Jean Gerson  : Divers traités sur le discernement (2026)

Textes : De la protestation en matière de foi (1415)

De protestatione circa materiam fidei De la protestation en matière de foi
(1415)

Glorieux n° 275, VI, 155-165.

Introduction Occasion du traité — l’usage de la protestation générale (je n’ai nulle intention de rien dire contre la foi) et de la révocation conditionnelle (si j’ai dit quelque chose contre la foi, je le révoque) comme voile ou dissimulation de l’hérésie au Concile de Constance

155Protestatio seu revocatio generalis aut conditionalis quia quaeritur nonnunquam assumi tamquam velamen iniquitatis et ad excusandas excusationes in peccatis, praesertim ab haereticis, proposuimus declarare sub aliquibus considerationibus quid protestatio generalis, quid conditionalis revocatio juvant vel important ; maxime dum in hoc sacro Constantiensi Concilio sentimus quod haereses ut cancer serpunt, et sub hujusmodi protestationibus delitescere quaerunt, junctis protelationibus quae sub terminis juris positivi velut in causis profanis sedulo procurantur, ut non protinus in lucem prodeat veritatis catholicae species atque decus. La protestation, ou révocation générale ou conditionnelle, étant parfois recherchée pour servir de voile à l’iniquité et pour chercher des excuses à ses péchés (Psaumes 140, 4), particulièrement de la part des hérétiques, nous nous sommes proposé de déclarer, par quelques considérations, ce que la protestation générale et la révocation conditionnelle apportent ou signifient ; surtout alors que nous sentons, en ce sacré Concile de Constance, que les hérésies rampent comme un cancer et cherchent à se dissimuler sous de telles protestations, jointes à des délais que l’on procure soigneusement sous les termes du droit positif comme dans les causes profanes, afin que la beauté et l’éclat de la vérité catholique ne paraissent pas aussitôt au grand jour.

1. Nature de la protestation de foi Définition comme acte de profession (ou confession) extérieure, manifestant la foi intérieure ; précepte affirmatif qui oblige toujours, mais non à tout instant (obligatoire en cas de danger pour la foi ou le salut)

1. Protestatio circa materiam fidei, de qua sola nunc intendimus, est quaedam professio seu confessio facta exterius ad ostendendum quid de fide potestans sentiat interius, juxta illud Apostoli ad Rom. 10 : Corde creditur ad justitiam, ore autem confessio fit ad salutem [Rom. 10, 10] ; et sic ad salutem ut dixerit Christus, Luc 9 : qui me erubuerit et sermones meos, Filius hominis hunc erubescet coram angelis Dei [Luc 9, 26] ; quo contra, Matthaeo teste, dicebat Matt. 10 [Matth. 10, 22] : qui me confessus fuerit coram hominibus, confitebor et ego eum coram Patre meo. 1. La protestation concernant la matière de la foi, de laquelle seule nous entendons traiter maintenant, est une certaine profession ou confession faite extérieurement pour montrer ce que celui qui proteste pense intérieurement de la foi, selon ce mot de l’Apôtre aux Romains, 10 : On croit de cœur pour la justice, mais on fait profession de bouche pour le salut (Romains 10, 10) ; et pour le salut, de telle sorte que le Christ a dit, au chapitre 9 de Luc : celui qui aura rougi de moi et de mes paroles, le Fils de l’homme rougira de lui devant les anges de Dieu (Luc 9, 26) ; au contraire, selon le témoignage de Matthieu au chapitre 10 (Matthieu 10, 32), il disait : celui qui m’aura confessé devant les hommes, je le confesserai moi aussi devant mon Père.

Ex quibus elicitur quod sicut credere cadit sub praecepto, sic cadit fidem exterius profiteri, pro semper quidem sed non ad semper, cum sit affirmativum praeceptum. De là on tire que, de même que l’acte de croire tombe sous le précepte, ainsi en est-il de professer sa foi extérieurement ; cela oblige en tout temps, mais non à tout instant, puisqu’il s’agit d’un précepte affirmatif. Obligat autem semper et ad semper dum ex omissione confessionis libera dispendium fidei vel salutis detrimentum probabiliter immineret ut coram tyrannis, coram haereticis, coram judicibus, coram populis fides est diversimode palam confitenda, defendenda, testificanda et ex officio praedicanda. Toutefois, ce précepte oblige toujours et pour l’instant même lorsque, par l’omission d’une confession libre, un dommage pour la foi ou un détriment pour le salut serait probablement imminent ; ainsi, devant les tyrans, les hérétiques, les juges et les peuples, la foi doit être, selon le cas, ouvertement confessée, défendue, attestée et, par office, prêchée.

Notetur Augustinus super illud Apostoli : oportet haereses esse ; I ad Cor. xi et recitatur XXIV q. ult. c. Ideo. Que l’on note Augustin sur ce mot de l’Apôtre : il faut qu’il y ait des hérésies (I Corinthiens 11) ; ce qui est cité à la Cause 24, dernière question, chapitre Ideo. Faciunt pro hoc dicta Scripturae : Jo. 10 ; II Petr. 3, Malach. 2, Ezech. 3 et 23, et alibi sine numero. À cela s’ajoutent les dits de l’Écriture : Jean 10, II Pierre 3, Malachie 2, Ézéchiel 3 et 23, et ailleurs sans nombre.

2. La protestation générale et la révocation conditionnelle n’impliquent pas nécessairement qu’on ait erré Usage légitime chez les docteurs catholiques ; distinction entre vérité de foi certaine et point non tranché (cf. 4 et 5) ; distinction entre soumission révérencielle et doute doctrinal

2. Protestatio generalis vel specialis de ipsa fide non infert quod protestans erraverit : similiter nec revocatio conditionalis. 2. La protestation générale ou spéciale concernant la foi n’implique pas que celui qui proteste ait erré ; il en va de même pour la révocation conditionnelle. Hoc est itaque perspicuum, quoniam homo quantumcumque fidelis dicere potest : protestor quod nihil intendo dicere nec puto dixisse contra 156fidem, et si oppositum contingeret vel contigisset, illud ex nunc revoco vel retracto. Ceci est donc évident, puisqu’un homme, aussi fidèle soit-il, peut dire : Je proteste que je n’ai nulle intention de rien dire, et ne pense avoir rien dit contre la foi, et si le contraire arrivait ou était arrivé, je le révoque ou le rétracte dès à présent. Sic inveniuntur doctores catholici quandoque dixisse ; immo et quotidianus mos apud exercitantes se in actibus theologiae scholasticis sic se habet, in quibus frequenter nullus est aut fuit de errore notatus qui sic protestatur aut revocat. On trouve que les docteurs catholiques ont parfois parlé ainsi ; bien plus, la coutume quotidienne chez ceux qui s’exercent aux actes de la théologie scolastique est telle que souvent nul n’est ou n’a été noté d’erreur parmi ceux qui protestent ou révoquent de la sorte.

Nihilominus advertendum est quod refert protestari vel conditionaliter revocare circa ea quae clarissime et explicite sunt de fide, sicut quod Deus est omnipotens, quod proximus est diligendus, aliter vero circa ea quae disputabilitatem vel difficultatem habent aliquam. Néanmoins, il faut remarquer qu’il importe de protester ou de révoquer conditionnellement selon qu’il s’agit de points qui sont très clairement et explicitement de foi, comme le fait que Dieu est tout-puissant ou que le prochain doit être aimé, ou selon qu’il s’agit de points qui présentent quelque matière à dispute ou quelque difficulté. In primo siquidem casu fas est dicere cum Apostolo, ad Gal. 1 : Si quis vobis aliud evangelizaverit, etiam angelus de coelo, anathema sit [Gal. 1, 9]. Dans le premier cas, en effet, il est permis de dire avec l’Apôtre, au chapitre 1 des Galates : Si quelqu’un vous annonce un autre évangile, fût-ce un ange du ciel, qu’il soit anathème (Galates 1, 9). Quocirca veniunt irridendi quandoque, immo et corripiendi nonnulli qui conclusiones theologicas posituri dicunt : protestor quod nihil volo vel intendo asserere sed tantum disputative loqui ; deinde ponunt aliquam talem conclusionem : Deus est omnipotens, Deus est unus et trinus ; quasi videlicet conclusiones tales non in certissima credulitate sed sub probabilitate tradi possint. C’est pourquoi certains prêtent parfois à rire, ou plutôt méritent d’être repris, qui, s’apprêtant à poser des conclusions théologiques, disent : Je proteste que je ne veux ni n’entends rien affirmer, mais seulement parler par manière de dispute ; puis posent une conclusion telle que : Dieu est tout-puissant ou Dieu est un et trine ; comme si, à l’évidence, de telles conclusions pouvaient être transmises sous le mode de la probabilité et non dans une croyance très certaine.

Denique sic est judicandum de omnibus ad quae profitens fidem suam obligatur explicite credere vel ex officio vel ex eruditione vel ex divina revelatione vel ex aliquo tali modo. Enfin, il faut juger de la même manière pour tout ce que celui qui professe sa foi est obligé de croire explicitement, soit par office, soit par érudition, soit par révélation divine, ou par quelque autre mode semblable. Alioquin sicut dubius in fide infidelis est, sic et dubie profitens certam fidem. Autrement, de même que celui qui doute en la foi est infidèle, de même en est-il de celui qui professe avec doute une foi certaine. Neque tamen negandum est quin protestatio seu submissio reverentialis fieri possit, sicut egit Apostolus conferendo evangelium suum, de quo per revelationem certus erat, cum Petro et aliis Apostolis, quibus tamen oppositum, si fieri potuisset, dicentibus nequaquam credidisset. Il ne faut pas nier pour autant qu’une protestation ou une soumission de révérence puisse être faite, comme le fit l’Apôtre en conférant son évangile, duquel il était certain par révélation, avec Pierre et les autres Apôtres ; il ne les aurait pourtant nullement crus s’ils avaient dit le contraire, si cela eût été possible.

