Abbé Coubé  : L’âme de Jeanne d’Arc (1910)

8. Jeanne d’Arc et Saint Michel

249VIII.
Jeanne d’Arc et Saint Michel30

Messeigneurs31,

Mes frères,

Le prophète Élie s’était réfugié à Dothaïm, lorsqu’une armée syrienne vint, pendant la nuit, mettre le siège devant cette ville. Son serviteur se lamentait en criant :

— Qu’allons-nous devenir ?

Mais l’homme de Dieu lui dit :

— Ne crains rien. Et il ajouta : Seigneur, faites qu’il voie !

Aussitôt, le serviteur vit, sur les montagnes environnantes, des cavaliers de feu, montés sur des chars de feu, revêtus d’armures de feu qui étincelaient au soleil levant et prêts à défendre la cité.

Cette scène est un brillant symbole de notre histoire. Bien souvent, quand l’Église ou la France chrétienne est attaquée pas ses ennemis, nous 250tremblons comme le serviteur d’Élie. Mais, si nous avions une foi plus vive, nous verrions avec les yeux de l’âme les cavaliers de feu, les anges commandés par saint Michel, planer au-dessus de nos têtes, prêts à défendre la sainte Église.

Cavalier de feu, saint Michel lutte dans le ciel, à l’aurore de la création, contre Lucifer. Cavalier de feu, il défend le peuple d’Israël, il défend l’Église, il défend la France dont il est l’ange gardien. Cavalier de feu, il veille sur cette sainte montagne, dont il a fait son fief et son sanctuaire. Cavalier de feu, il combat avec Jeanne d’Arc, pour la délivrance de notre pays. Cavalier de feu, il semble revenir cette année parmi nous, dans les splendeurs de ces fêtes jubilaires, pour applaudir au triomphe de la nouvelle Bienheureuse et marcher avec elle à de nouveaux combats pour l’honneur de Dieu et le salut de la France.

Il y a là, mes Frères, une pensée bien propre à nous réconforter. Voyons donc l’Archange de lumière veillant avec amour sur notre patrie avant, pendant et après l’épopée de Jeanne d’Arc.

Monseigneur l’archevêque de Rouen,

Vous êtes le successeur de ce cardinal d’Estouteville, abbé du Mont Saint-Michel, qui a tant contribué, d’une part, à la splendeur de cette basilique, et d’autre part, à la réhabilitation de Jeanne d’Arc. Héritier de ses généreux sentiments, vous 251avez pensé, avec Mgr l’évêque de Coutances, que la place du primat de Normandie et des évêques de sa province était ici, à cette fête religieuse et patriotique, et vous avez gracieusement accepté de venir la présider. Soyez béni pour l’éclat que votre présence et celle des vénérés prélats qui vous entourent apportent à cette cérémonie.

Monseigneur l’évêque Coutances,

Vous êtes le successeur de saint Aubert, qui a tant glorifié saint Michel, en fondant cet illustre sanctuaire ; vous avez hérité de sa piété et de sa dévotion envers l’Archange, dont vous avez splendidement organisé les fêtes jubilaires. Soyez béni pour avoir été ainsi la voix éloquente de la France en l’honneur de saint Michel, comme saint Michel a été jadis et sera toujours la voix du ciel auprès de la France32.

2521.
Avant Jeanne d’Arc.

Le soldat de Dieu

Saint Michel est l’ange des combats. Son nom est un cri de guerre : Mi-ka-el, qui est comme Dieu (quis ut Deus) ! Soldat de Dieu, à l’aurore de la création, il chasse Lucifer révolté du ciel.

De ce premier exploit, il a gardé un tempérament belliqueux, une âme ardente qui frémit au spectacle de l’iniquité. Dès qu’il reconnaît l’Esprit du mal, il fond sur lui et le terrasse. Il est le prince de la chevalerie du ciel, comme il sera un jour le prince de la chevalerie de la terre.

L’ange d’Israël

Il nous apparaît ici-bas tout d’abord comme l’ange gardien du peuple hébreu et de la Synagogue, chargé de garder la foi et les espérances messianiques au cœur d’Israël. D’après les rabbins, comme d’après les docteurs de l’Église, c’est lui qu’il faut voir dans l’ange exterminateur qui anéantit l’armée de Sennachérib ; dans le guerrier vêtu de blanc qui assiste Judas Maccabée ; dans le cavalier 253étincelant qui renverse et foule aux pieds l’impie Héliodore dans le temple.

Mais Israël a prévariqué en reniant le Messie. Jérusalem est assiégée par Titus et va succomber. L’historien juif Josèphe raconte qu’on entendit alors des voix lugubres crier dans le Saint des Saints : Sortons d’ici ! Sortons d’ici ! C’étaient, ajoute-t-il mélancoliquement, les anges de notre patrie qui nous quittaient , parce que le Temple allait s’écrouler. Un vieux texte rabbinique assure qu’ils s’envolèrent du côté de l’Occident. Où allaient-ils se poser ?

