politique est des plus tendues. Le duc d’Orléans a été assassiné le 23 novembre par le duc de Bourgogne qui s’est enfui. Mais il s’est ressaisi, et on le verra revenir le 28 février. Le 8 mars, dans la maison du roi, en Saint Paul, Jean Petit présentera l’apologie de Jean sans Peur.
Gerson publie, (février-mars 1408) toute sa Theologia mystica, désormais achevée avec ses deux parties, spéculative et pratique. Il obtient par une Bulle de Benoît XIII, du 19 février, à titre personnel et non en tant que chancelier, la cure de Saint-Jean-de-Grève devenue libre par le décès de Garnier Guérout. Il en prend possession le 29 mars ; mais les protestations de l’abbé du Bec feront mettre sous séquestre les droits et revenus de la cure.
À cette époque, sinon même plus tôt, appartiennent sans doute son Super moderatione casuum reservandorum, adressé peut-être à Pierre d’Ailly ; de même la lettre Dum placuit, qu’il écrit à son frère Nicolas au sujet de l’autre frère Jean, entré lui aussi chez les Célestins et près de faire profession au monastère de Limay près de Mantes (au diocèse de Rouen) et qui traversait alors une crise de dépression nerveuse. Gerson avait été auparavant, avec Pierre d’Ailly, peut-être au retour d’Italie, rendre visite à Nicolas en son monastère de Villeneuve.
Avec le temps pascal revinrent les promotions à la licence et la Collatio pro licentiandis in Decretis qu’il prononça à cette occasion.
La fin du mois d’avril le voit à Reims, au synode convoqué là par Guy de Roye. C’est lui qui donne le sermon Bonus pastor, le dimanche 12329 avril. Il le fait suivre, le lendemain, de son traité De visitatione praelatorum et de cura curatorum.
À son retour à Paris, il trouve l’Université en grève, depuis six mois, les leçons et sermons suspendus, en protestation contre le geste du prévôt Guillaume de Tignonville qui a fait exécuter deux étudiants homicides. Gerson exprime devant le roi, dans son Discours Diligite justitiam, les plaintes de l’Université (avant le 4 mai).
Tandis que, à Lucques, Grégoire XII brise avec ses cardinaux (4 mai), la campagne pour la soustraction d’obédience, ou même la neutralité, continue et aboutit finalement dans la grande séance du 21 mai à Paris. Pierre d’Ailly, Guy de Roye, Nicolas Clémanges sont suspects et se cachent. Gerson n’est pas inquiété. Il demeurera à Paris durant que se décide (juillet) et se prépare, puis se tient (mars 1409) le concile de Pise.
C’est à cette époque (1408) qu’appartient peut-être sa lettre à Jean Morel, Judicium de vita sanctae Erminae. Il avait rencontré à Reims, en avril probablement, le prieur de l’abbaye de Saint Denys de Reims, jadis confesseur d’Ermine, désireux de publier cette vie. Un peu plus tard, au cours du second semestre, c’est l’Epistola IIa ad Bartholomeum, par laquelle Gerson revient sur le problème du De ornatu
de Ruysbroeck et réplique à l’Epistola responsalis
de Jean de Schoonhoven. Dans un autre ordre d’idées, voisin des décisions prises au synode de Reims, le Mémoire Rememoratio agendorum per praelatum durante substractione.
Bientôt se tiennent à Paris les assises, aux discussions souvent âpres du cinquième Concile de l’Église de France (1er août-6 novembre), avec l’hostilité manifestée au pape d’Avignon, mais aussi à Pierre d’Ailly (qui s’y rend néanmoins entre le 21 septembre et le 11 octobre).
Les discussions, moins graves, sur le chef de saint Denys, continuent. Le lettre de Gerson Stimulaverunt fateor, à l’abbé de Saint-Denys à ce sujet, est du 8 octobre. Il préparait alors un sermon, qu’on n’a pas retrouvé, pour la fête de Saint-Denys.
D’autres sujets d’inquiétude viennent de la lutte entre les maisons d’Orléans et de Bourgogne et de la guerre civile qu’on redoute. C’est dans ce cadre que se situe sa lettre du 16 octobre Ex litteris binis, à Pierre d’Ailly (la deuxième Épître de consolation, des éditions). Il est en train de préparer pour la prochaine Toussaint son sermon (non retrouvé) Beati qui persecutionem. De cette même époque aussi doit être datée la lettre Scriptum est melius, qu’il adresse à un évêque nouvellement nommé, Gilles des Champs, selon toute vraisemblance, qui vient d’être appelé au siège de Constance et consacré le 27 septembre 1408. Le 4 novembre, au nom de l’Université, Gerson prononce son Discours au roi : Veniat pax, en faveur de la réconciliation. Le 18 novembre Jean sans Peur entre à Paris, abandonné par la cour 124et les ducs ; c’est le 9 mars seulement qu’il conclura un accord avec le roi.
Le 2 janvier 1409 Gerson assiste à la déclaration de la Faculté de théologie concernant le Frère Mineur Jean Gorrel et les thèses qu’il a soutenues à ses vespéries au sujet des pouvoirs des curés et des Mendiants quant au sacrement de pénitence.
Dans le sens du Concile de Pise qui est convoqué, il jette par écrit son Canevas, aide-mémoire pour défendre cette convocation ; il harangue dans sa Propositio facta coram anglicis, le 29 janvier, l’ambassade anglaise à son passage à Paris. Le même jour il entreprend le De unitate ecclesiastica, auquel il joindra les Considerationes quatuor qui le confirment. Il écrit encore ses Propositiones ad schisma per viam Concilii generalis terminandum, dans la ligne des Propositiones probabiles
rédigées par Pierre d’Ailly en ce mois de janvier à Aix et Tarascon.
C’est le 25 mars que s’ouvre le Concile à Pise. Gerson n’y assiste pas ; ses devoirs de chancelier, de professeur, de curé, le retiennent à Paris.
