Opinio (1452)
- Jean de Montigny (~1400–1471)
Éditions & sources
- Quicherat : Fragments (latin) (Procès, t. III, 1845, p. 319), d’après le ms. 5970 de la BnF.
- Lanéry d’Arc : Texte (latin) (Mémoires et consultations, 1889, p. 277), d’après le même ms. 5970 de la BnF.
- Duparc : Texte (latin) (Procès en nullité, t. II, 1979, p. 266), d’après le même ms. 5970 la BnF.
Note : Le traité de Montigny est absent du ms. Stowe 84 de la British Library, qui servit de base au reste de l’édition de Duparc, d’où l’utilisation ici du ms. 5970 de la BnF.
- Ayroles : Analyse (Vraie Jeanne d’Arc, t. I, 1890, p. 292-310)
Sources manuscrites
- BnF : Manuscrit Latin 5970
[XVe siècle.] L’un des trois exemplaires authentiques du procès de Réhabilitation (celui de la famille d’Orléans). — f° 153 r° à 159 v°.
En marge :
d[omi]ni Joh[ann]is de mo... decretor[um] doctor[is]
Seigneur Jean de Mo, docteur en décret.
Incipit :
[P]remissa excusatione : Qua summe indigeo, tum ratione arduitatis materie...
Excuses préalables, et grandement nécessaire, de part la complexité du sujet,...
Note : Il manque le P du premier mot
Premissa
; l’emplacement laissé vacant aurait dû accueillir un P enluminé.Ms. latin 5970, fol. 153 r° (Source gallica.bnf.fr / BnF) - Note : Le mémoire ne figure pas dans les deux autres exemplaires authentiques. Le ms. Latin 17013 (BnF) n’inclut que celui de Gerson ; le ms. Stowe 84 (British Library) ne contient pas ceux de Basin, Bochard et Montigny.
- BnF : Manuscrit Latin 13837
[XVe siècle.] Manuscrit contenant sept mémoires écrits pour la Réhabilitation. — f° 20 r° à 37 v°.
Oppinio magistri Joh[ann]is de montigny, decretor[um] famosi doctor[is]. | Premissa excusatione qua summe indigeo...
Opinion de maître Jean de Montigny, fameux docteur en décret. | Excuses préalables, et grandement nécessaire,...
Ms. latin 13837, f° 20 r° (Source gallica.bnf.fr / BnF)
Aperçu
Quelques considérations :
1. Identification de l’auteur
Un seul des exemplaires authentiques contient le mémoire (l’actuel ms. Latin 5970 de la BnF). Lors de sa reliure en volume, le nom Montigny
a été mutilé, ne laissant que les deux premières lettres Mo
. Cette altération a posé de nombreux problèmes aux historiens pour identifier l’auteur (cf. Chronologie).
- Lenglet du Fresnoy (1753) et L’Averdy (1790) ignorent l’identité de ce
Jean de Mo
. - 1845 : Quicherat, après avoir passé au crible les registres de l’Université, conjecture qu’il doit s’agir de
Jean de Montigny
- 1889 : Lanéry d’Arc découvre une autre version du texte dans un manuscrit ignoré de ses prédécesseurs (ms. Latin 13837). Le nom est complet et confirme l’intuition de Quicherat.
2. Datation du mémoire
Ayroles, Vraie Jeanne d’Arc, t. I, 1890, p. 293 :
Montigny ne cite nulle part les témoins entendus dans la double enquête préparatoire [du cardinal d’Estouteville, à Rouen début mai 1452] ; c’est une preuve que son mémoire est un des premiers composés : ou l’enquête n’avait pas eu lieu, ou les transcriptions n’en étaient pas encore faites. Il se plaint du peu de temps qui lui est laissé pour son travail ; il exprime les craintes que lui fait éprouver l’éminence des seigneurs et pères qui liront son écrit, et à la fin il trace la marche à suivre pour faire aboutir le procès. Tout cela n’indiquerait-il pas que d’Estouteville aura encore chargé le professeur de droit canon de composer cette œuvre ?
