Tome 1 : Livre II
361Livre II Depuis l’arrivée de Jeanne d’Arc auprès du Roi, jusqu’à son départ pour Orléans.
Le moment où Jeanne d’Arc arriva à la cour était précisément celui où des promesses merveilleuses, telles que celles qu’elle apportait au roi, devaient être le plus favorablement accueillies. Orléans, dernier rempart de la monarchie, ne résistait encore que pour échapper par la destruction au déshonneur, et il n’y avait aucun moyen de le secourir944. Le roi Charles n’avait plus ni argent ni troupes à opposer à ses ennemis. La dame de Bouligny, qui était alors dans la ville de Bourges, auprès de la reine, rapporte :
qu’en ce temps-là, il y avait dans ce royaume, spécialement dans les parties obéissantes au roi, tant de calamités et si grande pénurie d’argent, que c’était pitié. Si bien que les sujets fidèles au roi étaient près de s’abandonner au désespoir. Et le sait celle qui parle, parce que 362son mari était alors receveur général : lequel, en ce temps-là, tant de la pécune du roi, que de la sienne propre, n’avait en tout chez lui que quatre écus945. — Le roi et les sujets de son obéissance n’avaient plus nul espoir, et tous s’attendaient à prendre la fuite946. — Tout était désespéré, et on ne se flattait de recevoir aucun secours, à moins qu’il ne fût envoyé de Dieu947.
D’anciennes prophéties, des prédictions récentes, annonçaient l’envoi d’une vierge au secours de la France. J’ai rapporté celles qui couraient depuis longtemps dans le pays même de Jeanne d’Arc : ce qui suit n’est pas moins remarquable. Robert Thibault, écuyer de l’écuyerie du roi, assure avoir entendu dire à l’évêque de Castres, en son vivant confesseur du roi,
qu’il avait vu autrefois en écrit qu’une certaine fille devait venir, qui secourrait le roi de France948.
Un des juges de Jeanne d’Arc déclare :
qu’autrefois, dans un certain livre, où était racontée 363la profession de Merlin, il avait trouvé écrit qu’une certaine fille devait venir de certain Bois-Chenu (nemore canuto), des parties de Lorraine949.
Nous apprenons du comte de Dunois que cette prédiction était contenue en quatre vers, et portait en substance :
qu’une fille viendroit du Bois-Chenu, et chevaucheroit sur le dos des architenants (architenentium) et contre eux950.
On croyait que ce mot, architenants, signifiait les guerriers armés de l’arc, et l’on en faisait l’application aux Anglais, habiles à manier cette arme perfide. Je n’ai point trouvé cette prédiction dans les livres attribués à Merlin, mais je n’ai pas collationné tous les manuscrits de ses prophéties que renferment nos bibliothèques, lesquels présentent beaucoup de variantes. D’ailleurs Dunois prétend qu’elle fut montrée au comte de Suffolk, prisonnier951, après la prise de Jargeau et la bataille de Patay ; aurait-on osé présenter une prédiction inventée après coup à cet Anglais qui, selon l’esprit du temps, devait savoir à peu près par cœur ce que renfermaient les livres du prophète britannique ? Il était d’autant plus inutile d’inventer cette prophétie, 364que le livre de Merlin en contient plusieurs autres, très-étendues et très-détaillées, qu’on pouvait, avec autant de facilité et de vraisemblance, appliquer non-seulement à l’avènement de la Pucelle, mais à tout ce qui s’était passé en France, et devait s’y passer encore, depuis l’usurpation des Anglais jusqu’à leur expulsion du royaume952.
Enfin, une femme nommée Marie d’Avignon, qui se mêlait de prédire l’avenir, s’était présentée précédemment au roi, prétendant avoir eu des révélations touchant l’état de désolation où le royaume était réduit, et lui avait dit que la France avait encore beaucoup à souffrir, et devait éprouver de très-grandes calamités ; elle avait ajouté, qu’entre autres visions, une grande quantité d’armes (multas armaturas) lui avaient été présentées ; imaginant qu’elles lui étaient destinées, elle avait été saisie d’une grande frayeur ; mais il lui avait été dit qu’elle se rassurât ; que ces armes n’étaient pas pour elle, mais pour une fille qui viendrait plus tard, et qui délivrerait la France de ses ennemis953.
365Il est à propos de remarquer que le témoin qui rapporte ce fait, le tenait de maître Jean Érault, professeur de théologie, qui les racontait à l’époque de la venue de Jeanne d’Arc à la cour, et qui, disait-il,
croyait fermement que ladite Jeanne était celle dont ladite Marie d’Avignon avait parlé954.
Jeanne d’Arc rapporte que lorsqu’elle fut arrivée auprès du roi, quelques personnes lui demandèrent s’il n’y avait pas dans son pays un bois appelé le Bois-Chesnu, parce que, disaient-elles, il existait des prophéties qui assuraient qu’une fille viendrait des environs de ce bois, et ferait des merveilles
. Jeanne assure, au reste, qu’elle n’ajouta pas foi à ce récit955.
Avant de passer plus loin, et pour achever de réunir sous un même point de vue tout ce qui peut servir à donner une juste idée de l’effet que dut produire l’apparition de cette jeune fille au milieu d’une cour désolée, essayons de tracer ici une image fidèle de sa personne, tant en rassemblant les traits épars dans diverses dépositions, et dans le récit des auteurs contemporains, qu’en consultant les seuls portraits de cette héroïne, dont l’authenticité puisse être, jusqu’à un certain point, justifiée. Peut-être trouverons-nous en 366partie dans ces détails, frivoles en apparence, l’explication de la facilité avec laquelle la multitude, et même les plus grands personnages du royaume, crurent aux paroles d’une simple pastoure, et partagèrent bientôt son enthousiasme.
Jeanne d’Arc, née en février ou mars 1410 ou 1411, devait avoir dix-sept ou dix-huit ans quand elle arriva à Chinon vers la fin de février 1428 (vieux style, il faut toujours se rappeler que l’année ne finissait pas alors au dernier jour de décembre, mais au mois de mars suivant, la veille de Pâques) : c’est aussi l’âge que lui attribue l’auteur d’une chronique du temps956. Jean d’Aulon, qui la vit peu de temps après son arrivée, ne lui donnait même que seize ans à cette époque957.
On a plusieurs raisons de croire que Jeanne d’Arc était d’une taille élevée.
Guillaume Guasche, seigneur italien, qui l’avait vue à la cour de Charles VII, rapportait qu’elle était de taille médiocre958. Ce gentilhomme n’avait guère pu la voir qu’en habit d’homme, puisqu’elle n’a que bien rarement quitté cet habit jusqu’au jour où on lui persuada, 367à Rouen, de s’en dépouiller959. Or, pour ne point paraître fort petite, pour paraître d’une taille médiocre sous des habits d’homme, il faut qu’une femme soit grande pour son sexe. Il n’est personne qui n’ait pu en faire l’observation.
Deux faits viennent à l’appui de ma conjecture. J’ai déjà rapporté que Jeanne d’Arc voulant partir seule du Petit-Burey, s’était revêtue des habits de son oncle960. Dans la suite, elle fit présent à Jean Morel d’un vêtement qu’elle avait porté961. Pour que les habits de Laxart allassent à Jeanne d’Arc, et pour que ceux de Jeanne d’Arc pussent aller à Jean Morel, il faut supposer ou que ces deux hommes étaient de bien petite taille, ou que Jeanne d’Arc était fort grande pour son sexe.
Elle était très-forte, mais parfaitement faite, et avait les membres très-bien proportionnés962 ; sa taille était même extrêmement fine963 ; son sein paraissait fort beau964 ; en un mot :
elle estoit jeune fille, belle, et bien formée965.
368Guillaume Guasche rapportait qu’elle avait les cheveux noirs966, ce qui ne s’accorde pas tout-à-fait avec la teinte que présentent les portraits que nous possédons de la Pucelle. Voici le détail de ses traits d’après l’un de ces tableaux dont je me réserve d’établir plus tard l’authenticité.
Elle avait le front moyen, les yeux grands, fendus en amande ; les prunelles de cette couleur indécise entre le vert et le brun, qui est particulière aux brunes-claires ; le regard mélancolique et d’une douceur inexprimable ; ses sourcils finement dessinés ne s’étendaient ni en arc parfait, ni en ligne trop horizontale ; une légère inflexion se faisait sentir au milieu, et leur donnait un caractère infiniment touchant ; son nez était droit et bien fait, un peu mince, et d’une juste longueur ; sa bouche était extrêmement petite, ses lèvres fines et vermeilles ; le creux formé entre le menton et la lèvre inférieure était fortement marqué ; le menton était fort petit, et peut-être un peu trop pointu. Elle avait, au reste, le tour du visage beau, le teint uni et d’une extrême blancheur. Ses cheveux, d’un beau châtain, et dont elle avait une grande quantité, étaient rejetés en arrière au-dessus de ses tempes, tombaient avec grâce autour d’un cou blanc et bien proportionné, et ne dépassaient pas ses épaules ; 369ils étaient, à peu de chose près, coupés à la manière des guerriers du temps967. La candeur, l’innocence virginale, une pureté angélique, quelque chose de rêveur, et une teinte de tristesse formaient le caractère général de sa physionomie968.
Dans le même tableau, ses mains sont bien faites, quoique les formes en soient plutôt nerveuses qu’arrondies ; ses doigts paraissent longs et effilés.
Elle avait la voix douce et la parole insinuante969. Un gentilhomme de son pays assure, en outre, qu’elle s’exprimait très-bien (multum bene loquebatur970). On remarquait en elle un si grand sens et tant de circonspection, qu’on eût dit qu’elle avait été élevée dans une cour bien réglée, où eussent régné la sagesse et la prudence971.
Elle montait à cheval, et portait une lance avec autant d’adresse et de grâce qu’aurait pu faire le meilleur chevalier972.
370Enfin, une particularité très-remarquable semblait, en achevant de l’élever au-dessus de l’ordre commun, rendre manifestes les desseins de Dieu à son égard. Femme par la douceur, la pudeur et la modestie, mais exempte de la plupart des faiblesses attachées à son sexe, elle n’était point non plus assujettie à ce tribut régulier et incommode qui, plus encore que les lois et les usages, interdit en général aux femmes les fonctions que les hommes se sont attribuées973.
Jeanne d’Arc ne fut pas accueillie légèrement (de levi) par le malheureux Charles VII974. On assure même qu’au premier abord (prima facie) il n’avait pas voulu ajouter foi à ses promesses975. À la nouvelle de son arrivée, il avait été vivement débattu au conseil s’il l’entendrait ou non976, et s’il pouvait licitement (licite) la recevoir977 (délibération bien tardive, s’il est vrai que Baudricourt eût reçu une lettre de Charles VII, qui l’autorisait à envoyer cette jeune fille 371à la cour) ; et il avait été décidé qu’elle serait d’abord interrogée et examinée par des prélats978 nommés par le Roi. On ne dit point si ces commissaires vinrent visiter Jeanne dans l’hôtellerie où elle était logée, ou s’ils la firent amener devant eux, dans quelque autre lieu choisi pour cette entrevue.
Jean de Metz et Bertrand de Poulengy présentèrent Jeanne d’Arc aux conseillers et gens du roi (ils désignent sans doute par là les commissaires ci-dessus désignés), qui lui firent beaucoup de questions979, et lui demandèrent, entre autre choses, dans quel dessein elle était venue à Chinon, et ce qu’elle prétendait980 : mais elle ne voulut d’abord leur rien répondre, sinon qu’elle avait à parler au roi981. Pressée de la part du roi de faire connaître l’objet de sa mission, elle dit enfin qu’elle avait deux choses à accomplir de la part du roi des cieux : la première, de faire lever le siège d’Orléans ; la seconde, de conduire le roi à Reims pour l’y faire sacrer et couronner982.
372Le résultat de cette première conférence fut que les opinions se trouvèrent très-partagées. Quelques-uns des conseillers du roi soutenaient que le roi ne devait ajouter aucune foi aux paroles de cette jeune fille et, d’autres, que, puisqu’elle se disait envoyée de Dieu, et prétendait avoir quelque chose à dire au prince, il devait au moins l’entendre983. Charles, qui flottait indécis entre ces avis opposés, résolut de la faire examiner encore984, et d’envoyer dans son pays natal, s’informer de sa vie, de son caractère et de ses mœurs985.
Cependant, comme il ne paraissait pas convenable de laisser cette jeune fille dans l’hôtellerie où elle était descendue, on lui assigna pour logement une tour du château du Couldray986. Jean seigneur de Gaucourt, capitaine de Chinon, et grand-maître de la maison du roi, mit auprès d’elle, pour la servir et lui tenir compagnie, un jeune gentilhomme de quatorze à quinze ans, nommé Louis de Contes, qui fut depuis seigneur de Nouyon et de Rengles987. Pendant le temps qu’il resta enfermé avec Jeanne d’Arc dans cette 373tour, Louis de Contes rapporte qu’il passait une partie de la journée à converser avec la jeune vierge ; mais que, lorsque la nuit venait, des femmes le remplaçaient auprès d’elle. Il se rappelait que pendant plusieurs jours, des hommes d’un haut rang vinrent parler à cette jeune fille : comme il se retirait quand ils entraient, il n’a pu savoir ce qu’ils lui disaient, et il ne pouvait même dire qui ils étaient. Au reste, il aperçut souvent Jeanne d’Arc humblement agenouillée, et, à ce qu’il lui semblait, quoiqu’il ne pût l’entendre, adressant à Dieu de ferventes prières. Quelquefois, en priant ainsi, elle pleurait988.
J’ai dit que la nouvelle de son passage à Gien, et des promesses qu’elle annonçait devoir accomplir, était venue jusque dans Orléans, et y avait causé une surprise mêlée d’espérance. Dunois,
qui avait la garde de ladite cité, et était lieutenant-général du roi en fait de guerre,
voulant savoir exactement ce qu’il pouvait y avoir de vrai dans les récits confus qu’on en faisait, envoya au roi, pour s’en assurer, le seigneur de Villars, alors sénéchal de Beaucaire, et Jamet du Tillay ou de Tilloy, qui fut depuis bailli de Vermandois989.
374Les nouveaux examens qu’on fit subir à la Pucelle lui furent de plus en plus favorables : on ne trouvait rien dans ses manières, dans son langage et dans ses habitudes, qui pût rendre ses mœurs suspectes, ou faire soupçonner sa sincérité990.
Toutes ces précautions prises, tous ces renseignements obtenus, ce ne fut toutefois qu’avec beaucoup de difficulté, qu’il fut enfin décidé que le roi donnerait audience à la Pucelle991.
(27 février 1428/1429) C’était le troisième jour de son arrivée ; car on avait débattu la chose pendant deux jours entiers992.
Un événement fort extraordinaire sembla arriver tout exprès ce jour-là, pour forcer les esprits les plus incrédules à croire à la mission céleste de cette jeune fille. Au moment où elle entrait dans la demeure royale, un homme à cheval, qui la vit passer, demanda à quelqu’un :
— Est-ce pas là la Pucelle ?
Comme on lui répondait affirmativement, il dit, en reniant Dieu, sorte de jurement alors en usage parmi les gens de guerre993, que s’il l’avait seulement une nuit, 375elle ne le quitterait pas vierge. Jeanne d’Arc l’entendit, et retournant la tête :
— Ha, en nom Dieu, tu le renyes, dit-elle, et se, es si prest de ta mort !
Environ une heure après, cet homme tomba dans l’eau et s’y noya994.
