Documentation : Jeanne sur les autels (1885-1889)
Revue de Presse
Jeanne d’Arc sur les autels 1885-1889
Revue catholique des institutions et du droit septembre 1885
Contribution du père Ayroles : Jeanne d’Arc ou la constitution de la France.
Note. — Il s’agit du chapitre II, du livre I de Jeanne d’Arc sur les autels, p. 13-30.
Source : Revue catholique des institutions et du droit, septembre 1885, 13e année, 24e volume, p. 203-215.
Lien : Gallica
La constitution politique de la France rajeunie par le miracle de la Pucelle.
Sommaire :
- La royauté de Jésus-Christ, essence de la constitution politique de la France, la loi salique, le sacre.
- Jeanne s’est présentée à son parti en proclamant la vraie constitution de la France.
- Elle l’a signifiée aux ennemis, et à leurs alliés.
- La royauté de Jésus-Christ inscrite sur la bannière de la Pucelle.
- Le sacre, ses significations rajeunies par la Pucelle.
- La royauté de Jésus-Christ, fond de l’histoire des dix siècles précédents.
[…]
L’Univers 27 octobre 1885
Annonce de la parution de Jeanne d’Arc sur les autels et d’un compte-rendu à venir.
Lien : Retronews
Faire de l’histoire de Jeanne d’Arc le programme d’une entière régénération de la France dans l’ordre religieux, social, moral et politique ; montrer l’héroïne, une fois sur les autels, reconstituant notre pays sur sa véritable base, — le surnaturel divin dont elle fut le symbole, — c’est une idée neuve, juste, patriotique et chrétienne.
Elle a inspiré à un religieux de la compagnie de Jésus, le R. P. Ayroles, un volume de 500 pages*, in-12, plein d’aperçus variés, du plus saisissant intérêt, d’un souffle vivifiant.
L’Univers rendra compte de ce livre, destiné à faire vibrer toutes les fibres d’une âme française. En attendant, il le signale et le recommande à l’attention de ses lecteurs.
* Jeanne d’Arc sur les autels et la régénération de la France, par le P. Ayroles, de la compagnie de Jésus. 1 vol. in-12 ; 4 francs. Paris, Gaume, éditeur.
Le Monde 30 octobre 1885
Marius Sepet annonce la parution de Jeanne d’Arc sur les autels et en promet l’examen dès qu’il l’aura lu.
Lien : Gallica
[Sepet commente en premier lieu le tome III de l’Histoire de Charles VII de Beaucourt.]
On ne peut séparer Charles VII de Jeanne d’Arc. C’est donc bien ici le lieu et le moment d’annoncer à nos lecteurs un nouvel ouvrage consacré à la glorification de l’héroïque vierge de France. Cet ouvrage, intitulé : Jeanne d’Arc sur les autels et la France (librairie Gaume) est dû au P. Ayroles, de la Compagnie de Jésus. Nous n’en connaissons encore que la table des matières, qui donne l’idée d’un livre inspiré par une piété ardente jusqu’au mysticisme et par un patriotisme plein de cœur et de ferveur. Ce livre vise, non sans succès sur plusieurs points, à ce qu’il nous semble, à éclairer d’une lumière nouvelle la pure et sublime figure de Jeanne. Cette lumière est principalement tirée, croyons-nous, de l’ordre surnaturel, dont la science catholique doit revendiquer les droits et la place en histoire, mais se garder aussi d’étendre outre mesure les limites. Nous nous bornons aujourd’hui à annoncer l’apparition du livre du P. Ayroles, nous réservant d’en faire prochainement, ici-même, après lecture sérieuse, un examen sympathique, mais indépendant, en nous efforçant, selon la méthode que nous croyons la meilleure dans les questions de ce genre, de nous tenir à égale distance de ces deux extrémités, dangereuses en histoire comme en philosophie, le rationalisme et le fidéisme.
Marius Sepet.
Bibliographie de la France 31 octobre 1885
Annonce par l’éditeur Gaume de la parution de Jeanne d’Arc sur les autels.
Source : Journal général de l’imprimerie et de la librairie, 74e année, 2e série, tome 29, n° 44, 31 octobre 1885, p. 2213.
Lien : Gallica
[Seul ouvrage publié par Gaume cette semaine. Pleine page :]
Gaume et Cie, éditeurs, 3 rue de l’Abbaye, à Paris.
Vient de paraître : Jeanne d’Arc sur les autels et la Régénération de la France, par le R. P. Ayroles, de la Compagnie de Jésus.
1 volume in-12. — Prix : 4 francs franco. — Remise : 14/12 et 25%.
L’Univers 2 novembre 1885

Encart identique dans :
L’Univers 16 novembre 1885
L’abbé Jules Morel sollicite un délai supplémentaire pour rendre son compte-rendu.
Le livre auquel nous avons affaire est une œuvre trop puissante pour que nous puissions en extraire l’essence, à moins d’un travail très approfondi.
Il conclut en reprenant l’idée du père Ayroles sur les effets que pourrait avoir la canonisation de Jeanne d’Arc, qu’il appelle de ses vœux.
[La prétention naturaliste de notre siècle] pourrait bien recevoir le coup de mort s’il plaît à N. S. P. le Pape Léon XIII, glorieusement régnant, d’ajouter un procès de canonisation au procès de réhabilitation…
Lien : Retronews
Nous avons annoncé, il y a quelques semaines, Jeanne d’Arc sur les autels, et la régénération de la France, par le P. Ayroles, de la Compagnie de Jésus, et nous avons promis d’en reparler très vite et au long. Nous venons dire aujourd’hui que cette promesse ne sera pas tout de suite remplie. Le livre auquel nous avons affaire est une œuvre trop puissante pour que nous puissions en extraire l’essence, à moins d’un travail très approfondi. L’auteur a commencé par apercevoir de belles choses dans Jeanne d’Arc ; plus il a contemplé son sujet, plus il en a découvert, et à la fin Jeanne d’Arc lui est apparue en tout.
Quelle part a l’imagination dans cette transfiguration de l’héroïne ? Il est possible, probable qu’elle en ait une ; mais, autant que nous pouvons juger par une vue d’ensemble, cette part n’est pas ce qu’on en pouvait craindre, elle est même très peu de chose. L’histoire, la philosophie sociale, la plus saine mystique, peuvent, presque tout revendiquer dans les 500 pages que nous venons de lire. On avait beaucoup écrit dans ce siècle sur la vierge de Domrémy. Nous-même, s’il est permis de nous citer à la fin de notre carrière, nous avons débuté, dans l’Univers, en 1850, par une polémique avec M. Quicherat sur le bien ou le mal jugé de l’inquisition anglaise, à Rouen, comparée avec l’inquisition canonique. Mais aujourd’hui nous sommes convaincu, avec le P. Ayroles, que presque tout nous avait échappé, aux uns et aux autres, au sujet du rôle de Jeanne d’Arc, qui est vraiment splendide, qui nous paraît digne de la récompense céleste et terrestre, celle des autels, et qui pourrait bien contenir la leçon de la régénération de la France, avec la grâce de l’opérer.
Néanmoins, avant de prendre la responsabilité d’une si haute et si vaste mission, si inattendue en même temps, avant de la partager avec le P. Ayroles, nous demandons la permission de réfléchir autant qu’il nous paraîtra nécessaire. Si nous adoptons la thèse en général, comme nous nous y sentons entraîné, notre client ne pourra que gagner à nous voir élaguer de sa cause certaines luxuriances de végétation qui en surchargeraient les lignes principales. Mais, d’un autre côté, nous ne voulons rien retrancher à l’aventure, et qui diminuerait sans raison suffisante la gloire incommensurable de cette créature angélique, démonstration foudroyante du surnaturel dans notre siècle qui le regarde comme son ennemi personnel, mais qui pourrait bien en recevoir le coup de mort dans ses prétentions naturalistes, s’il plaît à N. S. P. le Pape Léon XIII, glorieusement régnant, d’ajouter un procès de canonisation au procès de réhabilitation que son prédécesseur de bonne mémoire, Calixte III, Borgia, a déjà accordé à là Pucelle d’Orléans.
L’abbé Jules Morel.
La Croix 20 novembre 1885
Annonce de publication de Jeanne d’Arc sur les autels.
Lien : Retronews
Jeanne d’Arc sur les autels et la régénération de la France. Sous ce titre, le R. P. Ayroles de la Compagnie de Jésus, publie chez Gaume un livre plein de la vraie doctrine sur la mission de l’héroïne ; nous le recommandons aujourd’hui seulement à nos lecteurs et nous demandons à l’auteur d’y faire des emprunts précieux.
La même annonce sera publiée de nouveaux les 19 (Retronews) et 24 décembre (Retronews) suivants ; des extraits de l’introduction de l’ouvrage dans les éditions des 21 et 25 novembre, et sa mention le 3 décembre lors de l’annonce de l’ouverture de la cause de béatification.
Édition du 21 novembre 1885.
Lien : Retronews
Jeanne d’Arc sur les autels. — Nous avons annoncé ce livre, qui sort de l’ordinaire des meilleurs livres sur Jeanne d’Arc par le point de vue auquel il se place. Voici l’idée générale de l’ouvrage, présentée par l’auteur :
[Citation du début de l’introduction du père Ayroles : Idée générale de l’ouvrage.]
Sa Sainteté Léon XIII a confié à une commission romaine le soin d’étudier et, s’il y a, lieu, de promouvoir la canonisation de Jeanne d’Arc. [… jusqu’à :] Les catholiques romains sont les seuls qui n’aient rien à dissimuler dans la divine héroïne.
Édition du 25 novembre 1885.
Lien : Retronews
Jeanne d’Arc sur les autels (suite). — Dans notre numéro de samedi, nous avons dit l’idéal que se propose l’auteur, en montrant d’abord ce que Jeanne sur les autels apporterait de gloire à la France et ce que cette consécration du surnaturel nous apporterait de force contre le naturalisme de ce siècle.
Mais le plan est plus vaste encore ; elle serait un secours en nous apportant ce programme politique incomparable qui se résume en ce mot : Jésus-Christ.
[Citation de la suite de l’introduction du père Ayroles : Idée générale de l’ouvrage.]
La libératrice du quinzième siècle est le soleil de notre histoire. [… jusqu’à :] La Pucelle du haut des autels nous presserait d’aller demander au vainqueur de Lucifer les secours que la terre nous refuse.
Édition du 3 décembre 1885, annonce de l’ouverture de la cause de béatification.
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Jeanne d’Arc sur les autels. — Le salut se fera encore en France par Jeanne d’Arc. Une dépêche de Rome annonce que la cause de la béatification de Jeanne d’Arc a été introduite devant la congrégation des rites. Désormais Jeanne d’Arc portera le titre de vénérable jusqu’à sa béatification.
Le Mémorial diplomatique 21 novembre 1885
Annonce de publication de Jeanne d’Arc sur les autels.
Ce livre est en quelque sorte un plaidoyer éloquent en faveur de la canonisation de Jeanne d’Arc.
Lien : Gallica
Ce livre est en quelque sorte un plaidoyer éloquent en faveur de la canonisation de Jeanne d’Arc, dont Sa Sainteté Léon XIII a confié l’étude à une commission spéciale.
Jeanne d’Arc sur les autels, — dit le révérend auteur, — c’est un honneur sans pareil pour la vraie France, pour la France chrétienne. Non seulement Jeanne est nôtre par sa naissance, sa vie, par son être tout entier ; mais sa merveilleuse histoire est un témoignage, unique dans les annales des peuples, des prédilections de Jésus-Christ pour notre pays.
Le Père Ayroles insiste sur ce que cette canonisation serait un acte d’une admirable opportunité, une manifestation appropriée aux nécessités de l’heure actuelle
:
Le naturalisme, qui nous tue, demande qu’on lui fasse voir le surnaturel dans les faits. Peu ou point de faits historiques sont entourés de preuves aussi convaincantes et aussi nombreuse ses que l’histoire de la Pucelle…
L’Univers 25 novembre 1885
Lettre d’approbation de Mgr de Cabrières, évêque de Montpellier.
Votre portrait de l’héroïque Pucelle, si française par le caractère, le langage, l’allure ouverte et loyale, est un véritable chef d’œuvre.
Aussi se joint-il à l’appel du père Ayroles pour contribuer à la canonisation de Jeanne :
Prions-la dans le secret de nos demeures ; honorons-la d’un culte privé. Dieu fera le reste.
Lien : Retronews
Nous avons déjà parlé du beau livre du R. P. Ayroles, de la Compagnie de Jésus, intitulé : Jeanne d’Arc sur les autels et la régénération de la France. En attendant que nous en rendions compte avec le détail nécessaire, nous sommes heureux de reproduire l’approbation, éloquemment motivée, que Mgr l’évêque de Montpellier vient, par la lettre suivante, de donner à cet ouvrage si français et si chrétien :
Montpellier, 20 novembre 1885.
Mon révérend père,
C’est aujourd’hui seulement, fête d’un prince de la maison de Valois, que je puis vous parler du beau livre que vous avez composé en l’honneur de Jeanne d’Arc. J’ai parcouru, une à une, toutes ces pages dictées par le plus pur patriotisme, par la piété la plus vive et la plus éclairée, par une connaissance intime et profonde des lois providentielles qui ont présidé, depuis le baptême de Clovis, aux destinées de notre nation. Je vous remercie de m’avoir convié au plaisir élevé et fortifiant d’une telle lecture.
Comme vous le dites avec raison :
Quel est le merveilleux, rêvé par les poètes, qui approche, même de loin, de la réalité de l’histoire de la Pucelle ? Quelle idylle vaut l’histoire de la villageoise, à Domrémy ? Quelle épopée, l’histoire de la guerrière ? Quel drame est plus poignant que le martyre de Rouen ?Et quand, à votre suite, on revient par la pensée sur le miraculeux secours apporté à la France en détresse par cette enfant du dix-huit ans à peine ; quand on songe que de la délivrance d’Orléans, le 8 mai 1429, au 30 mai 1431, jour fatal de la mort de Jeanne d’Arc sur le bûcher de Rouen, il ne s’est pas écoulé plus de deux années ; que, sur ce temps si court, plus de six mois ont été pris par la captivité et le martyre ; qu’il reste par conséquent moins de dix-huit mois pour que legentil Dauphinait été mené triomphalement de Chinon à Reims, et pour que lesplus importantes parmi les bonnes villes du saint royaumesoient rentrées sous la légitime autorité duLieutenant du Roi Jésus; quand on s’arrête à méditer sur ces faits merveilleux, les mieux attestés de nos annales, on ne peut pas ne point conclure avec vous, mon révérend père, que Jésus Christ veille avec un amour particulier sur notre peuple, qu’il l’a spécialement élu pour son héritage et pour, par le moyen de lui, entretenir la sainte foi catholique et leremettre du tout sus. Comme tout cela est bon à lire en un temps où cet héritage est menacé par tant d’avides ravisseurs, où cette foi est si violemment attaquée, et où il semble qu’une puissance simplement humaine ne saurait plusremettre susles grandes et tutélaires institutions du passé !Votre portrait de l’héroïque Pucelle, si française par le caractère, le langage, l’allure ouverte et loyale, est un véritable chef d’œuvre. On s’arrête avec une admiration à la fois respectueuse et enthousiaste devant cette guerrière modeste et généreuse, qui regrette simplement la paix de son village, qui pleure à la vue des morts et des mourants, et qui cependant, pressée par un instinct surnaturel, sa petite hache à la main, pousse son cheval vers les bataillons ennemis, avec un courage viril, et s’écrie bravement :
Aux horions l’on verra qui a le meilleur droit.Vous avez peint d’une façon saisissante le côté surnaturel de cette pure existence, qui se meut dans une atmosphère toute céleste au milieu des plus chers patrons de la France, la vierge Marie, sainte Catherine, sainte Marguerite, l’archange saint Michel, saint Martin, saint Denys et surtout saint Rémy. Est-il possible qu’une nation aussi privilégiée, à laquelle Dieu a donné de si puissants protecteurs, succombe et disparaisse ? Non, non, vous le dites après Benoît XIV, le grand Pape du dix huitième siècle, témoin des scandales et des hontes du règne de Louis XV :La France est le royaume de Marie, le royaume des saints; elle estpar les Denys, les Irénée, les Hilaire d’Arles, et de Poitiers la terre de l’orthodoxie.La France ne périra pas, Gallia non peribit, et Dieu, après l’avoir restaurée et guérie, lui permettra d’être encore pour l’Église un appui et un rempart, unecolonne de fer, comme le souhaitait le saint Pape Anastase !Vous n’avez pas oublié, mon révérend Père, que, selon la tradition, l’évêque de Maguelone siégeait parmi les docteurs qui, à Poitiers, examinèrent et approuvèrent la mission de Jeanne d’Arc. Vous avez rappelé que les habitants de Montpellier, avertis par un mystérieux, messager, de la délivrance d’Orléans et du sacre de Charles VII, éprouvèrent de cette heureuse nouvelle une si grande joie qu’ils voulurent en éterniser la mémoire, et que, sur le lieu même où le courrier, royal s’était arrêté, ils bâtirent une chapelle en l’honneur de la sainte Vierge, sous le vocable de
Notre-Dame de Bonnes-Nouvelles. Grâces à Dieu, mon révérend père, si les guerres et les révolutions religieuses ont dispersé les pierres de cet édicule, elles ont été incapables de changer nos sentiments. Comme nos pères, nous vénérons en Jeanne la Pucelle une envoyée de Dieu, une sainte, une martyre, une héroïne de la religion et ds la patrie. Comme nos pères, nous saluons dans la délivrance d’Orléans, dans le sacre du roi Charles VII, dans la ruine de la puissance anglaise à Paris, en Guyenne, en Gascogne, l’œuvre miraculeuse du Christ, qui aime les Francs !Je donne donc, mon révérend père, en ma triple qualité de Français, d’évêque et d’évêque de Montpellier, mon assentiment le plus sympathique aux vœux que vous formez pour la prochaine canonisation de Jeanne d’Arc, l’humble bergère, la guerrière vaillante, la vierge radieuse, la triomphante martyre.
En attendant que Jeanne soit appelée, au nom de l’Église et du Saint-Siège qu’elle a tant aimés, à monter sur les autels et à y prendre place parmi
ses frères et sœurs du Paradis; en attendant que, sur l’ordre de Rome, une immense acclamation la salue dans nos temples comme le plus pur et le plus noble symbole du génie et de l’âme même de la France, prions-la dans le secret de nos demeures ; honorons-la d’un culte privé. Dieu fera le reste, et il préparera le jour de la canonisation de la Pucelle d’Orléans pour qu’il marque ou l’aurore ou le zénith du glorieux soleil témoin de notre entier relèvement.Agréez, mon très révérend père, avec mes félicitations les plus sincères, l’assurance de mon dévouement et de mon respect en Notre-Seigneur.
✝ Fr.-Marie-Anatole de Carrières, évêque de Montpellier.
Bibliographie catholique 25 novembre 1885
Compte-rendu favorable de Jeanne d’Arc sur les autels, par Dom Paul Piolin.
Piolin loue la grande vigueur de sentiment
qui se dégage de l’œuvre du père Ayroles, tout en admettant que certains catholiques, plus tièdes, pourraient être déconcertés par le bouillonnement de l’auteur, ses formes de langage
, ses expressions singulières
, ou encore son acharnement contre Voltaire, qui pourrait paraître suranné et peu nécessaire
.
Source : Bibliographie catholique, tome 72, juillet-décembre 1885, p. 456-459, n°5, 25 novembre 1885.
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A. 202. Jeanne d’Arc sur les autels et la régénération de la France, par le Père J.-B.-J. Ayroles de la Compagnie de Jésus. In-12 de XIII-474 p. (1885). Paris, Gaume et Cie. 4 francs.
Un mouvement très accentué des esprits à l’heure présente demande la canonisation de Jeanne d’Arc. L’idée n’est pas nouvelle ; elle remonte à la date de son supplice, et le souverain Pontife Calixte III, en 1456, lui a donné une impulsion nouvelle. Benoît XIV se prononce formellement en faveur du sentiment qui attribue à Jeanne l’esprit de prophétie. (De canonizatione sanctorum, lib. III, c. 45, n. 9.) À la vue des calamités de notre malheureux pays livré à la tyrannie d’une secte ennemie de Dieu qui a juré l’extermination de son culte, les esprits inquiets se tournent vers le Ciel et demandent de nouveaux protecteurs. Ils pensent à Jeanne d’Arc qui délivra la France d’une manière évidemment prodigieuse, à une époque qui à plusieurs égards ressemblait à la nôtre ; mais d’un ennemi moins dangereux que celui qui nous opprime et cherche à nous étouffer.
Mgr Coullié, évêque d’Orléans, est naturellement à la tête de tous ceux qui demandent la béatification de la libératrice de la France et spécialement de sa ville épiscopale. La cause ne pourrait se trouver entre des mains plus dignes et plus capables. Mais, dans tous les temps en de pareilles circonstances, l’action des chefs hiérarchiques a été secondée par le corps entier des fidèles et surtout par leurs prières et leurs œuvres pieuses.
Déjà le souverain Pontife Léon XIII a confié à une commission romaine le soin d’étudier et, s’il y a lieu, de promouvoir la canonisation de Jeanne d’Arc. Le R. P. Ayroles a raison d’ajouter à la constatation de ce fait cette remarque : Acte de bienveillance envers la France ! Léon XIII en est prodigue, alors même que de notre côté lui viennent tant de sujets de poignantes angoisses.
Oui, Léon XIII embrasse dans une égale tendresse tous ses fils à quelque nationalité qu’ils appartiennent, et puisque l’occasion se présente de le dire nous ne saurions approuver en aucune manière l’écrivain, très catholique d’intention, qui disait, dans un récent ouvrage, que Léon XIII, dans sa préoccupation italienne, n’aime pas la France. Le Père commun de tous les fidèles aime tous ses fils et il saura toujours tenir la balance égale dans une impartialité supérieure, juste et affectueuse.
