7. Jeanne d’Arc et Notre-Dame de Lourdes
245VII. Jeanne d’Arc et Notre-Dame de Lourdes.
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Madame de La Rochefoucauld, duchesse d’Estissac, érigea en 1875, dans sa belle terre de Combreux (Loiret), une grotte de Lourdes qui attire chaque année, le second dimanche d’octobre, plusieurs milliers de pèlerins.
En 1909, M. le duc d’Estissac, fils de la fondatrice de ce pèlerinage, fit placer la belle statue de Jeanne d’Arc, de Charles Desvergnes, en haut de la vaste pelouse qui s’étend devant son château, et il profita de la fête annuelle pour la faire bénir. Le 10 octobre fut donc cette année à la fois la fête de Jeanne d’Arc et de Notre-Dame de Lourdes.
L’après-midi, dans le bois où est érigée la grotte de Lourdes, l’abbé Coubé prononça devant Mgr Touchet et les nombreux pèlerins une allocution sur le double sujet de la solennité. L’idée de la première partie fut empruntée au panégyrique précédent ; l’idée de la seconde au sermon 246ci-dessous sur Jeanne d’Arc et Bernadette. Nous n’en donnons donc ici que l’exorde.
Après la cérémonie aux pieds de la Vierge, Mgr l’évêque d’Orléans procéda à la bénédiction de la statue de Jeanne d’Arc et prononça un superbe discours où il unit, à son tour, la gloire de la Vierge et de la Pucelle.
Voici l’exorde de l’allocution prononcée il la grotte :
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Sicut mater, ita et filia ejus.
Telle mère, telle fille.
— (Ézéchiel 16:44)
Monseigneur,
Mes frères,
C’est une heureuse pensée qui réunit aujourd’hui dans une même solennité Notre-Dame de Lourdes et Jeanne d’Arc, la reine et la libératrice de la France.
Notre-Dame de Lourdes ! Grâce à la générosité d’une famille non moins illustre par sa foi que par sa noblesse, aussi chrétienne par ses représentants actuels que par ses ancêtres et par les saints évêques de son nom qui ont versé leur sang pour la religion en 93, Notre-Dame de Lourdes est honorée en ce lieu comme au pied des Pyrénées. La grotte de Combreux est la réplique modeste et charmante de la grotte de Massabielle. Et, ici comme là-bas, Marie se plaît, ainsi que l’attestent 247ces nombreux ex-voto, à exaucer ses enfants qui viennent la prier.
Jeanne d’Arc ! Elle aussi aura sa statue dans la belle nature qui nous entoure. Au milieu des fleurs, dans le somptueux décor du grand château féodal, elle se dressera svelte, gracieuse, inspirée, les mains jointes avec ferveur, les yeux fixant le ciel dans un regard extatique, comme pour nous dire : En haut les cœurs et en avant ! Pour Dieu et pour la France !
Et l’écho des cantiques, entonnés sous ce bois, aux pieds de la Vierge, ira mourir là-bas sur la pelouse, aux pieds de la Pucelle, les associant toutes deux dans la même béatitude : Beatam me dicent omnes generationes.
Cette communauté de béatitude suppose entre Marie et Jeanne une communauté de vertus. Et, en effet, les profondes harmonies qui éclatent dans la vie de Marie résonnent en un mode plus humble à travers la vie de Jeanne. Telle mère, telle fille
, disait Ézéchiel. Voyons donc ensemble quelques-unes des similitudes qui rapprochent la mère et la fille.
Monseigneur,
C’est pour moi une joie profonde, mais qui serait mêlée de quelque confusion, si je ne connaissais votre exquise bonté, d’avoir à parler de Notre-Dame de Lourdes et de Jeanne d’Arc devant le grand 248évêque qui a si dignement célébré l’une et l’autre, devant l’homme qui a le plus contribué, après le Souverain Pontife, à honorer la Pucelle. Si Jeanne d’Arc nous appartient à tous, on peut dire qu’elle est vôtre à un titre spécial. Ses fêtes sont vos fêtes : vous les avez si bien organisées ! Sa gloire est votre gloire : vous l’avez si éloquemment chantée ! Je vais plus loin, sa béatification est en quelque sorte la vôtre : vous l’avez si brillamment enlevée à la pointe de votre plume et de votre parole ! Aussi toutes les générations de France vous appelleront bienheureux pour avoir si magnifiquement acquitté la dette de la Patrie envers la Vierge d’Orléans.