#Mission de Jeanne
21 témoins :
- Gérard Guillemette, ami d’enfance
- Jean Waterin, ami d’enfance
- Jean de Metz
- Michel Le Buin
- Geoffroy de Foug
- Durand Laxart, l’oncle de Jeanne
- Catherine
- Henri Le Royer
- Albert d’Ourches
- Bertrand de Poulengy
- Jean Dunois
- Raoul de Gaucourt
- François Garivel
- Guillaume de Ricarville
- Regnault Thierry
- Jean Luillier
- Gobert Thibaut
- Jean d’Alençon
- Jean Pasquerel, aumônier de Jeanne
- Simon Charles
- Jean d’Aulon
Gérard Guillemette(ami d’enfance)
- Enquête au lieu de naissance de Jeanne (30 janvier 1456)
Lorsque cette Jeannette partit du domicile paternel, il la vit passer devant cette maison avec un oncle, nommé Durand Laxart ; et alors Jeannette dit à son père : Adieu ! Je vais à Vaucouleurs.
Et ensuite il entendit dire qu’elle allait en France.
Jean Waterin(ami d’enfance)
- Enquête au lieu de naissance de Jeanne (30 janvier 1456)
L’a vu partir de Greux. Elle disait aux gens : Adieu !
— L’entendit plusieurs fois dire qu’elle relèverait la France et le sang royal.
Jean de Metz
- Enquête au lieu de naissance de Jeanne (31 janvier 1456)
Elle était habillée de pauvres vêtements de femme, de couleur rouge et logeait chez un certain Henri le Royer. Il l’interrogea : Que faites-vous ici ? Convient-il que le roi soit chassé du royaume et que nous soyons anglais ?
Elle répondit : Je suis venue trouver Robert de Baudricourt pour être conduite au roi, mais il m’ignore. Il faut pourtant que je sois auprès du roi avant la mi-carême, dussé-je y perdre les jambes jusqu’au genou, car nul au monde, ni rois, ni ducs, ni fille du roi d’Écosse ou autres, ne peut recouvrer le royaume de France. Je préférerais filer auprès de ma mère mais il faut que j’aille car mon Seigneur le veut.
Il lui demanda qui était ce Seigneur, elle répondit que c’était Dieu. Alors, lui touchant la main, il promit de la conduire vers le roi, avec l’aide de Dieu.
Il lui arriva de l’interroger si elle ferait ce qu’elle disait, elle répondait de n’avoir crainte ; Dieu et ses frères du paradis, qui la dirigeaient depuis quatre ou cinq ans déjà, l’envoyaient à la guerre pour recouvrer le royaume de France.
Michel Le Buin
- Enquête au lieu de naissance de Jeanne (31 janvier 1456)
Ne sait rien sinon qu’une fois Jeanne lui dit, la veille de saint Jean-Baptiste [décollation de Jean Baptiste, célébrée le 29 août], qu’une jeune fille entre Coussey et Vaucouleurs, ferait sacrer le roi de France avant un an. Et dans l’année le roi fut sacré à Reims.
Geoffroy de Foug
- Enquête au lieu de naissance de Jeanne (31 janvier 1456)
A entendu Jeanne dire plusieurs fois qu’elle voulait aller en France. Il vit Jean de Metz, Bertrand de Poulengy et Julien, à cheval dire qu’ils allaient conduire Jeanne au roi.
Durand Laxart(l’oncle de Jeanne)
- Enquête au lieu de naissance de Jeanne (31 janvier 1456)
Il alla chercher Jeanne chez son père et la ramena chez lui. Elle lui disait qu’elle voulait aller en France, vers le dauphin, pour le faire couronner, déclarant : N’a-t-il pas autrefois été dit que la France par une femme serait désolée, et ensuite par une pucelle devait être restaurée ?
Catherine
- Enquête au lieu de naissance de Jeanne (31 janvier 1456)
Vit Jeanne après son départ de la maison paternelle, lorsqu’elle fut amenée chez elle par Durand Laxart, et qu’elle voulait aller trouver le dauphin.
C’était une fille bonne, simple, douce, modeste et bien élevée.
