J. Gratteloup  : Documents sur le père Ayroles (2024)

Documentation : Mort et postérité (1921)

Mort et postérité

Annales religieuses du diocèse d’Orléans
octobre 1897

Éloge nécrologique. L’article mentionne un miracle survenu dans sa jeunesse, lorsqu’il aborde

les ressources de ce tempérament quercinois fortifié à 22 ans par un miracle.

Source : Annales religieuses du diocèse d’Orléans, vol. 60, 1921.

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L’un des hommes qui ont le mieux servi la cause de sainte Jeanne d’Arc, le R. P. Ayroles, s’est éteint à Bordeaux dans la quatre-vingt treizième de ses années.

Jusqu’à la fin de cette longue carrière, ou peu s’en faut, il demeura tel que nous l’avons connu et pratiqué il y a quelques vingt-cinq ans, un magnifique vieillard de très haute taille, aux épaules puissantes, avec une tête couronnée de cheveux gris, claire par des yeux de feu, coupée d’une large bouche sous un nez vigoureusement dessiné, le tout surmonté d’un beau front, bref un superbe type de montagnard quercinois. Ses suprêmes mois furent affligés par une surdité profonde qui le séparait quasi du reste du monde. Mais il avait tant observé, tant lu, tant retenu, que sa propre société lui suffisait… À moins que, ce qui semble aussi probable, sa vertu lui dictât l’acceptation sans phrase de son épreuve.

Jeanne d’Arc l’avait occupé de bonne heure. Il demanda à son général d’alors, la permission de se consacrer à l’étude des documents qui la concernent. Le général comprenant l’intérêt qu’il y avait pour l’Église, à ce que les pièces de débats cinq fois séculaires fussent revues, analysées, contrôlées, autorisa le jeune Ayroles à suivre son attrait. Celui ci se mit à la besogne, sérieusement, passionnément.

De son labeur il est sorti entre autres œuvres, cinq énormes volumes sous le titre général : La vraie Jeanne d’Arc et avec ses sous titres qui marquent bien la pensée de leur auteur : La Pucelle devant l’Église de son temps, La Paysanne et l’Inspirée, La Libératrice, La Vierge Guerrière, La Martyre. Dans ces ouvrages le Père Ayroles révisa la documentation publiée avant lui spécialement par l’illustre Quicherat. Il y ajouta quelques pièces ou totalement inconnues ou peu connues telles que la chronique de Morosini et la chronique des cordeliers. Cette œuvre est un peu diffuse, on pourrait dire sans exagération un peu confuse, mais vraiment elle est précieuse et sa table fort bien établie la rend maniable.

Plusieurs autres écrits prennent place à côté de ces deux là, L’université de Paris au temps de Jeanne d’arc, et Jeanne d’Arc sur les Autels, etc.

Le père Ayroles ne se piquait pas de sérénité. Quand il rencontrait l’erreur sur son chemin, volontaire ou involontaire il la maltraita sans nulle miséricorde pour la première, avec compassion pour la seconde.

J’appellerai toujours, nous disait-il, un chat un chat et Rollet un fripon. Notre ami commun, le regretté Chanoine Cochard, le gourmandait parfois pour son allure combative : Ce n’est pas tout à fait ça, lui disait-il d’un air bonhomme, vous donnez trop de coups de poing. Le Père Ayroles regardait en riant de toutes ses dents son contradicteur, redressait un peu sa haute taille, montrait ses fortes mains qu’il fermait d’un geste rude et répondait subitement grave : Dieu ne m’a pas fait cadeau de ces poings pour rien. Et puis, voyez-vous, déflorer Jeanne d’Arc de sa couronne surnaturelle, en faire sans scrupule, une malade, une hystérique, une folle, c’est découronner la France. C’est trop stupide.

Il fut notre principal témoin dans la cause de Sainte Jeanne d’Arc lors du procès des vertus. Il déposa devant notre tribunal pendant près d’un mois, à raison de six ou sept heures par jour. Il possédait étonnamment les sources, et ne se fatiguait jamais de les ouvrir. Nous lui fîmes une peine nécessaire mais assez cuisante en présentant la cause de Jeanne d’Arc comme cause de vierge et non pas comme cause de vierge-martyre. Elle est martyre, elle est vierge et martyre nous répétait-il. — Mais la Congrégation des Rites, mais le cardinal ponent Parocchi ne permettent pas que la cause soit présentée ainsi. — Il faut contraindre respectueusement la Congrégation et le cardinal ponent… Contraindre la Congrégation et le cardinal ponent ! toute l’humeur du Père Ayroles se révélait en ce conseil.

C’était avec cela une âme toute candide, toute pénétrée de la plus fraîche piété, toujours émue du bonheur de sa vocation. Ainsi, nous confiait-il, les pouvoirs publics ont rêvé que nous abandonnerions la Compagnie de Jésus… Mais quel malheur a-t-elle fait aux pouvoirs publics la compagnie ? À moi elle n’a jamais fait que du bien, elle est ma mère… Soixante douze ans il fut son fils. L’un de ses frères nous écrivait ce 16 octobre : Depuis quelques jours il s’était affaibli de façon à ne pouvoir mettre la dernière main à un manuscrit auquel il tenait beaucoup sur le surnaturel dans l’histoire de France. Il n’en suivait pas moins les exercices de la communauté, il participait à sa vie dans toute la mesure ou sa surdité, de plus en plus prononcée, le lui permettait. Il s’intéressait à la vie de l’Église et à tout ce qui touchait le culte de sainte Jeanne d’Arc.

Il y a trois semaines la pneumonie des vieillards survint, et du premier coup elle parut au médecin si grave qu’il prescrivit les derniers sacrements. Le père les reçut de la façon la plus édifiante, le 29 septembre jour de la saint Michel et le lendemain il réclama les prières des agonisants. Mais médecins et malade ne comptaient pas avec les ressources de ce tempérament quercinois fortifié à 22 ans par un miracle. Pendant trois semaines la résistance au mal fut telle que l’avant veille de sa fin, le médecin se trouva dans l’incapacité d’en déterminer à peu près la date. La mort par une nouvelle coïncidence est arrivée le jour de la seconde fête de saint Michel, celle de l’Archange au mont tombé. Avec sainte Jeanne d’Arc il a dû bien recevoir son grand dévot et le présenter à la lumière sainte.

