Le Brun de Charmettes  : Histoire de Jeanne d’Arc (1817)

Tome 1 : Livre I

237Livre premier
Depuis la naissance de Jeanne d’Arc, jusqu’à son arrivée auprès du Roi.

Vue de la maison où naquit la Pucelle.

Une contrée fertile, abondante en bois, en rivières et en pâturages, s’étend entre les duchés de Bar et de Lorraine ; et, resserrée par ces deux provinces, ne tient, pour ainsi dire, que par un point à la Champagne, dont elle fait cependant partie440. Comprise dans le domaine immédiat de la couronne depuis le mariage de Philippe le Bel avec l’héritière de Navarre et de Champagne, il semble que les liens qui l’attachaient à la France avaient augmenté de force en raison des efforts des princes voisins pour les détruire. Presque isolée, placée à l’une des extrémités du royaume, entourée d’ennemis naturels, elle leur présentait 238sans cesse une proie facile à dévorer, et il n’était guère possible que cette facilité ne tentât souvent leur ambition. Elle ne pouvait remédier au danger de sa situation que par des efforts continuels de dévouement, de fidélité et de zèle ; et l’on a généralement remarqué que l’esprit national, sujet, comme presque toutes les facultés morales et physiques, à s’éteindre dans le repos, ne s’accroît et ne se développe jamais davantage que dans les situations où il a le plus souvent l’occasion et la nécessité de s’exercer.

Au milieu de cette contrée véritablement française, dans un riant vallon arrosé par la Meuse, à deux lieues au nord de Neufchâteau, à trois lieues au sud de Vaucouleurs, s’élèvent le village de Greux441 et le hameau de Domrémy, qui, séparé de Greux par un faible intervalle, ne formait au quinzième siècle qu’une dépendance de ce village442. Des pâtres, des laboureurs, quelques pêcheurs attirés en ce lieu par la proximité d’une rivière poissonneuse, étaient à peu près les seuls habitants de ce séjour champêtre.

La paroisse de Greux, où était la principale église443, dépendait, ainsi que le hameau de Domrémy, 239de la prévôté d’Andelot, du bailliage de Chaumont en Bassigny, et de l’élection de Langres. Toutefois cette paroisse faisait partie, quant au spirituel, du diocèse de Toul en Lorraine, dont la juridiction s’étendait en quelques endroits de la France444.

Un honnête laboureur, né à Sefonds445 près de Montierender, en Champagne, diocèse de Troyes446, s’était depuis longtemps fixé à Domrémy. Son nom était Jacques d’Arc447. Un auteur moderne semble insinuer que cet homme descendait d’une famille noble, puisqu’il prétend que les armes d’Arc (il écrit d’Arcques) sont d’azur à un arc d’or chargé de trois flèches, une en pal, ferrée et empennée d’or, et les deux autres en sautoir, d’or, ferrées et empennées d’argent448 ; mais il n’appuie cette assertion sur aucune 240preuve ; et il n’est pas croyable que si la famille de Jacques d’Arc eût été anciennement noble, il n’en eût été rien su lorsque le roi accorda des lettres de noblesse à la Pucelle. Or, ces lettres portent expressément, en parlant de la Pucelle, de ses père et mère et de ses trois frères :

nonobstant que, comme dit est, ils ne soient point de noble extraction, et soient peut-être même d’autre condition que de condition libre, etc.449.

J’inclinerais à croire que Jacques d’Arc tirait son nom de la petite ville d’Arc en Barrois, située sur le ruisseau d’Aujon, à cinq lieues au nord-ouest de Langres, ou du village d’Arc-sur-Tille, à trois lieues à l’est de Dijon. Ces lieux ne sont pas assez éloignés de Sefonds, où Jacques d’Arc avait reçu le jour, pour que son père ne pût en être originaire, et c’est assez l’usage des habitants des champs qui viennent s’établir dans des contrées nouvelles, d’adopter le nom du pays qui les a vus naître. Cette coutume s’est même étendue jusqu’aux classes élevées de la société : elle remonte à une antiquité très-reculée : elle paraît tenir à ces mœurs patriarcales dont Homère 241et les livres saints nous ont transmis le tableau, et semble être un dernier hommage à la douce patrie, de la part de celui qui s’en exile.

Jacques d’Arc avait épouse Isabelle, Isabel, Isabeau, ou Isabelette450 Romée451, de Vatern452, Voulthon453, ou Vaultheur454, village voisin de Domrémy, et dont on lui donnait quelquefois le nom455. C’est probablement pour l’amour d’elle, que Jacques d’Arc s’était fixé dans ce pays.

C’étaient de bons cultivateurs456, vivant honnêtement457, quoique dans une situation voisine 242de la pauvreté458, d’un peu de labourage, et du produit de quelque bétail qu’ils trouvaient moyen d’élever459. Pieux460, simples461, hospitaliers462, d’une probité sévère463, honnêtes et chastes dans leur langage464, ils jouissaient d’une 243réputation sans tache465, de l’estime et de rattachement de tous leurs voisins466.

Cinq enfants, trois fils et deux filles, naquirent de leur union467. L’aîné portait le nom de Jacquemin, diminutif du nom de son père ; le second s’appelait Jean, et le troisième Pierre ou Pierrelo468. L’une des filles fut cette célèbre Jeanne d’Arc dont on va lire l’histoire ; on ignore le nom de l’autre.

Le toit modeste, asile de ces bonnes gens, réalisait, par sa petitesse et son aspect rustique, l’image qu’on se fait de cette étroite cabane :

Demeure hospitalière, humble et chaste maison469,

où toutes les vertus habitèrent, selon la Fable, avec Philémon et Baucis. Ce n’était qu’une maisonnette, comme l’observe Michel de Montaigne, qui la vit couverte de peintures, à la vérité fort 244endommagées, où toute l’histoire de Jeanne d’Arc était représentée, au temps où il se rendit, par l’Allemagne, en Suisse et en Italie470. Ce n’était qu’une maisonnette ; et cependant elle a subsisté jusqu’à nos jours, grâce au zèle national du maire et des habitants de Domrémy, qui, pendant les dernières années du gouvernement impérial, voyant qu’on refusait de leur allouer la somme nécessaire pour son entretien, y suppléèrent par une souscription volontaire : tant le respect et la vénération que les vertus inspirent, peuvent quelquefois prolonger la durée des monuments les plus simples et les plus fragiles471 !

Il paraît, par un passage d’une des dépositions, que cette demeure était la propriété d’Isabelle Romée472 ; c’est peut-être en cela qu’avait consisté sa dot. Sous ce chaume rustique naquit la 245libératrice de la France, l’héroïne du quinzième siècle473.

Quelques auteurs rapportent que sa mère songea, pendant sa grossesse, qu’elle accouchait d’un foudre474.

Aucun auteur n’a marqué l’époque de la naissance de Jeanne d’Arc. Comme les historiens varient beaucoup entre eux touchant l’âge qu’elle avait quand elle parut sur la scène du monde, il devient impossible d’établir un calcul d’après cette donnée. Il est bien plus sûr de recourir aux réponses de Jeanne d’Arc elle-même, qui peuvent avoir rapport à la question qui nous occupe : malheureusement ces réponses présentent aussi de légères variations.

Jeanne d’Arc dit, le 21 février 1430, qu’elle avait alors presque dix-neuf ans475 : il fallait pour cela qu’elle fût née en février ou mars 1411.

Elle assura, le 22 ou le 24 février 1430, qu’elle avait treize ans ou environ, lors de la première apparition des êtres surnaturels qui la dirigèrent476 : si nous admettons que Jeanne fût née en 1411, cette première apparition avait donc eu lieu en 1424.

246Mais elle dit, le 27 février 1430, qu’il y avait bien sept ans que les saintes qui lui apparaissaient avaient la charge de la conduire477 : leur première manifestation avait donc eu lieu en 1423 :

Or, si en 1423 elle avait presque treize ans, elle était donc née en 1410.

Observons au reste que l’apparente contradiction des réponses de Jeanne d’Arc est infiniment atténuée par les expressions approximatives dont elle se servait : quelle que fût la fidélité de sa mémoire, il n’est pas étonnant qu’elle ne se rappelât point exactement, au bout d’environ sept années, des dates qui lui semblaient de peu d’importance.

Jeanne d’Arc, née à Domrémy, fut baptisée par Jean Minet, curé de ce hameau, dans l’église de Saint-Rémi478, qui existe encore.

Elle eut pour parrains, selon les uns, Jean Morel479 ou Morelly480, habitant de Greux481, 247Jean le Langart, et un certain Radguesson482 ; selon d’autres, ce furent Jean Morel, Jean Barré ou Barrey483, habitant de Neufchâteau484, et Jean Lingue485, nom qui n’est peut-être qu’une altération de celui de Langart.

Jeanne dit une fois que ses marraines se nommaient, l’une Agnès, l’autre Jeanne, et l’autre Sibille486 ; dans une autre circonstance elle déclare que celle qui portait le nom de Jeanne était l’épouse du maire Aubery487. Ces indications s’accordent mal avec diverses dépositions qui portent que les marraines de la Pucelle furent Béatrix-Félicité, femme d’Estellin488 Leclerc489, Jeanne, veuve de Thiestelin ou Thiesselin de Vitel, charpentier, demeurant à Neufchâteau490, Jeannette de Roye ou de Rose491, femme 248d’Étienne492 Tevenin ou Thevenin493, charpentier494 ou charron495 de Domrémy496.

Ses parrains et marraines lui imposèrent le nom de Jeanne497 ; mais elle ne le porta qu’après son arrivée à la cour498. On ne l’appelait, dans sa patrie, que Jeannette ou Romée, selon l’usage du pays, qui était de donner aux filles le nom de leur mère499.

Une sœur d’Isabelle Romée, Ameline Romée, avait épousé un nommé Jean de Voiseul, dont l’état est inconnu500. Il paraît qu’elle avait une autre sœur, nommée Jeanne, mariée à Durand, dit Laxart, laboureur habitant le petit Burey, village situé entre Domrémy et Vaucouleurs501 ; 249car non-seulement Laxart dit que Jeanne d’Arc était de la parenté de sa femme502, mais Jeanne d’Arc l’appelle elle-même son oncle maternel (avunculus)503, qualité qu’il ne pouvait tenir que de sa femme, puisque, s’il eût été le propre frère de l’épouse de Jacques d’Arc, il semble qu’il eût porté comme elle le nom de Romée.

Les parents de Jeanne d’Arc ne purent lui donner qu’une éducation conforme à leur état : c’est dire assez que cette éducation se borna à l’enseignement des principes de morale qui font la force et la consolation des hommes dans tous les rangs, des premiers dogmes de la foi de ses pères, de quelques pratiques religieuses, et des travaux propres aux personnes de son état et de son sexe. La jeune Romée ne sut jamais ni lire ni écrire504 : elle traçait une croix et quelquefois deux au commencement des lettres qu’elle dictait505, 250et à la fin des actes auxquels elle était censée donner son consentement506.

Elle fut élevée dans les principes de la piété, de la décence et des bonnes mœurs507.

Sa mère lui enseigna à réciter le Pater noster, l’Ave Maria et le Credo508 ; et c’est d’elle seule que Jeanne d’Arc apprit les principes de sa croyance509. Ajoutez à cela le talent de très-bien coudre, de filer dans la perfection510, vous aurez parcouru le cercle entier des connaissances de l’humble vierge des champs destinée à changer le sort de la France.

251C’était une bonne fille511, simple512, chaste513, modeste514, modérée515, patiente516, prudente517, 252très-douce518, laborieuse519, craignant Dieu520, aimant à faire l’aumône521, à exercer l’hospitalité522, et à servir les malades523. Bien élevée, conformément à son état524, elle 253était pleine de bonnes mœurs525, d’une conversation honnête et paisible526, ne jurait jamais527, obéissait en tout à ses parents528, et recherchait de préférence l’entretien des femmes et des filles les plus vertueuses529.

Ses occupations terminées, on ne la voyait point, oisive et désœuvrée, errer sans but dans les rues530 ; mais on était presque sûr, si l’on avait besoin d’elle, de la trouver dans un coin de l’église531, humblement agenouillée, et priant avec autant de recueillement que de ferveur532. Elle était si timide, qu’il suffisait souvent de lui adresser la parole pour la déconcerter533 ; si charitable, que non-seulement elle donnait avec empressement 254aux pauvres tout ce qu’elle possédait534, mais qu’elle ne pouvait quelquefois s’empêcher de leur abandonner des choses dont son père avait seul le droit de disposer535 ; si pieuse, que les jeunes gens du pays, et même ses plus chères compagnes, lui en faisaient des reproches, et cédaient fréquemment à l’envie de s’en moquer536 ; si hospitalière que, non contente de s’employer à faire loger les pauvres, soit chez ses parents, soit ailleurs, elle voulait leur céder son propre lit, et coucher dans l’âtre du foyer537.

Un des témoins entendus au procès de révision, Simonin Musnier, laboureur de Domrémy, rapportait qu’il avait été malade pendant son enfance, et que Jeanne lui avait prodigué les soins les plus tendres et les consolations les plus affectueuses538.

255 Parvenue à l’âge de douze ou treize ans, Jeanne d’Arc témoigna peu de goût pour le chant et pour la danse539. Souvent, quand les filles du hameau commençaient à se livrer à ces amusements, elle s’éloignait sans affectation, et se rendait seule à l’église540 : conduite qui lui attira quelquefois les reproches de ses compagnes541.

Elle aimait beaucoup à parler de Dieu et de la Vierge542, objets de son plus tendre amour543 et de ses continuelles pensées.

Elle jouissait de la réputation la plus flatteuse544. Jamais on n’entendit rien rapporter qui lui fût défavorable545 ; seulement quelques jeunes gens la trouvaient trop dévote546.

Elle était telle que tous les habitants de Domrémy la chérissaient547. Étienne de Sydna, curé 256 de Roncessey, rapporte en sa déposition que Guillaume Fronte, en son vivant curé de Domrémy, lui avait dit plusieurs fois qu’elle n’avait pas sa pareille dans la paroisse548. Selon d’autres témoins, il n’y avait pas une meilleure fille dans les deux villages de Greux et de Domrémy549. Albert, chevalier, seigneur de Urchiis, déclare qu’il eût bien voulu que le ciel lui eût donné une aussi bonne fille550 ; enfin, le commissaire envoyé par les Anglais à Domrémy, pour faire une information sur la jeunesse de leur malheureuse captive, rapporta qu’il n’y avait rien, dans tout ce qu’il avait recueilli sur sa conduite, qu’il n’eût voulu trouver dans celle de sa propre sœur551.

Telle était Jeanne d’Arc dans ses jeunes années, cachée sous le chaume, inconnue à l’univers ; telle nous la verrons dans le palais des rois, ou à la tête d’une armée triomphante ; telle nous la retrouverons encore devant ses juges, au milieu de ses ennemis conjurés pour la détruire, au fond des cachots, et jusque sur le bûcher.

Quelques détails nous ont été transmis sur les 257habitudes religieuses de sa jeunesse. Non-seulement elle allait souvent à l’église, tant à la messe qu’à vêpres et à complies552, mais elle aimait à fréquenter, en général, tous les lieux consacrés à la religion553. L’église de Domrémy ayant été brûlée, à dater de cet événement elle alla régulièrement, tous les jours de fêtes, entendre la messe dans celle de Greux554. Elle se confessait volontiers et souvent555. On l’a vue plusieurs fois à genoux, faisant au saint pasteur du hameau l’humble aveu de ses fautes, ou plutôt de ses scrupules556 ; quand il ne pouvait l’entendre, elle avait recours, avec sa permission, à quelque autre prêtre557. Henri Arnoult de Gondricourt, entre 258autres, reçut quatre fois sa confession, dont trois fois pendant un seul carême, et la quatrième, dans une solennité religieuse558. Elle ne manquait jamais, au temps de Pâques, d’approcher de la sainte table, et de recevoir le sacrement d’Eucharistie559. L’argent qu’elle ne donnait pas aux pauvres, Guillaume Fronte avait dit à un témoin qu’elle le lui remettait pour faire célébrer des messes560. On la trouvait quelquefois seule dans l’église, prosternée devant la croix, les mains jointes et les yeux fixés, dans une contemplation tendre et respectueuse, sur l’image du Sauveur des hommes ou sur celle de sa divine Mère561.

Les idées de piété la suivaient partout, dans sa demeure, au milieu des champs, livrée à des jeux champêtres, ou occupée à des travaux rustiques. On la voyait souvent se retirer à l’écart, loin de ses jeunes compagnes ; et, si l’on venait à l’écouter, on l’entendait adresser la parole à Dieu, avec l’innocente naïveté de l’enfance562. Le son prolongé des cloches, appelant 259à la prière le peuple des campagnes, parvenait-il jusqu’à elle ? Jeanne d’Arc hâtait ses pas, et gagnait l’église du hameau563 ; ou, si elle s’en trouvait trop éloignée, si l’obligation de veiller sur un troupeau la retenait dans les prairies, elle pliait les genoux, et adressait d’humbles prières à la divinité, dont la présence, également répandue en tout lieu, venait de transformer pour elle ce séjour champêtre en un temple564. Aussi attachait-elle un grand intérêt à ce que les personnes chargées du soin de sonner les cloches s’en acquittassent avec exactitude et régularité. Un des témoins qui, dans sa jeunesse, avait été bedeau (marticularius) de l’église de Domrémy, rapporta qu’elle lui avait quelquefois reproché avec chaleur qu’il manquait souvent à sonner les complies ; qu’elle lui en avait fait honte ; disant que ce n’était pas bien fait à lui ; et lui avait promis de lui donner de l’argent (des lunes, sorte de monnaie Lorraine), s’il voulait être plus exact à l’avenir565.

Non loin de Domrémy s’élevait une petite chapelle consacrée à la Vierge, et connue sous le nom d’Ermitage de Sainte-Marie, ou de Notre-Dame 260de Bermont. Les jeunes garçons et les jeunes filles de Greux et de Domrémy avaient coutume de s’y rendre à un certain jour de l’année, pour y pratiquer un acte de dévotion, désigné dans la traduction latine des dépositions, par ces mots : Facere suos fontes566. Jeanne s’y rendait habituellement, en pèlerinage, tous les samedis, après midi, accompagnée ordinairement de sa sœur, et parfois de jeunes garçons, de jeune filles, et des femmes du pays567. Parmi les témoins entendus en l’enquête de Vaucouleurs, Michel le Buin, laboureur, demeurant à Burey, et Jeannette, veuve de Thiesselin de Vitel, déposent avoir été de ce nombre, au temps de leur jeunesse568. Jeanne y portait en offrande des chandelles569, qu’elle allumait, selon l’usage encore pratiqué de nos jours dans les églises, devant l’image de la Vierge570, à laquelle 261elle adressait de ferventes prières571. Outre ce pèlerinage habituel et régulier, il lui arrivait quelquefois, dans le cours de la semaine, de céder tout à coup au désir d’aller visiter cette chapelle, tandis que ses parents la croyaient occupée dans les champs aux travaux de la culture, ou à quelque autre labeur572.

Vue de l’intérieur de la chambre où naquit la Pucelle.

Ces soins et ces travaux furent ceux de son extrême jeunesse. Elle allait alors aux champs avec son père573 et ses frères574, arrachait les herbes parasites (saclabat575), brisait les mottes de terre avec l’instrument propre à cet usage (tribulabat terram cum tribula576), travaillait à la moisson577, et de temps en temps, quand son tour revenait, menait paître dans les prés d’alentour le troupeau du village578, le bétail579, 262et les chevaux de son père580. Jean Waltrin dépose que, dans sa jeunesse, il avait plusieurs fois, ainsi que d’autres enfants, partagé dans les champs les travaux de la jeune Romée, et qu’il l’avait souvent accompagnée dans les prairies581. Le reste de son temps, Jeanne l’employait à vaquer aux soins du ménage582, à filer le chanvre et la laine583, et à remplir les autres devoirs de son sexe584.

Les amusements de son enfance étaient également simples et innocents. Le bourgeois de Paris, dont j’ai plusieurs fois cité le Journal, en rapporte une circonstance.

Et plusieurs-autres choses de elle racontoient, (dit-il), ceulx qui 263mieulx aimoient les Arminaz que les Bouiguignons, ne que le régent de France. Ilz affermoient (affirmoient) que, quant elle estoit bien petite, et qu’elle gardoit les brebis, que les oyseaulx des bois et des champs, quant elle les appelloit, ilz venoient manger son pain dans son giron comme privez.

Et il ajoute aussitôt, comme un correctif, cette sentence :

In veritate apochryphum est585.

Cette particularité ne se trouve point rapportée ailleurs, mais ce n’est point un motif suffisant pour la rejeter. Elle pouvait avoir été contée par les habitants de Domrémy aux gens que le roi chargea d’y faire une information, avant de se résoudre à employer la Pucelle ; les royalistes de Paris pouvaient l’avoir apprise des prisonniers du parti du roi. Il semble, du reste, fort naturel qu’une jeune fille bonne et pieuse, telle qu’était Jeanne d’Arc, prît plaisir, dans son enfance, à nourrir de son pain les oiseaux des champs. On sait avec quelle facilité ils se familiarisent avec ceux qui leur offrent chaque jour des aliments : la chose peut donc être vraie, sans être miraculeuse.

Jeanne allait quelquefois se promener dans la campagne avec d’autres filles de son âge586.

264Assez près de Domrémy587, moins d’une demi-lieue588, s’élevait un bois antique appelé le Bois-Chesnu, ce qui signifie bois des chênes589, qu’on apercevait de la maison de Jacques d’Arc590. Au-dessous de ce bois591, près du grand chemin qui conduit de Domrémy à Neufchâteau592, un hêtre majestueux593 semblait inviter le voyageur à venir respirer la fraîcheur et l’ombre sous ses rameaux hospitaliers. Cet arbre était si vieux, qu’on ne pouvait dire, au temps de l’enfance de Jeanne d’Arc, l’époque où il avait été planté594. On le désignait sous les noms de Beau Mai595, d’Arbre des Dames596 et d’Arbre des Fées597, dénominations qui rappellent d’antiques 265superstitions celtiques, objets de mes recherches dans un autre ouvrage598. Non loin de cet arbre599, mais plus près du hameau de Domrémy600, coulait une fontaine, appelée Fons ad ramnos601 et Fons ramnorum602 dans la traduction latine de l’enquête de Vaucouleurs603. Les personnes malades de la fièvre venaient boire de son eau pour recouvrer la santé604. Dès que les convalescents pouvaient se lever, ils allaient se promener sous l’arbre des Fées605. C’était une opinion généralement répandue dans la contrée, qu’à une époque plus reculée, les Faées, ou personnes fetales, fréquentaient l’arbre et la fontaine606, formaient autour du hêtre et accompagnaient de leurs chants des danses mystérieuses607. Cet arbre appartenait aux seigneurs de Domrémy608, de l’antique maison de Bourlemont609, 266Boullemont610, Boulermont611 ou Bolemont612, dont on voyait, à peu de distance, le château en ruines613 ; et on lisait, dans une chronique du pays (in rommano), qu’un chevalier nomme Pierre Gravier, seigneur de Bourlemont, venait jadis s’entretenir sous son ombre avec une dame, que le livre appelait la Faée614. Mais ces êtres surnaturels, à cause de leurs péchés, avaient perdu la faculté de revenir se rassembler 267en cet endroit615, depuis que les ministres des autels, en promenant dans les champs, la veille de l’Ascension, l’auguste symbole de la foi chrétienne, avaient adopté l’usage de s’arrêter sous l’arbre mystérieux, d’y lire l’évangile de Saint-Jean, et d’y chanter des prières616. Toutefois, une femme du village, nommée Jeanne, épouse du maire Aubery, marraine de Jeanne d’Arc617, et réputée bonne preude femme, non pas devine ou sorciere618, dit une fois devant sa filleule avoir vu les fées en ce lieu619.