Le R. P. Ayroles fait voir l’honneur que la canonisation de Jeanne d’Arc apporterait à notre nation, puis il ajoute :
Le diadème attaché à son front par les mains du Vicaire de Jésus-Christ deviendrait un diadème attaché au front de la France très chrétienne. La vraie France apparaîtrait à tous les regards telle que Jésus-Christ veut la faire. Quoi de plus propre à nous inspirer la honte de nos laideurs présentes, à nous presser, par un sentiment aussi vif que délicat, de rechercher dans la lumière du divin visage du Christ un éclat perdu !
La lumière du Christ, c’est le surnaturel chrétien. Les saints ne sont tels que pour s’y être plongés, comme dans l’élément même de leur vie. Mais dans la Vierge de Domrémy, ce n’est pas seulement l’éclat du surnaturel dans la vie privée, c’est le surnaturel faisant de la plus simple des villageoises, d’une enfant, une prophétesse, une guerrière, un général d’armée, un profond politique, un théologien quand c’est nécessaire, une martyre, tout en lui laissant la simplicité du hameau. Qu’est-ce à dire ? C’est le surnaturel dans d’immenses proportions, avec un ineffable éclat.
Quelle manifestation, plus appropriée aux nécessités de l’heure actuelle ? Le naturalisme, qui nous tue, demande qu’on lui fasse voir le surnaturel dans les faits. L’histoire de la Pucelle est un fait tellement important que le passer sous silence c’est rompre le cours de nos annales. Peu ou point de faits historiques sont entourés de preuves aussi convaincantes et aussi nombreuses. Le nier c’est renoncer à rien savoir du passé.
[Jeanne d’Arc sur les autels, idée générale, p. VIII-IX.]
Après cette longue citation, le lecteur peut comprendre quel est le point de vue du R. P. Ayroles et un peu quelle est sa manière de l’expliquer. Il fait voir dans tout son livre la prédestinée surnaturelle de la nation française, chevalier armé pour soutenir sur la terre les intérêts de Dieu, pour amener le règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ, vrai roi de la France. Il jette un coup d’œil rapide sur l’histoire depuis ses druides et la Vierge de Chartres, Virgini parituræ, et la Vierge du Mont-Anis (p. 31), jusqu’au dix-neuvième siècle. Il fait voir les châtiments de la France prédits par Moïse (p. 287).
Mais nous sentons que si nous voulions relever tous les points saillants de l’ouvrage il nous faudrait beaucoup plus de pages que nous ne pouvons en réclamer ici ; contentons-nous de donner les principales divisions. Le travail est partagé en cinq livres : dans le premier la Pucelle est présentée comme la personnification des prédilections de Jésus-Christ pour la France ; dans le second elle est une radieuse et immense apparition du surnaturel ; dans le troisième, la Pucelle est un défi jeté au naturalisme de tous degrés, triomphe du Siège Apostolique ; dans le quatrième, l’auteur fait voir les réformes qui sont ou plutôt qui seraient prêchées par le culte de la Pucelle ; dans le cinquième enfin, l’auteur fait voir le secours de la Pucelle et de l’Église victorieuse de là-haut.
C’est toujours avec une grande vigueur de sentiment et de style que le R. P. Ayroles expose ses idées et qu’il combat les erreurs de notre temps les plus dangereuses et les plus généralement répandues. Tellement universelles, il faut le dire, dans notre pays que nous ne serions pas surpris si un bon nombre de catholiques lui disaient : Nous vous entendrons là-dessus une autre fois.
Cette réponse même prouverait que le pieux et savant religieux a touché la véritable plaie de notre temps. Hélas ! que faut-il espérer du malade qui ne veut pas écouter le médecin ?
Plusieurs de ces esprits malades allégueront peut-être les formes de langage adoptées par l’auteur. Nous leur accorderons que quelquefois on y rencontre des expressions singulières, comme par exemple : La Pucelle, idéal de la virginité française
(p. 63). Un esprit ordinaire a besoin d’un moment de réflexion pour comprendre. Peut-être aussi la chaleur du sentiment paraîtra un peu au-dessus de la hauteur à laquelle peut s’élever le commun des lecteurs. Enfin la manière de combattre Voltaire, assurément l’un des caractères les plus vils qui aient existé, pourra passer pour surannée et peu nécessaire ici, attendu la nature du livre et les lecteurs auxquels il s’adresse (p. 262).
En attendant le R. P. Ayroles donne d’excellents avis sur le culte qu’il est permis de rendre aux serviteurs de Dieu qui n’ont pas encore reçu les honneurs de la canonisation (p. 453). Ces avis ne sont pas inutiles à propos de Jeanne d’Arc, car nous nous souvenons d’avoir vu il n’y a pas plus d’un mois, dans deux grandes églises, des vitraux pour l’exécution desquels on n’avait pas consulté la congrégation des Rites.
Certaines données historiques seraient discutables ; mais le but que poursuit le R. P. Ayroles est d’amener les âmes chrétiennes à se réunir et à prier pour obtenir du Ciel le bonheur de voir Jeanne d’Arc sur les autels ; son appel assurément éloquent sera entendu de tous ceux qui aiment l’Église et la France.
Dom Paul Piolin.
Revue catholique des institutions et du droit décembre 1885
Extrait de la Chronique du mois d’Albert Desplagnes qui mentionne Jeanne d’Arc sur les autels et en annonce un compte-rendu à venir. Ce sera un double article dans les numéros de mars et avril 1886.
Note. — Dans la Table des noms d’auteurs, le père Ayroles est indiqué professeur de théologie
.
Voir : Comptes-rendus de Desplagnes
Source : Revue catholique des institutions et du droit, 13e année, 2e semestre, 25e volume, p. 525-526.
Lien : Gallica
Arrêtons-nous un instant à une espérance dès longtemps conçue par la France, et qui peut-être va devenir bientôt une réalité salutaire pour notre pauvre nation.
Mgr l’évêque d’Orléans est parti pour Rome, où il va présenter au saint Père le résultat du procès supplémentaire ordonné en 1883 pour l’instruction de la béatification de Jeanne d’Arc. Léon XIII, en demandant cette information supplémentaire, avait dit en 1883 à Mgr Coullié : Dites, en France, qu’on vous a encouragé.
Cette parole, qui témoigne de la pensée du pape, nous permet d’espérer une décision vivement désirée par tous les cœurs français.
On ne peut dissimuler la préoccupation générale que, depuis quelques années, provoque le nom de Jeanne d’Arc. Les républicains ont voulu confisquer cette gloire si pure et transformer en je ne sais quelle héroïne politique ou militaire, en druidesse ou en libre-penseuse, cette sainte créature que Dieu a choisie comme instrument pour lui ramener la France en la sauvant d’une fin certaine. Ce miracle vivant, que nul ne peut nier sans être inepte, reste au milieu et à l’heure la plus critique de notre histoire nationale, comme un témoignage matériel et palpable de la volonté et de l’intervention divines à l’égard de la France. C’est la condamnation historique du naturalisme et la démonstration scientifique du surnaturel. Espérons que ce fait historique sera bientôt proclamé par l’Église. Nous croyons qu’à cette déclaration souveraine sont attachés de grands résultats-politiques et sociaux pour la patrie de Jeanne la Pucelle.
Nous reviendrons bientôt sur ce sujet important, à propos d’un livre remarquable que vient de publier le R. P. Ayroles, sous ce titre : Jeanne d’Arc sur les autels et la Régénération de la France. Le P. Ayroles a creusé et fait ressortir une des plus grandes questions qui touchent la France. On l’avait trop oubliée depuis longtemps. L’Église travaille à rétablir la vérité et à nous donner un secours dont beaucoup ne soupçonnent pas la puissance.
Revue des questions historiques 1er janvier 1886
Chronique de Marius Sepet. Simple mention de la parution de Jeanne d’Arc sur les autels.
Source : Revue des questions historiques, 20e année, tome 39e, livraison du 1er janvier 1886, p. 310.
Lien : Gallica
Le R. P. Ayroles, de la Compagnie de Jésus, a mis au jour une étude sur Jeanne d’Arc, sous ce titre Jeanne d’Arc sur les autels et la régénération de la France.
Revue des sciences ecclésiastiques janvier 1886
Compte-rendu très favorable de Jeanne sur les autels, extrait des Notes d’un professeur du chanoine Jules Didiot, docteur en théologie et doyen de la Faculté de théologie de Lille.
Après une brève mais efficace synthèse du livre, Didiot lui promet un bel avenir :
Personne, que je sache, n’a encore plaidé la cause de béatification de Jeanne d’Arc avec autant d’abondance et de précision que le P. Ayroles ; et son livre, des plus importants à ce titre, tiendra certainement une place distinguée dans le dossier soumis à l’examen de la S. Congrégation des Rites.
Il regrette seulement quelques digressions qui en alourdissent la lecture. :
En deux cents pages au lieu de quatre cents, et avec plus de culture dans le style et d’harmonie dans les idées, il deviendrait aisément un chef-d’œuvre.
Source : Revue des sciences ecclésiastiques, tome 53, (6e série, t. III), 1886, n° 313, janvier 1886, p. 89-90.
Lien : Archive
Dans son ouvrage intitulé : Jeanne d’Arc sur les autels et la régénération de la France, le R. P. Ayroles S. J. montre avec beaucoup de vigueur et de clarté trois choses : la mission surnaturelle de la France dans le monde ; la mission surnaturelle de Jeanne d’Arc en France ; le résultat surnaturel de la canonisation de Jeanne d’Arc pour la France et pour le monde. Les cinq livres de son volume sont autrement divisés, mais ils se résument finalement en cette triple démonstration qui est d’un vif intérêt et d’une grande utilité.
Le naturalisme en politique, en religion et en histoire, est puissamment attaqué par le P. Ayroles qui ne lui fait quartier nulle part. On dirait de l’Anglais et du Bourguignon autrefois pourchassés par la bonne Lorraine
, l’étendard de Jésus-Christ et de l’Église romaine flottant au souffle de la victoire et se reflétant sur la mystérieuse épée de Sainte-Catherine de Fierbois. À lire, en effet, cet excellent volume, on croit entendre quelque récit chevaleresque de l’ancienne France, quelque épopée du moyen-âge mêlant les saints du paradis aux croisés du Puy, aux héros de Jérusalem et aux chevaliers du mont Saint-Michel.
Ce que l’on y apprend surtout, c’est que Jeanne d’Arc ne fut nullement l’hallucinée qu’ont prétendu voir en elle le malheureux Cauchon et les rationalistes de l’école de Michelet, de Quicherat et de Vallet de Viriville ; c’est qu’elle ne fut pas seulement l’honnête, pure et heureuse guerrière, que nos manuels d’histoire nous faisaient admirer dans notre enfance et qui nous apparaissait comme une figure un peu indécise et même assez étrange ; mais qu’elle fut, dans toute la rigueur de l’expression, l’une de ces vierges, de ces martyres, de ces vraies saintes, à qui Dieu donne de grandes missions dans son Église, comme aux Cécile et aux Catherine de Sienne, ou qui construisent et reconstruisent les nations et les pairies comme les Geneviève, les Clotilde et les Élisabeth de Hongrie et de Portugal.
Personne, que je sache, n’a encore plaidé la cause de béatification de Jeanne d’Arc avec autant d’abondance et de précision que le P. Ayroles ; et son livre, des plus importants à ce titre, tiendra certainement une place distinguée dans le dossier soumis à l’examen de la S. Congrégation des Rites. Il pourrait aussi tenir une place très honorable dans notre littérature catholique, s’il était débarrassé de quelques digressions qui, semblables à des branches trop nombreuses, trop longues et trop touffues, lui donnent peut-être l’aspect d’une vigoureuse mais sauvage forêt du Nouveau Monde. En deux cents pages au lieu de quatre cents, et avec plus de culture dans le style et d’harmonie dans les idées, il deviendrait aisément un chef-d’œuvre. Mais, en attendant, qu’on le lise tel qu’il est et surtout qu’on le fasse le lire.
Bibliographie de la France 9 janvier 1886
Indexation de Jeanne d’Arc sur les autels.
Source : Journal général de l’imprimerie et de la librairie, 75e année, 2e série, tome 30, n° 2, 9 janvier 1886, p. 18.
Lien : Google
300. Ayroles (J. B. J.). — Jeanne d’Arc sur les autels et la Régénération de la France ; par le P. J. B. J. Ayroles, de la Compagnie de Jésus. In-18 jésus, XIII-475 p. Corbeil, imp. Crété ; Paris, libr. Gaume et Ce.
Revue du Centre 15 mars 1886
Publicité pleine page pour Jeanne d’Arc sur les autels dans plusieurs numéros du mensuels, entre mars et décembre.
Note. — La Revue du Centre est éditée par Gaume, éditeur du père Ayroles.
Lien (Gallica) : 15 mars, 15 avril, 15 juillet, 15 octobre, 15 décembre
Pour la seconde édition en 1887, nouvel encart publicitaire.
Lien (Gallica) : 15 juin, 15 juillet, 15 août, 15 septembre, 15 octobre
[Pleine page de 1886 :]
Vient de paraître : Jeanne d’Arc sur les autels et la régénération de la France, par le père J.-B.-J Ayroles de la compagnie de Jésus. 1 vol. in-12 de 500 p., 4 fr. Franco.
Faire de l’histoire de Jeanne d’Arc un programme d’une entière régénération de la France. […]
[Encart de 1887 :]
Jeanne d’Arc sur les autels et la régénération de la France, par le père J.-B.-J Ayroles de la compagnie de Jésus. Un volume in-12, 3 fr. 50. Par douzaine, 14/12 et 25%. Deuxième édition (troisième mille).
Le Correspondant 25 mars 1886
Bref compte-rendu de Jeanne d’Arc sur les autels dans la Revue critique par Pierre-Paul Douhaire.
Source : Le Correspondant, t. 142, 1886, 6e livraison, 25 mars 1886, p. 1144-1145.
Lien : Gallica
[Douaire vient d’évoquer le vœu de plusieurs prélat de voir Jeanne canonisée.]
C’est à ce dernier point de vue, celui des conséquences que doit avoir la déclaration solennelle si ardemment désirée par les catholiques de France, que s’est placé le pieux auteur d’un livre tout récent et qui vient bien à son heure, intitulé Jeanne d’Arc sur les autels. Elles seraient, selon lui, plus nombreuses et plus grandes qu’on ne le penserait d’abord. Acte de bienveillance envers la France, la canonisation de Jeanne d’Arc resserrerait d’abord naturellement les liens qui unissent notre Église à celle de Rome. Cet acte pontifical serait de plus une suprême et opportune condamnation des doctrines antichrétiennes qui nous ont envahis, dit l’auteur, comme l’avaient fait les Anglais, et dont nous verrons aussi un jour l’expulsion. Jeanne d’Arc sur les autels serait une réplique au naturalisme de notre temps, une constatation mortifiante de son impuissance à expliquer les faits les plus authentiques et les plus connus.
La libératrice du quinzième siècle, — dit le R. P. Ayroles, dans un langage qu’une religieuse émotion colore fréquemment, — est le soleil de notre histoire. Venue à la fin du premier millénaire de notre existence nationale, elle nous montre, comme dans un beau couchant, le soleil de justice illuminant les plus riches versants des dix siècles qui avaient précédé ; elle nous explique les ombres de la nuit qui se sont épaissies sur les siècles postérieurs, et nous dit d’où vient le chaos au milieu duquel nous nous débattons en attendant la mort.
Mais elle nous dit aussi, ne l’oublions pas, comment il faut résister à la tentation du désespoir et ce qu’il faut faire pour renaître à la vie. Il y a toute une prédication en elle son enfance est un exemple, sa vie et sa mort sont une leçon. Les rapports, au moins à l’endroit des fausses doctrines, ne manquent pas non plus entre le siècle où elle apparut et le nôtre cette ressemblance à laquelle se joint trop souvent celle des mœurs, signalée avec raison par le P. Ayroles, ajoute un trait important aux mystiques sujets de méditation qu’a suggérés à sa piété et à son patriotisme le fait authentique de la nomination par le Souverain Pontife d’une commission chargée d’étudier et, s’il y a lieu, de promouvoir à la canonisation de Jeanne d’Arc, devenue aujourd’hui la préoccupation générale du monde catholique.
Revue catholique des institutions et du droit mars et avril 1886
Long compte-rendu de Jeanne d’Arc sur les autels par Albert Desplagnes, qui fait totalement sienne l’idée politique du père Ayroles : la mission de Jeanne allait bien au-delà de la libération du royaume et consistait en sa réforme morale et surtout en la proclamation d’une constitution pour la France : la royauté de Jésus-Christ. Or cette constitution est intemporelle, et pourrait servir de base à un programme politique de régénération de la France qui s’appuierait sur l’élan suscité par la canonisation de Jeanne d’Arc.
La conclusion évidente, nécessaire, est que le culte de Jeanne, c’est éminemment la contre-révolution. […] Ce monument, j’en ai la confiance, marquera la fin de la Révolution, comme la béatification de Jeanne d’Arc marquera l’heure de notre nouvelle délivrance.
Desplagnes réfute l’accusation faite au père Ayroles de vouloir ressusciter l’ancien régime :
Les catholiques sont de leur siècle mieux que pas un républicain, et ils ont toujours proclamé que, si le catholicisme et la justice sont de tous les temps et de tous les pays, chaque temps comme chaque pays a, en dehors de la religion et de la justice, ses tendances particulières et ses besoins spéciaux auxquels ne sauraient d’ordinaire s’ajuster les organisations politiques des siècles passés.
Voir : Comptes-rendus de Desplagnes
Source : Revue catholique des institutions et du droit, 14e année, 1er semestre, 26e volume ; article en deux parties dans les nos de mars, p. 211-222 et d’avril, p. 291-300.
Liens :
211Jeanne d’Arc sur les autels et la régénération de la France
I
Au déclin du siècle où la Révolution, en faisant une faillite éclatante, a causé tant de déceptions après avoir amoncelé tant de ruines, la France a élevé sa pensée et tourné son regard vers l’humble vierge lorraine qui en 1429 l’a sauvée d’une mort certaine. Notre pauvre nation, trompée par les exploiteurs révolutionnaires qui depuis un siècle vivent de ses malheurs, déshonorée et ruinée par les sectaires qui s’acharnent sur ses dépouilles, a instinctivement jeté les yeux sur la crise qu’elle a subie il y a 460 ans et sur la radieuse apparition qui, à cette époque, lui apporta du ciel un salut inespéré.
Depuis plus de quatre siècles la France ne s’était pas occupée de Jeanne d’Arc avec cette persistance, ce sentiment général de confiance et d’amour, on peut dire, avec ce pressentiment d’un secours nouveau attendu de celle qui l’avait tant aimée et avait subi la mort pour elle.
Étrange destinée terrestre que celle de Jeanne la Pucelle !
À une heure où la France de saint Louis allait disparaître pour devenir une province anglaise, où tous les éléments de discorde et de corruption semblaient conjurés 212pour l’anéantir, un ange du bon Dieu apparaît sous la figure d’une simple bergère d’une pureté séraphique. Cette fille ignorante démontre aux plus incrédules, par d’éclatants miracles, qu’elle est envoyée pour sauver la France ; elle la sauve en effet contre toute probabilité humaine, en quelques mois. Prise par les ennemis du pays, une fois sa mission accomplie, elle est brûlée comme hérétique et sorcière par des prêtres prévaricateurs et traîtres à leur pays. L’Angleterre, coupable de ce forfait, l’expie pendant près d’un siècle par des calamités nationales, tandis que la France sauvée semble oublier sa bienfaitrice et ne se la rappeler qu’un instant, 20 ans après son supplice, pour ordonner en 1450 la révision de son infâme procès, et entendre en 1456 l’arrêt du Pape qui venge la Pucelle de l’odieux jugement de 1431. Puis les siècles se passent, sans que le nom de celle qui avait miraculeusement sauvé le pays sortît d’une incroyable indifférence. À peine quelques écrivains prononcent ce nom béni pour louer l’héroïne et la guerrière. Un sectaire impie peut l’insulter sans révolter une nation oublieuse et affolée. Enfin à une heure où cette nation est de nouveau à deux doigts de sa perte, elle se rappelle que Jeanne est au ciel, vivante et triomphante, que la sainte fille qui l’a sauvée doit l’aimer toujours malgré l’ingratitude nationale, et de tous les côtés on entend s’élever un concert de prières à la glorieuse martyre, d’espoirs confiants en sa puissance et son amour !
On ne l’a pas assez signalé, cet élan général de notre époque vers Jeanne d’Arc, que la conviction populaire appelle sainte, avant la décision souveraine de l’Église. Depuis bien longtemps, à part les histoires que notre siècle a vu écrire sur la plus grande des françaises, on entendait d’une oreille distraite ou indifférente, à chaque nouveau mois de mai, les échos des fêtes d’Orléans ; puis c’était tout, et cette lumière divine qui illumina la France rentrait dans l’ombre et l’oubli. Mais les choses ont changé, et cette grande apparition nationale parait maintenant préoccuper les esprits et attirer les regards, semblable à ces étoiles qu’on voit parfois resplendir à l’horizon, au milieu d’une nuit obscure et orageuse.
II
Un grand nombre d’écrivains se sont occupés de Jeanne d’Arc, et nos historiens, ne pouvant raconter nos annales du XVe siècle sans la trouver sur leur chemin, ont tous rapportés son histoire, chacun suivant ses idées, ses passions politiques et surtout suivant ses préjugés anti-religieux.
213Il est peu de personnages sur lesquels l’histoire ait gardé un nombre si prodigieux de documents et des documents d’une pareille valeur. Il n’est guère d’incident, même insignifiant, de la vie historique de Jeanne, qui ne soit établi d’une manière absolument indiscutable par des pièces authentiques, dont nul savant ne conteste l’origine et l’autorité. Cette grande épopée française repose tout entière sur des bases inébranlables. Si nous étions des poètes ou des artistes comme les Grecs ou d’autres peuples, nous aurions, depuis 1431, des poèmes autrement beaux que l’Iliade ou le Paradis perdu. Jeanne d’Arc est une héroïne qui dépasse de cent coudées les héros les plus fameux, et son histoire a plus de poésie et de grandeur que toute autre des plus justement célèbres. Cette vierge aussi belle que pure, martyre à 19 ans après la plus merveilleuse existence qui fût jamais, a de quoi passionner les plus grands poètes, les âges les plus froids, les esprits les plus positifs, les siècles les plus éloignés d’elle. Chez elle la plus sublime poésie, le merveilleux le plus saisissant ne sont que la réalité la plus certaine. Elle n’est point le rêve d’un Homère ou d’un Dante, mais un splendide rayon d’amour et d’espoir sorti du cœur du Christ, une main tendue par le Sauveur des hommes pour délivrer la France. À défaut de poème, nous avons des documents historiques inappréciables. On peut étudier cette histoire dans ses grandes lignes et dans ses moindres détails, avec la certitude d’avoir tous les éléments possibles d’appréciation.
