#Cauchon
19 témoins :
- Guillaume Manchon, principal notaire du procès
- Pierre Miget
- Isambert de La Pierre
- Martin Lavenu
- Pierre Bouchier
- Nicolas de Houppeville
- Jean Massieu, huissier du procès
- Guillaume du Désert
- André Marguerie
- Richard de Grouchet
- Jean Le Fèvre
- Thomas Marie
- Jean Tiphaine
- Guillaume de la Chambre
- Jean de Mailly
- Thomas de Courcelles
- Jean Monnet, secrétaire de Jean Beaupère
- Jean Marcel
- Guillaume Colles, dit Boisguillaume, second notaire du procès
Guillaume Manchon(principal notaire du procès)
- Enquête du cardinal d’Estouteville (2 mai 1452)
Cauchon tenait le parti des Anglais ; lui-même vit Jeanne enchaînée avant le début du procès, puis confiée à quatre gardes anglais désignés par les deux juges (Cauchon et Lemaître). Jeanne était traitée cruellement et les instruments de torture lui furent montrés à la fin du procès.
- Enquête du cardinal d’Estouteville (8 mai 1452)
Cauchon procéda sans contrainte mais volontairement ; il convoqua Lemaître qui n’osa s’y opposer. Les Anglais poussaient à ce procès, qui fut conduit à leurs frais.
Aux environs de la semaine sainte, Jean de La Fontaine, assistant de Cauchon, frères Ysembart de La Pierre et Martin Lavenu, dominicains et assistants de Lemaître, poussés par la pitié, allèrent voir Jeanne dans sa prison ; et ils la persuadèrent de se soumettre à l’Église, sans quoi elle serait en danger de mort. Cauchon et Warwick l’apprirent et entrèrent dans une extrême colère ; en danger de mort, La Fontaine quitta la ville, les deux frères furent protégés par Lemaître. [La Fontaine n’apparaît plus au procès-verbal après le 28 mars.]
De même Jean Lohier fut sollicité pour donner son avis ; devant Cauchon il dit que le procès était nul pour plusieurs raisons : 1. il ne se déroulait pas en lieu sûr et Jeanne n’était pas gardée dans une prison d’Église ; 2. on y traitait de la cause d’un roi absent et non cité. Voyant que ses paroles ne plaisaient pas à l’évêque et aux seigneurs anglais, Lohier ne voulut pas attendre davantage et quitta Rouen le lendemain pour la cour de Rome.
- Enquête à Paris et à Rouen (12 mai 1456)
On la disait prise dans le diocèse de Beauvais, aussi Cauchon prétendait être son juge, et s’employa de toutes ses forces à ce qu’elle lui fût rendue, écrivant au roi d’Angleterre et au duc de Bourgogne. L’obtint finalement moyennant une somme de 1 000 livres [10 000 selon le procès-verbal] et 300 de rente annuelle, accordé par le roi d’Angleterre à l’homme du duc de Bourgogne qui avait pris Jeanne.
Croit qu’elle fut jugée à Rouen et non à Paris, car c’est là qu’était le roi d’Angleterre ; fut placée dans la prison du château de Rouen. — Lui-même fut forcé d’être notaire et le fit contre son gré, car n’osait s’opposer à un ordre du conseil du roi. — Les Anglais menèrent et financèrent le procès. Cauchon et d’Estivet le firent volontairement ; les autres assesseurs n’auraient osé refuser, tous avaient peur. — Au début du procès il fut convoqué dans une maison, près du château, par Cauchon, l’abbé de Fécamp, Nicolas Loyseleur et plusieurs autres ; Cauchon déclara qu’il lui fallait servir le roi, qu’il avait l’intention de faire un beau procès ; on nomma Boisguillaume pour l’assister.
Jeanne demanda plusieurs fois à être conduite dans une prison d’Église, avant et pendant le procès ; on ne l’écouta pas, car les Anglais et Cauchon aurait refusé ; et aucun conseiller n’osa en parler.