Les personnages qui avaient été d’une opinion opposée (et c’étaient les plus grands de la cour) à ce que Jeanne fut admise auprès du Roi, n’avaient pas encore perdu l’espoir de le faire renoncer à cette résolution : ils revinrent à la charge avec une nouvelle force, et lui présentèrent tant d’objections spécieuses, que Charles, au moment où Jeanne d’Arc, mandée par ses ordres, entrait dans le château de Chinon, retomba dans sa première irrésolution, et allait peut-être la renvoyer sans lui parler, s’il ne lui eût été représenté que Robert de Baudricourt lui avait écrit qu’il lui envoyait cette femme ; qu’elle lui avait été amenée à travers les pays occupés par ses ennemis ; et que pour arriver jusqu’à lui, elle avait traversé à gué, presque miraculeusement, une infinité de fleuves et de rivières profondes995. Frappé de cette considération, Charles ordonna qu’elle fût admise auprès de lui996.
Ce furent probablement les mêmes personnes 376qui s’étaient montrées contraires à la Pucelle, qui suggérèrent au roi le stratagème suivant, dont il se servit pour l’éprouver. À l’instant où l’on vint l’avertir que Jeanne d’Arc approchait, il se retira à l’écart997, pour voir si elle ne prendrait pas quelque autre pour lui, ce qui, dans l’opinion des assistants, eût été la preuve qu’elle n’était pas éclairée de l’esprit de Dieu.
C’était l’après-dîner998, sans doute même à une heure déjà avancée. Cinquante torches éclairaient l’appartement999 ;
plusieurs seigneurs, pompeusement vestus, et richement, plus que n’estoit le roy1000,
et plus de trois cents chevaliers1001 de haute naissance, étaient réunis dans la salle où Jeanne d’Arc fut introduite.
Parmi les personnes présentes, se trouvaient Jean, seigneur de Gaucourt, grand-maître de la maison du roi, dont nous avons la déposition1002, et les envoyés du bâtard d’Orléans, Villars et Jamet du Tillay1003.
Une chronique du temps rapporte que Jeanne d’Arc dit, en entrant, à ceux qui la conduisaient,
377… qu’on ne la deceust point, et qu’on luy montrast celluy auquel elle debvoit parler1004.
Ces paroles semblent en contradiction avec ce que Jeanne d’Arc rapporte, qu’en écrivant de Fierbois au roi, elle lui avait proposé elle-même cette épreuve : mais il faut se rappeler qu’elle n’affirmait pas ce fait, n’ayant plus qu’un souvenir confus de sa lettre1005.
Jeanne fut introduite par le comte de Vendôme1006. Jean Chartier, auteur contemporain, prétend qu’elle s’avança avec autant d’aisance, et en observant aussi bien les cérémonies d’usage, que si elle eût été nourrie à la cour1007. Jean, seigneur de Gaucourt, dit qu’elle se présenta avec beaucoup d’humilité et de simplicité, comme une pauvre petite bergerette1008.
Jeanne distingua le roi au milieu de la foule1009 : ses voix, dit-elle, le lui firent connaître1010. Elle 378s’avança vers lui, le salua humblement1011, et lui dit, en s’agenouillant1012 selon l’usage1013, et en l’embrassant par les jambes1014 :
— Dieu vous doint (donne) bonne vie, gentil roi !
— Ce ne suis-je pas qui suis roy, Jehanne, (répondit Charles VII ; et, lui montrant un des seigneurs de sa suite, il ajouta :) Voici le roi. (Mais Jeanne, sans se déconcerter, lui répliqua :)
— En mon Dieu, gentil prince, c’estes vous, et non aultre1015 !
Charles vit bien alors qu’il était inutile de dissimuler plus longtemps, et, sans doute ébranlé par le succès de cette première épreuve, il se sentit plus disposé à l’entendre.
— Très noble seigneur daulphin, (reprit-elle avec modestie), je viens et suis envoyée de la part de Dieu pour prêter secours à vous et au royaume1016.
Elle ajouta qu’elle voulait aller faire la guerre aux Anglais1017. Selon d’autres, le roi lui demanda d’abord son nom, et elle lui répondit en ces termes :
— Gentil daulphin, j’ay nom Jehanne la Pucelle ; et vous mande le roy des cieulz par moi que vous serez sacré et 379couronné en la ville de Reims, et serez lieutenant du roy des cieux, qui est roy de France1018.
Le roi la tira à part, et s’entretint fort longtemps avec elle ; tandis qu’elle parlait, les spectateurs voyaient la satisfaction se peindre sur la figure du prince1019. Jeanne a raconté depuis à son aumônier qu’après avoir répondu à un grand nombre de questions que le roi lui avait adressées, elle avait ajouté :
— Je te dis de la part de messire, que tu es vray héritier de France et filz du roy. Et il m’envoye à toi pour te conduire à Reims, afin que tu y reçoives ton couronnement et ton sacre, si tu le veux1020.
Beaucoup d’historiens ont parlé de la révélation faite par Jeanne d’Arc à Charles VII, d’une chose que lui seul pouvait connaître ; et divers témoignages venaient à l’appui de cette assertion ; mais jusqu’à ce qu’on eût découvert dans l’ouvrage de N. Sala, resté manuscrit1021, des détails relatifs à cette particularité, qui semblent devoir faire cesser toute incertitude à cet égard, on était réduit à des conjectures plus ou moins approchantes 380de la vérité, sur ce que cette chose pouvait être ; et les paroles de Jeanne d’Arc, que je viens de rapporter plus haut, et qui auraient dû mettre sur la voie, n’étaient pas remarquées comme elles devaient l’être.
Jeanne, comme on le verra parla suite, refusa toujours d’entrer à cet égard dans aucun détail : elle se contenta longtemps de répondre à ceux qui l’interrogeaient :
qu’elle avait donné au roi des signes clairs et évidents de sa mission1022.
Pressée de dire si ç’avait été devant témoins, elle répondit que le roi et elle étaient seuls,
quoi qu’il y eût beaucoup de gens assez près de là1023 ;
ce qui s’accorde fort bien avec ce que j’ai dit plus haut, d’après la déposition d’un témoin, que le roi l’avait tirée à part pour s’entretenir en particulier avec elle. Accablée de questions indiscrètes, elle eut enfin recours à une allégorie, qui loin d’éclaircir la chose, l’environnait d’une plus grande obscurité.
Une chronique du temps dit que Jeanne
avoit declairé au roy, en secret, present son confesseur et peu de ses secrets conseilliers, ung bien qu’il avoit fait, dont il fut fort esbahy, car nul ne le pouvoit sçavoir sinon Dieu et luy1024.
Une autre rapporte :
381qu’ung jour, elle voulut parler au roy en particulier, et lui dit : Gentil daulphin, pourquoy ne me croyez vous ? Je vous dis que Dieu a pitié de vous, de votre royaulme, et de votre peuple ; car saincts Louys et Charlemaigne sont à genoux devant luy, en faisant prières pour vous ; et je vous diray, s’il vous plaist, telle chose, qu’elle vous donnera à congnoistre que me devez croire. Toutesfois elle fut contente que quelque peu de ses gens y fussent ; et, en la présence du duc d’Alençon, du seigneur de Treves, de Christoffe de Harcourt, et de maistre Gérard Machet, son confesseur, lesquelz il fit jurer, à la requeste de ladite Jehanne, qu’ilz n’en reveleroient ny diroient rien, elle dit au roy une chose de grande qu’il avoit faite bien secrette, dont il fut fort esbahy1025.
D’Aulon, sénéchal de Beaucaire, dont j’ai déjà cité le témoignage, veut sans doute parler de cette révélation mystérieuse, lorsqu’il s’exprime ainsi dans sa déposition :
Après ladite présentation, parla ladite Pucelle au roy nostre sire secretement, et luy dit aucunes choses secrètes, quelles il ne scet1026.
382N. Sala est le seul auteur du temps qui s’explique à ce sujet d’une manière positive. Comme cet objet a longtemps exercé la curiosité des érudits, je crois devoir transcrire en entier son récit, dont les circonstances ne sont pas indifférentes, parce qu’elles servent à fixer le degré de confiance qu’on peut avoir dans le rapport de l’historien.
Après que le roy Charles VII fut mis si bas, (dit-il), qu’il n’avoit plus où se retirer, sinon à Bourges, et en quelque chasteau à l’environ, Notre Seigneur luy envoya une simple Pucelle, par le conseil de laquelle il fut remis en son entier et demoura seul roy paisible. Et, pour ce que, par adventure, il seroit malaisé à entendre à aulcunes gens que ce roy adjousta foy aux paroles d’icelles, saichez qu’elle luy feit ung tel messaige de par Dieu, où elle luy declaira ung secret enclos dedens le cueur du roy, de telle sorte qu’il ne l’avoit de sa vie à nulle créature révélé, fors à Dieu, en son oraison. Et pour ce que, quant il ouyt les nouvelles qu’icelle Pucelle luy dist à part, qui ne povoient estre par elle sceues, sinon d’une inspiration divine, alors il mit toute sa conduite et sa ressource entre ses mains. […] J’ay appris ce que je dis par ce moien. Il fut vray qu’environ l’an 1480, j’estois de la chambre du gentil roy Charles VIII, que l’on peult bien appeler 383Hardy ; car bien le monstra à Fornoue, en revenant de la conqueste de son royaulme de Naples, quant, seulement accompaigné de sept mille Françoys, il deffit soixante mille Lombards, dont les ungs furent tuez et les autres fouirent. Le gentil roy espousa madame Anne, duchesse de Bretaigne, et en eust ung beau filz, qui fut daulphin de Viennois, nommé Charles Rolland (autres disent Orland), nez dedens le Plessis-les-Tours. Là mesme fut nourry par le commandement du roy, sous le gouvernement de très noble ancien chevalier, son chambellan, nommé messire Guillaulme Gouffier, seigneur de Boisi, qui fut par luy choisi entre tous les seigneurs du royaulme, pour ung … et loyal preudhomme. A ceste cause il luy voulut mectre son filz entre les mains, comme à celuy en qui moult se fioit. Avec ce noble chevalier furent mis le seigneur de la Selle-Goyenaut, deux maistres d’hostel, ung médecin, et moy, qui fus son pannetier ; et n’y en eust plus à ce commencement d’estat, fors les dames, et vingt quatre archiers pour sa garde. Par leans je suivois ce bon chevalier : monsieur de Boisi, quant il s’esbatoit parmy le parc, et tant l’aimois pour ses grans vertus, que je ne me pouvois de luy partir. Car de sa bouche ne sortoit que biaulx exemples, où je apprenois moult. Il avoit esté en Jherusalem 384et à Saincte Catherine du mont Sinay (Sinaï), dont il me contoit plusieurs merveilles ; et aussi je luy contois du voyage que j’avois faict en Barbarie, où j’avois veu des choses estranges. Celluy me conta, entre aultres choses, le secret qui avoit este entre le roy (Charles VII) et la Pucelle : et bien le povoit savoir ; car il avoit esté en sa jeunesse très aimé de ce roy, tant qu’il ne voulut oncques souffrir coucher nul gentilhomme en son lict, fors luy. En cette grant privaulté que je vous dis, luy conta le roy les paroles que la Pucelle luy avoit dictes, telles que vous les verrez cy après. Il fut vray que du temps de la grande adversité de ce bon roy Charles VII, il se trouva si bas, qu’il ne savoit plus que faire, et ne faisoit que penser au remède de sa vie. Car, comme je vous ay dict, il estoit entre ses ennemis encloz de tous costez. Le roy en ceste extresme pensée, entre ung matin en son oratoire1027 tout seul ; et là il feit une prière à Notre Seigneur, dedens son cueur, sans prononciacion de paroles, où il luy requeroit dévotement, que si ainsi estoit qu’il fust vray hoir descendu de la noble maison de 385France, et que justement le royaulme luy deust appartenir, qu’il luy pleust le luy garder et deffendre, ou, au pis, luy donner grâce d’eschapper, sans mort ou prison, et qu’il se peust saulver en Espaigne ou en Escosse, qui estoient de toute ancienneté frères d’armes, amys et alliez des roys de France ; et, pour ce, avoit il là choisi son refuge. Or, c’est cette prière que Jeanne d’Arc rapporta au roi pour lui prouver la réalité de sa mission divine1028.
On conçoit maintenant pourquoi Charles VII et Jeanne d’Arc mettaient l’un et l’autre tant d’importance à ne laisser connaître à personne le secret qui avait été entre eux. Le doute exprimé par ce prince, dans la prière que je viens de rapporter, sur la légitimité de sa naissance, pouvait singulièrement lui nuire, et fournir contre lui des armes terribles à ses implacables ennemis.
Les paroles de Jeanne d’Arc, rapportées plus 386haut :
Je te dis de la part de Messire que tu es vray héritier de France et filz du roy,
avaient un rapport si marqué avec les scrupules secrets de Charles, et avec la prière mentale qu’il avait adressée à Dieu quelque temps auparavant, qu’il ne serait pas surprenant que ce prince en eût été assez frappé pour croire à la mission de Jeanne, quand bien même elle ne se fût pas expliquée d’une manière plus détaillée et plus positive.
Le roi ayant cessé de s’entretenir à part avec la Pucelle, se rapprocha des assistants, et leur dit que cette jeune fille venait de lui dire certaines choses secrètes, que nul ne savait ni ne pouvait savoir, Dieu seul excepté ; et que pour cette raison il avait pris grande confiance en elle1029.
Selon quelques chroniques, ce qui ajouta singulièrement à l’opinion favorable qu’on commençait à prendre des promesses de la jeune prophétesse, ce fut de trouver :
qu’elle avoit sceu veritablement le jour et l’heure de la Journée des Harengs, ainsi qu’il fut trouvé par les lectres de Baudricourt, qui avoit escript l’heure qu’elle luy avoit dit, elle estant encore à Vaucouleurs1030.
Cependant quelques scrupules pouvaient rester 387encore au prince et à ses ministres, attendu les opinions alors répandues ; car ces deux faits, et la prédiction presque aussitôt justifiée relative à l’homme d’armes qui avait renié Dieu en la présence de Jeanne d’Arc, semblaient, à la vérité, prouver que cette jeune fille pouvait deviner les choses secrètes, et prévoir celles qui n’étaient pas encore ; mais rien ne faisait connaître s’il fallait attribuer sa pénétration et sa prescience à l’esprit de Dieu ou au prince des ténèbres. Cette considération détermina le roi à la soumettre à de nouveaux examens1031, et à prendre là-dessus les avis des docteurs les plus célèbres.
En attendant, il jugea à propos de remettre Jeanne à Guillaume Bellier1032, alors maître de sa maison, lieutenant du capitaine ou gouverneur de Chinon (Jean, seigneur de Gaucourt), et qui fut depuis bailli de Troyes1033 :
duquel Bellier 388l’épouse était femme de grande dévotion, et de très-louable renommée1034.
La nouvelle d’un événement aussi singulier, et accompagné de circonstances si extraordinaires, ne tarda pas à se répandre. Jean, duc d’Alençon, en fut des premiers informé. Ce prince, pris par les Anglais à la bataille de Verneuil, venait de voir enfin briser ses fers au moyen d’une énorme rançon, pour la sûreté de laquelle il avait donné des otages. Il s’amusait à chasser aux cailles, près de Saint-Florent, quand un de ses baillis accourut, et lui annonça qu’une certaine Pucelle venait d’arriver auprès du roi, qui assurait lui être envoyée de la part de Dieu pour mettre en fuite les Anglais, et leur faire lever le siège d’Orléans. Le duc se rendit à Chinon le lendemain, fort curieux de voir la jeune inspirée. En entrant chez le roi, il la trouva s’entretenant avec lui des objets de sa mission. Comme il s’avançait, Jeanne demanda au roi quel était ce seigneur.
— C’est le duc d’Alençon, répondit le roi.
— Vous soyez le très bien venu, dit alors la Pucelle en s’adressant 389au duc ; plus il y aura de princes du sang royal de France, et mieux sera1035.
