Ph.-H. Dunand  : Histoire de la Pucelle d’Orléans par Edmond Richer (1911-1912)

Tome II : Livre IV

306Livre IV
Éloges tirés de divers auteurs

Chapitre préliminaire
De l’anoblissement de la Pucelle par Charles VII.

L’on dit communément que la vérité est affligée et non opprimée par le temps. Au cas pareil les calomnies et convices des Anglois contre la Pucelle n’ont pu de sorte prévaloir sur ses faits et vertus admirables, qu’une infinité d’auteurs de toutes les nations chrestiennes n’ayent rendu le fidèle tesmoignage qui estoit deu aux mérites de cette fille, encore qu’ils n’ayent jamais vu les actes de son prétendu procez, ni la revision d’iceluy. Et ce par un singulier privilège de la nature, ou, pour dire plus chrestiennement, de la providence divine, laquelle ne permet jamais que le mal puisse supplanter le bien, et le mensonge tellement opprimer la vérité qu’elle n’esclate enfin malgré ses ennemis, ainsi que nous ferons voir en ce livre lequel nous avons dédié aux éloges : recueil qui nous sera d’autant plus facile que Jean Hordal, professeur de droit à Pont-à-Mousson, en a fait imprimer un livre latin l’an 1612, ayant eu l’honneur d’estre issu du lignage de cette héroïque vierge du costé maternel. Nous représenterons comme lui les auteurs par leurs professions, sçavoir de théologiens ou ecclésiastiques, jurisconsultes, médecins, historiens et poètes, selon le temps où ils auront vescu, et tiendrons registre de plusieurs auteurs dont il n’a fait aucune mention.

Premièrement, nous produirons les lettres que le Roy Charles VII fit expédier en faveur de tout le lignage de cette fille l’an 1429, incontinent qu’il fust retourné en Berry, après son sacre et couronnement à Rheims. Lettres que j’ay tirées du registre de la Chambre des comptes, escrit en parchemin 307folio, couvert de basane verte, contenant deux cens cinquante six feuillets, sur lequel est escrit :

Registrum chartarum compotorum Domini nostri Regis, Bituris.

Car pour lors, la Chambre des comptes estoit transférée à Bourges, et le Parlement à Poitiers, parce que les Anglois tenoient la ville de Paris. Au reste, je m’esbahis fort qu’en ces Lettres le père de la Pucelle soit appelé Jacques Day, au lieu de Jacques d’Arc, et ne puis conjecturer d’où une telle erreur est provenue, sinon de quelque vice de clerc, comme l’on dit.

1.
[Lettres d’anoblissement de la Pucelle et de son lignage1.]

Karolus, Dei gratia Francorum rex, ad perpetuam rei memoriam. Magnificaturi divinæ celsitudinis uberrimas nitidissimasque gratias celebri ministerio Puellæ Johannæ Day2 de Dompremeyo, caræ et dilectæ nostræ, de ballivia Calvimontis seu ejus ressortis, nobis elargitas, et, ipsa divina cooperante clementia, amplificari speratas, decens arbitramur et opportunum ipsam Puellam et suam, nedum ejus ob officii merita, verum et divinæ laudis præconia, totam parentelam dignis honorum nostræ regiæ majestatis insigniis attollendam et sublimandam, ut divina claritudine sic illustrata, nostræ regiæ liberalitatis aliquod munus egregium generi suo relinquat, quo divina gloria et tantarum gratiarum fama perpetuis temporibus accrescat et perseveret. Notum igitur facimus universis præsentibus et futuris, quod nos, præmissis attentis, considerantes insuper laudabilia, grataque et commodiosa servitia, nobis et regno nostro jam per dictam Johannam Puellam multimode impensa, et quæ in futurum impendi speramus, cæterisque3 aliis causis ad hoc animum nostrum inducentibus ; præfatam Puellam ; Jacobum Day dicti loci de Dompremeyo, patrem ; Ysabellam 308ejus uxorem, matrem ; Jacqueminum et Johannem Day, et Petrum Pierrelot, fratres ipsius Puellæ, et totam suam parentelam et lignagium, et in favorem et pro contemplatione ejusdem, et4 eorum posteritatem masculinam et femininam, in legitimo matrimonio natam et nascituram, per præsentes, de gratia speciali, et ex nostra certa scientia ac plenitudine potestatis, nobilitamus et nobiles facimus ; concedentes expresse ut dicta Puella, dicti Jacobus, Ysabella, Jacqueminus, Johannes et Petrus, et ipsius Puellæ tota parentela et lignagium, ac ipsorum posteritas nata et nascitura, in suis actibus, in judicio et extra, ab omnibus pro nobilibus habeantur et reputentur ; et ut privilegiis, libertatibus, prærogativis aliisque juribus quibus alii nobiles dicti nostri regni ex nobili genere procreati uti consueverunt et utuntur, gaudeant pacifice et fruantur. Eosdemque et dictam eorum posteritatem aliorum nobilium dicti nostri regni ex nobili stirpe procreatorum consortio aggregamus : non obstante quod ipsi, ut dictum est, ex nobili genere ortum non sumpserint, et forsan alterius quam liberæ conditionis existant. Volentes etiam ut iidem prænominati dictaque parentela et lignagium supra5 fatæ Puellæ, et eorum posteritas masculina6, dum et quotiens eisdem placuerit, a quocumque milite militiæ cingulum valeant adipisci, seu decorari. Insuper concedentes eisdem et eorum posteritati tam masculinæ quam femininæ, in legitimo matrimonio procreatæ et procreandæ, ut ipsi feoda, et retrofeoda, et res nobiles a nobilibus et aliis quibuscumque personis acquirant, et tam acquisitas quam acquirendas, retinere, tenere et possidere perpetuo valeant atque possint, absque eo quod illas vel illa, nunc vel futuro tempore, extra manum suam ignobilitatis7 occasione ponere cogantur ; nec aliquam financiam nobis, vel successoribus nostris, propter hanc nobilitatem8 solvere quovis modo teneantur aut compellantur : 309quam quidem financiam, præmissorum9 intuitu et consideratione, eisdem supranominatis, et dictæ parentelæ et lignagio prædictæ Puellæ, ex. nostra ampliori gratia donavimus et quitavimus, donamusque et quitamus per præsentes, ordinationibus, statutis, edictis, usu, revocationibus, consuetudine, inhibitionibus et mandatis factis vel faciendis ad hoc contrariis, non obstantibus quibuscumque. Quocirca dilectis et fidelibus nostris gentibus compotorum nostrorum, ac thesaurariis necnon generalibus et commissariis super facto financiarum nostrarum ordinatis seu deputandis, et ballivo dictæ balliviæ Calvimontis, cæterisque justiciariis nostris, vel eorum locatenentibus præsentibus et futuris, et cuilibet ipsorum prout ad eum tenuerit10, damus harum serie in mandatis quatenus dictam Johannam Puellam, et dictos Jacobum, Ysabellam, Jacqueminum, Johannem et Petrum, ipsiusque Puellæ totam parentelam et lignagium, eorumque posteritatem prædictam in legitimo matrimonio, ut dictum est, natam et nascituram, nostris præsentibus gratia, nobilitatione et concessione uti et gaudere pacifice nunc et in posterum faciant et permittant, et contra tenorem præsentium eodem11 nullatenus impediant, seu molestent12, seu impediri patiantur. Quod ut perpetuæ stabilitatis robur obtineat nostrum præsentibus apponi fecimus sigillum, in absentia magni ordinatum ; nostro in aliis, et alieno in omnibus, jure semper salvo.

Datum Magduni super Ebram mense decembri, anno Domini millesimo quadringentesimo vicesimo nono, regni vero nostri octavo.

Sic signatum : Per Regem, episcopo Sagiensi, dominis de la Tremoille et de Trevis, et aliis præsentibus. Signé : Mallière.

Visa expeditas13 in Camera compotorum regis… et ibidem registrata, libro chartarum14 hujus temporis, fol. CXXI. A. Greelle15.

3102.
Advertissement

Il se présente plusieurs choses à remarquer sur ces lettres. Premièrement, que par icelles le Roy tesmoigne le ressentiment qu’il a des grâces que Dieu lui a conférées par le ministère et entremise de la Pucelle, laquelle pour cette cause il anoblit avec tout son lignage, leur donnant pour mission de tenir fiefs et arrière-fiefs, sans estre tenus pour cela de payer aucunes finances soit à lui, soit aux Roys ses successeurs. Lequel bénéfice il estend et confère pareillement à toute leur postérité née en légitime mariage, et en outre permet aux masles de pouvoir estre faits chevaliers par quelques chefs de guerre que ce soit. Lesdites lettres sont ainsi conceues : Dum et quotiens eisdem placuerit, a quocumque milite militiæ cingulum valeant adipisci seu decorari. Car anciennement, il n’appartenoit qu’aux seigneurs qui actuellement faisoient la faction de la guerre de faire des chevaliers, et, pour cette raison, le grand roy François voulut estre fait chevalier par le capitaine Bayard ; et l’histoire du siège d’Orléans porte que le duc d’Alençon, lieutenant-général de l’armée du Roy Charles VII, fit le Roy chevalier auparavant qu’il fut sacré et couronné, ainsi que nous avons remarqué au premier livre de cette histoire.

En conséquence de cet anoblissement, le Roy permit aux frères de la Pucelle de porter le surnom Du Liz, et de prendre pour armes deux fleurs de liz d’or en champ d’azur, avec une espée d’argent au milieu, férue en une couronne d’or, ainsi que la Pucelle respondit à ses juges, séance septiesme du procez.

De quoy le Roy d’Angleterre a fait de grandes plaintes aux lettres qu’il a envoyées tant à l’empereur Sigismond qu’aux prélats de son obéissance et au duc de Bourgogne : lesquelles lettres nous avons produites sur la fin du second livre de cette histoire. À ce propos, le lecteur pourra voir le cinquiesme livre des Recherches d’Etienne Pasquier, chapitre huitiesme, où il fait plusieurs belles observations sur cet anoblissement de la Pucelle et de son lignage, et remarque que Me Charles Du Liz, conseiller du Roy et son advocat 311général en la cour des aydes de Paris, est descendu de Pierre Darc surnommé Du Liz, l’un des frères de nostre Pucelle qui est qualifié de chevalier par un ancien titre coté par ledit Pasquier : duquel sieur Du Liz j’ai eu la communication de plusieurs titres et enseignements touchant cette histoire, ainsi que j’ai remarqué ailleurs. Or, c’est chose bien certaine que les Anglois n’ont pas eu cognoissance de ces lettres d’anoblissement que le Roy a fait dépescher en faveur de la Pucelle, car ils n’eussent pas oublié de les détorquer à crime en leur prétendu procez, lequel n’en fait aucune mention, mais seulement de l’appointement que le Roy avoit donné à cette fille pour entretenir son train à la guerre (séance septiesme du procez).

Au surplus, c’est chose digne de grande considération que par ces lettres le Roy déclare nommément que pour célébrer et magnifier les éminentes grâces qu’il a plu à Dieu opérer en son endroit par l’entremise de la Pucelle, il l’anoblit avec tout son lignage, et leur a donné permission à tous de tenir fiefs et arrière-fiefs, etc. ; estant croyable que si cette fille eust longtemps vescu, Sa Majesté lui eust conféré quelques terres et seigneuries. Et conséquemment après cela n’est-il pas croyable qu’elle eust esté recherchée en mariage par aucuns seigneurs, et que [il eust esté] possible que par infirmité humaine elle se fust portée à vaine gloire et oubliée comme fit Salomon ; et par ainsi les merveilles qu’il avoit plu à Dieu parfaire afin de réunir et mettre à repos l’estat de la France moyennant cette bergère, demeureroient anéanties et tellement obscurcies, qu’on les eust sans doubte attribuées à une imposture ou à la prudence humaine. Car, pour exemple, si les Apostres eussent esté doctes, éloquents, riches et puissants, la publication de l’Évangile et conversion des gentils n’eust pas esté attribuée à un miracle. D’où nous apprenons que les conseils de Dieu sont grandement différents des conseils des hommes, et qu’aux affaires de la religion et ordonnances du ciel il faut y procéder le plus simplement que l’on peut et n’y point mesler la sapience ni les artifices du monde, ainsi que saint Paul enseigne, première aux Corinthiens, chap. Ier.

312Et pour confirmation de ce que dessus, je vois que les voix de la Pucelle ne lui ont jamais rien révélé de sa prison, sinon après que ces lettres d’anoblissement ont esté homologuées à la Chambre des comptes. Et me persuade aysément que ce qu’elles lui avoient conseillé de demeurer à Saint-Denys en France estoit aux fins d’empescher cet anoblissement, lequel quoyque provenu de la pure grâce et libéralité du Roy, sans que cette fille ni ses frères y eussent osé penser et quoyque le Roy ayt déclaré nommément que c’estoit pour magnifier la bonté et grâce de Dieu en son endroit ; toutes fois, attendu que cela semble ne pas s’accorder avec le conseil de Dieu qui veut parfaire ses merveilles par choses simples, réputées basses et viles au monde, je crois qu’afin de retenir toutes choses en leur debvoir, il a permis que la Pucelle tombast entre les mains de ses ennemis et qu’ils la fissent mourir, pour davantage relever par énonciations prophétiques, ainsi qu’il est arrivé à Hiérémie, aux Apostres et plusieurs autres prophètes. Or, après que l’Évangile eust esté suffisamment publié, comme il n’y avoit aucun intérest pour la gloire de Dieu que les prestres et pasteurs de l’Église fussent doctes, éloquents et possédassent des biens, au cas semblable quand la Pucelle eust eu accompli et parfait tout ce qui estoit de sa mission, et receu commandement de quitter l’habit d’homme qu’elle portoit par conseil du ciel, il me semble qu’il n’y avoit aucun inconvénient pour les merveilles que Dieu avoit voulu exploiter par son moyen, de recognoistre ses travaux par toute sorte de gratifications : qui [telle] est mon opinion, sauf d’en embrasser une meilleure, lorsqu’elle se présentera.

Venons maintenant aux Éloges. Et attendu que les Anglois pourroient en cette cause récuser les auteurs François en tant qu’intéressez, pour montrer nostre équanimité et candeur en leur endroit, nous ne désirons qu’on leur adjouste aucune foy là où ils seront discordans aux actes publics, tant de leur procez prétendu contre la Pucelle, qu’aux informations faites en la revision d’icelui procez, esquelles informations [plus de] cent douze tesmoins ont déposé.

313Chapitre premier
[Éloges tirés des écrivains ecclésiastiques.]

I.
Gerson.

Le premier qui a escrit en faveur de cette fille est maistre Jean Gerson16, chancelier de l’Université de Paris, ainsi que nous avons desja observé tant au premier qu’au troisiesme livre. Et ce qui est digne de remarque en cet auteur, il a présagé et prévu ce qui pouvoit humainement arriver à cette fille, sçavoir qu’elle seroit la proye de ses ennemis mortels, et qu’ils la feroient mourir : ayant respondu à l’objection qu’on pouvoit former sur cela, disant que Dieu ne fait pas tousjours miracle sur miracle par ceux qu’il a eslus pour accomplir quelques merveilles, ainsi que nous avons vérifié au premier livre, et spécialement du prophète Hiérémie.

Neque sequitur, dit-il, semper post primum miraculum quidquid ab hominibus expectatur vel expectabitur. Præterea, si frustraretur ab omni expectatione sua, non oportebit concludere ea quæ facta sunt a maligno spiritu vel non a Deo facta esse, sed vel propter nostram ingratitudinem, vel blasphemias, aut aliunde justo Dei judicio, licet occulte, posset contingere frustratio expectationis nostræ in ira Dei, quam avertat a nobis et bene omnia vertat, etc.17

314II.
Henry de Gorkeim ou de Gorcum.

Henry de Gorkeim18, théologien flamand, au mesme temps des exploits de la Pucelle, fit un petit opuscule auquel on voit cette clause :

Tulit me Dominus quum sequerer gregem, et dixit mihi : Vade et prophetiza ad populum meum Israel (Amos, VII, 15). Populus Israel populus Franciæ19 non incongrue potest spiritualiter nuncupari : quem fide Dei et cultu christianæ religionis notum est semper floruisse. Ad hujus regis filium quædam juvencula, pastoris cujusdam filia, quæ et ipsa gregem ovium secuta fertur, accessit, asserens se missam a Deo, quatenus per ipsam dictum regnum ad ejus obedientiam reducatur. Ne autem ipsius assertio reputetur temeraria, etiam signis supernaturalibus utitur : sicuti revelare occulta cordium et futura contingentia prævidere. Refertur insuper quod sit raso capite ad modum viri, et volens ad actus bellicos procedere ; vestibus et armis virilibus induta, ascendit equum ; quæ, dum in equo est, ferens vexillum, statim mirabili viget industria, quasi peritus dux exercitus ad artificiosam exercitus institutionem. Tunc quoque sui efficientur20 animosi ; e contra vero adversarii timidi, quasi viribus destituti. Ubi autem de equo descendit, solitum habitum reassumens, fit simplicissima, negotiorum secularium quasi innocens agnus imperita. Fertur etiam quod vixit in castitate, sobrietate et continentia, 315Deo devota, prohibens fieri occisiones, rapinas, cæterasque violentias omnibus his qui ad dictam obedientiam se volunt exhibere. Propter hæc ergo et similia, civitates, oppida et castra se submittunt regis filio21, fidelitatem sibi promittentes.

Quo ita, ut præfertur, se habente, nonnullæ quæstiones emergunt et ad sui declarationem doctas animas alliciunt, verbi gratia :

An credi debeat vera naturæ humanæ Puella, an in similem effigiem fantasticam transformata ?

An ea quæ facit possint humanitus fieri ab ipsa, an per eam ab aliqua superiori causa ?

Si per superiorem causam, an per bonam, scilicet spiritum bonum ; an malam, ut puta per spiritum malum ?

An ejus verbis fiducia sit exhibenda, et ejus opera, tanquam divinitus facta, sint approbanda, an pythonica et illusoria ?

Quia vero circa has aut similes quæstiunculas alii et alii aliter et aliter sentiunt, quatenus utrique pro sua defensione valeant ex sacris litteris testimonia proferre, præsens hoc opusculum, non asserendo sed collative dictando, offert quasdam propositiones pro una parte, rursus quasdam pro alia, modo problematico, provocans subtiliora ingenia ad intelligentiam profundiorem. Hoc tamen memoriter commendando quod, ad sententiandum aliquid secure in hac materia, necesse est hujus Puellæ mores, verba, opera, cæterosque gestus, tam quos habet solitaria, quam eos quos habet cum aliis in publico, et cæteras suæ vitæ circumstantias ad liquidum præcognoscere22, et an ea quæ revelat et prænuntiat, semper vera inveniantur23.

Le susdit auteur remarque fort bien qu’on doibt juger de ses révélations par ses mœurs et déportemens, suivant le dire de Nostre-Seigneur, ce que nous avons observé au premier livre. Au demeurant il ne parle pas de la prise ni de la mort 316de la Pucelle, et de là on doit colliger qu’il a escrit son traité l’année mesme qu’elle fit lever le siège d’Orléans et mena le Roy à Rheims : comme fit pareillement un autre théologien allemand sans nom, duquel le livre porte ce titre : Laudayani anonymi clerici de Sibylla francica Rotuli duo, seu de admirabili Johanna Lotharinga, pastoris filia, ductrice exercitus Francorum sub Carolo VII, etc.24 ; et tout au commencement du premier Role, sur le commun bruit qui couroit de nostre Pucelle par toute l’Europe, il en rend ce tesmoignage.

III.
Sibylla francica.

Exorto nuper rumore, aures audientium qui titillat, de quadam sibylla in regno Franciæ, quæ exorsa est prophetari, fama rutilante fulgida, bonæ odore opinionis omnium 317 respersa, vita, moribus et conversatione spectabilis ; quam vulgus sanctitate dicit fulgere, doctam quoque ad bella et præliorum eventuum præsciam.

Et au mesme Role, sur la fin :

Nobile regnum Franciæ ruinam passum est ex superfluitate vitæ et abundantia panis, propter unius mulieris speciem. Ut autem ordo reparationis ex merito respondeat prævaricationi ex delicto, per personam sexu fragilem, vita autem humilem et Deo devotam, expedit reparari per virginem quod desertum fuerat per mulierem. Francia enim fastu tumoris, se potentia et armis extulit super omnia christianorum regna ; patrias convicinas ad pacem terruit, ut leo ; et quando fremuit, terras invasit et devastavit ; confidens nimium de sapientia aliorum consiliorum, uti Achitophel.

Or, ce qu’il rapporte que le royaume de France a esté ruiné par une femme, et restabli par une vierge, est conforme au dire de la Pucelle dont nous avons fait inventaire ailleurs.

Quelque peu après, discourant de la piété de cette fille :

Frequenter purgat et lustrat conscientiam per puram confessionem, et roboratur25 in virtute spiritus sapientiæ in Eucharistiæ perceptione, conversatione humilis, modesta, et bonis consentiens, rapinam pauperum valde detestatur, pupillorum orphanorumque depressionem. Quare honoris statum in Francia obtinet pro tanto tempore, quo visiones promissionis prophetiæ revelat.

Sur la fin du second Role :

Ista virguncula in regno Franciæ laudatur ab omnibus in professione fidei catholicæ, et in cærimoniis invenitur suffulta ; sacramenta ecclesiastica valde veneratur ; vita laudabili conversatur ; religiosa in actis et agendis ; in nomine Sanctæ Trinitatis cuncta opera quantum cumque grandia aggreditur, et ad finem perducit optatum ; firmans pacem, pauperum tollens inopiam, justitiam sectando diligit, nihil vanitatum mundi neque pomparum aut divitiarum exquirit26.

318IV.
[Les docteurs de la réhabilitation.]

Et d’autant que nous avons produit aux premier et troisiesme livres les opinons de plusieurs doctes prélats et théologiens qui ont escrit en faveur de la Pucelle pour la revision de son procez, il nous suffira en ce lieu faire seulement inventaire de leurs noms et qualitez.

  • Messire Helias de Bordeilles, évesque de Périgueux ;
  • Thomas Basin, évesque de Lisieux ;
  • Maistre Jean Bréhal, dominicain, docteur en théologie, et inquisiteur de la foy ;
  • Robert Cibole, docteur et chancelier de l’Université de Paris ;
  • Guillaume Bouillé, aussi docteur de Paris et doyen de l’église de Noyon.