Cauchon interrogea sur le procès feu Jean Lohier qui venait d’arriver à Rouen ; le témoin alla l’interroger le lendemain et Lohier répondit qu’il avait vu le procès et qu’il était nul, car : les juges n’étaient pas libre, le procès concernait plusieurs personnes qui n’avaient pas été citées, il n’y avait pas d’avocat, et pour plusieurs autres raisons. Ce dernier ajouta qu’on avait l’intention de faire mourir Jeanne et il quitta la ville. Deux jours plus tard, Cauchon déclara que Lohier avait voulu placer leur procès en interlocutoire et le combattre, et qu’il ne ferait rien pour lui.
Cauchon avait délégué Jean de La Fontaine pour interroger Jeanne ; celui-ci s’y rendit la semaine sainte avec frères Isambert de La Pierre et Martin Ladvenu, et voulut l’inciter à se soumettre à l’Église. Warwick et Cauchon l’apprirent et en furent mécontents ; La Fontaine quitta la ville et n’y revint plus ; les deux frères furent aussi en grand danger.
Une fois, Jean de Châtillon tenta d’aider Jeanne ; Cauchon le somma de se taire.
Un autre tentait de conseiller Jeanne sur sa soumission à l’Église fut rappelé à l’ordre par Cauchon : Taisez-vous au nom du diable !
Il accompagna une fois Cauchon et Warwick dans la prison de Jeanne ; elle était dans des entraves de fer. Il entendit dire que la nuit elle avait le corps attaché par une chaîne de fer, mais ne l’a pas vue ainsi. Il n’y avait ni lit, ni rien pour coucher. Elle avait quatre ou cinq gardiens, hommes de peu.
Warwick, Cauchon et Loyseleur convoquèrent les deux notaires ; pour élucider la question des apparitions de Jeanne, ils avaient décidé que Loyseleur se ferait passer pour un laïc lorrain et partisan du roi de France, serait laissé seul avec Jeanne, et qu’on les écouterait en cachette depuis la pièce d’à côté. Loyseleur s’introduisit, fit semblant de donner des nouvelles du royaume puis l’interrogea sur ses révélations ; les notaires refusèrent cependant d’enregistrer ses réponses, obtenues de manière malhonnête, et qu’il faudrait la réinterroger dans les formes de justice. — Jeanne eut toujours grande confiance en ce Loyseleur ; il l’entendit plusieurs fois en confession ; et allait généralement s’entretenir avec elle avant ses interrogatoires.
Cauchon avait rédigé deux sentences, l’une d’abjuration, l’autre de condamnation. Il commença par lire la seconde jusqu’à la condamnation ; Loyseleur persuadait Jeanne de faire ce qu’il lui avait indiqué et de reprendre l’habit féminin. — Il y eut alors une petite interruption ; un Anglais traita l’évêque de traître, lequel lui répondit qu’il en mentait.
Durant son procès, on signala à Jeanne qu’il n’était pas décent pour une femme de porter un habit d’homme et des chausses attachées avec beaucoup de lacets ; elle répondit que Cauchon et Warwick savaient bien que ses gardiens avaient essayé plusieurs fois de la violer et qu’une fois, si Warwick n’était pas accouru à ses cris, ils y seraient parvenus. De cela elle se plaignait.
Le dimanche suivant, dans la fête de la Sainte Trinité, Cauchon et Warwick envoyèrent les notaires au château, parce qu’on disait Jeanne relapse et ayant repris des habits d’homme. Arrivés dans la cour du château, une cinquantaine d’Anglais en armes leur tombèrent dessus, les accusant d’être des traîtres car Jeanne n’avait pas été brûlée. Ils parvinrent à s’enfuir. — Le lundi, on les renvoya au château, escortée cette fois par Warwick. Là il trouva les juges, et quelques autres. On demanda à Jeanne pourquoi elle avait repris cet habit d’homme, elle répondit qu’elle l’avait fait pour protéger sa chasteté, que ses gardiens voulaient la violer, ce dont elle s’était plainte plusieurs fois à Cauchon et Warwick, et que les juges lui avaient promis qu’elle serait transférée en prison d’Église et accompagnée d’une femme. Elle ajouta que si on la mettait en lieu sûr, elle reprendrait un habit féminin ; tout ceci étant écrit dans le procès [séance du 28 mai]. — Interrogée sur le reste, Jeanne déclarait n’avoir rien compris de ce qui était contenu dans l’abjuration ; tout ce qu’elle avait fait, elle l’avait fait par crainte du feu, voyant le bourreau prêt avec sa charrette.