Au temps où le château dont j’ai parlé plus haut était encore debout, et présentait un lieu de sûreté, les seigneurs et dames de Domrémy, attirés par la beauté de l’arbre des Dames, en faisaient souvent le but de leurs promenades620. Catherine de la Roche, femme de Jean de Boulermont et dame de Domrémy, s’y rendait avec ses filles621. Pierre de Boulermont, seigneur de 268Domrémy, sa mère, sa femme Béatrix, qui était de France, et leurs filles, y venaient également622 une ou deux fois pendant le printemps623. Ils y conduisaient quelques jeunes filles624 et jeunes garçons du village625 ; se faisaient suivre par des serviteurs portant du pain dans des corbeilles, et du vin dans des cruches propres à cet usage626, et oubliaient un moment leur rang et leurs titres dans l’abandon d’un repas champêtre627, image de ces réunions patriarcales où les chefs des familles israélites, assis sous le palmier, à l’entrée de leurs tentes, au milieu de leurs serviteurs, recevaient de leurs épouses laborieuses le pain pétri par elles avec la fleur du froment, et promenaient au loin leurs regards pour découvrir un voyageur avec qui le partager628. À cette époque de l’année, l’arbre des Fées semblait justifier, par sa beauté629 merveilleuse630, les 269croyances superstitieuses dont il était l’objet. Beau comme les lis, dit un simple laboureur des bords de la Meuse, dans un style qui rappelle encore les vallons de l’Idumée, il étendait au loin ses antiques rameaux qui, chargés d’un riche feuillage, se courbaient en voûtes obscures, impénétrables, et descendaient de toutes parts jusqu’à terre631.

Les branches de ce fau (hêtre), — écrivait Edmond Richer en 1628, c’est-à-dire, plus de deux cents ans plus tard, — sont toutes rondes (courbées en arc), et rendent une belle et grande ombre pour s’abriter dessous, comme presque l’on feroit au couvert d’une chambre. Et faut que cet arbre aye pour le moins trois cens ans, qui est une merveille de nature632.

Au mois de mai, les jeunes filles, les jeunes garçons et les enfants de Domrémy s’y rendaient en troupe, et y faisaient un homme de mai (hominem de mayo633) : c’était probablement une sorte de mannequin, formé d’herbes et de feuillages. Le jour où l’on chante, dans la sainte église de Dieu, à l’introït de la messe, ces paroles consacrées : Réjouis-toi, Jérusalem (Lætare Jherusalem), jour appelé vulgairement dans ces contrées le Dimanche des Fontaines634, ces jeunes gens venaient 270danser aux chansons sous cet arbre, y faisaient un repas rustique635, principalement composé de petits pains préparés par leurs mères pour cette occasion636, se rendaient ensuite, en chantant, à la fontaine voisine ou à quelque autre, buvaient de ses eaux, et ramassaient des fleurs en jouant çà et là à l’entour637. C’est ce qu’ils appelaient, dans le langage du pays, faire ses fontaines (facere suos fontes638), pour dire, faire ou célébrer le Dimanche des Fontaines. Ordinairement ils suspendaient leurs bouquets, leurs couronnes et leurs guirlandes aux rameaux de l’arbre des Fées639, dont cette riante parure 271tempérait l’auguste majesté, et qui offrait alors l’aspect enchanteur d’un temple de fleurs et de verdure. Quelquefois, à l’entrée de la nuit, ils détachaient ces innocents trophées et les emportaient en triomphe ; plus souvent ils les laissaient en place640, comme si, charmés de leur ouvrage, ils eussent eu regret de les détruire. Ces réunions se renouvelaient tous les jours de fête, pendant le printemps et l’été, c’est-à-dire, tant que la terre offrait des fleurs à moissonner641. Elles avaient lieu encore, avec les mêmes circonstances, du temps d’Edmond Richer642. Si l’on demandait la raison de cette coutume aux habitants de la contrée, ils répondaient que cela se faisait par divertissement643, par loisir644, à cause de la beauté de l’arbre645, parce qu’il était merveilleux et d’une espèce admirable646, et qu’enfin c’était l’usage le jour des Fontaines647 : toutes réponses qui n’éclaircissent rien, et qui prouvent seulement que la tradition de l’origine 272de ces pratiques populaires s’était totalement perdue. On en trouvera une explication, que j’ose croire plus satisfaisante, dans l’écrit dont j’ai parlé plus haut, où j’ai tâché de rassembler les notions relatives à la féerie, qu’on trouve éparses dans les historiens de l’antiquité, dans les vieux romans et dans les anciennes chroniques nationales.

Jeanne d’Arc, pendant son enfance, accompagnait les jeunes filles de son âge dans leurs visites à l’arbre des Fées. Comme elles, assise sous cet arbre, elle tressait des guirlandes et des chapels (couronnes) de fleurs : mais, ordinairement, les siens étaient destinés pour l’image de Notre-Dame de Domrémy. Quelquefois, cependant, à l’exemple de ses compagnes, elle suspendait des bouquets aux branches de l’arbre hospitalier qui lui avait prêté son ombrage648. Elle prenait part à leurs chants et à leurs danses649 : mais, en général, elle y chantait davantage qu’elle n’y dansait650. Jamais on ne l’y vit venir seule que pour partager les jeux des enfants 273du hameau651. Haumette, femme de Gérard de Sydna, et Mengete, femme de Jean Joyart, l’y avaient plusieurs fois accompagnée dans leur jeunesse652.

Le bruit courait qu’en creusant la terre près de l’arbre des Fées, on découvrirait une mandragore, sorte de racine d’une forme bizarre, qui offre quelquefois la ressemblance d’une figure humaine, et à laquelle la superstition populaire a longtemps attribué des vertus surnaturelles. On avait dit une fois devant Jeanne d’Arc que cette racine procurerait des richesses à celui qui la posséderait. Du caractère dont était cette jeune fille, ce discours devait faire, et fit en effet peu d’impression sur son esprit : elle n’éprouva pas le plus léger désir d’avoir en son pouvoir ce précieux talisman653.

Devenue plus grande et plus formée, comme il eût été désormais inconvenant qu’elle s’éloignât beaucoup de sa mère, Jeanne d’Arc abandonna ses amusements enfantins654, ses travaux champêtres655, et se consacra presque exclusivement 274aux soins domestiques656. Seulement, elle aidait encore à conduire le bétail jusque dans les prés, et, quelquefois, à un château voisin, appelé le château de l’Île (Insula), lorsque des hommes d’armes, répandus dans les campagnes, faisaient appréhender quelque violence657. Il est probable que ce château tirait son nom de sa situation entourée d’eau, qui contribuait à la sûreté des troupeaux qu’on retirait dans ses murs au premier signal du danger ; et c’est peut-être ici l’occasion de remarquer que les institutions féodales, devenues, à la longue, oppressives à quelques égards, pouvaient, dans leur destination primitive, offrir des ressources précieuses à la population des campagnes, dans ces temps demi-barbares, où le pauvre et le faible, placés trop loin du souverain, avaient si souvent besoin d’asiles et de défenseurs.

J’ai déjà dit que des chevaux faisaient partie des animaux que possédait le père de Jeanne d’Arc658. La surveillance qui était confiée à cette jeune fille, attendu sa prudence, dans les occasions dont je viens de parler, a sans doute donné lieu aux récits visiblement exagérés que nous a transmis un historien italien vivant à la même époque.

275Voici, — dit-il, — ce qu’on en rapporte. Quoi que née de parents obscurs, elle avait toujours été douée d’un courage supérieur. Après avoir passé les premières années de sa vie à paître les troupeaux, elle s’exerçait avec ses compagnes, soit à disputer le prix de la course, soit à combattre avec des espèces de lances, ainsi qu’auraient pu faire les plus habiles chevaliers. Elle faisait même assaut contre des arbres, comme s’ils eussent été des combattants. Une autre fois, elle montait quelqu’un des chevaux qu’elle menait paître, et s’y tenait aussi bien que les meilleurs écuyers. Armée de longs bâtons, elle frappait comme des coups de lance, si rudes, que ceux qui la regardaient ne pouvaient s’empêcher de l’admirer, et prenaient plaisir à la voir en cet exercice. […] Tout ce que je rapporte, (ajoute-t-il plus loin, après s’être engagé dans le récit des exploits de la Pucelle), m’a été transmis par le seigneur Guillaume Guasche, témoin fidèle, qui lui-même a vu et appris toutes ces choses lorsqu’il était à la cour659.

Que Jeanne d’Arc, en aidant à conduire les troupeaux jusque dans les prés et au château de l’Île, ait quelques fois pris plaisir à monter les 276chevaux de son père, il n’y a rien là que de naturel et même de vraisemblable, si l’on considère le grand dessein qui l’occupa de très-bonne heure ; cela explique même l’habileté surprenante qu’elle montra à conduire un cheval, lorsqu’elle parut à la cour : tout le reste est trop extraordinaire pour qu’aucun des témoins entendus dans l’enquête faite à Vaucouleurs, n’en eût fait la plus légère mention ; et je pense qu’il faut le regarder comme un nouvel exemple de ce que peuvent devenir les moindres circonstances, abandonnées, après avoir longtemps passé de bouche en bouche, à des imaginations amoureuses du merveilleux.

Bienveillante pour toutes ses compagnes ; Jeanne d’Arc avait formé une liaison plus particulière avec quelques-unes. Elle allait quelquefois le soir chez Jacquier de Saint-Amant, visiter sa fille, et filer auprès d’elle660. La jeune Mengete vivait également avec Jeanne d’Arc dans une grande intimité : les maisons de leurs parents étaient contiguës ; accoutumées à se voir depuis l’enfance, elles aimaient à partager les travaux l’une de l’autre661. La petite Haumette, plus jeune que Jeanne de trois ou quatre ans, venait 277aussi très-souvent chez Jacques d’Arc, et jouait familièrement (amorose) avec Jeanne, malgré la différence de leur âge662. Haumette dit qu’elle aimait tendrement Jeanne d’Arc à cause de sa bonté663 ; ce qui fait entrevoir que celle-ci, pleine de douceur et d’indulgence pour sa jeune compagne, se prêtait complaisamment à ses jeux enfantins. Outre ces liaisons, Jeanne visitait souvent Isabelle, femme de Gérardin de Spinal, dont elle avait tenu un fils, nomme Nicolas, sur les fonts de baptême664.

Les factions qui déchiraient alors notre malheureuse patrie n’avaient pas renfermé leurs fureurs dans l’enceinte des palais et des villes. Le feu des discordes intestines avait gagné jusqu’aux chaumières ; les glaces de la vieillesse ne pouvaient l’en préserver ; l’enfance même, cet âge de candeur et d’innocence, qui semble voué par la nature aux jeux, à la joie, à la gaîté folâtre, aux affections douces et pures ; cet âge qui devrait échapper, par sa légèreté et son insouciance, aux passions profondes, aux vertiges de la haine, au délire de la vengeance ; l’enfance suçait, pour ainsi dire, avec le lait maternel, des sentiments ineffaçables d’aversion pour l’un des deux partis, 278et de dévouement aveugle pour la faction opposée. Ces noms de Bourguignons et d’Armagnacs qui divisaient la France, mêlés aux imprécations de la colère ou aux vœux de l’amour, retentissaient sous le chaume, dans le silence des forêts, au fond des vallons paisibles, comme aux portes des grands, dans les foyers du citadin, à l’ombre des cloîtres et sous la tente du guerrier. Tous les habitants de Domrémy, à l’exception d’un seul, étaient Armagnacs de cœur et de volonté665, c’est-à-dire, qu’ils étaient dévoués au parti de Charles VII, qui, comme on sait, ne faisait qu’un avec celui d’Armagnac ou des princes orléanais. Les habitants de Marcey ou Maxey, village voisin situé entre Domrémy et Vaucouleurs, s’étaient, au contraire, prononcés hautement en faveur du duc de Bourgogne666. Cette opposition de sentiments entre les deux populations ne pouvait manquer de produire des débats violents et des divisions dangereuses. La surveillance des magistrats de Vaucouleurs parvenait sans doute à en prévenir, jusqu’à un certain point, les conséquences par la crainte des lois ; mais cette considération ne pouvait avoir d’influence sur les enfants des deux villages ennemis, sûrs d’échapper, par leur âge, aux punitions que les tribunaux infligent 279aux perturbateurs de l’ordre public. D’ailleurs l’esprit de la chevalerie, si cher à la nation française, qu’il a survécu longtemps chez elle à tout ce qui semblait devoir l’éteindre, s’était, au quinzième siècle, étendu jusque dans les dernières classes du peuple. Les hauts faits des anciens preux, leurs beaux coups de lance et leurs grands revers d’épée, partageaient avec les apparitions de revenants et les prodiges des fées l’admiration d’un auditoire crédule, dans ces longues veillées d’hiver, où de vieilles femmes faisaient à leurs petits enfants de longs récits bien merveilleux, ou mariaient l’air antique d’une romance tendre et guerrière au bruit sourd des fuseaux et des rouets d’une troupe de jeunes filles. De là cet enthousiasme belliqueux, cette exaltation chevaleresque, qui saisissaient le fils même du laboureur dès ses plus jeunes années, l’entraînaient souvent loin du toit paternel, et le faisaient mourir avec orgueil sur un champ de bataille, pour des intérêts, hélas ! qui même n’étaient pas toujours les siens. Pleins de cette ardeur guerrière et de cette soif de gloire, les enfants de Domrémy se rassemblaient souvent après l’heure du travail, et allaient défier au combat ceux du village de Marcey667. L’attaque et la défense étaient également opiniâtres ; la nuit seule séparait les deux petites armées, 280Jeanne d’Arc dit avoir vu plusieurs fois les enfants de Domrémy revenir de ces combats ; quelques-uns étaient tout couverts de sang et gravement blessés668 ; elle prétendait ne se pas souvenir d’avoir pris part à leurs expéditions669. Il n’y aurait eu rien de bien extraordinaire, malgré la bonté et la douceur qui formaient son caractère, si, dans un âge peu capable de réflexion, elle eût quelquefois cédé, dans ces occasions, à la haine que le nom seul de Bourguignon lui inspirait. Elle a avoué qu’à cette époque cette haine était si grande, qu’elle eût souhaité que le seul habitant de Domrémy qui fût Bourguignon de cœur, eût eu la tête coupée, toutefois avec cette restriction : Pourvu que cela eût plu à Dieu670. Pardonnons à Jeanne d’Arc ce vœu cruel, mais irréfléchi, excité en elle, dans un âge où tous les sentiments sont des passions, par le récit des horreurs qu’avaient exercées sur les Armagnacs le duc de Bourgogne et la populace parisienne ; par le tableau des périls et de la situation misérable où ce grand factieux avait placé l’héritier du trône ; enfin par le spectacle des violences et des cruautés commises autour d’elle par les Bourguignons et leurs adhérents envers les Français restés fidèles à la cause 281de leur prince légitime. Toute la conduite de Jeanne d’Arc pendant le reste de sa vie montre assez que ces mouvements de haine et de vengeance étaient naturellement étrangers à son cœur. Interrogée si, dans sa jeunesse, elle avait éprouvé un grand désir de nuire aux Bourguignons, elle répondit seulement qu’elle avait eu grande volonté que son roi eût son royaume671. Une circonstance, dont je ferai mention plus tard, semble même prouver qu’en avançant en âge, elle était parvenue à surmonter son aversion jusqu’à voir sans répugnance, et entretenir amicalement, l’homme à qui elle avait autrefois souhaité tant de mal. Il paraîtrait même, d’après l’appellation dont elle se servait en lui parlant, qu’elle avait consenti à tenir avec lui un enfant sur les fonts de baptême672. Elle ne put jamais, à la vérité, se résoudre à lui accorder toute sa confiance ; mais elle eût voulu le pouvoir ; et il parlait d’elle avec autant d’intérêt que d’estime longtemps après sa mort673.

On se ferait une très-fausse idée des mœurs et des habitudes des laboureurs du quinzième siècle, et de leurs rapports avec les classes supérieures, si l’on en jugeait d’après la manière d’être des paysans de notre temps. Il semble, au premier 282coup d’œil, qu’à l’époque où vivait Jeanne d’Arc, les institutions féodales, encore dans toute leur force, devaient, en soumettant à une sorte d’esclavage la portion industrieuse de la nation, tracer entre elle et la classe privilégiée une séparation absolue, avilissante pour la première, et, par conséquent, destructive à la longue de tout sentiment noble et généreux. Il suffit d’avoir lu avec attention les détails de mœurs renfermés dans les chroniques du temps, pour se convaincre qu’il n’en était point ainsi. D’un côté, la grande influence du clergé, corps immense, presque entièrement pris dans les classes roturières, et les préceptes d’humilité d’une religion alors toute puissante, tendaient sans cesse à retenir dans de justes bornes la fierté et les prétentions de la noblesse ; de l’autre, l’absence du luxe, renfermé jusque-là dans les palais des rois et des princes, et celle des lumières, plus grande encore et plus générale, établissaient sans effort, dans toute la nation, une parité physique, une égalité morale, qui rendaient moins sensibles et moins humiliantes des distinctions réduites, pour ainsi dire, à des mots et à des titres. Quant aux prestations et aux redevances féodales, une longue habitude, l’unanimité de l’exemple, celui que donnaient les nobles eux-mêmes, en s’y soumettant à l’égard des seigneurs dont leurs fiefs relevaient, et ceux-ci à l’égard des seigneurs plus puissants, en remontant 283la hiérarchie des rangs jusqu’au souverain, empêchaient qu’on s’en exagérât le fardeau, et qu’on y attachât aucune idée humiliante. Les vassaux suivaient leur seigneur à la guerre, et prenaient part à sa gloire ; ils tiraient vanité de ses titres, de sa puissance et de l’ancienneté de sa noblesse ; un long échange d’obéissance d’une part, et de protection de l’autre, les unissaient par des liens solides. L’autorité seigneuriale, environnée d’un respect héréditaire, prenait à l’égard du peuple un caractère touchant et paternel. L’habitude où étaient les dames nobles de donner leurs enfants à nourrir à l’épouse de quelqu’un de leurs vassaux, établissait, par l’intermédiaire des frères de lait, une alliance sans cesse renouvelée entre les familles seigneuriales et les races plébéiennes. Presque toujours au milieu de leurs vassaux, soit qu’ils allassent combattre les ennemis de la patrie, soit qu’ils goûtassent les douceurs de la paix, les nobles vivaient avec les paysans de leurs terres dans une sorte de familiarité qui était une conséquence naturelle de cet état de choses. Ils ne pouvaient affecter devant eux ces différences de manières et de langage, qui, plus que tout le reste, séparent de nos jours les diverses classes de la société ; car il est très-vrai de dire qu’à l’époque dont nous parlons, ces différences n’existaient pas, ou du moins étaient presque insensibles. Dans l’enfance de la civilisation 284les hommes n’ont qu’un langage, parce que les idées de tous sont nécessairement renfermées dans une sphère assez étroite. Presque uniquement soumis à l’empire de leurs goûts et de leurs penchants, ils s’imposeraient difficilement cette contrainte de formes et de manières convenues, dont l’observation est chez les nations vieillies, le premier devoir, et souvent la seule obligation de l’homme bien né. C’est seulement quand le faste et la mollesse s’introduisent chez un peuple, que la différence de sort devient marquée entre le riche et le pauvre, entre le grand et le petit ; jusque-là on n’y sent guère que la prépondérance du fort sur le faible, ou du brave sur l’être sans courage ; et celle-là blesse moins que l’autre, parce qu’elle est plus naturelle ; les hommes se trouvent toujours moins humiliés de céder aux avantages personnels qu’aux faveurs du hasard. Or, ces avantages seuls avaient donné naissance aux privilèges de la classe patricienne ; le souvenir n’en était pas encore effacé ; ils se perpétuaient même, en général, de père en fils, par l’application aux mêmes exercices et l’identité de la destinée. Que pouvaient au reste, au quinzième siècle, envier les laboureurs aux simples gentilshommes ? Les premiers reposaient sous le chaume, dans d’étroites cabanes ; les seconds, dans de petits châtels qui n’étaient guère plus commodes. Les meubles des nobles n’offraient, en général, aucune apparence 285 d’un luxe qu’on ne connaissait pas encore. À cet égard, leurs vassaux possédaient comme eux ce qui leur était strictement nécessaire. La couche des uns et des autres présentait à peu près les mêmes formes, la même absence de toute espèce d’ornements, et, presque garnie de même, elle n’offrait pas un sommeil plus voluptueux. Un pain gris, mêlé de froment et de seigle, la chair du porc, quelques légumes, deux ou trois espèces de fruits, formaient également leur nourriture ; l’eau des fontaines et le vin du pays étaient leurs uniques boissons674. À la guerre, les mêmes dangers devenaient leur partage ; chargés d’armures plus pesantes, les chevaliers étaient même soumis à de plus grandes fatigues, et, dans les défaites, à des périls plus imminents. Sous le rapport de l’utilité des services rendus à la patrie, les avantages étaient peut-être mieux balancés encore. Si le noble du quinzième siècle savait mieux conduire un cheval, mieux manier la lance, la masse, la hache et l’épée, le vassal, en revanche, le surpassait à lancer avec la fronde des cailloux et des balles de plomb, à tirer de l’arc et de l’arbalète ; ses mains robustes, accoutumées à diriger le soc, à soulever de pesants fardeaux, pouvaient, dans la défense des villes, foudroyer l’assaillant, et l’accabler sous le poids des pierres énormes entassées au sommet des remparts.

286Les vassaux ne savaient ni lire ni écrire ; mais, de leur côté, la plupart des barons étaient forcés de recourir au curé ou au tabellion de leur paroisse pour les lettres qu’une fois ou deux, dans tout le cours de leur vie, ils étaient obligés d’adresser, soit à quelque parent éloigné, soit au prince suzerain de la province. Une humble croix suffisait aux premiers pour marquer leur adhésion à un écrit quelconque ; les seconds n’y mettaient guère plus de cérémonie : il existait encore, avant la révolution, des actes à peu près de ce temps, au bas desquels on remarquait l’empreinte de cinq gros doigts trempés dans de l’encre, et, à côté, ces mots de la main du naïf tabellion : Ce est la griffe de monseigneur675.