Outre deux auditeurs de Rote, sçavoir Paulus Pontanus, Theodoricus (de Leliis), et un quidam désigné par ces trois lettres, M. E. N.27.

V.
Tesmoignage d’un anonyme rapporté par Jacques Meyer en son Histoire de Flandre.

Jacques Meyer28, en l’histoire de Flandre, produit le tesmoignage d’un auteur anonyme qui n’estoit pas François de nation, comme j’estime : lequel auteur asseure avoir esté consulté par le Roy Charles VII sur les faits et dits de la Pucelle, et avoir eu commandement dudit seigneur de voir le procez avec plusieurs autres prélats, théologiens et jurisconsultes. Et d’autant que ce tesmoignage est fort célèbre, 319n’ayant pu recouvrer le traité de cet auteur, lequel je pense avoir esté jurisconsulte, j’en produirai seulement l’extrait registre en l’histoire de Meyer en ces termes :

Sed de Puella, synchronum Puellæ scriptorem audiamus loquentem.

Ductu Puellæ Franci Victoria potiuntur, et Classidas, dux Anglorum, submergitur in aqua Ligeris, ex turri in profluentem salire coactus, ardente turri. Ductu Joannæ Puellæ, Francus unus mille fugavit Anglos, et duo fugaverunt decem millia. Dei voluntas erat victoriam ponere in sexu fragili. Castra hostium expugnata, turres fractæ, sagittæ Anglorum nihil non ante penetrantes, retusa acie nihil amplius potuerunt. Repente fortunæ immutatus cursus. Francorum res, quæ hactenus dejectæ, prostratæ ac miserrimæ erant, erectæ protinus sunt affuitque divinitus felicitas ; Anglorum vero res, hactenus secundissimæ, retro dilabi cœperunt. Tantus, solo Puellæ nomine, eorum animis incessit pavor, ut magno eorum plurimi firmarent sacramento, quod solo audito ejus nomine, aut signis ejus conspectis, vires animumque perderent, ita ut nec arcus tendere, nec jacula ulla mittere valerent, nec ferire hostes, ut soliti erant, haberent potestatem. Mirabilis Deus in sanctis suis. Joannes nothus Aurelianensis, idem comes Dunensis in Carnutibus, et Johanna Puella, duces præcipui omnibus in rebus et bellis erant. Angli omnibus ex locis excussi, fusi, fugati, cæsi. Carolus rex, Puellæ ductu, Rhemis inunctus et coronatus. Trecis Regem honorifice suscepit Joannes Acatus, episcopus loci laudatissimus. Rhemi, Catalaunum, Compendium, Bellovacum, Laudunum, Suessiones, Senanes, Carnutes aliæque civitates et populi, pulsis Anglis, in fidem redeunt sola Dei gratia et benignitate.

Quelques pages après, le mesme Meyer dit :

Scriptor autem latinus ejus temporis de eadem virgine tradit hoc. Compendium obsidetur, Puella eruptionem facit et capitur, Ducta Rhotomagum ubi tunc erat Henricus adolescens. Petrus Cauchon Bellovacorum tunc erat episcopus, consiliarius præcipuus regis Angliæ. In ejus diœcesi quoniam Puella capta erat, convenit ut ipse inquisitionem faceret de Puella 320quam maleficam esse per invidiam insinuabant et hæreticam. Quæstio habita a multis theologis et jurisconsultis Lutetia evocatis. Per multos dies interrogationes et responsa a tabellionibus diligenter conscripta. Admirationi omnibus erat quod Puella rusticana de fidei rebus tam sapienter tamque catholice loquebatur et respondebat. Hoc autem inquisitores, qui Anglicæ erant omnes factionis, in primis curabant ut callidis, versutis et fucatis verbis, et inquisitionibus, et interrogationibus captiosis, sanctam Christi virginem caperent et de hæresi accusarent. Sed non potuerunt. Data sunt illi a Domino verba quæ loqueretur, nec spiritui ejus qui loquebatur potuerunt resistere. Insuper Anglici per obstetricem suæ factionis inspici curabant virginem. Nec mulieres illæ, quamvis maxime cuperent ac virginis gravissimæ hostes essent, aliud potuere affirmare quam quod intemerata claustra virginalia servata in illa reperissent. Dicitur enim suam integritatem Deo vovisse, cum adhuc patris sui greges in agris pasceret : quibus in agris adeo religioni addicta erat, ut quoties sonitum campante audiret de consecratione corporis Domini, religiosissima prosterneret se in terram, diu multumque orans, laudans ac benedicens Deum. Virilem habitum excusavit ne scilicet militum incontinentia provocari in illam posset, si femineo usa fuisset habitu. Una nihilominus omnium Anglorum sententia erat et vox vulgaris, nunquam se posse feliciter cum Gallis dimicare aut victoriam reportare, quamdiu Puella ista, quam veneficam et sortilegam vocabant, viveret ; tollendam esse de terra. Hostes ejus judices erant : pars ejus adversa qui eam accusarat, tulit sententiam. Squalore, calenis et inedia eam macerabant. Ferunt eam tandem a judicibus adductam ut si vellet abjurare revelationes quas asserebat sibi factas, eam absolverent et abire permitterent. Quod fecisse eam tradunt. Sed cum tamen non dimitteretur, valde increpitam fuisse se dixisse quod revelationes abnegasset, iterum sibi in carcere apparuisse, scilicet divas Catharinam et Margaretam, ab illisque quod hoc fecisset objurgatam. Hæc fuit causa mortis. Dicebant hostes ejus qui judices erant, relapsam esse in abjuratam hæresim. Adduxerunt enim eam ut juraret se ultra non 321dicturam sibi revelationes factas esse. Data brachio seculari, Rhotomagi combusta. Collecti cineres universi et de ponte in Sequanam demersi, ne quid forte reliquiarum servari aut coli posset. Postquam Normannia, pulsis Anglis, in fidem rediisset, vidimus eum processum et examinavimus. Ex quo quidem processu non sufficienter constabat ipsam de alicujus erronei dogmatis, contra veritatem doctrinæ catholicæ, assertione convictam, vel injure confessam ; neque per hoc hæresis atque relapsus satis manifestum fuisse fundamentum. Quanquam etiam præter hoc poterat processus hujusmodi ex multis capitibus argui vitiosus, coram capitalibus inimicis sæpe per eam recusatis (denegato etiam ei omni consilio quæ simplex puella erat) factus et habitus : quemadmodum ex libello quem desuper, ab eodem Carolo expetito a nobis consilio, edidimus. Si cui ad cujus venerit manus légère vacaverit, latius poterit patere. Pulsis enim de Normannia Anglis, idem Carolus rex per plures regni sui prælatos et divini atque humani juris doctos homines diligenter processum prædictum examinari et discuti fecit, et de ea materia plures ad eum libellos conscripserunt, quibus coram certis a sede Apostolica ad cognoscendum et judicandum de hujusmodi materia, judicibus delegatis, exhibitis et mature perlectis, per eosdem judices in sententiam quam diximus exstitit condescensum, et sententia contra eam data sub Anglorum imperio, cassata et revocata. Missa erat a Deo, ne quis ponat carnem brachio suo, ne Anglorum superbia suis nimium fideret viribus. Gloriabantur in suis viribus, Deo non attribuebant suas victorias : ostendere Deus illis voluit quod stulte et impie, fecerunt, suis dumtaxat fidentes viribus, et victoriam ostendit in sexu fragili, sicut in Debbora, Judith, Esther. Hæc et plura de Puella ille anonymus synchronus, ait Meyer.

Nous recueillons de ce discours que l’auteur d’icelui n’estoit pas françois, car il ne parle pas de Charles VII en termes d’un subject à son Roy, ainsi que font les autres prélats et docteurs françois. Il dit avoir esté consulté de sa part sur le procez de la Pucelle, et en avoir composé un traité qu’il 322envoya au Roy, et mesme que ce traité a esté produit au procez de revision et vu par les juges déléguez du Saint-Siège. De sorte qu’outre les six traitez desquels nous avons tenu inventaire au huitiesme chapitre de la revision du procez, il faut nécessairement que d’autres ayent encore esté produits, lesquels on n’a pas registrez au corps du procez, non plus que le traité de messire Thonnas Basin, évesque de Lisieux29, ceux des auditeurs de Rote et celui de cet auteur anonyme lequel asseure de plus avoir composé quelque autre discours de l’histoire de nostre Pucelle que Meyer tesmoigne avoir lu et en avoir tiré le trait qu’il a inséré en son histoire. Et est grand dommage que ce traité ayt esté perdu, attendu que l’auteur est fort judicieux et poli pour le temps auquel il a escrit.

VI.
[Les témoins des enquêtes de la révision.]

Aux susdits auteurs nous pouvons adjouster tous les tesmoins qui ont déposé à la revision du procez pour la justification de la Pucelle, qui sont en nombre cent et onze pour le moins30, sçavoir trente-deux de son païs natal, trente d’Orléans, vingt de Paris, dix-huit de Rouen et deux autres d’ailleurs, sçavoir Seguin de la faculté de théologie de Poictiers, et le sieur Dolon ; tesmoins hors de tout reproche, entre lesquels il y a des princes, plusieurs grands seigneurs, gentilshommes et personnes bien qualifiées, qui ont par un long temps conversé avec la Pucelle tant aux armées qu’ailleurs, 323et n’y eut onques histoire humaine assistée et fortifiée de tant de tesmoins, d’auteurs et historiographes.

VII.
Le Pape Pie II.

Æneas Sylvius31 estoit de mesme temps, et quoiqu’il soit peu affectionné aux Français, si a-t-il rendu un tesmoignage d’honneur à nostre Pucelle au quarante-troisiesme chapitre de l’Europe, en ces termes :

In regno ipso Franciæ quod nostra ætate Johanna, virgo Lotharingensis divinitus, ut creditur, admonita, virilibus indumentis et armis induta, Gallicas ducens acies, ex Anglorum manibus magna ex parte, mirabile dictu, prima inter primos primos pugnans, victoriam eripuit.

Eloge qu’il a escrit auparavant qu’il fust Pape.

Et depuis, estant Pape, après la revision du procez, aux commentaires latins qu’il a faits des choses mémorables advenues de son temps, recueillies par Jean Gobelin, vicaire de Bologne, imprimez à Rouen l’an 1584 et dédiez au pape Grégoire XIII, rapporte un bel éloge de la Pucelle, car après avoir parlé des guerres que l’Anglois et le Bourguignon faisoient à la France, il descrit en cette manière les faits héroïques de cette fille, au livre sixiesme.

Interea desperatis pene Francorum rebus, Puella sexdecim annos nata nomine Johanna, pauperis agricolæ filia, in agro Tullensi, quum porcos custodiret, divino afflata spiritu, sicut res ejus gestæ demonstrant, relicto grege ac parentibus posthabitis, ad præfectum proximi oppidi quod solum ejus regionis in fide Francorum remanserat, sese confert, ductoresque 324petit qui sibi ad Delphinum iter demonstrent. Quærit præfectus itineris causam. Habere se inquit divina mandata quæ ad illum perferat, sibi et regno salutaria. Ridet præfectus amentemque putans spernit. Instantem multis pertentat modis : fit mora plurium dierum, si forte mutaret Puella propositum aut in eo aliquid reperiretur indignum. At ubi constans et immutabilis, nulliusque conscia turpitudinis inventa est : Quid scio, inquit præfectus, an hæc Dei voluntas sit ? Sæpe regnum Franciæ divina servavere præsidia : forsitan et nostris diebus aliquid in cœlo pro nostra salute ordinatum est quod per feminam patefiat. Selectisque tribus spectatæ fidei servis, Puellam ducendam ad Delphinum commendat.

Decem ferme dierum iter faciendum erat, et agros medios aut hostis tenebat, aut amicus hosti. Transiit cunctas difficultates inoffensa virgo, vestibus induta virilibus, Delphinumque apud Bituriges morantem adiit : qui fractus animo tot cladibus, non jam de regno tuendo, sed de loco quærendo ubi securam vitam securus agere posset, anxius erat. In Hispania regis Castellæ ac Legionis ea ætate florentes opes habebantur, qui cum Delphino et consanguinitatis et amicitiæ vinculo jungebatur. Hunc rogare statuerat ut, regni Franciæ curam et coronam suscipiens, angulum sibi aliquem terræ concederet in quo tuto latitaret. Talia meditantem virgo convenit, et restitutis præfecti litteris audiri petiit. Delphinus rei novitate permotus delusionemque veritus, Castrensi episcopo, confessori suo, inter theologos apprime docto, Puellam examinandam committit nobilibusque matronis servandam tradit. Interrogata de fide, ea respondit quæ christianæ religioni conveniunt. Examinata de moribus, pudica et honestissima reperitur. Fit pluribus diebus examen : nihil in ea fictum, nihil dolosum, nihil arte maligna excogitatum invenitur ; in habitu sola difficultas manet. Rogata cur vestes viriles mulieri prohibitas induisset, virginem esse ait ; virgini utrumque habitum convenire : sibi a Deo mandatum est vestibus ut virilibus uteretur, cui et arma tractanda essent virilia.

Sic probata, rursus in conspectu Delphini reddita : Ego325 ad te, inquit, veni, regum sanguis, Dei jussu, non meo consilio. Is mandat ut me sequaris. Si parueris, restituam tibi tuum solium, Remisque propediem tuo capiti coronam imponam.

Delphinus rem difficilliman quæ promitteretur ait. Remorum civitatem in qua reges coronari solerent remotissimam esse et ab hostibus obtineri ; nec usquam iter patere tutum ; Aureliam quæ media civitas esset ab Anglicis obsideri, nec vires Francos habere quibus miseris obsessis subveniretur ; multo minus coronationi navare operam posse.

Nihil his mota virgo. Non vana, inquit, promitto. Si Deo credis, et mihi crede : ejus nuntia veni ; arma tibi ministrabo divinitus et invisibili ferro aperiam iter. Parebunt quocumque ieris populi, et ultro tua signa sequentur nobiles. Nec tu mihi obsidionem Aurelianensem objeceris : hanc ego ante omnia dissolvam, et civitatem liberam dabo ; tantum mihi hos equites qui te penes adsunt, concedito.

Res aliquandiu in consilio diversis sententiis agitata est. Alii captam mente Puellam, alii dæmonio illusam, alii spiritu sancto plenam putabant. Et ii Bethuliam atque alias civitates per feminas fuisse salvatas referebant, regnumque Franciæ sæpe divinitus adjutum ; nunc quoque per virginem quam Deus mitteret, posse defendi ; idque fragili commissum sexui, ne Franci, suo more superbientes, in sua virtute confidant : nec vesanam Puellam quoquo modo putandam, cujus consilia sensu plena essent.

Vicit hæc sententia, et Aurelianensem provinciam Puellæ crediderunt. Dux femina belli facta est. Allata sunt arma, adducti equi : Puella ferociorem ascendit, et ardens in armis, hastam vibrans, saltare, currere atque in gyrum se vertere haud aliter coegit equum, quam de Camilla fabulæ tradunt. Quod cum proceres advertissent, nemo inventus est qui ducatum feminæ contempserit. Nobilissimus quisque assumptis armis, percupide sectatus est virginem quæ, paratis omnibus, itineri se commisit.

Difficillimus per terram ad Aurelianum patebat aditus. Itinera quoque præcluserat Anglicus tribusque urbis portis trina objecerat castra, eaque fossa et vallo munierat. Puella 326haud ignara Lygerim fluvium præter mænia civitatis decurrere, naves occulto in loco frumento onerat atque cum copiis ingreditur, et obsessis de sua profectione commonitis, veloci remigio et rapidi fluminis usa cursu, prius in conspectu civitatis est visa, quam hostes venturam cognoverint. Accurrerunt armati Anglici, conscensisque naviculis, frustra ingressum virginis remorari conati sunt, multisque acceptis vulneribus terga dederunt32. Illa urbem ingressa ac summa civium alacritate suscepta, commeatum omnis generis jam fame pereuntibus importavit. Nec morata, sequenti luce, castra hostium quæ portam præcipuam obsidebant, magno furore invadit repletisque fossis atque aggere ac vallo disjecto, Anglos perturbat, ac potita munitionibus, turres et propugnacula quæ hostes paraverant, incendit ; idemque, confirmatis oppidanorum animis, per alias portas egressa, in aliis castris efficit. Quum divisi Anglici pluribus in locis essent, nec castra castris subvenire possent, per hunc modum soluta et penitus deleta est Aurelianentis obsidio, cæsisque hostibus quicumque ad ea convenerant, ut vix cladis nuntius extiterit. Nec hujus rei gloria alteri quam Puellæ data, quamvis strenuissimi ac peritissimi bellatores et qui sæpe ordines duxerant, interfuere.

Tantam suorum cladem atque ignominiam iniquo animo Talbotes tulit, inter Anglicos duces fama clarissimus. Qui assumptis quatuor millibus equitum ex omnibus copiis delectorum, in Aurelianum duxit congressurus Puellæ, si ausa esset occurrere, haud dubius quin portas exeuntem vel caperet, vel occideret ; sed longe aliter evenit. Eductis virgo cohortibus, ut primum hostem conspicata est, sublata ingenti clamore atque impetu horribili facto, Anglicorum signa pervadit ; inter quos nemo inventus est qui consistere aut vultum ostendere auderet. Subitus omnes metus atque horror incessit ; qui, etsi numero superiores essent, pauciores tamen sese fore arbitrabantur, et innumerabiles copias Puellæ militare putabant. Nec defuere qui pugnare angelos 327in parte adversa existimarent, nullamque sibi victoriam promitterent contra Deum præliantibus. Cecidere de manibus nudi enses : scuta et galeas quisque projecit, leviorem ut se fugæ committeret. Talbotis nec hortamenta audita sunt, nec minæ pensitatæ : facta est fœdissima fuga ; virgini solum ostensa terga : quæ fugientes insecuta, uni versos aut cepit, aut interfecit, excepto cum paucis duce, qui postquam suos de fuga irrevocabiles vidit, velocibus equis impetum hostis evasit.

Harum rerum fama ad vicinas gentes et deinde ad remotiores delata semperque major itinerando facta, stupore omnium mentes implevit. Delphinus jam Puellæ monitis credens, cujus dicta firmaverant facta, supplicationes Deo per omnia templa decrevit et ad suscipiendam coronam sese accinxit. Nobilitas universi regni, miraculosis Puellæ operibus auditis, postquam solemnia coronationis apparari didicit, incredibili cupiditate visendi virginem, tota Gallia assumtis33 armis accurrit, atque intra mensem, supra triginta equitum millia34, propriis stipendiis militatura, ad Delphinum concessit : qui tantas adesse armatorum copias magis ac magis lætatus, ex Biturigibus, apud quos plerumque morabatur, arrepto itinere, præcedente in armis et vexillum regium gestante Puella, in Remos duxit. Media quæque oppida in potestate hostium erant ; populique omnes, novis adacti juramentis, fidem servare Anglicam ac Delphinum hostiliter accipere decreverant. At ubi eum Puellamque prope adesse cognoverunt, (mirabile dictu) nemo contra armatus occurrit, nemo portas clausit, nemo venientibus maledixit. Quocumque ventum est, effusæ obviam plebes Delphinum tanquam dominum salutarunt, certantes inter se quonam pacto suum principem majoribus honoribus afficere possent.

Quum prope Remos ad quadraginta ferme stadia pervenisset exercitus, magnopere in civitate trepidatum est. Nihil Anglico tutum videri, nutare optimates, plebis animos res novæ allicere. Fuerunt inter Anglicos qui suaderent 328sacrum oleum quo rex inungitur alio transferendum, ne perdita civitate rite coronari hostis posset. Opinantur Galli candidam olim columbam e cœlo missam Beato Remigio, ejus urbis antistiti, liquorem olei attulisse quo reges inungerentur, idque summa religione custodiunt neque imminui putant, quamvis a Clodoveo usque in hæc tempora permulti reges illo sint usi, negantque verum esse regem qui hoc oleo non sit delibutus. Ob eam causam, quum de transportando liquore sæpius Anglici consuluissent, divina voluntate præpeditum propositum arbitrantur.

Delphinus, urbi propinquus, caduceatores misit qui civitatem tradi jubeant coronationemque suam Remensibus annuntient. Illi primarios cives legant qui tempus consultandi petunt. Puella legatis nihil responderi jubet, nihil morandum in tempore quod Deus statuisset ; cuncta esse gerenda. Paret Delphinus virgini, retentisque legatis et præmissis ordinibus equitum, celeri cursu civitatem petit. Mira res et apud posteros fide caritura ! nullus, vel in porta, vel in urbe reperitur armatus ; togati cives extra mœnia accurrunt. Delphinus sine conditionibus, sine pactis, absque ulla contradictione patentes portas ingreditur : nemo reclamat, nemo signum indignationis ostendit, divinum opus cuncti esse fatentur. Franci dum portam unam ingrediuntur, Anglici altera fugiunt. Pacifica et quieta civitas suum dominum benigne amplectitur, et quem paulo ante velut hostem aspernabatur, nunc tanquam patrem miro affectu et summis honoribus excolit. Fit magnus circa Delphinum salutantium concursus, major circa Puellam, quam veluti divinum aliquod numen intuebantur. Facta sunt hæc die sabbati, in profesto Mariæ Magdalenæ ; et in ipso festo, apud monasterium sancti Remigii, magna populi frequentia, multis proceribus ac prælatis circumstantibus, Delphinus more majorum sacro inunctus oleo, regni Franciæ diadema suscepit acclamante multitudine Carolo regi (id enim nomen Delphino fuit) vitam ac victoriam.

Mansit rex ea in urbe quatriduo, præter consuetudinem. Mos enim Franciæ regibus est, die quæ coronationem sequitur, templum quoddam peregrinando petere cui sanctus 329Marcoul præsidet, atque ibi ægrotos curare. Miraculum Galli vulgaverunt, morbum quemdam humano in gutture nasci solo qui regis tactu et arcanis quibusdam curetur verbis ; idque post coronationem in hoc templo fieri. Non est peregrinatus statuta die novus rex. Impedimento fuere Burgundorum legati, qui salutatum venerant, et aliquid ad concordiam afferebant. Quibus auditis, quarta die peregrinatio facta est, in qua de curatione morborum nihil satis compertum habeo, quamvis Gallici omnia illa credant fieri miraculosa.