Le tribunal délibéra et le mercredi, Cauchon prononçât une autre sentence, comme cela est indiqué plus au long dans le procès.
Pierre Miget
- Enquête du cardinal d’Estouteville (2 mai 1452)
Cauchon tenait le parti Anglais.
- Enquête à Paris et à Rouen (12 mai 1456)
Après la rétractation de Jeanne, un ecclésiastique accusa Cauchon d’en être responsable, lequel répondit : Vous mentez ! Je dois, par mon état, chercher le salut de l’âme et du corps de cette Jeanne.
Le témoin lui-même fut dénoncé au cardinal d’Angleterre d’en être responsable, ce qu’il nia craignant que son corps fût en danger.
Isambert de La Pierre
- Enquête du cardinal d’Estouteville (3 mai 1452)
Cauchon tenait le parti des Anglais. Croit qu’au début du procès il ordonna de la tenir entravée et désigna lui-même les Anglais pour la garder, interdisant que personne ne pût lui parler sans son autorisation, ou celle du promoteur appelé Benedicite [d’Estivet].
Lorsqu’on demanda à Jeanne si elle voulait se soumettre à l’Église ; elle répondit : Qu’est-ce que l’Église ? Quant à vous, je ne veux pas me soumettre à votre jugement, car vous être mon ennemi mortel.
Lorsque lui-même lui parla du concile [de Bâle], elle répondit s’y soumettre, aussitôt Cauchon dit au témoin de se taire, au nom du diable.
Jeanne se plaignit à Cauchon qu’on enregistrait pas ce qu’elle disait pour sa défense, et uniquement ce qu’on faisait contre elle.
- Enquête du cardinal d’Estouteville (9 mai 1452)
Véridique. Certains assistants agissait avec partialité, comme Cauchon ; certains, comme plusieurs docteurs anglais, par méchanceté et vengeance ; certains docteurs de Paris dans l’espoir d’une récompense ; certains, comme Lemaître, par peur.
Lorsque le témoin lui-même suggéra à Jeanne de se soumettre au concile de Bâle dans lequel se trouvaient beaucoup de prélats et de docteurs du parti du roi de France, elle s’y soumit ; alors Cauchon l’invectiva violemment en lui disant : Taisez-vous, au nom du diable !
Entendant cela, maître Guillaume Manchon, notaire de la cause, demanda à l’évêque s’il devait écrire cette soumission ; l’évêque répondit que non, et que ce n’était pas nécessaire ; aussi Jeanne dit à l’évêque : Ha ! vous écrivez bien ce qui est contre moi, et vous ne voulez pas écrire ce qui est pour moi.
Et il croit que cela ne fut pas écrit ; d’où s’ensuivit dans l’assemblée un grand murmure.
Vrai. Ajoute que même Cauchon pleura.
Martin Lavenu
- Enquête du cardinal d’Estouteville (3 mai 1452)
Cauchon tenait le parti des Anglais et était l’un des conseillers de ce roi.
Ignore si c’est Cauchon qui leur avait accordé la garde de Jeanne ; croit cependant que c’est lui qui avait envoyé des gardiens.
Cauchon tenait le parti des Anglais et était l’un des conseillers de ce roi.