3. La protestation générale et la révocation conditionnelle peuvent coexister avec une erreur particulière Exemple d’hérétiques professant vouloir rester catholiques ; distinction entre croyance générale et erreur particulière (mule d’Aristote) ; introduction de la notion d’hérésie par ignorance

3. Protestatio generalis de fide stat cum errore particulari circa eam ; et similiter conditionalis revocatio. 3. La protestation générale concernant la foi peut subsister avec une erreur particulière à son sujet ; il en va de même pour la révocation conditionnelle. Vidimus hoc et videmus in ipsis haereticis qui errant videlicet pertinaciter contra fidem circa ea quae tenentur explicita fide tenere et exterius profiteri ; quorum nihilominus vox ista est : protestor quod esse volo bonus catholicus, et si scirem aliquid esse contra fidem, illud statim vellem revocare. Nous avons vu cela et nous le voyons chez les hérétiques eux-mêmes qui errent assurément avec pertinacité contre la foi sur des points qu’ils sont tenus de tenir par foi explicite et de professer extérieurement ; dont la parole est néanmoins celle-ci : je proteste que je veux être bon catholique, et si je savais que quelque chose est contre la foi, je voudrais aussitôt le révoquer. Sic Arius, sic Sabellius, sic haeretici nostri temporis plerumque dixerunt, quos tamen damnatio judicialis interimit vel perdidit. Ainsi ont parlé Arius, Sabellius et, le plus souvent, les hérétiques de notre temps, que la damnation judiciaire a pourtant anéantis ou perdus.

Datur ad considerationem hanc ratio talis : quia stat quod aliquis credat aliquid in generali, ut quod fides catholica vera est, et pro hac mori vellet, qui nihilominus in speciali credit de aliqua veritate catholica quod non sit de fide, errans pertinaciter circa illam. On donne pour cette considération la raison suivante : il se peut que quelqu’un croie quelque chose en général, par exemple que la foi catholique est vraie, et qu’il veuille mourir pour elle, mais que néanmoins il croie en particulier d’une vérité catholique qu’elle n’est pas de foi, errant avec pertinacité à son sujet. Simile dicit Aristoteles quod contingit aliquid scire in generali et illud vel nescire vel de illo dubitare in particulari. Aristote dit semblablement qu’il arrive que l’on sache quelque chose en général, mais qu’on l’ignore ou que l’on en doute en particulier. Exemplum est de ista : omnis mula est sterilis ; hoc animal non est sterile, demonstrata mula quam aliquis putat esse praegnantem ob turgidum ventrem ; et nescit vel non advertit eam esse mulam. L’exemple est celui-ci : toute mule est stérile ; cet animal n’est pas stérile, en montrant une mule que quelqu’un croit être pleine à cause de son ventre gonflé, ignorant ou ne remarquant pas qu’il s’agit d’une mule. Et ita sicut in hoc casu iste 157nescienter errat, sic et alii de quibus loquimur, dicuntur nescienter haeretici, prout infra docebimus. Et ainsi, de même que celui-ci, dans ce cas, erre par ignorance, de même les autres dont nous parlons sont appelés hérétiques par ignorance, comme nous l’enseignerons plus bas.

4. La protestation générale et la révocation conditionnelle ne suffisent pas lorsque l’erreur porte sur une vérité de foi certaine De mauvaise foi (dissimulation d’une erreur connue — parallèle : la confession conditionnelle si j’ai péché, je m’en accuse d’un pénitent qui sait qu’il a péché) ; de bonne foi (celui qui ignore errer protesterait sincèrement mais faussement)

4. Protestatio generalis de fide non sufficit ad purgationem errantis pertinaciter ; sic nec conditionalis revocatio. 4. La protestation générale concernant la foi ne suffit pas à la purgation de celui qui erre avec pertinacité ; il en va de même de la révocation conditionnelle. Sequitur hoc ex praecedenti. Ceci découle de ce qui précède. Cujus etiam ratio talis est : quia debet errans particulariter et explicite circa ea quae suae fidei quaerere cauta sollicitudine veritatem fidei et obedire quaesitae ac sufficienter edoctae, tam credendo interius quam exterius profitendo ; alioquin ostendit se non paratum corrigi. La raison en est aussi celle-ci : celui qui erre particulièrement et explicitement sur des points de sa foi doit chercher la vérité de la foi avec une sollicitude prudente, et obéir à la vérité cherchée et suffisamment enseignée, tant en croyant intérieurement qu’en professant extérieurement ; autrement, il montre qu’il n’est pas prêt à être corrigé. Ostendit quoque se non credere Sacrae Scripturae catholicae, dum non credit eis quae sufficienter contineri monstrantur in eadem Scriptura formaliter vel in consequentia evidenti seu certa ; quoniam si non corrigitur per hanc regulam Scripturae nihil reliquum est per quod ad viam veritatis reducatur, secluso miraculo. Il montre aussi qu’il ne croit pas à la Sainte Écriture catholique, puisqu’il ne croit pas à ce qui est démontré y être suffisamment contenu, soit formellement, soit par une conséquence évidente ou certaine ; car s’il n’est pas corrigé par cette règle de l’Écriture, il ne reste rien, hormis le miracle, par quoi il puisse être ramené à la voie de la vérité. Denique talis protestans seu conditionaliter revocans dum facit vel dicit oppositum suae protestationis ac revocationis, patet ipsum non inde justificari sed magis infici cum sit ipse sibimet contrarius. Enfin, lorsqu’un tel homme proteste ou révoque conditionnellement tout en faisant ou disant l’opposé de sa protestation et de sa révocation, il est clair qu’il n’en est pas justifié mais plutôt souillé, puisqu’il est en contradiction avec lui-même. Rursus talis alios per hujusmodi protestationes et revocationes ab errore non revocat neque scandalum datum tollit neque captivat intellectum sub Deo in obsequium fidei ; stat enim talis protestatio cum infidelitate, cum scandalo, cum tumore et arrogantia. De plus, un tel homme, par de telles protestations et révocations, ne ramène pas les autres de leur erreur, n’ôte pas le scandale donné et ne captive pas son intelligence sous Dieu pour l’obéissance de la foi ; car une telle protestation subsiste avec l’infidélité, le scandale, l’enflure et l’arrogance. Propterea statutum invenitur in sacris canonibus quod errantes dum correcti recipiebantur dabant libellum suae confessionis absolute de fide et abjurationis de errore. C’est pourquoi l’on trouve statué dans les sacrés canons que les égarés, lorsqu’ils étaient reçus après correction, devaient donner un acte écrit de leur confession absolue de la foi et de leur abjuration de l’erreur. Recte quidem sicut et in foro poenitentiali non sufficit sub conditione facta confessio dum aliquis scit vel scire debet absolute quod peccavit ; secus ubi non habetur certitudo sed scrupulus aliquis timidus et vacillans nesciens si hoc fecit vel malo modo fecit, quemadmodum circa cogitationes carnis quas incontinens sensit, trepidat vel ignorat si consensit ; quo casu sufficit conditionalis confessio et salva veritate doctrinae. C’est avec raison que, de même au for de la pénitence, une confession faite sous condition ne suffit pas lorsque quelqu’un sait ou doit savoir absolument qu’il a péché ; il en va autrement lorsqu’on n’a pas de certitude, mais quelque scrupule timide et vacillant, ignorant si l’on a fait telle chose ou si on l’a faite d’une mauvaise manière, comme pour les pensées de la chair que l’incontinent a ressenties et dont il tremble ou ignore s’il y a consenti ; auquel cas une confession conditionnelle suffit, la vérité de la doctrine étant sauve. Gregorius : bonarum mentium est, inquit, agnoscere culpam ubi culpa non est, hoc est poenitentiam quasi pro culpa recipere quasi reus esset. Grégoire : c’est le propre des âmes bonnes, dit-il, de reconnaître une faute là où il n’y en a pas, c’est-à-dire de recevoir la pénitence comme pour une faute, comme si l’on était coupable.

Sed opponitur contra considerationem de nescienter haeretico qui mentiretur contra conscientiam si revocaret ; responsio plana est, quia tenetur conscientiam deponere ex quo supponitur quod pertinax est ; secus ubi qui errat non imputabiliter, quia pro tunc non tenetur conscientiam dimittere, sed bene postmodum dum monetur legitime. Mais on objecte contre la considération sur l’hérétique par ignorance qu’il mentirait contre sa conscience s’il révoquait ; la réponse est claire, car il est tenu de déposer sa conscience dès lors qu’on suppose qu’il est pertinace ; il en va de même pour celui qui erre de manière non imputable, car il n’est pas alors tenu de délaisser sa conscience, mais il le doit par la suite lorsqu’il est légitimement averti. Facit pro consideratione Callixtus sicut habetur Extra de peccato et rem. c. I : manifesta peccata non sunt occulta correctione purganda nec sub conditione. Calixte abonde dans le sens de cette considération, comme on le lit dans les Décrétales, au titre Du péché et de sa rémission, chapitre 1 : les péchés manifestes ne doivent pas être purgés par une correction cachée, ni sous condition.

