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Biographie du père Charles Sire 2e édition, 1886
Biographie du père jésuite Charles Sire (1828-1862) par son frère. L’ouvrage contient une lettre du père Ayroles, qui côtoya cinq années Sire d’abord au collège de La Sauve, puis à celui de Vals, entre 1856 et 1861.
Le P. Charles Sire, de la compagnie de Jésus (2e édition). Simple biographie composée d’après ses écrits et le témoignage de ceux qui l’ont vu de plus près, par M. Vital Sire, son frère, professeur de théologie morale au Grand Séminaire de Toulouse. Paris, René Haton, 1886, XVIII-364 pages.
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Note. — Le texte fut rédigé avant 1870, d’après la première lettre d’approbation de l’évêque de Rodez, Mgr Delalle, datée de Rome, 14 février 1870. Une première édition parut en 1876 (Paris, Édouard Baltenweck, in-12 de 323 p.), sans nom d’auteur, signée AMDG (Ad maiorem Dei gloriam, à la plus grande gloire de Dieu). Elle contenait une gravure du père Sire :

Que ne ferait-on pas pour Dieu ?
Chronologie extraite de l’ouvrage :
- 21 décembre 1828 : naissance de Charles à Saint-Jory, près de Toulouse, septième de dix enfants.
- 1840-1847 : petit séminaire de Polignan.
- 1847-1850 : grand séminaire de Toulouse ; entrée en classe de philosophie (terminale). — 1er juillet 1849 : il est promu à la tonsure par l’évêque de Montauban (l’archevêque de Toulouse étant indisposé). — Prière avec Catherine Beillard. — Mi-septembre 1850 : il part pour une retraite de trois jours au noviciat jésuite de Toulouse ; il est accueilli par le père de Foresta, père Maître des novices. Sa décision d’entrer chez les Jésuites est prise.
- 1850-1852 : noviciat jésuite de Toulouse. Noviciat. 15 octobre 1850 : il commence sa retraite de huit jours ; 24 octobre : il est admis comme novice. — 5 mai-8 juin 1851 : grande retraite de 30 jours. — Premières études. La seconde année il est nommé admoniteur.
- 1852-1859 : collège jésuite de La Sauve. 7 octobre : il commence sa retraite ; 17 octobre, il prononce ses premiers vœux (chasteté, pauvreté, obéissance ; les jésuites prononcent ensuite un quatrième vœux d’obéissance spéciale au pape). — Régence (années pendant lesquelles le jeune jésuite travaille à temps plein dans une œuvre de la Compagnie) ; il est tour à tour professeur, sous-préfet, surveillant,… — 12 septembre 1859 : il est envoyé au scolasticat de Vals.
- 1859-1861 : maison de Vals. Études théologiques. — 12 septembre 1861 : il est ordonné sous-diacre au Puy, par Mgr Marthon, puis diacre à Lyon le 21 septembre par Mgr Charbonnel (l’évêque du Puy étant tombé malade). — À son retour de Lyon il est mandé à Toulouse par le Provincial qui lui propose de partir à Bourbon (île de la Réunion), au collège de Saint-Denis de la Réunion.
- 24 octobre 1861 : il est ordonné prêtre à Toulouse.
- 28 novembre 1861 : le père Sire embarque à Marseille sur le Sultan, et débarque à Saint-Denis le 28 décembre.
- 23 janvier 1862 : rentrée scolaire au collège. Il tombe rapidement malade ; début juin les médecins préconisent son rapatriement. Le 14 juin il embarque à bord du Rhin, un vaisseau en provenance de Chine, qui ramenait des troupes en France. Le bateau fait escale à Saint-Hélène (23-27 juillet).
- 4 août 1862 : il meurt avant d’avoir atteint la France ; ses obsèques ont lieu en pleine mer.
Chapitre IV. — Régence du P. Charles au collège de la Grande Sauve près Bordeaux.
Le collège de la Grande Sauve, où le P. Charles a fait sa régence, est situé à 30 kilomètres environ de Bordeaux, dans le pays qu’on appelle des deux mers, sur un des riches coteaux qui dominent la vallée de la Garonne. Ce fut un des premiers collèges que les Révérends Pères Jésuites ouvrirent en France en 1850, après que la liberté d’enseignement eût été accordée par le gouvernement. L’esprit de famille, qui n’a jamais cessé de l’animer, en a fait l’un des plus heureux et des plus agréables établissements de la Compagnie.
I. — Idée générale du P. Charles comme régent.
Quand le P. Charles arriva à la Sauve, le personnel de la maison se composait de vingt-deux religieux presque tous encore bien jeunes, et en assez grand nombre co-novices :
Aussi, dit le P. Ayroles, l’union la plus étroite et la gaieté la plus cordiale régnaient parmi eux, et si la vérité, encore plus que la modestie, m’oblige de faire une exception, à peu près tous se montraient pleins de joyeux dévouement, de zèle et de charité ; nous nous sentions heureux d’être réunis. Le P. Charles, en arrivant parmi nous, se fondit à merveille dans cet ensemble, et si dès lors ni moi ni peut-être les autres frères ne croyaient posséder en lui le saint que Dieu devait glorifier plus tard par des miracles, personne qui ne l’aimât comme un pieux et bon religieux et un excellent confrère.
Tour à tour professeur, sous-préfet, surveillant, associé au procureur ou au préfet de discipline, il s’acquitta de ces divers emplois avec exactitude, adresse et ponctualité. J’ai passé cinq ans avec lui à la Sauve, et je puis affirmer que j’ai admiré bien des fois son dévouement, son abnégation, sa charité fraternelle et le soin qu’il prenait de nos enfants. Aussi jouit-il constamment de la confiance de ses supérieurs et de l’estime des élèves. Il n’y avait cependant dans sa vie extérieure rien d’extraordinaire, rien d’apprêté, rien qui attirât l’attention. Tout était régulier et ordonné dans cette vie de dévouement et de sacrifice. Aussi quel mérite aux yeux de Dieu !
Un seul fait, mieux que tous les détails, suffirait à lui seul pour prouver la vertu du P. Charles, c’est qu’il passa tout le temps de sa régence, c’est-à-dire sept ans, dans le même collège ; ce qui revient à dire qu’il a contenté toujours ses supérieurs et ses confrères et qu’il en fut lui-même toujours content (1).
(1) C’est en effet, le seul Père Jésuite qui soit demeuré aussi longtemps à la Sauve.
[Note. — Le père Ayroles écrit avoir passé cinq ans avec lui à la Sauve
. En réalité, il le côtoya d’abord pendant trois ans à la Sauve, puis deux ans à Vals. Cf. les Annuaires jésuites.]
Père Antoine Monfat La pratique de l’enseignement chrétien, 1887
Citation du père Ayroles pour montrer la prédilection de Dieu pour la France, illustrée par l’histoire de Jeanne d’Arc.
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[P. 223 à 225 :] On ne saurait, sans être coupable d’ingratitude, omettre de dire ici quelle part de privilège Dieu avait faite à la France dans la distribution des dons auxquels l’Europe doit sa haute place dans le monde. […]
Bornons-nous à quelques mots sur Jeanne d’Arc. Un des derniers historiens de la Pucelle, le R. P. Ayroles (Jeanne d’Arc sur les autels, liv. I, chap. II.), s’est attaché à montrer que sa mission prouve clairement la vocation providentielle de la France, et la prédilection de Jésus-Christ pour le royaume très chrétien. Il le déduit, avec les devoirs qui en découlent, non seulement de ce miraculeux épisode de notre histoire, mais aussi du langage même de l’héroïne.
La bergère, — dit-il, — a proclamé la constitution politique de la France. Ce fait, soigneusement dissimulé dans presque toutes nos histoires, est pourtant aussi certain et non moins culminant que la délivrance d’Orléans et le sacre de Reims. Il se confond avec le relèvement de notre nationalité ; il est le centre de cette miraculeuse histoire, et tout s’y rapporte.
La constitution politique proclamée par la Pucelle est aussi courte que féconde. Le point essentiel d’où tout émane est celui-ci : le vrai roi de France, c’est Jésus-Christ. Le roi visible et mortel n’est qu’un lieutenant, un roi vassal. Il doit gouverner au nom du suzerain et selon la loi du suzerain…
Ce n’était pas là un droit nouveau ; rien n’est plus ancien. Au lendemain de leur conversion, les Francs inscrivirent en tête de leur constitution ce cri : Vive Jésus-Christ qui aime les Francs ! et ils proclamèrent l’Homme-Dieu le premier de leurs législateurs.
[…]
Cette providence à part se lit dans le cours entier de nos annales ; elle éclate surtout dans nos origines.
Pierre Lanéry d’Arc Bibliographie des ouvrages relatifs à Jeanne d’Arc, 1888
Indexation de : Jeanne d’Arc sur les autels, et : Le mois de Marie, mois de Jeanne.
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[P. 11 :]
Ayroles (Le P. J. B.), de la Cie de Jésus. — * Jeanne d’Arc sur les autels et la Régénération de la France. Paris, Gaume, 1885, in-12 de XIII et 474 pp. (prix 3 fr. 50). — Le même, deuxième édition. Paris, Gaume, 1886, in-12.
Ouvrage relatif à l’utilité et à l’opportunité de la canonisation de la Pucelle ; réfutation des doctrines matérialistes. Citons comme les plus importants des comptes-rendus, celui de l’abbé Peyron publié dans le catalogue analytique de Gaume, n° V, in-8 de 16 pp. reproduit ensuite dans plusieurs revues ou journaux, et celui de M. Desplagnes, Revue des institutions et du droit, Grenoble, mars et avril 1886. [Voir]
[P. 142 :]
Mourot (l’abbé Victor). — […] Jeanne d’Arc en face de l’Église Romaine et de la Révolution. Dédié à Mme la duchesse de Chevreuse, présidente du comité des femmes de France pour l’œuvre de Jeanne d’Arc, à Domrémy. Au profit de plusieurs bonnes œuvres. Paris, V. Palmé, l’auteur à Grand (Vosges), 1886, in-18 de 133 p. (prix 1 fr. 20).
Abrégé de l’ouvrage du P. Ayroles, Jeanne d’Arc sur les autels avec qq. modifications et réflexions personnelles et d’actualité. Voir le compte-rendu de la Bibliographie catholique, décembre 1886. [C.-R. de Pierre Lanéry d’Arc.] [Voir]
[P. 236 :]
Ayroles (le P.). — Le mois de Marie, mois de Jeanne. d’Arc, in-18 de 12 p.
Extrait du Messager du cœur de Jésus, mai 1886, p. 541-552.
Joseph Fabre Procès de réhabilitation, 1888
Note détaillée en annexe du tome II du Procès de réhabilitation, sur le nouvel élan qu’a donné l’ouvrage Jeanne d’Arc sur les autels au processus de canonisation de Jeanne d’Arc.
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Nouvelle édition de 1913 : Gallica
En août 1885, le père Ayroles, de la Compagnie de Jésus, publiait sous ce titre Jeanne d’Arc sur les autels, un livre destiné à établir la nécessité de canoniser au plus tôt Jeanne d’Arc et de célébrer annuellement sa fête dans toutes les églises de France. Dans cet ouvrage, les libres-penseurs sont accusés de vouloir escamoter à leur profit Jeanne d’Arc en proposant de la glorifier par une fête nationale ; les catholiques gallicans sont chargés de l’opprobre de la condamnation et du supplice de Jeanne ; les catholiques romains sont prônés comme pouvant seuls revendiquer et exalter la Pucelle qui, papiste irréprochable, est tout entière de l’école du syllabus
, et qui, Messie de la contre-révolution, doit présider à la régénération de la France répudiant la satanocratie
pour la théocratie
.
Quatre mois après, en décembre 1885, sur la proposition du père Delaporte, de la Compagnie de Jésus, les membres du congrès catholique tenu à Rouen votèrent à l’unanimité une adressa au pape pour solliciter la béatification de Jeanne. Ils y disaient :
Les papes du XVe siècle avaient accompli l’œuvre de la réhabilitation, celle de la glorification sera la votre et unira pour toujours le nom de Léon XIII à celui de la vénérable servante de Dieu, Jeanne d’Arc, ambassadrice du roi Jésus près des Francs qu’il aime. Daigne le cœur adorable de ce Maître si bon ajouter à tant d’autres gloires de votre pontificat celle d’achever, au gré de nos cœurs, ce procès de béatification qui commence, et permettre à la France catholique de redire, après le Vicaire de Jésus-Christ, dans un élan unanime d’allégresse, de soumission pour l’Église et d’espoir pour la patrie : Bienheureuse Jeanne, priez pour nous !
En 1886, à Paris, les Dames qui venaient de fonder l’Association Jeanne d’Arc, célébrèrent l’anniversaire de la mort de Jeanne, à l’église Notre-Dame-des-Victoires, par une messe solennelle dont l’usage doit se continuer chaque année, et émirent un vœu pour que dorénavant le 30 mai fût consacré à la glorification de la Pucelle et de tous les défenseurs défunts de la patrie.
C’est aussi en 1886 qu’a été inaugurée, dans la cathédrale de Rouen, — dans cette cathédrale où reposent les restes de l’inspirateur du procès de Jeanne, Jean de Lancastre, duc de Bedford, et de quatre complices de Cauchon, les chanoines Jean Basset, Gilles Deschamps, Denis Gastinet et Raoul Roussel, — une solennité religieuse que l’archevêque doit renouveler tous les ans, et dont l’objet est d’honorer la mémoire de Jeanne d’Arc, le jour anniversaire de son supplice.
Déjà, à Rouen, l’anniversaire de la mort de Jeanne d’Arc était l’objet d’une célébration annuelle faite par des laïques, se rendant tour à tour au lieu où Jeanne abjura, au lieu où elle était emprisonnée, et au lieu où elle fut brûlée. L’organisateur et le conférencier de ces manifestations était un positiviste, M. Émile Antoine. Un autre positiviste, le Dr Robinet, beau-père de M. Émile Antoine, présidait un Comité républicain de la Fête civique de Jeanne d’Arc
, qui s’est constitué à Paris, en mai 1887. La fondateur du positivisme, Auguste Comte, prônait la glorification de l’incomparable vierge
, et le calendrier positiviste paru en 1848, faisait une place à Jeanne d’Arc, dans la semaine des chevaliers, entre Bayard et Godefroy de Bouillon.
Le vœu du Congrès catholique de Rouen pour la canonisation de Jeanne fut renouvelé en 1886 et en 1887 par plusieurs assemblées diocésaines et par divers prélats.
En juillet 1887, l’abbé Mourot, chevalier du Saint-Sépulcre, publia un ouvrage sur Jeanne d’Arc, envoyée de Dieu et modèle de toutes les vertus chrétiennes, théologales et cardinales. Dans ce livre, exalté par les évêques de Genève et de Nancy, ainsi que par le cardinal Howard, comme un précieux appoint pour la cause pendante auprès de la Sacrée Congrégation des rites, l’auteur, à l’exemple du père Ayroles, anathématise les laïcisateurs de Jeanne d’Arc, l’esprit moderne et le gallicanisme ; glorifie la contre-révolution, la théocratie et le Syllabus. Pour lui aussi, la mainmise de l’Église sur Jeanne d’Arc canonisée doit être le prélude de la mainmise de l’ultramontanisme sur la France repentante. Sous les auspices de Sainte Jeanne d’Arc et du Sacré-Cœur, 1789 sera biffé et renié par 1889.
Ulysse Chevalier Répertoire des sources historiques du moyen âge, 1888
Dans le Complément-Supplément de 1888, Jeanne d’Arc sur les Autels est citée dans les sources relatives à Jeanne d’Arc.
Titre complet : Répertoire des sources historiques du moyen âge, par Ulysse Chevalier (1877-1886).
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[Col. 2684 :]
Jeanne d’Arc : […] Ayroles (Jean-Bapt. Jos.), J-e d’Arc sur les autels et la régénération de la France ; Paris, 1885, 16°, xiij-474 p.
Béatification de J.-B. de La Salle C.-R. des diocèses du Puy et de Mende, 1889
Panégyrique du bienheureux Jean-Baptiste de La Salle, fondateur de l’institut des Frères des écoles chrétiennes, prononcé par le père Jean-Baptiste-Joseph Ayroles, en la chapelle de l’ancien scolasticat jésuite de Vals, le mercredi 2 mai 1888, à 14 h.
Note. — Contraints à l’exil depuis les décrets de 1880, les Jésuites avaient loué une partie de leur scolasticat à l’institut des Frères des écoles chrétiennes, qui y installa son noviciat en février 1885. C’est aux frères et aux novices de l’institut que le père Ayroles s’adresse.
Son discours est divisé en trois parties :
- Les origines de Jean-Baptiste de La Salle et la fondation de la congrégation des Frères des Écoles chrétiennes.
- Les persécutions par les Gallicans et les Jansénistes.
- Les persécutions par la Révolution, puis par les milieux libéraux et anticléricaux.
Le Triduum de Vals. — La béatification de J.-B. de La Salle (par Léon XIII le 19 février 1888) fut célébrée à Vals par un Triduum les mercredi 2, jeudi 3 et vendredi 4 mai. Le père Ayroles prononça panégyrique du premier jour.
On y apprend que les religieux avaient encore accès à la chapelle des Jésuites de l’ancienne maison de Vals, mais que d’ignobles scellés
en interdisaient l’accès au public.
Le panégyrique nous fournit la date des célébrations : fête de saint Athanase, le 2 mai.
Titre complet : La Béatification du vénérable Jean-Baptiste de La Salle, fondateur de l’institut des Frères des écoles chrétiennes. Compte rendu des triduums solennels célébrés à cette occasion dans les diocèses du Puy et de Mende. Avignon, Seguin frères, 1889.
Relation du triduum de Vals, p. 126-131. — Panégyrique du père Ayroles en trois parties, p. 131-146.
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Note. — Une version simplifiée du texte a paru dans un ouvrage de 1888, couvrant l’ensemble des célébrations en France et à l’étranger.
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Les grands et les petits novices du Puy ont eu la joie de célébrer un Triduum en l’honneur du bienheureux Jean-Baptiste de La Salle, dans la magnifique chapelle des RR. PP. Jésuites. D’ignobles scellés fermant encore l’entrée de ce sanctuaire béni, on n’a pas pu accéder au désir des nombreux fidèles qui auraient voulu prendre part à ces fêtes religieuses. Aussi ont-elles revêtu un caractère spécial d’intimité, de recueillement et de ferveur. Les prières et les communions nombreuses, l’angélique piété des novices, heureux de retremper leurs âmes au souvenir de leur bienheureux père, ont fait surtout le charme de ces solennités.
[Note. — Version dans l’ouvrage général de 1888 :]
Les grands et les petits novices du Puy ont eu la joie de célébrer un Triduum en l’honneur de leur bienheureux Père, dans la magnifique chapelle de l’Apostolat de la prière. Ces fêtes ont revêtu un caractère spécial d’intimité et de recueillement. Les prières et les communions ferventes, l’angélique piété des âmes, heureuses de se retremper au souvenir de leur bienheureux Fondateur, ont fait surtout le charme de ces solennités.
[…]
Voici maintenant le programme des exercices. À 6 heures, messe de communion. […] La grand-messe avait lieu à 9 heures. Les deux premiers jours elle fut chantée par le chœur des deux noviciats. Le vendredi, M. le supérieur du Grand-Séminaire du Puy voulut bien officier, assisté de trois séminaristes. […] À 2 heures, les vêpres, chantées en faux-bourdons, étaient suivies du panégyrique. À la fin de l’exercice on faisait vénérer la relique du Bienheureux. Le mercredi, à l’issue des vêpres, le Révérend Père Recteur bénit solennellement une belle statue du Bienheureux, que nous avions reçue la veille du Triduum. À 5 heures 1/2, le Salut du Très Saint Sacrement clôturait ces délicieuses mais trop courtes journées. […]
Pendant ces jours de grâce, la sainte parole nous fut distribuée avec abondance. Les panégyristes charmèrent leur pieux auditoire. Ce fut le R. P. Ayroles qui ouvrit le Triduum par un très beau discours que nous sommes heureux de reproduire à la suite de ce compte-rendu. [L’ouvrage de 1888 dit : par un discours plein de doctrine et d’érudition. L’orateur a mis surtout en relief les sacrifices accomplis par le Fondateur pour correspondre à une mission où tant d’autres ont échoué, et son attachement à la chaire de Saint-Pierre, malgré les persécutions incessantes des jansénistes et des gallicans.]
M. l’abbé Gimbert, curé de St-Ilpize, occupa la chaire le jeudi et prêcha avec son cœur d’apôtre, sa parole aimante et sympathique. […] Enfin, le dernier jour, M. de Pélacot, vicaire-général, développa avec le cœur et l’éloquence qu’on lui connaît cette parole du divin Maître : Je vous ai donné l’exemple afin que vous fassiez de même.
[…]
Nous devons les plus vifs remerciements aux révérends Pères Jésuites de la Résidence de Vals. Ils se sont fait un plaisir de mettre à notre disposition leur belle chapelle, si riche de souvenirs, et où prit naissance l’archiconfrérie de l’Apostolat de la prière. Leur concours dévoué et plein de délicatesse a été très utile pour célébrer avec tout l’éclat possible les vertus et les gloires du nouveau Bienheureux.
Abbé Adrien Vayssié Histoire du petit séminaire de Montfaucon, 1886
L’ouvrage apporte quelques informations sur l’établissement où le futur père Ayroles effectua ses études secondaires, vers 1839-1848.
Voir la Chronologie extraite de l’ouvrage.
Léo Taxil et Paul Fesch Le Martyre de Jeanne d’Arc, 1890
En introduction, Léo Taxil justifie sa nouvelle édition du procès de Condamnation en soulignant que la transcription de Quicherat contient des erreurs, qui ont été reproduites par les auteurs l’ayant utilisée, contrairement à lui qui a travaillé directement à partir des manuscrits originaux. Pour appuyer son argument, il cite le père Ayroles.