Ce duc d’Alençon était le fils de Jean surnommé le Sage, premier duc d’Alençon, qui commandait l’avant-garde, en 1415, à la bataille d’Azincourt ; qui abattit d’un coup d’épée la couronne que Henri V portait sur son casque, et que ce monarque étendit mort à ses pieds1036. Celui dont il s’agit ici se montra longtemps, à l’exemple de son père, le sujet le plus dévoué et le plus fidèle de son prince légitime. En 1426, les ducs de Bedford et de Bourgogne ayant eu une conférence à Doullens, résolurent d’aller, avant de se séparer, jusqu’au château du Crotoy, où le duc d’Alençon était retenu prisonnier. Le duc de Bedford lui proposa de le délivrer, et de lui restituer toutes ses terres, s’il voulait faire serment au roi d’Angleterre, et jurer la paix de Troyes, ajoutant :
qu’ung refus le feroit demourer en très grant dangier tous les jours de sa vie.
Le duc d’Alençon répondit
qu’il estoit ferme en son propos de non en toute sa vie faire serment contre son souverain et droicturier seigneur, Charles, roy de France1037.
Pourquoi faut-il qu’un si 390beau caractère ne se soit pas toujours soutenu à la même hauteur !
Le lendemain de son arrivée à Chinon, le duc se trouvant à la messe du roi, la Pucelle y vint, et, en apercevant le monarque, s’inclina profondément1038. La messe achevée, le roi la conduisit dans une chambre particulière ; il ordonna aux seigneurs de sa suite de se retirer, et ne retint auprès de lui que le duc d’Alençon et le seigneur de La Trémoille. Jeanne adressa alors au roi plusieurs demandes, entre autres,
qu’il offrît son royaume au roi des cieux, et que le roi des cieux, après ladite donation, lui ferait comme il avait fait à ses prédécesseurs, et le remettrait en son premier état.
Elle dit encore beaucoup de choses dont le témoin dont j’emprunte ces détails avait perdu le souvenir, et elle s’entretint avec le monarque jusqu’à l’heure du dîner1039.
À l’issue de son repas, le roi alla se promener dans les prairies voisines du château de Chinon. Jeanne y vint à cheval, et courut la lance avec tant d’adresse et de bonne grâce, que le duc d’Alençon, après l’avoir longtemps contemplée dans cet exercice, lui fit présent d’un beau cheval1040.
391Chaque jour augmentait l’étonnement et l’admiration qu’elle excitait.
C’estoit chose merveilleuse comme elle se comportoit et conduisoit en son faict, avec ce qu’elle disoit et rapportoit luy estre enchargé de la part de Dieu, et comme elle parloit grandement et notablement, veu qu’en aultres choses elle estoit la plus simple bergère qu’on veit oncques1041.
Villars et Jamet du Tillay retournèrent à Orléans, pleins de l’enthousiasme que la jeune prophétesse commençait déjà à inspirer. Dunois fit assembler
tout le peuple d’Orléans, qui désirait beaucoup savoir la vérité de la venue de ladite Pucelle,
pour qu’ils eussent à rapporter publiquement ce qu’ils avaient vu. Ils prirent la parole devant cette nombreuse assemblée, et racontèrent
qu’ils avaient vu ladite Pucelle arriver auprès du roi en la ville de Chinon ; que ledit roi, de prime face, n’avait pas voulu la recevoir, si bien que ladite Pucelle avait été l’espace de deux jours avant qu’on lui permît de venir en la présence dudit roi, malgré que ladite Pucelle persévérât à dire qu’elle venait pour faire lever le siège d’Orléans, et conduire ledit noble dauphin à Reims pour y être sacré, 392requérant instamment pour cela compagnie d’hommes, de chevaux, et d’armes1042.
Cependant les examens continuaient à Chinon. Le duc d’Alençon fut présent à l’un d’eux, où elle fut interrogée par l’évêque de Castres (Christophe de Harcourt), confesseur du Roi, par l’évêque de Poitiers (Guillaume Charpentier), par l’évêque de Senlis (Nicolas Le Grand), par l’évêque de Montpellier, par maître Pierre de Versailles (qui fut depuis évêque de Meaux), par maître Jean Morin (qui avait assisté au concile de Constance), et par plusieurs autres dont le duc ne se rappelait pas les noms. En général il ne lui était resté qu’un souvenir confus de cet interrogatoire. Entre autres choses, il croyait, mais sans pouvoir l’assurer, que Jeanne avait répondu aux prélats, qu’elle venait de la part du roi des cieux, et que des voix célestes lui révélaient habituellement ce qu’elle avait à faire pour exécuter les ordres qu’elle avait reçus de Dieu1043. Jeanne, dînant quelque temps après avec ce prince, et lui rappelant ces examens, lui dit
qu’elle avait été interrogée longtemps et sur beaucoup de choses, mais qu’elle en savait et 393pouvait davantage qu’elle n’en avait dit aux commissaires1044.
Enfin, pour ne rien négliger de ce qui pouvait éclairer la conscience du monarque dans une circonstance de cette nature, il fut résolu que Jeanne serait conduite à Poitiers1045, où le parlement français avait été transféré, et où le concours d’un grand nombre de docteurs (l’université de cette ville répandait dès lors un certain éclat et rivalisait avec celle de Paris) semblait promettre de plus grandes lumières. Le roi voulut même s’y rendre en personne1046, afin sans doute de connaître mieux et plus promptement le résultat des nouveaux examens qu’on se proposait de faire subir à cette jeune fille. On assure que chemin faisant, elle dit à ceux qui la conduisaient :
— En mon Dieu, je sçay bien que j’auray beaucoup à faire à Poictiers, où on me meine ; mais messires m’aydera. Or, allons, de par Dieu ! car c’estoit sa manière de parler1047.
Les dépositions contenues au procès ne rapportent point ce discours.
394Arrivée à Poitiers, Jeanne fut logée chez maître Jean Rabatiau ou Rabateau, avocat du roi au parlement1048.
Messire Jean d’Aulon, chevalier, qui avait été attiré à Poitiers par le désir de voir la Pucelle, et qui jouissait de l’estime et de la considération du monarque, rapporte que peu de jours après son arrivée dans cette ville,
icelluy seigneur (le roi) envoya quérir aucuns des gens de son conseil, entre lesquelz estoit ledit déposant lors, ausquelz il dist que ladite Pucelle luy avoit dit qu’elle estoit envoyée de par Dieu pour luy aidier à recouvrer son royaulme, qui, pour lors, pour la plus grant partie, estoit occupé par les Angloys, ses ennemis anciens.
Il ordonna ensuite aux conseillers présents de faire venir
certains maistres en théologie, juristes et autres gens experts, pour les investir en son nom de la commission d’interroger cette fille, sur aucuns points touchans la foy1049.
En conséquence, le conseil du roi assemblé dans la maison d’une femme nommée La Macée, et présidé par l’archevêque de Reims (Regnaut ou Renaut de Chartres), alors chancelier de France, manda devant lui frère Séguin, docteur de la faculté de théologie de l’université de Poitiers ; 395maître Jean Lombart ou Lambert, professeur de théologie en l’université de Paris ; Guillaume le Marié, chanoine de Poitiers, bachelier en théologie ; Guillaume Aymeri ou Aymeric, professeur de théologie, de l’ordre des frères prêcheurs ; frère Pierre Turelure, maître Jacques Maledon1050 ; Pierre de Versailles, alors abbé de Tallemont, et depuis évêque de Meaux ; Mathieu Mesnage, bachelier en théologie, et plusieurs autres1051, dont les témoins dont j’emprunte ce détail avaient oublié les noms. Eux introduits, le conseil du roi leur déclara (sans doute par la bouche de l’archevêque de Reims, chancelier) qu’ils avaient été mandés de la part du roi, pour recevoir la commission d’interroger la jeune prophétesse, et leur enjoignit de rapporter au conseil leur opinion sur la doctrine et les promesses de cette fille1052, ainsi que sur la question de savoir si le roi pouvait ou non ajouter foi à ses paroles1053, et accepter licitement ses services1054. On leur ordonna, en conséquence, de se rendre chez maître Jean Rabateau, 396dans la demeure duquel elle était logée, pour l’examiner diligemment1055.
Les docteurs obéirent, et, arrivés dans la maison qu’elle habitait, entrèrent dans la salle où elle se trouvait alors. Jeanne d’Arc, après qu’ils se furent placés,
s’alla seoir au bout de banc, et demanda ce qu’ils vouloient. Lors luy fut dit par la bouche de l’un d’eulx, qu’ilz venoient devers elle, pour ce que on disoit qu’elle avoit dit au roy, que Dieu l’envoyoit vers luy ; et monstrerent par belles et doulces raisons qu’on ne la debvoit pas croire : ilz y furent plus de deux heures, ou chacun d’eulx parla sa foys ; et elle leur fist des responses dont ilz furent grandement esbahiz1056.
Entre autres questions, maître Lombart lui demanda pourquoi elle était venue, et que le roi voulait savoir exactement (bene scire) ce qui l’avait mue à venir vers lui. Elle répondit avec dignité (magno modo) que, gardant un jour un troupeau dans la campagne, une voix lui était apparue, qui lui avait dit que Dieu avait grande pitié du peuple de France, et qu’il fallait qu’elle vînt en France. Que, ces paroles entendues, elle s’était mise à pleurer ; et qu’alors la voix lui avait dit qu’elle allât à 397Vaucouleurs, et qu’elle y trouverait un capitaine qui la conduirait sans danger (secure) en France et chez le roi ; qu’elle ne craignît point, qu’elle accomplirait ce voyage, et qu’elle parviendrait sans empêchement jusqu’au roi1057.
Maître Guillaume Aymeri lui adressa alors l’objection suivante, qui aurait pu embarrasser une personne plus instruite même et plus habile :
— Tu dis que la voix t’a dit que Dieu veut délivrer le peuple de France de la calamité où il est : or, s’il veut en effet le délivrer, il n’est pas besoin des gens d’armes.
Jeanne répondit aussitôt, et sans se déconcerter :
— En mon Dieu, les gens d’armes batailleront, et Dieu donnera la victoire.
Réponse dont maître Aymeri déclara qu’il était content1058.
Frère Séguin, bien aigre homme, s’il faut s’en rapporter à une chronique du temps1059, et qui, né dans la province du Limousin, parlait un français corrompu, lui demanda quel idiome parlait la voix dont elle était assistée :
— Meilleur que le vôtre, répondit-elle avec vivacité1060.
— Croyez-vous en Dieu ? lui dit-il.
— Mieux que vous, répliqua-t-elle1061.
398— Dieu ne veut point, reprit frère Seguin, qu’on croie à vos paroles, à moins que vous ne fassiez voir un signe par lequel il demeure évident qu’il vous faut croire. Nous ne conseillerons donc point au roi, sur votre simple assertion, de vous confier des gens d’armes pour que vous les mettiez en péril, si vous ne nous dites pas autre chose1062.
Il paraît qu’on insista beaucoup sur ce point, et qu’on se montrait résolu à ne rien croire, à moins d’un miracle opéré sur-le-champ1063. Jeanne triompha encore de cette difficulté avec une présence d’esprit qu’on ne peut s’empêcher d’admirer.
— En nom Dieu, — dit-elle avec dignité, — je ne suys pas venue à Poictiers pour faire signes (miracles) : mais conduisez moi à Orléans : je vous y montrerai des signes pourquoi je suis envoyée.
Selon d’autres, elle s’exprima en termes encore plus positifs :
— Le signe qui m’a été donné, dit-elle, pour montrer que je suis envoyée de Dieu, c’est de faire lever le siège d’Orléans1064. Qu’on me donne des gens d’armes, ajouta-t-elle, en telle et si petite quantité qu’on voudra, et j’irai1065.
399Elle fit alors aux assistants quatre prédictions qui se sont toutes réalisées.
- La première : Que les Anglais seraient détruits, qu’ils lèveraient le siège qu’ils avaient mis devant Orléans, et que cette ville serait délivrée desdits Anglais : toutefois elle les sommerait d’abord de se retirer.
- La seconde : Que le roi serait sacré à Reims.
- La troisième : Que la ville de Paris serait rendue à l’obéissance du roi.
- La quatrième : Que le duc d’Orléans reviendrait d’Angleterre1066.
Les commissaires s’enquirent de la manière de vivre et des habitudes de cette jeune fille1067. On plaça même auprès d’elle des femmes qui rapportaient exactement ses moindres actions et ses paroles les plus indifférentes1068. On trouva que c’était une bonne chrétienne, qui vivait catholiquement, et qui ne demeurait jamais oisive1069.
L’épouse de maître Jean Rabateau, chez qui elle était logée, rapportait que chaque jour, aussitôt après le dîner, elle se mettait à genoux, et passait ainsi une partie du jour, et même de la nuit. Elle se retirait très-souvent dans une petite chapelle 400dépendante de la maison, et y demeurait un temps considérable en prières1070.
Le lendemain y allèrent de nouveau plusieurs notables personnes, tant de présidens et conseillers au parlement, que aultres de divers estats : et avant qu’ilz y allassent, ce qu’elle disoit leur sembloit impossible à faire, disans que ce n’estoit que resveries et fantaisies : mais il n’y eut celluy, quant il en retournoit, et l’avoit ouye, qui ne dist après que c’estoit une créature de Dieu : aulcuns mesmes, en retournans, plouroient à chauldes larmes. Semblablement y furent dames, damoiselles et bourgeoises, qui luy parlèrent ; et elle leur répondit si doulcement et gracieusement, qu’elle les faisoit plorer. Entre aultres choses, ilz lui demandèrent pourquoy elle ne prenoit pas ung habit de femme ? Et elle leur répondit :
— Je crois bien qu’il vous semble estrange, et non sans cause ; mais il faut, pour ce que je me doys armer, et servir le gentil daulphin en armes, que je prenne les habillemens propices et nécessaires à cela ; et aussi quant je serois entre les hommes, estant en habit d’homme, ilz n’aront pas concupiscence charnelle de moy, et me semble qu’en cest estat, je conserveray 401mieulx ma virginité de pensée et de faict1071.
Quelques personnes lui ayant demandé pourquoi elle appelait le roi dauphin, et non pas roi.
— Je ne le nommerai roi, répondit-elle, que lorsqu’il aura été sacré et couronné à Reims, où je prétends le conduire1072.
Soumise aux préjugés de son siècle, Jeanne croyait-elle que la cérémonie du sacre conférait seule la royauté ; ou cherchait-elle à faire entendre à Charles VII, pour exciter son courage, qu’il ne serait vraiment roi que lorsqu’il aurait chassé ses ennemis de son royaume ? Cet artifice aurait eu quelque rapport avec celui qu’on attribue à la belle Agnès ; et Jeanne a donné tant de preuves de pénétration et de finesse ; elle a montré un génie si fort au-dessus de son état, de son sexe et de son âge, que cette dernière supposition, si l’on y réfléchit bien, ne paraîtra pas sans quelque vraisemblance.
Non-seulement les commissaires nommés par le roi purent renouveler leurs examens autant de 402fois qu’il leur parut nécessaire1073 ; mais il leur fut permis d’aller la visiter en particulier quand ils le jugèrent à propos. Il paraît qu’un officier du roi les accompagnait alors, et les introduisait auprès de la jeune inspirée. Robert Thibault, écuyer de l’écuyerie du roi, rapporte qu’il y mena une fois, par ordre de l’évêque de Castres, confesseur du roi, maître Pierre de Versailles et maître Jean Érault, professeurs de théologie. Comme ils entraient dans la maison où Jeanne était logée, elle vint au-devant d’eux, et dit à Thibault, en lui frappant légèrement sur l’épaule :
— Je voudrais bien avoir plusieurs hommes d’aussi bonne volonté que vous.
Maître Pierre de Versailles, prenant alors la parole, l’informa qu’ils étaient envoyés vers elle de la part du roi.
— Oui, répondit-elle, je vois bien que vous êtes envoyés pour m’interroger.
Et comme ils recommençaient leur éternelle question, pourquoi elle venait et par qui elle était envoyée
:
— Écoutez, leur dit-elle, je ne sais ni A ni B ; je viens de la part du roi des cieux pour faire lever le siège d’Orléans, et pour mener le roi à Reims pour son couronnement et son sacre1074 : mais il faut auparavant que 403j’écrive aux Anglais, et que je les somme de partir ; car c’est la volonté de Dieu1075. Avez-vous, ajouta-t-elle, du papier et de l’encre ?
