Tome I : Introduction
Histoire de la Pucelle d’Orléans
par
(1630)
Texte collationné et publié par
Philippe-Hector Dunand
Tome I (1911) — Tome II (1912)
Éditions Ars&litteræ © 2021
Page de garde
La première histoire en date de Jeanne d’Arc (1625-1630).
Histoire de la Pucelle d’Orléans, par Edmond Richer (1560-1631), docteur de Sorbonne, syndic de la Faculté de théologie de Paris.
Texte collationné et publié d’après le manuscrit de la bibliothèque nationale, fonds français, cote 10448 par Philippe-Hector Dunand (1835-1912), chanoine théologal du chapitre de Toulouse, auteur de l’Histoire complète de Jeanne d’Arc, de la dissertation sur l’Abjuration de Saint-Ouen et autres études critiques sur l’histoire de l’héroïne, couronnées en 1904 par l’Académie française. Prix Marcelin Guérin.
À la gloire de Dieu et à l’honneur de la France.
— Edmond Richer, Avertissement au lecteur.
Imprimatur : Toulouse, le 22 février 1911. ☨ Jean-Augustin, archevêque de Toulouse.
À Monseigneur Alfred Baudrillart, recteur de l’Institut catholique de Paris. Daigne Monseigneur le recteur agréer l’hommage de la Première Histoire en date de la Pucelle ; ouvrage laissé manuscrit en 1631 par l’auteur, publié en 1909-1911 par les soins du Comité de la statue monumentale de Jeanne d’Arc.
L’Université de Paris du XVIIe siècle au jeune Institut catholique du XXe : Depositum custodi.
Pour le Comité : Émile Flourens, président ; — abbé Jouin, curé de Saint-Augustin, à Paris ; — chanoine Dunand, théologal du chapitre de Toulouse, éditeur du texte et annotateur.
1Introduction
I. Edmond Richer, docteur de l’Université de Paris, et la première histoire en date de Jeanne d’Arc.
Les livres ont leurs destinées1
, a dit Horace. Elles sont parfois étranges. Il y a des livres que les contemporains accueillent avec un enthousiasme qui déconcerte la postérité, qui n’est jamais ratifié par elle, et qui ne tarde pas à faire place à un discrédit dont ils ne se relèvent plus. Telle a été la fortune du poème de Chapelain sur la Pucelle d’Orléans. Les douze premiers chants qui parurent d’abord eurent douze éditions en dix-huit mois. Aujourd’hui, qui a lu et qui lit ce poème admiré du grand siècle, et, si le nom en a survécu, n’est-ce pas le ridicule qui le sauve de l’oubli ?
En regard de ces livres il en est d’autres qui, malgré un mérite dont tout le monde convient, ne parviennent point à conjurer le sort fatal qui semble avoir été jeté sur eux. Les contemporains les ont à peine remarqués. La postérité, à qui leur valeur a été signalée, fait comme les contemporains ; elle renvoie à plus tard le soin de 2leur rendre justice. Ainsi en a-t-il été, ainsi en est-il encore de la première histoire en date de la Pucelle d’Orléans, de la première histoire digne de l’héroïne et de la France ; histoire écrite con amore par un prêtre, docteur de Sorbonne, et Français ; histoire enfin signée d’un nom qui retentit souvent dans les premières années du XVIIe siècle, et dont l’auteur, syndic de la Faculté de théologie de la capitale, esprit dont on peut ne pas approuver les idées, mais esprit vigoureux, homme rude2, fut un de ces hommes dont on est forcé d’admirer l’énergie et le caractère, car il ne craignit pas de résister en face au tout-puissant et dominateur cardinal de Richelieu. Lorsque Edmond Richer fut surpris par la mort, il venait d’achever cette histoire, travail considérable dont le texte manuscrit ne compte pas moins de 1028 pages in-folio. Il avait obtenu la permission nécessaire pour la faire imprimer, mais il ne put mettre son dessein à exécution. Le manuscrit de l’histoire de la Pucelle attendait hier encore dans les casiers de la Bibliothèque nationale, fonds Français, n° 10448, que des âmes généreuses le tirassent de l’oubli.
1.
Il n’entre pas dans notre dessein de donner une notice complète sur la vie et les œuvres du docteur de l’Université de Paris. Le lecteur trouvera, dans la biographie qu’a écrite d’Edmond Richer Adrien Baillet, les détails dont nous ne pouvons parler ici, et un exposé intéressant de ses doctrines théologiques dans l’ouvrage 3de M. l’abbé Pierre-Édouard Puyol qui a pour titre : Edmond Richer, étude historique et critique sur la rénovation du gallicanisme au commencement du XVIIe siècle, 2 volumes in-8°, Paris, Théodore Olmer 1876. Nous ne nous occuperons, dans cette introduction, que de Richer historien de Jeanne d’Arc.
Edmond Richer naquit en 1560 de parents peu fortunés à Chaource ou Chource, localité du diocèse de Langres en Champagne — aujourd’hui canton et paroisse du diocèse de Troyes. — À dix-huit ans il vint à Paris. À vingt ans, il était reçu maître ès arts ; il soutenait ensuite ses thèses de docteur en théologie et s’adonnait à la prédication. En 1594, il était nommé grand maître et principal du collège du cardinal Lemoine. Censeur de l’Université dès 1600, il composait en 1606 un éloge du chancelier Gerson. Le 2 janvier 1608, il était élu syndic de la Faculté de théologie de Paris. Gallican déclaré, il fut l’adversaire des Jésuites. Son livre sur la Puissance ecclésiastique et politique composé en 1611 donna lieu à de nombreuses protestations. Les évêques de plusieurs diocèses censurèrent l’ouvrage. On parla d’emprisonner l’auteur et de le déposer du syndicat. La menace fut exécutée, et en 1612 il était déposé par lettres patentes du roi. Cependant, en la même année, il obtenait un canonicat à Notre-Dame. Le reste de sa vie ne fut qu’une lutte doctrinale continuelle dans laquelle il eut pour adversaire Richelieu lui-même. Il mourut le 28 novembre 1631 après sept mois de maladie, et fut inhumé dans la chapelle de la Sorbonne. Il venait d’achever l’histoire de la Pucelle et songeait à la faire paraître. Comment en avait-il conçut l’idée, et quelle 4valeur convient-il d’attribuer à son travail, tels sont les points dont nous voudrions dire quelques mots.
2.
Le biographe d’Edmond Richer, Adrien Baillet, parle longuement dans sa biographie des ouvrages idéologiques du docteur de Sorbonne, de son culte pour Gerson, de son ardeur infatigable à défendre les doctrines chères à l’Université de Paris, de ses incessants et graves démêlés avec les puissants du jour : ministres, princes, évêques, ordres religieux. Ce que Baillet ne nous dit pas, c’est par quelles circonstances l’auteur ultra-gallican du traité de la Puissance ecclésiastique et politique fut amené à écrire l’histoire de la Libératrice d’Orléans. Car, c’est dans les dernières années de sa vie qu’il en conçut le dessein. En 1628, il n’en était encore qu’au deuxième livre ; — c’est lui-même qui nous l’apprend, en parlant des armes d’Angleterre gravées sur les murs de la Sorbonne : elles y étaient demeurées, dit-il, jusqu’à cette présente année 1628, que ce logis a été entièrement démoli3
.
Si nous sommes condamnés à ignorer ces circonstances, nous pouvons néanmoins entrevoir quelques-unes des raisons qui décidèrent le docteur de Paris à traiter cet important et nouveau sujet.