L’introduction de Taxil est datée du 1er mars 1890 ; la citation n’est pas tirée de la Vraie Jeanne d’Arc, qui ne sortira qu’en avril 1890, mais de la présentation de l’éditeur, publiée dans la presse fin décembre 1889.
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[Extrait de l’introduction. Léo Taxil évoque l’esprit schismatique du pseudo tribunal de Rouen, de Cauchon et ses complices
, p. IX :]
Pourquoi, jusqu’à ce jour, de tels faits sont-ils restés dans l’ombre ? À mon avis, c’est parce que, en dehors des érudits, on n’a étudié le procès de Jeanne d’Arc que d’une façon superficielle, ou, pour mieux dire, parce qu’on ne l’a pas étudié sur les documents authentiques.
En 1841, Jules Quicherat entreprit de publier, dans la collection de la Société de l’Histoire de France, le texte latin des procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d’Arc. Il reproduisit ainsi les manuscrits précieux et en forma trois volumes (un pour le double procès de condamnation, deux pour le grand procès de réhabilitation). Malheureusement, la publication de Quicherat n’est pas sans erreurs, et il en est de graves qui changent complètement le sens des phrases. Ici, pour avoir sauté un adverbe de négation, on fait dire à Jeanne tout le contraire de ce qu’elle a dit. Là, un défaut de ponctuation transforme en réponse de l’accusée ce qui n’est qu’une observation incidente du juge. En maints endroits, l’ordre des mots est interverti, sans aucune raison. Ajoutez à cela les coquilles
d’imprimerie, les bourdons
, c’est-à-dire plusieurs lignes supprimées, par inadvertance du correcteur. Je n’ose pas dire que Quicherat a commis des omissions volontaires ; et ce pendant, oui, je le dirai, car il en est accusé par un savant religieux, le R. P. Ayroles, qui a eu, en même temps que moi, la bonne idée de recourir directement aux manuscrits. Or, voici ce qu’écrit le R. P. Ayroles, au sujet de l’édition latine du procès de réhabilitation, par Quicherat :
Le célèbre paléographe avait le malheur de ne pas croire ; il a mieux aimé laisser un immense vide dans la reproduction du procès de réhabilitation, que de donner les mémoires des docteurs qui en font cependant partie intégrante. Il n’aurait pas pu les éditer sans renverser la conception qu’il se forgeait de l’héroïne, et les idées si étranges émises dans son ouvrage : Aperçus nouveaux sur Jeanne d’Arc. [Présentation de l’éditeur précédant la publication ; cf. l’Univers, 23 déc. 1889]
De fait, dans le procès de réhabilitation, Quicherat a supprimé arbitrairement des pages entières.
Dans ces conditions, on conçoit que les nombreux auteurs, qui, pour leur commodité, ont travaillé sur le texte fautif de Quicherat, ont reproduit et accrédité ses erreurs, qu’ils ne soupçonnaient pas.
Paul Guillaume Histoire générale des Alpes Maritimes
de Marcellin Fornier, 1890
Histoire générale des Alpes Maritimesde Marcellin Fornier, 1890
Réédition par l’abbé Paul Guillaume de l’Histoire générale des Alpes Maritimes ou Cottiènes du père Marcellin Fornier, œuvre du XVIIe siècle. L’abbé y cite abondamment le père Ayroles en notes de bas de page.
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[T. II, p. 283 et suiv., notes :]
(1) Jacques Gélu, écrivait récemment un savant très consciencieux, fut certainement un des hommes les plus en vue dans l’époque où il vécut ; il mania, dans l’Église et dans l’État, les affaires les plus épineuses et les plus importantes.
(J.-B.-J. Ayroles, La Vraie Jeanne d’Arc, 1890).
(2) Au témoignage d’Albert, les mémoires Mémoires de Jacques Gélu se conservaient encore, en 1783, aux archives de l’archevêché d’Embrun
. Très probablement, ils ont été brûlés, en 1793, comme tant d’autres documents précieux, en conformité de la Loi
(cf. Introduction). Jacques Gélu avait, en outre, écrit dans les pages en blanc d’un exemplaire du décret de Gratien, la suite et la date des principaux événements de sa vie jusqu’en 1421
. Dom Martène a fait entrer cette notice dans sa vaste collection (Paris, 1717, t. III ; cf. Ayroles).
(1) Une autre notice sur Jacques Gélu est en tête du traité en latin concernant Jeanne d’Arc, composé par notre archevêque (BnF, fonds Cangé, 6199. Cf. aussi fonds Dupuy, 636), traité dont il sera parlé ultérieurement. Cette notice est signée des initiales de l’un des compatriotes de Jacques Gélu, J.-B.-L. A. P., ejus conterraneus, Ayroles, p. 36).
Beaucourt Histoire de Charles VII, t. V, 1890
Nombreuses citations du père Ayroles en notes de bas de page au sujet des mémoires de la réhabilitation.
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[À propos du mémoire de Bouillé, p. 366 :]
Il a été publié in extenso, en 1889, par M. Pierre Lanéry d’Arc, dans son livre intitulé : Mémoires et consultations en faveur de Jeanne d’Arc par les juges du Procès de réhabilitation, p. 323-349. Le P. Ayroles en a donné, en 1890, une traduction partielle dans son ouvrage : La Pucelle devant l’Église et son temps p. 212-232.
La Villerabel Les procès de Jehanne la Pucelle, 1890
Nombreuses citations du père Ayroles en notes de bas de page au sujet des mémoires de la réhabilitation.
Titre complet : Les procès de Jehanne la Pucelle. Manuscrit inédit légué par Benoît XIV à la Bibliothèque de l’Université de Bologne et publié avec une introduction par André du Bois de La Villerabel, docteur en théologie, docteur en droit canonique, secrétaire de l’évêché de Saint-Brieuc (Saint-Brieuc, René Prud’homme, 1890, C et 210 p.)
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[À propos de Guillaume Bouillé, introduction, p. LXV :]
Le père Ayroles, dans le remarquable et important travail qu’il vient de publier sur Jeanne d’Arc, a donné quelques renseignements précieux sur ce Guillaume Bouillé qui nous occupe, et bien que nous ne publiions les textes des dépositions, que par respect pour l’intégrité de notre manuscrit, nous ne pouvons cependant passer sous silence les détails intéressants, groupés par les patientes éruditions de cet auteur.
Lecoy de La Marche Les récents progrès de l’histoire, 1893
Aggloméré de plusieurs articles consacrés à Jeanne d’Arc dans l’Univers, dont deux sur les travaux du père Ayroles :
L’historien salue la mise à jour des Mémoires des théologiens contemporains de Jeanne d’Arc qui prouvent que l’Église était de son côté. Au sujet de ces mémoires et de la révision du procès de condamnation, il écrit :
Ce ne fut pas seulement une réhabilitation ; ce fut comme une première proclamation par l’Église de l’éclatante sainteté de la victime.
Les récents progrès de l’histoire, par A. Lecoy de La Marche. Lyon, Vitte, 1893, 284 p.
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Chapitre IX. — La vraie et la fausse Jeanne d’Arc.
L’histoire de notre héroïque Jeanne s’enrichit tous les jours de faits nouveaux. En attendant que l’Église reconnaisse officiellement sa place dans le ciel, les savants recherchent avec avidité sa trace sur la terre.
[Les trois premières parties, assez brèves, abordent les sujets suivants : I. — Publication par Siméon Luce, d’un bail accordé à Jacques d’Arc pour la location d’une petite forteresse pour abriter son troupeau. II. — Description de la première rencontre entre Richemont et Jeanne d’Arc dans l’ouvrage de M. Cosneau. III. — Publication par Pierre Lanéry d’Arc des Mémoires de la réhabilitation, volontairement omis par Quicherat.]
IV
Le second érudit dont je voulais parler est un religieux, le P. Ayroles, de la Compagnie de Jésus, qui nous avait déjà donné une étude intitulée Jeanne d’Arc sur les autels et la régénération de la France. Son œuvre est plus considérable encore, et surtout plus accessible au grand public. En véritable zélateur de la gloire de notre future sainte nationale, il a entrepris de vulgariser, sous une forme plus claire, plus concise, et en bon français, avec commentaires et éclaircissements, tous les mémoires consultatifs rédigés par les théologiens du temps, écrits la plupart en mauvais latin.
[Article du 10 décembre 1889, où il revient sur le but du père Ayroles de combler l’omission des Mémoires par Quicherat :]
Parmi les travaux qu’a inspirés jusqu’à présent notre illustre héroïne, on n’en voit pas un seul qui tende plus directement à ce but si désirable : détromper l’opinion publique, ou du moins l’opinion des gens prévenus par la lecture de nos plus mauvais historiens, sur le rôle joué par l’Église dans le procès de Jeanne d’Arc. [Jusqu’à :] L’ouvrage qui nous annoncé partagera avec celui de M. Lanéry d’Arc l’honneur d’avoir rétabli la vérité sur ce point capital. Empruntons-lui quelques-uns de ses éléments essentiels.
[Article du 19 avril 1890, son compte-rendu de la Vraie Jeanne d’Arc :]
La cause de Jeanne d’Arc avait en quelque sorte subi une première fois, de 1452 à 1456, la redoutable épreuve d’un examen théologique. […] Le cardinal d’Estouteville porta l’affaire devant le tribunal suprême de l’Église, qui finalement prononça l’annulation du premier procès et la réhabilitation solennelle de l’héroïne. […] Ce ne fut pas seulement une réhabilitation ; ce fut comme une première proclamation par l’Église de l’éclatante sainteté de la victime. [Jusqu’à :] le jour où l’histoire ne sera plus une conspiration permanente contre l’éternelle vérité.
V
[Suite de l’article du 19 avril 1890 :]
Mais, si le livre dont je parle a cette double utilité de fournir aux promoteurs de la canonisation de nouveaux arguments et de restituer à tous les amis de la future bienheureuse un portrait authentique, il est encore appelé à rendre un autre service, plus important peut-être, ou du moins plus urgent. Il réfute, comme je l’ai dit, d’une manière invincible cette calomnie absurde, incessamment répétée autour de nous, qui veut que Jeanne d’Arc ait été condamnée et suppliciée par l’Église. [Jusqu’à :] l’ange de la délivrance nationale !
VI
[Suite de l’article du 19 avril 1890, sur l’ouvrage d’Ernest Lesigne qui prétend que Jeanne d’Arc échappa au bûcher pour réapparaître sous le nom Jeanne des Armoises :]
Un mot maintenant sur une figure de fantaisie qu’on a essayé récemment de présenter au public. […]
Pères Belon et Balme Jean Bréhal et la réhabilitation de Jeanne d’Arc, 1893
Nombreuses références aux traductions et analyses du père Ayroles dans le tome I de la Vraie Jeanne d’Arc.
[Sur le mémoire de Guillaume Bouillé, p. 4 :]
Quicherat n’en a reproduit que l’introduction. Le R. P. Ayroles l’a traduit presque intégralement dans son remarquable travail, la Vraie Jeanne d’Arc (p. 212 et suiv.).
Pierre Lanéry d’Arc Le Livre d’Or de Jeanne d’Arc, 1894
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[Avant-propos, p. XX :]
Le P. Ayroles dédiait naguère son bel ouvrage, si consciencieux, si nourri, La vraie Jeanne d’Arc devant l’Église :
À la plus méconnue des femmes, Jeanne la Pucelle ; À l’honneur de sa vraie mère et protectrice, l’Église romaine.
Si nous avions eu à inscrire une dédicace en tête du présent volume, nous l’eussions formulée :
À la plus honorée des femmes, Jeanne la Pucelle, À l’honneur de la France reconnaissante !
[…] Aix-en-Provence, 8 mai 1893.
[Liste des souscripteurs, p. XXI et suiv. :]
Nous croyons remplir un devoir en exprimant ici notre gratitude aux personnes qui ont tenu à nous encourager dans la présente publication en nous adressant leur prompte et chaleureuse adhésion. […]
[…] Louis Salembier, […] le R. P. Wyndham, […] Siméon Luce, […] le chanoine Le Nordez, […] Henri Wallon, […] l’abbé Debout, […] la comtesse de Chabannes, […] Alexandre Sorel, […] Mgr Coullié, […] Boucher de Molandon, […] Haldat du Lys, […] le R. P. Ayroles, de la Compagnie de Jésus, à Vals, […] l’abbé Mourot, […] les RR. PP. Belon et Balme, […] le comte de Bourbon-Lignières, […] le duc d’Orléans, Stow-House (Angleterre), […] Léopold Delisle, […] Paul Marin […]
570. Wyndham (Le R. P. Francis), supérieur général des Oblats de St-Charles, de Westminster. The maid of Orleans by the light of original documents. [La Pucelle d’Orléans d’après les récents documents originaux]. [London, Burns and Oates, 1891], in-8 de 18 p.
Extrait de Dublin review, janv. 91. p. 54-72.
Est une esquisse de la mission et du caractère de Jeanne d’Arc, d’après Les mémoires et consultations en faveur de Jeanne d’Arc de P. L. d’Arc ; La Pucelle devant l’Église de son temps du P. Ayroles ; Le martyre de Jeanne d’Arc de Léo Taxil.
Cf. un art. [du chanoine Cochard] dans les Annales religieuse d’Orléans, Jeanne d’Arc en Angleterre par T. C. 2 mai 1891 p. 290-92. dans le Journal du Loiret, 13 juin 1891.
916. Molandon (Boucher de), membre non résidant du comité des travaux historiques, et le baron Adalbert de Beaucorps, capitaine d’infanterie démissionnaire. L’armée anglaise vaincue par Jeanne d’Arc sous les murs d’Orléans. Documents inédits et plan. Orléans, Herluison ; Paris, Baudoin, 1892, in-8 de 314 p., un erratum et 1 pl.
[…] C.-R. de Tamizey de Larroque dans Rev. des quest. hist. avril 1893, p. 593-95 ; du P. Ayroles dans Études religieuses, avril 93 p. 270-73 [Voir] ; de G. Monod dans Rev, histor., mai-juin 93, p. 134.
1239. Ayroles (le P. J. B.), de la Cie de Jésus. — La vraie Jeanne d’Arc. La Pucelle devant l’Église de son temps. Paris, Gaume, 1890, gr. in-8 de 25-XVIII-754 p. — Prix 12 fr. — B. Nat. Lb 26 260.
À la plus méconnue des femmes Jeanne la Pucelle. À l’honneur de sa vraie mère et protectrice l’Église romaine.
Voici le sommaire de cet ouvrage fort nourri : […]
C.-R. de l’abbé Davin dans l’Univers, des 17-20 oct. 1890. [Voir] [Voir] (Voy. infra Cherbuliez, n° 1312).
1240. J. M. A. — La vraie Jeanne d’Arc. [Paris. Lecoffre ; Grenoble, Baratier, 1890]. in-8 de 12 p.
Extrait de la Revue des Institutions, juin 1890, p. 531-43. [Voir] Compte rendu de l’ouvrage précédent.
Voici un maître-livre…
Cet éloge est justement mérité, il est regrettable pourtant que l’auteur ait cru nécessaire pour compléter cet éloge d’écrire :
Quicherat le premier, en 1840, a publié une partie des textes latins, mais quelle utilité ces volumes ont-ils pour le public ?
Ce qui est un jugement injuste et faux ; qui ne nous prévient guère en faveur de la critique de M. J. M. A.
1241. Cornut (le P. Et.), de la Cie de Jésus. — Jeanne d’Arc. [Paris, Rétaux-Bray, 1890], in-8 de 18 p.
Extrait des Études religieuses, juin 90, p. 177-93. [Voir] Compte rendu très élogieux de l’ouvrage précédent du P. Ayroles.
Après avoir constaté le mouvement actuel des esprits vers la bonne lorraine et la vogue dont jouit en ce moment Jeanne d’Arc, l’auteur en examine le motif : Les causes de cet enthousiasme…
1312. [Cherbuliez (Vict.) de l’Acad. française]. Le culte de Jeanne d’Arc par G. Valbert (pseudon. de Cherbuliez). [Paris, 15, rue de l’Université, 1890], in 8 de 14 p.
Extrait de la Revue des deux mondes, 1 août 1890, p. 688-700. [Voir]
À propos de la Vraie Jeanne d’Arc du P. Ayroles, dont il combat les conclusions et qu’il traite d’ouvrage indigeste. Jamais personne n’a ressemblé…
1337. Cochard (Le chanoine Th.) membre de la Soc. archéolog. et histor. de l’Orléanais. Existe-t-il des reliques de Jeanne d’Arc. Orléans, Herluison, 1891 in-8 de 61 p.
[…] CR. du P. Ayroles dans Études religieuses, sept. 1891 p. 614-18 [Voir] ; de Ph. de Grandlieu dans le Figaro, 7 oct. 1892, Les reliques de Jeanne d’Arc.
1364. Ayroles (le P. J-B.) de la Cie de Jésus. — Jeanne d’Arc sur les autels et la Régénération de la France. Paris, Gaume, 1885, in-12 XIII-474 p. Prix 3 fr. 50. — B. Nat. Lb 26 224.
Est dédié : À Jésus Christ, roi de France ; à N.-Dame de France ; à St-Michel protecteur de la France ; aux saints patrons de la France ; aux papes vrais, pères de la France ; à Jeanne la Pucelle, libératrice de la France ; à la France très chrétienne.
Ouvrage relatif à l’utilité et à l’opportunité de la canonisation de la Pucelle ; réfutation des doctrines matérialistes. Le salut de la patrie par une alliance nouvelle contractée avec Jésus-Christ et une rupture éclatante avec les erreurs du naturalisme privé et public, telle est l’idée dont l’auteur fournit l’exposé et l’application avec un zèle plein de flamme dans les cinq livres de son ouvrage : [Plan].
Il est toutefois regrettable, — dit M. Sepet, — pour les lecteurs dont le P. Ayroles s’est le plus aisément et le plus justement acquis les suffrages, que l’ardeur de son âme généreuse, tout embrasée de surnaturel, l’ait entraîné çà et là hors des justes bornes et que sa haine très justifiée d’ailleurs du rationalisme l’ait emporté parfois jusqu’aux bords dangereux de l’illuminisme. Nous regrettons aussi que le P. Ayroles n’ait pas toujours assez résumé ses jugements sur quelques historiens de Jeanne d’Arc incrimine avec dureté.
C.-R. de M. Sepet dans le Polybiblion nov. 88, p. 443 [Voir] ; abbé Peyron dans le Catalogue analytique de Gaume V, in-8 de 16 p. reproduit ensuite par plus. revues et journaux.
1365. Arc (P. L. d’). — Jeanne d’Arc sur les autels du P. Ayroles. [Aix, Nicot, 1886], in-8 de 4 p.
Extrait de la Sem. relig. d’Aix, 17 janv. 86 p. 30-31.
Cf. du même auteur sur le même sujet : Écho des Bouches-du-Rhône, 17 janv. ; Soleil du Midi, 4, 8 mars ; Citoyen, 12 avril ; Gazette du Midi, 19 et 20 avril 86.
1366. Desplagnes, ancien magistrat, cheval. de Pie IX. — Jeanne d’Arc sur les autels et la régénération de la France. [Grenoble, Imp. Baratier et Dardelet], in-8 de 22 p.
Extrait de la Rev. des institut. et du droit, mars et avril 86, p. 211-22, 291-300. [Voir] Excellent compte rendu de l’ouvrage du P. Ayroles.
1367. Mourot (l’abbé V.) cheval. du St-Sépulcre. — Jeanne d’Arc en face de l’Église Romaine et de la Révolution par l’abbé V. Mourot, prêtre lorrain, spolié par l’État… Paris, V. Palmé, l’auteur à Grand (Vosges) 1886, in-12 de 133 p. — Prix 1.20. — B. Nat. Lb 26 227.
Cet ouvrage est l’abrégé de la Jeanne d’Arc sur les autels du P. Ayroles avec quelques modifications et réflexions d’actualité. C’est une œuvre de vulgarisation et de propagande. Désormais chaque Français devra garder et honorer en sa mémoire cette merveilleuse histoire si héroïque, si touchante et si courte ici-bas ! Il n’est plus permis à tout patriote vraiment chrétien de rester indifférent quand on prononce le nom de la Pucelle.
1369. Ayroles (Le P.). — Le mois de Marie, mois de Jeanne d’Arc. [Paris, 1886], in-10 de 12 p.
Extrait du Messager du cœur de Jésus, mai 86, p. 541-52.
Étudie les rapports qu’on peut établir entre Jeanne et la sainte Vierge : sa dévotion à celle-ci, ses prières aux diverses chapelles consacrées à la mère de Dieu, ses principales opérations et les dates marquantes de sa vie tombant durant le mois de mai.
Conclut cependant contre l’idée de M. J. Fabre de consacrer le mois de mai à Jeanne d’Arc qui aurait le double tort de laïciser Jeanne et de faire tomber l’appellation du mois de Marie.
1370. Ligne (Jonglez de). — Jeanne d’Arc canonisation. Rapport présenté au Congrès catholique de Lille en novembre 1886. Lille, Desclée de Brouwer, 1886, in-12 de 31 p.
Notice inspirée de la Jeanne d’Arc sur les autels du P. Ayroles. I. Jeanne d’Arc méconnue ; II. La vérité sur Jeanne d’Arc ; III. La foi de Jeanne d’Arc ; IV. Son patriotisme ; V. Jeanne image de Jésus-Christ ; VI. Conclusion.
À la suite de ce rapport le Congrès des catholiques du Nord et du Pas-de-Calais a adressé au Pape un postulatum de canonisation.
