#Pressions des Anglais
19 témoins :
- Guillaume Manchon, principal notaire du procès
- Isambert de La Pierre
- Nicolas Taquel, troisième notaire du procès
- Nicolas de Houppeville
- Jean Massieu, huissier du procès
- Pierre Cusquel
- André Marguerie
- Richard de Grouchet
- Pierre Miget
- Martin Lavenu
- Jean Le Fèvre
- Thomas Marie
- Jean Riquier
- Jean Fave
- Jean Tiphaine
- Guillaume de la Chambre
- Guillaume Colles, dit Boisguillaume, second notaire du procès
- Maugier Leparmentier
- Pierre Daron, alors procureur de Rouen
Guillaume Manchon(principal notaire du procès)
- Enquête du cardinal d’Estouteville (2 mai 1452)
Six semaines avant la sentence, Jean de la Fontaine et deux dominicains allèrent la persuader de se soumettre à l’Église, car elle ne paraissait pas comprendre la nature de l’Église. La Fontaine dut s’enfuir, les deux autres furent longtemps tourmentés. — Jean Lohier, voyant par les autres qu’on ne pouvait juger en sûreté, dit qu’on ne procédait pas bien et quitta le procès.
- Enquête du cardinal d’Estouteville (8 mai 1452)
Il en fut lui-même le notaire, sur l’injonction du Grand conseil du roi d’Angleterre, et il n’aurait pas osé désobéir à un ordre des seigneurs de ce conseil.
Cauchon procéda sans contrainte mais volontairement ; il convoqua Lemaître qui n’osa s’y opposer. Les Anglais poussaient à ce procès, qui fut conduit à leurs frais.
Le promoteur [d’Estivet] agit sans contrainte mais volontairement. Les assesseurs convoqués n’auraient pas osé s’y opposer. Pour le reste s’en rapporte à leur conscience.
Aux environs de la semaine sainte, Jean de La Fontaine, assistant de Cauchon, frères Ysembart de La Pierre et Martin Lavenu, dominicains et assistants de Lemaître, poussés par la pitié, allèrent voir Jeanne dans sa prison ; et ils la persuadèrent de se soumettre à l’Église, sans quoi elle serait en danger de mort. Cauchon et Warwick l’apprirent et entrèrent dans une extrême colère ; en danger de mort, La Fontaine quitta la ville, les deux frères furent protégés par Lemaître. [La Fontaine n’apparaît plus au procès-verbal après le 28 mars.]
De même Jean Lohier fut sollicité pour donner son avis ; devant Cauchon il dit que le procès était nul pour plusieurs raisons : 1. il ne se déroulait pas en lieu sûr et Jeanne n’était pas gardée dans une prison d’Église ; 2. on y traitait de la cause d’un roi absent et non cité. Voyant que ses paroles ne plaisaient pas à l’évêque et aux seigneurs anglais, Lohier ne voulut pas attendre davantage et quitta Rouen le lendemain pour la cour de Rome.
Déclare que lorsqu’on pressait Jeanne de se soumettre à l’Église et lorsque frère Ysambart de La Pierre la persuadait de se soumettre au concile général, avoir entendu l’évêque de Beauvais dire au frère Bardin : Taisez-vous, au nom du diable !
Et cela se passait en justice, quand Jeanne était interrogée.
- Enquête à Paris et à Rouen (12 mai 1456)
Croit qu’elle fut jugée à Rouen et non à Paris, car c’est là qu’était le roi d’Angleterre ; fut placée dans la prison du château de Rouen. — Lui-même fut forcé d’être notaire et le fit contre son gré, car n’osait s’opposer à un ordre du conseil du roi. — Les Anglais menèrent et financèrent le procès. Cauchon et d’Estivet le firent volontairement ; les autres assesseurs n’auraient osé refuser, tous avaient peur. — Au début du procès il fut convoqué dans une maison, près du château, par Cauchon, l’abbé de Fécamp, Nicolas Loyseleur et plusieurs autres ; Cauchon déclara qu’il lui fallait servir le roi, qu’il avait l’intention de faire un beau procès ; on nomma Boisguillaume pour l’assister.