3. Quelques rermaques sur le contenu
- Montigny invoque le peu de temps imparti pour composer son mémoire.
Et quia meæ parvitatis non est meis dictis fidem accommodari velle, nisi quatenus auctoritatibus aut rationibus probabilibus fulciuntur, allegabo, ut juxta fundamenti vigorem adhibeatur ipsis credulitas, brevitati quantum fuerit mihi possibile studens, tum propter brevitatem temporis mihi indicti, tum propter gravitatem materiæ ad quam attingere non valeo.
Et parce que je ne veux pas que l’on accorde trop de foi à mes modestes paroles, sauf lorsqu’elles s’appuient sur des autorités ou des arguments indiscutables, je rappelerai l’impossibilité d’approfondir une matière si grave en un temps aussi court que celui qui m’a été accordé.
- Il suggère que l’action en justice soit intentée à l’instigation des parents de Jeanne, en tant que co-victimes de l’injustice subie par Jeanne : l’infamie d’un membre contamine la famille entière.
Quo vero ad partes tam agentes quam defendentes aut evocantes seu evocandas ad judicium, licet plures possint esse partes, cum ii omnes, quorum interest, sint audiendi pluriumque intersit et in communi ac in particulari, ac tamen pro præsenti proximiores ejusdem Puellæ sic deffunctæ viderentur præ cæteris præponendi et ad hujusmodi processum admittendi tanquam suorum injuriam prosequentes in extinctione supradictæ Puellæ seu suffocatione miserabili.
Quant aux parties, demandeurs comme défenseurs, appelants comme appelés à comparaître en justice, — bien qu’il puisse y avoir plusieurs parties impliquées, étant donné que tous les intérêts, généraux et particuliers, doivent être entendus, — il semble pour l’instant qu’il faille privilégier une action des plus proches parents de la défunte Pucelle, en tant que partie lésée par le supplice et la fin misérable de ladite Pucelle.
De fait, le rescrit de Calixte III ordonnant aux juges l’ouverture du procès de réhabilitation (11 juin 1455) dit en substance :
Pour rétablir l’honneur de Jeanne et le leur, et pour abolir la marque d’infamie, les plaignants nous ont humblement supplié de faire examiner cette cause de nullité et de justification de Jeanne. — (Gratteloup, Abrégé du procès en nullité, 2023, Teneur du rescrit.)
- Le ms. Latin 13837 le qualifie de
fameux docteur en décret
.
Chronologie
1452
-
Enquête préliminaire au procès de réhabilitation de Jeanne d’Arc. — Jean de Montigny, docteur en droit de l’Université de Paris, est sollicité pour donner son avis sur le procès de condamnation. Son mémoire sera inclus dans les actes officiels du procès.
1753
-
Lenglet du Fresnoy évoque le mémoire dans le deuxième volume de son Histoire de Jeanne d’Arc, où il décrit le manuscrit Latin 5970 de la Bibliothèque du roi.
Joannes de Mo…
1790
-
L’Averdy, Notices des manuscrits, t. III.
Jean, docteur en décret (p. 295).
Je ne peux pas dire quel était le nom de l’auteur du traité suivant ; on ne peut lire dans le manuscrit que son nom de baptême, Jean, et les deux premières lettres de son nom de famille M et O, parce qu’en reliant le volume, on a coupé le surplus [...] Ce traité présente le même avis que les précédents, sans y ajouter de nouveaux motifs ; il entre au surplus dans beaucoup de détails (p. 520).
1845
-
Quicherat, Procès, t. III, p. 319-322, édite quelques fragments du mémoire, d’après le ms. 5970.
En passant au crible les registres de l’Université, il déduit l’identité de l’auteur :
Le reste de ce nom, écrit sur la marge du manuscrit 5970, a été rogné. Je n’ai pas trouvé d’autre docteur en décret à qui il pût s’appliquer que Jean de Montigny. (III, 319, note.)
