J.-B.-J. Ayroles  : Écrits divers (2024)

Études : Les diocèses de France et Jeanne d’Arc (1909)

Les diocèses de France et la Bienheureuse Jeanne d’Arc
1909

À l’approche de la béatification de Jeanne d’Arc, le père Ayroles a réuni des notes concernant les diocèses de France pouvant revendiquer un lien avec son histoire.

Note. — Ces notes ont été envoyées par Mgr Touchet aux évêques des diocèses de France, accompagnées d’une lettre datée du 25 décembre 1908.

Liste des diocèses :

Orléans, M. Marron, libraire-éditeur, 11, rue Jeanne d’Arc, 1909. — P. Pigelet et Fils, Google

Lettre de Mgr Touchet
à chacun des évêques à qui il envoya un exemplaire de l’étude du père Ayroles1

Monseigneur

Un homme remarquablement instruit des choses de la Vénérable Jeanne d’Arc, le R. P. Ayroles, a bien voulu rédiger une note sur les rapports, directs ou indirects, qui rattachent notre sainte Libératrice à un grand nombre de diocèses de France.

Le savant Jésuite ne prétend pas que son travail soit absolument complet. Lui et moi serions heureux que quelque érudit local pût nous signaler les lacunes qu’il aurait remarquées.

Telles qu’elles sont, ces pages ne paraîtront peut-être pas indignes de tout intérêt à Votre Grandeur.

C’est dans cet espoir que l’on se permet de les lui offrir respectueusement.

Daignez agréer, Monseigneur, l’hommage de mes très humbles et très cordiaux sentiments.

✝ Stanislas, évêque d’Orléans.

Orléans, le 25 décembre 1908.

7Les diocèses de France et la Bienheureuse Jeanne d’Arc
Notes du R. P. Ayroles2

Ancien diocèse de Toul

La Vénérable Jeanne d’Arc appartient par les 17 premières années de sa vie au seul diocèse de Toul, diocèse vraisemblablement le plus étendu de l’ancienne France. On trouvera, dans la Vraie Jeanne d’Arc, t. II, p. 72-74, sur le diocèse, et l’évêque du temps, divers détails intéressants, complétés par la lecture des pages 86-87. Étienne Hordal, doyen du Chapitre de Toul, qui était, ou se donnait, comme un des arrière-neveux de la Libératrice, fit élever, dans la cathédrale de Toul, une statue à son arrière-grand-tante, et bâtir au Bois-Chenu la chapelle, dont les décombres ont été mis à nu en 1869 (II, 315).

La Pucelle a comparu devant l’officialité de Toul, pour l’affaire des fiançailles.

Le diocèse de Toul n’ayant pas été rétabli par le Concordat, trois diocèses se sont enrichis de lieux marqués par le souvenir de la Pucelle : ce sont Nancy, Saint-Dié, qui n’existaient pas comme diocèses, au temps de Jeanne d’Arc, et Verdun.

Nancy

Comme évêque de Toul, l’évêque de Nancy peut, en quelque sorte, revendiquer Jeanne comme sa diocésaine. On sait, en outre, que, mandée par le due Charles II, malade, elle lui fit, avec la liberté d’un prophète, des observations sur le scandale de ses 8mœurs (II, 171). De Nancy, elle fit le pèlerinage de Saint-Jean-Nicolas-du-Port (II, 296).

Saint-Dié

Saint-Dié est possesseur du berceau de la Bienheureuse. Il est donc rattaché à Jeanne d’Arc par la vie à Domrémy, la fuite et le séjour à Neufchâteau. Je ne sais si l’ermitage de Bermont, où Jeanne aimait tant à prier, appartient au diocèse de Saint-Dié, ou de Verdun. Un point qui a son importance et n’a été relevé que dans la Vraie Jeanne d’Arc (II, 85), la paroisse de Greux-Domrémy était tenue en commande, depuis 1263, près de deux siècles, par la collégiale de Saint-Nicolas-de Brixey. - Brixey est sur la rive droite de la Meuse, sur une hauteur, à 12 ou 15 kilomètres de Greux-Domrémy. — J’ignore auquel des trois diocèses appartient cette paroisse, dont l’ancien Chapitre nommait les curés de Greux-Domrémy, et touchait les dîmes, après portion congrue au desservant (II, 86). Je crois, sans en être certain, que Brixey-sur-Meuse, en face de Domrémy, appartient au diocèse de Saint-Dié. — La Vénérable devait s’y rendre souvent pour vénérer sainte Catherine, dont la fête est encore chômée dans la localité ; elle devait visiter, dans la même direction, Moncel, paroisse dédiée à saint Michel, aujourd’hui détruite et rattachée à Apponcel (II, 83).

Verdun

Verdun possède actuellement Vaucouleurs, Burey le-Petit, aujourd’hui Burey-la-Côte, où Jeanne a séjourné durant six semaines, auprès de son parent Laxart, l’humble paysan qui est comme le Mardochée de notre Esther. J’ai déjà dit ignorer si Bermont est du diocèse de Saint-Dié ou de Verdun. J’ai le même doute sur Vouthon, où est née la vénérable mère de notre Vierge. J’incline pour Verdun.

Langres

Le père, Jacques d’Arc, est-il né à Ceffonds ? On le dit, et on l’imprime ; cela n’est pas prouvé ; si cela était, ce serait un précieux souvenir pour Langres. Domrémy était politiquement du bailliage de Chaumont, de la généralité de Langres, c’est-à-dire de la circonscription financière de cette ville. Contre tous les contemporains, en vertu de ces titres, on conteste à la Vénérable le titre de Lorraine, et l’on veut en faire une Champenoise. J’ai donné les raisons pour lesquelles elle doit être dite Lorraine (II, p. 272, tout un chapitre). Si je le refaisais, je serais plus accentué. Même 9dans mon enfance, la division ecclésiastique l’emportait justement sur la circonscription politique. L’on disait paroisse, et non pas commune.

Si Andelot, ou Monteclère, est du diocèse de Langres — ce dont je ne suis pas certain — Langres peut revendiquer d’avoir donné Jean Le Canonnier, si fameux par ses joviales prouesses. Il a combattu, avec la Libératrice, à Orléans, à Jargeau, et même à Compiègne (II, p. 386).

Troyes

La Vénérable a conduit Charles VII à Troyes, et l’y a introduit, alors que l’on songeait à rétrograder. (III, 96 : IV, 184, 185 et alibi). Laiguisé, l’évêque, n’était pas acquis au parti français avant l’arrivée de Jeanne, ainsi que l’a rêvé Siméon Luce, qui a bâti sur cela plusieurs contes ; mais il a contribué beaucoup à persuader aux habitants d’ouvrir leurs portes, et il a été le principal négociateur des conditions de la soumission. Encore que je n’aie pas souvenir de l’avoir lu, il a dû assister au sacre, et tenir la place de quelqu’un des pairs ecclésiastiques absents. Avant d’arriver à Troyes, de Saint-Phal, Jeanne a écrit aux Troyens une lettre très courte, mais pleine de choses. Elle a ménagé au roi une digne entrée, a arrêté les prisonniers français qu’amenait, en se retirant, la garnison anglo-bourguignonne, parce qu’ils avaient été oubliés dans la capitulation. Au retour de Paris, elle écrivit de Gien, aux Troyens, une lettre perdue.