L’ange de l’Église

En Italie d’abord. Saint Michel avait défendu la Synagogue : il devait défendre l’Église et la Papauté, héritières de la Synagogue déchue.

Au Ve siècle, sous le pontificat de saint Gélase, l’Archange apparaît en Apulie au mont Gargan, et la piété des fidèles lui élève une basilique que la munificence des papes enrichit de dons et de faveurs spirituelles.

Au VIe siècle, on le trouve à Rome. Tandis qu’une peste sévit dans la ville éternelle, le pape saint Grégoire ordonne une procession pour obtenir la cessation du fléau. Or, pendant cette cérémonie, il voit au haut du môle d’Adrien l’ange saint Michel qui remet son épée au fourreau, preuve que Dieu 254a pardonné à son peuple. Le pape lui élève une statue en bronze au-dessus du môle qui s’appelle dès lors le château Saint-Ange.

L’ange de la France

Mais les cavaliers de feu, partis de Jérusalem, devaient aller plus loin que Rome ; ils vinrent en France. Le peuple franc avait été choisi par Dieu pour remplir, dans les temps modernes, le même rôle que la tribu de Juda dans les temps anciens. C’est le pape Grégoire IX qui l’affirme dans une superbe lettre à saint Louis. Il était donc naturel que l’ange de la tribu de Juda devint l’ange de la France. Ayant donné même mission à son ange et à son peuple, Dieu créa entre eux des liens de sympathie mystérieuse, des affinités transcendantes de caractère et de tempérament.

La France est, comme saint Michel, le soldat de Dieu, le bon sergent de Jésus-Christ, le champion de ses droits et de sa royauté sur le monde ;

C’est la nation chevaleresque, qui s’indigne devant les triomphes de l’iniquité, et s’écrie en mettant la main à son épée, comme Clovis, au récit de la Passion : Que n’étais-je là avec mes Francs !

C’est la nation loyale et droiturière, qui déteste les Judas et les Satan, et dont le glaive de feu poursuivra toujours les hérétiques, traîtres et révoltés contre Dieu, l’arien à Vouillé, le sarrasin à 255Poitiers, le huguenot à La Rochelle, le janséniste à Port-Royal, pour garder intacte l’hermine de sa foi et de sa fidélité au Christ.

À tous ces traits, saint Michel reconnaît son image : il aime cette âme généreuse et vibrante, qui lui renvoie l’écho de son cri de guerre : Quis ut Deus ! Aussi a-t-il résolu d’élire son domicile sur la terre de France. Il semble qu’il veuille se faire naturaliser français afin d’être jusqu’à la fin des temps notre cher compatriote, notre illustre concitoyen.

Le Mont Saint-Michel

C’est à saint Aubert, évêque d’Avranches, qu’il demande ses lettres de grande naturalisation. Il lui apparaît en 708 ; il lui déclare qu’il veut avoir un sanctuaire au sommet du mont Tombe.

Le mont Tombe, aujourd’hui si hospitalier, et où le successeur de saint Aubert nous fait un si gracieux accueil, était un rocher sauvage, émergeant des flots, dans une encoignure de la mer, creusée entre la Bretagne et la Normandie. L’Esprit des ténèbres et des tempêtes, sombre naufrageur des âmes et des corps, affreux corsaire de la pauvre humanité, avait été longtemps honoré là par les druides en des sacrifices sanglants. Il inspirait l’effroi aux navigateurs égarés dans ces parages et on l’appelait : Terreur de l’Océan immense (Immensi tremor Oceani).

256Mais, sous la bénédiction de saint Aubert, et devant l’approche de l’Archange, l’Esprit du mal rentre dans l’abîme, comme jadis, au geste de Jésus, il s’était jeté dans la mer sous la forme d’un vil troupeau ; l’année suivante, en 709, dont nous célébrons cette année même le douzième centenaire, un sanctuaire s’élève ici d’un chaos d’algues, de broussailles et de rochers, et le saint évêque d’Avranches en fait la dédicace. Plus tard, la foi de la France devait remplacer cette humble chapelle par une splendide basilique et par la Merveille de l’Occident.

La Merveille

Et elle est toujours debout la Merveille, dans sa robe de granit, profilant sa noble silhouette sur le ciel de Normandie : regardez-la qui étincelle au soleil au-dessus de nos têtes. Elle est toujours debout, depuis des siècles, avec ses murs crénelés, ses tours, ses échauguettes, ses mâchicoulis et ses fines meurtrières ; avec ses sveltes arceaux, sa forêt d’arcs-boutants, ses clochetons barbelés et son escalier de dentelle ; avec ses piliers formidables, solides comme le roc vif où ils s’enfoncent, et ses colonnes élégantes, qui fusent d’un seul jet vers le flamboiement des verrières ; avec sa flèche hardie, d’où l’Ange, déployant ses ailes d’or, semble toujours prêt à s’envoler pour de nouveaux exploits, en criant à tous les échos : Quis ut Deus !