En résumé le père Ayroles fut un beau religieux, un érudit de bonne marque, un admirable fidèle de la sainte, de la patrie pour les trois bons motifs : le zèle du vrai, l’honneur de la France et celui de la religion.

L’Express du Midi
18 octobre 1921

Nécrologie.

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Mort du R. P. Ayroles. — De notre correspondant particulier :

Cahors, le 17 octobre.

Nous avons le regret d’apprendre la mort du R. P. Ayroles, de la Compagnie de Jésus, décédé à l’Age de 93 ans.

Notre distingué compatriote avait été un des principaux artisans de la gloire de Jeanne d’Arc et avait contribué puissamment, à la béatification et à la canonisation de notre héroïne nationale.

Nous prions M. le chanoine Ayroles, frère du vénérable défunt et la famille d’agréer nos respectueuses condoléances.

La Croix
28 octobre 1921

Nécrologie.

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Un historien de Jeanne d’Arc

Le R. P. Jean-Baptiste-Joseph Ayroles est mort à Bordeaux, le 18 octobre, à l’âge de 92 ans, 10 mois et 23 jours.

Il était né au village de Py, paroisse de Paulhiac, le 22 novembre 1828, d’une famille très honorable et profondément, chrétienne. Il fut l’aîné de huit enfants, dont l’un est M. le chanoine Louis Ayroles, aumônier du Carmel de Cahors. À l’âge de 10 ans environ il entra au Petit Séminaire de Montfaucon, où il se distingua par la vivacité de son intelligence, son application au travail, la fermeté de sa volonté, son ardente piété. Au Grand Séminaire de Cahors il ne resta guère qu’un an et demi. Il en sortit, en 1849, malgré l’opposition de ses parents, pour répondre à l’appel de Dieu qui lui demandait d’entrer dans la Compagnie de Jésus. Son noviciat terminé, il professa à Montauban, à Toulouse, à la Sauve, aux Grands Séminaires de Mende et du Puy et missionna quelque peu entre temps. On le vit, plusieurs fois de suite, prêcher la retraite annuelle au sanctuaire du Mont-Saint-Joseph, à Saint-Jean-Lagineste, qu’il aimait d’une particulière affection, et ceux qui eurent le bonheur de l’entendre n’ont pas oublié le bien que fit à leur âme ce saint et zélé religieux.

Mais un jour vint où, avec l’autorisation de ses supérieurs, il abandonna missions et professorat pour se consacrer tout entier à la glorification de Jeanne d’Arc. Au cours de recherches historiques qui occupaient ses rares loisirs, il avait eu la bonne fortune de découvrir un document inédit concernant la vierge lorraine. Il se passionna immédiatement pour la sainte héroïne, se mit à étudier consciencieusement sa vie et résolut d’écrire, sur un plan nouveau, son histoire vraie et complète. Il y consacra 6 volumes in-quarto, qui témoignent d’un labeur acharné, d’une probité scrupuleuse, d’une richesse inouïe de documentation. L’histoire de Jeanne d’Arc par le R. P. Ayroles fait désormais autorité dans le monde savant.

Lorsqu’il eut terminé cette œuvre il alla prendre à Bordeaux un repos laborieux. Il resta, en effet, jusqu’à ses derniers jours, l’infatigable travailleur qu’il avait toujours été. L’âge n’avait affaibli ni ses forces physiques ni ses facultés intellectuelles et il les utilisait de son mieux pour te gloire de Dieu, l’honneur de Jeanne d’Arc et le bien des âmes.

Dieu semblait l’avoir laissé sur la terre pour lui permettre d’assister à la canonisation de sa Sainte bien-aimée — canonisation à laquelle son ouvrage avait contribué grandement. Cela lui valut une autre joie encore. Il vécut assez pour voir la France victorieuse et reconnaissante choisir Jeanne d’Arc comme patronne et faire de sa fête une fête nationale.

Aux derniers jours du mois de septembre, il fut atteint d’une pneumonie, compliquée par une maladie de cœur. Après dix-huit jours de souffrances, chrétiennement et énergiquement supportées, muni des derniers sacrements qu’il avait reçus en pleine connaissance, avec une tendre piété et une courageuse résignation, il rendit à Dieu sa belle âme le 16 octobre, à 8 heures du matin.

Bulletin religieux (Rouen)
5 novembre 1921

Annonce des décès de Mgr Delassus et du père Ayroles.

Source : Bulletin religieux de l’archidiocèse de Rouen, 20e année, n° 45, 5 avril 1921, p. 983.

Lien : Gallica

Mgr Delassus, qui dirigea pendant près de quarante ans la Semaine Religieuse de Cambrai et fonda ensuite la Semaine Religieuse de Lille, est décédé récemment [à 85 ans, le 6 octobre 1921]. C’était un grand laborieux, un prêtre de vertu et de talent, qui s’était surtout fait remarquer par ses combats de plume contre la franc-maçonnerie.

Également rappelé à Dieu ces jours-ci le R. P. Ayroles, de la Compagnie de Jésus, à l’âge de 93 ans. Par ses travaux savants et multiples, il avait puissamment contribué à la gloire de Jeanne d’Arc. Il aida ainsi pour une part à la béatification et à la canonisation de la sainte. L’ardent chevalier de Jeanne d’Arc, M. Albert Sarrazin, l’avait en grande estime.

Romans-revue
15 novembre 1921

Nécrologie.

Lien : Gallica

Décès. — Le R. P. Jean-Baptiste Ayroles, S. J. (1828-1921), décédé à Bordeaux le 21 octobre. Il laisse un ouvrage très estimé : La vraie Jeanne d’Arc (5 volumes, Vitte, 1890-1899).

Les Amitiés foréziennes et vellaves
décembre 1921

Nécrologie. On apprend que le père Ayroles laisse en manuscrit une histoire du pèlerinage de Notre-Dame du Puy, à laquelle il a travaillé pendant près de vingt ans.

Les Amitiés foréziennes et vellaves, n° 1, décembre 1921 (paraissant le 15 de chaque mois), p. 33.

