Le Brun de Charmettes  : Histoire de Jeanne d’Arc (1817)

Tome 2 : Livre IV

129Livre IV
Depuis la délivrance d’Orléans, jusqu’à la bataille de Patay.

(Dimanche 8 mai 1429) Craignant que les Anglais, en se retirant, ne voulussent venger sur Châteaudun les revers qu’ils avaient essuyés devant Orléans1705,

quant vint après midy, messire Florent d’Illiers print congié des seigneurs et capitaines, et aussi des bourgois de la ville, et avecques ses gens de guerre par luy là amenez, s’en retourna dans Chasteaudun, dont il estoit capitaine, reportant grant pris, los et renommée des vaillans faicts d’armes par luy et ses gens faicts en la deffence et secours d’Orléans1706.

En reconnaissance — les Orléanais nommèrent une des principales rues de leur ville la rue d’Illiers, qui encore aujourd’hui conservé ce nom-là, en mémoire de ce que ce brave capitaine entra premièrement par-là, et qu’il 130eut l’honneur de porter les premières nouvelles de cette fameuse entreprise de la Pucelle1707.

Plusieurs autres noms de rues situées dans la partie de la ville qui n’était pas alors enfermée dans son enceinte, et qui servit de théâtre aux attaques les plus nombreuses et les plus sanglantes, semblent également se rattacher aux souvenirs du siège ; tel est celui de la rue d’Angleterre, donné probablement à un chemin qui conduisait de la ville au boulevard ou redoute élevé par les Anglais à la Croix-Boissée ; celui de la rue des Chats-Ferrés, qui semble renfermer une allusion ironique à quelque assaut nocturne dans lequel les Anglais, quoique avançant avec précaution, auraient été trahis par le retentissement de leurs pas, rendus plus bruyants par le poids et le froissement de leur armure ; et celui de la rue Chasse-Coquins, très-voisine de celle-là, et qui devait toucher aux murs de la ville1708. Comme toutes ces rues furent rebâties après le siège, à la place où avaient été les premiers faubourgs, la supposition que ces noms furent tirés des circonstances de ce même siège doit paraître assez vraisemblable.

Une partie des troupes anglaises, découragées par leurs défaites, abandonnaient leurs généraux 131et se retiraient en Normandie1709 ; elles passaient en foule sous les murs de Châteaudun, et jetaient dans les plus vives alarmes les habitants et la faible garnison de cette place, qui ne se croyaient pas en sûreté pendant l’absence de leur gouverneur, lorsque ce vaillant chevalier y arriva vers les fêtes de la Pentecôte, et leur apporta, avec la nouvelle de la défaite des Anglais devant Orléans,

l’espérance qu’ils seroient bientôt délivrez d’un si fascheux voisinage qui les tenoit comme resserrez dans leurs murailles1710.

Leur joie égala leur étonnement au récit des exploits merveilleux de la guerrière inspirée. Les jeunes hommes et les jeunes filles de Châteaudun firent, à cette occasion, des réjouissances publiques, que les jeunes filles célébraient encore tous les ans, à pareil jour, quand Godefroy publia son recueil des historiens de Charles VII. Cette fête avait reçu le nom de Pucelle, parce qu’elle était destinée à perpétuer le souvenir des exploits de Jeanne d’Arc, auquel s’associait celui des hauts faits du vaillant Florent d’Illiers.

Car estant ainsi retourné par devers eux, tout comblé de gloire et d’honneur, il en fut cette fois receu avec tel applaudissement et telle acclamation de joye, qu’ils creurent que ce n’estoit 132point assez de le témoigner lors pour une seule fois, s’ils n’en renouvelloient en suite tous les ans la mémoire, par cet esbatement et ces jeux solennels1711.

(Lundi 9 mai 1429) Jeanne se disposa à quitter Orléans le lendemain de la levée du siège : il avait été conclu qu’elle se rendrait sans délai auprès du roi1712. Une chronique attribue cette résolution à la disette de vivres qu’éprouvait l’armée, ce qui semble démenti par les faits, et au manque d’argent pour solder les troupes, ce qui est infiniment plus vraisemblable1713. Pleine de reconnaissance pour les soins empressés dont elle avait été l’objet de la part de ses hôtes, Jeanne d’Arc leur laissa comme un témoignage de souvenir le chapeau de satin bleu bordé d’or1714 qu’elle portait à la ville, quand, habillée en homme, elle n’était pas revêtue de son armure, et même à la guerre lorsqu’aucun danger ne l’obligeait à charger sa tête du poids accablant d’un casque incommode1715.

Et s’en partit la Pucelle et avecques 133elle le seigneur de Rais, le baron de Coulonces, et plusieurs aultres chevaliers, escuiers et gens de guerre, et s’en alla devers le roy luy porter nouvelles de la noble besongne, et aussi pour le faire mectre sur les champs, afin d’estre couronné et sacré à Reims, ainsi que Nostre Seigneur luy avoit commandé. Mais avant print congié de ceulx d’Orléans, qui tous plouroient de joye, et moult humblement la remercioient, et s’offroient eulx et leurs biens à elle et à sa voulenté, dont elle les remercia tres benignement, et entreprint à faire son saint véage. Car elle avoit fait et accomply le premier, qui estoit lever le siège d’Orléans… Celuy mesme jour, et lendemain aussi, feirent très belles et solempnelles processions, les gens de l’église, seigneurs, cappitaines, gens d’armes et bourgois es tans demourans dans Orléans, et visitèrent les églises par moult grant devocion. Et, à la vérité, combien que les bourgois ne voulsissent (voulussent), au commencement, et devant que le siège fust assis, souffrir entrer nulles gens de guerre dedens la cité, doubtant qu’ilz ne les voulsissent pillier, ou maistriser trop fort, toutesfois en laisserent ilz après entrer tant qu’il en 134vouloit venir, deppuis qu’ilz congneurent qu’ilz n’entendoient qu’à leur deffence, et se maintenoient tant vaillamment contre leurs ennemis, et si estoient très unis pour deffendre la cité. Et parce, les despartoient entre eulx en leurs hostelz, et les nourrissoient de telz biens que Dieu leur donnoit, aussi familièrement comme s’ilz eussent esté leurs propres enffants1716.

(Mardi 10 mai 1429) Jeanne d’Arc mettait beaucoup d’empressement à se rendre auprès du roi : elle arriva à Blois le même jour1717. On conçoit que le plaisir d’avoir à annoncer de si bonnes nouvelles devait entrer pour beaucoup dans sa diligence. Un autre motif s’y mêlait encore ; elle savait que la durée de sa mission était bornée à un temps peu considérable1718, et elle trouvait qu’on en avait déjà perdu beaucoup1719.

Le bruit de la défaite des Anglais devant Orléans arriva le surlendemain à Paris d’une manière vague et confuse. On conçoit que le Gouvernement Anglais fit tous ses efforts pour déguiser la vérité aux Parisiens. On trouve à ce sujet une note curieuse dans les registres du parlement séant à Paris (on se rappelle qu’attendu 135les prétentions opposées de Charles VII et de Henri VI, tout alors était double en France, et qu’il y avait deux rois, deux chanceliers, deux parlements et deux universités). Les registres du parlement séant à Paris étaient tenus à cette époque par Clément de Fauquembergues, licencié ès droits canon et civil, doyen de l’église d’Amiens, protonotaire du roi (anglais), et greffier du parlement, comme il nous l’apprend lui-même dans les préambules de chaque session, et il prenait la liberté d’y insérer les nouvelles qui lui paraissaient les plus remarquables. Voici cette note telle que je l’ai copiée moi même sur l’original avec la plus scrupuleuse exactitude :

Mardi Xe jour de may, fu rapporté et dit à Paris publiquement, que dimenche dernier passé, les gens du dauphin en grant nombre, aprez plusieurs assaulz continuelment entretenuz, par force d’armes estoient entrez dedens la bastide que tenoient Guillaume Glasdal et autres capitaines et gens d’armes angloys de par le roy, avec la tour et l’yssue du pont d’Orléans par de la Loyre ; et que ce jour les autres capitaines et gens d’armes tenans les bastides par deçà Loyre devant la ville d’Orleans, s’estoient partiz d’icelles bastides et avoient levé leur siège, pour aler conforter ledit Glasdal et ses compagnons, et pour combactre les ennemis, qui avoient en leur compagnie 136une pucelle seule, ayant baniere entre lesditz ennemis, si comme on disoit. Quis eventus fatums novit Deus bellorum dux, et princeps potentissimus in prelio ; (c’est-à-dire, le Dieu des armées, puissant arbitre des batailles, sait seul quel en sera l’événement1720).

Le bourgeois de Paris, zélé bourguignon, qui écrivait jour par jour, à cette époque, ce qui se passait de plus intéressant à sa connaissance, rapporte de la manière suivante la déroute des Anglais, la mort de Glasdale et les honneurs funèbres qu’on lui rendit à Paris :

Item, en celluy temps levèrent le siège les Arminaz et firent partir les Angloys par force de devant Orléans : mais ils allèrent devant Vendosme et la prindrent, comme on disoit (mensonge officiel). Et partout alloit cette Pucelle armée avec les Arminaz, et portoit son estendart où estoit seulement en escript Jhesus ; et disoit on qu’elle avait dit à ung cappitaine angloys qu’il se despartist du siège avec sa compaignie, ou mal leur vendroit (viendrait) et honte à tretous : lequel la diffama moult de langaige, comme clamer ribaulde et p… ; et elle luy dist que maugré eulx tous ilz partiroient bien bref, mais il ne le verroit jà ; et si seroient 137grant partie de sa gent tuez. Et ainsi en advint il, car il se noya le jour devant que l’occision fut faicte. Et depuis fut pesché et despecé par quartier, et bollu et embosmé, et apporté à Saint Merry, et fut huit ou dix jours en la chappelle devant le cellier, et nuyt et jour ardoient devant son corps quatre cierges ou torches. Et après fut emporté en son pays pour enterrer1721.

Au milieu des inexactitudes que renferment ces deux récits, on voit percer la vérité, et il était bien difficile, vu le peu de distance où l’on était du lieu de la scène, que le gouvernement anglais dérobât longtemps aux Parisiens la connaissance de ses revers.

Les mesures qu’il prit à cette époque décèlent, au reste, le trouble dont il était en secret agité. Tout excitait ses alarmes. Le frère Richard, ce célèbre prédicateur dont j’ai parlé au Livre II de cette histoire, devint un objet d’inquiétudes pour le régent anglais ; sa grande popularité lui faisait ombrage, et il lui fit enjoindre de s’éloigner. Voici ce que le bourgeois de Paris rapporte à ce sujet dans son Journal :

En ce temps s’en alla frère Richart, et le dimanche devant qu’il s’en debvoit aller, fut dit parmy Paris qu’il debvoit prescher au lieu, ou bien 138près, où le glorieux martyr monsieur saint Denis avoit esté descollé, et maint aultre martyr. Si y alla plus de six mille personnes de Paris, et party la plus grant partie le sabmedy au soir à grans tourbes pour avoir meilleure place le dimanche au matin, et couchèrent aux champs en vieilles mazures et où ils purent mieulx. Mais son fait fut empeschié ; comment ce fu, à tant m’en tais ; mais il ne prescha point, dont les bonnes gens furent moult troublez ; ne plus ne prescha pour celle saison à Paris1722.

Cependant les chefs de guerre restés devant Orléans résolurent d’employer à quelque entreprise utile le temps de l’absence de la Pucelle. Il est bien probable qu’un peu d’amour-propre entrait pour quelque chose dans cette résolution. Après un long enchaînement de revers, Jeanne d’Arc était la première qui eût réussi à arracher la victoire des mains des Anglais, et à la faire passer dans le parti du roi1723. Il importait à la réputation de ces généraux de prouver 139qu’ils pouvaient vaincre sans elle, afin qu’on n’attribuât pas à eux seuls les défaites que la France avait éprouvées avant sa venue. En conséquence, peu de temps après le départ de la Pucelle,

le bastard d’Orléans, le mareschal de Saincte Severe, le seigneur de Graville, le seigneur de Courraze (Coaraze), Poton de Saincte Trailles (Xaintrailles) et plusieurs aultres chevaliers, escuiers, et gens de guerre, dont il y avoit partie portans guisarmes, là venus de Bourges, Tours, Angiers, Bloys et aultres bonnes villes de ce royaulme, se partirent d’Orléans, et allèrent devant Jargueau (Jargeau) où ilz feirent plusieurs escarmouches, qui durèrent plus de trois heures, pour veoir s’ilz le pourroient assiéger.

Mais l’ange de la victoire s’était éloigné avec la guerrière inspirée ; toute l’habileté et la valeur des chefs ne purent rien obtenir, et cette entreprise ne servit qu’à mieux faire éclater la supériorité d’un génie naturel sur les ressources, trop souvent impuissantes, de l’expérience et de l’art.

Lesquelz (capitaines) congneurent qu’ilz n’y pourroient encores riens gaigner, pour l’eaue qui estoit haulte, qui remplissoit les fossez. (Mauvaise excuse ; elle était si basse huit jours auparavant !) Et parce, s’en retournèrent saulvement. Mais les Angloys y furent fort dommagez ; car un vaillant chevalier d’Angleterre, 140appellé messire Henry Biset, lors capitaine de celle ville, y fut tué, dont ilz feirent grant deuil1724.

Voilà comme on se console.

Dunois, apparemment dégoûté par le mauvais succès de cette entreprise, se hâta de suivre les traces de la Pucelle. Il faut supposer que quelque cause inconnue l’avait retardée en chemin ; car il assure qu’il arriva en même temps qu’elle au château de Loches, où le roi s’était rendu, pour se trouver plus à portée du théâtre de la guerre. Dunois dit que l’objet de son voyage était de demander au roi des troupes pour reprendre les places que les Anglais occupaient encore sur les bords de la Loire, principalement Meung, Beaugency et Jargeau, dont la possession lui semblait d’une si grande importance, qu’il ne pensait pas qu’on dût entreprendre auparavant le voyage de Reims, expédition que Jeanne d’Arc conseillait au roi avec la plus grande instance1725.

Le bruit des victoires remportées par Jeanne d’Arc l’avait devancée à la cour. Chacun brûlait d’impatience de revoir la jeune amazone, dont 141les exploits venaient de justifier les promesses.

À laquelle, (disent les chroniques), le roy feist moult grant chiere1726, et la receut à grant honneur1727.

S’il faut même les en croire, les courtisans, terrassés par l’ascendant d’une puissance supérieure, rendirent une fois hommage au génie et à la vertu.

Et si (ainsi) firent tous ceulx de la court, considerans l’honneste vie d’elle, et les grants faicts et merveilles d’armes faicts par sa conduicte1728.

Cependant les Anglais, consternés de leur défaite, s’efforçaient d’en diminuer la honte, en accréditant le bruit que la Pucelle s’était servie contre eux d’enchantements et de sortilèges.

[Traité de Jean Gerson]

(Samedi 14 mai) Le célèbre Gerson, l’un des plus savants docteurs de l’Université, composa un petit écrit pour prendre sa défense. Il le fit imprimer et publier à Lyon la veille de la Pentecôte 1429, c’est-à-dire le 14 mai, six jours par conséquent après la levée du siège d’Orléans. On assure que cet imprimé fugitif existe encore dans quelques recueils ; il est inséré en entier dans les grosses du procès de révision, au rang des avis des docteurs consultés à cette époque. En voici la substance :

Gerson établit pour principe :

1° que des 142faits sont probables lorsque leur probabilité est bien fondée et bien entendue ; 2° qu’on ne doit das les qualifier d’erronés, au moins par une assertion positive, au-delà des termes de la probabilité, à moins que la chose ne soit totalement improbable ; 3° qu’on doit les réputer vrais, sans néanmoins aller jusqu’à une assertion absolue, lorsqu’il se présente à l’appui des raisons apparentes et des conjectures vraisemblables.

En conséquence il prétend :

qu’on peut pieusement et sainement soutenir le fait de la Pucelle Jeanne, attendu les circonstances actuelles, l’effet qui en résulte, et surtout la justice de la cause qu’elle défend, puisqu’il s’agit de rendre un royaume à son roi légitime et de débeller ses ennemis.

Il appelle ensuite en témoignage pour elle

la sagesse et la piété de sa conduite depuis sa plus tendre enfance, dont on s’est procuré la preuve. Elle ne cherche, (dit-il), ni les honneurs ni les hommes mondains ; elle abhorre les haines, les séditions, les vengeances et les vanités ; elle vit dans l’esprit de douceur et de prières, dans les actions de grâce, dans la sainteté et la justice ; elle n’emploie pour réussir aucun des moyens défendus par l’Église, aucune surprise, aucun dol, et elle n’a en vue aucun espoir de gain ; elle est reconnue, au contraire, pour être très-fidèle dans sa foi, et elle expose son corps aux blessures, 143sans se servir d’aucune précaution extraordinaire pour s’en garantir.