Et comme ils répondaient affirmativement :
— Écrivez, dit-elle à maître Jean Érault, ce que je vous dicterai.
Il se mit en devoir d’obéir, et elle lui dicta les paroles suivantes :
Vous Suffort (Suffolk), Classidas (Glasdale) et la Poule (Pole), je vous somme de par le roy des cieulx, que vous vous en allez en Angleterre…
On ne dit pas si elle en dicta davantage. La personne de qui l’on tient ces particularités ne se rappelait pas que les deux examinateurs ci-dessus dénommés
eussent fait autre chose pour cette fois1076.
Quand les docteurs commis par le roi pour l’interroger lui faisaient de savantes citations, et appelaient à leur secours tous les auteurs sacrés pour prouver qu’on ne la devait pas croire, Jeanne les écoutait paisiblement, et se contentait de répondre, lorsqu’ils avaient fini :
— Il y a ès livres de messire plus que ès vostres1077.
Elle n’était pas contente, au reste, de voir se multiplier inutilement ces interrogatoires, et de 404ce qu’on l’empêchait par-là d’accomplir les choses pour lesquelles elle se croyait envoyée, et elle répétait souvent
qu’il était temps et besoin d’agir1078.
Jean de Metz, Bertrand de Poulengy et Jean Coulon1079, qui avaient amené Jeanne de Vaucouleurs à Chinon, l’avaient accompagnée à Poitiers, et racontaient à qui voulait les entendre les circonstances de leur voyage. Ils s’émerveillaient d’avoir pu traverser sans aucun empêchement tant de pays occupés par les ennemis du roi1080, et leur étonnement passait aisément dans l’esprit de la multitude. L’évêque de Castres ajoutait à l’enthousiasme, en disant qu’il croyait que cette fille était envoyée de Dieu, et que c’était celle dont parlait la prophétie1081.
La conduite, le langage de Jeanne, les réponses pleines de prudence qu’elle faisait aux questions de ceux qui l’interrogeaient ; réponses telles qu’un bon clerc n’aurait su rien dire de mieux, et que 405les examinateurs en étaient émerveillés1082 ; tout rendait la jeune vierge de Domrémy l’objet du respect et de l’admiration générale.
C’est probablement à cette époque que les personnes envoyées pour s’enquérir des mœurs et de la réputation de Jeanne dans son pays natal revinrent de leur mission, et en firent connaître le résultat1083. Il paraît que, pour tromper la vigilance des ennemis du roi qui auraient pu mettre obstacle à cette information, on en avait chargé quelques frères mineurs, qui, protégés par leur habit, purent, en agissant avec prudence, se rendre dans le pays et s’enquérir de ce qui était relatif à Jeanne d’Arc, sans attirer sur eux l’attention des partisans du roi anglais1084. Quoique leur rapport ne soit pas venu jusqu’à nous, tout nous donne à penser qu’il fut très-avantageux à la jeune prophétesse1085.
La décision des examinateurs de Poitiers, quoique nous n’en ayons pas le procès-verbal, non plus que celui des interrogatoires qu’ils avaient fait subir à Jeanne d’Arc, nous est du moins connue par plusieurs dépositions, entre autres 406par celle de l’un des examinateurs même1086, et par celle du chevalier d’Aulon, qui était présent au conseil du roi,
quant iceulx maistres firent leur rapport de ce que avoient trouvé de ladite Pucelle. Par lequel fut par l’un d’eulx dit publiquement qu’ilz ne véoient, sçavoient, ne congnoissoient, en icelle Pucelle, aucune chose fors seulement ce qui peut estre en une bonne xhrestpienne et vraye catholique, et que pour telle la tenoient ; et estoit leur advis que estoit une très bonne personne1087.
Ils ne trouvaient en elle, ni en ses paroles, rien de mal1088 ni de contraire à la foi catholique1089. Ils ne voyaient rien que de bon dans son fait1090 ; et, attendu son état, ses réponses1091, si prudentes quelles leur semblaient inspirées1092 ; ses manières, sa simplicité, sa conversation1093, sa sainte vie1094 et 407sa louable réputation1095 ; attendu aussi le péril imminent et le besoin d’être immédiatement secourue où se trouvait la ville d’Orléans1096, ainsi que la nécessité pressante où étaient le roi et le royaume1097, dont les habitants soumis à l’obéissance du roi étaient réduits au désespoir, et n’attendaient aucun secours que de Dieu1098 ; ils étaient d’avis que le roi pouvait accepter les services de cette jeune fille1099, et l’envoyer au secours d’Orléans1100. Plusieurs même allaient plus loin, et déclaraient hautement qu’ils étaient persuadés qu’elle était envoyée de Dieu1101.
On ne s’en tint pas à ces examens, — dit Lenglet Du Fresnoy dans son Histoire de Jeanne d’Arc, ouvrage informe, inexact et mal écrit, mais qui renferme quelques recherches précieuses qui paraissent appartenir en propre à l’auteur. — On craignait avec raison qu’il ne se glissât quelque surprise. On consulta plusieurs personnes, 408et surtout des prélats connus par leur expérience dans le gouvernement, et il y en avait alors beaucoup en France. J’ai trouvé dans l’immense et riche bibliothèque de Sa Majesté la réponse de l’un de ceux qui furent consultés, et que M. l’abbé Sallier m’a généreusement communiquée. C’est celle de Jacques Gelu, qui de l’archevêché de Tours était passé en 1427 à celui d’Embrun, où il mourut en 1432 (la même année que la Pucelle). On lui avait fait cinq questions. La première, s’il convient à la Majesté divine de se mêler des actions d’un simple particulier, ou même de la conduite d’un royaume : mais ceux qui faisaient cette question ignoraient apparemment cette belle parole de l’Écriture Sainte : C’est moi, dit la Sagesse éternelle, qui fais régner les rois ; c’est moi qui inspire aux législateurs leurs plus sages lois, per me reges regnant et legum conditores justa decernunt. À quoi le prélat répond, que Dieu étant le créateur et le conservateur de chaque être, il les aime et les conduit tous avec la même affection. La seconde, s’il ne convient point à Dieu de se servir plutôt des anges que des hommes pour opérer ses merveilles. Sa réponse fut que souvent il était plus convenable à la Divinité de se servir de ses anges, vrais ministres de ses volontés, que des hommes ; cependant, que presque toujours 409elle avait employé des hommes pour faire les plus grands miracles : c’est de quoi Moïse, c’est de quoi Samuel, Élie, et son successeur Élizée, furent chargés de sa part. Dieu emploie même des êtres moins nobles que les hommes, comme il fit du corbeau qui nourrit Élie, et d’un autre qui eut soin dans le désert de saint Antoine et de saint Paul ermites. Une troisième question fut s’il convenait à la Providence de confier à des filles ce qui, dans la règle, doit être exécuté par des hommes. Il répondit qu’à la vérité, pour ne pas confondre la dignité et la différence des sexes, il était défendu dans le Deutéronome de changer les habits de son sexe ; cependant, que Dieu avait révélé à des vierges des secrets qu’il avait cachés à des hommes. Sur quoi il apporte l’exemple de la Sainte-Vierge, qui d’abord eut seule connaissance du mystère de l’Incarnation ; et, selon la créance de son temps, il emploie l’exemple des sibylles, qui apprirent aux hommes beaucoup de choses mystérieuses que la Divinité leur avait confiées. En conséquence, il croit qu’une fille peut conduire des troupes, Deus potuit ordinare quod puella armatis viris præesset ; ce sont ses paroles. Et comme il y avait alors des gens scrupuleux, mais beaucoup plus ignorants qu’aujourd’hui, qui craignaient quelques tromperies de la part de l’esprit des ténèbres, ennemi du 410genre humain, cela servit à former une quatrième question, pour savoir si ce ne serait pas quelque artifice du démon. Il avoue qu’il y a des moyens de le connaître, non à la vérité par les sens extérieurs, mais par la conduite de la personne, par les effets, et par le bien qui en reviendra. Enfin, une cinquième question lui fut proposée : s’il n’était pas convenable d’employer à cet égard les règles de la prudence humaine. Il convient de la sagesse de ce moyen, et assure qu’il faut éprouver les esprits, probandus est spiritus ; que la prudence étant un don de Dieu, elle peut et doit être employée dans les choses qui se font par l’ordre et la disposition de la Providence1102.
Jacques Gelu marque, à la page 4 du manuscrit, qu’il fit ce traité en l’année 1429 ; mais sa mémoire a pu d’autant plus aisément le tromper, qu’on était alors dans le dernier mois de l’année 1428, vieux style.
Tout cela ne suffit pas encore à Charles. Avant de se résoudre définitivement à employer Jeanne d’Arc, il crut devoir la soumettre aune nouvelle épreuve, et s’assurer si la pureté de ses mœurs avait toujours répondu aux apparences. Le motif 411de cette résolution a besoin d’être expliqué, car aucune déposition ne l’indique, et la plupart des auteurs modernes ont mieux aimé tourner en ridicule l’examen dont il va être question, que de se donner la peine de rechercher la véritable raison qui avait porté le roi à l’ordonner. On vient de voir par l’analyse du traité de Jacques Gelu, qu’on avait d’abord été en balance, à la cour de Charles, sur la question de savoir s’il fallait attribuer à Dieu ou à l’ennemi des hommes les divinations de la Pucelle. Dans le second cas, Jeanne devait être considérée comme une sorte de sorcière. Or, dans l’opinion du temps, le démon ne pouvait contracter un pacte avec une vierge ; en d’autres termes, le sacrifice de la virginité était la première offrande qu’une fille, qui se vouait à la magie, faisait à l’esprit des ténèbres1103. Si donc Jeanne était trouvée vierge, tout soupçon de magie et de sortilège s’évanouissait aussitôt ; aucun scrupule ne devait plus empêcher le roi de l’employer.
Il paraît que le roi, voulant charger sa belle-mère, la reine de Sicile (Yolande d’Aragon, veuve de Louis II, roi titulaire d’Aragon et de Naples), de présider à la nouvelle épreuve qu’il voulait faire subir à Jeanne d’Arc, envoya le duc d’Alençon à cette princesse pour la prier d’accepter 412cette commission difficile et délicate1104. Si l’on s’en rapporte à frère Jean Pasquerel, qui n’en parlait que par ouï-dire, cet examen aurait eu non-seulement pour objet de vérifier la virginité de Jeanne, mais même de s’assurer à quel sexe elle appartenait, et il aurait été répété deux fois1105, apparemment par des personnes différentes. Voici la manière dont Jean d’Aulon raconte cette particularité :
Dit aussi que ledit rapport fait par lesdits maistres (sur les questions touchant la foi), fut depuis icelle Pucelle baillée à la royne de Cecille (Sicile), mère de la royne nostre souveraine dame, et à certaines dames estans avecques elles (les dames de Gaucourt et de Trèves, selon Jean Pasquerel) : par lesquelles icelle Pucelle fut veue, visitée, et secretement regardée et examinée es secretes parties de son corps : mais après ce qu’ilz (elles) eurent veu et regardé tout ce qui faisait à regarder en ce cas, ladicte dame dist et relata au roy qu’elle et sesdites dames trouvoient certainement que c’estoit une vraye et entière pucelle, en laquelle n’apparoissoit aucune corruption ou violence. Dit qu’il estoit présent quand ladite dame fit son dit rapport. Dit oultre, que après ces choses ouyes, le 413roy considérant la grant bonté qui estoit en icelle Pucelle, et qu’elle luy avoit dit que de par Dieu luy estoit envoyée, fut par ledit seigneur conclu en son conseil que d’illec en avant il s’aideroit d’elle ou (au) fait de ses guerres, attendu que pour ce faire luy estoit envoyée. Dit que adonc fut délibéré qu’elle seroit envoyée dedans la cité d’Orléans, laquelle estoit adonc assiégée par lesdits ennemis1106.
Il paraît qu’on voulait d’abord se borner à tâcher de faire entrer dans cette ville un convoi de munitions et de vivres, dont elle éprouvait le plus grand besoin ; du succès de cette première entreprise devait dépendre la confiance qu’on mettrait par la suite dans les promesses de la Pucelle. On ne peut nier qu’il n’y eût beaucoup de prudence dans cette détermination.
Tant que ladite Jehanne fut à Poictiers, (dit une chronique déjà citée), plusieurs gens de bien alloient tous les jours la visiter, et tousjours disoit de bonnes paroles. Entre les autres, y eut ung bien notable homme, maistre des requestes de l’hostel du roy, qui luy dit :
— Jehanne, on veut que vous essayiez à mectre les vivres dans Orléans : mais il me semble que ce sera forte chose, veues les bastilles qui sont 414devant, et que les Angloys sont forts et puissans.
— En mon Dieu, dit-elle, nous les mectrons dedans Orléans à nostre aise, et si il n’y aura Angloys qui saille (sorte) ne qui fasse semblant de l’empescher1107.
(Vers le 17 mars 1429) On retourna à Chinon aussitôt que le résultat des examens de Poitiers eût décidé le roi à employer la Pucelle. Trois semaines s’étaient écoulées, au grand regret de Jeanne, pendant ces diverses épreuves, et depuis son arrivée à la cour1108. Le chroniqueur bourguignon rapporte lui-même qu’on fut bien loin, à la cour du roi Charles, de croire légèrement à ses promesses. Toujours assez confusément informé de ce qui se passait dans le parti français, il exagère même beaucoup la durée des incertitudes du roi, parce qu’il y comprend tout le temps qui s’écoula entre l’arrivée de Jeanne à Chinon et son départ pour Orléans.
Si fut environ deux moys, — dit-il, — en l’hostel du roy dessusdit […] durant lequel temps le roy et son conseil ne adjoustoient point grant foy à elle ne à chose que elle sceust dire ; et la tenoit on comme une folle desvoyée de 415sa santé1109.
Edmond Richer assure, je ne sais sur quel fondement,
que le parlement n’estoit d’advis qu’on s’arrestat à ce qu’elle disoit, estimant n’estre que pure folie, et que Regnaut de Chartres, archevêque de Reims, et chancelier de France, lui estoit aussi bien contraire1110.
Il paraît qu’à son arrivée à Chinon, Jeanne d’Arc eut la joie d’y trouver sa mère, qui, entraînée par sa tendresse, avait bravé tous les dangers d’un long voyage pour venir la rejoindre. C’est du moins ce qui résulte de la déposition de l’aumônier de la Pucelle1111, si toutefois il ne faut pas lire frater au lieu de mater en cet endroit.
Le roi envoya le duc d’Alençon à Blois pour préparer le convoi qu’on voulait introduire dans Orléans1112 ; et, après avoir mis Jeanne d’Arc sous la conduite du chevalier d’Aulon1113, que le comte de Dunois dit être le plus probe des chevaliers qu’il eût à sa cour1114, il céda à la vive impatience de cette jeune fille, et lui permit d’aller 416jusqu’à Tours, attendre que tout fut prêt pour l’expédition.
Selon un témoin, Jeanne fut logée, à Tours, chez une femme appelée La Pau1115, et, selon un autre, chez un nommé Jean du Puy, bourgeois de Tours1116. On peut concilier ces rapports, différents en apparence, en supposant que Jean du Puy était le mari de l’hôtesse désignée dans le premier.