Lien : Gallica

Le Père Ayroles, l’historien de Jeanne d’Arc, vient de mourir à Bordeaux. Il laisse en manuscrit une histoire du pèlerinage de Notre-Dame du Puy, à laquelle il a travaillé pendant près de vingt ans, et dans laquelle il s’attache à démontrer que l’antique cathédrale du Mont Anis fut pendant dix siècles le sanctuaire national de la France.

Questions féminines
janvier-février 1929

Congrès Jeanne d’Arc. — Rapport de Mme Lainé-Labruyer sur la Royauté du Christ et la mission de Jeanne d’Arc, tout empli de la pensée du père Ayroles.

Source : Questions féminines et questions féministes, 6e année, n° 1-2, janvier-février 1929.

Lien : Gallica

Le XXVe Congrès Jeanne d’Arc se tiendra le jeudi 25 avril prochain, à deux heures très précises, salle de l’Institut catholique, 74 rue de Vaugirard, Paris VIIe. […]

XXIVe Congrès Jeanne d’Arc, 2e séance, rapport de Mme Lainé-Labruyer : La Royauté du Christ et la mission de Jeanne d’Arc.

[P. 18 :]

Le roi tiendra le royaume en commende, comme un dépôt sacré, temporaire. C’est là le sens primitif du mot commende, par lequel on désignait un bien d’Église, confié à la garde d’un puissant qui devait le défendre remarque le Père Ayroles dans son monumental ouvrage, la Vraie Jeanne d’Arc. Jeanne pouvait-elle exprimer plus clairement l’objet surnaturel de sa mission qu’en ces quelques phrases dont chaque mot a sa valeur. Remarquons seulement que jusqu’au sacre, elle ne donnera à Charles VII d’autre titre que celui de Dauphin. On lui demandait, nous dit Garivel, pourquoi elle appelait le roi du nom de Dauphin et ne l’appelait pas Roi. Elle répondait qu’elle ne l’appellerait roi que lorsqu’il aurait été couronné et sacré à Reims, où elle entendait le conduire.

[P. 25 :]

À une dernière question, si la couronne avait bonne odeur, elle répond : Je n’ai pas mémoire de cela et je m’en aviserai, puis se reprenant : Je me souviens : elle sent bon et le sentira, mais qu’elle soit bien gardée ainsi qu’il appartient, c’est-à-dire, ajoute le Père Ayroles, ainsi qu’il convient de garder le plus beau fleuron de la couronne de Jésus-Christ, roi des nations.

[P. 29 :]

Point de doute, Jésus-Christ tenant le monde est représenté comme roi des nations qui, remarque le Père Ayroles, lui ont été données en héritage comme récompense du sang versé par ses cinq plaies. Ces plaies qu’il découvre, particulièrement celle de son cœur sont pour montrer son amour et que bénit-il spécialement : des lis tels que les portent les princes de la maison royale et qui figurent la France, présentés sans doute par les anges protecteurs de la nation française : saint Michel et saint Gabriel.

L’étendard n’est que le signe de la vertu de Jésus-Christ-roi ajoute le Père Ayroles,… c’est sous sa conduite que Jeanne mène l’armée à la victoire. Elles (mes saintes) me dirent de le prendre hardiment et que Dieu m’aiderait, déclare Jeanne. La victoire de l’étendard ou de moi, tout était à Notre-Seigneur.

La Croix
19 mars 1929

Article de Mgr André du Bois de La Villerabel sur Saint Jeanne d’Arc, docteur du patriotisme.

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Aussi les historiens modernes, y avant puisé à pleines mains, affirment hautement que ni l’Église ni la France, par leurs gestes divers, n’ont consacré une légende, mais une indiscutable réalité. Cette magnifique épopée constitue un message divin à la gloire de la patrie. Heureuse est-elle d’avoir été favorisée de Dieu !

Le R. P. Ayroles a traduit Christine de Pisan ; disons avec elle : Oh ! Pucelle élue, tu nous as par miracle affranchis du malheur. Jamais nous n’ouïmes parler de si grandes merveilles ; car de tous les preux qui existèrent le long des âges, les prouesses n’égalent pas le fait de celle qui chassa nos ennemis ; mais c’est Dieu qui agît, qui la conseille, qui a mis en elle un cœur plus que viril. Tout un peuple abattu est par une femme redressé ; ce que pas un homme n’eût su faire. [Vraie Jeanne d’Arc, t. III, p. 263.]

Études franciscaines
novembre-décembre 1931

Jeanne d’Arc, son tertiairat, son étendard et l’ouvrage de M. Adrien Harmand, par le père Hilaire de Barenton.

Dans un numéro précédent, la revue avait argumenté en faveur d’une appartenance de Jeanne d’Arc au tiers-ordre franciscain. Adrien Harmand avait rejeté cette argumentation dans son livre. L’auteur persiste et s’appuie sur le père Ayroles.

Source : Études franciscaines, 27e année, tome 43, n° 249, novembre-décembre 1931, p. 662-698.

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Jeanne d’Arc, tertiaire

[Après avoir brièvement invoqué quelques historiens, dont Léon Gautier ou Gabriel Hanotaux, le père Hilaire de Barenton développe son idée d’après le père Ayroles (p. 667) :]

Au sujet du tertiairat de Jeanne, le P. Ayroles dans sa Vraie Jeanne d’Arc, est mieux inspiré en parlant de ce texte. Il en reconnaît la grande valeur ; il insiste surtout sur ce fait qu’il n’indique pas à quel tiers-ordre Jeanne appartenait.

Jeanne d’Arc, écrit-il, était-elle à un degré quelconque affiliée au Tiers-Ordre de saint François ? C’est possible ; mais le domaine de l’histoire est autre que celui des possibles. On n’y est admis que sur de bons titres directs ou indirects. Les uns et les autres font défaut pour conclure à l’affiliation.

Jeanne à Neufchâteau s’est confessée trois fois aux Franciscains. Nous avons vu que son curé se plaignait de ce qu’elle se confessait trop souvent. Pasquerel atteste que durant sa vie guerrière elle se confessait à peu près tous les jours. Il a pu en être ainsi durant les quatre jours passés à Neufchâteau. Elle était dans sa quatorzième année et depuis un an jouissait des visites du Ciel. Perplexe, elle se sera ouverte à un fils de saint François, qui, justement étonné de si extraordinaires communications, aura pu vouloir prier, examiner et lui dire de revenir à plusieurs reprises*. Cela ne suppose pas une affiliation à l’Ordre de Saint-François (Ayroles, La vraie Jeanne d’Arc II, p. 460).