Le conseil du roi ne s’est décidé à la mettre en œuvre qu’après avoir fait et fait faire préalablement toutes les inquisitions et tous les examens convenables. Les guerriers vont avec elle sans difficulté, lui obéissent volontairement, et s’exposent sous ses ordres aux dangers de la guerre, sans craindre la honte qui retomberait sur eux s’ils étaient vaincus ayant une femme à leur tête. Ces mêmes guerriers n’agissent point avec témérité ; ils n’en suivent pas moins dans leur conduite les règles de la prudence et celles de l’art militaire : preuve que Jeanne n’est pas obstinée dans son avis, quoiqu’elle se répute avertie et conduite par Dieu lui-même. Les ennemis, au contraire, fuient à son approche, courent se cacher, et la terreur les fait crier comme des femmes dans les douleurs de l’enfantement.

Enfin, (dit-il), on ne peut lui faire un reproche légitime à l’occasion des vêtements d’homme dont elle use : si l’ancienne loi le défendait aux femmes sans aucune distinction, la loi nouvelle ne prononce pas la même prohibition. Cette défense subsiste toujours, il est vrai ; mais elle n’a lieu qu’en vertu du fondement moral sur lequel elle est appuyée, et alors la défense doit céder au cas de nécessité et d’utilité. Or, telle est la position dans laquelle elle se trouve. Elle se revêt 144de l’habit des guerriers pour combattre les ennemis de la justice, pour défendre les Français, et pour prouver que Dieu confond, quand il le veut, les hommes les plus puissants par la main d’une femme.

Cet exposé succinct de l’ouvrage de Gerson fait connaître d’une manière assez claire la situation des esprits et des choses à l’époque du siège d’Orléans. Ainsi dégagé des épines de la scolastique, il ne présente que des principes vrais et des faits intéressants. Il prouve en même temps que Charles VII avait encore des sujets fidèles dans l’université de Paris1729.

L’hésitation semble avoir été le trait distinctif du caractère de Charles VII, au moins à cette époque de sa vie. Qui ne croirait qu’après ce qui venait d’avoir lieu, il ne dût s’abandonner aveuglément aux avis de la jeune inspirée, et tenter, sous sa conduite, les entreprises les plus hardies et les plus héroïques ? Il n’en fut pas ainsi. On eût dit qu’étonné de la prospérité de ses armes, après de si longs revers, il lui fallût du temps pour s’accoutumer à ne pas regarder comme un rêve ce brusque changement de fortune. Au lieu de profiter du premier moment d’enthousiasme pour conduire ses armées de victoire en victoire, il 145retomba dans ses premières irrésolutions ; il tint chaque jour de nouveaux conseils ; il laissa le temps s’écouler. Il semble que ce malheureux prince conspirât pour ses ennemis, et qu’un mauvais génie le poussât à détruire l’ouvrage de la Providence.

Les caractères indécis sont le supplice des personnes actives et promptes à prendre leur parti. Jeanne d’Arc souffrait tous ces retards avec la plus vive impatience. Chaque heure inutilement perdue lui paraissait irréparable, attendu le peu de durée de sa mission.

— Je ne durerai qu’un an et guère au-delà, disait-elle souvent au roi ; il faut tâcher de bien employer cette année1730.

Un jour que le roi s’était enfermé dans son cabinet avec messire Christophe d’Harcourt, évêque de Castres, son confesseur [Gérard Machet], et avec le seigneur de Trèves, qui avait été autrefois chancelier de France, et ne s’était démis de cette charge qu’à cause de son grand âge, la jeune prophétesse, cédant à son impatience, vint frapper à la porte de la chambre. Aussitôt que le roi eut su que c’était elle, il ordonna de la faire entrer. Jeanne s’avança d’un air humble et modeste, s’agenouilla devant le roi, et l’embrassant par les jambes :

— Noble dauphin, lui dit-elle, ne tenez plus tant et de si longs conseils, mais venez 146au plus tôt à Reims prendre votre digne couronne !

L’évêque de Castres, entrant alors en conversation avec elle, lui demanda si c’était son conseil qui lui avait inspiré ce qu’elle venait de dire ? Jeanne répondit que oui, et qu’elle était fréquemment incitée à cela (stimulata de hujusmodi re).

— Ne voulez-vous pas, dit alors le prélat, nous dire ici, en présence du roi, la manière de votre conseil quand il vous parle ?

Jeanne d’Arc rougit à cette proposition.

— Je conçois assez bien, dit-elle, ce que vous voulez savoir, et je vous le dirai volontiers.

Le roi prit alors la parole.

— Jeanne, lui-dit-il, vous plaît-il bien déclarer ce qu’il demande, en présence des personnes qui sont ici ?

Elle répondit que oui, et continua à peu près en ces termes :

— Quand il me déplaît en quelque manière, de ce que je ne suis pas facilement crue des choses que je dis de la part de Dieu, je me retire à part, et je prie Dieu, me plaignant à lui, et lui demandant pourquoi on ne croit pas facilement ce que je dis. Et, ma prière faite, j’entends alors une voix qui me dit : Fille de Dieu, va, va, va, je serai à ton aide, va ! Et quand j’entends cette voix, j’éprouve une grande joie, et voudrais toujours être en cet état.

En faisant ce récit, et particulièrement en répétant les paroles de la voix dont elle se disait assistée, la jeune prophétesse paraissait ravie dans une espèce 147d’extase, et elle levait les yeux au ciel avec une expression si vive et si touchante, que les assistants n’en perdirent jamais le souvenir1731.

Cependant plusieurs princes du sang étaient d’avis que le roi n’entreprît pas encore le voyage de Reims, et commençât par essayer la conquête de la Normandie1732. Leurs raisons étaient plausibles : la Normandie, pleine de mécontents, était à la portée des forces du roi ; pour se rendre à Reims, au contraire, il fallait traverser la Bourgogne, une partie de la Champagne, s’éloigner du centre de la puissance royale, s’isoler de tout appui et de tout secours. L’intérêt du duc d’Alençon était qu’on commençât par la conquête de la Normandie, afin qu’il fût plutôt réintégré dans la possession des terres de son apanage ; et il est probable que de tous les princes du sang c’était celui qui conseillait le plus vivement d’adopter ce parti. On ne voulait pas voir que ce serait de ce côté que le régent anglais, instruit aussi bien que les Français de l’état des choses dans ce pays, porterait d’abord toutes ses forces ; on ne voulait pas voir que le succès des opérations de la Pucelle dépendrait en partie de leur témérité même ; on ne mettait pas en ligne de compte l’impression que la cérémonie du sacre de Charles VII, au milieu de la puissance anglaise et bourguignonne, 148produirait sur les esprits ; on s’arrêtait aux maximes d’une politique vulgaire, quand il s’agissait de confondre tous les calculs de la politique. Mais Jeanne d’Arc, mieux inspirée, comme l’événement l’a prouvé, que tous les généraux et les conseillers du roi, persista toujours à soutenir qu’il fallait que le roi allât se faire sacrer et couronner à Reims. Elle donnait pour raison de son opinion que, quand le roi serait sacré et couronné, la puissance de ses adversaires irait toujours en diminuant, et qu’ils ne pourraient nuire ni à lui ni au royaume1733. Tout le monde finit par se ranger à son avis1734.

Cédant lui-même enfin au désir de la Pucelle, Charles lui promit d’entreprendre le voyage de Reims aussitôt qu’on aurait chassé les Anglais des places qu’ils occupaient encore sur la Loire, au-dessus et au-dessous d’Orléans. En conséquence, il manda de toutes parts tous ses nobles pour le suivre dans cette glorieuse expédition1735. La renommée semait partout le bruit des victoires de la guerrière, et l’enthousiasme que ces nouvelles répandait de proche en proche attira de tous les points des provinces restées 149françaises les chevaliers encore en état de porter les armes pour la cause sacrée du roi et de la patrie.

L’amour et le respect du peuple pour l’envoyée du Seigneur (car c’est ainsi qu’elle était généralement regardée par les sujets du roi Charles) augmentaient de plus en plus, et se manifestaient par les témoignages les plus touchants. Des femmes vénérables par leur âge, se prosternaient devant elle malgré tout ce qu’elle pouvait faire pour l’empêcher1736. Par un mélange de dévotion et de cette curiosité naïve qui caractérise les peuples à demi-civilisés, beaucoup de personnes la priaient de leur laisser voir ses pieds et ses mains1737, comme si elles eussent douté qu’une sainte pût être conformée comme une femme ordinaire. On les baisait avec respect1738, on baisait ses vêtements1739, on baisait même les pieds de son cheval1740. Jeanne s’affligeait beaucoup de ces hommages excessifs ; il lui semblait que c’était une sorte d’adoration criminelle ; elle se fâchait même quelquefois1741 : mais que pouvait-elle faire ? La crainte d’affliger ces bonnes gens par des paroles 150trop sévères, retenait souvent sur ses lèvres l’expression de son mécontentement ; et maître Pierre de Versailles, qui se trouvait à Loches à cette époque, lui disant un jour qu’elle faisait mal de souffrir de tels honneurs qui ne lui appartenaient pas, et qu’il fallait qu’elle s’en gardât, parce que ces choses faisaient les hommes idolâtrer.

— En vérité, lui répondit-elle avec cette candeur et cette bonne foi qui formaient un des traits distinctifs de son caractère, en vérité, je ne saurais m’en garder, à moins que Dieu ne veuille bien m’en garder lui-même1742.

Les êtres surnaturels dont Jeanne d’Arc se disait visitée inspiraient surtout la curiosité la plus vive ; on l’accablait là-dessus de questions indiscrètes. D’Aulon même, le sage et prudent d’Aulon, ne put résister au désir d’en savoir plus que les autres, et demanda à la jeune inspirée

qui estoit sondit conseil ? Laquelle luy respondi qu’ils estoient trois ses conseillers, desquelx l’un estoit tousjours residamment avecques elle ; l’aultre aloit et venoit souventefoys vers elle et la visitoit ; et le tiers estoit celuy avec lequel les deux aultres deliberoient. Et advint que une fois entre les aultres, il qui parle (d’Aulon) lui priast et requist, qu’elle luy voulsist (voulut) une fois monstrer icelluy 151conseil : laquelle lui respondi qu’il n’estoit pas assés digne ne vertueux pour icelluy veoir. Et sur ce, se désista ledit depposant de plus avant luy en parler ne enquérir1743.

Les préparatifs de la nouvelle expédition avançaient cependant avec assez de rapidité, et les troupes arrivaient de toutes parts. Jeanne d’Arc, qui ne perdait pas de vue une seule des révélations qui lui avaient été faites, et qui en avait eu de fort extraordinaires touchant la maison d’Orléans1744, pria le roi de lui laisser faire des prisonniers dans cette campagne, parce qu’elle espérait en avoir assez un jour pour acquitter la rançon du duc Charles1745.

(1er juin 1429) Sur ces entrefaites un des frères de Jeanne arriva auprès d’elle1746 pour partager la gloire de ses travaux ; c’était sans doute Jean d’Arc, second fils de Jacques d’Arc et d’Isabelle Romée ; car, comme je l’ai déjà dit, Pierre d’Arc, troisième frère de la Pucelle, parti en même temps de Vaucouleurs, était depuis longtemps auprès d’elle, et il ne paraît pas que Jacques d’Arc ait jamais consenti à laisser s’éloigner de lui Jacquemin, l’aîné de ses fils.

152Après les premiers moments, naturellement employés à se donner des témoignages mutuels du plaisir qu’ils éprouvaient à se voir, la conversation ne pouvait manquer de tomber sur le pays qui les avait vus naître.

À tous les cœurs bien nés que la patrie est chère !

Jeanne d’Arc, qui semble avoir nourri dans son sein tous les sentiments nobles et vertueux, conserva toujours le plus tendre attachement pour le toit rustique, asile de son enfance ; elle ne se rappelait qu’avec émotion les riantes vallées, les rivages verdoyants de la Meuse, les champs fertiles où elle avait tant de fois conduit ses troupeaux1747, les forêts majestueuses où elle s’était si souvent retirée pour jouir de la fraîcheur de l’ombre, et se livrer, sans craindre d’être interrompue, au charme mélancolique d’une rêverie contemplative. Sans doute l’arbre antique des fées ne fut pas oublié parmi les objets qui revenaient en foule se présenter à sa mémoire ; elle en demanda peut-être avec intérêt des nouvelles à son frère, et il lui raconta qu’on disait dans le pays que c’était sous cet arbre mystérieux qu’elle avait pris son fait. Jeanne l’assura qu’on se trompait beaucoup, et témoigna un grand 153éloignement pour tout ce qui pouvait ressembler à la magie1748.

Enfin tout se trouva prêt pour l’expédition. Le roi voulait donner à Jean II, duc d’Alençon, le commandement en chef de l’armée1749, avec le titre de son lieutenant général1750, et Jeanne d’Arc désirait beaucoup que le prince l’accompagnât dans cette campagne. Le duc ne demandait pas mieux ; il venait, dans cette intention,

d’acquitter ses ostages touchant la rançon accordée pour sa délivrance1751.

Mais la duchesse, son épouse, Marie d’Armagnac, éprouvait les plus vives alarmes en le voyant prêt à s’éloigner. Elle dit à la jeune guerrière que le prince avait été longtemps prisonnier en Angleterre ; qu’il avait fallu exposer des sommes énormes pour sa délivrance, et que, si elle s’en croyait, elle le prierait de demeurer.

— Ne craignez rien, madame, lui répondit la prophétesse ; je vous le ramènerai sain et sauf, et aussi bien portant, voire en meilleur état, qu’il n’est maintenant1752.

La duchesse laissa partir son époux sur cette assurance, tant les promesses 154de cette jeune fille avaient alors de crédit sur les personnes du plus haut rang. Le roi, dit une chronique du temps,

commanda expressement au duc d’Alençon qu’il usast et feist entierement par le conseil d’elle1753.

La lettre suivante, écrite précisément à cette époque par un des plus grands seigneurs du royaume, Guy, quatrième de nom, sire de Laval, à ses mère et aïeule, donnera une plus juste idée que tout ce que je pourrais dire de l’état des affaires et de la disposition des esprits au temps où se passaient les événements qui nous occupent. L’antiquité du langage dans lequel cette lettre est écrite, jointe à l’éloignement où nous sommes des faits qu’elle rappelle, peut en rendre la lecture pénible et l’intelligence difficile ; mais il me semble que ces légers inconvénients sont bien rachetés, par le plaisir que tout lecteur amoureux de la vérité doit trouver à contempler ces précieux vestiges des temps évanouis, ces traces d’une existence fugitive, ces feuilles encore empreintes des sentiments d’une époque fameuse dans les fastes de l’histoire, et où respirent, pour ainsi dire, les désirs, les craintes et les espérances qui animaient, il y a quatre cents ans, le cœur d’un vrai chevalier français. Sans doute au moment où sa main, aujourd’hui consumée 155et réduite en poudre, traçait ces caractères, il était loin de penser que cet écrit, dérobé par l’effet du hasard à l’oubli et à la destruction, servirait quatre cents ans plus tard de document historique à l’auteur de la vie de Jeanne d’Arc, de l’héroïne qui faisait déjà l’objet de son admiration, qui ne jouissait encore que de la moitié de sa gloire, et dont il était loin de prévoir la fin tragique et prématurée !

Mes très redoubtées dames et mères, depuis que je vous escrivis de Saincte Catherine de Fierbois, vendredy dernier (3 juin 1429), j’arrivay le samedy à Loches, et allay veoir monsieur le daulphin (Louis XI) au chastel, à l’issue de vespres, en l’église collégiale, qui est très bel et gracieux seigneur, et très bien formé et bien agile et habile, de l’eage d’environ sept ans1754 qu’il doibt avoir. Et illec vis ma cousine, la dame de la Tremouille, qui me feit très bonne chiere (accueil), et, comme on dit, n’a plus que deux mois à porter son enffant. Le dimanche, j’arrivay à Sainct Aignan1755, où estoit le roy, et envoyé quérir et venir de mon logis le sieur de Trèves, et s’en alla au chastel avec luy mon oncle, pour 156signifier (annoncer) au roy que j’estois venu ; et pour sçavoir quant il luy plairoit que j’allasse devers luy. Et j’eus responce que j’y allasse si tost qu’il me plairoit ; et me feit tres bonne chiere, et me dit moult de bonnes parolles. Et quant il estoit allé par la chambre, ou parlé avec aulcun aultre, il se retournoit chacunefois devers moy, pour me mectre en parolle d’aulcunes choses, et disoit que j’estois venu au besoing, sans mander, et qu’il m’en sçavoit meilleur gré. Et quant je lui disois que je n’avois pas amené telle compaignie que je desirois, il respondit qu’il suffisoit bien de ce que j’avois amené, et que j’avois bien povoir d’en recepvoir greigneur (plus grand) nombre. Et dit le sieur de Trèves à sa maison, au sieur de la Chapelle, que le roy, et tous ceulx d’environ luy, avoient esté contens des personnes de mon frère et de moy, et que nous leur revenions bien. Et jura bien fort qu’il n’estoit pas mencion, que à ung de ses amis et parens qu’il eust, il eust faict si bon accueil, ne si bonne chiere, dont il n’est pas meshistre (peut-être chiche) de faire bonne chiere, ne bon accueil, comme il disoit.