Le 27 mars, comparaissant en personne au Parlement, il est mis en possession définitive de sa cure de saint-Jean-de-Grève. Le 1er avril au chapitre de Notre-Dame il donne lecture de son Mémoire sur l’affaire du Chef de Saint-Denys.
Vers ce même temps il compose le De passionibus animae ; et, avant juin, le De statibus ecclesiasticis (y compris le De duplici statu curatorum et privilegiatorum).
Il a continué ses leçons ordinaires sur l’Évangile de Saint Marc. Une leçon, la 12e, subsiste qui fut donnée entre le 15 juin et le 8 juillet : De auferibilitate sponsi ab Ecclesia [Sur la possibilité pour l’Église d’être privée de son époux], qui sera reprise plus tard, avec quelques additions, au Concile de Constance.
À ce moment, à Pise, la soustraction d’obédience a été décidée (17 mai), la déposition des deux papes prononcée (5 juin) et Alexandre V finalement élu. Quand la nouvelle en parvint à Paris, Gerson lui adressa son pseudo-sermon pour l’Ascension : Domine si in tempore hoc.
C’est en se rendant à ce Concile que Guy de Roye, l’archevêque de Reims avait été tué, aux environs de Gênes, le 8 juin 1409.
Il faut noter que du 24 juillet au 20 août, Gerson est absent du chapitre. Il se rend effectivement à Bruges (sa présence y est attestée le 31 juillet et le 5 août) où il doit déjouer les manœuvres qui tendent à l’évincer de son décanat de Saint-Donatien. Sans doute faut-il placer à son retour, la nouvelle lettre qu’il adresse à Pierre d’Ailly, Si de temporali, en réponse à celle que l’évêque de Cambrai lui avait envoyée le 18 août.
125La nouvelle année scolaire 1409-1410 va se voir bouleverser bientôt par la Bulle Regnans in excelsis
qu’Alexandre V avait édictée le 12 octobre en faveur des Mendiants. Toute l’Université va se dresser contre elle et contre eux. Auparavant cependant on enregistre le sermon Pax hominibus prononcé par Gerson, entre le 16 et le 21 décembre, pour la réunion des Grecs à l’Église romaine.
Le dimanche 23 février 1410, à Notre-Dame, c’est contre la Bulle des Mendiants qu’il prononce son sermon Quomodo stabit regnum. Les Frères Mineurs et les Ermites de Saint Augustin qui veulent, malgré tout, se prévaloir de la Bulle, se voient exclure de l’Université. Celle-ci porte, le 5 mars, sa censure contre la Bulle.
Gerson continue son enseignement. Le texte de Saint Marc lui permet d’aborder en sa lectio 13 : An liceat gravato debitis intrare religionem, le cas du chevalier Jean, entré jadis à la Chartreuse. Ce cas va revenir un peu plus tard encore, le 21 et le 28 mai, pour se voir exposer dans un Mémoire du chancelier et trancher par une décision de l’Université.
Au temps pascal, il avait présidé aux actes de licence et prononcé sa Recommandatio licentiandorum in Decretis, pleine d’allusions à la Bulle des Mendiants.
Peu après, le 6 mai, mourut Alexandre V. Son successeur Jean XXIII fut élu le 23 mai. Une Bulle de lui, en date du 27 juin, interprète la Bulle Regnans in excelsis
. Au mois suivant, le 24 juillet, Gerson se vit confirmer par lui et dans son décanat de Bruges et dans sa cure de Paris.
C’est de cette année que date sa consultation De forma absolutionis sacramentalis adressée à son frère le Célestin Nicolas sans doute, où, malgré la menace de la guerre civile Gerson dit sa volonté de demeurer à Paris. La menace va être écartée pour quelque temps encore par le nouvel accord conclu le 2 décembre entre le duc de Bourgogne et le roi.
Au début de l’année scolaire Gerson tombe malade. Il est pour ce motif absent du chapitre du 29 octobre 1410 au 2 février 1411. Durant ce temps l’Université a repoussé à nouveau les bulles d’Alexandre et de Jean XXIII. Elle publie son Avisamentum
pour la réforme de l’Église.
Le 15 avril 1411 est édicté par le chapitre de Notre-Dame le règlement des enfants de la maîtrise. Gerson le complète par sa Doctrina pro pueris ecclesiae parisiensis, traité d’éducation chrétienne autant que règlement de communauté.
En juillet Pierre d’Ailly et Guillaume Fillastre sont créés cardinaux. Le 15 juillet, Jean Petit meurt à Hesdin. En juillet encore la situation politique s’assombrit en France : Bourgogne lance son 126défi à Orléans ; les Bourguignons se rendent maîtres de Paris. On est en guerre civile. Paris est sous la domination des bouchers. La reine se retire à Melun (juin-septembre). Gerson s’est élevé hautement contre les prodigalités de la cour.
Le 21 juillet Sigismond a été élu à la tête de l’Empire. Il va s’employer de toutes ses forces à mettre fin au schisme et à promouvoir en ce but un concile général de toutes les obédiences. En attendant, conformément à la décision prise à Pise, Jean XXIII va réunir un Concile à Rome pour promouvoir la réforme. Des réunions préalables, au nombre desquelles l’assemblée générale du clergé tenue à Paris en février-mars 1412, entendent s’y préparer. Gerson y avait été délégué, pour y représenter le chapitre, le 8 janvier. Deux jours plus tôt, à l’aube de l’Épiphanie, Jeanne d’Arc naissait à Domrémy.
Malgré les inquiétudes et les troubles, Gerson a continué ses leçons ordinaires. Il reste de cette année sa leçon 14 in Marcum : De desiderio et fuga episcopatus. De cette année également, sinon même plus tôt, datent ses deux traités De praeparatione ad missam post pollutionem nocturnam, et à sa suite De pollutione diurna ou De cognitione castitatis, composés plus particulièrement à l’intention des prêtres et des religieux.
Il suit les détails de la lutte entre les princes ; l’expédition menée par Jean sans Peur contre le duc de Berry à Bourges (5 mai 1412). Il s’associe aux multiples processions des Parisiens, de l’Université, pour la paix, presque tous les jours de juin ; il se réjouit de la paix d’Auxerre (juillet 1412). Peut-être est-ce au cours de cette année que, de Langres, Nicolas de Clémanges lui dédie son Contra praelatos simoniacos
.