* Nous avons vu que Jeanne ne s’était ouverte à aucun ecclésiastique au sujet de ses visions. C’est donc pour un autre motif, comme nous le dirons plus loin, qu’elle vit plusieurs fois les Franciscains.

Mais après avoir affirmé dans son second volume l’absence de documents connus de lui en faveur du tertiairat de Jeanne d’Arc, il se trouve, dans son troisième volume (p.520) en face du fameux texte de Morosini : e era begina, et il écrit :

C’est, à notre connaissance le seul texte dont on pourrait induire qu’elle appartenait à quelque fraternité du Tiers-Ordre. Aucun n’est spécifié.

Le P. Ayroles reconnaît donc une véritable valeur à ce texte et admet qu’on peut en induire le tertiairat de Jeanne.

Certes nous concédons qu’aucun n’est spécifié dans le texte de Morosini. Mais on peut le demander à d’autres sources. La présence de Jeanne à Neufchâteau, et ses relations avec les Franciscains de cette ville, que le P. Ayroles trouve, à bon droit, insuffisantes pour prouver l’affiliation de Jeanne au Tiers-Ordre, peuvent être regardées comme suffisantes pour établir, avec toute probabilité, que c’est à leur Tiers-Ordre que Jeanne s’affilia, quand on sait par ailleurs, par le texte de Morosini, qu’elle se fit tertiaire dès Domrémy.

Cette triple visite ou confession que fit Jeanne, durant les quatre jours qu’elle passa dans la ville, quoi qu’en dise le P. Ayroles, apparaît chez elle chose insolite. Son aumônier, le P. Pasquerel, dit bien qu’à la guerre elle se confessait, assistait à la messe presque tous les jours ; mais les témoins de sa jeunesse sont loin de laisser entendre qu’à Domrémy, elle se confessât tous les jours. Sa commère Isabellette déclare :

On ne la voyait pas par les chemins ; elle était le plus souvent à l’église (il s’agit des jours fériés évidemment). Elle se plaisait à fréquenter les lieux de dévotion et à se rendre de temps à autre à la chapelle de la bienheureuse Marie de Bermont. Souvent je l’ai vue se confesser. Bien des fois je l’accompagnais et je la voyais aller à confesse dans l’église, aux pieds de messire Guillaume alors curé.

On sait par Michel Lebuin qu’elle

y allait (à Bermont) presque chaque samedi avec une de ses sœurs et apportait des cierges et donnait avec joie pour Dieu tout ce qu’elle pouvait donner ; ses confessions étaient fréquentes.

Que veut dire se confesser souvent ? Nicolas Bailly, tabellion et substitut royal à Andelot, va nous l’apprendre :

Elle fut toujours une brave fille, menant une honnête vie, se montrant bonne catholique, fréquentant assidûment les églises, aimant à aller en pèlerinage à la chapelle de Bermont et se confessant presque chaque mois.

Un prêtre, Henri Arnolin parle dans le même sens :

Elle était d’humeur laborieuse, filait, allait quelquefois avec son père et ses frères à la charrue, et quand c’était le temps gardait les animaux. Elle était zélée dans la fréquentation des églises et aimait à se confesser souvent. Pour ma part, je l’ai confessée trois fois en un carême et une autre fois pour une fête.

Et un autre prêtre de Vaucouleurs, où elle resta depuis décembre jusqu’en février, parle de même :

Jeanne, pendant son séjour à Vaucouleurs, vint deux ou trois fois se confesser à moi. J’ai donc deux ou trois fois entendu sa confession.

De ces témoignages, on peut conclure que Jeanne se confessait tous les mois et aux jours de fête. Les trois confessions de Vaucouleurs correspondent à Noël, l’Épiphanie et la Chandeleur. Elle était donc bien loin de la confession quotidienne. Et sa triple confession aux franciscains de Neufchâteau suppose une raison grave, telle que le tertiairat.

Certes, comme le suppose le P. Ayroles, le récit de ses visions aurait pu être l’entrée en matière, mais Jeanne s’est défendue de les avoir soumises à un prêtre, si l’on en croit les juges de Rouen. Ce fut plutôt quand elle eut révélé à son confesseur son vœu de virginité que celui-ci dut lui demander si, comme sauvegarde, elle s’était rattachée à une règle de vie approuvée par l’Église, sans laquelle il est bien difficile dans le monde, de rester fidèle à sa promesse. Il lui aura proposé le Tiers-Ordre et Jeanne l’aura embrassé de grand cœur.

Ce fait est possible, dirait peut-être le P. Ayroles ; mais l’histoire n’est pas faite de possibilités. On n’y est admis que sur de bons titres directs ou indirects.

Précisément ces titres directs et indirects existent. Le titre direct est le texte de Morosini. Les titres indirects abondent. Aux fruits on connaît l’arbre ; à l’effet, la cause. Or à partir d’un certain moment Jeanne change de vie à Domrémy et se met à mener la vie de tertiaire, qui la distinguait de tous les autres, et lui attirait des railleries qui la faisaient rougir…

Revue des questions historiques
1er octobre 1932

Article de Georges Goyau sur Jacques Gelu, ses interventions pour Jeanne d’Arc, qui cite l’archevêque d’après les traductions du père Ayroles (Vraie Jeanne d’Arc, t. I, 1890).

Source : Revue des questions historiques, 60e année, tome 117e (3e série, tome 21), livraison n° 234 du 1er octobre 1932, p. 302-320.

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[À propos des citations des impressions de Jacques Gelu, en note :]

Nous empruntons le plus souvent les traductions du P. Ayroles : La Pucelle devant l’Église de son temps.

Mercure de France
1er janvier 1933

Réponse irritée de Jean Jacoby à un article du père Doncœur dans les Études sur son Secret de Jeanne d’Arc (1932), dans lequel il désavoue la thèse rationaliste (sur l’origine de Jeanne d’Arc) sans daigner nommer ni l’ouvrage ni l’auteur. Il accuse l’Église de monopoliser Jeanne à son profit et de momifier son histoire :

Un historien ecclésiastique de Jeanne n’est-il pas allé jusqu’à prétendre que le prêtre, c’est-à-dire le catholique, est seul à l’aise pour admirer Jeanne d’Arc ? (Ayroles)

Mercure de France, 44e année, t. 241, 1er janvier 1933, p. 236-248.

