Autres : Les responsabilités des électeurs du bloc maçonnique (1905)
Les responsabilités des électeurs du bloc maçonnique 1905
Brochure électorale exhortant les catholiques à voter aux élections législatives des 6 et 20 mai 1906, et les mettant en garde contre les conséquences d’un vote en faveur d’un candidat franc-maçon.
Texte de présentation paru dans l’Autorité du 19 mai 1906 :
Les électeurs du Bloc maçonnique sont la cause et l’origine des malheurs de la France. Combien parmi eux ignorent l’immense portée du bulletin qu’ils déposent dans l’urne, et les responsabilités qu’ils assument ! La présente brochure les leur fera comprendre, en mettant sous leurs yeux le tableau des attentats commis en leur nom, en vertu du blanc-seing donné à leurs mandataires.
- Préface : Le sort de la France remis entre les mains des électeurs
Les électeurs du bloc maçonnique :
- Responsables des attentats contre la propriété
- Responsables des attentats contre les personnes par leurs élus
- Responsables des attentats contre la conscience
- Cause de la destruction de la famille
- Responsables de l’empoisonnement du jeune âge
- Imitateurs de la foule déicide de Jérusalem
- La Franc-maçonnerie et ses fauteurs anathématisés par les Papes
Les responsabilités des électeurs du bloc maçonnique, par l’auteur de la Vraie Jeanne d’Arc, J.-B.-J. Ayroles. — Paris, Retaux ; Lyon, Vitte ; Bordeaux, Feret, NumeLyo. — Plusieurs éditions, 1905, Google ; 1906, Google ; 1908, Google. — 45 pages.
Note. — Retaux est également l’éditeur des Études ; des encarts publicitaire pour la brochure seront insérés dans les livraisons d’avril et mai 1906.
3Préface Le sort de la France remis entre les mains des électeurs
Dans une localité du centre de la France, l’on procédait à une de ces expulsions de religieuses, éternel opprobre des premières années du XXe siècle. L’on forçait les portes du modeste couvent, où depuis plus de cinquante ans une poignée de saintes-femmes donnaient l’exemple de toutes les vertus. Les mères y avaient appris avec la lecture et l’écriture, ce qui est tout autrement excellent, à être d’abord de modestes jeunes filles, pour devenir ensuite de laborieuses ménagères, tout entières à leur mari et à leurs enfants. Elles y revenaient encore dans leurs difficultés chercher consolation et conseil ; elles y amenaient leurs fillettes dès le premier âge.
La nouvelle de l’expulsion porta la désolation dans la bourgade ; l’indignation fut telle que le sinistre agent de la proscription dut se retirer une première fois. Il revint quelques jours après avec une brigade de gendarmerie. La population massée dans la cour qu’il fallait traverser pour arriver à la porte du couvent, s’emportait en cris et en menaces contre les agents de la force publique. Le brigadier élevant la voix dit alors : C’est vrai, nous faisons une besogne odieuse, mais à qui la faute et quels sont les premiers coupables ? N’est-ce pas ceux qui nomment des députés capables de nous imposer, sous peine de voir nos enfants et nos femmes manquer de pain, des actes qui nous répugnent non moins qu’à vous ?
Le brigadier avait raison. Les premiers responsables des infamies qui se déroulent parmi nous, et dont nous n’avons pas vu la fin, ce sont les électeurs de députés assez scélérats pour les édicter, les électeurs qui par leurs votes leur mettent en mains les forces vives de la nation pour les faire passer dans les faits.
D’après le système politique qui régit la France, la souveraineté réside dans la nation ; chaque électeur en est partiellement le détenteur, le possesseur. Il dispose partiellement de la fortune, de l’honneur, de la liberté de la France, c’est-à-dire de près de quarante millions d’hommes, des générations présentes, et des générations à venir. Tous ces intérêts dépendent du choix des hommes qu’il fera pour les gérer en son nom, en vertu des pouvoirs qu’il leur confère. Ils sont ses mandataires, le mandant est censé faire ce que font les hommes auxquels il a donné mission de traiter en son lieu et place. Sa responsabilité se mesure à l’importance des affaires pour lesquelles il a donné son blanc-seing. Il ne saurait y en avoir de plus graves que celles que l’électeur confie au député, au sénateur 4de son choix ; aucun acte par suite où sa conscience soit plus intéressée, auquel il doive procéder avec plus de maturité et de circonspection.
Le bulletin déposé dans l’urne est la pierre jetée au milieu d’un lac. Le mouvement qu’elle détermine se répercute jusqu’aux derniers bords. Des Alpes aux Pyrénées, de Dunkerque à Nice, l’on se ressentira de ce qu’est, de ce que vaut l’homme dont le nom est inscrit sur ce bout de papier. Il aura prise sur les intérêts les plus vitaux de tous.
Celui qui ayant en mains les clés de la maison du voisin les livre à des pillards qui la dévasteront est criminel comme eux. C’est un malhonnête homme s’il les remet au premier venu qui les demande, sans s’informer de l’usage qu’il veut en faire, et en fera très vraisemblablement. Il n’est pas excusable si par insouciance, il les laisse prendre à qui veut s’en emparer.
Par suite du système qui nous régit, les clés de la fortune de la France sont remises entre les mains de chaque électeur. Les remettre à des scélérats notoires, c’est être un scélérat ; les remettre inconsidérément au premier venu qui les demande sans considérer quel il est, ce qu’il en fera, c’est une félonie ; se désintéresser de la garde, les laisser prendre à qui pourra le premier y mettre la main dessus, c’est une négligence gravement coupable. Dans tous les cas, la conscience est gravement engagée.
Le bloc maçonnique tient en mains les clés de la fortune de la France, et la France en meurt, a dit une voix éloquente. Si les parricides sont les grands coupables, ceux qui leur ont mis en mains le pouvoir de mener au tombeau la mère commune, ne sont certes pas innocents. Ceux qui leur ont confié ce mortel pouvoir appartiennent à une des trois catégories qui viennent d’être désignées ; des scélérats ayant conscience du forfait qu’allaient commettre leurs élus, des inconsidérés, qui sans se rendre compte de leur acte, dans des vues d’intérêt personnel, aveuglés par des nuages de calomnie, les ont élus comme au hasard ; des abstenants, oublieux du devoir qui incombe à tout citoyen de courir aux armes quand la patrie est en danger. L’arme dans la lutte à mort engagée, c’est le bulletin de vote.
Que l’ignorance ait diminué, à un degré que Dieu seul connaît, les responsabilités encourues, je le veux bien. Mais même à un léger degré, pareilles responsabilités sont pesantes. Le clergé serait-il innocent, s’il n’essayait pas de la dissiper ? Prêtre, appelé à défendre la foi, l’auteur de ces pages veut délivrer son âme ; c’est ce qui lui a fait écrire ce tableau des attentats, dont la responsabilité plus ou moins consciente remonte aux électeurs de ceux qui les ont perpétrés.
5Chapitre premier Les électeurs du bloc maçonnique responsables des attentats contre la propriété
- La confiscation rétablie, grâce aux électeurs du bloc.
- I.
- Pas de biens plus légitimes dans leurs sources, plus bienfaisants dans leur emploi, que les biens des communautés religieuses.
- Criante injustice.
- Les biens de mainmorte en devenant propriétés privées sont soustraits au public.
- C’est l’œuvre des électeurs du bloc.
- II.
- Ces mêmes électeurs responsables de la dilapidation des biens des hôpitaux, par les riches prébendes que s’y taille la maçonnerie.
- Les appointements des infirmières laïques cinq fois plus grands que ceux des religieuses.
- Aveu cynique.
- Ce que la première république fit des biens des hôpitaux.
- État lamentable des hospitalisés.
- III.
- Honteuse malhonnêteté de la France des élus du bloc refusant de payer la dette la plus solennellement et la plus justement contractée.
- Spoliations partielles.
- Les inventaires.
- Prise de possession des biens de l’Église.
- Espérance de la maçonnerie d’en faire des temples maçonnique.
- Malédictions des ancêtres.
- Ce sera l’œuvre des électeurs du bloc.
- IV.
- Le corollaire logique : La confiscation de toute propriété privée.
- Le socialisme.
Les électeurs du bloc maçonnique ont fait rentrer dans nos codes la confiscation que l’on en disait bannie. Ils ont biffé de la déclaration des droits de l’homme l’article qui proclame la propriété inviolable, que personne ne peut en être dépouillé que pour motif d’utilité publique, moyennant préalable indemnité. Déjà fort étendues, ces spoliations préparent une spoliation universelle, la suppression de toute propriété privée.
I
En vertu du blanc-seing donné par les électeurs, le bloc maçonnique a mis la main sur la propriété la plus pure dans son origine, la plus bienfaisante dans l’emploi qui en est fait, la plus sacrée dans sa destination, la propriété des congrégations religieuses.
Trois sources constituent la fortune des congrégations ; l’apport de leurs membres qui en se donnant à la congrégation donnent avec leur personne, le plus souvent en partie seulement, un patrimoine qu’ils auraient pu dissiper en parties de plaisirs, au jeu, en futilités, et excès pires encore ; les économies qu’une vie frugale permet de réaliser sur la rétribution d’œuvres faites mieux et à meilleur compte qu’elles ne le seraient par des séculiers ; enfin des dons spontanés, volontaires, tout aussi légitimes pour le moins que s’ils avaient été faits à une société littéraire, pour l’érection d’un théâtre, d’une statue. Combien de grandes fortunes privées ne reposent pas sur des titres aussi irréprochables !
L’usage fait par les congréganistes de leur fortune pour leurs besoins personnels est si restreint que le rapporteur de la loi de spoliation leur en fait un reproche.
Pour que leurs services ne coûtent presque rien, — dit le cynique et visqueux M. Buisson, — il faut qu’ils ne vivent presque pas, il faut qu’il aient renoncé à leur part d’humanité.
La République, — toujours d’après M. Buisson, — ne saurait souffrir que même pour servir l’humanité, on se retranche ainsi de l’humanité ; l’État dut-il en perdre beaucoup d’argent… il n’est pas permis à la République, même pour faire à meilleur marché 6des écoles et des hôpitaux, de continuer à spéculer sur ce retranchement volontaire de l’humanité.
Loin donc que les congréganistes mésusent en leur faveur des biens qu’ils possèdent, le reproche qui leur est fait, c’est de trop s’en priver pour servir l’humanité, et par là de se retrancher de l’humanité. Électeurs du bloc maçonnique, c’est ainsi qu’on raisonne parmi ceux que vous avez investis du pouvoir de faire des lois. Par sa qualité de rapporteur de la loi qui supprime les congrégations, le protestant Ferdinand Buisson représente le plus pur esprit des hommes de votre choix. Les fortunes privées les plus colossales sont à l’abri de pareil reproche, et ce qu’on allègue contre les possesseurs, ce n’est pas de vivre de peu, afin de mieux servir l’humanité.
On a tenu un langage bien différent, quand on a voulu affriander les multitudes à la curée des biens des congrégations. Quel bruit n’a pas fait le fameux milliard ! L’administration des domaines en 1890 n’avait évalué les biens des congréganistes qu’à un peu plus de la moitié de cette somme. Mais soit, les cent-cinquante mille religieux ou religieuses qui existaient alors en France possédaient un milliard ; ce qui ferait une moyenne de sept mille francs de capital pour chacun d’eux, lequel capital placé sur l’État à 3,5 % donnerait un revenu de 230 fr. ; or pareille fortune consistant surtout en maisons d’habitation, cours, jardins, le revenu net consistait surtout en impôts, et en frais d’entretien à payer. Est-ce assez écœurant ? et d’après les journaux, il existe des familles qui chacune possèdent plus d’un milliard. Sûrement dans les grandes villes commerçantes, telles que Marseille, Lyon, Bordeaux, il ne faudrait pas pour atteindre le milliard, réunir la fortune des cent plus riches familles. Cent familles composées de sept ou huit personnes, c’est-à-dire sept ou huit cents membres ; une seule famille, c’est-à-dire sept ou huit personnes, possèdent autant que cent cinquante mille religieux des deux sexes. Électeurs du bloc, au nom du principe d’égalité dont vous êtes si fiers, vous nommez des représentants qui dépouillent les cent cinquante mille comme trop riches, et l’on n’inquiète pas ceux qui possèdent mille fois plus et au delà ! Bien plus, on trouve de ces derniers parmi les spoliateurs édictant sous le nom de loi, pareille iniquité plus visible que le Mont-Blanc.
Biens de mainmorte, dit on ? c’est-à-dire biens qui, comme les possesseurs eux-mêmes, n’existent que pour le bien commun. N’ayant pas de postérité, les religieux des deux sexes, même les plus retirés du monde, ne peuvent être à Dieu qu’en se dévouant sous une forme ou sous une autre, au service et au bien du prochain : les blocards, ou leur affidés, qui ne redoutent pas l’excommunication, vont soustraire ces biens à la mainmorte ; ils en feront des propriétés privées. L’on ne verra pas à la porte les longues files de pauvres qui y affluaient ; les chapelles où tout le monde pouvait aller contempler des chefs-d’œuvres de sculpture, de peinture, jouir des splendeurs des illuminations et des cérémonies, des beautés d’une musique qui élevait l’âme, aller chercher lumière et consolation, seront transformées en magasins, et ce n’est que de la rue que l’on pourra 7jouir des fêtes, des illuminations, du bruit des violons et de la danse qui se donneront dans des édifices qui auront cessé d’être biens de mainmorte pour devenir propriétés privées. Chaque famille possédant de nobles cœurs, des intelligences aptes à faire le bien, pouvait espérer qu’un ou plusieurs de ses membres, en entrant dans la congrégation deviendrait, si tel était son vouloir, le possesseur par indivis de l’édifice et des biens dits de mainmorte, ne fut ce que comme sœur ou frère convers.
Devenus le bien de particuliers, rares seront ceux qui s’en transmettront la propriété ; régulièrement ce ne sera que par voie d’héritage et d’alliances matrimoniales. Héritages et alliances seront frappés de la malédiction qui s’attache à tout bien sacrilègement volé.
Électeur du bloc maçonnique, c’est votre manière de travailler, ainsi que vous vous en targuez, au bien de la multitude. Êtes-vous plus criminels, ou plus dupes ? À d’autres de le rechercher. La confiscation inique des biens des congrégations n’est que la première de celles que vos élus continuent, et se disposent à continuer.
II
Hôpitaux, orphelinats, maisons de retraite pour les vieillards, bureaux de charité dits aujourd’hui bureaux de bienfaisance, l’initiative en est due à la charité chrétienne ; c’est la charité qui les a dotés, même lorsque la simple bienfaisance qui en est dérivée, a apporté son obole. Quelle fortune devait être administrée avec plus de soins, puisqu’elle est celle de ceux qui ne possèdent rien ! De par les électeurs qui ont livré les municipalités, les assemblées départementales, tout comme la Chambre et le Sénat, à la maçonnerie, cette fortune est en voie d’être dissipée par les riches et nombreuses prébendes que la secte y taille pour ses favoris.
Les coryphées occupent les sommets. On assure que le titre de directeur général de l’assistance publique donne droit à un salaire annuel de plus de quarante mille francs. Il est passé d’un Quentin à un Lucipia ; le citoyen Mesureur en est aujourd’hui nanti… Sous ces potentats une nuée de hauts et bas fonctionnaires, inspecteurs, sous-inspecteurs, visiteurs, etc., vivent sur les fonds de la misère, et ce n’est pas à eux que le rapporteur Buisson pourrait adresser le reproche qu’il faisait aux religieux de ne vivre presque pas, de trop retrancher à leur humanité personnelle pour servir l’humanité. Il suffirait pour s’en convaincre de lire dans les journaux ce qu’ont dépensé au théâtre, en courses de plaisir, deux délégués envoyés pour étudier à Londres le fonctionnement de la bienfaisance britannique, ou encore la vie de satrape menée à bord du paquebot, par deux personnages envoyés à la Martinique pour distribuer aux victimes du Mont-Pelé quelques bribes des millions souscrits pour leur venir en aide.