Lorsque Jeanne voulut se rendre auprès du dauphin, elle séjourna plusieurs fois chez elle par intervalles durant trois semaines, et fit dire à Robert de Baudricourt de la faire conduire, ce que le sire Robert refusa.
Un jour, Baudricourt entra chez elle accompagné du curé Jean Fournier pour qu’il exorcisât Jeanne devant lui ; le prêtre montra une étole à Jeanne en déclarant que si elle était une mauvaise créature, elle s’éloignât d’eux, et si elle était une bonne créature, elle vint vers eux. Jeanne se jeta à ses genoux et lui reprocha d’avoir mal agi, car il l’avait entendu en confession. Et comme Baudricourt refusait de la faire conduire elle lui dit qu’elle devait aller trouver le dauphin, ajoutant : N’avez-vous pas entendu cette prophétie, à savoir que la France par une femme serait détruite, et par une pucelle des marches de Lorraine restaurée ?
Le témoin, qui assistait à la rencontre s’est rappelé avoir entendu ces paroles et fut stupéfait.
Henri Le Royer
- Enquête au lieu de naissance de Jeanne (31 janvier 1456)
A entendu Jeanne dire qu’elle devait aller trouver le dauphin, parce que son Seigneur, le roi du ciel, voulait qu’elle y allât, et elle était ainsi envoyée par le roi du ciel ; et que s’il le fallait, elle irait sur les genoux.
Lors de son départ, on l’avertit des gens de guerre présents tout autour ; elle répondit qu’elle ne les craignait pas car sa voie était dégagée ; que s’il s’en trouvait sur le chemin, Dieu lui ouvrirait la route jusqu’au dauphin ; et qu’elle était née pour accomplir cela.
Albert d’Ourches
- Enquête au lieu de naissance de Jeanne (5 février 1456)
Lui-même vit Jeanne à Vaucouleurs quand elle voulait être conduite au roi. Elle lui semblait tout à fait de bonnes mœurs ; et il aurait bien voulu avoir une fille aussi parfaite.
Elle demandait à beaucoup de gens de la conduire près du roi, pour le plus grand profit de celui-ci. Elle parlait bien ; et ensuite fut conduite par Bertrand de Poulengy, Jean de Metz et ses serviteurs.
Bertrand de Poulengy
- Enquête au lieu de naissance de Jeanne (6 février 1456)
Jeanne vint à Vaucouleurs aux environs de l’Ascension. Il la vit alors demander à Robert de Baudricourt d’appeler le dauphin à tenir bon, sans engager bataille contre ses ennemis, car son Seigneur lui apporterait un secours avant la mi-carême ; elle disait que le royaume n’appartenait pas au dauphin, mais à son Seigneur, lequel voulait cependant que le dauphin devint roi et tint le royaume en commande. Elle ajoutait que le dauphin deviendrait roi et qu’elle le conduirait pour le faire sacrer. Baudricourt lui demanda qui était son Seigneur, elle répondit : le roi du ciel ; puis s’en retourna à Domrémy avec son oncle Durand Laxart de Burey-le-Petit.
Vers le début du carême, Jeanne revint à Vaucouleurs afin d’être menée vers le dauphin. Lui-même et Jean de Metz se proposèrent ensemble de l’y conduire.
Le voyage dura onze jours jusqu’au roi. Ils eurent beaucoup d’inquiétudes mais Jeanne leur répétait de ne rien craindre, car une fois arrivés à Chinon, le noble dauphin leur ferait bon visage.
Jean Dunois
- Enquête à Orléans (22 février 1456)
Alors qu’il était dans Orléans assiégée par les Anglais, des rumeurs parvinrent qu’une jeune fille qu’on appelait communément la Pucelle, venait de passer à Gien et prétendait aller trouver le dauphin, pour faire lever le siège d’Orléans et le conduire se faire sacrer à Reims. En tant que garde de la cité et lieutenant général pour le fait des guerres il envoya le sire de Villars et Jamet de Tillay s’informer auprès du roi ; à leur retour ils racontèrent au seigneur déposant et au peuple d’Orléans rassemblé et fort désireux de savoir la vérité sur l’arrivée de cette Pucelle.