Quand on lit pour la première fois les lettres de Jeanne d’Arc, qui nous ont été conservées, on croit y découvrir, à travers le langage uniforme de son siècle, et la noblesse de sentiments particulière à l’héroïne, quelques vestiges de rusticité, qui seraient assurément bien excusables dans le style d’une pauvre fille de campagne, sans instruction, qui ne recherchait, dans sa diction, ni la correction ni l’élégance ; mais on revient de cette idée, quand on compare ces lettres 287à celles des plus grands seigneurs du temps676. Un peu plus d’abandon et de naïveté dans les premières constitue toute la différence qu’on peut remarquer entre elles.

J’ai dit que les dogmes de la religion chrétienne contenaient, dans de justes bornes, la fierté de la noblesse : j’ajouterai que ces mêmes dogmes maintenaient, jusqu’à un certain point, le vassal dans la conviction de sa dignité personnelle. Une religion qui établit que tous les hommes sont nés d’un seul et même aïeul ; que Dieu voulut naître dans la misère et mourir dans l’ignominie pour racheter le genre humain tout entier, et qu’il a promis les couronnes du ciel aux humbles et aux infortunés ; une telle religion, dis-je, si elle dispose le plébéien à souffrir avec patience les injustices des grands, lui présente un trop haut avenir, une trop noble fin, pour qu’il puisse jamais perdre entièrement le souvenir de la communauté de droits à laquelle la mort l’appelle avec les rois et les princes. Un autre bienfait de cette religion, c’était de graver en caractères ineffaçables dans le cœur des hommes voués au travail et à l’industrie, un petit nombre de préceptes moraux d’une application générale et continuelle.

288Dans ces temps de simplicité et d’ignorance, la religion tenait lieu de tout, suppléait à tout, traçait tous les devoirs, dictait toutes les résolutions, présidait, en un mot, à toutes les occurrences de la vie. Elle étendait son influence salutaire jusque sur les manières et le langage, et mettait presque de pair, sous le rapport de la sociabilité, le gentilhomme et le laboureur. On sait que la civilité et l’honnêteté diffèrent : la première consiste dans l’observation rigoureuse de quelques usages et d’un certain nombre de formules ; la seconde n’est réellement que la manifestation, par tous les moyens naturels, du désir de se rendre utile et agréable aux autres. Il suffisait donc d’être véritablement religieux pour se montrer honnête, dans un temps où les formes se réduisaient à peu de choses, puisque la religion commande expressément de faire à ses semblables le plus de bien possible, et qu’on ne peut guère être animé de cette volonté, sans qu’elle se manifeste sur tous les points par un empressement et une obligeance générale. Cette considération seule pourrait donner la mesure de la différence qui doit exister entre la manière d’être des gens du peuple de nos jours et celle de leurs aïeux, et expliquer en même temps comment, à proportion du progrès des lumières, cette différence s’est tournée au désavantage des premiers. Que peut-il rester à des hommes, qui, par leur 289situation, ne sauraient prendre part à l’instruction des classes supérieures, et à qui l’on a enlevé le seul flambeau qui les guidait au milieu des ténèbres de l’ignorance ?

J’ai cru devoir m’étendre sur ces diverses considérations, parce qu’elles m’ont semblé une introduction nécessaire aux faits qui vont suivre, et dont elles diminuent singulièrement l’apparente invraisemblance. Ce n’est qu’en se reportant par la pensée au milieu des usages, des opinions, des vertus et des vices du quinzième siècle, que le lecteur impartial pourra juger sainement des événements de cette histoire.

Deux passions souveraines, l’amour de Dieu et l’amour de la patrie, se confondaient dans le cœur de Jeanne d’Arc, et n’y laissaient de place que pour la piété filiale et l’amitié fraternelle. L’exaltation produite par ces passions, au sein de la solitude, fit-elle naître dans son esprit des images fantastiques ; quelque imposteur parvint-il à fasciner ses yeux ; ou Dieu, touché des longs malheurs de la France, envoya-t-il réellement à cette jeune vierge les ministres de ses volontés ? Tel est le problème sur lequel je me propose de mettre le lecteur en état de se faire une opinion indépendante de toute influence étrangère.

(Été de 1423 ou 1424) D’après le calcul de l’âge de Jeanne d’Arc, lors des interrogatoires qu’elle subit à Rouen, il faut fixer à l’année 1423 ou 1424, l’instant où 290elle se crut visitée pour la première fois par des êtres surnaturels.

C’est l’époque des batailles de Cravant et de Verneuil, qui semblaient devoir accabler le parti de Charles VII, reconnu pour roi et couronné à Poitiers, le 27 octobre 1422677.

Comme aucun autre être humain que Jeanne d’Arc n’a été présent aux apparitions dont elle s’est crue honorée, nous ne pouvons recourir à cet égard qu’à son seul témoignage. C’est donc elle-même qui va parler dans le récit suivant, extrait des interrogatoires contenus au procès de Rouen, et de la déposition d’un théologien de Poitiers, témoin de ceux qu’elle avait d’abord subis dans cette ville et dont le procès-verbal n’est pas venu jusqu’à nous.

(8 mai, selon Lemaire, Histoire d’Orléans, 2e édition, p. 188) Jeanne d’Arc, âgée d’environ treize ans, se trouvait, un jour d’été, vers l’heure de midi, dans le jardin de son père678. Peut-être, occupée de quelques soins rustiques, qui laissaient à son imagination toute sa liberté, s’abandonnait-elle à une méditation contemplative. Elle n’avait point jeûné le jour précédent679, circonstance importante 291à considérer. Tout à coup, à sa droite, et du côté de l’église du hameau, voisine de la maison de son père, une grande clarté frappa ses yeux, une voix inconnue vint retentir à son oreille680. La jeune fille fut d’abord saisie d’une grande frayeur681 ; mais cette voix avait un caractère auguste ; et Jeanne d’Arc fut d’autant plus disposée à la croire envoyée de Dieu682, qu’elle lui donna les plus sages conseils, se bornant d’abord (à ce qu’il semble) à lui prescrire des règles de conduite, l’engageant à fréquenter l’église683, à être toujours bonne et honnête, et à compter sur la protection du ciel684. Pleine des opinions de son temps, Jeanne crut ne pouvoir mieux témoigner sa reconnaissance, qu’en prenant d’elle-même l’engagement de consacrer à Dieu sa virginité, tant qu’il plairait à Dieu de la lui conserver685.

Un historien contemporain raconte d’une manière différente les circonstances de la première révélation dont Jeanne d’Arc se crut favorisée, et il tenait ce détail d’un gentilhomme italien qui avait vu cette jeune fille à la cour de Charles VII.

Or, dans le temps, — dit-il, — que cette fille 292faisait paître ses troupeaux, il lui arriva, pour se mettre à couvert de la pluie, de se retirer dans une petite chapelle abandonnée, et de s’y endormir. Elle crut y avoir été favorisée d’un songe envoyé de Dieu. […] Elle se persuada que c’était un avertissement du ciel, qui lui ordonnait de quitter la garde de ses brebis, pour aller secourir le roi Charles686.

Il n’est pas impossible de concilier ce récit, qui paraît fort naturel, avec celui que fit Jeanne d’Arc dans ses interrogatoires, en supposant que l’aventure de la chapelle précéda celle du jardin. La date de la première semble indiquée par ces mots : dans le temps que cette fille faisait paître ses troupeaux ; ce qui ne peut se rapporter qu’au temps de son enfance. Jeanne d’Arc peut avoir raconté cette aventure à la cour de Charles VII, et n’avoir pas jugé à propos, dans la suite, d’en faire part à ses juges, à cause de la circonstance du songe, que la malice de ses ennemis pouvait tourner à son désavantage.

Une autre fois, comme Jeanne d’Arc gardait seule un troupeau dans la campagne, la même voix se fit entendre687, et des êtres inconnus, au 293dessus, par leur forme et la dignité de leur maintien, de tout ce qu’elle avait vu jusqu’alors, vinrent au même instant s’offrir à ses regards688. L’un d’eux avait l’extérieur et l’expression de physionomie d’un homme vertueux (d’ung très vray preudhomme689) ; il avait des ailes aux épaules690 ; aucune couronne ne ceignait sa tête691. C’était comme elle l’a su depuis, l’archange Saint-Michel692. Il n’était pas seul, mais accompagné d’un grand nombre d’anges du ciel693. Jeanne les vit de ses propres yeux, non pas des yeux de l’imagination, mais de ses yeux corporels694. Une grande clarté les environnait695. Une vive frayeur s’empara de Jeanne d’Arc696, comme la première fois que la voix lui avait parlé dans le jardin de son père.

L’archange lui dit que Dieu avait pitié de la France697 ; qu’il fallait qu’elle allât au secours du roi698 ; qu’elle ferait lever le siège d’Orléans699 294(qui ne fut formé que quatre ou cinq ans plus tard) ; et qu’elle rétablirait Charles VII, malgré ses ennemis, dans le royaume de ses pères700. Étonnée, confondue, la jeune bergère fondit en larmes701 : était-ce un pressentiment du sort qui l’attendait ?

Elle répondit à l’archange qu’elle n’était qu’une pauvre fille, qui ne saurait ni monter à cheval, ni conduire une armée702. L’archange lui dit de ne rien craindre703 ; qu’il fallait qu’elle allât se présenter devant Robert de Baudricourt, capitaine de Vaucouleurs704, et, depuis, maréchal de France705 ; que ce chevalier la mènerait au Roi706, ou lui donnerait des gens pour l’y conduire707 ; et qu’elle accomplirait ce voyage sans obstacles708. Il ajouta que Sainte-Catherine et Sainte-Marguerite viendraient la visiter ; qu’elles avaient été choisies pour la guider et l’assister 295de leurs conseils ; qu’elle devait les croire et leur obéir ; que c’était la volonté et l’ordre de Dieu709.

Quoique bien jeune encore, Jeanne d’Arc ne fut pas d’abord persuadée, et

elle fist grant doubte se c’estoit Saint Michiel710.

Ce ne fut au reste qu’après l’avoir vu plusieurs fois, qu’elle apprit son nom711. On pourrait inférer d’un passage des interrogatoires, que ce fut à la troisième apparition.

Ce ne fut, — dit-elle, — qu’après avoir entendu cette voix trois fois qu’elle connut que c’était la voix d’un ange712.

Elle pouvait à la vérité avoir appris que c’était un ange qui lui parlait, et ignorer encore que cet ange fût Saint Michel.

À la première fois, elle estoit jeune enfant, et ouït (eut) paour de ce ; deppuis luy enseigna et monstra tant, qu’elle creust fermement que c’estoit il713.

Mais elle ne le vit que rarement714.

Sur toutes choses il luy disoit qu’elle fust bonne enfant, et que Dieu luy aideroit. […] Et luy racontoit l’ange la pitié qui estoit au royaulme de France715.

296Conformément à ses promesses, les saintes, dont il avait annoncé la venue à Jeanne d’Arc, ne tardèrent pas à la visiter. Des couronnes très-riches et très-précieuses brillaient sur leur tête716. Elles se nommaient en la saluant717. Leur voix était belle, douce, et humble718. Ainsi que l’archange, elles parlaient français719, s’exprimaient avec élégance720, et la jeune fille les comprenait parfaitement721. Elle a toujours eu conseil de toutes deux722 et les a toujours vues sous la même forme723 et les mêmes vêtements724.

Le respect que lui inspirait la présence de ces êtres surnaturels ne lui permit pas sans doute de les examiner en détail. Presque toujours un grand nombre de lumières les accompagnait725,

et cela, — dit-elle, — était bien convenable726.

Elle contempla leur visage727 ; mais elle ne savait si on leur voyait des bras ou d’autres membres728. 297Elle ne se rappelait point non plus si Saint-Michel avait des cheveux ou non729.

Même avant de les apercevoir, l’habitude qu’elle avait de les entendre les lui faisait reconnaître et distinguer les uns des autres, au son de leur voix730.

Jeanne s’inclinait profondément à leur approche731,

et s’elle ne l’a fait aulcunes fois par mégarde, leur en a crié mercy et pardon depuis732.

Elle embrassait humblement leurs genoux, en signe de respect et d’obéissance733.

Elle fondait en larmes quand ils s’éloignaient d’elle, et eût bien voulu qu’ils l’emportassent avec eux734. Elle se prosternait,

et baisoit la terre après leur partement, où ils avoient reposé735.

Il paraît que ces envoyés célestes conversaient souvent avec elle, sans se rendre visibles à ses yeux : c’est du moins ce qu’on peut inférer de la manière dont elle les désigne presque toujours : 298Ma voix m’ordonna telle chose ; mes voix me donnèrent tel conseil, etc.

Comme l’archange, les saintes lui disaient que son roi serait rétabli dans son royaume, que ses adversaires y consentissent ou non736.

Jeanne n’a jamais demandé à ces ministres divins d’autre récompense finale que le salut de son âme737. Ils ne lui firent pas espérer autre chose. Les saintes lui promirent de la conduire en Paradis738.

Jamais la voix ou les voix qui lui parlaient ne lui ordonnèrent de haïr les Bourguignons ; mais,

après qu’elle eut compris qu’elles étaient pour le roi de France, elle n’aima point les Bourguignons739.

Elle offrait souvent à la messe, et en la main du prebstre, des chandelles allumées en l’honneur de sainte Catherine ;

et n’en a point tant alumé, (disait-elle), comme elle ferait volontiers à saintes Catherine et Marguerite740.

Plusieurs fois elle orna leurs images de bouquets et de couronnes de fleurs741.

299On peut ajouter à ces détails ce que rapporte le chevalier d’Aulon, sénéchal de Beaucaire, dans sa curieuse et naïve déposition, au sujet du conseil céleste dont Jeanne d’Arc se croyait assistée.

Dit qu’il l’interrogea qui estoit sondit conseil ? laquelle lui respondit qu’ils estoient trois ses conseillers, desquelx l’un estoit toujours residemment avecques elle ; l’aultre aloit et venoit souventefoys vers elle et la visitoit ; et le tiers estoit celui avec lequel les deux aultres deliberoient.

Entendait-elle par là que l’une des saintes ne la quittait point, que l’autre portait à Saint-Michel (que Jeanne voyait rarement) les messages de la première, et lui rapportait les réponses de l’archange ; ou voulait-elle parler des trois personnes de la Trinité, dont l’une, Dieu le Père, serait restée dans les cieux, l’autre, le Verbe, se serait fixée auprès de Jeanne d’Arc, et l’autre, le Saint-Esprit, eût incessamment transmis la pensée du Père au Fils et du Fils au Père, conformément à ce qu’enseignent les théologiens ? Cette dernière supposition semble s’appuyer sur plusieurs passages d’une chronique du temps, dans lesquels Jeanne d’Arc, en parlant évidemment de Dieu, se sert pour le désigner de ces 300dénominations collectives, messires, le conseil de messires742.

Ces explications souffrent plusieurs difficultés : je ne ferai mention que des principales. Si l’une des personnes de la Trinité, ou seulement une des saintes fût toujours restée auprès de Jeanne d’Arc, celle-ci n’eût-elle pas été dans un état de révélation continuel ? Or il est évident, par ses propres aveux, qu’il n’en était point ainsi.

J’ai rarement des révélations, — dit-elle dans un endroit des interrogatoires, — sans qu’une clarté les accompagne743.

Quand ils s’éloignaient de moi, — dit-elle ailleurs, — je pleurais, etc.744

Enfin, en parlant particulièrement des deux saintes :

J’ai toujours eu, — dit-elle, — conseils de toutes deux745.

Expression qui semble signifier qu’elles ne se séparaient pas.

On peut répondre à la première objection qu’une des personnes de la Trinité, ou seulement une des saintes, pouvait demeurer toujours auprès de Jeanne d’Arc, sans se manifester à elle continuellement ; et à la seconde, que par ces mots : J’ai toujours eu conseils de toutes deux, Jeanne d’Arc voulait dire seulement que les 301conseils qu’elle en recevait étaient l’œuvre commune de l’une et de l’autre ; qu’elles n’avaient qu’une pensée ; qu’elles étaient parfaitement d’accord dans leur avis. Ce sens semble même résulter de la circonstance dans laquelle Jeanne d’Arc fit cette réponse.

Les apparitions de ces messagers célestes se renouvelaient très-souvent746, et en différents endroits. Jeanne ne se souvenait point de les avoir vus sous l’arbre des Fées747 : mais les saintes s’étaient entretenues avec elle près de la fontaine voisine de cet arbre748.

L’archange ni les saintes n’étaient apparemment visibles que pour la jeune vierge, car personne qu’elle ne rapporte les avoir aperçus. Ces apparitions, soit qu’elles fussent réelles, soit que ce ne fussent que de vaines images, produites par l’exaltation d’un esprit contemplatif, expliquent ce que j’ai rapporté plus haut, que durant son enfance, on la voyait souvent se retirer à l’écart, et, à ce qu’il semblait, parler à Dieu749. Plus Jeanne d’Arc avançait en âge, plus les injonctions des envoyés célestes devenaient pressantes.

Cette voix (j’ai déjà dit qu’elle désignait 302souvent ainsi l’archange et les saintes collectivement), cette voix lui disait deux ou trois fois par semaine qu’elle partît, et vînt en France750.

Jeanne d’Arc était tellement agitée du désir d’obéir aux ordres de Dieu, qu’elle ne pouvait plus durer où elle était751.

Jeanne ne parla à personne de ces visions, pas même au curé de sa paroisse752. Cependant,

elle ne fust point contraincte de ses voix à le celer : mais doubtoit moult le révéler, pour doubte des Bourguignons, qu’ilz ne la empêchassent de son voyage ; et par especial, doubtoit moult son père, qu’il ne la empêchast de son véage faire753.

Toutefois, et quelque discrétion qu’elle se fût imposée à cet égard, Jeanne d’Arc ne pouvait chercher les moyens d’exécuter 303les ordres qu’elle croyait avoir reçus, sans laisser paraître le projet qui occupait toutes ses pensées. Joffroy de Fay, écuyer, demeurant à Marcey, et chez lequel Jeanne venait de temps en temps, lui entendit dire plusieurs fois qu’elle voulait aller en France754. Peu de temps avant son départ, elle dit à Conrardin de Spinal, laboureur de son voisinage (le même apparemment à qui elle avait souhaité tant de mal, durant son enfance, à cause de ses opinions politiques) :

— Mon compère, si vous n’étiez pas Bourguignon, je vous dirais quelque chose.

Conrardin crut qu’il s’agissait d’un projet de mariage entre Jeanne d’Arc et quelqu’un des jeunes gens avec lesquels ils passaient leur vie755 ; mais le cœur de cette jeune vierge, tout entier à de plus hautes destinées, était loin d’entretenir des pensées d’amour ; il échappait, par la sublimité d’une piété céleste, à des affections moins nobles et moins pures. Enfin, elle ne put s’empêcher de dire à Michel le Buin, autre laboureur, la veille de la Saint-Jean-Baptiste,

qu’il y avait entre Compey et Vaucouleurs une fille qui, avant un an, ferait sacrer le Roi de France.

prophétie qui s’accomplit en effet dans l’année756. Elle 304s’exprima d’une manière plus claire encore devant Jean Waltrin, laboureur demeurant à Greux ; il lui entendit dire plusieurs fois,

qu’elle délivrerait la France et le sang royal757.

La crainte qu’elle éprouvait que son père ne vînt à découvrir son dessein, n’était pas dénuée de fondement. Soit que quelques mots échappés à Jeanne d’Arc eussent fait naître en lui le soupçon de ce qu’elle méditait, soit qu’un pouvoir surnaturel, adversaire impuissant, mais éternel, des desseins de la Providence, cherchât à l’en instruire, pour qu’il y mît obstacle, un peu plus de deux ans après la première apparition des messagers célestes (1426), Isabelle Romée avait dit à Jeanne d’Arc que son père disait

qu’il avoit songié que avec les gens d’armes s’en iroit la dicte Jehanne sa fille. Et en avoient grant cure ses père et mère de la bien garder, et la tenoient en grant subjection ; et elle obéissoit à tout758.

Le sentiment de l’honneur, héréditaire dans cette famille, était, s’il est possible, porté jusqu’à l’excès dans le cœur de Jacques d’Arc ; et son austère vertu, soumise irrévocablement aux règles les plus rigoureuses, n’eût pu souffrir dans ses enfants l’apparence de la plus légère infraction à leurs devoirs. Plus tendre, et sans doute moins 305sévère, Isabelle, dans ses entretiens avec sa fille, l’informait de tout ce qu’elle aurait à craindre du courroux paternel, si jamais elle justifiait les craintes que Jacques d’Arc avait conçues. Elle lui rapportait qu’il avait dit à ses fils :

Se je cuidoye (croyais) que la chose advinsist, que j’ai songié d’elle, je vouldroye que la noyissiés ; et se vous ne le faisiés, je la noieroye moi mesme759.

Telle était la situation des esprits dans la famille de Jeanne d’Arc, quand un événement imprévu vint troubler la sécurité dont elle avait joui jusque-là, sous le chaume inconnu qui lui servait d’asile. Des troupes bourguignonnes vinrent tout à coup fondre sur la contrée, peut-être pour punir ses habitants de leur attachement à la cause de Charles VII, et s’avancèrent vers Domrémy, précédés du bruit de leurs rapines et de leurs violences. À leur approche, les pâtres et les laboureurs établis dans ce village, ne pouvant sans doute espérer d’être secourus par la garni son de Vaucouleurs, trop faible pour pouvoir s’éloigner sans péril des remparts de cette place, abandonnèrent précipitamment leurs humble demeures, et, emportant leurs effets les plus précieux, chassant devant eux leurs troupeaux le long des rives de la Meuse, cherchèrent 306un asile dans les murs de Neufchâtel760, aujourd’hui Neufchâteau, ville alors fortifiée, et d’ailleurs dépendante du duché de Lorraine, dont les Bourguignons n’auraient pas osé violer le territoire. Accueillis avec intérêt par ses habitants, ils durent s’applaudir d’avoir, dans leur malheur, choisi ces murs pour retraite. Jacques d’Arc et sa famille furent reçus chez une honnête femme761, nommée la Rousse762, qui tenait une espèce d’hôtellerie763. Ils y demeurèrent trois764, quatre765 ou cinq jours au plus766. Jeanne y passait une partie de son temps à conduire, dans les champs voisins de la ville, le troupeau de son père767, et le reste, à aider, sous les yeux de ses 307parents, leur bonne hôtesse dans les soins de sa maison768, cherchant ainsi à acquitter, autant qu’il était en elle, la dette sacrée de la reconnaissance, cette dette si chère aux belles âmes. Croirait-on qu’il n’en a pas fallu davantage pour transformer Jeanne d’Arc, d’après un passage de Monstrelet (auteur contemporain, à la vérité, mais bourguignon, et assez mal instruit, en général, de ce qui se passait dans le parti contraire), en une grossière servante d’auberge ?

Laquelle Pucelle Jehanne, dit cet historien, fut grant espace de tems chamberiere en une hostellerie. Et estoit hardie de chevaucher chevaulx et les mener boyre, et aussi de faire appertises que jeunes filles n’ont point accoustumé de faire769.