Si plusieurs écrivains ou prétendus historiens ont cherché à montrer dans Jeanne d’Arc une femme hallucinée, ou une Druidesse gauloise, ou simplement une fille surexcitée par cette sorte de patriotisme dont on veut faire l’apanage de 92 et 93 ; si la tourbe des libres-penseurs actuels dépouille systématiquement la vierge lorraine de toute inspiration divine et écarte Dieu de son histoire, il est d’autres écrivains, respectueux de la vérité et ne refusant pas de voir l’évidence, qui ont restitué à notre libératrice l’auréole céleste qui lui appartient. MM. Wallon et et Marius Sepet sont à citer parmi ces historiens sincères et dignes de respect.
Mais si nous avions quelques histoires fidèles nous disant avec vérité la mission, les faits et gestes de Jeanne, il nous manquait, jusqu’à présent un exposé des résultats et des enseignements que la France peut chercher dans cette mission même. Que faut-il penser de cette mission ? Pourquoi a-t-elle été donnée ? Quelles conséquences a-t-elle ou peut-elle avoir pour la France au point de vue religieux et politique ? Et cent autres questions qui touchent à notre histoire, à notre sort actuel et à notre avenir !… À toutes 214ces questions, un livre récent, et ce livre seul, répond avec un intérêt, une clarté qui enchantent le lecteur.
Ce livre est d’un savant jésuite, le R. P. Ayroles. Il est intitulé : Jeanne d’Arc sur les autels et la régénération de la France. Je veux essayer de donner une idée de ce travail qui pénètre d’une manière si intime dans l’âme de la patrie, pour apprendre aux ignorants et rappeler aux oublieux ce que nous sommes, pourquoi nous avons été si grands, pourquoi nous sommes ce qu’on sait hélas ! aujourd’hui.
III
Ce livre place immédiatement le lecteur devant les plus grandes, les plus vitales questions de notre histoire. Le P. Ayroles nous en montre toutes les solutions, solutions apportées par Jeanne d’Arc, démontrées par l’objet même et l’accomplissement de sa mission. La libératrice est venue, envoyée par Dieu lui-même, non-seulement pour délivrer la France de la servitude anglaise, ce qu’elle a fait en quelques mois, mais encore et surtout pour opérer sa réforme morale, pour rappeler à la nation ses origines chrétiennes, le caractère particulier de sa constitution, les conditions de son existence et de sa prospérité dans l’avenir. Tel est le résumé du livre plein de vérité et d’un charme incomparable, que l’histoire de la Pucelle et la méditation de sa mission divine ont inspiré au P. Ayroles.
IV
Cinq pensées principales ont fait diviser le travail en cinq parties ou livres.
La première pensée est que la Pucelle personnifie les prédilections de N.-S. Jésus-Christ pour la France.
La seconde nous montre Jeanne comme la plus grande, la plus radieuse apparition du surnaturel dans notre histoire nationale.
La troisième met en lumière, dans la mission de Jeanne, le défi jeté au naturalisme de tout degré, et le triomphe du siège apostolique proclamé spécialement pour nous.
Dans la quatrième partie sont indiquées les réformes capitales, prêchées par le culte de la Pucelle.
La cinquième partie enfin, nous montre les secours venant à la France de sa sainte libératrice et de l’Église victorieuse.
Cette sèche énumération rappelle, quand on le connaît, toutes les vérités établies dans le livre, vérités si éclatantes 215et si douces pour qui aime véritablement la France. Mais elle n’en peut donner qu’un aperçu bien lointain et bien vague à celui qui n’a pas ouvert les pages du P. Ayroles. Et comment, sans les reproduire, faire concevoir tout ce qu’elles apprennent ou rappellent ?
Le premier et le second livre sont plus spécialement remplis par les faits historiques. Les trois autres renferment les conclusions religieuses et les enseignements qui intéressent notre avenir. Suivons de loin la pensée de l’auteur.
V
Le R. P. Ayroles commence par nous rappeler la situation de la France au commencement du XVe siècle, la cause de ses malheurs et son agonie devenue sans espoir. Une bergère de 17 ans qui ne connaissait que les champs et ses moutons, qui avait grandi dans une pureté, une sagesse et une piété angéliques, se présente comme envoyée de Dieu pour sauver la France ; elle prouve sa mission par des faits absolument miraculeux et, en peu de mois, malgré son ignorance, malgré des obstacles sans nombre que lui opposaient ceux même qu’elle sauvait, elle accomplit des exploits guerriers que les généraux les plus consommés pouvaient à peine concevoir, et que les siècles ont unanimement déclarés impossibles aux plus grands capitaines et à des armées comme n’en avait pas la France mutilée. La nation irrémédiablement perdue au mois d’avril 1429, était sauvée, on peut le dire, à la fin de cette même année.
Attribuer à la Pucelle, comme à la cause principale, à une enfant de 17 ans, les merveilles qu’elle a accomplies, c’est insulter la raison et l’héroïne tout ensemble… l’héroïne n’a cessé de proclamer qu’elle n’était qu’un instrument ; l’instrument de N.-S. Jésus-Christ.
[Jeanne d’Arc sur les autels, liv. I, chap. I § III, p. 8.]
Mais Jeanne, en sauvant la nation au nom et par la puissance du Christ,
proclame en outre la constitution politique de la France. Ce fait, soigneusement dissimulé dans presque toutes nos histoires, est pourtant aussi certain et non moins culminant que la délivrance d’Orléans et le sacre de Reims. Il se confond avec le relèvement de notre nationalité, il est le centre de cette miraculeuse histoire, et tout s’y rapporte.
La constitution politique proclamée par la Pucelle est aussi courte que féconde. Le point essentiel d’où tout émane est celui-ci ; le vrai roi de France, c’est Jésus-Christ. Le roi visible et mortel n’est qu’un lieutenant, un roi vassal. Il doit gouverner au nom du suzerain et selon la loi du suzerain.
216Jésus-Christ, par un acte libre de sa volonté, entend que la naissance désigne régulièrement le roi lieutenant. C’est, de mâle en mâle, le plus proche héritier du roi précédent, comme le prescrit la loi salique. Le suzerain entend maintenir cette loi, et par un acte de sa toute puissance, il va casser tout ce qui a été fait au détriment de cette ordonnance. C’était ratifier la lutte gigantesque soutenue par nos pères dans la guerre de Cent ans, et frustrer l’Anglais du prix de ses victoires.
La naissance désigne le roi lieutenant, elle ne le fait pas ; c’est le sacre qui le constitue. Jusqu’au sacre, … il n’est que l’héritier présomptif de la couronne, il ne la possède pas. Elle ne lui sera donnée qu’à la suite de l’hommage solennel rendu au suzerain, du serment solennel de gouverner selon la loi du suzerain. Ce jour-là seulement il sera investi et vraiment roi.
[Liv. I, chap. II § I, p. 13-14.]
Voilà ce que Jeanne a dit, répété cent et cent fois. Dans nos idées pratiques modernes, que de gens riraient d’un sauveur venu dans la situation où était Charles VII, et dont la première pensée serait de faire sacrer le roi dépossédé, avant même d’expulser l’ennemi qui occupait le sol national !
C’est pourtant ce qu’a fait Jeanne, dès qu’elle eût montré à Orléans et à Patay quelle puissance merveilleuse lui était prêtée par Dieu contre les ennemis de la France. Elle a voulu le sacre immédiat, déclarant qu’elle avait mission pour cela ; elle l’a voulu malgré tous les avis humains, malgré le roi, et n’appelant jamais encore Charles VII que Gentil Dauphin
elle lui déclara qu’il est le vrai héritier, qu’elle est envoyée pour le conduire à Reims, y recevoir son sacre et sa couronne, s’il veut.
Ce point essentiel de la mission de Jeanne est admirablement exposé et sans nulle réplique possible, par le P. Ayroles. Il établit que la Pucelle a, d’une façon précise, non douteuse, et des plus expresses, non seulement proclamé sa mission, mais déterminé, au nom de Dieu, ce qu’était le royaume de France, quel était son vrai roi et souverain droiturier, quel était son lieutenant, et ce que devait faire ce lieutenant.
Les historiens sérieux ont toujours admis que la mission de Jeanne était réelle et divine ; on a accepté comme de vrais et purs miracles les grands actes qui ont servi à l’accomplir, mais on n’avait guère vu cette autre partie de sa mission, c’est-à dire la réforme morale prêchée par la Pucelle et la proclamation, pourtant si précise et si certaine de la constitution de la France. Le P. Ayroles a, le premier, je crois, fait ressortir ce point avec une netteté et une ampleur qui lui assurent une place privilégiée 217parmi les écrivains qui se sont occupés de Jeanne d’Arc.
La royauté de Jésus-Christ, sa providence sur le saint royaume, lorsque ce royaume est vraiment saint, c’est-à-dire fidèle au droiturier, telle est la grande idée inspiratrice de Jeanne.
Jeanne met en avant la royauté de Jésus-Christ, soit qu’elle promette la couronne au Gentil Dauphin, soit qu’elle somme l’Anglais d’avoir à rendre les bonnes villes qu’il a violées en France.
[Liv. I, chap. II § III, p. 21.]
La royauté de Jésus-Christ était inscrite sur l’étendard de Jeanne ; c’était l’étendard même… Sur les côtés, on lisait Jhesus Maria.
[Liv. I, chap. II § IV, p. 21-22.]
VI
Tous les chapitres relatifs à ce point essentiel sont à lire et à méditer. Je sais bien qu’aujourd’hui les sceptiques et les libéraux sourient de tout cela, même quand ils se disent conservateurs. Et c’est là, justement la vraie maladie, la véritable blessure de la France ! Notre danger n’est pas dans la poignée de radicaux carrément hommes de mal ; il y a toujours eu de ces gens là, même aux meilleures époques, et réduits à leurs seules forces, ils sont sans danger. Notre péril est dans la masse de prétendus conservateurs, de prétendus hommes d’ordre qui veulent tout sauver sans Dieu, sans principes, sans religion, et en faisant au mal toutes les concessions qu’il peut désirer. Cette armée d’honnêtes gens aveugles, voilà notre danger constant, notre maladie persistante, notre perte peut-être.
Quand on étudie cette étrange situation de tant d’esprits, foncièrement honnêtes et bien intentionnés, on est étonné de ce mal et désolé de la persistance qui résiste à tant de leçons.
Quelle constitution est aussi belle, aussi simple, aussi féconde et aussi conforme du droit que celle de la France, telle que Jeanne l’a cent fois proclamée ?
Quelle peine peut-on trouver à reconnaître que le véritable maître et souverain de la nation est le Dieu qui l’a formée, qui a merveilleusement présidé à sa naissance et à sa formation ? Est-ce que l’hésitation à faire cette reconnaissance empêche Jésus-Christ de régner en souverain maître et Seigneur sur nous ? Pourquoi lui contester une couronne qu’il porte et portera malgré ces ridicules obstacles ? Comment des chrétiens, qui presque tous revendiquent ce titre, peuvent-ils refuser le titre de roi à Celui qu’ils reconnaissent pour Dieu ? Est-ce qu’il n’a pas un droit absolu à cette couronne ? Et ce chétif royaume, ne 218voit-il plus l’honneur incomparable que lui fait le Roi des Rois en lui rappelant qu’il est tout particulièrement son Roi, et que ce petit royaume lui est cher ?
Et quoi de plus simple, de plus fécond, de plus beau et de plus sûr pour un peuple, que d’être gouverné en fait par un prince recevant toute son autorité du roi des cieux, simple lieutenant de celui qui est la douceur et la bonté autant qu’il est la puissance souveraine ? Où est ailleurs une pareille garantie pour la justice et le droit de chacun ? Je ne veux pas faire de comparaison entre cette constitution et celle qui a fait de notre malheureux pays ce qu’il est aujourd’hui. Ce ne serait que ridicule pour lui et pas n’est besoin de montrer ici tant de hontes.
VII
Quelques aveugles ont dit, qu’en exposant la constitution rappelée par Jeanne d’Arc, le livre du P. Ayroles insistait trop sur les formes de gouvernement et qu’il exaltait l’ancien régime. L’ignorance et la mauvaise foi seules peuvent lui faire cette objection. Est-ce qu’il faudrait cacher ce qu’a dit cent fois la libératrice de la France ? Est-ce qu’il faut éviter aujourd’hui de reconnaître que Jésus-Christ est Dieu, roi et maître ? Je sais bien que les libéraux sceptiques se taisent à cet égard, en face de la Franc-Maçonnerie qui nie et outrage Jésus-Christ. C’est là une des concessions libérales. Est-ce qu’on reproche à ce livre de ne pas se taire comme eux ? C’est possible, car je sais que le libéralisme aime qu’on mette cette lumière sous le boisseau, et que, sous prétexte d’éviter les régimes théocratiques, il évite de prononcer même le nom de Jésus-Christ. Dans cette hypothèse, qui est la vraie pour moi, je ne saurais que louer l’auteur d’avoir si bien rétabli la vérité qu’on veut dissimuler. Christus vivit, regnat, imperat. Voilà, quoi qu’en dise la secte, quoiqu’en tremble le libéralisme, la grande, l’éternelle et féconde vérité qu’on doit proclamer au-dessus de toutes les autres.
Où peut-on voir là, je le demande, une exaltation de l’ancien régime ? Cette objection est simplement absurde, et j’y vais répondre d’un mot. On appelle évidemment ancien régime le régime de la France au XVIIIe siècle.
Eh bien, cet ancien régime, ce règne scandaleux de sophistes et de favorites, il faut qu’on le sache une bonne fois : tous les catholiques n’ont pour lui qu’une répulsion absolue. Et l’on voudrait qu’à propos de Jeanne d’Arc, un savant jésuite, qui connaît ce régime mieux que la plupart de ses contradicteurs, eût voulu l’exalter et souhaiter son retour ! 219Mais on n’a évidemment pas lu son livre, car si on avait lu notamment les pages 190-193 et 362-371, on n’aurait pas fait cette objection sans nul fondement.
Le P. Ayroles n’est, d’après son livre, ennemi d’aucune forme de gouvernement, du moment où ce gouvernement reconnaîtra la souveraineté divine de Jésus-Christ. Il est, à cet égard, comme sur tous les autres points, en complète soumission aux décisions de l’Église et en parfaite conformité avec l’Encyclique Immortale Dei. Il proclame les mêmes principes, la même thèse, il admet la même tolérance que l’Encyclique. Il suffit, pour s’en assurer, de lire les pages indiquées ci-dessus. Si les catholiques ont justement horreur d’une République athée et persécutrice de tout ce qui est honnête, ils accueilleraient avec empressement une république comme celle de l’illustre Garcia Moreno, où le Christ est officiellement reconnu Dieu, roi et souverain. La Maçonnerie a démontré de son côté que ce qu’elle veut, ce n’est pas la forme, mais la réalité d’un régime persécuteur du catholicisme : elle a régné longtemps, au Brésil, sur le trône d’un empereur qu’elle avait enchaîné ; elle a assassiné Garcia Moreno, président d’une République où le Christ était adoré par l’État comme par les citoyens.
Voilà qui suffit pour répondre à l’objection ci-dessus.
Qui pourrait d’ailleurs s’offenser de la doctrine si nettement rappelée par Jeanne d’Arc à Charles VII ? Le gentil Dauphin, devenu Charles VII le victorieux, l’a toujours acceptée hautement et ses successeurs de même. Je n’ai pas à apprendre que c’était le glorieux héritage de saint Louis et de Charlemagne. Si à partir du XVIIe siècle notamment, il y a eu oubli complet de cette doctrine et corruption de la constitution, si Louis XIV a oublié la vraie doctrine française pour ressusciter le césarisme romain, ce n’est certes pas la faute de Jeanne d’Arc, et le P. Ayroles n’a jamais cita comme type de son gouvernement le régime de Louis XIV, du Régent et de Louis XV.
En arrivant auprès du roi, la Pucelle lui fit promettre trois choses : la première, de se démettre de son royaume et de le rendre à Dieu de qui il le tenait ; la seconde, de pardonner à tous ceux qui s’étaient déclarés contre lui ; la troisième, d’être assez humble pour recevoir ceux qui se présenteraient à lui ; d’écouter les requêtes des pauvres comme des riches, et de se montrer bienveillant pour tous, sans distinction d’amis ou d’ennemis. À ces conditions, la Pucelle promettait que son Seigneur ferait pour Charles ce qu’il avait tait pour ses ancêtres.
[Liv. I, chap. II § V, p. 27 (témoignage du chroniqueur Eberhard Windeck, trésorier de l’empereur Sigismond, dans Quicherat, t. IV, p. 486).]
Peut-on rien lire d’aussi beau, d’aussi grand, d’aussi juste, et quel vrai Français ne serait pas enthousiasmé d’un régime 220pareil ? Et notre situation actuelle ne fait-elle pas resplendir ces déclarations d’un éclat nouveau ? Quel prince ne serait fier de recevoir, comme Charles VII, ces commandements et d’en faire la règle de sa puissance ?
Nous avons plus de confiance dans notre pauvre époque dévoyée. Nous croyons que si quelque jour un prince surgissait au milieu de nos malheurs et de nos hontes, en se déclarant énergiquement le lieutenant et le vassal de Jésus-Christ, si ce prince faisait des déclarations pareilles à celles demandées par Jeanne à Charles VII, nous croyons, dis-je, que ce prince serait acclamé comme nul autre ne l’a été depuis des siècles, et que s’il conformait ses actes à ses paroles, il se préparerait dans l’histoire une page incomparable, à la suite de Charlemagne et de saint Louis. Jamais époque n’a mieux appelé une restauration de la justice et du droit ; nulle autre n’a mieux préparé le trône du prince qui voudra la tenter. Chaque jour met ce trône plus haut et fait plus grand le nom de celui qui y montera. Est-ce qu’il n’y a pas en nos tristes temps comme l’attente universelle de ce bras vengeur et sauveur ? Ne semble-t-il pas qu’après un siècle de révolutions, l’humanité chante de nouveau :
Ultima Cumæi venit jam carminis ætas :
Magnus ab integro sæclorum nascitur ordo.
Jam redit et Virgo ; redeunt saturnin regna :
Jam nova progenies cœlo demittitur alto.
L’âge ultime de la prophétie de la Sibylle de Cumes est enfin arrivé :
Un grand ordre des siècles renaît tout entier.
Déjà la Vierge revient ; les règnes de Saturne reviennent :
Déjà une nouvelle génération descend du haut du ciel.
(Virgile, Les Bucoliques, Églogue 4.)
Nous ajoutons que nul catholique ne sera tenté de demander à ce prince si attendu de ressusciter l’ancien régime. Les catholiques sont de leur siècle mieux que pas un républicain, et ils ont toujours proclamé que, si le catholicisme et la justice sont de tous les temps et de tous les pays, chaque temps comme chaque pays a, en dehors de la religion et de la justice, ses tendances particulières et ses besoins spéciaux auxquels ne sauraient d’ordinaire s’ajuster les organisations politiques des siècles passés.
Ceux qui, en France, ne sont pas de leur siècle et ramènent les pires anciens régimes, sont les odieux tyrans et les persécuteurs ridicules, copistes d’un passé honteux qui, méconnaissant toute justice et toute liberté, veulent s’ériger en despotes spoliateurs de toute liberté et en persécuteurs de la religion comme le furent à divers degrés les empereurs de la Rome déchue, plusieurs ministres et hommes d’État de Louis XV, tous les Jacobins et prétendus modérés de la Révolution de 1789 et le César couronné qui voulut asseoir cette révolution à ses côtés sur le trône.
Le livre du P. Ayroles n’exalte donc en rien l’ancien régime. Il est facile de lire, notamment aux pages 364 et 365, 221ce qu’est et doit être en pratique la royauté de Jésus-Christ en France. Loin de rappeler cet ancien régime, dont nul d’entre nous ne voudrait à aucun prix, cette royauté serait la splendeur de la justice, l’idéal de la liberté pour tous, d’une grandeur et d’une paix dont tout peuple serait jaloux.
Le chapitre V du livre IV est une réfutation excellente et complète de la grande objection faite aux gouvernements chrétiens. C’est de la théocratie ! disent les ignorants après les libéraux, et ils croient avoir tout dit, alors qu’ils ne comprennent généralement pas eux-mêmes ce qu’ils veulent dire, sinon qu’ils entendent vivre, non pas en théorie peut-être, mais en pratique, dans l’indifférence ou même : le scepticisme, se désintéresser de toute vérité surnaturelle s’affranchir de toute vérité religieuse et de tout frein moral, par conséquent. Voilà ce qu’est la liberté pour ces pauvres gens !
Or, il arrive que ces hommes, se croyant libres parce qu’ils effacent Dieu pour se dispenser de lui obéir, ont installé un autre culte, une servitude atroce au lieu de l’obéissance à la loi morale, une chaîne hideuse pour remplacer le lien (religio) les unissant à Dieu comme des enfants à leur père. Cette chaîne, cette servitude et ce culte sont ceux de Satan. Le P. Ayroles le démontre (p. 386-389). Un autre écrivain, Léo Taxil l’atteste par son écrasant témoignage, dans son livre les Frères Trois Points.
VIII
Les hommes sérieux ne nient guère aujourd’hui que la mission de Jeanne d’Arc ait été démontrée par des miracles et que sa vie publique soit une série d’actes merveilleux, impossibles à la puissance humaine. Un écrivain allemand, Guido Görres, qui a écrit une remarquable Vie de Jeanne d’Arc, exprime cette vérité historique d’une façon pleine de poésie et de justesse :
histoire, (dit-il), tout animée du souffle vivant du Seigneur, et où les miracles éclatent de tous côtés comme les étoiles scintillent au ciel calme de la nuit.