À défaut d’une trésorerie générale, un titre de directeur général d’un orphelinat, d’une maison d’aliénés, assure à des préfets en disgrâce des retraites de huit, dix, douze mille francs. Joli denier, jugé insuffisant par 8tel d’entre eux qui pour malversation a dû passer la frontière. Les Edgard Monteil, les Léon Meillet, les Josserand, ces fleurs de la commune, et d’autres sans doute, se reposent de leurs féroces exploits, en palpant annuellement des dix milles francs, comme directeurs de maisons de santé, dont les malheureux hôtes, dans leurs accès de folie, ont été moins barbares que ceux qui sont aujourd’hui chargés de les contenir.
Malgré de considérables ressources, les vingt bureaux de bienfaisance de Paris ne distribuent qu’une insignifiante assistance aux misères les plus dignes de pitié, dit M. Ambroise Rendu ; et c’est par dizaines de mille qu’il faut compter celles qui n’en reçoivent d’aucune sorte. Les ressources fondent entre les mains des distributeurs qui n’ont pas le tort de vouloir vivre de peu, de se retrancher de l’humanité pour servir l’humanité.
Laïciser un hôpital, c’est substituer au personnel congréganiste un personnel qui coûtera cinq fois plus, et fera mal un service que les religieuses font admirablement. Les religieuses hospitalières ne recevaient en moyenne qu’une indemnité de 200 francs, pour s’acheter linge de corps, vêtements, et préparer quelques ressources pour la vieillesse et les infirmités. Un journal du bloc observait qu’il serait dérisoire d’offrir pareil traitement à une infirmière laïque. Mille francs est un chiffre au-dessous de la moyenne de ce qui est attribué aux diplômées. Ont-ils fait du bruit sur cette question des diplômes à délivrer aux infirmières ? En réalité c’est une mystification systématique fort dispendieuse par le surcroît de dépenses qu’elle entraîne, un moyen d’assurer aux adeptes professeurs une augmentation de revenus, d’exploiter les hôpitaux au profit de la secte1.
La secte accepte avec cynisme cette dilapidation des biens destinés à soulager les malheureux : son représentant attitré, le rapporteur même de la prétendue loi de laïcisation, écrit :
Quand même on démontrerait que l’État perdra beaucoup d’argent à ne plus vouloir tirer parti, soit de la simplicité des personnes qui se privent de tout ici-bas pour gagner le Ciel, soit de l’excès d’abnégation de celles qui s’imaginent ne pouvoir servir leurs semblables qu’en se condamnant au monachisme — (lisez : célibat), — nous n’hésiterions pas. Il n’est pas permis à la République, même pour faire à bon marché des écoles et des hospices, de continuer à spéculer ni sur ce qu’il y a de meilleur, ni sur ce qu’il y a de pire dans la nature humaine.
Pie IX nous dira qu’aux Francs-maçons s’appliquent fort justement ces paroles de Notre-Seigneur aux Pharisiens : Vous avez le diable pour père, et vous voulez faire les œuvres de votre père. Qui ne le reconnaît ce père que brûle la vue du dévouement et de la chasteté, et ne se plaît que dans les ruines.
La première République, dont la troisième se vante de suivre les traces, ruina les hôpitaux. Elle mit leurs biens en vente sous prétexte de les convertir 9en rentes inscrites sur le grand livre de la bienfaisance publique : un livre ouvert dans chaque canton devrait contenir avec les noms des malheureux à secourir, les secours alloués, des pensions.
Les pensions ne furent jamais payées à personne. Les hospices de la République, — lit ont dans un rapport, — ne sont plus le refuge ouvert aux malheureux, mais l’asile de la mort.
Sur 618 enfants nourris dans les hôpitaux de Marseille, 18 seulement ont survécu, — lit-on dans un autre rapport, — sur 104 confiés à l’hôpital de Toulon, 3 seulement.
Les administrateurs des hospices de Bordeaux écrivaient :
Les dix-huit cents infortunés qui gémissent dans les hospices, et les cinq cents enfants de la patrie confiés à nos soins, vont périr de faim et de misère….. Tout nous manque, nous n’avons ni pain, ni médicaments… À Avranches les enfants complètement nus et mourant de faim, se sauvent et vont dans les champs voisins ramasser des pommes de terre et des légumes2.
Que sont devenus les orphelins confiés aux Salésiens, aux Frères de Saint-François Régis ? Ne sont-ils pas dans quelques porcheries telles que Cempuis, dans quelques bagnes tels que Porquerolles ? Ne vont-ils pas grossir le nombre des apaches ? Quelle langue possède des termes assez énergiques pour qualifier le vol de ces propriétés, achetées non pas seulement par les offrandes des riches, mais encore par les oboles des pauvres, heureux de se saigner pour une œuvre si touchante.
Qui rend possibles de telles dilapidations ? Ceux qui par leurs votes installent dans les municipalités et dans les Chambres législatives des hommes capables de les commettre. Par le plus funeste des aveuglements, ce sont ceux-là mêmes souvent, qui un jour, peut-être lorsqu’ils laissent ainsi égarer leurs bulletins, ont, ou auront un besoin plus urgent de ces fonds constitués en leur faveur par les prévoyances de la charité.
III
Les appétits de l’ogre maçonnique grandissent au fur et à mesure que ses électeurs lui donnent carte blanche pour les satisfaire. Il s’est emparé des biens religieux : par la dilapidation il s’approprie des biens destinés au soulagement des pauvres et des malheureux. Il a escompté le bon vouloir de ses électeurs pour faire de la France une débitrice qui renie impudemment une dette solennellement contractée, met la main sur tout ce que les ancêtres avaient consacré au culte de Dieu.
Qu’est ce que la suppression du budget des cultes ? Le déni d’acquitter une dette consacrée par l’acte le plus solennel. Depuis un siècle il n’y a pas d’acte qui ait eu, en France et dans le monde, un retentissement aussi profond que celui par lequel l’Église représentée par son chef, le Pape Pie VII, s’engageait à ne pas troubler les acquéreurs des biens qui lui avaient été enlevés, moyennant une indemnité convenable soldée à ses ministres ; indemnité bien minime, des revenus des propriétés injustement ravies. Par un acte 10qui couvrirait d’une éternelle honte le particulier qui oserait s’en rendre coupable, la France des électeurs du bloc maçonnique déclare qu’il ne lui plaît pas de continuer à solder la dette. Elle avait préludé à cette faillite générale en privant arbitrairement de l’indemnité qui leur était due, les prêtres et les prélats les plus méritants, à raison même de leurs mérites. Par l’édit appelé de séparation, mais dont le vrai nom est édit de confiscation, de spoliation, elle dépasse la Constituante qui, en s’emparant des biens du clergé, avait statué que la nation pourvoirait à l’entretien du culte et de ses ministres, la Convention elle-même qui n’avait pas osé dénier aussi cyniquement semblable dette.
Ce n’est pas assez. La France des électeurs du bloc maçonnique déclare pouvoir disposer à son gré des églises rendues, restaurées, rebâties, bâties par les catholiques, des fondations pour les âmes des ancêtres, pour les pauvres, qui y étaient annexées. Elle revendique la propriété des grands et des petits séminaires, achetés, bâtis avec l’argent des catholiques. Pour que rien n’échappe à sa rapacité, elle fait violemment les inventaires de toutes les richesses, par lesquelles la piété catholique avait réparé les ruines de la fin du XVIIIe siècle. Ornements, tableaux, statues, calices, ostensoirs, elle a poussé l’impudeur jusqu’à vouloir estimer les vases du tabernacle, tout comme les soldats, au pied de la croix firent l’estimation des vêtements de Celui qu’ils venaient d’y clouer. Les Tures, quand ils prirent Constantinople, ne furent pas plus rapaces ; ils furent certainement moins hypocrites. Ils ne dissimulèrent pas la spoliation sous les prétextes mis en avant pour faire un inventaire qui est déjà une prise de possession.
Ce sera bientôt la réalisation d’une espérance caressée depuis longtemps par l’infernale secte. Il y a plus de vingt ans que le F. Blatin disait dans un convent solennel :
Dans les églises élevées depuis des siècles par les superstitions religieuses aux suprématies sacerdotales, nous serons peut-être appelés à notre tour à prêcher nos doctrines ; et au lieu des psalmodies cléricales qui y retentissent, ce seront les maillets, les batteries et les acclamations de notre ordre, qui en feront retentir les larges voûtes et les vastes piliers. La divinité que l’on y adorera, on la connaît ; on sait ce qu’est la raison divinisée par la Franc-maçonnerie ; si les pourceaux pouvaient choisir une divinité, ils n’en reconnaîtraient pas d’autre.
Électeurs du bloc maçonnique, voulez-vous voir consommer l’œuvre commencée grâce à vos votes impies ; voulez-vous livrer aux plus indignes profanations ces églises où depuis quatorze siècles vos aïeux ont versé le meilleur de leur cœur, où ils ont reçu le titre d’enfants de Dieu qui leur a donné droit à son infinie béatitude, où ils ont reçu le Dieu qui les a consolés et soutenus dans les épreuves, où ils ont contracté les alliances qui ont marqué d’un signe d’honneur votre venue à la vie, où ils ont été heureux de vous porter vous-même dès les premiers jours de votre existence, pour qu’en votre nom fut pris l’engagement que vous conserveriez fidèlement la foi qu’ils estimaient justement le premier de tous les biens, où vous les avez pleurés une dernière fois ?
Électeurs du bloc maçonnique, quatorze 11siècles de générations chrétiennes sortent de leurs tombeaux pour vous renier et pour vous maudire, si vous l’osiez.
IV
Les électeurs du bloc maçonnique se trompent, s’ils pensent que les spoliations successives qui viennent d’être commises en leur nom, marquent la fin du brigandage. Le corollaire naturel, logique, de la confiscation des propriétés consacrées à Dieu, c’est la confiscation de toute propriété privée au profit de la secte. Qui ne voit que les propriétés privées dans leur ensemble reposent sur des titres moins incontestables que les propriétés saintes dont il vient d’être parlé ; que tandis que les propriétés privées sont employées avant tout à l’usage qu’il plaît au possesseur d’en faire, les propriétés des congréganistes, des hôpitaux, de l’Église, sont par leur destination consacrées au bien de tous. S’il est permis de confisquer ces dernières, à combien plus forte raison les premières ?
C’est Dieu, qui en faisant le commandement : tu ne voleras pas, s’est établi le gardien de la propriété légitimement acquise. On le dépouille de la propriété qu’il a bien voulu accepter, de la part que ses enfants lui avaient faite, en consacrant une partie de leurs biens aux œuvres qui lui sont particulièrement chères. Du même coup on écarte la barrière protectrice que son autorité mettait à la limite de chaque champ, on livre la clé de tous les domiciles, à ceux qui seront assez forts, ou assez habiles, pour s’y établir.
En même temps que la Constituante mettait la main sur les biens de l’Église, Babœuf surgissait et demandait la communauté des biens. Il trouva de très nombreux partisans, et ourdit une conjuration formidable. Le socialisme et le communisme dont il fut le premier apôtre n’a pas péri avec lui… ses théories lui ont survécu. Depuis Babœuf, il y a toujours eu sous diverses formes des écoles de socialisme et de communisme. Jamais elles n’ont été aussi puissantes qu’aujourd’hui. Jamais elles n’ont semblé plus près du triomphe. La Franc-maçonnerie dans ses derniers convents a formellement décidé de prêter son appui à des fils, qui pour ne pas toujours l’avouer pour leur mère, ne sont pas moins sortis de son sein.
On a obtenu par de fallacieuses promesses l’inventaire des biens des Congrégations ; on a imposé, en dissimulant le but final, l’inventaire des biens d’Église ; l’on ne tardera pas à imposer l’inventaire des propriétés privées. N’a-t-on pas déjà fait celui de la propriété bâtie ? un inventaire des fortunes privées est nécessité par cette loi des retraites pour la vieillesse qu’on est en train de voter, ou encore par la loi de l’impôt sur le revenu réclamé par la secte. La suite sera la mainmise de la maçonnerie sur la fortune publique toute entière. Elle sera à sa disposition comme le sont maintenant les revenus des bureaux de bienfaisance, des hôpitaux, des congrégations religieuses. Sous prétexte d’administrer la fortune de tous, elle y taillera à ses adeptes 12des sinécures où ils ne refuseront rien à leur humanité. La part de la multitude sera celle qui est faite à l’hospice de Tours, de Marseille, et d’ailleurs, aux hospitalisés3, des choux pourris, du pain dur comme du mortier, une nourriture de tout point insuffisante. La maçonnerie aura obtenu le but qu’un de ses chefs saluait déjà par avance dans un de ses convents :
Personne ne pourra bouger sans nous.
Les électeurs du bloc maçonnique auront mis la France entière entre les mains de celle que les Papes appellent justement la Fille aînée de Satan ; par eux l’enfer s’étalera sur la terre.
Chapitre second Les électeurs du bloc maçonnique responsables des attentats contre les personnes par leurs élus
- L’étouffement, le siège par la faim substitués à la mort violente.
- C’est le sort des religieux et des religieuses jetés à la rue ; condamnés à se bannir eux-mêmes.
- Étonnement de l’étranger.
- Malades mourant dans les hôpitaux faute de soins, ou par suite des mauvais traitements.
- Prêtres et religieux incarcérés sans motif.
- Tout le clergé réduit au dénuement, malgré les engagements contractés.
La première république née dans le sang se hâta de le verser d’un bout de la France à l’autre, dès qu’elle eut la puissance en mains. La troisième a redouté en le faisant couler prématurément de s’aliéner une partie de ceux qui la soutiennent de leurs votes, pas encore assez bestialisés pour voir sans horreur redresser les échafauds ; elle préfère opprimer, affamer, étouffer sans bruit. Qui s’est ému de ce qu’un certain nombre de religieux, de religieuses, infirmes, malades sont morts immédiatement sous le coup de l’expulsion ? Dans combien de couvents, des religieuses au nombre de dix, douze, impotentes, parfois des septuagénaires, des octogénaires, sont reléguées dans la partie la moins confortable d’un vaste couvent mis aux enchères ? On avait solennellement promis un secours aux impotents. On le donnera après la liquidation, si les vendeurs et les hommes d’affaires n’ont pas empoché tout le produit de la vente ; en attendant, la mort aura fait son œuvre.
Parlant des petites congrégations, le sinistre rapporteur, après avoir constaté qu’elles ont toujours
vécu correctement sous les yeux de la loi, nous dit qu’elles accepteront sans doute en pleurant les ordres de la loi ; qu’elles regretteront leur couvent,… et qu’elles chercheront à vivre chacune où elle pourra.