Que Voltaire, dans un poème licencieux, malheureusement trop célèbre, se soit avidement emparé de ce passage, l’étale complaisamment dans ses notes prétendues historiques, et affecte d’y ajouter foi, cela se conçoit aisément ; il entrait dans son plan de rassembler de préférence tout ce qui pouvait contribuer à jeter du ridicule sur l’héroïne du quinzième siècle ; le caractère même de son ouvrage le réduisait à la triste nécessité de ramasser avec soin les trivialités et jusqu’aux turpitudes de l’histoire, en fermant les yeux sur 308ce qu’elle eût offert de grand et de sublime à un poète national ; mais qui pourra comprendre que Pasquier, cet écrivain si bon Français, ait été tellement préoccupé de l’assertion de Monstrelet, qu’il l’ait confondue dans sa mémoire avec les passages des interrogatoires de Rouen relatifs à cette fuite de Jacques d’Arc et de sa famille à Neufchâteau, et ait formé de tous ces souvenirs confus le récit suivant, bizarre tissu de faux et de vrai, qui présente assez bien l’image du chaos avant que l’esprit de Dieu eût séparé la lumière des ténèbres770. Interrogée sur cette époque de sa vie, elle répondit, selon lui, à ses juges,

qu’au vingtiesme an de son aage, (notez bien que, d’après toutes ses déclarations, elle devait en avoir seize ou dix-sept au plus) elle alla à Neufchâtel en Lorraine, ou elle demeura chez une hostesse nommée la Rousse ; et là menoit les bestes aux champs, mesmes les chevaulx paistre et abreuver, et ainsi apprit de se tenir à cheval. […] Qu’après y avoir servi cinq ans, elle retourna chez son père771.

Comment cet auteur, si favorable au reste à la Pucelle, peut-il être tombé dans de telles inexactitudes, lui qui assure avoir eu en sa possession, pendant quatre ans, une grosse du procès ? Tous les témoins 309bornent à quatre ou cinq jours le temps que Jeanne d’Arc passa à Neufchâteau. Non content de transformer ces cinq jours en cinq années, Pasquier veut qu’elle ait déclaré avoir passé ces cinq années dans l’état de domesticité. J’ai lu, comparé, et copié de ma main les manuscrits les plus anciens et les plus authentiques du procès de la Pucelle, et je déclare qu’ils n’offrent pas la plus légère trace d’un semblable aveu. Et qu’on ne pense point qu’en relevant cette erreur, j’aie autre chose en vue que l’intérêt de la vérité, et que j’attache à la circonstance même dont il s’agit une importance ridicule : personne plus que moi n’est convaincu que Jeanne d’Arc eût pu passer sa jeunesse dans la domesticité, et, triomphant, par la force et l’élévation naturelle de son âme, de l’influence qu’exerce en général sur les caractères ordinaires une situation servile, devenir une héroïne et sauver la France ; mais puisqu’on voulait employer cette particularité à la dégrader dans l’opinion des hommes, il eût fallu du moins s’appuyer sur un autre témoignage que celui d’un historien attaché à la maison de Bourgogne. On dirait au surplus que le bon ange de Jeanne d’Arc avait deviné qu’on se servirait un jour de cette invention pour obscurcir sa gloire : on en trouve le démenti formel dans les dépositions de l’enquête de Vaucouleurs.

Jamais, — dit un témoin 310qui avait vu naître et élever la Pucelle, — jamais, jusqu’à son départ pour la France, elle ne servit personne, hormis son père772.

Il est très-probable qu’on trouverait une déclaration absolument semblable dans la déposition d’un autre témoin, si elle n’eût été tronquée par les copistes.

Ledit témoin, — qui porte cette déposition, — alla à Neufchâteau avec ladite Jeanne, son père et sa mère ; et vit toujours ladite Jeanne avec ses père et mère (ici, je soupçonne une lacune), excepté que, pendant trois ou quatre jours, ladite Jeanne, en présence de ses père et mère, aidait l’hôtesse chez laquelle ils étaient logés773.

Il y a une contradiction manifeste et un non-sens absolu dans ce passage, si l’on ne rétablit à la suite de ces mot : vit toujours ladite Jeanne avec ses père et mère, ceux-ci, que réclame évidemment le sens de la phrase : Et ne servit jamais personne, excepté, etc.

Quoique surchargée de soins, au milieu des embarras de sa situation, Jeanne d’Arc ne négligea point, pendant son séjour à Neufchâteau, les devoirs de piété qui avaient toujours été si chers à son cœur. Fugitive, exilée du toit qui l’avait vue naître, on conçoit même qu’elle dut éprouver 311plus vivement encore le besoin d’offrir à Dieu ses larmes, et d’implorer son appui pour les êtres vertueux dont elle avait reçu le jour. Eh ! qui n’a pas senti, aux jours de l’infortune, combien est précieuse et consolante cette antique alliance de la religion et du malheur !

Il y avait à Neufchâteau une maison de ces cénobites qui, par un dévouement peut-être mal entendu, mais assurément respectable dans son principe, se condamnaient volontairement, pour expier leurs fautes et celles de leurs frères, à l’humiliation de mendier toute leur vie les aliments nécessaires à leur nourriture. C’est dans l’église de ce monastère, aux pieds de ces hommes qui trouvaient leur gloire dans leur abaissement aux yeux du monde, que Jeanne d’Arc allait déposer, pendant son séjour dans cette terre étrangère, les scrupules d’une âme innocente, qui, ne pouvant trouver dans ses souvenirs un reproche à se faire, imputait sans doute à l’aveuglement et à la vanité la paix d’une conscience sans tache. Jeanne d’Arc se confessa deux ou trois fois à ces bons religieux774, et cependant elle ne resta à Neufchâteau que quatre ou cinq jours775 !

Mais, quelque consolation que la religion lui offrît dans son exil, préoccupée comme elle l’était 312de l’importante mission qui lui avait été confiée, Jeanne d’Arc ne pouvait sans un vif chagrin se voir entraînée si loin de Vaucouleurs, où ses voix lui avaient ordonné de se rendre, et où elles lui avaient annoncé qu’elle trouverait dans la protection de Robert de Baudricourt776, gouverneur de cette ville, les moyens de faire le voyage de Chinon777. Dans l’inquiétude qui l’agitait, le séjour de Neufchâteau ne tarda pas à lui devenir insupportable. Elle disait à ceux qui s’apercevaient de l’altération qu’elle éprouvait,

qu’elle était malade de rester en ce lieu778.

Quand 313on lui en demandait la raison, elle se contentait de répondre

qu’elle n’aimait pas à y demeurer, et qu’elle préférait habiter Domrémy779.

Enfin les troupes bourguignonnes abandonnèrent la contrée780, apparemment parce qu’elle ne présentait plus rien à leur insatiable avidité. Il est probable que c’est à cette époque, et par les mains de cette soldatesque, que l’église de Domrémy fut livrée aux flammes781, événement qui ne dut pas augmenter le nombre des partisans des Bourguignons, dans un lieu où leur nom était depuis longtemps en horreur. Jacques d’Arc et sa famille, cédant aux prières pressantes et continuelles de Jeanne d’Arc, retournèrent des premiers dans leur demeure782.

Jeanne put donc parcourir seule les lieux chéris où les jours de son enfance s’étaient si doucement écoulés ; ces lieux qui devaient offrir à chaque pas des traces récentes du ravage que se plaisent à exercer, quand une sévère discipline et les préceptes d’une religion sainte ne répriment pas leurs habitudes cruelles, des hommes voués à une profession essentiellement destructive ; ces 314lieux, dis-je, naguère si animés, à qui l’absence de leurs habitants, encore dispersés par la crainte, devait donner un aspect si morne, si désert ; où le silence de la solitude avait succédé au doux murmure d’une population active, aux bruits du travail, aux accents de la joie, aux chants des pasteurs, aux mugissements des troupeaux, aux sons même de l’airain sacré, maintenant muet et immobile comme les tombes auprès desquelles il appelait les laboureurs à la prière. Et si, portant ses pas vers le temple rustique où tant de fois elle offrit le tribut de la piété la plus tendre, Jeanne d’Arc le trouva détruit ou profané ; si les images saintes qu’elle couronna si souvent de fleurs vinrent frapper ses yeux, dépouillées de leurs ornements, renversées de leur base, ou indignement mutilées, quel sentiment douloureux dut s’élever dans cette âme, dont la dévotion était si vive et si ardente, et combien dut s’accroître le désir dont elle était depuis si longtemps dévorée, d’aller accomplir l’étonnante révolution qui, en rétablissant un descendant de saint Louis sur le trône de ses ancêtres, devait mettre fin à tant de crimes et d’impiétés ! Et qu’on n’oppose point à la supposition de ces désordres l’aveugle dévotion des guerriers de ce siècle : le cœur humain est un abîme inexplicable ; rien ne touche de plus près que la superstition à l’impiété ; et il n’y avait pas plus de huit ou neuf ans que, pendant 315les troubles de Paris, un soldat des troupes du duc de Bourgogne, sortant d’une taverne de la rue aux Oues, où il avait perdu tout son argent, frappa de plusieurs coups de dague une image de la Vierge. Frappées d’épouvante, quelques personnes crurent avoir vu jaillir du sang sous le fer sacrilège ; le coupable fut saisi et puni du dernier supplice. On porta la statue à Saint-Martin-des-Champs, où, sous le nom de Notre-Dame-de-la-Carolle, elle devint l’objet de la vénération des fidèles. Une autre image fut placée au lieu même où le crime avait été commis ; et l’usage d’y brûler, tous les ans, le 3 juillet, en mémoire de cet événement, la représentation en osier d’un homme armé d’un poignard, durait encore, selon Villaret, à l’époque de la publication de son Histoire, c’est-à-dire en 1764783.

Jeanne d’Arc passait les jours et les nuits à rêver aux moyens d’exécuter son voyage à Vaucouleurs, quand un nouvel incident vint reculer encore le terme de ses espérances. (Je place ici ce fait, parce qu’il me paraît qu’il se lie mieux ainsi à la suite des événements ; mais je dois avouer que, ni dans les dépositions contenues au procès de révision, ni dans les interrogatoires subis par la Pucelle, rien n’indique s’il eut lieu avant ou après le voyage de Jeanne d’Arc à Neufchâteau. Pasquier, 316suivi par quelques auteurs, le place pendant le séjour de Jeanne d’Arc dans cette ville ; mais c’est une suite de sa première erreur qui change en cinq années les cinq jours qu’elle y demeura, et il me paraît contre toute vraisemblance que ces cinq jours aient suffi pour le commencement, la poursuite et la décision d’un procès, quelque simple que fût le fond de l’affaire.) Un jeune homme, sans doute aussi charmé de la bonne conduite que de la beauté de Jeanne d’Arc, demanda à l’épouser, et eut le chagrin de se voir refusé par elle. Ne pouvant vaincre sa résistance, cet homme imagina pour la réduire le moyen le plus singulier dont on pût s’aviser ; ce fut de soutenir qu’elle lui avait fait une promesse de mariage, et de la citer devant l’official de Toul, pour se voir contrainte à remplir ses prétendus engagements784. Il paraît que les parents de Jeanne d’Arc auraient vu ce mariage avec plaisir, parce qu’il eût mis fin à leurs inquiétudes785. Ils engagèrent fortement leur fille à ne point soutenir ce procès, qu’ils avaient peut-être suscité secrètement ; car il n’est guère probable que, s’il n’avait été sûr de leur approbation, le jeune homme eût hasardé une démarche aussi extraordinaire. Vraisemblablement on comptait beaucoup sur la timidité 317d’une jeune fille sans expérience, traduite pour la première fois devant un tribunal, sans pouvoir compter sur le secours de ses parents, intéressés à ce qu’elle perdit sa cause. Sa douceur, son humble docilité dans toutes les autres circonstances de sa vie, rendaient sa résistance plus inattendue, et semblaient garantir qu’elle ne serait pas de longue durée.

Ilz la tenoient en grant subjection, (dit-elle), et elle obéissoit atout, sinon au proces de Toul, au cas de mariage786.

La fermeté de son âme, qu’on n’avait jamais eu encore l’occasion de connaître, opposa cette fois à la volonté de ses parents un obstacle insurmontable, et déjoua un projet dont le succès ne reposait que sur sa jeunesse et son inexpérience ; elle a avoué, au reste, qu’elle ne tenait pas d’elle seule la force et le courage qui la soutinrent dans cette circonstance.

Ses voix, dont elle avait imploré le secours, la asseurerent de gaigner son proces787.

Elle partit pour Toul avec la ferme résolution de se défendre elle-même, et de tout son pouvoir.

Et là, jura devant le juge dire vérité, et déclara qu’elle n’avait fait aucune promesse semblable à sa partie788.

Comme il eût été impossible à son adversaire d’appuyer ses prétentions 318d’aucune preuve, le procès fut bientôt terminé ; et l’on peut dire qu’il avait été gagné pour Jeanne d’Arc du moment qu’elle avait pris la résolution de le soutenir.

Libre de retourner à l’exécution de son projet, Jeanne d’Arc s’arrêta à un plan qui lui présentait l’avantage de faire à l’insu de ses parents le voyage de Vaucouleurs.

[Interrogée depuis] s’elle cuidoit bien faire de partir sans le congié de père ou mère, comme il soit ainsi que on doit honnourer père et mère, [Jeanne répondit] que en toutes autres choses elle avoit bien obey à eulx, excepté de ce partement : mais depuis le m’en avoit escript, et luy avoient pardonné789.

[Interrogée ensuite] s’elle demanda à ses voix qu’ilz le deist (dissent) à son père et à sa mère, son partement, [elle répondit :] Quant est de père et de mère, ilz estoient assez contens qu’elle leur dist, se n’eust esté la payne qu’ilz luy eussent fait, s’elle leur eust dit Et quant est d’elle, elle ne leur eust dit pour chose quelconque. Item, dit que ses voix se rapportoient à elle de le dire à père ou mère, ou de s’en taire790.

J’ai dit, au commencement de cette histoire, que Jeanne avait un oncle maternel, nommé 319Durand Laxart, qui demeurait au Petit-Burey, village situé entre Domrémy et Vaucouleurs. Il paraît que ce bon laboureur avait beaucoup d’amitié pour sa nièce, et qu’il lui inspirait plus de confiance qu’aucun autre individu de sa famille. Jeanne alla le voir (sans doute dans un de ses pèlerinages à Notre-Dame de Bermont : le Petit-Burey en était très-voisin), et lui dit qu’elle désirait demeurer chez lui quelque temps791.

Laxart y consentit et dut trouver sa demande d’autant plus naturelle, qu’après ce qui venait de se passer, elle devait avoir à souffrir du mécontentement de son père, très-irrité sans doute du refus qu’elle avait fait d’un parti sortable, et du résultat de l’affaire de Toul, dont il avait espéré un succès plus conforme à ses vues. Mais il fallait trouver un prétexte pour tirer Jeanne de chez ses parents ; car de leur alléguer pour motif le désir de soustraire cette jeune fille aux reproches de son père, c’eût été exciter davantage le ressentiment de Jacques d’Arc. Jeanne imagina de suggérer à son oncle de donner pour raison de sa demande, que sa femme, alors enceinte, avait besoin des soins de sa nièce792. Laxart adopta cette idée, et vint quelques jours après demander 320Jeanne à ses parents, qui crurent ne pas pouvoir la lui refuser ; Jeanne vint donc s’établir chez son oncle793. Huit jours s’étaient à peine écoulés, qu’elle lui dit qu’il fallait qu’elle allât à Vaucouleurs794, parce qu’elle voulait de là se rendre en France795, vers le dauphin, pour le faire couronner796. Plusieurs déposants prétendent qu’elle avait fait cette déclaration à Laxart avant qu’il vînt la demander à ses parents797 : mais comme ils n’en parlaient que par ouï-dire, j’ai cru devoir m’en rapporter, pour l’ordre des choses, au récit de Jeanne d’Arc elle-même.

N’a-t-il pas été dit autrefois, — disait-elle pour le persuader, — que la France serait livrée à la désolation par une femme (elle appliquait apparemment à Isabeau de Bavière cette partie de la prophétie) et devait être ensuite rétablie par une vierge798 ?

Elle ajoutait

qu’elle irait dire à Robert de Baudricourt de la faire conduire au lieu où était monseigneur le dauphin799.

Et elle paraissait tellement convaincue du succès de son entreprise, qu’elle parvint à l’en persuader lui-même.

Craignant sans doute que si le seigneur de Baudricourt rejetait la demande de Jeanne d’Arc, la publicité, jointe au mauvais succès de cette tentative, ne nuisît à la réputation de sa nièce, Laxart jugea à propos de se rendre d’abord seul auprès du capitaine de Vaucouleurs, et de lui faire connaître en particulier le désir et les promesses extraordinaires de la jeune inspirée. Baudricourt le reçut assez mal, et lui dit plusieurs fois qu’il eût à la bien souffleter, et à la ramener chez son père800. Quand Jeanne d’Arc vit que cette démarche n’obtenait aucun succès, elle s’empara des vêtements de son oncle, et déclara qu’elle voulait absolument partir. Elle partait seule en effet ; mais Laxart, qui vit que rien ne pouvait changer sa résolution, se détermina à la conduire à Vaucouleurs801. Il paraît que, rassurée par la compagnie de son oncle, elle consentit alors à reprendre les vêtements de son sexe ; car, selon plusieurs témoins, elle portait à Vaucouleurs de méchants habits rouges de femme802.

322En traversant le village de Greux, pour se rendre au Petit-Burey, et en passant devant la porte de Gérard Guillemete, Jeanne avait dit au père de ce témoin :

— Adieu, je vais à Vaucouleurs803.

Elle dit également adieu à la jeune Mengete, et la recommanda à Dieu804. Enfin, elle prenait tendrement congé de tous ceux qui lui avaient jusque-là montré de l’attachement805. Haumette seule, soit qu’elle fût en ce moment absente, soit qu’elle ne demeurât pas alors à Greux même, ne sut le départ de Jeanne d’Arc que quelques jours après, et répandit à cette occasion beaucoup de larmes ;

car, — dit-elle dans sa déposition, — elle était sa compagne, et l’aimait beaucoup, à cause de sa grande bonté806.

Jeanne arriva à Vaucouleurs807 vers l’époque 323de l’Ascension808 (jeudi 11 mai 1428), et vint loger avec son oncle chez un charron de cette ville, appelé Henri809, dont la femme, nommée Catherine, ne tarda pas à la prendre en amitié810. Elle fit prévenir Baudricourt de son arrivée, et de l’objet de sa venue : un nouveau refus de l’envoyer au roi fut la réponse du gouverneur811. Elle obtint cependant 324d’être admise en sa présence ; et, quoiqu’elle ne l’eût jamais vu auparavant, elle le distingua sur-le-champ, et par l’avertissement de sa voix, de ceux qui se trouvaient près de lui : c’est d’elle-même que nous tenons cette particularité812. Elle dit à Baudricourt

qu’elle venait vers lui de la part de son Seigneur, pour qu’il mandât au dauphin de se bien maintenir, et qu’il n’assignât point de bataille à ses ennemis ; parce que son Seigneur lui donnerait secours dans la mi-carême. Car ladite Jeanne disait que le royaume n’appartenait pas au dauphin, mais à son Seigneur ; que toutefois son Seigneur voulait que ledit dauphin devînt roi, et qu’il eût ce royaume en dépôt (in commendam) ; ajoutant que malgré les ennemis dudit dauphin, il serait fait roi, et qu’elle le mènerait sacrer. Lequel Robert lui demanda qui était son Seigneur ? Laquelle répondit : Le roi du ciel813.

Baudricourt refusa encore de croire à ses promesses, et la renvoya sans lui rien accorder814. Bertrand de Poulengy, gentilhomme dont j’aurai plusieurs fois occasion de parler dans la suite, et qui, faisant ordinairement sa demeure dans les environs de Domrémy, avait eu occasion de 325connaître Jeanne d’Arc et ses parents, était présent à cet entretien, et nous en a transmis les détails.

Quoique les voix qui conduisaient Jeanne d’Arc lui eussent prédit qu’elle serait trois fois refusée815, elle ne put s’empêcher d’être vivement affligée du mauvais succès de sa seconde tentative : elle eut recours à ses consolations ordinaires, la confession et la prière. Son hôtesse la conduisait souvent à l’église (car il est à remarquer que, durant son séjour dans les villes, elle ne voulait sortir qu’accompagnée de quelque femme respectable), et la vit plusieurs fois se confesser à maître Jean Fournier, alors curé de Vaucouleurs816. Jean Colin, qui fut depuis curé de Domrémy, mais qui était alors attaché à la paroisse de Vaucouleurs, reçut aussi trois fois sa confession, et en fut très-édifié817. Jean le Fumeux, chanoine de la chapelle de Sainte-Marie de Vaucouleurs,

vit souvent ladite Jeanne venir à ladite église très-dévotement, laquelle entendait les matines, les messes, et restait très-longtemps à prier en ladite église818.

326Plusieurs fois il l’aperçut agenouillée devant l’image de la reine du ciel : tantôt, la tête inclinée sur son sein, elle semblait ensevelie dans une sainte méditation ; tantôt, le visage élevé et les yeux fixés sur la mère du Sauveur, tous ses traits respiraient l’amour, le dévouement et la confiance819.

Toujours ennemie de l’oisiveté, Jeanne s’efforçait d’abréger, par la dissipation du travail, les lentes heures de l’attente. Habile à manier les fuseaux, elle passait à filer auprès de son hôtesse (qui rend justice à son talent et à ses goûts laborieux), le temps qu’elle ne consacrait pas à la prière820. Mais cette occupation, qui laissait à son esprit toute son activité, n’apportait que de faibles soulagements à son impatience ;

et le temps lui était aussi pesant qu’il l’eût été à une femme enceinte, de ce qu’on ne la conduisait pas au dauphin821.

C’était le sujet continuel de ses entretiens.

— Il faut absolument, — disait-elle, — que j’aille vers le noble dauphin, parce que mon Seigneur le veut ainsi. C’est de la part du roi du ciel que cette mission m’est confiée ; et quand je devrais y aller sur mes genoux, 327j’irais822.

Albert de Urchiis, dont j’ai déjà cité le témoignage, la vit dans ce temps-là, et lui entendit dire plusieurs fois qu’elle eût bien voulu que quelqu’un, pour le très-grand avantage du dauphin, consentît à la conduire823. Elle faisait cette prière à tous ceux qu’elle voyait, et s’exprimait, dit-il, parfaitement bien824.

— N’avez-vous pas ouï raconter, — disait-elle un jour, — qu’il a été prophétisé que la France serait perdue par une femme, et rétablie par une vierge des marches (frontières) de la Lorraine825 ?

Son hôtesse se rappela alors qu’elle avait autrefois entendu parler de cette prédiction : elle en fut très-frappée826 ; et depuis ce moment, elle et beaucoup d’autres crurent à ses paroles827.