[Guido Görres, Vie de Jeanne d’Arc, trad. Léon Boré, 1843, chap. I, p. 2-3.)]
Le P. Ayroles a consacré spécialement le livre II de son livre à montrer la libératrice de la France comme étant l’apparition la plus radieuse du surnaturel qui ait jamais été observée dans l’histoire d’un peuple. Si l’on excepte le peuple Juif qui, on peut le dire, a vécu, jusqu’à la venue du Christ, sous l’action continue et directe de Dieu, nul peuple ancien ou moderne n’a eu dans son histoire un fait comparable à la mission de Jeanne.
222J’ai rappelé plusieurs fois dans cette Revue, dans divers articles sur le Génie et les traditions de la France, quelle alliance étroite et exceptionnelle a toujours existé entre le christianisme et la France. Que notre nation fut fidèle à sa mission divine ou qu’elle vécut dans l’oubli, l’ingratitude et les criminelles folies, elle n’a jamais échappé à l’action spéciale que Jésus-Christ a voulu exercer sur sa destinée. À bien des reprises, dans la suite de nos annales, il est facile de rencontrer le doigt de Dieu. Mais à aucune époque son action directe et foudroyante ne s’est montrée comme de 1429 à 1431. Il n’y a pas de surnaturel, à ce moment, que la venue et les actes de Jeanne. Il est établi par son témoignage que d’autres saints et particulièrement les saints français sont intervenus pour nous sauver. Saint Michel apparaît le premier, lui qui semble commander les milices célestes. La Vierge Marie, sainte Catherine et sainte Marguerite ont directement préparé la vie publique de la libératrice. Jeanne atteste que d’autres saints ont provoqué sa mission : elle cite saint Louis, saint Rémi, saint Martin, saint Denis, d’autres encore.
La Pucelle avait été prophétisée, comme elle a prophétisé elle-même à chaque instant de sa vie. Elle a montré par tous les actes de sa mission, par les résultats surhumains qu’elle a produits, par la pureté et la sainteté de sa vie, qu’elle était une manifestation indubitable du surnaturel divin. Le P. Ayroles fait un rapprochement saisissant entre l’existence de Jeanne et la vie mortelle du Christ. Toutes proportions gardées, on est surpris et remué des analogies que le Christ a voulu établir entre son passage sur la terre et l’apparition de celle qu’il a chargée de sauver la France. Ce chapitre est, à lui seul, une œuvre à méditer.
[Fin de la première partie (n° de mars 1886), début de la seconde partie (avril 1886) :]
291IX
La mission de Jeanne est un défi historique jeté au naturalisme de toutes les époques, du XVe siècle, comme de ceux qui l’ont suivi. (Livre III du P. Ayroles).
Certains écrivains, voyant leur impuissance à la nier, ont voulu mettre en opposition l’Église contre elle-même à propos de la Pucelle. Plus d’un ignorant docteur de notre temps, affectant un grand amour pour Jeanne, a dit : qui l’a fait mourir ? Des évêques !
Ils oublient de dire, ces universitaires sans science ou sans bonne foi, que ces évêques étaient des prévaricateurs, et que l’Église a cassé leur jugement inique et payé par l’Angleterre. Est-ce que les traîtres ne se sont pas trouvés partout, et jusque dans les rangs des apôtres ? Ils ont omis de dire aussi que Cauchon et autres juges de Rouen ont été les coryphées de l’assemblée schismatique de Bâle, que l’Université de Paris, leur complice était vendue au gallicanisme et ennemie du Saint-Siège. La vérité incontestable établie par l’histoire est que Jeanne a toujours été la fille dévouée de l’Église catholique et du Pape, auxquels elle n’a cessé de faire appel, jusque sur le bûcher ; c’est encore que l’Église catholique et le Pape ont toujours été les défenseurs de la sainte libératrice 292de la France. La réhabilitation a été prononcée à Rome malgré les colères et les ressentiments de l’Angleterre, car non seulement cette réhabilitation condamnait l’indigne évêque de Beauvais, mais elle flétrissait l’assassinat juridique commis en 1431 par la nation anglaise. Le solennel arrêt de Rome confirmait d’ailleurs pleinement le premier jugement que les docteurs de Poitiers avaient rendu sur la Pucelle, lorsque Charles VII, en 1429 leur avait demandé leur avis sur sa mission.
Et c’est toujours l’Église catholique qui, aux fêtes annuelles du 8 mai, à Orléans, rend le plus complet, le plus magnifique hommage aux vertus de notre martyre nationale.
N’est-ce pas enfin l’Église qui a ordonné l’ouverture du procès de canonisation de Jeanne ? Le jour béni et si attendu où la France pourra invoquer publiquement et officiellement cette sainte, c’est le Saint-Père qui le fixera, en couronnant par le plus splendide hommage que puisse décerner l’Église, la constante protection dont elle a couvert la Pucelle et la France.
Peu de personnes ont remarqué peut-être que dans la congrégation des cardinaux chargés du procès, se trouve un anglais, l’Ém. cardinal Howard. On a voulu sans doute que, parmi les hommages des nations à la sainte qu’on placera sur les autels, s’élèvent ceux de la nation même qui commit le crime. Nous savons d’ailleurs que la reine Victoria a toujours eu pour Jeanne d’Arc la plus respectueuse et la plus vive admiration.
X
Le P. Ayroles expose, dans son livre IV, les réformes capitales prêchées par le culte de la Pucelle.
L’antagonisme social créé par la révolution et le naturalisme tombera devant cette humble fille du peuple devenue plus grande que les reines et les rois, et placée enfin sur les autels, à côté des autres saints qui protègent la France.
Ce culte prêchera la réforme sociale, comme la prêchait Jeanne à la France de 1429. On ne dit pas assez et l’on oublie trop que la Pucelle, en proclamant qu’elle venait sauver la nation, déclarait aussi que le salut dépendait beaucoup du retour national à la religion et aux bonnes mœurs.
La France était à cette époque plongée dans une grande corruption. La guerre de cent ans, la guerre civile plus encore, le grand schisme d’Occident enfin, avaient eu, pour les mœurs, des conséquences encore plus déplorables peut-être que pour la paix et la prospérité. Une reine criminelle, 293des princes voués à une ambition sans limites et à toutes les mauvaises passions, le règne interminable d’un malheureux insensé que sa folie livrait comme un instrument inerte à la fureur des partis, l’invasion et l’occupation anglaise, la trahison d’une partie des princes et des grands corps de l’État, les scandales inséparables d’un schisme qui avait son centre en France, tant de causes réunies avaient fait de notre pauvre pays comme le repaire du crime et de toutes les corruptions.
Or, Jeanne d’Arc a toujours prêché la réforme morale avec autant de zèle et d’énergie qu’elle en eut pour chasser les anglais. Cette partie de sa mission avait autant d’importance que l’autre, et c’est ce que les historiens se gardent généralement de rappeler. Le P. Ayroles rétablit sur ce point encore, la vérité.
La conclusion évidente, nécessaire, est que le culte de Jeanne, c’est éminemment la contre-révolution. La révolution a menacé et veut détruire tout ce que Jeanne a défendu et sauvé. La constitution chrétienne de la France, telle qu’elle l’a rappelée à Charles VII, la religion catholique, la justice, la liberté religieuse et civile, tout ce splendide héritage national a sombré sous les coups de la Révolution. À sa place elle a installé des mensonges et des violences, des iniquités et la servitude de l’État sectaire. Voltaire, qui a outragé notre sainte libératrice, a préparé ce règne impie et désastreux. Le culte de Jeanne sera la plus solennelle proclamation du retour à la justice et au droit, non pas à l’ancien régime comme le disent les docteurs du du mensonge, mais au régime où chacun retrouvera sa place, la paix, l’honneur et la prospérité.
Il faut lire dans le livre du P. Ayroles les sanglantes interpellations que la vraie France, par la voix de Jeanne, adresse aux hommes pervers qui ont fait de la nation ce qu’elle est aujourd’hui, et lire aussi l’apostrophe de la sainte à ceux qui veulent ne pas voir la fin de la France.
Pour qui veut étudier l’histoire il y a de frappantes analogies entre la situation actuelle de notre pays et l’état où il se trouvait au XVe siècle. Cent ans de guerre avec les Anglais n’avaient pas été plus funestes que le siècle écoulé depuis 1760. Si l’Angleterre nous avait pris plus de territoire, la révolution nous a autrement dépouillés de nos droits, de nos principes, de notre liberté religieuse ; si la guerre civile avait corrompu, on peut voir chaque jour que la révolution a assis une corruption bien plus profonde, plus systématique, plus philosophique, pour emprunter le langage de cette secte. Elle ne la laisse pas pénétrer à la faveur du désordre : elle la prêche officiellement dans 294toutes les chaires et toutes les tribunes ; elle est elle-même et se dit le missionnaire de la négation, de l’athéisme et de la libre-pensée, ce qui veut dire la libre passion. Aussi les crimes de tout genre épouvantent les révolutionnaires eux-mêmes par leur nombre, leurs horreurs et leur satanique variété.
Il est certain, pour l’observateur sensé, que la Révolution nous a mis bien plus bas encore que la guerre de cent ans.
Si l’on en doutait, si un chauvinisme absurde pouvait aveugler à cet égard, il suffirait d’interroger les étrangers sur ce qu’ils pensent de la France officielle. Demandez non seulement en Allemagne, mais en Angleterre, en Autriche, en Espagne, en Italie, en Russie, en Amérique, en Afrique, en Chine, partout enfin, ce qu’on pense de la France révolutionnaire. Il n’est pas de terme qu’on lui épargne, du dédain le plus méprisant à l’horreur la plus absolue, et, je dois le dire, la plus justifiée. On sait d’ailleurs très bien, partout, distinguer la France chrétienne de l’autre, et autant cette dernière est méprisée, autant on espère encore de la vraie France pour le salut européen.
Au XVe siècle aussi, les Bourguignons, alliés des Anglais, étaient la France révolutionnaire, traîtresse, la fausse France, comme l’appelait toujours Jeanne d’Arc.
Aujourd’hui, la Révolution qui nous ronge depuis plus de cent ans, semble être arrivée à l’apogée de son pouvoir destructeur. Elle a chassé Dieu de toutes les lois ; elle laisse sans résistance massacrer les honnêtes gens par les anarchistes ameutés. Ajoutant le comble du ridicule au comble de l’infamie athée et persécutrice, ces mêmes politiciens qui suppriment toute religion comme une superstition et un fanatisme, et qui expulsent ou dépouillent les prêtres, traitent officiellement avec des sorcières pour chercher des trésors dans des églises au moyen de la baguette divinatoire ! On n’a rien vu, au XVe siècle, de plus sauvage, de plus corrompu et de plus inepte que clans ce siècle où une civilisation dévoyée nous ramène à pas de géants à la barbarie la plus effroyable.
XI
Je me suis laissé entraîner un peu loin par le livre du P. Ayroles : c’est que ce travail a la grande et rare qualité des livres supérieurs. Il fait penser.
Il séduit et il donne la conviction qui émane d’une vérité éclatante. Mais un esprit rebelle à la vérité et tenté de s’irriter devant cette lumière qui l’offense, voudra quand même poursuivre sa lecture attachante et où l’on sent l’accent 295du cœur le plus français et le plus chrétien. On y voit déborder l’ardeur de la foi et l’amour de la patrie, mêlés comme deux fleuves qui s’unissent et fertilisent une vallée. Les pages scintillent, courent, se précipitent en reflétant les éclairs divins d’une histoire où les miracles sont aussi nombreux et brillants que les étoiles du ciel.
Quand on a lu, en veut relire, comme on veut revoir vingt fois les aspects saisissants de la montagne, dans un voyage alpestre. Puis on se reporte à l’époque malheureuse et bénie qui a vu Jeanne ; on pense au ciel où elle est et prie pour nous ; on veut rechercher dans nos annales les actes de cette vie inspirée, qu’on est étonné d’avoir pu lire autrefois avec indifférence. On pense, enfin, on prie, on vénère, on cherche la trace de cette vierge admirable, si puissante aujourd’hui, si près de nous quoique nous ne puissions pas lavoir ; on gémit de nos malheurs, on pleure sur la France… et puis l’on se prend à espérer en se disant que Jeanne est là, près de Dieu qui nous l’avait donnée, veillant sur le peuple qu’elle a tant aimé, pour qui elle a souffert le martyre, et qu’elle veut sans doute sauver encore !
On a élevé quelques monuments de marbre, de bronze ou d’histoire, à la mémoire de Jeanne d’Arc. Il en est peu qui soient dignes de la plus grande des filles de France.
Le livre du P. Ayroles est le plus élevé de ces monuments. Le premier il nous montre nettement toute l’étendue de la mission remplie par la Pucelle ; le premier il nous en fait mesurer les proportions et apprécier les résultats acquis ou possibles ; le premier il nous fait contempler, dans toute sa grandeur surhumaine, la vierge envoyée par Dieu au peuple qu’il s’était choisi. Venu à l’heure où notre étoile nationale va resplendir sans doute dans nos églises, à la parole de Léon XIII, ce livre ouvre l’ère des réparations dues à Jeanne par sa patrie trop oublieuse. Nous voudrions le voir entre les mains de tous les Français. C’est le devoir, ce sera le désir et le soin de toutes les vraies françaises de le placer dans leur collection, à côté des livres religieux, au-dessus de tout livre d’histoire.
XII
Et quand je crois avoir dit ce que j’avais à dire sur ce livre national, je m’aperçois que je n’ai rien dit encore, et je pense à mille choses qui se pressent dans mon esprit, toutes resplendissantes de la pure lumière où Jeanne nous apparaît, et je vois qu’il est impossible d’invoquer ce nom vénéré et aimé sans qu’aussitôt toute notre histoire sorte de l’oubli des siècles disparus pour montrer par quels liens 296indissolubles elle tient tout entière, du commencement à la fin, à la Pucelle d’Orléans.
Comment oser supposer que la France n’a pas été choisie au baptistère de Reims comme la nation chrétienne, soldat et missionnaire de l’Église du Christ, quand on se dit avec certitude que dès l’année 420 et bien auparavant, Dieu avait prédestiné la Pucelle de Domrémy à la sauver miraculeusement d’une mort certaine, ce qu’il n’a fait pour aucune autre nation ?
Si la France n’avait pas une mission spéciale, une destinée privilégiée, une situation exceptionnelle vis-à-vis de l’Église, pourquoi Dieu aurait-il fait pour elle une exception si singulière ? Pourquoi lui aurait-il tendu la main pour la relever des morts, comme Jésus-Christ l’a fait pour Lazare ?
Pourquoi Jésus-Christ a-t-il dit à la France, par la bouche de Jeanne, qu’il est son vrai roi, que le roi désigné par la loi salique n’est que son lieutenant ? Pourquoi a-t-il placé sur ce trône si singulièrement favorisé, la majesté de Dieu et la grâce incomparable de sa divine Mère ? Pourquoi a-t-il voulu que le royaume de France fût le royaume de Jésus et de Marie ?
Quel mystère sans pareil d’amour, de grandeur et d’espoir ! et quel mystère effrayant de responsabilité pour la nation ainsi élevée au-dessus des autres nations !
Comment ce peuple a-t-il répondu à tant de faveurs ? Cette question est accablante et l’on n’ose même y penser.
Mais aussi peut-on croire que ce peuple si misérable, souvent si coupable, soit abandonné par Dieu qui l’a voulu sauver, lui seul, d’une fin atroce ? Une seconde fois, d’une manière plus voilée, ce même Dieu a sauvé ce même peuple. Moins de deux siècles après Jeanne d’Arc, en 1593, la France était plongée de nouveau, depuis de longues années dans une guerre civile effroyable. Nulle solution ne semblait possible pour que le royaume continuât de vivre. Une inspiration toute chrétienne envoyée à Henri IV rendit au vaisseau désemparé le pilote nécessaire, celui que Jeanne d’Arc avait déclaré être le lieutenant de Dieu.
1429 ! 1593 ! ce sont les deux seuls périls mortels que la France avait courus depuis sa formation. Ces deux périls ont été écartés, le premier directement par une intervention matérielle et éclatante du Dieu de Clovis, de saint Louis et de Jeanne d’Arc ; le second, par une inspiration du même Dieu qui voulait agir encore par le bras des Francs.
Depuis cent ans et plus nous sommes tombés dans le troisième danger qui menace la France d’une fin semblable à celle des nations disparues par leurs propres fautes. La 297Révolution est d’autant plus mortelle, qu’après plusieurs régimes sous lesquels elle avait exercé son influence d’une façon plus ou moins voilée, depuis un siècle, elle s’est mise officiellement au timon des affaires et étreint la pauvre nation sous sa griffe ignoble et sanglante. Son poison est d’autant plus perfide que nombre d’hommes qu’elle a dupés s’enivrent de ce breuvage comme d’une liqueur délicieuse qui leur rendrait la santé et la vie.
Humainement, on ne voit, pas plus qu’en 1429, comment nous pourrons nous sauver. En 1593 la situation était moins mauvaise, puisqu’un mot d’Henri IV pouvait tirer le pays de l’abîme, ce qui a eu lieu, en effet.
Mais si les hommes manquent, le ciel est ouvert, et nous y avons Celui qui nous a sauvés déjà, et que les athées triomphants veulent chasser du sol de ce royaume, fait pour étendre son autorité sur la terre. Nous avons cette Vierge admirable qui est venue au roi de France de par Dieu, la Vierge Marie, tous les benoîts saints et saintes du paradis et de par l’Église victorieuse de là-haut
à cause de la pitié qui était ès royaume de France.
La Pucelle d’Orléans est un trésor unique dans l’histoire, et ce trésor, il nous appartient. Cette vierge est un joyau que nul peuple n’a vu et que Dieu a créé pour témoigner de son spécial amour pour nous. Elle est née pour nous sauver.
C’est elle-même qui l’a répété cent fois. Elle ne nous abandonnera pas si nous voulons suivre ses avis et ses commandements, aussi nécessaires aujourd’hui qu’en 1429.
Un grand Pape, qui aime la France et sait ce que peut pour le monde une France chrétienne, s’apprête à couronner de l’auréole des saints celle qui ne porte encore sur terre que la couronne des martyrs. Nos prières, notre amour pour notre libératrice hâteront ce jour glorieux, décisif peut-être pour notre nation, où l’Église invoquera publiquement sainte Jeanne d’Arc placée sur les autels à côté de saint Michel, de saint Louis, de sainte Marguerite, de sainte Catherine, de sainte Geneviève, de tous les saints qui nous ont jadis envoyé cette céleste messagère.
Le temps est venu d’élever à la plus grande des Françaises un monument qui rejette dans l’ombre les monuments élevés par la Révolution à ses suppôts ou aux pires passions humaines. C’est honte et pitié de passer devant des forêts de statues et d’édifices où les folies de la richesse le disputent à l’indignité de ce qu’ils prétendent immortaliser, quand on cherche à grand peine quelque pauvre pierre ou quelque bronze chétif placé dans un coin solitaire en l’honneur de celle qui nous a sauvés. Voltaire, Diderot, Gambetta, Lakanal, l’Opéra ! tels sont les dieux et le temple 298que la Révolution impose à la France. Il faut, sur notre sol souillé par ces dieux du mal, élever un monument qui porte au-dessus de tout autre souvenir national la gloire du roi de France, Jésus-Christ, des saints et saintes qui nous ont envoyé l’ange de 1429 et de ceux qui ont dans les siècles ultérieurs continué l’œuvre de la Pucelle.
Au sommet du monument serait placé le Christ qui aime les Francs
et veut être leur roi. À côté de lui, sa Mère, la Vierge Marie bénissant et protégeant ce royaume que sa bonté revendique de même ; regnum Galliæ regnum Mariæ.
Aux pieds du souverain roi et delà douce reine, la foule radieuse et couronnée des saints et saintes de France, qui ont fait la nation, qui l’ont protégée ou sanctifiée. On verrait parmi eux sainte Madeleine, sainte Marthe, saint Lazare, saint Saturnin, saint Denis, saint Crescent, saint Pothin, saint Irénée, sainte Blandine, saint Trophime, saint Clément, saint Hilaire de Poitiers, saint Martin de Tours, sainte Geneviève, saint Rémi, saint Césaire, saint Avit, saint Germain, saint Nicaise, saint Agnan, sainte Clotilde, sainte Germaine, saint Bernard. Dans un groupe spécial apparaîtraient saint Michel, saint Louis, sainte Marguerite, sainte Catherine et tous ceux qui ont inspiré, envoyé et soutenu Jeanne pendant sa mission. Au milieu de ces derniers, aux pieds du vrai roi de France et de sa Mère
, serait la sainte Pucelle d’Orléans, portant la couronne que lui veut décerner Léon XIII, pure comme un lys, forte comme le doigt de Dieu, douce et le cœur tout à Notre-Seigneur et à sa patrie, comme elle le fut toujours, radieuse comme la plus belle des filles de France, portant au front un rayon de la beauté et de la puissance divines. Elle aurait son étendard, comme à Orléans et comme à Reims ; elle paraîtrait montrer au roi du ciel la France, placée à ses pieds, qu’elle a sauvée jadis, qu’elle aura sans doute sauvée une fois de plus par ses puissantes prières.
Puis, on verrait les autres saints et saintes de France qui ont, depuis l’époque de Jeanne, protégé le peuple de Dieu, oublieux ou fidèle. Aux premiers rangs de ceux-ci apparaîtraient saint Vincent-de-Paul, sainte Chantal, saint François Régis, la bienheureuse Marguerite-Marie.
Aux pieds de ses divins protecteurs et de son roi, la France, cette femme languissante encore de tant de blessures, mais immortellement jeune et belle, aurait le visage tourné vers Jeanne d’Arc ; elle serait appuyée sur la croix et sur son épée de soldat de Dieu
.
Ce monument serait placé dans une splendide église qu’on dédierait à saint Michel, et dans cette église, une chapelle 299spéciale serait consacrée à chacun des saints et saintes qui ont coopéré au salut de la France.