13C’est du cynisme dans la barbarie. L’on croit voir le capitaine d’un navire, qui après avoir pris l’engagement de conduire des passagers à une destination déterminée, les débarquerait sur un rivage étranger, en leur disant qu’il n’avait eu qu’à se féliciter de leur conduite à bord, mais qu’il ne jugeait pas devoir les garder plus longtemps sur son vaisseau ; qu’il les débarque sur cette rive, et qu’ils chercheront à vivre comme ils pourront. C’est un navire que la vie religieuse. L’on y monte avec la résolution d’y faire la traversée de la vie d’ici-bas, et l’on prend ses dispositions en conséquence. Puisque les congréganistes, dont parle M. Buisson, ont toujours vécu correctement sous les yeux de la loi, l’État, par le fait même, avait promis de ne pas troubler ceux qui s’y embarquaient. Et soudain sans que rien de la part des passagers motive le retrait de la parole donnée, il défait le navire, jette les passagers sur la côte, en leur disant d’aller chercher à gagner leur vie là où ils le pourront. Beaucoup ne le pourront qu’en rompant des engagements qui étaient le pivot de leur existence ; par la nécessité des choses, ils devront demander à être déliés de leurs vœux. Pour le bon religieux, pour la bonne religieuse, être délié de ses vœux, être condamné à la vie du siècle, c’est jeter le poisson hors de l’eau ; c’est les condamner à vivre dans un nouvel élément, à rompre toutes leurs habitudes pour en contracter de nouvelles. Gagner sa vie chacun là où il le pourra ; mais à 60, 50, 40 ans, on n’entre pas dans une nouvelle carrière. Pour les uns la famille n’existe plus ; pour les autres, dans les dispositions prises, on avait compté que le religieux, la religieuse ne viendrait plus s’établir au foyer ; et si une place lui est libéralement faite, il est impossible de ne pas voir que l’on trouble des arrangements pris. Ce sont de nouvelles relations à établir ; la haine inquisitoriale des persécuteurs va jusqu’à incriminer des rotations conservées avec une supérieure, avec des compagnes, et à faire craindre d’être poursuivi comme rétablissant la congrégation dissoute. La conservation de la vie de communauté ! on estime heureux, heureuses, ceux et celles qui peuvent l’acheter par un bannissement volontaire. Ce n’est pas donné à toutes les congrégations, ni à tous les membres qui les composent.
L’on réduit un nécessaire pourtant si mesuré que d’après M. Buisson, s’en contenter, c’est presque pas ne pas vivre, et l’on suppute quelquefois avec angoisse, pour combien de temps l’on aura l’indispensable. C’est surtout l’état des communautés qui ne peuvent pas s’utiliser sur la terre étrangère. Que doivent penser les étrangers, en voyant la France, qui se fait une gloire d’être un pays de liberté, un pays d’hospitalité, la France qui durant tant de siècles fut appelée la nation très chrétienne, contraindre ses fils et ses filles à venir chercher sur leur sol la liberté de pratiquer l’Évangile dans sa perfection.
Attentats contre les personnes ! en dépit du silence que l’on s’efforce de faire sur les hôpitaux laïcisés, l’on sait que l’on y meurt faute de soins, par la négligence des nouveaux infirmiers, par suite de sévices inqualifiables. On en trouve de nombreux exemples dans le volume : La laïcisation des 14hôpitaux (ch. VI). Combien d’autres on pourrait y joindre, en se contentant de ceux que racontent les journaux. À Dijon c’est un jeune soldat atteint de dysenterie que les infirmiers étouffent en repliant sur lui ses draps souillés ; à Valence un vieillard qui, pour être rentré un peu en gaieté, est renfermé au cachot où le lendemain, on le trouve mort de froid.
Attentat contre les personnes ; ce sont des prêtres irréprochables, des frères contre lesquels on ourdit des accusations infâmes. La cour d’Assises montre l’inanité des inculpations ; mais en attendant on a chargé leurs mains de chaînes ; on leur a fait subir de longs mois de prison préventive, durant lesquels ils ont été torturés à la fois dans leur corps, et dans leur âme. Veut-on savoir ce que tous ont souffert, que l’on lise l’éloquente brochure du digne curé de Bretenoux : Mes quarante-cinq jours de prison.
C’est par milliers, vraisemblablement, qu’il faudrait compter dans l’ordre ecclésiastique et les prêtres et les évêques eux-mêmes dont on a arbitrairement supprimé le traitement. C’est par centaines que les prêtres bretons ont été privés de l’indemnité qui leur était due, pour n’avoir pas voulu enseigner leurs ouailles en Français, c’est-à-dire dans une langue qu’elles ignoraient.
L’édit de spoliation de l’Église de France va faire peser sur le clergé catholique tout entier le siège par la faim. Car il en sera de la modique et temporaire allocation qui lui est allouée, comme de celle qui était promise aux religieux et aux religieuses impotents. L’on ne manquera pas de prétextes pour ne pas la verser. On le devine déjà aux formalités humiliantes, dispendieuses, exigées par le règlement publié. En ordonnant pour le service du diocèse les nouveaux prêtres, les évêques et les prêtres eux-mêmes avaient un droit strict de compter sur le traitement convenable stipulé par le Concordat, en échange de l’aliénation des nombreux et riches bénéfices possédés par l’Église de France. Ce traitement que la Constituante avait fixé au minimum à 1.200 francs constituait de la part de l’État la plus juste des dettes. Par suite du refus de la payer, à des milliers de religieux et de religieuses exposés aux tourments du dénuement et de la faim, il faut ajouter de trente à quarante mille prêtres.
Qui donc a mis entre les mains de la secte infernale le pouvoir d’assiéger par la faim l’élite des Français et des Françaises, de bouleverser la situation légitimement acquise de plusieurs centaines de milliers de fils et de filles de la France des plus méritants ? Les électeurs du bloc maçonnique. Ce ne sera que justice si le collectivisme ou le socialisme triomphant fait un jour peser semblable tourment sur la France entière.
15Chapitre troisième Les électeurs du bloc maçonnique responsables des attentats contre la conscience
- Tyrannies hypocrites pesant par suite de leurs votes sur les consciences.
- Pratiquer sa religion, tare indélébile anéantissant chez un officier tout mérite.
- Les fiches.
- Comment se décide l’avancement dans l’armée.
- Oppression de la conscience des simples soldats.
- Oppression de la conscience des mourants dans les hôpitaux.
- Magistrats, gendarmes, fonctionnaires, militaires condamnés à exécuter des besognes qu’ils sentent iniques et honteuses.
- Embarras des directeurs des consciences.
- Archi-fausse notion de la loi.
Quel attentat plus criant que de mettre un honnête homme entre l’alternative de manquer au devoir le plus impérieux de sa conscience, ou de se voir retirer son pain et le pain de sa femme et de ses enfants ? C’est une tyrannie atroce, doublée d’une hypocrisie sans égale, que dans un pays où l’on proclame la liberté de conscience, où il est dit que personne ne peut être inquiété pour ses opinions religieuses, le crime qui ferme l’entrée dans la carrière, arrête net si l’on y est entré, amène la destitution immédiate si elle est possible sans trop d’esclandre, amène en tout cas d’incessantes vexations, soit de professer la religion catholique, la religion des ancêtres, la religion de l’immense majorité des Français.
Les électeurs du bloc maçonnique font peser ce joug sur des millions de leurs concitoyens. Il s’appesantit, de haut en bas de l’échelle, sur toute l’armée des fonctionnaires ; et indirectement sur tous ceux qui n’appartiennent pas à la secte ; car quel citoyen n’a pas à redouter d’être atteint par la main de notre gouvernement centralisateur ?
Qu’un officier possède toutes les qualités de son métier, qu’il soit également soigneux de la discipline et de la santé du soldat, qu’il ait l’art d’enlever ses troupes par un de ces mots dont les bons capitaines ont le secret, que dans les manœuvres il ait donné d’indubitables preuves que sur le champ de bataille on peut compter sur son courage, son sang-froid, son coup d’œil, que déjà il se soit signalé dans la terrible année de soixante-dix, au Tonkin, à Madagascar, en Algérie, une tare enlaidit et anéantit tous ses mérites : il est chrétien, il va à la messe, il a été élevé chez les jésuites, il met ses fils et ses filles dans des écoles libres, sa femme fait partie d’une association catholique qui a pour but d’assister les pauvres à domicile, de confectionner des ornements pour les églises pauvres ; que pareil officier perde toute espérance d’avancement. Ses chefs hiérarchiques ont beau l’inscrire des premiers au tableau, ce ne sont pas les chefs hiérarchiques qui décident de l’avancement ; c’est un subalterne qui veut arriver en faisant parmi ses camarades l’odieux métier de délateur ; il s’introduira 16au sein de la famille, et y sera reçu en ami, et au sortir il transmettra au ministère, par l’intermédiaire d’un Vadecard, la note qui clouera irrémissiblement cet ami au grade qu’il occupe, lui vaudra d’être relégué à Gap ou à Menton, et s’il est possible, loin de toute église, où il puisse accomplir ses devoirs religieux.
On a vu le bottier du régiment mettre en échec jusqu’au général commandant. Si le régiment n’offre pas de ces sycophantes, on en trouvera dans la magistrature, mais surtout parmi les professeurs de l’enseignement officiel. Tout vénérable des loges, un tapissier, un marchand de vin, est apte à fournir de ces notes de classement des officiers de l’armée française.
L’univers sait à ne pas en douter, que c’est à cet avilissement qu’est condamnée l’armée française. Il lit les milliers de fiches qu’a publiées et publie encore chaque jour le courageux M. Guyot de Villeneuve. Elles feront partie de l’histoire. Qu’on en parcoure les pages. Parmi tant de basses tyrannies qu’elle fait connaître, l’on n’en trouvera pas une pareille en étendue, en ignominie. Ce n’est pas la conscience de l’officier seulement qui sent s’appesantir sur elle d’une manière invisible, cette main de fer ; ce sont tous les siens qui ont à craindre de compromettre l’avenir du chef de la famille, avenir qui parfois est presque l’unique ressource de chacun de ses membres.
Il faut moins d’appareil pour opprimer la conscience du simple soldat. Non seulement plus d’aumônier militaire, mais fermeture de ces cercles catholiques où le soldat trouvait d’honnêtes récréations, de joyeux et francs camarades, où un prêtre, un émule de Monseigneur Lanusse, donnait au besoin à la vieille mère qui pleurait au foyer, des nouvelles de l’absent, parlait de la famille, de tout ce qu’on aime au village. Va, va, pauvre troupier, perdre ton argent, tes mœurs, ta santé dans quelque bouge infect ; va, va, à une réunion où préside la maçonnerie, car, écrivait l’agent de change devenu ministre de la guerre, là tu trouveras des leçons de tolérance. N’est-ce pas le sublime de la cafardise ?
Le successeur, l’algérien M. Étienne a poussé plus loin le cynisme. Défense au prêtre de paraître à l’hôpital militaire, devenu par l’expulsion des sœurs, un hall ignominieux, s’il n’est pas appelé par le malheureux soldat, auquel un accident soudain aura fait peut-être perdre connaissance. Sil meurt sans avoir demandé le prêtre, que ce baptisé, ce racheté du sang d’un Dieu, soit porté à la fosse civilement, c’est-à-dire comme s’il n’avait jamais attendu d’autre destinée que celle de la bête.
Pour avoir été rapportée, pareille disposition n’en indique pas moins quelle tyrannie la secte peut faire peser sur toutes les consciences, ce qu’elle fera certainement quand elle aura plus amorti le cri de l’opinion. Qui donc permet à Satan d’enfoncer ainsi ses griffes brûlantes au plus intime de la conscience pour en arrêter les battements ? Ceux qui par leurs bulletins de vote ont porté au pouvoir ses fils aînés, le bloc maçonnique.
La publication des fiches a rendu indéniable, a buriné pour l’histoire 17une tyrannie que tout le monde sentait, mais que les auteurs niaient avec l’impudence sans égale qui les caractérise. L’oppression des consciences, plus encore que sur l’armée, s’appesantit, lourde, inexorable, sur tout ce qui émarge au budget de l’État.
Inutile de parler des maîtres et des maîtresses d’école. Nous aurons à dire qu’ils forment le gros de l’armée recrutée par la maçonnerie contre Dieu ; Dieu qu’elle voudrait, disent les Papes, renverser de son trône. Ne pouvant pas l’atteindre dans les hauteurs des Cieux, elle a juré de l’exterminer de la terre, et de tous les cœurs. C’est sur les maîtres et les maîtresses d’école qu’elle fonde sa meilleure espérance. Tous ne sont pas encore gagnés. Plusieurs n’ont pas subi le laminoir des nouvelles écoles normales. De nombreuses maîtresses ont été élevées par des congréganistes ; il en est qui furent congréganistes. Elles pourraient dire les recommandations qui leur sont faites. N’est-ce pas de s’éloigner totalement de l’Église, ou de se contenter du plus strict indispensable des pratiques catholiques ? Des déplacements onéreux, la relégation aux postes les plus obscurs, la révocation, sont réservés à ceux et à celles qui voudraient se livrer aux pratiques par lesquelles s’alimente la piété.
Que l’on compte les nombreuses armées de fonctionnaires, dont on s’applique à multiplier les soldats, magistrature, enregistrement, contributions indirectes, police publique et secrète, gendarmes, gardes-champêtres, cantonniers, facteurs ; qu’on en interroge les membres qui ont conservé la foi, et voudraient vivre en chrétiens ; ils sont nombreux. Ils diront tous : remplir avec toute la fidélité possible nos devoirs vis-à-vis du public, être irréprochables dans les devoirs attachés à la fonction, c’est peu. Tous nos services ne comptent plus, si nous voulons ouvertement paraître catholiques. Des sycophantes ont les yeux ouverts sur nous pour savoir si le dimanche matin, nous ne nous glisserions pas dans une Église pour remplir notre premier devoir de catholiques. Ils ont les yeux ouverts, pour savoir à quelle école nous envoyons nos enfants. C’est un crime si nos filles, nos femmes, font partie de quelque association pieuse. Par des avis secrets, il nous est signifié que tout cela déplaît en haut lieu ; quand cela est possible, sans trop d’éclat, la destitution soudaine d’un camarade nous avertit de ce qui nous attend, si nous sommes fidèles aux prescriptions de notre conscience de chrétien.
Qui met ainsi dans un étau, par centaines de mille, les consciences catholiques ? Quelle est l’origine d’une torture à ce point infernale ? les votes des électeurs du bloc maçonnique.
Qu’ils contemplent dans les hôpitaux ces malheureux Baptisés, en proie à la douleur, déjà saisis par les affres de la mort. Non seulement on leur a enlevé la vue du Christ mourant, de la Mère des douleurs, qui verseraient le baume de la consolation et de l’espérance sur leurs cœurs ulcérés ; on a fait venir de l’étranger des Huguenotes parfois fanatiques, pour les installer à leur chevet ; on a recruté des filles de mauvaise vie, pour que leurs propos, leurs actes raniment dans ces corps qui s’éteignent, les feux de la luxure, et qu’ils exhalent leur dernier soupir 18entre les mains de l’hérésie et du libertinage. Malheur, malheur à quiconque, même d’une manière éloignée, a contribué à installer visiblement Satan, auprès du lit des mourants. Et pourtant il est quelques chose de pire encore, c’est de forcer des catholiques à tourner leurs mains contre des frères, des sœurs qu’ils estiment et vénèrent, à dépouiller le Dieu qu’ils adorent.
Magistrats catholiques, ordonnez l’expulsion de ces religieuses que vous vénérez, nommez l’agent spoliateur qui veillera à la vente de leurs biens. Vous connaissez leur crime ; elles ont voué d’observer à la perfection cette religion chrétienne qui est la vôtre. Peut-être qu’elles ont élevé votre mère, votre femme et jusqu’à vos filles. Peut-être que vous comptez une tante, une sœur dans leurs rangs. N’importe, obéissez, commandez, et si des indices établissent que le lien de subordination, de vie en commun, persévère, malgré une dispersion apparente, sévissez, infligez amende, prison.
Honnêtes gendarmes, hommes de la police, vous avez cru en vous vouant à votre pénible carrière, n’avoir qu’à protéger la société contre les voleurs et les malfaiteurs, n’avoir qu’à forcer les repaires où ils se cachent ; détrompez-vous. Vous mettrez la main sur ces dignes frères de Ploërmel, de Saint-Jean-Baptiste-de-la-Salle, qui vous enseignèrent, avec ce que vous savez de lettres humaines, ce qui est meilleur, à être honnêtes, chrétiens. Forcez les maisons où ils se proposaient de mourir sous l’égide de la loi et du droit. Vous pensiez n’avoir à mettre la main que sur des filles de mauvaise vie ; vous la poserez sur ces saintes filles que vous saluiez avec respect. Sur l’ordre qui vous en sera donné, vous passerez les menottes à ces prêtres vénérables dont vous attendiez, dont vous attendez encore — ils ne vous la refuseront pas — une suprême bénédiction, un dernier pardon à votre dernière heure.