Châlons

L’évêque a dû se trouver à la tête des notables, qui, à la suite de la soumission de Troyes, vinrent faire leur soumission au roi, à Lestrées. L’évêque était un Sarrebruck. Au sacre, il fut, par son titre, un des pairs ecclésiastiques. Il était, avec Regnault de Chartres, le seul qui le fût par son siège, à moins qu’il n’y eût celui de Laon ; ce qui me parait fort douteux. Les autres furent suppléés. À Châlons, Jeanne fut rejointe par six de ses compatriotes de Domrémy, parmi lesquels, sans doute, se trouvait son père, avec Morel, un de ses parrains, Laxart, son parent, Gérardin, son voisin. Je ne crains que la trahison, leur dit-elle. Pressentiment trop fondé. Il n’y avait de regards que pour elle.

Reims

Le seul nom dit ce que cette ville du sacre est pour l’héroïne ; elle écrit de Reims, le jour du sacre, sa belle lettre au duc de Bourgogne, presse le roi de se rendre à Saint-Marcoul, pour 10de là voler sur Paris. Dans la suite, elle a écrit plusieurs fois aux habitants de Reims. M. de Maleyssie possède les originaux de deux de ces lettres, pleines d’intérêt. Son père a fait un assez long séjour à Reims. Le président de la commission de la réhabilitation est Juvénal des Ursins, archevêque de Reims, un des prélats les plus remarquables de son temps.

Cambrai

Beaurevoir, lieu de la captivité de Jeanne d’Arc, était-il du diocèse de Cambrai ? Je n’oserais l’affirmer. Il est sur la frontière du Vermandois et du Cambrésis, et, aujourd’hui, est du diocèse de Beauvais. Ce qui me fait douter, c’est que la gardienne des ruines m’a dit que ces imbéciles du Cambrésis, en venant à Beaurevoir, disent venir en France. Mes souvenirs ne me présentent pas d’autre lien avec Jeanne d’Arc, pour Cambrai. (Voir page 26.)

Tournai

Ce n’est pas à cause de son évêque du temps, de Thoisy, que l’évêque de Tournai devrait se trouver aux cérémonies de la Béatification, mais bien à cause de l’attachement tout particulier des habitants à la cause française et à la Pucelle. Il y a eu échange fréquent de lettres entre les Tournaisiens et la Pucelle. Nous n’en possédons qu’une (IV, 52). Ils ont envoyé un secours pécuniaire à la Pucelle, prisonnière à Arras (IV, 409-411). Quoique renfermée au milieu des États du duc de Bourgogne, et quoique son évêque, de Thoisy, fût chancelier du duc de Bourgogne et très attaché à sa cause, il n’est pas de ville qui ait donné à la cause française plus de marques d’inviolable attachement que Tournai.

Arras

Jeanne y a été prisonnière pendant près de deux mois. (Voir la plaquette du chanoine Debout.)

Amiens

Captivité au Crotoy. Elle y fut détenue avec Nicolas de Quiefville, chancelier du Chapitre d’Amiens, personnage important, attaché au parti français. Il entendait Jeanne en confession et lui rendit, dans la suite, un excellent témoignage. Elle reçut au Crotoy la visite des dames d’Abbeville, et, ce semble, plusieurs fois, comme elle avait reçu les notables de Saint-Riquier, lorsqu’elle fit halte à Drugy, près de cette ville (III, 378-381, cf. IV, 55). Le château de Beaulieu, en Vermandois, ne serait-il pas aujourd’hui du diocèse d’Amiens ? Jeanne y fut prisonnière, avant 11d’être conduite à Beaurevoir, mais j’ignore ce qu’il en est. Abbeville, quoique soumis au Bourguignon, était français de cœur (III, 377).

Beauvais

Jeanne n’a jamais été à Beauvais, mais le nom seul dit assez quels souvenirs la rattachent à cette ville épiscopale. On sait quel profond attachement elle avait pour Compiègne, où elle est venue quatre fois. C’est par amour pour Compiègne qu’elle s’est précipitée du haut de la tour de Beaurevoir. (Voir la table analytique, au mot Compiègne.) Montépilloy, Senlis, Crépy-en-Valois, Pont-l’Évêque, ont été, en diverses circonstances, visités par elle, une ou plusieurs fois. Beaurevoir est actuellement du diocèse de Beauvais. D’après Gilles de Roy, chroniqueur bourguignon, mais saint religieux, Jeanne aurait été conduite à Noyon pour être montrée à la jeune duchesse de Bourgogne (III, 459).

Compiègne

Compiègne fut miraculeusement délivré à la suite d’un vœu fait à Notre-Dame, à Senlis, par le comte de Vendôme, le Bourbon, dont la race est montée sur le trône avec Henri IV. Les saintes avaient promis à la prisonnière la délivrance de Compiègne ; elles priaient avec elle à cette fin. Leurs prières, présentées par Notre-Dame, n’ont pas dû être étrangères au fait regardé comme miraculeux. Beauvais, Compiègne, Beaurevoir trois noms douloureux pour les amis de Jeanne d’Arc. Motif d’expiation. Raphanel, confesseur de la reine, un Franciscain, examinateur de Jeanne à Poitiers, ne tarda pas à être appelé au siège de Senlis, où il fit briller les vertus d’un saint.

Lorsque Charles VII, maître de Rouen, pensa à faire réviser le procès, il en donna commission à Bouillé, doyen de Noyon. Bouillé fit les premières informations. Il a écrit un mémoire inséré au procès de réhabilitation.

Soissons

Jeanne y a séjourné trois jours, avec l’armée, dans la marche triomphale qui a suivi le sacre. Elle n’a pas été à Laon, qui fit sa soumission en envoyant les clés à Vailly. Le roi, qui y était attendu, n’y vint pas, ni la Pucelle non plus. Il faut cependant lui faire honneur de la soumission des villes et des forteresses du Laonnais, de la Brie, du Soissonnais, etc., car, dit l’historiographe Jean Chartier, il ne s’est fait rien, dont il faille parler, que ce ne soit par l’entreprise de la Pucelle. Elle envoyait de ses hommes, 12écrit un chroniqueur, dire aux barrières des villes, devant les forteresses : Rendez-vous au Roi du ciel et au gentil roi Charles. Plusieurs se rendaient, mais si l’on résistait, elle y allait elle-même, et l’on se rendait.

Corbigny ou Saint-Marcoul n’est-il pas du diocèse de Soissons ? Jeanne d’Arc s’y est rendue avec Charles VII. C’était l’usage, pour remercier saint Marcoul, auquel les rois devaient le privilège de guérir du mal des écrouelles. Les scrofuleux y accouraient en foule.

Château-Thierry est, je crois, du diocèse de Soissons.