257Baigné là-haut dans la limpidité de l’azur ou plongé dans la fluidité des brumes marines, aux jours ensoleillés de gloire comme aux jours endeuillés de tristesse, sentinelle avancée de la patrie en face de l’ennemi héréditaire, il brandit sa lance, le Cavalier de feu, le Dominateur bravant toutes les tempêtes, et celles qui hurlent à ses pieds et celles qui grondent au loin sur la France. Que de fois il a vu des boulets anglais s’aplatir contre ses murs ou s’enfoncer dans le sable de ses grèves vengeresses ! Que de fois il a vu l’hérésie déferler et se briser comme les flots contre ses assises de granit ! Et il a toujours tenu bon. Il est toujours resté bon français, comme Dieu lui-même. Il n’a jamais permis qu’un drapeau étranger ou hérétique flottât sur ses donjons à côté de sa virginale bannière bleue et blanche. Catholique et français toujours, c’est le refrain d’un de nos cantiques populaires : ce fut aussi votre devise dans notre pays, ô glorieux Séraphin. Faites qu’elle vibre éternellement dans nos cœurs.

Le culte de saint Michel

À partir du VIIIe siècle, saint Michel voit son culte grandir chez nos pères. Les rois et les peuples rivalisent de zèle à l’honorer.

Charlemagne le fait peindre sur ses étendards, et, appuyé sur un décret du concile de Mayence, fait 258célébrer sa fête avec éclat dans tout le royaume.

Les héros de la Chanson de Roland invoquent dans les combats saint Michel au péril de la mer.

Les rois de France, depuis Childebert III jusqu’à ses derniers successeurs, font, pour la plupart, le célèbre pèlerinage.

Saint Louis est venu ici plusieurs fois. Combien il dut être ému le saint roi, le plus noble, le plus admirable Fils de la France, le plus semblable à saint Michel ! N’était-il pas, comme il le disait lui-même, le bon Sergent de Jésus-Christ ? N’était-il pas un ange dans l’armure d’un preux ?

Philippe de Valois fait frapper des écus d’or appelés des angelots, où saint Michel est représenté le front ceint de la couronne fleurdelisée et la main appuyée sur l’écusson royal : ne dirait-on pas le roi honoraire de la France ?

Le roi Jean est armé chevalier dans un brillant tournoi le jour de la Saint-Michel. Il en est de même d’un grand nombre de hauts barons et de seigneurs. La chevalerie tout entière gravite en quelque sorte autour du Mont angélique, reconnaissant dans le pourfendeur de Satan, dans le prévôt du roi du ciel, son patron et son idéal.

Du Guesclin vient ici, en 1366, faire bénir son épée par l’Archange et il lui confie sa femme, la vaillante Tiphaine Raguenel, la bonne Fée, qui établit ici son logis, le fameux logis Tiphaine, 259pendant que le héros va guerroyer au loin pour la France.

D’innombrables pèlerins sillonnent toutes nos routes pour venir prier sur la sainte montagne. On voit même plusieurs fois, au XIVe siècle, notamment en 1333 et en 1393, des milliers d’enfants de onze à quinze ans quitter Montpellier ou d’autres villes du Midi et traverser toute la France, pour venir chanter une prière angélique dans l’abbaye angélique.

La popularité de saint Michel atteint son apogée au XVe siècle. Ah, c’est que la France n’a jamais eu autant besoin d’un sauveur. Elle court le plus grand péril qui l’ait jamais menacée. Et le péril vient précisément de ces brumes du Nord contre lesquelles se dresse saint Michel. Cet océan qu’il domine a vomi sur nos rivages des monstres pillards et sanguinaires. Ils n’ont pu s’emparer du Mont formidable qu’ils assiègent depuis des années, mais ils se sont répandus sur notre pays et ils le mettent à feu et à sang. Comment saint Michel les a-t-il laissés passer ? Aurait-il par hasard abandonné la France pour se mettre du parti des Anglais ?

Non, mille fois non ! Son peuple ne peut y croire, et il a raison. Il est au contraire persuadé que le salut viendra de l’Archange. Il crie vers Dieu la prière de Judas Maccabée : Seigneur, envoyez-nous votre bon ange ! (Mitte Angelum tuum bonum ante nos.) Et le bruit se répand partout 260que le bon ange est descendu du ciel et qu’il est en route pour venir nous sauver.

Les paysans du Poitou l’ont vu à Talmont et en d’autres lieux voler dans les airs, sous la forme d’un cavalier monté sur un cheval blanc et une épée nue à la main. L’évêque de Luçon et des gentilshommes poitevins en apportent la bonne nouvelle à la cour de Charles VII. Personne ne doute de l’intervention prochaine du céleste protecteur : on voit déjà les Anglais fuir devant lui et l’on répète la devise de Charles : Fugat Angelus Anglos33.