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La Pucelle d’Orléans et l’opinion catholique. — Le monde catholique ne présente l’aspect d’un bloc compact que vu de loin ; de près, on aperçoit les pierres dont il est construit, leurs dimensions diverses, leurs nuances, les fissures qui les séparent. Il n’est pas de grandes questions politiques, économiques, morales, historiques, qui ne soient diversement appréciées par les plus fidèles des catholiques ; la foi peut régner de l’extrême droite à l’extrême gauche. Jamais je ne me suis aperçu de ces divergences d’une façon aussi saisissante qu’en enregistrant les réactions de l’opinion publique à mes articles sur le secret de la Pucelle d’Orléans. Des prélats, de hautes personnalités bien pensantes s’étaient intéressés à mon étude, n’y avaient trouvé rien d’hétérodoxe, m’avaient encouragé à la publier ; et, depuis, des lettres, venues de correspondants les plus divers, m’ont apporté le précieux concours de leur sympathie.

Mais à côté de cette bienveillante attention que des hommes cultivés, prêtres ou laïcs, ont témoignée à une œuvre purement historique sur la grande héroïne, l’opinion catholique a sécrété également au sujet de mes articles cette même haineuse et obtuse intolérance qui a jeté dans le feu celle que l’Église vénère maintenant comme sainte. C’est qu’il s’est passé avec Jeanne d’Arc une bien étrange chose ; après l’avoir brûlée comme hérétique, relapse, apostate, ydolâtre, cette partie intolérante de l’Église prétend maintenant monopoliser Jeanne à son profit, interdire à quiconque n’est pas prêtre l’étude de son histoire et s’arroge le droit de traîner dans la boue l’audacieux qui oserait enfreindre cette interdiction. Un historien ecclésiastique de Jeanne n’est-il pas allé jusqu’à prétendre que le prêtre, c’est-à-dire le catholique, est seul à l’aise pour admirer Jeanne d’Arc ? (Ayroles.) [La Vraie Jeanne d’Arc, t. II, p. 339.]

Mais il y a aussi de des sectaires parmi les laïcs. C’est ainsi qu’un catholique militant m’écrit que mes articles ont profondément offensé les sentiments démocratiques qui sont les siens et ceux de son parti ; dans une autre lettre, ce correspondant à particule, gros propriétaire bien renté, me fait l’apologie des principes socialistes du catholicisme et va jusqu’à parler du bolchevisme, non sans une certaine sympathie. Jeanne d’Arc bergerette et prolétaire pourrait servir à cette cause ; Jeanne princesse, même bâtarde, ne sert plus à rien ; il faut donc conserver la légende non pas ad majorem Dei gloriam, mais ad majorem Ecclesiae gloriam.

Cette tendance à utiliser la Pucelle et sa glorieuse mémoire pour des buts purement politiques s’est fait également jour dans un article assez important de la Vie Catholique ; son titre seul est une révélation : La promotion de Jeanne d’Arc ou le triomphe de la Maison d’Orléans. Ce journal ecclésiastique ne consacre quelques lignes à mon étude que pour avoir le prétexte de se livrer à une violente et inconvenante diatribe contre la Famille de France et… l’Action Française !

N’y a-t-il pas là quelque chose de flatteur pour Jeanne d’Arc et pour la famille maintenant royale ? — ironise la Vie catholique. — Car, ainsi, tout rentre dans l’ordre : ce n’est plus une fille sans naissance, chose inexplicable, mais une princesse, grâce à l’influence magique d’un sang demi-royal, qui sauve la patrie, et la supercherie (?), montée par les d’Orléans, écarte un miracle choquant pour la raison de M. Maurras, etc…

Ainsi, la presse catholique, qui ne peut pas souffrir l’Action, ni les principes qu’elle défend, cherche à atteindre l’une et les autres à travers mon étude sur Jeanne d’Arc.

Mais tout ceci est encore assez édulcoré ; pour bien connaître la véritable pensée qui anime les intolérants catholiques à l’égard de la question de Jeanne d’Arc, il faut lire les ouvrages spéciaux, non destinés à une grande diffusion. Ouvrez, par exemple, à n’importe quel endroit l’un des quatre volumes de la Vraie Jeanne d’Arc du P. Ayroles, vous y trouverez partout de violentes, je dirais presque de grossières diatribes contre tous les grands historiens qui ont dépensé des trésors de science et de patience pour faire connaître la Fille au Grand Cœur. Michelet, dont certains critiques acerbes m’ont cité en exemple la pieuse vénération pour Jeanne, est traité de la belle façon par ce révérend père : Faussetés, falsifications de textes, non-sens, ridicules assertions, impudence sont les termes qu’il emploie le plus fréquemment à l’égard de ce grand historien, que le P. Ayroles, dans son aveugle fureur, va jusqu’à qualifier de lubrique écrivain ! Mais le R.P. Jésuite n’est pas plus tendre ni pour Vallet de Viriville, ni pour Siméon Luce, ni pour Henri Martin, ni même pour le grand Quicherat, auquel il jette l’épithète de : caricaturiste. Michelet lubrique écrivain, Quicherat caricaturiste, ces appréciations donnent un aperçu de la manière dont les révérends pères conçoivent la critique historique.