Honorables fils de famille, vous êtes entrés dans la carrière des finances. Vous avez pensé qu’en travaillant légalement et avec intégrité, à faire rentrer dans le trésor public, les redevances décrétées par les législateurs, vous pourriez couler une vie paisible, à l’abri d’indignes et pénibles tracasseries. Détrompez-vous, vous serez chargés, pour que rien n’échappe à la spoliation, d’inventorier les richesses de ces églises que vous fréquentiez, de peser ces vases saints où, d’une manière non sanglante, se renouvelle le sacrifice rédempteur auquel vous croyez ; estimez la valeur du ciboire contenant l’hostie sainte que vous recevez souvent. Allez, allez, traversez les foules exaspérées, et pour forcer les portes justement verrouillées, barricadées contre les voleurs et les pillards, requérez jusqu’à l’armée.
L’armée, on avait cru qu’elle était digne de tout honneur, parce qu’elle forme un rempart vivant contre l’ennemi du dehors, qu’elle était prête à laver dans son sang les outrages faits au pays. On pensait que si, comme par le passé, des hordes barbares, Musulmans, Normands, Tartares, venaient à déborder des frontières, pillant détruisant églises, monastères, 19rançonnant les paisibles citoyens, l’armée était faite pour les repousser. Des hordes d’une barbarie plus cruelle, parce qu’elle est plus raffinée, que toutes celles qui viennent d’être rappelées, sont nées sur le sol lui-même. Mahométans, Normands, Tartares, auraient fait ouvertement, moins radicalement, ce que les hordes maçonniques opèrent astucieusement ; astuce si bien ourdie que les magistrats même catholiques, les corps constitués pour la sûreté publique, et jusqu’à l’armée, sont appelés à les seconder, et à exécuter les déprédations qu’elles ordonnent ; astuce vraiment diabolique, il n’y a pas jusqu’aux guides des consciences qui ne soient enlacés dans les subtilités de leur dialectique Luciférienne.
Que faire, disent quelques-uns de ces guides ? C’est la loi. Voulez-vous condamner tant de milliers de magistrats, d’officiers, de fonctionnaires de tout degré, à briser leur avenir ? Voulez-vous livrer toutes les carrières à l’ennemi, au franc-maçon ? La loi ! on donnerait donc le nom de loi à ce ramassis de dispositions iniques, si hautement flétries par le Vicaire de Jésus-Christ ? Le loi humaine, pour mériter ce nom, doit être avant tout conforme à la loi que le créateur a inscrite au fond des cœurs, au décalogue, à la loi que le Fils de Dieu est venu donner au monde. De combien de manière, Léon XIII, dans ses immortelles encycliques, a rappelé cet enseignement traditionnel :
Les lois de la République, — dit-il, — sont-elles manifestement en opposition avec le droit divin… contraires aux devoirs qu’impose la religion… leur résister est un devoir, leur obéir un crime… C’est bien à tort, très injustement, que dans ce cas, l’on taxerait la résistance de sédition. L’on ne refuse pas, en effet, au prince et aux législateurs l’obéissance qui leur est due ; l’on ne s’écarte de leur volonté que dans les commandements qu’ils n’ont nullement le droit d’intimer. Portés contre l’honneur dû à Dieu, ces commandements sont par le fait même dénués de Justice, et sont toute autre chose que des lois4.
Électeurs du bloc maçonnique, par vos suffrages, la notion du droit et du devoir, est, à ce point obscurcie et bouleversée, que ceux qui ont mission de la définir et de l’appliquer, hésitent sur les points qui paraissaient les plus incontestables. Ne vous étonnez pas si dans vos vieux jours, votre fils revêtu de l’uniforme de soldat, ou de gendarme, vient sans remords briser la porte de votre maison. On lui a enseigné qu’il pouvait en sûreté de conscience briser la porte de la maison de son Dieu. Il n’est pas jusqu’à des catholiques de marque, jusqu’à des prêtres, qui n’aient hésité à approuver l’héroïsme des commandants Dublay, Héry, des capitaines de Langavant, Spirale, préférant la prison et l’expulsion de l’armée à cette sacrilège besogne.
20Chapitre quatrième Les électeurs du bloc maçonnique cause de la destruction de la famille
- La grande réforme sociale de Jésus-Christ, le mariage chrétien.
- La plus bienfaisante et la plus dévastatrice des passions contenue par le mariage chrétien, déchaînée par le divorce.
- Plus de sécurité ni d’abandon dans l’affection conjugale.
- La rupture de la digue de l’indissolubilité s’élargissant.
- Mœurs païennes.
- Union libre.
- C’est l’œuvre des électeurs du bloc.
Les États sont ce que sont les familles, qui les composent, et les familles ce que les fait la fidélité aux lois du mariage chrétien. Jésus-Christ fit son premier miracle aux noces de Cana. Il disait par là que le grand miracle de l’ordre moral qu’il opérerait dans le monde serait la réforme du mariage ; il allait le rendre à son institution primitive : un seul avec une seule et pour la vie ; il allait lui donner une dignité plus haute en en faisant un sacrement. Il ne fallait rien moins pour contenir dans ses justes limites la plus furieuse, la plus indomptable des passions. Justement contenue, elle est comme le feu, éminemment bienfaisante ; elle est le véhicule de la vie. Hors de son foyer, c’est aussi le feu, c’est-à dire, le plus destructeur des éléments. Elle est tout mal, puisque tous les vices, meurtres, poisons, vols, calomnies, parjures, sont à son service, et lui font cortège. Rien ne l’arrête. Elle ensanglante les palais et les chaumières. L’opinion ne s’y trompe pas. Quand un forfait vient à l’épouvanter, elle dit aussitôt : où est la femme ? C’est que si la femme n’est pas la cause, elle est toujours l’occasion du crime. À cause de la femme, la terre a bu des fleuves de sang, mêlés de fange.
Par leurs votes, les électeurs du bloc ont permis à la secte de briser tous les freins de la passion. Par eux le minotaure est déchaîné. Il n’épargne rien ; le monstre est insatiable. Que l’on ne parle pas du signe d’honneur, qui, par le sacrement, marque les générations futures même avant leur venue à l’existence, de la grâce qui fond deux cœurs en un seul, amortit les chocs qui tendraient à les disjoindre, fait un nouveau ciment de leurs joies et de leurs douleurs ; le mariage n’est qu’une convention vulgaire. Fondée sur la passion et l’intérêt, elle sera rompue quand la passion tombera, lorsque l’intérêt n’existera plus. L’homme vient à la vie comme les animaux, sous la poussée de l’instinct, avec cette différence que l’homme connaît, pour frustrer l’instinct de ses fins, des artifices ignorés de la bête, que chez l’homme il se porte à des excès meurtriers dont la bête est incapable.
21Avec le divorce, plus de sécurité et d’abandon dans une affection, que l’on peut toujours redouter de voir changée en une cruelle inimitié. Les contrariétés inévitables que l’indissolubilité du lien fait promptement oublier, s’enveniment, s’aigrissent, par la perspective d’une rupture possible, facile. Les impressions volages, que l’indissolubilité fait refouler, sont caressées, deviennent fougueuse passion, lorsqu’on entrevoit la possibilité de s’y abandonner sous la protection de la loi. Pourquoi m’enchaîner plus longtemps, dit le mari voluptueux, à celle dont les charmes sont flétris, alors que tant d’autres me sollicitent ? Je saurai bien la forcer à consentir à la rupture, en l’abreuvant d’outrages, en lui rendant le toit conjugal inhabitable — c’est trop de contrainte, se dit la femme libertine. Pourquoi des parents trop empressés m’ont-ils livrée à un mari maussade, incapable de me comprendre ? Je saurai bien, ne fut-ce que par les prodigalités d’un luxe ruineux, s’il le faut par la honte, l’amener à me donner à celui dont les amabilités m’enchantent, dont le cœur me comprend, qui réalisera l’idéal auquel l’intelligence du premier ne peut pas même s’élever. Pourquoi ne pas vivre le roman dont les pages brûlantes m’enivrent ? Pourquoi n’être pas la Lélia à laquelle l’on dresse des statues ? Plus de retenue. La passion devient effrénée par les exemples qui se multiplient, par l’opinion qui se fait de jour en jour plus indulgente. Le mal devient contagieux à mesure que se multiplient les familles disjointes. La gangrène gagne le corps social de plus en plus.
Ainsi se vérifie ce qu’avait annoncé Léon XIII dans sa belle encyclique sur le mariage chrétien, Arcanum divinæ, en date du 10 février 1880. Les législateurs eux-mêmes sont forcés d’élargir une première rupture faite à la digue de l’indissolubilité. On le voit bien en France. On est revenu sur la loi du divorce introduite une première fois par le Juif Naquet. Ce n’est pas pour le rendre plus difficile ; c’est au contraire pour le rendre plus facile à mesure qu’il se multiplie.
Ne parle-t-on pas d’un projet qui irait jusqu’à supprimer les formalités du mariage civil, si exalté durant un siècle ? L’on romprait un premier mariage, l’on en contracterait un nouveau, par un mutuel consentement, tout comme l’on peut, par le même moyen, rompre le bail d’une maison de louage, et en conclure un autre. C’est ramener les infamies de la décadence romaine. Les matrones — les seules auxquelles les païens accordaient les honneurs et les bénéfices du mariage ; pour les autres c’étaient les accouplements de la bête dont les produits sont la chose du maître — les matrones romaines, avec la loi du divorce, en vinrent, dit un poète, à compter leurs années par le nombre de leurs maris. C’est l’union libre, réclamée par les hennissements d’un grand nombre de mâles et de femelles du monde des gens de lettres.
Qui donc a donné à de soi-disants législateurs, le pouvoir de souiller à ce point les pages du code Français ? d’ouvrir la porte du foyer de famille à tout ce qui en est l’opprobre, la désolation, la ruine ? Les électeurs du bloc maçonnique. Grâce à leurs bulletins, la maçonnerie peut espérer de faire de la France le vaste parc d’un immense troupeau de bétail, dont aucune 22tête ne pourra bouger sans elle, qu’elle exploitera pour son profit et ses jouissances, en la régissant comme on régit les bêtes, par la force, et la part faite aux appétits. Aucun moyen plus efficace que la dissolution de la famille, et l’empoisonnement du jeune âge qui en est la suite.
Chapitre cinquième Les électeurs du bloc maçonnique responsables de l’empoisonnement du jeune âge
- La confiscation rétablie, grâce aux électeurs du bloc.
- I.
- Grandeur, difficulté de l’éducation des enfants.
- Cette éducation rendue impossible par le divorce.
- II.
- Écraser le chrétien dans l’œuf, pensée maîtresse de la Franc-maçonnerie.
- Raison de la formule instruction gratuite, laïque, obligatoire.
- L’école gratuite beaucoup plus coûteuse.
- Aveu cynique.
- École laïque, école neutre, école ennemie de Dieu, école d’aveuglement, d’étouffement de tous les bons instincts du cœur ; école de la pire des barbaries.
- École obligatoire afin que personne n’échappe à l’écrasement.
- III.
- Incroyable tyrannie d’exclure les parents du choix des maîtres.
- L’enseignement dit de l’État est en réalité un enseignement contre l’État.
- Impopularité de l’enseignement dit de l’État.
- Enseignement d’État, c’est-à-dire de la maçonnerie.
- Dérision bouffonne de vouloir établir l’unité des esprits par l’enseignement d’État.
- Impossibilité de l’école neutre.
- La pire des pestes, des maîtres et des maîtresses sans Dieu.
La loi du divorce porte déjà un coup mortel à la première fin du mariage, qui est de donner à la terre des générations qui l’honorent par leurs vertus, se rendent utiles à la société d’ici-bas par leurs services, et préparent à la société éternelle des enfants de Dieu, des concitoyens dignes d’y prendre rang. Œuvre grande entre toutes, œuvre difficile, elle réclame l’accord constant, l’union indissoluble des deux êtres qui s’unirent pour appeler de nouveaux êtres à la vie. La progéniture de l’animal ne réclame que durant quelques semaines ou quelques mois, les soins de ceux qui la procréèrent ; l’instinct suffit pour lui dicter les lois de son espèce. Combien il en est autrement de la créature humaine !
I
C’est durant douze ou quinze ans que l’enfant est incapable de suffire humainement à ses besoins matériels. C’est aux parents qu’en revient la charge. Combien plus longue est la formation de son intelligence et de son cœur ! Avec quelle assiduité, quelle délicatesse, quelle variété dans le coup de main, il faut toucher les cordes de cette lyre qui est le cœur de l’homme, pour qu’elle vibre conformément au vrai et au bon qui sont ses lois ! La vie presque entière du père et de la mère doivent s’y consumer. Quand l’œuvre est faite, lorsqu’ils ont mis ces autres eux-mêmes en état de les continuer en tout honneur, ils regardent la tâche de leur vie comme accomplie, et s’ils sont heureux de jouir du fruit de tant de sollicitudes, ils se dépouillent spontanément, partiellement du moins, s’effacent, et pareils à l’ouvrier qui a fait la journée, jouissent du repos du soir, envisageant sans inquiétude l’heure de l’éternelle disparition. Ils seront continués, même lorsqu’ils ne seront plus.
Le divorce rompt complètement cette économie. Les fils de divorcés, surtout si ces divorcés ont noué de nouvelles alliances, sont bien plus à plaindre que des orphelins. La vue de l’orphelin n’inspire que la pitié. Le déshonneur des parents rejaillit toujours à quelque degré sur les fils. C’est un sentiment universel. Les fils de divorcés ne peuvent rappeler, penser, que la rougeur au front, à ceux auxquels ils doivent le jour. Après avoir 23été unis de manière à mêler leur sang pour se trouver à jamais confondus dans d’autres eux-mêmes, les divorcés sont aujourd’hui plus qu’indifférents, ils sont ennemis.
Que doit-il se passer dans le cœur des fils qui voient à côté de leur père la rivale insolente et triomphante de leur mère, soutirant les affections paternelles qui, par leur mère, devaient naturellement retomber sur eux ? Que doivent-ils ressentir lorsqu’ils ne peuvent penser à leur mère, l’aborder sans se mettre sous la domination du rival, de l’ennemi de leur père ? L’un et l’autre n’ont ils pas perdu tout droit à leur respect, en les mettant dans la dure nécessité de ne pouvoir le leur témoigner que par une sorte de blessure à l’un des deux ? De quel front voudraient-ils réprimer les passions de l’enfant, de l’adolescent, du jeune homme, alors qu’ils sont la preuve toujours vivante que pour eux-mêmes la passion a brisé toute barrière ? Quelle autorité peuvent-ils avoir pour les former à la vertu et au devoir ? S’ils en ont quelque souci, la honte ne doit-elle pas leur faire sentir leur impuissance ?
Par le divorce, la maçonnerie a porté un coup mortel à l’éducation des enfants. Mais, grâce à Dieu, malgré les ravages du fléau, il n’atteint que la minorité des familles françaises. Or, la maçonnerie entend mettre sa main assassine sur l’enfant et la jeunesse tout entière. Ce fut toujours le premier de ses objectifs ; ce qu’elle a poursuivi avant tout.
II
Il rendait la pensée maîtresse de la secte, le coryphée de la Haute-Vente5 qui dans le code d’universelle corruption adopté et appliqué, écrivait :
Écrasez l’ennemi quel qu’il soit… mais surtout écrasez-le dans l’œuf. C’est à la jeunesse qu’il faut aller, elle que nous devons entraîner sans qu’elle s’en doute, sous le drapeau des sociétés secrètes.
Écraser l’ennemi dans l’œuf, c’est-à-dire le Chrétien à la première aube de la raison, le plan est appliqué à la perfection, puisque la secte étend son bras meurtrier jusques sur les écoles enfantines et maternelles, et enlève jusqu’aux orphelins et orphelines aux maîtres et aux maîtresses qui leur apprendraient qu’ils ont un Père aux Cieux.