2.
Au temps de Jeanne d’Arc.

Saint Michel à Domrémy

Oui, c’est bien saint Michel, qui va nous délivrer par le bras d’une enfant. Il la choisit, la douce libératrice, dans ce Barrois, où il est honoré dans un célèbre monastère qui porte son nom et qui remonte à la même époque que le pèlerinage du mont Tombe : il est le patron de ce duché, il est représenté sur plusieurs monnaies tenant l’écusson de Bar. C’est là qu’il descend, en 1425, vers une humble pastourelle de Domrémy.

Jeanne a treize ans. Sur les rives fleuries de la Meuse, dans le tremblement des feuilles du Bois-Chenu, 261dans le vent d’ouest, le vent de France, tout chargé du sanglot des batailles, elle entend des voix. C’est saint Michel, accompagné de sainte Catherine et de sainte Marguerite, qui vient lui parler. Il lui propose, au nom du ciel, de délivrer la France, et quand elle y a consenti, quand elle a donné son fiat au message de Michel, comme jadis Marie au message de Gabriel, il entreprend l’éducation religieuse et patriotique spéciale dont elle a besoin pour sa grande mission. Jamais plus illustre maître n’enseigna plus illustre élève, depuis les jours où sainte Anne et les séraphins formaient l’âme de Marie.

Saint Michel fait de Jeanne un ange de la terre : il le faut bien pour qu’elle puisse collaborer à l’œuvre de l’ange du ciel.

Ange de pureté ! À l’école de saint Michel elle devient de plus en plus angélique, si bien que sa seule présence purifie les lieux où elle passe et les âmes qui la fréquentent.

Ange de charité ! À l’école de saint Michel, elle a pitié des pauvres et des mendiants, elle a pitié des petits enfants malades, elle a surtout pitié de la grande malade, sa patrie.

Ange de piété ! À l’école de saint Michel, elle aime de plus en plus le bon Dieu et la Vierge ; elle joint avec une ferveur croissante ses mains pures qui porteront un jour l’épée de la France.

262Ah ! les mains pures ! les mains douces et compatissantes ! les mains qui prient ! ce sont les mains libératrices, à qui Dieu remet tôt ou tard les étendards victorieux. Ne l’oubliez pas, vous qui aimez la France ! Si vous voulez l’aider comme Jeanne d’Arc, servez Dieu comme Jeanne d’Arc. Soyez de bons chrétiens pour être de bons Français.

La bannière de Jeanne

Maintenant que la libératrice est formée, elle part, et son céleste éducateur, qui restera son conseil, part avec elle. Il va agir et combattre par son bras. Il va s’incarner en elle, non par une union hypostatique qui confondrait leurs personnes, mais par une union morale, très douce, très intime, qui permet d’attribuer à l’ange les exploits de la Pucelle. Chacun de ces exploits porte la signature de saint Michel.

À Tours, Jeanne se fait faire une bannière. Saint Michel et saint Gabriel y sont agenouillés devant le Christ ; ils lui offrent la France sous la figure d’un lis. Ah ! le gracieux et éloquent symbole ! C’est bien ainsi que Jeanne et saint Michel veulent et aiment notre patrie. Pour eux, la France est une fleur, la fleur des nations, épanouie la première au soleil de l’Évangile, et arrosée du sang des martyrs ; fleur de pureté et de rêve, qui, sur sa tige svelte et gracile, fuse d’un seul jet vers 263le ciel, et dont ni le péché, ni l’erreur, ni l’étranger, horribles insectes, ne doivent souiller de leur bave la blanche corolle. Ô France, n’oublie jamais que tu dois être immaculée dans ta foi comme dans ton amour, le lis préféré du Christ, digne de lui être offert par la main des anges. À lui ton parfum et ta blancheur ! Alors seulement il te sourira et te donnera la bénédiction de la victoire.

La délivrance d’Orléans

Et voyez, à quelque temps de là, l’étendard de Jeanne et de saint Michel avancer, reculer, onduler au vent de la bataille, à l’assaut des Tourelles. Dès que la hampe a touché les remparts, l’héroïne s’écrie :

— Tout est nôtre !

Eh oui ! tout est nôtre ! nôtre est la bastille ! nôtre la Loire ! nôtre la ville toute entière ! nôtre la victoire !

Et cette victoire, nous la devons à saint Michel, dont Jeanne a été l’instrument. C’est le jour de sa fête, le 8 mai, qu’Orléans a été délivré. Quelle gracieuse et royale attention ! Jadis, en livrant Damiette aux Sarrasins, saint Louis avait dit qu’une ville seule était digne d’être la rançon d’un roi. Saint Michel estime pareillement qu’une ville seule peut être le cadeau d’un ange, et c’est pourquoi, 264en cette radieuse journée du 8 mai, il offre Orléans délivré à la France et à Jeanne d’Arc.

