#Abjuration
22 témoins :
- Isambert de La Pierre
- Pierre Bouchier
- Jean Massieu, huissier du procès
- Guillaume du Désert
- Guillaume Manchon
- Pierre Cusquel
- André Marguerie
- Pierre Miget
- Martin Lavenu
- Jean Fave
- Guillaume de la Chambre
- Jean de Mailly
- Thomas de Courcelles
- Jean Monnet, secrétaire de Jean Beaupère
- Jean Marcel
- Jean de Lénizeul, serviteur de Guillaume Érart
- Aimon de Macy
- Guillaume Colles, dit Boisguillaume, second notaire du procès
- Laurent Guesdon, alors lieutenant du bailli de Rouen
- Jean Riquier
- Jean Moreau, habitant de Rouen originaire d’un village proche de Domrémy
- Nicolas Taquel, troisième notaire du procès
Isambert de La Pierre
- Enquête du cardinal d’Estouteville (3 mai 1452)
Il assista à la prédiction de Guillaume Érard sur le thème le sarment ne peut donner de fruit s’il ne reste attaché à la vigne
; déclarant qu’en France il n’y avait jamais eu de monstre pareil, qu’elle était adonnée aux sortilèges, hérétique, schismatique, que le roi en la soutenant était semblable et voulait visiblement recouvrer son royaume grâce à une telle femme hérétique.
- Enquête du cardinal d’Estouteville (9 mai 1452)
Lors de la première sentence [24 mai], le témoin crut qu’elle allait être brûlée tant elle différait sa rétractation. — Elle avait été conduite en voiture jusqu’au cimetière de Saint-Ouen de Rouen.
Pierre Bouchier
- Enquête du cardinal d’Estouteville (8 mai 1452)
Ne sait rien sinon qu’un clerc anglais, bachelier en théologie, garde du sceau privé du cardinal d’Angleterre, présent lors de la première prédication au cimetière Saint-Ouen de Rouen, s’adressa au seigneur évêque de Beauvais, juge de ladite Jeanne, et lui dit : Dépêchez-vous ! Vous être trop favorable.
De quoi l’évêque, mal content, jeta le procès par terre, disant qu’il ne ferait rien d’autre ce jour là et qu’il agirait suivant sa conscience.
N’était pas présent ; mais après la prédication faite à Saint-Ouen, Jeanne dit à haute voix, mains jointes, qu’elle se soumettrait au jugement de l’Église, priant saint Michel qu’il la dirigeât et conseillât.
Jean Massieu(huissier du procès)
- Enquête du cardinal d’Estouteville (8 mai 1452)
Lui-même était sur l’estrade avec Jeanne lors de la première prédication [première sentence, le 24 mai] ; il lui lut la cédule d’abjuration ; Jeanne l’interrogea et il l’instruisit du danger à signer avant l’examen des articles par l’Église ; le prédicateur Guillaume Érard l’interrompit et lui interdit de parler d’avantage à Jeanne ; celle-ci demanda un délai pour l’examen des articles, mais Érard la somma de signer de suite ou elle serait brûlée.
- Enquête à Paris et à Rouen (12 mai 1456)
Lors de sa prédication, Guillaume Érard brandit une cédule d’abjuration devant Jeanne en lui disant : Tu abjureras et signeras cette cédule !
On lui remit la cédule pour qu’il la lise à Jeanne : elle l’engageait à ne plus porter les armes, l’habit d’homme, les cheveux courts, et beaucoup d’autres choses dont il ne se souvient plus. La cédule contenait environ huit lignes et non davantage ; et il sait avec certitude que ce n’était pas celle mentionnée dans le procès, car c’est une autre qu’il lui a lue et que Jeanne signa.
Lorsqu’on demanda à Jeanne de signer la cédule, il s’éleva un grand murmure dans l’assistance ; et il entendit Cauchon dire à quelqu’un : Vous me ferez des excuses !
et assurer qu’il ne poursuivrait pas avant d’avoir reçu des excuses. — Pendant ce temps le témoin avertissait Jeanne, qui ne comprenait ni la cédule, ni le danger qui la menaçait. Pressée de signer elle déclara : Que cette cédule soit examinée par l’Église et les clercs, je ferai comme ils me diront.