Et le lundy (6 juin) me party avec le roy pour venir à Selles en Berry, à quatre lieues1756 de 157Sainct Aignan ; et feit le roy venir au devant de luy la Pucelle, qui estoit de paravant à Selles : disoient aulcuns que ce avoit esté en ma faveur, parce que (afin que) je la veisse. Et feit ladite Pucelle très bonne chiere à mon frère et à moy, estant armée de toutes pièces, sauve la teste, et tenant la lance en main. Et après que fusmes descendus à Selles, j’allay à son logis la veoir ; et feit venir le vin, et me dist qu’elle m’en feroit bien tost boyre à Paris. Et semble chose toute divine de son faict, et de la veoir et de l’ouyr. Et s’est partie ce lundy aux vespres de Selles, pour aller à Romorantin, à trois lieues en allant en avant, et approuchant des advenues, le mareschal de Boussac (Sainte-Sévère) et grant nombre de gens armez et de la commune avec elle. Et la veis monter à cheval, armée tout en blanc, sauf la teste, une petite hache en sa main, sur un grant coursier noir, qui à l’huys (porte) de son logis se demenoit très fort, et ne souffroit qu’elle montast : et lors elle dist : — Menez le à la croix, — qui estoit devant l’église, auprès au chemin ; et lors elle monta sans qu’il se meust, comme s’il fust lié. Et lors se tourna vers l’huys de l’église, qui estoit bien prouchain, et dit en assez voix de femme : — Vous les prebstres et gens d’église, faictes processions et prières à 158Dieu. — Et lors se retourna à son chemin, en disant, — Tirez avant, tirez avant ! — son estendart ployé, que portoit ung gracieux page (Louis de Contes), et avoit sa hache petite en la main ; et ung sien frère, qui est venu depuis huit jours (Jean d’Arc), partoit aussi avec elle, tout armé en blanc. Et arriva ce lundy à Selles monsieur le duc d’Alençon, qui a très grosse compaignée, et ay aujourd’huy gaigné de luy à la paulme une convenance. Et n’est point encores icy venu mon frère de Vendosme. J’ay icy trouvé ung des gentilz hommes de mon frère de Chauvigny, pour ce qu’il avoit desja ouy que j’estois arrivé à Saincte Catherine ; et m’a dit qu’il avoit escript aux nobles de ses terres, et qu’il pense estre bientost par deçà. Et dist que ma sœur est bien sa mye, et plus grasse qu’elle n’a accoustumé. Et l’on dit icy que monsieur le connestable (Artus, comte de Richemont, duc de Bretagne après la mort de son frère) vient avec six cens hommes d’armes et quatre cents hommes de traict ; et que Jehan de la Roche vient aussi, et que le roy n’eut pieça (depuis longtemps) si grant compaignie que on espere estre icy ; ne oncques gens allèrent de meilleure voulenté que vont à cette cy. Et doibt cejourd’huy arriver icy mon cousin de Raiz (le maréchal) ; et croist ma compagnie ; 159et, quoy que ce soit, ce qu’il y a est bien honneste et d’appareil. Et y est le seigneur d’Argenton l’ung des principaux gouverneurs, qui me faict bien bon recueil (réception) et bonne chiere. Mais de l’argent, n’y en a il point à la cour, que si estroictement, que pour le temps présent je n’y espère aucune recousse (secours) ni soustenue. Pour ce, vous, madame ma mère, qui avez mon sceau, n’espargnez point ma terre par vente ne par engage (aliénation), ou advisez plus convenable à faire, là où nos personnes sont à estre saulvez, ou aussi, par deffault, abaissez, et, par adventure, en cas de périr ; car si nous ne faismes (faisons) ainsi, veu qu’il n’y a point de soulde (solde), nous demourerons tous seuls : et jusques icy nostre faict a esté et est en bon honneur, et a esté nostre venue au roy et à ses gens tous, et aussi aux aultres seigneurs qui viennent de toutes parts, bien agréable, et nous font tous meilleure chiere que ne vous pourrions escrire.

La Pucelle m’a dict en son logis, comme je la suis allé y veoir, que trois jours avant mon arrivée, elle avoit envoyé à vous, mon ayeule, un bien petit anneau d’or, mais que c’estoit bien petite chose, et qu’elle vous eust voulentiers envoyé mieulx, considéré vostre recommandation (mérite et qualité). Cejourd’huy (mercredi 8 juin) 160monsieur d’Alençon, le bastard d’Orléans (Dunois) et Gaucourt (grand-maître de la maison du Roi), doibvent partir de ce lieu de Selles, et aller après la Pucelle. Et avez faict bailler je ne scay quelles lectres à mon cousin de la Trimouille (le ministre) et au sieur de Treves, par occasion desquelles le roy s’efforce de me vouloir retenir avec luy jusques à ce que la Pucelle ait esté devant les places angleiches d’environ Orléans1757 : et est desja l’artillerie pourveue ; et ne s’esmayd point (ne doute point) la Pucelle qu’elle ne soit tantost avec le roy (qu’elle ne soit bientôt de retour auprès du roi), disant que lorsqu’il prendra son chemin à tirer avant vers Reims, que je irois avec lui : mais jà Dieu ne veuille que je ne le face et que je ne aille (à Dieu ne plaise que je n’y aille pas), et entretant (autant) en dit mon frère. Et comme [dit] monsieur d’Alençon, ce que abandonné (cette entreprise abandonnée) qui seroit celui qui demoureroit1758 161. Et pense que le roy se partira ce jeudy (jeudi prochain) d’icy, pour s’approucher plus près de l’ost (l’armée) ; et viennent gens de toutes parts chaque jour. Après vous feray sçavoir, sitost qu’on aura aulcune chose besongné, ce qui aura esté exécuté. Et espère Ion que avant qu’il soit dix jours, la chose soit bien avancée de costé ou d’aultre ; mais tous ont si bonne espérance en Dieu, que je croy qu’il nous aydera. Mes très redoubtées dames et mères, nous nous recommandons mon frère et moy à vous, le plus humblement que pouvons, et vous envoyé des blans signez de ma main, affin, si bon vous semble, du datte de cette présente (sous la même date que la présente) escrire aulcune chose du contenu cy dedans à M. le duc (au duc de Bretagne), que lui en escrivez (que vous puissiez lui en écrire) ; car je ne luy escris oncques puis (car je ne lui écrirai plus). Et vous plaise aussi sommairement nous escrire de vos nouvelles, et vous, madame ma mère, en quelle santé vous vous trouvez, après les médecines 162qu’avez prinses ; car j’en suis à très grant malaise (très-inquiet). Et vous envoyé dessus ces présentes, minute de mon testament, affin que vous, mes mères, m’advertissez et escripvez, par les prochainement venans, de ce que bon vous semblera que j’y adjouste ; et y pense encor de moy y adjouster entre deux ; mais je n’ay encor eu que peu de loisir. Mes tres redoubtées dames et mères, je prie le benoist Filz de Dieu, qui vous doint (qu’il vous donne) bonne vie et longue ; et nous recommandons aussi tous deux à nostre frère Louis. Et pour le liseur de ces présentes1759, que nous saluons, le sieur du Boschet, et nostre cousine sa fille, ma cousine de la Chapelle, et toute vostre compaignie, et pour l’accès et… (il y a ici quelques mots illisibles) solliciter de la chevance (de l’argent) au mieulx que faire se pourra, et n’avons plus en tout qu’environ trois cents escus du poids de France. Escript à Selles, ce mercredy 8 de juin1760. Et ce vespres sont arrivez icy M. de Vendosme, M. de Boussac et aultres ; 163et La Hire s’est approuché de l’ost ; et aussi on besongnera bientost : Dieu vueille que ce soit à vostre désir. Vos humbles filz, Guy et André de Laval, et Guy (peut-être Gilles) de Laval1761.

Qui n’admirerait la noblesse de sentiments, éloignée de tout faste et de toute exagération, dont cette lettre offre l’image ? Avec quel désintéressement ce brave Guy de Laval veut qu’on vende ses biens pour subvenir à la solde de ses troupes ; que le roi ne peut entretenir ! Quel généreux dévouement respire dans les lignes où, sans dissimuler les dangers qu’ils vont courir lui et son frère, il fait connaître d’une manière détournée et respectueuse, à sa mère et à son aïeule effrayées, sa ferme résolution de suivre dans cette expédition glorieuse la guerrière envoyée par le ciel pour délivrer la France ! Peut-on rien voir de plus touchant que les témoignages de vénération profonde, de confiance sans bornes, de tendresse et de déférence que ce bon chevalier donne à sa mère, à la fin de cette lettre, monument précieux d’une simplicité de mœurs vraiment patriarcale, plus frappante encore et plus admirable 164dans un rang élevé, et que n’ont peut-être pas assez précieusement conservée les descendants de ces illustres familles, longtemps uniques dépositaires de la gloire nationale ? Tout ce que dit Guy de Laval de la situation des finances royales, de la confiance qu’inspirait Jeanne d’Arc aux troupes, et du mouvement général des esprits, mérite surtout la plus grande attention ; les détails qu’il donne sur l’héroïne du quinzième siècle sont d’autant plus précieux, qu’il l’avait vue, et s’était entretenu longtemps avec elle, l’avant-veille du jour où il écrivait.

La déposition du duc d’Alençon s’accorde parfaitement avec les faits racontés dans cette lettre. Il rapporte qu’il vint rejoindre la jeune guerrière à Selles-en-Berry, d’où il partit pour aller se réunir aux troupes rassemblées vers Orléans. C’est probablement à Romorantin, où nous avons vu que Jeanne d’Arc se rendit en sortant de Selles, qu’ils trouvèrent les troupes dont il veut parler.

Et tant firent, (dit-il), que furent rassemblés des gens du roi jusqu’au nombre de six cents lances (1800 hommes), désirant aller à la ville de Jargueau (Jargeau) que les Anglais tenaient occupée1762.

(Jeudi 9 juin) Ils prirent en effet le chemin de cette place, et arrivèrent à la fin du jour à l’entrée d’un bois dans lequel ils passèrent 165la nuit1763. On trouve encore aujourd’hui un bois considérable sur la route que durent suivre les troupes royales commandées par la Pucelle et le duc d’Alençon, pour se rendre de Romorantin devant Jargeau. Comme le jour approchait, les sentinelles avancées entendirent ou aperçurent une troupe armée qui venait vers le bois : on reconnut bientôt que c’était une division de l’armée royale, commandée par Dunois, Florent d’Illiers et quelques autres chefs. On fit la revue générale des troupes alors réunies, et on trouva que leur nombre s’élevait à environ douze cents lances ou trois mille six cents hommes1764. C’était bien peu de monde pour entreprendre le siège d’une place alors très-forte, défendue par une vaillante garnison, commandée par Guillaume de la Pole, comte de Suffolk, l’un des meilleurs généraux de l’Angleterre ; et il s’éleva à ce sujet un grand débat entre les chefs de guerre de l’expédition. Quelques-uns étaient d’avis que, sans s’arrêter à cette considération, on tâchât d’emporter la ville d’assaut ; d’autres, au contraire,

assurant que les Anglais avaient grande puissance, et étaient en grande multitude,

voulaient qu’on attendît de nouveaux renforts. Jeanne d’Arc, témoin de leur contestation, prit alors la parole.

— Ne craignez, dit-elle, aucune 166multitude, et ne faites point difficulté de donner assaut à ces Anglais ; car Dieu conduit votre œuvre. Croyez, ajouta-t-elle, que si je n’étais pas sûre que Dieu même conduit ce grand ouvrage, je préférerais garder les brebis à m’exposer à tant de contradictions et de périls.

(Vendredi 10 juin) Ce discours fit impression sur l’esprit des chefs, et on se remit en marche1765, non pas directement vers Jargeau, comme semble l’indiquer le récit du duc d’Alençon, mais vers Orléans, où l’on devait d’abord se réunir à quelques autres troupes, et

où ilz furent receuz à très grant joye de tous les citoyens, et sur tous les aultres, la Pucelle, de laquelle veoir ne se pouvoient saouler1766.

(Samedi 11 juin, selon l’Histoire au vray, et les Registres du parlement, t. XV.) Tous les renforts qu’on pouvait espérer étant arrivés, on partit le lendemain d’Orléans, et l’on se dirigea sur Jargeau par le Val de Loire. On peut évaluer l’armée française à quatre ou cinq mille hommes. Au nombre des chefs qui accompagnaient la Pucelle se faisaient remarquer, après Dunois et le duc d’Alençon, le maréchal de Sainte-Sévère, l’amiral de Culant, le seigneur de Graville, grand-maître des arbalétriers, Ambroise de Loré, Gautier de Bruzac, Florent d’Illiers, 167La Hire, Jamet du Tillay1767,

et ung vaillant gentilhomme deslors fort renommé, appelé Thudual de Carmoisen (Tugdual de Kermoysan), dit le Bourgeois, de la nacion de Bretaigne1768. […] [Une partie des soldats] portaient guisarmes, haches, arbalestres, et aultres mailletz de plomb1769.

L’artillerie était assez nombreuse ; on y voyait figurer plusieurs pièces appartenant à la ville d’Orléans, et entre autres une bombarde appelée bergiere ou bergerie1770. Peut-être lui avait-on donné ce nom par allusion au premier état de la libératrice d’Orléans qui, de bergère, était devenue général d’armée pour repousser les léopards anglais des belles provinces de la France.

On s’était flatté de s’emparer des faubourgs de Jargeau par surprise, et d’y coucher ce jour-là même. Mais le comte de Suffolk, prévenu à temps de la venue de l’armée française, sortit de la place, et vint lui-même au-devant d’elle à la tête de sa garnison1771. La courageuse résolution du général anglais était une de ces habiles témérités qui, lorsque la fortune commence à abandonner un parti, changent quelquefois la face des affaires, et forcent la victoire à revenir à ses 168premiers favoris. Le succès sembla d’abord répondre à ses espérances : l’armée française, étonnée de se voir prévenue, reçut le choc avec faiblesse. Suffolk avait trop d’habileté pour ne pas profiter de ce premier avantage ; il excite ses soldats, il leur promet la victoire ; les Anglais redoublent d’efforts ; les Français se troublent, reculent ; le désordre se met dans leurs rangs ; Crécy, Azincourt, Cravant et Verneuil reviennent se présenter à la mémoire des généraux alarmés.

Le moment était décisif. Jeanne arrache son étendard des mains de celui qui le portait ; elle presse les flancs de son coursier ; elle s’élance au milieu de la mêlée. Sa voix, accoutumée à commander la victoire, retentit aux oreilles des guerriers découragés, et réveille en même temps leur valeur et leurs espérances. Ils se réunissent, ils se pressent autour de la jeune amazone, ils marchent au combat avec une nouvelle ardeur ; Tous brûlent d’effacer dans le sang de leurs ennemis la honte d’avoir reculé devant eux aux yeux de la guerrière inspirée. Le choc dut être terrible ; mais le succès ne pouvait être douteux. En un instant les Anglais, enfoncés de toutes parts, furent forcés de rentrer dans la ville, et d’abandonner les faubourgs à l’armée française1772.

Toujours prompts à passer du découragement 169à la confiance la plus téméraire, les Français ne firent presque aucune patrouille pendant la nuit suivante, et se gardèrent si mal que, si les Anglais eussent fait une sortie, l’armée eût été dans le plus grand péril. Mais Dieu conduisait cette entreprise, remarque le duc d’Alençon1773 ; et c’est une nouvelle preuve à ajouter à tant d’autres, de la vérité du proverbe populaire, ce que Dieu garde est bien gardé.

(Dimanche 12 juin) Le lendemain dès la pointe du jour on disposa l’artillerie ; et, dans la matinée, les bombardes et autres machines de guerre commencèrent à tirer sur la ville1774.

Avec Guillaume de la Pole, comte de Suffolk, s’étaient renfermés dans la place plusieurs capitaines renommés, entre autres, Jean et Alexandre de la Pole, ses frères1775, qui avaient résolu de s’ensevelir sous les murs de Jargeau avec le chef de leur famille. La garnison se composait de guerriers éprouvés1776, qui avaient appris le métier de la guerre à l’école de Henri V, et avaient suivi ce prince, de victoire en victoire, jusqu’au cœur de la France. Par un aveuglement dont on ignore la cause, mais qui pouvait avoir été produit par quelque vexation du ministre La Trémoille, propriétaire de la ville de Sully, voisine de celle de 170Jargeau, les habitants de cette dernière place s’étaient rangés sous les bannières du comte de Suffolk, faisaient cause commune avec les Anglais1777, et n’étaient pas ceux qui montraient le moins d’obstination à repousser de leurs murs les guerriers de leur roi légitime.

L’artillerie de la place était nombreuse, et répondait avec vigueur à celle des assiégeant1778. Cependant celle-ci, dirigée par la Pucelle, qui avait un talent extraordinaire pour disposer l’artillerie1779, produisait un grand ravage dans la place.