C’est donc bien sa signature qui étincelle en traits de feu au bas de cette victoire. Et elle se retrouve partout, sur les pierres des bastions qui s’écroulent, sur les plis des fanions qui claquent au vent de l’honneur, sur le bronze des clochers qui s’ébranlent dans un allegro tumultueux. Oh ! les jolis carillons qu’elles ont sonnés ce soir-là les cloches d’Orléans. Carillon d’amour pour le Christ libérateur, carillon de reconnaissance pour l’ange des combats, carillon de joie et de fierté pour les vainqueurs ! Comme leur caresse harmonieuse a dû tinter durant la nuit aux oreilles du peuple délivré ! Comme elle a dû se prolonger les jours suivants sur les coteaux, au fond des vallées, du seuil des chaumières au sommet des donjons, chantant partout le Quis ut Deus de la délivrance ! Mais c’est vous surtout, ô cloches du Mont Saint-Michel, qui avez dû tressaillir dans cette tempête de gloire déchaînée sur la France : et quel dut être l’affolement de vos sœurs les mouettes, tournant autour de vos clochers, quand vous jetiez au loin sur la mer vos sonorités triomphales !

Patay et saint Michel

La signature angélique, je la lis encore sur la plaine de Patay. Et elle n’est pas seulement, 265comme toujours, dans l’étendard de la vierge victorieuse, elle est dans la date même de cette grande journée. En effet, le 18 juin, c’est une des fêtes du Mont Saint-Michel, la fête de la translation de saint Aubert, le fondateur du pèlerinage. Coïncidence ! diront les sceptiques, oui, comme celle qui data du 8 mai la délivrance d’Orléans ! Mais comment se fait-il que de pareilles coïncidences s’accumulent si souvent pour les hommes de foi, pour ceux qui prient ? Seigneur Dieu, toutes vos bénédictions sont en effet des coïncidences, mais ce n’est pas le hasard, c’est votre volonté miséricordieuse qui fait ainsi coïncider le pardon avec le repentir, la grâce avec la prière, la victoire avec vos solennités et vos fêtes ! Oh ! donnez-nous encore bien souvent de ces coïncidences consolantes, glorieuses, dont nous avons tant besoin et dont le secret est dans votre Cœur !

Jeanne et le Mont Saint-Michel

D’autres liens mystérieux devaient unir Jeanne d’Arc non seulement à l’Archange, mais à son sanctuaire.

Qui ne voit en effet le mutuel secours que le Mont et la Pucelle se sont prêté ? Jeanne, en défendant Orléans, paralysa et anéantit l’armée anglaise de la Loire qui, sans cela, après avoir pris cette ville, se serait précipitée sur le Mont et 266l’aurait emporté. Aussi l’on peut dire que Jeanne a sauvé le Mont Saint-Michel. Et, réciproquement, saint Michel, en résistant sur ce roc, en retenant ici l’armée anglaise de Normandie, l’empêcha de se porter sur Orléans et par suite sauva cette ville. Magnifique échange de services, sublime alliance entre notre ange du ciel et notre ange de la terre.

On peut ajouter que saint Michel forma les compagnons d’armes de la Pucelle. Les plus chers et les plus vaillants d’entre eux avaient visité et défendu la Merveille. Le duc d’Alençon l’avait brillamment secourue jusqu’à la bataille de Verneuil, où il avait été fait prisonnier. Dunois, après cette défaite, avait été pendant quelque temps à la tête de la garnison du Mont. Guillaume de Loré, Jean de la Haye et le connétable de Richemont avaient superbement bataillé dans l’Avranchin pour tâcher de dégager le Mont. Combien de fois ces braves chevaliers de Saint-Michel n’ont-ils pas dû parler à Jeanne des splendeurs de l’abbaye angélique ?

Aussi l’on comprend que la Pucelle ait désiré venir ici en pèlerine et en guerrière. Il est prouvé qu’elle avait formé ce projet avec le duc d’Alençon. Celui-ci demanda au roi d’aller avec elle chasser les Anglais qui assiégeaient l’abbaye. Ils en furent empêchés par les jalousies et les calculs mesquins de La Trémoille et de Regnault de Chartres. Pauvre France ! Il sera dit que 267toujours les plus beaux projets y seront entravés par de folles passions !