5. La protestation générale et la révocation conditionnelle suffisent lorsque l’erreur porte sur un point non tranché À condition de bonne foi et de prompte adhésion à la vérité

5. Protestatio generalis et conditionalis revocatio veraciter factae sufficiunt ad excusationem aut purgationem dum protestans et 158conditionaliter revocans errat circa ea quae non tenetur explicite credere vel absolute confiteri. 5. La protestation générale et la révocation conditionnelle, faites avec vérité, suffisent à l’excuse ou à la purgation lorsque celui qui proteste et révoque conditionnellement erre sur des points qu’il n’est pas tenu de croire explicitement ou de confesser absolument. Declaratur hoc in illis qui promptum habent animum statim obediendi veritati cognitae ; ut si theologus aliquis vel non theologus erraret circa unam propositionem in Biblia positam, exempli gratia, quod Samuel unxit in regem ipsum Saul vel quod David fuit pastor ovium ; non ideo diceretur statim haereticus quia forte nunquam vidit vel audivit textum illius Scripturae ; sed postquam ostenditur in textu sic haberi, continuo credit et assentit ; et ita protestatio et conditionalis revocatio salvant eum ne pertinax esse vel fuisse condemnedur ; praesertim dum de ignorantia sua potest afferre sufficiens documentum ; alioquin forte judicaretur homines pertinax fuisse, et Deum vero maneret innoxius. Ceci se vérifie chez ceux qui ont l’esprit prompt à obéir aussitôt à la vérité reconnue ; comme si un théologien ou un non-théologien errait sur une proposition posée dans la Bible, par exemple que Samuel oignit Saül comme roi ou que David fut pasteur de brebis ; il ne serait pas pour autant dit aussitôt hérétique, car peut-être n’a-t-il jamais vu ni entendu le texte de cette Écriture ; mais après qu’on lui a montré qu’il en est ainsi dans le texte, il croit et acquiesce aussitôt ; et ainsi la protestation et la révocation conditionnelle lui évitent d’être condamné pour être ou avoir été pertinace ; surtout lorsqu’il peut apporter une preuve suffisante de son ignorance ; autrement, il serait peut-être jugé par les hommes avoir été pertinace, alors qu’en vérité il resterait innocent devant Dieu. Propterea positum est in consideratione hoc adverbium veraciter per quod excluduntur qui non ex animo sed ficte et inaniter protestantur, diffidentes in semetipsis corde, voce et opere. C’est pourquoi nous avons mis dans cette considération l’adverbe véritablement, par lequel sont exclus ceux qui protestent non de cœur, mais de manière feinte et vaine, n’étant pas d’accord avec eux-mêmes de cœur, de voix et d’œuvre.

6. La protestation de foi implicite (la foi de l’Église me suffit) ne dispense pas de la foi explicite (Credo, Décalogue, etc.) Obligation minimale pour tous ; obligation étendue pour les prélats, prêtres, théologiens, magistrats, érudits

6. Protestatio generalis de fide qua dicunt aliqui : sufficit mihi fides Ecclesiae ; sufficit quod salver in fide parentum ; sufficit mihi dicere Credo in Deum, non salvat semper hujusmodi protestantes etiam si non errant. 6. La protestation générale de foi par laquelle certains disent : la foi de l’Église me suffit ; il me suffit d’être sauvé dans la foi de mes parents ; il me suffit de dire : Je crois en Dieu, ne sauve pas toujours de tels protestataires, même s’ils n’errent pas. Deducitur hoc quia non sufficit sola fides generalis et implicita, sed explicita requiritur, apud istos quidem minus, apud alios amplius ; unde symbolum generale apud omnes capaces rationis est illud quod posuit Apostolus, ad Hebr. II : credere enim oportet accedentem ad Deum quia est et inquirentibus se remunerator sit [Hebr. 11, 6]. Ceci se déduit du fait que la seule foi générale et implicite ne suffit pas, mais qu’une foi explicite est requise, moins chez les uns et davantage chez les autres ; d’où le symbole général pour tous ceux capables de raison est celui que l’Apôtre a posé au chapitre 11 aux Hébreux : car il faut que celui qui s’approche de Dieu croie qu’il existe et qu’il est le rémunérateur de ceux qui le cherchent (Hébreux 11, 6). Porro apud christianos quibus facta est apertior revelation de credendis, non sufficit hoc symbolum sed debent explicite credere symbolum Apostolorum et illud addiscere protinus ut veniunt ad annos discretionis, sicut ab initio dum baptizabantur adulti, fiebant prius catechumeni profitentes explicite fidem suam, quemadmodum pro parvulis patrini nunc respondent. En outre, chez les chrétiens à qui a été faite une révélation plus claire sur les choses à croire, ce symbole ne suffit pas, mais ils doivent croire explicitement le symbole des Apôtres et l’apprendre dès qu’ils parviennent à l’âge de discrétion, de même qu’au commencement, lorsque les adultes étaient baptisés, ils devenaient d’abord catéchumènes en professant explicitement leur foi, comme les parrains répondent maintenant pour les petits enfants.

Deinde sunt multa de fide per universos pene christianos promulgata in praedicationibus, in picturis, in mutuis relationibus seu collocutionibus, in observationibus authenticis celebritatum sanctorum, et ita de reliquis. Ensuite, il est beaucoup de points de foi promulgués chez presque tous les chrétiens dans les prédications, les peintures, les relations ou entretiens mutuels, les observations authentiques des fêtes des saints, et ainsi du reste. Haec autem talia quae publice fiunt, non est licitum, sicut dicit canon, ignorare. Or, il n’est pas permis, comme le dit le canon, d’ignorer de telles choses qui se font publiquement. Non enim excusarentur laïci si non crederent infernum esse, si non bonos angelos, si non malos, si non sanctos et sanctas ; si non praeterea decem praecepta legis, juxta planum et textualem eorum intellectum, ut quod non est idolatrandum, quod non perjurandum, quod non occidendum, quod non furandum, quod non moechandum, et ita de reliquis primis impressionibus, legibus ac inscriptionibus naturae quas nemo capax rationis, 159maxime postquam sibi traditae sunt per doctrinam, permittitur ignorare. Car les laïcs ne seraient pas excusés s’ils ne croyaient pas qu’il y a un enfer, des bons anges, des mauvais, des saints et des saintes ; s’ils ne croyaient pas en outre les dix préceptes de la loi, selon leur sens clair et textuel, comme le fait qu’il ne faut pas être idolâtre, ne pas se parjurer, ne pas tuer, ne pas voler, ne pas commettre d’adultère, et ainsi pour les autres premières impressions, lois et inscriptions de la nature qu’il n’est permis à personne capable de raison d’ignorer, surtout après qu’elles lui ont été transmises par la doctrine.

Amplius vero sunt alii quos ultra simplices et commune vulgus hominum necesse est habere fidem explicitam de plurimis multipliciter et specialiter, quadruplici ratione. Bien plus, il en est d’autres qui, au-delà des simples et du commun des hommes, doivent nécessairement avoir une foi explicite sur de nombreux points, de manière multiple et spéciale, pour une quadruple raison. Primo propter officium pastorale super alios, ut pascant eos in fide et doctrina, et ab haereticorum argutiis sapienter defendant. Premièrement, à cause de l’office pastoral qu’ils exercent sur les autres, afin qu’ils les paissent dans la foi et la doctrine, et qu’ils les défendent avec sagesse contre les arguties des hérétiques. Constat enim quod aliqui sunt in Ecclesia ad hoc obligati ex officio, alioquin non essent sufficienter instituta. Il est en effet constant que certains dans l’Église y sont obligés par office, autrement elle n’aurait pas été suffisamment pourvue. Isti autem sunt prelati, juxta quod profitentur utrumque se Testamentum scire ; quod et Apostolus saepius explicuit dum Timotheum et Titum carissimos discipulos instrueret, et alios, Act. 20 dicens : attendite vobis et universo gregi in quo posuit vos Spiritus Sanctus episcopos regere Ecclesiam Dei, etc. [Act. 20, 28] Ceux-là sont les prélats, selon ce qu’ils professent de savoir l’un et l’autre Testament ; ce que l’Apôtre a souvent expliqué en instruisant ses très chers disciples Timothée et Tite, et d’autres encore, disant au chapitre 20 des Actes : veillez sur vous-mêmes et sur tout le troupeau au milieu duquel le Saint-Esprit vous a établis évêques pour régir l’Église de Dieu, etc. (Actes 20, 28). Deinde secundo sunt doctores in sacris litteris professores, quos ignorantia non potest excusare quin sciant explicite plurimas veritates contentas in Biblia et alias ex eis deductas ; alioquin doctoris nomen et gradum damnabiliter et inexcusabiliter usurparent. Ensuite, deuxièmement, il y a les docteurs professeurs ès saintes lettres, que l’ignorance ne peut excuser de savoir explicitement les très nombreuses vérités contenues dans la Bible et les autres qui en sont déduites ; autrement, ils usurperaient le nom et le grade de docteur de manière damnable et inexcusable. Proinde sunt alii de statu etiam laïcali, quos oportet multa scire de legibus divinis praeceptorum moralium, dearticulatim et explicite, propter susceptum ab eis officium, ut quia rectores populorum, quia judices eorum, quia consiliarii vel assessores sunt eorumdem rectorum et judicum in causis variis criminalibus atque civilibus ; quod animadvertens Salomon petivit a Domino [III. Reg. 3, 9] cor docile et intelligens ad sciendum justitiam et ad faciendum judicium. De même, il en est d’autres de l’état laïc qui doivent savoir beaucoup des lois divines et des préceptes moraux, de manière articulée et explicite, en raison de l’office qu’ils ont reçu, comme le fait d’être recteurs des peuples, leurs juges, ou les conseillers et assesseurs de ces mêmes recteurs et juges dans diverses causes criminelles et civiles ; c’est ce que Salomon, y prêtant attention, demanda au Seigneur (III Rois 3, 9) : un cœur docile et intelligent pour connaître la justice et pour rendre le jugement. Est itaque regula quod nullus ea quae sunt officii sui permittitur ignorare. C’est donc une règle que nul n’est autorisé à ignorer ce qui relève de son office. Quae regula respicit nedum praelatos majores aut principes superiores sed minores et inferiores in utroque statu clericali, ut sunt curati et confessores in foro poenitentiae, et in statu laïcali, ut praepositi vel ballivi. Cette règle regarde non seulement les grands prélats ou les princes supérieurs, mais aussi les mineurs et les inférieurs dans les deux états : clérical, comme les curés et les confesseurs au for de la pénitence, et laïc, comme les prévôts ou les baillis.

