Le Brun de Charmettes  : Histoire de Jeanne d’Arc (1817)

Tome 3 : Livre XI

363Livre XI
Depuis le cinquième interrogatoire exclusivement, jusqu’à la fin des séances-interrogatoires.

À l’exception du commencement du sixième interrogatoire, tout ce qui va suivre sera tiré du manuscrit de d’Urfé, autrement du dépôt des chartes, qui, comme je l’ai déjà dit, contient très-probablement la copie d’une partie de la minute française des réponses de l’accusée. Quand bien même, au surplus, on ne considérerait ce manuscrit que comme une traduction des grosses latines, faites à l’époque du procès de révision ; comme cette traduction, très-conforme au texte des grosses, se rapprocherait toujours infiniment davantage des expressions originales de la Pucelle, qu’une traduction en style moderne, cette raison suffirait seule pour me déterminer à l’employer de préférence.

Samedi 3 mars

Voici les noms des assesseurs présents au sixième interrogatoire :

  • Gille, abbé de Fécamp ; le prieur de Longueville, Jean de Castellion, Jean Beaupère, Jacques de Touraine, Nicolas Midy, Jean de Nibat, Jacques Guesdon, Maurice du Quesney, 364Pierre Houdent, Pierre Morice, Gérard Feuillet, Guillaume, abbé de Cormeilles ; Nicolas Copequesne, Richard de Grouchet, Pierre Minier, Jean Pigache, Raoul Saulvaige, Jean le Doulx, Aubert Morel, Jean Colombel, Raoul Auguy, Geoffroy de Crotay, Guillaume des Jardins, Érard Ermangard, Denys de Sabenuras, Thomas de Courcelles, Nicolas L’Oyseleur, Guillaume de Baudribosc, Guillaume le Maistre, l’abbé de Saint-Georges-des-Prés, le prieur de Saint-Leu, Jean du Quesnin et Nicolas Maulin, déjà présents aux précédents interrogatoires ;
  • et Nicolas L’Amy, Guillaume Evrard, Errard ou Érard3120, Guillaume de Sainte-Marie, Gilles Guenninet, Rolland l’Écrivain et Guillaume de La Chambre, assistants pour la première fois aux examens ; en tout quarante assesseurs seulement.

Les assesseurs absents furent :

  • Jean Fabry, Guillaume 365Boucher, Richard du Pré, les abbés de Jumièges et de Sainte-Catherine, Jean Guérin, Raoul Roussel, Guillaume Hayton, Jean le Maistre, Robert Barbier, Denis Gastinel, Nicolas de Vendères, Jean Basset, Jean de La Fontaine, Jean Brullot, Laurent de Busey, André Marguerie, Jean de l’Espée, Gilles des Champs, Jean Pinchon, l’abbé des Petits-Prés, Guillaume L’Hermite, Robert Morelet, Jean Roy, Jean Carpentier, Nicolas Medici, Richard Gaigneur, Jean Duval, l’abbé de Saint-Ouen, l’abbé de Saint-Georges, le prieur de Sagy, Richard des Saussaies, Pierre Carré, Burel de Corneilles, Nicolas de Soville, Jean de Favo, Jean le Ventier, Nicolas Caval et Philippe Mareschal ; en tout trente-neuf assesseurs.

Deux choses sont à remarquer dans ces listes : l’absence de Jean le Maistre, vice-inquisiteur, qui, à la vérité, ne figurait encore que comme simple assesseur, et le début de Guillaume Érard dans ce procès barbare, où il devait jouer par la suite un rôle si odieux. Le grand nombre d’assesseurs qui ne vinrent pas à cette séance ; peut donner aussi matière à réfléchir. On serait tenté de croire que la plupart, convaincus de l’iniquité de cette procédure, répugnaient à tremper leurs mains dans le sang de l’innocence.

L’évêque de Beauvais ouvrit la séance en requérant de nouveau l’accusée de jurer simplement 366et absolument de dire la vérité des choses qui lui seraient demandées.

— Je suis prête à jurer, répondit-elle, de la même manière que je l’ai déjà fait.

Paroles qui maintenaient toujours la restriction qui déplaisait aux juges. Il fallut toutefois se contenter encore de ce serment conditionnel, qu’elle prêta la main sur l’évangile.

Enfin, (continue la grosse latine du procès), comme elle disait que saint Michel avait des ailes, et, avec cela, qu’elle n’avait parlé des corps ni des membres de sainte Catherine et de sainte Marguerite, on lui demanda ce qu’elle voulait dire par ces paroles ?

Jeanne d’Arc

— Je vous ai dit ce que je sais, et ne vous répondrai pas autre chose. — J’ai aussi bien vu saint Michel et ces saintes, que je sais que ce sont des saints du paradis.

L’interrogateur

— Leur avez-vous vu un visage ?

Jeanne d’Arc

— Je vous ai dit tout ce que j’en sais. Quant à vous dire tout ce que je sais, j’aimerais mieux que vous me fissiez couper le cou. — Tout ce que je saurai touchant le procès, je le dirai volontiers.