Guillaume Érard la menaça : Fais-le maintenant ! sinon tu mourras par le feu aujourd’hui !
et Jeanne répondit qu’elle préférait signer plutôt que d’être brûlée. À ce moment il se fit un grand tumulte dans l’assistance, et beaucoup de pierres furent lancées. La cédule signée, Jeanne demanda au promoteur si elle serait remise à l’Église, et en quel lieu elle devait se rendre ; celui-ci répondit : au château de Rouen. Elle y fut reconduite en habits de femme.
Guillaume du Désert
- Enquête du cardinal d’Estouteville (8 mai 1452)
Fut présent lors de la prédication de Saint-Ouen [24 mai] ; il vit et entendit l’abjuration de Jeanne. Un docteur anglais fut mécontent de la réception de l’abjuration, car Jeanne en prononçait quelques mots en riant ; il s’en plaint à Cauchon que c’était une dérision ; lequel répondit irrité qu’en tant que juge il devait chercher le salut de Jeanne plutôt que sa mort.
Au cours de cette prédication il entendit Jeanne dire qu’elle se soumettrait à l’Église ; mais ignore s’il fut interdit aux notaires de l’écrire.
Guillaume Manchon
- Enquête du cardinal d’Estouteville (8 mai 1452)
Croit que les Anglais cherchaient à diffamer le roi de France. Dans sa prédication faite à Saint-Ouen, Guillaume Érard s’écria : Ô noble maison de France ! tu as toujours été sans tache et sans blâme d’erreur ; maintenant ce serait une grande pitié que tu puisses choir dans une telle erreur que d’ajouter foi à cette femme !
- Enquête à Paris et à Rouen (12 mai 1456)
Elle fut conduite à une petite porte, accompagnée par Nicolas Loyseleur qui lui disait : Jeanne, croyez-moi et vous serez sauvée ; prenez votre habit de femme, faites tout ce qui vous sera ordonné et vous n’aurez rien de mal mais serez remise à l’Église ; sinon vous êtes en danger de mort.
— On l’amena sur une tribune.
Cauchon avait rédigé deux sentences, l’une d’abjuration, l’autre de condamnation. Il commença par lire la seconde jusqu’à la condamnation ; Loyseleur persuadait Jeanne de faire ce qu’il lui avait indiqué et de reprendre l’habit féminin. — Il y eut alors une petite interruption ; un Anglais traita l’évêque de traître, lequel lui répondit qu’il en mentait.
Après cet intermède Jeanne répondit qu’elle était prête à obéir à l’Église ; on lui fit prononcer l’abjuration qui lui fut lue. Le témoin ignore si elle répéta après le lecteur, ou approuva après lecture ; cependant elle souriait. — Le bourreau était sur place avec une charrette, attendant qu’on la lui donnât à brûler. — Le témoin ne vit pas la cédule d’abjuration ; elle avait été préparée avant, d’après les conclusions des opinants. Il ne se souvient pas qu’on l’ait expliquée ni même lue à Jeanne avant le moment où elle fit cette abjuration.
Ceci se passait le jeudi après la Pentecôte ; Jeanne fut condamnée à la prison perpétuelle.
Interrogé sur pourquoi les juges la condamnaient à la prison perpétuelle quand ils lui avaient promis qu’il ne lui arriverait rien de mal, répond croire que les avis n’étaient pas unanimes et qu’ils craignaient qu’elle ne s’évadât. S’ils ont bien ou mal jugé, le témoin s’en rapporte au droit et à la conscience des juges.
Pierre Cusquel
- Enquête du cardinal d’Estouteville (9 mai 1452)
Déclare avoir entendu de la bouche de Jeanne, en pleine prédication à Saint-Ouen, les paroles contenues dans l’article.
- Enquête à Paris et à Rouen (12 mai 1456)
A entendu dire que Jeanne s’était soumise à l’Église et au pape. L’entendit de la bouche même de Jeanne, au cours du sermon de Guillaume Érard à Saint-Ouen, lorsqu’elle dit ne vouloir rien soutenir contre la foi catholique, et rejeter tout dans ses paroles ou actes que les clercs jugeraient contre la foi.
André Marguerie
- Enquête du cardinal d’Estouteville (9 mai 1452)
Déclare qu’un chapelain du cardinal d’Angleterre, présent à la première prédication, ayant dit à l’évêque de Beauvais qu’il était trop favorable à Jeanne, cet évêque lui répondit : Vous mentez, car je ne voudrais pas être favorable à quelqu’un dans une telle cause.