C’est faussement que l’on dit qu’elle a été à Liesse. On confond avec la fausse Jeanne d’Arc. Une tradition, qui n’est pas sans vraisemblance, veut qu’elle se soit arrêtée au village de Sainte-Marguerite, paroisse de Bucy. (Voir IV, 421.)

Jeanne revint à Soissons, quelques jours avant sa prise. Elle faisait ce détour, afin de passer l’Aisne, et venir tomber sur le Bourguignon occupé à assiéger Choisy, avant-poste de Compiègne. Le gouverneur Guichard Bournel ne voulut pas recevoir l’armée qui se débanda ; il aurait admis seulement la Pucelle et Regnault de Chartres ; et, après leur départ, il livra la ville aux Bourguignons, au grand mécontentement de Jeanne.

Je ne suis pas fixé sur le diocèse auquel appartiennent Provins, Montmirail, Lamothe-Nangis, Coulommiers, Lagny-le-Sec, que Jeanne a du traverser avec l’armée.

Meaux

La Pucelle passa par Lagny, Provins, Bray-sur-Seine, en revenant de Paris ; mais c’est surtout après qu’elle eut quitté Sully, à la fin de mars 1430, qu’elle alla à Lagny, qui semble avoir été son point d’attache. C’est là qu’elle a ressuscité un enfant mort sans baptême, remporté sa dernière victoire contre Franquet-d’Arras. Dans la semaine de Pâques, 16 avril, elle reçut, sur les fossés de Melun, révélation de ses voix qu’elle devait être prise avant la Saint-Jean. Sous Dammartin, où elle n’est pas entrée, je crois, on montre à Thieux la porte par laquelle elle allait du château à l’église. Je ne me porte pas garant de la tradition qui m’a été racontée sur les lieux.

Un des approbateurs de Jeanne à Chinon et à Poitiers fut Pierre de Versailles. Il était alors abbé de Talmont, au diocèse de Luçon. Il fut dans la suite successivement évêque de Digne et de Meaux. C’est un grand homme, défenseur intrépide des privilèges de la 13chaire apostolique. Il serait à souhaiter que quelque Bénédictin nous donnât la vie de ce fils de saint Benoît, appelé par le roi et le Pape au maniement des affaires les plus délicates (I. 8, et l’Université au temps de Jeanne, p. 67).

Sens

Dans la retraite de Paris, le roi et par suite la Pucelle passèrent devant Sens qui ne fit pas obéissance. Le roi passa l’Yonne à gué un peu au-dessous de la ville, d’où, par Courtenay, Châteaurenard et Montargis, il vint à Gien (III, p. 42).

Auxerre

En venant à Chinon, la Vénérable entendit deux messes dans la grande église. En partant de Gien pour l’expédition du sacre, elle devança le roi devant les murs de la ville ; mais, au prix de deux mille écus donnés à La Trémoille, les habitants obtinrent de ne faire qu’une soumission subordonnée à celles de Troyes, de Châlons, de Reims. De Brienon-l’Archevêque, Charles VII écrivit aux habitants de Reims de se préparer à le recevoir. Saint-Florentin se soumit sans résistance.

Paris

Nulle part, la Bienheureuse n’a été plus détestée qu’à Paris. Cependant, elle y avait des partisans ; mais la grande ennemie de Jeanne, l’Université anglo-bourguignonne et archigallicane, y soufflait la haine de la Libératrice. Une conspiration pour introduire Charles VII, et connue de Jeanne, y fut ourdie, lorsqu’elle s’échappa de Sully pour aller combattre aux bords de la Marne. La conspiration fut découverte et fortement réprimée. L’objectif de la Vénérable était Paris ; elle y serait entrée, si elle n’avait pas été trahie.

Lorsque Charles VII y fit son entrée en novembre 1437, la bride de son cheval était tenue par le fidèle d’Aulon, le maître d’hôtel de Jeanne si dévoué à sa personne. C’était dire que la maîtresse qu’il avait si bien servie y introduisait celui qu’elle y aurait introduit personnellement, si on ne l’avait pas fait échouer, et ramenée, malgré elle, vers la Loire.

Le procès de réhabilitation s’est ouvert à Notre-Dame. Le chancelier Robert Cybole, de Montigny, professeur de décret, ont fait chacun un mémoire en faveur de l’acte réparateur. Guillaume Chartier, évêque de Paris, est un des quatre juges pontificaux. Maugier, avocat de la Cause, est de l’Université de Paris.

Pendant que Jeanne était prisonnière à Beaurevoir, l’excellente 14Pierronne de Bretagne fut brûlée à Paris, parce qu’elle soutint constamment que Jeanne était bonne et envoyée par Dieu.

La Pucelle a passé autour de Paris du 25 août au 13 septembre 1129 ; elle était le plus souvent à Saint-Denis ; mais les chroniques signalent, comme lieux où elle a été, La Chapelle-Saint-Denis, d’où elle est partie le matin, et où elle est rentrée bien avant, dans la nuit du 8 septembre ; Montmartre, d’où elle observait le ville ; un moulin à vent inter suburbia urbis, où elle montait pour la même fin ; c’est, ce semble, vers le quartier Saint-Laurent (Voir IV, p. 25 et sq).

Rouen

La ville de Rouen, théâtre du supplice, n’était pas hostile à la martyre. La crainte des Anglais, dont le roi, avec la cour, se trouvait à Rouen durant le procès, comprimait les sentiments de sympathie, réels dans bien des cours Le haut-clergé, qui, d’après le droit, devait répondre aux consultations sur les questions de foi, témoigna de la répugnance à faire connaître son sentiment, l’exprima à la Normande, comme lorsqu’il disait que la condamnation qu’il prononçait s’entendait au cas où les révélations ne seraient pas divines. Ce qui était la question même : il dit s’en rapporter à ce que déciderait l’Université. Quand arriva la sentence dogmatique de l’Alma Mater, après laquelle il ne restait plus d’espérance de sauver l’accusée, il opina en masse avec la corporation.

C’est un Normand qui a donné le branle à la réhabilitation, le cardinal d’Estouteville. Il l’a servie de son crédit, qui était fort grand, à Rome et par le célèbre canoniste Paul Pontanus et le grand théologien, Théodore de Lellis, qu’il amenait dans sa légation (I, 233 ; 211 ; 261). Lors de la réhabilitation, d’Estouteville était archevêque de Rouen, mais archevêque non résident, car il possédait une foule d’archevêchés, d’évêchés, de grosses abbayes. Il fit sacrer trois évêques pour remplir dans le diocèse les fonctions d’ordre, tandis qu’un grand-vicaire remplissait les fonctions de juridiction. D’Estouteville, par sa grand-mère, une belle-sœur (et non pas une sœur, comme je l’ai dit) de Charles V, dame d’Harcourt, se trouvait parent de Charles VII. Un d’Harcourt, Christophe, était à la cour, lorsque Jeanne y parut ; il était présent, lorsque Jeanne, à la demande de Charles VII, disait comment, dans ses difficultés, elle s’adressait à ses saintes, qui lui répondaient : Va, va, fille de Dieu (Voir la déposition de Dunois, IV, 183-184).