Post hæc Puella cum novo rege Laudunum petit neque resistentia reperitur. Paruere omnia regi. Idem fecere quæcumque oppida intra Parisios Laudununque jacent, populis ac plebibus universis summa cum exultatione obviam effusis. Fuit et spes data regi Parisiorum urbis capiendæ ; sed quum in agros eorum duxisset nec quisquam occurreret, deceptum se intelligens retro abiit. Puella vero acriori animo assumptis quibusdam cohortibus, usque ad portam excurrit quæ ducit ad Forum porcorum, eamque magno impetu, non sine spe potiundæ civitatis, incendit : ubi, dum fortius quam cautius pugnat. intusque summa vi resistitur, sagitta in incertum missa vulneratur Ubi primum sauciatam se animadvertit, e pugna recessit. Comites ab oppugnatione cessarunt. Atque hic favor Puellæ minui cœpit, quæ, inviolabilis antea tradita, vulnerari potuisset ; neque deinceps nomen ejus tam formidabile Anglicis, aut tam venerabile Francis fuit. Brevi tamen curato vulnere, rursus in castra venit, ubi pro veteri consuctudine arma tractans, nihil mirabile fecit.

Haud procul ab urbe rex abierat, expectans si forte mutatis civium animis, revocaretur : nihil ex opinione successit. Dux Glocestriæ35 qui tum Parisiis præerat regnumque Anglicis ministrabat, summa diligentia cavit ne quispiam civium ad Carolum exiret. Ipse vero copias educens, castra castris opposuit, quingentis circiter passibus ab hoste distans. Spectarunt 330sese biduo hostiles exercitus, et quanquam præludia quædam furtaque belli commiserint, nunquam tamen collatis signis congredi præsumpserunt. Exin pene intacti, incertumque cujus majori dedecore, abierunt. Anglici Parisios revertere, Franci Biturigas, receptis denuo in fidem quicumque in medio erant populis, quum alio itinere rediissent.

Puella ubi coronatum regem et in sua sede satis tuto locatum cognovit, quietis impatiens, in hostes rediit et oppida multa expugnavit armis : multa in deditionem accepit, nonnulla quæ hostes obsidione premebant celeri subventione liberavit. Postremo quum Anglici Compendium obsiderent, munitissimum oppidum ac Parisiis infensum, cupiens obsessis opem ferre, eo se cum copiis confert. Sentiunt hostes adventum atque insidias venienti parant. Iter ei per vineas faciendum erat et angustas semitas, quas ingressam a tergo invadunt.

Utcumque sit, captam in bello virginem constat decem millibus aureis venditam Anglicis, Rhotomagumque ductam : quo in loco diligenter examinata est, an sortilegiis, an dæmonio uteretur, an quicquam de religione prave sentiret. Nihil inventum est emendalione dignum, nisi virile indumentum quo illa utebatur ; neque hoc ultimo supplicio dignum censuere. Retrusa est in carcere, adjecta necis pœna, si amplius viriles vestes indueret. Illa quæ arma tractare didicisset et exercitio militari gauderet, a custodibus pertentata, qui modo sagum militare, modo loricam, modo thoracem et alias armaturas coram afferebant, incauta, virilibus aliquando et indumentis ac armaturis se adornavit, nesciens quia mortem indueret36.

Credibile est vivente virgine, quamvis capta. Anglicos se nunquam satis tutos existimavisse, qui tot præliis ab ea superati fuissent ; timuisse fugam ac præstigia ; atque idcirco necis causam quæsivisse. Judices, ubi Puellam viri 331habitum recepisse cognoverunt, tanquam relapsam, igni damnaverunt. Cineres ejus, ne honori aliquando essent, in Sequanam fluvium projecere.

Sic Joanna obiit, mirabilis et stupenda virgo : quæ collapsum ac pene dissipatum Francorum regnum restituit ; quæ tot tantasque clades intulit Anglicis ; quæ dux virorum facta, inter militum turmas pudicitiam servavit illæsam, de qua nihil unquam indecorum auditum est. Divinum opus an humanum inventum fuerit, difficillime affirmaverim. Nonnulli existimant, quum Franciæ proceres, prospere succedentibus Anglorum rebus, inter se dissiderent, nec alter alterius ducatum ferre dignaretur, ab aliquo qui plus saperet hoc vaframentum excogitatum, ut virginem divinitus missam assererent, ducatumque petenti admitterent : neque enim hominem esse qui Deum recuset : atque in hunc modum rem bellicam Puellæ creditam et armorum imperium datum. Illud exploratissimum est, Puellam fuisse cujus ductu Aureliani soluta est obsidio, cujus armis omnis terra subjecta est inter Bituriges ac Parisios, cujus consilio Remenses in potestatem recepti sunt et coronatio apud eos celebrata, cujus impetu Talbotes fugatus est et ejus exercitus, cujus audacia Parisiensis porta cremata, cujus solertia atque industria res Francorum in tuto positæ sunt. Digna res quæ memoriæ mandaretur, quamvis apud posteros plus admirationis sit habitura quam fidei. Carolus etsi virginis obitum acerbissime tulit, non tamen sibi ipse defuit ; multa per se, multa per duces suos, non solum adversus Anglos, verum et adversus Burgundos prælia gessit digna memoratu, quæ forte huic operi inseremus.

Ce discours est fort naïf et grandement judicieux, et pour la plus part conforme aux exploits de la Pucelle. Quant aux choses qui ne s’accordent pas à la vérité de l’histoire, je ne me veux arrester à les particulariser, parce que le lecteur les pourra aisément recognoistre et corriger par la conférence du premier livre de cette histoire. Quelqu’un à la rigueur se pourroit esbahir de ce que Pius II au commencement de cette narration asseure que les exploits de cette fille 332démonstrent qu’elle estoit inspirée de Dieu ; et sur la fin dit : Que ce soit une œuvre divine ou invention humaine, il est difficile de l’asseurer. Mais à cela nous respondons que Pius II n’avoit pas vu le procez de la Pucelle, ni la revision d’icelui décrétée par Calixte III son prédécesseur. Et d’ailleurs il est certain que la discrétion des esprits est une chose très difficile, ainsi que nous avons justifié ailleurs ; car personne n’en peut avoir l’évidence certaine. Davantage : sur la fin de ce discours il propose des bruits que l’on faisait courir de la Pucelle, ainsi que doibt faire un historien ; mais au reste partout montre que jamais l’on n’a trouvé que redire en sa créance, en ses mœurs, intégrité et pudicité, chose toute notoire par les actes du procez.

VIII.
Saint Antonin de Florence.

Antoninus37, archevesque de Florence, vivoit au mesme temps qu’Æneas Sylvius, et en la troisiesme partie de son histoire, titre vingt et deux, chapitre neufviesme, section septiesme, parle en ces termes de la Pucelle sur le discours qu’il prit des guerres du Roy Charles VII contre l’Anglois et le Bourguignon.

Tunc autem obtulit se regi Franciæ quædam Puella, filia rustici, assueta gregem pascere, dicens se missam ad juvandum exercitum ejus : ætatis octodecim annorum vel circa. Quæ in multis eos instruxerat in bellando et civitates capiendo. Hæc equitabat apte ut miles, in exercitu ibat cum eis, insidias inimicorum detegebat, et modum ad capiendas civitates docebat, et multa alia admiratione digna agebat. Quo autem spiritu ducta vix sciebatur : credebatur magis spiritu Dei. Hoc patuit ex operibus suis. Nihil enim inhonestum in ea videbatur, nihil superstitiosum : in nullo a veritate fidei discrepabat. Sacramenta confessionis et communionis frequentabat, 333et orationes. Et post multas victorias regis Franciæ, in uno conflictu cum Burgundionibus copiarum regis Franciæ capta, ab eis occisa est. Deinde facta est pax, etc.38

IX.
Philippe de Bergame.

Jacques Philippe de Bergame39, de l’ordre des Augustins, florissoit l’an 1494, au siècle auquel vivoit nostre Pucelle, de laquelle il escrit des merveilles au livre qu’il a fait De Claris mulieribus, chapitre cent cinquante-sept. Mais son discours est pour la plus part fabuleux. Nous ferons seulement extrait de ce qui est conforme à l’histoire, comme quand il dit :

Erat brevi quidem statura, rusticana facie et nigra capillo, sed toto corpore prævalida : quæ per omnem vitam suam, illibatam servavit virginitatem, et religionis apprime custos extitit. Ejus sermo satis, ex more feminarum illius patriæ, lenis erat, quam sani ejus mores plurimum honestabant. Tam rectus sensus atque integer, ut ibi educata ibique nutrita crederetur, ubi summa prudentia et omnis consilii ratio vigere videretur.

Ea itaque tempestate, Henricus, Anglorum rex, atrox bellum Carolo ejus nominis septimo, Francorum regi, intulerat. Idemque majorem sui partem ademerat, et jam Aurelianam, primariam sui regni urbem, summa vi oppugnabat ; et ejus 334urbis quotidie gravissima erat oppugnatio ; eoque undique circumsessa erat, nec aditus ostendebatur quo posset talis obsessio solvi. In ea quippe omnis spes regni versabatur ; qua quidem amissa, de toto regno Galliæ actum esse videbatur. In hac itaque difficultate rex constitutus, et angore animi incertus angebatur, nec quod consilium sequeretur ratione nulla inire poterat.

Introducta ad regem Pulcella Johanna, quum ad ipsius genua procidisset, majestatem regiam, ex more, omni reverentia salutavit. Salutatoque rege, primoribus cunctis palam audientibus, sic locuta est : Gloriosissime rex, ego, aucilla tua minima, omissa mei gregis custodia, cui tanquam una ex agrestibus præeram, omnipotentis Dei imperio, ad opem tibi ferendam, qua regnum tuum amissum recuperes, huc impigre accessi, divinoque jussu ducem totius tui exercitus moneo me declarari jubeas. Nec mireris quod puella inops et agrestis, et hujusce vilissimæ sortis, huc prodierim, ausaque fuerim tantum imperium suscipere, quia omnipotenti Deo sic visum infirma et contemptibilia eligere, ut fortia confundat.

Rex autem inquit : Pulcella, ingenue profiteris te a Deo mihi omnino in auxilium missam esse ; sed qua ratione ? Tu femina es admodum adolescentula, rerum omnium inexperta, et quomodo præsumis tibi tanti muneris tantique exercitus assumere administrationem ? Hoc utique non est tui officii et ætatis tenellæ munus, sed jure militari peritissimorum exercitatissimorumque virorum. Itaque moneo semel atque iterum ut videas etiam atque etiam quæ afferas et quæ apportes.

Constanti vultu et intrepido confestim respondit : Maxime rex, obsecro ne plura percontari pergas. Deus, a quo missa sum, huic tuæ necessitati consulet. Nec teras ultra tempus, si cara tibi est tui regni incolumitas. Et, ut verum intelligas, accipe quæ submotis arbitris tibi dicam.

Postquam vero cum rege locuta est, rex, prope stupefactus et incertus quid responderet, e vestigio illam totius sui exercitus ducem enuntiavit, cunctis primoribus acclamantibus. 335Res prope incredibilis et inaudita, et maximo spectaculo digna, si animadverteris tot principes, regemque ipsum, in bellis exercitatissimos, sese in imperio adolescentulæ, sedecim annos natæ, subjicere, quæ ex ovium et suum vel porcorum gregis cura excepta fuerat, videre eam virilibus indumentis et armis indutam, Gallicas ducere acies. Quumque taliter indutam et armatam omnis spectaret exercitus, et equo intrepide insedentem, visa est omnibus eques quidam e cœlo demissus.

Le mesme auteur, après cela, fait un narré de la levée du siège d’Orléans et de la deffaite des Anglois, mais tout fabuleusement. Et de là passe au couronnement du Roy à Rheims, et puis conclut en cette sorte :

Hæc igitur Johanna Pulcella virgo, quum magnam gloriam in armis esset adepta, et regnum Francorum magna ex parte deperditum e manibus Anglorum pugnando eripuisset, in sua florenti ætate constituta, non solum se morituram, sed et genus suæ mortis cunctis prædixit. Nam ab ipsis Anglis tandem in prælio capta, et ad Rhotomagum urbem violenter perducta, ibidem ab ipsis et ipsorum rege veneficii et artis magicæ vitio incusata, sævissima ignis morte demum damnata est. Et hic tantæ virginis vitæ finis fuit ; quo quidem atrocissimo supplicio hæc tam inauditæ virtutis mulier indigne occisa est. Post multos autem annos, Carolus ipse, optimus sane rex, Rhotomagensium urbe recepta, eo in loco ubi atrociter concremata fuerat Johanna Pulcella, pro monumento et titulo puellaris decoris, crucem æneam, et quidem eminentissimam, inauratamque poni jussit.

X.
Guillaume Postel.

Guillaume Postel40, professeur du Roy en la langue hébraïque, estoit prestre. Au livre qu’il a composé, De Phænicum 336litteris, imprimé à Paris, 1552, par Martin le jeune et dédié au cardinal de Lorraine, discourant des grâces et bénédictions que Dieu a départies aux Roys de France, sections 32, 33, il dit :

At vero quid magis admirandum quam quod solius divinæ christianissimorum regum ordinationis gratia fieri videmus ut cum sit homo cæteris similis rex, tamen solo contactu hiatro-chocradicus aut scrofularum medicus fuit ? Quod non tam multi hodie atque olim sanentur aut videantur sanari, hoc vere nostri seculi incredulitas et ubivis consurgendus atheismus facit. Vidi sane quam plurimos curatos, sed qui insigni erant fide. — Pro 33. Prodeat in medium sacrosanctæ Puellæ Johannæ facinus omnibus seculis ut admirandum ita inauditum, licet impiis nostri seculi invisum. Perierat pene Gallia. Rex Galliæ Biturigum rex tantum dicebatur. Validissimis Burgundionum, Germanorum et Anglorum exercitibus oppressa jacebat Gallia, cum unius Puellulæ virtute, eo divinitus et miraculose conducta est nobilitas Gallica, alioqui vix imperii virilis præter quam in suo rege patiens, ut feminæ pareret, auspiciis tam felicibus ut intra biennium plura fiant ejus ductu facinora tam defendendo quam insultando edita : quæ quivis potentissimus princeps, et centenis hominum millibus vallatus, toto vix potuisset decennio. Et interim, si Diis placet, credemus atheis qui nobis fuisse commentum affingunt et somniant, ut Rex ductu Puellæ excitaretur, quasi saxa et bestiæ id temporis homines fuissent : quasi vero non constet de accusatione contra illam invidiæ Rhotomagi ab Anglis intentata, de miraculoso ejus ad Regem adventu, de Pontificis summi censuris in judices. Hæc adhuc media in luce hominum versantur, in recenti etiamnum sunt memoria, et ista patitur publice proscindi Christianissimus rex ! O tempora ! Et si falsi aliquam suspicionem habuissent, debebant ob regiam auctoritatem dissimulari, et nunc cum in omnium hujus temporis scriptorum historiis sint constantissime sine ulla suspicione falsi scripta, sunt qui vellicare et negare audeant, tam libenter profecto Christum negaturi et risuri, si audeant, quam ejus spiritui et virtuti in suis membris agenti detrahunt.

337Le mesme Postel, en un livre françois qu’il a composé et intitulé : L’histoire mémorable des expéditions depuis le déluge faites par les Gaulois ou Françoys, imprimé l’an 1552 par Sébastien Ninelle, a fait un chapitre contre un livre De l’art militaire, escrit par le sieur de Langey, lequel estimoit que tout ce qu’on disoit de la Pucelle fust une fable semblable à celle de la nymphe Ægeria feinte et introduite par Numa Pompilius. Auquel chapitre Postel fait un narré françois de la Pucelle contre cette opinion, qu’il maintient ne pouvoir tomber en l’esprit d’aucun homme s’il n’est athée, et qui est cela mesme qu’il a représenté en latin : disant en outre que par ce moyen on peut décréditer tous les historiens qui ont jamais escrit et rendu tesmoignages des choses passées en leurs siècles, et qu’il y en a infinis : comme de vérité il y en a qui ont narré les faits héroïques de la Pucelle, et sont aussi croyables que tous les autres historiens qui les ont précédez et ont rédigé par escrit les affaires de leur temps. Qui est une raison fort prégnante tirée de la nature de l’histoire laquelle prend son titre par le tesmoignage de ceux qui en escrivent41.

XI.
Gilbert Génébrard.

Messire Gilbert Génébrard42, professeur du Roy aux lettres hébraïques, et depuis archevesque d’Aix en Provence, au livre quatriesme de sa Chronologie :

Joanna puella sive virgo, inope pastore in Lotharigarum Dompremeio pago nata, anno ætatis circiter vigesimo, Aureliam urbem obsidione Anglorum, qui Lutetiam magnamque Galliæ partem possidebant, liberat anno 1429. Ejus auspiciis multa prælia feliciter a Francis gesta sunt. Trecas, Lutetiamque43 338cepit, inter primos milites in muros ascendens. Tandem capta Rhotomagi, ut maga combusta est.

XII.
Arnault de Pontas.

Messire Arnault de Pontas, évesque de Bazas, au livre second de sa Chronique, dit :

Johannam Puellam, annorum circiter viginti natam, Aureliam urbem obsidione Anglorum liberans anno 1429, et ejus auspiciis, multa prælia feliciter a Francis gesta esse.

XIII.
Hubertus Morus.

Hubertus Morus, docteur en théologie de Paris et théologal de l’église de Reims, au livre troisiesme De sacris unctionibus :

Nec certe hic lubens omiserim quod bellicosa illa virago quam Joannam Puellam nostri nominant, ad regnum non tam conservandum quam restituendum legitimo hæredi Carolo VII divinitus excitata, vel ut verbis Meyeri Flandri scriptoris utar, non creata, non electa, sed a Deo data (ut vitæ sanctitas, animi generositas et in bello felicitas vel invitos fateri cogunt), numquam eum nisi post consecrationem regem, sed tantum Delphinum sicut ab aliquis seculis solemus Regum nostrorum primogenitos, vocare audita est ; quodque numquam cessaret, donec illum quamprimum Rhemo ungendum, etiam contra multorum opinionem, deduceret : se, ut id faceret, cœlitus admonitam asserens.

Hanc dubie omnipotens Deus mirabilia operatur ubi, quando ac quomodo vult ; et qui quondam in manu castissimæ viduæ superbum hostem populi suit stravit Holophernem, non est absurdum, nec majestati, nec misericordiæ illius indignum, si manu quoque Puellæ innocentis, Regi Francorum fidelissimo cultori suo regnum, ut legitime debitum, vindicare dignatus est. Et omnes annales, Anglis fere semper adversa, Francis vero prospera, ab eo tempore quo Rex sacrosanctam cepit unctionem contigisse testantur : adeo ut illi infra paucos annos, sicut illa initio prædixerat, toto Galliæ regno recedere coacti sint.

339XIV.
Mariana.

Joannes Mariana44, jésuite espagnol, docte théologien, au vingtiesme livre de rebus Hispaniæ :

Septimum mensem Aurelia obsidebatur, ad Ligerim nobilissima civitas. Obsessi verum omnium inopia laborabant, ac vix mœnibus hostilem vim propulsabant. Joanna puella, amorum octodecim aut circiter, rebus saluti fuit. Domremeii, nata, qui pagus in agro Tullensi apud Leucos est, patre Jacobo Darcio, matre Ysabella, atque a prima ætate paternas oves pascere solita. Veniens in castra Gallica, divino se monitu missam ait ad Aureliam periculo et Galliam liberandam Anglorum imperio. Variis et multis interrogationibus versata, ubi fides ab Rege et proceribus est habita, per hostium munitiones impetu facto, auxilia et commeatum in urbem infert. Civibus cum spe defensionis crevit animus, crebrisque ex urbe irruptionibus obsessio dissipata est ad sextum Calend. junias. Circumjecta oppida recepta, levia tantummodo prælia facta, neque universi certaminis fortuna tentata : dum vincendi consuetudine Gallorum vires et animi confirmarentur. Rex gallus per medios hostes Rhemos (quod factum non erat) ad sacrum Chrisma regnique insigne suscipiendum abiit : auctor consilii Puella. Sic augustior suis, hosti formidolosior est factus. Multis receptis urbibus, Lutetia tentata capi non potuit, quin ad D. Honorati portam Puellæ vulnus inflictum est. Belli impetus versus alio. Compendium obsidebatur ab Anglis. Puella successu fidentior animo, suorum cuneo facto in urbem irrumpit. Sed fortuna tandem in medio cursu deserente, eruptione facta, in potestate hostium redacta, Rhotomagi magicæ superstitionis rea, causa dicta, igne combusta est. 340Petrus Cauchonius, Bellovacorum pontifex, præcipuus concitator, nemine pro captiva contradicere auso, tametsi plerisque persuasum erat virginem injuria fuisse damnatam, æternum Galliæ decus, omnibus seculis nobile, uti dati in causa judices a Calixto romano pontifice pronuntiaverunt. Quæ acta in scrinio summi Templi Lutetiæ cum fide servantur. Ænea virginis statua, armati militis habitu, in medio Aureliæ ponte cernitur, accepti beneficii monumentum45.

XV.
Martin Delrio.

Martin Delrio46, jésuite flamand, livre quatriesme, chapitre premier, Des enquestes contre les sorciers, question troisiesme, section sixiesme, conclut que la Pucelle estoit envoyée de Dieu, attendu que tout ce qu’elle a prédit est arrivé.