Et en peu d’heures, (dit une chronique), fut cette ville fort battue et empirée de bombardes et de canons1780.

Jeanne d’Arc dut à la justesse de coup d’œil dont la nature l’avait douée, de sauver la vie au duc d’Alençon d’une manière miraculeuse. Dans un moment où il considérait attentivement les dehors de la place :

— Éloignez-vous de là, lui dit-elle, ou cette machine, en lui montrant de la main une machine placée sur les remparts, va tirer et vous tuer.

Le duc se retira, et presque aussitôt le coup partant de la machine, 171vint frapper1781 un gentilhomme d’Anjou1782, nommé M. du Lude, à la place même que le prince avait quittée1783. Celui-ci avoue qu’il eut grand peur, et admira beaucoup la prescience de la guerrière1784. Il est probable qu’il se promit bien de toujours l’en croire à l’avenir.

Tout à coup une rumeur s’éleva dans l’armée française ; le bruit courut de rang en rang que Fastolf et quelques autres capitaines anglais arrivaient de Paris avec des vivres, de l’artillerie et deux mille combattants, pour secourir le comte de Suffolk, et faire lever le siège de Jargeau. Ces espouvantables parolles jetèrent la consternation parmi les troupes. Plusieurs chefs disaient qu’il fallait quitter momentanément le siège, et aller au-devant de Fastolf ; plusieurs autres se retirèrent, et peut-être le reste eût imité leur exemple, si la Pucelle et quelques généraux ne les eussent retenus par belles parolles, en leur reprochant la folie de leur projet, et la honte dont ils se couvraient en abandonnant une entreprise commencée avec tant d’ardeur et de courage1785. Le siège fut repris avec une nouvelle 172 vigueur. Le feu des assiégeants et celui de la place, un moment interrompu, se ralluma plus bruyant et plus terrible. Pendant toute la journée il continua de part et d’autre sans se ralentir un instant ; la nuit même dont les ombres bienfaisantes mettent ordinairement fin au carnage en couvrant les vaincus d’un voile secourable, en les dérobant aux coups des vainqueurs, ne put cette fois désarmer la rage des guerriers acharnés à se disputer la victoire au milieu des ténèbres, et les charmes du sommeil ne vinrent détendre l’arc homicide, ni endormir les foudres de la guerre. Vers la pointe du jour la plus grande et la plus forte tour de la place, au troisième coup de la bombarde orléanaise dont j’ai parlé plus haut, se renversa1786 avec un bruit épouvantable, et couvrit un vaste espace de ses débris ensanglantés. (Lundi 13 juin) Bientôt le soleil montant au-dessus de l’horizon, vint éclairer cette scène de désolation, et révéler aux hommes l’œuvre horrible de la nuit.

Cependant les Anglais ne parlaient point encore de se rendre. L’espoir d’être secourus animait leur courage. La journée se passa comme la précédente en canonnades continuelles, en sorties sanglantes, en attaques inutiles, où les assiégeants et les assiégés montrèrent une égale valeur1787.

173(Mardi 14 juin) Enfin, le matin du troisième jour, le comte de Suffolk voyant sa garnison s’affaiblir, demanda une suspension d’armes de quinze jours, au bout desquels il s’engageait à rendre la place s’il n’était pas secouru1788.

Les généraux français tinrent conseil1789. Ils furent unanimement d’avis qu’il ne fallait point donner aux Anglais les quinze jours qu’ils demandaient, et que tout ce qu’on pouvait leur accorder, c’était de partir sur-le-champ, et d’emmener leurs chevaux avec eux1790.

— Que les Anglais, dit Jeanne d’Arc, aient la vie sauve, et partent, s’ils veulent, en leurs robes et gippons : autrement ils seront pris d’assaut1791.

Pendant qu’on délibérait, on vint rapporter au conseil que La Hire, emporté par un peu de présomption gasconne, était entré en pourparlers avec le comte de Suffolk. Le duc d’Alençon et les autres généraux furent très-mécontents de cette démarche inconsidérée, et envoyèrent rappeler le guerrier, qui se rendit à leurs ordres1792, très-mécontent de son côté, sans doute, de ce qu’ils rejetaient son entremise.

174Il fut alors décidé qu’on livrerait l’assaut à la ville ce jour-là même, et les chefs allèrent tout disposer pour une attaque générale. Bientôt les trompettes appelèrent de tous côtés les troupes au combat. Jeanne d’Arc entendant ce signal belliqueux, couvrit sa tête de son casque, et faisant signe au duc d’Alençon de la suivre :

— Avant, gentil duc, à l’assault ! s’écria-t-elle avec l’air inspiré et l’accent énergique qui n’appartenaient qu’à elle.

Le prince trouvait que c’était s’y prendre trop tôt, et lui représentait qu’il eût été convenable d’attendre encore.

— N’ayez doubte ! lui répondit la jeune guerrière ; l’heure est prête quand il plaît à Dieu. Il est temps d’agir quand Dieu veut qu’on agisse, et quand il agit lui-même.

Et voyant qu’il hésitait encore :

— Ah ! gentil duc, as-tu peur ? lui demanda-t-elle. Ne sais-tu pas que j’ai promis à ton épouse de te ramener sain et sauf1793 ?

Elle courut à l’assaut en achevant ces paroles. Le combat ne tarda pas à s’engager. Les Français descendaient en foule dans les fossés, qu’ils comblaient de fascines, élevaient un grand nombre d’échelles contre les remparts de la ville, et

assailloient merveilleusement ceulx de dedens, lesquelz se deffendoient moult vertueusement1794,

175repoussant les assiégeants à coups de lances, et les écrasant sous le poids des pierres énormes qu’ils faisaient pleuvoir sur eux. Le chroniqueur bourguignon, qui n’est pas exagérateur, avoue que cet assaut, longtemps prolongé, fut

merveilleux et terrible1795.

Les fossés furent bientôt comblés d’échelles brisées, de débris de murailles, d’armures et de cadavres. Les remparts étaient couverts de morts et de mourans. L’assaut durait depuis quatre heures, et avait déjà coûté la vie à cinq cents Anglais1796.

Le comte de Suffolk fit alors crier du haut des murs qu’il voulait parler au duc d’Alençon ; mais on ne l’écouta pas, et l’attaque continua avec le même acharnement1797. La fureur des assaillants, le courage du désespoir dont les Anglais se sentirent animés, offrirent alors une de ces sanglantes scènes où triomphe le génie de la guerre. Au plus fort du combat, Jeanne d’Arc descend dans le fossé, son étendard à la main, court à l’endroit où les Anglais opposaient

la plus aspre deffence1798,

et monte elle-même à l’échelle, en animant les Français à la suivre1799. Transportés 176de fureur à la vue de leur fatale ennemie, les Anglais font pleuvoir sur elle une grêle de traits et de pierres. L’un d’eux en saisit une d’un poids et d’une grosseur considérable, et la lance sur la guerrière avec un cri de rage1800. L’étendard de l’amazone en est frappé ; elle-même est atteinte à la tête : heureusement le casque dont elle est armée résiste au choc ; la pierre se brise en mille éclats ; mais la violence du coup est telle que la guerrière tombe agenouillée (prostrata) au pied du rempart1801. Sur les murs un cri de triomphe, sous les murs un cri d’épouvante, proclament au même instant la chute de l’héroïne. Se relevant soudain plus fière et plus terrible :

— Amys, amys, sus, sus ! (s’écria la jeune inspirée), ayez bon courage ; nostre sire a condempné les Angloys ; à cette heure ils sont tous nostres !

Ranimés par ces paroles prophétiques, les Français montent en foule à l’assaut, renversent, des remparts dans la ville, tout ce qui s’oppose à leur passage, entrent dans la place l’épée à la main, et poursuivent les Anglais de rue en rue, de place en place, de maison en maison, avec l’acharnement de la vengeance et la rage de la victoire1802.

177Plus de onze cents Anglais périrent dans le désordre et la confusion de cette retraite précipitée1803.

Suffolk, ses deux frères et quelques autres grands seigneurs d’Angleterre, voyant que tout espoir de sauver la ville était désormais perdu, se retirèrent, en combattant, avec ce qui leur restait de troupes, vers le fort bâti sur le pont qui joint la ville à la rive droite de la Loire. Là, ils voulurent arrêter un instant l’effort impétueux des Français. Alexandre de la Pole, victime de son courage, périt en cet endroit sous les yeux de ses deux frères1804. Guillaume Regnault1805, écuyer, gentilhomme du pays d’Auvergne, se faisait distinguer 178à la tête des Français par une ardeur et un courage irrésistibles. Le comte de Suffolk, pressé de tous côtés, et cherchant à se rendre à quelque vaillant capitaine, lui cria :

— Es-tu gentilhomme ?

— Oui, répondit le jeune preux.

— Et es-tu chevalier ? demanda le général anglais.

La gloire et l’avantage de s’assurer la possession d’un prisonnier de ce rang ne purent l’emporter, aux yeux du jeune écuyer, sur la honte attachée à un mensonge. De la réponse qu’il va faire, vont dépendre sa réputation et sa fortune ; d’autres guerriers, déjà décorés du titre qu’il n’a pas encore obtenu, s’avancent en foule, et sans doute le noble comte, par respect pour son rang, préférera leur remettre son épée ; n’importe :

— Je ne suis pas encore chevalier, répond le jeune héros.

Sa loyale candeur ne resta point sans récompense1806. Le comte de Suffolk lui ordonne de s’approcher. Selon l’usage adopté pour l’élévation d’un écuyer aux honneurs de la chevalerie, il le frappe légèrement sur le cou du plat de son épée, reçoit de lui le serment prescrit par les statuts de l’ordre, se rend ensuite, et tend au nouveau chevalier l’épée avec laquelle il vient d’accomplir la cérémonie de sa réception1807. Ainsi le 179général anglais eut l’avantage de ne se rendre qu’à un chevalier1808, et le brave Regnault eut pour parrain et pour prisonnier l’un des plus grands capitaines de l’Angleterre.

Jean de la Pole se rendit en même temps, ainsi que plusieurs autres grands seigneurs1809. Les Français, irrités d’une résistance si meurtrière, firent main basse sur presque tout le reste ; ils n’épargnèrent même pas la ville, dont les habitants, en s’armant pour les ennemis de la France, avaient à la vérité perdu leurs droits aux égards de leurs compatriotes.

Et au regard de la ville de Jargueau, et mesmes l’église, où on avoit retraict foyson de biens, tout fut pillé1810.

Il s’éleva un grand débat pour le partage de prisonniers,

qui estoient de grant renom tant en noblesse qu’en faicts de guerre,

tandis qu’on les conduisait vers Orléans1811 ; les soldats, profitant de ce désordre pour satisfaire à leur ressentiment, tuèrent une partie de ces prisonniers entre les mains des gentilshommes auxquels ils s’étaient rendus1812. La Pucelle et le duc d’Alençon, informés de cet événement, et craignant 180que le comte de Suffolk n’éprouvât le même sort, le firent embarquer avec son frère et plusieurs autres seigneurs anglais, dans une grande nef, qui les porta sans danger à Orléans1813.

Jeanne d’Arc et le duc d’Alençon reprirent, le soir même de cette victoire, le chemin d’Orléans, où ils arrivèrent pendant la nuit. Ils y furent reçus au bruit des acclamations et avec des témoignages de joie unanimes1814 ;

et delà feirent savoir au roy la prinse de Jargueau, et comment l’assault avoit bien duré quatre heures, durant lesquelles y furent faicts moult de biaulx faicts d’armes1815.

Le duc de Bedford, effrayé de ces revers, écrivait lettres sur lettres au gouvernement d’Angleterre pour obtenir les secours d’hommes et d’argent dont il avait le plus grand besoin. Un fragment curieux d’une de ces lettres nous a été conservé ; en voici la traduction littérale. Le texte original est conservé dans les archives de la Tour de Londres.

Et toute chose prospérait ici pour vous jusqu’au temps du siège d’Orléans, entrepris, Dieu sait par l’avis de qui.

Auquel temps, après l’aventure tombée sur 181la personne de mon cousin de Salisbury, que Dieu absolve, est tombé de la main de Dieu, comme il semble, un grand coup sur vos gens qui étaient assemblés là en grand nombre, causé en grande partie, comme je crois, par l’effet de la funeste croyance et vaine crainte qu’ils avaient d’un disciple et limier de l’ennemi des hommes, appelé la Pucelle, qui usait de faux enchantements et sorcellerie.

Lesquels coup et déconfiture non seulement diminuèrent beaucoup le nombre de vos gens ici, mais encore abattirent merveilleusement le courage du reste, et enhardirent votre adverse partie et vos ennemis à s’assembler aussitôt en grand nombre1816.

Malheureusement pour le duc de Bedford et le parti anglais en France, la division la plus 182funeste régnait alors dans le gouvernement de Henri VI ; son oncle, le duc de Gloucester, et son grand-oncle, le cardinal de Winchester, autrement appelé le cardinal d’Angleterre, s’y disputaient l’autorité avec tout l’acharnement d’une ambition poussée jusqu’au délire, et d’une haine portée jusqu’à la fureur. Un enchaînement de causes éloignées amena un événement dont le résultat imprévu parut très-favorable aux intérêts de l’Angleterre ; on eût dit que le génie protecteur de la nation britannique avait fait un dernier effort pour arrêter le déclin de sa fortune, et ramener la victoire sous ses étendards. Au plus fort de la mésintelligence qui achevait d’ébranler le trône des Lancastres, la nouvelle arriva en Angleterre que le pape Martin V avait nommé le cardinal de Winchester légat du Saint-Siège en Allemagne, et général de la Croisade qu’on prêchait en ce moment dans tous les pays de l’Europe contre les Hussites de Bohême.

Quelques lignes suffiront pour rappeler la cause de cette guerre qui embrasait alors l’Allemagne. Jean Huss et son disciple Jérôme de Prague, jugés coupables d’une hérésie nouvelle, avaient été arrêtés et livrés au supplice du feu par le concile de Constance, au mépris d’un sauf-conduit donné à ces sectaires par l’empereur Sigismond, du consentement et avec l’approbation du concile, pour qu’ils vinssent justifier 183leur doctrine devant cette assemblée. On avait profité, pour les perdre, d’une restriction captieuse à laquelle on avait donné une interprétation bien peu conforme à la loi de l’honneur et à la morale de l’Évangile.

Pour cet effet, (était-il dit dans le sauf-conduit de l’empereur), le concile, autant qu’il dépend de lui et que l’exige la foi orthodoxe, vous accorde un sauf-conduit pour vous mettre à couvert de toute violence, sauf toujours la justice (salva semper justitia).

Sigismond avait cru justifier sa perfidie en disant qu’il avait donné un sauf-conduit pour venir, mais non pas pour retourner. Cette honteuse subtilité pensa lui coûter une couronne, et ensanglanta la moitié de l’Allemagne. La plus grande partie des peuples bohémiens, partisans des nouveaux dogmes, se soulevèrent pour en venger les martyrs ; ils ravagèrent pendant plus de onze ans les plus belles provinces de la Germanie, sous la conduite de capitaines célèbres par leur courage et par leurs fureurs. Jean Ziska, le plus fameux de tous, après avoir plusieurs fois anéanti les armées de l’empereur, se vit enfin l’arbitre de la Bohême ; et Sigismond ne put obtenir la paix qu’en lui en cédant le gouvernement. Ce héros, qui avait perdu les deux yeux à la guerre, n’en conserva pas moins jusqu’à sa mort l’autorité qu’il avait acquise par sa valeur. Il ordonna, en mourant, 184qu’on fît un tambour de sa peau :

— Le bruit seul de cet instrument, dit-il à ses compagnons d’armes, suffira pour mettre en fuite les ennemis de la Bohême.

Prédiction qui fut, dit-on justifiée par l’événement1817.

Cette guerre religieuse, qui empêcha Sigismond de profiter des malheurs de la France, était dans toute sa fureur quand la bulle de Martin V arriva à Londres.

Outre les raisons fondées sur l’intérêt de l’état, le duc de Gloucester avait des motifs personnels de s’opposer à la bulle du souverain pontife ; il n’avait pas oublié que c’était ce même pape qui avait prononcé la nullité de son mariage avec Jacqueline de Hainaut. Toutefois le crédit du cardinal de Winchester prévalut1818.

Il est très-probable que le duc de Gloucester n’était pas au fond très-fâché de voir s’éloigner de l’Angleterre un rival d’autant plus dangereux, qu’il joignait à toute l’audace d’un chef de parti le caractère inviolable d’un prince de l’église. La nouvelle et brillante carrière ouverte à l’ambition du turbulent prélat, semblait devoir satisfaire également son avidité, son orgueil, et la soif du pouvoir dont il était dévoré. Investi de toute l’autorité du souverain pontife, il allait déployer en Allemagne 185le double caractère d’un chef de guerre et d’un ministre du Ciel ; il semblait que l’Angleterre fût au moment de se voir pour jamais délivrée des funestes prétentions d’un esprit jaloux, superbe, toujours prêt à sacrifier l’état aux intérêts de son ambition, aux conseils de la haine et au désir de la vengeance1819.