Cauchon interrogea sur le procès feu Jean Lohier qui venait d’arriver à Rouen ; le témoin alla l’interroger le lendemain et Lohier répondit qu’il avait vu le procès et qu’il était nul, car : les juges n’étaient pas libre, le procès concernait plusieurs personnes qui n’avaient pas été citées, il n’y avait pas d’avocat, et pour plusieurs autres raisons. Ce dernier ajouta qu’on avait l’intention de faire mourir Jeanne et il quitta la ville. Deux jours plus tard, Cauchon déclara que Lohier avait voulu placer leur procès en interlocutoire et le combattre, et qu’il ne ferait rien pour lui.
Cauchon avait délégué Jean de La Fontaine pour interroger Jeanne ; celui-ci s’y rendit la semaine sainte avec frères Isambert de La Pierre et Martin Ladvenu, et voulut l’inciter à se soumettre à l’Église. Warwick et Cauchon l’apprirent et en furent mécontents ; La Fontaine quitta la ville et n’y revint plus ; les deux frères furent aussi en grand danger.
Nicolas de Houppeville fut lui aussi en danger pour avoir refusé de participer au procès.
Le sous-inquisiteur Jean Le Maistre évita, autant qu’il put, de participer au procès, car cela lui déplaisait beaucoup.
Une fois, Jean de Châtillon tenta d’aider Jeanne ; Cauchon le somma de se taire.
Un autre tentait de conseiller Jeanne sur sa soumission à l’Église fut rappelé à l’ordre par Cauchon : Taisez-vous au nom du diable !
Un autre fut poursuivi par Stafford, l’épée dégainée, et dut se réfugier dans un lieu sacré.
Isambert de La Pierre
- Enquête du cardinal d’Estouteville (3 mai 1452)
Lorsqu’on demanda à Jeanne si elle voulait se soumettre à l’Église ; elle répondit : Qu’est-ce que l’Église ? Quant à vous, je ne veux pas me soumettre à votre jugement, car vous être mon ennemi mortel.
Lorsque lui-même lui parla du concile [de Bâle], elle répondit s’y soumettre, aussitôt Cauchon dit au témoin de se taire, au nom du diable.
- Enquête du cardinal d’Estouteville (9 mai 1452)
Jean [de Saint-Avit], évêque d’Avranches fut menacé par le promoteur Benedicite [d’Estivet] parce qu’il refusait de donner son avis ; Nicolas de Houppeville fut menacé d’être exilé parce qu’il refusait d’assister au procès et de donner son avis.
Après la rétractation de Jeanne, lui, Jean de La Fontaine, frère Guillaume Vallée, et d’autres du rang des juges allèrent la trouver pour l’encourager à persévérer ; les Anglais, remplis de colère et de fureur, les chassèrent du château avec des glaives et des bâtons ; Jean de La Fontaine quitta la ville et n’y revint pas. [La Fontaine avait sans doute quitté la ville bien avant ; il n’apparaît plus après le 28 mars ; l’abjuration a eu lieu le 24 mai.] — Le témoin fut personnellement menacé par le comte de Warwick pour avoir conseillé à Jeanne de se soumettre au concile général.
Lorsque le témoin lui-même suggéra à Jeanne de se soumettre au concile de Bâle dans lequel se trouvaient beaucoup de prélats et de docteurs du parti du roi de France, elle s’y soumit ; alors Cauchon l’invectiva violemment en lui disant : Taisez-vous, au nom du diable !
Entendant cela, maître Guillaume Manchon, notaire de la cause, demanda à l’évêque s’il devait écrire cette soumission ; l’évêque répondit que non, et que ce n’était pas nécessaire ; aussi Jeanne dit à l’évêque : Ha ! vous écrivez bien ce qui est contre moi, et vous ne voulez pas écrire ce qui est pour moi.