367L’interrogateur.

— Croyez-vous que saint Michel et saint Gabriel aient des têtes naturelles ?

Jeanne d’Arc

— Je les ai vus de mes propres yeux, et je crois que ce sont eux, aussi fermement que je crois que Dieu existe.

L’interrogateur

— Croyez-vous que Dieu les ait formés de la manière et dans la forme où vous les avez vus ?

Jeanne d’Arc

— Oui.

L’interrogateur

— Croyez-vous que, dès le principe, Dieu les ait créés en cette forme et manière ?

Jeanne d’Arc

— Vous n’aurez autre chose pour le présent, au-delà de ce que je vous ai répondu.

L’interrogateur

— Savez-vous par révélation que vous vous évaderez ?

Jeanne d’Arc

— Cela ne concerne pas votre procès. Voulez-vous que je parle contre moi-même ?

L’interrogateur

— Vos voix ne vous en ont-elles point dit quelque chose ?

368Jeanne d’Arc

— Cela n’est pas de votre procès. Je m’en réfère au Seigneur. Si tout vous regardait, je vous dirais tout. — Par ma foi, je ne sais ni le jour ni l’heure où je m’évaderai.

L’interrogateur

— Vos voix ne vous en ont-elles dit quelque chose en général ?

Jeanne d’Arc

— Oui vraiment. Elles m’ont dit que je serais délivrée (mais je ne sais ni le jour ni l’heure), et que hardiment je fisse bon visage.

L’interrogateur

— Quand vous arrivâtes la première fois auprès de votre roi, vous demanda-t-il si c’était par révélation que vous aviez changé votre vêtement ?

Jeanne d’Arc

— Je vous ai répondu là-dessus. Cependant je ne me rappelle pas si cela me fut demandé. Au reste, cela est écrit en la ville de Poitiers.

L’interrogateur

— Vous souvient-il si les docteurs (magistri) qui vous examinèrent dans l’autre obédience, les uns pendant un mois, les autres pendant trois semaines, vous interrogèrent sur votre changement d’habits ?

369Jeanne d’Arc

— Il ne m’en souvient plus. Cependant ils me demandèrent où j’avais pris cet habit ; et je leur dis que je l’avais pris à Vaucouleurs.

L’interrogateur

— Ces docteurs (magistri) vous demandèrent-ils si c’était par l’avis de vos voix que vous aviez pris cet habit ?

Jeanne d’Arc

— Je ne m’en souviens pas.

L’interrogateur

— Votre reine, quand vous la visitâtes pour la première fois, vous le demanda-t-elle ?

Jeanne d’Arc

— Je ne m’en souviens pas.

L’interrogateur

— Votre roi, votre reine, et autres de votre parti, vous ont-ils quelquefois requise de quitter l’habit viril ?

Jeanne d’Arc

— Cela n’est pas de votre procès.

L’interrogateur

— N’en fûtes-vous point requise au château de Beaurevoir ?

Jeanne d’Arc

— Oui vraiment ; et je répondis que je ne le quitterais pas sans la permission de Dieu3121.

370La partie française du manuscrit de d’Urfé ou du dépôt de chartes, commençant en cet endroit, je cesse de traduire la grosse latine, pour transcrire, d’après ce précieux manuscrit, la suite des interrogatoires.

Jeanne d’Arc

— La damoiselle de Luxambourg et la dame de Beaurevoir m’offrirent abit de femme ou drap à le faire, et me requirent que je le portasse ; et je respondy que je n’en avois pas le congié de Messire, et qu’il n’estoit pas encore temps.

L’interrogateur

— Messire Jehan de Pressy, et autres, à Arras, vous offrirent-ilz point d’abit de femme ?

Jeanne d’Arc

— Luy et plusieurs autres le m’ont plusieurs fois demandé.

L’interrogateur

— Créez-vous que vous eussiez delinqué ou fait pechié mortel de prendre habit de femme ?

Jeanne d’Arc

— Je fais mieulx d’obéir et servir mon souverain Seigneur, c’est assavoir Dieu. — Si je le deusse avoir fait, je l’eusse plustost fait à la requeste de ces deux dames, que d’autres dames qui soient en France, exceptée la royne.

371L’interrogateur

— Quant Dieu vous révéla que vous muassiez vostre abit, fust-ce par la voix saint Michiel, saincte Katherine ou saincte Marguerite ?

Jeanne d’Arc

— Vous n’en aurez maintenant autre chose.

L’interrogateur

— Quant vostre roy vous mit premier en œuvre, et vous fist faire vostre estaindart, les gens d’armes et autres gens de guerre firent ilz faire pennonceaulx à la manière du vostre ?

Jeanne d’Arc

— Il est bon à savoir ! — Les seigneurs maintenoient leurs armes. — Les aucuns compaignons de guerre en firent faire à leur plaisir, et les autres, non.

L’interrogateur

— De quelle matière les firent-ilz faire, fut-ce de toile ou de drap ?