Le Concile de Rome ne s’ouvrit qu’à la fin de 1412 ou au début de 1413 ; puis, le 3 mars, fut prorogé jusqu’en décembre. Dans les mois suivants, Ladislas marche sur Rome et s’en empare ; le pape s’enfuit.
À Paris l’année scolaire 1412-1413 s’est ouverte normalement. Le 2 mars Gerson adresse aux Chartreux de Bâle sa lettre Delatae sunt mihi sur les thèses de Jacques de Bingen.
Mais les événements tournent au tragique. Le 28 avril éclate la révolution cabochienne ; avec une nouvelle explosion le 22 mai ; et l’ordonnance cabochienne (26 et 27 mai). La terreur dure trois mois, provoquant en réaction la paix de Pontoise (26 juillet), l’expulsion des bouchers, la fuite de Jean sans Peur, la rentrée des ducs et du roi de Sicile à Paris (31 août). La maison de Gerson a été pillée ; lui-même s’est réfugié sous les hautes voûtes de Notre-Dame ; aux registres du chapitre il est porté comme étant in ecclesia
le 28 avril, les 10, 12, 15, 17 et 19 mai ; et le 27 juin le chapitre l’autorise à établir sa demeure provisoire in ecclesia parisiensi
.
127Le calme revint enfin, et la paix fut conclue entre les ducs. À l’assemblée du 8 août, à Saint-Bernard et à la procession qui eut lieu à Saint-Martin des-Champs c’est Gerson qui prononça le sermon sur le thème In pace in idipsum.
Il adresse vers cette même date à toutes les Églises, son Épître sur le culte de saint Joseph (17 août 1413). Il avait auparavant composé déjà son Office pour la fête de saint Joseph qu’il présente en son Épître. Il écrit encore, le 26 septembre, à Sainte-Église son Exhortation générale pour la feste de la Desponsation Nostre Dame.
Il s’engage peu après dans la lutte violente qu’il va mener pendant près de cinq ans contre les thèses de Jean Petit, l’apologiste du tyrannicide, le défenseur de Jean sans Peur dans l’affaire du meurtre du duc d’Orléans (23 novembre 1407). En septembre 1413 il défère cette doctrine au jugement de l’évêque de Paris, et des maîtres en théologie. 128Le 4 septembre, député par l’Université, il fait au roi un Discours : Rex in sempiternum vive, condamnant neuf assertions de Jean Petit. Le surlendemain l’Université approuve et confirme son rapport et sa sentence.
Le 15 novembre, au chapitre de Notre-Dame, Gerson lit, en son nom personnel, une Protestation à l’occasion de la lettre royale du 5 septembre, relative aux bannissements et excommunications prononcés par les Bourguignons.
Poursuivant sa campagne pour le culte de saint Joseph, il adresse le 23 novembre son Exhortation au duc de Berry pour solenniser cette fête.
Le 30 novembre se tient la première session du procès intenté contre les thèses de Jean Petit ; Gerson y assiste et y donne le premier son jugement. Les sessions suivantes auront lieu les 4 et 19 décembre ; on y recueillera le jugement motivé de 79 maîtres dont, à nouveau, la délibération de Gerson avec son Memorandum en date du 4 octobre où il renforce ses positions, et diverses précisions et additions. À la cinquième session, le 12 février 1414, il comparaîtra encore et donnera à nouveau sa Sentence. C’est le 13 février que fut rendu le jugement de condamnation.
Pendant ce temps, le 9 décembre 1413, était lancée la bulle de convocation pour le nouveau Concile Général de Constance.
Les cours continuent normalement. Gerson commente encore l’évangile de saint Marc. À cette année scolaire, au second semestre sans doute (mars-juin 1414), appartient sa leçon 15 De sensu litterali Sacrae Scripturae et de causis errantium.
Les intrigues à ce moment se nouent entre Bourgogne et Angleterre ; la convention de Leicester est du 23 mai. Le 27 mai Gerson adresse à Conrad, l’archevêque de Prague, sa lettre Gratiam et pacem. Le 4 septembre il lui écrira à nouveau une lettre d’envoi des articles contre Jean Hus.
On le voit intervenir à deux reprises, en juillet, puis le 13 septembre, pour régler la réduction des obits des Célestins de Paris et de Sens.
Après le décret du Cardinal Alamannus, de Pise, instituant (29 juillet 1414) pour les provinces de Reims, Sens et Rouen la solennité d’une fête de saint Joseph, Gerson publie ses Considérations sur saint Joseph (dont la conclusion répond à certains vœux émis par le chapitre de Notre-Dame le 16 juillet de cette année).
Le 22 octobre il se voit désigner par ce même chapitre pour le représenter à l’assemblée des prélats qui doit se tenir au palais royal. En suite de quoi sans doute, il prononce, le 4 décembre (ou peut-être le 1er novembre) dans la salle basse du palais Saint-Paul, devant le roi, les seigneurs et les prélats, son discours Ecce rex, sur la paix, où est reprise l’affaire de Jean Petit et du duc d’Orléans.
Le 5 janvier 1415, au service solennel célébré à Notre-Dame pour ce même duc d’Orléans, c’est Gerson encore qui fut chargé de donner le Discours de circonstance. On n’en a plus le texte.
Le mardi suivant, 8 janvier, à la réunion du chapitre, le chancelier déclara son intention de n’aller à Constance ni au nom de l’Université ni pour la province de Sens. Le Concile était ouvert depuis deux mois déjà (16 novembre 1414). Pierre d’Ailly s’y trouvait (17 novembre). Gerson allait à son tour y partir, délégué quoi qu’il en eût dit, par le roi, l’Université et la province de Sens.
Il quitta Paris entre le 4 et le 8 février 1415. Il n’y devait plus jamais revenir.