Le conseil d’Angleterre consentit à la publication de la bulle qui proclamait la Croisade ; mais à condition que les sommes destinées à cette expédition ne seraient point exigées, et que chacun contribuerait volontairement ; qu’elles seraient déposées dans les mains de personnes notables et suffisantes, qui feraient serment de rendre un compte fidèle de leurs recettes ; qu’on ne pourrait arrêter qu’un nombre de troupes déterminé ; qu’on n’y recevrait aucun des soldats servant en ce moment en France ; qu’on donnerait des sûretés pour leur retour ; qu’il serait expressément marqué que cette publication de la Croisade n’avait lieu que du consentement du roi ; qu’au cas où l’expédition n’aurait pas lieu, les sommes seraient restituées aux 186donateurs ou employées au service du royaume ; enfin, que cette permission n’était accordée qu’à la condition que le souverain pontife n’imposerait aucune taxe sur les laïques ni sur le clergé1820. On trouve dans le Recueil des Actes publics et particuliers de Rymer tous les actes relatifs à cette négociation, qui sont encore aujourd’hui conservés dans les archives de la Tour de Londres.

Revenons à ce qui se passait en France.

(Mercredi 15 juin) Orléans avait été assigné pour point de réunion à tous les chefs de guerre qui amenaient des renforts à l’armée du roi. Louis de Bourbon, comte de Vendôme, le seigneur de Laval (Guy, quatrième du nom), son frère, le seigneur de Lohéac ou Lohiac (André de Laval), le seigneur de Chauvigny ou Chaivigny, leur beau-frère, le sire de Rais, le seigneur de La Tour-d’Auvergne, le vidame de Chartres1821, Thibaut ou Théobald d’Armagnac, dit de Termes1822, et plusieurs autres s’y réunirent à la Pucelle et au duc d’Alençon1823. De toutes parts arrivaient les gentilshommes des provinces voisines à la tête de leurs vassaux ; l’armée croissait à vue d’œil, et elle 187s’éleva bientôt à six ou sept mille hommes1824. On résolut d’aller mettre le siège devant Beaugency, ville située sur la rive droite de la Loire, au-dessous et à six lieues à l’ouest d’Orléans. L’armée quitta cette dernière ville, et se mit en route pour l’expédition projetée le lendemain même de la prise de Jargeau1825 ; elle emmenait avec elle une grande quantité de vivres, une artillerie nombreuse et un charroi considérable1826.

Charles VII vint à Sully à cette époque1827 pour se rapprocher de l’armée et être à portée de la secourir : il eût mieux fait d’en prendre lui-même le commandement, et de la conduire à la gloire ; mais La Trémoille avait ses raisons pour lui persuader d’en agir autrement.

Il paraît, sans qu’il soit possible aujourd’hui d’en assigner la cause, que l’armée suivit la rive gauche de la Loire jusqu’à Meung, ville située, comme Beaugency, sur la rive droite. Arrivée devant le pont de cette ville, au bout duquel, du côté de la Sologne, les Anglais avaient élevé des fortifications, les généraux changèrent probablement d’opinion sur le côté par lequel il valait mieux attaquer Beaugency, et résolurent de passer 188la Loire en cet endroit pour aller mettre le siège à l’est et au nord de cette ville ; mais il fallait pour cela se rendre maître du pont de Meung, que défendait une garnison valeureuse1828, commandée par le seigneur de Scales et l’enfant de Warwick1829 (on appelait probablement ainsi l’héritier présomptif de cette maison). Heureusement Jeanne d’Arc était là :

Nonobstant leur deffence, le pont fut prins de plain assault, sans guieres arrester1830.

L’armée repassa la Loire, et continua sa route vers Beaugency par la rive droite du fleuve.

Il se présente ici un embarras assez difficile à résoudre. Le duc d’Alençon rapporte qu’arrivé à Meung il coucha, avec un petit nombre de soldats, dans une église située à peu de distance de la ville dans laquelle étaient Scales et l’enfant de Warwick, qu’il fut en grand péril cette nuit-là, et qu’il arriva le lendemain à Beaugency, où il rejoignit le reste de l’armée dans des prairies voisines de la ville1831.

Pour s’expliquer cette particularité, il faut supposer premièrement que les Français s’étaient contentés de s’emparer des fortifications du pont 189de Meung, et d’y laisser garnison ; secondement qu’ils avaient négligé d’occuper la ville, laquelle était restée au pouvoir du seigneur de Scales et de l’enfant de Warwick ; troisièmement que, maître du pont de Meung, on pouvait traverser la Loire et continuer sa route vers Beaugency, sans traverser la ville de Meung ; quatrièmement, que le duc d’Alençon commandait l’arrière-garde, et qu’après avoir passé le pont, il avait imprudemment cru pouvoir passer la nuit loin du gros de l’armée dans les faubourgs de Meung ; cinquièmement que la garnison de Meung, plus nombreuse et moins effrayée qu’il ne l’avait cru, était venue la nuit visiter le faubourg dans l’église duquel il s’était logé avec sa troupe.

Talbot, qui commandait dans Beaugency, informé de l’approche de l’armée française, envoya ordre à la garnison anglaise de La Ferté-Hubert, d’abandonner cette place et de venir renforcer la garnison de Beaugency. En conséquence les Anglais de La Ferté,

après en avoir reçu le mandement, bruslerent la basse-court, abandonnerent le chastel, et s’en allerent à Baugency1832.

Talbot, confiant alors le commandement de cette place à messire Guichard ou Richard Guetin1833, en partit

pour aller au-devant 190de messire Jehan Fastol, qui es toit party de Paris à grant compaignie d’Angloys, de vivres et de traict, affin de venir advitailler et reconforter la puissance des Angloys. Mais pource qu’il ouyt nouvelles de la prinse de Jargueau, il laissa les vivres dedans Estampes, et vint avecques sa compaignie devant Yenville, auquel lieu il trouva le sire de Talbot ; et eulx estant là assemblez, ilz y tindrent aulcuns conseilz1834.

(Jeudi 16 juin) Arrivée devant Beaugency, du côté de la Beauce, c’est-à-dire à l’orient et au nord de la ville, l’armée française livra l’assaut à la place, et s’en empara avec facilité ; car les Anglais, pour concentrer leurs forces, avaient désemparé la ville, et s’étaient retirés au château et dans le fort qui défendait la tête du pont1835.

Combien, (dit une chronique), que les Françoys ne s’y logèrent pas à leur ayse du tout. Car aulcuns des Angloys s’estoient embuschez secrètement dedans aulcunes maisons et mazures de la ville, dont ilz saillirent soubdainement sur les Françoys, ainsi qu’ilz se logeoient, et leur livrerent très forte escarmouche, durant laquelle y eut plusieurs tuez et blecez d’une part et d’aultre ; 191nonobstant qu’enfin furent les Angloys contrainctz d’eulx retrahir sur le pont et au chasteau1836.

Ce faict, ledit duc d’Alençon, Jehanne la Pucelle, le bastard d’Orléans, et aultres, entrerent dedans la ville, s’y logèrent, et feirent promptement dresser les bombardes devant le chasteau. […] Durant le temps que on apprestoit ces bombardes, les Lombards estans en la compaignie fesoient grant debvoir de tirer (de l’arc)1837.

On établit des corps-de-garde devant le château pour empêcher que les Anglais ne pussent en sortir à l’insu des assiégeants1838.

Le siège avait commencé avec vigueur, et tout en faisait espérer un heureux succès, quand un événement inattendu pensa le faire abandonner, et, en ranimant de fatales divisions, arrêter dans son cours la fortune de la France.

J’ai donné, dans l’Introduction de cet ouvrage, le précis des causes qui avaient amené la disgrâce d’Artus, comte de Richemont, connétable de France. Ce superbe guerrier souffrait impatiemment son éloignement de la cour de Charles VII ; il avait pensé, avec beaucoup d’apparence, que les revers qui accablaient ce prince 192le forceraient enfin à renvoyer La Trémoille et à implorer encore une fois ses secours. Chaque nouvelle défaite éprouvée par le parti national avait donc été un sujet de consolation pour la vanité blessée de Richemont ; les Anglais semblaient n’avoir vaincu que pour lui ; son absence, comme celle d’Achille, ne faisait que prolonger sa vengeance ; et il croyait toucher à l’instant de son triomphe, quand une jeune paysanne ignorante, sortant tout à coup de l’obscurité la plus profonde, était venue confondre tous ses calculs, tromper toutes ses espérances, et lui enlever la palme que son orgueil s’était réservée. On conçoit qu’il ne pouvait guère voir de bon œil l’héroïne imprévue qui, en trois jours, venait d’effacer, sous les murs d’Orléans, toutes les gloires de la France ; on sera donc moins surpris de voir un guerrier si distingué partager, à peu de chose près, les préventions haineuses des Anglais à l’égard de la Pucelle. Ici les mêmes causes produisaient les mêmes résultats. Deux motifs se réunissaient pour faire naître l’aversion du connétable, le tort que la jeune inspirée avait fait innocemment à son ambition, et la superstition dont il fut préoccupé toute sa vie. Les passages suivants, tirés de ses Mémoires, rédigés par l’un de ses serviteurs et son plus ardent panégyriste, en donneront une juste idée.

L’an 1449, le connestable, environ la chandelleur, se partist 193de Partenay pour venir devers le duc (le duc de Bretagne) ; et pour tirer en Normandie, il vint à Nantes. Les eaues furent en ce temps si grandes que ce fut merveilles ; tellement qu’il fut contrainct d’y arrester et sejourner huict ou dix jours. La cause de ce véage (voyage) estoit, pource que Roland de Coisic luy dit qu’il y avoit un sorcier ; et sur toute chose, il desiroit de faire justice de tous sorciers, et d’erreurs contre la foy. Et dès l’heure il l’eust fait brusler, ce n’eust esté l’evesque Guillaulme de Malestroit ; car lors y eut grant question et différent entre eulx, au subjet de ce sorcier…

Et ailleurs :

Oncques homme en son temps n’aima plus la justice, ny ne mit peine et print soin de la faire à son pouvoir, qu’il faisoit. Jamais homme ne hayt plus toutes hérésies, et sorciers et sorcieres, qu’il les hayssoit, et bien y parut ; car il en fist plus brusler en France, en Poictou, et en Bretagne, que aulcun aultre de son temps. Et povoient bien dire les sorciers et sorcieres, et les hérétiques, quant il mourut, que leur ennemy mortel estoit mort1839.

Et voilà ce célèbre Richemont que la plupart des historiens 194nous représentent comme un grand homme ! De nombreuses victoires et quelques actions généreuses peuvent donc racheter bien des absurdités et des faiblesses !

Richemont, placé dans une position aussi embarrassante qu’imprévue, prit une résolution assez singulière, mais qui ne lui réussit pas ; ce fut de venir, sans en demander au roi l’autorisation, joindre ses troupes à l’armée royale. Peut-être espérait-il, en se montrant tout à coup, entouré de l’éclat de son rang, de sa naissance et de sa renommée, éblouir tous les yeux, éclipser l’héroïne sainte, et ensevelir sa jeune gloire dans la sienne. S’emparant alors, par l’ascendant de son titre et de son génie, du commandement de l’armée française, il se flattait probablement de faire descendre au second rang l’amazone inspirée, et de l’écarter bientôt tout-à-fait : profitant habilement de l’impulsion donnée aux esprits, il aurait marché de victoire en victoire, et mis le roi, à force de triomphes, dans l’impossibilité d’échapper au joug de ses bienfaits et à la tyrannie de sa gloire.

Richemont assembla donc à la hâte les garnisons de Sablé, de La Flèche et de Durtal ; il y joignit tous les hommes d’armes qu’il put tirer de ses terres de Poitou, et en forma un corps de quatre cents lances (douze cents hommes de cavalerie) 195et huit cents archers1840. Parmi les chefs de guerre accourus sous ses drapeaux, on remarquait le comte de Perdriac1841, les sires de Beaumanoir et de Rostrenen, messires Robert de Montauban, Guillaume de Saint-Gilles et Alain de la Feuillée,

sans compter ceulx de sa maison1842. […] Et print mondit seigneur , (dit l’auteur contemporain des mémoires de Richemont), le chemin pour tirer devers Orléans,

où, comme je l’ai dit plus haut, avait été indiqué le rendez-vous général des troupes. Deux mois auparavant, cette démarche eût probablement été mieux accueillie : maintenant le moment favorable était passé sans retour, et Charles ne sut aucun gré à Richemont de son tardif dévouement.

Aussi tost que le roy le sceut, il envoya le seigneur de la Jaille au devant de luy, qu’il trouva à Lodun (Loudun) : si le tira à part, et luy dit que le roy luy mandoit qu’il s’en retournast à la maison, et qu’il ne fust tant hardy de passer en avant ; et que s’il passoit oultre, que le roy le combactroit. Lors mondit seigneur respondit, que ce qu’il en faisoit estoit pour le bien du royaulme et du roy (il en avait dit autant lorsqu’il avait fait assassiner le Camus de Beaulieu), 196et qu’il verroit qui le vouldroit combactre1843.

Le seigneur de la Jaille était probablement un de ces lâches esprits de cour, toujours prêts à flatter tous les partis, et à les trahir aussitôt après leur chute. Quitte, à ce qu’il lui semblait, envers le monarque, et surtout envers le ministre La Trémoille, dont il venait de remplir les ordres, il crut pouvoir songer à ses propres intérêts ; oubliant le caractère d’envoyé du roi dont il état revêtu, il voulut se concilier la faveur du connétable, qui, après tout, pouvait redevenir l’arbitre de la cour.

— Monseigneur, lui dit-il, il me semble que vous ferez très-bien1844.

Richemont partit de Loudun, passa la Vienne à gué, et arriva à Amboise avec son corps d’armée. Regnault de Bours, qui commandait dans cette place, livra passage au connétable. C’est là qu’il apprit que les Français, sous la conduite du duc d’Alençon et de la Pucelle, s’étaient emparés de Jargeau, du pont de Meung, et étaient venus mettre le siège devant le château de Beaugency1845. La rapidité des succès de l’amazone lui fit sentir plus vivement encore combien il importait qu’il allât mettre obstacle au développement d’une renommée qui menaçait d’effacer toutes les autres. Il passa la Loire au pont d’Amboise, et, remontant les bords du fleuve du côté 197de la Beauce, il s’avança à la hâte vers les murs de Beaugency1846. Arrivé à quelque distance de la ville, il envoya le seigneur de Rostrenen et Tugdual de Kermoysan, dit le Bourgeois, que nous avons vu accompagner la Pucelle au siège de Jargeau,

demander logiz à ceulx du siège1847.

Jeanne d’Arc, le duc d’Alençon et les autres généraux, furent très-mécontents de l’arrivée du connétable, dont le secours leur était tout-à-fait inutile, et qui les mettait dans la situation la plus embarrassante ; car ils avaient reçu du roi l’ordre formel de ne le pas recevoir en leur compagnie1848. Le duc d’Alençon alla même jusqu’à déclarer à la Pucelle que, si le connétable venait, il partirait1849. Il paraît certain que la jeune guerrière partageait entièrement la manière de voir du duc d’Alençon ; elle ne se croyait point appelée à juger les torts réciproques du ministre et du connétable ; elle ne connaissait qu’une chose, l’ordre du roi ; et sa vertu sévère n’admettait pas la pensée de transiger avec ses devoirs.

S’il faut s’en rapporter à l’historien du connétable, écrivain passionné, qui, travaillant par ordre, et peut-être sous les yeux de son maître, avait à cœur de tout disposer pour la plus grande 198gloire de son héros1850, La Hire, Guitry, Girard de la Paglaire et plusieurs autres capitaines, ne partageaient pas l’opinion de la Pucelle, et étaient enchantés de la venue du comte de Richemont.

Ils lui demandèrent ce qu’elle vouloit faire, et elle respondit qu’il falloit combactre le connétable. Et ilz respondirent que si elle y alloit, qu’elle trouveront bien à qui parler, et qu’il y en avoit en la compaignée qui seroient plus tost à luy qu’à elle, et qu’ilz aimeroient mieulx luy et sa compaignée que toutes les Pucelles du royaulme de France1851.

Je doute fort que le brave et galant La Hire, l’admirateur respectueux et le fidèle compagnon d’armes de Jeanne 199d’Arc, ait pris part aux discours grossiers qu’on lui prête ici en commun avec Guitry et la Paglaire. Quant à ces deux chefs, s’ils adressèrent en effet de semblables paroles à la jeune guerrière, cela ne prouve autre chose, sinon que déjà plus d’un capitaine commençait à voir d’un œil d’envie la gloire de la libératrice de la France.

(Vendredi 17 juin) Le lendemain, comme Jeanne d’Arc s’entretenait avec le duc d’Alençon, on vint leur annoncer que les Anglais s’avançaient en grand nombre, ayant Talbot à leur tête ; et de tous les côtés les soldats crièrent aux armes. Alors Jeanne dit au prince, qui voulait partir à cause de la venue du connétable, qu’il était besoin de s’aider1852. Elle lui représenta sans doute le tort que son départ ferait au roi, dans un moment où l’armée avait besoin du concours de toutes ses forces et de l’union de tous ses chefs ; et c’est probablement à ses exhortations qu’on dut la résolution que prit le duc de ne pas s’éloigner.