Postremo consurgit quarto generalis obligatio ad credulitatem aliquorum explicitam, non ex solo gradu hierarchico sed ex aliis donis gratuitis ut sunt vivacitas ingenii naturalis, ut judicium solers, ut vis gnomica vel epykekes, ut particularis eruditio, ut vehemens applicatio ad Scripturas sacras, canonicas vel civiles. Enfin, une quatrième obligation générale à une croyance explicite sur certains points surgit, non du seul grade hiérarchique mais d’autres dons gratuits, comme la vivacité de l’esprit naturel, le jugement habile, la force de sagesse pratique ou l’équité, l’érudition particulière, ou une application véhémente aux Saintes Écritures, canoniques ou civiles. Hic enim veritatem habet illud Gregorii : tantum ab unoquoque Dominus exigit quantum dedit. C’est ici en effet que le mot de Grégoire dit vrai : le Seigneur exige de chacun autant qu’il a reçu. Quo fit ut perspicua sit consideratio quae dicta est adversus reprobam nonnullorum desidiam vel taciturnitatem qui dum fides confitenda venit explicite, se in implicita latere tutos putant, aut qui talentum multiplicis doni naturalis vel gratuiti quod multiplicandum susceperant a Domino spiritualibus incrementis, defodiunt in terram supervacuae vel noxiae curiositatis temporalis, sibi blandientes quod in fide non errent, quippe de ea nihil sciunt, curant vel interrogant. D’où il résulte que la considération faite contre la paresse ou le silence condamnable de certains est manifeste, eux qui, lorsqu’il faut confesser la foi explicitement, croient être en sécurité en se cachant dans la foi implicite, ou qui enfouissent dans la terre d’une curiosité temporelle superflue ou nuisible le talent du multiple don naturel ou gratuit qu’ils avaient reçu du Seigneur pour le multiplier par des accroissements spirituels, se flattant de ne pas errer en la foi, précisément parce qu’ils n’en savent rien, ne s’en soucient pas et ne l’interrogent point.

Notetur pro consideratione sanctus Thomas, IIa-IIae quest. 2, art. 6. Que l’on note pour cette considération saint Thomas, IIa-IIae, question 2, article 6. Explicatio, inquit, fidei ad inferiores homines oportet quod 160veniat per majores ; quod probat auctoritate Dionysii ; concludens quod oportet eos pleniorem habere notitiam de credendis, et magis explicite credere [S. Thomas, Summ. theol., IIa-IIae, 2, 6]. Il faut, dit-il, que l’explication de la foi parvienne aux hommes inférieurs par les plus grands ; ce qu’il prouve par l’autorité de Denys ; concluant qu’il leur faut avoir une connaissance plus complète des choses à croire, et croire de manière plus explicite (Saint Thomas, Somme théologique, IIa-IIae, 2, 6).

7. La protestation de bonne volonté ou d’ignorance (si cette vérité m’était connue, je la croirais volontiers) n’excuse pas L’ignorance invoquée est affectée, crasse ou négligente — exemples : Paul persécutant les chrétiens ; les Juifs meurtriers du Christ ; les hérétiques mourant pour leurs erreurs

7. Protestatio generalis seu conditionalis revocatio qua dicitur ab aliquibus pertinaciter errantibus : si haec veritas mihi nota esset, scit Deus quod libenter eam corde crederem ad justitiam et ore confiterer ad salutem, non excusat tales apud Deum et homines. 7. La protestation générale ou la révocation conditionnelle par laquelle certains, errant avec pertinacité, disent : si cette vérité m’était connue, Dieu sait que je la croirais volontiers de cœur pour la justice et que je la confesserais de bouche pour le salut, n’excuse point de tels hommes devant Dieu et devant les hommes. Fundatur hoc super illud evangelii : ecce venit hora et nunc est omnis qui vos interficit arbitretur se obsequium praestare Deo [Joan. 16, 2]. Ceci se fonde sur ce mot de l’évangile : voici que l’heure vient, et elle est déjà là, où quiconque vous fera mourir croira rendre un culte à Dieu (Jean 16, 2). Sic Apostolus prius errans in christianorum persecutione judicabat de seipso ; sic ad Judaeos loquens dicit : et nunc scio fratres, quod haec per ignorantiam fecistis [Act. 3, 17], quos tamen non excusabat de nece Christi, dum alibi dicit : ignorans ignorabitur [cf. I Cor. 14, 38]. C’est ainsi que l’Apôtre, errant d’abord dans la persécution des chrétiens, jugeait de lui-même ; ainsi, s’adressant aux Juifs, il dit : et maintenant, frères, je sais que vous avez fait cela par ignorance (Actes 3, 17), ce qui ne les excusait pourtant pas du meurtre du Christ, alors qu’il dit ailleurs : celui qui ignore sera ignoré (cf. I Corinthiens 14, 38). Erat quippe juris ignorantia affectata, crassa vel supina. Il s’agissait en effet d’une ignorance de droit affectée, crasse ou négligente. Sic haeretici dum se morti tradunt pro defendendis erroribus suis, arbitrantur se catholicos, et mereri ; habent quippe zelum, prout dat aliquibus testimonium Paulus [Rom. 10, 2], sed non secundum scientiam. Ainsi les hérétiques, lorsqu’ils se livrent à la mort pour défendre leurs erreurs, se croient catholiques et pensent mériter ; ils ont assurément du zèle, comme Paul en rend témoignage à certains (Romains 10, 2), mais non selon la science. Quare non secundum scientiam ? Pourquoi pas selon la science ? Nimirum quia scientiae Dei, quae est Scriptura Sacra, suam sophisticam scientiam sic praeponunt quod eidem nolunt esse subjecti, quamvis aliter sint sibimet conscii, non tamen in hoc justificati quia mentitur iniquitas sibi. Sans doute parce qu’ils placent leur science sophistique au-dessus de la science de Dieu, laquelle est la Sainte Écriture, si bien qu’ils refusent de lui être soumis, bien qu’ils aient par ailleurs conscience de leur état, sans être pour autant justifiés en cela, car l’iniquité se ment à elle-même.

8. La protestation générale et la révocation conditionnelle n’excusent qu’au for extérieur (devant les hommes, d’après les signes extérieurs), non au for intérieur (devant Dieu, d’après le cœur) Possibilité d’erreur dans les deux sens : le vrai croyant condamné, l’hérétique absous

8. Protestatio generalis seu conditionalis revocatio quandoque sufficiunt excusare protestantem apud forum exterius quem non excusat in interiori foro Deus, et e contra. 8. La protestation générale ou la révocation conditionnelle suffisent parfois à excuser celui qui proteste devant le tribunal extérieur, alors que Dieu ne l’excuse pas au tribunal intérieur, et réciproquement. — Consurgit haec varietas quoniam aliter judicat Deus, aliter homo. Cette variété surgit parce que Dieu juge d’une manière, et l’homme d’une autre. Deus inspicit corda et scit quid intus agatur conformiter ad protestationem seu revocationem aut difformiter ad eam. Dieu regarde les cœurs et sait ce qui s’y passe à l’intérieur, en conformité avec la protestation ou la révocation, ou en opposition avec elle. Humanum vero judicium id spectat quod foris est et unde certificari potest per signa, testes, voces et opera. Le jugement humain, au contraire, s’attache à ce qui est au-dehors et à ce dont il peut être assuré par des signes, des témoins, des paroles et des œuvres. Quo fit ut vere credens interius et explicite, quandoque non possit hoc ostendere contra testes et signa ; aliquando autem fit e contrario ut qui veraciter est haereticus in corde, ille humano testimonio per allegationem ignorantiae vel aliter catholicus censeatur et absolvatur. D’où il arrive que celui qui croit véritablement à l’intérieur et explicitement ne peut parfois le démontrer contre des témoins et des signes ; et il arrive parfois le contraire : celui qui est véritablement hérétique en son cœur est considéré comme catholique et absous par le jugement des hommes, par l’allégation de l’ignorance ou autrement. Qualiter autem debeat aliquis probare quod non fuit pertinax per allegationem ignorantiae vel simplicitatis, hoc magis juribus positivis cautum est quibus inter cetera dicitur quod allegans ignorantiam probare debet illam. Quant à la manière dont quelqu’un doit prouver qu’il n’a pas été pertinace par l’allégation de l’ignorance ou de la simplicité, cela est prévu davantage par les droits positifs, lesquels disent entre autres que celui qui allègue l’ignorance doit en faire la preuve. Tradunt similiter quibus argumentis, testibus vel judiciis possunt et debent judices ecclesiastici pertinaciam convincere praesentem vel praeteritam in errante. Ils enseignent pareillement par quels arguments, témoins ou indices les juges ecclésiastiques peuvent et doivent convaincre de la pertinacité présente ou passée chez celui qui erre.