Alors Jeanne s’adressa à lui : Êtes-vous le bâtard d’Orléans ? — Oui et je me réjouis de votre arrivée. — Est-ce vous qui avez donné le conseil de me faire venir ici, de ce côté de la rivière, et de ne pas aller directement où se trouvent Talbot et Anglais ? — Lui et d’autres plus sages encore, avaient donné ce conseil, croyant agir au mieux et plus sûrement. — En nom Dieu, les conseils de Dieu sont plus sûrs et plus sages que les vôtres. Vous avez cru m’abuser, et vous vous êtes abusés vous-mêmes car je vous apporte le meilleur secours qui aura jamais été donné à un combattant ou à une cité, c’est le secours du Roi des cieux. Il ne vient pas cependant pour l’amour de moi : il vient de Dieu qui, à la requête de saint Louis et de saint Charlemagne, eut pitié d’Orléans, et ne souffrit pas que les ennemis eussent et le corps du seigneur d’Orléans et sa ville.
À La Ferté et à Crépy en Valois, le peuple accourait devant le roi plein d’allégresse ; Jeanne, qui chevauchait entre l’archevêque de Reims et ledit déposant, s’exclama : Quel bon peuple ! J’aimerais être inhumée en cette terre !
L’archevêque lui demanda alors : Où espérez-vous mourir ? — Où cela plaira à Dieu, car je ne sais pas plus que vous ni le temps, ni le lieu. Et puisse-t-il plaire à Dieu, mon créateur, que je me retire, abandonnant les armes, et que j’aille servir mon père et ma mère, en gardant leurs moutons, avec ma sœur et mes frères, qui se réjouiraient beaucoup de me voir.
Pour stimuler les soldats, Jeanne plaisantait sur ses faits d’armes, ou les exagérait ; mais quand elle parlait sérieusement de la guerre, de ses propres actions et de sa vocation, jamais elle n’affirmait autre chose que ceci : elle avait été envoyée pour faire lever le siège d’Orléans, pour secourir le peuple opprimé de cette ville et des lieux avoisinants, et pour conduire le roi à Reims afin qu’il fût sacré.
Raoul de Gaucourt
- Enquête à Orléans (25 février 1456)
Lui-même était au château de Chinon lorsque la Pucelle y arriva. Elle se présenta au roi avec grande humilité et simplicité, comme une pauvre petite bergère, et lui dit : Très illustre sire dauphin, je suis venue, envoyée par Dieu, pour porter secours à vous et au royaume.
François Garivel
- Enquête à Orléans (7 mars 1456)
Elle répondait invariablement qu’elle était envoyée par Dieu au secours du dauphin, pour le rétablir en son royaume, pour faire lever le siège d’Orléans, et pour conduire le dauphin à Reims afin qu’il y fût sacré. Mais que Dieu voulait qu’on écrivît d’abord aux Anglais de s’en aller.
Interrogée sur ce point, Jeanne avait répondu qu’elle l’appellerait roi lorsqu’il aurait été couronné et sacré à Reims, où elle voulait le conduire.
Guillaume de Ricarville
- Enquête à Orléans (8 mars 1456)
Elle déclarait venir de la part de Dieu, faire lever le siège d’Orléans et conduire le roi se faire sacrer à Reims.
Regnault Thierry
- Enquête à Orléans (8 mars 1456)
Il vit Jeanne auprès du roi à Chinon ; elle disait être envoyée au dauphin par Dieu, pour la levée du siège d’Orléans, et pour conduire le roi à Reims, afin qu’il y fût sacré et couronné.
Jean Luillier
- Enquête à Orléans (16 mars 1456)
Elle était fort désirée par tous les habitants, car la rumeur courait qu’elle avait déclaré au roi être envoyée par Dieu pour faire lever le siège mis devant la ville ; la détresse des habitants était telle, qu’ils ne savaient à qui recourir pour être sauvés, sinon à Dieu.
Gobert Thibaut
- Enquête à Paris et à Rouen (5 avril 1456)
Elle disait que son conseil lui avait dit qu’elle devait au plus tôt aller voir le roi.