Edmond Richer était tout ensemble un des plus savants théologiens de l’Université de Paris et l’un des 5hommes les plus érudits de son temps. C’était, en outre, un Français de race, fier de l’être, et soucieux de tout ce qui pouvait obscurcir ou accroître l’honneur du nom français. Chez un tel homme, quatre choses expliquent la résolution de donner à la France une histoire authentique de sa Libératrice, histoire vraiment digne de l’héroïne et de son pays :
En premier lieu, l’absence, le défaut de toute histoire semblable ;
En second lieu, les calomnies que les Anglais ne cessaient de répandre sur le compte de la jeune fille qui les avait vaincus ;
En troisième lieu, l’extrême importance qu’il y avait à dissiper, à la lumière de documents absolument dignes de foi, ces légendes calomniatrices, afin de faire définitivement justice des accusations mensongères formulées contre la France et contre l’Église, contre les rois descendants de saint Louis et contre les Pontifes romains ;
En quatrième lieu, la pensée de protester, à titre de membre de l’Université de Paris, contre la conduite inqualifiable de l’Université de Paris du temps de Jeanne, et de montrer qu’on admirait au XVIIe siècle la Libératrice de la France autant qu’on l’avait méconnue au XVe.
Un mot sur chacun de ces points.
1° Au commencement du XVIIe siècle, il n’avait encore paru aucune histoire de Jeanne d’Arc qui en méritât le nom. L’on ne saurait qualifier ainsi l’ouvrage qui fut écrit vers l’an 1500 par ordre de Louis XII, à l’instigation de l’amiral Louis Malet de Graville : ouvrage qui n’a pas de titre, dont l’auteur est demeuré 6inconnu et dont on n’a imprimé que des fragments4. Comparé au texte du Procès, dont il est l’abrégé, ce travail n’en est qu’une très incomplète et très fautive reproduction5
.
Ce n’est pas non plus une histoire de la Pucelle que l’opuscule publié en 1612 par un descendant du troisième frère de Jeanne d’Arc, Jean Hordal, professeur à l’Université de Pont-à-Mousson. Le titre dudit opuscule induirait à le croire, étant ainsi conçu : Heroinæ nobilissimæ Johannæ Darc, Lotharingæ…, Historia. Mais, bien que Hordal ajoute qu’il a tiré les éléments de cet écrit de divers auteurs très graves et très dignes de foi6, ces éléments ne sont pas des documents historiques, mais des éloges empruntés à ces auteurs divers, car Hordal ne nous laisse pas ignorer qu’il se propose, non de raconter en ses détails la vie de l’héroïne, mais d’en admirer l’unité et la beauté7
. Sur 231 pages que contient cet écrit, 12 seulement, de la page 8 à la page 20, sont consacrées au narré des faits. Un seul texte est extrait du Procès de 1456, celui de la sentence de réhabilitation, de la page 194 à la page 205. Les lettres d’anoblissement octroyées par Charles VII à la famille de Jeanne, des éloges empruntés à divers auteurs français et étrangers, et des considérations sur la loi salique remplissent le reste du volume.
2° Si, au temps d’Edmond Richer, il n’existait pas d’histoire de la Libératrice d’Orléans, ce n’est pas que le silence et l’oubli eussent recouvert de leur voile sa 7mission merveilleuse et ses hauts faits. Depuis son supplice, on n’avait cessé en France et à l’étranger de s’en occuper ; les uns admirant et exaltant sans réserve la jeune fille qu’ils regardaient comme l’envoyée de Dieu ; les autres ne trouvant pas assez d’injures pour satisfaire leur haine et flétrir à jamais la suppliciée de Rouen.
Richer connaissait et ces injures et ces éloges, les détracteurs de Jeanne et ses admirateurs. À la suite et à l’exemple de Jean Hordal, il remarque avec une joie manifeste
… que bon nombre d’autheurs de toutes les nations chrétiennes ont rendu le fidèle témoignage qui était dû aux mérites de la Pucelle, encore qu’ils n’aient jamais vu les actes de son prétendu procez, ni la revision d’icelluy.
Et c’est ce témoignage que nous fait entendre la quatrième partie de son histoire, partie dans laquelle des écrivains aux titres les plus divers, théologiens, ecclésiastiques, jurisconsultes, médecins, historiens, poètes
, et jusqu’à des Anglais, expriment leur admiration pour notre grande Française8.
Mais, précaution que Jean Hordal n’avait point songé à prendre, Richer ne présente au lecteur ces louanges venues de toutes parts qu’après avoir montré, avec pièces authentiques à l’appui, qu’elles étaient méritées, et qu’après avoir exposé tout au long les faits de la vie entière de Jeanne et prouvé qu’ils les justifiaient. Aussi bien était-ce le seul moyen d’avoir définitivement raison des calomnies odieuses, des affirmations mensongères, des insinuations perfides qui avaient cours et qui trouvaient créance chez certains esprits, à cette époque où les vraies sources de l’histoire de la Pucelle, les deux 8Procès de condamnation et de réhabilitation, étaient généralement ignorées. Obéissant à un même sentiment de haine inextinguible, Anglais et faux Français mettaient à profit cette ignorance pour accréditer leurs inventions ignominieuses. N’est-ce pas un spectacle dont Richer fut témoin que celui d’un grand seigneur, historiographe officiel de France, jetant à pleines mains la boue sur la figure virginale de la Libératrice d’Orléans et du pays ? Ce qui faisait dire à notre docteur, dans un sentiment d’indignation qu’il ne pouvait contenir :
Mesme les historiens anglais n’ont pas escrit tant au désavantage de la Pucelle que Du Haillan9… Pour moy, je ne puis me persuader que Du Haillan, natif de Guienne, ne fust de quelque extraction anglaise, n’ayant pu céler la haine qu’il portait à cette vierge. Le titre d’historien que cet homme a usurpé l’obligeait de voir et d’examiner le procez de cette fille et sa justification attestée par cent douze témoins, et d’en juger selon les règles de l’histoire.
Aussi, conclut Richer, ai-je ouï
… défunt Me Pierre Pithou parlant avec mespris de l’histoire de Du Haillan comme d’un homme téméraire et ignorant10.
3° Mieux que personne, le syndic de la Faculté de théologie de Paris était en situation de saisir l’intérêt majeur qu’il y avait, pour l’Église et pour l’État, à voir se dissiper sans retour ces légendes de mensonge et à voir apparaître la figure de la Pucelle dans toute sa beauté. Il y allait de l’honneur de la maison de France 9que le royaume et la chrétienté fussent convaincus, à n’en pouvoir plus douter, que Charles VII devait sa couronne et ses États, non point à une fille d’auberge, à une aventurière de mauvaises mœurs, à une villageoise suspecte de pratiques démoniaques, non point même à une fille à la rigueur honnête, mais s’étant prêtée volontiers par vanité et inconscience à jouer le rôle d’une prétendue envoyée de Dieu ; la couronne de France et son beau royaume, Charles VII en était redevable à la plus pure, à la plus vaillante, à la plus généreuse des vierges, à une enfant de dix-neuf ans morte dans les flammes du supplice, martyre du patriotisme et de la chasteté.
Il y allait aussi de l’honneur de l’Église qu’il fût démontré sans réplique possible, d’une part, que la responsabilité de l’infâme Procès de Rouen et de la sentence cruelle à laquelle il avait abouti remontait uniquement au prélat félon, vendu à l’Angleterre, dont un grand siège épiscopal convoité devait payer la trahison ; d’autre part, que si cette œuvre d’iniquité avait été mise à nu, stigmatisée, flétrie, condamnée sans appel ; si la calomnie avait été confondue, l’innocence de la victime proclamée de la façon la plus solennelle devant les peuples et les monarques, devant l’histoire et la postérité, c’est au Chef de l’Église catholique, au pape Calixte III, d’impérissable mémoire, qu’en revenait la gloire.