Le duc d’Alençon, qui apparemment se trouvait à Tours au moment où Jeanne y arriva, lui fit encore présent d’un cheval, que Louis de Contes, qui avait suivi la Pucelle dans cette ville, dit avoir vu pour la première fois dans l’écurie de l’hôtellerie où elle était logée1117. Il pourrait toutefois se faire que Louis de Contes eût été trompé par cette circonstance, et que ce fût le même cheval que ce prince avait donné à la Pucelle dans les premiers jours de son arrivée à Chinon1118. Charles VII lui donna alors un état, c’est-à-dire des gens pour sa garde et pour son service, et tout l’équipage d’un général d’armée, ou, 417comme on parlait alors, d’un chef de guerre. Jean d’Aulon, chargé plus spécialement d’être à la tête de sa maison, et de veiller à la sûreté dé sa personne1119, remplit constamment auprès d’elle les fonctions d’écuyer1120. Louis de Contes, surnommé Imerguet1121 ou Imigot1122, fut désigné pour l’accompagner en qualité de page, conjointement avec un autre gentilhomme dont le nom de baptême était Raymond, mais dont le témoin de qui j’emprunte ce détail avait, à ce qu’il paraît, oublié le nom de famille1123. Le roi attacha à son service deux hérauts d’armes, dont l’un s’appelait Guyenne, et l’autre Ambleville1124. Un historien ajoute à ce nombre un maître d’hôtel et deux valets1125.
Mais la maison de la Pucelle n’aurait pas été complète si elle n’eût eu un chapelain ou aumônier ; et de tous les avantages que sa nouvelle situation pouvait lui procurer, c’était là sans doute celui auquel elle était le plus sensible. Elle prit donc avec soin des informations pour savoir sur qui elle pourrait convenablement jeter les yeux 418pour cet emploi. Un bon choix devait être à ses yeux de la plus haute importance ; aussi crut-elle ne pouvoir mieux faire que de s’en rapporter là-dessus à sa mère ou à son frère1126. Ce témoignage de déférence fraternelle ou de respect filial, dont aucun historien ne fait mention, méritait, ce me semble, de trouver sa place dans l’histoire de cette vertueuse fille.
Isabelle Romée, ou Pierre d’Arc, se trouvait alors logé, à peu de distance de Chinon, dans un lieu que le rédacteur de la déposition qui me fournit cette particularité désigne par le nom de villa Anceiensis, Aniaensis et Aniciensis ; car ce mot est écrit de ces trois manières dans les divers manuscrits que j’ai eus à ma disposition. Peut-être s’agit-il d’Azay-le-Rideau, petite ville située sur l’Indre entre Chinon et Tours, et dont le nom latin est Asiacum : il faudrait lire alors in villa Asiacensi. Un de ceux qui avaient amené Jeanne d’Arc de Vaucouleurs à Chinon (le déposant ne le nomme pas, mais je soupçonne qu’il s’agit de Colet de Vienne), était aussi dans cette ville. Tous deux y firent connaissance avec frère Jean Pasquerel, de l’ordre des Frères-Ermites de Saint-Augustin, alors lecteur du couvent de 419cet ordre établi dans la ville de Tours. Édifiés de sa piété et de sa doctrine, ils dirent à frère Pasquerel
qu’il convenait qu’il vînt avec eux trouver ladite Jeanne, et qu’ils ne le quitteraient point jusqu’à ce qu’ils l’eussent conduit auprès d’elle.
Vaincu par leurs instances, frère Pasquerel les suivit à Chinon, où ils pensaient apparemment trouver encore la Pucelle, et de là à Tours, où, comme je l’ai dit plus haut, elle s’était déjà rendue. Arrivés dans cette ville, ils trouvèrent Jeanne d’Arc dans la maison où elle était logée, et Isabelle, ou Pierre d’Arc lui dit, en lui présentant Jean Pasquerel :
— Jeanne, nous vous amenons ce bon père ; quand vous le connaîtrez bien, vous l’aimerez fort.
Jeanne répondit qu’elle en avait déjà entendu parler ; qu’elle était bien contente de l’avoir auprès d’elle, et qu’elle voulait se confesser à lui le lendemain. Le lendemain, en effet, frère Pasquerel reçut sa confession, dont il fut très-édifié, et chanta pour la première fois la messe devant elle. À partir de ce jour il ne l’a plus quittée1127. Le roi fit faire pour elle, soit à Chinon, soit à Tours, une armure complète1128 et propre à la forme de son corps.
420On a beaucoup parlé de l’épée dont Jeanne d’Arc voulut être armée. Voici comment elle raconte elle-même tout ce qui a rapport à cette arme mystérieuse.
Pendant qu’elle était à Chinon ou à Tours, elle sut, par la révélation des voix célestes qui l’assistaient, qu’il y avait une épée, marquée de cinq croix, ensevelie derrière l’autel de l’église de Sainte-Catherine de Fierbois, et qu’elle s’en devait armer. Elle écrivit en conséquence aux prêtres qui desservaient cette église,
pour qu’il leur plût qu’elle pût avoir cette épée.
Elle leur désignait exactement la place ; et, quoiqu’elle ne se rappelât plus parfaitement si c’était devant ou derrière l’autel, elle croyait que c’était derrière. Ce fut un armurier de Tours qui alla chercher cette épée, circonstance qui semble indiquer que Jeanne était alors dans cette ville. Jeanne, au reste, n’avait jamais vu cet homme. On fouilla la terre à l’endroit désigné, et on ne tarda point à découvrir l’arme demandée ; elle n’était pas ensevelie à une grande profondeur, au moins à ce que Jeanne croyait avoir entendu dire. Elle était rouillée ; mais aussitôt après qu’elle eut été tirée de la terre, les prêtres qui avaient présidé à cette recherche, la frottèrent, et la rouille s’en sépara facilement1129.
421Les ecclésiastiques de Sainte-Catherine lui firent faire un fourreau de velours vermeil1130 tout parsemé de fleurs de lis1131, et l’envoyèrent à la jeune inspirée. Les habitants de Tours, renchérissant sur eux, commandèrent une gaine de drap d’or pour cette arme sacrée. Jeanne, toujours simple et modeste, préféra se servir d’un fourreau de cuir bien fort qu’elle fit faire exprès1132.
Toujours par l’avis de ses voix, la jeune guerrière voulut avoir un étendard, et désigna la manière dont il devait être peint. Elle nous en donne elle-même la description. Sur un champ blanc, semé de fleurs de lis1133, était figuré le Sauveur des hommes1134, assis sur son tribunal dans les nuées du ciel1135
, et tenant un monde (un globe) dans ses mains1136 : à droite et à gauche étaient représentés deux anges1137 en adoration. L’un d’eux tenait une fleur de lis en ses mains, sur laquelle Dieu semblait répandre ses bénédictions1138. 422 Ces mots, Jhesus Maria, étaient écrits à côté. L’étendard était d’une toile blanche, appelée alors boucassin, et frangé de soie1139.
Pren estaindart de par le roy du ciel1140, et le porte hardiement1141,
avaient dit à la jeune inspirée sainte Catherine et sainte Marguerite1142. Le roi lui ayant fait beaucoup de questions sur cette bannière, elle lui révéla, quoiqu’à son grand regret, l’ordre qu’elle avait reçu de la bouche de ces deux saintes1143. Autant que cela lui était possible, elle portait elle-même cet étendard, et elle répondait à ceux qui lui en demandaient la raison :
— C’est parce que je ne veux pas me servir de mon épée, ni en percer (interficere) personne1144.
Elle donna depuis la même explication à ses juges1145. Aussi, quoiqu’elle aimât beaucoup son épée,
parce qu’elle avait été trouvée dans l’église de Sainte-Catherine, qu’elle aimait bien1146, elle préférait 423beaucoup, quarante fois même, son étendard à son épée1147.
On verra par la suite que, fidèle à sa résolution de ne point répandre le sang humain, Jeanne d’Arc ne se servait de son épée qu’à la dernière extrémité, et que même, lorsqu’elle se trouvait engagée dans la mêlée, elle se contentait de repousser ses adversaires à coups de lance1148, ou de les écarter avec une petite hache1149 qu’elle portait suspendue à son côté.
Jeanne, avant de se séparer du roi, lui fit une prédiction assez remarquable, et qui s’est exactement vérifiée. Elle lui dit qu’elle serait blessée à la levée du siège d’Orléans, mais qu’elle ne cesserait pas d’agir pour cela. C’étaient, dit-elle, sainte Catherine et sainte Marguerite qui le lui avaient révélé1150. Outre le témoignage de frère Jean Pasquerel, qui rapporte qu’elle répéta cette prédiction le matin même du jour où elle fut blessée, j’ai découvert, parmi les manuscrits de la bibliothèque du roi, une pièce très-curieuse, qui prouve que cette prédiction ne fut point inventée après coup.
C’est l’analyse d’une lettre adressée de Lyon, 424le 22 avril 1429, par le seigneur de Rotslaer, gentilhomme flamand, à quelques personnes du conseil du duc de Brabant, et qui renfermait la relation de la venue de la Pucelle auprès du roi de France. En voici la traduction littérale.
Item, il est vrai que le susdit seigneur de Rotslaer, étant en la ville de Lyon sur le Rhône, sur le rapport qui lui en fut fait par certain chevalier, conseiller et maître de l’hôtel de monseigneur Charles de Bourbon, écrivit à quelques seigneurs du conseil de monseigneur le duc de Brabant pour nouvelles, que le roi des Français avec ledit seigneur Charles et autres princes et siens amis, fit grande assemblée de gens d’armes, qui devaient, le dernier jour du mois d’avril de la présente année M. CCCC. XXIX, d’âme et d’intention, marcher vers la cité d’Orléans, et délivrer ladite ville du siège des Anglais. Il écrit en outre, d’après la relation du même chevalier, que certaine fille de Lorraine, âgée de dix-huit ans ou environ, est auprès dudit roi, laquelle lui a dit qu’elle sauvera Orléans, et chassera les Anglais de leur siège, et qu’elle-même, dans un combat devant Orléans, sera blessée d’un trait, mais elle n’en mourra pas ; et que ledit roi, dans le même été suivant, sera couronné en la cité de Reims, et plusieurs autres choses que le roi tient secrètes. Laquelle 425Pucelle chaque jour monte à cheval tout armée, la lance au poing, tout ainsi que les autres hommes d’armes étant auprès du roi. En laquelle Pucelle ledit roi et ses amis ont confiance, ainsi qu’il est plus amplement contenu en la lettre dudit seigneur de Rotslaer, qui fut écrite à Lyon sur le Rhône, le vingt-deuxième jour du susdit mois d’avril1151.
Je n’ajouterai qu’un seul mot : cette lettre était du 22 avril, et la Pucelle ne fut blessée que le 6 mai suivant.
Pour comprendre l’effet que dut produire l’apparition soudaine, sur le théâtre de la guerre, d’une jeune fille qui se disait envoyée par le ciel, il faut se rappeler l’état de fomentation sourde où se trouvaient alors les esprits dans toute l’étendue du royaume et même dans le reste de l’Europe. Le tableau des chrétiens chassés de l’Asie, le saint tombeau profané, l’Empire grec 426presque abattu sous le fer des Infidèles ; les grands revers dont la France avait été accablée ; les crimes des factions rivales, leurs fureurs portées à des excès qui font frémir la nature ; le spectacle d’une maison royale tombant du trône pour faire place à une dynastie étrangère ; enfin, le poids des maux de toute espèce, fruits d’une tyrannie inquiète et jalouse, sous laquelle un peuple généreux, moissonné en détail, se sentait lentement expirer ; tout disposait à l’attente d’une grande révolution, œuvre de la justice divine trop longtemps offensée. Après s’être longtemps débattu au milieu des passions humaines, ce, peuple découragé rejetait avec effroi les yeux sur le passé et regardait le présent comme l’annonce de cette destruction universelle tant de fois prédite aux hommes. Une foule de circonstances, dans lesquelles il croyait voir autant de prodiges, se réunissaient pour l’affermir dans cette conjecture. La naissance de plusieurs monstres1152, une disette effrayante, un ciel toujours armé de foudres et d’éclairs, même dans la saison la plus étrangère aux orages1153, frappaient les âmes d’une terreur religieuse et profonde. Ce n’était plus de la nouvelle d’un miracle que des imaginations ainsi préparées pouvaient désormais s’étonner, 427mais plutôt de ce que la vengeance divine tardait si longtemps à se manifester par des miracles. On se fera une juste idée de cette disposition des esprits, en lisant les détails suivants, dans lesquels un écrivain du temps rapporte les succès qu’eut, précisément à cette époque, dans l’ancienne capitale du royaume, un prédicateur alors célèbre, et que nous verrons jouer un rôle assez singulier dans la suite de cette histoire.
(8 avril 1429) Vint à Paris un cordelier nommé frère Richart, homme de tres grant prudence, sçavant à oraison, semeur de bonne doctrine pour edifier son proxisme (prochain) ; et tant y labouroit (travailloit) fort, que enuiz le crevoit (qu’il mouroit de dépit), qui ne l’auroit veu. Car, tant comme il fut à Paris, il ne fut qu’une jornée sans faire predicacion. Et commença le sabmedy seiziesme jour d’avril 1429, à Sainte Geneviève, et le dimanche ensuivant, et la sepmaine ensuivant, c’est assavoir le lundy, le mardy, le mercredy, le jeudy, le vendredy, le sabmedy, le dimanche, aux Innocens. Et commençoit son sermon environ cinq heures au matin, et duroit jusques entre dix et onze ; et y avoit tousjours quelque cinq ou six mille personnes à son sermon ; et estoit monté, quant il preschoit, sur ung hault eschaffault, qui estoit près de toise et demy de hault, le dos tourné vers les Charniers, encontre la Charronnerie, 428à l’endroit de la Dance Macabrée. […] Le cordelier devant dit prescha le jour de saint Marc ensuivant à Boulongne la Petite (le village de Boulogne près de Saint-Cloud) et là ot (eut) tant de peuple comme devant est dit. Et pour vray, celle journée, au revenir dudit sermon, furent les gens de Paris tellement tournez en devocion et esmeus, qu’en moins de trois heures ou de quatre, eussiez veu plus de cent feux, en quoy les hommes ardoient (brûlaient) tables et tabliers, des cartes, billes et billars, nurelis, et touttes choses à quoy on se pouvoit courcer (courroucer, emporter) à maugréer, à jeux convoiteux.
Item, les femmes, celluy jour et landemain, ardoient, devant tous, les attours de leurs testes, comme bourreaux, truffaux, pièces de cuir ou de baleine, qu’ilz (qu’elles) mectoient (mettaient) en leurs chapperons pour estre plus roides, ou au rebras d’avant. Les demoiselles (femmes nobles) laissèrent leurs cornes et leurs queues, et grant foison de leurs pompes. Et vrayment dix sermons qu’il fist à Paris, et ung à Boulongne, tournèrent plus le peuple à devocion, que tous les sermonneurs qui puis cent ans avoient presché à Paris.
Item, il disoit pour vray que depuis un pou (peu de temps) il estoit venu de Cirie (Syrie), comme de Hierusalem ; et là rencontra plusieurs tourbes (troupes) de 429Juifz qu’il interrogea : et ilz luy dirent pour vray que Messias (le Messie) estoit né, lequel Messias leur devoit rendre leur héritage, c’est assavoir la Terre de Promission, et s’en alloient vers Babilone à tourbes : et, selon la sainte Escripture, celluy Messias est Antéchrist, lequel doit naistre en la cité de Babilone, qui jadis fut chef (capitale) des royaulmes des Persans, et doit estre nourri en Betsaiada, et converser en Corozaim.