Suivons le récit de Guillaume Gruel.

Cependant monseigneur chevauchoit en belle ordonnance, et furent tous esbahis qu’il fust arrivé. Et vers la Maladerie, la Pucelle arriva devers luy et les seigneurs d’Alençon, de Laval, de Loheac, M. le bastard d’Orléans, et plusieurs capitaines, qui lui feirent grant chiere, et furent 200bien aises de sa venue. La Pucelle descendit à pied, et le connestable aussi ; et vint ladite Pucelle embrasser mondit seigneur par les jambes. Et lors il parla à elle, et lui dist :

— Jehanne, on m’a dit que vous me vouliez combactre. Je ne sçay si vous estes de par Dieu ou non : si vous estes de par Dieu, je ne vous crains en riens ; car Dieu scet bien mon bon vouloir : si vous estes de par le diable, je vous crains encores moins1853.

Voyons maintenant le récit d’une autre chronique contemporaine :

Acelluy siège arriva Artus, conte de Richemont, connestable de France et frère du duc de Bretaigne. […] Et là pria celluy connestable à la Pucelle, et si feirent aussi pour amour de luy les aultres seigneurs, qu’elle voulsist faire sa paix envers le roy. Et elle le luy octroya, moyennant qu’il jurast devant elle et les seigneurs, qu’il serviroit tousjours loyaument le roy. Et mesmement voult (voulut) la Pucelle, que le duc d’Alençon et les aultres grans seigneurs s’en obligeassent, et baillassent leurs scellez : ce qu’ilz feirent ; et par ce moyen demoura le connestable où siege avecques les aultres seigneurs1854.

On peut supposer que cette espèce d’arrangement 201avait été négocié et conclu avant l’arrivée du connétable, lorsqu’il était encore à quelque distance de Beaugency ; et il n’est pas impossible de concilier ce récit avec les paroles que le connétable, selon Gruel, adressa à la Pucelle en l’abordant. Quant à l’action d’embrasser les jambes de Richemont, que Gruel attribue à la Pucelle, elle a peu de vraisemblance, vu la disposition d’esprit où était alors la jeune guerrière à l’égard du connétable, et elle a tout l’air d’un de ces embellissements dont l’imagination des historiens passionnés n’est malheureusement que trop prodigue en faveur de leurs héros. La prière adressée par Richemont à la Pucelle, selon l’autre chronique, n’est pas si fort en opposition avec le caractère du connétable, que l’on pourrait le croire. On verra ci-après celle qu’il adressa pour le même objet à son mortel ennemi, au ministre La Trémoille : l’humilité, tranchons le mot, la bassesse ne peut aller plus loin, et cette fois c’est son ardent panégyriste, c’est Guillaume Gruel qui l’atteste.

On décida qu’on mettrait le lendemain le siège du côté de la Sologne1855, devant la tête du pont de Beaugency1856, et que le connétable serait chargé de ce point d’attaque1857. On peut inférer de 202cette disposition, que la venue de ce prince n’était pas vue de si bon œil par les chefs de guerre du parti du roi, que Gruel veut nous le persuader, et que pour prévenir toute discussion entre eux et les officiers du connétable, on avait jugé prudent de séparer les deux corps d’armée par la barrière du fleuve. Au surplus, l’exécution de cette mesure ne devait avoir lieu que le lendemain, apparemment parce qu’il était déjà tard, et que la nuit approchait. Une autre circonstance semble confirmer ce que je viens de dire des dispositions des chefs de guerre de l’armée du roi à l’égard du connétable.

[Ils] ne luy baillèrent point de logis pour cette nuict, (avoue Guillaume Gruel). Si entreprint mondit seigneur à faire le guet, (s’empresse-t-il d’ajouter), car vous sçavez que les nouveaux venuz doibvent faire le guet, qu’ilz feirent ceste nuict devant le chasteau.

Et comme s’il faisait effort pour tirer parti de tout :

Ce fut, (dit-il aussitôt), le plus beau guet, qui eust esté, en France, passé il y a longtemps1858.

Qu’on ne dise point que si ce refus de donner logis au connétable eût été pour lui une chose humiliante, sa fierté ne s’y fût pas soumise : nous le verrons dévorer bien d’autres désagréments pour parvenir au but qu’il se proposait.

203Ayant appris que la tête du pont de Meung, occupée par les Français en petit nombre, courait risque de tomber au pouvoir de la garnison de la ville, qui faisait tous ses efforts pour s’en emparer, le connétable détacha vingt lances (soixante hommes de cavalerie) et un certain nombre d’archers, sous les ordres de Charles de La Ramée et de Pierre Vaugi, pour aller leur porter secours1859.

Cependant Richard Guétin1860, bailli d’Évreux1861, qui commandait dans le château de Beaugency, fit demander pendant la nuit à capituler1862. Le duc d’Alençon a grand soin d’observer que c’est lui, à cause de sa qualité de lieutenant général du roi, qui délivra aux assiégés le sauf-conduit en vertu duquel ils purent se retirer1863, emmenant avec eux

leurs chevaulx et harnoys avecques aulcuns de leurs biens meubles, dont la valleur de chacun ne montast point à plus d’un march d’argent ; parmy ce aussi qu’ilz jurèrent qu’ilz ne s’armeroient que dix jours ne feussent passez1864.

(Samedi 28 juin) Ce traité fut 204 conclu vers minuit1865, et le lendemain1866, dès la pointe du jour,

les convoya et mist hors du camp Ambroise de Lore, par l’ordonnance des seigneurs dessusditz1867.

Ils se retirèrent à Meung, et les Français prirent possession du château de Beaugency1868.

À peine la garnison de Beaugency était-elle partie, qu’un homme d’armes de la compagnie de La Hire vint annoncer aux généraux français que les Anglais venaient, qu’ils ne tarderaient pas à les voir paraître, et que leur avant-garde seule s’élevait à environ mille hommes d’armes. Jeanne d’Arc, qui, s’entretenant d’autre chose, n’avait pas d’abord fait attention à l’arrivée de ce soldat, demanda ce qu’il disait, et on le lui répéta. Se tournant alors du côté du comte de Richemont :

— Ah ! beau connestable, (s’écria-t-elle), vous n’estes pas venu de par moy : mais puisque vous estes venu, vous serez le bien-venu1869.

Sur ce aussi tost furent mis chevaulcheurs en chemin, pour sçavoir la vérité plus à plain. Cependant tousjours faisoient tirer ledit duc d’Alençon, le comte de Richemont, le comte de Vendosme et ladite Jehanne la Pucelle, ledit 205camp aux champs hors d’icelle ville de Baugency1870 ;

et comme on était persuadé que les Anglais ne s’étaient rassemblés en un seul corps d’armée que pour venir livrer un combat décisif à l’armée française, on se hâtait de ranger les troupes en bataille pour être prêt à recevoir le premier choc des ennemis1871. Le duc d’Alençon demanda alors à la jeune inspirée, en présence de Dunois, du connétable et de plusieurs autres capitaines, ce qu’il y avait à faire. Jeanne répondit aussitôt, d’une voix haute et sonore :

— Avez-vous tous de bons éperons ?

— Que dites-vous ! s’écrièrent les assistants ; nous devons donc tourner le dos à l’ennemi ?

— Non, répondit l’amazone ; ce seront les Anglais qui ne se défendront point, et seront vaincus, et des éperons vous seront nécessaires pour courir après eux1872.

Elle ajouta que ce triomphe ne coûterait presque pas de sang à l’armée du roi, qu’il n’y aurait que très-peu de monde, pour ne pas dire personne, de tué du coté des Français1873.

Cependant Talbot, Scales et Fastolf, ayant réuni leurs forces, s’avançaient à la hâte, à la tête de quatre mille combattants, pour secourir 206le château de Beaugency et en faire lever le siège ; mais ils arrivèrent trop tard, et aperçurent l’armée française rangée en bataille, et préparée à les bien recevoir1874.

La Hire et Thibaut d’Armagnac dirent alors à la Pucelle que les Anglais étaient disposés au combat, et qu’ils s’avançaient en bon ordre.

— Frappez hardiment sur eux ! dit alors Jeanne d’Arc aux chefs de guerre ; ils ne demeureront pas longtemps sans prendre la fuite.

Sur sa parole, les généraux firent leurs dispositions pour attaquer les ennemis ; mais ceux-ci, apercevant ce mouvement, se retirèrent avec précipitation1875. Abandonnant leur premier dessein, ils se rendirent à Meung, et

assaillirent moult asprement

la tête du pont, dans l’espoir de s’en emparer avant l’arrivée de l’armée française1876.

La Pucelle et tous les seigneurs montèrent alors à cheval, et se disposèrent à suivre les ennemis du côté où on les avait vus se retirer1877.

Informés, par leurs espions, de l’approche de l’avant-garde de l’armée française, les Anglais abandonnèrent d’abord l’attaque du pont de 207Meun, se retirèrent en partie dans la ville, et songèrent un moment à s’y fortifier1878 ; mais ils renoncèrent encore à ce projet,

desemparerent du tout celle ville de Meung ; et se meirent à chemin sur les champs en belle ordonnance, voulans aller à Janville1879.

Les chevaucheurs de l’armée française, qui avaient suivi tous les mouvements des Anglais, revinrent alors annoncer

qu’ilz avoient veu les Angloys près de Meun sur Loire ; et que ceulx de Meun s’en estoient partiz, et avoient laissé et abandonné icelle ville de Meun, et s’en alloient avecques les aultres, lesquels tiroient droict à Janville en Beausse1880.

S’il faut s’en rapporter à Guillaume Gruel, à peine cette nouvelle fut-elle répandue dans l’armée, que croyant tout fini pour ce jour-là, chacun commença à se retirer vers Beaugency, empressé d’y reprendre son logis1881. Il paraît du moins certain qu’il y eut en ce moment, parmi les Français, une sorte d’hésitation, et même quelque débat relativement à ce qu’on devait faire. L’idée d’avoir à combattre les Anglais en rase campagne effrayait des esprits encore pleins des souvenirs d’Azincourt, de Cravant, de Verneuil et de Rouvray-Saint-Denis. Beaucoup des 208gens du roi avaient peur, dit le duc d’Alençon, et disaient qu’il ferait bon d’avoir des chevaux. Jeanne seule paraissait supérieure à ces vaines terreurs.

— Qu’on aille hardiment contre les Angloys, (disait-elle), sans faille ilz seront vaincus.

Et comme on lui représentait que ce serait un grand hasard si on les rencontrait dans leur retraite :

— Chevaulchez hardyment, (reprit-elle), on aura bon conduict1882. […] En mon Dieu, il les faut combattre, (ajouta-t-elle un moment après), s’ilz estoient pendus aux nues, nous les arons ; car Dieu nous a envoyés pour les punir. Le gentil roy ara aujourd’huy la plus grant victoire qu’il eut pieça ; et m’a dit mon conseil qu’ilz sont tous nostres1883.

En ce moment, selon Guillaume Gruel, le seigneur de Rostrenen s’approcha du connétable, et lui dit :

— Si vous faictes tirer vostre estendart en avant, tout le monde vous suivra.

Richemont profita de cet avis, il se mit en marche, et la chose réussit comme l’avait prédit le seigneur de Rostrenen ;

car la Pucelle vint, et tous les aultres après : et fut conclu de tirer après les Angloys1884, et de les combattre quelque part qu’ilz les peussent trouver1885.

209On voulait se hâter, pour que les Anglais n’eussent le temps ni de gagner quelque place forte, ni de se remparer de ces pals aigus qui, disposés avec art, arrêtaient l’effort de la cavalerie française, et avaient fait perdre tant de batailles à notre imprudente chevalerie. Mais la Pucelle, et plusieurs autres chefs de guerre, ne voulaient pas pourtant que la grosse bataille ou principal corps d’armée feust ostée de son pas ; c’est-à-dire qu’on l’exposât, en pressant trop sa marche, à confondre ses rangs et à arriver en désordre devant l’ennemi1886.

Alors furent mis les mieulx montez en l’avantgarde, et des gens ordonnez pour les chevaulcher, les arrester, et les mectre en bataille : à quoy furent des premiers Poton et La Hire, Penesac, Girauld de la Pagliere, Amadoc, Setevenot1887, Ambroise de Loré, Thibaut de Termes1888, le sire de Beaumanoir et Jamet du Tillay1889,

qui s’élancèrent dans les plaines de la Beauce, avec environ quatorze ou quinze cents combattants1890. Jeanne d’Arc, qui aimait beaucoup à conduire l’avant-garde, fut très-fâchée 210qu’on eût donné à La Hire le commandement de cette cavalerie1891.

À la tête de la grosse bataille se faisaient remarquer la Pucelle, le duc d’Alençon, lieutenant général du roi, le comte de Richemont, connétable de France, le bâtard d’Orléans1892, le comte de Vendôme, les maréchaux de Rais1893 et de Sainte-Sévère1894, l’amiral de France, Louis de Culant, le sire d’Albret1895, Guy, sire de Laval, André de Laval, sire de Lohéac1896, le sire de Chauvigny1897, le seigneur de Gaucourt,

avec grant nombre de seigneurs, [lesquels] venoient en belle ordonnance, par cette belle Beausse, en bien grant train1898,

et suivaient de très-près l’avant-garde.

Celle-ci avait reçu l’ordre

d’aller courir et escarmoucher devant les Angloys pour les retenir et garder d’eulx retraire en lieu fort1899.

On détacha devant les chevaliers les plus hardis, tant pour découvrir plutôt l’ennemi que pour engager avec 211lui le combat, en ne lui présentant d’abord qu’une troupe peu considérable. Montez sur fleur de coursiers, et ne formant en tout que soixante ou quatre-vingts hommes d’armes, ces guerriers aventureux s’avancèrent rapidement à travers les plaines de la Beauce, alors presque incultes et couvertes de jeunes bois,

et ainsi par certaine longue espace chevaulcherent

sans apercevoir les ennemis1900. Ils avaient

bien chevaulché environ cinq lieues1901,

et commençaient à craindre d’avoir suivi une mauvaise direction, quand un cerf, effrayé de leur approche, se leva devant eux au milieu des taillis, et prit rapidement sa course vers le nord-est. Bientôt après, une grande clameur s’étant élevée du même côté, les Français soupçonnèrent que les ennemis étaient près d’eux, et hâtèrent le pas dans cette direction. Le bruit qu’ils avaient entendu provenait en effet de l’arrière-garde des ennemis, où le cerf s’était allé précipiter.

Pour la venue duquel cerf, qui se ferit, comme dit est, parmy icelle bataille, fut desdictz Angloys eslevé ung très grant cry ; et ne scavoient pas encore que leurs ennemys feussent si près d’eulx. Pour lequel cry les dessusdictz coureurs françoys furent acertainez que c’estoient les Angloys ; 212car ilz les veirent alors tout à plain. Et pour ce renvoyèrent aulcun d’eulx vers leurs cappitaines, pour les advertir de ce qu’ilz avoient trouvé ; et leur feirent sçavoir que par bonne ordonnance ilz chevaulchassent avant, et qu’il estoit heure de besongner. Lesquelz prestement se reparerent de tous poinctz, et chevaulcherent bien et hardyment si avant, qu’ilz aperceurent l’ost de leurs ennemys1902

[Or,] avant que les Angloys sceussent la venue de leurs ennemys, messire Jehan Fascot (Fastolf), qui estoit ung des principaulx cappitaines […] s’assembla en conseil avec les aultres, et fist plusieurs remonstrances ; c’est assavoir, comment ilz sçavoient la perte (tuerie) de leurs gens, que les Françoys avoient faicte devant Orleans et Janville (il faut lire Jargeau), et en aulcuns aultres lieux, pour lesquelles choses ilz avoient du pire ; et estoient leurs gens moult esbahyz et effroyez, et leurs ennemys, au contraire, estoyent moult enorgueilliz et resingniez : pour quoi il conseilla qu’ilz se retrahyssent (retirassent) aux chasteaulx et lieux tenans son party à l’environ, et qu’ilz ne combactissent point leurs ennemis si en haste, jusqu’à ce qu’ilz fussent mieulx rasseurez, et aussi que leurs gens feussent venus d’Angleterre, que le regent debvoit envoyer 213briesfvement. Lesquelles remonstrances ne furent point bien aggreables à aulcuns des cappitaines, et par especial à messire Jehan de Talbot. Et dist que si ses ennemys venoient, qu’il les combactroit1903.

