Procès de réhabilitation de Jeanne d’Arc

#Rôle des Anglais

Nicolas Taquel(troisième notaire du procès)

On disait que le procès était fait aux frais du roi d’Angleterre ; mais sur les craintes et les pressions mentionnées il n’a rien remarqué.

Jean Massieu(huissier du procès)

Déclare que les meneurs du procès étaient poussés à suivre la volonté des Anglais plus que la justice ; et les docteurs qui suivaient le procès étaient favorables aux Anglais.

Croit la rumeur qui disait que Cauchon agissait non pour la justice mais pour les Anglais, alors en grand nombre à Rouen où se trouvait le roi d’Angleterre et son conseil. — Certains assesseurs disaient que Jeanne devait être remise aux mains de l’Église, mais Cauchon n’en avait cure et la remit aux Anglais. — Cauchon était très attaché au parti des Anglais ; beaucoup de conseillers avaient très peur et ne jouissaient pas de leur libre arbitre comme Nicolas de Houppeville qui fut banni avec plusieurs autres.

Vers le début du procès, Jeanne reprocha Cauchon d’être son adversaire, à quoi celui-ci répondit : Le roi m’a ordonné de faire votre procès et je le ferai.

Guillaume Manchon

Il en fut lui-même le notaire, sur l’injonction du Grand conseil du roi d’Angleterre, et il n’aurait pas osé désobéir à un ordre des seigneurs de ce conseil.

Cauchon procéda sans contrainte mais volontairement ; il convoqua Lemaître qui n’osa s’y opposer. Les Anglais poussaient à ce procès, qui fut conduit à leurs frais.

Croit qu’elle fut jugée à Rouen et non à Paris, car c’est là qu’était le roi d’Angleterre ; fut placée dans la prison du château de Rouen. — Lui-même fut forcé d’être notaire et le fit contre son gré, car n’osait s’opposer à un ordre du conseil du roi. — Les Anglais menèrent et financèrent le procès. Cauchon et d’Estivet le firent volontairement ; les autres assesseurs n’auraient osé refuser, tous avaient peur. — Au début du procès il fut convoqué dans une maison, près du château, par Cauchon, l’abbé de Fécamp, Nicolas Loyseleur et plusieurs autres ; Cauchon déclara qu’il lui fallait servir le roi, qu’il avait l’intention de faire un beau procès ; on nomma Boisguillaume pour l’assister.

Pierre Cusquel

Notoire, mais n’était pas là ; les Anglais travaillèrent de toutes leurs forces à la surprendre en paroles, car elle leur avait fait la guerre.

Isambert de La Pierre

Tout fut conduit sur l’ordre du roi d’Angleterre, du cardinal de Winchester, du comte de Warwick et d’autres Anglais, qui payèrent les dépenses faites pour ce procès.

André Marguerie

A entendu que Jeanne avait été prise à Compiègne, diocèse de Beauvais, puis transférée et détenue à Rouen où Cauchon et Lemaître lui firent un procès de foi sur l’ordre des Anglais ; ignore quant aux pressions.

A entendu que Jeanne fut au diocèse de Beauvais, à Compiègne, conduite à Rouen, détenue au château, où elle fut jugée en matière de foi, par Cauchon et le sous-inquisiteur, sous l’impulsion des Anglais. — Plusieurs assesseurs se virent reprocher de ne pas avoir parlé assez ouvertement comme les Anglais le voulaient ; mais ignore certains furent en danger de mort. Entendit juste dire que Nicolas de Houppeville refusa de donner son avis. — Certains Anglais procédaient par haine, mais les gens notables avec un bon esprit.

Ne sait rien.

Pierre Miget

Déclare avoir entendu : que Jeanne fut prise à Compiègne par les gens du sire de Luxembourg, diocèse de Beauvais ; qu’elle fut réclamée par les Anglais ; que Cauchon fut désigné pour lui faire son procès car prise dans son diocèse ; qu’elle fut conduite et emprisonnée au château de Rouen.

Les Anglais décidèrent du procès, firent pression sur les juges, et refusèrent que Jeanne soit gardée en prison d’Église.

Martin Lavenu

Sait bien que Jeanne fut emprisonnée au château de Rouen, qu’on lui fit un procès de foi à la demande et aux frais des Anglais.

Jeanne fut amenée à Rouen, détenue dans la prison du château, poursuivie dans un procès en matière de foi à la demande et aux frais des Anglais. Cauchon et d’autres voulurent et obtinrent des lettres de garantie du roi d’Angleterre que le témoin a bien vues entre leurs mains, signée de Laurent Calot. — Certains assesseurs venaient par crainte des Anglais, d’autres parce qu’ils leur étaient favorables.

Nicolas de Houppeville fut mis dans la prison royale pour avoir refusé de participer à ce procès.

Jeanne n’eut aucun conseiller, sauf vers la fin du procès. Nul n’aurait osé la conseiller Jeanne par crainte des Anglais. Les juges envoyèrent une fois quelques conseillers à Jeanne, ils furent brutalement repoussés par les Anglais.

Le sous-inquisiteur Lemaître, avec qui le témoin se rendait souvent au procès, avait été forcé d’y venir.

Frère Ysambard de La Pierre, compagnon du sous-inquisiteur, fut menacé d’être noyé dans la Seine pour avoir voulu une fois conseiller Jeanne.

Ne sait rien.

Jean Le Fèvre

Croit que le procès a été fait à la demande et aux frais des Anglais.

Les Anglais procédaient contre elle par haine, car ils la craignaient beaucoup ; mais ignore si les juges procédaient par haine ou par complaisance. Le procès était mené aux frais des Anglais.