15Le canoniste Lohier, de passage à Rouen, eut le courage de répondre à Cauchon, qui le consultait, que le procès était nul pour plusieurs causes. Mais il se hâta de fuir à Rome, où il mourut doyen de la Rote. (Voir la table analytique). Il était du diocèse de Rouen et y possédait une cure. (Voir de Beaurepaire, Recherches sur le procès de condamnation). L’on doit au regretté archiviste de précieuses notes sur les prêtres qui s’honorèrent en résistant à l’iniquité, tel Houppeville qui fut mis en prison ; Richard Grouchet, dont la déposition est si intéressante. Cauchon fut très mécontent de l’opinion qu’avec Pigache et Minier il émit sur le procès (V, 112). La plupart des témoins entendus à la réhabilitation sur les scènes de Rouen sont de la ville, ou du diocèse. Nous leur devons en grande partie la connaissance du drame : tels Manchon, Martin Ladvenu, Massieu, etc…

Thomas Basin, par sa naissance à Caudebec, appartient à Rouen, et, comme évêque de Lisieux, au diocèse dont relève aujourd’hui Lisieux. Je l’ignore. Voir la notice (I, 313, etc.). Il est l’auteur d’un mémoire remarquable pour la réhabilitation ; il fut un des premiers à voir le procès de condamnation, après l’entrée de Charles VII à Rouen. Dans son histoire de Charles VII il a de belles pages sur la Pucelle, notamment sur l’innocence de la Vénérable, et la haine que lui avaient vouée les Anglais (III, 230 et sq. et surtout 240 et s.).

Bayeux

Bayeux a donné naissance aux trois frères Chartier, qui, tous, ont bien mérité de la Pucelle. Alain Chartier, le grand littérateur de l’époque, poète, prosateur, moraliste, a écrit, après Patay, la belle lettre à un prince inconnu sur la Vénérable (II, 251). Jean, historiographe de France, lui rend le beau témoignage cité :

Il ne se fit rien, dont il faille partir autrement que par l’entreprise de la Pucelle.

Guillaume Chartier prononça la sentence de réhabilitation avec ses trois collègues. Les trois frères habitèrent peu, je crois, le lieu d’origine. Zanon, évêque de Lisieux, consulté par Cauchon, avait rendu une sentence très dure.

Évreux

L’âme de la réhabilitation, le Grand-Inquisiteur Jean Bréhal, entra chez les Dominicains, au couvent d’Évreux. J’ignore s’il était originaire de la ville ou du diocèse. Il soutint vaillamment les privilèges des Ordres Mendiants, si odieux à l’Université, qui les retranchait de son sein, et leur fermait les chaires de la capitale, s’ils n’y renonçaient pas (I, 237, etc.).

16Un des premiers qui aient composé des mémoires en faveur de la Vénérable fut un enfant du diocèse d’Évreux, Robert Ciboule, né à Ourches, près de Breteuil. Il était chancelier de l’Université. Il fut un des grands personnages de l’époque. Le confesseur du roi, Gérard Machet, lui écrivait : Viro sane inter doctos et eruditos sapientissimo R. Cybole. [Un homme assurément des plus sages parmi les savants et les érudits.] (I, 271, etc.) Sa vie offrirait matière à un beau travail à quelque ami des gloires du diocèse d’Évreux.

Séez

L’évêque de Séez, au temps de la Pucelle, était Robert de Rouvres, frère de lait de Charles VII. Il résidait habituellement auprès de son royal frère. Il a examiné Jeanne à Chinon, à Poitiers ; il a suppléé, au sacre, un des pairs ecclésiastiques absents ; Cauchon peut-être. Il a signé les lettres d’anoblissement, si remarquables en faveur de la Pucelle, de Guy de Cailly, les lettres d’anoblissement de Jeanne et de sa famille, et vraisemblablement celles de l’exemption d’impôts de Greux et de Domrémy. Il fut dans la suite transféré au siège de Maguelone, ou Montpellier. C’est sous le nom d’évêque de Maguelone que les témoins le désignent à la réhabilitation.

Alençon est, je crois, du diocèse de Séez. Il ne faut pas juger le duc d’Alençon, par la fin de sa carrière, de ce qu’était celui que la Vénérable appelait son beau duc, et auquel elle témoigna une particulière confiance. Il s’annonçait alors comme un prince accompli. Après la délivrance d’Orléans, à laquelle il ne put pas assister, parce qu’il n’avait pas fini de payer sa coûteuse rançon, il fut déclaré lieutenant général du roi, pour le fait de la guerre, avec ordre de se conformer à la direction de la Pucelle ce qu’il fit. Jusqu’à la dispersion de la plus patriotique des armées, à Gien, il se fit un devoir de seconder l’héroïne. Il la demanda pour aller faire la guerre en Normandie, certain qu’il suffirait de sa présence pour reformer l’armée dispersée ; c’en fut assez pour qu’ils ne se vissent plus (III, 171).

Coutances, Avranches

L’évêque d’Avranches, au temps de la Pucelle, était Saint-Avit que les Anglais détenaient à Rouen. Consulté sur le procès, il répondit que la cause relevait du Saint-Siège, avis que Cauchon s’abstint d’insérer, tout comme il n’a pas inséré la première délibération du Chapitre de Rouen. (Voir sur Saint-Avit, V, 368-369.)

L’évêque d’Avranches, lors de la réhabilitation, était Jean Bochard, 17dit de Vaucelles, du faubourg de ce nom, dans la ville de Saint-Lô, où il était né. C’était un homme du plus grand mérite (I, 437). Étant venu à Paris, les commissaires apostoliques lui firent, ainsi qu’il le dit, un commandement de donner son avis sur le procès. Il l’a fait dans un traité assez court inséré au procès de réhabilitation. Le cardinal Richard de Longueil, évêque de Coutances, fut l’un des quatre délégués pontificaux. Encore une des belles figures épiscopales du temps (Voir I, p. 613). Utinam multes Constantienses haberemus [Si seulement nous avions beaucoup de Coutançais.], disait Pie II.

Chartres

Saint-Avit, dont je viens de parler, était originaire de Châteaudun. Parmi ceux qui se distinguèrent à la suite de Jeanne d’Arc dans la délivrance d’Orléans, le Journal du Siège signale Florent d’Illiers, capitaine de Châteaudun, qui entrait à Orléans, un jour avant la Libératrice, à la tête de quatre cents combattants. La reprise de Janville, l’abandon de plusieurs forteresses de la Beauce, telles que Mont Pipeau, Saint-Sigismond, furent la suite de la victoire de Patay. J’ignore si Patay était, ou est encore du diocèse de Chartres ou d’Orléans. Un vicaire de Chartres, qui devait être le cardinal Pie, faisait, à la fête du 8 mai 1844, un panégyrique, placé depuis en tête de ses œuvres, qui n’a été que rarement égalé, si toutefois il l’a été.