Cet avis l’emporta, et les coureurs français ayant paru, on ne songea plus qu’à se mettre en défense. Les troupes

se préparèrent diligemment pour les combactre, et voulurent descendre à pied emprès une haye qui estoit assez près d’eulx, affin que par derrière ne pussent estre surprins des Françoys. Mais aulcuns des cappitaines ne furent point de ce bien contens, et dirent qu’ilz trouveroient place plus advantageuse. Pour quoy ilz se mirent à chemin, en tournant le dos à leurs ennemys, et chevaulcherent jusques à ung aultre lieue environ bien ung demy quart de lieu, ou environ, du premier, qui estoit assez fort de hayes et de buyssons. Oùquel, pour ce que les Françoys convoitoient iceulx moult de près, mirent pied à terre, et descendirent, la plus grant partie, de leurs chevaulx1904.

Cependant, aussitôt que les Français de l’avant-garde eurent su que leurs coureurs avaient aperçu les Anglais,

ilz galopperent grant erre, et la bataille après1905, qui approucha 214très fort, ce que pouvoient bien veoir les Angloys, lesquelz se desplacerent pour se poster joignant un bois, auprès ung village1906.

Ce village était celui de Patay1907 ; l’endroit même où s’arrêtèrent les Anglais s’appelait le lieu des Coynées ou des Cognées1908 ; une aile de leur corps d’armée s’appuyait à un fort monstier (monastère fortifié), qui s’élevait en cet endroit1909.

La Hire, Poton de Xaintrailles, et les autres chevaliers de l’avant-garde française n’oublièrent pas l’ordre qu’ils avaient reçu d’empêcher l’ennemi de se fortifier :

Ce qu’ilz firent, et oultre plus ; car ilz se frapperent dedans eulx de telle hardiesse, combien qu’ilz ne feussent que de quatorze à quinze cens combactans, qu’ilz les mirent à desarroy1910.

Ils se ferirent de plains essais dedans iceulx Angloys, (dit une autre chronique), et d’un hardy courage et grant voulenté, les envahyrent si vigoureusement, et tant soubdainement, avant qu’ilz peussent estre en ordonnance, que messire Jehan Fascot (Fastolf) 215et le bastard de Thian, chevaliers, avec grant nombre de leurs gens, ne se mirent point à pied avecques les aultres, ains se despartirent en fuyant à plain cours, pour saulver leurs vies. Et entretant les aultres, qui estoient descendus à pied, furent tantost de toutes parts environnez et combactus par iceulx Françoys ; car ilz n’eurent point loysir de eulx fortifier de poinssons aiguisez par la maniere qu’ilz avoient accoustumé de faire1911.

Ceulx qui estoient à cheval, ou la plus grant partie d’iceulx, se mirent à fuir ; et ceulx à pied, lesquelz estoient en grant nombre, se jecterent dans iceulx bois et village1912.

Selon une chronique, Fastolf, au lieu de prendre la route de Paris, se retira d’abord à Meung1913.

La grosse bataille des Français arriva en ce moment, et acheva la déroute de l’armée anglaise1914. La Pucelle fit, dit-on, dans ce combat, de véritables prodiges de valeur1915.

La Pucelle, Poton, La Hyre,

Chargèrent sur eulx de cheval,

216Tellement qu’ilz les firent fuyre

En abatant plusieurs aval1916.

En vain Talbot se surpassa lui-même, s’épuisa en efforts sublimes pour rétablir le combat et pour rappeler la victoire ; il ne put que retarder sa défaite, et la rendre plus sanglante par l’opiniâtreté de sa défense1917, mal secondée par ses soldats.

Et pourtant, sans ce qu’ilz feissent grant dommaige aux Françoys, ilz furent en assez brief terme, et ligierement, ruez jus, desconfitz, et du tout vaincus1918.

C’est ce qu’affirme également le duc d’Alençon1919. Il n’en coûta même aux Français que la vie d’un seul guerrier, gentilhomme de la compagnie de Thibaut d’Armagnac1920. On fit un grand carnage des Anglais1921 ; presque tous périrent1922.

Henri Branche et plusieurs autres capitaines anglais se rendirent au sire de Beaumanoir1923. Le sire de Scales, Thomas Rempston ou Rameston, 217un autre chef de guerre, nommé Hongnefort, Houguefort ou Hongrefort (peut-être Hungerford), et plusieurs autres vaillants chevaliers, tombèrent également au pouvoir des vainqueurs1924. Environné de toutes parts, et sans espoir de se dégager, Talbot lui-même se rendit1925 aux archers de Xaintrailles1926, d’autres disent à Xaintrailles lui-même1927.

Si commença la chasse des fuyans1928,

qui se retiraient en foule du côté de Janville. Les malheureux n’ont point d’amis :

les gens de la ville leur fermerent les portes, par quoy leur convint fouir ailleurs, à l’adventure ; et parce, y en eut depuis plusieurs tuez et prins […] A celle journée gaignerent moult les Françoys […] et d’aultres parts n’y perdirent pas ceux de Janville, à plusieurs desquelz avoient moult des Angloys baillé en garde la plus part de leur argent, lorsqu’ilz y estoient passez, pour cuider aller secourir Baugency1929.

218Les hérauts d’Angleterre qui vinrent, selon l’usage du temps, compter sur le champ de bataille les cadavres de leurs compatriotes, en portèrent le nombre à deux mille deux cents1930.

Illec d’Anglois et de leurs gens,

dit le poète historien déjà cité,

Si mourut par nombre compté,

Quelque environ vingt et trois cens,

Et deux cens prins d’autre costé1931.

Jean Chartier l’évalue entre deux et trois mille hommes1932. Le comte de Dunois, sans entrer dans aucun détail, assure que, tant tués que prisonniers, les Anglais perdirent plus de quatre mille combattants1933. Enfin, une chronique du temps porte, en général, leur perte à cinq mille guerriers1934.

Du côté des Français, Jacques de Milly ou de Mailly, Gilles de Saint-Simon, Louis de Marconnay, Jean de La Haye,

et plusieurs aultres 219vaillans hommes,

furent armés chevaliers sur le champ de bataille1935.

C’était la première bataille rangée que, depuis huit ans, les Français eussent gagnée sur leurs ennemis1936. C’est dans les champs de Patay qu’acheva de s’anéantir cette armée redoutable, amenée d’Angleterre par le comte de Salisbury pour consommer l’asservissement de la France. Scales, Suffolk, Talbot, tous ses chefs, étaient en ce moment au pouvoir des Français, ou, comme Salisbury et Glasdale, dormaient du sommeil de la mort, et le bruit des victoires de la vieille Angleterre ne devait point réjouir leurs ombres désolées. Contre qui s’était venu briser ce colosse de puissance qui menaçait naguère de fouler aux pieds l’Europe ? contre une jeune fille, contre un enfant, dont les mains innocentes eussent encore porté la houlette, si la Justice divine ne les eût armées de la lance et de l’épée vengeresses.

L’armée, en poursuivant les fuyards, arriva presque en même temps qu’eux sous les murs de Janville, qui, après avoir fermé ses portes aux Anglais vaincus, les ouvrit avec joie aux libérateurs de la France.

Et si feist aussi un gentilhomme lieutenant du capitaine, et mit dedans la grosse tour les Françoys, auxquels feist serment 220d’estre bon et loyal, depuis lors en avant ; envers le roy1937.

Les habitants de Janville n’avaient fait que saisir l’occasion d’échapper au joug de l’étranger ; mais cet officier nommé, payé par les Anglais, agissait en traître, et ne méritait plus le nom de gentilhomme.

Les généraux français s’arrêtèrent à Patay, tandis que leur avant-garde poursuivait les Anglais du côté de Janville. Talbot fut amené devant la Pucelle, le connétable et le duc d’Alençon. Ce prince ne put s’empêcher de lui dire :

— Eh bien ! sire de Talbot, vous ne vous attendiez pas, ce matin, qu’il vous en arriverait ainsi. C’est la fortune de la guerre, répondit froidement le héros anglais1938.

Xaintrailles le fit conduire à Beaugency avec tous les égards dus au courage malheureux1939.

Après laquelle besongne, qui fut environ deux heures après midy, tous les cappitaines françoys se rassemblerent, et, regraciant devotement et humblement leur createur, menerent grant lyesse les ungs avecques les aultres pour leur victoire et bonne fortune1940.

Le connestable et les aultres seigneurs couchèrent 221cette nuit à Patay sur le champ ; car bien estoient-ilz las, et avoient eu grant chaud1941.

Cette brillante victoire, loin d’enfler et d’endurcir le cœur de la guerrière, lui offrit l’occasion de donner de nouvelles preuves de son humble piété, de son humanité généreuse, et de la douceur naturelle de son caractère ; elle témoigna une douleur profonde à l’aspect du grand nombre de cadavres qui couvraient le champ de bataille1942, et montra la plus tendre pitié pour les pauvres soldats anglais1943 qui, tombés au pouvoir des vainqueurs, et n’ayant pas une grosse rançon à leur offrir, en étaient traités avec dureté et barbarie. Un Français, qui conduisait plusieurs captifs, en frappa un à la tête avec tant de force, que l’infortuné tomba expirant à ses pieds. Témoin de cette infamie, Jeanne d’Arc, indignée, s’élança de son cheval, courut au secours de l’Anglais, et le souleva dans ses bras ; tandis que par ses ordres on s’efforçait de le rappeler à la vie, elle fit appeler un confesseur, et prodigua au mourant les plus tendres consolations. Elle lui soutenait la tête, tandis qu’il balbutiait de ses lèvres défaillantes le nom du Dieu de miséricorde et les touchantes expressions d’un 222humble repentir. Semblable à un ange de paix et d’amour, elle l’encourageait de son mieux, et mêlait aux pressantes exhortations d’une piété bienfaisante les larmes d’une douce pitié1944. Quoique les dépositions bornent là ce récit, il est plus que probable que Jeanne d’Arc, très-sévère envers les soldats qui se conduisaient d’une manière répréhensible1945, fit infliger au coupable le juste châtiment de sou crime.

Le bruit de la destruction de l’armée anglaise ne tarda pas à se répandre à Paris, quoique d’une manière confuse. L’extrait suivant du journal d’un habitant de cette ville, peut donner une idée de l’inexactitude des récits qui y furent d’abord apportés.

Item, en cellui temps tenoient les Arminaz les champs, qui tout destruisoient. Si y furent commis Angloys environ huit mille. Mais quant ce vint au jour que les Angloys trouvèrent les Arminaz, ilz n’estoient pas plus de six mille, et les Arminaz estoient dix mille. Si coururent sus aux Angloys moult asprement, et les Angloys ne les refuserent mie. Mais en la fin ne le purent les Angloys souffrir ; car les Arminaz, qui plus estoient de la moitie que n’estoient les Angloys, les encloyrent de touttes parts. Là furent Angloys desconfiz ; 223et furent bien, comme on disoit, trouvez de mors des Angloys quatre mille ou plus : des autres ne sot on le nombre à Paris1946.

Le greffier du parlement est plus exact dans la note qu’il consigne à cette occasion sur ses registres.

Ce jour (18 juin 1429) (dit-il), messire Jehan Flastolf, le sire de Lescale, messire Thomas de Rampston, et autres capitaines, gens d’armes, et archiers angloys, qui s’estoient assemblez pour conduire vivres et faire secours au sire de Talboth et autres capitaines et gens d’armes angloys, estans nagaires en la garde et garnison des villes et forteresses de Meung et Baugency sur Loire, furent rencontrez sur les champs entre Yenville et Baugency, et par desroy furent desconfis les ennemis estans en presque pareil nombre (remarquez bien ces mots), en la compaignie desquelz estoit la Pucelle qui avoit esté avec eulx le Xe jour de may (il se trompe, c était le 8), à lever le siège devant Orléans, et le xviije jour de ce mois à la prise et recouvrance de Jargueau par lesdiz ennemis. Qui au rencontre dessus dit, prindrent entre les autres leurs prisonniers, lesdiz de Talboth, Rampston, et Lescale, si comme on disoit. Et ledit Flastolf se retrahy et retourna devers le duc de Bedford 224estant lors à Corbueil. Et hic subcubuerunt Anglici absque defensione ut fertur1947.

Fastolf, comme on l’imagine bien, fut très-mal reçu du duc de Bedford. On lui reprocha de s’être enfui de la bataille sans coup férir,

et, en conclusion, luy fust ostée l’ordre de la Jarretiere qu’il portait entour la jambe1948.

Rigueur inutile, qui fit oublier Patay et rappeler la journée des Harengs, (observe un de nos historiens) : trop d’Anglais avaient partagé à Patay la peur et la fuite de Fastolf1949.

Mais depuis, tant en partie comme pour les dessusdictes remontrances qu’il avoit faictes, qui sembloient assez raisonnables, comme pour plusieurs excusances qu’il mist en avant, luy fut depuis, par sentence de procès, rebaillée ladicte ordre de la Jartiere ; jasoit (malgré) ce qu’il en sourdist grant débat entre icelluy Fascot et sire Jehan de Thalboth, quant il fut retourné d’estre prisonnier de la bataille dessusdicte1950.

Talbot ne put jamais oublier que Fastolf l’avait abandonné. Depuis ce temps ils furent irréconciliables1951.

Notes

  1. [1705]

    Godefroy, Histoire de Florent, sire d’Illiers, imprimée dans le recueil des historiens de Charles VII.

  2. [1706]

    Journal du siège.

  3. [1707]

    Godefroy, Histoire de Florent, site d’Illiers.

  4. [1708]

    Voyez les plans de la ville d’Orléans.

  5. [1709]

    Chronique sans titre.

  6. [1710]

    Godefroy, Histoire de Florent, site d’Illiers.

  7. [1711]

    Godefroy, Histoire de Florent, site d’Illiers.

  8. [1712]

    Déposition de frère Jean Pasquerel.

  9. [1713]

    Chronique sans titre.

  10. [1714]

    Acte de donation de ce chapeau à l’oratoire d’Orléans.

  11. [1715]

    Lettre de Guy IV de Laval à ses mère et aïeule, dans La Roque, au chapitre XLIII de la Noblesse. De toutes les pièces de l’armure, le casque ou armet était celle qui fatiguait davantage ; peu de guerriers pouvaient le porter longtemps. Voyez Legrand d’Aussy, en ses Notes sur les Fabliaux.

  12. [1716]

    Journal du siège.

  13. [1717]

    Déposition de Simon Beaucroix.

  14. [1718]

    Déposition de Jean, duc d’Alençon.

  15. [1719]

    Déposition du comte de Dunois.

  16. [1720]

    Registres du parlement, vol. XV, contenant depuis le 12 novembre 1428 jusqu’au 1er décembre 1436.

  17. [1721]

    Journal d’un bourgeois de Paris.

  18. [1722]

    Journal d’un bourgeois de Paris.

  19. [1723]

    C’est ce que remarque un historien contemporain, Æneas Sylvius, élu pape en 1458, sous le nom de Pie II. (Europæ Descriptio, cap. XLIII.) Un écrivain hollandais, plus moderne, fait aussi la même observation :

    Joannæ prima inter primos pugnans victoriam eripuit. (Petrus Opmecrus Amstelodamensis, in Chronico.)

  20. [1724]

    Histoire au vray, etc., ou Journal du siège d’Orléans . Je dois faire remarquer qu’on a ajouté à ce journal, dans toutes les copies que j’en connais, une suite d’événements qui se prolonge jusqu’au retour du roi du voyage de Reims. Pour distinguer cette suite de la première partie de la Chronique, je ne la citerai plus que sous le titre d’Histoire au vray, etc.

  21. [1725]

    Déposition de Jean, comte de Dunois.

  22. [1726]

    Histoire au vray, etc.

  23. [1727]

    Chronique sans titre.

  24. [1728]

    Histoire au vray, etc.

  25. [1729]

    M. de L’Averdy, Notices des manuscrits de la Bibliothèque du Roi, t. III, p. 110 et 111.

  26. [1730]

    Déposition de Jean, duc d’Alençon.

  27. [1731]

    Déposition de Jean, comte de Dunois.

  28. [1732]

    Déposition de Jean, comte de Dunois.

  29. [1733]

    Déposition du comte de Dunois.

  30. [1734]

    Dépositions du comte de Dunois et de Louis de Contes.

  31. [1735]

    Chronique sans titre.

  32. [1736]

    Déposition de Simon Beaucroix.

  33. [1737]

    La Pucelle, interrogatoire du 3 mars 1430.

  34. [1738]

    Déposition de maître Barbin, avocat du roi.

  35. [1739]

    La Pucelle, interrogatoire du 3 mars 1430.

  36. [1740]

    Déposition de maître Barbin.

  37. [1741]

    Déposition de Simon Beaucroix.

  38. [1742]

    Déposition de maître Barbin.

  39. [1743]

    Déposition de Jean d’Aulon.

  40. [1744]

    La Pucelle, interrogatoire du 23 février 1430.

  41. [1745]

    La Pucelle, en l’interrogatoire du 12 mars 1430.

  42. [1746]

    Lettre de Guy IV, sire de Laval, à ses mère et grand-mère.

  43. [1747]

    Déposition du comte de Dunois.

  44. [1748]

    La Pucelle, interrogatoire du 24 février 1430.

  45. [1749]

    Chronique sans titre.

  46. [1750]

    Déposition de Jean, duc d’Alençon.

  47. [1751]

    Chronique sans titre.