Tel serait, dans ses grandes lignes, le monument que nous voudrions élever pour notre honneur, pour que la nation ne pût pas être plus longtemps accusée d’ingratitude et d’incroyable oubli.
Voilà ce que la France chrétienne devra faire, et ce qu’elle doit préparer dès aujourd’hui. Ce sera un monument vraiment national, comme l’église du Sacré-Cœur à Montmartre, et qui pourra couronner une des villes où Jeanne a le plus manifesté son pouvoir et sa mission. Orléans, Reims, Rouen, Domrémy, d’autres lieux encore, pourraient se disputer l’honneur de garder cet hommage de la France à sa libératrice.
Ce monument, j’en ai la confiance, marquera la fin de la Révolution, comme la béatification de Jeanne d’Arc marquera l’heure de notre nouvelle délivrance. Il exigera des années de travail et coûtera des millions, je l’espère, pour être digne de la France régénérée et de l’Ange de Dieu qui nous aura sauvés. Que n’a-t-on pas fait pour l’Opéra, ce temple païen du plaisir et des passions ? Voudrait-on que la nation sauvée par une envoyée du Christ valut moins que les vingt ou trente mille jouisseurs pour lesquels on a bâti ce palais d’Astarté ?
Et ce ne sera pas assez d’un monument semblable pour rappeler aux générations la faveur, unique dans l’histoire des peuples, de l’intervention directe de Dieu pour nous. Il faudra que tous les grands jours de la mission terrestre de Jeanne deviennent des jours de fête nationale. Quand la Révolution aura terminé son orgie et qu’elle ne fera plus célébrer officiellement, sur notre terre souillée, la mémoire des crimes et des assassinats, la France fêtera les souvenirs de sa délivrance et les exploits de la plus noble de ses filles.
Nous écrivons ces lignes au moment où les bons Français viennent d’éprouver une nouvelle déception. Ils avaient trop compté sur un succès électoral comme prix immédiat de leurs si généreux efforts. Il faut incontestablement continuer le combat, sur ce terrain comme sur tous les autres, et nous ne voulons ici qu’exciter notre ardeur pour cette lutte, qui est une obligation pour nous. Mais plus la situation se développe, plus nous croyons que Dieu veut couronner notre persévérance autrement que par un résultat naturel. On ne veut pas voir d’où vient le mal qui accable la France, et l’on croit trop pouvoir se passer de Dieu pour combattre ce mal, d’une origine surnaturelle. La Révolution est satanique ; elle ne sera vaincue que par un coup divin. Voilà les deux raisons pour lesquelles, dans 300notre conviction, nous serons réduits humainement à l’impuissance, pour voir apparaître une fois encore le doigt de Dieu.
Nous ne prétendons imposer cette pensée à personne. Nous ne voulons pas, surtout, décourager les efforts humains, qui sont un devoir absolu. Mais nous croyons à des événements, prochains peut-être, et supérieurs à toute action humaine ; nous savons que notre espérance est partagée par plus d’un homme voyant les choses de loin et de haut. Nous ne croyons pas téméraire la conviction que Jeanne d’Arc sur les autels ne sera point étrangère à ces événements. L’inepte école naturaliste du F∴ Goblet peut crier à la superstition. Les Français intelligents et sincères partagent notre confiance et notre espoir.
Nous croyons aussi qu’à la base du monument de notre sainte libératrice, il faut mettre notre réforme morale, notre retour personnel et national au Christ, notre horreur sincère et pratique de l’athéisme et des abjections révolutionnaires. Si cette base est solidement jetée dès maintenant, le monument ne tardera pas à sortir de terreaux cris de : Vive la France aimée du Christ ! Priez pour nous, sainte Jeanne d’Arc, notre sœur et notre libératrice bien-aimée !
Albert Desplagnes.
Société archéologique et historique de l’Orléanais 29 janvier 1886
Réception du compte-rendu de Jeanne d’Arc sur les autels, envoyé par Pierre Lanéry d’Arc, associé correspondant
.
Source : Bulletin de la Société archéologique et historique de l’Orléanais, n° 128, premier trimestre de 1886.
Lien : Gallica
Séance du vendredi 29 janvier 1886.
Présidence de M. Tranchau, président. M. le Président dépose sur le bureau :
- Notice sur un nouveau témoignage relatif à la mission de Jeanne d’Arc, par M, L. Delisle ;
- Épigraphie de la numismatique étrusque, par M. Casati, conseiller à la cour de Paris ;
- Un compte-rendu sur l’ouvrage du P. Ayroles intitulé : Jeanne d’Arc sur les autels, par M. Pierre d’Arc, associé correspondant.
- M. Herluison offre une notice sur les collections composant le Musée de Jeanne d’Arc, par M. Mantellier.
- M. Pierre d’Arc envoie la reproduction photographique d’un triptyque représentant Jeanne d’Arc écoutant ses voix, prise à Compiègne et brûlée à Rouen. La Société vote des remerciements à tous ces donateurs.
- M. le Président lit une invitation de la Société des Antiquaires de Picardie au Congrès qui se tiendra à Amiens pour le cinquantième anniversaire de sa fondation.
- M. Thillier, trésorier, rend compte de la situation financière et propose le budget de l’année 1886. Ses comptes sont approuvés et des remerciements lui sont votés.
- M. le Président annonce que la notice de M. Bailly, sur M. Egger, qui vient d’être publiée dans le Bulletin du 2e trimestre 1885, sera complétée par un Appendice bibliographique et par un Appendice littéraire destinées à paraître avec le Bulletin du 1er trimestre 1886.
Le Soir 22 avril 1886
Brève mention dans la rubrique Livre Nouveaux.
Lien : Retronews
Jeanne d’Arc sur les autels et la Régénération de la France, par le Père J. B. Ayroles, de la Compagnie de Jésus ; un fort volume, chez Gaume et Cie, 3, rue de l’Abbaye.
Comme son titre l’indique, cet ouvrage est consacré à la canonisation de l’héroïque bergère à laquelle la France doit sa reconstitution. Dans son avant-propos, le docte auteur s’exprime ainsi sur la portée de l’acte religieux qui se prépare à la cour romaine :
Jeanne d’Arc sur les autels, c’est un honneur sans pareil pour la vraie France, pour la France très chrétienne. Non seulement Jeanne est nôtre par sa naissance, sa vie, par son être tout entier ; mais sa merveilleuse histoire est un témoignage unique, dans les annales des peuples, des prédilections de Jésus-christ pour notre pays.
L’Univers 24 avril 1886
Le journal publie deux lettres d’approbation :
- Lettre du père Cornoldi (26 jan.), influent jésuite italien, proche de Léon XIII à qui il a pu présenter l’ouvrage du père Ayroles ;
- Lettre de l’évêque de Rodez (1er mars), qui suggère que ce même ouvrage soit versé au procès de béatification. L’évêque approuvera également la Vraie Jeanne d’Arc (lettre du 8 avril 1890).
Lien : Retronews
Le R. P. Ayroles a reçu au sujet de son beau livre sur Jeanne d’Arc les deux lettres suivantes, qui indiquent le grand mérite de son œuvre et seront lues avec intérêt :
Lettre du père Cornoldi
[Jean-Marie (Giovanni Maria) Cornoldi (1822-1892), jésuite italien, professeur de philosophie, collaborateur influent de la Civiltà Cattolica (revue jésuite considérée comme un organe semi-officiel du Saint-Siège), fondateur de l’Académie pontificale saint Thomas d’Aquin à Bologne (1879).]
J’ai reçu le bel exemplaire de votre ouvrage, Jeanne d’Arc sur les autels, dont vous désiriez faire hommage à Notre Saint-Père le Pape. Je le lui ai présenté moi-même dans une audience particulière, et en l’offrant de votre part j’ai donné un aperçu général du sujet qu’il traite.
Sa Sainteté a reçu le livre avec plaisir, et a écouté avec satisfaction ce que je lui en ai dit. Elle vous remercie et vous envoie de tout cœur sa bénédiction apostolique.
Si après un témoignage venu de si haut, mes propres félicitation ont quelque valeur, je vous les offre bien sincères et bien cordiales, ainsi que mon religieux et fraternel dévouement en Notre-Seigneur.
Rev. V. servus.
26 janvier 1886, Rome.
Jean-Marie Cornoldi, S. J.,
recteur della Civiltà C.
Lettre de Mgr Bourret, évêque de Rodez
[Mgr Ernest Bourret, (1827-1896), évêque de Rodez (depuis 1871), sera créé cardinal par Léon XIII (1893).]
Rodez, 1er mars 1886.
Mon très cher père,
En lisant votre livre sur la vierge de Domrémy, je cherchais une formule qui résumât votre pensée et mes impressions. — Je crois l’avoir trouvée. — On a beaucoup parlé de la philosophie de l’histoire, et plusieurs se sont appliqués à en déterminer les lois ou à en chercher la démonstration dans les faits concrets qui sont de son domaine.
Vous, vous avec mieux fait, et en cela vous avez un certain mérite de nouveauté : vous avez écrit la théologie de l’histoire.
La grande idée que Bossuet avait appliquée à l’histoire universelle, vous l’avez apportée dans ce grand épisode de notre vie historique, où l’intervention de la Pucelle d’Orléans sauve notre patrie, et vous avez traité votre thèse, ce m’a du moins semblé, avec un parfait succès.
La mission de Jeanne à vos yeux, comme aux yeux de tous ceux que le matérialisme et l’impiété n’ont point aveuglés, est une mission divine. Or une telle mission suppose évidemment une destination providentielle pour la nation qui en est l’objet, et la manière dont s’accomplit cette mission surnaturelle est une protestation contre l’envahissement des théories païennes de gouvernement sous lesquelles nous succombons aujourd’hui.
Je vous remercie pour ma part d’avoir restitué à la libératrice de la France une physionomie qu’un trop grand nombre d’écrivains a cherché et cherche encore à défigurer. La mission de la glorieuse Pucelle est enfin systématisée, comme disent les Allemands, et systématisée dans son côté le plus élevé, le côté surnaturel et divin.
Si des raisons politiques, qui malheureusement dans les affaires de ce monde pèsent trop souvent d’un grand poids, ne viennent pas mettre obstacle à l’introduction de la cause de béatification de celle qu’à mes yeux on peut bien comparer à Jaël et à Débora, j’estime que votre livre, mon cher Père, devra entrer dans les pièces du procès ; il pourra être utilement consulté pour comprendre et apprécier, le pourquoi de cette étonnante vocation et les desseins providentiels qui l’ont suscitée.
Veuillez agréer, mon très cher père, l’assurance de mes sentiments en Notre-Seigneur.
✝ Ern.,
évêque de Rodez.
L’Univers 7 mai 1886
Longue analyse critique de l’abbé Morel (1807-1890), chanoine honoraire d’Angers.
Son texte part d’une biographie du cardinal Pie, théoricien de la lutte contre les idées révolutionnaires, dont la vie de Jeanne d’Arc offre l’exemple historique le plus éloquent.
On y apprend que le père Ayroles vit reclus dans la cellule que la république lui laisse au jour le jour
au Puy. (Les jésuites avaient été expulsés de leur maison de Vals en 1880.)
Lien : Retronews
Dans la postface de la 2e édition de Jeanne d’Arc sur les autels, on apprend que l’abbé Morel avait commencé sa carrière de chroniqueur un demi-siècle plus tôt, par une réfutation de Quicherat :
Les débuts du grand polémiste (l’abbé Morel) ont été une réponse à Jules Quicherat, qui avait bien osé avancer que les formes juridiques avaient été gardées dans l’abominable brigandage de Rouen. À cinquante ans de distance, M. Morel, à l’occasion du nouveau volume, a chanté une hymne à Jeanne d’Arc.
Variétés. — Jeanne d’Arc sur les autels et la régénération de la France, par le P. Ayroles, de la Compagnie de Jésus. Paris, Gaume et Cie.
Deux livres viennent de paraître en même temps sans qu’il y eût concert entre les auteurs, et cependant les deux livres sont faits l’un pour l’autre, puisque l’un est la théorie et l’autre l’application. Le premier s’appelle l’Histoire du cardinal Pie et le second Jeanne d’Arc sur les autels. L’un a pour auteur Mgr Baunard, professeur aux facultés catholiques de Lille, et l’autre le P. Ayroles, un jésuite inconnu qui, à l’autre bout de la France, repasse en ce moment sur les traces du saint de Lalouvesc [Jean-François Régis, 1597-1640, prêtre jésuite] pour les empêcher de s’effacer. L’un a confirmé dans la vie du grand évêque de Poitiers les preuves de beau style qu’il avait données déjà dans la vie de Mme Barat, et l’autre a été si épris de son héroïne, qu’il a approché pour son coup d’essai de la prose poétique de Chateaubriand.
Mais surtout l’un et l’autre ont eu un même but, qu’ils poursuivaient ardemment sans se le communiquer, à savoir exposer aux yeux qui ne veulent pas voir par préméditation, ou qui ne voient pas par distraction, ce grand surnaturel qui tantôt se voile et tantôt se découvre dans le gouvernement de la Providence. Surnaturel qui est semé partout, mais qui se condense dans la personne adorable de Jésus-Christ, roi des nations, comme il est roi des familles et des âmes. Dans un temps où l’on veut installer définitivement la neutralité antichrétienne de l’État et mettre Notre Seigneur hors la loi, dont il doit être l’âme, voilà deux livres qui ne manquent pas d’opportunité. Mgr Pie a consacré sa vie et son génie à lutter contre la grande hérésie de 89. Il a ramené toutes ses compositions théologiques, philosophiques et littéraires, même celles qui ne l’exigeaient pas, à l’extermination de cette erreur satanique, et tous ses actes épiscopaux ont convergé vers la même fin. Ses vœux de bon citoyen n’envisageaient pas et ne demandaient pas un autre avenir pour la France, et les soins qu’il a donnés à l’éducation politique du comte de Chambord, si digne de la recevoir, ne provenaient pas d’un autre zèle. Il avait une certitude absolue qu’il n’y avait pas un autre nom que celui de Jésus-Christ en qui il fallait que nous fussions sauvés ; et moins il y avait de chance que cette vérité centrale fût adoptée ou seulement examinée, plus il s’obstinait à la mettre sous les yeux de son pays avec des instances importunes par le fond et opportunes par la plus spirituelle forme qu’elles pussent revêtir.
Mais après la thèse, il fallait l’exemple, et ou le prendre dans l’histoire ? Certainement pas parmi les rois et les chefs de peuples qui ont gouverné la monde depuis Boniface VIII, ce pape immense qui a assisté, avec la couronne d’épines sur la tête, à la dénonciation du grand concordat de Charlemagne, signé par l’Église et par l’État. Parmi les héros qui ont le plus approché du type, depuis cette fatale époque, aucun n’offrait une image assez sympathique pour enthousiasmer des âmes, ou trop faciles à désespérer du salut du monde, ou trop prévenues contre le surnaturel, par les préjugés dressés contre lui pendant six siècles.
Cependant l’œuvre du cardinal Pie restait inachevée, si cet exemple séduisant n’était pas fourni, quand la pensée est venue à un fils de saint Ignace, reclus dans la cellule que la république lui laisse au jour le jour sur le mont Anis, au pied de la statue de Notre-Dame de France, de ressusciter la mémoire de Jeanne d’Arc et de la parer de tous ses attraits. Le moment n’était-il pas bien choisi, puisqu’il est question de faire élever sur les autels la Pucelle d’Orléans, dernière entreprise de Mgr Dupanloup, cette fois bien nette de tout libéralisme ? Montrer une jeune fille des champs relevant et sauvant sa patrie, montée d’abord sur un cheval de bataille où elle paraît avec une force surnaturelle ; et montée ensuite plus haut que sur un trône, sur un bûcher, où elle achève de se consumer en l’honneur de la royauté de Jésus-Christ qui aime les Francs, pouvait-on rencontrer une histoire plus belle, plus glorieuse et plus touchante à offrir aux regards de ses compatriotes ? Tel est le drame que le P. Ayroles a entrepris de composer et de jouer devant le public français, avec toutes les péripéties du théâtre, sans en avoir les infériorités profanes.
Comme il prouve bien que les miracles les plus indéniables accusent partout les vertus de cette jeune vierge que le Fils de Dieu a accordée à la France pour opérer son salut ! D’abord, il fallait une vierge, pour que sa vue virginisante, selon une expression de notre cardinal, purifiât les Français dégénérés. Mais comment faire respirer une vierge dans l’atmosphère des camps, si l’on peut appeler une armée la soldatesque indisciplinée qui croyait que sa bravoure au combat répondait à tout ? Mais la Reine des vierges s’y était pris de longue main pour préparer la Pucelle à sa mission réparatrice. Elle l’a fait naître dans un village chrétien, de parents profondément pieux ; elle s’est plu à l’orner de grâces naturelles où le diable n’a rien mêlé de sa vilaine beauté ; puis, quand son intelligence a commencé de s’ouvrir, elle a député auprès d’elle deux anges gardiens terrestres, dont elle a fait ses institutrices primaires : sainte Catherine et sainte Marguerite. Mais comme elle avait aussi besoin d’une école de guerre, elle lui a donné pour la former aux combats le plus pur et le plus lumineux des généraux célestes, saint Michel.
Son éducation surnaturelle ainsi faites, Marie mère de miséricorde a envoyé sa fille bien-aimée de la frontière lorraine au pays de France où il y avait grand pitié
. Comment une pauvre fille de dix-sept ans pourrait-elle aller si loin et par des chemins si périlleux, se présenter au gentil dauphin
, sans tomber entre les mains des Anglais ou des malandrins ? C’était impossible sans un miracle. Aussi une escorte lui fut-elle donnée d’autant plus protectrice qu’elle était plus invisible. En effet, elle arriva saine et sauve. La première preuve qu’elle donna de sa mission fut sa pureté angélique, que la belle-mère du roi voulut constater la première, et qu’elle proclama. Cette question préalable vidée, et elle le sera encore par les dames anglaises à la fin de sa mission, on put prendre en considération celle qui, sans ce diamant, n’eût été qu’une aventurière. Les révélations qu’elle fit au dauphin et qui répondaient à ses plus intimes perplexités lui donnèrent un nouvelle créance. Il fallait maintenant s’assurer de la virginité de sa doctrine. Quelle rude épreuve pour une fille sans lettres que de comparaître devant ceux à qui la scolastique avait révélé toutes ses subtilités ? Cependant elle subit cet examen, d’un nouveau genre de baccalauréat, par devant les docteurs de Poitiers, non moins aisément que tout le reste. Dès lors, ses lettres patentes étaient signées. Maintenant il fallait voir la Pucelle à la tête de l’armée française, découragée par une série de désastres sans exemple, et comment elle ferait du roitelet de Bourges le grand roi de France.
La clef qui allait ouvrir la porte du royaume, ou qu’il faudrait mettre sous la porte du royaume, en pariant pour l’exil, était à Orléans. Orléans entourée de la triomphante armée anglaise et qui n’attendait plus qu’un assaut pour céder. La Pucelle, qui n’avait jamais commandé un peloton, promettait de passer général en chef par une inspiration subite, et de délivrer la ville. Elle le disait sans timidité comme sans forfanterie, elle le fit croire aux capitaines, et elle le fit comme elle l’avait dit. À qui attribuait-elle ce miracle ? À la vertu de son étendard, qui était en même temps une charte politique : Jésus-Christ roi de France et législateur du royaume comme étant le suprême droicturier
. Le gentil dauphin, futur Charles VII, ne devait être que son lieutenant et très humble vassal. Dès que cet étendard eut touché de sa frange les terribles Tournelles, elles s’écroulèrent comme les murs de Jéricho.
Mais, dira-t-on, la Pucelle commandait à des citoyens désespérés qui étouffaient dans leur ceinture de bastilles. Ne pourrait-on pas croira que leur suprême effort avait plus fait pour leur délivrance que le prestige du fameux étendard ? Ne vous refusez pas de pareilles suppositions pour rabaisser le mérite de la Pucelle ; car le surnaturel a chez elle une si haute élévation qu’il peut répondre à tout. Vous dites donc qu’Orléans n’a pris conseil que de son désespoir pour se délivrer. Bien, mais alors comment expliquerez-vous la victoire de Patay, où la vierge de Domrémy, âgée de dix-sept ans, rompit l’armée anglaise en rase campagne, faisant preuve de talents stratégiques qui étonnèrent les plus vieux chevaliers ? Qui lui avait appris, par exemple, le rôle de l’artillerie sur un champ de bataille, ce nouvel engin de guerre à peine connu, quand elle fut appelée à ramener la victoire sous nos drapeaux ?
Mais les victoires du fer et du feu contre les ennemis de la patrie n’étaient pas les seules dont elle apprenait le secret aux Français. Elle leur en faisait connaître de plus difficiles à remporter, parce qu’il fallait les remporter non sur les autres, mais sur soi-même. Celles-ci étant les plus surnaturelles devaient être encore plus uniquement attribuées à Jésus, sauveur des hommes, et à Marie, mère de miséricorde, peints sur les deux faces de sa bannière. Jésus et Marie pouvaient-ils nous être propices, si l’on offensait le fils par des blasphèmes et si l’on contristait la mère par le débordement des mœurs ? En effet, grâce à la Pucelle, les blasphèmes eurent honte, même sur les lèvres les plus osées et les plus puissantes, et l’armée songea sérieusement à se purifier de la lèpre immonde qui la rongeait.
Fallait-il qu’on crût à la sincérité de la foi et de la piété de la Pucelle, pour qu’on se trouvât obligé de lui faire de telles concessions ? Mais comment ne pas croire au surnaturel, quand celle qui le prêchait en offrait le modèle le plus charmant et le faisait toucher du doigt par les plus incompréhensibles succès ?
Arrivée à ce point, la Pucelle pouvait dire aux Français : Je vous ai tenu tout ce que je vous ai promis ; vous savez dorénavant qui vous devez être, et ce que vous devez faire. Vous êtes initiés, vous n’avez plus qu’à continuer ; Jésus et Marie sont avec vous, et ils ne vous abandonneront pas les premiers. Pour moi, je puis bien encore vous aider, et je ne m’y refuse pas, mais le nécessaire de ma mission est accompli.