Telle est la mobilité de l’esprit humain, qu’il n’est peut-être pas un seul homme, quelle que soit la fermeté de son caractère, qui n’ait senti ses opinions les mieux établies, plus ou moins ébranlées, en dépit de lui-même, par l’empire de l’exemple et la force de l’opinion publique. La foi qu’un grand nombre de personnes avait 328aux promesses de Jeanne d’Arc, parvint enfin, en se propageant, à faire impression sur l’esprit de Baudricourt lui-même ; et il commença à flotter irrésolu entre les conseils de l’amour-propre, qui l’engageait à soutenir sa première résolution, et le vœu général, favorable à la jeune prophétesse. Agité par des intérêts et des passions opposées, il prit, pour mettre fin à ses incertitudes, un parti conforme aux préjugés de son siècle, et s’arma d’un moyen superstitieux pour combattre ce qu’il traitait encore de superstition. On le vit un jour entrer dans la maison où Jeanne était logée, accompagné de maître Jean Fournier, curé de Vaucouleurs, et s’enfermer avec lui dans la chambre de Jeanne. Il en sortit au bout de quelque temps, et Jeanne raconta à son hôtesse les particularités de cette entrevue. Jean Fournier, qui s’était muni d’une étole, avait déployé aux yeux de la jeune fille cette marque distinctive de son ministère

et l’avait adjurée, en présence dudit capitaine, en disant que, si elle était mauvaise, elle partît d’avec eux ; et que, si elle était bonne, elle s’approchât.

Jeanne, qui, à la vue de l’étole, s’était humblement prosternée, n’eut pas plutôt entendu ces paroles, qu’elle s’approcha du prêtre, en marchant sur ses genoux828 : hommage de respect et d’obéissance 329qu’elle ne rendait pas à l’homme, mais au ministère auguste dont il était revêtu ; car, dans ce moment même, en reconnaissant son autorité sacrée, elle condamnait intérieurement sa conduite :

Et disait encore ladite Jeanne, que ce prêtre n’avoit pas bien agi, parce qu’il avait entendu sa confession829 ;

paroles qui donnent à entendre qu’elle soupçonnait, d’après les paroles échappées à Baudricourt, ou à maître Fournier lui-même, que ce dernier avait confié au gouverneur des particularités qu’il ne pouvait lui révéler sans crime.

Soit que Jeanne d’Arc sentît qu’il était impossible qu’elle prolongeât davantage son séjour à Vaucouleurs, sans que ses parents eussent enfin connaissance de sa démarche auprès du seigneur de Baudricourt ; soit que Laxart ne pût rester plus longtemps absent de ses foyers, elle retourna avec lui au Petit-Burey ; et il paraît que ni Jacques d’Arc, ni Isabelle Romée, ni les frères de la Pucelle, ne surent qu’elle était allée à Vaucouleurs ; car ils ne prirent aucune mesure pour l’empêcher d’y retourner. Du moins, s’ils en furent informés, il faut croire qu’ils jugèrent à propos de le dissimuler, dans l’espoir que le mauvais succès de cette tentative engagerait Jeanne à renoncer à ses projets.

330Mais la persévérance formait un des traits les plus remarquables du caractère de cette jeune fille. Son oncle, qui avait cru le premier à sa mission, n’avait pas senti sa foi ébranlée par les difficultés qu’il avait rencontrées ; et cette circonstance seule prouverait que la conduite édifiante de Jeanne d’Arc, même dans la plus grande intimité, ne se démentait jamais. Au commencement du carême de la même année (1428 ancien style, 1429, nouveau style), il consentit à la conduire encore à Vaucouleurs830.

Henri et sa femme la reçurent avec la même cordialité qu’à son premier voyage ; et les personnes qui avaient cru aux paroles de la jeune prophétesse ne tardèrent pas à venir la visiter.

Toujours plus vivement tourmentée du désir d’aller accomplir la mission dont elle se croyait chargée, voyant que Baudricourt ne prenait aucune décision à son égard, Jeanne résolut de partir à pied. Son oncle et un nommé Jacques Alain, qu’elle était parvenue à persuader, se décidèrent à la conduire. Ils partirent en effet, et allèrent jusqu’à Saint-Nicolas. Jeanne fit sans doute la réflexion qu’il n’était guère convenable de s’aller présenter de la sorte à la cour, sans lettres du gouverneur de sa province, sans avoir, au moins pour guide et pour introducteur, un homme recommandable par son éducation et par 331sa naissance. Elle dit à ses compagnons de voyage qu’elle trouvait

qu’il n’était pas honnête de partir ainsi ;

et revint avec eux à Vaucouleurs831.

Jean de Novelonpont, surnommé de Metz, gentilhomme considéré dans le pays, étant venu par hasard chez son hôte, l’y rencontra ; et remarquant sans doute en elle, sous les mauvais habits rouges dont elle était alors revêtue832, quelque chose de grand et d’extraordinaire :

— Que faites-vous ici, ma mie (amica mea) ? — lui demanda-t-il. — Ne faut-il pas bien que le roi soit chassé du royaume, et que nous devenions Anglais ?

— Je suis venue à la chambre du roi, — répondit-elle, — demander à Robert de Baudricourt qu’il me conduisît, ou me fît conduire au roi ; lequel n’a cure de moi ni de mes paroles. Et cependant, avant qu’il soit la mi-carême, il faut que je sois devers le roi, dussé-je pour m’y rendre, user mes jambes jusqu’aux genoux. Car personne au monde, ni rois, ni ducs, ni fille du roi d’Écosse833, ou 332tous autres, ne peuvent reprendre le royaume de France, et il n’y a pour lui de secours que moi-même, quoique j’aimasse mieux rester à filer près de ma pauvre mère ; car ce n’est pas là mon ouvrage : mais il faut que j’aille, et que je le fasse, parce que mon Seigneur le veut.

— Et quel est votre Seigneur, — demanda Jean de Metz ?

— C’est Dieu, — répondit-elle.

Frappé de ces paroles, et de l’air de candeur avec lequel elles étaient prononcées, ce gentilhomme lui promit par sa foi, sa main dans la sienne, que, sous la conduite de Dieu, il la mènerait au roi, et lui demanda quand elle désirait partir :

— Plutôt aujourd’hui que demain, — répondit elle.

Il lui demanda encore si elle voulait aller avec les habits qu’elle portait, et elle répondit qu’elle accepterait volontiers des habits d’homme. Jean de Metz envoya alors chercher les habits d’un de ses serviteurs, et elle s’en revêtit834.

La naissance distinguée de ce nouveau prosélyte, et la considération dont il jouissait, ne pouvaient manquer de faire impression sur la multitude : son exemple eut bientôt un grand nombre d’imitateurs. Bertrand de Poulengy, cet autre gentilhomme qui avait été présent à la première entrevue de Jeanne et de Baudricourt, fut un de ceux qui mirent le plus de zèle à l’aider 333dans son entreprise, et il voulut partager avec Jean de Metz l’honneur de la conduire835.

Il est probable que si Jeanne d’Arc ne profita pas sur-le-champ des dispositions que montraient ces deux gentilshommes, c’est qu’elle espérait toujours obtenir l’assentiment de Baudricourt, et une lettre de ce gouverneur pour le roi : recommandation qu’elle regardait sans doute comme indispensable pour n’avoir pas l’air d’une aventurière en arrivant à la cour, et dont ses voix lui avaient, d’ailleurs, prédit l’obtention836.

C’était un bruit général dans le pays, que l’envoi de cette fille

était une grâce de Dieu, et qu’elle était conduite par l’esprit du Seigneur837.

La réputation de la jeune inspirée s’étendant chaque jour davantage, le duc Charles de Lorraine838, affaibli par une maladie839 que tout l’art des médecins ne pouvait guérir, désira la voir et la consulter840. Il écrivit, en conséquence, pour qu’on la conduisît auprès de 334lui841, et lui envoya un sauf-conduit842 et un cheval noir843. Son oncle Laxart l’accompagna dans ce voyage844. Jean de Metz l’escorta, dit-il, jusqu’à Toul845 ; ce qui donne lieu de le croire, quoique aucune déposition n’éclaircisse ce point, que c’est à Nancy que le duc l’attendait. Ce prince lui fit diverses questions touchant les bruits qui couraient sur elle, à quoi elle se contenta de répondre qu’elle voulait aller en France,

et lui parla peu du but de son voyage846,

apparemment parce que, le duc ne s’étant pas déclaré pour le roi Charles, elle appréhendait qu’il mît obstacle à son entreprise. Il l’interrogea ensuite sur ce qu’il fallait qu’il fît pour recouvrer la santé ; mais elle lui répondit qu’elle n’avait là-dessus aucune lumière847. Elle eut cependant le courage d’ajouter que, comme il agissait mal avec la duchesse son épouse, princesse bonne et vertueuse, il ne guérirait pas s’il ne changeait de conduite, et elle l’exhorta vivement à la rappeler 335auprès de lui848. Elle finit par lui demander de lui donner des gens, sous le commandement du prince son fils, pour la conduire auprès du roi849 (nouvelle marque du vif désir qu’elle éprouvait de ne se présenter à la cour que sous des auspices respectables), et elle promit, dans ce cas, au duc de prier Dieu pour sa santé850. Le duc, en la congédiant, lui remit quatre francs, qu’elle montra à son oncle851 ; mais Lenglet Du Fresnoy s’est trompé en disant qu’elle les lui remit852, à moins que le manuscrit de la Bibliothèque de Rohan-Soubise, que je n’ai pu consulter, ne porte en cet endroit donavit, au lieu de monstravit que contiennent tous les autres manuscrits.

C’est probablement alors que Jeanne se rendit en pèlerinage à Saint-Nicolas853, si toutefois Poulengy, qui rapporte ce fait, trompé par des récits confus, n’a pas pris pour un pèlerinage à Saint-Nicolas près Nancy le voyage à pied de Jeanne d’Arc jusqu’à un lieu du même nom, qui devait être sur la route de France ; démarche dont j’ai parlé plus haut. Au surplus, la ville de Saint-Nicolas, 336située sur la Meuse, entre Nancy et Lunéville, renferme encore aujourd’hui une belle église dédiée au saint dont elle porte le nom, et doit son origine au concours de pèlerins qui s’y rendaient jadis des pays les plus éloignés. Il n’est donc pas invraisemblable que la pieuse Jeanne d’Arc, au milieu des inquiétudes qui l’agitaient, ne se trouvant plus qu’à deux lieues de ce saint habitacle, ait voulu le visiter avant de retourner à Vaucouleurs.

Il n’était pas possible que les parents de Jeanne d’Arc ignorassent plus longtemps et son départ du Petit-Burey, et sa résolution invariable de se rendre auprès du roi, et ses succès à Vaucouleurs. Ces événements, qui réalisaient le songe que Jacques d’Arc avait fait quelques années auparavant, plongèrent ces bonnes gens dans la plus grande douleur.

Et à bien peu qu’ilz ne perdirent le sens, — dit Jeanne d’Arc elle-même, — quant elle fut partie à aler à Vaucouleurs854.

Ils se rendirent en toute hâte dans cette ville, sans doute pour empêcher qu’elle ne poussât plus loin l’exécution de son dessein. Jean de Metz, qui eut occasion de les voir, dit qu’il lui parut que c’étaient de bons laboureurs et de bons catholiques855. Ni lui, au reste, ni aucun des témoins, 337ne nous apprennent s’ils virent Jeanne d’Arc, s’ils firent de grands efforts pour la retenir, et comment Jeanne d’Arc répondit à leurs menaces et à leurs prières. Jeanne d’Arc elle-même ne dit pas un mot dans ses dépositions, de la venue de ses parents à Vaucouleurs. Je soupçonnerais volontiers que leur voyage eut lieu pendant qu’elle était allée auprès du duc de Lorraine, et que, trouvant tous les esprits disposés en sa faveur, et la créance à ses promesses établie parmi les personnages les plus considérables, ils ne se sentirent pas assez forts pour résister à l’opinion générale, et repartirent pour Domrémy avant le retour de Jeanne d’Arc. C’est apparemment après avoir appris la démarche qu’ils avaient faite en son absence, que Jeanne d’Arc, revenue à Vaucouleurs, leur écrivit pour obtenir qu’ils lui pardonnassent sa désobéissance à leurs ordres856. Elle s’excusait sans doute sur la nécessité d’obéir à Dieu, comme elle le fit depuis devant ses juges857. Ces bonnes gens étaient simples, crédules, pleins de confiance en Dieu, et dévoués à la cause de leur roi légitime ; enfin, c’était leur fille, c’était l’humble et douce Jeanne d’Arc qui les implorait. Pouvaient-ils résister longtemps à ses vœux 338et à ses prières ? Ils lui accordèrent le pardon qu’elle sollicitait858.

Il est probable que Pierre ou Pierrelo d’Arc, troisième frère de la Pucelle, avait accompagné ses parents dans ce voyage à Vaucouleurs, et qu’il resta dans cette ville après qu’ils en furent repartis, pour y attendre le retour de sa sœur859. Il manquait toujours à Jeanne d’Arc l’assentiment et la recommandation du sire de Baudricourt ; elle l’obtint enfin sans qu’on sache précisément par quel moyen. L’un des gentilshommes qui conduisirent Jeanne d’Arc au roi, assure dit M. de L’Averdy, que ce capitaine reçut une réponse de Charles VII, dont il ne dit pas le contenu ; mais, en conséquence, ils partirent de l’aveu de Baudricourt860. J’ai relu avec la plus grande attention, et compulsé dans un grand nombre de manuscrits, les dépositions de Poulengy et de Jean de Metz, et je n’y ai pas trouvé la plus légère mention de ce fait. Toutefois, comme M. de L’Averdy a eu à sa disposition le précieux 339manuscrit de la bibliothèque de Rohan-Soubise, le seul que je n’aie pu examiner à cause de la vente et de la dispersion de cette bibliothèque, il est possible que ce soit dans ce manuscrit qu’il ait puisé ce renseignement, omis dans tous les autres. Une circonstance remarquable vient d’ailleurs à l’appui de son assertion. Parmi les personnes qui conduisirent Jeanne d’Arc à Chinon, figure un certain Colet de Vienne, désigné dans la déposition de Jean de Metz sous le titre de messager ou d’envoyé du roi (nuncius regius861). La présence d’un envoyé du roi à Vaucouleurs, justement au moment du départ de la Pucelle, donne lieu de penser qu’il y avait apporté la lettre du roi, dont parle M. de L’Averdy, et qui contenait apparemment l’ordre d’envoyer Jeanne d’Arc à la cour.

S’il fallait s’en rapporter à la chronique du siège d’Orléans, copiée en cet endroit par plusieurs historiens862, une révélation miraculeuse aurait vaincu la résistance obstinée de Baudricourt aux vœux de la jeune inspirée. Le jour même du funeste combat de Rouvray-Saint-Denis (samedi 12 février 1429), si célèbre sous le nom de Journée des Harengs,

cestuy propre jour aussi sceut Jehanne la Pucelle, par grâce divine, ceste desconfiture, 340et dit à messire Robert de Baudricourt que le roy avoit eu grant dommage devant Orléans, et auroit encores plus, s’elle n’estoit menée devant luy863.

Voici même, selon une autre chronique, les propres paroles que Jeanne adressa à ce chevalier :

En mon Dieu, — lui dit-elle, — vous mettez trop à m’envoyer ; car aujourd’huy le gentil daulphin a eu assez près d’Orléans un bien grand dommage, et sera-il encores taillée de l’avoir plus grant, si ne m’envoyez bien tost vers luy864.

Ceci semble se rapporter à ce que j’ai raconté plus haut, d’après le récit de Bertrand de Poulengy, que Jeanne avait dit à Baudricourt qu’il mandât au dauphin de se bien maintenir, et qu’il n’assignât point de bataille à ses ennemis. La nouvelle de la défaite de Rouvray étant bientôt arrivée à Vaucouleurs, et sa date correspondant exactement avec le jour indiqué par la Pucelle, on prétend que Baudricourt, frappé d’un juste étonnement, n’hésita plus à envoyer Jeanne d’Arc au roi865.

On a vu plus haut que Jean de Metz ayant demandé à Jeanne d’Arc si elle voulait partir avec 341les vêtements qu’elle portait, elle lui avait répondu qu’elle accepterait volontiers des habits d’homme866. Ce changement d’habits, dont on voulut depuis lui faire un crime, n’avait pour objet que de garantir sa pudeur, soit en prévenant les pensées que pouvaient faire naître au milieu des camps des vêtements qui auraient sans cesse rappelé son sexe, soit en opposant plus d’obstacles aux coupables tentatives auxquelles elle pouvait se trouver exposée867. Elle en avait eu l’idée avant même de quitter le Petit-Burey. On se rappelle que, résolue à partir seule, elle s’était emparée des habits de son oncle868. Il paraît que ce fut par le conseil des messagers célestes, dont elle se croyait environnée, qu’elle se détermina à prendre ce parti. C’est du moins ce qu’on peut inférer des passages suivants de ses déclarations :

Interroguée se ce fut à la requeste de Robert ou d’elle qu’elle prinst abit d’omme, respond que ce fut par elle, et non à la requeste d’omme du monde. Interroguée se la voix lui commanda qu’elle prinst abit d’omme, respond : Tout ce que j’ai fait de bien, je l’ai fait par le commandement des voix869.

342Informés de la décision prise à son égard par le sire de Baudricourt, les habitants de Vaucouleurs s’empressèrent de lui procurer tout ce qui était nécessaire pour son équipement870. Ils lui firent faire une robe d’homme871, des bottines872, et le reste des vêtements particuliers au sexe dont elle adoptait le costume873. Jacques Alain et Durand Laxart se réunirent pour lui acheter un cheval du prix de douze francs874, dont Laxart fit son billet, et que le sire de Baudricourt lui fit rembourser depuis875. Quant à ce gouverneur, il se contenta de donner une épée à la Pucelle876, et n’entra pour rien dans la dépense du reste de son équipement, ni dans celle du voyage qu’elle allait faire877 ; ce qui semble indiquer qu’il continuait, au fond de son cœur, à désapprouver l’entreprise de cette jeune fille, et qu’en cessant 343d’y mettre obstacle, il cédait malgré lui à des ordres supérieurs. Toutefois, et pour se mettre apparemment à l’abri de tout reproche, il prit le serment de ceux qui devaient la conduire, qu’ils la mèneraient saine et sauve au roi (quod eam bene et secure conducerant878).

La petite escorte de la jeune héroïne consistait en six personnes, savoir :

  • Noble homme Jean de Novelonpont, dit de Metz, demeurant à Vaucouleurs879, et auquel Jeanne paraît donner le titre de chevalier880, qu’il ne prend cependant pas dans sa déposition ;
  • Noble homme Bertrand de Poulengy ou de Poulengey, écuyer881 ;
  • Pierre d’Arc, troisième frère de la Pucelle882 ;
  • 344Colet de Vienne883, messager ou envoyé du roi884 ;
  • Richard, archer885 ;
  • Julien, valet de Poulengy886 ;
  • Et Jean de Honnecourt ou Bonnecourt, serviteur de Jean de Metz887.

L’annonce du départ de la prophétesse de Domrémy avait attiré la foule autour du lieu où cette petite troupe s’était réunie. C’était probablement la demeure, ou, comme on parlait alors, l’hostel du sire de Baudricourt. Parmi les personnes qui étaient venues voir notre héroïne monter à cheval, se trouvaient l’honnête Henri888 et sa femme, la bonne Catherine889, qui, pendant les trois semaines que Jeanne avait passées, en diverses fois à Vaucouleurs890, lui avaient toujours donné l’hospitalité, et avaient pris pour elle un si tendre attachement891 ; Jean Colin, prêtre alors attaché à la paroisse de Vaucouleurs, qui 345avait plusieurs fois reçu la confession de Jeanne d’Arc et qui fut depuis curé de Domrémy et chanoine de Saint-Nicolas de Brixey892, au diocèse de Toul893 ; et, très-probablement, Durand Laxart894 et le chevalier Albert de Urchiis895. Quelques personnes ayant demandé à Jeanne

comment il était possible qu’elle entreprît de partir, vu le grand nombre d’hommes d’armes qui battaient le pays aux environs de Vaucouleurs ?

— Je ne crains pas les hommes d’armes, (répondit-elle avec une fermeté au-dessus de son âge et de son sexe), et je trouverai le chemin libre ; car s’il y a des hommes d’armes sur la route, j’ai Dieu mon seigneur qui me fera mon chemin jusqu’à monseigneur le dauphin896. — C’est pour cela que je suis née, (disait-elle encore à la foule qui s’étonnait de lui voir accepter de si grands périls897).

Au reste, les esprits célestes qu’elle croyait voir et entendre, n’avaient pas négligé de lui prêter en cette occasion le secours de leurs exhortations.

— Va hardiment, — lui dirent ses voix. — Que quant tu seras 346devers le roy, il oura (aura) bon signe de te recepvoir et croire898.

L’adieu du sire de Baudricourt ne fut pas à beaucoup près si encourageant :

— Va, — lui dit-il, au moment où elle partait, — va, et advienne ce qu’il pourra899.

(13 février 1428 ancien style, 1429 nouveau style) Ce fut le dimanche 13 février 1429900, que Jeanne et ses compagnons quittèrent les murs de Vaucouleurs901. Tous ceux qui formaient l’escorte de l’héroïne ne partageaient pas sa confiance et sa fermeté. Jean de Metz et Poulengy eux-mêmes avouent qu’ils éprouvèrent, surtout 347au commencement du voyage, beaucoup de doutes et de craintes902. On peut juger d’après cela des terreurs qui devaient agiter les subalternes employés dans cette aventureuse expédition. Quelques-uns d’entre eux (je soupçonnerais volontiers qu’il s’agit ici du messager Colet de Vienne et de l’archer Richard : envoyés par le roi pour lui amener Jeanne d’Arc, il est probable qu’ils n’avaient pas eu, comme les habitants de Vaucouleurs, le temps de s’enthousiasmer pour la jeune prophétesse), quelques-uns d’entre eux, dis-je, ont avoué depuis, qu’ils l’avaient d’abord prise pour une folle ou une sorcière (fatuam) et qu’effrayés des périls auxquels elle les exposait, ils avaient formé le projet de la mettre dans quelque geôle (ponere eam in quadam munitiones903) ; mais à peine eurent-ils commencé à la suivre, qu’ils se trouvèrent entièrement disposés à faire tout ce qui lui plairait, éprouvaient autant de désir de la présenter au roi qu’elle en avait elle-même de lui être présentée, et ne pouvaient résister à sa volonté904. Ils ne craignirent pas de confesser qu’au commencement 348du voyage, sa beauté leur avait inspiré des desseins criminels ; mais que, lorsqu’ils se disposaient à lui faire l’aveu de leurs désirs, une honte imprévue les saisissait au point d’enchaîner leur langue et de glacer leur audace905. Poulengy et Jean de Metz durent sans doute aux principes d’une meilleure éducation (avantage qui ne suit pas toujours celui d’une naissance et d’une condition relevées), de n’avoir à rougir d’aucun souvenir semblable. Afin qu’on soupçonnât moins le sexe de Jeanne d’Arc906, elle couchait chaque nuit entre ces deux gentilshommes, mais enveloppée de son manteau de voyage, les aiguillettes de ses chausses et de son gippon fortement attachées907. Elle inspirait à Jean de Metz une telle crainte (ce sont ses propres termes) qu’il n’eût jamais osé, dit-il, lui rien demander de déshonnête, et que la pensée ne lui en vint même pas908. Bertrand de Poulengy, qui était alors un jeune homme, n’en eut également ni la volonté ni le désir à cause de la grande bonté qu’il voyait en elle909.