Hinc probantur, dit-il, divinæ fuisse revelationes Johannæ illius virginis Lotharingiæ, quæ dicta Gallis la Pucelle Jeanne. Quæ Carolum VII, Francorum regem, in regnum unde Anglorum fuerat armis dejectus restituit, circiter annum millesimum quadringentesimum vigesimum octavum. Quam pari invidia, crudelitate, calumnia et injustitia, sæpe ab illa victi profligatique Angli, cum in pugna vivam cepissent, flammis feralibus quasi maleficam combusserunt. Sed postmodum, anno 1456, Calixtus, romanus pontifex, aut juxta alios Pius II, causæ cognitionem archiepiscopo Rhemensi Joanni et Guglielmo Parisiensi delegavit. Hi vero innumeris testibus, omni exceptione majoribus, de innocentia, modestia, castitate et religione Johannæ auditis, innocentiam et sententiæ illius injustitiam declararunt. Judicii acta Parisiis asservari ea in urbe natus Papyrius Massonus testatur, idque apud Victorinos canonicos regulares, 341juxta Belleforestum in vita Caroli VII. Favent eisdem, non Franci modo scriptores, quos ut suspectos Britanni recipiunt, sed et alienigenæ, itali Græcique, sed et Belga Meyerus, lib. 16 Annalium Flandriæ, parum alias in Francos benignus, et Hispanus Mariana, de rebus Hispanicis, libro vigesimo.

XVI.
Jean Candela.

Adjoustons à Delrio, Joannes Candela, de la mesme société, au discours treiziesme, chapitre II, de felicitale et bono statu virginitatis, où il appelle notre Pucelle Amazonem Gallicam, et ideo ad restituendum Gallicum regnum fuisse electam, quod virgo castissima esset.

342Chapitre II
[Éloges tirés des jurisconsultes.]

I.
[Des jurisconsultes citez par Jean Hordal.]

Jean Hordal, après les théologiens, réduit par inventaire tous les jurisconsultes qui ont parlé avec honneur de nostre Pucelle, comme Guido Papa47 président du parlement de Grenoble, en la quatre-vingt-quatriesme question de ses Décisions.

Eo anno quo doctoratus gradum consequutus est, asserit se vidisse Puellam Joannam nuncupatam, quæ inspiratione divina arma assumens bellica, anno Domini 1429 restauravit regnum Franciæ, Anglicos a regno expellendo vi armata, et præfatum Carolum ad regnum suum Franciæ restituendo : quæ Puella regnavit tribus aut quatuor annis.

Hordal allègue après Boerius, président au parlement de Bordeaux, au traité de seditiosis, numéro 59, paragraphe 7, de conuetudine feudi, où il dit :

Puellam tempore Caroli VII regis Francorum, purgasse Franciam Anglis.

Guillaume Bénédict, conseiller au parlement de Toulouse, in repetitione capitis ; — Raynutius, in verbo duas habens filias, et in verbo, mortuo itaque testatore ; et de testamentis. Lequel en outre allègue et approuve ce que Gaguin a escrit en son histoire des faits héroïques de nostre Pucelle.

343André Tiragueau, conseiller au parlement de Paris, au livre troisiesme Des lois conjugales, nombre 64 :

Joannam puellam omnibus seculis admirandam prædicat.

Vincent Sigaut au traité qu’il a composé De factis principum :

Quid de virgine vocata Jeanne la Pucelle divinitus transmissa, dicemus ? Divina fuerunt ejus exercitia, et voluit ipse Deus vincere Anglicos per femellam cum de femella ageretur.

[Le mesme Hordal] produit encore Barthelemy Chassanæus en la seconde partie du livre Catalogi gloriæ mundi, consideratione octava ;

Charles de Prassalio, livre premier des Régales, chap. VII ;

Maistre Cosme Puisinier, in glossa Pragmaticæ sanctionis in proemio verbo gratia Dei ;

Papon, au commencement du troisiesme tome de ses Notaires ;

Neviranus Astensis, jurisconsulte italien, livre quatriesme Sylva nuptialis ;

Franciscus Polletus, jurisconsulte Duacensis, libro 2 historiæ fori romani ;

Petrus Gregorius, libro 34, cap. 24 Syntagmatis juris universi, et capite undecimo libri septimi, de Republica.

II.
Estienne Forcadel.

Quant à Etienne Forcadel48, professeur en droit à Toulouse, voici comment cet auteur parle de la Pucelle, livre septiesme de Gallorum imperio et philosophia ;

Superest feminei decoris propugnatrix Johanna Gallica, vel Anglorum annalibus, mirum in modum sed non pro meritis laudata, et quam Martem muliebrem dicere jure possimus, 344atque rebus magnifice gestis, præferre Telesillæ quæ Argivorum a Cleomene Laconum rege afflictorum muros tutata est, sui sexus freta præsidio, præsenti animo hostium impressionem sustinens, nec bellicis exterrita clamoribus (Pausanias in Corinthiacis). Atqui Johanna non modo murorum secura ambitu Anglos profligavit quoad vixit, sed patenti planitie crebrius tunc maxime subveniens, quum deploratæ viderentur res Francorum. interim Anglicæ fortunæ plane cedentes, postquam ad ipsius curam Caroli VII regis, boni magis quam felicis, spectare tuitio inceperat. Namque Henricus V Anglus Gallicos agros, viros et oppida late possidebat, coque angustiarum Carolum perduxerat, ut inter jocos Bituricum regem ipsum appellitare non erubesceret : quia Gallus tantisper fortunæ impetum defervescere sperans, Bituriges tanquam arcem tutissimam elegerat : ob unam causam bello potitus, quod Normaniam et Aquitaniam cum Andibus concedere recusasset Anglo qui legatos miserat olim inclyto Carolo VI, patriæ et septimi hujus parenti amabili, etc. Nihil vero, si singula percurras, tam firmavit vacillantem Galliam quam adventus Johannæ Puellæ fatidicæ, anno salutis 1428. Ex Lotharingia Galliæ suburbana oriunda, vel ex Vaucolore Barrensis ditionis, nisi cœlestem civem malis conficere, quippe cum supra humanam virtutem, nedum sexum, sese bellicis factis dictisque sapientissimis extulerit, putasses spartanam virginem disciplina virili imbutam, aut Camillam alteram, etiam frustra petita nuptiis juvenum eximiorum, et virginitatis non minus anxia custos quam fertur Diana extitisse.

Johanna bono Francorum a Deo edita, nihil prius habuit quam Carolum regem adire, mirantem Parisienses aliosque nobiles viros Anglorum imperium ferre didicisse, qui antea nec mores quidem ferre poterant. Cumque impune parvo comitatu, etiam per hostiles terras ad Regem pervenisset, annos nata circiter viginti, facie non invenusta, vigore oculorum animique pari, ipsum inter aulicos amictu pretiosiore fulgentes et dissimulata majestate, ac fere cum regni statu mœsto cognovit, salutavit venerabunda et colloquium salutare petiit, etc. At quia Johanna deligens in cœtu procerum 345regem minime errasset, id in religione versum est præsentibus, factumque lubentius ut Puella remotis arbitris in regis colloquium veniret admoneretque futurorum, ac prædiceret se adjutrice fore ut Angli a Francia abigerentur quæ victoribus passim arma magis quam animos cesserat. Specimen suarum virium et virtutis præbuit Johanna quum ausa est Aurelianum oppidum longæ obsidionis tædio pressum, commeatu importato juvare, Anglis prospectantibus et muliebri terrore percitis, ac mirantibus in muliere virilem audaciam felicitati conjunctam, maxime trajecto flumine cum lectissimis auxiliarium quibus nota vada, vel utribus tenui tabulato subjectis, etc.

J’omets le reste du discours de Forcadel pour ce qu’en plusieurs choses il est trop hyperbolique et peu conforme à l’histoire. Une seule chose me semble remarquable : c’est qu’il asseure que Talbot, généreux capitaine Anglois, ne fut onques d’advis que les Anglois souillassent leurs mains du sang de cette fille, disant que cela tourneroit autant à leur déshonneur que d’avoir fuy devant elle à la guerre ; et que les autres seigneurs anglois résistèrent à Talbot, maintenant qu’elle estoit sorcière, etc. Allègue encore que la Pucelle mourant laissa par testament aux François un grand dueil, mais suivi d’une très grande prospérité, comme il est véritable.

II.
René Chopin. — Estienne Pasquier. — Henri Kormannus.

Le lecteur pourra voir aussi René Chopin, livre premier De jurisdictione Andegavensi, cap. 79 ; semblablement Estienne Pasquier, livre cinquiesme, chapitre huitiesme de ses Recherches49.

346Henricus Kormannus50 ex Kircharna Chartorum, jurisconsultus Germaniæ, libro de miraculus mrorum, seu de varia natura, variis singularitalis proprietalibus, facultatibus et signis hominum vivorum, après le milieu du livre, propose un exemple de la Pucelle d’Orléans en ces termes :

Elisabeth Darc, Lotharinga femina, ex pago Vaucouleur, prægnans de Johanna puella d’Orléans, somniavit se parere grande tonitru. Postea accidit quod et voluntate divina subsidio venerit Aurelianensibus, et pulsaverit Anglos de Francia miraculose, ut refert Baptista Fulgosius.

Et le mesme auteur, au livre inscrit Sibylla trygandriana seu de virginitate, statu et jure, cap. quadragesimo primo, Num virgo possit esse miles armatus :

Johanna illa virgo Lotharingica, vulgo dicta Pucelle d’Orléans, quæ inspiratione divina arma bellica assumens, anno Domini 1430 restauravit regnum Franciæ, Anglicos regno expellendo vi armata, et regem Carolum ad suum regnum Franciæ restituendo. Quæ Puella regnavit tribus vel quatuor annis. Quam vidisse D. Guido Papa affirmat, et Aureliis in ponte statuam meruit quam ipsemet vidi. Testantur de ea historiæ et judicia sub titulo Sibylla francica. Tandem forte in manus hostium pervenit, qui fortitudinem ejus divinam magicis artibus attribuentes, atrocissimo crudelitatis exemplo, eam concremarunt. Sed e rescripto Calixti Papæ, causæ cognitores constituti, Joannes archiepiscopus Rhemensis, et Gulielmus Parisiensis, innumeros testes, omni exceptione majores, super ejus sapientia, modestia, innocentia, castitate et religione examinarunt, eamque innocentissimam compererunt ac pronuntiarunt, actaque adhuc servantur in scrinio Parisiensis ecclesiæ, quod Papyrius Massonus testatur. Plura de ea egi in opere de miraculis mortuorum, quo benevolum relego lectorem.

Le mesme auteur, au livre susdit de miraculis mortuorum, parte tertia, capite 39, de corde Joannæ virginis non exusto, après avoir allégué ce que dessus, adjouste de surcroît 347que cette fille fust bruslée par les Anglois,

… non sine ingenti tum universæ Galliæ luctu, tum Anglorum solatio atque adeo exitio. Neque enim post tam iniquum de innocenti capite judicium res illis in Gallia ex animi sententia cessere : paulatim agitati, divexati, tandem etiam Galliæ finibus exacti, in suam regionem crudelitatis pœnam luentes concessere. Nec leviore Dei vindicta cum iis qui conscii et actores tam iniquæ sententiæ superfuerant actum est : qui miserando omnes vitæ exitu, etiam Ludovico XI regnante, ceciderunt : qua de re extant hi Valerani versus, etc. Et quod vulgi superat fidem, cum jam cadavere depastus esset rogus, integrum Puellæ cor atque illibatum inventum ab eodem Valerano, parisiensi theologo, bis verbis traditur, etc.

Cet auteur asseure avoir vu la croix que Charles VII fit dresser sur le pont d’Orléans, avec sa statue et celle de la Pucelle en bronze, et allègue infinis auteurs qui ont parlé des faits héroïques de cette vierge : lesquels nous produisons en ce livre, outre plusieurs autres desquels ni lui, ni Hordal n’ont fait aucune mention. Pour les vers de Valeran qu’il cite, nous en parlerons en son lieu.

348Chapitre III
[Éloges tirés des médecins.]

I.
S. Camperius.

Symphorianus Camperius, libro de genealogia regum Franciæ et in tractatu tertio trophæi Gallorum, et in parallelia heroum Gallice, hæc scribit :

Afflictis Caroli VII rebus, ex oppido Valcolore Puella circiter annorum viginti, cœlesti voce monita, Regem adiit, armisque virilibus instructa, militis obivit munus. Ejus auspiciis et ductu, Aurelianensis urbs ab Anglorum obsidione eximitur et aliquibus in locis prospere pugnatum est. In Gallia quoque Belgica pleræque civitates et in iis præcipua Rhemensis ubi Carolus more majorum unctus oleo sacro regium capitis decus accepit. Interim Puella dum Gallis obsessis apud Compendium subsidio venisset, eruptioneque facta. in oppidum se reciperet, insidiis excepta venit in hostium potestatem, quam Joannes Luxemburgus Anglis ut ancillam vendidit. Illi Rhotomagum deductam ultimo supplicio afficiunt, adjecta causa quod mulier, oblita sui sexus, habitum viri sumpsisset.

II.
Cardan.

Hiérosme Cardan51, livre huitiesme, chapitre quarante troisiesme, De rerum varietate :

349Major videtur de Joanna Gallica, quæ supra sexum fortis, supra ætatem prudens, supra corporis habitum robusta, docuit Gallos vincere Britannos, victoriis alacres repulit ac demum Galliam servitute liberavit. Digna res quæ perpetuis monumentis conservaretur, seu miraculi vice, seu sine miraculo admiratione majore digna fuerit. Hanc tamen, cum incidisset in hostium manus, spatium paucorum mensium, mentita prægnatione, constat impetrasse : inde cremata publico judicio. Quæ si divino numine adjuta fuit, cur capta ? si non, quomodo tanta virgo peregit ? Denique, si magicis artibus supra vires humanas potuit, cur capta non evasit ? si absque…, cur damnata ? Quamobrem non omnino fabulosam Camillæ historiam quis dicat.

Au reste nous avons deux choses à remarquer en l’opinion de Cardan. La première qu’il escrit la Pucelle avoir feint d’estre grosse pour prolonger de quelques mois sa vie ; imposture inventée par les Anglois, rédigée en leur histoire par Polydore Virgile qui escrivoit à leurs gages ; et est clairement confutée par les actes du procez qu’ils ont fait à cette fille, auquel il n’y apparoist rien, non pas mesme aucune ombre de soupçon de tout cela ni de chose qui en approche. Car en l’espace de sept jours, ils ont donné deux sentences contre la Pucelle, l’une par laquelle elle fut condamnée à se rétracter52 l’autre par laquelle elle fut livrée au bras séculier et bruslée.

Or, l’autre point notable est que Cardan s’esbahit, si la Pucelle estoit envoyée de Dieu, pourquoy elle fut prise ? Si elle n’estoit pas envoyée de Dieu, comment se peut-il faire qu’estant vierge, elle aye exploitée tant de choses admirables ? Que si elle estoit magicienne, ainsi que les Anglois ont voulu persuader, comment a-t-elle pu faire choses surpassant les forces humaines, et pourquoy ne s’est-elle point pareillement sauvée de prison ? Et si elle n’estoit pas magicienne, pourquoy a-t-elle esté condamnée comme telle ? De vérité voilà des questions problématiques qui receoivent quelque difficulté 350entre ceux qui ne sont pas versez en la lecture des Escritures saintes, lesquelles nous apprennent que les prophètes, apostres et autres serviteurs de Dieu, envoiez pour parfaire quelques grandes merveilles aux yeux du monde, n’ont pu laisser pourtant d’estre grandement affligez, voire persécutez jusques à la mort, ainsi que nous avons montré au premier livre de cette histoire : Dieu permettant cela pour exercer et contenir en debvoir ses serviteurs, et montrer aux meschants qu’on doibt attendre une autre récompense que cette vie mortelle.

III.
Nicolas Vigner.

Nicolas Vigner53 estoit médecin de profession, mais grand, célèbre et judicieux historien, ainsi que plusieurs livres qu’il a escrit le démonstrent, et principalement la Bibliothèque historiale divisée en trois tomes, au dernier desquels il descrit véritablement l’histoire de la Pucelle. Et quand à ce que les Anglois et autres ont faulsement publié d’elle, il confute leurs calomnies par puissantes raisons convenables à l’histoire en cette manière :

Quand, dit-il cette fille auroit esté telle que les Anglois l’ont voulu despeindre à sa mort, sçavoir comme sorcière, usant d’impostures, etc., si est-ce que c’est chose prodigieuse et non ouye en aucun siècle précédent, qu’une jeune pucelle nourrie seulement à garder les brebis, soit devenue en un instant adroite à manier les armes et chevaux, et à faire office non seulement de sage capitaine, mais aussi de vaillant combattant. Mais quant à ceux qui ont estimé qu’il y a eu en son fait plus de ruse, d’imposture et de superstition que de miracle ou de vérité, mesmement qu’aucuns d’eux, comme le seigneur 351 Du Bellay, en son livre de l’art militaire, a osé dire que ce fut un vaillant capitaine ainsi attitré par le Conseil du Roy pour faire revenir le courage failli au François, d’autres que ce fut la garce du Bastard d’Orléans ou du sieur de Baudricour mareschal de France, qui l’avoient instruite deux ou trois mois devant la délivrance d’Orléans de tout ce qu’elle debvoit respondre aux demandes qui lui seroient faites, quand on l’amènerait devant le Roy ; je suis, par trop d’argumens et de tesmoignages, contraint de reporter l’une et l’autre de ces opinions. Entre lesquels tesmoignages on en peut proposer trois assez suffisans pour convaincre le plus opiniastre du monde qui ne seroit totalement privé de jugement naturel, l’un pris de la mort d’icelle qui a pu faire cognoistre aux Anglois s’ils ont fait brusler un homme pour une fille : d’autant mesmement que c’étoit leur intention de faire perdre l’opinion que les François avoient que Dieu les vouloit miraculeusement délivrer. Les deux autres tesmoignages sont pris du procez que les juges lui firent à Rouen, procez qui se voit encore entre les mains de plusieurs, et de l’épitre que le duc de Bethford fit publier, où il déclare les cas et crimes pour lesquels elle fut trouvée digne de la mort qu’on lui avoit fait endurer, selon qu’Enguerran de Monstrelet l’a insérée dans son histoire. Lesquels tesmoignages semblent la justifier assez évidemment de cette macule d’impudicité qu’on lui a imposée, ne déclarans point qu’elle aye esté trouvée atteinte ni taschée : au contraire, on sçait qu’elle fut diligemment visitée et trouvée vierge. Ce qui eust autant servi à leur cause et qu’ils eussent pu aussi facilement extorquer de sa bouche, que d’autres crimes beaucoup plus griefs qu’ils lui firent, à leur dire, confesser par la question et torture. Joint que l’apologue du chat transmué en fille, qui est en Esope, nous déclare qu’il est imposible qu’une p… eust pu si longtemps jouer le personnage que Jeanne joua devant un Roy et aux yeux de toute sa cour, de tant d’armées, de tant de peuples sans se faire cognoistre, ni se montrer si adroite et courageuse aux assauts, alarmes, rencontres, escarmouches, et à tous exploits, exercices et pratiques de guerre, comme tous les historiens de ce temps qui ont eu occasion 352de parler d’elle, tant amis qu’ennemis ou estrangers, ont unanimement confessé qu’elle fit, sans que la blessure qu’elle receut à l’alarme qu’elle donna à la ville de Paris ; et sa prise par les Bourguignons à Compiègne déclare clairement que ce n’estoit ni phantosme, ni ruse, ni imposture que d’elle. Par quoy, comme je n’estime pas vice de crédulité ni de niaiserie de croire que miracles et merveilles extraordinaires se peuvent vrayment faire tant en vraye qu’en fausse religion : comme ainsi soit que Dieu par ses conseils incompréhensibles baille vertu souvente fois au diable mesme de faire ses miracles avec efficace d’erreur, aussi je n’auroi point de honte de tenir pour histoire ce que tant de bons historiens ont escrit de cette pucelle Jeanne, jusques à ce que ceux qui en voudront faire un miracle aposté ou attitré, nous ayent rendu plus grande preuve de leur dire par argumens, raisons et tesmoignages qu’ils n’ont fait jusques icy. Tous les exploits que nous venons de réciter, avec le siège d’Orléans, sont amplement descrits en un traité qui en fut lors fait, qui s’est trouvé en la maison de ville d’Orléans, par homme qui estoit audit siège et raconte par le menu tout ce qui s’y fit.

La raison de Vigner est puissante en matière d’histoire laquelle doibt rendre fidèle tesmoignage des temps. Et comme ainsi ce seroit un argument d’un esprit mal fait lequel après tant d’historiens qui nous ont descrit l’histoire de Pompée et de César, pour exemple, voudroit néantmoins la contredire et l’accuser de faulseté ; semblablement, c’est une grande témérité et impertinence de contredire et oppugner la vérité des faits de nostre Pucelle après tant de tesmoins et historiens irréprochables, et de feindre des fables et contes faits à plaisir d’elle sans aucun fondement, apparence de raison ni tesmoignage quelconque. Et à propos de ces gens qui font des contes à plaisir de nostre Pucelle, M. Estienne Pasquier en a composé un bel épigramme qui se voit au sixiesme livre de ses épigrammes que nous enchâsserons en son livre.

Jana vocor, Gallo numen, Medaea Britannis,

His meretrix, aliis fabula cauta Numæ ;

353Viva ego quæ laceri stabilivi mœnia regni

Hei, mihi ! pro meritis mortua nunc laceror.

Le mesme Vigner a pareillement fait mention de la Pucelle au Chronicon latin rerum Burgundionum et en son Histoire des Roys de France.

354Chapitre IV
[Éloges tirés des historiens.]

I.
François Philelphe.

Nous commencerons par les auteurs ou historiens qui ont vescu au règne de Charles VII, auquel Franciscus Philelphus54 italien, a escrit une épitre sur les faits héroïques de nostre Pucelle, qui est la dernière du huitiesme livre : dont ensuit la teneur.

Dolendum profecto erat bonis omnibus, Rex Carole, quod christianissimum genus hominum te rege pientissimo tam diu, tam graviter, tanta malorum mole premeretur. At ego cum meipsum colligo, et mente diligentius rem voluto, facile videor intelligere id quodam divino consilio factum esse. Ostendere Deus voluit, ut opinor, nullam esse humanam potentiam quæ propriis consiliis atque adminiculis, aut perpetua esse possit, aut diuturna si divino præsidio careat. Quam ob rem idcirco paululum veluti a Francis recedere visus est, quo et per fidelissimi populi flagella, infidelibus cunctis minitaretur interitum, et cum te Francis venerabiliorem, tum universis tuis hostibus formidabiliorem efficeret. Tua certe pietate et divina quadam ope et auxilio factum est ut eos omnes qui perinde atque stulti et amentes a te defecerant, ad sanitatem tua cum gloria videas rediisse, Deo ipso duce, imperatore vexillifero. Non modo patrium et avitum regnum cum immortalitatis nomine recuperasti, sed longe id admodum 355amplificasti, stabilisti, ornasti ; nam si magna res est ferocissimos Anglorum impetus sustinere, quanto major censeri debet Anglos superare, prosternere, interimere. Has autem tales tantasque victorias, in rebus præsertim desperatis et perditis existimare debes, neque tuis, neque ullis humanis opibus adeptum, sed divina potius quadam mente, quæ christianæ suæque Reipublicæ diuturna ægrotatione morboque confectæ, tuo felicissimo ductu, tuis secundissimis auspiciis, jam tandem succurrere mederique constituit.