1380. X… [le père Ayroles] — Neuvaine pour demander à Dieu des faveurs extraordinaires en vue de la canonisation de la Pucelle. [Le Puy en Velay, Chappon, 1890], in-24 de 4 p. — Prix 1.50 le cent.
Prière en l’honneur de la Pucelle.
Veuillez, ô très doux Jésus, manifester le crédit dont jouit auprès de vous la céleste Pucelle, en nous accordant, malgré notre indignité, la faveur miraculeuse que nous sollicitons en son nom. (La spécifier). Licet : Fulbert, évêque du Puy.
1383. X… — Quis ? Jeanne d’Arc. — Eine heilige ? Skeptische Studien gelegentlich des Canonisations processes. [Qu’est-ce qu’est Jeanne d’Arc ? Une sainte ? Etude sceptique à l’occasion du procès de canonisation]. Sans nom. München, M. Poessl, 1893, in-8 de VIII-147 p. — Prix 3.50.
Est une attaque violente contre la papauté que l’auteur accuse d’avoir contribué autrefois à faire brûler Jeanne. L’auteur, tout en reconnaissant à l’héroïne le mérite d’être morte pour sa patrie, lui refuse les qualités surnaturelles qui font la sainteté et même les qualités transcendantes qui font les grands hommes.
Il cherche à réfuter les panégyriques et les ouvrages récents prenant grossièrement à parti Pie IX, Léon XIII, le clergé et l’épiscopat français : Mgr Freppel, Mgr Dupanloup, Mgr Coullié, les Jésuites, le P. Ayroles, etc. Sa conclusion est celle-ci :
Une sainte, Jeanne d’Arc, serait un chef-d’œuvre pour l’habileté des cléricaux du XIXe siècle, un monument élevé à l’erreur historique et au mensonge !
Mgr Ricard Jeanne d’Arc la Vénérable, 1894
Histoire de Jeanne d’Arc d’après le dossier constitué à Orléans pour défendre la cause de Jeanne devant la Congrégation des Rites. Les travaux et analyses du père Ayroles sont omniprésents.
Titre complet : Jeanne d’Arc la Vénérable, d’après les documents versés au procès de sa canonisation en cour de Rome, par Monseigneur Ricard, prélat de la maison de Sa Sainteté, vicaire général honoraire de Monseigneur l’Archevêque d’Aix, avec une préface de Monseigneur Gouthe-Soulard, archevêque d’Aix. Paris, Dentu, 1894.
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[P. 24 :] Il nous est donc permis de conclure, avec le P. Ayroles, que Jeanne d’Arc, cette enfant suscitée par saint Michel, remplie de la force de saint Michel, devenait dès lors l’apparition de la miséricorde divine sur la France.
[P. 35, note :] Cette parole fournit au P. Ayroles l’occasion de réflexions qu’on lira avec profit : Jésus-Christ, dit-il, est la source de la souveraineté. Les droits de Charles proviennent d’un acte positif de la volonté du roi des nations… Charles n’est qu’un roi lieutenant, locum tenens, du vrai roi Jésus-Christ. […]
(Jeanne d’Arc sur les autels, p. 302.)
[P. 72 :] Le spectacle vaut d’être considéré d’un peu près. Nous en empruntons le détail au P. Ayroles. Un guerrier de dix-sept ans, possédant toutes les qualités du parfait soldat et du général accompli : l’histoire en connaît-elle ?…
[P. 125, note :] Le R. P. Ayroles l’a bien démontré à la page 654 de la Pucelle et l’Église de son temps. Dans un chef d’œuvre, dit-il, en 1844, un jeune prêtre, qui devait devenir le cardinal Pie, félicitait hautement un historien de Jeanne, M. Le Brun de Charmettes, d’avoir rompu avec la tradition qui fait finir la mission à Reims. […]
[P. 153, note :] Le P. Ayroles, à qui nous empruntons cette défense de la sainte Pucelle, insiste sur le point de l’échec momentané qu’il plaira à Dieu de faire rencontrer à Jeanne sous les murs de Paris…
[P. 153, note :] Ces vigoureuses protestations de l’histoire sont empruntées au très éloquent et très documenté chapitre du P. Ayroles, les principaux bourreaux de la Pucelle, dans son beau livre sur Jeanne d’Arc devant l’Église de son temps (p. 112 et suiv.). Le même avait expliqué, dans un précédent ouvrage, l’épithète de Caïphe attribuée à l’indigne évêque de Beauvais : [longue citation de Jeanne sur les autels, p. 126.].
[P. 244 :] L’Église, observe le P. Ayroles, miséricordieuse dans ses arrêts les plus sévères, terminait les jugements de ce genre par une invitation au pouvoir séculier de se montrer clément, et elle offrait au malheureux repentant le sacrement du pardon.
[P. 260 :] En particulier ceux de Jean Bréhal, de Lellis, etc., que le père Ayroles a traduits et publiés dans son livre : La Pucelle devant l’Église de son temps, vrai monument qu’on ne saurait assez recommander à tous les amis de la sainte Pucelle.
[P. 263 :] Le savant P. Ayroles, qui a si doctement élucidé tout ce procès et en a très ingénieusement fait ressortir le vrai caractère à l’encontre de M. Quicherat qui l’a mal compris, observe encore, au sujet de ces choix du pape Calixte, que, s’il fallait que le président de la Commission fût l’archevêque de Reims, l’évêque de Paris devait aussi naturellement en faire partie. Il n’y a que Londres qui, plus que Paris, ait détesté et outragé la libératrice. La Normandie, ajoute le savant apologiste de la Pucelle, avait été le théâtre du forfait. Par peur, par dévouement à l’Anglais, trompés par les douze articles, s’abritant derrière l’Université de Paris, grand nombre de clercs et de docteurs normands ont approuvé la sentence fratricide. La Normandie fournira le plus grand nombre des apologistes.
Pie de Langogne Jeanne d’Arc devant la S. Congrégation des rites, 1894
Le livre retrace les principales étapes du processus ayant conduit à l’ouverture de la cause de béatification de Jeanne d’Arc, en particulier la joute argumentative entre l’avocat du diable et les défenseurs de Jeanne. Ces derniers, ayant eu recours aux travaux du père Ayroles, l’avocat tenta par deux fois de le discréditer : 1. sur sa défense du procès de réhabilitation, 2. au sujet du saut de Beaurevoir et de l’accusation portée contre Jeanne d’avoir voulu se suicider.
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[1., p. 107-110 :]
De même qu’il s’est efforcé de donner quelque crédit au Procès de condamnation, le Promoteur de la foi [autrement dit l’avocat du diable chargé d’argumenter contre la béatification] s’est ingénié à mettre en relief les défauts du Procès de réhabilitation. À cette fin, il a eu recours aux critiques de Quicherat et de J. Fabre. Ce que valent ces critiques, dont nous avons déjà dit quelques mots, le Promoteur le sait fort bien ; mais il a charge et mission de forcer les Avocats à faire la lumière sur les moindres détails, à défendre chaque point attaqué ou attaquable. Son intention ici est manifeste, car il a soin d’avertir les Émes Cardinaux que la réfutation de ces critiques par le P. Ayroles lui semble insuffisante. Et pour corroborer cette objection le Promoteur, dans son habileté et son implacable logique, insinue que les ouvrages du P. Ayroles sur Jeanne d’Arc sont assez imparfaits. Dans le premier (Jeanne d’Arc sur les autels et la régénération de la France) le P. Ayroles, pour hâter la béatification de Jeanne, met en avant un motif et des raisons qui s’écartent notablement des récentes instructions du S. Père. (Le Promoteur cite notamment le livre IVe chap. IV, et sa sévérité a dû sans doute souligner ces mots, à la page 449 : Jeanne d’Arc sur les autels, c’est le phare surnaturel… c’est la France sollicitée de se remettre sur la voie de la France de Charlemagne et de saint Louis…
)
Dans le deuxième (La Pucelle devant l’Église de son temps), l’auteur lui-même avoue, dit le Promoteur, qu’il n’a pas donné intégralement le texte des Mémoires consultatifs, ni traduit littéralement le latin. Aussi reconnaît-il que l’œuvre impérissable et définitive sur Jeanne est encore à faire. Or, ajoute le Promoteur, le P. Ayroles qui a cru en publiant ces Extraits des Mémoires, combler, le premier, la lacune volontaire de Quicherat, aurait dû savoir que cette lacune avait été déjà intégralement comblée par Pierre Lanéry d’Arc. Il était donc peu au courant des travaux sur Jeanne d’Arc. (Il n’est pas hors de propos de noter ici que le P. Ayroles, p. X note 2, signale la publication de Pierre Lanéry d’Arc qui parut, dit-il, quand son ouvrage à lui était sous presse.)
Les Défenseurs ne sont pas embarrassés pour répondre au Promoteur : le P. Ayroles ne pouvait pas savoir ce que dirait l’Encyclique du S. Père quatre ans avant qu’elle ne fut publiée ; et d’ailleurs le P. Ayroles, en relatant la mission divine de Jeanne en faveur de Charles VII, n’affirme pas que la France doive, de par Dieu, n’avoir d’autre forme de gouvernement que la monarchie.
La réponse est adéquate. Toutefois, la digression du Promoteur n’était pas sans portée. L’attaque, à travers les plis et les replis de l’argumentation, ne perd jamais de vue l’idée-mère, la thèse préliminaire, à savoir que le renom de sainteté de Jeanne pourrait bien n’avoir d’autre cause que les enthousiasmes actuels.
Or, le livre du P. Ayroles, sur lequel le Promoteur appelle l’attention des Cardinaux, donne singulièrement créance à cette objection. Les phrases vibrantes, les titres grandiloques ne sont pas toujours les plus solides, ni les plus exacts. Le bon sens romain, si positif et si fin, se contente de sourire à ces exclamations : La Pucelle type vivant de la France très chrétienne. — La Pucelle, idéal de la virginité française. — Le caractère français reflet de ce qu’il y a de plus frappant dans le Sauveur. — La Pucelle désespoir du naturalisme, etc. ; mais la foi romaine fronce le sourcil devant des formules dont l’outrance va jusqu’à heurter l’exactitude doctrinale, comme celle-ci : La Pucelle, reproduction de l’Homme-Dieu !
Ces intempérances de plume — car la pensée de l’auteur est, en substance, très correcte — ne pouvaient échapper à la perspicacité de Mgr Caprara ; et, pour en tirer parti à l’appui de sa thèse, le Promoteur les signale implicitement aux sereines délibérations des Cardinaux. Mais les Défenseurs, de leur côté, ne perdent pas de vue que ce sublime débat ne doit pas sortir des données juridiques, c’est-à-dire des pièces dûment versées au Dossier ; et partant, après avoir ramené à leur vrai sens les paroles du P. Ayroles, ils coupent court à cette objection latérale en disant qu’il s’agit, en l’espèce, de la Cause de Jeanne, et non pas des écrits relatifs à Jeanne.
Quant aux appréciations de Quicherat, peu favorables au Procès de réhabilitation, les Défenseurs les réfutent par… Quicherat lui-même. Eh ! oui, l’auteur des Aperçus nouveaux sur Jeanne d’Arc oublie parfois ce qu’il avait dit dans les cinq volumes consacrés aux deux Procès ; et les Défenseurs n’ont eu qu’à relever ses antilogies. […]
[2., p. 160-161 :]
Le Promoteur ne pouvait pas ne pas mettre à profit, contre Jeanne, le saut de Beaurevoir. Il était aisé, même avant d’avoir lu ses animadversions, de conjecturer que ce péril de mort auquel la Pucelle s’était volontairement exposée, fournirait ample matière à l’attaque. Sous la plume du redoutable Promoteur, ce saut devient un péché grave, un péché que Jeanne cherche à excuser par une espèce de théorie fataliste, un péché commis malgré la défense formelle de ses Voix, un péché enfin dont elle a eu peu de repentir, si même elle n’est pas allée jusqu’à en rire. Aussi les apologistes de Jeanne, cités par le P. Ayroles qui fait siennes leurs appréciations, en sont-ils réduits à plaider les circonstances atténuantes.
Autre est la plaidoirie des avocats ; et si le Promoteur mécontent, dans son for intime, de voir Jeanne si maladroitement défendue par ses apologistes, a voulu contraindre les défenseurs à aller au fond de la question et à rendre à ce saut de Beaurevoir son vrai caractère, il a pleinement réussi. […]
[P. 61, note :]
Un florilegium complet ou à peu près complet de Jeanne d’Arc, depuis les témoignages de ses contemporains jusqu’aux Lettres Postulatoires de l’épiscopat catholique, serait pourtant un beau travail qui devrait tenter quelque admirateur de Jeanne, un de ces heureux privilégiés à qui Dieu donne capacité et loisirs. Si le R. P. Ayroles, qui a tant étudié la Vraie Jeanne d’Arc, nous permettait d’exprimer un desideratum, nous lui demanderions d’ajouter, à cette fin, une II. Partie à son troisième volume en préparation.
Antoine Imbert-Gourbeyre La stigmatisation, 1894
Dans un appendice intitulé Jeanne d’Arc a-t-elle été hallucinée ?, le docteur Imbert-Gourbeyre, professeur à l’École de médecine de Clermont-Ferrand, conclut que ce ne fut pas le cas, plaide en faveur d’une intervention surnaturelle et renvoie aux réfutations du père Ayroles.
Titre complet : La stigmatisation, l’extase divine et les miracles de Lourdes : réponse aux libres-penseurs, par le Dr Antoine Imbert-Gourbeyre, professeur à l’École de Médecine de Clermont (1852-1888), Commandeur de l’Ordre de Charles II. Clermont-Ferrand, Bellet, 2 vol. 1894.
Lien : Archive
Note. — L’étude parue d’abord le Bulletin historique et scientifique de l’Auvergne (février 1894), sous le titre de Jeanne d’Arc et sa mission, et signée : Dr Hospital
, indiqué comme membre de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Clermont-Ferrand depuis 1888.
Lien : Gallica
[Sa conclusion, t. II, p. 572 :]
Résumons-nous :
Jeanne d’Arc n’a pas été une hallucinée dans l’acception morbide, puisque son entendement, pendant toute sa vie, n’a donné lieu qu’à des actes raisonnables et qu’on n’a relevé aucun signe vésanique accompagnant ses visions et apparitions.
Elle n’a pas été une ambitieuse ni une fille perdue, puisque son existence a été pure, et qu’après ses succès elle ne désirait rien tant que de retourner à son hameau et à ses moutons.
Elle n’a pas été une hystérique, puisque pas un seul indice de celle maladie protéiforme n’a été relevé en elle, pas plus du reste que la moindre trace d’érotisme.
Elle n’a pas été une possédée, puisqu’elle n’a rien accompli que de bon, de courageux, d’honnête ; or, la possession constatée par signes médicaux et démoniaques, signes qu’elle n’a pas présentés, ne saurait enfanter le bien.
Elle n’a pas été magicienne : cette science qui puise ses origines dans un occultisme multiple, même aujourd’hui encore entourée de profondes ténèbres, où s’entremêlent l’alchimie et l’hypnotisme, ne peut être exercée que par des hommes d’expérience et non par des enfants.
Elle ne fut pas hérésiarque, puisque ses réponses furent absolument orthodoxes.
Elle ne fut pas même atteinte de monomanie religieuse, une des maladies mentales les plus faciles à reconnaître, ce que n’aurait pas manqué de faire son jury.
Mais elle fut l’instrument de Dieu ! Elle reçut l’onction divine, et, comme les Apôtres après la Pentecôte, elle se trouva tout d’un coup à la hauteur de sa tâche ; et rien que ce fait qui se révèle dans tous ses actes depuis sa vie publique jusqu’à sa mort, dans toutes ses réponses à la fois si ingénues et si sublimes, au point que les plus subtils argumentateurs en furent désarmés, jusqu’à sa piété calme, son espérance sereine, son dédain de l’existence une fois sa mission accomplie, son courage pendant le supplice, tout, jusqu’aux plus minutieux détails, plaide en faveur d’une intervention surnaturelle qui la désigna et la fit agir.
À une époque où la foi est sapée de tous côtés, où beaucoup de ses adeptes eux-mêmes paraissent trop oublier leur atavisme religieux, ébranlés qu’ils sont par le vent du scepticisme qui souffle sur le monde, il est consolant, pour tout homme de cœur, d’arrêter sa pensée sur cette Stella matutina française
[Étoile du matin] qui fut la bonne Lorraine
et qui eut nom Jeanne d’Arc, nous montrant d’une main la Patrie, et de l’autre le Ciel.
Comme complément de cette étude, il faut lire surtout le R. P. Ayroles (La vraie Jeanne d’Arc — la paysanne et l’inspirée, Paris, 1894) qui a mis à néant, de la manière la plus détaillée, la thèse de l’hallucination soutenue si légèrement par Michelet, Quicherat, Henri Martin, Auguste Vallet et Siméon Luce.
Conférence Jeanne d’Arc de Moulins 1894
Au lendemain de l’ouverture de la cause de béatification de Jeanne par Léon XIII, l’association Conférence Jeanne d’Arc de Moulins reproduit la prière imprimée par le père Ayroles (en 1890) de sa Neuvaine pour demander à Dieu des faveurs extraordinaires en vue de la canonisation de la Pucelle.
Lien : Gallica
C’est sous le patronage de Jeanne d’Arc qu’a été mis ce grand projet du Centenaire de 1896. Aujourd’hui, le procès de Canonisation de la vierge de Domrémy est en très bonne voie. Le samedi 27 janvier, la Congrégation des Rites a tenu une séance secrète extraordinaire pour l’introduction de la cause de la Béatification de Jeanne d’Arc.
Douze cardinaux étaient présents, parmi lesquels S. Ém. le cardinal Langénieux, représentant Reims et la France. La séance a duré deux heures.
Le cardinal Parocchi, rapporteur de la cause, en a fait un magnifique exposé, puis les cardinaux ont donné un vote motivé qui a été affirmatif.
Le soir, Léon XIII confirmait le vote unanimement favorable des cardinaux.
Par le fait de l’Introduction de la cause de Béatification, Jeanne d’Arc est déclarée Vénérable. Ce 27 janvier 1894 est un beau jour pour la France.
Le culte de la Pucelle vient de renaître comme à la veille d’une résurrection de la France. Elle fut martyre pour racheter les crimes de la Patrie ; de là-haut elle continue sa mission. Elle fut envoyée pour rappeler à la Fille aînée de l’Église son Vivat Christus et les promesses de son baptême ; l’Église, nous en avons le ferme espoir, va la placer sur les autels au temps même où la chrétienté célébrera, par des fêtes et des hommages inaccoutumés, l’anniversaire quatorze fois séculaire du Noël des Francs
.
Il y a là plus que des rapprochements fortuits. Jeanne d’Arc peut encore nous sauver ; non plus en guerroyant et en mourant comme jadis, mais en nous protégeant, en nous couvrant aux yeux de Dieu de son immortel étendard. Seulement, comme nos pères du XVe siècle, il nous faut d’abord reconnaître sa mission.
L’écrivain qui a le mieux décrit cette mission, le R. P. Ayroles, a eu l’idée d’une neuvaine pour demander à Dieu des faveurs extraordinaires en vue de la canonisation de la Pucelle
et il a fait imprimer une prière que nous nous empressons de reproduire et de recommander aux catholiques français.
Personne n’ignore qu’un miracle signalé et dûment constaté à notre époque ferait faire un grand pas à la cause de Canonisation de Jeanne d’Arc.
Prions, prions sans cesse : neuvaines de jeûne et de pénitence, surtout neuvaines de messes et de communions, rien ne devra être négligé, particulièrement du 30 avril au 8 mai, double anniversaire de l’apparition de saint Michel et de la délivrance d’Orléans, et du 22 au 30 mai, anniversaire du martyre de la Pucelle, redevenue chrétienne.
Oui, nous l’aurons la France chrétienne si nous voulons marcher sur les traces de Jeanne d’Arc.
Et nul doute qu’en cette année 1896, — qui verra s’achever le temple du Vœu national et, partant, monter vers le ciel, avec la rénovation des vœux de notre baptême, la consécration définitive et nationale de la France au Sacré-Cœur, — la main auguste de Léon XIII ne se lève pour bénir et, à la demande de nos évêques, accorder l’insigne faveur d’un Jubilé national, qui restera dans l’histoire sous le nom de Jubilé français, Jubilé du Baptême*.
* Nous apprenons avec joie que le Souverain Pontife vient d’accorder au cardinal de Reims ce Jubilé pour la France. Il durera de Pâques 1896 à Noël de la même année.
C’est la France officielle qui, au lendemain du malheur, décréta la construction de l’église du Sacré-Cœur à Montmartre ; il faut aussi que la France officielle, au lendemain de la prière, y chante le Te Deum d’actions de grâces.
Et Jeanne d’Arc, un jour, y aura son autel*.
* Nous ne pouvons terminer sans rappeler ici que Jeanne d’Arc est passée à Moulins en 1429, et a séjourné au couvent des Clarisses (aujourd’hui la chapelle Sainte-Claire). C’est donc un devoir pour la Conférence Jeanne d’Arc
de Moulins de consacrer à sa Vénérable Patronne, la Libératrice de la France, un pieux souvenir.
Il nous est doux de placer la célébration de ce Centenaire sous l’invocation du Sacré-Cœur.
C’est sous l’étendard du Sacré-Cœur que la jeunesse française a versé son sang à Patay pour la défense de la Patrie ; et dans ce même champ de bataille, trois siècles et demi auparavant, Jeanne d’Arc, tenant en main l’étendard de Jésus-Christ, mettait l’ennemi en déroute. La France d’alors, jusque-là découragée, reprenait confiance, et ce n’était plus qu’un cri sur le passage de Jeanne, cri dont l’unanimité nous est attestée par les historiens du temps : Allons à Reims !