Jeanne d’Arc

— C’estoit de blans satins ; et y avoit en aucuns les fleurs de liz ; et n’avoit que deux ou trois lances de ma compaignie : mais les compaignons de guerre aucunesfois en faisoient faire à la semblance des miens. Et ne faisois cela fors pour congnoistre les miens des autres3122.

372L’interrogateur

— Estoient-ilz gueres souvent renouvelles ?

Jeanne d’Arc

— Je ne scai. Quant les lances estoient rompues, l’en en faisoit de nouveaulx.

L’interrogateur

— Disiez-vous point que les pennonceaulx qui estoient en semblance des vostres, estoient heureux ?

Jeanne d’Arc

— Je disoie : entrez hardiment parmi les Angloys ! et j’y entroie moi-même.

L’antiquité offre-t-elle un mot plus sublime ? Et c’est une paysanne, une jeune fille de dix-huit à dix-neuf ans, qui, dans les fers, au milieu de ses ennemis mortels, s’exprimait avec cette fierté courageuse et cette héroïque énergie !

L’interrogateur

— Disiez vous point qu’ilz les portassent hardiement, et qu’ilz airoient bon eur ?

Jeanne d’Arc

— Je disois ce qui est advenu et ce qui adviendra encore.

373L’interrogateur

— Mectiez vous point, ou faisiez vous point mectre de eaue benoitte sur les pennonceaulx, quant on les prenoit de nouvel ?

Jeanne d’Arc

— Je n’en scay rien ; et s’il a esté fait, ce n’a pas este de mon commandement.

L’interrogateur

— Y en avez vous point veu gecter ?

Jeanne d’Arc

— Cela n’est point de vostre procès. Et si j’y en ai veu gecter, je ne suis pas advisée maintenant de en respondre.

L’interrogateur

— Les compaignons de guerre faisoient ilz point mectre en leur pennonceaulx Jhesus Maria ?

Jeanne d’Arc

— Par ma foy, je n’en sçay rien.

L’interrogateur

— Avez vous point tournié ou fait tournier toilles, par manière de procession, où tour d’un chastel ou d’église, pour faire pennonceaulx ?

Jeanne d’Arc

— Non ; et n’en ai rien veu faire.

L’interrogateur

— Quant vous fûtes devant Jargueau (Jargeau), que c’estoit que vous portiez derrière votre heaulme, et y avoit il aucune chose ront ?

374Jeanne d’Arc

— Par ma foy, il n’y avoit rien.

Le coup terrible dont Jeanne avait été atteinte à la tête, sous les murs de cette place, et auquel elle avait miraculeusement échappé, avait sans doute été présenté aux juges par les Anglais comme une preuve de magie et de sortilège.

L’interrogateur

— Congnustes vous oncques frère Ricard (Richard) ?

Jeanne d’Arc

— Je ne l’avois oncques veu quant je vins devant Troyes.

L’interrogateur

— Quelle chiere (réception) frère Ricard vous fist il ?

Jeanne d’Arc

— Ceulx de la ville de Troyes, comme je pense, l’envoyèrent devers moy, disans que ilz doubtoient que ce ne feust pas chose de par Dieu. Et quant il vint devers moy, en approuchant, il faisoit signe de la croix, et gectoit eaue benoicte. Et je luy dis : Approuchez hardiment ; je ne m’envouleray pas.

L’interrogateur

— Avez vous point veu ou fait faire aucuns ymaiges ou painctures de vous et à votre semblance ?

375Jeanne d’Arc

— Je veis à Arras une painclure en la main d’un Escot (Écossais), et y avoit la semblance de moy, toute armée, et présentoie une lectre à mon roy, et estoie agenouillée d’un genoul. Oncques ne veis ou feis faire autre ymaige ou paincture à ma semblance.

L’interrogateur

— Que c’estoit qu’un tablel (tableau) chieux (chez) vostre hoste, ou il avoit trois femmes painctes, et escript, Justice, Paix, Union ?

Jeanne d’Arc

— Je n’en scay rien.

Peut-être avait-on prétendu que ce tableau représentait Jeanne entre sainte Catherine et sainte Marguerite, afin de pouvoir l’accuser d’orgueil et de sacrilège pour s’être laissée offrir, au milieu des saintes, à la vénération du peuple.

L’interrogateur

— Savez vous point que ceulx de vostre party aient fait pour vous service, messe, et oraison ?

Jeanne d’Arc

— Je n’en scay rien ; et s’ilz font service, ne l’ont point fait par mon commandement. Et s’ilz ont prié pour moy, il m’est advis qu’ilz ne font point de mal.

L’interrogateur

— Ceulx de vostre party croient ilz fermement que vous soyez envoyée de par Dieu ?

376Jeanne d’Arc

— Je ne scay s’ilz le croient, et m’en attend à leur couraige3123.

L’interrogateur

— Cuidez vous (croyez-vous) pas que, en créant que vous soyez envoyée de par Dieu, ilz aient bonne créance ?