Sans ces divisions, qui furent le tourment de sa vie, Jeanne serait venue ici. Elle aurait gravi ces chemins escarpés : elle aurait sanctifié de sa présence ce sanctuaire déjà si illustre. Elle serait restée en extase devant la statue de son Conseil. Quel sublime dialogue elle aurait eu avec lui ! Appuyée sur ces remparts, elle aurait rêvé devant cet horizon. Avec quelle émotion, elle aurait fouillé des yeux cette immensité derrière laquelle se cache l’Angleterre ! Hélas ! son âme seule vint, pendant sa vie mortelle, se poser, douce colombe, sur ce roc béni. Mais depuis qu’elle est dans la gloire, combien de fois n’est-elle pas revenue planer ici avec les anges ?Et n’y est-elle pas aujourd’hui avec nous ? Ne sentez-vous pas son invisible présence qui anime ce beau pèlerinage où flotte partout sa bannière avec celle de saint Michel ?

Jeanne et saint Michel à Rouen

Elle devait cependant venir en Normandie, la pauvre Jeanne, mais ce n’était pas ici, c’était à Rouen : non en pèlerine, mais en prisonnière, non pour le triomphe que nous lui aurions souhaité, mais pour un triomphe cependant et le plus beau de tous.

268Saint Michel avait donné à la France une libératrice sur la terre, il voulait lui préparer une protectrice dans le ciel. Il l’avait conduite à Reims pour le sacre d’un roi, il la mena à Rouen pour son sacre à elle : la souffrance n’est-elle pas l’onction royale des âmes ?

Un ange était descendu du ciel pour fortifier le Christ dans son agonie (Angelus de cælo confortans eum). Jeanne eut aussi un ange consolateur qui descendit dans sa prison, ce fut saint Michel. Jamais il ne l’assista aussi visiblement qu’à ces heures douloureuses où tout manquait à la prisonnière. Il l’éclairait dans ses doutes, il lui suggérait les réponses qu’elle devait faire aux juges. Il relevait son courage en lui montrant la récompense du ciel : Prends tout en gré, lui disait-il, ne te chaille de ton martyre ; tu viendras finalement au royaume du paradis.

Grâce à lui on vit une frêle enfant, sans défense, ignorante, tenir tête à des savants retors qui cherchaient à la convaincre d’erreurs et de crimes, à des féroces qui voulaient son sang. Grâce à lui, elle déjoue leurs ruses en leurs subtilités, elle les confond par son bon sens, elle les domine de toute la hauteur de son splendide caractère. Si saint Michel avait été dans les fers à sa place, on ne voit pas comment il eût pu répondre avec plus de sagesse et d’autorité.

Lorsqu’approche le moment suprême, l’ange 269redouble d’attentions et de charité pour la douce captive, et celle-ci se montre de plus en plus magnanime. Au moment d’expirer elle rend à son ami du ciel un sublime témoignage en s’écriant :

— Mes voix ne m’ont pas trompée !

Non, ô saint Archange, voix du ciel, vous n’avez pas trompé Jeanne en lui promettant la victoire, toutes les victoires. Car sa mort est la plus belle de celles qu’elle a remportées ici-bas : elle éclipse les gloires d’Orléans, de Patay et de Reims ; elle lui ouvre les portes de l’éternité. Prenez donc sa belle âme, emportez-la sur vos ailes d’or vers cette France d’en haut, peuplée de nos aïeux, de nos saints et de nos anges, vers cette béatitude où elle oubliera ses douleurs, mais non pas les nôtres, et d’où elle reviendra un jour pour nous sauver.

3.
Après Jeanne d’Arc.

La réhabilitation et saint Michel

Jeanne d’Arc était couronnée au ciel, elle ne l’était pas sur la terre. Elle portait encore, dans la pensée de ses ennemis et des indifférents, en guise de couronne, la mitre où l’on avait écrit ses prétendus crimes. Il fallait la déchirer la mitre infâme, il fallait la brûler la condamnation calomnieuse 270qui faisait d’elle une misérable et une damnée. Saint Michel devait cette réparation à sa protégée.

Or, bientôt après, il se mettait à l’œuvre ; c’est encore sa signature que l’on trouve au bas des enquêtes et de la sentence de réhabilitation. En effet, le cardinal d’Estouteville, archevêque de Rouen, qui commença les premières informations en vue de faire éclater l’innocence de Jeanne, était abbé du Mont Saint-Michel. C’était le frère de ce Louis d’Estouteville, qui s’était rendu célèbre par son héroïque défense du Mont contre les Anglais. N’est-il pas permis de penser qu’il agissait là au nom de l’Archange ?

Il voulut que, le jour même où la réhabilitation fut solennellement prononcée par les représentants du Saint-Siège, la ville de Rouen fit une grandiose manifestation en l’honneur de l’héroïne. Une procession générale traversa les rues le 7 juillet 1456 ; elle s’arrêta sur la place du cimetière de Saint-Ouen, où Jeanne avait entendu, le 24 mai, sa sentence de condamnation ; cette sentence fut lacérée et jetée au feu et Jeanne proclamée innocente. Le lendemain, la même cérémonie expiatoire eut lieu sur la place du Vieux-Marché, au lieu même où la Pucelle avait péri dans les flammes.