Parmi les hommes célèbres du temps, Jean de Montigny est le seul que j’aie trouvé répondant aux conditions de ce titre mutilé. (V, 466, 1849.)
1888
-
Joseph Fabre, Procès de Réhabilitation, t. II, 1888, p. 183 :
Un sixième mémoire, prétentieux et banal, était l’œuvre de Jean de Montigny, chanoine de Paris et conseiller au Parlement.
1889
-
Lanéry d’Arc, Mémoires et consultations, p. 269-276, édite le texte complet, d’après le ms. 5970.
Il a également mis au jour le manuscrit Latin 13837, conservé à la BnF, qui rassemble sept mémoires préliminaires à la réhabilitation, dont celui de Jean de Montigny, où le nom apparaît en entier.
Quicherat, ne connaissant le texte de ce mémoire que par le ms. 5970, en avait été réduit, relativement au nom de son auteur, à de simples conjectures. [...] Ceci montre une fois de plus la grande sagacité de l’érudit, ce mémoire est bien de Montigny. La Bibliothèque nationale possède en effet un autre ms. de ce mémoire, c’est le n° 13837, or dans ce dernier fol. 20 recto, on trouve comme suscription, de la même écriture que celle du ms. : Oppinio magistri Johannis de Montigny decretorum famosi doctoris.
1890
-
Le père Ayroles, Vraie Jeanne d’Arc, t. I, 1890, p. 292-310, analyse le mémoire.
Montigny divise son sujet en deux parties, le fond même du procès et la procédure. Pour la question de fond, il n’y avait pas même matière à intenter une accusation en matière de foi. Les accusateurs, ce semble, l’ont basée sur les révélations de l’inculpée ; sur son habit masculin et la part qu’elle a prise à la guerre ; sur les hommages rendus par elle aux esprits et sur ceux dont elle a été l’objet ; enfin sur son défaut de soumission à l’Église. Montigny se propose d’établir qu’aucun de ces griefs ne rendait Jeanne suspecte dans la foi. Le défaut de soumission à l’Église ayant trait au fond et à la forme, il en sera traité dans la seconde partie ; mais il faudra se rappeler ce qui en aura été dit dans la première.
Le Recueil de Lanéry d’Arc n’était pas encore publié au moment où il rédigea son étude ; il suit Quicherat pour l’identification de l’auteur :
Jean de Montigny : c’est ainsi que Quicherat propose de suppléer les lettres enlevées par le relieur dans le manuscrit. [...] La conjecture du directeur de l’École des chartes semble moralement certaine.
1977
- 1977–1988
Duparc publie une nouvelle édition du texte latin du procès de réhabilitation, intégrant l’ensemble des mémoires dans leur intégralité, Procès en nullité, t. II, 1979, p. 266.
Au dernier tome, Procès en nullité, t. V, 1988, p. 56, il commente :
[L’Opinio de Jean de Montigny] est un des plus longs mémoires, après ceux de Bourdeilles et de Berruyer. Très méthodique, l’auteur traite successivement du fond, fundamentum, materia processus : les révélations, l’habit d’homme, le port d’armes, et, ce qui fut rarement mentionné, le culte qu’on portait à la Pucelle, ensuite de la forme, forma sive ordo processus : la compétence des juges, le manque de conseil, d’information préalable, et autres vices. Mais Montigny, plus juriste que théologien, eut surtout le mérite d’indiquer quelle devait être la forme du procès à intenter contre la condamnation. Comme acteurs, bien que plusieurs puissent être parties à ce procès, il faut préférer dans le cas présent, pro presenti, proximiores ejusdem Puelle ; c’est donc aux parents de Jeanne de venger l’injustice faite à l’une des leurs. Quant aux défendeurs ce sont les juges, ou leurs successeurs, avec la clause
s’ils croient être intéressés
. Le mémoire se termine en traitant de quelques points particuliers relatifs aux lettres écrites par Jeanne, au saut du haut de la tour de Beaurevoir, aux entreprises faites contre Paris et La Charité, à ses prophéties.