Afin d’écraser le chrétien dans l’œuf, a été inventée la formule menteuse : Instruction gratuite, laïque, obligatoire, école neutre.
Instruction gratuite : L’Église la donnait ; M. Buisson le constate, quand dans son rapport contre les congrégations, il écrit :
Écoles, asiles, hospices donnent la préférence aux Congrégations, parce qu’elles fournissent des ouvriers et des ouvrières qui ne coûtent presque rien ; et pour qu’en effet ils ne coûtent presque rien, il faut qu’ils ne vivent presque pas, et renoncent à leur part d’humanité.
Ces ouvriers, ces ouvrières étaient contents. M. Buisson nous les a peints quittant en pleurant leurs maisons, tournant vers elles des yeux baignés de larmes. Pour distribuer au peuple l’instruction gratuite, remplacer ces maîtres et ces maîtresses qui ne coûtaient presque rien, il faut grever le budget de plusieurs centaines de millions. Que l’on nous excuse de reproduire encore ce passage du rapport :
Quand même l’on démontrerait 24que l’État — (c’est-à-dire les électeurs), — perdrait beaucoup d’argent à ne pas vouloir tirer parti, soit de la simplicité des personnes qui se privent de tout pour gagner le Ciel, soit de l’excès d’abnégation de celles qui s’imaginent ne pouvoir servir leurs semblables qu’en se condamnant au monachisme — (lisez : au célibat), — nous n’hésiterions pas. Il n’est pas permis à la République, même pour faire à meilleur marché des écoles et des hospices, de continuer à spéculer ni sur ce qu’il y a de meilleur, ni sur ce qu’il y a de pire dans la nature humaine.
Électeurs du bloc maçonnique, c’est pour écraser le chrétien dans l’œuf, que l’on se moque à ce point de vous. L’on appelle instruction gratuite, celle qui de l’aveu même de ceux qui vous la promettaient, surcharge le budget d’un surplus de cent millions, pour ne pas dire davantage. C’est ne vivre presque pas, c’est se retrancher de l’humanité que de se réduire à une vie frugale, suffisante pour conserver une santé que l’on veut consacrer à la formation du jeune âge ; rien de pire que de renoncer à fonder une famille, de rester chaste devant Dieu et les hommes, afin de mieux seconder le vœu le plus ardent des familles, le premier besoin de la société, donner à l’enfance et à la jeunesse, avec les connaissances utiles, des habitudes d’ordre et de vertu.
Ces bestialités tombent, je le répète, de la bouche de celui qui parmi vos élus représente le mieux les idées qu’on s’y forme de l’éducation de la jeunesse, de celui qui durant de longues années a été le directeur supérieur de l’enseignement primaire. Avec un idéal si bestial de la vie, on ne peut s’en faire qu’un semblable de l’enseignement.
C’est bien en effet, ce qui se cache sous cette appellation, hypocritement équivoque d’enseignement laïque, d’école laïque. Comme si l’Église n’avait pas toujours admis comme maîtres, des laïques dans les écoles, comme si, au lieu d’être ses fils, les laïques étaient ses ennemis ! École ennemie de l’Église et de Dieu, c’est le sens vrai attaché par la secte au mot : école laïque, qu’elle appelle encore école neutre.
Dieu, un être neutre dont on ne parle pas dans l’enseignement, alors que son nom resplendit dans l’ensemble de cet univers, dont les parties sont si harmonieusement reliées entre elles ; alors que son nom est inscrit sur chacune de ces parties, depuis l’atome et le moucheron jusqu’au soleil et à l’éléphant ! neutre celui qui est plus nécessaire à la direction de la vie morale que la lumière à la direction de notre marche sur la terre ! École neutre, école sans Dieu, école d’enténébrement, où l’on crève les yeux, non pas du corps, mais de l’intelligence, pour qu’elle ne voie pas son soleil. École neutre, école sans Dieu, école d’étouffement des meilleurs germes de l’âme et du cœur, restés inertes, impuissants à éclore sous la libre expansion de tous les penchants égoïstes !
Quelle autre floraison, quelle autre expansion peut produire la morale laïque, ou sans Dieu ! Quel vague dans ses prescriptions flottantes, indéterminées ! quelle radicale impuissance dans la sanction qui devrait en assurer l’observation pratique ! Impasse ténébreuse et sans issue, nuit sans flambeau, c’est la vie pour qui ignore de quelle source elle lui vient, pourquoi elle lui a été donnée, à quoi elle le conduit, dans quelle voie, il doit la diriger.
25C’est dès le premier éveil de la raison que l’enfant a besoin de connaître la réponse à ces questions ; c’est à la chaleur de la lumière qui s’en dégage qu’il doit former ses habitudes naissantes. L’en frustrer, c’est l’abandonner en proie à toutes les perversités des bas fonds de notre nature. L’enseignement sans Dieu ne fera que les raffiner, les rendre plus insatiables, plus dévorantes. Avec l’enseignement sans Dieu, on forme des hommes plus cupides, plus orgueilleux, plus altérés de voluptés, plus fourbes, plus susceptibles de toutes les ingratitudes, de toutes les perfidies, de toutes les bassesses, de toutes les barbaries, plus incapables de toutes les affections honnêtes, plus dénués de toute conscience. C’est la barbarie, la sauvagerie lettrée, la pire de toutes ; parce qu’elle a pour se satisfaire des moyens inconnus de la barbarie, de la sauvagerie inculte des forêts. Ce sont tous les mauvais instincts des bêtes, servis par une intelligence aiguisée, armée, pour en contenter tous les appétits.
Pour que personne n’échappe à ce total écrasement dans l’œuf, la maçonnerie a décrété l’instruction obligatoire. Longtemps avant elle, l’Église avait voulu que ses enfants, même les plus déshérités, sussent lire et écrire. Que d’écoles elle a créées, que d’institutions pour leur fournir des maîtres, quels encouragements, à tous ceux qui avaient à cœur l’instruction populaire ! vulgariser l’instruction n’est pas le motif réel qui a fait décréter par la Maçonnerie l’instruction obligatoire. La Maçonnerie est fille d’Arouet qui parsème sa correspondance intime d’assertions telles que celles-ci :
Il faut qu’il y ait des gueux ignorants ; il n’est pas à propos que le peuple soit instruit ; il n’en est pas digne ; ce qu’il faut, c’est que l’on baisse les yeux devant la philosophie, — (c’est à dire devant la secte).
La secte ne pense pas autrement aujourd’hui. Elle se met fort peu en peine de pousser à l’école les enfants vagabonds, semence d’apaches, chez qui elle voit que l’insouciance ou la misère des parents produit le résultat qu’elle cherche ; écraser l’ennemi (le chrétien) dans l’œuf. Que le noir Dequaire ait, oui ou non, prononcé la phrase qui lui a été attribuée :
Il faut que les parents chrétiens nous envoient leurs enfants pour que nous en fassions des libres-penseurs,
elle exprime le sens vrai de l’instruction obligatoire. C’est pour écraser le chrétien dans l’œuf que les congréganistes ont été par la plus criante des injustices bannis de l’enseignement, c’est pour que personne ne puisse échapper à ce satanique écrasement que l’on s’apprête à supprimer ce qui reste de l’enseignement libre.
Tyrannie monstrueuse, le genre humain n’en subit jamais de pareille.
III
Quel cri, si sous la très fausse prétention qu’il est l’État, le ministre de l’agriculture s’avisait de nommer les pâtres qui doivent conduire les troupeaux des propriétaires, les valets qui doivent labourer leurs champs ? Est-ce que les négociants supporteraient que le ministre du commerce 26leur imposât les commis qui doivent faire valoir les intérêts de leur négoce ? et l’on souffre que ce soit le ministre, entre les mains duquel les vicissitudes de la politique auront fait tomber le portefeuille de l’instruction publique, qui nomme tous les maîtres, et toutes les maîtresses de l’enfance et de la jeunesse ! ! ! Arrière les parents ; qu’ils amènent ce qu’ils ont de plus cher, ce qui est la vie de leur vie, leurs fils et leurs filles, à ces inconnus, à ces inconnues, dont ils ignorent les antécédents, l’esprit, les mœurs, ou plutôt qui ne leur sont que trop légitimement suspects ; qu’ils leur donnent à façonner cette cire molle qui est l’âme de leurs enfants, qu’ils les laissent leur donner l’enseignement sans Dieu, c’est à-dire ainsi qu’il vient d’être dit, leur crever les yeux de l’intelligence, leur empoisonner le cœur.
Un enseignement dans lequel les parents n’ont rien à voir, cela s’appelle l’enseignement d’État : et de quoi se compose ici l’État ? Dans la réalité, de deux personnages seulement, du ministre de l’instruction publique et du maître, de la maîtresse, qui arrivent soudainement munis de son estampille.
Le ministre ! parfois la veille du jour où une nouvelle combinaison ministérielle le hissa à cette hauteur, il n’aurait pas pu, faute des grades et des diplômes exigés, ouvrir une école supérieure, et le voilà soudain devenu le potentat duquel relève tout l’enseignement en France, les écoles de tout degré !
Le maître, c’est ce Normalien, plein de lui-même, qui après trois ans d’études, se croit en possession de l’océan des sciences humaines, parce que du bord on lui en apprit les noms ; le maître c’est un juif, nourri dans la haine du christianisme, qui enseignera comment le christianisme s’est propagé dans le monde, un Huguenot qui apprendra aux catholiques l’histoire des guerres de religion ! Un impie sera chargé d’expliquer la conversion et le Baptême de Clovis, d’exposer l’histoire de Charlemagne, des Croisades, de Saint Louis, de Jeanne d’Arc ; un Kantiste, un Panthéiste, sera professeur de philosophie !
Parents, amenez vos fils, auprès de ces chaires de pestilence ; mères, vous confierez vos filles à la pédante délurée et libre-penseuse qui relève de l’école de Sèvres. Cela s’appelle l’enseignement d’État. L’État, ce ne sont pas avant tout les pères et les mères ; ce sont les personnages qui viennent d’être indiqués ! Ce sont pourtant les pères, qui en qualité d’électeurs, ont confié au bloc tout son pouvoir. Les lois sont censées l’expression de la volonté de la majorité des citoyens.
Lorsqu’il a été question d’interdire l’enseignement aux congréganistes, on s’est avisé de consulter les conseils municipaux. Ils n’avaient pas été élus pour répondre à cette question ; si l’on avait voulu être sincère, il aurait fallu consulter les pères et les mères de famille ; instituer le Referendum. On a pensé que les municipalités, en majorité républicaines, donneraient la réponse souhaitée : aux deux tiers elles se sont prononcées pour le maintien des Congrégations enseignantes ; vœu non avenu, le bloc en a fait litière. Est ce assez dérisoirement bouffon ?
L’on a prétendu que l’enseignement congréganiste était contraire à l’esprit moderne. Et le grief véritable contre cet enseignement, 27ce sont précisément ses succès. Les détenteurs du pouvoir avaient beau appuyer leurs écoles et leurs lycées de toutes les ressources de l’État ; y multiplier les bourses, puiser dans le trésor public pour élever de somptueux édifices ; exiger diplômes sur diplômes, créer entraves sur entraves, qui pesaient surtout sur l’enseignement congréganiste. L’enseignement libre dans cette lutte à armes si inégales prospérait. Pour cet enseignement que l’on prétend contraire à l’esprit moderne, la France ne reculait devant aucun sacrifice spontané. Les détenteurs du pouvoir prennent de force dans la bourse des contribuables quelques deux ou trois cents millions pour soutenir l’enseignement césarien, resté suspect ou odieux après un siècle d’existence oppressive.
Librement la France soldait un second impôt pour donner à ses fils et à ses filles l’enseignement de son choix. Ils n’ont donc pas l’esprit moderne. Ils ne font pas partie de l’État, ces millions de pères et de mères de famille, qui libres de choisir entre l’enseignement officiel et l’enseignement congréganiste, optaient pour ce dernier.
Où est donc l’État, où est l’esprit moderne ? Dans les antres maçonniques. L’esprit moderne c’est l’esprit de délation, l’esprit de mensonge et d’hypocrisie qui fait donner aux mots une signification toute contraire à celle qu’ils expriment ; appelle l’esclavage liberté ; égalité tout pour nous, rien pour les autres ; fraternité, partout la méfiance la plus justifiée, la haine, la division. Dérision bouffonne !
Ils prétendent établir l’unité d’esprit par l’unité d’enseignement, et ils donnent à la jeunesse des maîtres incapables de s’entendre sur deux vérités fondamentales, des maîtres qui ne sont d’accord que pour haïr la source de l’unité dans la vérité et la justice, l’immuable doctrine catholique, sur laquelle la France fut assise durant quinze siècles, sans laquelle elle périra indubitablement ! Dérision hypocrite et bouffonne, chimère impossible que leur enseignement neutre ; neutre l’architecte qui veut bâtir sans tenir compte des fondements ; en fait, cette expression cafarde, comme la langue entière et les procédés de la secte ténébreuse, signifie guerre à Dieu, guerre à son Christ, guerre à l’Église.
Comment pourrait elle être mieux déclarée qu’en arrachant avec mépris le crucifix des écoles, en pourchassant le catéchisme avec un acharnement que l’on est loin de manifester contre le roman immoral. Ces actes extérieurs disent assez ce que l’on doit insinuer, ou dire ouvertement dans les leçons, devant des enfants, des jeunes gens, incapables de discerner le venin qu’il est si facile de mêler à tout enseignement. Les enfants apprennent la morale par les yeux encore plus que par l’ouïe. Un maître, une maîtresse, étrangers à toute pratique religieuse, libres dans leur conduite extérieure, en dehors de l’école, fussent-ils réservés dans leur enseignement — ce qui est impossible, la bouche parlant de l’abondance du cœur — ces maîtres sont des fléaux pour le jeune âge. Par leurs exemples, ils tiennent école d’impiété et d’immoralité. Que n’est-ce pas, si comme 28c’est le cas de tant d’entre eux, ils en sont, ne fut-ce qu’en dehors de l’école, les propagateurs avérés ?
Leur présence dans une municipalité, un village, est la pire des pestes ; ce sont des empoisonnements attitrés des générations à venir. L’indignation populaire s’est soulevée contre les sacrilèges inventorieurs, profanateurs des églises. Indignation légitime de tout point. Il est cependant des profanateurs plus coupables encore, les profanateurs des âmes d’enfants et d’adolescents, des spoliateurs plus odieux que ceux qui spolient l’église des vases saints ; les maîtres et les maîtresses qui tuent la foi au cœur du jeune âge, vident leurs âmes de tout solide principe de morale, et nous préparent des générations pires que celles qui amenèrent le déluge. Autrefois les pirates Maures et Algériens, fondant à l’improviste sur les côtes méridionales de la France, enlevaient de préférence les garçons et les jeunes filles. Les garçons étaient élevés pour former la terrible milice des janissaires, les jeunes filles pour peupler les harems. La franc-maçonnerie est plus profondément impie et immorale que la secte de Mahomet. Par l’école sans Dieu elle espère rendre sa puissance inexpugnable, sa conquête universelle. Personne ne pourra bouger sans elle. Ainsi qu’il est annoncé dans les saints livres, personne ne pourra ni acheter ni vendre sans porter le signe de la bête, le sien. L’humanité n’aura jamais traversé des jours de pareille tribulation.
Les électeurs du bloc maçonnique nous y mènent à grande vitesse, d’une manière qui ne cesse pas d’être fort coupable, pour n’être pas pleinement consciente.
Louis Veuillot a fort bien dit :
Rien ne défendra l’espèce humaine désarmée de Jésus-Christ ; sans lui, la pauvre bête humaine sera toujours insultée et mangée ; le monstre toujours insatiable. Voilà pourquoi la haine de Jésus-Christ est la caractéristique de la secte infernale. Comme à Jérusalem, à force de tromper les multitudes, elle les entraîne à pousser contre leur Libérateur les cris déicides du drame de la Passion6.