Pierre Bouchier
- Enquête du cardinal d’Estouteville (8 mai 1452)
Ne sait rien sinon qu’un clerc anglais, bachelier en théologie, garde du sceau privé du cardinal d’Angleterre, présent lors de la première prédication au cimetière Saint-Ouen de Rouen, s’adressa au seigneur évêque de Beauvais, juge de ladite Jeanne, et lui dit : Dépêchez-vous ! Vous être trop favorable.
De quoi l’évêque, mal content, jeta le procès par terre, disant qu’il ne ferait rien d’autre ce jour là et qu’il agirait suivant sa conscience.
Nicolas de Houppeville
- Enquête du cardinal d’Estouteville (8 mai 1452)
Quant à la crainte et aux pressions, n’y croit pas quant aux juges ; croit au contraire qu’ils ont agi volontairement, surtout l’évêque de Beauvais. Il vit celui-ci revenir, après avoir conduit Jeanne, racontant sa mission au roi et au sire de Warwick, et dire, joyeux et exultant, certaines paroles qu’il ne comprit pas ; ensuite l’évêque parla en secret avec le comte de Warwick, mais ce qu’il dit alors le témoin l’ignore. [La mission au roi est probablement son ambassade auprès du duc de Bourgogne pour obtenir Jeanne. Cauchon s’entretenait directement avec Henri VI.]
Pense que la plupart des assesseurs ont agi sans contrainte ; pour les autres, croit que plusieurs avaient peur, comme Pierre Minier, dont l’avis déplut à Cauchon, disant qu’à son avis maître Pierre Minier n’aurait pas dû mêler droit canonique et théologie, et qu’il aurait dû laisser le droit canonique aux juristes.
Lui-même fut convoqué au procès mais fut renvoyé par Cauchon parce qu’il avait dit auparavant, en parlant avec maître Michel Colles [est-ce le notaire Guillaume Colles, dit Boisguillaume ?], qu’il était périlleux d’engager ledit procès pour plusieurs raisons, paroles qui furent répétées à l’évêque ; l’évêque le fit mettre en prison et on l’aurait peut-être exilé en Angleterre sans l’intervention de l’abbé de Fécamp et de quelques amis qui obtinrent sa libération.
- Enquête à Paris et à Rouen (13 mai 1456)
N’a jamais estimé que Cauchon procédait pour la foi ou la justice, afin de ramener Jeanne dans le bon chemin, mais par haine contre elle, car elle favorisait le parti du roi de France ; il n’agissait non par crainte mais volontairement. Certains participèrent par complaisance envers les Anglais, les autres par craintes. — L’avis de Pierre Minier n’avait pas été agréable à Cauchon.
Jean Massieu(huissier du procès)
- Enquête du cardinal d’Estouteville (8 mai 1452)
Au début du procès, il avait dit n’avoir jamais vu en Jeanne que du bien, lesquels propos furent rapportés par un certain Eustache Turquetil à Cauchon qui le convoqua pour le réprimander, disant que sans ses amis il aurait été jeté à la Seine.
Sait que Jeanne, avant qu’on l’eût prêchée et abandonnée [le jour du supplice] demanda la communion, et la reçut des mains de Martin Ladvenu, avec l’autorisation de l’évêque de Beauvais et du sous-inquisiteur ; l’hostie fut apportée par un certain messire Pierre, d’une manière très irrévérencieuse ; Jeanne se confessa deux fois et communia très dévotement et en répandant beaucoup de larmes.
- Enquête à Paris et à Rouen (12 mai 1456)
Elle était bonne, simple et pieuse. Une fois, alors qu’il la conduisait devant ses juges, elle lui demanda s’il y avait sur son trajet quelque église où fût le Corps du Christ ; le témoin lui montra une chapelle située sous le château et Jeanne insista beaucoup pour passer devant et y révérer Dieu ; ce qu’il fit volontiers. Elle y fit, agenouillée, une oraison très dévote. L’apprenant, Cauchon fut mécontent, et lui ordonna de ne plus jamais lui permettre de prier ainsi.