C’est ainsi que saint Michel restait fidèle à sa chère petite sainte. Après l’avoir introduite au 271ciel, il la vengeait sur la terre. Par la main de son abbé, il posait le premier fleuron sur la couronne qui devait un jour étinceler de tant de feux.

Jamais anglais !

Pendant les années qui suivirent le supplice de Rouen, l’Ange gardien de la France continua l’œuvre commencée sous ses auspices. C’est lui qui acheva la délivrance du territoire. Il avait prédit à Jeanne que Paris serait enlevé à l’ennemi avant sept ans, et sept ans n’étaient pas écoulés qu’un des compagnons de Jeanne, un des défenseurs du Mont Saint-Michel, le connétable de Richemont, entrait solennellement, au nom du roi, dans la capitale.

Mais ce fut autour de cette abbaye surtout que la lutte fut vive. Vous avez vu, en franchissant la première porte du Mont, deux lourdes bombardes, les Michelettes, avec leurs boulets de pierre, vénérables trophées pris aux Anglais pendant la guerre de Cent ans. Combien de fois de pareilles bombardes ont vomi de pareils boulets contre les remparts de la cité de saint Michel ! Mais le céleste gardien ne permit jamais à l’ennemi de s’emparer du Palladium de la Patrie.

La France ne manqua pas de lui témoigner sa reconnaissance. Charles VII fit peindre son image sur nos drapeaux avec deux devises tirées des 272Livres saints. L’une portait : Voilà que Michel, l’un des premiers entre les princes, est venu à mon secours ; l’autre : Nul ne m’a assisté en tous ces événements si ce n’est Michel, votre prince. Charles VII voulut aussi fonder un ordre de chevalerie en l’honneur de son bienfaiteur, mais il n’en eut pas le temps. Ce fut son fils, Louis XI, qui institua l’ordre de Saint-Michel, le plus illustre de France. Les armes représentaient l’Ange foulant aux pieds Satan ; on y lisait l’antique devise : Immensi tremor Oceani. Et c’est ici, dans cette admirable salle des chevaliers que vous avez tous admirée, que furent proclamés les statuts de l’ordre, que se tenaient ses assises annuelles et que les chevaliers recevaient leurs insignes ; c’est dans la basilique qu’ils faisaient leur veillée d’armes.

Toujours catholique !

Au siècle suivant, les calvinistes veulent s’emparer de la France. Mais saint Michel ne peut les voir de bon œil. Ce sont des révoltés qui lui rappellent étrangement ceux qu’il a désarçonnés dans le ciel. Eux aussi, ils s’écrient comme Lucifer : Je n’obéirai pas (non serviam). Les mauvais anges ne furent-ils pas les premiers protestants ? N’ont-ils pas protesté contre l’autorité de l’Homme-Dieu, comme les huguenots devaient protester contre l’autorité de l’Église ?

273Comme les Anglais, qui d’ailleurs étaient leurs alliés, tantôt ouvertement, tantôt en secret, les protestants tentèrent à plusieurs reprises de s’emparer du Mont, mais saint Michel ne pouvait permettre qu’ils missent la main sur son sanctuaire. Il n’avait pas voulu être anglais en France, encore moins pouvait-il être huguenot.

Un jour, des calvinistes, déguisés en pèlerins, pénètrent pieusement dans l’enceinte : là, ils rejettent leur manteau orné de coquilles et à la place du bourdon, ils tirent leur dague, en criant : Ville gagnée ! Ville gagnée ! Mais La Moricière — un nom qui devait se couvrir de nos jours d’une gloire encore plus éclatante — accourt et les chasse honteusement. Une autre fois, c’est le fameux capitaine Montgomery qui échoue dans une tentative semblable.

Jours de deuil

Au XVIIe siècle, le culte de saint Michel commence à pâlir. C’est l’époque où Boileau bannit les anges et les démons, Dieu et la Vierge de notre littérature pour y introduire le cortège des sylvains et des nymphes.

Il était réservé à la Révolution de supprimer le culte de l’Archange, du moins pour un temps. Elle brise les têtes d’anges qui enguirlandaient gracieusement les arceaux de nos églises. Elle abat la 274statue qui dominait la Merveille. Elle décrète que le Mont s’appellera désormais le Mont Libre et, pour inaugurer la liberté, elle en chasse les moines et y entasse trois cents prêtres prisonniers que délivreront les Vendéens.

Plus tard, par une capricieuse ironie , elle fait du Mont Libre une prison centrale. Pendant soixante-dix ans, de 1793 à 1863, c’est la captivité de Babylone. À la place des moines et des chevaliers chrétiens, on y voit passer quatorze mille détenus, la plupart chevaliers d’industrie ou assassins. Au lieu des chants et des prières, on y entend les gémissements et les blasphèmes.