Jeanne d’Arc

— S’ilz croient que je suis envoyée de par Dieu, ilz n’en sont point abuzez.

L’interrogateur

— Sçavez vous point bien le couraige (la pensée) de ceulx de vostre party, quant ilz vous baisoient les pies et les vestemens3124 ?

Jeanne d’Arc

— Beaucoup de gens les véoient (voyaient) voulentiers ; et s’ilz me baisoient les mains et les vestemens, je n’en povois mais. Venoient les 377povres gens voulentiers à moy, pource que je ne leur faisois point de desplaisir, mais les supportois (secourais) à mon povoir.

L’interrogateur

— Quelle révérence (témoignage de respect) vous firent ceulx de Troies à l’entrée ?

Jeanne d’Arc

— Ilz ne m’en firent point. — À mon advis (à ce que je crois), frère Ricard entra quant et nous (avec nous) à Troies. Mais n’ay point souvenance se je le veis à l’entrée.

L’interrogateur

— Fist il point de sermon, à l’entrée, de (sur) vostre venue ?

Jeanne d’Arc

— Je n’y arrestay gueres, et n’y geûs (couchai) oncques. Quant au sermon je n’en scay rien.

L’interrogateur

— Fustes vous gueres de jours à Rains (Reims) ?

Jeanne d’Arc

— Je crois que nous y fusmes IIII ou V jours.

L’interrogateur

— Y levastes vous point d’enfant (sous-entendu, sur les fonds baptismaux) ?

Jeanne d’Arc

— A Troyes j’en levay ung ; mais de Rains n’ay 378point de memoire ; ne de Chasteau-Thiery. Et aussi deux en levay à saint Denys. Et voulentiers mectoie nom aux filz, Charles, pour l’onneur de mon roy, et aux filles, Jehanne y et aucunesfois (quelquefois) selon ce que les mères vouloient.

L’interrogateur

— Les bonnes femmes de la ville touchoient elles point leurs agneaulx (anneaux) à l’anel (l’anneau) que vous portiez ?

Jeanne d’Arc

— Maintes femmes ont touché à mes agneaulx ; mais ne scay point leur couraige ou intention.

L’interrogateur

— Qui furent ceulx de vostre compaignie, qui prindrent papillons (dans son étendard) à Chasteau-Thierry3125 ?

Jeanne d’Arc

— Il ne fust oncques fait ou dist de nostre party ; mais ce ont fait ceulx du party de deçà, qui l’ont controuvé.

L’interrogateur

— Que fistes vous des gans à Rains, où vostre roy fut sacré ?

379Jeanne d’Arc

— Il y oult (eut) une livrée (distribution) de gans pour bailler aux chevaliers et nobles qui là estoient. Il y en oult un qui perdit ses gans, mais je ne diz point que je les feroy retrouver. — Mon estaindart fut en l’eglise de Rains ; et me semble qu’il fut assez près de l’autel. Moi mesmes je le tins ung poy (un peu), et ne sçay point que frère Richard le tenist.

L’interrogateur

— Quant vous aliez par le païs, recepviez vous souvent le sacrement de confession et de l’autel, quant vous veniez es bonnes villes ?

Jeanne d’Arc

— Ouil, à la fois (à chaque fois).

L’interrogateur

— Recepviez vous lesdits sacremens en abit d’omme ?

Jeanne d’Arc

— Ouil ; mais n’ay point memoire de les avoir receuz en armes.

L’interrogateur

— Pourquoy printes vous la haquenée de l’evesque de Senlis ?

Jeanne d’Arc

— Elle fut acchettée deux cens salus. S’il les eust ou non, je ne scay ; mais en oult assignacion 380(billet, mandat) ou il en fust payé. Et si, luy recrivy que il la réairoit s’il vouloit, et que je ne la vouloye point, et qu’elle ne valoit rien pour souffrir paine.

L’interrogateur

— Quel aage avoit l’enfant, à Laigny, que vous alastes visiter ?

Jeanne d’Arc

— L’enfant avoit trois jours, et fut apporté à Laigny, à Nostre Dame ; et me fut dit que les pucelles de la ville estoient devant Nostre Dame, et que j’y voulsisse aler prier Dieu et Nostre Dame qu’ilz luy voulsissent donner vie. Et j’y alay, et priay avec les autres ; et finablement il y apparut vie, et bailla trois fois, et puis fut baptisé, et tantoust mourut, et fut enterré en terre sainte. Et y avoit trois jours, comme l’on disoit, que en l’enfant n’y estoit apparu vie, et estoit noir comme ma coste ; mais quant il bailla, la couleur commença à revenir. Et estoie avec les pucelles à genoux devant Nostre Dame, à faire ma prière.

L’interrogateur

— Fut il point dit par la ville que ce aviez vous fait faire, et que ce estoit à vostre prière ?

Jeanne d’Arc

— Je ne m’en enqueroye point.

381L’interrogateur

— Congneustes vous point de Katherine de la Rochelle, ou si vous l’avez leue (lue)3126 ?