9. La protestation générale et la révocation conditionnelle ne suffisent qu’à l’innocent Celui qui a erré sur un point particulier requiert une protestation spéciale ou une révocation absolue — le refus de révoquer après avertissement légitime le rend pertinace

9. Protestatio specialis de fide et absoluta revocatio de errore requi­runtur ad justificationem illius qui particularem errorem absolute 161tenuit in verbis et in factis ; quod si legitime monitus facere renuit, ipse pertinax censendus est. 9. Une protestation spéciale de foi et une révocation absolue de l’erreur sont requises pour la justification de celui qui a tenu absolument une erreur particulière en paroles et en actes ; que s’il refuse de le faire après avoir été légitimement averti, il doit être lui-même considéré comme pertinace. Ostenditur prima pars tali ratione : nulla protestatio seu revocatio quae communis est omnibus catholicis, sufficit ad justificationem errantis in fide particulariter et explicite, dum hoc scit aut scire debet ; quoniam non est idem judicium de catholico et errante, sicut nec de innocente atque peccatore respectu confessionis sacramentalis. La première partie est démontrée par cette raison : nulle protestation ou révocation commune à tous les catholiques ne suffit à la justification de celui qui erre en la foi particulièrement et explicitement, alors qu’il le sait ou doit le savoir ; car le jugement n’est pas le même pour le catholique et pour celui qui erre, pas plus que pour l’innocent et le pécheur au regard de la confession sacramentelle. Constat autem protestationem generalem cum revocatione conditionali ab omnibus catholicis sine mendacio, sine diffamatione fieri posse. Or, il est manifeste que la protestation générale avec révocation conditionnelle peut être faite par tous les catholiques sans mensonge et sans diffamation. Requiritur igitur pro errantibus specialior revocatio. Une révocation plus spécifique est donc requise pour ceux qui errent. Alia pars manifesta est ; quia talis non ostendit se quaerere cauta sollicitudine veritatem, sed forte quadam dissimulatione palliata velamine revocationis hujusmodi conditionalis quae ad veritatem non est nisi quaedam protestatio fidei generalis et non proprie revocatio, quia conditionalis nihil ponit. L’autre partie est évidente ; car un tel homme ne montre pas qu’il cherche la vérité avec une sollicitude prudente, mais agit peut-être par quelque dissimulation palliée du voile d’une telle révocation conditionnelle, laquelle, en vérité, n’est qu’une certaine protestation générale de foi et non proprement une révocation, puisque ce qui est conditionnel ne pose rien. Facit pro hoc quod dictum est superius, consideratione quarta circa finem. Ce qui a été dit plus haut, à la fin de la quatrième considération, appuie ce point.

10. La révocation absolue justifie pour l’avenir sans effacer la faute passée (certaines peines canoniques restent applicables) L’autorité d’un docteur ou d’un prélat suffit à obliger, dès lors qu’elle est conforme à l’Écriture (réfutation de l’argument j’attends la condamnation de l’erreur par le pape ou le concile)

10. Protestatio catholica de fide cum revocatione particulari et absoluta de errore, licet justificet errantem quod modo non sit habendus pertinax aut haereticus, non absolvit tamen quin talis extiterit. 10. La protestation catholique de foi avec révocation particulière et absolue de l’erreur, bien qu’elle justifie celui qui errait en sorte qu’il n’est plus à considérer comme pertinace ou hérétique, ne l’absout pas pour autant d’avoir été tel. Praesupposita notorietate primae partis in utroque foro, Dei et hominis, quia talis corrigitur et obedit veritati, neque tenet plus errorem quem deserit per absolutam revocationem, deducitur altera pars. La notoriété de la première partie étant admise dans les deux tribunaux, celui de Dieu et celui de l’homme — car un tel homme se corrige, obéit à la vérité et ne tient plus l’erreur qu’il délaisse par une révocation absolue —, on en déduit la seconde partie. Constat itaque hoc solo privari Deum, facere scilicet praeteritum non fuisse, ut notat Hieronymus [Cf. Hieron. Epist. XIII ad Eustochium ; it. Aristoteles, Ethic. Nicom. VI, lect. 2.] et Salomon. Il est constant en effet que Dieu seul est privé de ceci : faire que ce qui est passé n’ait pas été, comme le notent Jérôme (cf. Jérôme, Épître XIII à Eustochium) et Salomon. Quisquis igitur fuerit de praeterito sic adhaerens errori suo cujus oppositum tenebatur explicita fide tenere aliquo modorum praedicto, quod persistebat in illo errore monitus etiam legitime vel edoctus seu fraternaliter, seu doctrinaliter, seu judicialiter per Scripturam Sacram, per rationem evidentem aut aliter, talis vere fuit pertinax in errore et ex consequenti nedum haereticans sed haereticus. Quiconque a donc, par le passé, adhéré ainsi à son erreur alors qu’il était tenu d’en tenir l’opposé par foi explicite selon l’un des modes prédits, de telle sorte qu’il persistait dans cette erreur après avoir été averti ou instruit légitimement, soit fraternellement, soit doctrinalement, soit judiciairement par la Sainte Écriture, par une raison évidente ou autrement, celui-là fut véritablement pertinace dans l’erreur et, par conséquent, non seulement agissant en hérétique, mais hérétique. Propterea quantumlibet emendetur nunc, potest declarari fuisse talis atque haereticorum poenis subjici sub perpetua carcerali custodia vel aliter, sublatis sibi quibuslibet dignitatis officii vel honoris insignibus. C’est pourquoi, quel que soit son amendement actuel, il peut être déclaré avoir été tel et être soumis aux peines des hérétiques sous une garde carcérale perpétuelle ou autrement, après s’être vu retirer tous les insignes de sa dignité, de son office ou de son honneur. Solet tamen apud Ecclesiam misericordia superexaltare judicium, praesertim humilitate revocantis errorem sponte palam et absolute prospecta. Toutefois, l’Église a coutume de faire prévaloir la miséricorde sur le jugement, surtout lorsqu’est constatée l’humilité de celui qui révoque son erreur spontanément, ouvertement et absolument. Quod si dixerit protestans hujusmodi : ecce paratus fui semper audire Ecclesiam, audire determinationem Sedis Apostolicae vel sacri Concilii ; qualiter accusor nunc de pertinacia circa doctrinam aliquam priusquam fuerit hoc modo declarata, definita et judicata ? Que si un tel protestataire disait : voici, j’ai toujours été prêt à écouter l’Église, à écouter la détermination du Siège Apostolique ou du sacré Concile ; comment m’accuse-t-on maintenant de pertinacité sur une doctrine avant qu’elle n’ait été de la sorte déclarée, définie et jugée ? Quid 162enim mihi de inferioribus judicibus, quid de doctoribus et errorum definitionibus quibus obedire nequaquam astringor, ut qui subjectus eis non sum, sed praelatus ut ipsi, doctor ut ipsi ? Qu’ai-je affaire en effet des juges inférieurs ? Qu’ai-je affaire des docteurs et des définitions d’erreurs auxquelles je ne suis aucunement astreint à obéir, moi qui ne leur suis pas sujet mais prélat comme eux, docteur comme eux ? Sic blanditur pertinax arrogantia sibi ; sic se fallit et alludit, tamquam videlicet nihil explicite credendum sit nisi papa prius, nisi cardinales illud sub praecisa verborum forma sententialiter damnaverint. C’est ainsi que l’arrogance pertinace se flatte elle-même ; ainsi elle se trompe et se joue, comme s’il n’y avait évidemment rien à croire explicitement avant que le pape ou les cardinaux ne l’aient condamné par une sentence sous une forme précise de paroles. Est itaque longe aliter juxta deductionem illorum qui probant nullam inveniri posse novam haeresim, quia quaecumque detur illa, prius erat Scripturae Sacrae contraria ab ipsaque damnata, sicut modo, dicente Augustino : si quid noxium est hic, scilicet in Scriptura Sacra, damnatur. Il en va pourtant bien autrement selon la déduction de ceux qui prouvent qu’aucune hérésie nouvelle ne peut être trouvée, car quelle qu’elle soit, elle était déjà auparavant contraire à la Sainte Écriture et condamnée par elle, comme le dit Augustin : si quelque chose est nuisible ici — à savoir dans la Sainte Écriture —, c’est condamné. Fatemur nihilominus posse fieri declarationem novam, tam doctrinaliter quam judicialiter de aliqua haeresi quod Scripturae Sacrae repugnans est ; quae declaratio etsi fieri habeat principaliter ac superiori auctoritate generaliter obligante per Sedem Apostolicam et Sacrum Concilium, fit nihilominus quotidie legitima declaratio talis per doctores et expositores Sacrae Scripturae ac per praelatos inferiores, quos oportet explicite multa scire ad instructionem populi sui. Nous reconnaissons néanmoins qu’une nouvelle déclaration peut être faite, tant doctrinalement que judiciairement, sur le fait qu’une hérésie est contraire à la Sainte Écriture ; bien que cette déclaration doive être faite principalement et par une autorité supérieure obligeant généralement, par le Siège Apostolique et le Sacré Concile, il n’en est pas moins fait chaque jour une telle déclaration légitime par les docteurs et les commentateurs de la Sainte Écriture ainsi que par les prélats inférieurs, qui doivent savoir explicitement beaucoup de choses pour l’instruction de leur peuple. Haec autem declaratio etsi non obliget ut praecise talis est, alienos, obligat tamen ut convincitur esse facta conformiter ad Sacram Scripturam, quae est antecedens ; quo concesso si consequentia negari rationabiliter nequit, concedenda est consequenter explicita conclusio quae declaratur et infertur, quoniam ex veris non sequitur nisi verum. Or cette déclaration, même si elle n’oblige pas les tiers en tant que telle précisément, oblige cependant dans la mesure où elle est convaincue d’avoir été faite conformément à la Sainte Écriture, laquelle est l’antécédent ; cela étant accordé, si la conséquence ne peut être raisonnablement niée, il faut accorder par voie de conséquence la conclusion explicite qui est déclarée et inférée, puisque du vrai ne s’ensuit que le vrai. Itaque si quis diceret quod Christus non habuit nervos, aut quod omnis puer non baptizatus potest licenter occidi, aut quod pro bono communi licitum est falsum dicere, talis perseverans post declarationem sufficientem sibi factam, non excusaretur a pertinacia, quantumcumque clamaret : peto judicium Ecclesiae vel sacri Concilii ; huic me submitto, hanc audio. Ainsi, si quelqu’un disait que le Christ n’a pas eu de nerfs, ou que tout enfant non baptisé peut être licitement tué, ou qu’il est permis de dire le faux pour le bien commun, celui qui persévérerait après qu’une déclaration suffisante lui a été faite ne serait pas excusé de sa pertinacité, quel que soit son cri : je demande le jugement de l’Église ou du sacré Concile ; je me soumets à lui, je l’écoute. Potest equidem tali dici : quod actum est ne agas, quod jam definitum est definiendum non exspectes ; definitum inquam etsi non in eadem verborum forma tamen in effectu et in sententia. On peut en effet dire à un tel homme : ne refais pas ce qui a été fait, n’attends pas que soit défini ce qui l’est déjà ; défini, dis-je, sinon dans la même forme de paroles, du moins dans l’effet et dans la sentence. Unde fit ut aliquis uno tempore teneatur aliquid explicite credere ad quod prius fides implicita satis erat, secundum Thomam, IIa-IIae, q. 2, ubi loquitur de credendis explicite vel implicite [S. Thomas, Summ. theol., IIa-IIae, 2. 5.]. D’où il arrive que quelqu’un, à un certain moment, soit tenu de croire explicitement une chose pour laquelle la foi implicite suffisait auparavant, selon Thomas, IIa-IIae, question 2, où il traite des choses à croire explicitement ou implicitement (Saint Thomas, Somme théologique, IIa-IIae, 2, 5).