Oh ! non, Jeanne, votre mission n’est pas finie, car vous êtes l’apôtre et l’héroïne du surnaturel ; il vous manque encore l’adversité, que vous n’avez pas goûtée et qui doit faire briller le sceau le plus divin de votre mission, ce je ne sais quoi d’achevé, que le malheur seul peut donner à la vertu. Non, vous n’en serez pas frustrée, et vous aimez trop votre bannière pour ne pas la reproduire en votre âme, qui aime tant le divin Rédempteur, et en votre corps, qui a toute la pureté virginale nécessaire à une hostie d’expiation. Approchez donc de votre passion avec confiance, et si le calice vous paraît amer, ajoutez avec Jésus et Marie : Seigneur, que votre volonté soit faite, et non pas la mienne ! Que vous serez heureuse si, en brûlant sur votre bûcher immérité, vous y consumez toutes les immondices que le naturalisme avait accumulées sur votre siècle !
Mais j’avoue que votre épreuve dépassera le symbole des flammes éternelles que vos Français avaient méritées, et que vous allez racheter par votre sang, uni à celui de votre Jésus. Vous croyez à l’Église catholique, et tout ce qu’on a pu vous tendre de pièges pour vous faire dire un mot contraire à sa foi, a été déjoué par la lucidité de votre candeur. Et cependant c’est cette Église à laquelle vous êtes attachée du fond des entrailles, qui va vous faire mourir sous le coup de ses lois ! Non, ne le croyez pas, vous ne subirez que la parodie de ses tribunaux. Cauchon et ses acolytes sont dans le corps épiscopal ce que Judas était dans le collège apostolique. Ah ! ne vous plaignez plus, réjouissez-vous au contraire de cette dernière ressemblance avec la victime du Calvaire.
Sans doute l’Église vous jugera, elle aussi, mais alors ce sera la vraie Église, et ce Pape, auquel vous en appeliez, et qui ne put pas venir à votre secours, sera le grand justicier, Calixte III, qui prononcera votre réhabilitation, en attendant peut-être qu’un autre Pape, d’aussi bonne mémoire, prononce votre béatification. Ce Jésus, en qui vous mettiez tout votre amour ; ce Jésus, crucifié comme vous et que vous ne demandiez qu’à voir à travers les flammes pour être assez consolée ; ce Jésus, dont vous avez invoqué le nom jusqu’à votre dernier soupir, voilà ce qu’il vous répondait, dans son silence que votre foi savait interpréter, en ce qui concerne la proclamation de votre innocence ; et aussi, du moins, nous aimons à le croire, en ce qui concerne la proclamation de votre sainteté ; car, en ce qui concerne votre triomphe céleste devant la cour des anges, il nous est déjà permis d’y croire sans nous rendre coupables d’aucune témérité. Que deviendrions-nous, hélas ! s’il fallait pour aller au ciel en faire plus que vous n’avez fait ?
Le P. Ayroles a donc raison quand il dit, et c’est tout son livre, que le surnaturel si nécessaire au monde, au dix-neuvième siècle et à la France surtout, qui marche à la tête des nations européennes, dans le bien comme dans le mal, n’a jamais paru sous des traits plus aimables que le figure de Jeanne d’Arc, et plus propres à convertir une seconde fois les Français. À quoi nous ajoutons, nous, qu’aucun peintre n’a su reproduire cette physionomie avec plus de talent et plus d’amour que l’humble fils de saint Ignace, dont le style respire un parfum champêtre, qu’aucun fard littéraire ne pourrait imiter.
Vous nous dites, gens du monde, qu’une lecture de piété vous ennuiera, qu’il vous faut absolument du roman et du drame, et que votre tempérament spirituel ne peut plus s’en passer. Nous vous répliquons qu’aucun roman, aucun drame ne pourront émouvoir dans votre âme autant de sentiments et même de sensations agréables que l’histoire de Jeanne d’Arc, de notre jésuite. Si vous ne voulez pas la lire, c’est qu’il vous faut autre chose que du drame et du roman. Ayez donc au moins la sincérité de vos goûts dépravés, et confessez que vous ne pouvez plus vous passer de vous immerger dans la mare au diable de Figaro. Saint Pierre le savait bien ; mais il n’a pu vous le reprocher que dans un latin que lui seul aurait le droit de traduire : Sus lota in volutabro luti [La truie, sitôt lavée, retourne se vautrer dans la boue.] (II Saint Pierre, II, 22).
L’abbé Jules Morel.
Bibliographie de la France 8 mai 1886
Indexation de Jeanne d’Arc en face de l’Église romaine et de la Révolution de l’abbé Mourot, inspiré en grande partie
de Jeanne d’Arc sur les autels (Pierre Lanéry d’Arc, Bibliographie catholique, déc. 1886).
Source : Journal général de l’imprimerie et de la librairie, 75e année, 2e série, tome 30, p. 293, n° 19, 8 mai 1886.
Lien : Google
4575. Mourot (V.). — Jeanne d’Arc en face de l’Église romaine et de la Révolution ; par M. l’abbé Victor Mourot, de la Société française de numismatique et d’archéologie de Paris. In-12, 135 p. Paris, imp. Mouillot ; libr. Palmé ; Grand (Vosges), l’auteur. (24 avril.)
Le Clairon du Lot 11 mai 1886
Compte-rendu de Jeanne sur les autels qui en fait une très bonne synthèse, et qui fournit quelques informations l’auteur qui appartient à notre département
:
Fort jeune, il abandonna l’honneur de devenir le chef d’une des plus patriarcales familles du pays, honneur que l’antériorité de sa naissance et les coutumes locales lui accordaient, pour entrer dans la célèbre et toujours glorieuse compagnie de Jésus.
Lien : Gallica
Bibliographie. — Jeanne d’Arc sur les autels et la régénération de la France, par le R. P. Ayroles, de la Compagnie de Jésus.
La plume catholique et patriotique du R. P. Ayroles a entrepris la restauration de la plus belle et plus sympathique figure de l’histoire de France et même de toutes les histoires. Jeanne d’Arc calomniée, travestie, rapetissée, défigurée, trouve un chevalier des lettres, vengeur éloquent de sa cause et admirateur ardent et dévoué de ses vertus. Quoique indépendant de tout autre, le volume qui vient de paraître, prélude de la canonisation de la grande héroïne, ne sera que l’introduction lumineuse d’études historiques plus complètes ; nous avons d’excellentes raisons de le penser, et de meilleures encore pour le désirer.
L’auteur appartient à notre département. Fort jeune, il abandonna l’honneur de devenir le chef d’une des plus patriarcales familles du pays, honneur que l’antériorité de sa naissance et les coutumes locales lui accordaient, pour entrer dans la célèbre et toujours glorieuse compagnie de Jésus. C’est là qu’il a servi la religion, la France et la jeunesse, on enseignant parmi nous les belles-lettres, l’histoire, la philosophie et la théologie. Aujourd’hui qu’un pouvoir aveugle et odieux a dispersé ces collèges inimitables, et fermé ces sanctuaires des lettres, des sciences, de la piété et du dévouement, le R. P. Ayroles sert encore la patrie en lui présentant, sous un nouveau jour, ses plus grandes gloires, et en lui offrant des encouragements et des modèles de régénération.
Rempli de faits, d’appréciations, de rapprochements imprévus et frappants, fruit des plus ardentes et laborieuses recherches, écrit avec le style saisissant, énergique et enthousiaste que donne la conviction doublée par la beauté du sujet, l’ouvrage du père Ayroles est divisé en cinq livres, qu’on peut rattacher à trois parties, historique, dogmatique et morale, sans toucher à leur nombre et à leur disposition harmonieuse.
La partie historique n’est pas un simple récit, c’est une thèse. Nous avons déjà dit que l’auteur a l’intention de développer la merveilleuse histoire avec toute l’ampleur qu’elle comporte : les matériaux sont déjà prêts : dans l’ouvrage actuel, il consacre les deux premiers livres à établir historiquement une double thèse.
Suivant la première, qui forme le sujet du Ier livre, la Pucelle personnifie les prédilections de Jésus-Christ pour la France. Quand parut Jeanne d’Arc, la France était épuisée, agonisante, diplomatiquement inhumée : c’est un fait indubitable. Elle a été subitement et merveilleusement ressuscitée : c’est encore un fait établi avec un luxe de preuves qu’on ne trouve dans aucune autre histoire. Qui donc a réalisé cet inimaginable prodige ? Est-ce une jeune paysanne de dix-sept ans ? Qui le croirait ? Celle qui a été l’instrument ne le pouvait pas, même après la réalisation : elle en attribuait toute la gloire à Notre Seigneur, seul capable de ressusciter Lazare du tombeau. Voilà bien la prédilection de Jésus-Christ personnifiée dans Jeanne.
Mais cette prédilection se reconnaît encore à d’autres signes. D’après Jeanne d’Arc, d’après ses paroles, ses actes, ses lettres, son étendard, le vrai roi de France, c’est Jésus-Christ : le roi visible et mortel n’est qu’un lieutenant, locum tenens : pour elle, le gentil Dauphin (c’est-à-dire le Dauphin de race royale) ne sera roi, roi lieutenant, et elle ne l’appellera roi qu’après le sacre, Jésus-Christ demeure toujours le souverain droiturier, la source de tous les droits.
Aussi ces titres de souverains étaient inscrits sur les monnaies françaises, Christus vincit, regnat, imperat. Il faut lire en entier le chapitre II, qui a été reproduit dans la Revue catholique des institutions et du droit, pour voir avec quelle abondance de preuves l’auteur établit la réalité de la constitution de la France : royauté de Jésus-Christ, signe évident de sa prédilection.
Que d’autres signes révèle l’étude des origines nationales ! Née à Tolbiac d’un acte de foi, la France est l’œuvre des évêques, la patrie des saints et des dévouements. La France est le soldat de Dieu, (gesta Dei per Francos) et des pontifes romains. Elle remplit cette mission souvent malgré ceux qui la gouvernent : c’est ainsi que le fou furieux disait cyniquement que la guerre au cléricalisme n’est pas un article d’exportation.
Jeanne d’Arc personnifie la France et les prédilections du Souverain. Elle est de cette race agricole, qui est le fond le plus résistant et le plus riche de la nation. Si elle sait filer et coudre aussi bien qu’aucune des femmes de Rouen (p. 291). Elle ne connaît ni A ni B afin de prouver qu’elle doit tout à sa foi et aux dons surnaturels :
N’est-ce pas la France très chrétienne que cette fille à la fois ouverte et réservée dans laquelle on ne sait pas ce qu’il faut le plus admirer, de la candeur, de la naïveté ou du bon sens ? Elle est vive, alerte, et cependant profondément recueillie ; très simple et très noble ; spirituelle, parfois ironique, et toujours pleine de courtoisie ; elle est surtout compatissante, complètement oublieuse d’elle-même ; dévorée par le besoin de se sacrifier [p. 63].
L’Univers 14 mai 1886
Nouvel encart publicitaire (cf. ceux de novembre 1885).
Lien (Retronews) : 14 mai, 15 mai, 16 mai, 17 déc. (sans le paragraphe)
Gaume et Cie, éditeurs, 3, rue de l’Abbaye, à Paris. — Jeanne d’Arc sur les autels et la régénération de la France, par le R. P. Ayroles, de la Compagnie de Jésus. — 1 volume in-12 : 4 francs.
Faire de l’histoire de Jeanne d’Arc le programme d’une entière régénération de la France dans l’ordre religieux, social, moral et politique, montrer l’héroïne, une fois sur les autels, reconstituant notre pays sur sa véritable base : le surnaturel divin — dont elle fut le symbole — c’est une idée neuve, juste, patriotique et chrétienne. Elle a inspiré à un religieux de la Compagnie de Jésus, le R. P. Ayroles, un volume plein d’aperçus variés, du plus saisissant intérêt, d’un souffle vivifiant, destiné à faire vibrer les meilleures fibres d’une âme française.
(Voir l’Univers, nos des 24 avril et 7 mai.)
L’Univers 15 mai 1886
Le journal s’excuse d’avoir attendu plusieurs mois pour avant de parler de l’ouvrage du père Ayroles, en raison d’une actualité chargée.
Lien : Retronews
Les débats parlementaires et cent choses secondaires, mais actuelles
dans le sens étroit du mot, nous prennent tant de temps et tant de place que nous devons souvent faire attendre des livres dont nous aimerions à parler tout de suite. C’est ainsi que nous n’avons pu rendre compte que plusieurs mois après leur publication des beaux ouvrages de dom Gréa et du R. P. Ayroles.
La Gazette 15 mai 1886
Compte-rendu élogieux :
Un ouvrage à la fois hardiment pensé et savamment composé, où se révèlent un homme de foi et un écrivain de race.
Lien : Retronews
Courrier de Paris, 14 mai.
Je ne saurais suffisamment exprimer le plaisir que m’a causé le livre publié récemment chez Gaume par le R. P. Ayroles : Jeanne d’Arc sur les autels et la régénération de la France.
Par ce temps de platitudes ou de charlatanisme littéraire, alors qu’entre les élucubrations ennuyeuses à périr et les coups de pistolet
destinés à la simple réclame, il n’y a guère de milieu, c’est une jouissance bien savoureuse de lire un ouvrage à la fois hardiment pensé et savamment composé, où se révèlent un homme de foi et un écrivain de race.
Le R P. Ayroles est un enthousiaste de Jeanne d’Arc : il étudie son héroïne sous tous ses aspects, mais surtout comme régénératrice de la France. Pour lui, ce sont les idées de la Pucelle qui doivent nous rendre la prospérité et le prestige. Peut-être le R. P. Ayroles va-t-il un peu loin et, de sang-froid, nous nous permettrions de discuter quelques-unes de ses assertions, mais nous venons de lire son bon livre et nous ne sommes pas de sang-froid. Le style chaud et pur du vénérable religieux nous émeut et nous charme, son enthousiasme est contagieux, et nous nous sentons séduit même quand nous pensons qu’il se trompe peut-être.
Il n’y a de salut pour nous que dans le surnaturel
, dit le Père Ayroles. Jeanne d’Arc canonisée deviendrait la protectrice la plus efficace de la France. Les divisions et les haines sociales qui nous désolent doivent expirer aux pieds des autels de la libératrice
.
Ce sont peut-être des illusions, mais quelles illusions généreuses !
Voici du reste une page magistrale et qui donnera une meilleure idée du livre du Père Ayroles que tout ce que nous pourrions en dire [extrait de Jeanne d’Arc sur les autels, livre IV, chapitre III, §1] :
Jésus-Christ roi, c’est Jeanne d’Arc tout entière ; Jésus-Christ hors la loi, c’est toute la révolution. [… jusqu’à :] et cela ne peut pas être autrement.
Comme conclusion à son beau livre, le R. P. Ayroles nous dit que Jeanne d’Arc est un défi divin jeté au naturalisme
. C’est une pensée superbe, énergiquement rendue et qui fait songer à Bossuet. Le R. P. Ayroles a écrit un remarquable ouvrage et fait une bonne action ; il nous instruit et nous encourage ; il convient de le remercier de tout cœur.
Intérim.
L’Univers 25 juin 1886
Extrait d’un article sur le congrès eucharistique de Toulouse en cours (20-25 juin 1886) où fut lu un travail du père Ayroles sur Jeanne d’Arc et l’Eucharistie, qu’il devait initialement prononcer lui-même.
La première phrase nous indique la notoriété qu’avait acquise le père par son premier ouvrage.
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Toulouse, 23 juin.
Jeanne d’Arc et l’Eucharistie : on devine qui avait à cœur de traiter un pareil sujet : nos lecteurs ont nommé d’avance le R. P. Ayrolles, l’auteur de Jeanne d’Arc sur les autels. C’est lui, en effet, qui avait adressé au congrès un travail succinct sur ce point. Mais comme il n’a pas pu se rendre à Toulouse, son rapport a été lu par un laïque, M. Gineste, membre du Congrès. L’auditoire applaudit chaleureusement lorsque l’historien rappelle que la sainte héroïne menaçait de ne pas admettre à la bataille ceux qui ne se confesseraient pas et ne communieraient pas. Un vœu pour la canonisation de Jeanne d’Arc, qui forme conclusion de ce rapport, est acclamé par l’assistance.
L’Univers 29 juin 1886
Extrait d’un article sur la clôture du congrès eucharistique de Toulouse (20-25 juin 1886).
Lien : Retronews
Lourdes, 23 juin, 6 h. soir.
Ce serait peut-être le cas ici d’ouvrir une parenthèse et d’établir la ressemblance idéale entre la petite Bernadette, présente à tous les esprits et à tous les cœurs, avec Jeanne d’Arc, simple, naïve, ignorante comme la petite Soubirous en ce qui ne concernait point sa mission, pleine de clairvoyance et de bon sens, de confiance et de fermeté dès qu’il s’agissait d’accomplir ce que Dieu demandait d’elle. Les interrogatoires de Bernadette devant la police de Lourdes rappellent ceux de la Pucelle ; elle a eu plus d’une fois des réparties spirituelles et des saillies comme Jeanne d’Arc*. Bernadette était aussi une fille de Dieu.
* Tu ne dis point la vérité, mon enfant, lui disait M. de Rességuier pour l’éprouver. Le bon Dieu et la sainte Vierge ne comprennent pas ton patois, et ils ne savent pas ce misérable langage. — S’ils ne le savaient pas, monsieur, et s’ils ne le comprenaient pas, comment le saurions-nous et le comprendrions-nous nous-mêmes ?
Comment la sainte Vierge a-t-elle pu t’ordonner de manger de l’herbe ? Elle te prenait donc pour une bête ? lui disait un jour un sceptique. — Est-ce que vous pensez cela de vous quand vous mangez de la salade ? lui répliqua Bernadette en souriant.
Les lecteurs de l’Univers apprendront certainement avec bonheur que le vœu pour la canonisation de Jeanne d’Arc, préparé dans une séance publique du congrès de Toulouse par M. l’abbé Mourot, son compatriote, et une lettre du P. Ayroles, de la Compagnie de Jésus, a été chaleureusement acclamé par l’assistance.
L’Univers 30 juillet 1886
L’article, signé ***
, résume l’idée de Jeanne d’Arc sur les autels, à savoir que Jeanne d’Arc a affirmé la vraie constitution française, qui est la royauté de Jésus-Christ
. En refusant de se reconnaître vassal du Christ
les rois ont fini par perdre leur couronne, tombée sous le coup de la Révolution
.
Y reviendra-t-on jamais ? C’est une question de vie et de mort pour la France.
L’auteur nourrit toutefois l’espoir que la canonisation de Jeanne d’Arc entraînera le réveil de la France
.
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Note. — Sur l’attribution des articles anonymes au père Ayroles, lire l’Introduction à ces articles dans : Écrits du père Ayroles.
Note 2. — L’article est cité dans une lettre légitimiste du 28 août suivant.
[Texte publié dans les Écrits du père Ayroles.]
Revue catholique des institutions et du droit août 1886
Compte-rendu élogieux de la Jeanne d’Arc à Domrémy de Siméon Luce, par Pierre Lanéry d’Arc, qui signe Pierre d’Arc
et conclue en citant un passage lui évoquant le père Ayroles.
Note. — Dans sa Jeanne d’Arc sur les autels (1885), le père Ayroles parlait avec le même enthousiasme de Siméon Luce, l’un de nos meilleurs érudits
(p. 9). En revanche, il ne goûta pas du tout ce dernier ouvrage dont il fera une critique cinglante dans le tome II de la Vraie Jeanne d’Arc (1894), lui consacrant l’intégralité du livre VI (p. 409-485).
Source : Revue catholique des institutions et du droit, 14e année, 2e semestre, 27e volume, p. 130-136.
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Jeanne d’Arc à Domrémy
Jamais on ne s’est tant occupé de Jeanne d’Arc. Chaque jour cette figure, la gloire et la personnification des fastes de notre vieille France chevaleresque, grâce aux études dont elle est depuis un demi-siècle l’objet, sort plus nette, plus resplendissante des voiles du passé pour monter sans cesse vers le zénith. […]
C’est cette phase de la vie de Jeanne que M. Siméon Luce, l’érudit sous-chef de la section des archives nationales, décrit dans son bel ouvrage, c’est cette phase qu’il inonde de lumière. Son but a été, ainsi qu’il le dit, de faire une introduction qui serve comme de vestibule à l’histoire proprement dite de la Vierge de Domrémy. […]
M. Luce, qui est actuellement professeur à l’École des Chartes, fut élève de Quicherat et probablement aussi de Vallet de Viriville, les deux éminents et regrettés historiens de la Pucelle. N’est-ce pas dans cet enseignement qu’il a puisé le premier germe de son culte, puissant et actif, pour notre grande française ? Ce serait bien le cas de dire que les maîtres d’élite se survivent à eux-mêmes dans leurs disciples ! L’excellente table analytique qui termine le volume est due à un ancien élève de l’École des Chartes, qui est aussi un de nos confrères, à la Société archéologique et historique de l’Orléanais, M. Henri Stein. […]
En terminant, et pour donner une idée du style brillant, des sentiments chauds, religieux et patriotiques de l’auteur, citons ces quelques lignes qui font penser malgré soi aux belles pages écrites naguère par le R. P. Ayroles dans sa Jeanne d’Arc sur les autels et la régénération de la France :
Prière et amour, Jeanne tient tout entière dans ces deux mots qui, en dernière analyse, n’en font qu’un. Elle aima Dieu, et après Dieu, ou plutôt en Dieu, sa patrie et sa famille d’un amour sans bornes. Au fond, son patriotisme lui-même fut surtout à l’origine, une forme de sa piété ; aussi, prit-il un caractère mystique, pour ne pas dire surhumain, parce qu’elle portait, dans son cœur un des sublimes rayons de l’idéal divin.
Pierre d’Arc.
Le Lorrain 7 août 1886
L’auteur s’approprie le message politique de Jeanne d’Arc sur les autels, pour démontrer que les descendants de Charles VII ont perdu leur couronne en s’éloignant de la royauté chrétienne, et que seule la restauration de celle-ci permettra de redresser le pays.