Jeanne d’Arc

— Ouil, à Jargueau et à Mont-Faucon en Berry.

L’interrogateur

— Vous monstra elle point une dame vestue de blanc, qu’elle disoit qui lui appareissoit aucunesfois ?

Jeanne d’Arc

— Non.

L’interrogateur

— Que vous dit elle ?

Jeanne d’Arc

— Celle Katherine me dit qu’il venoit à elle une dame blanche vestue de drap d’or, qui luy disoit qu’elle alast par les bonnes villes, et que le roy luy baillast des heraulx et trompectes pour faire crier, quiconque airoit or, ou argent, ou trésor mucié (caché), qu’il l’apportast tantoust ; et que ceulx qui ne le feroient, et qui en aroient de muciez, qu’elle les congnoistroit bien et sçaroit trouver lesdits trésors ; et que ce seroit pour 382payer mes gens d’armes. À quoy je respondy que elle retournast à son mary, faire son mesnaige et nourrir ses enfans. Et pour en sçavoir la certaineté, je parlay à saincte Marguerite ou à saincte Katherine, qui me dirent que du fait de icelle Katherine n’estoit que folie et estoit tout ment3127. Et j’escrivy à mon roy que je lui diroie qu’il en devoit faire. Et quant je vins à luy, je luy dy que c’estoit folie et tout ment du fait de ladite Katherine. Toutes voies frère Richard vouloit que on la mist en œuvre ; et en ont esté très mal de moy ledit frère Richard et ladite Katherine.

L’interrogateur

— Parlastes vous point à Katherine de la Rochelle du fait d’aler à La Charité ?

Jeanne d’Arc

— Ladite Katherine ne me conseilloit point que j’y alasse, et que il faisoit trop froit, et qu’elle n’yroit point. — Je dy à ladite Katherine, qui vouloit aler devers le duc de Bourgongne pour faire paix, qu’il me sembloit que on n’y trouveroit point de paix, se ce n’estoit par le bout de la lance. — Je demanday à celle Katherine se celle dame venoit toutes les nuyz, et, pour ce, coucheroie 383avec elle. Et y couchay, et veillay jusques à mynuit, et ne veis rien, et puis m’endormy. Et quant vint au matin luy demanday s’elle estoit venue ? Et me lespondit qu’elle estoit venue, et lors dormoie, et ne m’avoit peu esveiller. Et lors luy demanday s’elle vendroit point le landemain ? Et ladicte Katherine me respondit que ouil. Pour laquelle chose dormy de jour, afin que je peusse veiller la nuit, et couchay la nuit ensuivant avec ladicte Katherine, et veillay toute la nuit ; mais ne veis rien, combien que souvent luy demandasse, vendra elle point ? Et ladicte Katherine me respondoit : Ouil, tantost.

L’interrogateur

— Que c’est que vous fistes sur les fossés de La Charité ?

Jeanne d’Arc

— J’y feis faire ung assault. Je n’y gectay ou feis gecter eau par manière de aspersion.

L’interrogateur

— Pourquoy n’y entrastes vous point, puisque vous aviez commandement de Dieu ?

Jeanne d’Arc

— Qui vous a dit que je avoie commandement de y entrer ?

L’interrogateur

— En eustes vous point conseil de vostre voix ?

384Jeanne d’Arc

— Je m’en vouloie venir en France3128 ; mais les gens d’armes me dirent que c’estoit le mieulx d’aler devant La Charité premièrement.

L’interrogateur

— Fustes vous longuement en celle tour de Beaurevoir ?

Jeanne d’Arc

— J’y fus quatre moys ou environ. Quant je sceus les Angloys venir, je fus moult courroucée (affligée) ; et toutesvoies mes voix me défendirent plusieurs fois de saillir (sauter) ; et enfin, pour la doubte (crainte) des Angloys, sailli, et me commanday à Dieu et à Notre Dame, et fu blecée. Et quant j’eus sailli, la voix saincte Katherine me dist que je feisse bonne chiere (que je prisse courage) et que ceulx de Compiègne airoient secours. — Je prioie toujours pour ceulx de Compiègne avec mon conseil.

L’interrogateur

— Que dictes vous, quant vous eustes sailly ?

Jeanne d’Arc

— Aucuns disoient que j’estoie morte. Et tantoust (aussitôt) qu’il apparut aux Bourguignons que j’estoie en vie, ilz me dirent que j’estoie saillie.

385L’interrogateur

— Dictes vous point que vous aimassiés mieulx à mourir que d’estre en la main des Angloys ?

Jeanne d’Arc

— J’aymeroye mieulx rendre l’ame à Dieu que d’estre en la main des Angloys.

L’interrogateur

— Vous courrouçastes vous point, et blasphemastes vous point le nom de Dieu ?

Jeanne d’Arc

— Je n’en maugréay oncques ne saint ne saincte, et n’ay point accoustumé à jurer.