À ce long séjour à Paris, mais plus particulièrement aux quinze années qui suivirent son retour de Bruges (1400-1415) doivent être rapportés encore un certain nombre d’écrits dont on ne peut fixer la date avec la dernière certitude, mais qui appartiennent à cette partie de sa carrière.
C’est ainsi que l’on a de lui toute une série de Questions Disputées, de consultations et ou de cas de conscience : telles les Quaestiones tres circa poenitentiam ; la Quaestio de detractione, que les éditions leur ont adjointe, et dont il faut rapprocher le petit traité pour qu’on refrène sa langue, adressée peut-être au supérieur de Nicolas ; les Questiones 46 cum suis responsionibus, consultations destinées peut-être à son frère Jean, le Célestin de Limay (près de Mantes) plus tard prieur de Lyon ; d’autres encore, comme celle qui constitue le De consiliis evangelicis et statu perfectionis. Tels aussi des cas de conscience : sur une irrégularité contractée ; ou sur La correction des lettres apostoliques.
129Il y a ensuite des traités ou des notes sur des matières de théologie ou de pastorale : le De modo excommunicationum et irregularitatum, avec le De injunctione poenitentiae qui lui fait suite ; les Regulae morales, De quatuor virtutibus cardinalibus, De passionibus animae, De signis bonis et malis, Enumeratio peccatorum ab Alberto posita, De cordis induratione, De primis motibus. Un traité, d’ailleurs incomplet, De oratione adressé à son frère, (peut-être Jean le Bénédictin) ; le De zelo et fervore novitiatus, fragment de lettre à ce qu’il semblerait. Des Considerationes adversus blasphemiae crimen ; De peccato veniali duplici ; De correptione proximi, suivi du De contumelia et convitio ; De peccato mortali ; De forma absolvendi a peccatis. Puis, deux traités qui, sous forme impersonnelle, redisent ses idées et sa méthode de direction ; De remediis contra recidivium peccati et De confessione mollitiei, etc.
À mentionner encore le De regimine cujusdam inclusi in Monte Valeriani, lettre de direction et règlement de vie adressés au solitaire Antoine ; le Contra impugnantes ordinem Carthusiensium, qui fit peut-être partie d’une de ses leçons ordinaires ; son Expositio super Dimitte nobis.
Dans un ordre un peu différent, on trouve une Prose pour la Circoncision ; une pièce Quomodo puer Jesus concipitur ; des sermons tel le Si consurrexistis, pour le jour de Pâques ; des pièces de vers, comme le Speculum bonae vitae, le Carmen de voluntaria paupertate, le De purificatione sensuum interiorum.
Quand le 21 février Gerson arriva à Constance avec les onze docteurs députés par l’Université de Paris (après être passé peut-être par Reims et Gerson), l’empereur Sigismond et le pape Jean XXIII s’y trouvaient déjà. La première session s’était tenue le 16 novembre ; le mode de votation : par nations, clercs et laïques, avait été réglé. Jean XXIII sous le coup de dénonciations avait promis sa renonciation.
Le 2 mars Gerson put assister à la deuxième Session. On a de lui à ce propos un Articulus pro secunda sessione. Le 20 mars le pape s’enfuyait et se réfugiait à Schaffouse. Le samedi 23 mars, veille des Rameaux, Gerson prononça son premier sermon de Constance : Ambulate dum lucem habetis.
De ce moment peut-être date son Tractatus de congregatione generali ecclesiae sine consensu papae [Traité sur la convocation d’un concile général de l’Église sans le consentement du pape]. Il reprend aussi avec quelques modifications, vers le 20 avril, son De auferibilitate sponsi ab Ecclesiae, augmenté d’autres extraits encore.
Aux sessions du 30 mars et du 6 avril sont rédigés et approuvés les quatre articles établissant la primauté du Concile. Dès lors s’engage la procédure pour la déposition de Jean XXIII, qui devait aboutir le 29 mai.
130Mais entre temps, à la cinquième session (6 avril) est entrepris l’examen des doctrines de Jean Hus qui, avec ses interrogatoires, devait durer cinq semaines. Gerson reprit, semble-t-il, à ce propos en les commentant les 20 articles précédemment condamnés à Paris et déjà transmis par lui à l’archevêque de Prague.
Le deuxième dimanche après Pâques, 21 avril, il donne un nouveau sermon sur la prière, Obsecro vos, où il remplace l’orateur désigné, atteint d’une extinction de voix.
Un peu plus tard c’est, le 4 mai 1415, à la 8e session, la condamnation de Wiclef et de ses écrits. Après la déposition de Jean XXIII (29 mai) on eut le 4 juillet la renonciation de Grégoire XII. À la session suivante (6 juillet), la condamnation et l’exécution de Jean Hus. L’empereur se met alors en route pour conférer avec Benoît XIII. À cette occasion Gerson prononce au cours de la procession alors célébrée (le 21 juillet) son sermon : Prosperum iter faciat nobis.
Mais déjà s’est engagée autour des thèses de Jean Petit l’action qui allait opposer, pendant toute la durée du Concile, la délégation universitaire présidée par Gerson à celle du duc de Bourgogne. L’affaire fut en effet déférée formellement au Concile par Gerson le 7 juin, en sa Delatio novem assertionum Johannis Parvi. Une première condamnation fut portée, le 16 juillet, sans toutefois que Jean Petit y fût nommé. Elle ne pouvait suffire. Gerson insistera par sa Reprobatio novem assertionum et les documents qu’il y joint ; puis, le 20 août, par ses deux Instances.
Entre temps il compose au sujet de la doctrine de sainte Brigitte (canonisée le 2 février) et des canonisations pendantes de trois autres Suédois, son De probatione spirituum, en date du 3 août 1415.
Les discussions reprennent autour de Jean Petit. On a alors, en octobre, la Nouvelle position de Gerson : Voluimus
; puis, le jeudi 17 octobre, le sermon Aestimo me beatum, sur les erreurs de Jean Petit ; un autre discours Oportet haereses esse, sur le même sujet ; puis le 20 octobre son traité De protestatione circa materiam fidei (avec les Considerationes 12 de pertinacia) où il vise surtout l’évêque d’Arras et ses protestations d’orthodoxie. Son livre De Simonia date également de cette même époque.