Croit la rumeur qui disait que Cauchon agissait non pour la justice mais pour les Anglais, alors en grand nombre à Rouen où se trouvait le roi d’Angleterre et son conseil. — Certains assesseurs disaient que Jeanne devait être remise aux mains de l’Église, mais Cauchon n’en avait cure et la remit aux Anglais. — Cauchon était très attaché au parti des Anglais ; beaucoup de conseillers avaient très peur et ne jouissaient pas de leur libre arbitre comme Nicolas de Houppeville qui fut banni avec plusieurs autres.
Vers le début du procès, Jeanne reprocha Cauchon d’être son adversaire, à quoi celui-ci répondit : Le roi m’a ordonné de faire votre procès et je le ferai.
Guillaume du Désert
- Enquête du cardinal d’Estouteville (8 mai 1452)
Fut présent lors de la prédication de Saint-Ouen [24 mai] ; il vit et entendit l’abjuration de Jeanne. Un docteur anglais fut mécontent de la réception de l’abjuration, car Jeanne en prononçait quelques mots en riant ; il s’en plaint à Cauchon que c’était une dérision ; lequel répondit irrité qu’en tant que juge il devait chercher le salut de Jeanne plutôt que sa mort.
André Marguerie
- Enquête du cardinal d’Estouteville (9 mai 1452)
Déclare qu’un chapelain du cardinal d’Angleterre, présent à la première prédication, ayant dit à l’évêque de Beauvais qu’il était trop favorable à Jeanne, cet évêque lui répondit : Vous mentez, car je ne voudrais pas être favorable à quelqu’un dans une telle cause.
Et alors ce chapelain fut réprimandé par ledit cardinal d’Angleterre, qui lui dit de se taire.
Richard de Grouchet
- Enquête du cardinal d’Estouteville (9 mai 1452)
Croit que les notaires retranscrivirent fidèlement. — Il vit cependant Cauchon injurier violemment les notaires, quand ceux-ci ne faisaient pas ce qu’il voulait ; et la scène était très violente, à ce qu’il assure, d’après ce qu’il a vu et entendu.
Ignore si Jeanne eut un conseiller ou en demanda un ; pense sans certitude qu’elle en demanda un au début. — Ignore si quelqu’un fut en péril de mort pour l’avoir défendue ; mais sait bien que ceux qui ont tenté de la diriger furent réprimandés durement et sévèrement, et taxés de partialité tantôt par Cauchon, tantôt par Jean Beaupère ; ce dernier disait à ceux qui la dirigeaient de la laisser parler, et qu’il était désigné pour l’interroger.
Vrai quant au droit. Déclare que l’avis qu’il écrivit avec Pigache et Minier suivant leur conscience ne plut pas aux juges et que Cauchon dit : C’est cela que vous avez fait ?
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Jean Le Fèvre
- Enquête du cardinal d’Estouteville (9 mai 1452)
Ne sait rien sauf ceci : comme on demandait à Jeanne si elle était dans la grâce de Dieu, le témoin présent dit que ce n’était pas une question convenant à une telle femme ; alors l’évêque de Beauvais lui répliqua : Il vaudrait mieux pour vous que vous vous taisiez.
- Enquête à Paris et à Rouen (12 mai 1456)
Les assesseurs n’avaient pas pleine liberté de s’exprimer de peur d’être mal considérés. En effet on demanda à Jeanne si elle était en état de grâce ; le témoin déclara que Jeanne n’était pas tenue de répondre à une question difficile, mais fut repris par Cauchon : Il vaudrait mieux pour vous que vous vous taisiez.
Thomas Marie
- Enquête du cardinal d’Estouteville (9 mai 1452)
Ne croit pas à la crainte et aux menaces, mais plutôt à la partialité, surtout parce que certains, comme il le croit et l’entendit dire, reçurent des présents. — Nicolas de Houppeville fut incarcéré et expulsé du procès parce qu’il avait parlé avec aigreur de la cause de Jeanne à Cauchon.