On sentait alors qu’aller à Reims, où étaient les Anglais, c’était reconquérir la nationalité perdue.
Aujourd’hui, les Français sont à Reims, mais, hélas ! ils ne sont plus en Lorraine, la terre de la bonne Pucelle. La France mutilée a perdu de son prestige en Europe, en même temps qu’elle perdait de la foi et de la religion qui ont fait sa prospérité. Mais aujourd’hui encore, la grâce nous attend auprès du Baptistère, si nous voulons renouer le pacte d’alliance avec le Christ.
Aussi redisons-nous à tous les Français le mot d’ordre de Jeanne d’Arc :
En avant ! de par Dieu, tout est nôtre !
Pour le Sacré-Cœur et pour la France, allons à Reims !
La Conférence Jeanne d’Arc.
Moulins, en la fête de la Purification [2 février], 1894.
[Suit le texte de la Neuvaine à Jeanne d’Arc, lire.]
Henri de Grèzes Jeanne d’Arc franciscaine, 1895
Quelques références au père Ayroles.
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Joseph-Édouard Choussy Jeanne d’Arc, sa vraie mission, 1896
La 2e édition de l’ouvrage paru en 1895, inclut des Nouveaux addenda, vingt-cinq pages (p. 159-174) entièrement consacrées à réfuter le père Ayroles et sa thèse selon laquelle la mission divine de Jeanne ne s’achevait pas à Reims ; Choussy remarquant avec ironie que, sur ce point, Ayroles et les libres-penseurs sont en accord.
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Nouveaux addenda à ajouter à la suite de la deuxième édition de Jeanne d’Arc, sa vraie mission (après la page 158), par J.-É. Choussy
Nous avons combattu Quicherat, le savant libre-penseur, nous allons tourner nos armes maintenant contre un homme éminemment érudit, contre un saint religieux, le R. P. Ayroles, qui en est arrivé au troisième volume in-folio de sa belle publication : La vraie Jeanne d’Arc. Ses recherches consciencieuses et la science profonde qui règne dans son ouvrage, lui assurent un rang distingué parmi les auteurs qui ont écrit sur la Pucelle d’Orléans.
Semblable à Quicherat, à Henri Martin et à tant d’autres, le R. P. Ayroles ne pense pas que la mission de Jeanne était limitée au sacre de Reims, mais il est loin toutefois de soutenir comme ces historiens qu’elle a été manquée ; à ses yeux, elle n’a pas été accomplie matériellement, voilà tout. C’est cette thèse nouvelle et mystérieuse présentée sous le patronage de considérations théologiques, qui nous fait reprendre la plume avec une nouvelle ardeur. Après avoir rendu hommage loyalement à la haute valeur de notre respectable adversaire, nous croyons avoir acquis le droit, au point de vue de la vérité historique, de discuter librement et carrément les raisons qu’il invoque en faveur de son opinion. […]
[Un peu plus bas en note :]
N’est-il pas vraiment curieux de voir un libre-penseur, Quicherat, longtemps avant l’apparition du livre du Père Ayroles s’exprimer peu près exactement comme lui ?
[En conclusion, Choussy appelle le père Ayroles a bien peser tous les arguments. (p. 174) :]
Aussi croyons-nous avec la plus ferme conviction, qu’après de telles approbations données à notre ouvrage, on peut adopter une opinion qui n’est pas conforme à la vôtre, sans que ce soit une conception malsaine
. Veuillez faire un retour sur vous-même : vos talents sont trop éminents, votre intelligence est trop supérieure, vos sentiments sont trop élevés pour ne pas chercher à étudier de nouveau et de sang-froid la mission de Jeanne. Après un travail approfondi, si la rectitude de votre esprit vous laisse persuadé que vous êtes dans le vrai, persistez ; mais si votre jugement et tout à la fois votre conscience, dans la plénitude de leur sérénité vous démontrent, au point de vue historique et catholique, qu’un mirage trompeur vous a attiré à votre insu dans un chemin de traverse, revenez à la grande route, et votre réputation déjà si belle, que ni la médiocrité, ni l’envie ne peuvent atteindre, entrera dans une ère nouvelle de mérite, de gloire et d’illustration.
Un a parte
Le parti pris ! quel écueil redoutable même pour les plus savants !
Ces deux hommes de talent se sont laissé éblouir par l’importance du but qu’ils veulent atteindre, chacun à un point de vue différent il faut bon gré, mal gré que tout se plie à l’objet de leur désir ; et il ressort de cette direction de l’esprit, toujours tendu vers le même point, que l’on peut finir par s’imaginer de bonne foi que tout s’est assoupli sous cette volonté de fer.
Quicherat veut prouver à tout prix que la mission de Jeanne n’est pas divine, puisqu’elle est manquée
.
Le Révérend Père veut à toutes forces qu’il y ait une ressemblance parfaite, minutieuse
même entre la mission du Christ et la mission de Jeanne. La mission du Christ est de sauver tous les hommes, mais leur mauvaise volonté a entravé cette mission. La mission de Jeanne consistait à accomplir des faits d’une bien plus haute importance encore que de chasser les Anglais de France ; mais la malignité humaine a apporté un obstacle au désir de la Providence.
Et nous les voyons, — le premier pour prouver que la mission de Jeanne n’est pas divine, le second pour démontrer la minutieuse ressemblance entre la mission du Christ et la mission de Jeanne, — et nous les voyons tous deux, disons-nous, être dans l’obligation de se livrer à des investigations dans des domaines inconnus, à des rapprochements plus ou moins risqués, enfin à des écarts de pensée qui sont loin d’être toujours heureux.
Minutieuse ?
minutieuse ?
c’est-à dire qui s’étend jusqu’aux plus petits détails
d’après les dictionnaires. Une telle ressemblance est dans les choses possibles ?…
Oh ! le Révérend Père se serait bien gardé de se servir de cette expression, s’il s’était rappelé à ce moment la phrase que nous lisons dans son livre (I, 501) : Il n’est pas de comparaison qui ne cloche.
Et la sienne nous paraît bien boiteuse !
Marius Sepet Jeanne d’Arc, 4e édition, 1896
Douzaine de références aux livres du père Ayroles.
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Philippe-Hector Dunand Histoire complète de Jeanne d’Arc, 1898
Près d’une quarantaine de citations du père Ayroles, rien qu’au tome I.
[Introduction, p. XLIX :]
Un des écrivains qui en notre temps se sont le plus occupés de l’Histoire de la Pucelle, le R. P. Ayroles, de la Compagnie de Jésus, a confronté le texte des deux Procès publié par J. Quicherat avec les manuscrits originaux. Dans le Procès de condamnation, des différences qu’il a relevées, il n’en est guère, remarque le Révérend Père, que deux ou trois intéressant le sens
. (Vraie Jeanne d’Arc, t. II, p. 501-504.)
Dans le Procès de réhabilitation, le P. Ayroles signale une quinzaine d’inexactitudes, omissions, différences, en ce qui a trait aux dépositions entendues au pays de Jeanne. (Vraie Jeanne d’Arc, t. II, p. 504-506.) Nous-même, au tome II du Procès de réhabilitation, page 235, nous avons relevé un lapsus consistant à faire d’un titre du Corpus juris canonici le texte même de l’article XLVIII. Pour un travail aussi délicat et d’aussi longue haleine, il faut convenir que ces négligences sont de celles qui échappent aux écrivains les plus capables et les plus consciencieux.
[En note précédant les paragraphes ci-dessus :]
Signalons une erreur dans laquelle tombent beaucoup d’admirateurs de la Pucelle. Ils sont persuadés que Jules Quicherat et le R. P. Ayroles ont écrit chacun l’Histoire complète de la Pucelle, qu’ils sont redevables à cette Histoire de leur réputation. Ni J. Quicherat ni le R. P. Ayroles n’ont écrit d’Histoire de Jeanne d’Arc d’aucune sorte. Ils se sont bornés à publier des documents et des études critiques se rapportant à la Pucelle.
Lefèvre-Pontalis Chronique d’Antonio Morosini, t. III et IV, 1901-1902
Nombreuses références à l’édition du père Ayroles (Vraie Jeanne d’Arc, t. III).
Lien (Gallica) : T. 1 (1898),T. 2 (1899), T. III (1901), T. IV (1902)
[T. III, p. 8 :]
Ici commence la remarquable série de correspondances originales concernant les événements français de 1429-1431, l’apparition soudaine et tout le cycle historique de Jeanne d’Arc. Ce sont les documents sur lesquels l’attention s’est trouvée récemment attirée, à la suite des observations de Mme Adele Butti, par l’étude critique de M. Léopold Delisle et par la publication du P. Ayroles.
[Sur le signe du roi, t. III, p. 48, note :]
Est-ce ici qu’il faut voir l’allusion au signe célèbre communiqué par Jeanne d’Arc à Charles VII ? […] Ce rapprochement est mis en lumière par le P. Ayroles. (III, 576.)
[T. III, p. 48, note :]
Sur les recherches, infructueuses jusqu’ici, déjà entreprises à cet effet aux archives du Vatican, voir P. Ayroles, III, 577.
[Sur l’appartenance de Jeanne au Tiers-Ordre franciscain, t. III, p. 48, note :]
C’est le seul texte, remarque justement le P. Ayroles, dont on pourrait induire qu’elle appartenait à quelque Confraternité ou Tiers Ordre.
(III, 590.)
[Sur la découverte du manuscrit, t. IV, p. 8 :]
Il en était ainsi, quand dernièrement, en mai 1895, le R. P. Ayroles, dont on connaît les récents et importants travaux sur l’ensemble de la vie de Jeanne d’Arc, attira l’attention de M. Léopold Delisle sur certaines indications présentées par une récente publication italienne, dans laquelle se trouvait signalée l’importance de plusieurs témoignages contemporains relatifs à l’histoire de la Pucelle, témoignages contenus dans une chronique vénitienne semblant encore inexplorée sous ce rapport.
[Sur la première édition du manuscrit, t. IV, p. 13 :]
Au cours de la préparation de ces trois volumes, la série des passages se rapportant exclusivement à l’histoire de Jeanne d’Arc s’est trouvée publiée sous diverses formes. Le R. P. Ayroles, dans les Études religieuses d’octobre 1895 à février 1896, donnait une première traduction française de tous ces documents.
[T. IV, p. 325 :]
Les passages de l’œuvre de Hermann Korner concernant l’histoire de la Pucelle ont été signalés pour la première fois par le R. P. Ayroles, IV, 279-282.
Mgr Énard Jeanne d’Arc, sa mission surnaturelle, son martyre, 1902
Panégyrique de Jeanne d’Arc, prononcé dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, le dimanche 11 mai 1902, par Mgr Énard, évêque de Cahors.
Dans introduction, Mgr Énard rend hommage à la Vraie Jeanne d’Arc dont le cinquième dernier tome vient de paraître, en évoquant (sans le nommer) le père Ayroles :
… le religieux savant qui a élevé un monument impérissable à la Paysanne, à l’Inspirée, à la Guerrière, à la Libératrice, à la Martyre.
Son discours s’articule sur deux thèmes chers au père Ayroles : 1. La mission de Jeanne était divine (les avancées de la science historique) confirme le surnaturel ; 2. elle est morte en martyre.
Note. — L’abbé Louis Ayroles, frère cadet du père Ayroles, était chanoine honoraire de la cathédrale de Cahors.
Éditeur : Cahors, F. Plantade, in-8°, 1902. Poussielgue. 50 c.
Compte-rendu du panégyrique, dans la Croix du 13 mai : Retronews. Un homme tenta de perturber le discours ; il fut évacué, puis jugé et condamné le mois suivant ; cf. la Petite République du 21 juin : Retronews.
[Introduction du panégyrique :]
Éminence [cardinal Langénieux],
Messeigneurs [Mgr Bonfils, évêque du Mans, Mgr Delamaire, évêque de Périgueux, Mgr Meunier et Mgr Potron],
Mes Frères,
En 1456, la ville de Paris, qui avait été seize ans sous la domination anglaise, se soumit au roi Charles VII et reprit sa place à la tête de la France, comme Jeanne d’Arc l’avait annoncé. Quand le roi y fit son entrée solennelle, la bride de son cheval était tenue par Jean d’Aulon, Panetier écuyer de Jeanne, pour signifier aux yeux de tous que cet heureux événement était bien la suite de l’œuvre de la Pucelle. À partir de cette époque, jusqu’en 1792, une fête anniversaire fut célébrée, en cette église Notre-Dame, pour remercier Dieu d’avoir rendu à la nation sa capitale. C’est la chaîne de ces anniversaires que vous avez voulu renouer, Éminence, en élargissant le cadre de nos souvenirs et en étendant l’expression de notre reconnaissance à l’entreprise tout entière. Pour en affirmer le caractère surnaturel, vous associez à cette fête la représentation fidèle de la bannière de Jeanne d’Arc, où elle a voulu elle-même symboliser la mission qu’elle avait reçue d’En-Haut
.
Aussi, je pense entrer dans vos vues en développant devant cette illustre assemblée ces deux propositions, bien simples, mais qui résument le plus grand drame de notre histoire — Jeanne a été positivement envoyée de Dieu pour délivrer la France — Jeanne, plutôt que de renier Dieu et la France, a préféré le martyre. Envoyée de Dieu, nous la verrons pratiquer les vertus héroïques qui font les Saints ; martyre, nous la verrons monter sur les cimes de la perfection humaine et achever, par son influence et ses mérites, l’œuvre qu’elle n’a pu accomplir intégralement de ses mains.
Permettez-moi, Éminence, de vous remercier humblement d’avoir appelé au grand honneur de parler en cette fête un évêque né dans le grand pays de Jeanne d’Arc, qui, tout jeune, a senti les premiers frissons de l’amour de son pays en baisant les parois de sa demeure, qui au lendemain de nos désastres a conduit ses ouailles et ses concitoyens en pèlerinage à Domrémy et à Vaucouleurs, pour les recommander à la Patronne des envahis
; un évêque qui a reçu l’onction sainte des mains d’un prélat dont la santé s’est usée à réveiller en France le culte de notre héroïne ; un évêque comptant au nombre de ses diocésains le religieux savant qui a élevé un monument impérissable à la Paysanne, à l’Inspirée, à la Guerrière, à la Libératrice, à la Martyre.
I
Jeanne d’Arc a reçu surnaturellement la mission de délivrer la France.
Il y a quelque temps encore, cette proposition aurait amené le sourire et peut-être le sarcasme sur les lèvres de ceux qui l’auraient entendue. Parce que la science avait considérablement agrandi son domaine et réalisé d’admirables découvertes, on l’avait cru capable d’expliquer tout ce qui est mystérieux, dans la nature et dans l’histoire ; on avait cru pouvoir, en son nom, supprimer le miracle et dieu lui-même ; et plusieurs de ceux qui ont exalté Jeanne d’Arc au dernier siècle, voire ceux qui ont le mieux parlé d’elle, ont sué sang et eau pour retirer le surnaturel de sa personne et de ses actes. Plus récemment, les meilleurs esprits ont fait justice de cette prétention et prouvé que le dernier mot des choses, les forces invisibles, échappent à la science, et qu’elle doit au moins les respecter, si elle n’a pas le courage de les adorer
.
[…]
II
Un poète lui fait dire au soir de Reims :
Enfin la France existe et ma tâche est remplie.
Elle ne l’était point au sens supérieur que Dieu avait arrêté dans ses desseins ; Jeanne, dans sa passion, car c’en est une, et on n’a pas craint de la rapprocher de celle du divin Sauveur, Jeanne dans sa passion nous paraîtra plus grande encore que dans sa campagne de guerre et plus utile à la France.
[…]
Ah ! elle ne se rétractera point ; elle sera martyre de sa foi religieuse et de sa foi patriotique, pour elle, c’est tout un.
Martyre ? Pouvons-nous employer ici cette expression ?
Oui, mes Frères, nous pouvons l’employer, parce que les Voix de Jeanne en ont usé. […]
Nous pouvons employer cette expression, mes Frères, car ce témoignage suprême du martyre consiste à accepter, à préférer la mort pour maintenir les droits, les volontés et la parole de Dieu. Or Jeanne a été condamnée, et c’est le fond de son procès, pour avoir persévéré à dire qu’elle était envoyée de Dieu en vue de sauver la France. […]
Nous y serons encore plus enclins, si nous considérons combien elle a souffert ! […]
Philippe-Hector Dunand La légende anglaise de Jeanne renégate et parjure
, 1903
renégate et parjure, 1903
Dunand relate les échanges avec Mgr Touchet et le père Ayroles devant la commission diocésaine d’Orléans en avril 1901, dans le cadre de la cause pour l’héroïcité des vertus.
Le P. Ayroles à côté de qui nous étions assis bondit sur son fauteuil :
— Eh quoi ! s’écria-t-il, vous avez osé soutenir cela !
— Mais oui, mon révérend Père, j’ai eu cette audace.
Contexte. — Au début de l’année 1900, un obstacle apparut sur le chemin de la béatification : il était nécessaire de confirmer que Jeanne avait pratiqué les vertus à un degré héroïque. Or, si l’abjuration au cimetière de Saint-Ouen était avérée (position majoritaire, soutenue notamment par Quicherat), il fallait conclure qu’elle ne les avait pas pratiquées. Dunand raconte comment il fut alors sollicité par l’évêque d’Orléans pour résoudre la question. Il rédigea une Étude démontrant que Jeanne n’avait pas abjuré. Il la défendit devant une commission diocésaine en avril 1901, en présence du père Ayroles. Finalement son mémoire fut versé au procès et emporta l’adhésion de la Congrégation des Rites.
Titre complet : Études critiques d’après les textes sur l’histoire de Jeanne d’Arc, par M. Philippe-Hector Dunand, chanoine théologal du chapitre métropolitain de Toulouse, Paris, Poussielgue ; Toulouse, Édouard Privat, 1903, par Germain Lefèvre-Pontalis, Paris, Fontemoing, 1903.
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IV.
La légende de Jeanne parjure à Orléans et à Rome.
C’est alors que Monseigneur d’Orléans se souvint qu’il venait de paraître une Histoire complète de Jeanne d’Arc en trois volumes, dans laquelle étaient formulées les réserves les plus expresses sur la réalité de l’abjuration canonique de la Pucelle à Saint-Ouen. L’auteur de cette Histoire était en relation suivie avec le chanoine d’Orléans chargé de la rédaction des Annales religieuses. Mgr l’Évêque pria ce chanoine, M. Th. Gochard, de sonder à ce sujet l’historien en question. Mais celui-ci accueillit froidement ces ouvertures et, à plusieurs reprises, il se récusa. Monseigneur d’Orléans, fit-il observer, trouverait aisément à Paris des gens de savoir et de bonne volonté auxquels un obscur écrivain de province se garderait bien de se comparer. Le Prélat n’avait que l’embarras de choisir entre les historiens connus de la Pucelle, MM. Wallon et Sépet, MM. les abbés Debout et Fesch. Il y avait le P. Ayroles, dont les volumes annonçaient comme un renouveau pour l’histoire de la Pucelle. Il y avait enfin des hommes de talent ayant donné leur mesure, MM. Georges Goyau, Petit de Juleville, Baudrillart, professeurs en Sorbonne ou à l’Institut catholique de Paris.
Ces observations et ces récusations réitérées ne rebutèrent pas le digne successeur de Mgr Dupanloup. Il mit en œuvre des arguments d’une telle nature que nous dûmes céder — car pourquoi feindre plus longtemps, c’est à l’auteur de ces lignes-ci qu’on s’adressait. — Puisqu’il s’agit de l’honneur de Jeanne et de sa cause, dîmes-nous, non recuso laborem ; mais nous ne garantissons pas le succès. Des pièces essentielles ont été détruites par le prudent Évêque de Beauvais. Ces pièces faisant défaut, sera-t-il possible de faire la lumière… ? Si Jeanne elle-même, du haut du ciel, ne nous vient en aide et ne nous guide, nous n’oserions l’espérer.
C’est vers le 10 décembre de l’année 1900 que nous assurâmes Monseigneur d’Orléans de notre bonne volonté, sans lui promettre davantage. Nous nous mîmes sur-le-champ à l’œuvre. Dans les premiers jours de janvier 1901, nous expédiâmes au Prélat un mémoire d’une soixantaine de pages. Mgr Touchet s’en déclara satisfait et nous pressa de nous rendre dans sa ville épiscopale. Il y avait intérêt, nous écrivait Sa Grandeur, à causer ensemble et à échanger nos vues sur le travail en cours d’exécution.
Le 16 janvier, nous recevions au palais épiscopal d’Orléans la plus gracieuse hospitalité. Le 24, nous repartions, laissant entre les mains de Monseigneur un manuscrit d’une cinquantaine de pages. Ce manuscrit fut imprimé par ordre de Mgr Touchet, et parut en brochure à la librairie Herluison d’Orléans dans les premiers jours de mars, avec ce titre :
L’Abjuration de Jeanne d’Arc au cimetière de Saint-Ouen, d’après les textes, par M. le chanoine Dunand, auteur de l’Histoire complète de Jeanne d’Arc.
L’auteur y posait et y discutait les quatre questions suivantes :
- La formule d’abjuration qu’on lit au Procès de condamnation de Jeanne d’Arc est-elle bien celle que la Pucelle prononça et signa ? (Brochure citée, p. 4.)
- Si ce n’est pas celle-là, qu’est devenue la formule authentique, et que savons-nous de son contenu ? (Ibid., p. 11.)
- L’Évêque de Beauvais voulait-il ou non que la Pucelle comprît l’acte qu’on lui imposait — quel qu’il ait été — avec ses conséquences ? (Ibid., p. 19.)
- À prendre le fait de l’abjuration tel qu’il s’est produit, que faut-il en penser au point de vue moral ? (Ibid., p. 27.)