Et il croit que cela ne fut pas écrit ; d’où s’ensuivit dans l’assemblée un grand murmure.
Croit que la sentence fut rendue par méchanceté et vengeance, plus que par amour de la justice.
Nicolas Taquel(troisième notaire du procès)
- Enquête du cardinal d’Estouteville (8 mai 1452)
On disait que le procès était fait aux frais du roi d’Angleterre ; mais sur les craintes et les pressions mentionnées il n’a rien remarqué.
Nicolas de Houppeville
- Enquête du cardinal d’Estouteville (8 mai 1452)
Quant à la crainte et aux pressions, n’y croit pas quant aux juges ; croit au contraire qu’ils ont agi volontairement, surtout l’évêque de Beauvais. Il vit celui-ci revenir, après avoir conduit Jeanne, racontant sa mission au roi et au sire de Warwick, et dire, joyeux et exultant, certaines paroles qu’il ne comprit pas ; ensuite l’évêque parla en secret avec le comte de Warwick, mais ce qu’il dit alors le témoin l’ignore. [La mission au roi est probablement son ambassade auprès du duc de Bourgogne pour obtenir Jeanne. Cauchon s’entretenait directement avec Henri VI.]
Pense que la plupart des assesseurs ont agi sans contrainte ; pour les autres, croit que plusieurs avaient peur, comme Pierre Minier, dont l’avis déplut à Cauchon, disant qu’à son avis maître Pierre Minier n’aurait pas dû mêler droit canonique et théologie, et qu’il aurait dû laisser le droit canonique aux juristes.
A entendu dire que Warwick aurait menacé de noyade frère Isambard de La Pierre, car il tentait de diriger les paroles de Jeanne pour qu’elle les répétât ensuite aux notaires ; croit l’avoir entendu de la bouche du sous-inquisiteur Lemaître, du même ordre que La Pierre (Frères prêcheurs).
Lui-même fut convoqué au procès mais fut renvoyé par Cauchon parce qu’il avait dit auparavant, en parlant avec maître Michel Colles [est-ce le notaire Guillaume Colles, dit Boisguillaume ?], qu’il était périlleux d’engager ledit procès pour plusieurs raisons, paroles qui furent répétées à l’évêque ; l’évêque le fit mettre en prison et on l’aurait peut-être exilé en Angleterre sans l’intervention de l’abbé de Fécamp et de quelques amis qui obtinrent sa libération.
De même il sait avec certitude que le sous-inquisiteur avait très peur, et il le vit très embarrassé pendant le procès.
- Enquête à Paris et à Rouen (13 mai 1456)
N’a jamais estimé que Cauchon procédait pour la foi ou la justice, afin de ramener Jeanne dans le bon chemin, mais par haine contre elle, car elle favorisait le parti du roi de France ; il n’agissait non par crainte mais volontairement. Certains participèrent par complaisance envers les Anglais, les autres par craintes. — L’avis de Pierre Minier n’avait pas été agréable à Cauchon.
Tient du sous-inquisiteur Le Maistre, que Warwick menaça le frère Ysambert de La Pierre de le noyer dans la Seine, s’il continuait de conseiller Jeanne et de rapporter ses paroles aux notaires.
Au début du procès il participa à quelques délibérations ; il fut d’avis que le tribunal était incompétent, attendu que les juges était du parti opposé à Jeanne, et qu’elle avait déjà été interrogée par le clergé de Poitiers et par l’archevêque de Reims, métropolitain de l’évêque de Beauvais. Cet avis provoqua la colère de Cauchon qui le fit citer devant lui ; il comparut, affirma qu’il ne lui était pas soumis, et que son juge était, non pas l’évêque, mais l’official de Rouen, et se retira. Comme il allait comparaître devant l’official de Rouen, il fut pris et enfermé dans la prison royale. Il demanda ce qu’il faisait là, on lui répondit que c’était à la requête de Cauchon ; il se douta que c’était à cause de sa prise de position, ce que lui confirma son ami Jean de La Fontaine en lui faisant parvenir un billet. On parla alors de l’exiler en Angleterre ou ailleurs, mais l’abbé de Fécamp et quelques amis parvinrent à le faire sortir de prison.