Jean Tiphaine
- Enquête à Paris et à Rouen (2 avril 1456)
A été envoyé auprès de Jeanne par les juges ; y fut conduit par un dénommé d’Estivet. En présence de cet Estivet, de Guillaume de la Chambre et de plusieurs autres, il lui prit son pouls et l’interrogea sur son mal. Elle répondit qu’elle avait mangé une carpe envoyée par Cauchon, qu’elle croyait être la cause de sa maladie. D’Estivet lui répliqua qu’elle parlait mal et l’invectiva : Toi, paillarde, tu as mangé poissons en saumure et autres choses qui ne te conviennent pas.
; ce qu’elle contesta. Jeanne et d’Estivet échangèrent beaucoup de paroles injurieuses. — Le témoin apprit de quelques personnes présentes que Jeanne avait souffert de nombreux vomissements.
Guillaume de la Chambre
- Enquête à Paris et à Rouen (2 avril 1456)
Lui-même n’a jamais donné son opinion au cours du procès, bien qu’il eût souscrit, forcé par Cauchon [il fait référence à la dernière délibération du 29 mai]. Il s’était excusé plusieurs fois que ce n’était pas de son métier d’opiner sur un tel sujet ; mais on lui fit savoir que s’il ne souscrivait pas comme les autres il lui arriverait malheur ; et il souscrivit. — De même Jean Lohier et Nicolas de Houppeville furent menacés d’être noyés, s’ils refusaient d’assister au procès.
Jean de Mailly
- Enquête à Paris et à Rouen (2 avril 1456)
Fut présent le lendemain lors de la prédication de Guillaume Evrard à Saint-Ouen [le 24 mai] . Il y avait deux ambons (échafauds) ; lui-même se trouvait dans l’un avec Cauchon et de nombreuses autres personnes ; Evrard se trouvait dans l’autre avec Jeanne. Il ne se souvient plus du sermon mais se rappelle que Jeanne, ce jour là ou la veille, déclara être seule responsable de tout ce qu’elle avait fait ou dit, de bien ou de mal, et non son roi qui ne lui avait rien fait faire. — Après cette prédication il vit qu’on exhortait Jeanne : Faites ce qu’on vous conseille. Voulez-vous vous faire mourir ?
Vraisemblablement poussée par ces paroles, elle fit l’abjuration. — Après cette abjuration plusieurs disaient que cette abjuration n’était qu’une comédie et que Jeanne ne faisait que se moquer. Un clerc anglais de l’entourage du cardinal d’Angleterre accusa Cauchon d’être trop doux, et favorable à Jeanne ; celui-ci lui répondit qu’il mentait ; le cardinal d’Angleterre dit au clerc de se taire. — Il semble au témoin que Jeanne ne se souciait pas beaucoup de cette abjuration, et qu’elle ne la fit qu’à cause de l’insistance des assistants.
Interrogé sur ces lettres, à Cauchon et aux autres qui avaient participé au procès, où l’on indique la présence de l’évêque de Noyon, il déclare bien croire qu’il fut présent, mais ne se rappelle pas grand chose. — Sait cependant que le procès fut mené aux frais du roi d’Angleterre.
Thomas de Courcelles
- Enquête à Paris et à Rouen (2 avril 1456)
Croit que Cauchon accepta la charge du procès de foi parce qu’il était conseiller du roi d’Angleterre et évêque de Beauvais, diocèse où Jeanne fut prise et faite prisonnière.
À l’époque où Jeanne fut conduite à Rouen, lui-même, étant à Paris, fut convoqué pour le procès par Cauchon ; il se rendit à Rouen en compagnie de Nicolas Midi, Jacques de Touraine, Jean de Rouel, et d’autres dont il ne se souvient pas ; aux frais de ceux qui les conduisaient, dont l’un était Jean de Reynel.