En 1863, la Merveille est rendue à sa destination primitive. Les moines y rentrent, mais pour quelque temps seulement, car c’est leur destinée de voler comme les anges, sans demeure fixe ici-bas. Ils rendent au Mont sa splendeur. L’ère des pèlerinages recommence. La statue de l’Ange déploie de nouveau ses ailes sur l’immensité.

Saint Michel et les temps modernes

Et qui sait ce que l’avenir nous réserve ? Ne dirait-on pas que Dieu prépare silencieusement une ère nouvelle ? Des mains intelligentes restaurent la Merveille, rebrodent sa robe de pierre et lui rendent sa beauté médiévale. La dévotion à l’Archange refleurit avec plus d’éclat que jamais.

275N’est-ce pas d’ailleurs une dévotion singulièrement appropriée aux besoins de notre époque ? Partout retentit le cri du grand révolté : Non serviam ! Que partout retentisse la réponse angélique : Quis ut Deus !

Partout le frémissement du monde rejette la royauté du Christ : Nolumus hunc regnare super nos. Que partout se dresse le champion de cette royauté, répétant avec l’apôtre : Oportet illum regnare ! Il faut qu’il règne ! Partout, nous dit Léon XIII, les démons sont déchaînés par le monde pour perdre les âmes ! (Satanam aliosque spiritus malignos qui ad perditionem animarum pervagantur in mundo.) Il faut donc crier : Défendez-nous, ô saint Michel archange, dans le combat ! (Sancte Michael archangele, defende nos in prælio.) Défendez-nous, ô saint Michel archange, dans le combat et précipitez de nouveau Satan dans les enfers (in infernum detrude) : en enfer, l’erreur et le mal ! en enfer, l’injustice et la tyrannie !

Mais, de même qu’autrefois, c’est en compagnie de la Pucelle que l’Archange nous délivrera. Pourquoi, en effet, cette merveilleuse coïncidence qui nous offre la même année la béatification de Jeanne et le douzième centenaire de saint Michel ? Pourquoi reviennent-ils s’imposer à notre attention, provoquer nos prières et notre amour ? N’y a-t-il pas là un motif d’espérer ?

Lorsque le temple de Jérusalem fut sur le point de s’écrouler, saint Michel dut l’abandonner par 276ordre de Dieu, comme je vous le racontais tout à l’heure. Si la France était condamnée au même sort, je ne sais si on entendrait retentir au fond de ses sanctuaires nationaux le cri lugubre : Sortons d’ici ! Mais je sais bien que les anges ne viendraient pas nous visiter, comme ils le font de nos jours. Quand le malade est désespéré, le médecin ne revient plus l’ausculter ni le soigner. Or, le Sacré-Cœur et Notre-Dame de Lourdes, saint Michel et la bienheureuse Jeanne d’Arc descendent vers la France dans la splendeur de leurs fêtes jubilaires. La France n’est donc pas perdue. Courage et confiance, pèlerins de la Merveille, l’Ange étend sur nous son bouclier d’or. Courage, confiance, et en avant pour Dieu et pour la patrie, sous la bannière de Jeanne d’Arc et de saint Michel !

Notes

  1. [30]

    Panégyrique prononcé sur l’esplanade du Mont Saint-Michel, le 13 mai 1909, pour le douzième centenaire de l’apparition de l’Archange et de la fondation de son sanctuaire.

  2. [31]

    Leurs Grandeurs Mgr Fuzet, archevêque de Rouen ; Mgr Guérard, évêque de Coutances ; Mgr Bardel, évêque de Séez ; Mgr Lemonnier, évêque de Bayeux ; Mgr Legoux, protonotaire apostolique.

  3. [32]

    L’année 1909 était le douzième centenaire de la fondation du sanctuaire du Mont Saint-Michel par saint Aubert, évêque d’Avranches, à qui l’Archange apparut à la fin de l’année 708. La dédicace eut lieu en 709. Il est difficile de ne pas voir une intention providentielle et pleine de promesses pour la France dans la coïncidence non recherchée par l’Église de la béatification de Jeanne d’Arc et des fêtes jubilaires de son angélique conseil. Mgr Guérard, évêque de Coutances, donna le plus grand éclat aux diverses solennités de cet anniversaire, échelonnées de la fin de 1908 à la fin de 1909. L’une des plus importantes devait avoir lieu le 8 mai en la fête de l’Archange : mais, cette date étant celle de la délivrance et des fêtes d’Orléans, Mgr de Coutances décida, pour qu’une cérémonie ne nuisît pas à l’autre, que celle du Mont Saint-Michel aurait lieu le 13 mai. C’est en ce jour, en plein air, en face des flots de l’Océan, devant quatre des évêques de Normandie et cinq-mille personnes répandues sur l’esplanade, les remparts et les rampes du pittoresque îlot, que fut donné le présent panégyrique.

  4. [33]

    L’Ange met les Anglais en fuite.

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