Frère Jean Le Maistre n’intervenait à ce procès que forcé, et plein de crainte ; il le vit extrêmement embarrassé pendant ce procès.
A entendu maître Pierre Minier dire que son avis cosigné avec Richard de Grouchet et Pierre Pigache avait été écarté, parce qu’ils ne plaisaient pas, et qu’ils alléguaient le Décret de Gratien.
Jean Massieu(huissier du procès)
- Enquête du cardinal d’Estouteville (8 mai 1452)
Quant aux pressions déclare que Jean de Châtillon, alors archidiacre d’Évreux, s’opposa aux interrogatoires trop difficiles ; d’autres assistants lui dirent plusieurs fois qu’il les gênait ; et lui répondit : Il faut que je soulage ma conscience.
On lui interdit de revenir à moins d’être convoqué. [Châtillon fut malgré tout l’un des assesseurs les plus présents, et assista à la première et à la dernière journée du procès.]
Lui-même conduisait Jeanne de la prison à l’interrogatoire, y assistait toujours et la reconduisait en sa prison ; tous les assistants avaient peur.
Au début du procès, il avait dit n’avoir jamais vu en Jeanne que du bien, lesquels propos furent rapportés par un certain Eustache Turquetil à Cauchon qui le convoqua pour le réprimander, disant que sans ses amis il aurait été jeté à la Seine.
- Enquête à Paris et à Rouen (12 mai 1456)
Sait que nombreux avaient Jeanne en grande haine, et surtout les Anglais, qui la craignaient beaucoup et n’auraient osé venir en un lieu où ils l’auraient cru présente.
Croit la rumeur qui disait que Cauchon agissait non pour la justice mais pour les Anglais, alors en grand nombre à Rouen où se trouvait le roi d’Angleterre et son conseil. — Certains assesseurs disaient que Jeanne devait être remise aux mains de l’Église, mais Cauchon n’en avait cure et la remit aux Anglais. — Cauchon était très attaché au parti des Anglais ; beaucoup de conseillers avaient très peur et ne jouissaient pas de leur libre arbitre comme Nicolas de Houppeville qui fut banni avec plusieurs autres.
Lorsqu’on demanda à Jeanne si elle était en état de grâce, le frère Jean Le Fèvre qui jugeait ses réponses satisfaisantes, déclara cependant qu’on la persécutait trop ; les interrogateurs lui dirent de se taire.
Après que Jean de Châtillon déclara à Cauchon et autres assesseurs que le procès lui paraissait nul ; on interdit au témoin de le convoquer de nouveau. [Il apparaît pourtant bien jusqu’au dernier jour du procès.]
Jean de La Fontaine interrogea Jeanne quelques jours et s’en alla, car il avait dénoncé dans ce procès certaines choses.
Jean Lemaître, convoqué comme inquisiteur, se récusa plusieurs fois et fît son possible pour ne plus être présent au procès. On lui fit savoir que s’il n’y assistait pas, il serait en danger de mort. Lemaître lui-même disait que pour celui qui ne suit pas la volonté des Anglais, la mort est proche.
Lui-même fut en grand danger. Un jour qu’il menait ou ramenait Jeanne, il rencontra un Anglais nommé Anquetil, chantre de la chapelle du roi d’Angleterre, qui lui demanda ce qu’il pensait de Jeanne. Il répondit qu’il ne voyait rien en elle que de bon, et qu’elle lui paraissait être une femme de bien. Le chantre rapporta ce propos à Warwick, qui fut très mécontent. Après beaucoup d’effort il s’en tira finalement avec des excuses.