  48. [1752]

    Déposition de Jean, duc d’Alençon.

  49. [1753]

    Histoire au vray, etc.

  50. [1754]

    Il était né en 1422 : donc cette lettre a dû être écrite et 1429.

  51. [1755]

    Petite ville sur le Cher, à environ neuf lieues E. N, de Loches.

  52. [1756]

    À l’est.

  53. [1757]

    Probablement les deux dames, mère et aïeule du sire de Laval, craignant que l’ardeur de ce brave chevalier ne l’exposât à périr dans une expédition qui pouvait être fort périlleuse, avaient supplié le roi, le sire de La Trémoille et le seigneur de Trèves, leurs parents, de le retenir à la cour jusqu’à ce que le premier succès de la Pucelle fut confirmé par de nouvelles victoires.

  54. [1758]

    Je soupçonne qu’il y a ici une faute de copiste, et qu’il faudrait lire :

    Et autant en dit mon frère, et comme monsieur d’Alençon, que abandonné (infâme) seroit celui qui demoureroit.

    C’est ce que je ne puis vérifier, n’ayant pas l’original sous les yeux.

  55. [1759]

    Ceci semble indiquer qu’à l’exemple des plus grands : seigneurs de ce siècle, les dames de Laval ne savaient pas lire.

  56. [1760]

    Ceci achève de prouver que la date de l’année devait être 1429, car le 8 juin de cette année-là tombe en effet un mercredi.

  57. [1761]

    Cette lettre se trouve dans La Roque, chap. XLIII, de la Noblesse, dans Godefroy, Recueil des historiens de Charles VII, et dans le tome VII de la Collection universelle des mémoires particuliers relatifs à l’histoire de France.

  58. [1762]

    Déposition de Jean, duc d’Alençon.

  59. [1763]

    Déposition de Jean, duc d’Alençon.

  60. [1764]

    Déposition de Jean, duc d’Alençon.

  61. [1765]

    Déposition de Jean, duc d’Alençon.

  62. [1766]

    Histoire au vray, etc.

  63. [1767]

    Histoire au vray, etc. ; Jean Chartier, Histoire de Charles VII ; Chronique sans titre.

  64. [1768]

    Histoire au vray, etc.

  65. [1769]

    Idem.

  66. [1770]

    Idem.

  67. [1771]

    Déposition de Jean, duc d’Alençon.

  68. [1772]

    Déposition de Jean, duc d’Alençon.

  69. [1773]

    Déposition de Jean, duc d’Alençon.

  70. [1774]

    Idem.

  71. [1775]

    Histoire au vray, etc.

  72. [1776]

    Idem.

  73. [1777]

    Monstrelet.

  74. [1778]

    Histoire au vray, etc.

  75. [1779]

    Déposition de Jean, duc d’Alençon.

  76. [1780]

    Chronique sans titre.

  77. [1781]

    Déposition de Jean, duc d’Alençon.

  78. [1782]

    Histoire au vray, etc.

  79. [1783]

    Déposition de Jean, duc d’Alençon ; Histoire au vray, etc. ; Chronique sans titre.

  80. [1784]

    Déposition de Jean, duc d’Alençon.

  81. [1785]

    Histoire au vray, etc.

  82. [1786]

    Histoire au vray, etc.

  83. [1787]

    Idem.

  84. [1788]

    Déclaration de la Pucelle, interrogatoire du 27 février 1430.

  85. [1789]

    Déposition de Jean, duc d’Alençon.

  86. [1790]

    Déclaration de la Pucelle, interrogatoire du 27 février 1430.

  87. [1791]

    Idem.

  88. [1792]

    Déposition de Jean, duc d’Alençon.

  89. [1793]

    Déposition de Jean, duc d’Alençon.

  90. [1794]

    Histoire au vray, etc.

  91. [1795]

    Monstrelet.

  92. [1796]

    Histoire au vray, etc.

  93. [1797]

    Déposition de Jean, duc d’Alençon.

  94. [1798]

    Histoire au vray, etc. ; Chronique sans titre.

  95. [1799]

    Déposition de Jean, duc d’Alençon.

  96. [1800]

    Histoire au vray, etc.

  97. [1801]

    Déposition de Jean, duc d’Alençon ; Histoire au vray, etc. ; Chronique sans titre.

  98. [1802]

    Dépositions de Jean, duc d’Alençon ; de Jean, comte de Dunois ; de Jean, seigneur de Gaucourt ; de Louis de Contes et de frère Jean Pasquerel ; Chronique sans titre ; Histoire au vray, etc. ; Monstrelet, en ses Chroniques ; Jean Chartier, Histoire de Charles VII ; Registres du parlement, vol. XV.

  99. [1803]

    Déposition de Jean, duc d’Alençon.

  100. [1804]

    Chronique sans titre ; Histoire au vray, etc. ; Jean Chartier, Histoire de Charles VII ; Alain Chartier, Chroniques de Charles VII, dit qu’Alexandre de la Pole se noya.

  101. [1805]

    Je serais fort tenté de croire que ce guerrier n’était autre que le vaillant escuyer gascon nommé Regnault Guillaume de Vernade, dont parle le Journal du siège d’Orléans, qui fut blessé grièvement et pris par les Anglais au combat du 3 mars 1428, v, st. — Voyez l’Introduction, p. 193.

  102. [1806]

    Histoire au vray, etc. ; Chronique sans titre.

  103. [1807]

    Hume, History of England ; Histoire au vray, etc. ; Chronique sans titre ; Alain Chartier, Chroniques de Charles VII ; déposition du duc d’Alençon.

  104. [1808]

    Alain Chartier, Chroniques de Charles VII, etc.

  105. [1809]

    Mêmes Chroniques ; déposition de Louis de Contes.

  106. [1810]

    Histoire au vray, etc.

  107. [1811]

    Histoire au vray, etc.

  108. [1812]

    Chronique sans titre.

  109. [1813]

    Histoire au vray, etc. ; Chronique sans titre.

  110. [1814]

    Histoire au vray, etc. ; déposition du duc d’Alençon.

  111. [1815]

    Histoire au vray, etc.

  112. [1816]

    Rymer, Fœdera, Conventiones, Litteræ, et cujuscum que generis Acta publica, etc., t. X, p. 408, édition de 1727. On voit par un acte du 15 avril 1429, rapporté dans le même recueil, que le duc de Bedford avait écrit au conseil d’Angleterre, quelque temps auparavant, pour que le jeune Henri VI vint se faire couronner en France et recevoir l’hommage des grands vassaux. On y voit aussi qu’aussitôt après la mort du comte de Salisbury, le même duc de Bedford écrivit au conseil d’Angleterre pour qu’on lui envoyât un secours de deux cents lances et de quatorze cents archers, afin de pouvoir entretenir le siège d’Orléans.

  113. [1817]

    Histoires d’Allemagne.

  114. [1818]

    Villaret, Histoire de France, t. XIV.

  115. [1819]

    Stowe, Holingshed, Hall, Grafton, Hume et tous les historiens anglais. Voyez aussi dans Shakespeare (tragédie de Henri VI) le portrait que ce poète fait de ce prélat et de son impétueux rival : la vérité historique y est conservée d’une manière effrayante.

  116. [1820]

    Actes publics de Rymer, t. X, p. 417 et suiv.

  117. [1821]

    Histoire au vray, etc. ; Chronique sans titre.

  118. [1822]

    Sa déposition.

  119. [1823]

    Histoire au vray, etc. ; Chronique sans titre.

  120. [1824]

    Histoire au vray, etc.

  121. [1825]

    Histoire au vray, etc. ; Chronique sans titre.

  122. [1826]

    Même Chronique.

  123. [1827]

    Même Chronique.

  124. [1828]

    Histoire au vray, etc.

  125. [1829]

    Déposition de Jean, duc d’Alençon.

  126. [1830]

    Histoire au vray, etc.

  127. [1831]

    Déposition de Jean, duc d’Alençon.

  128. [1832]

    Chronique sans titre. Ce fait est confirmé par Monstrelet, dans sa Chronique.

  129. [1833]

    Alain Chartier, Chroniques de Charles VII.

  130. [1834]

    Chronique sans titre.

  131. [1835]

    Déposition de Jean, duc d’Alençon ; Histoire au vray, etc.

  132. [1836]

    Histoire au vray, etc.

  133. [1837]

    Jean Chartier, Histoire de Charles VII.

  134. [1838]

    Déposition de Jean, duc d’Alençon.

  135. [1839]

    Guillaume Gruel, Histoire ou Mémoires d’Artus III, duc de Bretaigne, comte de Richemont, connestable de France, etc.

  136. [1840]

    Guillaume Gruel, Histoire du comte de Richemont, etc.

  137. [1841]

    Idem.

  138. [1842]

    Chronique sans titre.

  139. [1843]

    Guillaume Gruel, Histoire du comte de Richemont, etc.

  140. [1844]

    Idem.

  141. [1845]

    Idem.

  142. [1846]

    Guillaume Gruel, Histoire du comte de Richemont, etc.

  143. [1847]

    Idem.

  144. [1848]

    Déposition de Jean, duc d’Alençon.

  145. [1849]

    Idem.

  146. [1850]

    Je ne suis pas le premier qui ait remarqué la partialité révoltante de Guillaume Gruel ; voici ce qu’en dit le savant rédacteur de la Collection universelle des Mémoires relatifs à l’Histoire de France (feu M. Bellier du Chesnay), t. VII, dans l’Avis qu’il a mis à la tête des Mémoires de Richemont : Comme le rédacteur de ces Mémoires était attaché au connétable de Richemont, il ne faut pas croire aveuglément à tous les éloges qu’il lui prodigue. Si l’on s’en rapportait à Gruel, le connétable aurait tout fait, et Charles VII lui devrait sa couronne. Ce qu’il y a de vrai, c’est qu’il fut, comme un autre, dominé par l’ambition. Quelques pages seulement des Mémoires de Richemont ont rapport à l’histoire de Jeanne d’Arc ; mais elles contiennent des assertions remarquables, auxquelles plusieurs historiens ont trop légèrement ajouté foi.

  147. [1851]

    Guillaume Gruel, Histoire du comte de Richemont, etc.

  148. [1852]

    Déposition de Jean, duc d’Alençon.

  149. [1853]

    Guillaume Gruel, Histoire du comte de Richemont, etc.

  150. [1854]

    Histoire au vray, etc. ; Chronique sans titre.

  151. [1855]

    Histoire au vray, etc.

  152. [1856]

    Chronique sans titre.

  153. [1857]

    Chronique sans titre.

  154. [1858]

    Guillaume Gruel, Histoire du comte de Richemont, etc.

  155. [1859]

    Guillaume Gruel, Histoire du comte de Richemont, etc.

  156. [1860]

    Alain Chartier, Chronique de Charles VII.

  157. [1861]

    Histoire au vray, etc.

  158. [1862]

    Histoire au vray, etc. ; Guillaume Gruel, Histoire du comte de Richemont, etc. ; Chronique sans titre.

  159. [1863]

    Déposition du duc d’Alençon.

  160. [1864]

    Histoire au vray, etc. ; Chronique sans titre.

  161. [1865]

    Histoire au vray, etc.

  162. [1866]

    Idem.

  163. [1867]

    Jean Chartier, Histoire de Charles VII.

  164. [1868]

    Histoire au vray, etc.

  165. [1869]

    Déposition du duc d’Alençon.

  166. [1870]

    Jean Chartier, Histoire de Charles VII.

  167. [1871]

    Déposition du comte de Dunois.

  168. [1872]

    Idem.

  169. [1873]

    Déposition de Thibaut d’Armagnac, dit de Termes.

  170. [1874]

    Histoire au vray, etc.

  171. [1875]

    Déposition de Thibaut d’Armagnac, dit de Termes.

  172. [1876]

    Histoire au vray, etc.

  173. [1877]

    Guillaume Gruel, Histoire du comte de Richemont, etc.

  174. [1878]

    Histoire au vray, etc.

  175. [1879]

    Idem.

  176. [1880]

    Jean Chartier, Histoire de Charles VII.

  177. [1881]

    Guillaume Gruel, Histoire du comte de Richemont, etc.

  178. [1882]

    Monstrelet.

  179. [1883]

    Déposition de Jean, duc d’Alençon.

  180. [1884]

    Guillaume Gruel, Histoire du comte de Richemont, etc.

  181. [1885]

    Jean Chartier, Histoire de Charles VII.

  182. [1886]

    Histoire au vray, etc.

  183. [1887]

    Guillaume Gruel, Histoire du comte de Richemont, etc.

  184. [1888]

    Chronique sans titre.

  185. [1889]

    Histoire au vray, etc.

  186. [1890]

    Histoire au vray, etc.

  187. [1891]

    Déposition de Louis de Contes.

  188. [1892]

    Jean Chartier, Histoire de Charles VII ; Guillaume Gruel, Histoire du comte de Richemont, etc.

  189. [1893]

    Guillaume Gruel, Histoire du comte de Richemont, etc.

  190. [1894]

    Chronique sans titre.

  191. [1895]

    Idem.

  192. [1896]

    Guillaume Gruel, Histoire du comte de Richemont, etc.

  193. [1897]

    Chronique sans titre.

  194. [1898]

    Guillaume Gruel, Histoire du comte de Richemont, etc.

  195. [1899]

    Histoire au vray, etc.

  196. [1900]

    Monstrelet.

  197. [1901]

    Guillaume Gruel, Histoire du comte de Richemont, etc.

  198. [1902]

    Monstrelet.

  199. [1903]

    Monstrelet.

  200. [1904]

    Monstrelet.

  201. [1905]

    Guillaume Gruel, Histoire du comte de Richemont, etc.

  202. [1906]

    Jean Chartier, Histoire de Charles VII.

  203. [1907]

    Un grand nombre de chroniques et de dépositions.

  204. [1908]

    Chronique sans titre.

  205. [1909]

    Alain Chartier, Chroniques de Charles VII.

  206. [1910]

    Histoire au vray, etc. C’est ce qu’affirme aussi la déposition de Louis de Contes.

  207. [1911]

    Monstrelet.

  208. [1912]

    Jean Chartier, Histoire de Charles VII.

  209. [1913]

    Chronique sans titre.

  210. [1914]

    Jean Chartier, Histoire de Charles VII ; Histoire au vray, etc.

  211. [1915]

    Pierre Nicolas Chantreau, Histoire de France abrégée et chronologique, 1808.

  212. [1916]

    Martial d’Auvergne, Vigiles de Charles VII.

  213. [1917]

    M. Gaillard, Histoire de la querelle de Philippe de Valois et d’Édouard III, t. III, p. 304 ; Villaret, Histoire de France, t. XIV.

  214. [1918]

    Monstrelet.

  215. [1919]

    En sa déposition.

  216. [1920]

    Déposition de Thibaut d’Armagnac, dit de Termes.

  217. [1921]

    Déposition de Jean, duc d’Alençon.

  218. [1922]

    Déposition de Louis de Contes.

  219. [1923]

    Guillaume Gruel, Histoire du comte de Richemont, etc.

  220. [1924]

    Histoire au vray, etc. ; Jean Chartier, Hist de Charles VII ; Chronique sans titre ; Monstrelet ; Registres du parlement, vol. XV.

  221. [1925]

    Déposition de Jean, duc d’Alençon ; toutes les Chroniques ; Registres du parlement, vol. XV.

  222. [1926]

    Guillaume Gruel, Histoire du comte de Richemont, etc.

  223. [1927]

    Villaret, Histoire de France, etc.

  224. [1928]

    Chronique sans titre.

  225. [1929]

    Histoire au vray, etc.

  226. [1930]

    Chronique sans titre. Ce qui est conforme à l’évaluation de Guillaume Gruel, d’Alain Chartier, de l’Histoire au vray, etc.

  227. [1931]

    Martial d’Auvergne, Vigiles de Charles VII.

  228. [1932]

    Jean Chartier, Histoire de Charles VII.

  229. [1933]

    Déposition du comte de Dunois.

  230. [1934]

    Chronique sans titre.

  231. [1935]

    Monstrelet.

  232. [1936]

    La bataille de Baugé fut livrée le 22 mars 1421.

  233. [1937]

    Histoire au vray, etc.

  234. [1938]

    Déposition de Jean, duc d’Alençon.

  235. [1939]

    Déposition de Robert Thibault.

  236. [1940]

    Monstrelet.

  237. [1941]

    Guillaume Gruel, Histoire du comte de Richemont, etc.

  238. [1942]

    Déposition de Louis de Contes.

  239. [1943]

    Déposition de frère Jean Pasquerel.

  240. [1944]

    Déposition de Louis de Contes.

  241. [1945]

    Déposition de Guillaume de Ricarville.

  242. [1946]

    Journal d’un bourgeois de Paris.

  243. [1947]

    Registres du parlement, vol. XV.

  244. [1948]

    Monstrelet ; Hume, History of England.

  245. [1949]

    M. Gaillard, Histoire de la querelle de Philippe de Valois et d’Édouard III.

  246. [1950]

    Monstrelet.

  247. [1951]

    Villaret, Histoire de France, t. XIV.

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