Et alors ce chapelain fut réprimandé par ledit cardinal d’Angleterre, qui lui dit de se taire.
- Enquête à Paris et à Rouen (12 mai 1456)
Il la vit dans la prison du château de Rouen. Croit qu’elle était gardée par les Anglais, car ceux-ci avaient la garde du château. Le témoin a toujours désapprouvé qu’elle soit gardée par des laïcs en un procès de foi, surtout après la première sentence, quand elle fut condamnée à la prison perpétuelle.
A entendu de la bouche même de Jeanne, interrogée sur sa soumission à l’Église, que pour certaines choses elle ne croirait ni son évêque, ni le pape, ni quiconque, car elle les tenait de Dieu. Ce fut une des raisons pour lesquelles on chercha à obtenir une rétractation.
Fut présent à la première prédication de Saint-Ouen. Au moment où se faisait l’abjuration, un chapelain du cardinal d’Angleterre reprocha à Cauchon de trop favoriser Jeanne ; lequel lui répondit qu’il mentait, car un évêque ne devait favoriser personne. Aussi le cardinal fit taire son chapelain.
Pierre Miget
- Enquête du cardinal d’Estouteville (9 mai 1452)
À la fin de la première prédication à Saint-Ouen, comme Jeanne était exhortée à se rétracter et hésitait, un clerc anglais dit à l’évêque de Beauvais qu’il favorisait Jeanne ; l’évêque lui répondit : Vous mentez. Moi, je dois, par ma fonction, chercher le salut de l’âme et du corps de cette Jeanne.
- Enquête à Paris et à Rouen (12 mai 1456)
Après la rétractation de Jeanne, un ecclésiastique accusa Cauchon d’en être responsable, lequel répondit : Vous mentez ! Je dois, par mon état, chercher le salut de l’âme et du corps de cette Jeanne.
Le témoin lui-même fut dénoncé au cardinal d’Angleterre d’en être responsable, ce qu’il nia craignant que son corps fût en danger.
Jeanne prononça l’abjuration ; elle était rédigée par écrit ; et cela dura tout autant, ou à peu près, qu’un Notre Père.
Martin Lavenu
- Enquête du cardinal d’Estouteville (9 mai 1452)
Véridique. Ajoute que Guillaume Érard s’écria au cours de son sermon au cimetière de Saint-Ouen, : Ô maison de France ! tu as toujours été exempte de monstres jusqu’à présent ; mais maintenant, en adhérant à cette femme, une sorcière, hérétique et superstitieuse, tu t’es déshonorée !
- Enquête à Paris et à Rouen (12 mai 1456)
Fut présent lors de la première sentence et de la prédication de Guillaume Érard à Saint-Ouen. Croit que tout a été fait par haine du roi de France très chrétien, et pour le diffamer, car Érard dit entre autres : Ô maison de France ! tu avais toujours été exempte de monstres, mais en t’attachant à cette femme ensorceleuse, hérétique, superstitieuse, tu es déshonorée !
À quoi Jeanne répondit : Ne parle point de mon roi, il est bon chrétien [en français].
Jean Fave
- Enquête du cardinal d’Estouteville (9 mai 1452)
Quant à la crainte et aux pressions : Après la première prédication, comme on la reconduisait en prison au château de Rouen, des valets se moquaient de Jeanne, avec la permission des Anglais, leurs maîtres ; et les principaux des Anglais étaient fort indignés contre l’évêque de Beauvais, les docteurs et les autres assesseurs du procès, parce qu’elle n’avait pas été confondue, condamnée et livrée au supplice. — Entendit dire que certains Anglais, ainsi irrités contre l’évêque et les docteurs qui revenaient du château, levèrent leur épée pour les frapper, sans toutefois le faire, disant que le roi avait mal dépensé son argent avec eux. — A entendu de certaines personnes que le comte de Warwick, après la première prédication, s’était plaint desdits évêque et docteurs, en disant que le roi était mal servi, parce que Jeanne s’en tirait ainsi ; sur ce l’un des docteurs répondit : Seigneur, ne vous faites pas de soucis ; nous la rattraperons bien.