349Le premier jour de leur voyage fut celui où ils éprouvèrent le plus d’inquiétudes, à cause des Bourguignons et des Anglais, qui possédaient tous les pays qu’il leur fallait traverser, ce qui les détermina à ne point s’arrêter le soir de ce jour-là, mais à marcher toute la nuit910. Ils arrivèrent le lendemain à Saint-Urbain911, bourg situé sur la Marne, à une lieue à l’est de Joinville, et trouvèrent pour la nuit un asile dans l’abbaye912. On voit qu’ils évitaient la grande route et les villes un peu considérables, dans la crainte d’être remarqués, interrogés et reconnus. De Saint-Urbain jusqu’à Auxerre on ne trouve plus leur route indiquée dans les dépositions. On peut croire qu’ils firent plusieurs détours pour éviter les chemins et les endroits trop fréquentés ; car Jean de Metz avoue que Poulengy et lui conduisirent Jeanne au roi le plus secrètement qu’ils purent913. Outre un assez grand nombre de petites rivières dont cette étendue de pays est arrosée, ils eurent à traverser la Marne au-dessus de Joinville, l’Aube aux environs de Bar-sur-Aube, la Seine près de Bar-sur-Seine, l’Yonne devant Auxerre, et la préférence qu’ils donnaient aux 350chemins les moins frayés, dut les mettre dans la nécessité de passer souvent à gué ces rivières914, à une époque de l’année ou l’accroissement de leurs eaux les rend ordinairement plus rapides et plus dangereuses. Il ne faut pas croire, au reste, que toutes ces précautions fussent du goût de Jeanne d’Arc : tout prouve qu’elle était inaccessible aux inquiétudes qui agitaient ses compagnons de voyage, et qu’en se soumettant aux mesures qu’ils jugeaient indispensables pour leur sûreté, c’était de sa part un acte de complaisance qu’elle croyait devoir au zèle et au dévouement dont ils lui donnaient la preuve.

— Nous ferions bien, si nous pouvions, d’entendre la messe915, leur disait-elle souvent ; mais, tant qu’ils furent dans les contrées occupées par l’ennemi, comme ils craignaient que cela ne les exposât à être reconnus, ils n’y consentirent que deux fois916, et elle se soumit sans murmure à leur volonté.

— Êtes vous bien sûre, lui demandaient-ils, de faire ce que vous dites ?

— Ne craignez rien, répondait-elle, tout cela m’est commandé ; car mes frères de Paradis me disent ce que j’ai à faire917.

351Paroles qui s’accordent avec ce qu’elle dit deux fois depuis, que ses voix s’entretenaient souvent avec elle pendant ce voyage918.

— Il y a déjà quatre ou cinq ans, ajoutait-elle, que mes frères de Paradis et mon Seigneur, c’est-à-dire Dieu, m’ont dit qu’il fallait que j’allasse à la guerre, pour recouvrer le royaume de France919.

D’autres fois, et pour les mieux encourager :

— Ne craignez rien, leur disait-elle ; car quand vous serez parvenus en la ville de Chinon, le noble dauphin vous fera bon visage920.

On assure que quelques-uns de ceux qui l’accompagnaient, voulant éprouver si l’assurance qu’elle montrait était réelle ou feinte, imaginèrent de s’écarter de la troupe et de revenir ensuite l’attaquer, en faisant semblant d’être Anglais ou Bourguignons ; et, comme ceux qui étaient restés auprès d’elle feignaient de vouloir prendre la fuite :

— Ne fuyez pas, leur dit-elle avec calme : En mon Dieu, ils ne nous feront aucun mal921.

Quoique ce fait ne se trouve point dans les dépositions de Jean de Metz et de Poulengy, et ne nous soit donné, par un autre témoin, que comme un ouï-dire, on est d’autant 352plus porté à y ajouter foi, qu’il n’a en soi rien d’incroyable, vu le caractère que Jeanne montra toujours depuis, et qu’il n’est pas difficile de concevoir les motifs qui pouvaient déterminer ces deux gentilshommes à le passer sous silence.

Au surplus, les doutes qui pouvaient leur rester sur la réalité de la mission de Jeanne d’Arc, doutes que la présence des périls pouvait avoir réveillés, ne tardèrent pas à s’évanouir entièrement ; et il faut sans doute l’attribuer à la sainte conduite de cette jeune fille, conduite qui ne se démentit pas un moment au milieu des fatigues et des dangers d’un long voyage.

Sa première pensée, en se réveillant, était d’invoquer le Seigneur en faisant le signe de la croix922 ; elle témoignait un grand désir d’entendre la messe923 ; ne jurait jamais924 ; jamais ils ne virent en elle la moindre chose à blâmer925 ; au contraire, elle se montra toujours aussi bonne fille que si elle eût été sainte926. Aussi ajoutaient-ils beaucoup de foi à ses paroles927. Tous deux la croyaient envoyée par le ciel928, et se sentaient 353enflammés de l’amour de Dieu dont elle était animée929.

Arrivée à Auxerre, Jeanne d’Arc obtint de ses compagnons d’aller entendre la messe dans la principale église (in majori ecclesia930).Elle en partit aussitôt pour se rendre à Gien, où elle arriva sans accident931. C’était la première ville de la domination française que Jeanne eût rencontrée sur sa route : on peut juger des sentiments que dut éprouver la jeune inspirée en entrant dans ses murs. Quelle joie pour elle, de se trouver enfin au milieu d’un peuple fidèle, libre encore du joug de l’étranger ! Quel bonheur de pouvoir sans contrainte exprimer à des Français son amour pour la France, son zèle et son dévouement pour son roi ! Quel plaisir de leur annoncer les miséricordes d’un Dieu longtemps sévère, et les victoires miraculeuses par lesquelles il allait signaler sa puissance en faveur de la nation chérie des saints et des anges ! Ce fleuve immense et superbe, cette Loire fameuse, qui coulait enfin sous ses yeux, allait, à peu de distance, baigner les murs de la cité fidèle dont Jeanne 354d’Arc avait tant de fois admiré la constance, déploré les malheurs, et qu’elle devait bientôt délivrer. Oh ! si ces flots avaient pu l’entendre ! s’ils avaient pu porter ses paroles aux héros d’Orléans, et leur annoncer le secours qui leur était envoyé ! Tels furent sans doute les vœux de Jeanne d’Arc : ils furent exaucés. J’ai dit, dans l’introduction de cet ouvrage, que la ville d’Orléans n’était pas tellement investie, qu’il n’y entrât de temps à autre des guerriers du parti du roi. Le bruit y courut bientôt, sans qu’on sache par qui cette nouvelle avait été apportée, qu’une jeune bergerette, qu’on ne désignait déjà plus que sous le nom de la Pucelle, avait passé par Gien, accompagnée de quelques gentilshommes des Marches de la Lorraine, dont elle était originaire : laquelle avait annoncé qu’elle se rendait vers le noble dauphin, et qu’elle venait de la part et par ordre de Dieu, faire lever le siège d’Orléans, et conduire ensuite le roi à Reims, pour y être sacré932. Une nouvelle si étrange et des promesses si extraordinaires frappèrent les esprits du plus grand étonnement : mais les choses les plus incroyables ne sont pas toujours celles auxquelles on est le moins disposé à croire ; 355et un peuple réduit aux dernières extrémités est d’autant plus facile à persuader, qu’il est plus avide d’espérance.

Jeanne d’Arc passa la Loire, et continua sa route vers Chinon. Il lui restait encore autant d’espace à parcourir qu’elle en avait déjà traversé ; mais du moins elle allait voyager dans des provinces restées françaises, et elle devait maintenant se croire échappée à tous les périls. Il n’en était pas ainsi, du moins si l’on peut ajouter foi au fait suivant, que le merveilleux dont il semble enveloppé m’avait d’abord fait rejeter, mais qu’un plus mûr examen me détermine à rapporter.

Frère Séguin, doyen de la faculté de théologie en l’université de Poitiers, dans sa déclaration contenue en l’enquête de Rouen,

dit et dépose, sous serment, savoir les choses qui suivent, savoir : Qu’avant qu’il connût ladite Jeanne, il avait déjà entendu dire à maître Pierre de Versailles, professeur de théologie, mort évêque de Meaux, que s’entretenant un jour de ladite Jeanne, il avait entendu dire à certains hommes d’armes, qui rencontrèrent ladite Jeanne quand elle venait vers le roi, qu’ils se mirent en embuscade pour prendre ladite Jeanne, et la dévaliser, ainsi que sa compagnie ; mais que, comme ils se mettaient en devoir d’exécuter ce dessein, ils ne se purent 356mouvoir du lieu où ils étaient ; et ainsi passa ladite Jeanne, avec sa compagnie, sans obstacle933.

Avant de rejeter cette anecdote comme fabuleuse, il faut voir si l’on ne peut l’expliquer par des moyens naturels.

On peut inférer de la circonstance qui amena leur aveu, que les hommes d’armes dont il s’agit dans le rapport précédent, appartenaient au roi Charles. Des prisonniers anglais ou bourguignons (car il faudrait les supposer tels en rejetant la première hypothèse) se seraient-ils empressés de révéler à un Français, sans qu’on le leur demandât, une aventure peu honorable pour eux, et d’un fâcheux augure pour leur parti ? On ne peut guère les supposer ennemis du roi, sans placer la scène dans un pays de l’obéissance anglaise ou bourguignonne ; il n’est pas vraisemblable qu’ils eussent tenté une pareille entreprise sur les terres françaises, dans l’espoir d’un butin assurément bien léger ; on ne s’aventure pas sans un puissant motif dans un pays ennemi, où le costume, l’accent et le langage peuvent vous trahir à chaque pas, et multiplient autour de vous les plus grands périls ; c’est tout au plus ce que ces hommes d’armes auraient pu faire s’il se fût agi d’enlever l’argent destiné à la solde des troupes 357du parti contraire, ou quelque trésor considérable. Or, tant que Jeanne fut en pays ennemi, elle dut cacher et son sexe et l’objet de son voyage ; nous voyons même par les dépositions, qu’elle ne déclara publiquement son dessein qu’à Gien. Donc, les hommes d’armes ennemis qui auraient voulu l’attaquer, n’auraient point su qui ils avaient voulu dépouiller ; donc ils n’auraient pas pu dire depuis à maître Pierre de Versailles, en supposant qu’ils eussent eu occasion de s’entretenir avec ce docteur : Nous voulûmes un jour surprendre la Pucelle. Poussons plus loin la chose : admettons que ces hommes d’armes ennemis eussent appris, quelque temps après, cette aventure, et par le plus grand hasard du monde, le nom et le sexe de l’individu qu’ils avaient voulu dépouiller, nous expliquerons bien comment ils auront pu désigner Jeanne d’Arc à maître Pierre de Versailles, mais nous n’en serons pas plus avancés quant au fait même ; il faudra toujours recourir au miracle pour l’expliquer.

En supposant au contraire que cette aventure ait eu lieu sur les terres françaises, et que ce furent des soldats du parti du roi Charles qui tentèrent de dépouiller Jeanne d’Arc et ses compagnons, tout se conçoit et s’explique avec une égale facilité. Or les désordres auxquels se livraient impunément, même en pays ami, les 358troupes du roi Charles, désordres attestés par les historiens, ne justifient que trop cette supposition.

Dès lors ces hommes d’armes avaient pu rencontrer Jeanne à Gien ou dans quelque autre ville française, et lui avoir entendu raconter les circonstances miraculeuses de sa mission. Lorsqu’ils formèrent le projet de la dépouiller, sans doute ils n’ajoutaient pas foi à ces merveilles ; mais, au moment d’exécuter leur coupable entreprise, ces hommes du quinzième siècle purent sentir quelque remords, se rappeler les paroles prophétiques, les regards célestes, l’air inspiré de cette jeune fille, en être vivement frappés, et ne plus éprouver que du trouble et de l’hésitation. Il n’en fallait pas davantage pour effrayer de plus en plus des imaginations superstitieuses. Ils durent regarder cette hésitation et ce trouble comme un avis du ciel ; et dès ce moment une terreur profonde put les enchaîner à la place où ils s’étaient cachés.

On ne peut tirer aucun argument contre la vérité de cette anecdote, du silence de Jean de Metz et de Poulengy sur une circonstance aussi remarquable de leur voyage ; car ils devaient avoir ignoré le danger qu’ils avaient couru, et ne pouvaient parler de ce qu’ils ne savaient pas.

Jeanne poursuivit son voyage, et arriva à Fierbois934, 359village de Touraine, où était une église dédiée à Sainte-Catherine, et célèbre par les pèlerinages dont elle était l’objet depuis une longue suite d’années. La rencontre d’un habitacle sacré, dédié à l’une de ses célestes protectrices, ne pouvait manquer de faire impression sur l’esprit de Jeanne d’Arc, qui, ne se trouvant plus qu’à cinq ou six lieues de Chinon, pouvait se considérer comme parvenue au terme de son voyage. Déterminée à s’arrêter en ce lieu, elle envoya de là au roi une lettre portant en substance qu’elle désirait savoir si elle devait entrer dans la ville où il était ; qu’elle avait bien cheminé l’espace de cent cinquante lieues pour venir vers lui, à son secours ; et qu’elle savait beaucoup de choses qui lui seraient agréables935. Jeanne a cru se rappeler que cette lettre contenait en outre qu’elle reconnaîtrait bien le roi entre tous les autres936.

On pense bien que l’église de Sainte-Catherine ne tarda pas à être visitée par la jeune inspirée. Elle poussa la dévotion jusqu’à y entendre trois messes en un jour937.

Jeanne reçut probablement du roi une réponse favorable ; car elle quitta bientôt Fierbois, arriva 360à Chinon le même jour avant l’heure de midi938, et se logea dans une hôtellerie939,

chieux une bonne femme, près du chastel de Chinon940.

Malgré tous les détours que ses compagnons lui avaient fait prendre pour éviter les places ennemies, elle n’avait mis que onze jours à accomplir ce voyage941. Poulengy s’accorde à dire avec elle qu’il ne leur arriva aucun accident sur la route, et qu’ils rencontrèrent peu de difficultés et d’obstacles942 : chose sans doute fort extraordinaire en pays ennemis, à la fin de l’hiver, dans une route de cent cinquante lieues, coupée d’une infinité de rivières profondes, et qu’on regarda aisément comme surnaturelle et miraculeuse943.

Notes

  1. [440]

    Anciennes cartes de la France.

  2. [441]

    Greu ou Grus.

  3. [442]

    Réponse de la Pucelle, interrogatoire du 21 février 1430 ; manuscrit de la Bibliothèque du Roi, n° 5965, 5966, etc.

  4. [443]

    Réponse de la Pucelle, interrogatoire du 21 février 1430.

  5. [444]

    Edmond Richer, Histoire manuscrite de la Pucelle d’Orléans, Bibliothèque du Roi, fonds de Fontanieu, n° 285.

  6. [445]

    Scefonds ou Sept-Fonts.

  7. [446]

    Edmond Richer, Histoire manuscrite de la Pucelle d’Orléans ; Traité du nom et des armes de la Pucelle et de ses frères.

  8. [447]

    Réponse de la Pucelle, interrogatoire du 21 février 1430 ; presque toutes les dépositions contenues au procès de révision, enquête de Vaucouleurs.

  9. [448]

    Le père Mathieu de Goussancourt, Martyrologe des chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, à l’article de frère François du Lys.

  10. [449]

    Lettres patentes du roi Charles VII, du mois de décembre 1429, expédiées à la chambre des comptes le 16 janvier 1429, portant anoblissement de la Pucelle et de sa famille, au XVIe livre des chartes de la chambre des comptes.

  11. [450]

    Dépositions contenues au procès de révision, enquête de Vaucouleurs ; divers historiens.

  12. [451]

    Edmond Richer, Histoire manuscrite de la Pucelle d’Orléans.

  13. [452]

    Procès de révision, enquête de Vaucouleurs, déposition de J. Jacquard.

  14. [453]

    Edmond Richer. C’est le nom que portent encore aujourd’hui deux villages situés au nord-ouest de Domrémy.

  15. [454]

    Du Tillet et quelques autres auteurs.

  16. [455]

    Edmond Richer, Histoire manuscrite de la Pucelle d’Orléans ; Traité du nom et des armes de la Pucelle et de ses frères.

  17. [456]

    Enquête de Vaucouleurs, dépositions de J. Marcel, de la veuve d’Estellin, de la femme Thouvenin, de J. Moen, d’Étienne de Sydna, curé de Roncessey ; de Nicolas Bailly, notaire royal d’Andelot, de Bertrand de Poulengy, écuyer de l’écuyerie du roi ; de J. Jacquard, etc., etc.

  18. [457]

    Enquête de Vaucouleurs, dépositions de Husson le Maistre, de la veuve Thiesselin de Vitel ou du Veau, etc.

  19. [458]

    Enquête de Vaucouleurs, dépositions de la veuve Thiesselin de Vitel, d’Étienne de Sydna, curé de Roncessey, de Jean Morel, etc.

  20. [459]

    Réponse de la Pucelle, interrogatoire du 24 février 1430 ; dépositions de Jean Morel, de Dominique Jacob, curé de Moncel ; de la veuve d’Estellin, de la femme Thouvenin, de J. Moen, de la veuve Thiesselin de Vitel, de Perrin, de Simonin Musnier, de Durand Laxart, de Bertrand de Poulengy, de Henri Arnould de Gondricourt, etc ; Journal d’un bourgeois de Paris, sous les règnes des rois Charles VI et Charles VII ; Edmond Richer, Histoire manuscrite de la Pucelle d’Orléans.

  21. [460]

    Dépositions de Jean Morel, de Dominique Jacob, curé de Moncel, de la veuve d’Estellin, de la femme Thouvenin, de J. Moen, d’Étienne de Sydna, curé de Roncessey, de Louis du Han de Martigny, écuyer ; de Thouvenin, de Haumette, femme de Gérard de Sydna ; de J. de Novelonpont, dit de Metz ; de Joffroy de Fay, écuyer ; de Durand Laxart, de Henri Arnould de Gondricourt, prêtre ; de Husson le Maistre, etc.

  22. [461]

    Déposition de Husson le Maistre.

  23. [462]

    Déposition d’Isabelle, femme de Gérardin de Spinal, etc.

  24. [463]

    Dépositions de Jean Morel, d’Albert de Urchiis, chevalier ; de Nicolas Bailly, notaire d’Andelot ; de Bertrand de PouIengy, écuyer de l’écuyerie du roi, etc.

  25. [464]

    Dépositions de Jean Morel.

  26. [465]

    Dépositions de Jean Morel, de Dominique Jacob, de Joffroy de Fay, de Durand Laxart, d’Albert de Urchiis, de Henri Arnoult de Gondricourt, etc.

  27. [466]

    Toutes les dépositions contenues en l’enquête de Vaucouleurs.

  28. [467]

    Edmond Richer, Histoire manuscrite de la Pucelle d’Orléans ; Nicolas Lenglet Du Fresnoy, Histoire de la Pucelle.

  29. [468]

    Edmond Richer, Histoire manuscrite de la Pucelle d’Orléans ; Jean Hordal, Joannæ d’Arc historiæ ; Charles du Lys, Traité du nom et des armes de la Pucelle, et de ses frères ; Procès de révision, etc.

  30. [469]

    Jean de La Fontaine, Philémon et Baucis.

  31. [470]

    Journal du voyage de Michel de Montaigne en Italie, par la Suisse et l’Allemagne.

  32. [471]

    Depuis l’époque où ce passage a été écrit, il paraît que les choses sont fort changées. On lit ce qui suit dans le Narrateur de la Meuse : Les chambres où logèrent cette héroïne et ses parents sont converties en étables ; de vils animaux occupent l’emplacement du lit de Jeanne d’Arc ; son armoire vermoulue renferme des ustensiles d’écurie.

  33. [472]

    Enquête de Vaucouleurs, dépositions de Conrardin de Spinal.

  34. [473]

    Journal du voyage de Michel de Montaigne en Italie.

  35. [474]

    Edmond Richer.

  36. [475]

    Procès de condamnation, interrogatoire du 21 février 1430.

  37. [476]

    Interrogatoires des 22 et 24 février 1430.

  38. [477]

    Interrogatoire du 27 février 1430.

  39. [478]

    Trois réponses de Jeanne d’Arc, interrogatoire du 21 février 1430 ; dépositions de Jean Morel, parrain de Jeanne, et de Durand Laxart, son oncle maternel.

  40. [479]

    Dépositions de Jean Morel, de la veuve d’Estellin, de la femme Thouvenin, de Jacquin de Saint-Amant, de Gérard Guillemete.

  41. [480]

    Edmond Richer, Histoire manuscrite de la Pucelle d’Orléans.

  42. [481]

    Dépositions de la veuve d’Estellin, de la femme Thouvenin, de Jacquin de Saint-Amant.

  43. [482]

    Déposition de la veuve d’Estellin.

  44. [483]

    Déposition de la femme Thouvenin ; réponse de Jeanne d’Arc, interrogatoire du 21 février 1430.

  45. [484]

    Déposition de la femme Thouvenin.

  46. [485]

    Réponse de Jeanne d’Arc, interrogatoire du 21 février 1430.

  47. [486]

    Réponse de Jeanne d’Arc, même interrogatoire.

  48. [487]

    Réponse de Jeanne d’Arc, interrogatoire du 24 février 1430.

  49. [488]

    Dépositions de la veuve d’Estellin, de Jean Morel, de Bertrand la Choppe ou la Cloppe.

  50. [489]

    Edmond Richer, Histoire manuscrite de la Pucelle d’Orléans.

  51. [490]

    Dépositions de Jean Morel, de la veuve d’Estellin, de la femme Thouvenin, de la Choppe, de Gérard Guillemete.

  52. [491]

    Dépositions de Jacquier de Saint-Amant et de Gérard Guillemete.

  53. [492]

    Déposition de Jean Morel.

  54. [493]

    Dépositions de la veuve d’Estellin et de Bertrand la Choppe.

  55. [494]

    Déposition de Bertrand la Choppe.

  56. [495]

    Dépositions de Jean Morel, de la veuve d’Estellin.

  57. [496]

    Mêmes dépositions.

  58. [497]

    Réponse de la Pucelle, interrogatoire du 21 février 1430 3 Edmond Richer, Histoire manuscrite de la Pucelle d’Orléans, etc.

  59. [498]

    Réponse de la Pucelle, interrogatoire du 21 février 1430.

  60. [499]

    Edmond Richer, Histoire manuscrite de la Pucelle d’Orléans.