Orléans

Ce n’est certes pas à moi à apprendre ce que Jeanne a été et est pour Orléans. Après avoir, durant près de cinq siècles, payé à la Libératrice le tribut que la France entière lui devait et lui doit, Orléans mettra le couronnement au passé, en faisant monter la Vénérable sur les autels, et, par suite, en amenant la France à se montrer enfin reconnaissante.

Orléans est la seconde patrie de la Pucelle.

Blois

Jeanne y a séjourné, pendant plusieurs jours, avant de prendre son chemin vers Orléans. Elle y a fait bénir sa bannière dans l’église Saint-Sauveur, aujourd’hui détruite, a signifié à son armée d’avoir à se confesser et à laisser tout bagage de péché. Elle y est revenue après la délivrance d’Orléans. Elle a séjourné à Selles, à Saint-Aignan, passé à Romorantin.

Louis de Bourbon, comte de Vendôme, a toujours combattu, avec elle, jusqu’à Paris.

Le confesseur du roi, Gérard Machet, qui l’a examinée particulièrement 18et agi sur son royal pénitent, était, je crois, originaire de Blois.

Tours

Tours avait envoyé 600 livres pour soutenir le siège d’Orléans. L’on dirait que saint Martin a voulu armer la Pucelle ; l’épée lui ayant été envoyée de Sainte Catherine de Fierbois, et la bannière ayant été confectionnée autour de son tombeau par Heuves Polnoir. On sait la reconnaissance de la Vénérable. En janvier 1430, elle demandait à la ville de faire un don de cent écus à Héliote, fille du peintre, qui se mariait. Le don fut considérablement réduit. On donna du pain et du vin pour la noce. Les registres allèguent la pauvreté de la ville ; il semble, à la rédaction, que l’échec contre Paris et La Charité avait quelque peu ébranlé la foi dans l’envoyée du Ciel. Cependant, à la nouvelle de sa prise, on fit, à Tours, des processions, auxquelles prit part, pieds nus, le clergé séculier et régulier. C’est pendant que Jeanne surveillait la confection de son étendard qu’elle fit connaissance de F. Paquerel, religieux Augustin de cette ville, et qu’elle le choisit pour son confesseur. Après le siège d’Orléans, le roi vint la rejoindre à Tours. Elle y séjourna plusieurs jours. Chinon, Sainte-Catherine de Fierbois, Loches appartiennent au diocèse de Tours. Tous ces lieux sont marqués particulièrement dans l’histoire de la Vénérable.

Poitiers

Poitiers envoya, dès la première heure, 900 livres au secours des Orléanais. C’est là que l’envoyée du ciel a reçu ses lettres de créance. Non seulement son évêque, Hugues de Combarel, mais des membres de son Chapitre, plusieurs religieux, entre autres de l’ordre de Saint-Dominique, des membres du Parlement prirent part à l’examen. Le nom de Jeanne d’Arc fut donné à l’une des tours de la ville.

La Rochelle

La Rochelle envoya 400 livres aux Orléanais. Le greffier de la ville a inséré, dans ses registres, un récit de l’histoire de la Pucelle jusqu’au retour de l’armée à Gien. On y lit plusieurs particularités que l’on ne trouve pas ailleurs. Les nouvelles de chaque victoire provoquaient aussitôt de multiples actions de grâces et des réjouissances. On y voit aussi que plusieurs Rochellois étaient dans l’armée de la Libératrice.

Bourges

La Vénérable est restée à Bourges durant trois semaines, dans la maison de demoiselle de La Touroulde, dame 19de Bouligny, qui a fait, à la réhabilitation, une intéressante déposition. Elle y a préparé la seconde expédition de la Loire. Elle a dû y revenir après l’échec contre La Charité, au moins à Mehun-sur-Yèvre. Les lettres d’anoblissement sont datées de Mehun-sur-Yèvre, décembre 1429). Plusieurs villes du Berry sont marquées par le passage de la Vénérable : Selles, Montfaucon, aujourd’hui Villequiers, où elle démasqua l’aventurière Catherine de La Rochelle. Elle a dû passer, en grande partie, les trois ou quatre mois, où elle fut condamnée à une oisiveté, qui lui pesait si fort, dans le Berry, sous la main de la Trémoille. Nous manquons de détails sur cette période. Nous savons qu’elle était à Jargeau, à la fête de Noël. Les comptes de la ville d’Orléans nous montrent qu’elle y était festoyée, le 19 janvier. Nous savons qu’elle s’est évadée de Sully, sur la fin de mars, pour aller combattre sur les bords de la Marne. C’est à peu près tout, à ma connaissance.

Bourges a envoyé à Orléans des secours en hommes et en argent. Le maréchal de Boussac a été un des plus fidèles défenseurs d’Orléans ; il a constamment combattu auprès de la Libératrice jusqu’au retour à Gien. À Reims, il fut des quatre délégués qui allèrent à l’église Saint-Rémy demander à l’abbé de porter la sainte ampoule, l’accompagnèrent à l’aller et au retour Bourges a célébré, jusqu’à la Révolution, la délivrance d’Orléans par une procession qui avait lieu le dimanche après l’Ascension.

Nevers

Nevers se rattache à l’histoire de Jeanne d’Arc par la prise de Saint-Pierre-le-Moûtier, et par l’échec contre La Charité.

Moulins

Moulins envoya deux cents livres de poudre à canon à Orléans (relevé dans les comptes qui existent encore). Les habitants sont convoqués, le 25 octobre 1429, pour asseoir deux fouages et demi pour la délivrance de Saint-Pierre-le-Moûtier. Saint-Pierre était délivré le 9 novembre, puisque de cette ville (de Moulins) Jeanne écrit aux habitants de Riom une lettre encore conservée, dans laquelle elle annonce la prise de Saint-Pierre, et demande munitions et secours pour le siège de La Charité.

Moulins, capitale du Bourbonnais, était la résidence, quand il n’était pas à la cour ou à la guerre, de l’aîné des Bourbons. Le chef était prisonnier à Londres ; son fils, Charles de Bourbon, était alors comte. Ce personnage, beau comme un Absalon, très verbeux, plus vaniteux, intervient dans l’histoire de Jeanne d’Arc. Il fut 20cause de l’ignominieuse journée de Rouvray, et quitta Orléans, le 18 février, avec deux mille défenseurs, avec l’évêque. J’ignore si cet évêque, un Écossais, Jean de Saint-Michel, était à Orléans durant la présence de la Libératrice ; mais il était au sacre et représentait un des pairs ecclésiastiques absents. J’en reviens à Charles de Bourbon : il est dit qu’à Chinon, quand Jeanne fut introduite, il faisait le personnage du roi, tandis que son cousin de Vendôme introduisit la paysanne. Il a fait la campagne du sacre ; et à Reims, il représentait un des pairs laïques ; il était encore au siège de Paris.

Il avait conduit une nombreuse noblesse du Bourbonnais et de l’Auvergne. Il portait le titre de comte de Clermont à la Journée des Harengs ; si une partie sortit avec lui, au 18 février, elle revint pour la délivrance et les campagnes de la Loire et du sacre.