Pierre Cusquel
- Enquête du cardinal d’Estouteville (9 mai 1452)
Croit que les juges et assistants agissaient par faveur envers les Anglais et qu’ils n’auraient pas osé contredire ceux-ci ; mais ne sait rien sur les pressions.
Croit que personne n’aurait osé conseiller ou défendre Jeanne.
- Enquête à Paris et à Rouen (12 mai 1456)
Ce procès fut fait non pour la foi ou la justice, mais par haine et à cause de la crainte qu’inspirait Jeanne aux Anglais. Le tribunal procédait avec partialité et sur les instances des Anglais.
Il entendit toute sorte de bruits au sujet de la reprise de l’habit d’homme. André Marguerie avait déclaré qu’il fallait bien rechercher la vérité sur le changement d’habit mais quelqu’un lui dit de se taire au nom du diable.
Personne n’aurait osé conseiller ou aider Jeanne.
Personne n’aurait osé conseiller ou aider Jeanne.
André Marguerie
- Enquête du cardinal d’Estouteville (9 mai 1452)
Certains furent réprimandés pour n’avoir pas été assez favorable aux Anglais, mais ignore si quelqu’un fut en danger. Il apprit que Nicolas de Houppeville n’avait pas donné son avis.
- Enquête à Paris et à Rouen (12 mai 1456)
A entendu que Jeanne fut au diocèse de Beauvais, à Compiègne, conduite à Rouen, détenue au château, où elle fut jugée en matière de foi, par Cauchon et le sous-inquisiteur, sous l’impulsion des Anglais. — Plusieurs assesseurs se virent reprocher de ne pas avoir parlé assez ouvertement comme les Anglais le voulaient ; mais ignore certains furent en danger de mort. Entendit juste dire que Nicolas de Houppeville refusa de donner son avis. — Certains Anglais procédaient par haine, mais les gens notables avec un bon esprit.
Ne sait rien.
Richard de Grouchet
- Enquête du cardinal d’Estouteville (9 mai 1452)
Ignore si Jeanne eut un conseiller ou en demanda un ; pense sans certitude qu’elle en demanda un au début. — Ignore si quelqu’un fut en péril de mort pour l’avoir défendue ; mais sait bien que ceux qui ont tenté de la diriger furent réprimandés durement et sévèrement, et taxés de partialité tantôt par Cauchon, tantôt par Jean Beaupère ; ce dernier disait à ceux qui la dirigeaient de la laisser parler, et qu’il était désigné pour l’interroger.
Vrai quant au droit. Déclare que l’avis qu’il écrivit avec Pigache et Minier suivant leur conscience ne plut pas aux juges et que Cauchon dit : C’est cela que vous avez fait ?
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Pierre Miget
- Enquête du cardinal d’Estouteville (9 mai 1452)
Croit aux pressions et à la crainte, bien qu’il ne sache rien de sûr.
À la fin de la première prédication à Saint-Ouen, comme Jeanne était exhortée à se rétracter et hésitait, un clerc anglais dit à l’évêque de Beauvais qu’il favorisait Jeanne ; l’évêque lui répondit : Vous mentez. Moi, je dois, par ma fonction, chercher le salut de l’âme et du corps de cette Jeanne.
Lui-même fut convoqué devant le cardinal d’Angleterre, parce qu’il aurait été favorable à Jeanne, et dût s’excuser, craignant le péril de son corps.
S’en rapporte au droit ; croit que certains ne furent pas totalement libres et d’autres furent volontaires.
- Enquête à Paris et à Rouen (12 mai 1456)
Les Anglais décidèrent du procès, firent pression sur les juges, et refusèrent que Jeanne soit gardée en prison d’Église.
Croit que personne n’aurait osé aider ou défendre Jeanne, à moins d’y être autorisé.