Chapitre sixième Les électeurs du bloc maçonnique imitateurs de la foule déicide de Jérusalem
- I.
- Jésus-Christ, principal objet de la haine des francs-maçons.
- Attentats contre la Croix et l’Eucharistie.
- Arouet-Voltaire personnification de la maçonnerie.
- Son cri de guerre : Écrasons l’infâme, reproduit dans celui-ci : Le cléricalisme voilà l’ennemi.
- Jésus-Christ continuant à vivre dans le monde par le sacerdoce catholique.
- Comment la Maçonnerie s’efforce d’annuler, de détruire le sacerdoce catholique.
- II.
- Le bulletin en faveur du bloc renferme virtuellement les cris de la multitude déicide contre le Sauveur.
- Explication de ces cris.
- Le châtiment des Juifs déicides.
- Les électeurs du Bloc en préparent un semblable à la France apostate.
- Ce que fut, ce que sera la Commune.
I
L’ennemi que la maçonnerie poursuit de toute sa haine, la main tremble en l’écrivant, c’est le Rédempteur du monde, Notre Seigneur Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai Homme ; elle lui porte une haine telle, dit Léon XIII, qu’elle semble la haine implacable, la fureur de vengeance de Satan contre son vainqueur7. Tout ce qui dans les institutions sociales, 29dans les mœurs, porte l’empreinte du Christ, excite sa fureur. Elle a déclaré ouvertement la guerre aux deux signes les plus expressifs de l’amour infini qu’il porte aux hommes : la Croix et l’Eucharistie. La maçonnerie a légiféré pour bannir la croix de l’école, des tribunaux, de la voie publique. Ses adeptes la brisent toutes les fois qu’ils le peuvent, jusques dans les propriétés particulières.
Imitateurs des ricanements de ceux qui l’attachèrent à la croix, insulteurs du deuil par lequel les chrétiens honorent le jour de son sacrifice volontaire, le Vendredi-Saint, ils en font un jour de grossières et solennelles ripailles. La rue est ouverte à toutes les exhibitions burlesques ; elle est interdite au Dieu de l’Eucharistie. Que d’artifices pour écarter les foules des temples où il réside, faire du dimanche et de nos grandes solennités, des jours de libertinage !
Nous avons entendu la secte saluer le jour où les temples élevés par quinze siècles de christianisme au Dieu de l’Eucharistie, deviendraient des temples maçonniques. La Franc-maçonnerie est la continuatrice de celui qui la personnifie de la manière la plus complète et la plus expressive, Arouet-Voltaire. On sait qu’à la loge des Neuf-Sœurs, elle décerna à l’infâme vieillard un triomphe tel que dans une excès de joie, dont il mourut quelques jours après, ce roi de toute impiété s’écria : Pareil triomphe vaut bien ceux du Galiléen.
Tout Arouet est dans le cri de guerre qui pèse sur sa mémoire d’un poids plus lourd que celui des mondes : Écrasons l’infâme. Le scélérat en parsème ses lettres intimes aux adeptes, sans oser le pousser publiquement, si je ne me trompe. La Maçonnerie en a trouvé un, moins cru, mais ayant la même signification. Depuis trente ans, elle le fait retentir d’un bout du monde à l’autre : Le cléricalisme, voilà l’ennemi. Elle avoue bien aujourd’hui que cléricalisme signifie catholicisme ; et le catholicisme c’est Jésus-Christ continué, vivant dans l’humanité, par le sacerdoce, ainsi qu’il l’a promis. Allez, enseignez toutes les nations, a-t-il dit à ses apôtres, apprenez-leur à garder tout ce que je vous ai confié ; baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, je suis avec cous jusqu’à la fin des siècles. Il avait dit quelques temps auparavant à Simon, fils de Jean : Tu t’appelleras, tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église et les portes de l’Enfer ne prévaudront point contre elle, et encore la veille de sa Passion : J’ai prié pour toi, Pierre, afin que ta foi ne défaille pas, confirme tes frères, et enfin, quelques jours seulement avant de remonter au Ciel : Pierre, pais mes agneaux, pais mes brebis. C’est par le sacerdoce ainsi constitué que Jésus-Christ continue, ainsi qu’il s’y est engagé, à enseigner le monde, à lui donner la vie divine qu’il est venu lui communiquer, qu’il continue sa mission.
Par le sacerdoce catholique il dit toujours : Venez à moi, vous tous qui souffrez des fardeaux de la vie, et je vous communiquerai des forces. Les 30pleurs séchés par le sacerdoce catholique, idéalisé dans un Vincent de Paul, formeraient des fleuves ; ils ne sont égalés que par les larmes de joie qu’a fait couler des cœurs purifiés et sanctifiés la parole consolatrice et vivifiante du même sacerdoce.
Par le sacerdoce catholique, Jésus-Christ continue de dire : Laissez venir à moi les petits enfants : tout ce que vous faites au plus petit d’entre eux, c’est à moi que vous le faites. La parole du sacerdoce catholique, après avoir créé tant d’instituts voués aux soins matériels et moraux de l’enfance et de la jeunesse, fait naître, soutient, tant de milliers de religieux des deux sexes, qui y consacrent leur existence. Par son sacerdoce Jésus-Christ sacre l’enfance et lui donne une dignité inconnue de ceux qui vivent loin du prêtre. Jésus-Christ, par le sacerdoce catholique sacre toutes les faiblesses, nourrit les affamés, panse toute infirmité. C’est la parole du sacerdoce, écho de celle de Jésus-Christ, qui divinise la souffrance et inspire à tous ceux qui recueillent cette parole une céleste émulation pour la soulager. Par le sacerdoce catholique, Jésus-Christ est le ferment divin qui arrête et guérit les corruptions de notre nature, y fait germer et croître tant de vertus ignorées de ceux qui fuient, ou n’ont pas entendu le prêtre.
Le cri maçonnique de Guerre au prêtre est donc bien le cri d’Arouet : Guerre au Christ ; le cri : Le cléricalisme voilà l’ennemi, n’est pas, dans sa vraie signification différent de celui d’Arouet : Écrasons l’infâme ; faire du mot clérical, du mot jésuite, un terme de mépris, c’est vouer au mépris le vrai et sérieux chrétien, exprimer par un mot différent que Julien l’apostat, Celse, Porphyre entendaient exprimer par le mot : Galiléens. Opposer le mot laïque au mot clérical c’est opposer le troupeau au pasteur, les enfants au père, le sacerdoce catholique n’existant en vérité que pour le peuple, pour communiquer aux laïques, les trésors de vérité et de grâce dont Jésus-Christ l’a fait dépositaire.
Que n’a pas fait, que ne fait pas la maçonnerie pour paralyser, annuler le sacerdoce catholique à tous les degrés ? Elle s’acharne surtout contre son chef. Son premier objectif est de détruire la Papauté ; et, en attendant ce suprême attentat, la maçonnerie l’a dépouillée, et s’efforce par tout moyen de la rendre odieuse et suspecte. Elle dépouille l’épiscopat, lui ferme la bouche, serait heureuse de le rendre impuissant, de le détacher du Vicaire de Jésus-Christ dans lequel il trouve sa force et sa dignité.
Pas de moyen qu’elle n’emploie pour exciter la défiance contre le prêtre, l’avilir, le corrompre, l’exclure de partout où sa présence est de droit ; lui imposer silence, alors que ses cris devraient être plus perçants ; faire le vide autour de lui ; l’assiéger par la faim ; empêcher son recrutement ; l’annihiler en attendant de pouvoir le supprimer par le couperet, les balles, s’il le faut. C’est l’ennemi, crie-t-elle, aux foules crédules, indécises, que le bruit déconcerte. Hors de l’école, où devrait s’étendre sa constante vigilance, afin que ceux qu’il a engendrés au Christ par le baptême soient de 31bonne heure élevés selon les enseignements du Christ, loin des asiles des malheureux, loin des hôpitaux, que le sacerdoce a fondés et rentrés, où seul le prêtre peut faire descendre la résignation, et la consolation qui cicatrise les plaies du cœur. Que l’on calomnie les prêtres les plus méritants, qu’on charge leurs mains de chaînes, qu’on les soumette aux horreurs de la plus dure prison préventive en attendant que leur innocence éclate au grand jour de la cour d’assise ; qu’on exploite contre tous, les faiblesses de quelques-uns de ses membres, encore qu’elles ne fassent que faire ressortir les vertus de tant d’autres à l’abri de tout soupçon ; qu’on l’envoie à la caserne et qu’on avilisse ainsi son ministère de paix, qu’on le condamne à en entendre les propos grossiers et libertins pour qu’il en sorte l’imagination souillée, que l’on provoque et que l’on récompense l’apostasie dans ses rangs ; qu’en haine du prêtre l’on fasse de la France une banqueroutière, refusant impudemment de payer de payer la plus manifeste des dettes, qu’en haine du prêtre on en fasse la spoliatrice éhontée de ce qui ne lui appartient pas ; c’est nécessaire pour tarir les sources du sacerdoces ; et si cela ne suffit pas, on redressera les échafauds, on collera aux murs de quelques Roquette, ou de quelque rue Haxo. Puisque le sacerdoce catholique c’est Jésus-Christ continué, le sacerdoce catholique doit disparaître ; car le nom du Sauveur du monde doit disparaître du souvenir des hommes.
Qu’il y ait sur la terre de France de pareils énergumènes, les aïeux, de Clovis au dernier de nos rois très chrétiens, auraient refusé de le croire ; que si on leur avait dit qu’il se trouverait un nombre de Français assez impies, ou assez stupides, pour leur donner le pouvoir de légiférer, ils auraient maudit leur race, et demandé qu’elle fut desséchée avant de produire de semblables renégats de tout ce qu’ils aimèrent. Multitude insensée, elle se laisse aveugler ; comme la multitude déicide se laissa aveugler à Jérusalem. Le bulletin déposé en faveur du bloc maçonnique renferme virtuellement les vociférations et les scènes devant lesquelles se voila la nature.
II
Quelles inculpations les meneurs mettaient-ils à Jérusalem sur les lèvres de la multitude pour lui faire demander au gouverneur romain la mort du Juste : Par son enseignement, disaient-ils, il séduit les foules, il excite des troubles. L’on dit aujourd’hui : Les religieux, les prêtres, les cléricaux, ont des principes en opposition avec l’esprit moderne, ils sont les anciens partis, ils divisent la France. On disait à Jérusalem : Jésus se fait roi, il est en opposition avec César, c’est-à-dire avec le principe de la force. L’on dit aujourd’hui : Les religieux, les prêtres, les cléricaux sont en opposition avec la République, c’est-à-dire avec la maçonnerie devenue maîtresse de la force. Ils se font rois, puisque ils prétendent que la loi humaine doit fléchir devant la loi de Dieu, et qu’il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes.
32L’on disait à Jérusalem : Nous avons une loi, et d’après la loi il doit mourir. La Franc-maçonnerie dit aujourd’hui : Nous faisons la loi, religieux et religieuses hors de vos maisons ; catholiques, vos églises sont à nous ; religieux, religieuses, catholiques, à nous vos biens. C’est la loi, force à la loi ; si vous résistez, nous irons jusqu’au bout. Si la prison ne suffit pas, nous irons plus loin ; la vue du sang à répandre ne nous fera pas reculer.
À Jérusalem, la foule grisée par les meneurs s’écriait : Nous ne voulons pas de Jésus, nous voulons Barabbas. C’est ce que disent encore par leurs bulletins les électeurs du bloc maçonnique. Nous ne voterons pas pour ce clérical, ce candidat ouvertement catholique qui combattrait toute proposition contraire à la loi du Christ, à cette loi qui est toute justice et toute paix. Nous voulons un communard, un partisan de la commune, un ami des ancêtres de quatre-vingt-treize, un franc-maçon, c’est-à-dire un Barabbas. Barabbas était un meurtrier, erat autem Barrabbas latro (Jo. XVIII, 40). Se solidariser avec les hommes de quatre-vingt-treize ou de la Commune, n’est-ce pas se solidariser avec des meurtriers dégouttant de sang ? Les Francs-maçons ne s’engagent-ils pas à verser le sang de ceux que la secte désigne à leur poignard ? Barabbas était un révolutionnaire, et un révolutionnaire insigne, propter seditionem in carcerem missus… Vinctum insignem. La commune, c’est-à-dire la maçonnerie, est-elle arrivée au pouvoir autrement que par la révolution et la révolution en face de l’ennemi ? N’érige-t-elle pas des statues à d’insignes assassins tels qu’un Danton ? Barabbas ne semble avoir commis qu’un meurtre. Combien en ont commis les ancêtres de quatre-vingt-treize ? Combien de victimes sont tombées sous le fer ou le poison des émissaires de la secte, de Louis XVI, au roi Humbert ou à Syveton ?
Au païen Pilate qui ne trouvait aucun motif de condamner Jésus, la foule répondait : Si vous le renvoyez, vous n’êtes pas ami de César. César aujourd’hui a quelques centaines de têtes ; c’est le bloc maçonnique. À ceux qui disent : Qu’ont donc fait ces religieux, ces religieuses que l’on spolie et que l’on jette à la rue ? Pourquoi la spoliation du clergé, la confiscation des églises et de leurs biens ?
il est répondu : Vous n’êtes pas ami du César d’aujourd’hui, de la République maçonnique. Magistrats poursuivez l’exécution des lois du bloc ; officiers, faites briser les portes des églises et des sacristies ; fonctionnaires de l’enregistrement, inventoriez.
Combien comme Pilate disent au fond de leur cœur : C’est une flagrante iniquité. Mais la République ne pardonne pas plus que le César Tibère. Pilate craignit d’être dénoncé à César, il obéit en protestant qu’il était innocent du sang du Juste. Combien sont rares les Saint Remy, les Héry, les Dublay, les Langavant8, ceux qui dans l’armée, la magistrature, l’enregistrement, 33ne veulent pas être des Pilates ; et préfèrent subir les rigueurs du César maçonnique, plutôt que d’étouffer le cri de leur conscience ! N’est-ce pas au sentiment de Pilate qu’obéissent tant d’hommes réputés honnêtes, qui prêtent leur concours à l’exécution de prétendues lois, dont ils ne peuvent pas ne pas voir l’injustice, et qui par suite ne sont pas des lois ?
La multitude s’écriait à Jérusalem : Nous n’avons d’autre roi que César ; non habemus regem nisi Cæsarem, c’est-à-dire la force ; que le sang du Juste retombe sur nous et sur nos enfants, sanguis ejus super nos et super filios nostros. Leurs vœux furent écoutés. Quarante ans après, Vespasien avec ses légions foulait aux pieds la Judée, détruisait ses villes, passait au fil de l’épée ses habitants, ou les vendait comme esclaves ; son fils Titus assiégeait Jérusalem, siège dont les horreurs épouvantent l’histoire, après avoir épouvanté les contemporains. Au dedans une famine telle que l’on vit des mères égorger leurs enfants pour s’en nourrir, d’inhumaines factions se déchirant les unes les autres ; au dehors tant de croix dressées pour les fugitifs, que le bois vint à manquer pour en dresser de nouvelles ; enfin la ville et le temple brûlés ; un million de Juifs égorgés, crucifiés, emportés par la famine et les maladies, le reste mis en vente sur les marchés à esclaves.
Que préparent à la France les électeurs du bloc maçonnique ? Des jours pires que ceux de 93, un renouveau de la commune. Quatre-vingt-treize, la commune de 1871, sont l’épanouissement de la Franc-maçonnerie. Elle entend les recommencer plus savamment.
Dans son dernier convent de 1905, elle a décidé de travailler à l’abolition de la propriété privée, au triomphe du socialisme. Ce sera l’œuvre de la prochaine législature, si les électeurs lui assurent une majorité. Toute propriété particulière sera confisquée comme l’ont été les propriétés des religieux et de l’Église. Les délégués de la Maçonnerie assigneront et surveilleront le travail, et en distribueront les fruits. On peut être certain qu’ils feront large part à leur humanité.