11. La révocation absolue n’est pas nécessaire pour l’ignorant sincère Quatre manières d’errer en la foi : hérétique sciemment (nie une vérité qu’il a comprise) ; hérétique par ignorance (nie une vérité car il ne l’a pas comprise) ; hérétique par pertinacité (persiste à nier un point non tranché après avertissement) ; ignorant sincère (ne persiste pas à nier un point non tranché)

11. Protestatio specialis de fide vel absoluta revocatio particularis de errore, non debet fieri necessario dum quis errat nescienter in fide. 11. La protestation spéciale de foi ou la révocation particulière et absolue de l’erreur ne doit pas nécessairement être faite tant que l’on erre par ignorance en la foi. Constat itaque quod nullus mentiri tenetur. Il est en effet constant que nul n’est tenu de mentir. Hic autem nescienter errans, si se diceret errare, mentiretur, stante tali conscientia. Or celui qui erre par ignorance, s’il se disait errer, mentirait, tant que subsiste une telle conscience.

Talis praeterea poenas haereticorum vel infamiam, etiam posteaquam deprehendetur errasse et absolute revocat, non incurrit. Un tel homme, en outre, n’encourt pas les peines des hérétiques ni l’infamie, même après qu’il a été surpris à errer et qu’il révoque absolument. Patuit hoc in Augustino qui multa prius nescienter errata postmodum absolute correxerit sub nomine retractationis vel aliquo tali modo loquendi qui revocationem denotabat, utendo talibus verbis : temere 163dictum est ; minus considerate dictum est ; hoc improbo ; hoc non approbo ; hoc mihi non placet. Ceci fut manifeste chez Augustin, qui corrigea par la suite absolument beaucoup de points sur lesquels il avait d’abord erré par ignorance, sous le nom de rétractation ou par quelque autre mode de parler signifiant la révocation, en utilisant des termes tels que : c’est dit témérairement ; c’est dit avec trop peu de considération ; je réprouve ceci ; je n’approuve pas cela ; ceci ne me plaît pas. Notetur ad hoc idem Augustinus ad Vincentium, XXXIV q. ult. cap. Si ; et Gelasius, ibidem q. 2 cap. legatur. Que l’on note à ce sujet le même Augustin à Vincent, Cause 34, dernière question, chapitre Si ; et Gélase, au même endroit, Question 2, chapitre Legatur.

Elicitur consequenter ex istis differentia multiplex inter scienter et nescienter errantes, et inter scienter et nescienter haereticos. Il se dégage par conséquent de ces points une différence multiple entre ceux qui errent avec connaissance et sans connaissance, et entre les hérétiques avec connaissance et sans connaissance. Et hoc quoad tria, quae sunt crimen, modus et poena ; juxta quod notetur dictum Augustini, XXIV, q. 3, cap. Dixit Apostolus ; ubi ait : Qui sententiam suam quamvis falsam aut perversam nulla pertinaci animositate defendunt, praesertim quam non audacia suae praesumptionis pepererunt sed a seductis atque in errorem lapsis parentibus acceperunt, quaerunt autem cauta sollicitudine veritatem, corrigi parati cum invenerint, nequaquam sunt inter haereticos reputandi. Et cela quant à trois choses : le crime, le mode et la peine ; selon ce qu’il faut noter du dire d’Augustin, Cause 24, question 3, chapitre Dixit Apostolus, où il dit : Ceux qui défendent leur sentence, fût-elle fausse ou perverse, sans aucune animosité pertinace, surtout s’ils ne l’ont pas engendrée par l’audace de leur propre présomption mais l’ont reçue de parents séduits et tombés dans l’erreur, et qui cherchent la vérité avec une sollicitude prudente, prêts à être corrigés lorsqu’ils l’auront trouvée, ne doivent aucunement être réputés parmi les hérétiques.

Unde colligitur quod quadruplex est modus errandi circa fidem. D’où l’on conclut qu’il y a quatre manières d’errer concernant la foi. Uno modo credendo quod fides catholica sit falsa aut Scriptura Sacra ; et sic errans dicitur scienter haereticus, quia non est paratus corrigi cum neget regulam per quam habet dirigi seu revocari. La première, en croyant que la foi catholique ou la Sainte Écriture est fausse ; et celui qui erre ainsi est appelé hérétique avec connaissance, car il n’est pas prêt à être corrigé puisqu’il nie la règle par laquelle il doit être dirigé ou révoqué. Potest alio modo quis errare credendo generaliter quod fides catholica sit vera, sed aestimat aliquam esse fidem catholicam quae in veritate non est catholica ; sicut Ariani recipientes Scripturam Sacram sed ad sensum perversum ; qui sectam suam solam putabant esse catholicam. D’une seconde manière, quelqu’un peut errer en croyant en général que la foi catholique est vraie, tout en estimant qu’est foi catholique une foi qui, en vérité, ne l’est pas ; comme les Ariens recevant la Sainte Écriture mais dans un sens pervers, et qui pensaient que leur seule secte était catholique. Hi sunt nescienter haeretici. Ceux-là sont hérétiques par ignorance. Errant autem praecedentes in utroque modo contra fidem quam tenentur explicite credere. Or les précédents errent, dans l’une et l’autre manière, contre la foi qu’ils sont tenus de croire explicitement.

Sunt alii circa fidem errantes in his quae non tenentur pro tunc explicite credere ; et hoc dupliciter. Il en est d’autres qui errent concernant la foi sur des points qu’ils ne sont pas alors tenus de croire explicitement ; et cela de deux façons. Uno modo pertinaciter, quia non parati sunt corrigi ; sed propter superbiam suam aut aliter proprium defendunt errorem. D’une part par pertinacité, parce qu’ils ne sont pas prêts à être corrigés, mais que par leur orgueil ou autrement ils défendent leur propre erreur. Altero modo dum parati sunt corrigi protinus agnita veritate ; quia non pertinaci animositate defendunt errorem sed ex sola simplicitate vel ignorantia sunt in errore. D’autre part, lorsqu’ils sont prêts à être corrigés sitôt la vérité reconnue ; parce qu’ils ne défendent pas leur erreur par une animosité pertinace, mais qu’ils sont dans l’erreur par seule simplicité ou ignorance. Ceterum inter hos quatuor modos primi magis peccant quam secundi et secundi quam tertii. Au reste, parmi ces quatre manières, les premières sont plus fautives que les secondes, et les secondes que les troisièmes. Modus errandi similiter diversus est : quoniam in duobus primis error invenitur quem tenentur explicite discredere et diffiteri ; tertii vero pertinaciter errant in illo cujus oppositum pro tunc non tenentur explicita fide tenere sed implicita ; sed quia renuunt corrigi dicuntur haeretici. Le mode d’errer est pareillement divers : car dans les deux premiers se trouve une erreur qu’ils sont tenus de rejeter et de nier explicitement ; tandis que les troisièmes errent avec pertinacité sur un point dont ils ne sont pas alors tenus de tenir l’opposé par foi explicite, mais seulement par foi implicite ; mais parce qu’ils refusent d’être corrigés, ils sont dits hérétiques.

Qualiter vero deprehendatur aut cognoscatur talis pertinacia declaratur summatim in aliis duodecim considerationibus, quae ad hanc unam reducuntur hic ab Augustino positam : quod tales non quaerunt cauta sollicitudine veritatem, sed ejus declarationi resistunt omissive vel commissive variis modis, per se vel alios, verbis aut factis, judicialiter aut extrajudicialiter, terroribus aut muneribus, minis aut blanditiis, propter depravationem affectus, causa alicujus commodi temporalis assequendi vel incommodi devitandi circa divitias, delicias vel honores. Quant à la manière dont se surprend ou se reconnaît une telle pertinacité, elle est déclarée sommairement dans douze autres considérations, lesquelles se ramènent à celle-ci, posée ici par Augustin : de tels hommes ne cherchent pas la vérité avec une sollicitude prudente, mais ils résistent à sa déclaration, soit par omission, soit par commission, de diverses manières : par eux-mêmes ou par d’autres, en paroles ou en actes, judiciairement ou hors justice, par des terreurs ou des présents, par des menaces ou des flatteries, à cause d’une dépravation de l’affect, en vue d’obtenir quelque avantage temporel ou d’éviter un désagrément concernant les richesses, les plaisirs ou les honneurs.