Clermont

Les États d’Auvergne s’imposèrent, en novembre 1428, à trente mille livres, et en avril, à treize mille écus pour secourir Orléans. On a le regret de dire qu’une faible partie put être levée, ou qu’elle fut détournée à d’autres destinations. Cependant il en arriva quelque chose à Orléans.

Jeanne écrivit aux habitants de Clermont pour demander secours pour le siège de La Charité. Les registres mentionnent un envoi intéressant. Elle y est dite messagère de Dieu (IV, 403).

Le Puy

Il y avait communication de prières entre les Chapitres de Toul et du Puy-en-Velay. Le Puy est en tête des cinq Chapitres avec lesquels le Chapitre avait établi cette spéciale confraternité. Les docteurs de Poitiers font valoir, comme motifs de confiance en un secours surnaturel, les prières du pauvre peuple. Or, précisément lorsqu’ils examinaient la jeune Lorraine, avait lieu le grand pardon du Puy. Il a lieu toutes les fois que la fête de l’Annonciation coïncide avec le Vendredi-Saint. Le concours, qui avait alors lieu, est inimaginable. Il n’est pas dépassé par ceux que nous voyons à Lourdes, alors une des dépendances de Notre-Dame du Puy.

Au jubilé de 1429, trente deux personnes périrent étouffées par la presse. Jeanne était représentée au jubilé par sa mère et quelques chevaliers qui l’avaient amenée à Chinon, et probablement à sa demande. Ils y rencontrèrent Paquerel, moine Augustin qu’ils connaissaient, lui parlèrent de la jeune Lorraine, et à leur retour le présentèrent à Jeanne qui dès lors en fit son confesseur et aumônier. La belle 21mère de Charles VII, Yolande, avait fait le pèlerinage du Puy en 1419. Charles VII y passa trois jours, lorsque se concluait le traité de Troyes ; il assista aux offices de l’Ascension, il fut reçu chanoine. L’année suivante, à la suite de la victoire de Baugé, il y envoyait un étendard pris sur l’ennemi. Après la défaite de Verneuil, il y passa près d’un mois avec la reine. Chaque jour, du château d’Espaly, sa résidence, il gravissait, malgré l’hiver, les rudes pentes du Mont Anis, environ 1.200 mètres de distance.

Lyon

Gerson, qui habitait Lyon, n’aurait pas pu composer si promptement son traité, s’il n’avait pas été tenu au courant de ce qui concernait la Pucelle par ses amis, Gérard Machet, Pierre de Versailles. Il devait en faire part autour de lui. Ce qui confirme la conjecture, c’est que Rosethlaher, ambassadeur du duc de Brabant, écrit de Lyon, à la date du 22 avril, le fameux passage que l’on peut encore lire à Bruxelles sur les registres de la chambre des comptes. La Pucelle promet de délivrer Orléans, elle y sera blessée, sans en mourir (III, 540). Mathieu Thomassin, dont il va être parlé, est né à Lyon.

Grenoble

Membre du Conseil Delphinal, Mathieu Thomassin reçut de Louis XI, qui n’était encore que Dauphin, mais en cette qualité était en possession du Dauphiné, commandement de composer le registre Delphinal. Il y inséra un sommaire de l’histoire de la Libératrice, intéressant à plusieurs titres. Environ trois cents chevaliers ou écuyers dauphinois tombèrent à Verneuil pour la cause de la France. Il y en avait cependant au siège d’Orléans, et à la suite de Jeanne d’Arc ; l’un d’eux, de Saint-Vallier, fit tant avec ses gens, à l’assaut contre Paris, qu’il mit le feu au boulevard et à la barrière de la porte Saint-Honoré.

Les oraisons composées pour la délivrance de la Pucelle ont été retrouvées dans un évangéliaire, sur lequel l’on prêtait serment au parlement de Grenoble.

M. Meyer a trouvé, sur le feuillet de garde d’un procès que soutenait la ville de Romans et qui fut clos en 1431, c’est une chanson d’adieu aux Anglais, chassés par le vouloir du roi Jésus et Jeanne la bonne Pucelle. Elle ne manque pas de piquant (IV, 317). Romans est aujourd’hui du diocèse de Valence.

Le lendemain de la victoire de Patay, Charles VII annonçait à ses féaux et amis, gens du Conseil du Dauphiné, la merveilleuse 21victoire. Rebuteau, magistrat de Lyon, donnait au porteur un billet, où il ajoutait des détails ; ce qui suppose que Lyon avait reçu pareille missive (III, 328).

Gap
Ancien diocèse d’Embrun

Embrun fait partie aujourd’hui du diocèse de Gap. Or, Jacques Gelu, archevêque d’Embrun, a sur la Pucelle des pièces de tout intérêt. Défiant d’abord, il écrivit ensuite un traité sur la Pucelle, donne des conseils à Charles VII, écrit à la belle-mère du roi pour qu’elle exhorte son gendre à se montrer clément, comme le demande la Pucelle ; à la nouvelle de la catastrophe de Compiègne, veut que l’on fasse des expiations ; il est vraisemblablement l’auteur des prières composées pour la délivrance de la captive. (Voir la Pucelle devant l’Église de son temps, table alphabétique). Jean Girard, président du tribunal Delphinal, était à la cour, quand la Pucelle arriva. Il donna avis à Gelu de la nouvelle venue. Il devait, dans moins de dix ans après, monter sur le siège archiépiscopal d’Embrun.

Brignoles

J’ignore à quel diocèse Brignoles appartient. Dans un livre de comptes, on a trouvé qu’un gros fut payé aux ménétriers, qui parurent à la procession de reconnaissance, faite à la suite des nouvelles arrivées de cette Pucelle, qui était dans les contrées de France (IV, 401).

Digne

D’Estouteville a été, pendant quelque temps, évêque de Digne, où il ne parut probablement jamais. Par son testament, il légua 400 écus comme restitution des revenus perçus. Pierre de Versailles lui succéda, et, en cette qualité, il a assisté au concile de Florence. Le Dominicain Turelure vint, après la translation de P. de Versailles, à Meaux. L’un et l’autre avaient examiné la Vénérable à Poitiers.

Avignon

Marie d’Avignon, ou La Robine, avait prophétisé la venue de Jeanne d’Arc. C’est une figure à étudier ; je crois que M. Valois a publié quelque chose sur cette prophétesse, depuis l’impression de la Vraie Jeanne d’Arc.

Carcassonne

Le 17 mai, procession pour les bonnes nouvelles du siège d’Orléans. L’évêque a dit la messe à l’église Saint-Michel. Procession encore le jeudi pour les bonnes nouvelles reçues du roi. La procession du 17 mai avait eu lieu un mardi. Narbonne 23possède une lettre, dans laquelle Charles VII mande les bonnes nouvelles d’Orléans, au fur et à mesure qu’elles lui arrivent (III, 325).

Montpellier

On érigea une chapelle à l’endroit où le courrier, qui apportait la nouvelle de la délivrance d’Orléans, dut attendre l’ouverture des portes. Robert de Rouvres, déjà mentionné, fut transféré de Séez à Maguelone ou Montpellier : Montpellier a envoyé des secours à Orléans.