Guillaume de la Chambre
- Enquête à Paris et à Rouen (2 avril 1456)
Était présent lors du sermon de Guillaume Evrard mais ne se rappelle pas de sa teneur. Se souvient bien de l’abjuration de Jeanne ; elle hésitait beaucoup et Evrard la poussait, disant que si elle suivait ses conseils elle serait libérée de sa prison. Elle le fit sous cette condition, et non autrement. Elle lut alors une petite cédule de six ou sept lignes sur une feuille de papier double ; le témoin était si près qu’il pouvait vraiment voir les lignes et leur forme.
Jean de Mailly
- Enquête à Paris et à Rouen (2 avril 1456)
Fut présent le lendemain lors de la prédication de Guillaume Evrard à Saint-Ouen [le 24 mai] . Il y avait deux ambons (échafauds) ; lui-même se trouvait dans l’un avec Cauchon et de nombreuses autres personnes ; Evrard se trouvait dans l’autre avec Jeanne. Il ne se souvient plus du sermon mais se rappelle que Jeanne, ce jour là ou la veille, déclara être seule responsable de tout ce qu’elle avait fait ou dit, de bien ou de mal, et non son roi qui ne lui avait rien fait faire. — Après cette prédication il vit qu’on exhortait Jeanne : Faites ce qu’on vous conseille. Voulez-vous vous faire mourir ?
Vraisemblablement poussée par ces paroles, elle fit l’abjuration. — Après cette abjuration plusieurs disaient que cette abjuration n’était qu’une comédie et que Jeanne ne faisait que se moquer. Un clerc anglais de l’entourage du cardinal d’Angleterre accusa Cauchon d’être trop doux, et favorable à Jeanne ; celui-ci lui répondit qu’il mentait ; le cardinal d’Angleterre dit au clerc de se taire. — Il semble au témoin que Jeanne ne se souciait pas beaucoup de cette abjuration, et qu’elle ne la fit qu’à cause de l’insistance des assistants.
Thomas de Courcelles
- Enquête à Paris et à Rouen (2 avril 1456)
Interrogé sur l’auteur de la cédule d’abjuration contenue dans le procès (Toi, Jeanne
), déclare l’ignorer. Ne sait pas plus si elle a été lue ou expliquée à Jeanne. Lors de la prédication de Guillaume Evrard, le témoin était sur un échafaud derrière les prélats ; ne se souvient pas de ses paroles sinon qu’il parlait de l’orgueil de cette femme
. — Cauchon commença alors à lire la sentence ; ne se rappelle pas ce qui a été dit à Jeanne ni ce qu’elle a répondu. — Nicolas de Venderez fit une certaine cédule commençant par Chaque fois que l’œil du cœur
, mais ignore si elle fut insérée au procès ; ignore quand il vit cette cédule dans les mains de maître Nicolas avant ou après l’abjuration, mais croit qu’il la vit avant. — A bien entendu certains assistants se plaindre à Cauchon qu’il ne faisait pas exécuter sa sentence, mais recevait la rétractation de Jeanne ; ne se souvient pas de leurs paroles.
Jean Monnet(secrétaire de Jean Beaupère)
- Enquête à Paris et à Rouen (4 avril 1456)
Fut présent lors de la prédication de Saint-Ouen, sur une estrade aux pieds de Jean Beaupère. La prédication terminée, comme on commençait à lire la sentence, Jeanne déclara qu’elle suivrait les conseils des clercs voyant tout selon leur conscience. À ces mots Cauchon demanda au cardinal d’Angleterre ce qu’il fallait faire étant donné la soumission de Jeanne ; celui-ci lui répondit qu’il devait recevoir Jeanne à la pénitence ; ce qui fut fait. — Le témoin vit la cédule d’abjuration qui lui fut lue : une petite cédule, d’environ six ou sept lignes. — Jeanne s’en rapportait à la conscience des juges, pour décider si elle devait se rétracter ou non. — Ce jour-là, on disait que le bourreau se trouvait sur la place, attendant qu’elle fût livrée à la justice séculière.
Jean Marcel
- Enquête à Paris et à Rouen (30 avril 1456)
Lors de la prédication de Saint-Ouen, Jeanne était en habit d’homme. Il était trop loin de Guillaume Érard pour saisir son sermon mais entendit Laurent Calot et quelques autres reprocher à Cauchon de trop tarder à prononcer sa sentence et qu’il jugeait mal ; lequel répondit qu’on en mentait.