Monseigneur d’Orléans se plaisait à croire qu’il suffirait de discuter et de trancher ces questions pour résoudre complètement le problème de l’abjuration de Saint-Ouen. L’auteur du mémoire n’eut pas de peine à convaincre Sa Grandeur que le problème n’était qu’à moitié résolu ; qu’après avoir répondu aux questions posées, il fallait faire la lumière sur certains points d’ordre théologique et canonique ; il fallait surtout entreprendre la réfutation des pages que Jules Quicherat, partisan convaincu de la vérité historique de l’abjuration canonique de la Pucelle, a laissées sur ce sujet dans ses Aperçus nouveaux, et avoir raison des arguments qu’il met en œuvre pour établir l’authenticité du formulaire qu’on lit au Procès. Tant que critiques et historiens pourraient opposer l’opinion de l’auteur des Aperçus nouveaux, il ne serait pas possible d’avoir cause gagnée. Pour eux, sur la question du Procès de la Pucelle, Dieu est Dieu, mais Jules Quicherat seul est son Prophète.
Mgr Touchet s’en remit à nous du soin d’achever la tâche entreprise, et il nous donna rendez-vous à Orléans pour l’époque où elle serait achevée.
À la fête de Pâques qui suivit (1901), nous étions en mesure de répondre à l’appel de Sa Grandeur : notre Étude sur l’Abjuration était imprimée en un volume in-8° d’environ 200 pages, dont 144 pages de textes et une cinquantaine d’Éclaircissements et de Notes.
Le 20 avril, Monseigneur convoquait en son palais épiscopal les membres de la Commission diocésaine de la cause de Jeanne d’Arc. Furent présents : MM. Bruant et d’Allaines, vicaires généraux, M. Branchereau, supérieur du Grand Séminaire, M. l’abbé Clain, directeur et vice-postulateur en la cause, M. Despierre, archiprêtre de la cathédrale, M Filiol, chanoine chancelier de l’Évêché, le R. P. Ayroles et l’auteur du mémoire attendu. Nous en présentâmes à Monseigneur les exemplaires et nous le priâmes de daigner en prendre connaissance lui-même et, en même temps, de le soumettre à l’examen des membres de la Commission. À ces Messieurs, il appartenait de juger si ledit mémoire atteignait le but qu’on s’était proposé. S’il ne l’atteignait pas, tout ne serait pas perdu ; Monseigneur comptait dans le Conseil diocésain des érudits capables de réussir là où nous aurions échoué, puisqu’un des membres du Conseil était le distingué P. Ayroles.
Après cela, nous priâmes Monseigneur qu’il voulût bien nous permettre de préciser les deux parties de notre Étude et les deux propositions que nous nous efforcions d’établir.
Dans la première partie, nous nous appliquions à démontrer, par l’étude approfondie des documents et des textes, que la Pucelle n’avait point prononcé la cédule d’abjuration insérée au Procès, qu’elle n’avait pas fait d’abjuration canonique proprement dite ; que la cédule qu’elle avait prononcé était insignifiante, qu’elle ne constituait nullement une abjuration en cause de foi, et que le prononcé de cette cédule n’avait été précédé ou suivi d’aucun jurement ou serment. La cédule d’abjuration qu’on lit au Procès était un faux, et l’auteur de ce faux était Pierre Cauchon, juge de Jeanne et évêque de Beauvais.
Dans la seconde partie, nous établissions d’une part que les juges de la Pucelle, en ce drame du 24 mai, avaient violé toutes les règles du droit naturel et positif, les lois divines et humaines. D’autre part, impossible de relever dans toutes les circonstances de l’abjuration la preuve d’une faute théologique à la charge de la servante de Dieu, et d’un oubli du patriotisme, de la délicatesse ou des lois de l’honneur ; au contraire, considérés dans l’ensemble, tous les actes de l’héroïne, tels que les documents les présentent, constituent des actes de la plus héroïque vertu. En sorte que, non seulement la scène du cimetière de Saint-Ouen ne peut pas faire obstacle à la béatification de la servante de Dieu, mais encore elle fournit une raison puissante d’y procéder.
Quand nous énonçâmes ces dernières propositions, le P. Ayroles à côté de qui nous étions assis bondit sur son fauteuil :
— Eh quoi ! s’écria-t-il, vous avez osé soutenir cela !
— Mais oui, mon révérend Père, j’ai eu cette audace.
— Pour moi, répliqua le P. Ayroles, Jeanne en son abjuration, me paraît avoir été coupable de péché véniel. (Voir plus bas, p. 46.)
— Comme il vous plaira, mon Père ; les opinions sont libres. Mais, ajoutai-je un peu vivement, si j’avais raison, si les documents étaient de mon avis, est-ce que vous, mon Père, le chevalier de Jeanne, vous en seriez fâché ?
Le P. Ayroles garda le silence. Monseigneur sourit et s’adressant aux membres du Conseil :
— Messieurs, leur dit-il, apportez à l’examen de la Dissertation de M. Dunand toute la sévérité possible. Mais si M. Dunand a l’heureuse chance d’avoir raison, ce n’est ni moi, ni aucun des admirateurs de la Vénérable qui lui en tiendrons rigueur.
Les examinateurs du mémoire furent-ils sévères, ainsi que le leur avait recommandé Sa Grandeur ? Nous n’oserions l’affirmer ; ce que nous savons, c’est que, le moment venu de l’approuver ou de le désapprouver, de l’approuver sans réserve ou ad correctionem, tous l’approuvèrent purement et simplement. En conséquence de quoi il fut arrêté que ledit mémoire prendrait place officiellement au Procès, et qu’il constituerait l’unique pièce adressée au Cardinal ponent en réponse aux animadversiones présentées sur le sujet de l’abjuration de Saint-Ouen par le Promoteur de la foi*.
* Dans sa livraison du 10 mai de cette même année 1901, le Correspondant, qui chaque année à cette époque consacre à Jeanne d’Arc un article spécial, publia sous ce titre : Une page obscure de l’histoire de la Pucelle : son abjuration, le résumé synthétique que nous avions envoyé de notre Dissertation à M. le comte Lavedan, son Directeur. Les dix mille lecteurs de cette grande Revue purent avoir une idée exacte de nos conclusions et des arguments qui les faisaient valoir.
Les avocats de la cause, à qui le cardinal Parocchi remit le volume venu d’Orléans, réclamèrent des éclaircissements que l’auteur avait estimés inutiles. L’objet de ces éclaircissements n’exigeant pas que le texte du mémoire fût modifié, nous n’eûmes qu’à ajouter cinq notes aux quinze qui y étaient déjà. C’est dans ces conditions-là que parut la seconde édition de notre Étude et qu’elle fut envoyée à Rome. Cette fois-ci, le Cardinal ponent et les avocats de la cause se déclarèrent pleinement satisfaits. Quand le moment vint pour eux, dans la séance préparatoire du 17 décembre 1901, de répondre aux objections du Promoteur de la foi, les avocats ne récusèrent aucun des arguments invoqués dans l’Étude susdite, et ils en adoptèrent toutes les conclusions, même celles qui avaient fait bondir sur son fauteuil le bon P. Ayroles.
L’effort du Promoteur de la foi avait porté principalement sur l’accord de la généralité des historiens à donner comme absolument certains le fait historique de l’abjuration canonique de Saint-Ouen et l’authenticité du formulaire que Pierre Cauchon met dans la bouche de Jeanne d’Arc*.
* Chose à remarquer : les quelques historiens qui ne se sont pas fait illusion sur le but de l’Évêque de Beauvais en ce drame du cimetière Saint-Ouen et sur l’authenticité du formulaire qu’il attribue à Jeanne d’Arc, Edmond Richer, L’Averdy, Abel Desjardin, Goërres, n’ont pu donner la preuve positive que la malheureuse jeune fille n’avait ni abjuré, ni juré, au sens canonique des mots.
Ces deux points établis, la conséquence indiquée plus haut apparaissait évidente ; impossible, semblait-il, d’y opposer autre chose qu’une réponse indirecte, et une autre revendication que celle des circonstances atténuantes.
Les Consulteurs de la sacrée Congrégation des Rites et les spectateurs admis à la séance, s’il y en avait, durent être bien surpris lorsqu’ils entendirent les avocats de la cause concéder au Promoteur de la foi ce qu’il venait d’avancer, et dire :
— C’est vrai ; les historiens s’accordent à affirmer que la Pucelle a réellement prononcé et souscrit l’abjuration dont il est question au Procès.
— C’est vrai ; si la Pucelle a abjuré de la sorte, elle s’est rendue coupable de parjure.
— C’est vrai ; si elle s’est rendue coupable de parjure, elle n’a point pratiqué les vertus théologales et cardinales à un degré héroïque ; elle en a même transgressé gravement les obligations.
Dans cette série de propositions. Monseigneur le Promoteur de la foi est d’une logique impeccable.
Mais alors…, durent se demander et le Promoteur et les Consulteurs.
— Alors, répliquèrent les avocats, nous n’avons qu’une réponse à faire : c’est que Jeanne d’Arc n’a ni abjuré, ni juré.
N’ayant ni abjuré, ni juré, elle n’a pu commettre de parjure, ni devenir hérétique relapse.
Non seulement, en cette journée terrible, elle n’a commis aucune faute dont on puisse fournir la preuve, mais elle a porté à un degré d’héroïcité incontestable la pratique des vertus théologales et cardinales.
Il dut y avoir grand émoi dans l’assistance lorsque, après avoir justifié ces propositions renversantes, les avocats de la cause ajoutèrent :
— En cet état de choses, il y a lieu à notre sens, non de blâmer mais plutôt de louer grandement la servante de Dieu qui, en réponse à la pression exercée sur elle pour l’amener à signer la cédule, professa ouvertement sa soumission à l’Église. La soumission à l’Église simpliciter, comme s’exprime l’auteur du Mémoire cité, l’honorable M. Dunand, soumission à laquelle en définitive la prétendue abjuration se réduit, constitue un acte de haute vertu, un acte héroïque de prudence, de sagesse, de justice, de force morale, de patriotisme et de foi. (Plaidoyer des avocats, Rome, imprimerie de la Propagande, 1901 ; in-4°, p. 101.)
Reste à savoir quels furent l’attitude et le vote des Consulteurs de la sacrée Congrégation des Rites qui avaient à examiner la valeur comparative des objections du Promoteur de la foi et des réponses des avocats. Ils furent on ne peut plus favorables. Quoique le secret le plus inviolable soit prescrit sur de pareilles délibérations, le Souverain Pontife, qui, lui, n’est point tenu au secret, daigna assurer Mgr Touchet, quelques jours après la séance du 17 décembre, que tout s’y était très bien passé
et que le vote en faveur de l’héroïcité des vertus de la Pucelle ne laissait rien à désirer. C’est la nouvelle que l’Évêque d’Orléans apporta de Rome et qu’il apprit aux Orléanais le jour même de Noël 1901, du haut de la chaire de sa cathédrale. (Voir les Annales Religieuses d’Orléans et l’Univers de ces jours-là.)
En faisant part de ces bonnes nouvelles à Mgr Touchet, Sa Sainteté Léon XIII lui apprenait par là même que les Consulteurs de la sacrée Congrégation avaient goûté les raisons présentées par l’historien français à l’appui de sa thèse, tant au point de vue documentaire qu’au point de vue théologique et canonique, et qu’ils adoptaient ses conclusions à une très grande majorité, sinon à l’unanimité*.
* Nous espérons bien qu’on ne trouvera pas mauvais les détails de ce récit, malgré ce qu’il peut y avoir de personnel. Stanley a écrit un volume pour raconter comment il avait découvert Livingstone. C’était un personnage fort intéressant que Livingstone, sans doute. Mais Jeanne d’Arc l’est encore davantage. Il ne sera donc pas indifférent à ses admirateurs de savoir comment a été dissipée la tache sombre dont la prétendue abjuration du cimetière de Saint-Ouen obscurcissait son pur et radieux visage.
[Dans ses Notes et éclaircissement, Dunand rappelle les douze points de la conclusion de son Étude, mentionne l’approbation de l’abbé Chollet dans la Revue des Sciences ecclésiastiques (novembre 1902) et souligne (p. 46) que les points 11 et 12 divergent des conclusions du père Ayroles telles que formulées dans son tome V.]
Note I. — Conclusions de notre Étude sur l’Abjuration de Jeanne d’Arc au cimetière de Saint-Ouen. [Reproduction de sa conclusion en douze points. Les 11 et 12 :]
- Sous quelque rapport que l’on considère l’abjuration de Jeanne, en elle-même, ou dans ses circonstances, on n’y peut relever, avec certitude, aucune faute, grave ou légère, contre les commandements de Dieu et ceux de l’Église, ni aucune transgression des devoirs de la loyauté, de la délicatesse et de l’honneur.
- Tout au contraire, jamais, en aucune autre circonstance de sa vie, Jeanne n’a été plus admirable de patriotisme, de force morale et de foi.
La Revue des sciences ecclésiastiques de l’Université de Lille, dans son numéro de novembre 1902, après avoir reproduit ces conclusions, disait, par l’organe de M. l’abbé J.-A. Chollet :
Nous souscrivons entièrement à de pareilles conclusions et, avec l’auteur, nous admirons autant que nous plaignons la victime du drame de Saint-Ouen, et loin d’y voir une hérétique et une relapse, nous y voyons la Française et la chrétienne la plus irréprochable.
Le R. P. Ayroles n’admet pas nos 11e et 12e conclusions. D’après lui, le 24 mai, sur la place de l’abbaye de Saint-Ouen, la Pucelle commit un péché véniel.
Sauf meilleur avis, écrit le Révérend Père, nous ne pensons pas qu’il y ait eu faute grave, mais seulement imperfection et faute légère d’inadvertance. — (La vraie Jeanne d’Arc, V, 441.)
Lefèvre-Pontalis Les sources allemandes de l’histoire de Jeanne d’Arc, 1903
Nombreuses références aux documents de la Vraie Jeanne d’Arc.
Titre complet : Les sources allemandes de l’histoire de Jeanne d’Arc, Eberhard Windecke, par Germain Lefèvre-Pontalis, Paris, Fontemoing, 1903.
Lien : Gallica
[Des éditions antérieures de la chronique d’Eberhard Windeck, p. 5 :]
Enfin, dans le récent ouvrage du R. P. Ayroles, la Vraie Jeanne d’Arc, vient d’être donnée, en 1898, une révision de la traduction française insérée dans le Procès, révision qui suit, à quelques modifications près, la version du recueil de Quicherat.
[Du Registre delphinal de Mathieu Thomassin, p. 33, en note :]
Une transposition du texte du Registre Delphinal en français moderne a été donnée par le R. P. Ayroles (La Vraie Jeanne d’Arc, t. III, p. 257-267). Selon la position adoptée pour les guillemets limitant le texte proprement dit du document, toute la seconde moitié de la consultation, dans le texte édité par Buchon, ou dans la publication du R. P. Ayroles, doit être considérée ou non comme fondue dans le récit personnel du rédacteur contemporain.
[D’une traduction, p. 37, note 9 :]
Ces derniers mots ont prêté à discussion. — Le texte du recueil breton porte : non obstant que ces promesses soient seules œuvres humaines
. Signification discutée par Quicherat, qui observe que le sens exigerait, au lieu de seules, un participe comme concernant
. (Procès, III, 391, n. 1.) — Le Registre Delphinal de Mathieu Thomassin présente : nonobstant que les promesses et les paroles de ladite Pucelle soient par-dessus œuvres humaines
. Glose extensive de Thomassin, que Quicherat croit pouvoir déclarer fautive. (Procès, IV, 306, n. 1.) La réfutation de l’opinion de Quicherat émise par le R. P. Ayroles (La Vraie Jeanne d’Arc, III, 259, n. 1) repose sur une interprétation erronée des textes en cause. — La Chronique de Tournai offre : non obstant que ses promesses soient supz oëvres humaines
. Sens que la rédaction allemande vient préciser : wiewol das ir glubede menschlichen sint
— nonobstant que ses promesses soient humaines
.
[D’une transcription, p. 56, note :]
Ce texte de la Geste des nobles Français se trouve seulement dans la Vraie Jeanne d’Arc du R. P. Ayroles (III, 612, Pièces Just. A, cf. note 2), d’après les manuscrits français de la bibliothèque nationale, n° 5699 [naguère ancien fonds français 10297], et n° 500 [naguère ancien fonds français 9656]. J’en ai vérifié l’exactitude en ce qui concerne cette expression gentilz et villains
. (Voir ms. fr. 5699, fol. 149 V, anc. 137 v° ; ms. fr. 5001, fol. 72 v°.) Le texte de la Geste publié par Vallet de Viriville (dans la Chronique de la Pucelle, p. 282), quoique cependant indiqué comme tiré du manuscrit français 10297 (aujourd’hui 5699), porte, on ne voit pas pourquoi : gentilz et vaillans
.
[D’une absence, p. 134, note 4 :]
Traduction dans R. P. Ayroles, La Vraie Jeanne d’Arc,V, 467-471. Le R. P. Ayroles s’étonne avec raison que ce texte ne se retrouvât pas dans l’œuvre de Windecke. On a vu comment la rédaction du manuscrit 2913 de Vienne répondait à cette énigme.
Auguste Molinier Les Sources de l’histoire de France, t. IV, 1904
Courtes notices biographiques d’ouvrages historiques. Particulièrement sévère, il reproche à Ayroles une méconnaissance absolue des conditions dans lesquelles avait eu lieu le procès de Rouen
.
Les Sources de l’histoire de France. Des origines aux guerres d’Italie (1494). IV. Les Valois, 1328-1461. Paris, Alphonse Picard et fils, 1904, 372 p.
Lien : Persee
[P. 312 :]
4469. Ayroles (le P.), de la Compagnie de Jésus. La vraie Jeanne d’Arc. Paris, 1890-1898, 5 vol. in-8. [Titres des cinq volumes.] Ouvrage singulier, commentaire prolixe des documents publiés par Quicherat, auxquels l’auteur n’a ajouté que les fragments de Morosini, édités en entier depuis lui. On a reproché au P. Ayroles une acrimonie singulière et parfois exprimée en termes déplacés contre les plus sincères admirateurs de Jeanne, du moment qu’ils avaient le malheur de ne pas être ultramontains à la mode de l’auteur ; on lui a reproché également une méconnaissance absolue des conditions dans lesquelles avait eu lieu le procès de Rouen.
[P. 226-228 :]
4073. Antonio Morosini, chroniqueur du XVe siècle. [Courte biographie et présentation de ses divers écrits.] L’ouvrage de Morosini est resté longtemps inconnu ; il fut utilisé pour la première fois dans une publication italienne sur Jeanne d’Arc, parue en 1896 et signalée par le P. Ayroles à M. Delisle, qui put examiner le manuscrit original, aujourd’hui à Vienne, et apprécier la valeur de l’œuvre pour l’histoire du XVe siècle et plus particulièrement pour celle de Jeanne d’Arc (Journal des savants, 1895, 511-518 [Voir]). Les fragments relatifs à la Pucelle furent publiés dès 1896 et 1897, notamment par le P. Ayroles, et toute la partie de l’œuvre intéressant l’histoire de France, largement comprise, a paru sous les auspices de la Société de l’histoire de France, Paris, 1898-1902, 4 vol. in-8 ; l’établissement du texte et la traduction française sont dus à M. Léon Dorez ; M. G. Lefèvre-Pontalis s’est chargé de l’annotation et de la rédaction de la longue introduction du tome IV. […]
[P. 311 :]
4462. On a jugé inutile d’indiquer aucune des histoires de Jeanne d’Arc antérieures à l’analyse des deux procès par L’Averdy ; des travaux qui ont paru au XIXe siècle, on cite ceux qui représentent les diverses écoles : Gœrres, M. Sepet et le P. Ayroles, d’une part ; puis M. Wallon ; enfin les Aperçus de J. Quicherat. Ajoutons-y les chapitres consacrés au sujet par Michelet dans son Histoire de France : ce sont pages aujourd’hui classiques.
Marius Sepet Au temps de la Pucelle, 1905
Sepet reproduit un passage de l’Université au temps de Jeanne d’Arc.
Titre : Au temps de la Pucelle, récits et tableaux : le péril national, par Marius Sepet. Paris, Ancienne maison Charles Douniol, 1905.
Lien : Gallica
[P. 318 :]
Les voix ecclésiastiques étaient loin malheureusement de retentir toujours d’une façon aussi salutaire. L’avantage qu’avait la France de posséder le plus grand corps intellectuel de la chrétienté, l’Université de Paris, devint, dans les douloureuses circonstances où se trouvait le royaume, un inconvénient funeste. […]
Nous empruntons ce passage au R. P. Ayroles : L’Université de Paris au temps de Jeanne d’Arc, p. 75 :
La fille du roi, écrivait Gerson, bon patriote, mais entiché des idées universitaires, a été établie dans ce royaume pour en être l’œil clairvoyant…
Léopold de Chérancé Le Bienheureux Christophe de Cahors, 1907
Un prêtre de Cahors nommé Ayroles figurent au nombre des témoins du procès diocésain de l’introduction de la cause de béatification du franciscain Christophe de Cahors. Probablement Louis Ayroles, frère cadet du père Ayroles.
Lien : Gallica
[P. 105 et suiv. :]
Le 3 décembre 1900, [Mgr Émile-Christophe Énard, évêque de Cahors] fulminait l’ordonnance suivante, pour la reprise du culte de notre Bienheureux. […]
Peu de temps après, un tribunal ecclésiastique était canoniquement institué pour l’étude de la cause en question, et les informations juridiques activement poussées par les soins du vice-postulateur, le R. P. François-Xavier, des Frères-Mineurs Capucins.
Voici la composition du tribunal ecclésiastique :
- Postulateur général : Mgr Nardi, évêque de Thèbes, O. M. C.
- Vice-postulateur : R. P. François-Xavier, O. M. C.