Edmond Richer avait l’âme trop haute, l’intelligence trop ouverte, il aimait trop son pays et l’Église pour ne pas sentir quel intérêt puissant il y avait à ce que la lumière se fit complète sur les dits et gestes de Jeanne d’Arc et sur le drame lugubre du Procès de Rouen.
104° Il est une dernière considération qui, à coup sûr, l’impressionna vivement en tant que membre et dignitaire de l’Université de Paris. S’il balançait à se décider, cette considération était de nature à triompher de ses hésitations, et à rétablir fermement dans le dessein d’écrire une véritable histoire de notre grande Française.
Nous disions tout à l’heure que la responsabilité de la condamnation inique de la Pucelle remontait uniquement à Pierre Cauchon, évêque-comte de Beauvais et pair du royaume. En cela, nous sommes allés peut-être trop loin ; plus d’un historien est d’avis que l’Université de Paris de 1430 partage cette responsabilité. N’est-ce pas, en effet l’Université de Paris, dont Pierre Cauchon était un des suppôts préférés, qui le signala au duc de Bedford, régent de France, comme le personnage le plus capable de mener à bonne fin le procès de la Pucelle ? L’Alma mater, lorsque Bedford eut accédé à sa requête, ne prit-elle pas le soin d’envoyer à l’évêque de Beauvais, à titre de conseillers et d’assesseurs de choix, six de ses docteurs les plus habiles et les plus réputés ? Enfin, ladite Université, par sa consultation sur les douze articles, n’a-t-elle pas tracé la voie aux membres du tribunal et n’a-t-elle pas provoqué la sentence finale de condamnation ?
Edmond Richer n’ignorait pas cette triste page de l’histoire du corps illustre auquel il appartenait. Ni ses collègues ni lui ne pouvaient la détruire. Mais à cette page, on pouvait en opposer une autre, page tout ensemble de protestation et de réparation. Edmond Richer se chargea de l’écrire. Le Procès de condamnation de Jeanne, mis en forme par maître Thomas de Courcelles, 11nous dit ce que, au XVe siècle en 1431, l’Alma mater Universitatis Parisiensis pensait de la Libératrice d’Orléans. L’histoire manuscrite d’Edmond Richer nous apprend ce qu’en ont pensé, au XVIIe siècle, les maîtres et docteurs de la même Université. Dans ce conflit entre ceux que les contemporains de Jeanne d’Arc nommaient les faux Français et les Français loyaux, le dernier mot est resté aux vrais et loyaux Français.
3.
Ainsi le monde des lettres — on disait alors la République des lettres — est redevable à un docteur de Sorbonne, à un fils et dignitaire de la vieille Université, d’une histoire de la Pucelle digne de ce nom ; d’une histoire écrite en français, non en latin ; d’une histoire composée d’après les règles de la plus saine critique, puisée aux sources les meilleures ; histoire digne du sujet, malgré les quelques défauts qui s’y accusent ; œuvre d’art et de méthode, œuvre de critique également, d’une ordonnance des plus naturelles, marquée au coin de l’unité et de la simplicité11, ayant son point de départ précis, sa marche progressive et lumineuse, ses péripéties dramatiques et son dénouement. Le récit que l’auteur se propose de donner à ses contemporains est un récit complet, sans lacunes, des gestes et dits de la Pucelle, n’ayant à ce point de vue rien de commun avec les récits répandus dans le public.
Auparavant ce jourdhuy, dit Richer, l’histoire de la Pucelle d’Orléans n’a été traitée que par lambeaux ou parcelles.
Lui l’exposera tout entière dans son ensemble ; quatre livres y seront consacrés.
12Quant au premier livre de cette histoire, il contient bien exactement, remarque-t-il, la vie de cette fille, recueillie tant de ses propres dépositions que de celles de cent et douze témoins qui ont été ouys en la revision du procez ;
Le second livre est l’examen de tout son procez ;
Le troisième, la revision d’icelluy ;
Et le quatrième sera dédié à ses éloges que nous avons extraits de divers auteurs de toutes nations12.
Mais le point qu’Edmond Richer a le plus à cœur, c’est l’autorité et la pureté des sources auxquelles sont puisés ses éléments d’information. Avec une loyauté parfaite et un sens critique remarquable, il ne veut pas
… qu’on ajoute plus de foy à son récit que ne le permettent les actes publics et pièces originales desquelles nous l’avons extrait et corrigé ; car nous tenons pour très véritable maxime que c’est un très grand sacrilège de mentir en matière d’histoire, puisque l’escrire n’est autre chose que sacrifier à la vérité, comme disait un ancien13.
Ces actes publics et pièces originales
dont l’auteur s’est servi pour écrire son histoire, constituent des pièces authentiques
et des documents de premier ordre ; on peut y ajouter foi sans aucune crainte, car telle en est la haute valeur que
… jamais histoire humainement escrite ne fut plus véritable.
Sans doute, en dehors des deux procès, Richer n’a eu qu’un petit nombre de documents à sa disposition : il les indique dans son Advertissement ou préface. Il n’a connu ni la Chronique de la Pucelle que Denis Godefroy publia seulement en 1661, ni la plupart des chroniques 13et pièces rassemblées par Jules Quicherat dans les quatrième et cinquième volumes de son édition des Procès. Mais là ne se trouvent pas les sources vitales de l’histoire de Jeanne d’Arc ; pour les trouver, il faut remonter au texte même des deux Procès. Si bien que, en possession de ce texte, on peut se passer de toutes les chroniques ; et aucune chronique ne pourrait combler le vide que ferait la perte du texte des deux Procès.
Edmond Richer puisa donc ses informations sur l’histoire de la Pucelle aux vraies sources, car il eut entre ses mains, avec le Journal du siège d’Orléans, l’une des cinq copies authentiques du Procès de condamnation et un exemplaire non moins authentique du Procès de réhabilitation. Aussi invoque-t-il à chaque instant au cours de son premier livre, de nombreux passages tirés de ces deux documents, en attendant qu’il les discute à fond dans un deuxième et troisième livre.
L’auteur n’omet pas de faire observer avec beaucoup d’à-propos que la plupart des passages qu’il cite étant empruntés
… aux actes du procez que les ennemys conjurés de la France, les calomniateurs de la Pucelle, les Anglais, lui firent faire, [il n’en peut jaillir sur sa mémoire qu’un] jour et une lumière très certaine ; [de telle sorte encore une fois,] que jamais histoire humainement escrite ne fût plus véritable14.
À cette lumière, remarque-il, s’adjoint celle de la révision qui fut faite du Procès de condamnation, vingt-cinq ans après. Par une disposition admirable de la Providence,
… plusieurs des juges, conseillers, notaires et autres officiers du tribunal qui avaient été contrains 14et forcez par les Anglais d’assister au procez de 1431 étaient encore pleins de vie en 1453, année où il fut revu par authorité spéciale du Saint-Siège apostolique.
Aux enquêtes de cette révision furent appelés à déposer de très nombreux personnages,
… tesmoins hors de tout reproche, entre lesquels il y a des princes, plusieurs grands seigneurs, des gentilshommes, des personnes bien qualifiées qui avaient par un long temps conversé avec la Pucelle, tant aux armées qu’ailleurs ;
ce qui amène Richer à tirer une troisième fois cette conclusion, que
… n’y eût onques histoire humaine assistée et fortifiée de tant de tesmoins, d’autheurs et historiographes15,
et qui se présente avec d’aussi imposantes garanties de vérité.