De loin il doit suivre les affaires de France : les menaces de guerre ; l’invasion anglaise au mois d’août ; le désastre d’Azincourt, le 25 octobre. Le 18 décembre ce sera la mort du dauphin Louis, remplacé par son frère Jean.
Son action continue à Constance. Contre les attaques personnelles du franciscain Jean Rocca qui avait dénoncé le 21 octobre 25 propositions extraites des ouvrages de Gerson, celui-ci répond par sa Summaria responsio. Répliques, réfutations se succèdent, dont une Cedula 131du 3 décembre 1415. La commission conciliaire finit cependant par déclarer (15 janvier 1416) la sentence de Paris nulle et non avenue. Appel est interjeté par Simon de Theramo le 18 février, et par Gerson dans son Appellatio du 19 mars. L’affaire vint en la congrégation générale du 5 mai, où Gerson présenta sa thèse dans le Discours : Deus qui glorificatur in concilio sanctorum. Pierre Cauchon alors vidame de l’église de Reims, est du nombre des défenseurs du duc de Bourgogne et de Jean Petit. Gerson présenta ensuite au Concile diverses pièces écrites : Sex conclusiones theologicae contra propositionem cujusdam J. Parvi ; Octo regulae super stylo theologico tenendo in condemnatione errorum ; une Brevis schedula demandant l’examen des rapports présentés par les ordres mendiants, et une lettre du roi à propos de l’affaire Petit.
À ce même moment l’empereur Sigismond est à Paris où il propose sa médiation entre la France et l’Angleterre. Il proteste, lui aussi, contre la décision du 15 janvier. Plus tard, le 15 août, il se rangera du côté de l’Angleterre.
Le 23 mai amène, à la 28e Session du Concile, la condamnation et la mort de Jérôme de Prague.
Le 7 juin, jour de la Pentecôte, Gerson donne son sermon Spiritus Domini. De ce même mois datent ses Conclusiones de jure episcoporum in definiendis quaestionibus fidei ; et des mois suivants peut-être, ses Remarques ad reformationem contra simoniacos. On parle de réforme ; on dénonce des abus ; mais rien ne progresse. Le 7 septembre Gerson envoie à Dominique Petit sa lettre Memini ut opinor relative à Saint Joseph. Il donne le lendemain, pour la Nativité de la Sainte Vierge, le sermon Jacob autem genuit Joseph, auquel fait suite la Declaratio compendiosa quae veritates sint credendae de necessitate salutis.
Peu après, le 28 septembre, il adresse à son frère Nicolas, Célestin à Lyon, son traité De oratione et ejus valore. C’est à lui encore ou à son frère Jean, également Célestin, à Lyon qu’il adressera le 1er janvier 1417 sa lettre Inclinavit cor meum où il fait la description du blason qu’il s’est choisi ; et la poésie Dic precor iste.
C’est vers ce même temps que Pierre d’Ailly publie son De ecclesiastica potestate.
Avec le mois d’octobre qui voit l’entrée de l’Espagne comme cinquième nation au Concile, va s’engager le procès contre Benoît XIII. Gerson, lui, s’efforce de faire reprendre la condamnation de Jean Petit. À cet effet il dépose et une Réclamation et une Nouvelle Note. Dans le même but il prononcera le 17 janvier 1417 devant le Concile son sermon Nuptiae factae sunt ; et successivement composera le Tractatus de nuptiis Christi et Ecclesiae, éclaircissements sur le sermon précédent, et ses Errores circa praeceptum Non occides, comme suite à ce traité. Il termina également vers le même temps et lut au Concile le 6 février 1321417, son traité De potestate ecclesiastica et de origine juris et legum. À ce même thème se rattachent, mais un peu plus tardifs, son Dialogus de potestate ligandi et solvendi et probablement aussi, car elle demeure quelque peu douteuse, sa Determinatio de jurisdictione spirituali et temporali.
Pour le procès intenté contre Benoît XIII il écrivit (après le 29 mars) le Libellus articulorum contra Petrum de Luna.
Quelque temps après, c’est au précepteur du nouveau dauphin Charles VII (son frère Jean était mort le 5 avril 1417), et par son intermédiaire, à celui-ci, qu’il adresse dans sa lettre Claro eruditori, ses encouragements et ses conseils. On y voit attestée la composition, dès avant cette date, de nombreux écrits français, dont sa poésie sur la schola mystica. Faut-il en rapprocher aussi les Considerationes X contra adulatores principum, ou sont-elles antérieures ?
Le 19 juin il présente à nouveau au Concile une requête du roi pour qu’on poursuive l’affaire de Jean Petit.
Vient ensuite sa correspondance avec Vincent Ferrier, au sujet de la secte des Flagellants : la lettre Tanta de virtutibus, en date du 21 juin, et le Tractatus contra sectam flagellantium, du 18 juillet. Il assiste le 16 juillet à la séance où fut prononcée la déposition de Benoît XIII.
Demeuré soucieux des problèmes de vie spirituelle, il composait ses quatre traités De meditatione cordis, De illuminatione cordis, De simplificatione seu mundificatione cordis ; et enfin De directione cordis, terminé le 28 juillet 1417. Il faut y joindre les quelques vers Vis verum liber cognoscere.
Sur le désir du Concile, il écrivit contre les novateurs de Bohême son Tractatus contra haeresi de communione laïcorum sub utraque specie (publié le 20 août 1417).
Le Concile aborda alors les décrets de réforme ; puis l’élection d’un nouveau pape. On aboutit enfin, le 2 novembre, à la nomination de Martin V. Le schisme était terminé.
Le 2 février 1418 Gerson prononça son sermon Suscepimus Deus pour la Purification de la Sainte Vierge, suivi de Huit conclusions sur le pouvoir des évêques.
Il s’était lié durant le Concile avec les délégués de l’ordre de Windesheim ; comme avec les abbés bénédictins de Weingart et de Melk.