Mais quel est le crime de tous ces grands historiens ? Le P. Ayroles l’avoue carrément : c’est d’avoir cherché des explications humaines à la splendide mission de Jeanne, c’est d’avoir rendu justice aux nobles qualités personnelles de l’héroïne. Or, rien ne sent plus le fagot que ces deux prétentions : Jeanne a été un simple instrument de la volonté divine, — c’est tout ; vouloir lui trouver de l’initiative, du courage, de la décision ; prétendre découvrir des causes raisonnables à ses actions, c’est amoindrir le rôle de Dieu. En faut-il des preuves ? Ayroles cite les belles paroles de Vallet de Viriville : L’héroïne du XVe siècle nous apparaît comme une femme supérieure par la droiture de son esprit et de son cœur ; n’est-ce pas l’évidence même ? Eh bien ! pas du tout, le révérend père qualifie cette appréciation de creuses divagations et affirme que Jeanne n’avait absolument rien de supérieur. Il va même jusqu’à nier l’héroïsme de la mission de Jeanne qui était contraire à tous les sentiments de la nature et au devoir le plus élémentaire. Pourquoi cette dépréciation du rôle de la Pucelle ? Mais pour prouver aussitôt après que Dieu seul avait pu concevoir un projet qui, dans le plan humain, n’était que pure folie. C’est, du reste, ce qu’affirme implicitement un de mes contradicteurs ecclésiastiques, dont je parlerai tout à l’heure ; pour lui ma thèse que l’initiative de l’envoi de Jeanne de Vaucouleurs à Chinon ait pu venir de Charles d’Orléans est inacceptable : Croit-on Charles d’Orléans assez fol pour avoir pu concevoir un pareil plan ? s’exclame ce révérend père.

Ces frénétiques sectaires sont du bois dont on faisait les inquisiteurs. Vivant au quinzième siècle, les R. P. Ayroles et Doncœur eussent envoyé sans hésiter Jeanne au bûcher ; au vingtième siècle leurs possibilités sont plus limitées : les hérétiques qu’ils anathématisent, les Quicherat, les Michelet, les Henri Martin et moi-même, chétif, échappent à la peine du feu. Mais l’intention y est. Hanotaux dit excellemment que ces fanatiques qui ne voudraient voir en elle (Jeanne d’Arc) que la servante passive de l’Autorité Suprême sont comme ces hérétiques qui nient l’humanité de Jésus-Christ.

Après avoir brûlé Jeanne d’Arc, après avoir accompli sa béatification et sa canonisation, l’Église procède maintenant à ce que j’appellerai la momification de sa mémoire. On a inventé une Jeanne d’Arc de missel ne varietur, une image de sacristie, un chromo de Saint-Sulpice qui remplacera peu à peu dans l’histoire la Pucelle inspirée si vivante, si noble, si généreuse, pleine d’audace et de courage, vive à la riposte, prête au rire et aux larmes, aimant les beaux chevaux, les armures de prix et les somptueux vêtements, courant les lances comme un chevalier et pleurant à la vue des blessés, cette Pucelle qui a subi volontairement le supplice, pour ne pas trahir sa mission.

Et c’est ainsi que le lecteur catholique a le choix entre deux hérésies : celle des fanatiques dont parle Hanotaux, pour lesquels Jeanne est un être privé de toute substance humaine, servante inconsciente de la volonté divine, et celle qui consiste à rendre à Dieu ce qui est à Dieu et à la Pucelle ce qui est à la Pucelle. C’est à cette dernière hérésie, je l’avoue, qu’appartient mon ouvrage.

Aussi, dès l’apparition de mes articles, une certaine presse catholique s’est-elle empressée de jeter l’anathème sur ma thèse concernant les origines de Jeanne d’Arc. Si Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, affirmait avoir brûlé une bergerette et non une fille de France, il est évidemment présomptueux de la part d’un simple Laïc comme je le suis d’oser discuter l’affirmation de ce prince de l’Église.

Les Études, cette savante revue de la Compagnie de Jésus, a chargé le R. P. Doncœur d’exécuter, d’anéantir, de pulvériser mes deux articles, qui sentent fortement le fagot. Dans sa critique, le Révérend Père ne mentionne pas une seule fois ni leur titre, ni le nom de leur auteur ; il y a plus, il n’hésite pas à attribuer la paternité de ces articles à l’éminent directeur du Mercure de France, M. Alfred Vallette !

Ce singulier imbroglio m’avait laissé pensif, jusqu’au moment où un confrère, mieux au courant que moi des dessous du journalisme, me découvrit le pot aux roses : en supprimant mon nom et le titre de mes articles, les Études m’enlèvent le droit de réponse ; aussi, les lecteurs de cette revue, soigneusement chambrés, ne liront que la diatribe du R. P. Doncœur sans courir le risque d’être ébranlés par les arguments que je lui opposerais. Ceci témoigne d’une certaine habileté, mais non d’une grande assurance dans son bon droit.

Le R. P. Doncœur, parlant de mes articles, déclare qu’il n’est pas un historien sérieux qui daignât discuter dans le détail des déductions aussi imperturbables que défaillantes ; et aussitôt il consacre six pages à discuter ces détails. Qu’est-ce à dire ? Le R. P. Doncœur ne serait donc pas un historien sérieux ? Au vrai, on s’en douterait un peu à lire sa prose.

Voyons un peu les arguments que ce savant Jésuite m’oppose :

[Jacoby réfute l’idée que la naissance de Jeanne ne fait historiquement aucun doute.]

Au lieu d’affirmer, sans l’ombre d’une raison, que j’inculpe gratuitement Jeanne de mensonge parjure, le R. P. Doncœur ferait mieux de réserver ses foudres au seul historien de Jeanne, outre A. France, qui ait soutenu qu’elle ne disait pas la vérité, au p. Ayroles, de cette même Compagnie de Jésus, à laquelle appartient le P. Doncœur. En effet, lorsque Jeanne affirma qu’elle n’avait parlé à aucun prêtre de ses visions, le tribunal de Rouen s’empressa d’en faire une charge contre elle ; or, cette réserve de Jeanne à l’égard de ses confesseurs paraît si monstrueuse au P. Ayroles qu’il préfère soutenir qu’elle a fait un faux serment aux juges de Rouen (Ayroles, La vraie Jeanne d’Arc, II, 166-167).

[Jacoby revendique plus loin son explication rationaliste de l’histoire de Jeanne d’Arc.]

Je rappellerai respectueusement, mais fermement, à M. Jacques Bainville que tous les grands historiens de Jeanne, Quicherat, Siméon Luce, Michelet, Hanotaux, ont justement donné de l’histoire de Jeanne ces explications que M. Bainville qualifie de rationalistes. Le P. Ayroles ne s’y est pas trompé, lui qui parlait de Quicherat et de l’école rationaliste et affirmait que cet historien, ainsi que Michelet et Henri Martin n’ont eu d’influence qu’auprès des voltairiens.