Jean Riquier

Sait que Jeanne fut conduite et incarcérée au château de Rouen pour être jugée ; croit que ce procès fut fait à la demande et aux frais des Anglais.

Jeanne fut amenée à Rouen pour être jugée en matière de foi. — Le témoin était alors choriste de l’église de Rouen, et parfois il entendait les prêtres de l’église parler de ce procès.

Il entendit Pierre Morice, Nicolas Loiseleur et d’autres dire que les Anglais la craignaient au point de ne pas oser mettre le siège devant Louviers tant qu’elle serait vivante.

Pour plaire aux Anglais il fallait juger vite et trouver comment la condamner à mort. Croit que tout ce qui fut fait, le fut à la demande et aux frais des Anglais. — Le bruit courait que beaucoup d’assesseurs se seraient volontiers abstenus, et qu’ils venaient au procès plus poussés par la crainte qu’autrement.

N’a pas assisté au procès ; on disait que les questions qu’on posait à Jeanne étaient très difficiles et qu’elle demandait un délai quand elle n’osait pas répondre. Le procès fut conduit selon la volonté des Anglais, mais sa longueur les exaspéraient.

Jean Fave

Sait qu’elle fut conduite à Rouen, détenue au château, et qu’on lui fit un procès, et comme il l’entendit, que les Anglais s’en occupèrent et payèrent les salaires des docteurs et autres appelés au procès.

Guillaume de la Chambre

Le cardinal d’Angleterre et le comte de Warwick l’envoyèrent chercher, ainsi que Guillaume Desjardins et d’autres médecins. Warwick leur dit qu’on disait Jeanne malade et nous ordonna de l’examiner et de la guérir, car le roi ne voulait à aucun prix qu’elle mourût de mort naturelle : il l’avait achetée cher, et ne voulait pas qu’elle mourût sans être jugée et brûlée. Le témoin et les autres médecins allèrent alors la voir ; lui-même et Desjardins la palpèrent sur le flanc droit et la trouvèrent fiévreuse ; ils préconisèrent une saignée mais Warwick s’y opposa : Gardez-vous de la saigner, car elle est rusée et pourrait se faire mourir. Néanmoins elle fut saignée et aussitôt après guérie. — Sur ce arriva un certain Estivet, qui invectiva violemment Jeanne, l’appelant putain, paillarde, si bien qu’elle retomba malade. Warwick interdit à d’Estivet de l’injurier de nouveau.

A entendu dire que les Anglais la poussèrent à reprendre son habit d’homme, que ceux de femme lui furent enlevés et remplacés ceux d’homme. C’est pourquoi on disait que Jeanne avait été injustement condamnée.

Jean Monnet(secrétaire de Jean Beaupère)

Les Anglais engagèrent le procès parce que Jeanne leur paraissait trop nuisible, et leur avait déjà fait des dommages considérables ; et croit qu’ils en payèrent les frais.

Aimon de Macy

Jeanne fut conduite au château de Rouen, dans une prison tournée vers la campagne. Un jour, le comte de Ligny [Jean de Luxembourg], qui était arrivé à Rouen accompagné du témoin, voulut voir Jeanne ; il vint vers elle en compagnie du comte de Warwick, du comte de Stafford, du chancelier d’Angleterre [Henri Beaufort], de son frère alors évêque de Thérouanne [Louis de Luxembourg], et du témoin. Ligny lui dit : Jeanne, je suis venu ici pour vous mettre à rançon, à condition que vous promettiez de ne jamais vous armer contre nous. Elle répondit : En nom Dieu [en français : En nom Dé], vous vous moquez de moi, car je sais bien que vous n’en avez ni le vouloir, ni le pouvoir ; et le répéta car le comte insistait ; puis elle ajouta : Je sais bien que ces Anglais me feront mourir [en français], croyant après ma mort gagner le royaume de France ; mais même s’ils étaient cent mille godons [en français] ou plus, ils n’auraient pas le royaume. Stafford, indigné, tira sa dague pour la frapper mais Warwick l’en empêcha.

Guillaume Colles, dit Boisguillaume(second notaire du procès)

Cauchon engagea le procès en alléguant que Jeanne avait été prise dans son diocèse. S’il agit par haine ou autrement, s’en rapporte à sa conscience ; sait que tout se faisait aux frais du roi d’Angleterre et sur poursuite des Anglais, et que Cauchon et les autres obtinrent des lettres de garantie du roi d’Angleterre, car il les vit. On lui montra certaines lettres de garantie ; il reconnût le seing de Laurent Calot et confirma que c’étaient celles qu’il avait vues autrefois.

Jean Lemaire

Le bruit courait à Rouen que les Anglais avaient fait faire le procès contre Jeanne à cause de la haine et de la crainte qu’ils en avaient. Dans le procès et les sentences, la justice fut très offensée. On disait plusieurs assesseurs dégoûtés du procès ; certains furent en grand danger de mort, notamment Pierre Morice, l’abbé de Fécamp et Nicolas Loiseleur.

Maugier Leparmentier

Le procès fut mené à la demande des Anglais et par Cauchon, qui était très attaché au parti anglais, car on disait qu’elle avait été prise dans son diocèse. — Des Frères prêcheurs eurent beaucoup à faire, parce qu’ils conseillaient à Jeanne de se soumettre à l’Église.

La commune renommée était que tout ce que l’on faisait contre Jeanne était fait par haine du roi de France et de son parti, et que Jeanne avait subi une grande injustice.

Pierre Daron(alors procureur de Rouen)

Certains qui refusaient de participer au procès furent blâmés par les Anglais, notamment Nicolas de Houppeville.

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