Membres nommés par Mgr l’évêque de Cahors, le 5 novembre 1902 :
- Juge : M. Bonaventure Massabie, v. g.
- Promoteur fiscal : M. Fr. E. Préau, supérieur du Grand Séminaire.
- Notaire : M. J. Bessières, curé de N.-D.
- Curseur : M. Léopold Bourès, aumônier de l’Hospice.
- Chancelier : M. E. Blanc, secrétaire général de l’Évêché.
- Les témoins appelés furent au nombre de douze : MM. Gary, Albessard, Lauda, Oruac, Ayroles, prêtres ; MM. Bécays, Dissard, Vigouroux, Rescoussié et Bourrières, laïques.
- Témoins de la régularité des actes : MM. Rossignol, chanoine ; Collignon et Bru, laïques.
Le 11 avril 1905, la Congrégation des Rites, après un mûr examen de la cause, exprimait un avis favorable et le lendemain, Pie X, renouant la chaîne des traditions antiques, confirmait à perpétuité, en vertu de la plénitude du pouvoir apostolique, le culte immémorial rendu à l’humble compagnon du Poverello.
Anatole France Vie de Jeanne d’Arc, 1908
Dans sa préface, Anatole France juge que la Jeanne d’Arc du père Ayroles est la plus grotesque de toutes.
Pour trouver la plus étrangement travestie de toutes les Jeanne d’Arc des historiens catholiques, on hésiterait… s’il ne s’était trouvé un Père jésuite pour faire une Jeanne d’Arc ultramontaine.
Titre : Vie de Jeanne d’Arc, par Anatole France. Paris, Calmann-Lévy, 1908, 2 vol. 553 p. et 483 p.
Lien : Gallica
[Préface, t. I, p. XXXVI, au sujet de l’opposition entre les historiens libres-penseurs et catholique :]
De notre temps, les libres-penseurs, empreints pour la plupart de spiritualisme, se refusent à reconnaître en Jeanne non seulement cet automatisme qui détermine les actes d’une voyante comme elle, non seulement les influences d’une hallucination perpétuelle, mais jusqu’aux suggestions de l’esprit religieux. Ce qu’elle faisait par sainteté et dévotion, ils veulent qu’elle l’ait fait par enthousiasme raisonné. De telles dispositions se remarquent chez l’honnête et savant Quicherat qui met, à son insu, beaucoup de philosophie éclectique dans la piété de la Pucelle. Cette façon de voir ne fut pas sans inconvénients. Elle amena les historiens de libre pensée à exagérer jusqu’à l’absurde les facultés intellectuelles de cette enfant, à lui attribuer ridiculement des talents militaires et à substituer à la naïve merveille du XVe siècle un phénomène polytechnique.
Les historiens catholiques de notre temps sont plus dans la nature et dans la vérité quand ils font de la Pucelle une sainte. Par malheur, l’idée de la sainteté s’est beaucoup affadie dans l’Église depuis le concile de Trente, et les historiens orthodoxes sont peu disposés à rechercher les variations de l’Église catholique à travers les âges. Aussi nous la rendent-ils béate et moderne. Si bien que, pour trouver la plus étrangement travestie de toutes les Jeanne d’Arc, on hésiterait entre leur miraculeuse protectrice de la France chrétienne, patronne des officiers et des sous-officiers, modèle inimitable des élèves de Saint-Cyr, et la druidesse romantique, la garde nationale inspirée, la canonnière patriote des républicains, s’il ne s’était trouvé un Père jésuite pour faire une Jeanne d’Arc ultramontaine*.
[Note :]
* Le P. Ayroles, La vraie Jeanne d’Arc, 5 vol. grand in-8°, Paris, 1894-1902. En parlant de ce livre dans une étude sur l’Abjuration de Jeanne d’Arc (Paris, 1902, pp. 7 et 8, note), le chanoine Ulysse Chevalier, auteur d’un précieux Répertoire des sources du moyen âge, s’exprime avec beaucoup de sens et de fermeté.
Par les dimensions de ses cinq volumes, — dit-il, — cet ouvrage pourrait faire l’illusion d’être la plus ample histoire de Jeanne d’Arc ; il n’en est rien. C’est un chaos de mémoires traduits ou mis en français de notre temps, de réflexions et de controverses contre la libre-pensée, représentée par Michelet, H. Martin, Quicherat, Vallet de Viriville, Sim. Luce et Jos. Fabre. Deux titres suffiront pour donner une idée du ton.
Les pseudo-théologiens bourreaux de Jeanne d’Arc, bourreaux de la Papauté(t. I, p. 87).L’Université de Paris et le brigandage de Rouen(p. 149). L’auteur juge trop souvent le XVe siècle d’après les préoccupations du XIXe. Est-il sûr que, membre de l’Université de Paris, en 1431, il eût pensé et jugé en faveur de Jeanne d’Arc, à l’encontre de ses collègues ?
Mgr Touchet Jeanne d’Arc, 1909
L’évêque d’Orléans cite le père Ayroles sur le statut de martyre de Jeanne et n’écarte pas cette possibilité.
Source : Le Correspondant, t. 142, 1909, 1e livraison, 10 avril 1909, p. 3-35.
Lien : Gallica
[Sur le supplice de Jeanne d’Arc après la reprise de son habit d’homme, p. 33 :]
De ces circonstances quelques-uns, notamment le savant jésuite Ayroles, ont déduit que Jeanne était morte martyre de la virginité. Peut-être. L’Église n’honorera pas son martyre sur les autels qu’elle lui prépare ; qui sait si Dieu ne lui en assure pas la gloire dans l’éternité qu’il lui a donnée ?
Jean-Baptiste Monnoyeur Traité de Jean Gerson sur la Pucelle, 1910
L’auteur s’appuie souvent sur l’autorité du père Ayroles.
Note. — En 1907, le père Ayroles avait composé la préface de la Royauté de Jésus-Christ et la Vénérable Jeanne d’Arc du même Monnoyeur, qui signait Dom Armand Clerc
. [Voir]
Lien : Archive
[Introduction, p. 5 :]
La découverte de la Chronique de Morosini faite par le R. P. J.-B. Ayroles nous permet de connaître avec certitude l’un des motifs de sa composition. Ce fut contre les intrigues des pharisiens de cette Université, qui, ennemis politiques de la Vierge guerrière, tramaient déjà sa perte, que le Chancelier éleva la voix pour défendre celle dont un mûr examen lui avait révélé la vocation céleste.
[P. 7 :]
L’intérêt capital de ce traité a été récemment mis en relief par l’historien qui a le mieux étudié Jeanne d’Arc, le R. P. J.-B. Ayroles. Nous ne saurions mieux faire que de citer son appréciation si autorisée. Ce traité, dit-il,…
[P. 10, note :]
L’école césaro-gallicane, qui a tant fait pour mutiler et amoindrir la céleste envoyée, écrit le R. P. Ayroles, a nié l’authenticité de l’écrit de Gerson. Elle n’aurait pas voulu que celle qui l’offusque à un haut degré pût s’abriter derrière le nom que cette même école exalte entre tous.
Abbé Anselme Mouchard Les fêtes de la béatification de Jeanne d’Arc, 1910
Résumé d’une année de célébrations à Rome et en France suite à la béatification de Jeanne d’Arc. Plusieurs références au rôle du père Ayroles.
Lien : Gallica
[P. 44, Mgr Touchet au sujet de la procédure devant la Congrégation des rites :]
La lutte entre Mgr Verde, promoteur de la Foi, et nos avocats Minetti et Martini, s’activait. De 1898 à 1908, elle ne cessa pas. Les avocats avaient soin de nous envoyer les objections. Nous les discutions généralement avec les historiens connus de Jeanne d’Arc. C’est l’occasion de payer un tribut d’hommages aux services que nous rendirent en ces circonstances MM. les chanoines Dunand et Debout, MM. Marius Sepet et Wallon, M. Léopold Delisle et surtout le R. P. Ayroles.
Dunand Histoire de la Pucelle d’Orléans d’Edmond Richer, 1911
Dans son appendice VIII sur les limites de la mission de Jeanne d’Arc, avant d’exprimer son propre point de vue, Dunand présente les trois thèses principales :
- La position dominante sous l’Ancien Régime, selon laquelle la mission de Jeanne s’achevait avec le sacre de Charles VII.
- Celle de Quicherat, qui soutient que Jeanne annonçait l’expulsion totale des Anglais, et qu’elle a donc échoué.
- Celle du père Ayroles, qui distingue deux types de prophéties chez Jeanne : les premières, assurées — libérer Orléans et faire sacrer Charles VII — et les secondes, conditionnelles, dépendant du soutien qui lui serait accordé, telles que l’expulsion complète des Anglais. Les premières furent accomplies, les secondes ne le furent pas, faute de soutien.
Dunand, cependant, ne souscrit à aucune de ces trois solutions et en propose une alternative.
Titre complet : La première histoire en date de Jeanne d’Arc (1625-1630) : Histoire de la Pucelle d’Orléans, par Edmond Richer, docteur de Sorbonne, syndic de la Faculté de Théologie de Paris, texte collationné et publié par Philippe-Hector Dunand, t. I. Paris, Desclée de Brouwer et Cie, 1911.
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Appendice VII
La mission historique de Jeanne d’Arc, son objet, son étendue
L’histoire de la Pucelle est une des belles pages de l’histoire de l’Église et de notre histoire nationale ; et la beauté de cette histoire tient principalement à la grandeur de la mission dont l’héroïne a été chargée de par Dieu. Nous avons rappelé l’origine de cette mission et en quelques mots nous en avons indiqué l’objet. Mais un tel sujet mérite d’être traité d’une façon plus approfondie. Nous allons donc le reprendre et dire, d’après les documents, quel a été l’objet de la mission de Jeanne et quelle en a été l’étendue. C’est de sa bouche que nous recueillerons les paroles qui mettront en lumière ce que nous estimons être la vérité.
I.
Opinions en présence
Critiques et historiens sont loin d’être d’accord sur cette question. Longtemps l’opinion dominante a été que la mission historique de l’héroïne n’avait pour objet que la levée du siège d’Orléans, le sacre et le couronnement du fils de Charles VI : elle ne s’étendait pas au delà. Ainsi pensait Mézeray, ainsi pense Edmond Richer lui-même ; et l’un des derniers historiens de Charles VII, Du Fresne de Beaucourt, a repris à son compte cette opinion en invoquant des arguments nouveaux.
Telle n’est pas l’opinion de l’éditeur des deux Procès, Jules Quicherat, et du Révérend Jésuite, le père Ayroles.
Au sentiment de Jules Quicherat, la mission de la Pucelle avait un objet qui dépassait de beaucoup le sacre de Reims, la délivrance du pays et l’expulsion des Anglais jusqu’au dernier. Mais, remarque le critique historien, l’héroïne n’ayant point expulsé les envahisseurs, sa mission fut manquée
.
Le R. P. Ayroles concède que la mission de Jeanne dépassait la levée du siège d’Orléans et le sacre de Reims ; il concède également qu’elle n’a pas été remplie. Il se sépare de J. Quicherat par la manière dont il explique qu’elle ne l’ait pas été. Si Jeanne ne l’a pas remplie, ce n’est pas, remarque t-il, par sa faute, mais par la faute de ceux qui devaient la seconder, lui prêter leur concours, et qui le lui ont refusé. Ces personnages on les connaît : ce sont les conseillers de Charles VII, principalement la Trémoille et Regnault de Chartres ; c’est, à quelques égards, Charles VII lui-même.
Ainsi, d’après le révérend père, la mission de Jeanne se divise en deux parties : l’une absolue, qui comprendrait la levée du siège d’Orléans et le sacre, partie qui aurait été ponctuellement accomplie ; l’autre, conditionnelle, qui ne s’est point accomplie, non parce que la Pucelle n’a pas été personnellement à la hauteur de sa tâche, mais parce que les auxiliaires dont elle ne pouvait se passer, au moment voulu, lui ont fait totalement défaut.
De ces trois opinions, aucune ne nous satisfait pleinement. La première nous semble pécher tout à fait par la base.
Nous admettons avec J. Quicherat que la mission de l’envoyée de Dieu avait pour objet le relèvement du royaume et s’étendait jusqu’à l’expulsion des Anglais ; mais nous ne saurions admettre qu’elle ait été manquée
.
Quant aux deux parties que le R. P. Ayroles distingue dans la mission de Jeanne, cette distinction ne paraît pas recevable. D’ordinaire, les missions vraiment, positivement divines, et la mission de la Pucelle était de celles-là, sont absolues.
À notre avis, l’objet de la mission de Jeanne était le relèvement de la France et l’expulsion de l’Anglais : l’objet en marquait l’étendue…
Maleissye Les Lettres de Jehanne d’Arc, 1911
Multiples références au père Ayroles considéré comme une autorité majeure.
Titre complet : Les Lettres de Jehanne d’Arc et la prétendue abjuration de Saint-Ouen, par le comte C. de Maleissye ; préface de M. Gabriel Hanotaux, de l’Académie Française. Paris, 5 rue Bayard, 1911.
Lien : Gallica
[Des croix ajoutées par Jeanne à ses lettres pour tromper l’ennemi, p. 36 :]
Peut-on faire un reproche à Jehanne d’avoir eu recours à ce stratagème ?… Personne ne contestera l’autorité du savant P. Ayroles qui nous dit à ce sujet : Lorsqu’elle avouait qu’une croix, apposée dans ses lettres, signifiait qu’il ne fallait tenir nul compte de ce qu’elle exposait, cela pouvait être une ruse de guerre fort permise, ou même une manière de se débarrasser d’importuns, sollicitant des recommandations.
[De la signature de son abjuration, p. 53 en note :]
Comme le fait remarquer le P. Ayroles, t. V, p. 168, Manchon ne pouvait pas s’expliquer clairement sans se déclarer coupable d’un nouvel acte de lâcheté.
[De l’admonestation d’Érard, p. 62 :]
Comme le dit le P. Ayroles : Rien de plus important à étudier, pour avoir la clef du brigandage de Rouen, que de peser chacune des paroles de l’instrument judiciaire.
[Du texte de l’abjuration inséré au procès, p. 74, en note :]
Le P. Ayroles, M. Marius Sepet, le chanoine P. Dunand et l’abbé Ulysse Chevalier ont démontré d’une manière tellement péremptoire la substitution des pièces que je n’ai pas à revenir sur cette question déjà jugée.
[En conclusion, p. 97 :]
Le savant P. Ayroles, qui en cinq gros volumes a étudié la Pucelle, d’après Quicherat et les chroniques, en analysant tous les mouvements de son âme, tous les battements de son cœur, ne craignait pas de mettre comme épigraphe à son ouvrage : À la plus méconnue des femmes.
Chanoine Louis Salembier Jeanne d’Arc et la Région du Nord, 1911
Extrait de l’ouvrage Hommes et choses de Flandre, p. 111-190 ; étude initialement parue dans la Revue de Lille, 1890. Nombreuses références au rôle du père Ayroles.
Lien : Gallica
[Introduction, p. 111 :]
Que de travaux inspirés par notre vaillante libératrice, surtout depuis l’année terrible, c’est-à-dire à partir de désastres qui n’ont point eu leurs pareils depuis le quinzième siècle ! Déjà de patients chercheurs, comme Quicherat, avaient réuni et jugé les pièces des deux procès, en même temps qu’ils avaient reproduit tous les témoignages des auteurs anciens ou étrangers en l’honneur de la Pucelle. Depuis lors, des érudits, comme le P. Ayroles et Lanéry d’Arc, ont traité du procès théologique de réhabilitation ; d’autres, comme M. Ulysse Chevalier et le chanoine Dunand, ont rétabli la vérité historique sur le fait de l’abjuration du cimetière de Saint-Ouen ; d’autres enfin, comme notre ancien condisciple, Mgr Debout, s’efforcent d’ériger un monument artistique et historique en l’honneur de la vaillante Pucelle. Tous montrent le rôle qu’a joué l’Église au sein de ces merveilleux événements, rôle que l’impiété a méconnu ou dénaturé.
[Introduction, p. 115 :]
Il y a quelques mois, [Mgr Touchet] demandait à l’éloquent historien de la Bienheureuse, au Père Ayroles, de susciter un mouvement dans chacune des anciennes provinces de France en l’honneur de la Pucelle. L’héroïne, en effet, a parcouru tout le royaume, de Nancy à Poitiers, de Bourges à Beaurevoir, de La Charité à Rouen, pour poser partout les jalons de la prochaine délivrance.
[Introduction, p. 136, note à propos des ouvrages de Quicherat et du père Ayroles :]
Nous citons souvent ces deux collections, capitales quand il s’agit de Jeanne. Quicherat s’est donné le tort de vouloir jeter le discrédit sur le procès de réhabilitation. Aveuglé par je ne sais quelles préventions, il a trop souvent préféré certaines citations d’huissier et certaines formalités juridiques du premier procès aux consultations théologiques du second. Le travail du P. Ayroles vient compléter heureusement les lacunes qu’avait laissées dans son ouvrage l’ancien directeur de l’École des Chartes. Tout en laissant à Quicherat son mérite de paléographe, il sera permis désormais de lui contester certaines qualités de discernement, et cet art de choisir entre les documents qui font l’historien supérieur. M. Lanery d’Arc a publié, en 1889, les textes du Procès de réhabilitation d’après les manuscrits authentiques ; ce volume peut et doit servir de complément aux cinq tomes de Quicherat.
Mgr Fabre Études sur Jeanne d’Arc, 1912
Ouvrage de Mgr Antonin Fabre, évêque de Saint-Denis, qui renvoie dans une dizaine de notes de bas de page aux travaux du père Ayroles.
Titre complet : Études sur Jeanne d’Arc (Paris, Chéronnet, Saint-Denins, Dubourg, 1912, V et 409 p.).
Lien : Gallica
[À propos de la présence de la mère de Jeanne d’Arc au Puy en 1429, p. 51 :]
Nous exprimons ici un doute, rien de plus. Tous les récents historiens de Jeanne d’Arc, Siméon Luce, le P. Ayroles et bien d’autres acceptent la réalité de ce voyage.
[Sur la correspondance entre Jacques Gelu et Charles VII, p. 341 :]
Le chercheur infatigable à qui nous devons, sur Jeanne d’Arc, bien des pièces ignorées jusqu’ici, le P. Ayroles, nous donne le résumé de cette lettre. Pour s’adresser à un roi, le ton n’en est pas moins pressant et d’une certaine sévérité. Elle a, de plus, un intérêt particulier : elle sert à justifier un accusé.
Ferdinand de Richemont Jeanne d’Arc d’après les documents contemporains, 1912
Cet ouvrage de Ferdinand de Richemont serait une version condensée en un volume à la portée de tous
des cinq énormes volumes
du père Ayroles, d’après ce C.-R. dans le Figaro du 17 septembre 1912.
Jeanne d’Arc d’après les documents contemporains, par F. de Richemont, officier supérieur. Librairie Saint-Paul, 6 rue Cassette et 14 rue de Mézières, 1912. In-8° de X-584 pages.
Lien : Google (aperçus)
L’année suivante : Société Saint-Augustin, Desclée de Brouwer et Cie, 1913. 592 pages.
Lien : Google (aperçus)
Note. — L’auteur est issue d’une ancienne famille française. Son nom complet est : Louis-Auguste Ferdinand Lemercier de Maisoncelle-Vertille de Richemont (1843-1907), officier de cavalerie (capitaine au 15e régiment de dragons en 1880), second fils de François-Auguste Léopold Lemercier de Maisoncelle de Richemont et de Augustine Elmire Cornette de Saint-Cyr.
Mgr Delassus La mission posthume de la bienheureuse Jeanne d’Arc, 1913
Les volumes du père Ayroles ont servi de matière historique à l’ouvrage. Mgr Delassus lui emprunte également plusieurs observations.
Titre complet : La Mission posthume de la Bienheureuse Jeanne d’Arc et le Règne social de Notre-Seigneur Jésus-Christ (Lille, Desclée de Brouwer, 1913, 512 p.). Imprimatur de l’évêque de Lille : 28 novembre 1913.
Lien : Livres mystiques
[Introduction :]
Pour la composition de ce livre, nous avons eu fréquemment recours au grand ouvrage qu’a publié sur la sainte Pucelle, le R. P. Ayroles (sept volumes grand in-8°), que le Pape Léon XIII a qualifié officiellement de principal témoin de Jeanne d’Arc : Testis præcipuus.
[À propos du secret du roi, p. 297 :]
Puis avec l’autorité qu’une telle révélation lui donne, elle dit au fils de Charles VI : Moi, je te dis, de la part de Messire, que tu es vrai héritier de France et fils de roi.
Vrai héritier du royaume de France, parce que vrai fils du dernier roi*
* Comme l’observe justement Henri Martin, malgré sa haine de l’Église et son kantisme, le secret révélé est un des points capitaux du divin poème.
Le P. Ayroles a remarqué le changement de ton lorsque Jeanne en vint à ces derniers mots. Jusque-là, dans les paroles adressées au Dauphin, elle avait employé le pluriel : Je vous dis que Dieu a pitié de vous, de votre royaume, de votre peuple.
Ici. elle tutoie : Je te dis, de la part de Messire, que tu es vrai héritier de France.
Ce Je te dis ne rappelle-t-il point l’Ego dico tibi du divin Maître.
[Sur la chronique de Morosini, p. 368, note :]
C’est le P. Ayroles qui a découvert et publia, après quatre siècles, ce document de premier ordre.
[Sur le terme de la mission de Jeanne, p. 372 :]
Jeanne, dit à ce sujet le P. Ayroles, n’a pas accompli toute sa mission durant sa vie terrestre. On cherche inutilement la réalisation de la prédiction formulée dans la dernière phrase de sa lettre aux Anglais.