  61. [500]

    Lettres d’anoblissement accordées par Henri II, le 17 juin 1555, à Jean le Rayer ou le Royer.

  62. [501]

    Il y a deux villages de ce nom dans cet intervalle : l’un, appelé aujourd’hui Burey-en-Vaux, est plus voisin de Vaucouleurs ; l’autre, qu’on nomme maintenant Burey-la-Côte, est beaucoup plus rapproché de Greux et de Domrémy : c’est probablement celui qu’on appelait autrefois le Petit-Burey. Voyez les cartes de Cassini.

  63. [502]

    Déposition de Durand, dit Laxart.

  64. [503]

    Procès de condamnation, interrogatoire du 22 février 1430.

  65. [504]

    Réponse de la Pucelle, rapportée en la déposition du seigneur de Macy.

  66. [505]

    Lettre de la Pucelle au régent anglais et aux chefs de guerre qui faisaient le siège d’Orléans. Cette lettre fut écrite le mardi ou le samedi de la semaine sainte de l’année 1429 : elle se trouve rapportée au procès de condamnation et dans la Chronique du siège. — Lettre de la même au duc de Bourgogne, datée de Reims le 17 juillet 1429, jour du sacre de Charles VII. L’original de cette lettre existe encore, il était déposé, avant la révolution, dans les archives de la chambre des comptes de Lille : il est maintenant dans celles de la préfecture. — Réponse de la même, en date de Compiègne le 22 août 1429, à une lettre sans date du comte d’Armagnac. Ces deux lettres sont rapportées dans le procès de condamnation.

  67. [506]

    Dépositions de Jean Massieu ; de Raymond, seigneur de Macy, chevalier ; de Guillaume Colles, dit Boys-Guillaume, un des notaires du procès de condamnation ; prétendu acte d’abjuration rapporté au procès de condamnation.

  68. [507]

    Déposition de Jean Morel.

  69. [508]

    Réponse de la Pucelle, interrogatoire du 21 février 1430 ; dépositions de Jean Morel, de la veuve d’Estellin, etc.

  70. [509]

    Réponse de la Pucelle, interrogatoire du 21 février 1430.

  71. [510]

    Même interrogatoire ; déposition de Catherine, femme de Henri.

  72. [511]

    Dépositions de Dominique Jacob, curé de Moncel ; d’Étienne de Sydna, curé de Roncessey ; de Perrin, drapier de Domrémy ; de Gérard Guillemete, de Haumette, femme de Gérard de Sydna ; de Jean Waltrin, de Simonin Musnier, d’Isabelle, femme de Gérardin de Spinal ; de Mengete, femme de Jean Joyart ou Soyart ; de J. Colin, curé de Domrémy lors du procès de révision (il connut Jeanne et la confessa à Vaucouleurs) ; de Colin, fils de Jean Colin ; de Joffroy de Fay, écuyer ; de Durand, dit Laxart ; de Catherine, femme de Henri ; de Henri, charron ; d’Albert de Urchiis, chevalier ; de Nicolas Bailly, notaire d’Andelot ; de Guillot Jacquier, serviens regius ; de Bertrand de Poulengy, écuyer ; de Henri Arnould de Gondricourt, prêtre ; de J. le Fumeux, chanoine de Sainte-Marie de Vaucouleurs ; de J. Jacquard, de Husson le Maistre, etc.

  73. [512]

    Dépositions de Jeannette, femme de Thouvenin ; d’Étienne de Sydna, curé de Roncessey ; de Perrin, de Gérard Guillemete, de Haumette, femme de Gérard de Sydna ; de Jean Waltrin, de Conrardin de Spinal, de Simonin Musnier, d’Isabelle, femme de Gérardin de Spinal ; de Mengete, femme de J. Joyart ; de Colin, fils de J. Colin ; de Joffroy de Fay, écuyer ; de Catherine, femme de Henri.

  74. [513]

    Dépositions de Perrin et de J. Jacquard.

  75. [514]

    Dépositions de Perrin, de Conrardin de Spinal et d’Isabelle, femme de Gérardin de Spinal.

  76. [515]

    Dépositions de Catherine, femme de Henri.

  77. [516]

    Dépositions de Durand, dit Laxart, et de Catherine, femme de Henri.

  78. [517]

    Dépositions de Dominique Jacob, curé de Moncel, et de Jean Jacquard.

  79. [518]

    Dépositions de Haumette, femme de Gérard de Sydna ; de Colin, fils de J. Colin ; de Catherine, femme de Henri, et de Jean Jacquard.

  80. [519]

    Dépositions de Perrin, de Simonin Musnier, d’Isabelle, femme de Gérardin de Spinal ; de Durand, dit Laxart ; et d’Arnoult de Gondricourt.

  81. [520]

    Dépositions d’Étienne de Sydna, curé de Roncessey ; de Jeannette, femme de Thouvenin ; de J. Moen, de Jeannette, veuve de Thiesselin ; de Perrin, de Conrardin de Spinal, de Simonin Musnier, d’Isabelle, femme de Gérardin de Spinal ; de Mengète, femme de J. Joyart ; de J. Colin, curé de Domrémy ; de Joffroy de Fay, écuyer ; de Durand, dit Laxart ; de Nicolas Bailly, notaire d’Andelot ; de J. le Fumeux, chanoine de Sainte-Marie de Vaucouleurs, et de Jean Jacquard.

  82. [521]

    Dépositions de Jeannette, femme de Thouvenin ; de J. Moen, de Perrin, de Simonin Musnier, d’Isabelle, femme de Gérardin de Spinal ; de Michel le Buin, de Durand, dit Laxart, etc.

  83. [522]

    Déposition d’Isabelle, femme de Gérardin de Spinal, etc.

  84. [523]

    Déposition de Simonin Musnier, etc.

  85. [524]

    Dépositions d’Étienne de Sydna, curé de Roncessey ; de Mengete, femme de J. Joyart ; de Catherine, femme de Henri ; de Colin, fils de J. Colin ; de Durand, dit Laxart.

  86. [525]

    Dépositions de Dominique Jacob, curé de Moncel ; de Mengete, femme de J. Joyart ; d’Albert de Urchiis, chevalier ; d’Arnoult de Gondricourt, prêtre.

  87. [526]

    Déposition de Jean Morel, de Dominique Jacob, curé de Moncel ; de Jeannette, femme de Thouvenin ; de J. Moen ; de Nicolas Bailly, notaire d’Andelot, etc.

  88. [527]

    Dépositions de Perrin, de Jeannette, veuve de Thiesselin ; de Vitel ou du Veau.

  89. [528]

    Réponses de la Pucelle en l’interrogatoire du 12 mars 1430 et en celui du soir du même jour.

  90. [529]

    Déposition de Gérard Guillemete.

  91. [530]

    Déposition d’Isabelle, femme de Gérardin de Spinal.

  92. [531]

    Même déposition.

  93. [532]

    Déposition de Dominique Jacob, curé de Moncel ; de Henri Arnoult de Gondricourt, prêtre, etc.

  94. [533]

    Déposition de Haumette, femme de Gérard de Sydna.

  95. [534]

    Dépositions de Michelle Buin, de Jeannette, femme de Thouvenin ; de J. Moen, de Perrin, de Simonin Musnier, d’Isabelle, femme de Gérardin de Spinal ; de Durand, dit Laxart.

  96. [535]

    Déposition de Mengete, femme de Jean Joyart ou Soyart.

  97. [536]

    Dépositions d’Isabelle, femme de Gérardin de Spinal ; de Colin, fils de Jean Colin ; de Jean Morel et de Jean Waltrin.

  98. [537]

    Déposition d’Isabelle, femme de Gérardin de Spinal.

  99. [538]

    Déposition de Simonin Musnier.

  100. [539]

    Dépositions de Jeannette, veuve de Thiesselin de Vitel, et d’Isabelle, femme de Gérardin de Spinal.

  101. [540]

    Déposition de Jeannette, veuve de Thiesselin de Vitel.

  102. [541]

    Déposition d’Isabelle, femme de Gérardin de Spinal.

  103. [542]

    Déposition de Colin, fils de J. Colin.

  104. [543]

    Déposition de Jeannette, femme de Thouvenin.

  105. [544]

    Déposition de Louis du Han de Martigny, écuyer ; de Thouvenin, de Guillot Jacquier d’Andelot, serviens regius ; de J. Jacquard, de Jean Moreau et de Husson le Maistre.

  106. [545]

    Déposition de Jean Jacquard.

  107. [546]

    Déposition de Mengete, femme de J. Joyart.

  108. [547]

    Déposition de Jean Morel.

  109. [548]

    Dépositions d’Étienne de Sydna, et de Colin, fils de J. Colin.

  110. [549]

    Dépositions de Béatrix Félicité, veuve d’Estellin, et de Gérard Guillemete.

  111. [550]

    Déposition d’Albert de Urchiis, chevalier, seigneur dudit lieu.

  112. [551]

    Déposition de J. Moreau.

  113. [552]

    Dépositions de Jean Morel, de Dominique Jacob, curé de Moncel ; de Jeannette, femme de Thouvenin ; de Jean Moen, d’Étienne de Sydna, curé de Roncessey ; de Perrin, de Durand, dit Laxart, et de Bertrand de Poulengy.

  114. [553]

    Déposition de Conrardin de Spinal.

  115. [554]

    Déposition de Béatrix Félicité, veuve d’Estellin.

  116. [555]

    Dépositions d’Étienne de Sydna, curé de Roncessey ; de Perrin, de Jean Waltrin, de Mengete, femme de J. Joyart ; de Durand, dit Laxart ; de Henri Arnoult de Gondricourt, de Husson le Maistre, de Dominique Jacob, curé de Moncel.

  117. [556]

    Dépositions de Jean Morel et de Mengete, femme de J. Joyart.

  118. [557]

    Réponse de la Pucelle, en l’interrogatoire du 22 février 1430.

  119. [558]

    Déposition de Henri Arnould de Gondricourt, prêtre.

  120. [559]

    Réponse de la Pucelle, en l’interrogatoire du 22 février 1430.

  121. [560]

    Déposition d’Étienne de Sydna, curé de Roncessey.

  122. [561]

    Déposition de Henri de Gondricourt, prêtre.

  123. [562]

    Déposition de J. Waltrin.

  124. [563]

    Dépositions de Jean Morel, de Dominique Jacob, curé de Moncel, et de Perrin.

  125. [564]

    Dépositions de J. Waltrin et de Simonin Musnier.

  126. [565]

    Déposition de Perrin.

  127. [566]

    Dépositions de Gérard Guillemete et de plusieurs autres.

  128. [567]

    Dépositions de Jean Morel, de Jeannette, veuve de Thiesselin de Vitel ; de Perrin, de J. Waltrin, de Simonin Musnier, de Colin, fils de J. Colin ; de Michel le Buin et de Bertrand de Poulengy.

  129. [568]

    Dépositions de Michel le Buin et de Jeannette, veuve de Thiesselin de Vitel.

  130. [569]

    Dépositions de J. Waltrin, de Simonin Musnier, de Colin, fils de J. Colin ; de Michel le Buin, de Bertrand de Poulengy.

  131. [570]

    Déposition de Simonin Musnier.

  132. [571]

    Déposition de Jeannette, veuve de Thiesselin de Vitel.

  133. [572]

    Déposition de Jean Morel.

  134. [573]

    Dépositions de Simonin Musnier, de Henri Arnoult de Gondricourt, d’Isabelle, femme de Gérardin de Spinal.

  135. [574]

    Déposition de Henri Arnoult de Gondricourt.

  136. [575]

    Déposition de Conrardin de Spinal.

  137. [576]

    Déposition de Simonin Musnier.

  138. [577]

    Déposition de Béatrix Félicité, veuve d’Estellin.

  139. [578]

    Dépositions de Jean Morel, de Dominique Jacob, de Béatrix Félicité, veuve d’Estellin ; de Jeannette, femme Thouvenin, de J. Moen, de Jeannette, veuve de Thiesselin de Vitel ; de Perrin, de Simonin Musnier, de Durand, dit Laxart ; de Bertrand de Poulengy, de Henri Arnoult de Gondricourt.

  140. [579]

    Dépositions de Béatrix Félicité, veuve d’Estellin, et de Bertrand de Poulengy.

  141. [580]

    Déposition de Bertrand de Poulengy.

  142. [581]

    Déposition de Jean Waltrin.

  143. [582]

    Réponse de la Pucelle, en l’interrogatoire du 11 février 1430 ; dépositions de Béatrix Félicité, veuve d’Estellin ; de Jacquier de Saint-Amant, de Perrin, de Conrardin de Spinal et de Simonin Musnier.

  144. [583]

    Déposition de Dominique Jacob, de Béatrix Félicité, veuve d’Estellin ; de Jacquier de Saint-Amant, de Perrin, de Conrardin de Spinal, de Simonin Musnier ; d’Isabelle, femme de Gérardin de Spinal ; de Durand, dit Laxart ; de Bertrand de Poulengy, de Henri Arnoult de Gondricourt.

  145. [584]

    Dépositions de Jean Morel ; de Conrardin de Spinal et de Durand, dit Laxart.

  146. [585]

    Journal d’un bourgeois de Paris, sous les règnes de Charles VI et de Charles VII.

  147. [586]

    Réponse de la Pucelle, en l’interrogatoire du 1er février 1430.

  148. [587]

    Réponse de la Pucelle, en l’interrogatoire du 24 février 1430.

  149. [588]

    Même interrogatoire.

  150. [589]

    Déposition de Jean Moen.

  151. [590]

    Déposition de Jean Moen.

  152. [591]

    Déposition de Jean Moen.

  153. [592]

    Dépositions de Béatrix Félicité, veuve d’Estellin, et de J. Moen.

  154. [593]

    La Pucelle, en l’interrogatoire du 24 février 1430.

  155. [594]

    Déposition de Mengete, femme de J. Joyart.

  156. [595]

    La Pucelle, en l’interrogatoire du 24 février 1430 ; Edmond Richer, Histoire manuscrite de la Pucelle d’Orléans.

  157. [596]

    La Pucelle, en l’interrogatoire du 24 février 1430 ; dépositions de Jean Morel, de Dominique Jacob, de Béatrix Félicité, de Jeannette, femme Thouvenin ; de Jeannette, veuve de Thiesselin de Vitel ; d’Isabelle, femme de Gérardin de Spinal ; de Mengete, femme de J. Joyard ; de Henri Arnoult de Gondricourt, etc.

  158. [597]

    La Pucelle, en l’interrogatoire du 24 février 1430.

  159. [598]

    Des Fées, dissertation historique et étymologique.

  160. [599]

    La Pucelle, en l’interrogatoire du 24 février 1430.

  161. [600]

    Déposition de Jean Morel.

  162. [601]

    Dépositions de Jean Morel, de Béatrix Félicité, etc.

  163. [602]

    Dépositions de Dominique Jacob, de J. Waltrin, etc.

  164. [603]

    Procès de révision, manuscrits de la Bibliothèque du Roi.

  165. [604]

    La Pucelle, interrogatoire du 24 février 1430.

  166. [605]

    Même interrogatoire.

  167. [606]

    La Pucelle, même interrogatoire ; dépositions de Jean Morel, de Béatrix Félicité, d’Albert de Urchiis.

  168. [607]

    Déposition de Jean Morel.

  169. [608]

    La Pucelle, lieu cité plus haut.

  170. [609]

    La Pucelle, lieu cité.

    Bourlemont, maison de nom et d’armes, fort noble et ancienne, dans le bailliage de Chaumont, de longtemps esteinte. Portoit face d’argent et de gueulle de huict pièces. Antoine d’Anglure espousa Marie de Blois, dite de Chastillon, et en eut Ogier d’Anglure, qui espousa, environ l’an 1430, Jeanne de Bourlemont, et en eut Symon d’Anglure, sieur de Donjeux et de Bourlemont par sa mère, qui porta Bourlemont en la maison d’Anglure ; qui espousa Angélique d’Ajacette, fille de Louis d’Ajacette, et en eut plusieurs enfants, entre autres François d’Anglure, marquis de Busancy, Charles, primicier de l’église de Metz, Ferdinand Saladin, et Geneviefve. (Simple crayon de la noblesse des duchez de Lorraine et de Bar.)

  171. [610]

    Dépositions de Jeannette, femme Thouvenin, et d’Isabelle, femme de Gérardin de Spinal.

  172. [611]

    Déposition de Thouvenin.

  173. [612]

    Dépositions de Perrin et de Jeannette, veuve de Thiesselin de Vitel.

  174. [613]

    Déposition d’Isabelle, femme de Gérardin de Spinal, Edmond Richer, Histoire manuscrite de la Pucelle d’Orléans.

  175. [614]

    Déposition de Jeannette, veuve de Thiesselin de Vitel.

  176. [615]

    Déposition de Béatrix Félicité, veuve d’Estellin.

  177. [616]

    Même déposition ; déposition de Jean Morel.

  178. [617]

    La Pucelle, en l’interrogatoire du 24 février 1430.

  179. [618]

    La Pucelle, en l’interrogatoire du 17 mars 1430.

  180. [619]

    La Pucelle, en l’interrogatoire du 24 février 1430.

  181. [620]

    Dépositions de Béatrix Félicité, veuve d’Estellin ; de Jeannette, femme Thouvenin ; de Jeannette, veuve de Thiesselin de Vitel, etc.

  182. [621]

    Déposition de Jeannette, femme Thouvenin.

  183. [622]

    Dépositions de Jeannette, femme Thouvenin ; de Thouvenin, de Perrin, et d’Isabelle, femme de Gérardin de Spinal.

  184. [623]

    Déposition de Conrardin de Spinal.

  185. [624]

    Déposition de Perrin.

  186. [625]

    Déposition d’Isabelle, femme de Gérardin de Spinal.

  187. [626]

    Déposition de Perrin, de Thouvenin, de Conrardin de Spinal, d’Isabelle, femme de Gérardin de Spinal.

  188. [627]

    Mêmes dépositions.

  189. [628]

    Genèse, chap. XVIII-XIX.

  190. [629]

    Dépositions de Béatrix Félicité, veuve d’Estellin, et de Conrardin de Spinal.

  191. [630]

    Déposition de Dominique Jacob, curé de Moncel.

  192. [631]

    Déposition de Conrardin de Spinal.

  193. [632]

    Edmond Richer, Histoire manuscrite de la Pucelle.

  194. [633]

    Déposition de Colin, fils de Jean Colin.

  195. [634]

    Dominica de Fontanis, dimanche des Fontaines, quatrième dimanche de carême dans le Perche et ailleurs. (Art de vérifier les dates, t. I, p. 54) — Dominica Jherusalem, quatrième dimanche de carême. (Ibid.)

  196. [635]

    Dépositions de Jean Morel, de Dominique Jacob, de Béatrix Félicité, de Jeannette, femme Thouvenin ; de J. Moen J de Jeannette, veuve de Thiesselin de Vitel ; de Thouvenin ; de Haumette, femme de Gérard de Sydna ; de J. Waltrin ; de Conrardin de Spinal ; de Simonin Musnier, etc.

  197. [636]

    Dépositions de Dominique Jacob, de Thouvenin, de Conrardin de Spinal, de Colin, fils de J. Colin.

  198. [637]

    Dépositions de Jean Morel, de Dominique Jacob, de Béatrix Félicité, etc.

  199. [638]

    Dépositions de Conrardin de Spinal et de Michel le Buin.

  200. [639]

    La Pucelle, en l’interrogatoire du 24 février 1430.

  201. [640]

    La Pucelle, en l’interrogatoire du 24 février 1430.

  202. [641]

    Dépositions de Jean Morel, de Nicolas Bailly, notaire d’Andelot, etc.

  203. [642]

    Edmond Richer, Histoire manuscrite de la Pucelle d’Orléans.

  204. [643]

    Dépositions de Jean Morel, de Dominique Jacob, etc.

  205. [644]

    Déposition de Colin, fils de Jean Colin.

  206. [645]

    Déposition de Béatrix Félicité, veuve d’Estellin.

  207. [646]

    Déposition de Dominique Jacob, curé de Moncel.

  208. [647]

    Déposition de Colin, fils de Jean Colin.

  209. [648]

    La Pucelle, en l’interrogatoire du 24 février 1430.

  210. [649]

    Dépositions de Jean Morel, de Dominique Jacob, de Béatrix Félicité, de Jeannette, femme Thouvenin ; de Michel le Buin ; de Nicolas Bailly, notaire d’Andelot, etc.

  211. [650]

    La Pucelle, en l’interrogatoire du 24 février 1430.

  212. [651]

    Dépositions de Jean Morel ; de Jeannette, femme Thouvenin ; de Haumette, femme de Gérard de Sydna.

  213. [652]

    Dépositions de Haumette, femme de Gérard de Sydna, et de Mengete, femme de Jean Joyart.

  214. [653]

    La Pucelle, en l’interrogatoire du 1er mars 1431.

  215. [654]

    La Pucelle, en l’interrogatoire du 24 février 1430.

  216. [655]

    La Pucelle, interrogatoires du 22 et du 24 février 1430.

  217. [656]

    La Pucelle, interrogatoire du 22 février 1430.

  218. [657]

    La Pucelle, interrogatoire du 24 février 1430.

  219. [658]

    Déposition de Bertrand de Poulengy.

  220. [659]

    Philippe de Bergame, augustin, en son livre De Claris mulieribus, cap. CLVII.

  221. [660]

    Déposition de Jacquier de Saint-Amant, laboureur de Domrémy.

  222. [661]

    Déposition de Mengete, femme de Jean Joyart.

  223. [662]

    Déposition de Haumette, femme de Gérard de Sydna.

  224. [663]

    Même déposition.

  225. [664]

    Déposition d’Isabelle, femme de Gérardin de Spinal.

  226. [665]

    La Pucelle, en l’interrogatoire du 24 février 1430.

  227. [666]

    La Pucelle, ibid.

  228. [667]

    La Pucelle, en l’interrogatoire du 24 février 1430.

  229. [668]

    La Pucelle, en l’interrogatoire du 1er février 1430.

  230. [669]

    La Pucelle, en l’interrogatoire du 24 février 1430.

  231. [670]

    La Pucelle, ibid.

  232. [671]

    La Pucelle, en l’interrogatoire du 24 février 1430.

  233. [672]

    Déposition de Conrardin de Spinal.

  234. [673]

    Même déposition.

  235. [674]

    Pierre Jean-Baptiste Legrand d’Aussy, Histoire de la vie privée des Français, 1782.

  236. [675]

    Les chartes de Rodolphe l’Ingénieux, mort en 1363, ne sont signées que de deux croix.

  237. [676]

    Lettre de Guy IV, sire de Laval, à sa mère, au livre V de cette histoire ; lettre du comte d’Armagnac à la Pucelle, au livre VI.

  238. [677]

    Villaret, Histoire de France, t. XIV, p. 613 ; Art de vérifier les dates, t. I, p. 615.

  239. [678]

    Procès de condamnation, interrogatoire du 22 février 1430.

  240. [679]

    Même interrogatoire.