Puisée aux sources les plus sûres, l’histoire de la Pucelle par Richer fut, de plus, écrite en français.
En ces premières années du XVIIe siècle, tout historien qui avait souci de sa réputation de lettré n’avait garde d’écrire ses ouvrages en langue vulgaire ; c’était bon, à la rigueur, pour les auteurs de mémoires et de chroniques ; mais un humaniste qui se respectait ne pouvait composer une histoire qu’en latin. L’homme que Bossuet a proclamé le grand auteur, le fidèle historien
, le président Jacques Auguste de Thou, écrivit en latin l’Histoire de son temps, l’un des plus beaux monuments des temps modernes16. Edmond Richer s’écarta, en la composition de son ouvrage sur la Pucelle, de l’exemple de de Thou ; mais il s’en écarta pour d’excellentes raisons et à bon escient.
Il m’eust été beaucoup plus facile, observe-t-il, 15d’escrire cette histoire en latin qu’en langue vulgaire, considéré mesme que le procez, tous les actes et traitez s’y rapportant sont couchez en latin. Neantmoins, pour faire connaître à ma patrie combien, après Dieu, elle est obligée à cette fille qui ne parloit que très bon françois, j’ay mieux aymé l’escrire en nostre langue, afin que ceux qui n’entendent pas le latin, et mesme les femmes et les filles, puissent profiter et reconnaître les merveilles de Dieu envers le royaume de France, duquel il a toujours eu un soin particulier17.
4.
Les érudits qui ont pu juger par eux-mêmes de la valeur du manuscrit de Richer, s’accorderont à convenir que l’auteur réunit deux parties qui ne vont pas toujours ensemble, celle de critique et celle d’historien. À ces parties, il en joignait deux autres non moins nécessaires à l’écrivain qui entreprend d’étudier à fond les faits et dits de la vierge Lorraine, celles de canoniste et de théologien.
Comme critique, Richer est le premier qui a découvert les vraies sources de l’histoire de Jeanne : sources qui se trouvent, nous l’avons rappelé, non dans les chroniques, annales, mémoires de l’époque, mais dans les deux Procès de condamnation et de réhabilitation.
Comme historien, Richer a puisé largement et principalement à ces sources. Le moment venu d’exposer les actes des deux Procès, il ne s’est pas contenté d’en donner une idée sommaire ; il en a reproduit et traduit tout au long les pièces les plus importantes, et, reprenant de plus belle son rôle de critique, il les a fait suivre 16 d’advertissements dans lesquels il les discute, il les apprécie au point de vue des règles de la critique historique, des principes du droit soit positif, soit naturel, et, quand le sujet le demande, au point de vue de la théologie dogmatique et morale. C’est une des supériorités qu’on ne pourra refuser à Richer sur Quicherat. L’éditeur des deux Procès a d’autres mérites, sans doute, que nous nous garderions bien de contester. Mais la lourde histoire
du Sorboniste jette sur les points obscurs des deux Procès des clartés qu’on chercherait en vain dans la publication de l’habile paléographe et des Aperçus nouveaux.
On l’oublie trop facilement, l’histoire de la Pucelle est une histoire à part ; elle sort complètement du cadre des histoires ordinaires ! D’un bout à l’autre, de Domrémy au bûcher de Rouen, il n’y est question que d’apparitions, de visions, de révélations. Dans la vie de Jeanne, quelque importants que soient les faits extérieurs, ils tiennent beaucoup moins de place que les faits intérieurs. Cette vie est celle d’une vierge guerrière, d’une héroïne libératrice de son pays ; mais elle est avant tout la vie d’une âme grandie, soulevée, inspirée par les deux sentiments les plus puissants de la nature humaine, la foi religieuse et la foi patriotique.
Cette vie s’écoule en un commerce quotidien avec un monde invisible et supérieur. De ces hautes régions vient à la jeune fille, avec la lumière qui l’éclaire et lui montre la voie où il faut absolument qu’elle s’engage, l’ardeur indomptable qui la soutient ; Jeanne ne descendra de ces régions que pour accomplir les ordres, pour réaliser les inspirations qu’elle y a reçues. Une vie pareille, aussi merveilleuse, aussi supérieure, aussi 17spirituelle, aussi transcendante, aussi surhumaine ; une vie dont la foi chrétienne portée à son plus haut degré est de toute évidence le principe inspirateur, qui pourra la démêler, la décrire, l’apprécier et la juger, sinon l’historien pour qui la science théologique n’a point de secrets ?
Des écrivains étrangers à cette science se sont imaginé que, dans le cas dont nous parlons, elle était utile mais nullement nécessaire, et que le savoir philosophique ou scientifique pouvait y suppléer. Ces écrivains n’ont pas pris garde à cette règle fondamentale de la critique : que, pour saisir la vraie physionomie des personnages et des faits du ressort de l’histoire, il est indispensable de les considérer dans le cadre des mœurs, des idées, des croyances où s’est produite leur action. Prêter à la société de notre XIXe siècle les idées, les croyances du XVe serait tout aussi peu raisonnable que de prêter à la société du XVe siècle les idées, les croyances du XIXe, comme l’a fait l’un des derniers biographes de l’héroïne18. Or, au temps de Jeanne d’Arc, les faits dits surnaturels étaient généralement admis, et au nombre de ces faits figuraient les visions, les révélations, les apparitions. Des règles théologiques spéciales permettaient de déterminer si ces faits étaient d’origine diabolique, céleste ou simplement humaine. Appliquer avec intelligence et discernement, avec loyauté surtout, ces règles au cas de la Pucelle était l’unique raison d’être du procès ouvert à Rouen. Comment l’historien pourra-t-il, s’il ignore ces règles, si, en un mot, il n’est pas 18théologien, avoir la preuve expresse que les juges de Jeanne ont, oui ou non, fait œuvre d’iniquité ? Fontenelle nous aurait-il laissé des éloges si intéressants, si précis et néanmoins si exacts au point de vue scientifique, des Leibnitz, des Newton, des Bernoulli, s’il eût ignoré la haute algèbre et les éléments du calcul infinitésimal19 ?
La théologie pénètre toutes les parties de la vie de Jeanne d’Arc ; c’est pourquoi l’historien qui veut l’étudier à fond doit n’être pas étranger à la science théologique. D’un autre côté, les deux Procès de condamnation et de réhabilitation ont été instruits, menés, conclus conformément aux règles du droit canonique ; c’est pourquoi l’historien de la Pucelle doit être tout ensemble canoniste et théologien. Il faut qu’il ne coure pas à chaque instant le risque de s’égarer dans les détours de la procédure inquisitoriale ; car elle aussi, tout comme notre procédure actuelle, avait ses maquis : l’évêque de Beauvais s’est chargé d’en fournir la preuve.
Chez Edmond Richer, disions-nous, l’historien était doublé d’un critique ; il l’était également d’un canoniste et d’un théologien. Si, comme abondance d’informations, son histoire de la Pucelle doit céder le pas aux histoires publiées de nos jours, comme sûreté de méthode elle ne le leur cède en aucune manière ; comme exposé critique des deux Procès, elle leur est supérieure et elle forme une œuvre à part que l’on consultera toujours avec intérêt et profit.
