Avant-propos
L’âme de Jeanne d’Arc
par
(1910)
Éditions Ars&litteræ © 2021
5Avant-propos
Ce n’est pas une histoire complète de Jeanne d’Arc, c’est une simple esquisse de son âme que j’ai voulu offrir au public dans ce recueil de panégyriques et de conférences. Cette belle âme, je l’ai envisagée tantôt de face dans le cadre classique de son enfance, de ses campagnes et de sa mort, tantôt de profil, dans ses rapports avec le Christ-Roi, l’Eucharistie, la Sainte Vierge, saint Michel, l’Église.
Les lecteurs remarqueront peut-être que certains traits reviennent plusieurs fois dans ces pages. Ce serait une faute dans une histoire suivie ; c’était inévitable dans une série de discours prononcés en divers lieux. Se condamner à ne se jamais répéter, à taire un mot, un épisode, parce qu’on l’a déjà donné dans une autre ville, serait une coquetterie littéraire un peu vaine : ce serait sacrifier à un souci d’art contestable la gloire de Jeanne et l’intérêt de l’auditeur.
Quelques personnes seront sans doute un peu étonnées de trouver un texte parfois assez différent de celui qu’elles ont entendu. Mais tel discours prononcé en dix églises a nécessairement 6varié avec les circonstances de temps et de lieu et l’inspiration du moment : il s’est peut-être amélioré en vieillissant. C’est après coup et en fondant les notes prises au cours de mes tournées johanniques que j’ai pu établir un texte définitif qui diffère nécessairement des versions originales.
Chétif comme le petit page qui avait l’honneur de servir Jeanne, je lui ai consacré la moitié de ma vie. Il n’est pas de sujet, après l’Eucharistie, le Sacré-Cœur et la Sainte Vierge, que j’aie traité plus souvent que son admirable histoire. J’ai donné plus de soixante fois son panégyrique dans les principales églises de France, sans parler de nombreuses conférences populaires où j’ai vu à quel point la foule aime et admire son exquise figure.
Daignez donc, ô chère Bienheureuse, agréer l’hommage de ces paroles. J’y ai mis tout mon cœur ; j’aurais voulu y mettre tout le vôtre pour qu’elles fussent dignes de vous.
Ces pauvres paroles, qui n’ont plus la vie de l’action et de la voix, décolorées comme des fleurs pressées dans un herbier, souffrez que je les dépose cependant à vos pieds et rendez-leur la fraîcheur pour qu’elles parent un peu votre autel. Qu’elles vous redisent du moins ma prière, l’humble Ave que j’aime à vous adresser :
Je vous salue, Jeanne, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous. Après Marie, plus sainte 7et plus belle que vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes, et Jésus, votre Roi bien-aimé, est béni.
Bienheureuse Jeanne, Fille de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Ainsi soit-il.
Stéphen Coubé.
Villa Jeanne d’Arc, Bellevue,
1er janvier 1910.