Certains juges ne furent pas entièrement libres, d’autres volontaires.
Martin Lavenu
- Enquête du cardinal d’Estouteville (9 mai 1452)
Ne sait rien de la crainte et des pressions.
A vu maître Nicolas de Houppeville conduit à la prison royale, parce qu’il ne voulait pas assister au procès.
Sans certitude quant aux assesseurs, croit qu’une partie avait peur l’autre était partiale.
Sait que Jeanne n’eut aucun conseiller et que personne n’aurait osé se mêler de la conseiller, de la diriger ou de la défendre par peur des Anglais. Entendit dire que certains qui allèrent au château, sur l’ordre des juges, pour conseiller ou diriger Jeanne, avaient été durement repoussés et menacés château.
- Enquête à Paris et à Rouen (12 mai 1456)
Jeanne fut amenée à Rouen, détenue dans la prison du château, poursuivie dans un procès en matière de foi à la demande et aux frais des Anglais. Cauchon et d’autres voulurent et obtinrent des lettres de garantie du roi d’Angleterre que le témoin a bien vues entre leurs mains, signée de Laurent Calot. — Certains assesseurs venaient par crainte des Anglais, d’autres parce qu’ils leur étaient favorables.
Nicolas de Houppeville fut mis dans la prison royale pour avoir refusé de participer à ce procès.
Jeanne n’eut aucun conseiller, sauf vers la fin du procès. Nul n’aurait osé la conseiller Jeanne par crainte des Anglais. Les juges envoyèrent une fois quelques conseillers à Jeanne, ils furent brutalement repoussés par les Anglais.
Le sous-inquisiteur Lemaître, avec qui le témoin se rendait souvent au procès, avait été forcé d’y venir.
Frère Ysambard de La Pierre, compagnon du sous-inquisiteur, fut menacé d’être noyé dans la Seine pour avoir voulu une fois conseiller Jeanne.
Ne sait rien.
Jean Le Fèvre
- Enquête du cardinal d’Estouteville (9 mai 1452)
Ne sait rien des craintes et pressions.
Ne sait rien sauf ceci : comme on demandait à Jeanne si elle était dans la grâce de Dieu, le témoin présent dit que ce n’était pas une question convenant à une telle femme ; alors l’évêque de Beauvais lui répliqua : Il vaudrait mieux pour vous que vous vous taisiez.
N’a pas constaté de pression.
- Enquête à Paris et à Rouen (12 mai 1456)
Les assesseurs n’avaient pas pleine liberté de s’exprimer de peur d’être mal considérés. En effet on demanda à Jeanne si elle était en état de grâce ; le témoin déclara que Jeanne n’était pas tenue de répondre à une question difficile, mais fut repris par Cauchon : Il vaudrait mieux pour vous que vous vous taisiez.
Thomas Marie
- Enquête du cardinal d’Estouteville (9 mai 1452)
Sur la peur et les pressions déclare que certains intervinrent au procès par crainte, d’autres par partialité.
Ne croit pas à la crainte et aux menaces, mais plutôt à la partialité, surtout parce que certains, comme il le croit et l’entendit dire, reçurent des présents. — Nicolas de Houppeville fut incarcéré et expulsé du procès parce qu’il avait parlé avec aigreur de la cause de Jeanne à Cauchon.
Déclare que où il n’y a pas libre arbitre, ni procès ni sentence ne valent ; mais ne peut rien dire d’autre que sa déposition ci-dessus si les juges et les assesseurs furent libres.
Jean Riquier
- Enquête du cardinal d’Estouteville (9 mai 1452)
Ne sait rien de la crainte et des pressions.
Il est notoire, lui-même le croit, que beaucoup se seraient volontiers abstenus ; et y assistaient plus par peur qu’autrement.
Il entendit dire que certains membre du tribunal s’étaient fait invectiver par les Anglais qui trouvaient que le procès duraient trop longtemps.