À ce propos, qu’il nous soit permis de protester contre une légende en train de s’accréditer ; légende que répudieraient assurément les érudits au bénéfice desquels elle paraît s’établir. On dit volontiers dans un certain 19monde, ou bien l’on donne à entendre, qu’à notre XIXe siècle revient l’honneur d’avoir découvert la vraie Jeanne d’Arc, la Jeanne d’Arc héroïque et sainte, et d’avoir découvert également la haute importance des deux Procès de condamnation et de réhabilitation comme sources principales et vitales de son histoire.
Voilà ce que l’on dit : voici ce que répondent les faits.
Ce n’est point au XIXe siècle, c’est au XVe qu’a été découverte, proclamée, présentée à l’admiration du monde la vraie Jeanne d’Arc. L’honneur en revient non à nos auteurs récents, mais à Calixte III, le pontife qui a fait instruire le Procès de réhabilitation, mais aux prélats qu’il a délégués à cet effet et qui ont rendu en son nom l’arrêt suprême qui, en flétrissant à jamais le Procès inique des juges de Rouen, a reconnu et proclamé l’innocence, l’héroïsme et les admirables vertus de la Libératrice de la France.
Après Calixte III, après les prélats, organes du chef de l’Église, et, pour n’oublier personne, après les évêques et docteurs dont les Mémoires furent adjoints au procès de révision, le mérite d’avoir fait connaître la vraie Jeanne d’Arc et d’avoir présenté au public le portrait en pied de l’héroïne et de la sainte, avec preuves et documents à l’appui, revient à l’auteur de la première histoire française de la Pucelle, à Edmond Richer, docteur de Sorbonne et syndic de la Faculté de théologie de l’Université de Paris ; histoire écrite cent-quatre-vingts ans environ après le jugement de réhabilitation, deux-cent-vingt ans avant la publication des deux Procès par Jules Quicherat au nom de la Société de l’histoire de France.
20De même, ce n’est ni Jules Quicherat, ni L’Averdy, ni Lenglet du Fresnoy qui ont, les premiers, compris l’importance des deux Procès comme sources authentiques principales de l’histoire de la Pucelle ; c’est encore à Edmond Richer, à un prêtre français, à un docteur de l’Université, qu’appartient cet honneur ; les sept-cents pages in-folio qu’il a consacrées à exposer, traduire, examiner et discuter ces Procès le prouvent jusqu’à l’évidence.
Il y a plus : l’excellente idée de publier et de mettre à la portée du public lettré le texte des deux Procès, qu’eut en 1840 la Société de l’histoire de France et que Jules Quicherat fut chargé de réaliser, Edmond Richer l’avait eue dès 1628, plus de deux siècles auparavant.
Vrayment, dit-il en son Advertissement au lecteur, il serait à désirer que pour conserver ces pièces originales, j’entends le procès et la revision d’icelluy, quelqu’un en fist imprimer cent ou six vingt exemplaires en un beau charactère, pour les mettre en diverses bibliothèques, afin de les conserver et transmettre à la postérité ; car autrement ils se perdront par l’injure du temps. Pour mon regard, j’offrirais volontiers ma peine et mon travail à revoir et conférer les copies et impressions sur les originaux.
5.
Il nous resterait maintenant, si nous ne craignions de dépasser la mesure, à montrer par quelques analyses rapides, quelques citations discrètes, les principales qualités, bon sens, gravité, originalité, clarté, logique, parfois aussi élévation de pensée et de langage, qui se 21remarquent dans la manière de l’historien. La page suivante permettra d’en juger à quelque degré.
Jeanne vient d’arriver à Chinon. Convient-il de s’en rapporter à sa parole et de l’instituer chef de guerre ? Que pensent, que disent les conseillers du jeune roi ?
Tous les princes, capitaines et gens de guerre ne pouvaient gouster le conseil de cette fille, et n’étaient d’advis qu’on se commist à elle, principalement aux affaires de la guerre, vu les grands périls qui les accompagnent ordinairement, et qu’il n’est loisible d’y faillir deux fois. Et remontrait-on que le Roy, tout son conseil, voire tous les François seroient la fable des nations étrangères et nommément des Anglois, notés à jamais de témérité, au cas que ce que disoit cette bergère ne succédast (réussît), et que les gens du Roy fussent vaincus et deffaits par leurs ennemys, déjà trop puissants et insolents. Que par la loy fondamentale de l’Estat, les François n’avoient voulu onques reconnoître les femmes pour leur commander ; et que la guerre n’estoit entreprise contre les Anglois, sinon parce qu’on avoit donné pour dot le royaume de France à Madame Catherine que le Roy d’Angleterre avait espousée ; que c’étoit fortifier les prétentions de l’Anglois au cas qu’on employast cette bergère et que les gens de guerre combatissent sous son estendard20.
N’est-ce pas de la sorte qu’écrivent les historiens hommes d’État ?
Nous sommes grandement étonnés, nous Français, lorsque nous nous voyons accusés, dans les ouvrages 22venus de l’étranger, d’ingratitude envers nos gloires les plus pures. Mais, quelque indignés que nous soyons, que pouvons-nous répondre lorsque, à l’appui de cette accusation, on invoque, par exemple, l’oubli dans lequel le nom et la mémoire de la Pucelle sont restés en France pendant plus de quatre cents ans ? En ce long espace de temps qu’ont fait, pour honorer ce nom, glorifier cette mémoire, les représentants autorisés du pays, les princes, les monarques, les orateurs, les poètes ? Rien, ou à peu près. Qu’on ne se rejette pas sur les éloges de l’héroïne qu’ont pieusement rassemblés Jean Hordal et Edmond Richer d’abord, plus tard Lenglet du Fresnoy. La plupart de ces éloges ont pour auteurs des étrangers : quand ils sont dus à des Français, ces Français sont ou des écrivains médiocres, ou des écrivains inconnus.
Parlerons-nous des princes qui, depuis Charles VII, ont régné sur la France ? On dirait, en vérité, que ces princes, de Louis XI à Louis XVI, se sont efforcés de faire oublier à leurs sujets et d’oublier que si, un jour ils sont allés recevoir leur digne sacre
dans la vieille cathédrale de Reims, c’est qu’une toute jeune fille prit la peine, en 1429, de ramasser la couronne qu’un de leurs prédécesseurs laissait traîner à terre et que, la lui mettant sur la tête, elle lui rappela que le descendant de saint Louis devait être, non un roi de Bourges
, mais le roi de France.
Au soleil de la Renaissance, palais et châteaux s’élèvent comme par enchantement. En ces monuments d’un art exquis, les Valois donnaient une royale hospitalité aux déesses du vieil Olympe et aux Phrynés de leur temps. François Ier, Henri II ont-ils jamais songé à demander à leurs artistes préférés, au Primatice, à 23Léonard de Vinci, à Philibert Delorme, un tableau, une statue, un panneau sculpté en l’honneur de Jeanne d’Arc ?
Louis XIV fait construire le château de Versailles ; il remplit le parc d’un peuple de statues. Une chapelle s’élève dans laquelle les orateurs sacrés entretiendront leur royal auditoire des devoirs qu’imposent la fidélité et la reconnaissance. Dans ce parc immense, dans cette chapelle étincelante d’or, où aperçoit-on l’image, la statue de l’héroïne sans laquelle Louis XIV n’eût jamais été Louis le Grand ?
Corneille, le poète de Pauline et de Polyeucte, Racine, le chantre d’Esther, ont-ils pensé quelquefois à la merveilleuse histoire de la vierge de Domrémy ? Et cependant, pour des poètes tragiques, quel plus beau sujet de tragédie que la France arrachée par une jeune fille à ses éternels ennemis les Anglais21 ?