Et il conclut ainsi son Epistre :

Ut reliquis christianis principibus ac regibus dignitate præstas, ita tibi omni ope atque opéra studendum est ut absolutissima virtute his omnibus et vera gloria sis superior. Vicisti Anglos, recuperasti patriam, etc. Et pulchrum id certe fuit ac laudabile : justitiæ enim munus in teipsum tuosque constituisti, etc.

Mais peut-il se rapporter rien de plus glorieux pour la Pucelle que cette clause, sçavoir que les furieux qui s’estoient retirez de l’obéissance du Roy ont recognu leur faute, à la gloire du Roy, ayant Dieu non seulement pour guide et conduite, mais aussi pour général de ses armées, voire lui-mesme portant l’enseigne : qui est une description des gestes de nostre Pucelle. Davantage : cet auteur remarque que Dieu sembloit s’estre pour quelque temps retiré et eslongné des François, afin que par leur affliction il instruisist les meschants et montrast leur ruine toute certaine, au cas qu’ils ne fassent pénitence, car, dit saint Paul, Dieu chastie ceux qu’il aime (Hébreux, 12), ainsi que nous voyons qu’il a souvent affligé le peuple d’Israël qu’il avoit esleu entre toutes les autres nations du monde.

II.
Enguerrand de Monstrelet.

Enguerrand de Monstrelet55, quoyque fort partial pour le duc de Bourgogne, toutesfois a escrit avec honneur de la Pucelle 356au second volume de son histoire, et ce durant le règne de Charles VII. Nous représenterons par sommaire ce qu’il en dit, et par ses propres termes.

Que Robert de Baudricourt, capitaine de Vaucouleur pour le Roy, lui bailla chevaux et quatre ou six compagnons pour la mener au Roy. Qu’elle se disoit estre inspirée de la grâce divine, et qu’elle estoit envoyée devers le Roy pour le remettre en la possession de son royaume dont il estoit deschassé et débouté à tout, et estoit en assez pauvre estat. Par plusieurs fois elle admonestoit le Roy qu’il lui baillast gens et ayde et reboutteroit ses ennemis et exauceroit sa seigneurie. Le roy et son Conseil n’adjoutoient point grand foy à elle ni à chose qu’elle sceust dire, et la tenoit-on comme une folle dévoyée de sa santé. Car à si grands princes et autres nobles hommes telles ou pareilles paroles sont moult doutables et périlleuses à croire, tant pour l’ire de Nostre-Seigneur principalement, comme pour le blasphème qu’on pourroit avoir des parlers du monde. Néantmoins après qu’elle eust esté en l’estat que dit est un espace, elle fut aydée et lui furent baillez gens et habillemens de guerre, et esleva un estendart où elle fit peindre la représentation de nostre Créateur. Si estoient toutes ses paroles du nom de Dieu : pour quoy grand partie de ceux qui la voyoient et oyoient parler, avoient grand credence qu’elle fust inspirée de Dieu comme elle se disoit estre. Et fut par plusieurs fois examinée de notables clercs et autres sages hommes de grande authorité, afin de sçavoir plus au plain son intention. Mais tousjours elle se tenoit à son propos, disant que si le Roy la vouloit croire, elle le remettroit en sa seigneurie. Et depuis ce temps fit aucunes besongnes dont elle acquit grande renommée : de quelles sera cy après déclaré. Le Roy alla à Poictiers et icelle Pucelle avec lui, etc.

Il décrit après ce qui se passa pour secourir la ville d’Orléans d’hommes et de vivres sous la conduite de la Pucelle, et comme elle fit donner l’assaut aux bastilles de saint Loup, des Augustins et des Tournelles, qui furent prises, démolies et embrasées : et que de morts et de prisonniers les Anglois y perdirent de six à huit mille combattans, et les Francois 357n’y perdirent qu’environ cent hommes de tous estats. Que à tous les conseils que tenoient les gens de guerre, la Pucelle estoit tousjours la première appelée et estoit en grand règne : qu’à tous les assauts, charges et rencontres elle estoit tousjours au front devant les autres gens de guerre, atout son estendart ; et par toutes les marches de là environ n’estoit plus grand bruit ni renommée comme il estoit d’elle, et de nul autre homme de guerre. Que la deffaite des Anglois à Patay, la Pucelle y acquit si grand louange et renommée, qu’il sembloit à toutes gens que les ennemis du Roy n’eussent plus puissance de résister contre elle, et que brief par son moyen le Roy deubst estre remis et restabli du tout en son royaume. Que messire Jean Fascot, un des principaux capitaines Anglois, ayant pris la fuite à la journée de Patay sans coup férir, fut accusé de lascheté par sire Jean Talbot devant le duc de Bethford, et pour cette occasion fut privé de l’ordre du blanc Jarretière.

Descrit après le voyage du Roy à Rheims, et comme partout où il passoit les villes se rendoient à son obéissance. Que, pour cette cause, le duc de Bethford envoya au Roy un héraut avec lettre de deffi pour combattre armée contre armée ou entendre quelque traité de paix : lui reprochant qu’il s’aydoit de gens superstitieux et réprouvez, comme d’une femme désordonnée et diffamée, estant en habit d’homme et gouvernement dissolu ; et aussi d’un frère mendiant, apostat et séditieux, tous deux selon la sainte Escriture abominables à Dieu : qu’il avoit occupé plusieurs villes et chasteaux tant en Champagne qu’ailleurs, par force d’armes, appartenans au Roy de France et d’Angleterre, etc. ; avoit fait tuer le duc de Bourgogne à Montereau-faut-Yonne, faussant sa foy et son serment, etc.

Par lesquelles lettres le duc de Bethford avoit plus tost intention de conserver sa renommée parmi les peuples qui obéissoient au Roy d’Angleterre, que de hazarder en une bataille tout l’estat de son pupil. Car pour lors toutes les villes situées sur la rivière de Somme, Corbie, Amiens, Abbeville, Saint-Quentin, etc., ne cherchoient que l’occasion de se mettre en l’obéissance du Roy, s’il eust avancé de ce costé-là, 358ainsi que Monstrelet tesmoigne. Et dit que le duc de Bourgogne y envoya pour les retenir en debvoir,

… et que les Parisiens sçachans combien ils avoient offensé le Roy, l’ayans chassé de la ville, et mis à mort plusieurs de ses serviteur ; que le voyans approcher de la ville pour y donner un assaut, estimans qu’il les vouloit entièrement destruire, qu’ils promirent de résister de toute leur puissance jusques à la mort.

Que le duc de Bourgogne leur avoit envoyé pour les secourir les sieurs de Créquy, de l’Isle-Adam, messires Simon de Lalain, de Bonneval avec quatre cens combattans ; que la Pucelle fut fort blessée à cet assaut, et que tout le jour demeura aux fossez derrière un dos d’asne jusques à vespres : à laquelle il impute la prise et la mort de Franquet d’Arras, fort regretté des Bourguignons, etc.

Quant à la prise de la Pucelle devant Compiègne, raconte

… que ce fut la veille de l’Ascension qu’elle fit sa sortie, assistée de Poton le Bourguignon et de cinq à six cens combattans, et qu’elle s’estant mise sur le derrière pour faire retirer ses gens et les ramener sans perte, elle fut ruée jus de son cheval par un archer auprès duquel estoit le bastard de Wandonne à qui elle se rendit et donna sa foy ; qu’avec elle fut pris Poton le Bourguignon et quelque peu d’autres ; et fut menée prisonnière à Margny. De quoy tous les Anglois et Bourguignons firent une grande joye, plus que s’ils eussent pris cinq cens des plus vaillans chevaliers ; car ils ne craignoient ni redouboient nul capitaine ni autre chef de guerre, tant comme ils avoient fait la Pucelle à ce jour. Et le duc de Bourgogne partit de Coudun où il estoit logé pour la venir voir où elle estoit, et parla à elle, présent Monstrelet, ainsi qu’il asseure ; et fut mise en la garde de messire Jean de Luxembourg qui l’envoya sous bonne garde au chasteau de Beaulieu et de là à Beaurevoir.

Par ce discours nous apprenons qu’il y avoit deux Poton au service du Roy, l’un que Monstrelet appelle toujours Poton de Sainte-Traille, qui est ce brave guerrier duquel nos histoires font souventefois mention, et quelque temps après fut fait prisonnier des Anglois. Il a esté grand écuyer de France : c’estoit le compagnon de La Hire en fait d’armes. L’autre 359Poton estoit Bourguignon et fut pris avec la Pucelle. Ce qui a donné subject à Meyer et à quelques autres historiens d’escrire que Poton de Santrailles estoit avec la Pucelle quand elle fut prise à Compiègne, qui est une équivoque. Au surplus, le siège de Compiègne fut levé sur la fin du mois d’octobre, et la grande bastille des Bourguignons assaillie et démolie par le grand Poton, et les François donnèrent la chasse aux Anglois et Bourguignons sous la conduite du duc de Vendosme et du mareschal de Boussac, etc.

Pour le regard de la sentence et exéquution de mort contre la Pucelle, Monstrelet asseure que le Roy d’Angleterre par lettres expresses la fit sçavoir au duc de Bourgogne, afin que cette exéquution, tant par lui que par les autres princes, fust publiée en plusieurs lieux, et que leurs gens et subjects n’eussent d’ores en avant plus de créance en tels ou semblables erreurs qui avoient régné par l’occasion de la Pucelle. Lesdites lettres sont tout au long registrées par Monstrelet et sont les mesmes que l’on voit à la fin du procez de la Pucelle, et n’y a aucune différence sinon au commencement et à l’inscription des susdites lettres. Celles du duc de Bourgogne commencent ainsi :

Très chier et très aymé oncle : La fervente dilection que sçavons vous avoir comme vray catholique à notre mère sainte Église et à l’exaltation de nostre sainte foy, raisonnablement nous exhorte et nous admoneste de vous signifier et escrire, etc.56

J’oubliois de remarquer que le mendiant duquel est fait mention aux lettres de deffi que le duc de Bethford envoya au Roy, est frère Roch Richard, cordelier, duquel a esté parlé au premier et second livre de cette histoire. N’est-ce pas merveille que pendant qu’il tenoit leur parti, ils l’adoroient, et qu’ayant pris celui du Roy, ils l’appellent apostat et séditieux ? M. Estienne Pasquier, au cinquiesme livre de ses Recherches, chapitre trente-sept, raconte avoir vu une chronique escrite à la main, portant

… que l’an 1429 il prescha le jour de saint Marc ; qu’on alla en procession de Paris 360à Notre-Dame de Boulogne, où il se trouva une très grande affluence du peuple, hommes et femmes, lesquels il excita tellement à dévotion, que retournez qu’ils furent à Paris, en moins de trois ou quatre heures ils allumèrent par les rues plus de cent feux èsquels ils brusloient tables et tabliers, cartes, billes, billards, et les femmes tous leurs atours de testes, quittoient leurs cornes, queues et toute sortes de pompes, etc.

III.
B. Fulgose. — L. Chalcondyle. — M. A. Coccius. — R. Gaguin. — J. Nauclerus.

Baptista Fulgosius57, duc de Gênes, au troisiesme livre dictorum factorumque memorabilium, cap. XI.

Johanna, dit-il, non tutata est solum Galliam, verum etiam ex Britannorum manibus recepit diu ante a Britannis oppressam. Regnante enim Carolo VII, cum Parisiorum urbem magnamque regni partem Britanni possiderent, Joanna Jacobo Darco patre orta in Lotharingorum pago, qui Dompremium dicitur, cum nondum quindecim annum superasset, propter admirandas visiones fatidica putabatur. A Carolo igitur Lotharingorum principe ad Robertum Baudricurtium in Vallicolore militarem Gallorum ducem, et ab ipso ad Carolum VII regem in Gallia designatum missa fuit. Huic cum large victoriam polliceretur, non ante fides habita fuit, quam experientia in multis quæ futura prædicebat verax inventa est. Ita fidem adepta, delatam tandem Gallici exercitus summam atque imperium suscepit. Armata igitur 361 atque ingenti equo insidens, cum voce gestuque a vero militari duce non abesset, ingenti animo Aurelianam urbem arcta obsidione ab Anglis oppressam liberavit. Ubi pugnando vulnus in humero accepit. Nec vero armorum fragor, effusus in prælia sanguis, et varia mortis genera quibus cadere in prælio pugnantes intuebatur, virginis animum terruerunt, sed ceu efferata anima, et ducis et militis munia implevit. Inde exercitu ad Trecas perducto, urbem eam contra omnium sententiam adorta cepit. Carolum VII qui designatus rex erat, diademate ut moris erat Rhemis insigniri ut regem jussit, salutisque anno quadringentesimo vigesimo nono supra mille, cum Parisiorum urbem oppugnaret, inter primos milites in muros ascendit, neque quanquam crure sagitta trajecto, ab incepto destitit, tantumque formidinis de se Britannorum animis injecit, ut quemadmodum ante Britannorum Galli conspectum non sustinebant, ita postea Puellam Britanni ferre non possent.

Léonic Chalcondyle58, grec, natif d’Athènes, qui vivait au siècle de Charles VII, au second livre Des affaires et progrès des Turcs, discourt en ces termes de notre Pucelle :

Erat forma haud illiberali, quæ dicebat sibi cum Deo esse colloquium. Hæc regebat Gallos qui ipsam sequebantur. Mulier autem cum foret militiæ dux, indicabat numinis auspicio se scire Britannos cum exercitu accedere. Commissa tandem pugna, cum Angli victoriam non essent adepti, in castra se receperunt. Postero die, freti Angli quod mulier Gallorum exercitum ductaret, prælii potestatem faciunt fugatique sunt in eo prælio : et Galli, cum recepissent animos, jamque famam fortitudinis collegissent, fortiter contra Britannos dimicantes, urbes suas recuperaverunt, regnumque tutati sunt. Quamvis plurimi et maximi exercitus a 362Britannia in Galliam transirent, tamen Galli semper victoriam pugnantes invenere, hostes fugere coegerunt Caletum (jusques à Calais), tandemque penitus a Gallia eos repulerunt.

Marcus Antonius Coccius Sabellicus59, libro tertio decimæ Enneadis.

In hæc tempora incidisse crediderim Joannam. Gallicæ virginis facinus illud omni ævo memorabile, cum Gallorum opes Anglicis bellis fractæ jacerent, Puella, cœlesti voce monita, ut creditur, virili habitu armisque instructa ductare cœpit exercitum. Dein cum hostibus sæpius congressa, inter primos dimicans, multo maximam Francorum regni partem ex Anglis recepit.

Robert Gaguin60 a escrit l’histoire des Roys de France en latin sous le règne de Charles VIII et Louis XII, et a vescu au siècle que vivoit la Pucelle : de laquelle il a fait une narration véritable, conforme à ce que nous avons proposé au premier livre de cette histoire. C’est pourquoy nous ne représenterons point ce qu’il en dit, car ce seroit chose inutile et superflue ; suffit seulement d’en tenir inventaire. Comme semblablement de Nicole Gilles, lequel a escrit au mesme temps en françois l’histoire de nos Roys et de tous les faits héroïques de nostre Pucelle en la vie de Charles VII où nous renvoyons le lecteur. Il est plus à propos d’alléguer tout au long les opinions des escrivains estrangers que des François, afin qu’on ne pense pas que nous voulions nous payer de nostre propre bourse.

Joannes Nauclerus61 vivoit au mesme temps que Gaguin et Nicole Gilles, et au second volume de son histoire, génération 48, il parle en ces termes de la Pucelle.

363Anno Domini 1428, venit ad regem Carolum in Franciam quædam Puella plebeia et Lotharingia quæ asseruit se missam a Deo ut per ipsam dictum regnum quo rex erat fere destitus, ad ejus obedientiam deducatur. Erat raro capite ad modum viri, et volens ad tumultus bellicos exire, vestibus et armis virilibus induebatur ; rediens autem de bello, habitum muliebrem assumpsit. Rex in tanta perturbatione faciliter credulus, marescalcum et nonnullos alios sibi adjunxit, auxilium laturus Aurelianis obsessis : ubi Puella Anglicos ab obsidione repulit, et quemdam magnum Angliæ capitaneum occidit. Aurelianis liberatis, Anglicos Franci insequuntur, duce Puella, et oppidum Gergæum capiunt, Anglos trucidant, deinde Talbotum capitaneum supremum abeuntem insequuntur, et commisso prælio, territi Anglici fugiunt ac sternuntur. Rex Carolus deinde multo nobilium et baronum comitatu stipatus, ingreditur Rhemos et illic coronatur, in regemque inungitur. Post coronationem, Soissons. Castrum Thierry, et alia loca usque ad sanctum Dionysium in Francia per Anglos occupata ad obedientiam reduxit. Nam dux de Bethfordo, pro Anglicis locumteneus, iverat Rhotomagum pro munienda Normannia. Itaque Rex etiam sanctum Dionysium recuperat, et tunc fuit læsa Puella justa Parisios. Rex deinde ibat versus Bituriges. Anno Domini 1430, obsesso Compendio capta est Puella supradicta per quemdam Picardum qui vendidit eam Anglicis, et Angli eam Rhotomagi occiderunt incineratam.

IV.
Polydore Virgile.

Polidore Virgile62, italien, a escrit l’histoire d’Angleterre, et quoy qu’il fut stipendié pour ce faire, si est-ce qu’il a rendu pour la plus part véritable tesmoignage des faits de 364nostre Pucelle, au livre vingt-troisiesme, faisant l’histoire de Henry VI roy d’Angleterre. Voici ses termes :

Dum pacificatoriis legationibus Aurelianensescum hoste agunt, Carolus copias undique arcessendas, principes Francos ab Anglorum amicitia omnibus pollicitationibus alienandos curabat. Item commeatum ad obsessos Aurelianenses mittere studio parabat, quum ad eum Puella quædam nomine Joanna, viginti circiter annos nata, ducitur. Haec ob servatam virginitatem Puella dicta, et singulari prædita animo ac fatidica, cum ad Carolum adivisset, eum primo vestitu regalem personam dissimulantem internovisse, deinde ita salutasse fertur : Bono, Rex, animo esto atque mitte timorem : vinces enim et, me duce, patriam tandem in libertatem pristinam vindicabis, si non majestate indignum arbitrabere feminæ opera, etc.

Carolus qui rebus suis jam affectis valde timebat, facile dictis credidit, in spem bonam omnino ingressus, ut qui jam tum aliquid divinitatis in mente Puellæ sibi persuadebat inesse, ex eo quod vestitu non regio indutus ab ea fuisset rex salutatus. Sed aliud fuit quamobrem in eam spem venerit. Puella enim petiit gladium quem divinitus, ut aiebat. erat facta certior in templo divinæ Catharinæ in Turonibus inter antiqua donaria pendere. Miratus Carolus gladium inquiri ac inventum protinus Puellæ afferre jussit, et periculi potius ejus virtutis faciendi causa quam quod magnopere confideret, facinus aliquod egregium a femina edi posse, armatorum manum cum parte commeatus attribuit ut obsessos sublevatum iret. Puella ita armata, dux agminis Aurelianum proficiscitur, ac sive frustrata custodes, sive numine divino tecta, noctis silentio inter tela hostium urbem ingreditur, cibariaque intulit sine ullo suorum incommodo. Angli interea qui certum habebant cives, ob rei frumentariæ inopiam, non posse diutius obsidionem ferre, 365remissius solito urgebant negligentioresque excubias ducebant. Sed ubi cognoverunt Joannam Puellam commeatum supportasse, etsi contemptui habebant feminam quæ militaria munera obiret, tamen ob missum subsidium ira accensi, acrius multo hostem premendum statuunt. Itaque duces suos cohortati, ut aliquando pro tantis laboribus fructum victoriæ caperent, iis qui primi in mœnia ascendissent præmia proponunt. Qua re pronuntiata, subito ex omnibus partibus evolant murumque complent, simul tormentis cujusque generis, simul telis hostes a defensione murorum arcentes, idque sine intermissionne faciunt. Hostes, quamvis re nova perterriti, nec tamen non deserebant, nec animos dimittebant, cum Joannes nothus per nuntios celeriter significavit civitatem inopia rei frumentariæ premi, ac usque eo hostes urgere, ut non possent vires cujusquam satis esse, atque rem denique in tali periculo versari ut brevi male casura esset, ac ne id accideret, positum in ejus diligentia atque virtute. Quibus rebus cognitis, Carolus quam celerrime potuit et subsidium et commeatus copiam misit. Exercitus Aurelianum ductus, ac castra prope ad millia passuum duo posita. Tum Franci de suo adventu Puellam quæ Aureliani erat admonent rogantque ut postero die, cum electa suorum manu, obviam veniat, seque tuto intromittendos curet. Quod ubi per Anglum fieri licuit, qui ex usu suo fore dicebat, si quam plurimum in urbe essent in qua jam fames dominaretur, postridie illius diei omnes uno momento contendentes de urbe erumpunt, proximumque propugnaculum continenti impetu petunt, quod post multam factam utriusque stragem capiunt atque incendunt. Deinde majoribus animis, aliud longe majus oppugnant. Hic, quia bene magna defensorum manus aderat, vehementius depugnatur. Francus qui numero præstabat, facta corona, undique urgebat. Anglus vitio munitionis quæ jam frangi cœperat, omnibus rebus premebatur, ægreque sustinebat : cui ita laboranti ne Talbotus quidem, qui in propinquo erat, et tertium tenebat propugnaculum, subsidio ire poterat, veritus ne, se absente, ea quoque munitio amitteretur. His igitur difficultatibus Angli aliquamdiu pressi, ad ultimum loco summoventur, qui 366facto repente cuneo ad Talbotum in tertium propugnaculum se receperunt. Talbotus, nulla facta mora, cum expedito exercitu adversus multitudinem contendit, qui non mediocri fervore illato, et suos firmavit ut sese ex magno timore colligerent, et hostes compressi adeo protinus se intra mœnia conjecerint. Cædes ab Anglo minor facta, quod munitio minus firma fuerat, in qua primum erumpentium impetum excepit. Haud ita multo post : Talbotus, convocato consilio, causas quam multas docet quamobrem obsidionem civitatis diu oppressæ, et perinde quasi ope divina defensæ, aut modis omnibus relinquendam, aut in aliud tempus rejiciendam existimet, cum meliore omine id opus tentare licuerit, ut ne tempus teratur quod hyeme jam confecta ad bellum magis necessarium eatur.