[Sur les historiens de Jeanne, p. 408 :]
Le règne de Louis XVIII vit éclore la savante École des Chartes, créée pour l’étude du passé de la patrie. C’est d’elle que jaillit le premier rayon de lumière projeté de nos jours sur la figure de la sublime Pucelle. Jules Quicherat, qui en était l’un des élèves les plus brillants, et qui n’était pas un catholique, tant s’en faut, ce qui devait, aux yeux du public, le rendre moins suspect de partialité, exhuma et publia les pièces authentiques du procès de Rouen, puis celles du procès de réhabilitation. L’impression causée sur le monde éclairé fut grande. Les critiques mêmes de l’éditeur et les divagations de Michelet et d’Henri Martin ne purent l’atténuer.
Vinrent alors les travaux consciencieux de M. Wallon et de M. Marius Sepet, suivis d’une foule de livres et d’opuscules de vulgarisation. Le R. P. Ayroles acheva de faire pleine lumière par la publication de documents inconnus de Quicherat et la traduction de tous ceux découverts jusqu’ici.
[Sur la royauté du Christ, p. 429 :]
Aussi, comme l’observe le P. Ayroles, les appellations : Mon Seigneur, Messire, Notre Sire, Notre-Seigneur et Notre Roi reviennent-elles aussi souvent sur les lèvres et dans les lettres de Jeanne que le nom de Jésus dans les Épîtres de saint Paul.
Joseph Dupont Jeanne d’Arc, 1916
Vie de Jeanne d’Arc, par l’abbé Joseph Dupont. Le père Ayroles déclarera : n’en pas connaître de meilleure, pour ne pas dire d’égale
(Études, janvier 1917).
Cela n’est peut-être pas sans lien avec le fait que l’auteur déclare avoir puisé toute sa matière historique dans les cinq gros volumes
du père Ayroles, et avoir intitulé chacune de ses parties d’après les volumes de la Vraie Jeanne d’Arc. Livre I : La paysanne et l’inspirée, livre II : La vierge guerrière, livre III : La martyre (livre IV : Vie posthume).
L’épilogue, n’est pas sans rappeler la Jeanne d’Arc de Léon Bloys, écrite elle aussi pendant la guerre, où les Allemands de Guillaume II
ont remplacé les Anglais du quinzième siècle
.
C’est le chef-d’œuvre de Luther d’avoir substitué à la douce croix de bois qui avait consolé les peuples et fortifié les martyrs, cette croix de fer implacable dont le monde est épouvanté.
Léon Bloys, Jeanne d’Arc et l’Allemagne
(achevée le 6 février 1915).
En face de notre civilisation chrétienne, faite de justice, de douceur, et de bonté, se dresse la Kultur allemande, qui affiche la volonté bien arrêtée de se substituer à elle dans le monde entier. Or, cette Kultur, produit hybride du luthéranisme et d’une philosophie toute païenne, n’a pas d’autre idéal que la force,
la force disciplinée et organisée scientifiquement, mise au service de l’ambition et des plus basses convoitises.Abbé Joseph Dupont, Jeanne d’Arc
(imprimatur du 27 mai 1916).
1e édition : Jeanne d’Arc d’après ses propres déclarations, les dépositions juridiques des témoins de sa vie, les écrits de ses contemporains, Paris, Gigord, 1916, in-12 de 295 p.
2e édition : Sainte Jeanne d’Arc d’après…, 2e édition, revue et complétée, Lyon/Paris, Emmanuel Vitte, 1922, in-12 de XX-362 p.
Lien : Gallica
Avant-propos (première édition, 1916)
Ce modeste volume est le fruit d’études consciencieuses, faites à loisir, dans le calme d’une paisible retraite, et, poursuivies avec amour, pendant plus de sept ans.
Il a eu pour cause occasionnelle l’indignation que nous éprouvâmes à la lecture de l’odieux roman, dans lequel M. Anatole France s’est amusé à caricaturer indignement la sainte de la patrie, sous le titre menteur de Vie de Jeanne d’Arc
.
Après avoir pris connaissance de cette œuvre malsaine, où la vérité est travestie et la religion bafouée, presque à chaque page, nous nous sentîmes poussé à étudier, plus à fond que nous ne l’avions fait jusque-là, cette figure d’héroïne et de sainte, dont la carrière, si courte qu’elle ait été, n’en est pas moins la merveille de notre histoire, et de toutes les histoires
. [Vallet de Viriville, cité par le père Ayroles, La Vraie Jeanne d’Arc, t. II, p. 378.]
À cet effet, nous parcourûmes, l’un après l’autre, sans hâte et la plume à la main, les cinq gros volumes in-4°, dans lesquels le R. P. Ayroles a réuni le texte ou la traduction des, documents originaux concernant la Pucelle.
Après avoir choisi, dans cette masse de documents, ceux qui présentent le plus d’intérêt et les meilleures garanties d’exactitude, nous les avons coordonnés ensemble, citant textuellement les uns, résumant les autres, glissant çà et là quelques observations, de manière à former un tout intéressant et bien homogène.
Notre préoccupation constante a été de donner, en style simple et clair, une biographie aussi vivante et complète que possible, malgré sa concision. Y avons-nous réussi ? Des amis, bons juges en fait de littérature et d’histoire, ont bien voulu nous le dire. C’est sur leur conseil que nous nous hasardons à publier un travail que nous avons entrepris et achevé, sans autre but que d’occuper pieusement et agréablement nos loisirs.
On remarquera la place considérable que nous avons ménagée, dans notre récit, aux déclarations faites par la Pucelle, sous la foi du serment, pendant son procès, aux paroles qu’elle a prononcées en diverses circonstances, aux lettres qu’elle a dictées. Ce sont là, à nos yeux, des documents d’une valeur incomparable. Aussi, pour les mieux mettre en lumière, nous les avons fait imprimer en caractères italiques.
L’action de notre sainte héroïne ne s’est pas terminée à son martyre, ni même à la libération du sol français, qui fut la conséquence immédiate de ses exploits. On verra, dans le livre IV, consacré à sa vie posthume, comment sa mémoire, outragée par ses bourreaux, réhabilitée par les délégués du Pape, longtemps méconnue, même en France, glorifiée enfin par l’Église, est devenue, de nos jours, un trait d’union, un signe de ralliement, au milieu de nos discordes civiles, et, par conséquent, un précieux gage d’espérance pour l’avenir du pays.
Actuellement, l’héroïsme de notre armée ne réalise-t-il pas une prophétie de la Bienheureuse ? Nous le croyons et nous avons essayé de le montrer dans l’Épilogue.
Jeanne d’Arc a-t-elle su lire et écrire ? On trouvera, à la fin du volume, la réponse à cette question, qui a été inopinément soulevée, dans ces derniers temps.
Daigne la Bienheureuse bénir notre travail !
Avant-propos (seconde édition, 1921)
Notre Jeanne d’Arc
parut en octobre 1916, deux ans après le commencement de la Grande Guerre, dont les angoissantes péripéties allaient encore, durant plus de deux ans, absorber l’attention publique. Une nouvelle biographie de l’héroïne, éclose après tant d’autres, et paraissant dans des circonstances si défavorables, avait toutes chances de passer inaperçue.
C’est en effet ce qui arriva, sauf dans notre entourage, tant que dura la guerre, malgré les grands éloges que lui donnèrent quelques Revues.
Cependant nous n’avons pas eu à regretter l’imprudence que nous commettions en éditant le volume à nos frais. Bien au contraire : non seulement l’édition a fini par s’écouler, mais d’assez nombreuses commandes nous sont parvenues après l’épuisement du stock et beaucoup, nous écrit Mgr Gibier, évêque de Versailles, demandent une nouvelle édition.
Celle-ci est la reproduction fidèle de la première, à part deux ou trois corrections de détail. Mais la disposition typographique a été améliorée et le texte complété par le récit de deux faits d’importance majeure : cérémonie de la canonisation et institution de la fête nationale de Jeanne d’Arc.
J. Dupont
École de Saint-François de Sales, à Alençon. Le 17 avril 1921, en la Solennité de saint Joseph.
Maurice Barrès Pendant la bataille de Verdun, 1919
Évocation du père Ayroles au tome IX de sa série sur l’Âme française et la Guerre.
Titre complet : L’âme française et la guerre. Pendant la bataille de Verdun, par Maurice Barrès, de l’Académie française, président de la Ligue des patriotes. Paris, Émile-Paul frères, 1919.
Lien : Gallica
[Au sujet de l’église de la Chapelle, où Jeanne entendit la messe le matin de l’attaque de Paris, le 8 septembre 1429 :]
Les chroniqueurs ne disent rien de plus sur cette matinée du 8, mais songez au silence, aux graves pensées d’un prélude de bataille. Où croyez-vous qu’aille Jeanne dès l’aube ? Saint Louis et ses chevaliers, avant de jeter le cri : En avant !
gagnaient, pieds nus, la petite chapelle improvisée dans leur camp. Le jeu des heures donne la certitude que Jeanne assista ce matin de fête à la messe et, nécessairement, ce me semble, s’agenouilla dans cette Chapelle Saint-Denis, sur les dalles, auprès de ces vieux piliers.
À son procès, ses juges, ou plutôt ses bourreaux, lui disent : Était-ce bien d’aller assaillir Paris au jour de la Nativité de Notre-Dame, un jour de fête ?
Elle respond, c’est bien fait de garder les festes de Nostre-Dame et en sa conscience lui semble que c’estait et serait bien fait de garder les festes de Nostre-Dame depuis un bout jusqu à l’autre.
Un commentateur, qui est un théologien le Père Ayroles, remarque à cette occasion :
Elle esquive une réponse directe et indique par les mots d’un bout à l’autre qu’on avait satisfait aux devoirs essentiels de la fête par l’audition de la messe, avant d’aller à l’attaque.
(Vraie Jeanne d’Arc, IV, 70.)
Yves de La Brière Les Luttes présentes de l’Église, 6e série, 1924
Dans un chapitre sur la canonisation de Jeanne d’Arc, le père Yves de La Brière rappelle que Jeanne d’Arc nous enseigne la doctrine du Règne social de Jésus-Christ et mentionne les travaux du père Ayroles.
Titre complet : Les Luttes présentes de l’Église, sixième série, l’Église et l’État durant quatre années d’après-Guerre, 1920-1924. Yves de La Brière, professeur à l’Institut catholique de Paris. Gabriel Beauchesne éditeur, Paris, 1924.
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[P. 137-139 :]
III. — La Canonisation de sainte Jeanne d’Arc, la Canonisation de sainte Marguerite-Marie comportent une signification d’ordre surnaturel qu’il est indispensable de mettre en relief.
Messagère du Roi du ciel pour faire cesser la grande pitié du royaume de France, Jeanne d’Arc rendit témoignage par ses actes et ses paroles, à une vérité doctrinale qui déborde les conditions particulières à la France du quinzième siècle. Message divin dont le caractère est universel et permanent.
Le Légat pontifical, cardinal Vico, le rappelait solennellement, le 17 octobre dernier, dans la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre, au soir de la Dédicace : Jeanne d’Arc nous enseigne la doctrine du Règne social de Jésus-Christ, du droit souverain de Dieu et de son Christ sur les peuples et les États.
Le droit souverain de Dieu sur la société en tant que société existe par le fait même que Dieu est le Créateur et le Maître de la société en tant que société. Cette doctrine, déjà inscrite dans la nature de l’homme et la nature des choses, trouve dans la doctrine révélée des affirmations encore plus nettes et plus péremptoires. Nous avons résumé naguère les copieux travaux du Congrès eucharistique de Lourdes en 1914 et précisé les titres divins de la royauté sociale de Jésus-Christ d’après l’Ancien et le Nouveau Testament.
[…]
La Pucelle d’Orléans traduira un jour cette doctrine par un geste gracieux et symbolique. Elle fit signer par Charles VII un acte notarié de donation du royaume de France à Jésus-Christ. Puis elle conféra de la part du Christ, l’investiture du même royaume à Charles, comme lieutenant du Roi du ciel. Un témoin de la scène en fera déposition authentique le 3 mai 1456 : et ce sera l’un des plus chevaleresques compagnons d’armes de Jeanne à Patay, le duc d’Alençon.
Parmi les historiens de Jeanne d’Arc, il en est un qui associe l’enseignement doctrinal et théologique à une consciencieuse enquête sur la matérialité des faits : le R. P. Ayroles, l’auteur de la Vraie Jeanne d’Arc. Dans chacun des cinq volumes de ce grand ouvrage : la Pucelle devant l’Église de son temps, la Paysanne et l’Inspirée, la Libératrice, la Vierge guerrière, la Martyre (tous publiés chez Emmanuel Vitte), son mérite particulier est de faire ressortir le témoignage rendu par Jeanne d’Arc au droit souverain de Dieu et du Christ sur la cité temporelle.
Ce droit est véritable pour tous les pays et tous les âges, même si l’infirmité des conditions humaines établit une grande distance entre les contingences du réel et les imprescriptibles certitudes du droit.
Bibliothèque Alexandre Sorel Société historique de Compiègne, 1925
Source : Société historique de Compiègne. — Procès-verbaux, rapports et communications diverses, XXVIII, 1925.
Lien : Livres mystiques
Catalogue de la Bibliothèque Alexandre Sorel consacrée au souvenir de Jeanne d’Arc
[Introduction, par Jean-Baptiste Mestre.]
La ville de Compiègne possède un fonds de bibliothèque exclusivement composé d’ouvrages relatifs à Jeanne d’Arc. Ce fonds lui a été légué par M. Alexandre Sorel, suivant testament du 20 février 1900 dont voici la teneur :
Je donne et lègue à la ville de Compiègne, le corps de bibliothèque qui se trouve dans mon cabinet et que j’ai consacré au souvenir de Jeanne d’Arc, et, en même temps, tous les ouvrages enfermés dans ce meuble et qui ont trait à celle dont j’ai toujours vénéré la mémoire. La seule condition que je mette à cette disposition, c’est que ce corps de bibliothèque et son contenu seront placés dans une des salles du Musée Vivenel…
Toutefois, si plus tard il entrait dans les intentions de l’Administration municipale de Compiègne de consacrer à l’Hôtel de Ville, en dehors du Musée, ou dans les anciens bâtiments de l’Hôtel-Dieu, une salle réservée au souvenir de Jeanne d’Arc, la bibliothèque et les livres qu’elle contient pourraient y être transportés.
Je donne et lègue au même titre, à la ville de Compiègne, tous les tableaux, dessins, bronzes et gravures ayant trait à Jeanne d’Arc, à l’exception de la Jeanne d’Arc de Chapu, à la condition expresse que tous ces objets soient renfermés dans la même salle que le corps de bibliothèque et aient le même sort.
Ce legs a été accepté par le Conseil municipal de Compiègne, dans sa séance du 25 juillet 1902.
Pour ma part, obéissant au désir exprimé à l’une des dernières réunions de la Société historique, et suivant les indications de M. Guynemer, j’ai fait l’inventaire des ouvrages si pieusement réunis par celui qui fut toute sa vie, suivant l’expression de M. le baron de Bonnault, le Loyal Serviteur
du culte de Jeanne d’Arc. […]
En 1839, Vallet de Viriville estimait à 500 le nombre des auteurs qui s’étaient occupés de la Pucelle d’Orléans ; le Livre d’Or de Jeanne d’Arc de P. Lanéry d’Arc, paru en 1894, montre que ce hombre avait déjà quintuplé à cette époque, et depuis cette production, loin die se ralentir, ne s’est-elle pas encore multipliée ?
[Suit une notice biographique et bibliographique d’Alexandre Sorel (1826-1901), qui consacra plus particulièrement ses dernières années au culte de Jeanne d’Arc
.]
[Catalogue, p. 113.]
Ayroles (Le P. J.-B.) de la Cie de J.
- Jeanne d’Arc sur les Autels et la Régénération de la France. Paris, Gaume, 1885. — 1 in-12.
- La vraie Jeanne d’Arc ; I. La Pucelle devant l’église de son temps, documents nouveaux. Paris, Gaume et Cie, 1890. — 1 gr. in-8.
- La. vraie Jeanne d’Arc ; II. La Paysanne, l’Inspirée d’après ses aveux, les témoins oculaires et la libre-pensée. Paris, Gaume et Cie, 1894. — 1 gr. in-8.
- La vraie Jeanne d’Arc ; III. La Libératrice, d’après les chroniques et les documents français et anglo-bourguignons et la chronique inédite de Morosini. Paris, Gaume et Cie, 1897. — 1 gr. in-8.
- La vraie Jeanne d’Arc ; IV. La Vierge guerrière d’après ses aveux, des témoins oculaires, la chrétienté, les poètes du temps, les registres publics et la libre-pensée. Paris, Rondelet, 1898. — 1 gr. in-8.
- Thalamas contre Jeanne d’Arc. Paris, Bonne Presse. — 22 p. in-12 s. d.
- Jeanne d’Arc et la Cie die Jésus. Paris, Schneider, s. d. — 31 p. in-12.
- Un document contemporain sur Jeanne d’Arc. La chronique Morosini. [Suite dans 5 nos des
Études religieuses, philosophiques, historiques et littéraires
publiées par les P. P. de la Cie de J., 15 oct., 15 nov., 15 décembre, 15 janvier et 15 février 1896.]
[Catalogue, p. 128.]
[Correspondance entre l’abbé Desnoyers, le préfet des Vosges, MM. Sedille, architecte, Herluison, libraire à Orléans, l’abbé Mourot, les sœurs de Domrémy et le P. Ayroles. 74 pièces].
Salomon Reinach Observations sur le texte du procès de condamnation de Jeanne-d’Arc, 1924
Reinach s’interroge sur plusieurs questions que lui ont inspiré la nouvelle édition du Procès de condamnation, par Pierre Champion, et compare les avis respectifs de Quicherat ou du père Ayroles.
Source : Mémoire lu à l’Académie des inscriptions, août-septembre 1924, et publié dans la Revue historique, mars-avril 1925, p. 200-223. — Publié ensuite dans l’ouvrage Amalthée : mélanges d’archéologie et d’histoire, tome 2, 1930. Chapitre XXII, p. 358-390.
Lien : Gallica
La publication, par M. Pierre Champion, d’une nouvelle édition du Procès de condamnation de Jeanne d’Arc invite à reprendre l’examen de quelques passages de ce précieux et difficile document. […]
[De la lumière qui accompagne les apparitions, p. 368 :]
Nous verrons plus loin que bien des choses, autrement incompréhensibles, s’expliquent par les souvenirs que les interrogatoires de 1429 lui avaient laissés ; 3° à la fin de la phrase citée, le P. Ayroles a corrigé tacitement ipsum en ipsam ; c’est à peine une correction, tellement l’u et l’a se ressemblent dans cette minuscule du XVe siècle. Mais ce n’est pas seulement le bon sens qui réclame ipsam ; c’est l’identité avec d’autres passages que j’ai cités à l’instant : vocem quae venit ad ipsam, voces venientes ad ipsam. C’est sans doute à cause de ce malencontreux ipsum qu’Anatole France a traduit …
[Du livre dont parle Jeanne lorsqu’elle répond à ses juges : Vous avez réponse sur tout cela. Lisez bien votre livre et vous le trouverez.
, p. 382-383 :]
Votre livre
désigne-t-il le registre de Poitiers ? […] Quicherat écrit en note à ces derniers mots : Les interrogatoires de Poitiers, ou peut-être l’Évangile que tenait l’un des juges.
Cette dernière hypothèse est invraisemblable, car, à quelques minutes d’intervalle, votre livre et ce livre ne peuvent signifier des choses différentes. Le P. Ayroles écrit :
Les interrogateurs de Rouen possédaient-ils l’interrogatoire de Poitiers, ou se le procurèrent-ils ? Il semble bien qu’au 15 mars il était sous les yeux de l’accusée, puisqu’à la séance de ce jour elle répondait : la plus grande partie de ce que l’ange m’a appris est dans ce livre.
Resterait à savoir comment Jeanne, illettrée, a reconnu le registre de Poitiers ou une copie de ce registre ; il faudrait admettre qu’on le lui eût montré hors séance ou dans une partie non conservée de son interrogatoire. M. P. Champion, à la différence de ses prédécesseurs, me paraît être tout à fait dans le vrai quand il nie que votre livre
et ce livre
désignent le registre de Poitiers : c’est celui du procès en cours, où s’inscrivait la minute française des interrogatoires. Ce que le P. Ayroles inclinait à croire, M. Goyau l’admet comme certain, sans d’ailleurs donner de preuves, ce qui ne convenait peut-être pas au caractère populaire de son ouvrage. Il reconnaîtra sans doute, à la réflexion, que M. Champion a raison…
[Table des matières :]
XXII. Observations sur le texte du procès de condamnation de Jeanne-d’Arc, 358-390.
- Publication en français du Procès par P. Champion, 358.
- Le texte latin est incomplet et condensé, 359.
- Passage que la suppression des questions posées rend inintelligible, 360.
- Questions relatives au jeûne de Jeanne, 361.
- Raisons de la curiosité des juges à cet égard, 362-364.
- L’influence du jeûne sur les songes d’après Tertullien n’était pas inconnue des juges de Rouen, 365.
- Questions des juges sur la lumière qui accompagnait les voix et les visions de Jeanne, 366,367.
- Contre-sens d’Anatole France, 368.
- Prétendues impertinences de Jeanne, 369.
- Merveilleuse mémoire de Jeanne, 370.
- Quand elle ne veut pas répondre ou a déjà répondu, elle dit :
Passez outre
, ouCe n’est pas mon procès
, 371, 372. - L’éducation de Jeanne à ce sujet a été faite pendant son examen à Chinon et à Poitiers par l’avocat chez lequel elle logeait, Jean Rabateau, 373.
- Les réponses de Jeanne sur la clarté qui accompagnait les voix sont des souvenirs de ses premiers examens, 374.