Habemus in his tripliciter errantibus diversitatem in crimine et in modo ; poena similiter diversa est quoad aliqua. Nous avons, chez ces trois types de personnes errantes, une diversité dans le crime et dans le mode ; la peine est pareillement diverse quant à certains points. Nihilominus tertii punientur sicut duo primi si judicialiter evocati, se corrigere, si errorem absolute revocare, si veritatem oppositam profiteri noluerint, quia relinquentur curiae saeculari, aut si se correxerint poenitentiae salutari. Néanmoins, les troisièmes seront punis comme les deux premiers si, cités judiciairement, ils ne veulent pas se corriger, révoquer absolument l’erreur ou professer la vérité opposée, car ils seront livrés au bras séculier, ou soumis à une pénitence salutaire s’ils se corrigent. At vero quarti quia non jungunt errori suo pertinaciam nunc vel antea, quamvis sint corripiendi per revocationem erroris, ipsi tamen nequaquam sunt poenis haereticorum plectendi nec infamia notandi, sicut apud scholasticos theologos in praeclara Universitate Parisiensi frequenter observatur quos protestatio generalis et conditionalis revocatio juvit ad hoc ne de pertinacia notarentur, juncta humilitate qua protinus errorem nedum conditionaliter sed absolute ; quae revocatio sufficit magistris ad purgationem nec ab actibus studii legitimis exercendis vel consequendis revocantes obinde repelluntur. Mais les quatrièmes, parce qu’ils ne joignent pas de pertinacité à leur erreur, ni maintenant ni auparavant, bien qu’ils doivent être repris par la révocation de l’erreur, ne doivent pourtant nullement être frappés des peines des hérétiques ni notés d’infamie, comme on l’observe fréquemment chez les théologiens scolastiques de l’illustre Université de Paris, que la protestation générale et la révocation conditionnelle ont aidés à ne pas être notés de pertinacité, jointe à l’humilité par laquelle ils ont aussitôt révoqué l’erreur non seulement conditionnellement mais absolument ; cette révocation suffit aux maîtres pour la purgation, et ceux qui révoquent ne sont pas pour autant écartés de l’exercice ou de l’obtention des actes d’étude légitimes.

12. La protestation générale ou la révocation conditionnelle n’empêchent pas d’être déclaré suspect d’hérésie Trois degrés de suspicion (légère, véhémente, violente) définis par la force probante des signes extérieurs ; importance du contexte (lieux, temps, personnes, coutumes)

12. Protestatio generalis aut conditionalis revocatio non obstant quin sic protestans aut revocans dici possit suspectus de haeresi quandoque leviter, quandoque vehementer, aliquando violenter. 12. La protestation générale ou la révocation conditionnelle n’empêchent pas que celui qui proteste ou révoque ainsi puisse être dit suspect d’hérésie, tantôt légèrement, tantôt véhémentement, parfois violemment.

Patebit haec consideratio per praecedentes si docuerimus quis est dicendus de haeresi vel leviter, vel vehementer vel violenter suspectus. Cette considération sera rendue évidente par les précédentes si nous enseignons qui doit être dit suspect d’hérésie soit légèrement, soit véhémentement, soit violemment. Et hoc alias latiori sermone declaravimus ; nunc summatim repetatur. Nous avons déclaré cela ailleurs dans un plus long discours ; que ce soit maintenant répété sommairement.

Itaque suspicio levis provenit ex signis exterioribus operum vel verborum ex quibus cognitis accipitur conjectura qua concludi potest non quidem frequenter sed raro seu contingenter ut in paucioribus, quod talia agens vel dicens est haereticus. Ainsi la suspicion légère provient de signes extérieurs d’actes ou de paroles dont la connaissance permet de tirer une conjecture par laquelle on peut conclure, non pas fréquemment mais rarement ou de manière contingente, comme dans le plus petit nombre de cas, que celui qui agit ou parle ainsi est hérétique. Itaque consequentia levis est et topica ; sicut si argueremus : Petrus non venit ad ecclesiam in solemnitate Nativitatis Beatae Mariae Virginis, ergo non bene sentit de ea ; vel sic : Petrus assumit nomen Domini frequenter in vanum, dejerans et negans eum, ergo non bene credit de eo. Par conséquent, la conséquence est légère et topique ; comme si nous arguions : Pierre n’est pas venu à l’église pour la solennité de la Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie, donc il n’a pas de bons sentiments à son égard ; ou encore : Pierre prend fréquemment le nom du Seigneur en vain, faisant de faux serments et le niant, donc il ne croit pas bien en Lui. Porro vehemens suspicio provenit ex signis exterioribus operum vel verborum ex quibus cognitis accipitur argumentum concludens frequenter et ut in pluribus quod talia agens vel dicens est haereticus ; ut si quis neget explicite, palam et publice, ea quae debet ex officio scire plus quam alii, quamvis possit in rei veritate negatio talis ex ignorantia provenire vel animi levitate, non ex haeretica pravitate. En outre, la suspicion véhémente provient de signes extérieurs d’actes ou de paroles dont la connaissance fournit un argument concluant fréquemment et dans la plupart des cas que celui qui agit ou parle ainsi est hérétique ; comme si quelqu’un niait explicitement, ouvertement et publiquement, ce qu’il doit savoir par office plus que les autres, bien qu’en vérité une telle négation puisse provenir de l’ignorance ou de la légèreté de l’esprit, et non d’une perversité hérétique. Dicimus demum suspicionem esse violentam quae sumitur ex signis exterioribus operum vel verborum ex quibus cognitis concludi solet efficaciter et ut semper, quod talia agens vel dicens est haereticus, quemadmodum si quis praedicet publice quod Christus non fuit verus Deus, quod Deus non est diligendus super omnia, quod licitum est passim homines occidere sicut bestias, quod juramenta non sunt tenenda, aut si patenter adoret sepulcrum Mahometi, vel si deferat 165habitum Judaeis appropriatum, non quidem joco faciens hoc sed serio. Nous disons enfin que la suspicion est violente lorsqu’elle est tirée de signes extérieurs d’actes ou de paroles dont la connaissance permet de conclure efficacement et presque toujours que celui qui agit ou parle ainsi est hérétique ; comme si quelqu’un prêchait publiquement que le Christ n’a pas été vrai Dieu, que Dieu ne doit pas être aimé par-dessus tout, qu’il est permis de tuer indifféremment les hommes comme des bêtes, que les serments ne doivent pas être tenus, ou s’il adorait ouvertement le sépulcre de Mahomet, ou s’il portait l’habit réservé aux Juifs, faisant cela non par jeu mais sérieusement. Constat nempe quod possibile est talia facientem vel agentem tenere veraciter interius fidem catholicam, sicut de Salomone idololatrante, et de Marcellino idolis sacrificante dicunt multi quod neuter eorum fuit haereticus in mente. Il est certes constant qu’il est possible que celui qui agit ainsi garde véritablement à l’intérieur la foi catholique ; ainsi, de Salomon se livrant à l’idolâtrie et de Marcellin sacrifiant aux idoles, beaucoup disent que ni l’un ni l’autre ne fut hérétique en son esprit. Nihilominus Ecclesia de exterioribus judicans non de occultis, arguet in talibus violentam praesumptionem et secundum eam feret judicium ; exemplo Salomonis de meretricibus, III Reg. c. 3. Néanmoins l’Église, jugeant des choses extérieures et non des choses cachées, arguera en de tels cas d’une présomption violente et rendra son jugement d’après elle ; à l’exemple de Salomon jugeant les prostituées (III Rois 3). Et hoc nisi talis violenter suspectus se legitime purgaverit, allegando vel ignorantiam vel timorem vel fictionem vel aliquid hujusmodi, paratum corrigi se demonstrans. Et cela, à moins qu’un tel homme violemment suspect ne se soit légitimement purgé, en alléguant l’ignorance, la crainte, la fiction ou quelque motif semblable, se montrant prêt à être corrigé.

Quocirca patet valere plurimum circa suspiciones hujusmodi assumendas pro argumentis, considerare consuetudines patriarum, locorum, temporum, personarum, modos et judicia. C’est pourquoi il est clair qu’il importe au plus haut point, pour prendre de telles suspicions comme arguments, de considérer les coutumes des pays, des lieux, des temps et des personnes, les modes et les jugements. Evenit quippe quod verbum unum dabit suspicionem haeresis in uno loco vel in una persona, quod in alio loco vel persona nihil reputabitur. Il arrive en effet qu’une seule parole donne une suspicion d’hérésie dans un lieu ou chez une personne, alors qu’elle ne sera comptée pour rien dans un autre lieu ou chez une autre personne. Exemplum de negantibus et despicientibus Deum quotidianis verbis in certis partibus, quod in aliis partibus multis horridum judicaretur et haeresi proximum. L’exemple en est de ceux qui nient et méprisent Dieu par des paroles quotidiennes dans certaines contrées, ce qui, dans beaucoup d’autres régions, serait jugé horrible et proche de l’hérésie.

Has interim considerationes duodecim posuisse velut in transcursu suffecerit, 29 mensis octobris, anni 1415 in civitate Constantiensi ubi sacrum agebatur Concilium generale, praestante eo qui est Deus benedictus in saecula. Il aura suffi d’avoir posé ces douze considérations comme en passant, le 29 octobre de l’an 1415, dans la cité de Constance où se tenait le sacré Concile général, avec l’aide de Celui qui est Dieu béni dans les siècles. Amen. Amen.

Considerationes XII de pertinacia Douze considérations sur la pertinacité
(1415)

Glorieux n° 275, VI, 165-167.