Vers ce même temps sont évoquées devant le Concile l’affaire du retour des Grecs, et celle de Falkenberg, réplique en Pologne des thèses soutenues par Jean Petit. Gerson en appela à nouveau dans une Cédule, pour que fût reprise la condamnation de ce dernier. Il consentit 133d’ailleurs, le 21 février, à un Compromis pour la nomination de deux arbitres en cette cause.
La 43e Session du Concile (21 mars) avait édicté les sept décrets de réforme générale. Le 3 avril fut soulevée l’affaire de Mathieu Grabeen. On a, à cette date, l’avis donné par Gerson dans ses Propositiones contra conclusiones fr. Matthei Graben. Le 22 avril 1418 enfin se tint la 45e et dernière session générale, à la fin de laquelle le Concile fut déclaré dissous.
L’appel des polonais dans l’affaire de Falkenberg et son rejet par le pape qui, dans le consistoire du 10 mai en présence du roi des Romains, le déclara inadmissible, fournit à Gerson l’occasion de son traité An liceat in causis fidei a Papa appellare. Et de même les discussions autour des annates, et le refus du Parlement de Paris d’entériner le Concordat, lui firent écrire sa consultation sur l’assertion Sententia Pastoris etiam injusta timenda est et tenenda. Vers ce même temps encore il rédige sa Resolutio circa materiam excommunicationum et irregularitatum.
Il quitte, ou il a quitté alors, Constance (le 6 ou plutôt le 15 mai) accompagné de Jacques de Cerisy, son secrétaire, et d’André, qui mourra peu après.
Il parcourut d’abord la Bavière jusqu’à ce que le duc Albert d’Autriche lui indiquât pour séjour le château de Rathenberg dans le Tyrol. C’est là que lui parvinrent les échos de l’entrée sanglante des Bourguignons à Paris (6 mai 1418), des massacres de juin (où périrent Jean de Montreuil, Gontier Col entre tant d’autres). C’est à cela que font allusion certaines de ses poésies, d’assez peu postérieures sans doute, tel le Carmen lugubre pro desolatione Universitatis Parisiensis, ou le Carmen de causa canendi, adressé à son frère Jean le Célestin. Peut-être faut-il y joindre son Carmen pro virtute patientiae et Carmen de multiplici martyrio, à Gérard Machet.
Il ne pouvait plus être question dès lors pour lui de rentrer dans la capitale. C’est à Rathenberg qu’il composa, ou termina plutôt (27 juillet) la Josephina, long poème latin en douze livres, avec la prose Ad Joseph mittitur ; qu’il écrivit également le De consolatione theologiae. Faut-il en rapprocher l’Epithalamium mysticum theologi et theologiae, mis dans certains manuscrits en tête des Carmina peregrini ?
Le 10 août, il adresse de Neuenburg sur le Danube une lettre à ses deux frères Célestins, Nicolas et Jean. Il vient alors de perdre son compagnon de route, maître André de Curia, son chapelain particulier.
Il réside ensuite quelque temps à l’abbaye de Melk, en Bavière, dont il a connu l’abbé à Constance. C’est de là sans doute que date le Dialogus apologeticus où Gerson fait l’historique de ses efforts dans la cause de Jean Petit.
134L’archiduc Frédéric d’Autriche essaya ensuite de l’attirer comme professeur à l’Université de Vienne. Gerson s’y rendit, mais il n’y resta pas. On a de son séjour dans la capitale son Carmen in laudem ducis Austriae.
Est-ce là qu’il atteignit la nouvelle de la mort de Jean sans Peur, au pont de Montereau ? (10 septembre 1419). Il se décida à revenir en France, sinon à Paris. Lyon l’attira, où il était sûr de la protection du Dauphin, comme de l’archevêque Amédée de Talaru, et de l’accueil de son frère Jean, prieur du couvent des Célestins. Il y arriva en novembre.
Presque aussitôt, à la suite de l’Apologia astronomiae judicialis
de Pierre d’Ailly, il prend position sur ces problèmes par son Tricelogium astrologiae theologizatae, que mentionnera Pierre d’Ailly dans sa lettre Postquam
, adressée à Gerson en décembre. Il y faut ajouter, semble-t-il, le De respectu coelestium siderum, et le traité plus tardif sans doute, car sa lettre d’envoi est de mars 1421, Contra superstitionem Innocentium. Dans sa lettre, Pierre d’Ailly annonçait la prochaine venue du Dauphin à Lyon, et son désir de l’y rencontrer ainsi que Gérard Machet, le confesseur de Charles VII à qui Gerson venait d’adresser ses quelques vers de consolation : Ovo tristitiam repelle saeculi. C’est le 22 janvier 1420 que le Dauphin fit son entrée dans la ville. Gerson dût certainement le voir. Il reçut de lui 200 livres, comme en font foi les lettres du Régent en date du 25 janvier.
De cette même époque sans doute datent certaines de ses poésies : à Pierre d’Ailly, Petre quem totum ; à Gérard Machet, Pars animae Gerarde ; au même : Quid Gerarde sit in nobis. Et c’est au cours de cette année 1420 qu’il composa son Monotessaron seu unum ex quatuor.
Il semble qu’en cette année 1420 Gérard perdit son frère Nicolas. Il écrit à cette occasion à son frère le Bénédictin de Reims son Epistola consolatoria : Monice quem mihi dat
. Il s’enfonce dans la solitude et le silence, suivant de loin les événements de France : les défaites ; le traité de Troyes (21 mars 1420) ; le mariage d’Henri V et de Catherine de France ; l’entrée d’Henri V à Paris ; le bannissement du Dauphin. Il perd aussi, le 9 août, celui qu’il appelait son père, son précepteur et son ami, Pierre d’Ailly, mort à Avignon.
Mais les demandes et les consultations vont le faire sortir bientôt de son silence.
C’est ainsi qu’à la demande du prieur de la Chartreuse il écrit en janvier 1421 le De contractibus. Un peu plus tard, le 18 mars, on a sa lettre d’envoi, Beatus vir, du traité Contra superstitionem Innocentium. Du 23 mars date son traité Super absolvendi potestate et reservatione peccatorum.