Le panégyriste, le juge éclairé de toutes les gloires, Bossuet, sur les six cents pages de son Abrégé de l’Histoire de France, en accorde à peine deux à Jeanne d’Arc. Encore accepte-t-il sans protestation la donnée mensongère de Monstrelet qui fait de la Libératrice d’Orléans une vulgaire fille d’auberge.
L’habile éducateur du petit-fils de Louis XIV, Fénelon, charme son royal élève au récit des aventures de Télémaque, de Mentor, d’Aristonous ; mais a-t-il jamais parlé des exploits de la martyre de Rouen, de la Libératrice du royaume ? Nous avons cherché dans ses 24nombreux écrits ; nous avons eu la douleur de constater que la Pucelle n’y était pas une seule fois nommée.
Un homme, cependant, a senti ce qu’il y avait de regrettable pour son pays dans ce silence deux fois séculaire. Il eut à cœur de le rompre et il écrivit la première histoire de Jeanne d’Arc qui mérite ce nom.
Ce n’est pas chose indifférente pour des Français d’apprendre que, dès le premier quart du XVIIe siècle, un prêtre français a écrit une histoire de la Pucelle qui, en somme, fait honneur à l’héroïne, à l’auteur et au pays. Supprimez l’œuvre de Richer et vous serez obligé d’avouer que de 1431 à 1753, c’est-à-dire dans un laps de temps de plus de trois cents ans, il ne se serait pas rencontré un seul écrivain qui eût songé à raconter les hauts faits de la jeune fille sans laquelle la France serait actuellement une province anglaise.
6.
Est-ce à dire, toutefois, parce que l’histoire d’Edmond Richer est demeurée manuscrite, qu’elle n’ait jamais attiré l’attention des érudits ? Non, assurément. Au cours du XVIIIe siècle, l’abbé d’Artigny la trouva en excellent état à la bibliothèque du Roi où M. de Fontanieu l’avait déposée après la mort de l’auteur, et il songea sérieusement à la faire paraître. Mais l’abbé Lenglet du Fresnoy ayant publié en 1753 son Histoire de Jeanne d’Arc dans laquelle, d’après Le Brun de Charmettes, il n’a fait que piller Richer outrageusement
, l’abbé d’Artigny renonça à son projet.
L’auteur du Grand Dictionnaire historique, l’abbé 25Louis Moréri (1643-1080), à l’article Richer (Edmond) avait mentionné son histoire de Jeanne d’Arc, avec les extraits des procès de condamnation et de justification, et les extraits des auteurs qui en ont parlé22
.
L’abbé Ladvocat (1700-1765), docteur de Sorbonne, qui, sous le pseudonyme de Vosgien, chanoine de Vaucouleurs, publia le Dictionnaire géographique portatif, ne se borna pas à mentionner l’histoire de Richer ; il signale sa profonde érudition et tout particulièrement l’esprit critique dont il fait preuve : mérite qui de son temps était fort rare23
.
L’auteur des Notices sur les deux Procès, François de L’Averdy, tenait en haute estime l’histoire de la Pucelle du docteur de Paris et il en place le manuscrit au premier rang parmi ceux qu’il mentionne.
Richer, dit-il, a composé son ouvrage en langue française avec le plus grand soin sur les manuscrits authentiques des deux procès en latin qu’il cite dans son Advertissement an lecteur. Si on voulait l’imprimer à présent, ajoute-t-il, sa forme scolastique et son style antique lui nuiraient beaucoup. Mais le manuscrit n’en est pas moins précieux, et il peut être utile à ceux qui écriront dans la suite l’histoire de Jeanne24.
Si, abordant le XIXe siècle, nous demandons à ses critiques et historiens ce qu’ils pensent d’Edmond Richer et de son histoire, nous verrons qu’ils en reconnaissent généralement le mérite : ainsi en ont jugé Le Brun de 26Charmettes, Daunou, Michaud. Jules Quicherat seul fait exception. Lui qui, dans son édition des deux Procès, saisit toutes les occasions de rendre justice à Lenglet du Fresnoy, à L’Averdy, à Le Brun de Charmettes ; lui qui se fait un devoir de citer les documents que ces érudits avaient signalés avant lui touchant la Pucelle, garde le silence quand il s’agit des titres d’Edmond Richer et ne porte sur son histoire qu’un jugement peu flatteur.
Les titres du premier historien de Jeanne ? mais il est aisé de s’en rendre compte et d’en apprécier la valeur.
Nous avons déjà fait observer que seul, dans une grande histoire, il a rompu le silence gardé durant trois siècles par les historiens français sur les dits et faits de la Libératrice du pays. Il y a plus encore.
Supprimez son œuvre, et pas plus du sein de l’Alma mater studii parisiensis que de la foule de ses suppôts et élèves, docteurs, prélats, évêques, lettrés, il ne s’élèvera postérieurement à la sentence de 1456, sous forme de récit historique documenté, un cri de protestation contre le triste rôle joué par l’Université de Paris dans le procès de Rouen.
Avant Edmond Richer, les manuscrits des deux Procès n’étaient connus que d’un petit nombre d’érudits. Étienne Pasquier avait gardé quatre ans le texte du procès de condamnation et s’en était servi pour composer les chapitres IV et V du sixième livre des Recherches de la France.
Richer est le premier historien en date qui ait puisé dans les deux procès la matière de son Histoire de la Pucelle. Il est le premier et le seul qui ait traduit le procès de Rouen presque tout entier, et analysé, en joignant 27à son analyse de nombreux extraits, le procès de réhabilitation.
En outre, il a fait suivre le texte des interrogatoires du procès de Rouen et des principales séances de réflexions sous la rubrique Advertissements, qui font ressortir les iniquités et les irrégularités de la procédure.
Enfin, deux cents ans avant la Société de l’Histoire de France — on ne saurait trop le redire — Edmond Richer avait compris et signalé l’importance de la publication des manuscrits des deux Procès et il avait offert, en vain hélas ! son temps et sa peine pour la révision des textes à qui consentirait à se charger des frais de l’édition.
Ce sont là des titres incontestables qui méritaient d’être portés à la connaissance du public lettré. Jules Quicherat ne les ignorait pas. Pourquoi, à l’exception du projet concernant la publication des manuscrits, n’en dit-il pas un mot dans la notice littéraire de son cinquième volume ? Les citations qu’il fait du docteur de Sorbonne dans son ouvrage prouvent que, s’il a gardé sur son compte un silence qu’il n’a pas gardé sur celui des érudits que nous avons eu occasion de nommer25, il l’a fait à bon escient.
De son récit des faits et dits de la Pucelle, il n’en parle que d’un ton de dédain. Il le qualifie, dans ses Aperçus nouveaux, de vieille et lourde histoire26
. Vieille et lourde histoire, tant qu’on voudra ; mais histoire d’un mérite peu commun, justement parce qu’elle est la première en date, histoire que 28Jules Quicherat n’a point osé écrire, histoire que Richer après tout a puisé aux sources véritables et dont il a traité les parties difficiles avec un savoir et une compétence indéniables.
La justice que l’éditeur des deux Procès a mesurée à notre docteur de Sorbonne, des maîtres autorisés, des historiens de valeur la lui ont rendue pleinement en ce XIXe siècle. Comme épigraphe du Discours préliminaire qu’il amis en tête de son récit, Le Brun de Charmettes cite une longue page extraite du récit même de Richer ; celle dans laquelle le vieil historien décrit les ravages que les invasions annuelles des Anglais exerçaient en France :
… de telle sorte qu’on ne pouvait ni labourer, ni cultiver les terres, ni recueillir le peu qu’on avait ensemencé27.