L’interrogateur

— Au fait de Suessons (Soissons), pource que le capitaine avoit rendu la ville, dictes vous point, en regnoiant (reniant) Dieu, que se vous le teniés, vous le fériés tranchier en quatre pièces ?

Jeanne d’Arc

— Oncques ne regnoyai ne saint ne saincte : ceulx qui l’ont dit, ou rapporté, ont mal entendu3129.

L’interrogatoire fut interrompu en cet endroit, et la Pucelle fut reconduite en sa prison. Avant de lever la séance, l’évêque de Beauvais 386prit la parole, et dit aux assistants

que, sans discontinuer l’instruction du procès, il appellerait quelques docteurs et gens habiles en droits divin et humain, qui rassembleraient, parmi les aveux de l’accusée, ceux qu’il serait à propos de recueillir, et que, ces aveux recueillis et examinés, s’il paraissait qu’elle dût être interrogée de nouveau sur quelques points, pour ne point fatiguer inutilement un si grand nombre d’assesseurs, il chargerait particulièrement quelques-uns d’entre eux de cette commission ; que tout serait mis en écrit afin que les susdits docteurs et gens habiles pussent en prendre communication toutes les fois qu’ils le jugeraient nécessaire pour délibérer et donner leur avis sur les aveux de l’accusée ; qu’il invitait dès à présent les assistants à méditer chez eux sur ce qu’ils avaient déjà entendu du procès, à voir ce qu’il leur semblerait à propos de faire sur cette matière, et à en faire leur rapport à lui ou à ceux qu’il députerait à cet effet, si mieux ils n’aimaient attendre un moment plus opportun pour en délibérer entre eux. Il finit par défendre à tous et chacun des assistants de quitter la ville de Rouen, sans sa permission, avant la fin du procès3130.

387Le but de l’évêque de Beauvais, en changeant le mode des interrogatoires, et en n’admettant que deux ou trois assesseurs, n’est pas difficile à deviner. Comme il pouvait ne choisir que des hommes dévoués à ses desseins, il trouvait, en écartant tous les autres sous un prétexte plus spécieux que plausible, le moyen d’empêcher désormais que quelque assesseur courageux ne donnât à l’accusée des explications utiles à sa cause, où ne s’élevât, comme avait fait Jean Fabry, contre les questions captieuses et perfides par lesquelles on espérait la conduire à sa perte. Cette mesure donnait encore la facilité d’induire par la suite en erreur, comme l’observe M. de L’Averdy, ceux qui allaient cesser d’être présents aux interrogatoires. On verra qu’elle eut en effet ce funeste résultat.

On est étonné qu’un homme aussi habile que Thomas de Courcelles n’eût pas pénétré le dessein de l’évêque de Beauvais. Il dépose

qu’il se rappelle bien qu’une fois il fut ordonné, après plusieurs interrogatoires faits à ladite Jeanne, que, dorénavant, les interrogatoires auraient lieu devant un petit nombre d’assesseurs (coram paucis) ; mais il ne sait ni ce qui les mut à agir ainsi, ni pour quelle intention3131.

À la vérité, Courcelles était fort jeune alors ; 388l’âge seul et l’expérience, rendent difficile à abuser.

Sept jours s’écoulèrent entre le sixième et le septième interrogatoires. Aucun passage des procès-verbaux, aucune déposition particulière, n’en indiquent la raison. (Mercredi 7 mars) L’évêque de Thérouanne, Louis de Luxembourg, chancelier de France d’institution anglaise, partit de Paris dans cet intervalle, et se rendit à Rouen3132, auprès du roi Henri VI. Il est probable que l’évêque de Beauvais mit à profit le séjour du chancelier à Rouen, pour se concerter avec la cour anglaise sur ce qui lui restait à faire pour conduire à l’échafaud l’héroïne de la France.

Samedi 10 mars

Enfin, le Samedi, 10 mars, ce prélat se rendit, accompagné de Jean de La Fontaine, commissaire choisi par lui pour la continuation des interrogatoires, et des assesseurs Nicolas Midy et Gérard Feuillet, dans la chambre même qui servait de prison à la Pucelle (ad cameram quamdam in castro rothomagensi quæ prædictæ Johannæ fuerat assignata pro carcere) ; et là, en présence de Jean Fécard, avocat, et de l’appariteur Jean Massieu, qui remplissaient les fonctions de témoins (ad hoc testibus), il commença à procéder à un nouvel interrogatoire3133.

389La circonstance du lieu où cet interrogatoire fut subi, serait, comme l’observe M. de L’Averdy, une nullité formelle dans la manière actuelle de procéder. C’en était une également, dès ce temps-là, même dans un procès canonique, puisque Jean Lohier avait condamné toute la procédure pour cela seul que les séances se tenaient en un lieu renfermé dans l’enceinte du château qui servait de prison à l’accusée, et où le public n’était pas librement admis. Qu’eût-il dit des nouveaux interrogatoires subis par l’accusée dans son cachot même, non-seulement loin des yeux du peuple, mais encore loin de la presque totalité des juges assesseurs !