Item, ledit frère Richart prescha le darrain sermon à Paris le mardy, landemain de saint Marc, vingt-sixiesme jour dudit avril 1429 ; et dist au départir que l’an qui seroit après, c’est assavoir l’an trentiesme, que l’on verroit les plus grandes merveilles que on eust oncques veues, et que son maistre frère Vincent le tesmoigne selon l’Apocalipse et les Escriptures monsieur saint Paul ; et aussi le tesmoigne frère Bernart, ung des bons prescheurs du monde, si comme disoit cestuy frère Richart. Et en icelluy temps estoit celluy frère Bernart en predicacion par de là les Alpes en Italie, où il avoit plus converti de peuples à devocion que tous les prescheurs qui, depuis deux cens ans devant, y avoient presché. Et pour vray, le mardy que cestuy frère Richart se party de son sermon, que plus n’avoit congié (permission) d’en faire à Paris, quant il commanda sa bonne recommandacion, et qu’il 430commanda à Dieu le peuple de Paris, et qu’ilz priassent pour luy, et il prieroit Dieu pour eulx, les gens grans et petiz plouroient si piteusement comme s’ilz veissent porter en terre leurs meilleurs amys, et luy aussi ; et à tant celluy jour, au landemain, ce (se) cuidoit (croyait) partir le proudomme (prud’homme), et s’en alla vers les parties de la Bourgongne ; mais ses frères firent tant par prières, que encores demeura il à Paris pour confermer par predicacion le bon ediffiement qu’il avoit commencé. Et en ce temps fist ardre (brûler) plusieurs mandagoires (mandragores) que maintes sortes (peut-être sottes) gens gardoient en lieux repos (en des lieux retirés) ; et avoient si grant foy en celle ordure, que pour vray ilz croioient fermement que tant comme ilz l’avoient, mais qu’il (qu’elle) fust bien nectement en beaux drapeaux de soye ou de lin enveloppé, que jamais jour de leurs vies ne seroient pouvres. Et pour certain, telz y avoit qui les baillèrent de leur gré, quant ilz orent (eurent) ouy comment le proudomme blasmoit tous ceulx qui ainsi follement créoient (croyoient) : ilz jurèrent que oncques puis qu’ilz les garderent, ilz ne ce (se) virent ung jour qu’ilz ne deussent tousjours plus que vaillant ilz n’avoient : mais très grant espérance avoient qu’ilz (elles) les eussent renduz moult riches où temps 431advenir, par le maulvais conseil d’aucunes vieilles femmes qui trop cuident sçavoir, quant ilz (elles) se bouttent (se mettent) en telles meschancetez, qui sont drocites sorceries et heresies1154.
Cependant le duc d’Alençon faisait les plus grands efforts pour accélérer les préparatifs du convoi qu’on voulait introduire dans Orléans ; car j’ai déjà fait observer que c’était là tout ce qu’on se proposait au premier moment, tant, malgré les promesses de la jeune inspirée, l’espoir d’un plus grand succès paraissait encore chimérique. Ce prince avait trouvé à Blois messire Ambroise de Loré1155, guerrier célèbre, qui fut depuis prévôt de Paris1156, et un seigneur Louis, dont il avait oublié le nom de famille1157 (c’était peut-être l’amiral Louis de Culant, dont il a été déjà fait mention dans l’introduction de cette histoire), lesquels avaient déjà été envoyés dans cette ville pour le même objet. Ils étaient parvenus à s’assurer les fournitures demandées et le nombre d’hommes nécessaire pour escorter le convoi ; mais on manquait d’argent pour solder les troupes (l’usage 432étant alors de leur remettre d’avance un certaine somme), et pour payer les vivres qu’on refusait de livrer à crédit, vu le mauvais état des affaires du roi Charles. Le duc d’Alençon retourna donc auprès du roi, et lui fit connaître que les vivres étaient prêts, et qu’il ne restait plus qu’à les payer, et à donner aux troupes la somme accoutumée1158. La chose n’était pas sans difficulté, l’argent manquant absolument dans les coffres du roi ; on parvint cependant à s’en procurer, et Charles envoya à Blois des officiers de sa maison payer les troupes et les vivres1159.
(21 avril 1429) Les gentilshommes qui avaient conduit Jeanne d’Arc de Vaucouleurs à Chinon furent à cette époque remboursés des dépenses que leur séjour à Chinon leur avait occasionnées. On en trouve la preuve dans les registres de la chambre des comptes, où on lit l’article suivant :
À Jehan de Metz, escuier, la somme de cent livres, pour le deffrayement de luy et autres gens de la compaignie de la Pucelle, n’avoit gueres lors venue par devers le roy, du pays de Barrois, à cause des fraiz qu’ilz avoient faitz en la ville de Chinon, et qu’il leur convenoit faire lors, pour servir icelluy Seigneur en l’armée par luy ordonnée 433pour le secours d’Orléans : par lettres du roy du 21 avril 14291160.
(24 avril 1429) Jeanne d’Arc partit alors de Tours, et se rendit à Blois, accompagnée de l’archevêque de Reims, chancelier de France, et du seigneur de Gaucourt, grand maître de l’hôtel du roi1161. Sa maison l’y suivit, et Jeanne dit à son chapelain, comme elle allait partir, qu’elle le priait de ne la point quitter, et de rester toujours désormais avec elle en qualité de confesseur. Jean Pasquerel le lui promit1162. Non-seulement le roi lui avait donné l’autorité d’un général d’armée, (ordinationem circa factum guerræ1163) ;
combien que le roy eust encores de bons et de suffisans capitaines pour délibérer du faict de la guerre, si commandoit il qu’on ne fist riens sans appeller la Pucelle1164.
Les maréchaux de Rais et de Sainte-Sévère de Boussac, auxquels était confiée la conduite de l’expédition, arrivèrent bientôt à Blois1165. La 434Hire qui, comme on l’a vu dans l’introduction de cette histoire, avait été emmené d’Orléans par le comte de Clermont, accourut aussitôt que le bruit de cette entreprise vint frapper ses oreilles1166.
Jeanne d’Arc séjourna à Blois deux ou trois jours, parce qu’il fallait attendre que les vivres qu’on y amenait dans des bateaux fussent arrivés1167. C’est dans cette ville qu’elle se revêtit pour la première fois de ses armes1168. Les soldats qui devaient escorter le convoi, et dont une partie l’avaient accompagnée de Tours à Blois, n’avaient, à cette époque, aucune confiance en elle1169.
Jeanne voulait qu’un certain nombre de prêtres accompagnassent l’expédition. C’est pourquoi elle dit à son chapelain de faire faire une bannière distincte, sous laquelle ils pussent se rassembler1170. M. de L’Averdy a confondu mal à propos cette bannière avec l’étendard que Jeanne avait fait faire à Tours pour elle-même, et cette méprise l’a entraîné dans plusieurs autres1171. Encore de nos jours, le jeune garçon 435qui représentait la Pucelle dans la procession du 8 mai, instituée par les Orléanais après la délivrance de leur ville, portait à la main un étendard, et était précédé d’une bannière1172. L’étendard de la Pucelle représentait Notre Seigneur tenant un globe et deux anges à genoux1173. Elle prescrivit à Jean Pasquerel de faire peindre sur la bannière destinée aux ministres des autels l’image du Sauveur sur l’arbre de la croix1174.
Ses intentions furent remplies. Deux fois par jour, le matin et le soir, Jeanne faisait rassembler, par son aumônier, les prêtres de la ville autour de cette bannière. Réunis sous l’enseigne pacifique, ils chantaient en l’honneur de la reine du ciel des antiennes et des hymnes consacrées. Prosternée au milieu d’eux, Jeanne d’Arc mêlait à leurs chants de ferventes prières1175. Elle ne permettait à aucun guerrier de se joindre à cette troupe sainte, s’il n’avait fait, le jour même, l’humble aveu de ses fautes devant le tribunal de la pénitence. Elle exhortait les soldats à remplir régulièrement ce devoir, pour devenir dignes de se réunir au bataillon sacré rassemblé autour d’elle. Les prêtres qui en faisaient partie 436étaient prêts, à toutes les heures du jour, à recevoir la confession de quiconque désirait accomplir cet acte religieux1176.
Selon une chronique du temps, Jeanne, pendant son séjour à Blois, fit bénir dans l’église de Saint-Sauveur l’étendard qu’elle se proposait de porter elle-même à la guerre1177.
Sur ces entrefaites, le vaillant Florent d’Illiers, capitaine de Châteaudun, dont j’ai fait plusieurs fois mention dans l’Introduction de cette Histoire, arriva au camp avec un certain nombre de guerriers intrépides. Il avait reçu l’ordre d’amener à Blois
le plus d’hommes d’armes et de traict qu’il pourroit rassembler. […] À ce sujet, il pratiqua si adroitement la noblesse du pays, qu’en ayant attiré avec luy une troupe assez considérable, il se rendit au camp du roy avec ce secours, et donna si bien à entendre l’estat de toutes choses, par la congnoissance parfaite qu’il avoit du dedans et du dehors de la ville d’Orléans, afin d’y introduire avec facilité le secours dont elle avoit besoin, qu’on luy defera l’honneur d’en faire la première tentative avec l’eslite qu’il avoit amenée parmy lesquels il y avoit mesmes quelques citoyens d’Orleans1178.
437Florent d’Illiers accepta cette commission périlleuse, partit aussitôt, passa à travers les bastilles anglaises, pénétra dans la place assiégée, et apporta aux Orléanais la nouvelle de la prochaine venue de la Pucelle. Voici dans quels termes la chronique du siège, écrite jour par jour, fait mention de cet événement (jeudi 28 avril 1429).
Jeudy, vingthuictieme jour d’iceluy mois d’avril, arrivèrent après midy dedans Orléans, un capitaine moult renommé appelle messire Fleurentin d’Illiers, et avecques luy le frère de La Hire, accompaignez de quatre cens combattans, qui venaient de Chasteaudun.
Ces derniers mots semblent contredire le récit rapporté plus haut, mais il n’est pas impossible de tout concilier. Les troupes qu’amenait Florent d’Illiers venaient en effet de Châteaudun, mais elles avaient pu passer par Blois. Godefroy, d’ailleurs, auteur de l’Histoire de Florent d’Illiers, écrivait d’après les mémoires de Chantemesle, auteur fort ancien et presque contemporain.
Florent d’Illiers, au reste, avait été lui-même précédé par le bourg de Mascaran et Alain de Giron. Le premier était entré dans Orléans le dimanche 24 à la tête de quarante combattants ; le second y avait pénétré le 26 avec cent autres guerriers ; et le lendemain 27, veille de l’arrivée de Florent d’Illiers, soixante hommes venant de 438Beaune en Gâtinais, avaient introduit quelques approvisionnements dans la place1179.
Le jour même de l’arrivée de Florent d’Illiers
y eust une forte et grosse escarmousche, parce que les Angloys vindrent escarmoucher devant les boulevars d’Orléans. Mais les gens de guerre, et plusieurs citoyens d’Orleans, saillirent contre eulx, et les chasserent jusques en leurs boulevars ; et firent tant qu’ilz en tuerent et navrerent plusieurs, et les aultres tomberent dedans les fossez de leurs boulevars, qui estoient pour lors environ la Grange Cuyveret, et le Pressouer Ars, en aucune vallée qui là estoit d’ancienneté. Toutefois convint aux Françoys laisser leur escarmousche et retourner en la ville, pour la grant multitude de canons, coulevrines, et aultre traict, dont tiroient les Angloys contre eulx moult espessement : tellement que plusieurs y furent enfin tuez d’une partie et d’aultre ; et, en leur retour, cheut ung des Françoys dedans ung puys, là où il fut tué1180.
Huit ou dix jours auparavant les Anglais avaient achevé de fortifier Saint-Jean-le-Blanc, église située sur la rive gauche du fleuve, au-dessus des Tournelles, et terminé par là la chaîne de forteresses et de redoutes, qui, conformément au plan 439du comte de Salisbury, devait embrasser la ville entière. Il ne sera pas inutile, pour l’intelligence des événements qui vont suivre, de tracer ici un tableau de l’état du siège, et de fixer la situation des différents ouvrages des assiégeants aussi exactement que pourra le permettre l’obscurité qui règne à cet égard dans les chroniques du temps, dans les rapports des témoins oculaires, et dans des histoires plus modernes.
Le Journal du siège ne dit point combien les Anglais élevèrent de bastilles autour de la place ; il en nomme six, et seulement cinq boulevards1181. Edmond Richer compte sept forts, ou bastilles bien flanquées1182
. La Chronique sans titre en porte le nombre à : treize places fortifiées, tant boulevards comme bastilles1183
. Monstrelet l’élève à soixante1184. Selon Villaret six grandes bastilles, élevées vis-à-vis des principales avenues d’Orléans, se communiquaient par soixante redoutes moins considérables, construites dans les intervalles1185
.
Voici les noms de ceux de ces forts et de ces 440redoutes dont il est fait mention dans les chroniques.
À l’occident.
- La bastille de Saint-Laurent-des-Orgerilz, commencée le 30 décembre 1428, au bord du fleuve1186, à l’endroit où se trouve encore aujourd’hui l’église qui porte ce nom.
- Le boulevard ou redoute de la Croix-Boissée, existant dès le 17 janvier suivant1187, situé entre la ville et la bastille Saint-Laurent, à l’endroit probablement où se trouve aujourd’hui le carrefour formé par les rues Rose, Saint-Laurent, du Four-à-Chaux et de la Croix-de-Bois.
- La bastille de Londres, à l’endroit appelé alors des Douze-Pairs1188.
- La bastille ou boulevard du Colombier1189, ainsi nommée apparemment parce qu’elle avait été élevée à l’endroit où était le Colombier-Turpin, qui a laissé son nom à une rue renfermée aujourd’hui dans l’enceinte de la ville.
- Le boulevard de la Croix-Morin1190, situé vraisemblablement à l’endroit qu’on appelle encore 441aujourd’hui la Croix, presqu’au bout de la rue du Colombier.
Au nord.
- La bastille Aro ou de Rouen1191, probablement située vis-à-vis l’ancienne porte Bannier, à peu de distance du lieu où s’éleva celle qui porte aujourd’hui ce nom, et peut-être à l’endroit même où Charles IX fit bâtir depuis une citadelle1192.
- La bastille de Paris1193, achevée le 15 avril, entre Saint-Pouair et Saint-Ladre1194, aujourd’hui Saint-Paterne et Saint-Lazare1195, sur l’ancien chemin de Paris, et vis-à-vis la porte Parisie. Cette forteresse était
moult belle et forte, et comprenoit grant enceincte1196
.
À l’orient.
- La bastille de Saint-Loup1197 ou Saint-Laud1198, construite le 10 mars sur les débris de l’église de Saint-Loup, aujourd’hui renfermée dans l’enceinte de la ville, au coin des rues des Juifs, 442des Noyers et Saint-Euverte, à peu de distance de l’Évêché. Cette forteresse se trouvait ainsi au nord-est de l’ancienne porte Bourgogne, à portée de canon de la tour de la Fauconnerie, située à l’angle des remparts, à l’endroit où se trouve aujourd’hui le carrefour formé par les rues Saint-Euverte, des Hurpois, de l’Évêché et du Bourdon-Blanc.
J’ai insisté particulièrement sur la position de cette bastille, parce que quelques auteurs ont cru devoir la placer au village de Saint-Loup, désigné sous le nom de port Saint-Loup dans la Chronique du siège, endroit distant de plus d’une demi-lieue de l’ancienne porte Bourgogne, et où les Anglais avaient également un poste fortifié1199.
Au sud.
- La bastille de Saint-Jean-le-Blanc, érigée le 20 avril1200 sur la rive gauche du fleuve, à l’orient des Tournelles, et à l’endroit où se trouve encore aujourd’hui l’église de ce nom.
- La bastille des Tournelles, dont les Anglais s’étaient rendus maîtres le 24 octobre 14281201, située sur l’ancien pont d’Orléans, près de la rive gauche de la Loire, à l’endroit où ce pont 443formait un coude, et biaisait un peu à l’est1202. Cette forteresse était défendue par deux boulevards, l’un placé du côté de la ville, et l’autre du côté de la campagne. Elle était regardée comme imprenable, tant à cause de sa situation entourée d’eau, que pour la solidité et l’étendue de ses fortifications, environnées de fossés larges et profonds1203. Edmond Richer prétend même que c’est à elle que les Anglais avaient donné le nom de Londres,
se vantant qu’elle serait aussi malaisée à tirer de leurs mains que la ville de Londres, capitale d’Angleterre
. - La bastille des Augustins, formée par les Anglais, du 17 au 20 octobre, et du vivant du comte de Salisbury1204, sur les débris de la maison des Augustins, à peu près à l’endroit où la maison de ce nom existe encore aujourd’hui, au sud et à demi-portée de canon du fort des Tournelles.