Probata non tam libenter quam necessario generatim a cunctis sententia et dato profectionis signo, Magdunum pergunt. Discessu Anglorum omnia repente apud Aurelianenses lætitia et congratulatione plena sunt, quod tantum periculum vitassent. Quare id beneficii Deo acceptum referentes, in plures dies supplicationibus decretis, orarunt ad cuncta divorum templa, communem victoriam exposcentes. Hinc projecto videamus licet, illum aliquoties minus consequi, qui plus nimio poscit. Equidem Angli vincere potuerunt, sed existimantes suæ dignitatis non esse admittere Aurelianensium deditionem aliter atque petebant factam, neglexere victoriam perinde quasi in manu esset. Verum tantum post abfuit ut Aureliam potiti sint, ut eos necessitas ab incœpto averterit. Franci autem, ob pulsum hostem gloriantes, reliqui negotii gerendi facultatem nequaquam dimittendam statuunt, qui continuo per omnem agrum Aurelianensem percurrunt, oppida quæ hostis præsidiis tenebat recuperandi causa, et primum Gergæum petunt, paucisque post diebus capiunt, amplius ducentis Anglis interfectis et quadraginta captis : ex suis vero militibus trecentos desiderarunt.

Cet auteur raconte la levée du siège d’Orléans, mais il desguise la matière autant qu’il peut. Premièrement, il est véritable que la ville d’Orléans s’estoit voulu mettre en la protection du duc de Bourgogne, mais non pas se donner à 367l’Anglois. Et le duc de Bethford n’ayant voulu souffrir cela, et, ainsi que raconte Monstrelet, ayant respondu qu’il n’entendoit pas l’avoir masché, et que le duc de Bourgogne n’eust qu’à l’avaler, cela fit résoudre ceux d’Orléans d’attendre secours du ciel.

Secondement, il est faux que la Pucelle soit entré nuitamment à Orléans par crainte des Anglois : vu que premièrement elle les somma par ses lettres de se retirer, et à faute de le faire, leur fit entendre qu’elle estoit preste de les combattre à force d’armes. Et de cela mesme font foy les actes du procez, comme tous les historiens qui ont descrit la levée du siège d’Orléans. Toutes fois, Polydore Virgile passe cela sous silence. Comme pareillement que les bastilles qui estoient du costé de la Sologne avoient esté enlevées de vive force aux Anglois, et que Classidas et plusieurs autres capitaines de remarque y furent tuez et la Pucelle blessée, ainsi mesme que les actes du procez tesmoignent. Néantmoins Polydore Virgile veut persuader que Talbot gardoit la bastille des Tournelles et qu’il se retira sans estre contraint, persuadant aux Anglois de lever le siège. Talbot estoit du costé de la Beausse et commandoit à l’armée campée en ce quartier-là, et non pas aux bastilles devers la Sologne ; et par ainsi cet historien a esté très mal informé, ou bien sciemment, comme est plus croyable, a voulu desguiser la vérité, ne parlant que le moins qu’il peut avec une grande atténuation des exploits de la Pucelle, qui toutes fois sont assez relevez par les interrogatoires que l’Évesque de Beauvais lui a faits, articulez en son prétendu procez.

Mais n’est-ce pas mentir délibérément d’escrire que la Pucelle, pour prolonger sa vie de neuf mois, avoit feint d’estre grosse ? Chose controuvée par Polydore Virgile en faveur des Anglois desquels il estoit pensionnaire, et qui est contredite mesme par les actes du procez qui tesmoignent qu’en l’espace de sept jours deux sentences ont esté données et exéquutées contre elle, et que par tous les actes du procez il n’y a aucune preuve de sorcellerie. Aussi n’a-t-elle jamais esté soupçonnée par autres que par ses ennemis mortels.

Entendons parler cet homme.

368Hæc Puella, cum ultra feminæ vires, sineque ulla peritia militaris disciplinæ, quam nunquam didicerat, multa facinora et illa quidem egregia faceret, apud vulgus in suspicionem venit ut diceretur magicis artibus ea omnia agere. Quamobrem in veneficii crimen vocata, primo jubente duce Sommersetensi diligenter examinata est an bene sentiret de religione christiana, deinde quia virili usa erat vestitu et omnino venefica habebatur, severe damnatur atque comburitur. Sed Puella infelix, priusquam ea pœna affecta sit, memor humanitatis quæ unicuique innata est, simulavit se gravidam esse, quo aut hostes misericordia frangeret, aut faceret ut mitius supplicium statuerent. Verum postquam ob eam causam novem menses est servata ad partum et res vana apparuit, nihilominus crematur. Visa est ea profecto sententia in Puellam lata longe post homines nata durissima, quæ neque molliri, neque mitigari tempore potuit. Sane femina pro patria ad virilia decora excitata, digna favore videbatur, cum praesertim permulta extarent parcendi exempla, et illud potissimum a Porsenna Etruscorum rege editum. Is enim composita cum Romanis pace, cum obsides accepisset et in his Cleliam virginem, et illa dux agminis aliarum virginum frustrata custodes, inter tela hostium Tiberin transnasset ad suosque confugisset, ac inde ex fœdere restituta fuisset, non affecit virginem pœna, sed collaudatam et parte obsidum donavit, et domum remisit.

V.
G. Lilius — Chr. Massæus — J. B. Egnatius — R. de Wassebourg — Paul Jove — Paulus Æmilius.

Georgius Lilius63, Anglois, a fait un livre des Éloges des hommes illutres de Bretagne et l’a dédié à Paul Jove : à la fin duquel est une petite chronique des Roys d’Angleterre et en l’année 1429 narre briefvement les faits de la Pucelle.

369Joanna Puella armata Aurelianenses obsessos commeatu juvat, coactis hostibus obsidionem relinquere : ad octavum idus maii Anglos viriliter expulit. Patiense (Patay) prælium in quo, cæsis et profligatis Anglis, Joannes Talebotus capitur. Puella Carolum regem Rhemis consecrandum ducit. Henricus cardinalis Winthoniensis a Martino V pontifice legatus in exercitu contra Bohemos mittitur. Puella Compendium obsessum vi et astu ingressa, cum in hostes eruptionem faceret, a Joanne Luxemburgensi capitur, Rhotomagumque ad ducem Sommersetensem mittitur, dein magiæ damnata exuritur.

Christianus Massæus64, estoit du diocèse de Cambrai, et en sa chronique, l’an 1429, rapporte ce qui s’ensuit.

Hoc anno obsidentibus Anglis Aurelianos, Puella quædam, Joanna nomine, venit ad Delphinum et ait : Missa sum a Domino ut regnum Franciæ tibi restituam. Mitte ad sanctam Catharinam de Fierbois : est ibi gladius involutus a Deo missus, afferatur mihi. Ait Carolus : — Unde nosti ? — Deus, inquit, mihi revelavit. Misit ille inventumque gladium Puellæ dedit. Sumptis ilia militibus, obsidionem Aureliæ solvit. Deinde Delphinum adduxit Rhemos consecrandum, ubi decima septima Julii, die Dominica, unxit eum Reginaldus ejus loci præsul. Et licet comitiis principum non interesset, sciebat tamen secreta ipsorum. Ad omnia sapienter respondebat, sæpe confitebatur. Semel in hebdomada Eucharistiam sumpsit. Incessanter Anglos persequuta est et vicit. Burgundos autem superare nequivit. Anno enim sequenti, voluit cos obsi dentes. Compendium effugare, sed capta fuit ab eis vigesima quarta die Maii, indictione octava, et Anglis vendita, qui post multa tormenta combusserunt eam, dicentes magam esse atque maleficam.

Joannes Baptista Egnatius65, vénitien, au livre troisiesme, chapitre second des Exemples des hommes illustres.

370Quis enim credat Puellam, vix quindecim annos natam, Galliarum regnum a Britannis fere omne oppressum, sua unius virtute ac liberali assertum manu ? Hæc igitur Joanna nomine, Puella a Gallis cognomento dicta, Gallorum regi, quod incredibile videri possit, persuasit ut Aurelianum acerrima Britannorum obsidione coactum ipsa solveret : quod ita plane accidit, quamvis humerum sagitta transfixa, reliquos adhortaretur, et sese unam fortissime pugnantem intuiti, de Victoria minime dubitarent, sed a Britanno hoste regnum vindicare studerent. Quare aucti animis Galli et Aureliam recepere, et Troiam urbem, quod nemo fere credebat, Puellæ unius auspicio recuperarunt. Unum opus supererat recipiendæ Parisiorum urbis, etc. Tametsi utrumque crus sagitta perfossa, prima muros transcendit. Cæterum Rhotomagum contendens, cum eam urbem aliquamdiu frustra obsedisset, ab Anglis eruptione facta capitur66. Eam per summum gaudium captam, tanquam simulatæ religionis ream, comparata ingenti pyra concremarunt. Galli vero tantæ virtutis libertatisque receptæ memores, eam ubique pictam, veluti familiare numen, colunt.

Richard de Wassebourg67, aux Annales de la Belgique, en deux endroits représente l’histoire que nous avons en main : sçavoir au commencement où il parle des hommes illustres de la Gaule belgique, et en l’année 1429.

Paulus Jovius68, italien, in Britanniæ descriptione, parlant de Henry VI et de ses louanges :

His tantis virtutibus, dit-il, una castrensis gloria deerat, 371concepta jam animo ingenti adauctaque Anglorum studio. qui sua consuetudine bella, prælia tranquillitati atque otio præferebant. Odio scilicet illo in Gallos a majoribus tradito deflagrantes ; a quibus se Galliæ regno et toto fere continente pulsos indignabantur. Et quod ignominiæ nomine in fortibus viris iras accendebat, Puella præsertim duce, quæ miraculo quodam, excitatis Gallorum animis, felici ausu superiores victorias atque illa decora Anglicæ virtutis trophæa penitus evertisset.

Paulus Æmilius69, italien, a fait l’histoire des Roys de France en latin et discourt en ces termes de la Pucelle en la vie de Charles VII.

Joanna Lotharinga puella, duodeviginti circiter annos nata, sub patre oves pascere solita, ad regem ducitur prædicans se mente divinitus admonita venire profiterique se Anglos Francia exacturam. Mirabundo rege multiplici percontatione procerum versata, semper sibi constitit, nullumque ei verbum nisi pudicum sanctumque excidit. Consilio ducum sanctorumque non aspernanda res visa. Militari ergo habitu accepto, ab rege, exercitu ducibusque trajecto flumine, obsessis per intermissas hostium munitiones septimum jam mensem clausis, auxilia commeatumque intulit, crebrisque eruptionibus obsidionem solvit. Circumferendoque bello variis ducum conatibus, circumjecta oppida quæ hostis compararat, recepit levibus præliis, quæ tamen in summam universæ rei spem proficerent, Anglo fatigato. Ad tria hostium millia cæsa in Belsia (dans la Beausse) anno ejus seculi undetricesimo. Nec fortuna se offerenti defuit Francus rex : utque augustior suis, hosti formidolosior foret, auctore ac duce Puella ad Rhemos ad sacrum Chrisma regnique insignia suscipienda profectus, etc.

Par après il raconte la prison et la mort de la Pucelle.

Longe aliam fortunam nacta est Joanna quam quæ Aurelianum servarat. In oppidum quidem irrupit Compendium. 372Sed eruptione facta, postea in potestatem hostium venit. Rhotomagum ducta ab Anglis, superstitionis falsæque religionis insimulata, igne cremata est, hoste judice, nemine eo loco pro captiva contradicere auso. Aurelianenses Puellæ statuam posuere. Eam summis laudibus efferunt et admirantur Pius, pontifex maximus, et Antoninus, Florentinus pontifex.

VI.
J. Laziardus — J. Aventinus — H. Boetius — J. Ferrerius.

Joannes Laziardus70, en son Epitome de l’histoire universelle, chapitre 274, représente briefvement et judicieusement cette histoire.

Carolus, dit-il, hujus nominis VII, post Carolum VI regno Francorum successit. Quo in tempore tantis calamitatibus Franci vexabantur, ut his attritus populus et obstupefactus, quorum partes sequi deberet ignorabat. Itaque regi Carolo Bituriges tantum parebant, cæteris Francis modo ad Anglos, modo ad Burgundiones spectantibus. Eo enim tempore Henricus Henrici regis Angliæ filius, regnum Franciæ occupabat, quod diceret ex pacto sibi deberi. Carolus vero compassus jus suum armis defendere semper animo agitabat. Unde et Franci milites in armis parati adversus Anglos repentina prælia committebant. Variis igitur præliis commissis, modo Angli, modo Franci superantur. Verum feliciter gestis adversus Anglos multis bellis, etiam Francis auxiliatores Scotorum quinque millia advenerunt, quos per benigno et benevolo affectu Rex suscepit. Eisdem temporibus, Angli multas urbes receperunt, atque non sine magno Francorum damno, adeo ut uno prælio apud Vernolium commisso, Bethfordus, Anglorum dux, quinque millia Francorum occiderit, captusque est Alençonius dux cum aliis pluribus Franciæ nobilitatis proceribus. Hac Victoria læti Angli multa alia 373oppida receperunt. Tum Aurelianos obsidens Tallebotus cum Salseberiensi comite, quatuor per gyrum munitiones extruxit, quibus in urbem quicquam inferri vetabat. Aurelianenses vero semper erectiori animo se suaque acerrime tuebantur. Aderat etiam et illis subsidio quam maxime poterat Carolus rex. Multa tamen diuturnaque obsidione pressi, consilium capiunt de deditione facienda, eo pacto ut urbs Burgundo duci permitteretur. Legatos itaque ad Burgundos mittentes, eum de ea re certiorem reddunt. Quibus respondit Burgundus se perquam libenter urbem recepturum, si Bethfortus assentiat. Itaque Bethfortum legati adeunt, quibus respondit Aurelianenses in gratiam non recepturum quoad omnem belli impensam persolvissent, suæque voluntati eos subdidisset. Eodem tempore Joanna, cui Puella ob integritatem corporis cognomento fuit, annos viginti nata, ad Carolum regem veniens, illum brevi in regnum se restitutam pollicita est. Erat enim hæc virgo excelsi animi, nihil muliebriter agens, sacerdotali confessione quaque fere hebdomada conscientiam purgans, divinamque Eucharistiam devote sumens. Huic itaque postquam a rege hostes expugnandi negotium datum est, tanta vi Anglos expugnat, ut non modo Aurelianos ab obsidione removerit, sed et omnes a regno Franciæ deturbarit, multis occisis, multisque vivis in prædam captis. Hujus præclara gesta satis ab historicis Francis descripta sunt. Hæc autem post multas Anglorum cædes tandem apud Compendium, dum suis opem ferre studeret, a Joanne Luxemburgo capitur, qui eam Anglis venumdedit. A quibus hostiliter habita, apud Rhotomagum cremata est, quod dicerent eam virili habitu indutam pro Francis decertasse, nullam mortis causam in ea invenientes. Erubescant igitur Angli se a femina, et quidem catholica, regno pulsos, nec deinceps apud cæteras gentes suum robur jactent, sed per abrupta fugientes posteris enarrent Puellam, nomine Joannam, non quidem vi armorum, sed proditione deceptam morte mulctasse. Ab hoc igitur tempore, Angli animo tabescentes mala fortuna semper usi sunt. Nam, dum Compendium obsiderent, dum se a Francis mactare conspiciunt, castra deserentes, in sua ut quisque poterat fugiebat ; atque eo pacto arces et oppida a Francis 374recepta sunt, multaque millia Burgundionum et Anglorum cæsa.

Joannes Aventinus71, sur la fin du septiesme livre de l’histoire de Bavière, fait registre des faits prodigieux de la Pucelle en cette manière :

Carolus VII Gallus expulit Anglos victricibus ubique armis, virginiis auspiciis, Puella duce cœlitus demissa, ut credi postularunt illi quorum interfuit, paternumque principatum recuperavit.

Mais, dira quelqu’un, cette clause, ut credi postularunt illi quorum interfuit, rend la chose incertaine. A cela nous respondrons que les François prennent droit de la mission de la Pucelle sur les actes mesmes du procez que les Anglois, qui l’ont condamnée, n’ont pu canoniquement ni valablement contredire, ainsi que nous avons montré ; et Aventin n’ayant pas vu les dits actes, on ne doibt s’esbahir qu’il ayt ainsi parlé.

Hector Boetius72 Deidonanus scotus, livre seiziesme de l’Histoire des Escossois, nombres 10, 20, 30 :

Clades maxima Francis fuit undique post victoriam, et Anglis et Burgundionibus Franciam invadentibus, ac simul Aureliam obsidentibus : actumque prorsus de Francorum nomine fuisset, nisi virgo quædam, Joanna nomine, virili vestitu induta, armisque egregie exercitata, Carolum prope desperantem erexisset atque ad meliora excitasset. Quod numine divino factum non absurdum est credere. Itaque omni ope destitutum humana Carolum, cum Joanna per Campaniam Rhemos contendentem, omnes eum Campani excepere volentes, rejecto Anglorum jugo, omniaque oppida, arces castellaque illi tradiderunt. Rhemos quoque accedentem, quæ tum Anglorum partibus favebat læta excepit civitas regemque 375solemni ritu salutarunt. Inde Joanna duce, varias Franciæ partes adiens, magnam regni partem ab hostibus occupatam recepit. Felix undique ac prosper successus fuit, donec eruptione Joanna cum hostium copiis pugnans, dum victa cum suis a premente multitudine portam Compendii oppidi ingredi prohiberetur, a Joanne Luxemburgensi a Burgundionibus stante capta est : qui illam continuo Anglis vendidit. Angli vero extemplo Rhotomagum eam ducentes, accusarunt quod violatis humani generis legibus, armis ac veste virili femina uteretur, ac præterea magicis artibus ab humano usu prohibitis operam daret ; ac dum in foro se excusare conaretur, subjecto igne concremata est.

Joannes Ferrerius Pedemontanus, libro 18 historiæ, numero 70 :

Puello Henrico VI, Franciæ et Angliæ rege salutato, orta discordia inter Burgundos Anglosque tunc Franciam armis occupatam opprimentes, comité Sarisberiensi incerta machinæ bellicæ quam bombardam vocant ictu occiso, adversa uti fortuna cœpere Franci, ex occasione animum recipientes, duce femina (Galli vocant Puellam Joannam nomine), ut non sine divino numine fieri appareret ; fortissime non modo Anglos sustinuerunt, sed etiam omnibus ferme præliis cœperunt esse superiores.

VII.
Jacques Meyer.

Jacobus Meyer73 au seiziesme livre des Annales de Flandre quoyque extrêmement passionné contre les François, si a-t-il rendu le tesmoignage du aux vertus et faits héroïques de nostre Pucelle. C’est en l’année 1428.

Principio martii, accessit ad Carolum regem, apud Chinonem agentem, Joanna illa virgo Gallica, annos nata circiter 376octodecim, dicta ob intactum pudorem Puella, equisonis instar solita custodire et adaquare equos, pauper tamen et modicis orta parentibus. Hæc se divinitus afflatam dicebat, pulsuram se Anglos ab urbe Aurelianensi, regemque perducturam in Rhemos ad sacram unctionem. Irrisa primum habitaque pro fatua. Tandem tamen morum suorum sanctimonia ac prudentia fidem fecit, ac verbis quicquid erat pollicita, factis complevit. Quis non videt hoc Dei fuisse opus ? Quis dubitare potest quin facta hæc sint per immensam Dei clementiam ? Ipse enim est qui non in perpetuum irascitur neque in æternum comminatur. Regem vehementer pœnituit morum anteactæ vitæ, quotidieque precibus ac lacrymis veniam a numine postulabat. Crebras supplicationes per omnes regni ecclesias indixit. Crediderim per Gallias pios fuisse homines. quorum preces erant ante Deum exauditæ. Dederat enim Gallia horrendas pœnas, adeo ut a nemine perscribi satis possent. Ostendere Deus optimus maximus volebat ab se uno omnem dari victoriam, eam per feminam, per sexum fragilem velle sperari, quo vanitatem, superbiam Galliæ Angliæque gentis retunderet, ne diutius suis duntaxat fiderent viribus, suæ inniterentur prudentiæ, sed a cœlo petere victoriam discerent, eamque nec sibi nec suæ fortunæ, sed soli numinis benignitati adscriberent.