Le 8 octobre c’est lui qui donne au synode de Lyon le sermon De reddendo debito.
135L’année suivante (30 octobre 1422) il adresse au Chartreux Guillaume Minaudi le De religionis perfectione et moderamine. C’est un peu après la mort de Charles VI (21 octobre), d’Henri V (31 août). Il achève également alors, en novembre, une révision de sa Theologia mystica (et de l’Annotatio) qu’il envoie à la Chartreuse.
Son activité semble se ranimer avec l’année suivante. On enregistre alors, en avril 1423, le De laude scriptorum adressé aux Chartreux et aux Célestins ; en mai, dédié encore aux Chartreux et aux Célestins, son De examinatione doctrinarum. Il achève également, le 19 mai, son Dialogus de perfectione cordis qu’il avait commencé à Constance mais n’avait point terminé ; le 10 juin, un Dialogus apologeticus pro celibatu ecclesiasticorum, composé en vingt-quatre heures contre la thèse de Guillaume Saygnet ; puis, à la demande d’un Chartreux, ou d’un Célestin, son traité Sur la doctrine de Raymond Lulle ; puis, en août, les trois opuscules constituant le Tractatus de nobilitate dédié à l’archevêque de Lyon, Amédée de Talaru.
En cette même année, sur la demande d’un fr. Ambroise (peut-être faut-il lire Oswald) le frère de Gerson, Jean le Célestin auprès de qui il résidait et à qui sans doute il venait d’adresser sa lettre Ex verbis tuis sur les études des religieux, avait dressé (après le 19 mai 1423) une liste aussi exacte que possible des écrits du Chancelier.
Elle permet de préciser qu’il avait écrit aussi à cette date le De sollicitudine ecclesiasticorum ; ses Cantica peregrini, en vers et en prose ; le De canticordo latin qui formera ensuite la seconde partie des Tractatus de Canticis.
Par contre on ne sait trop à quelle date fixer d’autres poésies : O Maria maris stella ; Apparuit hodie ; Gaudia quaeris ; Nostram dignatus naturam ; O pauperies jure beata ; Cur te distendis ; Montibus altis.
En France durant tout ce temps la guerre anglaise continue. Les Bourguignons se sont alliés aux Anglais. Le 31 septembre 1423 voit la défaite de Cravant ; le 17 juillet 1424 verra celle de Verneuil. Gerson doit avoir alors renoncé à retrouver jamais Paris.
Il continue à méditer et à écrire. Il donne en 1424 le Centilogium de Conceptibus, et peut-être aussi alors le Centilogium de impulsibus qui serait le complément annoncé depuis de longues années du De vita spirituali animae.
En avril, on possède de lui une lettre à Oswald, Vicaire de la Grande Chartreuse. Le 1er juin il termine son De elucidatione scholastica mysticae theologiae (ou De concordia theologiae mysticae cum scholastica). Il ajoute ensuite un supplément à son De examinatione doctrinarum, laissé incomplet l’année précédente ; il y mentionne le fait de la simulatrice de Bourg-en-Bresse.
136C’est probablement de cette année (mais peut-être aussi de l’année précédente) que date son Canticordum du pèlerin, ou Conférences spirituelles, où il reprend nombre de thèmes de son De canticordo. Et sans doute aussi, dans la même ligne, toute la série du Monocordum Jesu Christi ou Solatium peregrini ; du Decachordum mysticum ou Psalterium mysticum, avec sa lettre d’envoi au médecin du Dauphin très probablement Jean Cadart ; de son Canon pro scacordo mystico, en latin ; et la Figura scacordi musicalis simul et militaris ; la Pratique du Psalterium mystique, en français ; les Duodecim considerationes ad intelligentiam compendiosissimi Canticordi. Un peu après, certainement avant 1426, il ajoute à son De canticordo latin le De canticorum originali ratione, puis le De canticis, qui constitueront ainsi son Tractatus de Canticis.
C’est en mai 1424 qu’il reçoit du Chartreux Guillaume Scissoris la pièce en vers : Sicut es humane Gerson
.
Du 1er juin date son Tractatus de oculo, écrit le jour de l’Ascension ; et le mois suivant, le 10 juillet, c’est le Tractatus de illuminatione cordis, encore intitulé De una pretiosa margarita. On y apprend comment la cellule où il réside à Lyon et la chapelle où il célèbre la messe, non orientée vers l’Est, sont dédiées à sainte Marguerite.
L’année suivante, quittant le couvent des Célestins, il vint s’établir sur l’autre rive de la Saône, dans un logis que lui concédait l’archevêque de Lyon, au cloître Saint-Paul, en même temps qu’il lui confiait les enfants de chœur de la collégiale. Il est encore là à peu de distance de son frère Jean. On a de lui en cette année 1425 un Avisamentum de modo confessionum audiendi in religionibus ; une consultation aussi adressée à fr. Symon Bastard de Salinis, du couvent des Célestins de Lyon : De delectatione quaerenda in divino officio.
Il reprend sa lutte contre les superstitions et écrit contre un médecin de l’école de Montpellier maître Jacques Angeli, l’opuscule De observatione dierum quantum ad opera ; ceci vraisemblablement à la demande du chancelier de cette faculté, Jean de Piscis.
Vient ensuite son traité De sacramento altaris. Un peu plus tard, le 1er octobre 1425, il publie son Admonitio sur la doctrine d’Hubertin de Casale ou De libris caute legendis.
Au début de l’année suivante, en janvier 1426, il intervient à la demande du prieur de la Grande Chartreuse Contra professum inobedientem. Plus tard c’est à un Cordelier qu’il adresse (7 décembre 1426) une lettre ad laudem doctrinae S. Bonaventurae ; à un Chartreux, Michel Bartine, qu’il répond le 9 juin par le De libris legendis a monacho.
Il compose en l’espace de deux jours le Centilogium de causa finali ; et non moins rapidement, le 18 septembre 1426, le De susceptione 137humanitatis Christi qu’il adresse au prieur des Célestins, Jean Bassandi. Ce sera ensuite, en 50 propositions, le De modis significandi ; et en 50 propositions également, le De concordia metaphysicae cum logica.