Déclare que la plupart de ceux qui agissaient dans le procès n’auraient pas procédé ainsi s’ils avaient été libres et n’avaient pas craint la colère des Anglais.
- Enquête à Paris et à Rouen (12 mai 1456)
Jeanne fut amenée à Rouen pour être jugée en matière de foi. — Le témoin était alors choriste de l’église de Rouen, et parfois il entendait les prêtres de l’église parler de ce procès.
Il entendit Pierre Morice, Nicolas Loiseleur et d’autres dire que les Anglais la craignaient au point de ne pas oser mettre le siège devant Louviers tant qu’elle serait vivante.
Pour plaire aux Anglais il fallait juger vite et trouver comment la condamner à mort. Croit que tout ce qui fut fait, le fut à la demande et aux frais des Anglais. — Le bruit courait que beaucoup d’assesseurs se seraient volontiers abstenus, et qu’ils venaient au procès plus poussés par la crainte qu’autrement.
Jean Fave
- Enquête du cardinal d’Estouteville (9 mai 1452)
Quant à la crainte et aux pressions : Après la première prédication, comme on la reconduisait en prison au château de Rouen, des valets se moquaient de Jeanne, avec la permission des Anglais, leurs maîtres ; et les principaux des Anglais étaient fort indignés contre l’évêque de Beauvais, les docteurs et les autres assesseurs du procès, parce qu’elle n’avait pas été confondue, condamnée et livrée au supplice. — Entendit dire que certains Anglais, ainsi irrités contre l’évêque et les docteurs qui revenaient du château, levèrent leur épée pour les frapper, sans toutefois le faire, disant que le roi avait mal dépensé son argent avec eux. — A entendu de certaines personnes que le comte de Warwick, après la première prédication, s’était plaint desdits évêque et docteurs, en disant que le roi était mal servi, parce que Jeanne s’en tirait ainsi ; sur ce l’un des docteurs répondit : Seigneur, ne vous faites pas de soucis ; nous la rattraperons bien.
Jean Tiphaine
- Enquête à Paris et à Rouen (2 avril 1456)
Il se rendit à la seconde convocation par crainte des Anglais ; ignore avec quelle passion ils procédaient contre elle.
Guillaume de la Chambre
- Enquête à Paris et à Rouen (2 avril 1456)
Lui-même n’a jamais donné son opinion au cours du procès, bien qu’il eût souscrit, forcé par Cauchon [il fait référence à la dernière délibération du 29 mai]. Il s’était excusé plusieurs fois que ce n’était pas de son métier d’opiner sur un tel sujet ; mais on lui fit savoir que s’il ne souscrivait pas comme les autres il lui arriverait malheur ; et il souscrivit. — De même Jean Lohier et Nicolas de Houppeville furent menacés d’être noyés, s’ils refusaient d’assister au procès.
Guillaume Colles, dit Boisguillaume(second notaire du procès)
- Enquête à Paris et à Rouen (12 mai 1456)
Ignore si quelque pression ou contraintes furent mises sur certains.
Nicolas de Houppeville quitta la ville pour ne pas participer au procès.
Maugier Leparmentier
- Enquête à Paris et à Rouen (12 mai 1456)
Le procès fut mené à la demande des Anglais et par Cauchon, qui était très attaché au parti anglais, car on disait qu’elle avait été prise dans son diocèse. — Des Frères prêcheurs eurent beaucoup à faire, parce qu’ils conseillaient à Jeanne de se soumettre à l’Église.
La commune renommée était que tout ce que l’on faisait contre Jeanne était fait par haine du roi de France et de son parti, et que Jeanne avait subi une grande injustice.
Pierre Daron(alors procureur de Rouen)
- Enquête à Paris et à Rouen (13 mai 1456)
Certains qui refusaient de participer au procès furent blâmés par les Anglais, notamment Nicolas de Houppeville.