L’évêque ouvrit la séance par son éternelle injonction à l’accusée,

de faire et de prêter serment de dire la vérité sur les choses qui lui seraient demandées, etc.

Jeanne d’Arc

— Je vous promets que je diray vérité de ce qui touchera vostre procès ; et plus me contraindrés jurer, et plus tart vous le diray.

Jean de La Fontaine prit alors la parole, par l’ordre de l’évêque de Beauvais, et adressa à l’accusée les questions suivantes3134 :

390— Par le serement que vous avez fait, quant vous venistes derrenierement à Compiègne, de quel lieu estiés vous partie ?

Jeanne d’Arc

— De Crespy en Valoys.

Jean de La Fontaine

— Quant vous fustes venue à Compiègne, fustes vous plusieurs journées avant que vous feissiés aucune saillie (sortie) ?

Jeanne d’Arc

— Je vins à heure secrète du matin, et entray en la ville sans ce que les annemis le sçeussent gueires, comme je pense ; et ce jour mesmes, sur le soir, fust la saillie dont je fus prinse.

Jean de La Fontaine

— À votre saillie, sonna l’en les cloches ?

Jeanne d’Arc

— Se on les sonna, ce ne fut point à mon commandement, ou par mon sceu, et n’y pensoie point. Et si, ne me souviens se je avoie dit que on les sonnast.

Jean de La Fontaine

— Fistes-vous celle saillie du commandement de vostre voix.

Jeanne d’Arc

— En la sepmaine de Pasques derrenier passé, estant sur les fosses de Meleun, me fut dit par mes 391voix, c’est assavoir saincte Katherine et saincte Marguerite, que je seroie prinse avant qu’il fust la Saint Jehan, et que ainsi failloit (fallait) que fust fait, et que je ne m’eshahisse (m’effrayasse), et prinsse tout en gré, et que Dieu me aideroit.

Jean de La Fontaine

— Depuis ce lieu de Meleun, vous fut il point dit par vosdites voix que vous seriés prinse ?

Jeanne d’Arc

— Ouil, par plusieurs fois, et comme tous les jours. Et à mes voix requeroie, quant je seroie prinse, que je fusse morte tantoust (aussitôt), sans long travail de prison ; et ilz (elles) me disrent que je prinsse tout en gré, et que ainsi le failloit faire. Mais ne me disrent point l’eure. Et se je l’eusse sceue, je n’y fusse pas alée. Et avoie plusieurs fois demandé sçavoir l’eure, et ilz ne le me disrent point.

Jean de La Fontaine

— Se vos voix vous eussent commandé de saillir, et signifié que vous seriés prinse, y fustes vous alée ?

Jeanne d’Arc

— Se j’eusse sceu l’eure, et que je deusse estre prinse, je n’y fusse point alée voulentiers ; toutes voies j’eusse fait leur commandement en la fin, quelque chose qui me deust estre venue.

392Telle est donc l’héroïque résignation que la religion peut inspirer !

Jean de La Fontaine

— Quant vous fistes celle saillie, aviés vous eu voix de partir et faire celle saillie ?

Jeanne d’Arc

— Ce jour, ne sceus point ma prinse, et n’eus autre commandement de yssir (sortir) ; mais tousjours n’avoit esté dit qu’il failloit que je feusse prisonnière.

Jean de La Fontaine

— À faire celle saillie, passastes vous par le pont (de Compiègne) ?

Jeanne d’Arc

Je passay par le pont et par le boulevart, et alay avec la compaignie des gens de mon party sur les gens de monseigneur de Luxambourg, et les reboutay (repoussai) par deux fois jusques au logeis des Bourguegnons, et à la tierce fois jusques aimy (à moitié) le chemin. Et alors les Angloys, qui là estoient, coupèrent les chemins à moy et mes gens, entre moy et le boulevart, et pour ce, se retraïrent (retirèrent) mes gens ; et moy, en me retraïant es champs en costé devers Picardie, près du boulevart fus prinse. Et estoit la rivière entre Compiegne et le lieu où je fus prinse ; et n’y avoit seulement entre le lieu 393où je fus prinse que la rivière, le boulevart, et le fossé dudit boulevart.

Jean de La Fontaine

— En icelluy estaindard3135 le monde est il painct, et les deux angles, etc. ?

Jeanne d’Arc

— Ouil, et n’en eus oncques que ung.

Jean de La Fontaine

— Quelle signifiance estoit ce, que peindre Dieu tenant le monde, et ces deux anges ?

Jeanne d’Arc

— Saincte Katherine et saincte Marguerite me dirent de le prendre et porter hardiment, et de faire mectre en paincture là le roy du ciel. Et ce dy je à mon roy, mais très envis (malgré moi) et de la signifiance ne scay autrement.

Jean de La Fontaine

— Aviés vous point escu et armes ?