Nîmes

Lorsque d’Aulon déposa, à Lyon, pour la réhabilitation, il était sénéchal de Beaucaire.

Albi

A aussi envoyé des secours à Orléans. Une relation relativement longue a été insérée dans les registres municipaux sur la Pucelle (IV, 398). Machet était évêque de Castres ; il fut nommé après le martyre de la Pucelle. Dans ses lettres, il se plaint de ce qu’attaché à la glèbe de la cour, il doit vivre loin de son épouse. Ces lettres prouvent cependant qu’il suivait de près, autant que la distance le permettait, les affaires de son diocèse.

Toulouse

Il est question de la Pucelle dans les registres des capitouls dans les séances du 25 mai, du 2 juin, du 26 juillet (IV, 396). On se faisait une telle idée du crédit de la Pucelle qu’on proposa de lui écrire pour remédier à l’altération des monnaies.

Toulouse comprend aujourd’hui les anciens diocèses de Comminges et autres petits diocèses circonvoisins. À ce titre, il peut revendiquer le fidèle d’Aulon, La Hire et ses deux frères qui tiennent si bon rang dans la délivrance d’Orléans. La Hire, de son nom de Vignoles. est né au château du même nom, dans le canton de Boulogne, sur les confins du diocèse d’Auch. La Hire est mort à Montauban.

Auch

Les d’Armagnac, qui ont donné le nom au parti, sont notoirement du diocèse d’Auch. Le chef, celui qui écrit à la Pucelle sur les trois papes, était sous le poids de l’excommunication pour vouloir prolonger la queue de l’antipape pseudo Benoît XIII. C’est au point que Martin V avait donné ses États à Charles VII à condition de l’en déposséder. Il n’était pas meilleur Français que bon catholique ; mais son frère, le comte de Pardiac, était un excellent chrétien. Pardiac était à Patay ; mais je crois qu’il a été renvoyé avec le connétable Richemont, dont, moins d’un an 24auparavant, il avait embrassé la cause pour renverser la Trémoille.

Théobald de Thermes, un d’Armagnac, mais j’ignore à quel degré il était apparenté aux précédents, est constamment cité comme un des plus fidèles compagnons de la Libératrice jusqu’au retour de Paris. À la réhabilitation, il a rendu un précieux témoignage aux talents militaires de l’héroïne. Thermes, dont il était seigneur, est, je crois, du diocèse d’Auch.

Cahors

Les prières qui montaient vers le ciel sont, ai-je rappelé, un des motifs allégués par la sentence de Poitiers pour attendre le secours de Dieu. Le sanctuaire de Rocamadour est comme le frère cadet de celui du Puy-en-Velay.

Or, Martin V accorda à Rocamadour un jubilé, de Pâques au troisième jour après la Pentecôte, en 1428. Il y vint tant de monde, Français et Anglais, qu’à certain moment il y avait de vingt à trente mille personnes. Le livre consulaire de Cahors, d’où cette note est tirée, remarque que, vers la mi-carême de l’année suivante, vint au roi une pucelle se donnant comme envoyée par Dieu, pour mettre les Anglais hors du royaume de France.

Périgueux

Son saint évêque, Élie de Bourdeilles, a fait un long et savant mémoire, qui est un de ceux qui sont insérés au procès de réhabilitation. En décembre 1429, on chante une messe pour les grands miracles accomplis, en France, par une pucelle envoyée par Dieu au roi.

Limoges, Tulle

On a observé que la première apparition à la Pucelle, en 1424, eut lieu vers le temps où se faisait l’ostension des reliques de saint Martial et des autres saints limousins. Le bon docteur Seguin a fait, à la réhabilitation, une intéressante déposition dans laquelle il rapporte lui-même la répartie de Jeanne sur son langage limousin. Hugues de Combarel, évêque de Poitiers, était né à Noailles-en-Limousin. Parmi les défenseurs de Lagny, lorsque Jeanne s’y trouvait, on signale de Foucault, chevalier limousin.

Bordeaux, Aire, Bayonne

Depuis trois siècles, ces diocèses, qui comprennent la Guyenne, étaient anglais et très attachés à l’Anglais. La Vénérable a prédit leur retour, en disant que 25Charles VII se rendrait maître du royaume entier, et que les Anglais seraient chassés de toute France. La prophétie s’accomplit, lorsque se fit, en 1451, la conquête première de la Guyenne. Elle fut regardée comme miraculeuse, tant elle fut rapide et inespérée. Elle se termina, en effet, par un miracle que Dunois et le comte de Foix racontaient ainsi au roi :

Au moment où l’armée prenait possession du château de Bayonne, le 21 août, le ciel très clair, apparut sur la ville, du côté de l’Espagne, une nue, où paraissait une grande croix blanche et là s’est arrêtée sans remuer, ni bouger, l’espace d’une heure ; elle était en forme d’un crucifix, la couronne sur la tête, laquelle couronne se tourna ensuite en une fleur de lis. Elle a été vue par tous les gens de l’armée, où étaient de mille à douze cents hommes de guerre espagnols (de Beaucourt, V, p. 52).

Le seigneur de Coarraze est signalé parmi les plus vaillants défenseurs d’Orléans, et les plus braves compagnons de la Libératrice jusqu’au retour à Gien.

Jeanne, le 1er mars, disait :

— Les Anglais perdront tout en France. Ils éprouveront une perte telle qu’ils n’en ont jamais ressenti de pareille en France, et ce sera par une grande victoire que Dieu enverra aux Français. (V, 225.)

La prophétie se réalisa le 17 juillet 1453, 24 ans, jour pour jour, après le sacre. Les Bordelais ayant rappelé les Anglais, les insulaires furent écrasés à la bataille de Castillon. Talbot, qui n’avait été que prisonnier à Patay, fut tué à Castillon, ainsi que son fils ; l’armée anglaise fut comme anéantie. La passion de la martyre est d’une conformité minutieuse avec celle de Notre-Seigneur.

N.-S. souffrait et méritait dans un membre aussi hautement prédestiné que la Vierge Lorraine. La croix, ou plutôt le crucifix vu sur Bayonne et changé en lis, n’est-il pas comme un symbole indiquant le calvaire de Rouen, et signifiant que, par son martyre, la Vénérable avait mérité ce que l’envie ne lui avait pas permis d’accomplir. Autre signe de la parfaite harmonie, dont l’histoire de la Vénérable est pleine : la garde de Talbot, retenu comme otage à la suite du recouvrement de Rouen, fut confiée à d’Aulon.

Le Mans

L’évêque du Mans, Martin Berruyer, a fait en faveur de la Pucelle un mémoire inséré au procès de la réhabilitation. Moins scolastique que les autres, il est un de ceux qui seraient le mieux saisi et goûté de notre temps.

Laval

Les deux seigneurs de Laval rejoignirent la Pucelle 26à Selles, à l’entrée de la campagne de la Loire. De là, ils écrivirent à leur mère et grand-mère une lettre exquise que nous avons (III, 313). Ils ont combattu constamment dans l’armée libératrice avec leurs deux beaux-frères, les comtes de Vendôme et de Chauvigny. Par eux nous savons que la Pucelle avait envoyé un anneau d’or à leur grand-mère, la veuve de du Guesclin.