En novembre 1817, Daunou, membre de l’Institut, écrivait dans le Journal des Savants :
L’ouvrage de Richer composé en 1628 sur les pièces authentiques alors connues, doit être envisagé comme le premier travail considérable sur Jeanne d’Arc, comme le germe déjà très développé de tout ce qu’on a publié depuis.
De son côté, à la date de 1837, l’année même où Quicherat sortait de l’École des Chartes avec son diplôme d’archiviste paléographe, Michaud, de l’Académie française et historien des Croisades, parlait de Richer en ces termes :
On trouve aux manuscrits de la Bibliothèque du Roi une Histoire de la Pucelle d’Orléans par Edmond Richer, que les historiens modernes ont souvent mise à contribution et qui mériterait bien de voir le jour. Son 29mérite, et c’en est un grand, consiste dans une parfaite exactitude28.
Un peu plus loin, Michaud ajoutait :
Edmond Richer s’affligeait que les manuscrits des deux Procès ne fussent pas imprimés. Plus de deux siècles se sont écoulés et les deux Procès sont encore en manuscrit. L’ouvrage de ce pauvre Edmond Richer n’a pas un meilleur destin. Son Histoire de la Pucelle et les deux Procès dorment dans la même tombe ou dans la même poussière.
Grâce à l’initiative de la Société de l’Histoire de France, les deux Procès se sont éveillés de leur sommeil et sont sortis de leur poussière. Grâce au patriotisme de quelques Français, admirateurs soucieux de nos gloires nationales, il en sera de même de l’Histoire manuscrite d’Edmond Richer.
Lorsque les érudits en auront sous les yeux le texte imprimé, ils pourront juger de la justesse des jugements que nous venons de rappeler. On verra, conformément à ce qu’avance Daunou, que, même après les nombreuses histoires parues au cours du XIXe siècle, l’Histoire de la Pucelle par Edmond Richer doit être envisagée comme le germe très développé de tout ce qu’on a publié
. Et l’on pourra constater la justesse du mot de l’académicien Michaud, que le mérite de cette histoire consiste dans une parfaite exactitude
.
7.
En résumé, pour conclure, la publication du manuscrit d’Edmond Richer sur la vie et les deux Procès de 30la Pucelle est, pour la science historique, d’un intérêt dont on saisira sans difficulté les raisons.
Elle met au jour, elle place sous les yeux des érudits, des catholiques et des Français la première histoire en date de Jeanne d’Arc, écrite en français d’après les vraies sources par un auteur fort connu des théologiens, mais très peu des lettrés, lequel était tout ensemble un historien29, un docteur de Sorbonne et un Français,
Elle traite avec les égards qui lui étaient dus une œuvre ensevelie depuis trois siècles dans la poussière de la Bibliothèque nationale.
Elle enrichit d’un document de valeur le dossier historique de l’héroïne française. On ne pouvait que regretter l’absence dans ce dossier d’un document aussi important et aussi ancien. Avec les chapitres IV et V du livre VI des Recherches de la France d’Étienne Pasquier, il forme deux anneaux précieux de la tradition nationale dont le procès de réhabilitation est le point d’attache et le procès de béatification le point d’arrivée.
À considérer le savoir, le caractère et l’indépendance de Richer, l’esprit critique le plus sûr et l’impartialité la plus consciencieuse ont présidé à cette histoire composée dans le premier quart du XVIIe siècle par un membre de ce clergé français à qui l’on a reproché son indifférence envers Jeanne d’Arc, par un des membres les plus distingués de cette Université de Paris qui, au XVe siècle, avait été si peu française et si partiale.
À considérer l’œuvre même, dès la première heure elle met en pleine lumière l’héroïsme et la sainteté de 31la Libératrice du pays. Sur ces points, les historiens les plus récents n’ont rien ajouté aux traits essentiels signalés par Edmond Richer. À la fin du récit, comme conséquence logique de ce qu’il vient de raconter, l’auteur consacre une dissertation spéciale à établir théologiquement la mission surnaturelle de Jeanne, son parfait héroïsme et la sainteté de sa vie. D’où il suit que, en élevant la martyre de Rouen aux honneurs du culte public, l’Église catholique ne vient pas d’évoquer des titres ignorés et de glorifier un personnage de fantaisie : elle a simplement vérifié et approuvé le témoignage rendu pendant cinq-cents ans aux vertus héroïques de la servante de Dieu et elle l’a glorifiée comme elle le méritait.
L’image de la Bienheureuse que le chef de l’Église offrait le 18 avril 1909, dans la basilique vaticane, à la vénération de vingt-mille Français et du monde catholique, était bien celle dont les juges et les prélats de la réhabilitation, dont les Pasquier, les Bossuet et les Richer, aux XVIe et XVIIe siècles, les Lenglet du Fresnoy et les L’Averdy au XVIIIe, les Chateaubriand, les Michaud, les Guizot, les Wallon au XIXe ont reproduit les traits et proclamé la vérité historique.
Philippe-Hector Dunand,
Chanoine titulaire, théologal du chapitre de Toulouse,
Historien de Jeanne d’Arc.
30 novembre 1909.
33II. Du manuscrit d’Edmond Richer et de la présente édition.
Nous devons au lecteur quelques explications sur l’ouvrage même d’Edmond Richer et sur les règles auxquelles nous nous sommes conformé en publiant cette édition.
1. Du manuscrit.
Le manuscrit de l’histoire de la Pucelle par le docteur de l’Université de Paris, n’ayant pu être imprimé de son vivant, fut déposé à la Bibliothèque du Roi, actuellement la Bibliothèque nationale. Il y est encore aujourd’hui parmi les manuscrits du fonds français sous la cote 10448. Ce manuscrit est unique et il n’a pas été exécuté de copie authentique propre à le remplacer, s’il venait à être altéré substantiellement, perdu ou détruit. L’écriture en est assez forte, très nette et très lisible. Toutefois ce n’est pas l’écriture de l’auteur lui-même, mais d’un secrétaire ou d’un copiste. Il n’y a qu’une feuille volante de la main de Richer ; elle y fut insérée après coup pour suppléer à quelque omission, et l’écriture en est complètement différente de celle des autres feuillets.
Le nombre des feuillets est de 514, avec recto et verso, ce qui donne un total de 1028 pages.
- L’Advertissement au lecteur comprend 4 feuillets, soit 8 pages ;
- Le livre premier : Vie de la Pucelle : 106 feuillets, soit 212 pages ;
- Le livre second : Examen de son procès ; 231 feuillets, soit 462 pages ;
- Le livre troisième : Révision d’iceluy ; 108 feuillets, soit 210 pages ;
- Le livre quatrième : Éloges tirés de divers auteurs ; 65 feuillets, soit 130 pages ;
- En tout 514 feuillets et 1028 pages.
342. De l’histoire même, de la langue, de la ponctuation, de l’orthographe.
L’exposé des dits et faits de la Pucelle se présente sous la forme d’un récit tout d’une pièce, sans distinction de chapitres, de la première ligne à la dernière, et avec des alinéas assez longs. La ponctuation en est très simple. Edmond Richer n’use guère que de virgules, de deux points et de points. Et encore les place-t-il d’assez bizarre façon. Son français et son orthographe sont ceux de la fin du XVIe siècle. On ne saurait mieux les comparer qu’à ceux des Recherches de la France d’Étienne Pasquier.