Tout au long de cette année, mais surtout en août et septembre, il travaille à son Collectorium super Magnificat, qui comportera douze traités et ne recevra sa forme définitive qu’en 1427, sinon même 1428. Il y ajoutera également toute une série de Carmina super Magnificat.
Aux deux années suivantes, 1427-1428 appartient la Correspondance échangée entre Gerson et le Vicaire de la Grande Chartreuse, Oswald. Un manuscrit de Bâle en a conservé de nombreux extraits, constituant un véritable dossier, de consultations (on n’en compte pas moins de 73 numéros), de lettres, de projets de traités, etc. (une douzaine de pièces.)
On en peut rapprocher aussi, sans avoir cependant de date précise, sa réponse De absolutione defuncti Carthusiensium ; une autre consultation aussi, émanant également d’un Chartreux, Utrum sacerdos possit cantare missam pro denariis. Puis, à une date inconnue, les Decem considerationes in orando Deum, et l’Appellatio peccatoris ad divinam misericordiam.
D’autres écrits de cette année 1427 témoignent de préoccupations orientées vers l’au-delà. Ce sont, adressées à Jean de Piscis, le chancelier de Montpellier, des Considerationes pro volentibus condere testamentum ; en octobre, sa Complainte des âmes du purgatoire : Pour émouvoir les vifs à prier pour les morts.
L’année suivante le Traité de consolation sur la mort de ses amys, avec l’Introduction ou Proesme qui s’y voit adjoint (le Proesme étant de cette année, le traité beaucoup plus ancien sans doute).
Une lettre du 4 avril 1428 Sur la réforme du calendrier, montre que son attention demeure toujours largement ouverte à tous les problèmes.
Vient, au cours de cette même année, l’Anagogicum de verbo et hymno Gloria in excelsis. C’est lui qu’il met en tête de son Collectorium septem sportarum, où il rassemble sept de ses traités, presque tous des Centilogia : (de impulsibus, de conceptibus, de concordia mysticae theologiae, de modis significandi, de causa finali, de meditatione crucis, de Gloria). Vers le même temps il rassemble ses douze traités sur le Magnificat et rédige la préface pour en faire aussi un Collectorium super Magnificat.
On peut encore relever, appartenant à 1428, les Versiculi super collatione indulgentiarum ; peut-être en faut-il rapprocher le De indulgentiis avec les quatre considérations qui l’accompagnent ; le traité en date du 20 août Super esu carnium apud religiosos O. S. B.
138Le 21 octobre 1428 il se voit concéder à perpétuité, par le chapitre de Saint-Paul un anniversaire qui sera célébré le 14 décembre ; il pourra de même choisir le lieu de sa sépulture. Il désignera, de fait, une chapelle latérale de l’église Saint-Laurent, annexe de Saint-Paul. Quelques jours plus tôt, le 13 octobre, les Anglais avaient mis le siège devant Orléans.
Au mois de novembre, il lègue ses livres aux Célestins d’Avignon, en sa lettre Thesaurizate vobis.
Le 8 décembre, à la demande de Jean de Piscis, sans doute, il écrit contre Nicolas Colne son traité Contra superstitionem sculpturae leonis. Quelques jours plus tard le 13 décembre (certains manuscrits portent le 18 octobre) il fait paraître, mais l’a-t-il composé seulement alors ? — son Centilogium meditationis crucis : Exaltavit humiles
. Sa lettre Si quis vult venire, au provincial des Célestins (encore Jean Bassandi sans doute) au sujet de la méditation de la Passion doit dater probablement elle aussi de cette fin d’année, ainsi que son Testamentum peregrini metricum.
Depuis quelque temps déjà, depuis que les Chartreux au cours de cette année 1428 lui ont accordé le privilège d’un trentain (à propos duquel il leur a adressé sa lettre Facite vobis amicos) il travaille à un Traité sur le Cantique.
Le 27 février 1429 il transmet à Guillaume de Chalançon, évêque du Puy-en-Velay, une Responsio ad errores fraticelli cujusdam de orationibus privatis fidelium. C’est peut-être au même, ou dans des circonstances analogues, qu’il avait adressé quelque temps auparavant sa réponse sur les thèses de Matthieu de Fussa relatives à la présence de la Vierge et de saints dans l’Eucharistie, et une autre, assez semblable comme genre, Adversus superstitionem in audiendo missam.
À cette date Jeanne d’Arc est à Auxerre, en route vers Chinon. En mai elle sera à Orléans. La nouvelle en parviendra à Gerson à qui on demandera une consultation, et qui répondra, le 14 mai, en la veille de la Pentecôte, par le De puella Aurelianensi. C’est vers le même temps, entre avril et juillet, qu’il adresse au précepteur du petit dauphin Louis XI (alors en sa sixième année, et résidant en Touraine) sa lettre Erunt omnes docibiles Dei, avec ses conseils sur l’éducation du dauphin de France.
Le 1er juillet il compose ses strophes Vidit livor edax. Et son dernier écrit sera le Tractatus super Cantica canticorum. Il l’achèvera le samedi 9 juillet, trois jours avant sa mort.
C’est en effet le mardi 12 juillet à l’aube, alors que Jeanne d’Arc et Charles VII approchaient de Reims, que le chancelier Jean Gerson rendit son âme à Dieu.
139L’archevêque Amédée de Talaru n’était pas alors à Lyon ; il était à Ternand d’où il écrivit une lettre, le 17 juillet, au Célestin Jean Gerson. Celui-ci avec Jacques de Cérisy, le secrétaire du chancelier, dut présider aux funérailles. Gerson fut inhumé (comme il l’avait désiré et comme le chapitre de Saint-Paul le lui avait octroyé le 21 octobre 1428) en la chapelle latérale de l’église Saint-Laurent. On y retrouva son cercueil en avril 1643. Il n’en subsiste plus rien ; car en 1793 l’église Saint-Laurent fut incendiée et finalement démolie.