Puisse la Jeanne d’Arc du P. Ayroles être lue et convaincre !
Lien : Gallica
Jeanne d’Arc et le roi très chrétien. — On parle beaucoup de Jeanne d’Arc aujourd’hui : les deux partis qui se disputent la France, se disputent l’héroïne de Domrémy et d’Orléans. Les païens — on sait qu’il y en a — trouvent irrémédiablement sottes leurs fêtes nationales, et éprouvent le besoin d’un objet plus précis et plus concret de leur culte : on suppose qu’ils pourront bien faire à Jeanne d’Arc le déshonneur d’une fête quasi-patronale. N’ont-ils pas essayé déjà de représenter la Pucelle comme une sans-Dieu, mourant héroïquement et civilement pour la … république ? Rien donc d’étonnant, s’ils infligeaient à Jeanne une commémoraison annuelle et laïque, accommodée à la Marseillaise, et qui ferait assurément regretter le bûcher le Rouen.
Les chrétien ne livreront pas, sans coup férir, la mémoire de leur héroïne, visiblement prédestinée d’en-haut à son œuvre, conduite surnaturellement à la victoire, assistée divinement dans le martyre, morte avec une admirable ressemblance de la Passion du Christ, rendant son âme avec ce cri répété : Jésus ! Jésus !
Les chrétiens espèrent toujours qu’elle montera sur les autels.
C’est dans cette espérance que le R. P. Ayroles vient de publier le livre : Jeanne d’Arc sur les autels et la régénération de la France. L’auteur établit à nouveau un point qui saute aujourd’hui à tous les yeux — je parle de ceux qui veulent voir clair : — la mission de Jeanne d’Arc est divine. Cette divinité était prouvée magistralement, en 1844 déjà, par le futur évêque de Poitiers qui la fondait sur les exploits et le martyre de l’héroïne. Il disait à propos de ce martyre ces mots, étranges peut-être au sens de plusieurs, mais pleins de vérité chrétienne : Si parmi les enfants des hommes le ciel se choisit des êtres privilégiés qu’il élève à la gloire d’être ses instruments extraordinaires, ce n’est qu’au prix de mille angoisses qu’il accorde de telles faveurs. La vie des personnages inspirés est un drame dont le dénouement est presque toujours tragique : il faut des qualités telles quelles pour être héros, il faut des vertus sans tache pour être martyr.
On doit être heureux, du reste, que Jeanne ne soit pas rentrée vulgairement à Domrémy après le sacre de Reims : la tranquillité de sa vie et de sa fin l’aurait exposée à la discussion, et les gens de plaisir
pourraient la revendiquer avec plus de chances. L’héroïsme de sa mort la leur arrache irrévocablement, et son procès ajoute à la certitude historique la certitude judiciaire de son inspiration et de sa sainteté.
Le P. Ayroles met cette mission divine à l’appui d’une thèse, hardie sans doute, et absolue, mais que nous croyons juste et prouvée. En voici l’énoncé : En sauvant la France au nom et par la puissance du Christ, Jeanne d’Arc affirmait la constitution politique de la France.
Jésus-Christ est le vrai roi, le vrai suzerain, dont le roi visible et mortel n’est qu’un lieutenant et un vassal. Celui-ci doit gouverner au nom du suzerain et selon sa loi.
Par un acte libre, Jésus-Christ entend que la naissance désigne régulièrement le roi-lieutenant. La naissance désigne le roi, le sacre seulement le constitue. La couronne est à lui quand il a rendu hommage au suzerain, et juré de gouverner selon sa loi.
Ainsi Jeanne a maintes fois parlé : c’est dans ce sens qu’elle a agi. Instrument de Dieu pour la restauration de Charles VII, elle le fit sacrer à Reims. Après Reims, dit encore Mgr Pie, les voix surnaturelles qui parlaient à l’héroïne se taisent, mais le roi parle, et pour celle en qui la religion de la seconde Majesté avait tant de puissance, je ne sache pas qu’à défaut des anges, la Ciel pût s’expliquer plus authentiquement.
Voilé la doctrine sur la royauté représentative de Dieu et sur l’hérédité qui fixe cette représentation.
On peut se demander par quelle faute les rois très chrétiens, dépositaires du pouvoir de Jésus-Christ, en ont été dépossédés. L’Église, suzeraine au nom de Jésus-Christ, n’a pas toujours été obéie au nom des rois, vassaux de son Époux ; ils ont parfois exagéré la puissance royale au profit de leur propre influence et au détriment de l’Église. De célèbres forfaitures ont prouvé que les rois ne comprenaient pas toujours cette vassalité qui consolide vraiment les couronnes, et cette suzeraineté à laquelle on n’attente pas impunément. La Révolution, instrument aveugle et brutal d’un talion divin, a mis la main sur ces couronnes qu’on voulait affranchir de Celui qui les donne, et rien ne s’est relevé, parce qu’on n’est pas revenu franchement à la vraie constitution française, qui est la royauté de Jésus-Christ.
On peut se demander encore si, en 1689, le Roi Jésus n’indiquait pas le vrai salut à cette royauté d’en bas qui marchait à sa ruine. La voyante de Paray-le-Monial, en effet, reçut cette consigne : Fais savoir au Fils aîné de mon Sacré-Cœur qu’il veut régner dans son palais, être peint dans ses étendards et gravé dans ses armes.
N’est-ce pas là le suzerain qui réclame ses droits, s’offrant à maintenir le vassal menaçant de le rejeter, suivant que celui-ci les reconnaîtra ou les négligera ?
La royauté n’eut pas le courage de faire immédiatement ce qui lui était demandé.
Quand le successeur innocent de rois souvent oublieux de leurs devoirs, Louis XVI, monta sur le trône, la tempête éclata terrible. Bientôt il fut évident que nulle main humaine ne pouvait plus tenir le gouvernail. Le pieux monarque se décida à un acte qui, fait par d’autres et plus tôt, eût peut-être conjuré le danger. En prison déjà, il se souvint de la demande du Sacré-Cœur, et lui consacra le royaume très chrétien. Dieu, qui connaît les temps les moments, sembla juger que c’était trop tard, et la loi divine et impénétrable de l’expiation laissa tomber la couronne de la tête de Louis XVI, le martyr.
Cette couronne sera-t-elle relevée ? Peut-être ; mais elle ne sera consolidée que sur la tête d’un roi très chrétien.
Un régime chrétien… y pensez-vous ? C’est l’exclamation, hélas ! et l’effroi de beaucoup d’honnêtes gens. Cet effroi ne peut rien contre le dilemme aujourd’hui démontré : ou le diable gouvernera ou ce sera Jésus-Christ. Lequel des deux préférez-vous, ô honnêtes qui ne voulez perdre ni le gouvernail de votre famille ni la clef de votre coffre-fort ?
Napoléon III déjà trouvait trop forte cette idée du Christ-Roi. L’évêque de Poitiers lui répondit : Ou le Christ régnera, ou vous ne durerez pas.
Qu’en dites-vous ?
Il ne nous appartient pas d’indiquer les moyens pratiques d’une restauration nécessaire ; nous avons voulu simplement rappeler cette nécessité. Puisse la Jeanne d’Arc du P. Ayroles être lue et convaincre !
L. F.
Journal de Paris 22 août 1886
Légitimisme. — Lettre du comte de Maumigny à Henri Marchand, rédacteur en chef du Journal de Paris, hebdomadaire légitimiste, datée du 22 août 1886 et appelant à l’instauration d’une Royauté traditionnelle très chrétienne. Maumigny cite le père Ayroles et la constitution politique proclamée par Jeanne d’Arc
.
Extraits reproduits dans la Légitimité du 26 septembre.
Lien : Gallica
Article imprimé en lettre, et accompagné d’un Appel aux députés, signé de Paris, 7 décembre 1886.
Lien : Gallica
La constitution politique proclamée par Jeanne d’Arc, — dit le R. P. Ayroles cité par l’Univers du 30 juillet 1886, — est aussi courte que féconde. Le point essentiel d’où tout émane est celui-ci : le vrai roi de France est Jésus-Christ. Le roi visible et mortel n’est qu’un lieutenant. […]
Bibliographie catholique 25 décembre 1886
Compte-rendu de Jeanne d’Arc en face de l’Église Romaine et de la Révolution, par Pierre Lanéry d’Arc (qui signe Pierre d’Arc
) ; ouvrage inspiré de Jeanne d’Arc sur les autels.
Source : Bibliographie catholique, tome 74, juillet-décembre 1886, p. 456-459, n° 6, 25 décembre 1886.
Lien : Google
Jeanne d’Arc en face de l’Église Romaine et de la Révolution, par l’abbé Victor Mourot, prêtre lorrain spolié par l’État, chevalier du Saint-Sépulcre, membre de la Société française de numismatique et d’archéologie de Paris. Dédié à Mme la duchesse de Chevreuse, présidente du comité des femmes de France pour l’œuvre de Jeanne d’Arc, à Domrémy. 1 vol. in-18 de 133 p. (1886) Paris, Palmé, 1 fr. 20.
Jeanne d’Arc est un défi jeté au naturalisme. Dès son enfance et jusqu’à sa mort, à Domrémy, à la Cour, à l’armée, sur le bûcher, elle manifeste les vertus d’une sainte. Sa vie est un miracle permanent. […]
[P. 459 :]
Jeanne d’Arc en face de l’Église romaine et de la Révolution, comme nous l’écrivait dernièrement son auteur, est un travail inspiré en grande partie d’un ouvrage que nos lecteurs connaissent sans doute déjà, de la Jeanne d’Arc sur les autels et la régénération de la France, du R. P. Ayroles, dont un excellent compte-rendu leur était donné, à cette place même, en novembre dernier, par Dom Piolin. [Voir] Cuique suum et honor cui honor. [À chacun le sien (Cicéron) et l’honneur à qui l’honneur est dû.]
L’intention de M. Mourot a été de faire une œuvre de propagande, de vulgarisation dont le prix fut accessible à tous ; on peut donc dire que son travail est le fils de celui du P. Ayroles.
Désormais chaque français devra avoir et honorer en sa mémoire cette merveilleuse histoire si héroïque, si touchante et si courte, ici-bas ! Il n’est plus permis à tout patriote sincèrement chrétien de rester indifférent quand on prononce le nom de la Pucelle !
Nous trouvons encore un autre point de rapprochement entre ces deux termes : L’abbé Mourot qui était curé de Monthureux-le-Sec dans les Vosges, a été, en 1883, privé de son traitement, il a lutté vaillamment jusqu’à ce qu’un déclinatoire d’incompétence vint paralyser ses revendications. Après avoir engagé toutes ses ressources et consacré plus de onze années de son ministère à la construction de l’église paroissiale de Monthureux, M. Mourot ne veut pas, malgré les mauvais jours que nous traversons, abandonner l’œuvre entreprise. Aussi faisons-nous appel à toutes les âmes catholiques pleines de confiance en Jeanne, les engageant à propager cette brochure utile par la fin et par les moyens.
Nous pouvons donc dire, de l’ouvrage du prêtre lorrain spolié, ce que nous disions naguère de celui du jésuite expulsé :
C’est là un livre tout vibrant de patriotisme, d’ardente foi, où l’histoire puisée aux meilleures sources, la philosophie sociale, la plus saine mystique, s’allient pour glorifier ta libératrice de la France. C’est un livre plein de considérations politiques et sociales d’une très haute portée et que feront bien de méditer tous ceux qui ont à cœur le relèvement de notre malheureuse patrie.
Pierre d’Arc.
Bulletin du bibliophile année 1886
Indexation de Jeanne d’Arc sur les autels.
Lien : Gallica
[P. 171]
Ayroles (Le P. J. B.), de la Cie de Jésus. — Jeanne d’Arc sur les autels et la Régénération de la France. Paris, Gaume, 1885, in-12 de XIII et 474 pp. (prix 3 fr. 50) et aussi 1886 (Deuxième édition).
Ouvrage relatif à l’utilité et à l’opportunité de la canonisation de la Pucelle ; réfutation des doctrines matérialistes. Citons comme le plus important des comptes rendus, celui de l’abbé Peyron publié dans le catalogue analytique de Gaume, n° V, in-8 de 16 pp. reproduit ensuite dans plusieurs revues ou journaux.
[P. 532]
Mourot (l’abbé Victor) […] Jeanne d’Arc en face de l’Église Romaine et de la Révolution.
Abrégé de l’ouvrage du P. Ayroles, Jeanne d’Arc sur les autels avec qq. modifications et réflexions personnelles et d’actualité. Voir le compte rendu de la Bibliographie catholique, 1er sem. 1887. [Voir]
Lettre à M. Goblet janvier 1887
Lettre d’un patriote chrétien
au nouveau président du Conseil, René Goblet, sur la fin prochaine de la République.
Titre complet : Lettre à M. Goblet sur le triomphe de l’Immaculée Conception et la fin prochaine de la République, par un patriote chrétien. Janvier 1887.
Lien : Gallica
[Chapitre VIII : Quand et comment ?]
Comment s’accomplira cette étonnante révolution religieuse et politique, prédite par plusieurs saints personnages, et que j’appelle le Triomphe de l’Immaculée Conception ? Cela dépendra de l’ardeur des troupes de Marie, de l’usage qu’elles feront de l’arme du chapelet. […]
Mais il faudrait un prodige ? […] On me dira que c’est peu probable. Qu’en sait-on ? Le miracle n’est jamais plus probable et plus opportun que quand il est audacieusement nié. Le coup d’État dans l’ordre divin
, dit le P. Ayroles dans son beau livre Jeanne d’Arc sur les Autels [p. 380], c’est le miracle. Le coup d’État est rare de sa nature, mais il peut parfois être le seul moyen de salut pour un peuple. Ainsi en est-il du miracle proprement dit. Le solliciter dans la mesure où il est nécessaire, en laissant à Dieu le soin de l’opérer comme il l’entend, s’efforcer de le mériter, l’attendre, est parfaitement conforme à la foi et à la raison. N’est-ce pas le cas de l’heure présente ?
Le P. Ayroles écrivait cela en 1885.
L’Autorité 31 mars 1887
Le journal publie un extrait de la lettre du père Cornoldi. [La lire.]
Lien : Retronews
Jeanne d’Arc sur les autels, par le R. P. Ayroles. — Sur la vierge de Domrémy, nous ne pouvons mieux faire que de donner la lettre ci-dessous, qu’un éminent religieux, de Rome, le R. P. Cornoldi adressait à l’auteur :
J’ai reçu le bel exemplaire de votre ouvrage, Jeanne d’Arc sur les autels, dont vous désiriez faire hommage à notre Saint-Père le Pape…
L’Univers 27 mai 1887
L’article, signé ***
, critique l’engagement proclamé de la droite à ne pas mener une opposition systématique au régime républicain, alors que ce dernier n’hésite pas à pratiquer une opposition systématique à tout ce qui est bien
. La solution :
Il y a un monarque dont nous, catholiques et Français, nous devons reconnaître les lois : c’est celui que Jeanne d’Arc plaça en tête de la constitution qu’elle voulait donner à la France. Ce roi est Jésus-Christ, c’est Dieu.
Lien : Retronews
Note. — Sur l’attribution des articles anonymes au père Ayroles, lire l’Introduction à ces articles dans : Écrits du père Ayroles.
[Texte publié dans les Écrits du père Ayroles.]
La Controverse et Le Contemporain 15 juillet 1887
Bref compte-rendu de Jeanne d’Arc sur les autels, qui insiste sur l’enjeu politique de la canonisation.
C’est ainsi que paraissent l’avoir compris nos adversaires eux-mêmes, qui ont essayé de dénaturer par tous les moyens le noble caractère et le rôle de l’héroïne de Domrémy. Rétablir la vérité historique ; montrer que l’apparition et l’intervention de Jeanne ne furent pas un accident singulier et purement naturel ; mettre en toute évidence le caractère surnaturel et miraculeux de sa mission : c’est là un des devoirs des historiens de l’Église et de la France.
Source : La Controverse et Le Contemporain, revue publiée sous la direction d’un comité de professeurs des facultés catholiques de Lyon (Lyon, Vitte et Perrussel), nouvelle série, tome 10 (15 mai-15 août 1887), p. 466-467.
Lien : Gallica
Sa Sainteté Léon XIII confiait naguère à une commission romaine le soin d’étudier et, s’il y avait lieu, de promouvoir la canonisation de Jeanne d’Arc. Aucun acte solennel de l’Église ne contribuerait mieux que celui-ci au réveil des idées religieuses en France rien ne rappellerait si bien notre chère patrie au sentiment de sa vocation chrétienne. C’est donc faire œuvre à la fois de patriotisme et de religion, que de faciliter l’heureuse issue du procès historique et religieux dont la Pucelle d’Orléans est l’objet.
C’est ainsi que paraissent l’avoir compris nos adversaires eux-mêmes, qui ont essayé de dénaturer par tous les moyens le noble caractère et le rôle de l’héroïne de Domrémy. Rétablir sur ce point particulier et si important la vérité historique ; montrer que l’apparition et l’intervention de Jeanne ne furent pas un accident singulier et purement naturel, grossi par l’imagination et l’enthousiasme populaire ; mettre en toute évidence le caractère surnaturel et miraculeux de sa mission : c’est là un des devoirs des historiens de l’Église et de la France. C’est là aussi le but que s’est proposé le P. Ayroles. Dieu merci, on peut dire que la lumière est faite et que la cause est gagnée déjà dans beaucoup d’esprits. Puisse l’entreprise si méritoire du savant et généreux auteur réussir pleinement ! Que la vierge lorraine, martyre pour son pays, ne soit pas seulement la sœur et la libératrice de tous les Français, mais encore leur patronne et l’inspiratrice d’un grand réveil religieux et national !
La Gazette 29 août 1887
Mention de l’ouvrage du père Ayroles par Simmias
.
Lien : Retronews
[L’auteur prend prétexte d’une recension d’ouvrages dans le Figaro, pour réaffirmer son admiration pour Siméon Luce et sa Jeanne d’Arc à Domrémy (1886), ainsi que son impatience à voir advenir la canonisation.]
[…] Ainsi que l’écrivait le R. P. Ayroles, de la Compagnie de Jésus, dans son beau livre Jeanne d’Arc sur les autels :
Jeanne d’Arc est un défi jeté au naturalisme des âges postérieurs. Le naturalisme le sent, et voilà pourquoi il s’acharne autour de la céleste figure… Personnification des prédilections de Jésus-Christ pour la France, la Pucelle nous explique pourquoi Jésus-Christ nous a révélé la dévotion de son cœur : elle nous montre le Dieu qui aime la France, invitant la pauvre égarée à venir se réfugier dans ses bras et dans ses tendresses. Le festin destiné à fêter le retour du prodigue est dressé pour les nations comme pour les individus. C’en est assez pour entrevoir ce que serait pour la France la canonisation de Jeanne d’Arc, quels bienfaits se raient renfermés dans un seul. Il est permis de penser que le Ciel réserve à la Pucelle l’honneur de délivrer une seconde fois la France.
Belles et grandes paroles ! Est-ce donc la vertu de Jeanne qui vaut à ceux qui l’aiment, à ceux qui devancent par leur respect la canonisation dont notre illustre Léon XIII s’est fait le promoteur, de parler d’elle en ce noble et fier langage ? — Nous ne pouvons que savoir gré au sceptique Figaro d’avoir, une fois de plus, jeté ce nom bien-aimé aux échos de notre monde rapetissé et avili. Il me fournit, quant à moi, une occasion de plus d’exhaler mon enthousiasme. — Oui, je crois, comme le P. Ayroles, à la seconde intervention de la Martyre de Rouen. Elle a fourni pour premier miracle au monde sa vie, sa mort et son œuvre.
Il n’y a guère qu’un an qu’elle ramenait à Dieu, par une conversion éclatante, un des plus violents persécuteurs de cette foi catholique dont elle fut le pur exemplaire. [La conversion de Léo Taxil en 1885 ?] […]
Revue catholique des institutions et du droit octobre 1887
Mention du père Ayroles dans un article sur le Culte de Jeanne d’Arc au XVe siècle de Pierre d’Arc [Lanéry d’Arc], daté du 30 mai 1887 ; ultérieurement publié à part chez l’éditeur orléanais Herluison (décembre 1887).
Source : Revue catholique des institutions et du droit, 15e année, 2e semestre, 29e volume, p. 299-327.
Lien : Gallica
Chez Herluison : Gallica
[Sur le fait que Jeanne d’Arc avait été prophétisée, mais encore qu’elle avait prophétisé elle-même
, la note (p. 320) :]
Lire le développement de cette thèse dans P. Ayroles, Jeanne d’Arc sur les autels, Gaume, 1886, p. 88 à 97.
[De même lorsqu’il cite les Procès, il donne les références à la fois chez Quicherat et chez Ayroles (p. 321) :]
Déposition d’Isambart de la Pierre rapportée dans Quicherat, III, 7. Cf. P. Ayroles, loc. cit. p. 144.
L’Univers 16 octobre 1887
Extrait d’un article sur le 12e congrès des jurisconsultes catholiques (Montpellier, 11-13 octobre 1887).
L’évêque de Montpellier suggère au congrès de transmettre une supplique au pape pour la canonisation de Jeanne d’Arc (idée proposée par le père Ayroles en conclusion de son ouvrage). Puis, après avoir signalé sa présence dans l’assemblée, le nom du savant jésuite est couvert d’applaudissements
.
Lien : Retronews
Montpellier, 13 octobre.
[L’assemblée] a surtout été frappée des considérations présentées par M. l’abbé Defourny sur le rôle de Jeanne d’Arc, examiné à ce point de vue du droit des gens. Il est remarquable, en effet, d’une part, que Charles VII, indolent dans la revendication de son droit jusqu’au jour où il vit Jeanne d’Arc, se montra résolu à le faire triompher du moment que, par l’intervention providentielle de Jeanne, il fut assuré de la légitimité de sa naissance, sur quoi il demeurait hésitant jusque-là. D’autre part, il faut noter que, dans sa lutte contre les Anglais, Jeanne d’Arc n’a cessé d’observer ponctuellement les règles du droit des gens, les semonçant de retourner en leur pays et ne manquant pas de leur faire officiellement déclaration de guerre. Jeanne d’Arc, conclut-il, fut ainsi comme l’incarnation du droit des gens. Ce fut un parfait chevalier chrétien.