Le mesme auteur, au commencement de l’année 1429, discourant de la levée du siège d’Orléans :

Hic finem capit felicitas Anglorum in Galliis. Huc usque nemo illorum telis resistere valuit. Hactenus non vinci, sed vincere sueti. Grandis nunc mutatio, in qua virtus, robur, fortuna victoriaque illorum abiit retro, ut manifesta appareant opera Dei, ut intelligamus quam fortes felicesque sint a quibus stant numina, contra, quam debiles et elumbes quibus cœlum non favet. Aurelianenses vero jam prope fame domiti, ita rerum omnium laborabant penuria, ut in extrema agerent necessitate : quibus omni humano destitutis auxilio, divina benignitas succurrit ; quod homo non potuit, Deus supplevit. Joanna virgo, dux Gallorum, non ascita, non creata, non electa, sed a Deo data, potestate a Rege accepta, copias quas potest adunat, copiosum omnis generis commeatum 377invitis hostibus in urbem importat. Dehinc eruptionem fortissime facit, omnes munitiones, vallos, fossas, palos, aggeres, excitata castella tam multa dissipat, prosternit, incendit, hostes in fugam propellit, urbem obsidione liberat mense maii, haud absque multo hostium sanguine. Inde Magdunum, Gergellum, Bogenciacum, Genovillam capit. Vincit, fundit superatque Anglos ; ad Patæum in Belsia signis collatis, Anglorum exercitum profligat, Johanem Talbotum, summum ducem, cum aliis multis capit, interfectis compluribus. Dehinc Altisiodorenses, fanum Florentii, Trecasses, Catalaunenses recipit, regemque Carolum Rhemos ad sacram unctionem perducit. Quam ubi a Reginaldo, loci pontifice, mense julio accepisset, statim veluti altera Pentesilea aut Semiramis, Velliacum, Prininum, Laudunum, Augustam Suessionum, Briæ castella et oppida, Crespiacum, Cæsaromagum Bellovacorum, victis pulsisque hostibus recipit. Ad hæc autem perficienda socii adjutoresque illi fuere rex ipse Carolus, item dux Borbonii, Arturus, magister equitum, quanquam hic Rhemis non aderat, Alençonius, Stephanus Hyrus (La Hire), Poton Santralla, Joannes Aurelianensis nothus, Reginaldus pontifex Rhemorum, idem Cancellarius Galliæ, Vindocinensis, Lavallus, Ambrosius Lora, Renatus Barrensis, Gaucuria, Gravilla, Carolus Albretus et quidam alii. Henricus, cardinalis Angliæ, collectum pugnatorum numerum in Bohemiam ducendum in Galliam adduxit auxilio suis Anglis. Sylvanectum Puella tentat ; sed propter vires Burgundorum, pugna abstinet. Non enim eadem illi felicitas erat contra Burgundos, quæ contra Gallos. Unde quidam : — Anglos, inquit vicit : Burgundos vincere nequivit. Sylvanectum tuebantur, præter Anglos, Jannes Villerius Adamus, Joannes Crocacus, Joannes Crequiacus, Antonius Betunensis, Joannes Fossella, Hugo Alvetanus, Simon Lalanus, Savosius cum septingentis equitibus. Dubia Johanna non pugnandum suasit. Trecenti circiter levibus præliis interierunt, et ita discessum [est].

En l’année 1430 :

Puella, haud procul Latiniaco, ad amnem Matronam, capit Franciscum Atrebatem dictum, fortissimum Burgundiæ 378partis virum, quem interfectis multis Burgundis, securi percussit, haud scio quam ob causam. Eum virum maxime plangebant Burgundi, cœperuntque eam ob rem Puellam magis odisse, etc. Philippus Burgundiæ dux, cum esset apud Coudinum juxta Compendium, consilium capit de Compendio obsidendo pridie feriarum Ascensionis Dominicæ, quæ tum incidit in nonum Calend. Junias. Hora quinta pomeridiana, Joanna Puella et Poton, cum quingentis circiter pugnatoribus ex Compendio erumpunt, ut apud Mariniacum obruant Bodonem Noiellam. Sed Angli et Joannes Luxemburgius qui cum cohortibus suis non procul aberant, fortiter Bodoni occurrunt auxilio. Pugnatum est acriter. Sed Galli cum crescentem hostium suorum numerum perferre nequirent, Compendium se recipiunt. Burgundiones, propter necem Francisci Atrebatis Puellæ magis infesti, acriter insequuntur, illamque suos ante se ducentem, priusquam pervenire posset in oppidum, equo dejectam capiunt, ductamque Mariniacum tradunt suo duci Joanni Luxemburgensi qui primum apud Bellumlocum, dein in arce Belloravoris diu illam tenuit captivam. Memorant quidam a Gulielmo Flaviensi, oppidi præfecto, hostibus venditam eamque proditionem suam statim secuturam mortem Puellam prædixisse confirmant.

Le mesme Meyer, l’année 1431, fait un narré de la mort de la Pucelle en cette sorte :

Tertio Calendas Junias, pridie feriarum sanctissimi corporis Christi, Rhotomagi, in veteri foro rerum venalium, cremata igni est Joanna Puella, ob nullam quidem justam causam, sed per odium solum Anglorum. Ausus est Petrus Cauchon, Anglus genere, Bellovacorum episcopus, in gratiam Betfordii, rectoris Galliæ, innocentem virginem morti adjudicare. Quid enim non designant tales episcopi, seu umbræ potius episcoporum ? Ecclesia Rhotomagensis episcopo tunc carebat. Puellæ nec advocatum, nec patronum sua in causa habere licebat. Simplicem ac illitteratam virginem multis episcopus ejusque collegæ interrogationibus de fide catholica fatigabant, ut illaquearent et circumvenirent illam in aliquo lapsu. Sed frustra hæc omnia : respondit enim sapienter valde et catholica. Et quamquam famam spargerent 379magam esse et maleficam, nihil tamen tale poterant in illa deprehendere. Sed illud in crimen vocabant quod virili uteretur veste : quod tamen facile purgavit, nec usa est eo amictu nisi in rebus bellicis, quemadmodum divinitus dicebat sibi præceptum. Habebat assessores ille episcopus Ægidium abbatem Fiscampi theologum, Nicolaum abbatem, Gemetiensem jurisconsultum, Petrum Longævilla et alios complures quorum nemo ne hiscere quidem ausus est contra Anglorum voluntatem. At inquisitor fidei per Franciam, frater Joannes, cognomento Magistri, scrupulo conscientiæ prohibitus, sapienter ab horum consessu abstinuit ; quod non æque Nicolaus Raulinus scholaque Parisiensis tulisse videntur. Bethfordus autem, ut Philippum Burgundiæ ducem placaret, hæc ad eum scripsit mendacia, Joannam neminem super terram voluisse agnoscere præter solum Deum et sanctos Paradisi, rejecisse statuta Papæ et judicia auxiliaque Ecclesiæ ; cumque videret se morituram, confessam esse spiritus illos, qui sæpe illi apparuerant, mendaces et falsos esse : per eos spiritus se esse deceptam qui polliciti erant eam liberare, etc. Sic periit vindex Galliarum.

Touchant ce que Meyer allègue qu’un certain historien dit que la Pucelle a vaincu les Anglois, mais qu’elle n’a pu surmonter les Bourguignons, etc., il entend parler de Christianus Massæus qui estoit aussi Bourguignon comme lui ; et touchant cette objection, le lecteur verra ce que nous avons observé au premier livre. Car Massæus et Meyer se fondent sur ce que les Bourguignons ont pris la Pucelle au siège de Compiègne, et ne considèrent pas que ses voix lui avoient révélé qu’elle seroit prise, et que Dieu l’avoit ainsi ordonné pour le mieux, etc.

VIII.
Historiens divers.

Jean du Tillet74, évesque de Meaux, en un petit chronicon 380latin qu’il a fait des Roys de France, lequel est imprimé avec l’histoire de Paulus Æmilius, sur l’année 1429.

Aurelianenses, omni auxilio misere destituti, Burgundioni dedere se statuerant ; sed contentione Anglorum ducum res infecta fuit, quod ægerrime Burgundio tulit. Joanna Puella armata obsessos juvat, coactis hostibus obsidionem relinquere ad octavum Idus Maii, eosque virtute minime puellari expellit. Francis deinde res melius ac felicius procedere cœperunt. Joannes nothus Aurelianensis Pataiense in Belsia prælium cæsis Anglis, Johannes Talbotus capitur. Puella armis per loca ab hostibus occupata, regem Carolum Rhemis consecrandum ducit, multasque in itinere urbes recipit. Bethfordiensis anglus prælio dimicare velle simulans, regem Parisios recta contendentem remoratur. In oppugnatione Lutetiæ, ad portam divi Honorati Puella vulnerata, exercitus se recipit : quæ illum in alias partes Galliæ ducens adversus Anglos ob successus et victorias semper celebratur. Compendium obsessum vi et astu ingressa, cum aliquando in hostes eruptionem faceret, a Joanne Luxemburgensi capitur, Rhotomagumque ad ducem Sommersetensem mittitur ; deinde invidia et injuria, artis magiæ damnata, exuritur.

Le mesme sieur du Tillet a semblablement escrit en françois cette chronique qui est imprimée avec le recueil des Roys de France et de leurs couronnes fait par son frère sieur de la Bussière, greffier du Parlement de Paris : lequel, au premier livre de ses mémoires et recherches, parlant du règne de Charles VII, fait un ample discours des armes et faits admirables de cette fille, conformément a ce que nous en avons escrit au premier livre.

Le lecteur verra semblablement l’histoire de Belleforest en la vie de Charles VII, Papirius Masso, livre quatriesme de ses Annales des Roys de France.

Paulus Constantinus Phrigio75 in Chronico regum regnorumque omnium :

Temporibus istis, ex oppido Valcolore, 381puella annorum circiter viginti, Joanna nomine, armis instructa, militis subibat munus : cujus auspiciis multis in locis prospere pugnatum est, Rhemisque recepta, Aurelia obsidione liberata, Carolus unctus est et coronatus. Joanna capta est et Rhotomagi cremata.

Henricus Pantaleon76, physicus Basileensis, Lateranensis palatii atque cæsarei consistarii comes, libro 5 diarii historici scribit :

Joannam, puellam Lotharingam, Aurelianenses sexto mense obsessos liberavisse, et hostes profligavisse.

Joannes Functius, Nurimbergenis, in Chronologia notat :

Joannam puellam annorum viginti arma cepisse, regemque Carolum contra Anglos et Burgundiones magnifice defendisse, et captam tandem, ab Anglis Rhotomagi crematam esse.

Lycosthenes77, in Chronico prodigiorum ac portentorum, eadem refert ad annum 1428.

Petrus Opmeerus78, Amstelodamus, Batavius, in Chronographia orbis universi :

Carolus VII titulum regis Franciæ et sigillum usurpabat, quamvis non esset Rhemis consecratus. Porro, cum undique Rex ab Anglis vexaretur, venit ad eum puella octodecim annorum, Joanna nomine, patre Jacobo Darco et matre Ysabella, Dompremeio Lotharingiæ pago orta, atque oves pascere solita, dicens se missam divinitus ad regem ut ei indicet gladium esse in æde Dominæ Catharinæ Fierbensis apud Turones, quo accincta, esset Aureliam obsidione solutura. Itaque virilibus induta vestimentis et armis, Gallicas ducebat acies, et ex Anglorum manibus magna ex parte, prima inter primos pugnans, victoriam eripuit atque urbem obsidione semestri liberavit. Gratitudinis ergo Aurelianenses posuere Regi Joannæque æneas statuas in ponte Ligeris. 382Deduxit vero et Carolum Rhemos, ubi decimo sexto Calendas Augusti unxit eum Reginaldus episcopus in Franciæ Regem. Cum vero Burgundos Compendium obsidentes vellet abigere, capta fuit nono Calendas Junii et vendita Anglis qui, eam dicentes magam, combusserunt Rhotomagi in foro. Scripsit pro ea apologiam Joannes Gerson theologus, Cancellarius Parisiensis : similiter et Henricus Gorconius Batavus.

IX.
Pontus Heuterus.

Pontus Heuterus79, Delfius, libro quarto rerum Burgundicarum, in vita Philippi Boni, ducis Burgundiæ :

Fortuna, inquit, Francorum populum externo pressum jugo respirare, resumptoque jam animo Anglicum excutere imperium voluit, non ductu nec auspiciis Cæsaris, Alexandri, Pompeii aut Caroli, non prudentia tot principum primæ nobilitatis, non fortium præfectorum bellandi peritia clarorum opera, sed — quod omnium veterum memorabilia superat exempla ac facinora — ductu ignotæ, ignobilis ac rusticæ puellæ octodecim annorum, quæ ad hoc usque tempus in patria sua Lotharingia, vaccas, boves ac oves pascere erat solita, nullo quam Joannæ nota nomine : quæ a Deo se Regi in auxilium missam dicens, in ejus consiliique sui conspectum admissa, tam præsenti animo ac prudente causam adventus sui exposuit, ut statim sexcentis præficeretur equitibus ; quodque nullus præfectorum regiorum hactenus potuerat, invitis Anglis, dictis cum equitibus Aureliam intrat, 383commeatuque cives ad extremam inopiam redactos juvat, erumpensque cum præsidariis, ac instar viri armata equo insidens, inter primos pugnans ciet, tria castella opportunis locis ab Anglis creata expugnat, omnibusque qui intus erant jugulatis, tandem relinquere obsidionem cogit. Qua Victoria fidem penes Regem nacta, eumdem in Rhemos ducit, sancto sibi oleo veterum Francorum more hoc anno inungi facit, multaque alia oppida munitaque loca ejus ductu rex Carolus recuperat, cogiturque Puellæ hujus timore Bethfordius legatos in Flandriam ad Bonum mittere, quo communi consilio ac viribus viri principes belloque docti rusticæ Puellæ resisterent. Venit octingentis stipatus equitibus, veteresque fœderis conditiones cum Anglis Bonus renovat, jurantes se Carolum Valesium, Biturigum regem — sic enim per contumeliam Angli Carolum VII vocabant — junctis viribus persequuturos, nec pacem alterum sine alterius consensu facturos.

Le mesme auteur raconte la prise de la Pucelle devant Compiègne en ces termes :

Cumque Puella Joanna, quingentis comitata equitibus, obsessis auxilio venisset, secundo die præsidariis civibusque eductis, castellum cui Baudo Noiellus præerat expugnasset, nisi ex omnibus castris in auxilium advolassent. Puella multis utrinque interfectis ac vulneratis, urbem expetere cogitur : cumque inter postremos pugnans cæteris evadendi locum faceret, a signo militari ac veste quam supra arma ferebat agnita (erat autem ea purpurea byssina, auro argentoque intertexto flavescens) a robusto equite qui vestem apprehenderat equo detrahitur ; et quamvis Franci extrema vi pro ea liberanda decertarent, pulsi, dedere se Johanna, cum Potone œconomi sui fratre, filio notho Wandonnæ domini cogitur, ductaque Marignium, magno cum Francorum dolore Anglorumque gaudio, arctæ custodiæ traditur : neminem e regis Caroli præfectis Angli magis verebantur. Bonus cum eam esset alloquutus, Johanni Luxemburgio commendat qui Baulii indeque Borevorii eam perducit ubi ferme biennium detenta, tandem Anglorum regi (cum eam importunis indesinenter verbis diu petiisset) traditur, 384ejusque jussu, instantibus Junii Calendis, anno 1431 Rhotomagensi in foro exuritur, magis odio iraque, quod ab ignobili puella tot clades viri bello illustres accepissent, quam quod aliquid eis de tam indignæ sævæque mortis merito constaret. Accusabant eam veneficii, quodque malignorum spirituum opera tractasset bella, proinde a religionis christianæ decretis veritateque defecisset, quemadmodum rex Henricus qui hoc tempore in Franciam appulerat sua manu Bono perscripsit.

Sunt qui fabulam quæ de Puella Joanne scribimus putant. Sed præterquam quod recentioris sit memoriæ, omniumque scriptorum libri qui tunc vixerunt, mentionem de ea præclaram faciunt, vidi ex meis oculis in ponte Aureliano trans Ligerim ædificato, erectam hujus Puellæ æneam imaginem, coma decore per dorsum fluente, utrique genu coram æneo crucifixi Christi simulacro nixam, cum inscriptione positam fuisse hoc tempore, opere sumptuque virginum ac matronarum Aurelianensium in memoriam liberatæ ab ea urbis Anglorum obsidione. Ad hæc habebam, dum scriberem, historiam lingua Gallica manuscriptam Georgii Castellani qui eleganter exacteque vitam Philippi Boni exaravit ; testaturque aliquot locis se hoc temporis vixisse ac Puellam Joannam vidisse, quæ ex ignota rusticaque puella, bellicis facinoribus eo pervenisset, ut ei rex Carolus sumptus quibus Comitis familiam æquaret suppeteret, ne apud viros militares per causam inopiæ vilesceret. Conspiciebantur enim ejus in comitatu, præter nobiles puellas. procurator domus, stabuli præfectus, nobiles adolescentesque pueri a manibus, a pedibus, a cubiculis, colebaturque a Rege, proceribus, ac imprimis a populo instar divæ : a paucis vero ait pro venefica præstigiatrice habitam.

Il y a cinq choses remarquables au discours de Heuterus :

La première, que le duc de Bethford voyant les expéditions et progrès que faisait la Pucelle, envoya des ambassadeurs au duc de Bourgogne pour renouveler l’amitié et confédération avec lui, sçachant bien qu’il estoit recherché d’accord par Charles VII.

385La seconde est que la Pucelle fut prise avec Poton qui estoit frère du maistre d’hostel qui servoit la Pucelle. Les termes de cet historien portent : cum Potone œconomi sui fratre. C’est celui que Monstrelet appelle Poton le Bourguignon, pour le distinguer de Poton de Santrailles qui estoit gascon aussi bien que La Hire.

En troisiesme lieu, il dit que les filles et matrones de la ville d’Orléans ont fait faire la croix de bronze qui est sur le pont d’Orléans. De quoy je me suis soigneusement enquis de plusieurs personnes de la ville d’Orléans et n’en ay pu rien apprendre de certain. Bien est véritable que l’an 1562, monsieur de Guise assiégeant Orléans que les Huguenots tenoient et le faisant battre du costé des Tournelles, la statue de la Pucelle fut abattue d’un coup d’artillerie, et depuis restablie aux dépens de la ville d’Orléans80.

X.
Fr. de Roziers. — Veronius. — G. Braun, etc.

François de Roziers81, archidiacre de Toul, au cinquiesme tome des armes du duc de Lorraine.

Dum Francia jamjam peritura crederetur, Joanna puella Lotharinga pascendis pecoribus sub ferula paterna assueta, ad regem perducitur. Quæ se a numine monitam dicens, brevi Anglos exacturam e Francia profitebatur. Ea, licet multiplici percontatione observata esset, non destitit tamen a se ipsa, sancte pudiceque locuta. Rex mirabundus proceresque rem divinitus patefactam non aspernandam arbitrati, chlamyde militarique habitu Puellam induunt, copiasque ac duces 386illi committunt. Brevi crebris velitationibus initis, commeatus, nempe septimo mense postquam obsidebatur, Aureliam invexit, liberavit Anglumque fugavit. Rex demum ad sacrum Rhemense cum Joanna proficiscitur, fanum Florentini munitionibus firmavitque præsidio, Trecenses recepit, Catalaunumque subinde nullam dedendi moram fecit. Rhemi continuo fidem dedere, Suessionesque in regiam manum rediere. Dux Bethfortis cum exercitu occurrens Regi, incassum tempus trivit. Lutetiam eodem progressu regius miles frustra perductus. Nam Bethfordiensi reverso ad urbem defendendam, omnis navata est opera quin Joanna vulnere affecta Petri monasterium eripuit hosti. Is Compendium eodem tempore circumduxit : quo cum Joanna se contulisset, irruptione facta, hostis potestati submittitur. Tum capta Rhotomagumque ducta, religionis adulterinæ insimulatur vivaque comburitur. Aureliani statuam divæ memoriæ consecrarunt.

Sebastianus Veronius, lib. 8 :

Christianæ ætatis seculo XV, Gallia ab Anglis et Burgundis maxima clade afficitur. Carolo VII qui anno 1422 Carolo VI successerat, propemodum regno exuto, ac apud Bituriges tantisper delitescere coacto, quoad Joanna virgine Aurelianensi, militari manu ereptus ac Rhemos ut coronaretur deductus est : Parisiis interea proclamato in summo templo rege Henrico Scoto-Anglo.

Georgius Braun82 et Franciscus Gogenburgius, in indice libri secundi et tertii de præcipuis totius universi urbibus :

Aurelia, florentissima Galliæ urbs, loco admodum opportuno sita, dives, civibus armis exercitatis potens, munitissima, non in Gallia modo sed tota etiam Europa clarissima. De memorabili post omnium hominum memoriam obsidione ejus, qua Carolo VII ejus nominis rege, anno 1428 ab Anglis cincta fuit, et miraculose ab Joanna Lotharinga 387virgine, belli duce liberata. Vide, benigne lector, integrum libellum Joannis Ludovici Micquellii, ludimagistri Aurelianensis, ad Carolum Lotharingum cardinalem. Res enim paucis, ut is locus postulat, referri non potest. In ejus liberationis perpetuam memoriam, octavo die maii quotannis totus urbis magistratus, universa plebs et omnes ecclesiasticorum ordines, generali processione gratulabundi obire civitatem consuevere.

Aubertus Mirans83, Bruxellensis, in Chronico rerum toto orbe gestarum, ad annum 428, scripsit quæ Papirius Massæus in vita Caroli VII, et Joannes Mariana in libro 20 de rebus Hispanicis referunt.

Jean Hordal, après avoir produit les opinions et narrez des auteurs susdits, rédige par inventaire plusieurs autres qui ont escrit ou parlé de l’histoire de nostre Pucelle. Lesquels nous représenterons en ce lieu, et après mettrons fin à ce livre.

Donc le lecteur pourra voir :

  • Alain Chartier, en l’histoire de Charles VII ; — Bouchet, aux Annales d’Aquitaine ; — la cosmographie de Belleforest, et son Histoire des neuf Charles ;
  • Jean de Serves, en l’inventaire de l’histoire de France ;
  • Richard de Wassebourg, aux Annales de la Gaule Belgique ; Benedictus Curius, en l’histoire de Milan ;
  • Joannes de Spinosa, de laudibus mulierum ;
  • Gertmannus Schedel, in registro libri Chronicorum ;
  • Le premier tome du théâtre de la vie germaine, au chapitre de la fortitude des femmes ;
  • Georges Castellanus84, en la vie de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, duquel auteur Pontus Heuterus fait mention comme ayant vu la Pucelle, et outre asseure avoir vu ce que Georgius Castellanus en a escrit ;
  • 388Le Registrum annorum præteritorum ; — La mer des histoires ;
  • Les admirables victoires des femmes du Nouveau Monde ;
  • Thomas Dossius, livre 8 des Marques de l’Église, et au chapitre 8 du livre contre Machiavel, de robore bellico ;
  • Jean-Louys Miguellet au livre latin qu’il a escrit du siège d’Orléans ;
  • Legenda Flandrorum ;
  • Andreas Eboracensis, Lusitanus, tome 2 dictorum et factorum memorabilium, titulo de fortitudine ;
  • Liber factorum memorabilium ;
  • Gilles Corroyet, livre des dits mémorables ;
  • Ravisius Textor, tome premier de ses officines de mulieribus bellicosis et masculæ virtutis ;
  • Historiarum electio ; — Richard Dynothus, libre de rebus et factis memorabilibus ;
  • Frère Pierre Crespet, Célestin, tome second du Jardin spirituel, au traité de l’exellence de la virginité ;
  • Gaillardus, in summario temporum et in methodo legendæ historiæ ;
  • Liber Puellæ Aurelianensis restitutæ, per Beroaldum Vervillanum ;
  • L’histoire du siège d’Orléans ;
  • Joannæ Darciæ obsidionis Aurelianensis liberatricis res gestæ, imago et judicium ;
  • Petrus Matthæus, in additionibus ad octoginta quatuor decisiones Guidonis Papæ ;
  • André Thevet, au livre quatriesme, chapitre 29, des hommes illustres ;
  • Ludovicus Triputius, in Sylva Antiquitatum Aurelianensium ;
  • Guillaume Paradin, aux Annales de Bourgogne augmentées par Louis Poullus ;
  • Philippus Camerarius, jurisconsullus, Norimbergensis consiliarius, in cap. XI libri secundi Meditationis historiarum ;
  • Jean de Marcouville, au livre de la bonté et malice des femmes ;
  • 389Un livre espagnol inscrit, la Donzella francesa ;
  • Antoine du Verdier, tome troisiesme et livre 8 de sa prosographie.