Plus de famille.
Une promiscuité dont Maxime Ducamp nous a donné quelques spécimens dans l’histoire de la commune, encore ajoute-t-il :
Le côté immoral de la commune ne pourra jamais être publiquement dévoilé. À la préfecture de police, dans les ministères, dans bien d’autres endroits qu’il est superflu de désigner, il y eut des actes tellement scandaleux que l’on ne peut y faire allusion9.
Sodome sera dépassée. La race en périrait, si ces horreurs se prolongeaient. Il n’est pas impossible que ce qui naîtra de ce pêle-mêle ne soit, comme à Sparte, objet d’une sélection. Cela a été déjà formellement proposé. Ce qui sera conservé, élevé selon les vues de la secte et pour son profit, formera une sauvagerie qui dépassera de beaucoup toutes celles dont les annales humaines ont conservé le souvenir. Électeurs du bloc, c’est à ce terme que nous mènent vos bulletins en faveur de ceux que les Papes ne cessent, depuis près de deux siècles, de signaler comme les ennemis de Dieu et du genre humain.
34Chapitre septième La Franc-maçonnerie et ses fauteurs anathématisés par les Papes
- Les Papes placés en sentinelles au sommet de l’humanité n’ont cessé, depuis près de deux siècles, de signaler la Maçonnerie comme la grande ennemie.
- I.
- Extraits des Anathèmes de Clément XII, Benoît XIV.
- Cris d’alarme de Clément XIII, de Pie VI.
- Pie VI victime de la Maçonnerie.
- Pie VII donne Napoléon comme l’exécuteur des projets maçonniques.
- Il met à nu l’hypocrisie des Carbonari et des sectes.
- Cris des Papes toujours plus perçants : Léon XII, Pie VIII, Grégoire XVI.
- Combien souvent et avec quelle énergie Pie IX a condamné les Sociétés maçonniques.
- Principal objectif des grandes encycliques de Léon XIII.
- Encyclique Humanum Genus.
- Comment les sectes sont visées dans les encycliques de Pie X.
- II.
- L’excommunication ipso facto édictée par Clément XII, non seulement contre les Francs-maçons, mais aussi contre tous ceux qui prêtent la moindre assistance à la secte.
- Confirmée, amplifiée par Benoît XIV, Pie VII, Léon XII.
- Conservée dans la Bulle Apostolicæ sedis.
- Léon XIII renouvelle toutes les censures édictées par ses prédécesseurs.
- Louer, procurer des appartements à une loge, c’est encourir l’excommunication.
- A fortiori, ce semble, voter pour un franc-maçon.
- Tout l’effort de la politique du gouvernement dirigée à la destruction du catholicisme.
- Un fauteur, un électeur des Francs-maçons, non repentant, ne peut pas être admis aux Sacrements.
- Obligation de voter et de bien voter.
- Obligation dans les conjonctures présentes, pour tout catholique de confesser, de défendre la foi sures édictées par ses prédécesseur.
Placés en sentinelles au sommet de l’humanité, les Papes, depuis près de deux siècles, n’ont pas cessé de signaler le monstre, de s’opposer de toutes leurs forces à ses ravages, d’appeler les évêques, les rois et les fidèles à le combattre avec eux. Pourquoi leurs cris d’alarmes, toujours plus pressants, n’ont-ils pas trouvé plus d’échos ! Citons quelques-unes des qualifications par lesquelles ils ont dévisagé la bête ; et rappelons les peines canoniques encourues non seulement par les membres de la secte, mais aussi, par tous ceux qui la favorisent de quelque manière que ce soit.
I
En 1738, Clément XII par la Bulle In eminenti [apostolatus] anathématise les conciliabules maçonniques, ou de semblables dénominations, dans lesquels des hommes de toute religion se lient par d’horribles serments de ne rien révéler de ce qui se passe dans leurs assemblées, et dont s’écartent instinctivement tous les hommes de bien.
Benoît XIV en 1751 publie à nouveau, par l’encyclique Providas [romanorum], la constitution In eminenti de son prédécesseur.
Franc-maçonnerie ou philosophie du XVIIIe siècle, c’est tout un. Que n’a pas fait l’intrépide Clément XIII pour arrêter leurs œuvres de destruction croissante.
Pie VI en traçait le tableau en 1775 dans la Bulle Inscrutabili divinæ sapientiæ. Il montrait le fléau s’étendant comme un cancer, et gagnant presque, chose horrible à dire, jusqu’au sanctuaire. Il devait voir l’universel bouleversement qu’il prédisait, et, sans fléchir, en être la victime. La condamnation de la constitution civile du clergé, le panégyrique en plein consistoire de Louis XVI assassiné, le refus d’approuver le serment de haine à la royauté, lui valurent de mourir dans les fers de la secte à Valence.
35Pie VII, dans la Bulle d’excommunication contre Napoléon, voit, dans son enlèvement de Rome, la reprise des astucieux desseins des sectes de perdition, conjurées depuis longtemps pour la ruine du Siège de Pierre et de l’Église, dont ce siège est le fondement. Le ravisseur est de la conjuration ; il n’a feint l’amitié qu’afin de trahir plus facilement. En 1821, par l’encyclique Ecclesiam a [Jesu] Christo, le même Pape dénonce les sociétés secrètes, comme la cause des bouleversements dont l’Europe a été le théâtre, en complot permanent contre la société religieuse et civile. Avec une audace croissante, elles forment de nouvelles associations clandestines. Telle celle des Carbonari, secte profondément hypocrite ; elle va jusqu’à feindre le plus grand dévouement à l’Église, le plus grand zèle pour la doctrine et la personne de Jésus-Christ, et dans leurs assemblées les sectaires profanent et parodient les sacrements, vouent une haine à part au Siège Apostolique, fomentent toute impudeur et tout libertinage, alors qu’extérieurement ils se vantent de ne pratiquer que toute honnêteté et toute vertu. Les attentats récents, qui ont consterné les hommes de bien, sont des suites des enseignements et des ordres de ces sociétés, ennemies des rois et des détenteurs du pouvoir, qualifiés par eux de tyrans.
Léon XII en 1826, dans la Bulle Quo graviora, ne se contente pas de reproduire intégralement les Bulles In eminenti de Clément XII, Providas de Benoît XIV, Ecclesiam a Jesu Christo de son prédécesseur, il enchérit sur tous en cris d’alarmes. Il signale en particulier les ravages de la secte dans les centres d’études, où elle introduit des maîtres qui initient la jeunesse à toutes les scélératesses. Rien de plus véhément que ses exhortations aux évêques de découvrir à leurs troupeaux les astuces des sectaires, sans redouter les coups de leur audace et de leur perversité ; il supplie les princes avec une affectueuse insistance de réprimer ceux qui ne sont pas moins ennemis de leur puissance que de l’Église ; ils minent leurs trônes en semblant vouloir en amplifier le pouvoir, aux dépends de celui du Saint-Siège et des évêques. Aux catholiques, il recommande de fuir des hommes qui appellent les ténèbres la lumière, et la lumière les ténèbres ; ils poursuivent un renversement universel, en se vantant de ne vouloir que le bien de tous. Ils sont ces hommes auxquels, d’après Saint-Jean, il ne faut pas donner l’hospitalité, ni rendre le salut, que nos pères appelaient les premiers-nés de Satan.
Pie VIII qui ne fait que passer sur le trône Pontifical, dans son Encyclique Traditi humilitati nostræ du 24 mai 1829, écrit aux évêques de se tourner contre ces sociétés secrètes d’hommes ennemis de Dieu, de l’Église, des pouvoirs publics, qui aspirent à bouleverser l’univers… Par les maîtres qu’ils introduisent dans les lycées et les collèges, ils forment une jeunesse à laquelle s’appliquent les paroles de Saint-Léon : Le mensonge est leur règle ; Satan leur Dieu ; la turpitude leurs sacrifices.
Grégoire XVI dans l’Encyclique Mirari vos, du 15 août 1832, après la peinture de l’impiété faisant retentir les lycées d’opinions monstrueuses, 36le tableau de la perversité des mœurs, des états ébranlés, de l’autorité sans force, ajoute :
Si l’on cherche la cause de l’accumulation de tant de maux, on la trouvera surtout dans la conjuration des sociétés secrètes, dans lesquelles, comme dans un cloaque, sont entassées et amalgamées les souillures de tout ce qu’il y a eu de sacrilège, d’infâme, de blasphématoire dans les hérésies et les sectes les plus scélérates.
La première parole de Pie IX au monde catholique, dans l’encyclique Qui pluribus, du 9 novembre 1846, fut un cri contre ces hommes unis entre eux par une criminelle association :
Nous sommes saisis d’horreur, — s’écrie-t-il, — quand nous considérons les colossales erreurs, les divers et multiples malfaisants artifices, les pièges, les trames, par lesquels ces ennemis déclarés de la vérité et de la lumière, ces maîtres passés en fait d’imposture, s’acharnent à éteindre chez tous, tout amour de la piété, de la justice, de l’honneur ; à corrompre les mœurs, à brouiller tout droit divin et humain, à renverser et l’Église et la Société civile.
Dans l’allocution Singulari quadam, adressée le 9 décembre 1854, aux évêques venus à Rome pour la définition du dogme de l’Immaculée Conception, il disait qu’il ne fallait pas hésiter d’appliquer aux affiliés des sociétés secrètes ces paroles du Sauveur aux Pharisiens : Vous avez le diable pour père, et vous voulez faire les œuvres de votre père.
Huit ans après, le 9 juin 1862, dans l’allocution Maxima quidem lætitia, aux évêques accourus pour la canonisation des martyrs japonais, le Grand Pape insistait longuement sur les maux causés à la société religieuse et civile par les hommes unis entre eux par une association criminelle :
Personne ne sait mieux ourdir la fraude, c’est avec un art diabolique qu’ils fabriquent le mensonge… leur poison est mortel aux âmes… Ils n’hésitent pas à substituer au droit vrai et légitime les droits faux et menteurs de la force… Ils ne reconnaissent d’autres forces que celles de la matière ; voilà pourquoi pour eux la règle morale, l’honneur, consistent à accumuler les richesses, n’importe par quels moyens, à assouvir les convoitises dépravées. Ils défendent, fomentent, exaltent le sens réprouvé de la chair en révolte contre l’esprit, lui attribuant de par la nature des prérogatives et des droits, qu’ils prétendent opprimés par la doctrine catholique. Ils aspirent à supprimer tout droit de légitime propriété ; ils imaginent un droit que rien ne limite, et qu’ils attribuent à l’État, qui serait d’après eux, la source et l’origine de tous les droits.
Dans le bref ex epistola à Mgr Darboy en date du 26 octobre 1863, après avoir dit que les sectes maçonniques, diverses par le nom, sont unies entre elles dans un infâme complot de desseins de toute scélératesse, il termine l’énumération qu’il en fait par ces paroles :
Elles voudraient renverser de fond en comble, si c’était possible, l’église catholique et toute société, et précipiter Dieu lui-même du haut du Ciel.
Dans l’encyclique Etsi multa luctuosa, du 21 novembre 1873, on lit entre autres choses :
Quiconque aura pénétré le caractère, les menées, les desseins des 37sectes, soit maçonniques, soit de tout autre nom, et les comparera avec le caractère, la tactique, l’étendue de la guerre faite à l’Église dans presque tout l’univers, ne pourra pas douter que la présente calamité ne doive être attribuée principalement aux ruses et aux machinations de ces mêmes sectes. Ces sectes coalisées forment la synagogue de Satan. C’est elle qui discipline leurs troupes, porte l’étendard, et engage la bataille contre l’Église du Christ.
Après avoir rappelé comment elles avaient été maintes fois démasquées par ses prédécesseurs et par lui-même, Pie IX continue :
Pourquoi n’a-t-il point été ajouté plus de foi aux paroles des pasteurs suprêmes de l’Église, par ceux qui pourraient arrêter un poison à ce point mortel. La secte se glissant par de sinueux détours, sans jamais interrompre son œuvre, à force de faire des dupes par ses fourberies, en est venue à s’élancer de ses repaires, à se vanter d’être presque la maîtresse. Fortes de l’énorme accroissement de leurs affiliés, ces infâmes loges croient être déjà assurées du succès, et toucher presque au but. Elles ont enfin ce à quoi elles aspiraient depuis longtemps, être en plusieurs pays à la tête des affaires. En possession de la force et de l’autorité, elles tournent audacieusement leurs efforts à réduire l’Église de Dieu à la plus dure servitude. Elles voudraient, si c’était possible, la faire disparaître de l’univers.
Dans ces conjonctures, vénérables frères, employez tous vos soins à prémunir les fidèles contre les embûches et la contagion de ces sectes… surtout combattez, démontrez l’erreur de ceux qui, trompés ou trompeurs, ne craignent pas d’affirmer que, dans leurs ténébreuses assemblées, l’on ne s’occupe que du bien général, du progrès, de la pratique de la bienfaisance mutuelle. Exposez souvent, gravez profondément dans les esprits les constitutions pontificales sur cette matière, exponite sæpe et altius animis defigite Pontificias hac de re constitutiones.
Que n’a pas fait Léon XIII contre la maçonnerie ? La démasquer, pousser contre elle à la guerre a été peut-être la plus grande préoccupation de son Pontificat. Ses grandes encycliques, ainsi qu’il le dit lui-même, sont destinées à maintenir la saine doctrine sur les points les plus importants attaqués par la maçonnerie, à montrer les ruineuses et absurdes conséquences des doctrines maçonniques. Telles l’encyclique Arcanum [divinæ] sur le mariage chrétien, l’encyclique Diuturnum sur le respect dû à l’autorité, Immortale Dei sur la constitution chrétienne des États, etc.
C’était bien la secte maçonnique qu’il avait en vue, lorsque dans l’encyclique Inscrutabili du 21 avril 1878, dans celle du 28 décembre de la même année Quod Apostolici [Muneris], il s’écriait qu’un poison mortel circulait dans les veines de la société humaine, ne lui laisse aucun repos, et prépare de nouvelles révolutions et de nouvelles catastrophes. Ce poison, c’est la maçonnerie qui le lui a versé et le lui verse tous les jours, car, comme il l’enseigne dans la Bulle Humanum Genus, la maçonnerie est le centre d’où émanent les autres sociétés secrètes, auquel elles se rattachent par le but poursuivi 38par toutes : chasser Dieu de la société. Le communisme, le socialisme sont autant de fils de la maçonnerie, encore que parfois il la renient.
Mais c’est surtout dans l’encyclique Humanum Genus du 20 avril 1884, qu’il a démasqué le monstre, ce qu’il poursuit, sa fourberie, ses principes destructeurs de la société domestique, civile, politique, les dernières conséquences de ses agissements.
Les dogmes principaux de la maçonnerie, — dit Léon XIII, — sont si manifestement contraire à la raison, que leur perversité ne peut pas aller plus loin — en voulant démolir la religion et l’Église, les maçons veulent nous faire rétrograder de dix-neuf siècles et nous ramener au Paganisme et à ses institutions. Ils nous font même déchoir plus bas. Ils veulent constituer une société sans Dieu, tandis que les païens étaient si bien convaincus de la nécessité de rendre un culte à la divinité, que, d’après eux, il était plus facile de bâtir une ville dans les airs que de la constituer sans temple et sans culte. — Par leurs efforts à renverser les fondements de la justice et de l’honnêteté, les maçons travaillent à faire descendre l’humanité à la condition des bêtes. Ne donner à l’homme d’autre règle de conduite que l’attrait du plaisir, c’est mener le genre humain à l’anéantissement dans l’infamie et l’opprobre.