Le savant rapporteur expose ensuite ce qui a été fait en ces dernières années pour la restauration du droit des gens. Il rappelle l’initiative prise à ce sujet par le protestant David Urquhart, à l’occasion du dernier concile du Vatican. Le postulat, qui était présenté au Pape et qui était appuyé par les signatures de 30 des principaux évêques métropolitains d’Europe, devait faire l’objet d’un examen approfondi quand le concile fut suspendu. Son idée n’a pas péri. Et, tout dernièrement, une délibération solennelle avait lieu au Parlement anglais sur une proposition tendant à remettre au Pape l’arbitrage des querelles internationales. Il appartient aux catholiques de France d’entrer plus avant dans cette campagne, si nécessaire en vue de la restauration chrétienne du droit des gens.
Après les applaudissements qui accueillent cette importante communication, Mgr de Cabrières [évêque de Montpellier], prenant texte de ce qu’a dit M. l’abbé Defourny du rôle de Jeanne d’Arc examiné à ce point de vue du droit des gens, exprime éloquemment le désir que l’assemblée en prenne occasion de formuler un vœu en faveur de la canonisation de Jeanne d’Arc. Il serait particulièrement heureux de transmettre à Mgr l’évêque d’Orléans cette supplique, qui serait placée sous les yeux du Souverain Pontife et jointe à toutes les autres suppliques dont il est déjà saisi. L’assemblée acclame cette proposition et Mgr l’évêque de Montpellier ayant signalé la présence du R. P. Ayroles, dont on connaît le remarquable ouvrage sur la mission de Jeanne d’Arc, le nom du savant jésuite est couvert d’applaudissements.
Revue catholique des institutions et du droit novembre 1887
Compte-rendu du 12econgrès des jurisconsultes catholiques, tenu à Montpellier les 11, 12 et 13 octobre 1887, sur les Principes de 1789, plus précisément l’étude de la Déclaration des droits de l’homme, sujet rendu actuel par l’approche du centenaire de 1789
.
Source : Revue catholique des institutions et du droit, 15e année, 2e semestre, 29e volume, p. 385-.
Lien : Gallica
[En fin de deuxième journée (12 octobre), p. 391 :]
Alors Mgr de Cabrières [évêque de Montpellier] annonce au Congrès que demain il présentera à la signature de ses membres un vœu pour la prochaine canonisation de Jeanne d’Arc, vœu qui sera transmis au Saint-Père par l’intermédiaire de Mgr d’Orléans [Mgr Coullié]. Il constate, à cette occasion, la présence dans l’auditoire du R. P. Ayroles, l’auteur, du remarquable ouvrage sur la vie et la mission de Jeanne d’Arc, et dont le nom soulève les applaudissements de l’assemblée.
M. Lucien Brun [président du congrès] remercie Mgr de Cabrières d’avoir si bien compris les sentiments du Congrès, il est heureux, ajoute-t-il, de penser que le jour où Jeanne d’Arc sera canonisée, la France sera sauvée.
[Au cours de la dernière journée (13 octobre), p. 394 :]
La parole est donnée à M. Bresson, l’éminent avocat de Dijon, qui présente un savant et important travail sur les diverses constitutions révolutionnaires, résultats, au point de vue du droit public, des principes de 1789. L’orateur se borne, pour abréger, à parler de la première constitution révolutionnaire et de la constitution actuelle, mais plus il avance dans son intéressante lecture, plus on regrette de ne pas entendre son rapport dans son entier. Il est chaleureusement applaudi, et l’on se console à l’idée que cette étude sera reproduite in extenso dans la Revue.
Un échange d’appréciations a lieu entre le R. P. Ayroles, M. de Séranon et M. Coste, avocat à Béziers, au sujet du rôle des états généraux sous l’ancienne monarchie. Mgr de Cabrières veut bien joindre ses observations à celles qui sont présentées et faire ressortir la vérité historique.
L’Univers 25 décembre 1887
L’article, signé XXX
invite le comte de Paris, Philippe d’Orléans, — prétendant orléaniste au trône de France, récemment aperçu rendant divers hommages à Jeanne d’Arc — à adhérer à la constitution politique proclamée par l’héroïne.
Une première partie rappelle au comte qu’il descend de Louis de Bourbon, comte de Vendôme, qui fut l’un des compagnons privilégiés de Jeanne d’Arc. La seconde partie expose l’objet suprême de la mission de Jeanne
tel qu’elle l’a constamment affirmé : raviver cette idée de la royauté politique de Jésus-Christ
. Puis de conclure devant l’Histoire :
Voilà ce qu’a vu et entendu Louis de Bourbon, l’ancêtre au quinzième siècle de Monsieur le comte de Paris. Dieu ne voulait-il pas imprimer au cœur de la race entière le principe au nom duquel Jeanne a ressuscité la France ? N’est-ce pas pour le rappeler à Monsieur le comte de Paris qu’il lui souffle au cœur le culte de Jeanne d’Arc, et lui donne de le témoigner hautement ?
Les partisans de la royauté chrétienne voudront l’espérer. Ils voudront espérer que Dieu y achemine la France entière par ce réveil d’enthousiasme en faveur de Jeanne.
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Note. — Sur l’attribution des articles anonymes au père Ayroles, lire l’Introduction à ces articles dans : Écrits du père Ayroles.
[Texte publié dans les Écrits du père Ayroles.]
Bulletin du bibliophile année 1887
Indexation de la brochure : Le mois de Marie, mois de Jeanne d’Arc.
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Ayroles (le P.). — Le mois de Marie, mois de Jeanne d’Arc, in-18 de 12 p.
Extrait du Messager du Cœur de Jésus, mai 1886, p. 541-552.
Bibliographie de la France 21 janvier 1888
Indexation de Jeanne d’Arc sur les autels.
Source : Journal général de l’imprimerie et de la librairie, 77e année, 2e série, tome 32, n° 3, 21 janvier 1886, p. 153.
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Jeanne d’Arc sur les autels et la Régénération de la France, par le R. P. Ayroles, de la Compagnie de Jésus. 2e édition. 1 volume in-12 (3e mille) : 3 fr.
L’Univers 18 mars 1888
Réponse du journaliste Auguste Roussel à un article paru dans le National (lequel impute probablement la mort de Jeanne d’Arc à l’Église). Il cite plusieurs fois le père Ayroles et approuve son idée qu’une basilique dédiée à saint Michel fût bâtie autour de la maison de Jeanne à Domrémy.
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[…] Or, ici encore, l’écrivain du National prouve qu’il ne sait pas un mot d’histoire ou qu’il la fausse outrageusement. De contradictions et de revirements sur Jeanne d’Arc il n’y en a eu, en effet, à aucune époque dans l’Église. Car l’Église n’a jamais admis qu’on pût lui imputer l’œuvre inique accomplie à Rouen par des juges prévaricateurs. Dans son beau livre sur Jeanne d’Arc, le P. Ayroles observe très justement que les tortionnaires
de l’inique tribunal de Rouen comptèrent presque tous parmi les Pères les plus influents du concile de Bâle, dont nous n’avons pas besoin de rappeler le caractère schismatique.
[…] Contre ce caractère de laïcisme dont on voudrait odieusement affubler son patriotisme, toute la vie de Jeanne d’Arc proteste avec horreur. Aussi avons-nous confiance que la précieuse chaumière où son cœur sentit les premiers appels des voix célestes ne deviendra pas la proie des entre prises libres-penseuses. Ah ! plutôt qu’elle devienne, selon le vœu du P. Ayroles, le centre d’une splendide basilique où elle serait enchâssée comme une relique et où l’on invoquerait, avec le glorieux archange saint Michel, la douce et vaillante Pucelle, s’il plaît à Dieu que, selon le vœu des cœurs catholiques, elle soit un jour placée sur les autels comme la patronne céleste de cette France qu’elle a tant aimée et où il y a toujours si grande pitié !
[L’auteur fait référence au propos du père Ayroles dans Jeanne d’Arc sur les autels, p. 421 : Qu’il soit permis à l’auteur d’émettre sa pensée. La relique (c’est-à-dire la maison de la famille d’Arc) doit être enchâssée ; et l’enchâssement naturel, c’est une splendide basilique en l’honneur de saint Michel.
]
L’Autorité 3 mai 1888
Encart publicitaire pour la 2e édition de Jeanne sur les autels.
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Faire de l’histoire de Jeanne d’Arc le programme d’une entière régénération de la France…
[Texte promotionnel de l’éditeur, suivie de la lettre de l’évêque de Montpellier, Mgr Cabrières :]
Votre portrait de l’héroïque Pucelle, si Française par le caractère, le langage, l’allure…
Revue catholique des institutions et du droit octobre 1888
Albert Desplagnes, dans sa Chronique du mois à propos de la canonisation, réitère son adhésion au message du père Ayroles :
Jeanne, sur les autels, c’est, dans notre ferme espoir, le salut de la France.
Source : Revue catholique des institutions et du droit, 16e année, 2e semestre, 2e série, 1er volume, p. 391-393.
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La cause de la Pucelle d’Orléans, en instance devant le Saint-Siège, vient de faire un nouveau pas. Le Rme P. Général de l’ordre des Franciscains a écrit à Léon XIII une éloquente supplique qui se termine par ces lignes :
La glorification de Jeanne, si dans sa sagesse Votre Sainteté daigne l’ordonner, sera pour la société contemporaine, dévorée par la plaie du scepticisme et du naturalisme, la confirmation du surnaturel qui brilla dans l’humble paysanne, et sans lequel on ne peut expliquer le succès de sa mission.
L’intervention des Franciscains s’explique par un fait historique peu connu : c’est aux Frères mineurs de Neufchâteau que la Pucelle soumit en effet ses premières visions, et c’est par eux qu’elle fut encouragée à persévérer dans sa mission.
Le Père Général rappelle dans sa lettre au Pape les relations de l’ordre séraphique avec la Pucelle d’Orléans. Les Frères mineurs furent toujours les protecteurs de Jeanne pendant sa vie et les défenseurs de sa mémoire après sa mort. C’est aux Frères mineurs de Neufchâteau que la Pucelle se confessa et soumit ses visions célestes : et c’est d’eux aussi qu’elle reçut la confirmation de sa mission surnaturelle. Les Franciscains vinrent ensuite à Chinon témoigner en sa faveur, et furent choisis par le roi Charles VII pour aller à Domrémy faire une enquête sur les antécédents de l’envoyée de Dieu. C’est un Frère mineur qui fut aussi, pendant sa mission guerrière, son confesseur et l’un de ses chapelains.
Les relations multiples de Jeanne avec l’ordre de Saint-François ont fait penser, non sans fondement, qu’elle appartenait elle-même à son tiers-ordre séculier. Enfin, après la mort de l’héroïne, l’un de ses plus énergiques défenseurs fut encore un Franciscain, le vénérable cardinal Élie de Bourdeilles, archevêque de Tours, qui, par sa défense de la Pucelle, hâta la révision de l’inique procès dont Jeanne fut la victime et amena enfin sa complète réhabilitation par l’autorité du Saint-Siège.
Pendant que les Franciscains s’occupent à promouvoir la gloire de la plus grande et plus illustre fille de France, le comité constitué à Reims pour l’érection d’une statue nationale à Jeanne d’Arc, sur le lieu de son triomphe et du sacre de Charles VII, prie NN. SS. les Évêques de s’associer à son dessein et de lui prêter leur concours. Ce concours est acquis d’avance : il n’est pas de patriotes plus dévoués, plus énergiques que nos Évêques, ces successeurs de ceux qui ont fait la France comme une ruche
.
À Paris, ce pays de tous les oublis et de toutes les folies, il semble que le culte de Jeanne s’implante plus que jamais. Le 6 septembre, 459e anniversaire de l’assaut livré à Paris par la Pucelle aux forces anglaises, il s’est fait comme un pèlerinage à la statue de la place des Pyramides, érigée à l’endroit où Jeanne avait été blessée, à l’attaque de la porte Saint-Honoré. Des mains pieuses et bien françaises avaient suspendu des couronnes, des branches de lauriers et une épée fleurdelisée au piédestal de la statue. Pendant trois jours, la foule s’est portée devant le monument de notre sainte libératrice.
C’est bon signe de voir le peuple revenir ainsi au culte de cette gloire si pure. Espérons que Jeanne aura bientôt un culte public. Nous l’avons dit et expliqué ici-même, il y a bientôt deux ans, après le R. P. Ayroles : Jeanne, sur les autels, c’est, dans notre ferme espoir, le salut de la France.
Polybiblion novembre 1888
Compte-rendu de Jeanne d’Arc sur les autels après sa seconde édition, par Marius Sepet.
Bien que globalement positif, le critique reproche au père Ayroles un excès de recours au surnaturel et des jugements trop sévères des historiens républicains, en particulier Michelet.
Source : Polybiblion, tome 53, 2e série, tome 28, p. 443-444.
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Le livre du R. P. Ayroles Jeanne d’Arc sur les autels et la régénération de la France, a eu, depuis la date de sa publication première, une seconde édition, ce qui indique qu’il répondait avec talent aux pensées, aux sentiments, aux aspirations, aux espérances d’un public nombreux. Nous ne croyons pas pouvoir mieux le qualifier qu’en l’appelant l’élan d’un cœur fervent de chrétien et de patriote vers la régénération de la France par son retour, sous les auspices de Jeanne d’Arc, aux traditions religieuses qui ont fait sa force et sa grandeur dans le passé. Le salut de la patrie, par une alliance nouvelle contractée avec Jésus-Christ et une rupture éclatante avec les erreurs du naturalisme privé et public, telle est l’idée, très juste en soi, dont le P. Ayroles poursuit l’exposé et l’application avec un zèle plein de flamme dans les quatre livres de son ouvrage, intitulés : I. La Pucelle, personnification des prédilections de Jésus-Christ pour la France ; II. La Pucelle, radieuse et immense apparition du surnaturel ; III. La Pucelle, défi jeté au naturalisme de tout degré, triomphe du siège apostolique ; IV. Réformes capitales prêchées par le culte de la Pucelle ; V. Le Secours de la Pucelle et de l’Église victorieuse de là-haut.
Cet ouvrage, bien que surtout convenable aux âmes pieuses, peut aussi fournir aux historiens plusieurs vues utiles. Il est toutefois, selon nous, regrettable, même pour les lecteurs dont le P. Ayroles s’est le plus aisément et le plus justement acquis les suffrages, que l’ardeur de son âme généreuse, tout embrasée de surnaturel, l’ait entraîné çà et là hors des justes bornes, et que sa haine, très justifiée d’ailleurs, du naturalisme
, l’ait emporté parfois jusqu’aux bords dangereux de l’illuminisme
. Nous sommes, en effet, de ceux qui pensent qu’il faut éviter de tomber d’un excès dans l’autre, et que, comme le naturalisme
ne doit pas être confondu avec la nature et le rationalisme
avec la raison, le fidéisme
doit être soigneusement distingué de la foi. Nous regrettons aussi que, sous la même impulsion d’enthousiasme pour la vérité surnaturelle, le P. Ayroles n’ait pas toujours assez mesuré ses jugements sur quelques historiens de Jeanne d’Arc, dont il incrimine avec dureté non seulement les erreurs, mais les intentions. C’est ainsi que nous le trouvons vraiment tout à fait injuste dans son appréciation de la Jeanne d’Arc de Michelet.
L’Univers 26 avril 1889
Bref rappel de l’utilité de l’ouvrage.
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Enfin nous rappellerons, toujours chez M. Gaume, le bel ouvrage du R. P. Ayroles, Jeanne d’Arc sur les autels et la régénération de la France et l’Histoire de la Révolution racontée aux petits enfants, par M. Ch. d’Héricault ; ce sont là deux ouvrages d’une grande actualité : le premier vient à l’appui des démarches faites au nom de la France chrétienne pour obtenir de la suprême autorité dans l’Église la béatification de Jeanne d’Arc, et le second est l’une des meilleures réponses qu’on puisse opposer, en cette année du centenaire, aux glorifications systématiques de la Révolution.
Revue catholique des institutions et du droit septembre 1889
Mention du père Ayroles, aux côtés de Quicherat et Wallon, en introduction du long compte-rendu de l’ouvrage de Victor Canet : Jeanne d’Arc, ses exploits, son procès, ses vertus, par Auguste Charaux, professeur à l’Université catholique de Lille.
Source : Revue catholique des institutions et du droit, 17e année, 2e semestre, 2e série, 4e volume, p. 231-238.
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Ce qui caractérise le livre de M. Canet, sur Jeanne d’Arc en regard de l’érudition de M. Quicherat, des couleurs si vives, si naturelles, parfois romanesques, dont M. Michelet a peint notre héroïne ; du récit rapide, animé de M. M. Sépet ; de l’œuvre magistrale, complète, classique, un peu froide, de M. Wallon ; de la synthèse magnifique du P. Ayroles, où ressort et domine, au-dessus des détails laissés, à dessein, dans l’ombre, le point de vue social, catholique et providentiel, c’est l’idée d’un abrégé sans sécheresse, intéressant par le choix borné des détails, abrégé utile à tous, à la portée de tous, qui mette en relief les principales actions de la Pucelle, sa mission miraculeuse, et, surtout, au-dessus de tout, l’iniquité de son procès, la violation flagrante de tout droit divin et humain, la persécution de l’innocence, la jalousie de notre gloire, souvent humiliée, mais toujours renaissante, l’Europe le verra bientôt.
Entrons en matière.
Il est difficile de composer un livre plus attrayant que la Jeanne d’Arc de M. Canet, pour le cœur et les yeux d’un homme de foi, d’un Français.
Jeanne nous appartient ; c’est une de nos grandes gloires, avec Charlemagne et saint Louis ; c’est la France elle-même. La France qu’elle a sauvée lui doit sa seconde naissance, elle l’a ressuscitée, au moins ; et sa vie de bergère, d’héroïne, de martyre, peint au vif ce fond de simplicité qui est en nous, et survit à tout, point nos victoires et nos humiliations, en un mot, notre vocation. C’est une grande tâche que de retracer une pareille vie et une pareille mort ; M. Canet l’a osé, parce qu’il aimait Jeanne d’Arc, et son amour l’a inspiré ; il a fait une œuvre à part, où l’exactitude des détails domine, et la précision du style. En même temps que l’âme, le regard est satisfait. […]
Revue catholique des institutions et du droit décembre 1889
Mention du père Ayroles, aux côtés de Dupanloup, Quicherat, Wallon, Sepet, Görres, en introduction du long compte-rendu de l’ouvrage de Pierre Lanéry d’Arc : Mémoires et consultations en faveur de Jeanne d’Arc, par A. D.
.
Source : Revue catholique des institutions et du droit, 17e année, 2e semestre, 2e série, 4e volume, p. 549-.
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Mémoires et consultations en faveur de Jeanne d’Arc, par les Juges du procès de réhabilitation, d’après les manuscrits authentiques, publiés pour la première fois par Pierre Lanéry d’Arc, docteur en droit, avocat à Aix pour servir de complément et de tome VI aux Procès de condamnation et de réhabilitation de Jules Quicherat. Paris, Alphonse Picard, éditeur, rue Bonaparte, 82. 1 vol. in-8°, 600 pages, 1889.
Quand on examine les siècles d’un peu haut, on est surpris de voir le XVe, si plein de Jeanne d’Arc et de sa mission, puis trois siècles où la grande française reste si peu connue, et le XIXee siècle reprenant en sous-œuvre l’histoire de notre sainte martyre et cherchant à la rétablir tout entière, jour par jour, heure par heure.
Combien d’hommes y ont travaillé depuis cinquante ou soixante ans ! Nommons quelques-uns des plus connus, Mgr Dupanloup, Quicherat, Wallon, le R. P. Ayroles, M. Sepet, Görres !
Il semble que pour la vie de Jeanne, comme pour tant d’autres sujets, notre siècle ait la mission de dresser de vastes enquêtes pour préparer les monuments définitifs, réservés à un autre âge, et qui rendront la foi et la conviction aux fils incrédules de Voltaire. Elle est inconcevable, la quantité de travaux de tout genre accumulés depuis soixante ou quatre-vingts ans, notamment sur l’histoire de France. La plupart de ceux qui entassent ces documents s’abstiennent de conclure, et c’est encore là un trait de notre temps. Nous ne parlons pas, hâtons-nous de le dire, pour l’auteur du livre que nous venons annoncer au public. Celui-là, non seulement est un chercheur et un travailleur, mais c’est un homme de foi, qui voit et conclut.
Parmi tant de travaux, dont Jeanne d’Arc a eu une grande part, rappelons que Quicherat a publié, d’après les originaux, les textes de nombreux documents authentiques, base nécessaire de toute histoire de Jeanne.
Avant son grand ouvrage, peu d’auteurs avaient eu la patience de recourir aux manuscrits de ces textes, et c’est en quoi l’œuvre de l’éminent professeur à l’École des Chartes a été utile à la mémoire de la Pucelle : elle a facilité bien des travaux qui, sans elle, n’eussent jamais été entrepris ; elle est comme le point de départ et la base d’un cycle d’ouvrages, dont plusieurs fort remarquables, sur la libératrice de la France. Bien que ces manuscrits se trouvent à la Bibliothèque nationale, il est certain que le déplacement nécessaire pour les consulter, le temps de les parcourir et de s’y reconnaître, la difficulté de les déchiffrer, auraient rebuté bien des auteurs qui, le Quicherat en main, ont pu faire d’excellentes études sur Jeanne d’Arc. Aussi, est-il vrai de dire que, parmi les écrivains qui se sont le plus occupés de ce sujet, il n’en est assurément qu’un très petit nombre ayant eu la patience de recourir aux manuscrits eux-mêmes, puisque l’édition qu’ils en ont est parfaite en tous points. Or, ceux-là ont été frappés d’une chose, c’est qu’on oublie beaucoup trop que les manuscrits dont il s’agit n’ont pas été publiés dans leur intégralité. En effet, celui du procès de condamnation l’a bien été, mais non pas celui du procès de réhabilitation. […]