- À l’ouest de ces deux bastilles, au bord de la rivière, et presque vis-à-vis de Saint-Laurent, les Anglais avaient construit, dans les premiers jours de janvier, un boulevard qui prit le nom de boulevard de Saint-Privé, parce qu’il avait été 444élevé dans un champ dépendant de l’église de Saint-Privé, située encore plus à l’ouest1205.
- Dans une petite île, nommée île Charlemagne, qui a été depuis entraînée par les eaux, on avait formé un boulevard qui, avec celui de Saint-Privé, assuraient en cet endroit le passage du fleuve1206.
- Enfin un auteur moderne assure qu’une forteresse anglaise s’élevait à l’endroit où est aujourd’hui la petite église de Notre-Dame-de-Recouvrance, qui a, dit-il, été bâtie sur ses débris, et cette forteresse portait le nom de Windsor1207. Quoique l’auteur de cette assertion paraisse avoir eu à sa disposition les titres de l’église de Notre-Dame-de-Recouvrance, j’incline fort à croire qu’il est tombé ici dans une erreur considérable. Le lieu où est située cette église devait être, dès ce temps-là, renfermé dans l’enceinte de la ville, ou du moins se trouver sur la ligne que suivaient alors les remparts de l’ouest. Peut-être l’église de Notre-Dame-de-Recouvrance fut-elle fondée en cet endroit en mémoire des assauts nocturnes que les Anglais de la bastille Saint-Laurent donnèrent inutilement, à plusieurs reprises, à cette partie de l’enceinte ; et le nom de Windsor pourrait 445bien avoir été celui que les Anglais donnaient à la bastille Saint-Laurent.
Pour se rendre à couvert de l’une à l’autre de leurs bastilles, les assiégeants avaient creusé, en plusieurs endroits, des espèces de tranchées qui achevaient d’enfermer la ville, et en rendaient l’accès fort difficile1208.
Outre ces forteresses et un certain nombre de redoutes ou boulevards placés entre elles, les généraux anglais, qui avaient divisé l’armée en deux parties, destinées à agir, l’une sur la rive droite, l’autre sur la rive gauche du fleuve, avaient formé trois camps ou parcs, où les troupes qui n’étaient pas placées dans les bastilles et les boulevards bivouaquaient sous des baraques ou logettes construites avec de jeunes troncs d’arbres et couvertes en chaume. L’un de ces parcs était établi près de la bastille des Augustins1209 ; le second près de celle de Saint-Laurent, et le troisième près de la bastille de Paris1210.
La manière dont les chefs de guerre anglais s’étaient partagé le siège n’est pas plus facile à déterminer. Il paraît que ceux qui commandaient au nord de la place, c’est-à-dire, Suffolk, Talbot et le seigneur de Scales, se réunissaient 446souvent dans la bastille de Saint-Laurent1211, pour conférer ensemble, et être à portée de communiquer plus facilement avec les chefs qui commandaient de l’autre côté du fleuve ; que Suffolk avait, en particulier, sous son gouvernement, la bastille de Saint-Laurent, le boulevard de la Croix-Boissée, et, depuis la mort de Lancelot de l’Isle, le boulevard de l’île Charlemagne ; que Pole et Scales s’étaient partagé les bastilles de Londres et de Rouen, dont dépendaient les boulevards du Colombier et de la Croix-Morin ; et que Talbot avait le commandement de la bastille de Paris1212. Thomas Guerrart était capitaine de la bastille de Saint-Loup1213. Glasdale, gouvernant toute la la partie du siège au sud de la ville1214, commandait particulièrement dans les Tournelles1215. Les sires de Moulins et de Pomus s’étaient partagé les Augustins et Saint-Jean-le-Blanc1216.
Les Orléanais, dit un habitant d’Orléans présent au siège, étaient réduits à une telle extrémité par leurs adversaires, qu’ils ne savaient plus 447à qui recourir qu’à Dieu seul. Aussi l’arrivée de Jeanne d’Arc, annoncée comme envoyée de Dieu, pour chasser les Anglais, était-elle ardemment désirée, à cause des bruits merveilleux qui couraient sur cette fille extraordinaire1217.
Celle-ci hâtait de tout son pouvoir le départ de l’expédition préparée à Blois. Elle n’avait pas oublié qu’entre les instructions qu’elle avait reçues des saintes, il lui était prescrit de sommer les Anglais d’abandonner le siège d’Orléans, avant de rien entreprendre contre eux. Elle devait tenir d’autant plus à remplir cette formalité, qu’elle lui laissait l’espoir d’obtenir, sans effusion de sang, la délivrance de cette ville. Edmond Richer remarque1218 que cette sommation était conforme à la loi de Dieu, qui porte : Quand tu voudras assiéger une ville, ou faire la guerre contre quelqu’un, tu lui offriras premièrement la paix ; et, s’il n’y veut entendre, tu le combattras1219.
Précepte que les Anglais n’ont pas toujours suivi.
Jeanne d’Arc chargea donc un héraut de porter la lettre suivante aux chefs de guerre anglais rassemblés devant Orléans1220. On verra, par la 448date de cette lettre (26 mars), qu’elle avait été écrite environ un mois auparavant ; c’est probablement celle qu’elle avait voulu dicter à Jean Érault, et dont un témoin rapporte quelques mots1221, qu’on retrouve ici.
✠ Jhesus Maria ✠
Roy d’Angleterre, et vous, duc de Bedford, qui vous dictes regent le royaume de France ; vous, Guillaume de la Poule (Pole), conte de Sulford (Suffolk), Jehan sire de Talebot (Talbot), et vous, Thomas, sire de Scales, qui vous dictes lieutenant dudit duc de Bedford : faictes raison au roy du ciel ; rendez à la Pucelle1222, qui est cy envoyée de par Dieu le roy du ciel, les clefs de toutes les bonnes villes que vous avez prises et violées en France. Elle est cy venue de par Dieu pour reclamer le sanc royal. Elle est toute preste de faire paix, si vous luy voulez faire raison, par ainsi que France vous mectrez jus1223, et paierez ce que 449vous l’avez tenu. Et entre vous, archiers, compaignons de guerre, gentilz et autres, qui estes devant la ville d’Orléans, alez vous en vostre païs de par Dieu ; et se ainsi ne le faictes, attendez les nouvelles de la Pucelle, qui vous ira veoir1224 briefvement, à voz bien grans dommaiges. Roy d’Angleterre, se ainsi ne le faictes, je suis chief de guerre1225, et en quelque lieu que je attaindrai voz gens en France, je les en feray aler, veuillent ou non veuillent. Et si ne veullent obéir, je les feray tous occire1226. Je suis cy envoyée de par Dieu, le roy du ciel1227, pour vous bouter hors de toute France. Et si veullent obéir, je les prendray à mercy ; Et n’ayez point en vostre oppinion, quar vous ne tendrez (tiendrez) point le royaume [de]1228 Dieu, le roy du ciel, filz de Saincte Marie : ains le tendra le roy Charles, vray héritier ; car 450Dieu, le roy du ciel, le veult, et lui est révélé par la Pucelle : lequel entrera à Paris à bonne compaignie. Se ne le voulez croire les nouvelles de par Dieu et la Pucelle1229, en quelque lieu que vous trouverons, nous ferrons1230 dedens, et y ferons un si grant hahay que encore a il mil ans que en France ne fu si grant, si vous ne faictes raison. Et croiez fermement que le roy du ciel envoiera plus de force à la Pucelle, que vous ne lui sariez mener de tous assaulz, à elle et à ses bonnes gens d’armes ; et aux horions verra on qui ara meilleur droit de Dieu du ciel1231. Vous, duc de Bedford, la Pucelle vous prie et vous requiert que vous ne vous faictes mie destruire. Se vous lui faictes raison, encore pourrez vous venir en sa compaignie, l’où que les Franchois feront le plus bel fait que oncques fu fait pour la xhrestpienté1232. Et faictes response se vous voulez faire paix, en la cité d’Orléans. Et se ainsi ne le faictes, de vos bien grans dommages vous 451souviegne briefvement. Escrit ce samedi1233sepmaine sainte1234. (26 mars 1428 v. st.)
Jeanne d’Arc a assuré que personne ne lui avait fait cette lettre, et qu’elle seule l’avait dictée. Avant de l’envoyer, toutefois, elle fut montrée à quelques-uns des chefs de l’expédition1235. Il n’est pas inutile de remarquer que Jeanne, lors de son procès, déclara que ses ennemis avaient falsifié cet écrit, et que ses accusateurs ne produisirent jamais l’original.
Notes
- [944]
Déposition de Marguerite la Touroulde, veuve de Renaut de Bouligny, conseiller du roi.
- [945]
Déposition de Marguerite la Touroulde, veuve de Renaut de Bouligny, conseiller du roi.
- [946]
Déposition de frère Séguin, doyen de la Faculté de théologie de l’université de Poitiers.
- [947]
Déposition de maître Jean Barbin, avocat du roi en sa cour de parlement.
- [948]
Déposition de Robert Thibault, écuyer de l’écurie du roi.
- [949]
Déposition de Pierre Miger, prieur de Longueville.
- [950]
Déposition de Jean, comte de Dunois, et de Longueville.
- [951]
Déposition du comte de Dunois.
- [952]
Voyez ces prophéties dans le livre de la Profession de Merlin, Bibliothèque du Roi, n° 177 (manuscrit du quatorzième siècle, c’est-à-dire, ayant cent ans d’antériorité sur les événements qu’elles semblent annoncer), feuilles 3, 4, 25, 26 et 55.
- [953]
Déposition de maître Jean Barbin, avocat du roi.
- [954]
Déposition de maître Jean Barbin, avocat du roi.
- [955]
Interrogatoire du 24 février 1430.
- [956]
Chronique sans titre, insérée dans le recueil de Godefroy sous celui d’Histoire de la Pucelle d’Orléans.
- [957]
Sa déposition.
- [958]
Philippe de Bergame, en son livre, De claris mulieribus, cap. CLVII.
- [959]
Toujours estoit armée, ou autrement en habit d’homme.
(Alain Chartier, Histoire de Charles VII.) - [960]
Déposition de Durand Laxart.
- [961]
Déposition de Jean Morel.
- [962]
Chronique sans titre ; Philippe de Bergame, De claris mulieribus, cap. CLVII, d’après le témoignage de Guillaume Guasche ; déposition de Jean d’Aulon.
- [963]
Déposition de Guillaume de La Chambre, maître ès-arts et en médecine.
- [964]
Déposition de Jean, duc d’Alençon.
- [965]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [966]
Philippe de Bergame, De claris mulieribus, cap. CLVII.
- [967]
C’est ce que rapporte aussi le Journal d’un bourgeois de Paris, et ce dont on lui fait exprimer le repentir dans la fausse abjuration qu’on lui attribue dans le procès de Rouen.
- [968]
Voyez, au commencement du premier volume, la gravure d’après ce portrait, que le hasard a mis en ma possession.
- [969]
Philippe de Bergame, d’après Guillaume Guasche lieu cité.
- [970]
Déposition d’Albert de Urchiis, chevalier.
- [971]
Philippe de Bergame.
- [972]
Dépositions de Marguerite la Touroulde, du duc d’Alençon, etc. ; lettre de Guy IV, sire de Laval, à ses mère et grand-mère.
- [973]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [974]
Déposition de Guillaume de Ricarville.
- [975]
Déposition de maître Jean Barbin.
- [976]
Déposition de Simon Charles, président en la chambre des comptes.
- [977]
Déposition de Guillaume de Ricarville.
- [978]
Dépositions de Simon Charles, de Guillaume de Ricarville, de Jean, duc d’Alençon, et de Jean Barbin, avocat du roi au parlement.
- [979]
Dépositions de Jean de Metz et de Poulengy.
- [980]
Déposition de Simon Charles.
- [981]
Ibid.
- [982]
Ibid.
- [983]
Déposition de Simon Charles.
- [984]
Ibid.
- [985]
Déposition de Jean Barbin.
- [986]
Déposition de Louis de Contes.
- [987]
Ibid.
- [988]
Déposition de Louis de Contes.
- [989]
Déposition de Jean, comte de Dunois et de Longueville.
- [990]
Déposition de Guillaume de Ricarville.
- [991]
Déposition de Simon Charles.
- [992]
Déposition de Jean, comte de Dunois.
- [993]
Jarnidieu, jarni, jurements encore aujourd’hui en usage parmi le peuple ; ils n’ont pas d’autre étymologie : ce sont des contractions de ces mots :
Je renie Dieu
. - [994]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [995]
Déposition de Simon Charles.
- [996]
Ibid.
- [997]
Déposition de Simon Charles.
- [998]
Interrogatoire du 22 février 1430.
- [999]
Interrogatoire du 27 février.
- [1000]
Jean Chartier, Histoire de Charles VII.
- [1001]
Interrogatoire du 27 février.
- [1002]
Déposition de Jean de Gaucourt, etc.
- [1003]
Déposition de Jean, comte de Dunois, etc.
- [1004]
Chronique sans titre, imprimée dans le recueil de Godefroy, sous celui d’Histoire de la Pucelle.
- [1005]
Interrogatoire du 27 février 1430.
- [1006]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1007]
Jean Chartier, Histoire de Charles VII.
- [1008]
Déposition de Jean, seigneur de Gaucourt, grand maître de la maison du Roi.
- [1009]
Interrogatoire du 22 février ; dépositions de Simon Charles et de Husson le Maistre ; Chronique sans titre, déjà citée ; Jean Chartier, Histoire de Charles VII ; Journal du siège d’Orléans, et un grand nombre d’auteurs contemporains.
- [1010]
Interrogatoire du 22 février.
- [1011]
Déposition de Simon Charles.
- [1012]
Edmond Richer, Histoire de la Pucelle.
- [1013]
Jean Chartier, Histoire de Charles VII.
- [1014]
Edmond Richer, Histoire de la Pucelle.
- [1015]
Jean Chartier, Histoire de Charles VII.
- [1016]
Déposition de Jean, seigneur de Gaucourt.
- [1017]
Interrogatoire du 28 février 1430.
- [1018]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1019]
Déposition de Simon Charles.
- [1020]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1021]
N. Sala, Exemples de hardiesse de plusieurs roys et empereurs, manuscrits français de la Bibliothèque du Roi, n° 180.
- [1022]
Interrogatoire du 27 février 1430.
- [1023]
Interrogatoire du 1er mars 1430.
- [1024]
Journal du siège d’Orléans.
- [1025]
Chronique sans titre, imprimée dans le recueil de Godefroy, sous celui d’Histoire de la Pucelle.
- [1026]
Déposition de Jean d’Aulon, chevalier, seigneur de Beaucaire. Ce témoin met ce fait après l’examen de Poitiers, mais sa mémoire peut l’avoir trompé.
- [1027]
En son oratoire, au chasteau de Loches, devant l’image de Notre-Dame-de-Pitié, tenant Nostre Seigneur entre ses bras
, dit Le Maire, Histoire et antiquitez de la ville et duché d’Orléans, p. 187 de la seconde édition. - [1028]
N. Sala, Exemples de hardiesse de plusieurs roys et empereurs, déjà cités.
Nota. Le sieur Dulys, avocat du roi à la cour des aides, et descendu d’un des frères de la Pucelle, dans l’avis au lecteur qui est à la tête de son Recueil de plusieurs inscriptions pour la statue du roi Charles VII et de la Pucelle d’Orléans, publié en 1613, rapporte que ce fut le jour de la Toussaint 1428, que le roi adressa à la Vierge une prière semblable.
- [1029]
Déposition de frère Jean Pasquerel, qui tenait ce détail de la Pucelle même.