- Elle se réfère souvent à l’examen de Poitiers, 375-379.
- La correspondance de Jacques Gelu avec Charles VII, 380.
- On n’a pas attendu que la fortune tournât contre elle pour la mettre en suspicion,381.
- L’examen de Poitiers, comme le procès de Rouen, fut clos par un acte de l’autorité politique, 582.
- Le registre de Poitiers n’était pas devant les juges de Rouen, 383.
- Charles VII a dû le faire détruire, 384.
- Jeanne sait, par l’examen de Poitiers, distinguer une apparition divine d’une apparition diabolique, 386.
- Jeanne, en prison, a dû savoir que son parti l’abandonnait, 386.
- Gerson avait prévu le revirement dont Regnault de Chartres donna le signal, 387.
- C’est pourquoi Jeanne refuse tout appel au parti français, 388.
- Absence d’un procès préliminaire de diffamation, 389.
- Mais il y avait eu enquête auprès de transfuges du parti français, 390.
Yvonne Pirat Jeanne d’Arc devant ses juges, 1942
Nombreuses références au père Ayroles en notes de bas de page.
Lien : Gallica
[P. 12 :]
Ces objurgations, tour à tour autoritaires et obséquieuses, se retrouvent dans une nouvelle lettre au duc de Bourgogne par laquelle l’Université requiert juridiquement, par notre sire, le roi d’Angleterre
, que Jeanne lui soit livrée et déclare que, au jugement de tous les bons catholiques en ce connaissant, jamais si grande blessure à la foi ne serait advenue
si Jeanne était libérée sans convenable réparation
. Ainsi, comme le dit Ayroles, aux yeux des docteurs parisiens, le reste de l’univers avait donc cessé d’être catholique
!
Pierre Marot Mémorial du Ve Centenaire de la réhabilitation de Jeanne d’Arc, 1456-1956
Extrait de sa contribution : De la réhabilitation à la glorification de Jeanne d’Arc à propos du père Ayroles.
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[P. 149 :]
[Simeon Luce] s’était abstenu, comme son maître Quicherat, de se prononcer sur la question de l’origine divine de l’inspiration, certains crurent voir dans son œuvre comme une expression du déterminisme historique, ce fut le cas du P. Ayroles.
De 1890 à 1898, ce religieux de la Compagnie de Jésus, se proposa de révéler la Vraie Jeanne d’Arc en cinq gros volumes ; dans le dessein de réfuter les écrivains libres-penseurs
, ce qu’il fit parfois avec une acrimonie singulière et une ardeur un peu naïve
, selon l’expression de Marius Sepet, croyant abolir l’œuvre de ceux qui l’avaient précédé
, il reprit, dans un sens catholique, l’étude en profondeur de toutes les sources pour retrouver la paysanne et l’inspirée (ainsi que la prophétesse
), la libératrice, la guerrière et la martyre, s’attachant à mettre en lumière les traits surnaturels de la fille de Dieu
.
Des documents nouveaux avaient été mis à jour ; le P. Ayroles fut un des premiers à utiliser la chronique italienne d’Antonio Morosini, dont la Société d’histoire de France édita, avec une traduction française due à L. Dorez et G. Lefèvre-Pontalis, la partie intéressant l’histoire de notre pays et spécialement Jeanne d’Arc (1898-1902). Le savant jésuite s’efforçait ainsi de fournir les matériaux nécessaires à ceux qui voulaient introduire le procès de béatification. Il avait annoncé son œuvre par un livre dont le titre est expressif : Jeanne sur les autels (1885). De nombreux ouvrages sur Jeanne furent alors publiés par le clergé, tels ceux du chanoine Debout (1890) ou du chanoine P.-H. Dunand, qui, après avoir écrit une Histoire complète de la bienheureuse Jeanne d’Arc et, voulant rendre hommage au premier historien de Jeanne
, édita l’Histoire de la Pucelle d’Orléans d’Edmond Richer, demeurée manuscrite depuis le XVIIe siècle (1911-1912). Ces livres trouvèrent d’ardents contradicteurs.
Jacques Dalarun 1999
Étude sur le Troisième procès de Jeanne d’Arc.
Source : Images de Jeanne d’Arc, actes du Colloques de Rouen, 25-26-27 mai 1999, p. 53-65.
Commentaire. — Le portrait que Dalarun dresse du père Ayroles et de sa réputation au sein de l’Église semble assez éloigné de ce qui ressort de son œuvre et de ce qu’en ont dit ses contemporains.
Autodidacte hyperactif, d’une suffisance sans fard, monarchiste
? Autodidacte ? Ayroles a été formé pendant quinze ans chez les Jésuites. — Suffisant ?
Certains de ses partisans ont pu le trouver trop vif, mais nul ne lui a jamais reproché d’être suffisant. — Monarchiste ? La moitié de la France l’était à des degrés divers. Ayroles l’était-il ? Il n’a pas de mot assez fort pour critiquer l’ancien régime et son absolutisme (cf. l’avis d’Albert Desplagnes [Voir]) ; (cf. aussi les défenseurs de la cause à Rome en 1893 : le P. Ayroles, en relatant la mission divine de Jeanne en faveur de Charles VII, n’affirme pas que la France doive, de par Dieu, n’avoir d’autre forme de gouvernement que la monarchie
, cité par Pie de Langogne [Voir]. Ayroles était pour la royauté du Christ, ce qui n’a rien à voir et s’accommode à tout type de gouvernement. En 1905 il rédigea son unique essai politique : Les responsabilités des électeurs du bloc maçonnique [Voir], exhortant les catholiques à voter aux élections législatives des 6 et 20 mai 1906.
Ce qui est plus problématique, c’est le rôle que Dalarun lui attribue dans le processus de béatification. Il présente le père Ayroles comme un électron libre, extravagant et nuisible, convoqué par erreur et presque à regret, un paria. Ayroles est un mauvais calcul.
Le témoignage d’Ayroles mettra la cause en difficulté.
On devine le mélange d’ironie et d’irritation qu’il [dût] susciter.
Pour étayer cela, Dalarun cite quelques propos du père Ayroles, supposés avoir embarrassé le tribunal en 1897 par leur outrance et leur déraison. En réalité, ces citations proviennent de son premier volume Jeanne d’Arc sur les autels (1885), et furent utilisées par Mgr Caprara, l’avocat du diable lors du procès d’introduction de la cause en 1893, tel que rapporté par Pie de Langogne dans sa couverture des échanges [Voir]. Caprara tentait d’attaquer la défense, qui avait versé au dossier les deux premiers ouvrages du père Ayroles : Jeanne d’Arc sur les autels et le premier tome de la Vraie Jeanne d’Arc. Étrangement, Dalarun s’en tient aux objections de Caprara sans mentionner la réponse de la défense :
Ces intempérances de plume — car la pensée de l’Auteur est, en substance, très correcte — ne pouvaient échapper à la perspicacité de Mgr Caprara. Mais les défenseurs, de leur côté, ne perdent pas de vue que ce sublime débat ne doit pas sortir des données juridiques, c’est-à-dire des pièces dûment versées au dossier ; et partant, après avoir ramené à leur vrai sens les paroles du père Ayroles, ils coupent court à cette objection latérale en disant qu’il s’agit, en l’espèce, de la cause de Jeanne, et non pas des écrits relatifs à Jeanne.
Ainsi, bien que la pensée du père Ayroles fût parfois véhémente, elle n’était certainement pas de nature à choquer les juges des différents procès qui suivirent le décret d’introduction de la cause (27 janvier 1894). Au contraire, c’est cet ouvrage qui lui valut sa réputation et justifia sa convocation. Jeanne sur les autels reçut l’approbation des évêques de Montpellier et de Rodez (ce dernier demandant même à le verser au procès de béatification), ainsi que la bénédiction orale de Léon XIII par l’intermédiaire du père Cornoldi. [Voir].
Dalarun rappelle également le ralliement du pape à la République, ouvert par le toast d’Alger en 1890
, que le bouillant jésuite
serait venu saper. Or, non seulement les propos cités sont antérieurs à ce ralliement, mais en outre, Léon XIII consacra l’œuvre du père Ayroles par un bref du 25 juillet 1894, louant la sagesse de ses jugements
. [Voir].
Dalarun poursuit : Fracassant, il occupe tout l’espace.
Effectivement, le père Ayroles fut le témoin principal (testis præcipuus [Voir]) de tous les procès à Orléans : en 1894 (procès de non-culte), en 1897 (procès sur l’héroïcité des vertus, où il fut interrogé pendant un mois), et en 1901 (commission pour répondre aux objections de l’avocat du diable). Le nouvel évêque d’Orléans, Mgr Touchet, autorité suprême des tribunaux, écrivait en 1903 à ses diocésains :
Le père Ayroles est l’homme le mieux renseigné que je sache au monde sur Jeanne d’Arc. [Voir]
Mgr Touchet emmena le père Ayroles à Rome en 1909 pour les cérémonies de béatification, le gardant à ses côtés lors de l’audience privée que Pie X lui accorda le 19 avril. De retour, il résuma la cause dans une lettre pastorale (mai 1909), concluant sa lutte contre l’avocat du diable en ces termes :
C’est l’occasion de payer un tribut d’hommages aux services que nous rendirent en ces circonstances MM. les chanoines Dunand et Debout, MM. Marius Sepet et Wallon, M. Léopold Delisle et surtout le R. P. Ayroles. [Voir]
En conclusion, il nous semble indiscutable que le père Ayroles a toujours été hautement estimé par les plus grandes autorités ecclésiastiques, ainsi que par les intellectuels et historiens catholiques de son temps.
[…] En janvier 1894 est signé le bref d’introduction qui la fait déjà vénérable. La dernière touche au portrait est mise en 1897 par l’énorme procès sur les vertus, qui relève du Saint-Siège, mais fut en fait délégué à l’évêque d’Orléans. (La meilleure analyse du procès faite à l’époque fut celle de M. Aurelio Regis, La canonizzazione di Giovanna d’Arco
, dans Rivista d’Italia, 8/5, mai 1905.)
[…] Le procès apostolique de 1897 est une somme énorme — 1.741 pages — et disparate. Wallon est présent, mais très en retrait. Marius Sepet, plus jeune, représentant de cette école catholique savante et modérée, aurait dû prendre logiquement la relève. Mais sa déposition est brève. Il y a en cet ancien élève de l’École des chartes une solidarité de corps qui joue en faveur de Quicherat, de Vallet de Viriville, de Siméon Luce, ses maîtres et amis. Trop mou.
Car le ton s’est durci avec l’affrontement de l’Église et de l’État en France. L’homme de la conjoncture est bien plus le jésuite Jean-Baptiste Ayroles, autodidacte hyperactif, d’une suffisance sans fard, monarchiste. Fracassant — La Pucelle est tout entière de l’école du Syllabus !
[Jeanne d’Arc sur les autels, p. 188], — il occupe tout l’espace. Le 11 mai 1897, après 13 sessions d’examen, il s’écrie : Je demande à établir, Benoît XIV en main, saint Thomas en main, que Jeanne est martyre !
Les juges doivent alors pâlir et s’empressent de lui dire que ce point n’est pas de la compétence du tribunal.
Le témoignage d’Ayroles, en réalité, mettra la cause en difficulté devant la Congrégation des Rites. Alors que Léon XIII s’en tient au ralliement à la République ouvert par le toast d’Alger
en 1890, le bouillant jésuite déclare : Jeanne d’Arc, c’est la France sollicitée de se remettre sur la voie de la France de Charlemagne et de Saint Louis !
[Ibid., p. 449] Quant à ses cocoricos du style : La Pucelle, idéal de la virginité française
[Ibid., p. 63] ou Le caractère français, reflet de ce qu’il y a de plus frappant dans le Sauveur
[Ibid.], on devine le mélange d’ironie et d’irritation qu’ils peuvent susciter dans les milieux romains. Ayroles est un mauvais calcul, mais il surgit à cette date avec la force de l’événement et annonce le tournant du XXe siècle : la politisation outrancière de la figure de Jeanne d’Arc, ce qui n’était au départ ni le propos d’un Dupanloup, ni celui du Saint-Siège.
Jean-Claudes Ayroles 2019
Extrait de sa contribution biographique, d’une lettre à sa nièce sur son voyage à Rome en 1909.
Ascendance de l’auteur. — Jean-Claude Ayroles (1945-2020) est le fils de Pierre Ayroles (1901-1976), fils de Louis Ayroles (1873-1939), fils de Pierre-Paulin (1839-1923), frère cadet du père Ayroles.
Source : R. P. J.-B.-J. Ayroles, Œuvres complémentaires, GdG Éditions, 2019, p. 7-8.

Biographie (extraits)
C’est le 28 novembre 1828, au village de Py, dans la commune de Loubressac, mais dépendant de la paroisse de Pauliac que naquit Jean Baptiste Joseph Ayroles, premier enfant de Pierre Ayroles et de Jeanne Marie Martin son épouse. Issu d’une famille de tradition chrétienne ou sa grand-mère avait caché un prêtre réfractaire dans la grange de Bouzols pendant la période révolutionnaire, Il fut l’aîné d’une fratrie de huit frères et sœurs.
Sa vocation s’exprima dès l’âge de 9 ans lorsqu’il manifesta à sa mère son désir de devenir prêtre. Il était alors en classe à Miers. Un membre de la famille lui dit que son père ne le voudrait pas, ce qui l’affligeait fort. Il était l’aîné de la famille et la tradition voulait qu’il soit le bâton de vieillesse
de ses père et mère en prenant leur succession à la ferme. Sa mère accepta en lui disant qu’il n’y avait pas de sacrifice que son père ne fut résolu pour cela
. Il avait été dit à l’enfant que celui-ci avait conservé un mauvais souvenir d’un grand oncle, prêtre, qui pour affaire de succession avait mis la famille dans l’embarras. Mais la mère détruisit chez son fils cette impression en lui disant que son grand-père serait heureux de voir son petit-fils prendre un pareil chemin et elle l’encouragea à se préparer à cette carrière.
Cet engagement se confirma : après avoir passé deux ans au grand séminaire de Montauban et en dépit de cette opposition paternelle, il entra chez les jésuites le 2 avril 1850. Par une lettre écrite du noviciat de la province de Toulouse, l’abbé Jean Baptiste annonçait à sa famille que le sacrifice était consommé
, c’était son choix, il s’engageait dans cette voie et il demandait à ses parents de le ratifier. Dire les sentiments de ces derniers n’est pas chose facile, Dieu seul les a connus. Ce fut presque de la colère pendant quelques temps du côté du père qui ne voulait entretenir aucune relation avec son fils. La mère sans ressentir moins vivement les douleurs de la séparation fut moins sévère ; avec le temps, elles s’effacèrent et après plusieurs années de séparation, le fils fut accueilli avec tendresse par son père et sa mère qui conserva pieusement toutes ses lettres et chaque visite du fils fut une fête de famille. Ces visites qui furent fort rares.
Il fut ordonné prêtre dans la chapelle de l’évêché du Puy-en-Velay le 25 mai 1861. Admis à la profession solennelle des quatre vœux le 15 août 1865, il fut nommé professeur à la maison d’étude de Vals et à ce titre responsable des jeunes religieux de son ordre. Il fut expulsé comme tous les jésuites le 9 juin 1880 en exécution des décrets du 29 mars 1880. Il relata avec force détails ces évènements dans plusieurs lettres adressées à ses parents. Il partit pour un monastère des environs de Madrid avec tous les membres de son ordre dépendant de la province de Toulouse. Il consacra ses recherches d’historien à Jeanne d’Arc dont il devint le grand spécialiste et ses écrits firent autorité.
[Dernières années :]
Le père Ayroles célébra son jubilé cinquantenaire d’entrée en religion chez les pères du 35 rue de Sèvres à Paris dans le 7e arrondissement, le 12 juillet 1910.
Il lui fallut faire bonne contenance et se laisser complimenter.
En octobre 1917 il fit une chute due à un grand état de faiblesse qui lui fit une profonde blessure à la tempe. Après deux mois de convalescence il put reprendre son travail. […]
Au cours de l’année 1921 alors que son état de santé s’était rétabli et qu’en juillet il avait pu faire une promenade en automobile, le père Ayroles écrit à son frère Louis une lettre qui n’était ni datée ni signé et qui indiquait qu’un trouble de conscience était survenu. Il s’accusait de scandales donnés à sa famille, lui dont la vie avait été exemplaire, il y demandait la destruction de ses lettres. Une autre lettre du 4 octobre est presque illisible tant il a de mal à tenir la plume, atteint d’une double pneumonie qui s’ajoutait à ces troubles.
Il rendit son dernier soupir le 16 octobre 1921 à 3 heures du matin, chez les jésuites de la rue Calvé à Bordeaux, il avait 93 ans.
Ses obsèques furent célébrées en la cathédrale de Bordeaux le 18 octobre 1921 en présence de toutes les communautés religieuses et de nombreux amis surtout parmi le clergé. Amédée Ayroles de Py, Maurice Ayroles de Gaubert et son frère le docteur Laurent Ayroles représentaient la famille du défunt.
Lettre à sa nièce sur son voyage à Rome en 1909 (extraits)
Lettre datée du 28 mai, à sa nièce sœur Jeanne Gabrielle, exilée à Zarautz au Pays basque espagnol.
On peut en extraire la chronologie suivante, d’un voyage qui dura 22 jours :
1. Célébration de la Béatification :
- 18 avril (dimanche), de 9h30 à midi, basilique Saint-Pierre : lecture du bref de béatification, première messe en l’honneur de Jeanne (en l’absence du pape) ;
- 18 avril, 17h, basilique Saint-Pierre : Pie X vénère l’image de la nouvelle Bienheureuse ;
- 19 avril (lundi), matin, cabinet de travail du Pape au Vatican : audience privée avec Pie X ; sont également présents Mgr d’Orléans, M. Herzog et une petite dizaine de personnes ;
- 19 avril, 11h, basilique Saint-Pierre : audience générale des pèlerins français ;
2. Célébrations qu’Ayroles ne mentionne pas :
- 20 avril, 9h : réception des évêques français par Pie X dans sa bibliothèque privée.
- 20-22 avril : triduum à Saint-Louis-des-Français
3. Retour en France :
- 6 mai (jeudi), Assise : visite la basilique Sainte-Claire ;
- 7 mai, Lorette : dit la messe ;
- 8 mai, Lorette : visite la Santa Casa dans la basilique ;
- Florence ;
- Gênes.
[Sur les étapes de son retour :]
Mon voyage fait à petites journées, a été aller et retour, des plus heureux… J’avais la permission de rentrer par Lorette, Assise, Florence, j’ai pu vénérer les saints et les lieux saints plus remarquables de ces villes. À Gênes : sainte Catherine, à Florence : sainte Magdeleine de Pazzi, à Assise : sainte Claire.
[Sur son séjour à Rome :]
J’ai pu visiter [les très pauvres chambres occupées par saint Ignace, saint Louis de Gonzague, saint Jean Berchmans], y prier, célébrer dans l’une et dans l’autre, encore que le collège Américain où ma demeure avait été assignée, en soit éloigné d’une bonne demi-heure pour moi, si je m’y étais rendu à pied. Le Collège américain est destiné recevoir les séminaristes de l’Amérique du sud et du Mexique. Ils y vivent sous la discipline de nos frères…
[Sur la cérémonie de béatification, le dimanche 18 avril matin, à l’église Saint-Pierre :]
C’est là que j’ai assisté à la béatification de la Bienheureuse. Des tribunes mobiles avaient été élevées pour la circonstance (on les place toujours dans les mêmes occasions). Elles sont réservées aux Princes, aux Ambassadeurs, aux Postulateurs, à la famille, etc. M. Herzog m’a constamment réservé la première place. On évalue à 50.000 les Français venus à Rome pour assister à la glorification de la Libératrice.
[Sur l’audience privée avec Pie X, le lundi 19 avril, avant l’audience générale des pélerins français de 11 h. :]
Avant la cérémonie du lundi, je fus prévenu de me rendre chez M. Herzog, le Postulateur, que nous allions nous rendre au Vatican. Je ne m’attendais à rien de tout cela et je n’avais acheté aucun objet à faire bénir à sa Sainteté. Je me rendis à la Procure de Saint-Sulpice où des voitures étaient prêtes pour nous porter au Vatican, Mgr d’Orléans, M. Herzog et 8 ou 10 personnes. Nous attendîmes assez longtemps dans les salons ; le Pape a-t-on dit s’exerçait à la lecture de son discours.
Nous fûmes introduits dans son cabinet de travail. Il était debout, un grand vicaire d’Orléans ayant dit que je faisais péniblement les génuflexions [Ayroles avait 80 ans], le Pape, par un signe, exprima qu’il m’en dispensait, et j’étais à genoux près de sa table, le plus rapproché de sa personne.
Il me dit en latin :
— Que Dieu vous récompense de vos travaux, vous avez fait une œuvre bonne et utile ou agréable, (je ne me rappelle pas le qualificatif, mais la note indique que c’était un de ceux-là), pour la France, pour l’Église et pour moi.
J’étais tellement saisi que je ne trouvai pas un mot à répondre.
Il passa ensuite à d’autres et notamment à M. d’Estidues, infirme que Mgr d’Orléans avait demandé à introduire avec quelques autres.
L’audience qui avait duré 10 ou 12 minutes prenait fin, je me jetai à genoux près de son bureau auquel il était revenu et lui demandai en latin une bénédiction particulière pour ma famille, la Province de Toulouse, les pères et les frères de Bordeaux. Il me l’accorda très ample.
Je m’étais oublié moi-même, Sa Sainteté ajouta :
— Et aussi pour vous (pro tibi), [puis] priez pour moi (ora pro me).
À quoi je répondis :
— Je le fais chaque jour très Saint Père.