Introduction Définition : la pertinacité est l’obstination de la volonté qui, par orgueil ou autre vice, refuse de chercher la vérité, de l’admettre quand elle est prouvée ou de renoncer à son erreur

Pertinaciae propria ratio quae errantem in fide seu haereticantem efficit haereticum, consistit in depravatione voluntatis per superbiam aut aliud vitium, dum non vult errans cauta sollicitudine quaerere veritatem, aut dum quaesitae monstrataeque renuit assentire vel errorem dimittere. La raison propre de la pertinacité, qui rend hérétique celui qui erre en la foi ou qui agit en hérétique, consiste dans une dépravation de la volonté par l’orgueil ou par un autre vice, lorsque celui qui erre ne veut pas chercher la vérité avec une sollicitude prudente, ou lorsqu’il refuse d’acquiescer à la vérité cherchée et démontrée, ou de délaisser son erreur. Dicitur enim pertinax, secundum Isidorum, quasi imprudenter tenax, qui persistit in illo scilicet quod deberet dimittere. On appelle en effet pertinace, selon Isidore, celui qui est comme imprudemment tenace, c’est-à-dire celui qui persiste dans ce qu’il devrait précisément délaisser. Ceterum pertinaciae signum exterius multiplex invenitur. Au reste, on trouve de multiples signes extérieurs de pertinacité.

Signe 1. Persistance dans l’excommunication Rester plus d’un an sous le coup de la sentence sans chercher à se justifier : présomption de droit

1. Dum quis sustinet excommunicationem ultra annum nec potest se sufficienter excusare ; et hoc sumitur ex juris praesumptione. 1. Lorsqu’on endure l’excommunication plus d’un an sans pouvoir se justifier suffisamment ; et ceci est tiré d’une présomption de droit.

Signe 2. Refus de comparaître (contumace) D’autant plus grave si la suspicion initiale est forte

2. Alterum dum citatus super fide pro levi etiam suspicione judicialiter renuit comparere vel respondere ; et eo amplius si sit praesumptio vehemens aut violenta ; et hoc similiter oritur ex juris fictione. 2. Un autre est lorsque, cité judiciairement sur la foi pour une suspicion même légère, on refuse de comparaître ou de répondre ; et ce d’autant plus s’il y a présomption véhémente ou violente ; et ceci provient semblablement d’une fiction de droit.

Signe 3. Défense d’une erreur contre une vérité de foi certaine Soutenir une doctrine qu’on est tenu de rejeter

3. Alterum est pertinaciae signum dum quis asserit et defendit 166errorem cujus oppositam veritatem tenetur explicita fide tenere. 3. Un autre signe de pertinacité est lorsqu’on affirme et défend une erreur dont on est tenu de tenir la vérité opposée par foi explicite. Tenetur inquam vel ex publica observatione, vel ex communi doctrina Ecclesiae, vel ex officio seu statu suo, vel ex informatione sufficienti, vel ex naturali judicio rationis, quemadmodum quilibet capax rationis tenetur explicite credere nedum articulos fidei, si sit christianus, sed etiam principia legis naturalis quae sunt de primis impressionibus et inscriptionibus indelibilibus, ut sunt praecepta decalogi recepta secundum planum et usitatum intellectum apud omnes utentes ratione non depravata in quacumque lege. On en est tenu, dis-je, soit par l’observation publique, soit par la doctrine commune de l’Église, soit par son office ou son état, soit par une information suffisante, soit par le jugement naturel de la raison, de même que tout être capable de raison est tenu de croire explicitement non seulement les articles de foi s’il est chrétien, mais aussi les principes de la loi naturelle qui relèvent des premières impressions et inscriptions indélébiles, comme sont les préceptes du décalogue reçus selon un sens clair et usité chez tous ceux qui usent d’une raison non dépravée, sous quelque loi que ce soit.

Signe 4. Entrave à la manifestation de la vérité Notamment en faisant obstacle à la tenue d’un concile ou en molestant ses membres

4. Alterum pertinaciae signum, dum quis veritatem fidei nedum non quaerit cauta sollicitudine sed declarationem ejus impedit ne veniat ad lucem, maxime si concilium fidei speciale vel generale propter hoc in se vel in suis impedit, directe vel indirecte, molestat atque persequitur. 4. Un autre signe de pertinacité est lorsqu’on ne se contente pas de ne pas chercher la vérité de la foi avec une sollicitude prudente, mais que l’on empêche sa déclaration de venir au jour, surtout si pour cette raison l’on fait obstacle, directement ou indirectement, à un concile de foi spécial ou général, ou que l’on moleste et persécute ses membres.

Signe 5. Hostilité envers les défenseurs de la vérité Les attaquer tout en prétendant verbalement être soumis à l’Église

5. Alterum pertinaciae signum dum quis veritatem docentes seu determinantes odire se monstrat et persequi verbis atque factis, etiam si dicat seu protestetur se velle tenere quod Ecclesia tenet vel determinabit, et quod paratus est stare juri ; quia si facta contradicant, haec est aequitas simulata quae duplex est iniquitas. 5. Un autre signe de pertinacité est lorsque l’on montre de la haine envers ceux qui enseignent ou déterminent la vérité, et que l’on s’en prend à eux en paroles et en actes, même si l’on dit ou proteste vouloir tenir ce que l’Église tient ou déterminera, et être prêt à se soumettre au droit ; car si les faits contredisent les paroles, c’est là une équité simulée qui est une double iniquité. Solent etiam quantumlibet haeretici taliter protestari se catholicos esse, quod eos ab haeresi non excusat. Les hérétiques ont d’ailleurs coutume de protester ainsi qu’ils sont catholiques, ce qui ne les excuse pas de l’hérésie.

Signe 6. Inconstance doctrinale Nier ce qu’on avait d’abord enseigné ou confessé

6. Alterum pertinaciae signum dum quis negat veritatem quam prius docuit vel confessus est ; nec est probabile quod eum sit oblitus, quoniam secundum jura primo dicto credi debet. 6. Un autre signe de pertinacité est lorsqu’on nie une vérité que l’on a d’abord enseignée ou confessée ; et il n’est pas probable qu’on l’ait oubliée, puisque selon les droits, il faut s’en tenir à la première parole.

Signe 7. Rejet arbitraire de l’avis des docteurs Après les avoir consultés

7. Alterum pertinaciae signum dum quis petit declarationem veritatis a peritis doctoribus seu judicibus ; quam cum  facta est nihilominus repudiat, nulla penitus assignata ratione. 7. Un autre signe de pertinacité est lorsqu’on demande la déclaration de la vérité à des docteurs experts ou à des juges, mais qu’une fois celle-ci faite, on la répudie néanmoins sans donner absolument aucune raison.

Signe 8. Entraînement d’autrui dans l’erreur Amener autrui à défendre une erreur par promesses, menaces, peines ou serments

8. Alterum pertinaciae signum dum quis promissionibus, praeceptis, comminationibus, poenis, juramentis, aliquos ad defensionem erroris inducit vel compellit. 8. Un autre signe de pertinacité est lorsqu’on induit ou contraint d’autres personnes à la défense de l’erreur par des promesses, des préceptes, des menaces, des peines ou des serments.

Signe 9. Excitation aux séditions et aux guerres Susciter des troubles civils ou des conflits entre royaumes pour empêcher la condamnation d’une erreur

9. Alterum pertinaciae signum dum quis potens commovet seditiones, suscitat bella in populis et regnis ideo quia facta est alicujus veritatis catholicae declaratio vel erroris reprobatio. 9. Un autre signe de pertinacité est lorsqu’un homme puissant fomente des séditions, suscite des guerres parmi les peuples et les royaumes parce qu’une déclaration d’une vérité catholique ou une réprobation d’une erreur a été faite.

Signe 10. Préférence de la mort à la rétractation Jurer préférer mourir plutôt que de révoquer son erreur

10. Alterum pertinaciae signum dum quis jurat se malle mori quam contra honorem suum quidquam permittere fieri, vel errorem aliquem revocare ; ponit enim obicem poenitentiae atque veritati. 10. Un autre signe de pertinacité est lorsqu’on jure préférer mourir plutôt que de permettre que quoi que ce soit soit fait contre son honneur, ou de révoquer une erreur ; on pose en effet un obstacle à la pénitence et à la vérité.

Signe 11. Protection de celui qui erre Défendre judiciairement une personne dont on sait, ou devrait savoir, qu’elle est dans l’erreur

11. Alterum pertinaciae signum dum quis fovet errantem et defendit judicialiter vel extrajudicialiter, sciens nihilominus aut scire debens hunc errare. 11. Un autre signe de pertinacité est lorsqu’on favorise celui qui erre et qu’on le défend judiciairement ou hors justice, tout en sachant ou en devant savoir qu’il erre.

Signe 12. Complicité par le silence Ne pas résister à l’erreur alors qu’on le peut et qu’on le doit

12. Alterum pertinaciae signum dum quis non resistit erroribus dum 167potest, scit et debet ; debet, inquam, vel ex officio, sicut judex, vel ex fraternali caritate sicut universi ; quoniam agentes et consentientes secundum Apostolum pari poena puniuntur. 12. Un autre signe de pertinacité est lorsqu’on ne résiste pas aux erreurs alors qu’on le peut, qu’on le sait et qu’on le doit ; on le doit, dis-je, soit par office comme le juge, soit par charité fraternelle comme tout un chacun ; puisque ceux qui agissent et ceux qui consentent sont punis d’une peine égale selon l’Apôtre. Consentiunt autem qui alios dum possunt, ut dicit canon, ab errore non revocant. Or consentent ceux qui, alors qu’ils le peuvent, ne ramènent pas les autres de l’erreur, comme le dit le canon. Denique latius ista declarat Ockham, quarta parte libri primi Dialogorum. Enfin, Ockham déclare ces points plus amplement dans la quatrième partie du premier livre des Dialogues. Secundum quae signa poterit applicatio particulariter fieri, ad materiam quae tractatur. D’après ces signes, une application pourra être faite en particulier à la matière traitée.

Finiunt duodecim considerationes secundum totidem signa quibus solet aliquis de pertinacia notari vel convinci circa materiam haereticae pravitatis, praemittendo qualis sit pertinaciae definitio vel ratio. Ici finissent les douze considérations selon autant de signes par lesquels on a coutume de noter ou de convaincre quelqu’un de pertinacité en matière de perversité hérétique, après avoir posé préalablement ce qu’est la définition ou la raison de la pertinacité.

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