Nous avons respecté la langue de l’auteur. On pourra juger que le français du récit n’est pas du français rajeuni. Mais dans l’intérêt même de l’ouvrage, pour en rendre le récit plus clair et la lecture plus courante, nous l’avons divisé en un certain nombre de chapitres, lesquels du reste sont tout indiqués par l’auteur, et nous avons multiplié les alinéas. Le lecteur eût été déconcerté si nous avions gardé la ponctuation du manuscrit telle quelle ; nous l’avons légèrement modernisée.
En général, nous avons respecté la forme archaïque des mots et du français de Richer, et nous ne nous sommes permis que les modifications indispensables. Ainsi l’auteur supprime à peu près toute espèce d’accents ; il place des trémas là où aujourd’hui on n’en met plus. Nous avons habituellement supprimé ces trémas et nous avons mis des accents là où ils étaient à peu près indispensables pour que le sens des mots apparaisse sans difficulté.
En fait de voyelles. Richer aime beaucoup les y, et il les prodigue là où ils sont non seulement inutiles, mais contraires à l’étymologie. Il orthographie couramment amy, ennemy, party, mary, servy, suivy, aussy, ainsy, parmy, etc. Nous avons cru pouvoir, sans inconvénient, et même avec avantage, écrire ces mots et autres semblables comme on les écrit aujourd’hui.
Pour les consonnes, notre auteur les redouble en plusieurs cas. Il écrira traitter, jetter, deffaitte, etc., sans raison autre que celle de l’usage. À l’usage du XVIe siècle nous avons substitué celui des siècles suivants.
Si nous en avons usé de la sorte, c’est que nous étions persuadé que la physionomie linguistique et littéraire de l’ouvrage n’en serait aucunement altérée. Nous avions d’ailleurs été frappé d’une remarque de Ferdinand Brunetière à propos du système suivi par 35Auguste Molinier, de l’École des Chartes, dans une édition nouvelle des Pensées de Pascal.
Une innovation très singulière de M. Molinier, remarque le critique académicien, c’est, sous le prétexte d’absolue fidélité, de reproduire impitoyablement l’orthographe du manuscrit. En vérité je demande à quoi peut bien servir, dans un texte imprimé pour l’usage de la lecture, le pédantesque étalage de cette orthographe bizarre. Ne poussons pas trop loin le respect des autographes30.
Il nous est agréable de penser que Brunetière ne nous eût pas désapprouvé de ne pas reproduire impitoyablement, en cette édition d’Edmond Richer, l’orthographe de son manuscrit
.
Une dernière observation.
Dans son Histoire de la Pucelle, Edmond Richer ne donne pas habituellement de références : pas plus dans son livre premier, quoique les deux procès lui en aient fournis la substance, que dans les livres II et III, où il parle théologie et droit canon : il ne cite ni chroniqueurs, ni théologiens, ni canonistes. Son Advertissement au lecteur a mentionné les sources auxquelles il a puisé, il n’en dira pas davantage.
Nous ne tenterons pas ce qu’il a cru ne pas devoir faire. Il suffit que nous nous soyons assuré de la fidélité des emprunts tirés des deux procès et des mémoires qui figurent au procès de réhabilitation. Dans quelques cas d’importance seulement, nous donnerons la référence des textes invoqués, en renvoyant le lecteur à l’édition des procès publiée par la Société de l’Histoire de France et collationnée par Jules Quicherat. C’est à cette édition que renverront les notes indiquées de cette façon : Procès, t. I ou II ou III, p. 10, 20. etc.
Notes
- [1]
Habent sua fata libelli.
- [2]
Edmundus Richerius, acer homo
, disait Bossuet (Defensio cleri Gallicani, Pars 2a, lib. VI, cap. XXIV). - [3]
Histoire manuscrite, livre II, fol. 4, recto. — Il s’ensuivrait de ce renseignement que l’ouvrage aurait été commencé en 1626 ou 1627 et terminé en 1629 ou 1630.
- [4]
Voir Quicherat, Procès, t. IV, p. 234-256.
- [5]
Ibid., p. 261, n. 1.
- [6]
Historia ex variis gravissimæ atque incorruptæ fidei scriptoribus excerpta.
- [7]
Op. cit., p. 7.
- [8]
Edmond Richer, manuscrit cité, IVe partie, f° 109.
- [9]
Bernard de Girard, seigneur du Haillan, historiographe de France, né à Bordeaux en 1535, mourut en 1610. il fut donc un des contemporains d’Edmond Richer, qui vivait entre 1560 et 1631.
- [10]
Manuscrit de la Bibliothèque nationale, folios 27 et 28.
- [11]
simplex dumtaxat et unum
. - [12]
Manuscrit de la Bibliothèque nationale, Avertissement au lecteur.
- [13]
Manuscrit cité, Avertissement au lecteur.
- [14]
Manuscrit cité, Avertissement au lecteur.
- [15]
Manuscrit cité, IVe partie, f° 119, verso.
- [16]
Jacques Auguste de Thou (1553-1617), érudit, poète, historien, magistrat, diplomate et collectionneur de livres. Ses Historiæ sui temporis, qui lui valurent la célébrité, dressent un vaste panorama de l’histoire européenne de 1543 à 1607. [NdÉ]
- [17]
Manuscrit cité, Avertissement au lecteur.
- [18]
M. Anatole France, qui fait de Jeanne quelque chose comme une pensionnaire de Charcot et de la Salpêtrière. Voir sa Vie de Jeanne d’Arc, t. I, préface, p. III et suivantes. [NdÉ : Dans les années 1870, le neurologue Jean-Martin Charcot (1825-1893) se rendit célèbre pour ses travaux sur l’hystérie et autres troubles mentaux qu’il présentait lors de cours publics à l’hôpital de la Salpêtrière (Paris XIIIe).]
- [19]
Bernard Le Bouyer de Fontenelle (1657-1757), poète, philosophe et mathématicien, membre de l’Académie des sciences. Ses éloges de savants ont été sa grande gloire et restent la partie la plus étudiée de son œuvre académique. [NdÉ]
- [20]
Manuscrit cité, f° 21, recto et verso. — Rapprocher de cette page celle où Richer rapporte la délibération sur le voyage de Reims.
- [21]
Nous ne parlons pas du poème de Chapelain. Quelque mauvais qu’il soit, il n’en reste pas moins une protestation contre le silence gardé par le grand siècle sur la Pucelle. Voir dans les Études des RR. pères Jésuites, 5 septembre 1908, p. 645-648, notre article à ce sujet.
- [22]
Grand Dictionnaire, t. X, p. 191. in-folio, Paris, 1759.
- [23]
Ouvrage cité, in-12, Paris, 1709.
- [24]
Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque du Roi, t. III, p. 185-189 : dans les Mémoires de l’Académie des inscriptions et belles-lettres.
- [25]
Voir t. IV. p. 42. et t. V, p. 408 de sa publication, la justice qu’il rend à Lenglet du Fresnoy et à Le Brun de Charmettes. Pourquoi ne traite-t-il pas de même Edmond Richer ?
- [26]
Ouvrage cité, p. 163.
- [27]
Histoire de Jeanne d’Arc, t. I, p. I, in-8° Paris, Arthur Bertrand, 1817.
- [28]
Michaud et Poujoulat, Notice sur Jeanne d’Arc, p. 271-273, in-8°, Paris, 1837.
- [29]
La vie de la Pucelle n’est pas le seul ouvrage d’histoire que Richer ait écrit. Il a composé aussi, mais en latin, une histoire des Conciles généraux : Historia Conciliorum generalium, in quatuor libros distributa.
- [30]
Ferdinand Brunetière, Études critiques sur l’histoire de la littérature française, in-12, 1e série, Paris, Hachette, 1896.