Angers

Yolande, belle-mère du roi, était duchesse d’Anjou, et reine de Sicile, nom sous lequel elle est désignée dans les historiens. Quand elle n’était pas auprès de son gendre, elle habitait Angers ou Saumur, parfois la Provence dont elle était comtesse. C’est la mère de René, duc de Bar, et en expectative de Lorraine. Ce beau-père avait fini par entraîner René à faire hommage à l’Anglais ; mais, à la nouvelle des victoires de la Pucelle, il vint rejoindre son beau-frère à Provins, d’où il rétracta son hommage.

Yolande présida à la formation du convoi de vivres à Blois, et tout indique qu’elle fut très favorable à la Vénérable. Elle présida la délicate inspection constatant la virginité de la céleste envoyée, et fit rapport au conseil. Sa pieuse fille, la reine Marie d’Anjou, si honorée par la Vénérable, ne pouvait que le lui rendre. Nous avons une belle lettre adressée, le jour du sacre, à la mère et à la fille par trois seigneurs Angevins, des premiers de la cour angevine.

Le premier, à ma connaissance, qui ait traité ex professo de la canonisabilité de Jeanne d’Arc est le futur évêque d’Angers, Mgr Freppel. Il en fit le sujet de son discours du 8 mai 1867. Robert Le Maçon, seigneur de Trèves en Anjou, un des plus sages conseillers de Charles VII, parla très dignement de Jeanne d’Arc, lorsque, sous les murs de Troyes, l’on délibérait si l’on ne rétrograderait pas. Il demanda qu’elle fût appelée et entendue (III, 97).

Jeanne a fait visite, à Saint-Florent près Saumur, à la femme et à la mère du duc d’Alençon. Elle y fut très grandement festoyée.

Luçon

Près de Talmont, apparition dans les airs de cavaliers blancs. À la requête du roi, l’évêque de Luçon fit une enquête. Plus de deux cents personnes affirmèrent les avoir vus (III, 321). Lorsque Pierre de Versailles examinait Jeanne, il était abbé de Talmont.

Cambrai

Lille possède la belle lettre de la Vénérable au due de Bourgogne (IV, 58). Les pays soumis au duc de Bourgogne, 27et, particulièrement, les Flandres, où il résidait le plus souvent, doivent une réparation à Jeanne. L’astucieuse politique du Duc, qui a leurré Charles VII, mais non la Libératrice, a interrompu ses conquêtes, et l’a empêchée de jeter les Anglais à la mer. Pour voir combien le duc la redoutait, il suffit de remarquer avec quelle promptitude, et en quels termes, i annonça la prise de l’héroïne (III, 533 et seq.).

Autun

Chalon-sur-Saône est, je crois, actuellement du diocèse d’Autun. Son évêque, Jean Germain, prélat par ailleurs recommandable, a commis une fort vilaine page à l’endroit de la Vénérable (III, 534). Le cardinal Perraud, par contre, a fait, si je ne me trompe, un beau panégyrique, à la fête du 8 mai.

Tulle

Noailles, où est né le courageux évêque de Poitiers, Hugues de Combarel, est du diocèse de Tulle.

Besançon

Le haineux interrogateur de la Martyre, Jean Beaupère, se retira dans son canonicat de Besançon (ce n’était pas son seul bénéfice). Voir ce qui l’amena à Rouen, en 1450, et ce qu’il faut penser de la déposition qu’il fit à cette occasion (V, 88). La libre-pensée l’exploite et répète que l’innocente Pucelle était subtile, d’une subtilité de femme.

Le cardinal Jean Jouffroy, qui, lui aussi, a commis une mauvaise page à l’endroit de Jeanne, est né à Luxeuil. Il fut successivement évêque d’Arras, archevêque d’Albi (voir III, p. 537).

Mgr Petit, évêque du Puy, a donné au volume la Pucelle devant l’Église de son temps, une très belle approbation que l’on peut lire en tête de l’ouvrage.

Mende

L’on sait que l’on tenta de suppléer la Libératrice par l’imbécile berger du Gévaudan. Ce passage d’histoire si exploité par la libre-pensée n’est pas encore éclairé.

Je ne sais rien sur les diocèses dont je ne parle pas.

Les diocèses de Bretagne

Il est certain que de nombreux Bretons étaient dans l’armée de Jeanne ; mais je ne suis pas en état d’indiquer les diocèses auxquels ils appartenaient. Le plus distingué, comme le premier à accourir, fut Gilles de Rais, fait maréchal au 28sacre. J’ignore s’il était alors le monstre qui fut brûlé à Nantes en 1440 (IV, 321). Il joignit l’héroïne à Blois, et il n’était pas seul. En tout cas, les lugubres souvenirs qui se rattachent à sa mémoire ne permettent guère de s’en prévaloir.

Arthur de Richemont, le connétable rejoignit la Pucelle à Beaugency et prit part à la victoire de Patay. C’était contre les ordres du roi. Pour renverser La Trémoille, il avait pris les armes moins d’un an auparavant. La Pucelle et le duc d’Alençon sollicitèrent inutilement son admission dans l’armée du sacre. Il dut repartir pour sa ville de Parthenay avec les douze cents chevaliers, la plupart Bretons, qu’il amenait.

Richemont résidait ordinairement à Parthenay. J’ignore auquel diocèse se rattache Parthenay.

Son frère, Jean VI, duc de Bretagne, envoya son confesseur féliciter Jeanne après la délivrance d’Orléans ; il fit à Jeanne cadeau d’une dague et de chevaux de prix. Jeanne se plaignit au même confesseur de ce que le duc tardait tant à envoyer son fils, puisque son état de santé ne lui permettait pas de venir lui-même.

Dans une lettre aux Rémois, en date du 28 mars 1430, Jeanne écrit :

Toute Bretagne est française et le duc doit envoyer au roi trois mille combattants pour deux mois.

Elle était prisonnière avant leur arrivée.

Le 26 avril, Alain Giron, capitaine breton, entrait à Orléans avec cent combattants ; il se distingua au siège.

Savoie

Le duc Amédée VIII, le futur pseudo-pape Félix V, oncle du duc de Bourgogne, cousin de Charles VII, se portait comme médiateur, mais inclinait vers son neveu. Il intervint dans les négociations qui amenèrent les fatales trêves si improuvées, et fort justement, par la Libératrice. Le neveu se hâta de lui annoncer triomphalement la prise de l’héroïne (III, 534).

Notes

  1. [1]

    Cette lettre accompagnait très probablement la brochure que Mgr Touchet envoya aux évêques des diocèses étudiés par le père Ayroles.

  2. [2]

    On s’apercevra aisément que ces notes écrites au courant de la plume n’étaient pas, dans la pensée de l’auteur, destinées à l’impression. En s’empressant de fournir les renseignements demandés, le Père Ayroles les croyait destinés à l’usage privé de l’éloquent évêque qui sait donner à ses écrits une forme si personnelle.

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