  241. [680]

    Interrogatoire du 22 février 1430.

  242. [681]

    Même interrogatoire.

  243. [682]

    Même interrogatoire.

  244. [683]

    Même interrogatoire.

  245. [684]

    Deuxième interrogatoire du 10 mars 1430.

  246. [685]

    Premier interrogatoire du 12 mars 1430.

  247. [686]

    Philippe de Bergame, De Claris mulieribus, cap. CLVII.

  248. [687]

    Déposition de frère Séguin, doyen de la Faculté de théologie de l’université de Poitiers. Il ne fait que rapporter ce qu’avait répondu la Pucelle aux examinateurs nommés par le roi.

  249. [688]

    Déposition de frère Séguin, etc.

  250. [689]

    Interrogatoire du 17 mars 1430.

  251. [690]

    Interrogatoire du 3 mars 1430.

  252. [691]

    Interrogatoire du 1er mars 1430.

  253. [692]

    Interrogatoire du 27 février 1430.

  254. [693]

    Même interrogatoire.

  255. [694]

    Même interrogatoire.

  256. [695]

    Ibidem ; interrogatoire du 22 février 1430.

  257. [696]

    Deuxième interrogatoire du 15 mars 1430.

  258. [697]

    Déposition de frère Séguin.

  259. [698]

    Ibidem ; interrogatoire du 22 février 1430.

  260. [699]

    Interrogatoire du 22 février 1430.

  261. [700]

    Interrogatoire du 1er mars 1430.

  262. [701]

    Déposition de frère Séguin.

  263. [702]

    Interrogatoire du 22 février 1430.

  264. [703]

    Déposition de frère Séguin.

  265. [704]

    Ibid., interrogatoire du 22 février 1430.

  266. [705]

    Tablettes chronologiques des maisons souveraines de l’Europe, etc., par M. V…, à l’article des Maréchaux de France.

  267. [706]

    Déposition de frère Séguin.

  268. [707]

    Interrogatoire du 22 février 1430.

  269. [708]

    Déposition de frère Séguin.

  270. [709]

    Deuxième interrogatoire du 15 mars 1430.

  271. [710]

    Ibid.

  272. [711]

    Ibid.

  273. [712]

    Interrogatoire du 22 février 1430.

  274. [713]

    Deuxième interrogatoire du 15 mars 1430.

  275. [714]

    Interrogatoire du 1er mars 1430.

  276. [715]

    Deuxième interrogatoire du 15 mars 1430.

  277. [716]

    Interrogatoire du 27 février 1430.

  278. [717]

    Ibid.

  279. [718]

    Interrogatoire du 1er mars 1430.

  280. [719]

    Ibid.

  281. [720]

    Ibid.

  282. [721]

    Ibid.

  283. [722]

    Interrogatoire du 27 février 1430.

  284. [723]

    Interrogatoire du 1er mars 1430.

  285. [724]

    Ibid.

  286. [725]

    Interrogatoire du 27 février 1430.

  287. [726]

    Ibid.

  288. [727]

    Interrogatoire du 1er mars 1430.

  289. [728]

    Interrogatoire du 1er mars 1430.

  290. [729]

    Ibid.

  291. [730]

    Ibid.

  292. [731]

    Interrogatoire du 12 mars 1430 ; deuxième interrogatoire du 15 mars 1430.

  293. [732]

    Deuxième interrogatoire du 17 mars 1430.

  294. [733]

    Deuxième interrogatoire du 17 mars 1430.

  295. [734]

    Interrogatoire du 27 février 1430.

  296. [735]

    Interrogatoire du 12 mars 1430.

  297. [736]

    Interrogatoire du 1er mars 1430.

  298. [737]

    Interrogatoires des 22 février et 1er mars 1430.

  299. [738]

    Interrogatoire du 1er mars 1430.

  300. [739]

    Interrogatoire du 24 février 1430.

  301. [740]

    Deuxième interrogatoire du 15 mars 1430.

  302. [741]

    Deuxième interrogatoire du 17 mars 1430.

  303. [742]

    Chronique sans titre, imprimée dans le recueil de Godefroy, sous celui d’Histoire de la Pucelle.

  304. [743]

    Interrogatoire du 27 février 1430.

  305. [744]

    Ibid.

  306. [745]

    Ibid.

  307. [746]

    Interrogatoire du 22 février 1430.

  308. [747]

    Interrogatoire du 1er mars 1430.

  309. [748]

    Ibid.

  310. [749]

    Déposition de J. Waltrin.

  311. [750]

    Cette expression, qui paraît d’abord étrange, puisqu’il s’agit d’une personne née et habitante dans une province française, est probablement ce qui a fait croire à quelques auteurs que Jeanne d’Arc était de Lorraine. Ils n’ont pas fait attention qu’à cette époque on appelait plus particulièrement France la portion du royaume qui formait le domaine immédiat de la couronne, c’est-à-dire la Picardie, l’Île de France, l’Orléanais, le Berry et la Touraine ; on désignait collectivement le reste des provinces françaises sous le nom de royaume de France. — Interrogatoire du 22 février 1430.

  312. [751]

    Ibid.

  313. [752]

    Interrogatoire du 12 mars 1430.

  314. [753]

    Ibid.

  315. [754]

    Déposition de Joffroy de Fay, écuyer, demeurant à Marcey.

  316. [755]

    Déposition de Conrardin de Spinal.

  317. [756]

    Déposition de Michel le Buin.

  318. [757]

    Déposition de J. Waltrin.

  319. [758]

    Interrogatoire du 12 mars au soir.

  320. [759]

    Interrogatoire du 12 mars au soir.

  321. [760]

    Interrogatoire du 22 février 1430 ; déposition de Dominique Jacob, curé de Moncel, et une foule d’autres.

  322. [761]

    Déposition d’Étienne de Sydna, de Gérard Guillemete, etc.

  323. [762]

    Interrogatoire du 22 février 1430 ; dépositions d’Étienne de Sydna, de Gérard Guillemete, de Husson le Maistre, etc.

  324. [763]

    C’est du moins ce qui semble résulter des dépositions de Gérard Guillemete, etc. ; mais cela n’est nullement sûr.

  325. [764]

    Déposition de Nicolas Bailly, notaire d’Andelot.

  326. [765]

    Dépositions de Jean Morel, de Bertrand la Choppe, de Gérard Guillemete, de Nicolas Bailly.

  327. [766]

    Dépositions de Gérard Guillemete.

  328. [767]

    Dépositions de Jacquier de Saint-Amand, de Conrardin de Spinal.

  329. [768]

    Déposition de Gérard Guillemete.

  330. [769]

    Monstrelet.

  331. [770]

    Genèse, chap. I, vers. 4.

  332. [771]

    Pasquier, Recherches de la France, liv. VI, chap. V.

  333. [772]

    Déposition de Béatrix Félicité, veuve d’Estellin.

  334. [773]

    Déposition de Gérard Guillemete.

  335. [774]

    Interrogatoire du 22 février 1430.

  336. [775]

    Déposition de Gérard Guillemete.

  337. [776]

    Baudricourt, maison de nom et d’armes, fief dépendant de la chastellenie de Mircourt, dans le bailliage des Vosges, à présent esteinte. Portoit d’or au lion de sable, armé, lampassé et couronné d’or. Jean de Baudricourt, seigneur dudit lieu, espousa Jeanne de Dombasle, et en eut : Geoffrois, dit le Moine de Baudricourt, lequel espousa Agnes de la Tour, fille de Baudouin de la Tour, chevalier, et de Laure de Hennemont, et demeuroient à Verdun l’an 1390 ; Liebauld de Baudricourt, chevalier, gardien de Verdun pour le duc de Bar, et en eut : Robert de Baudricourt, mareschal de France en 1488, qui espousa Alarde de Chambley, dame de Manonville, et mena (il fallait dire envoya) la Pucelle, dite d’Orléans, en France. (Simple crayon de la noblesse des duchez de Lorraine et de Bar.)

  338. [777]

    Déposition de Séguin, doyen de la Faculté de théologie de l’université de Poitiers ; interrogatoire du 22 février 1 430.

  339. [778]

    Déposition de Conrardin de Spinal.

  340. [779]

    Déposition d’Isabelle, femme de Gérardin de Spinal.

  341. [780]

    Déposition de Gérard Guillemete.

  342. [781]

    Déposition de Béatrix Félicité, veuve d’Estellin.

  343. [782]

    Dépositions de Jean Morel, de Gérard Guillemete, de Conrardin de Spinal, d’Isabelle, femme de Gérardin de Spinal, et de Nicolas Bailly.

  344. [783]

    Villaret, Histoire de France, t. XIII, p. 475, édition de 1764.

  345. [784]

    Interrogatoire du 12 mars 1430.

  346. [785]

    Edmond Richer, Histoire manuscrite de la Pucelle d’Orléans.

  347. [786]

    Interrogatoire du 12 mars au soir.

  348. [787]

    Interrogatoire du 12 mars.

  349. [788]

    Ibid.

  350. [789]

    Interrogatoire du 12 mars 1430.

  351. [790]

    Ibid.

  352. [791]

    Interrogatoire du 22 février 1430.

  353. [792]

    Dépositions d’Isabelle, femme de Gérardin de Spinal ; de Mengete ; femme de J. Joyart ; de Colin, fils de J. Colin.

  354. [793]

    Dépositions d’Isabelle, femme de Gérardin de Spinal ; de Mengete, femme de J. Joyart ; de Colin, fils de J. Colin, et Durand Laxart.

  355. [794]

    Interrogatoire du 32 février 1430 ; déposition de Colin, fils de J. Colin.

  356. [795]

    Même déposition ; déposition de Durand Laxart.

  357. [796]

    Déposition de Durand Laxart.

  358. [797]

    Déposition de Colin, fils de J. Colin 5 d’Isabelle, femme de Gérardin de Spinal.

  359. [798]

    Déposition de Durand Laxart.

  360. [799]

    Déposition de Durand Laxart.

  361. [800]

    Ibid.

  362. [801]

    Ibid.

  363. [802]

    Dépositions de Bertrand de Poulengy, de Jean de Metz, et de Henri, charron.

  364. [803]

    Déposition de Gérard Guillemete.

  365. [804]

    Déposition de Mengete, femme de J. Joyart.

  366. [805]

    Déposition de J. Waltrin.

  367. [806]

    Déposition de Haumette, femme de Gérard de Sydna.

  368. [807]

    Vaucouleurs, Vallis-Color, petite et ancienne ville de France en Champagne, dans le Bassigny (ainsi nommée de sa charmante situation), chef-lieu d’une prévôté royale ; c’était autrefois une souveraineté possédée par les princes de Joinville. Philippe de Valois l’acquit en 1335, de Jean de Joinville, à cause de l’importance de son passage, et Charles V l’unit inséparablement à la couronne en 1365, en lui conservant tous ses privilèges, en considération des services que lui et ses prédécesseurs en avaient reçus (ce sont ses termes)… Elle est sur le penchant d’une colline, au pied de laquelle est une prairie à perte de vue, et arrosée par la Meuse, qui passe auprès de la ville ; à quatre lieues O. de Toul, cinq N. O. de Neufchâteau, huit S. O. de Nancy, soixante E. de Paris, long. 23° 20’, lat. 48° 33’. — On trouve, à une portée de fusil de Vaucouleurs, Tuscy, Tussiacum, maison de plaisance, où nos rois avaient autrefois un château, et où il s’est tenu un concile très-célèbre, nommé ordinairement le concile de Touzy, mais les habitants du lieu disent Tuscy. — On voit encore entre Tuscy et Vaucouleurs de grosses pierres que l’empereur Albert et Philippe le Bel firent planter pour servir de bornes à leurs empires, lorsqu’ils s’abouchèrent à Vaucouleurs, en 1299. (Dictionnaire géographique portatif, etc., traduit de l’anglais, avec des additions et des corrections considérables, par M. Vosgien, chanoine de Vaucouleurs ; Paris, 1767.)

  369. [808]

    Déposition de Bertrand de Poulengy.

  370. [809]

    Dépositions de Henri, de Catherine, sa femme ; de Bertrand de Poulengy, et de Jean de Metz.

  371. [810]

    Déposition de Catherine, femme de Henri.

  372. [811]

    Interrogatoire du 22 février, 1430 ; déposition de Catherine, femme de Henri.

  373. [812]

    Interrogatoire du 22 février 1430.

  374. [813]

    Déposition de Bertrand de Poulengy.

  375. [814]

    Même déposition ; interrogatoire du 22 février 1430.

  376. [815]

    Interrogatoire du 12 février 1430.

  377. [816]

    Déposition de Catherine, femme de Henri, charron de Vaucouleurs.

  378. [817]

    Déposition de Jean Colin, curé de Domrémy.

  379. [818]

    Déposition de Jean le Fumeux, chanoine de Vaucouleurs.

  380. [819]

    Déposition de Jean le Fumeux, chanoine de Vaucouleurs.

  381. [820]

    Déposition de Catherine, femme de Henri.

  382. [821]

    Ibid.

  383. [822]

    Déposition de Henri, charron de Vaucouleurs.

  384. [823]

    Déposition d’Albert de Urchiis, chevalier.

  385. [824]

    Ibid.

  386. [825]

    Déposition de Catherine, femme de Henri.

  387. [826]

    Ibid.

  388. [827]

    Ibid.

  389. [828]

    Déposition de Catherine, femme de Henri.

  390. [829]

    Déposition de Catherine, femme de Henri.

  391. [830]

    Déposition de Bertrand de Poulengy.

  392. [831]

    Déposition de Catherine, femme de Henri.

  393. [832]

    Dépositions de Bertrand de Poulengy, de Jean de Metz, et de Henri.

  394. [833]

    Il était alors question du mariage du dauphin Louis, fils de Charles VII, avec la fille du roi d’Écosse, lequel devait, à l’occasion de cette alliance, faire de nouveaux armements en faveur de la France.

  395. [834]

    Déposition de Jean de Metz.

  396. [835]

    Déposition de Bertrand de Poulengy.

  397. [836]

    Interrogatoire du 22 février 1430.

  398. [837]

    Déposition de Husson le Maistre.

  399. [838]

    Dépositions de Jean Morel, de J. de Novelonpont, dit de Metz, de Laxart, etc.

  400. [839]

    Interrogatoire du 22 février 1430 ; déposition de Marguerite la Touroulde, veuve de Renaut de Bouligny.

  401. [840]

    Dépositions de Jean Morel, de Marguerite la Touroulde, etc.

  402. [841]

    Interrogatoire du 17. janvier 1430.

  403. [842]

    Même interrogatoire, dépositions de Jean de Metz et de Durand Laxart.

  404. [843]

    Déposition de Jean Morel.

  405. [844]

    Déposition de Durand Laxart.

  406. [845]

    Déposition de Jean de Metz.

  407. [846]

    Interrogatoire du 22 février 1430.

  408. [847]

    Ibid.

  409. [848]

    Déposition de Marguerite la Touroulde, veuve de Renaut de Bouligny.

  410. [849]

    Interrogatoire du 22 février 1430.

  411. [850]

    Ibid.

  412. [851]

    Déposition de Durand Laxart.

  413. [852]

    Histoire de Jeanne d’Arc.

  414. [853]

    Déposition de Bertrand de Poulengy.

  415. [854]

    Interrogatoire du 12 mars 1430, au soir.

  416. [855]

    Déposition de Jean de Metz.

  417. [856]

    Interrogatoire du 12 mars 1430.

  418. [857]

    Ibid.

  419. [858]

    Interrogatoire du 12 mars 1430.

  420. [859]

    Registres de la chambre des comptes, compte de l’an 1444, rendu par maître Robin Gaffard, où se trouve l’extrait d’une requête du même Pierre d’Arc, alors connu sous le nom de Pierre du Lys, pour obtenir du duc d’Orléans la jouissance de l’Île aux Bœufs.

  421. [860]

    Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque du Roi, t. III, p. 303.

  422. [861]

    Déposition de Jean de Metz.

  423. [862]

    Edmond Richer, Lenglet Du Fresnoy, etc.

  424. [863]

    Petit traité en manière de chronique, etc., du siège d’Orléans.

  425. [864]

    Chronique sans titre, publiée par Godefroy sous celui d’Histoire de la Pucelle.

  426. [865]

    Chronique sans titre ; Lenglet Du Fresnoy, Histoire de Jeanne d’Arc, etc.

  427. [866]

    Déposition de Jean de Metz.

  428. [867]

    Procès de révision.

  429. [868]

    Déposition de Durand Laxart.

  430. [869]

    Interrogatoire du la mars au soir 1430.

  431. [870]

    Dépositions de Durant Laxart, de Bertrand de Poulengy, de Jean de Metz. Selon celui-ci, on fournit à Jeanne un cheval et un équipement d’homme, avant son entrevue avec le duc de Lorraine.

  432. [871]

    Déposition de Bertrand de Poulengy.

  433. [872]

    Dépositions de Bertrand de Poulengy, de Jean de Metz, et de Durand Laxart.

  434. [873]

    Ibid.

  435. [874]

    Jean de Metz dit seize francs.

  436. [875]

    Dépositions de Durand Laxart.

  437. [876]

    Interrogatoire du 22 février 1430.

  438. [877]

    Déposition de Jean de Metz.

  439. [878]

    Interrogatoire du 22 février 1430.

  440. [879]

    Voyez sa déposition et plusieurs autres.

  441. [880]

    Interrogatoire du 22 février 1430.

  442. [881]

    Sa déposition et plusieurs autres.

  443. [882]

    Aucune déposition ne met Pierre d’Arc au nombre des personnes qui partirent de Vaucouleurs avec la Pucelle ; mais le même Pierre d’Arc, dans une requête adressée par lui, en 1444, au duc d’Orléans, pour obtenir de ce prince la jouissance de l’Île aux Bœufs, disait être parti de son pays pour servir aux guerres du roy… et de monsieur le duc, en la compaignie de Jehanne la Pucelle, sa sœur. Registres de la chambre des comptes, au compte de l’année 1444, rendu par maistre Robin Gaffard ; et se trouve cité par Étienne Pasquier, Recherches de la France, liv. VI, chap. V.

  444. [883]

    Dépositions de Durand Laxart, de J. Colin, de Jean de Metz, de Catherine, femme de Henri, etc.

  445. [884]

    Déposition de Jean de Metz.

  446. [885]

    Dépositions de Durand Laxart, de Jean de Metz, de Henri, de Bertrand de Poulengy.

  447. [886]

    Déposition de Bertrand de Poulengy.

  448. [887]

    Ibid.

  449. [888]

    Déposition de Henri, charron.

  450. [889]

    Déposition de Catherine, femme de Henri.

  451. [890]

    Ibid.

  452. [891]

    Ibid.

  453. [892]

    C’est peut-être la ville de Saint-Nicolas, où Jeanne alla en pèlerinage, selon Bertrand de Poulengy.

  454. [893]

    Déposition de J. Colin.

  455. [894]

    Déposition de Durand Laxart.

  456. [895]

    Déposition d’Albert de Urchiis.

  457. [896]

    Déposition de Henri.

  458. [897]

    Ibid.

  459. [898]

    Interrogatoire du 10 mars 1430.

  460. [899]

    Interrogatoire du 22 février 1430.

  461. [900]

    Dominica Burarum, dit la déposition qui me fournit cette date. Le supplément de Du Cange donne au mot bura la signification de bourre, poil de bœuf. Dominica Burarum signifie donc le dimanche des bourres ; c’est le premier dimanche de carême, le même qu’on appelle aussi dimanche des brandons.

    Dominica prima quadragesimæ apud Lotharingos et Barrenses, quibus bure idem sonat, quod alibi brandon, fax, tœda, ignis. (Supplementum ad auctionem glossarii Cangiani editionem.)

    Dominica brandonum, burorum, focarum, le premier dimanche de carême. (Art de vérifier les dates, t. 1, p. 54.)

    Bordæ, brandones, buræ, les bordes, les brandons, les bures ou les bules, premier dimanche de carême, et toute la semaine qui suit. (Art de vérifier les dates, t. I, p. 52.)

    Or, d’après le calendrier perpétuel, le premier dimanche de carême de l’année 1428, vieux style (nouveau style, 1429), tombait le 13 février.

  462. [901]

    Déposition de Jean de Metz.

  463. [902]

    Dépositions de Jean de Metz et de Poulengy.

  464. [903]

    Lenglet Du Fresnoy traduit : la jeter dans quelque carrière.

  465. [904]

    Déposition de Marguerite la Touroulde, veuve de Renaut de Bouligny, trésorier du roi.

  466. [905]

    Déposition de Marguerite la Touroulde, veuve de Renaut de Bouligny, trésorier du roi.

  467. [906]

    Déposition de Bertrand de Poulengy.

  468. [907]

    Dépositions de Bertrand de Poulengy et de Jean de Metz.

  469. [908]

    Déposition de Jean de Metz.

  470. [909]

    Déposition de Bertrand de Poulengy.

  471. [910]

    Déposition de Bertrand de Poulengy.

  472. [911]

    Interrogatoire du 22 février 1430.

  473. [912]

    Ibid.

  474. [913]

    Déposition de Jean de Metz.

  475. [914]

    Déposition de Simon Charles, président en la chambre des comptes.

  476. [915]

    Dépositions de Jean de Metz et de Poulengy.

  477. [916]

    Ibid.

  478. [917]

    Dépositions de Jean de Metz.

  479. [918]

    Interrogatoire du 22 février 1430.

  480. [919]

    Déposition de Jean de Metz.

  481. [920]

    Déposition de Bertrand de Poulengy.

  482. [921]

    Déposition de Husson le Maistre.

  483. [922]

    Déposition de Jean de Metz.

  484. [923]

    Dépositions de Jean de Metz et de Poulengy.

  485. [924]

    Ibid.

  486. [925]

    Déposition de Bertrand de Poulengy.

  487. [926]

    Ibid.

  488. [927]

    Dépositions de Jean de Metz.

  489. [928]

    Ibid.

  490. [929]

    Déposition de Jean de Metz.

  491. [930]

    Interrogatoire du 22 février 1430.

  492. [931]

    Dépositions de Jean, comte de Dunois, et de Guillaume de Ricarville, maître de la maison du roi ; Chronique sans titre, publiée par Godefroy sous celui d’Histoire de la Pucelle.

  493. [932]

    Dépositions du comte de Dunois et de Guillaume de Ricarville. Mémoires ou Histoire de la Pucelle d’Orléans, publiés par Denis Godefroy.

  494. [933]

    Déposition de frère Séguin, docteur, etc.

  495. [934]

    Interrogatoire du 27 février 1430.

  496. [935]

    Ibid.

  497. [936]

    Ibid.

  498. [937]

    Ibid.

  499. [938]

    Interrogatoire du 22 février 1430.

  500. [939]

    Ibid.

  501. [940]

    Interrogatoire du 13 mars 1430.

  502. [941]

    Dépositions de Jean de Metz et de Bertrand de Poulengy.

  503. [942]

    Interrogatoire du 27 février 1430 ; déposition de Poulengy.

  504. [943]

    Déposition de Simon Charles, président en la chambre des comptes.

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