Ce seroit chose infinie de vouloir registrer en ce livre tous les auteurs qui ont escrit ou fait quelque mémoire des faits et gestes de la Pucelle. C’est pourquoy nous en omettons plusieurs, et mesme des poètes célèbres85 qui ont escrit amplement en vers latins sa vie, comme Hubertus Momoretana, lequel a composé sept livres en vers héroïques des guerres que les François ont eu avec les Anglois, èsquels livres il a escrit les vertus et exploits miraculeux de cette fille : et pareillement aussi Valerandus Varanius, docteur en théologie de la Faculté de Paris, natif d’Abbeville, qui vivoit sous le règne de Louis XII. Maistre Charles du Liz, conseiller au Roy et son Advocat général en sa Cour des aydes à Paris, a fait imprimer un recueil des Eloges de cette fille, auquel infinis doctes personnages de ce temps ont dévoué leur plume, tant en latin qu’en françois, ainsi que nous avons desjà remarqué sur la fin du troisiesme livre. Partant, nous finissons ici cette histoire.

Fin du quatriesme livre et de l’histoire de la Pucelle.

Notes

  1. [1]

    Voir Quicherat, Procès, t. V, p. 150-153.

  2. [2]

    Quicherat : d’Ay.

  3. [3]

    Quicherat : certisque au lieu de cæterisque.

  4. [4]

    Quicherat : etiam.

  5. [5]

    Quicherat : sæpe.

  6. [6]

    On lit dans Quicherat, p. 132 : posteritas masculina et feminina. Richer supprime et feminina ; ce qui s’accorde mieux avec la fin de la phrase.

  7. [7]

    Quicherat : innobilitatis.

  8. [8]

    Quicherat : nobilitationem.

  9. [9]

    Quicherat : prædecessorum.

  10. [10]

    Quicherat : pertinuerit.

  11. [11]

    Quicherat : eosdem.

  12. [12]

    Quicherat ajoute : aut a quocumque molestari.

  13. [13]

    Quicherat : Expedita.

  14. [14]

    Quicherat : cartarum.

  15. [15]

    Quicherat : Agrelle.

  16. [16]

    Jean Gerson, né en 1363, près de Reims, mort à Lyon 1429, docteur et chancelier de l’Université de Paris, théologien des plus écoutés au concile de Constance, composa son mémoire sur la Pucelle en mai 1429. Deux mois après il mourait.

  17. [17]

    Quicherat, Procès, t. III, p. 298-306, donne l’opuscule tout entier. On le trouve également dans l’édition complète des Œuvres de Gerson, publiée par Ellies Dupin, Paris, 1706, au tome IV, p. 864.

  18. [18]

    Henry de Gorkeim (forme allemande), ou de Gorkum/Gorinchem (forme hollandaise), était professeur et vice-chancelier de l’Université de Cologne. Il écrivit son opuscule au temps le plus brillant de la mission de la Pucelle. Les copistes lui ont donné pour titre : Opus collativum de quadam Puella quæ olim in Franciu equitavit. Imprimé d’abord à la suite du mémoire de Gerson, Ellies Dupin en trouva le texte dans un manuscrit de Saint-Victor, et le restitua à son véritable auteur. Il est vrai que le nom de l’auteur avait été publié en 1606 par Melchior Goldast, avec son opuscule, dans le recueil de Sibylla Francica. Henri de Gorkum passait pour un théologien profond et un dialecticien subtil. On cite de lui plus de vingt ouvrages. Il vivait encore en 1460.

  19. [19]

    Quicherat : regni Franciæ.

  20. [20]

    Quicherat : efficiuntur.

  21. [21]

    Quicherat : regio filio.

  22. [22]

    Quicherat : præagnoscere.

  23. [23]

    Edmond Richer ne donne pas ce que Henri de Gorkum nomme Præpositiones pro Puella et Propositiones contra Puellam, en tout sept pages et demie, mais sans conclure. On les trouvera dans Quicherat, Procès, au tome III. p. 413-421.

  24. [24]

    Jules Quicherat fait suivre le titre, De Sibylla francica, de ce soustitre : Dissertations d’un clerc allemand du diocèse de Spire, Juillet-Septembre 1429.

    L’éditeur des deux procès ajoute : Laudayani cujusdam anonymi clerici, de Sibylla francica rotuli duo, quos Goldasto communicavit R. P. Johannes Myntzenbergius, prior monasterii Carmelitarum apud Francofurdianos. Cette phrase, remarque Jules Quicherat, nous apprend tout ce que Melchior Goldast savait de l’auteur et de la provenance.

    La Sibylla francica contient deux rôles ou dissertations écrites à peu d’intervalle l’une de l’autre. Dans la première, l’auteur allègue deux témoignages, l’un provenant d’un chevalier qui avait combattu en France au siège d’une ville dont le nom est resté en blanc ; l’autre provenant d’un religieux français prémontré, avec qui il s’était entretenu à Laudaya. C’est pour cela peut-être que Goldast a mis dans le titre : Laudayani cujusdam anonymi clerici ; supposant que telle était (Lauda, dans le grand duché de Bade) la patrie ou la résidence de l’auteur.

    La seconde dissertation résume la discussion que l’auteur eut, dans un château qu’il ne nomme point, avec un docteur en droit revenant d’Angleterre. Les deux dissertations sont dédiées à Pierre de Grumbach, vicaire général du diocèse de Spire. (Cf. Quicherat, Procès, t. II, p. 422 et suiv., et t. V, p. 475, 476.)

    Melchior Goldast de Haiminsfeld, né dans le pays de Saint-Gall en 1576, mort en 1635, a publié les écrits d’un certain nombre d’historiens allemands et autres, et tout particulièrement la Sibylla francisca.

  25. [25]

    Quicherat : roborantur.

  26. [26]

    Procès, t. III, p. 422, 431-32, 433, 464.

  27. [27]

    Voir plus haut, p. 286, la note sur cet inconnu et sur les docteurs de la réhabilitation. — P. Pontanus et Th. de Leliis suivirent en France le cardinal d’Estouteville lorsqu’il y vint en 1452 en qualité de légat du Saint-Siège.

  28. [28]

    Voir plus loin la note sur Jacques Meyer.

  29. [29]

    Méprise de l’auteur qui l’a mentionné plus haut, paragraphe IV.

  30. [30]

    Que le lecteur ne s’en tienne pas aux nombres donnés par Edmond Richer ; ils sont inexacts de plusieurs façons. D’après les nombres donnés, il y aurait eu, non cent-onze, mais cent-deux témoins seulement. Il est vrai que Richer ne compte pas les sept témoins entendus à Rouen en 1450 par maistre Guillaume Bouillé. Nous avons rappelé ailleurs que, outre ces sept témoins, le cardinal d’Estouteville à Rouen en entendit cinq en 1452, Philippe de la Rose dix-sept ; les commissaires de Toul-Domrémy, trente-quatre en 1455-56 ; ceux d’Orléans, quarante-deux : de Paris, vingt ; de Rouen, dix-neuf ; de Lyon, un : total cent-quarante-quatre dépositions recueillies, et cent-vingt-cinq témoins entendus, un certain nombre ayant déposé plusieurs fois.

  31. [31]

    Le pape Pie II avait nom Æneas Sylvius et appartenait à la famille des Piccolomini de Sienne. Né en 1405, il resta laïque jusque vers 1442. Ordonné prêtre, il fut nommé évêque de Trieste, puis de Sienne. Cardinal en 1436, il succéda au pape Calixte III en 1457 et mourut en 1464. Mêlé aux grandes affaires de son temps, il fut secrétaire du concile de Bâle. Ce qui lui fit dire dans sa Bulle de rétractation (1463) : Æneam rejicite, Pium recipite. Il avait préparé une croisade contre les Turcs, et il allait s’embarquer à Ancône, lorsque la mort le frappa.

  32. [32]

    Assertion en opposition avec le langage des documents, ainsi que plusieurs des détails qui suivent (l’Éditeur).

  33. [33]

    [NdÉ] Dunand : asumptis.

  34. [34]

    Nombre de beaucoup exagéré.

  35. [35]

    Confusion de personnages et de faits. C’est le duc de Bedford, régent de France, qui, avant la tentative sur Paris, fit mine de vouloir combattre à Montépilloy, et en définitive ne combattit pas.

  36. [36]

    Note de Jules Quicherat : Cette version de l’infâme guet-apens imaginé pour amener le cas de rechute, doit être celle que les docteurs normands — et ceux de Paris — avaient répandue au concile de Bâle. (Procès, t. IV. p. 517, note 3.)

  37. [37]

    Né à Florence en 1389, dominicain à Fiesole, auditeur de Rote, archevêque de Florence en 1446, mort en 1459, canonisé en 1523.

  38. [38]

    De ces quinze lignes Jules Quicherat, Procès, t. IV, p. 506, n’en donne que quatre ou cinq.

  39. [39]

    Ce religieux était né en 1433. Richer a grandement raison de déclarer fabuleux la plus grande partie de ce qu’il raconte de Jeanne. Quoiqu’il se réclame d’un témoin oculaire attaché à la cour de Charles VII, ce n’est pas ce témoin qui a pu lui dire sérieusement que la mission de la Pucelle avait duré huit ans, qu’elle avait livré trente fois bataille aux Anglais, et que Louis XI et Pie II auraient poursuivi et livré aux bourreaux un des juges et un des assesseurs survivants du tribunal qui avait condamné l’héroïne. Ce que Philippe de Bergame avance d’inédit et de son autorité propre ne doit être accepté que sous toutes réserves. (Voir Quicherat, Procès, t. IV, p. 521-522.) — Lenglet du Fresnoy, dans son Histoire de Jeanne-d’Arc, troisième partie, p. 26 et suiv., a traduit en français le texte de Philippe de Bergame, (Amsterdam, 1759).

  40. [40]

    Né en 1510, mort en 1581 : tête faible, mais l’un des plus savants hommes de son siècle.

  41. [41]

    Voir dans Lenglet du Fresnoy, (Histoire de Jeanne d’Arc citée, livre troisième) divers passages de Guillaume Postel et les réflexions de l’auteur, p. 117-120, 131-135.

  42. [42]

    Gilbert Génébrard, professeur d’hébreu, archevêque d’Aix en Provence, né à Riom 1537, mort à Semur 1597.

  43. [43]

    Erreur de l’auteur cité. Paris n’a point été pris par la Pucelle.

  44. [44]

    Mariana (Jean), né à Talavera en 1537, mort en 1624. Enfant trouvé, recueilli par les jésuites, professa à Rouen et à Paris, 1561-1569 ; repassa en Espagne, 1577, et y composa son Histoire d’Espagne en 30 livres.

  45. [45]

    Lenglet du Fresnoy, Histoire de Jeanne d’Arc, livre III, p. 60.

  46. [46]

    Delrio (Martin-Antoine), né à Anvers en 1551, mis au nombre des enfants prodiges, étudia à Paris, Douai, Louvain, fut reçu docteur à Salamanque en 1574, et fatigué des agitations de son pays, entra chez les jésuites à Valladolid. Il mourut à Louvain en 1608. Il parlait neuf langues et avait pour ami Juste Lipse. Il a laissé de nombreux ouvrages dont le plus célèbre parut sous ce titre : Disquisitionum magicarum libri sex. C’est du quatrième livre de cet ouvrage que Richer a détaché la page qu’il cite.

  47. [47]

    Ce jurisconsulte dauphinois que Jules Quicherat nomme Gui Pape, fut destitué à l’avènement de Louis XI et mourut en 1476. (Procès, t. IV, p. 534.)

  48. [48]

    Né à Béziers, 1534, mort 1573, a laissé plusieurs ouvrages de jurisprudence et des poésies médiocres, publiées par son fils.

  49. [49]

    René Chopin, né à Bailleul, près la Flèche, en 1537, mort en 1606. Remarquable par sa mémoire prodigieuse et sa vaste érudition. — Étienne Pasquier, né à Paris en 1529, mort en 1615. Lire au livre VI des Recherches de la France les chapitres IV (Du restablissement de l’Estat sous Charles septiesme) et V (Sommaire du procès de Jeanne la Pucelle).

  50. [50]

    Henri Kohmannus, né à Kirchen, duché de Wittenberg, vivait au commencement du XVIIe siècle.

  51. [51]

    Cardan (Jérôme), né à Pavie 1501, mort à Rome 1576. Mathématicien remarquable, médecin habile, il obtint une pension du pape et une chaire de mathématiques à Milan.

  52. [52]

    Inexactitude. La première sentence n’obligea point la Pucelle à se rétracter : elle se fonda seulement sur la prétendue rétractation qui lui avait été arrachée.

  53. [53]

    Vignier (Nicolas), né à Troyes en 1530, mort à Paris en 1596, était médecin du roi et historiographe de France. Il a laissé une Histoire ecclésiastique, une Bibliothèque historiale à laquelle il travailla vingt-cinq ans, un Sommaire de l’Histoire de France, trois volumes de Chronologie, etc.

  54. [54]

    Philelphe (François), savant philologue et lettré remarquable, né en 1398 à Tolentino, mort en 1485. Les XVI livres de ses Epistolæ parurent in-f° à Venise en 1492. Il a laissé de nombreux ouvrages.

  55. [55]

    Chroniqueur Bourguignon, 1390-1453, fut prévôt de Cambrai. Voir la Biographie universelle de Michaud au mot Monstrelet.

  56. [56]

    Voir les pages de Monstrelet reproduites par Quicherat, Procès, t. IV, p. 360-405.

  57. [57]

    Baptiste Fulgose, doge de la république de Gênes, ayant été déposé en 1483, se retira en Provence et écrivit en italien un recueil dans lequel il parle de Jeanne d’Arc. Cet ouvrage fut traduit en latin et imprimé en 1509 à Milan. Il a pour titre : De dictis factisque mirabilibus collectanea. — Jules Quicherat n’a pas cru devoir insérer au tome IV des ses deux Procès ce témoignage de Fulgose, parce que cet écrivain a tout simplement copié Gaguin, lequel n’a rien d’original. Lenglet du Fresnoy a été moins sévère. Il n’a pas manqué de reproduire le même passage que Richer (op. cit., p. 24-28), mais en le traduisant en français.

  58. [58]

    Léonic Chalcondyle ou Chalcocondyle, grec réfugié dans le royaume de Naples, écrivit après la prise de Constantinople par les Turcs, une histoire de leurs conquêtes de l’an 1298 à 1433. C’est au second livre de cet ouvrage qu’il parle des affaires d’occident et de la Pucelle. Edmond Richer a traduit en latin le fragment que Jules Quicherat a donné en français (Procès, t. IV, p. 529-535).

  59. [59]

    Sabellico, vénitien, professeur de belles-lettres, mort en 1506.

  60. [60]

    Gaguin (Robert), 1420-1501, trinitaire, général de son ordre en 1473, auteur d’un Compendium latin de l’histoire de France.

  61. [61]

    Nauclerus (Jean), souabe, prévôt de Stuttgart en 1459-60, puis de Tubingue (Tübingen), chancelier de cette université, auteur de chroniques, mourut en 1510.

  62. [62]

    Lenglet du Fresnoy, qui a cité lui aussi le témoignage de cet historien (Histoire de Jeanne d’Arc, p. 42 et suiv.), rappelle qu’il fut mandé en Angleterre au commencement du XVIe siècle pour écrire l’histoire de cette nation qui manquait d’écrivains. Il s’en acquitta avec beaucoup d’élégance. […] On peut le regarder comme Anglais, puisqu’il tirait pension de la nation britannique. Son témoignage ne saurait être indifférent. Jules Quicherat ne lui emprunte en note que quelques lignes sur la prétendue grossesse de Jeanne au temps de sa condamnation (Procès, t. IV, p. 477).

  63. [63]

    Lily (Georges), chanoine de Saint-Paul à Londres, a laissé plusieurs ouvrages d’histoire. Il mourut en 1559. Le savoir de son père avait rendu déjà son nom illustre.

  64. [64]

    Christianus Massæus, né en 1469, mort en 1546, ancien hiéronymite, a laissé une chronique en 20 livres qui va jusqu’en 1540.

  65. [65]

    Egnazio (Jean Baptiste), — de son vrai nom Cipoli — né à Venise en 1478, y enseigna les belles-lettres, laissa plusieurs ouvrages d’histoire, et édita plusieurs classiques.

  66. [66]

    Inutile d’insister sur l’erreur commise par l’auteur en ces lignes. La Pucelle n’a jamais assiégé Rouen, et ce n’est pas sous ses murs qu’elle a été prise.

  67. [67]

    Richard de Wassebourg né à Saint-Mihiel vers la fin du quinzième siècle, mourut archidiacre de Verdun. Ses Antiquités de la Gaule belgique parlent un peu de tout, mais nous ont conservé des pièces historiques précieuses.

  68. [68]

    Il était évêque de Nocera au royaume de Naples. Né en 1483 à Côme, il mourut à Florence, où il s’était retiré, en 1552. Il écrivit une histoire de son temps. Ses œuvres ont été réunies en 6 vol. in fol.

  69. [69]

    Paulus Æmilius, né à Vérone, fut attiré en France où par ordre de Louis XII il écrivit un livre de rebus gestis Francorum (Paris, 1539), qui lui valut un canonicat à Notre-Dame.

  70. [70]

    Laziardus Jean (Le Jars), de Paris, historien de la fin du XVe siècle.

  71. [71]

    Aventinus (Jean Thurmaier, dit), chroniqueur bavarois, né en 1466, mort en 1534.

  72. [72]

    Boetius, ou Boethius Hector, né à Dundee en 1470, chanoine d’Aberdeen en 1500.

  73. [73]

    Jacques Meyer, 1491-1552, prêtre de Bruges, historien de Flandre, favorable au parti bourguignon.

  74. [74]

    Ce prélat a laissé de nombreux ouvrages. Sa Chronique des rois de France, publiée en 1547, va de Pharamond à Henri II.

  75. [75]

    Phrygion né à Schelestat, était ministre protestant. Il mourut à Tubingue en 1543.

  76. [76]

    Né à Bâle en 1522, mort en 1595.

  77. [77]

    Son nom était Wolfhart. Né en Alsace en 1518, mort à Bâle en 1561.

  78. [78]

    Opmeer (Pierre), né à Amsterdam en 1525, mort à Delft en 1595.

  79. [79]

    Pontus Heuterus (Héviter), né à Delft en 1535, fut prévôt d’Arnhem-en-Gueldre. Il écrivit une histoire latine des ducs de Bourgogne qui parut en 1583. Ce qu’il raconte de la Pucelle, il l’emprunte à Georges Chastellain dont il avait l’ouvrage sous les yeux. Il donna toutefois d’intéressants détails sur la maison et l’état de la Pucelle, lorsque Charles VII eut agréé ses services. Il déclare en outre avoir vu et il décrit le monument qui fut élevé sur le pont d’Orléans : monument que les Calvinistes détruisirent en 1567. — Lenglet du Fresnoy cite à peu près les mêmes pages qu’Edmond Richer (Histoire de Jeanne d’Arc, p. 69-74). Jules Quicherat n’en reproduit qu’une page (Procès, t. IV, p. 448, 449).

  80. [80]

    Manquent les réflexions quatriesme et cinquiesme annoncées par Edmond Richer. On voit, dans le manuscrit une page en blanc, à la suite de la troisième réflexion. Peut-être le copiste a-t-il oublié de combler la lacune. Peut-être l’auteur se réservait-il de le faire plus tard et en a-t-il été empêché par la maladie ou par la mort. Car son Histoire venait à peine d’être terminée qu’il tomba malade et mourut. Au reste cette lacune n’est pas la seule qu’il y ait lieu de constater. Il en existe, à propos des poètes, une plus considérable.

  81. [81]

    Il mourut en 1607.

  82. [82]

    Georges Braun, doyen de la cathédrale de Cologne, mourut au commencement du XVIIe siècle. L’ouvrage que cite Edmond Richer a pour auteurs Braun et Hagenberg.

  83. [83]

    Aubert Le Mire, né à Bruxelles en 1573, mort en 1640, était chanoine et doyen de l’église d’Anvers.

  84. [84]

    Georges Chastellain.

  85. [85]

    En somme, c’est un chapitre entier, celui des poètes, lequel aurait été le cinquième, qu’Edmond Richer pour les raisons données plus haut, n’a pas jugé bon d’écrire, ou n’a pu écrire. Le lecteur pourra se dédommager en se procurant et en parcourant à loisir les quatre chants du poème latin de Valérand Varanius. Un érudit d’Abbeville les a publiés en 1889, in-12 de 302 pages, Paris, et M. Alphonse Picard, le libraire bien connu, 82 rue Bonaparte, en a été l’éditeur. Simples et touchants sont les premiers vers de ce poème (Procès, t. V, p. 25.) :

    Scribere fert animus gestorum pauca Puellæ,

    …… quam nimis Anglus amaram

    Sensit, et interea dulcissima Francia dulcem.

    Virgo Dei genitrix, lux prævia, dirige dextram

    Ingeniumque meum.

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