Mercure de France
15 février 1933

Nouvelle charge de Jean Jacoby contre les historiens catholiques au sujet de son Secret de Jeanne d’Arc (1932). Voir : 1er janvier. Il répond cette fois au père Louis Lajoie, et s’insurge contre l’accusation de parti-pris en listant toutes les pages de son ouvrage où il cite le père Ayroles et d’autres.

Mercure de France, 44e année, t. 241, 1er janvier 1933, p. 239-248.

Lien : Retronews

La Pucelle d’Orléans et le R. P. Louis Lajoie, Supérieur des chapelains de la Basilique de Domrémy. — J’ai déjà eu l’occasion de parler dans le Mercure de France du singulier accueil fait par la presse catholique à mes articles et à mon livre sur le Secret de Jeanne d’Arc. Certes, cette presse ne reflète pas l’opinion catholique dans sa totalité ; j’ai pu m’en assurer par les nombreux encouragements et les marques de sympathie que j’ai reçus de personnalités dont la foi ne saurait être mise en doute. On sait, du reste, que les journaux inspirés par le Saint-Siège sont fort souvent en contradiction absolue avec les tendances dominantes parmi les catholiques français ; on sait qu’à l’occasion de ces divergences, des prêtres, des évêques, un cardinal même, se sont élevés avec éclat contre les directives qu’on prétendait leur imposer. Le cas de mon ouvrage n’est qu’un nouvel et fort modeste exemple d’un de ces mots d’ordre venus d’en haut, et non d’un courant d’opinion généralisé.

La grande attaque contre mon ouvrage a été déclenchée par les Études où un R. P. Jésuite s’est chargé de me pulvériser. J’ai fait ici-même un sort à cet article, en en démontant pièce par pièce le mécanisme véritablement par trop primitif et en signalant la surprenante ignorance de mon critique. Le R. P. Doncœur a eu le bon esprit de se taire et de laisser l’oubli tomber sur son imprudente sortie. La presse catholique, après avoir agité quelque temps l’épouvantail Doncœur, a brusquement changé ses batteries. Depuis que j’ai dû rappeler à mes adversaires quelques opinions du P. Ayroles, historien jésuite, au sujet de Jeanne d’Arc, les accusations d’avoir outragé l’héroïne, de l’avoir calomniée, de l’avoir traitée de parjure, ont disparu des articles consacrés à mon ouvrage. D’autres moyens, d’autres procédés, sont mis en œuvre, dont je veux dire quelques mots.

[…]

C’est dans ce même ordre d’idées qu’il faut ranger le reproche que me fait le R. P. de n’avoir connu (comme historiens) et consulté que des adversaires de notre religion, et son affirmation que des docteurs en la matière, comme le P. Ayroles, le cardinal Touchet, Mgr Debout me sont totalement inconnus. De telles autorités se citent au moins une fois dans un travail qui prétend bouleverser l’histoire, conclut le P. Lajoie.

Je ne sais si le P. Lajoie range Quicherat, Siméon Luce, Lefèvre-Pontalis, Michelet, Hanotaux, Lang et tous les autres grands historiens de la Pucelle que je cite, parmi les ennemis de la religion ; mais s’il eût pris la peine d’ouvrir mon livre, il eût pu facilement s’assurer que je cite non seulement les historiens ecclésiastiques qu’il me reproche d’ignorer totalement, mais d’autres encore. Ainsi le P. Ayroles est cité p. 260, 232 et 289, le cardinal Touchet aux pages 163 et 254, Mgr Dupanloup à la page 73, etc.

La Mayenne
25 juin 1933

Réponse à quatre matadors républicains qui se répandent dans la presse pour insinuer que Jeanne d’Arc a bien été condamnée et répudiée par l’Église et que toutes ses vertus sont des vertus laïques.

Lien : Retronews

Aux défenseurs laïques. — À bout d’arguments sur la question de Jeanne d’Arc, les défenseurs laïques ont mobilisé d’un seul coup quatre matadors de la plume, parmi lesquels le pontife Albert Bayet [républicain et anticlérical, alors chargé de cours de morale à la Sorbonne], l’oracle du parti, dont la prose frelatée encombre certains journaux de Paris et de la province. Sur une longueur de trois colonnes et demie, ces quatre batteurs ferraillent gauchement avec des armes rouillées pour essayer de prouver que Jeanne d’Arc a bien été condamnée et répudiée par l’Église, qu’elle appartient au parti laïque, qu’elle a l’esprit laïque, que toutes ses vertus sont des vertus laïques. En nous appuyant sur Marius Sepet, Fabre, Dunan et Ayroles, nous voulons démontrer que ce sont là autant d’affirmations gratuites en contradiction flagrante avec l’histoire et avec la vérité.

La vérité en effet est que le procès de Rouen ne fut qu’un complot judiciaire ourdi, contrôlé et mis à exécution par l’Angleterre dont les agents principaux furent dans la circonstance Bedford, l’évêque de Winchester et Warwick. Le tribunal qui jugea ce procès fut un tribunal d’exception, irrégulier dans sa forme, illégal dans sa procédure et dont la sentence, décidée d’avance, devait être nulle de plein droit. […]

La Mayenne
28 novembre 1933

Suite de la polémique. Voir l’édition du 25 juin. On notera que les deux articles commencent par les mêmes mots : À bout d’arguments…

Lien : Retronews

Aux Sectaires du laïcisme. — À bout d’arguments sans doute, les ergoteurs laïques nous accusent de jésuitisme. […] Quant à l’injure sotte et gratuite qu’ils voudraient y attacher, elle n’atteint pas à la hauteur du mépris et de la pitié qu’elle inspire. De tout cela nous avons déjà donné des preuves nombreuses. Nous allons continuer :

1° Dans leur histoire de Jeanne d’Arc, nous avons relevé avec précision six faux caractérisés en nous appuyant sur Quicherat, Fabre, Ayroles et Hanotaux qui font autorité dans la question. Qu’ont-ils répondu ? Rien, pas un mot, pas la moindre réfutation. […]

Recherches de science religieuse
février 1934

Compte-rendu d’une nouvelle édition du procès de condamnation de Jeanne d’Arc, par le colonel Billard, qui s’inscrit dans la continuité des travaux de Quicherat, Ayroles et Champion.