Jean de Lénizeul(serviteur de Guillaume Érart)
- Enquête à Paris et à Rouen (7 mai 1456)
Quant il revint à Rouen, il trouva son maître qui disait être bien ennuyé par une prédication sur Jeanne dont on l’avait chargé de faire, et qui aurait préféré être en Flandre.
Il assista à la prédication faite par son maître à Saint-Ouen mais ne se rappelle plus ce qui fut dit, car il était placé loin. On disait que Jeanne s’était rétractée, qu’elle avait été ramenée dans le droit chemin, de quoi beaucoup se réjouissaient. Ce qu’elle avait rétracté, il l’ignore.
Après sa rétractation Pierre Maurice et Nicolas Loiseleur lui remirent des vêtements de femme, puis elle fut ramenée en prison.
Aimon de Macy
- Enquête à Paris et à Rouen (7 mai 1456)
Le témoin assista à la prédication de Nicolas Midi, qu’il entendit entre autres dire : Jeanne, nous avons si grande pitié de vous ; rétractez-vous sans quoi nous devrons vous livrer à la justice séculière.
Elle répondit qu’elle n’avait rien fait de mal, qu’elle croyait à tous les articles de foi et à ce que l’Église croyait, et qu’elle s’en remettait à la curie romaine. Mais on continuait à la presser : Vous prenez beaucoup de peine pour me persuader
; enfin, pour éviter le péril, elle consentit à tout ce qu’on voudrait. Laurent Calot, secrétaire du roi d’Angleterre, sortit de sa manche une petite cédule écrite qu’il tendit à Jeanne pour la signer. Elle répondit qu’elle ne savait ni lire, ni écrire ; il insista, et en guise de dérision Jeanne fit une sorte de rond. Aussi lui prit-il la main et, tenant la plume, la fit signer d’une manière dont le témoin ne se souvient pas.
Guillaume Colles, dit Boisguillaume(second notaire du procès)
- Enquête à Paris et à Rouen (12 mai 1456)
La cédule d’abjuration fut lue en public. Croit que Jeanne ne la comprenait pas et qu’elle ne lui fut pas expliquée ; aussi elle refusa longtemps de la signer. Enfin, poussée par la crainte, elle signa et fit quelque croix. Ne se souvient pas si elle reçut un habit de femme ensuite et s’en rapporte au procès.
Laurent Guesdon(alors lieutenant du bailli de Rouen)
- Enquête à Paris et à Rouen (12 mai 1456)
Fut présent à la prédication de Saint-Ouen ; après cette prédication on tenta de la persuader de quelque chose qu’elle refusait, mais ignore quoi.
Jean Riquier
- Enquête à Paris et à Rouen (12 mai 1456)
Fut présent à la prédication de Saint-Ouen. Guillaume Érard y tint de méchants propos sur le roi de France, qu’il ne se rappelle plus, et Jeanne l’interrompit : Ne parlez pas du roi, car c’est un bon catholique ; mais parlez de moi.
Jean Moreau(habitant de Rouen originaire d’un village proche de Domrémy)
- Enquête à Paris et à Rouen (10 mai 1456)
Fut présent lors de la prédication de Saint-Ouen ; celui qui parlait outrageait beaucoup Jeanne, lui disant qu’elle avait agi contre la majesté royale, contre Dieu et la foi catholique, qu’elle avait erré dans la foi, et que, si elle ne se détournait pas dorénavant de tels agissements, elle serait brûlée. Jeanne lui répondit qu’elle avait pris un habit d’homme car elle avait à vivre parmi des hommes d’armes et qu’elle avait bien fait d’agir ainsi. — Il vit qu’ensuite on lisait à Jeanne une certaine cédule, dont il ignore le contenu. Se souvient qu’on y disait que Jeanne avait commis le crime de lèse-majesté, et qu’elle avait trompé le peuple.
Nicolas Taquel(troisième notaire du procès)
- Enquête à Paris et à Rouen (11 mai 1456)
Fut présent à Saint-Ouen, mais ne se trouva pas avec les autres notaires sur l’estrade. Il était cependant assez près, et en un endroit où il pouvait entendre ce qui se faisait et ce qui se disait. Jean Massieu lut à Jeanne une cédule d’environ six lignes d’une grande écriture, et Jeanne répétait après lui. Cette cédule d’abjuration était en français et commençait par : Je, Jeanne, etc.
— Après l’abjuration elle fut condamnée à la prison perpétuelle et conduite au château.