- [1030]
Journal du siège d’Orléans, etc.
- [1031]
Déposition de Jean de Gaucourt, grand-maître de la maison du Roi.
- [1032]
Un Guillaume Bellier, écuyer, serviteur du duc d’Orléans, avait obtenu du roi d’Angleterre des lettres de sauf-conduit, en date du 6 avril 1428, pour se rendre auprès de ce prince, prisonnier en Angleterre. (Voyez Actes publics de Rymer ; t. X, p. 896, édition de 1727.) Peut-être était-ce le même.
- [1033]
Le seigneur de Gaucourt lui donne ce titre par anticipation, car à l’époque dont il s’agit, c’était Jean de Dinteville qui était bailli de Troyes ; et c’est Antoine de Chabannes, comte de Dampmartin, qui lui succéda. Guillaume Bellier, seigneur de Cheyelles et de Savary, ne figure comme bailli de Troyes que dans des actes de 1434, 1440, 1445 et 1449. Voyez Pierre-Jean Grosley, Mémoires historiques et critiques pour l’histoire de Troyes, 1774.)
- [1034]
Déposition de Jean de Gaucourt.
- [1035]
Dépositions de Jean, duc d’Alençon.
- [1036]
Villaret, Histoire de France ; Gaillard, Histoire de la querelle de Philippe de Valois et d’Édouard III.
- [1037]
Villaret, Histoire de France.
- [1038]
Déposition de Jean, duc d’Alençon.
- [1039]
Ibid.
- [1040]
Ibid.
- [1041]
Chronique sans titre.
- [1042]
Dépositions de Jean, comte de Dunois et de Longueville.
- [1043]
Déposition de Jean, duc d’Alençon.
- [1044]
Déposition de Jean, duc d’Alençon.
- [1045]
Dépositions de Jean, duc d’Alençon ; de François Garmel, conseiller du roi ; de Simon Charles.
- [1046]
Dépositions de Jean d’Aulon, de Robert Thibault, etc.
- [1047]
Journal du siège d’Orléans ; Chronique sans titre.
- [1048]
Déposition de François Garmel, conseiller du roi.
- [1049]
Déposition de Jean d’Aulon, sénéchal de Beaucaire.
- [1050]
Déposition de frère Séguin, doyen de la Faculté de théologie de l’université de Poitiers.
- [1051]
Déposition de François Garmel, conseiller du roi.
- [1052]
Déposition de frère Séguin.
- [1053]
Déposition de Jean de Gaucourt.
- [1054]
Déposition de frère Pasquerel.
- [1055]
Déposition de frère Séguin.
- [1056]
Chronique sans titre.
- [1057]
Déposition de frère Séguin.
- [1058]
Ibid.
- [1059]
Chronique sans titre.
- [1060]
Déposition de frère Séguin.
- [1061]
Ibid.
- [1062]
Déposition de frère Séguin.
- [1063]
Déposition de F. Garmel, conseiller général du roi.
- [1064]
Ibid.
- [1065]
Dépositions des mêmes.
- [1066]
Déposition de frère Séguin.
- [1067]
Ibid.
- [1068]
Ibid.
- [1069]
Ibid.
- [1070]
Déposition de maître Jean Barbin, avocat du roi au parlement.
- [1071]
Chronique sans titre.
- [1072]
Déposition de François Garmel. Il paraît cependant, par d’autres dépositions, qu’elle lui donnait quelquefois le nom de roi, mais rarement ; encore se peut-il faire qu’en mettant cette appellation dans sa bouche, les auteurs de ces dépositions aient été trompés par leur mémoire.
- [1073]
Déposition de F. Garmel.
- [1074]
Déposition de Robert Thibault, écuyer de l’écuyerie du roi, élu pour les aides de la ville de Blois.
- [1075]
Déposition de F. Garmel, conseiller général du Roi.
- [1076]
Déposition de Robert Thibault.
- [1077]
Déposition de Marguerite la Touroulde, veuve de Renaut de Bouligny.
- [1078]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1079]
Ce Jean Coulon ne se trouve dans aucune autre déposition au nombre des personnes désignées pour avoir mené Jeanne de Vaucouleurs à Chinon : peut-être le déposant a-t-il voulu parler de Colet de Vienne ; cela est d’autant plus vraisemblable, qu’il estropie aussi le nom de Poulengy, dont il fait Pollichon.
- [1080]
Déposition de Robert Thibault.
- [1081]
Même déposition.
- [1082]
Déposition de maître Jean Barbin.
- [1083]
Déposition de Guillaume de Ricarville.
- [1084]
Déposition de Perrin, de la veuve d’Estellin, de Jacques-Dominique Jacob, curé de Moncel.
- [1085]
Déposition de Guillaume de Ricarville.
- [1086]
Frère Séguin.
- [1087]
Déposition de Jean d’Aulon, sénéchal de Beaucaire.
- [1088]
Dépositions de Jean de Gaucourt, de maître Jean Barbin.
- [1089]
Dépositions de Jean, duc d’Alençon, de Robert Thibault, de maître Jean Barbin et de frère Jean Pasquerel.
- [1090]
La Pucelle, en son interrogatoire du 27 février 1430 ; dépositions de Simon Charles, président en la chambre des comptes, et de Robert Thibault.
- [1091]
Déposition de François Garmel.
- [1092]
Déposition de maître Jean Barbin.
- [1093]
Dépositions de Robert Thibault et de maître Jean Barbin.
- [1094]
Déposition de maître Jean Barbin.
- [1095]
Déposition de Guillaume de Ricarville.
- [1096]
Déposition de frère Séguin.
- [1097]
Dépositions de frère Jean Pasquerel et de maître Jean Barbin.
- [1098]
Déposition de maître Jean Barbin.
- [1099]
Dépositions de Jean, duc d’Alençon, de frère Séguin, de Robert Thibault, de maître Jean Barbin et de frère Pasquerel.
- [1100]
Déposition de frère Séguin.
- [1101]
Déposition de Robert Thibault.
- [1102]
Jacobus Gelu, de Puella aurelianensi, parmi les manuscrits latins in-4° de la Bibliothèque du Roi, n° 6199.
- [1103]
Jean Bodin, De la démonomanie des sorciers, 1580.
- [1104]
Déposition de Jean, duc d’Alençon.
- [1105]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1106]
Déposition de Jean d’Aulon, chevalier, sénéchal de Beaucaire.
- [1107]
Chronique sans titre.
- [1108]
La Pucelle, interrogatoire du 27 février 1430 ; dépositions de Jean de Gaucourt, de F. Garmel, de Jean, comte de Dunois.
- [1109]
Monstrelet.
- [1110]
Edmond Richer, Histoire manuscrite de la Pucelle d’Orléans.
- [1111]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1112]
Déposition du duc d’Alençon.
- [1113]
Dépositions de Jean d’Aulon et de Simon Beaucroix.
- [1114]
Déposition du comte de Dunois, et non du duc d’Alençon, comme le dit M. de L’Averdy.
- [1115]
Déposition de Louis de Contes, seigneur de Nouyon et de Rengles.
- [1116]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1117]
Déposition de Louis de Contes.
- [1118]
Déposition de Jean, duc d’Alençon.
- [1119]
Dépositions de Jean d’Aulon, de Simon Beaucroix, etc.
- [1120]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1121]
Chronique sans titre.
- [1122]
Déposition de Colette, femme de Pierre Milet.
- [1123]
Déposition de Louis de Contes.
- [1124]
Dépositions de Jacques l’Esbahy et de Jean Pasquerel.
- [1125]
Edmond Richer, Histoire manuscrite de la Pucelle.
- [1126]
J’ai déjà dit qu’on lisait mater dans la déposition de frère Pasquerel, mais ce peut être une faute de copiste ; cela est d’autant plus probable, qu’on ne voit pas la mère de la Pucelle reparaître dans la suite des dépositions.
- [1127]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1128]
Dépositions de Jean d’Aulon, de Jean, duc d’Alençon, et de Simon Charles.
- [1129]
La Pucelle, interrogatoire du 27 février 1430.
- [1130]
La Pucelle, interrogatoire du 27 février 1430.
- [1131]
Chronique sans titre.
- [1132]
Interrogatoire du 27 février 1430.
- [1133]
Ibid.
- [1134]
Interrogatoires du 10 et du 17 mars.
- [1135]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1136]
Interrogatoire du 27 février.
- [1137]
Ibid.
- [1138]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1139]
Interrogatoire du 27 février 1430.
- [1140]
Interrogatoire du 17 mars ; déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1141]
Interrogatoire du 10 mars.
- [1142]
Mêmes interrogatoires du 10 et 17 mars.
- [1143]
Interrogatoire du 10 mars.
- [1144]
Déposition de frère Séguin.
- [1145]
Interrogatoire du 27 février.
- [1146]
Ibid.
- [1147]
Interrogatoire du 27 février 1430.
- [1148]
Journal du siège d’Orléans.
- [1149]
Lettre de Guy IV de Laval à ses mère et grand-mère.
- [1150]
Interrogatoire du 27 février.
- [1151]
Vol. Ier, p. 116, des manuscrits de M. d’Esnans, commissaire nommé par arrêt du conseil d’état, du 2 mai 1747, à l’examen des archives des pays conquis ; ces manuscrits précieux, renfermés dans plusieurs cartons, sont déposés à la Bibliothèque du Roi. La pièce dont il s’agit porte en tête la note suivante de la main du copiste :
Cette piece contient trois et demye rolles, paraphée par moy à Bruxelles, ce 29 mars 1747.
Signé J. F. Delvaux ; et plus bas :Au premier volume des registres noirs, folio 390, verso.
- [1152]
Journal d’un bourgeois de Paris.
- [1153]
Ibid.
- [1154]
Journal d’un bourgeois de Paris.
- [1155]
Déposition de Jean, duc d’Alençon.
- [1156]
Déposition de Jean, comte de Dunois.
- [1157]
Déposition de Jean, duc d’Alençon.
- [1158]
Déposition du duc d’Alençon.
- [1159]
Ibid.
- [1160]
Registres de la chambre des comptes, au huitième compte de Guillaume Charrier, receveur général de toutes finances, depuis 1427 jusqu’à 1429.
- [1161]
Déposition de Jean, comte de Dunois.
- [1162]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1163]
Déposition de maître Simon Charles.
- [1164]
N. Sala, Exemples de hardiesse de plusieurs roys et empereurs.
- [1165]
Déposition de Jean, comte de Dunois.
- [1166]
Déposition de Jean, comte de Dunois.
- [1167]
Déposition de Jean Pasquerel.
- [1168]
Déposition de Jean, seigneur de Gaucourt.
- [1169]
Déposition de Louis de Contes.
- [1170]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1171]
Notices des manuscrits de la Bibliothèque du Roi, t. III, p. 315 et 317.
- [1172]
Daniel Polluche, Essais historiques sur Orléans, 1778, avec des remarques par M. Beauvais de Préaux, remarque 77.
- [1173]
Interrogatoires du 27 février, du 10 et du 17 mars.
- [1174]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1175]
Ibid.
- [1176]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1177]
Chronique sans titre.
- [1178]
Godefroy, Histoire ou Mémoires de Florent, sire d’Illiers, dans le Recueil des historiens de Charles VII.
- [1179]
Journal du siège.
- [1180]
Ibid.
- [1181]
Edmond Richer, Histoire manuscrite de la Pucelle.
- [1182]
Discours au vrai du siège, etc. ou petit Traictié en manière de chronique, etc. ; autrement, Journal du siège.
- [1183]
Chronique imprimée dans le recueil de Godefroy, sous le titre d’Histoire de la Pucelle.
- [1184]
Monstrelet, en ses chroniques.
- [1185]
Villaret, Histoire de France, t. XIV, p. 362.
- [1186]
Journal du siège ; Chronique sans titre, etc.
- [1187]
Journal du siège.
- [1188]
Chronique sans titre.
- [1189]
Ibid.
- [1190]
Journal du siège.
- [1191]
Chronique sans titre.
- [1192]
Le Maire, Histoire d’Orléans, t. I, p. 318 ; Essais historiques sur Orléans, p. 61.
- [1193]
Chronique sans titre.
- [1194]
Journal du siège.
- [1195]
Edmond Richer, Histoire manuscrite de la Pucelle.
- [1196]
Journal du siège.
- [1197]
Ibid.
- [1198]
Plusieurs dépositions.
- [1199]
Dépositions du comte de Dunois.
- [1200]
Journal du siège.
- [1201]
Ibid.
- [1202]
Voyez la description de ce fort, dans l’Introduction de cette Histoire, pages 120 et 121.
- [1203]
Edmond Richer, Histoire manuscrite de la Pucelle.
- [1204]
Chronique sans titre.
- [1205]
Chronique sans titre.
- [1206]
Journal du siège ; Chronique sans titre.
- [1207]
Essais historiques sur Orléans, p. 113 et 114.
- [1208]
Journal du siège.
- [1209]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1210]
Journal du siège.
- [1211]
Déposition de Jacques l’Esbaby.
- [1212]
Divers passages des Chroniques.
- [1213]
Alain Chartier, Chronique de Charles VII.
- [1214]
Jean Chartier, Histoire de Charles VII.
- [1215]
Journal du siège ; Chronique sans titre ; diverses dépositions, etc.
- [1216]
Jean Chartier, Histoire de Charles VII.
- [1217]
Déposition de Jean l’Huilier, bourgeois d’Orléans.
- [1218]
Edmond Richer, Histoire manuscrite de la Pucelle.
- [1219]
Deutéronome, chap. XX.
- [1220]
Journal du siège ; Chronique sans dire ; Edmond Richer, Histoire manuscrite de la Pucelle.
- [1221]
Déposition de Robert Thibault.
- [1222]
Jeanne a soutenu qu’il y avait rendez au roi dans sa lettre originale, et que les Anglais avaient falsifié cet endroit ; M. de L’Averdy est porté à croire qu’il pouvait y avoir rendez au roi et à la Pucelle (Notices des manuscrits de la Bibliothèque du Roi, t. III, p. 81.
- [1223]
M. de L’Averdy écrit : sus, sans doute d’après le manuscrit de la Bibl. de Rohan-Soubise.
- [1224]
M. de L’Averdy écrit : férir.
- [1225]
Jeanne a dit que ces mots, je suis chef de guerre, avaient été ajoutés.
- [1226]
Phrase qui a bien l’air d’avoir été également ajoutée.
- [1227]
Les ennemis de Jeanne avaient ajouté ici : corps pour corps.
- [1228]
Ce mot, de, manque dans presque tous les manuscrits, et son omission a fait tomber M. de L’Averdy dans une erreur assez choquante. Je l’ai trouvé dans le précieux manuscrit provenant du dépôt des chartes, et qui a appartenu au célèbre d’Urfé.
- [1229]
M. de L’Averdy écrit : Si vous ne voulez croire de par Dieu les nouvelles de la Pucelle.
- [1230]
M. de L’Averdy : Nous férirons.
- [1231]
M. de L’Averdy : Du roy du ciel.
- [1232]
Ces paroles semblent indiquer que Jeanne avait conçu le projet de tenter une expédition contre les infidèles, après la délivrance de la France.
- [1233]
Le manuscrit de d’Urfé porte mardy ; Edmond Richer, qui ne connaissait apparemment aucun manuscrit qui ne portât mardy, reproche à Belleforest d’avoir adopté cette date. Il faut se rappeler que l’année commençant alors à Pâques, la plus grande partie du mois de mars, jusque et compris le samedi saint, appartenait à l’année 1428. D’après notre manière actuelle de compter, il aurait fait partie de l’année 1429. C’est donc l’année 1429 qu’il faut consulter dans l’Art de vérifier les dates, parce que le calendrier perpétuel qu’il renferme, donne les années selon le nouveau style.
- [1234]
J’ai suivi, pour tout le texte de cette lettre, le manuscrit n° 5965 de la Bibliothèque du Roi.
- [1235]
Interrogatoire du 1er mars 1430.