Ce sont là autant d’assertions du Pontife, dont l’œil pénétrait si profondément au plus intime des choses. Les progrès de la maçonnerie ont arraché à Pie X les premières paroles qu’il adressa au monde, par son encyclique E Supremi Apostolatus du 4 octobre 1903 :
Qui, — dit sa Sainteté, — ignore la maladie si profonde qui, en ce moment plus que par le passé, travaille la société humaine, et qui en s’aggravant chaque jour la ronge jusqu’aux os, et l’entraîne à sa perte… Telle est la perversion des esprits qu’il y a lieu de craindre, que ce ne soit comme l’avant-goût et le commencement des maux annoncés pour la fin des temps, et que le fils de perdition dont parle l’Apôtre ne soit déjà sur la terre.
Il serait facile de démontrer que le programme, les œuvres, les procédés de la Franc-maçonnerie, sont ceux qui, d’après nos saints livres, seront ceux qui livreront le monde aux mains de l’Antéchrist. Les loges dans leurs convents ont salué comme devant tuer l’Église en France, l’hypocrite loi dite de séparation, qu’au dehors ils appellent loi de liberté. L’encyclique Vehementer [Nos] a déchiré ce voile de la fourberie maçonnique, et montré que la sentinelle du Vatican avait autant de pénétration dans le regard que de courage dans le cœur, et de force dans la voix.
C’est en face de ces cris d’alarmes des vicaires de Jésus-Christ depuis près de deux siècles, si bien justifiés par les événements, que doivent se placer les électeurs du bloc maçonnique, pour juger de la gravité de l’acte par lequel ils confèrent la toute puissance de la force publique à ces ennemis de tout bien.
II
Cela n’est jamais licite, dit Léon XIII.
Partout où il est permis de prendre 39part aux affaires publiques, il faut favoriser les hommes d’une probité reconnue, et ayant bien mérité de la cause chrétienne ; il ne saurait y avoir de motifs de leur préférer des hommes mal disposés envers la religion10.
Aucun ne saurait l’être plus mal que le Franc-maçon, alors même que retenu aux grades inférieurs, ils ignorerait les secrets connus seulement des suprêmes directeurs, et ne serait pas personnellement aussi pervers que la secte. Il ne lui est pas permis de s’écarter des ordres qu’elle lui intime.
Tous les Papes ont frappé des plus terribles anathèmes, non seulement ceux qui donnent leur nom aux sectes maçonniques, mais aussi tous ceux qui d’une manière quelconque leur prêtent assistance ou faveur. Écoutons le premier qui signala l’ennemi, Clément XII. La Bulle In eminenti se termine par ces lignes, traduites du latin aussi fidèlement que nous l’avons pu.
Nous défendons d’une manière absolue, et en vertu de la sainte obéissance, à tous et à chacun des fidèles du Christ, de quelque état, grade, condition, rang, dignité et prééminence qu’il soit, laïque ou clercs, séculiers ou réguliers, méritant même d’être spécifiquement ou individuellement nommés, d’oser ou de présumer, sous quelque prétexte ou couleur que ce soit, entrer dans les susdites sociétés appelées des Francs-maçons, ou autres noms, de les propager, de les fomenter, de les recevoir et de les cacher dans ses demeures, maisons, ou partout ailleurs, de s’y faire inscrire, agréger, ou d’y assister, de leur donner pouvoir, facilité de tenir leurs réunions, de leur rendre quelque service, de leur donner conseil, secours, ou faveur, ouvertement ou en secret, directement, ou indirectement, par soi-même ou par d’autres en quelque manière que ce soit, comme aussi d’exhorter, d’encourager les autres, de leur insinuer, persuader, de se faire inscrire dans ces sortes de sociétés, de s’y présenter, d’y assister, de leur prêter en quelque manière que ce soit assistance ou faveur. Nous voulons absolument que chacun s’abstienne entièrement de ces sociétés, réunions, convents, assemblées, agrégations, conventicules.
Et cela sous peine d’excommunication pour tout contrevenant à ce que ci-dessus, excommunication encourue par le fait, sans autre déclaration, dont personne ne puisse relever et absoudre, si ce n’est nous, ou le Pontife Romain alors existant, excepté cependant à l’article de la mort.
Clément XII ordonne à tous les évêques, ordinaires, inquisiteurs, de rechercher, de punir, comme véhémentement suspects d’hérésie, tous les contrevenants à cette encyclique, et, s’il le faut, d’invoquer à cet effet le secours du bras séculier.
Benoît XIV confirme toutes les dispositions de son prédécesseur ; il y joint un appel pressant aux princes catholiques, et aux puissances séculières, de prêter secours pour que les présentes obtiennent leur effet.
Les Carbonari prétendant n’être pas atteints par les condamnations portées par les Constitutions précitées, Pie VII leur en fait l’application littérale. Il y ajoute l’obligation de dénoncer aux évêques, ou à qui de droit, 40ceux que l’on sait faire partie de la société, ou avoir trempé dans quelqu’un de ses complots. Il ordonne de porter aux évêques les écrits imprimés ou manuscrits ayant trait à la société, défend de les lire ou de les garder, le tout sous peine d’excommunication encourue par le fait même.
Léon XII déclare renouveler, tant contre les sociétés secrètes déjà existantes que contre celles qui pourraient se former à l’avenir, toutes les peines infligées par ses prédécesseurs ; il transcrit celles de Clément XII, déclare nul, impie, le serment de ne révéler à personne ce qui se passe dans les assemblées, de frapper de mort les associés qui les révéleraient.
Pie IX par la Constitution Apostolicæ Sedis a réduit le nombre des excommunications ; mais parmi celles qu’il a maintenues et qui sont réservées au Saint-Siège, se trouve la suivante :
Ceux qui donnent leur nom à la secte des Francs-maçons, ou des Carbonari, ou des sectes du même genre, qui complotent ouvertement ou clandestinement contre l’Église, ou les pouvoirs légitimes ; ceux qui d’une manière quelconque leur prêtent faveur ; et, jusqu’à ce qu’ils aient satisfait, ceux qui ne dénoncent pas leurs coryphées ou leurs chefs11.
Au cas où la Bulle Apostolicæ Sedis aurait atténué les peines portées par les Papes précédents contre les sectaires et leurs fauteurs, il semble bien que Léon XIII les fait revivre par les lignes suivantes :
Tout ce que les Pontifes romains nos prédécesseurs ont décrété pour s’opposer aux entreprises et aux efforts des Francs-maçons, toutes les sentences prononcées par eux pour détourner de s’y affilier, ou déterminer à s’en retirer ceux qui en font déjà partie, nous le ratifions entièrement dans l’ensemble et dans chaque détail, nous le confirmons de notre autorité apostolique. Confiants dans la bonne volonté des chrétiens, nous les prions, nous leur demandons, au nom de leur salut, de se faire un point de conscience, de ne pas s’écarter d’une ligne des prescriptions du Saint-Siège en cette matière.
Par les mots : Ceux qui favorisent les sectes de quelque manière que ce soit, l’excommunication édictée par Pie IX résume celle que Clément XII a exprimée d’une manière plus explicite. Louer, prêter, procurer un appartement pour les réunions d’une loge, c’est encourir l’excommunication par le seul fait. Il en est de même d’engager quelqu’un à s’y faire inscrire, à dire qu’il ne s’y passe rien que d’honnête, encore que cela puisse être vrai de quelques tenues particulières, faites pour donner le change sur les vrais desseins des meneurs.
Mais n’est-ce pas la favoriser encore plus, que de nommer député, sénateur, conseiller général, conseiller municipal, un candidat que l’on sait devoir dans ses votes obéir au mot d’ordre de la loge ? N’est-ce pas par suite encourir l’excommunication ? Sauf meilleur avis, la conclusion ne semble pas douteuse. Comment mieux favoriser la secte qu’en investissant ses membres du pouvoir de faire les lois, alors 41surtout que l’on sait que d’horribles serments leur imposent d’exécuter ponctuellement les ordres qui leur seront transmis.
C’est certainement un très grave péché ; et s’approcher des sacrements avec la disposition de soutenir de ses votes un Franc-maçon, un sectaire, est un énorme sacrilège. Rien ne ressemble plus au baiser du traître disciple : faire du signe de l’amitié un signe de trahison ; inviter les témoins de cet acte à le livrer aussi, comme le fait l’indigne communiant.
Dira-t-on que le vote est une affaire politique à laquelle la religion n’a rien à voir ? Quel sophisme plus grossier ? Quelle a été depuis vingt-cinq ans la politique du gouvernement ? Est-ce de diminuer les charges des contribuables ? Où sont les agriculteurs, les négociants qui ne se plaignent pas de leur constant accroissement ? Est-ce de diminuer le fardeau de la dette publique, dont les intérêts grèvent si lourdement le budget ? En temps de paix elle s’est accrue de nombreux milliards. Qu’est-ce qui absorbe le temps de nos législateurs au point de ne pas leur permettre de voter à temps l’impôt annuel ; ce qui est la première raison de leur convocation ? De quoi se gonflent les pages du Journal Officiel ? de projets de lois, de discussions, de l’adoption de prétendues lois, ayant pour objet de décatholiciser la France, ainsi que l’on ne craint pas d’en faire parfois l’aveu, et que cela résulte de la direction de toute la politique. Périsse la France, plutôt que de la voir encore catholique.
Est-il possible qu’en voyant les religieux et les religieuses expulsés, la guerre déclarée au prêtre, les enterrements et les mariages civils si hautement encouragés, la religion bannie des écoles, les maîtres et les maîtresses en si grand nombre impies, des chrétiens qui ne veulent pas être apostats et se damner, n’aient pas été avertis par leur conscience, qu’ils ne pouvaient pas favoriser de leurs votes un parti à ce point déclaré contre leur foi et leur religion ?
À Dieu de juger le passé de consciences d’une bonne foi si suspecte. Aujourd’hui l’illusion n’est plus permise. Le dépouillement du clergé, la mainmise du gouvernement sur tous les édifices religieux, jusque sur les vases sacrés, la réprobation de la loi de sacrilège spoliation par le Vicaire de Jésus-Christ, la très juste résistance des catholiques à la prise de possession de la proie par les inventaires, ne permettent pas de conserver même une ombre de bonne foi.
Le prêtre doit refuser l’absolution à quiconque serait disposé à voter pour les sectaires et leurs fauteurs. Si la propagande en leur faveur est patente, et si les coupables n’ont pas donné de signes de repentir, le prêtre doit les passer à la sainte table, s’ils ont le front de s’y présenter. Mais, diront peut-être des électeurs, absorbés par les travaux des champs ou des ateliers, les candidats me sont inconnus. Je ne lis pas les journaux. Je n’en ai ni le temps, ni les moyens ? Informez-vous auprès de catholiques dignes de votre confiance, auprès de votre curé, s’il n’est pas du petit nombre de ceux que la contagion a gagnés. Il en est. Voyez de quel côté se portent ceux qui incontestablement sont dans le pays la fleur 42de l’honnêteté, et des chrétiens sérieux ; et par contre que vos candidats ne soient pas ceux des hommes turbulents et tarés.
Puisque il en est ainsi, dira-t-on peut-être, le parti le plus sûr est de s’abstenir et de ne pas se rendre aux urnes ? — Cela non plus n’est pas permis. De par la Constitution le peuple est souverain, chaque citoyen est détenteur d’une partie de la souveraineté. Il n’est pas plus permis de se désintéresser des devoirs imposés par le titre d’électeur, qu’il n’est permis à un tuteur de se désintéresser de veiller sur le pupille confié à sa garde, à un père de famille de tenir les yeux fermés sur ce qui se passe dans sa maison. Une guerre à mort est engagée entre l’Église et les sectes maçonniques. Dans ces conjonctures, il faut appliquer les paroles du Maître : Qui n’est pas pour moi est contre moi. Aussi Léon XIII nous adressait-il cet enseignement :
Sans doute dans cet immense déchaînement d’opinions insensées, c’est le devoir de l’Église de prendre en mains la défense de la vérité… mais lorsque c’est nécessaire, ce ne sont pas seulement les prélats qui doivent défendre la pureté de la foi… Chacun, ainsi que l’enseigne Saint-Thomas, est tenu de la manifester, soit pour l’instruction et la confirmation des autres, soit pour réprimer l’insolence de ceux qui l’attaquent… Le contraire est incompatible avec le salut de tous et de chacun12.
Ailleurs, dans la lettre à l’épiscopat italien, parlant de ces chrétiens qui par mollesse de cœur, par défaut de conseil, en viennent jusqu’à favoriser les entreprises maçonniques, il leur applique ces paroles de l’un de ses prédécesseurs, de Félix III :
C’est approuver l’erreur, que ne pas y résister ; c’est étouffer la vérité que de ne pas la défendre… quiconque cesse de s’opposer à un forfait manifeste, peut en être regardé comme le complice secret.
Ces pages ont été écrites pour ne pas être le complice du crime commis par les électeurs du bloc maçonnique. Puissent-elles leur dessiller les yeux. Du moins elles serviront à délivrer mon âme de prêtre, voué par été à faire écho, dans la mesure de mes forces, aux cris des Vicaires du Christ, à signaler au peuple, après eux, partout où ma faible voix peut se faire entendre, de quelle iniquité se rendent complices ceux qui favorisent, une secte dans laquelle sont entassées, amalgamées, toutes les turpitudes, toutes les erreurs vomies sur la terre par le génie du mal, ainsi que nous l’ont dit les guides suprêmes de l’humanité, les Vicaires de Jésus-Christ.
Notes
- [1]
Pour connaître tout ce que renferme de révoltantes horreurs cette mainmise de la maçonnerie sur les œuvres de charité et de bienfaisance, lire la brochure : La laïcisation des hôpitaux. Appel à tous les amis des pauvres. Paris, Oudin, 24 rue de Condé ; Poitiers, 9 rue du Chaudron d’Or.
- [2]
Voir : La laïcisation des hôpitaux, p. 13.
- [3]
Voir : La laïcisation des hôpitaux, chap. VI, comment les malades sont soignés dans les hôpitaux, p. 86.
- [4]
Si reipublicæ leges aperte cum jure divino… aut cum iis, quæ sunt de religione, officiis contradicant,… tum resistere officium, parere scelus… apparet quam sit illa seditionis injusta criminatio : non enim abjicitur principi legumque latoribus obedientia debita : sed ab eorum voluntate in iis dumtaxat præceptis disceditur, quorum ferendorum nulla potestas est, quia cum Dei injuria feruntur, ideoque vacant justitia, et quidvis potius sunt quam leges.
- [5]
La Haute-Vente, ou Alta Vendita en italien, désignait les plus hauts grades des Carbonari, membres de la Carboneria (charbonnerie), une société secrète italienne. Un document exposait leur plan d’infiltration l’Église catholique.
- [6]
Lettre de Louis Veuillot à Adolphe de Lescure, datée du 29 mai 1864 à Paris, au sujet l’ouvrage de ce dernier : Le Panthéon révolutionnaire démoli.
- [7]
Humanum genus, éd. de la Bonne Presse.
- [8]
Depuis que ces pages ont été écrites, le nombre des officiers qui se sont refusés à la sacrilège effraction s’est notablement accru. Les tribunaux militaires, sans se laisser émouvoir par les rugissements de la bête maçonnique, les ont absous. L’armée reste le suprême refuge de la conscience et de l’honneur chrétien. Les réponses des de Vesins, des de Fonlongue et d’autres encore, sont dignes de saint Maurice, de saint Sébastien, et des militaires inscrits en si grand nombre au martyrologe.
- [9]
Les convulsions de Paris, t. IV, p. 286.
- [10]
Neque causa ulla esse potest cur male erga religionem animatos liceat anteponere.
(Sapientiæ Christianæ, p. 282, éd. de la Bonne presse.) - [11]
Nomen dantes sectæ Massonicæ, aut Carbonariæ aut aliis ejusdem generis sectis, quæ contra ecclesiam vel legitimas potestates, seu palam, seu clandestine machinantur ; necnon iisdem favorem qualemcunque præstantes ; earumque occultos corypheos ac duces non denuntiantes, donec non denuntiaverint.
- [12]
Sapientiæ christianæ.