Jean d’Alençon
- Enquête à Paris et à Rouen (3 mai 1456)
Le témoin chassait aux cailles à Saint-Florent, lorsqu’on vint le prévenir qu’une Pucelle, qui se déclarait envoyée par Dieu pour mettre en fuite les Anglais et leur faire lever le siège d’Orléans, était venue trouver le roi à Chinon.
Il entendit parfois Jeanne dire au roi qu’elle durerait un an, et non beaucoup plus, et qu’il fallait penser à bien travailler cette année-là ; elle prétendait avoir quatre charges : chasser les Anglais ; faire sacrer le roi à Reims ; délivrer le duc d’Orléans ; faire lever le siège d’Orléans.
Jean Pasquerel(aumônier de Jeanne)
- Enquête à Paris et à Rouen (4 mai 1456)
Le comte de Vendôme introduisit Jeanne dans la chambre du roi, qui lui demanda son nom : Gentil dauphin, j’ai nom Jeanne la Pucelle, et le Roi des cieux vous mande par moi que vous serez sacré et couronné à Reims [en français] ; et serez son lieutenant lui qui est roi de la France.
Après plusieurs questions elle dit à nouveau : Je te dis, de la part de Messire, que tu es vrai héritier de France et fils du roi [en français]. Il m’envoie pour te conduire à Reims où tu recevras la couronne et le sacre, si tu veux.
Le roi déclara ensuite que Jeanne lui avait dit certains secrets que personne ne pouvait savoir si ce n’est Dieu, et qu’il avait grande confiance en elle. Le témoin n’était pas présent et tient tout cela de Jeanne elle-même.
Elle disait souvent avoir reçu mission d’agir ainsi. Et quand on lui disait qu’on n’avait jamais vu des choses semblables, ni lu dans aucun livre, elle répondait : Mon Seigneur a un livre dans lequel aucun clerc n’a jamais lu, aussi instruit soit-il.
Il la vit plusieurs fois la nuit s’agenouiller à terre, priant Dieu pour la prospérité du roi, et l’accomplissement de la mission que Dieu lui avait confiée.
Simon Charles
- Enquête à Paris et à Rouen (7 mai 1456)
Lorsque Jeanne arriva à Chinon, le conseil délibéra si le roi l’entendrait ou non. On l’interrogea sur l’objet de sa venue ; elle ne voulait parler qu’au roi ; mais celui-ci commanda qu’elle transmette d’abord le motif de sa mission. Elle avait deux mandats de la part du Roi des cieux : faire lever le siège d’Orléans et conduire le roi à Reims en vue de son couronnement et de son sacre. — Certains conseillers jugeaient que le roi ne devait pas avoir confiance en elle, d’autres qu’il devait au moins l’écouter, puisqu’elle se déclarait envoyée par Dieu. — Le roi décida qu’elle serait examinée par des gens d’Église ; ce qui fut fait ; et enfin, et non sans difficulté, il accepta de l’entendre.
Le roi en disait beaucoup de bien de Jeanne ; à Saint-Benoît-sur-Loire, il eut pitié d’elle, de la peine qu’elle prenait, et lui ordonna de se reposer. Mais Jeanne en pleurs, lui répondit de ne plus tergiverser, qu’il recouvrerait tout son royaume et serait rapidement couronné.
Jean d’Aulon
- Déposition de Jean d’Aulon à Lyon (28 mai 1456)
La Pucelle s’entretint seule avec le roi et lui dit certaines choses secrètes (qu’il ignore). Peu après, le roi fit assembler son conseil, auquel participa le déposant, où il déclara que la Pucelle se disait envoyée par Dieu pour l’aider à recouvrer son royaume, alors occupé pour la plus grande partie par ses vieux ennemis les Anglais. Le conseil décida que la Pucelle, qui paraissait âgée de 16 ans environ, serait interrogées sur des points touchant la foi. Le roi convoqua plusieurs théologiens, juristes et autres experts, qui l’interrogèrent avec soin. Lui-même fut présent au conseil, lorsqu’ils firent leur rapport : ils affirmèrent publiquement ne voir en elle qu’une bonne chrétienne et vraie catholique, et la tenaient pour telle.