N’a jamais entendu délibérer s’il fallait examiner Jeanne pour savoir si elle était vierge ; croit cependant et Cauchon le disait, qu’on l’avait trouvée vierge ; croit aussi que si on l’avait trouvée non pas vierge, mais déflorée, on ne l’aurait pas passé sous silence dans le procès.
Interrogé sur l’auteur de la cédule d’abjuration contenue dans le procès (Toi, Jeanne
), déclare l’ignorer. Ne sait pas plus si elle a été lue ou expliquée à Jeanne. Lors de la prédication de Guillaume Evrard, le témoin était sur un échafaud derrière les prélats ; ne se souvient pas de ses paroles sinon qu’il parlait de l’orgueil de cette femme
. — Cauchon commença alors à lire la sentence ; ne se rappelle pas ce qui a été dit à Jeanne ni ce qu’elle a répondu. — Nicolas de Venderez fit une certaine cédule commençant par Chaque fois que l’œil du cœur
, mais ignore si elle fut insérée au procès ; ignore quand il vit cette cédule dans les mains de maître Nicolas avant ou après l’abjuration, mais croit qu’il la vit avant. — A bien entendu certains assistants se plaindre à Cauchon qu’il ne faisait pas exécuter sa sentence, mais recevait la rétractation de Jeanne ; ne se souvient pas de leurs paroles.
Après la première prédication arriva la nouvelle que Jeanne avait repris ses vêtements d’homme. Le témoin accompagna Cauchon à la prison de Jeanne ; l’évêque lui demanda pourquoi elle avait repris cet habit ; elle répondit qu’il lui paraissait meilleur à porter, au milieu d’hommes.
Jean Monnet(secrétaire de Jean Beaupère)
- Enquête à Paris et à Rouen (4 avril 1456)
Fut présent lors de la prédication de Saint-Ouen, sur une estrade aux pieds de Jean Beaupère. La prédication terminée, comme on commençait à lire la sentence, Jeanne déclara qu’elle suivrait les conseils des clercs voyant tout selon leur conscience. À ces mots Cauchon demanda au cardinal d’Angleterre ce qu’il fallait faire étant donné la soumission de Jeanne ; celui-ci lui répondit qu’il devait recevoir Jeanne à la pénitence ; ce qui fut fait. — Le témoin vit la cédule d’abjuration qui lui fut lue : une petite cédule, d’environ six ou sept lignes. — Jeanne s’en rapportait à la conscience des juges, pour décider si elle devait se rétracter ou non. — Ce jour-là, on disait que le bourreau se trouvait sur la place, attendant qu’elle fût livrée à la justice séculière.
Jean Marcel
- Enquête à Paris et à Rouen (30 avril 1456)
On disait que Cauchon la réclama pour faire son procès, mais il ignore par quelle passion fut-il poussé ou comment il procéda.
Lors de la prédication de Saint-Ouen, Jeanne était en habit d’homme. Il était trop loin de Guillaume Érard pour saisir son sermon mais entendit Laurent Calot et quelques autres reprocher à Cauchon de trop tarder à prononcer sa sentence et qu’il jugeait mal ; lequel répondit qu’on en mentait.
Guillaume Colles, dit Boisguillaume(second notaire du procès)
- Enquête à Paris et à Rouen (12 mai 1456)
Cauchon engagea le procès en alléguant que Jeanne avait été prise dans son diocèse. S’il agit par haine ou autrement, s’en rapporte à sa conscience ; sait que tout se faisait aux frais du roi d’Angleterre et sur poursuite des Anglais, et que Cauchon et les autres obtinrent des lettres de garantie du roi d’Angleterre, car il les vit. On lui montra certaines lettres de garantie ; il reconnût le seing de Laurent Calot et confirma que c’étaient celles qu’il avait vues autrefois.
Après sa mort, les gens du peuple montraient ceux qui avaient participé au procès avec horreur. Il entendit dire que tous les responsables de sa mort moururent de façon très honteuse : que Nicolas Midi fut frappé de lèpre juste après, que Cauchon mourut subitement pendant qu’il se faisait faire la barbe.