Source : Recherches de science religieuse, février 1934, tome 24, n° 1.

Lien : Gallica

En composant sa Jehanne d’Arc et ses juges, M. le Colonel A. Billard n’a pas voulu refaire l’œuvre de Quicherat (Procès, 5 vol., Paris, 1841-1849), ni celle du P. Ayroles (La Vraie Jeanne d’Arc, t. V, la martyre, Paris, 1901), ni celle de Pierre Champion (Procès de condamnation, 2vol., 1920-1921) ; il n’a prétendu que mettre sous les yeux du grand public le texte déjà connu du procès de Jeanne d’Arc, pour qu’on puisse juger en connaissance de cause cette tragique histoire qui déroute certains catholiques et provoque les railleries des adversaires de l’Église.

Le texte du procès est traduit en français moderne, et le style indirect est mis en style direct. Le livre se divise en deux parties : Jehanne et ses juges, Jehanne et la foi. La première s’occupe de la procédure, la seconde passe en revue les différents griefs articulés par les juges contre sainte Jeanne d’Arc. Des annexes aux différents chapitres ont pour but d’élucider certains points d’histoire ou de théologie. Vacandard et Tanquerey sont ici pris pour guides de la doctrine. Peut-être d’aucuns trouveront, avec M. Louis Bertrand (Préface, p. 5), que la condamnation que méritent les juges de la sainte est formulée en termes trop absolus.

La Mayenne
8 juillet 1934

Suite de la polémique. Voir les édition du 25 juin et du 28 novembre.

Lien : Retronews

Aux Sectaires du Laïcisme. — L’an dernier, à l’occasion de la fête de Jeanne d’Arc, les sectaires laïques, que cette fête exaspère, avaient publié un article fourmillant d’erreurs, de faux et de mensonges calculés. Cette année leur organe de défense laïque (lisez maçonnique) reproduit exactement le même article qui comprend trois colonnes et demie. C’est une manière très commode de ne pas se fatiguer les méninges, mais c’est surtout un aveu d impuissance et de mauvaise foi. Ils se cachent derrière l’odieux Thalamas, le faussaire Bayet et le fantaisiste Roger Doucet, professeur à l’Université de Lyon. En nous appuyant sur Quicherat, Debout, Fabre, Ayroles et Hanotaux, historiens consciencieux, exempts de passion et qui font autorité, nous voulons de nouveau mettre en relief l’ignorance de nos adversaires et leur sectarisme en matière d’histoire.

[L’article tend à démontrer que les Anglais furent seuls responsables de la mort de Jeanne d’Arc, et non l’Église.]

L’Action française
14 mai 1939

Jean Arvengas s’appuie sur le relevé inédit des archives municipales du XVe siècle effectué par le père Ayroles, et sur la vague de solidarité qui y est attestée, pour démontrer que le sentiment national existait déjà à l’époque de Jeanne d’Arc.

Lien : Retronews

Le sentiment national au temps de Jeanne d’Arc. — Ce n’est pas parce que nos ancêtres du moyen âge avaient une conception différente de l’idée de patrie qu’on peut leur dénier tout sentiment national. L’unité française n’est pas encore complètement réalisée et le loyalisme s’exerce alors non envers la nation, mais envers le suzerain, celui-ci pouvant même être l’ennemi du roi de France. Pourtant, aux époques troublées, si l’unanimité ne se fait pas autour du souverain, du moins le patriotisme est-il déjà assez puissant pour dresser une grande partie de la nation contre l’envahisseur.

Tandis que, pendant les premières années du règne de Charles VII, les Français semblent se résigner, tout en maugréant, à la domination anglaise, la venue de Jeanne d’Arc galvanise les énergies, rassemble de toutes arts les patriotes, ce qui lui permettra de voler de victoire en victoire.

Il y a une quarantaine d’années paraissait une Vie de Jeanne d’Arc en quatre gros volumes, due au Père Ayroles. Bien qu’il ait rassemblé à peu près tous les textes contemporains de la Pucelle concernant sa vie et sa mission, l’intérêt de son livre n’est pas là, car on les trouve également ailleurs. Le principal mérite de son ouvrage réside dans les quelques pages où, ayant exploré les archives municipales de la plupart des villes non soumises à la domination anglaise, il en a extrait tout ce qui concernait Jeanne d’Arc. Les indications extraites de ces livres de comptes, si sèches et concises qu’elles soient, n’en fournissent pas moins un émouvant document à la gloire de l’héroïne et à l’enthousiasme que provoqua la délivrance du territoire.

Les bourgeois d’Orléans font don à l’armée de tonneaux de vin, de victuailles, de chevaux et de harnachements, d’outils pour abattre les murailles, de chariots pour aller chercher de la poudre. Il n’y a là rien que de très naturel, mais Orléans après sa délivrance ne se désintéresse pas des suites de la campagne ; la ville s’impose une somme de trois mille livres pour subvenir aux frais du siège de Jargeau, elle y envoie des soldats, des pièces de canon et une grosse bombarde attelée de vingt-deux chevaux qui avait fait merveille à Orléans et n’avait pas sa pareille en France. La ville coopère de la même façon à la délivrance de Beaugency et prête sa fameuse bombarde à Gien et à la Charité-sur-Loire.

Les comptes de la ville de Tours nous renseignent sur les sacrifices tant en argent qu’en nature faits par les habitants pour secourir Orléans. Les nouvelles sont apprises grâce à un chevaucheur ou courrier porteur de lettres du roi (celui-ci s’appelle Jean Colet) qui vient successivement annoncer la victoire d’Orléans, celle de Patay, la nouvelle du sacre et reçoit chaque fois une généreuse gratification. Après la prise de Jargeau, le roi remercie les Tourangeaux des prières qu’ils ont faites pour le succès de ses armes, mais à l’annonce de la captivité de Jeanne, on fit des processions auxquelles participe pieds nus le clergé séculier et régulier de la ville.

[Suivent les démonstrations de : La Rochelle, Poitiers, Périgueux, Rocamadour, Toulouse, Albi, Carcassonne, Montpellier, Brignoles, Clermont, Moulins, Beauvais, Senlis, Compiègne, Reims.]

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