Jeanne d’Arc

— Je n’en eus oncques point ; mais mon roy donna à mes frères armes, c’est assavoir un escu 394d’asur, deux fleurs de liz d’or, et une espée parmy. Et en ceste ville ay devisé à ung painctre celles armes, pour ce qu’il me avoit demandé quelles armes je avoie. — Ce fut donné par mon roy à mes frères à la plaisance d’eulx, sans requeste de moy, et sans revelation.

Jean de La Fontaine

— Aviés vous un cheval, quant vous fustes prinse, coursier ou haquenée ?

Jeanne d’Arc

— J’estoie à cheval, et estoit un demi coursier celluy sur qui j’estoie quant je fus prinse.

Jean de La Fontaine

— Qui vous avoit donné celluy cheval ?

Jeanne d’Arc

— Mon roy, ou ses gens, me donnèrent de l’argent du roy ; et en avoie cinq coursiers, de l’argent du roy, sans compter les trotiers, où il en avoit plus de sept.

Jean de La Fontaine

— Eustes vous oncques autres richesses de vostre roy que ces chevaux ?

Jeanne d’Arc

— Je ne demandoie rien à mon roy, fors bonnes armes, bons chevaux, et de l’argent à paier les gens de mon hostel.

395Jean de La Fontaine

— Aviés vous point de trésor ?

Jeanne d’Arc

X ou XII mille…3136 que j’ay vaillant, n’est pas grant trésor à mener la guerre, et c’est peu de choses ; et lesquelles choses ont mes frères, comme je pense. Et ce que j’ay, c’est de l’argent propre de mon roy.

Jean de La Fontaine

— Quel est le signe qui vint à votre roy ?

On voulait parler du signe céleste qui, selon la Pucelle, avait détermine Charles VII à croire à ses promesses.

Jeanne d’Arc

— Il est bel et honnourable, et bien créable ; et est bon, et le plus riche qui soit.

Jean de La Fontaine

— Pourquoi ne voulez vous point aussi bien dire et monstrer le signe dessusdit, comme vous voulsistes avoir le signe de Katherine de la Rochelle (sous entendu, pour croire à ces paroles) ?

Jeanne d’Arc

— Se le signe de Katherine eust esté aussi bien monstre devant notables gens d’église et autres, arcevesques et evesques, c’est assavoir devant l’arcevesque 396de Rains, et autres evesques dont je ne scay le nom ; et mesmes y estoient Charles de Bourbon (duc de Clermont), le sire de la Tremoulle, le duc d’Alençon, et plusieurs autres chevaliers, qui le véïrent et dirent (virent et entendirent) aussi bien comme je voy ceulx qui me parlent aujourduy ; comme celluy dessusdit est (fut) montré3137 ; je n’eusse point demandé sçavoir le signe de ladite Katherine. Et toutesvoies je sçavoie d’avant par saincte Katherine et saincte Marguerite, que du fait de ladite Katherine ce estoit tout néant.

Jean de La Fontaine

— Ledit signe dure il encore ?

Jeanne d’Arc

— Il est bon à sçavoir ! Il durera jusques à mil ans, et oultre. Ledit signe est en trésor du roy.

Jean de La Fontaine

— Est ce or, argent, ou pierre précieuse, ou couronne ?

Jeanne d’Arc

— Je ne vous en diray autre chose ; et ne sçaroit homme deviser (imaginer) aussi riche chose comme est le signe ; et toutesvoies, le signe qu’il vous fault, c’est que Dieu me délivre de vos 397mains, et est le plus certain qu’il vous sache envoyer. — Quant je deus partir à aller à mon roy, me fut dit par mes voix : Va hardiement ; que quant tu seras devant le roy, il aura bon signe de te recepvoir et croire.

Jean de La Fontaine

— Quant le signe vint à vostre roy, quelle révérence y fistes vous ; et vint il de par Dieu ?

Jeanne d’Arc

— Je merciay Nostre Seigneur de ce qu’il me delivroit de la payne des clercs de par delà, qui arguoient contre moy ; et me agenoullay plusieurs fois. — Un angle (ange) de par Dieu, et non de par autre, bailla le signe à mon roy, et en merciay moult de fois Nostre Seigneur. — Les clercs de par delà cessèrent à me arguer, quant ilz eurent sceu ledit signe.

Jean de La Fontaine

— Les gens d’église de par delà véïrent ilz le signe dessusdit ?

Jeanne d’Arc

— Quant mon roy et ceulx qui estoient avec luy eurent veu ledit signe, et mesmes l’angle qui le bailla, je demanday à mon roy s’il estoit content ? Et il respondit que ouil. Et alors party et m’en alay en une petite chappelle assés près ; et ouy 398lors que après mon partement, plus de III cens personnes veirent ledit signe. — Par l’amour de moy, et qu’ilz me laissassent à interroguer, Dieu vouloit permectre que ceulx de mon party qui véirent ledit signe, le véïssent.

Jean de La Fontaine

— Vostre roy et vous, fistes vous point de reverence à l’angle, quant il apporta le signe ?

Jeanne d’Arc

— Ouil, moy, et me agenoullay, et ostay mon chaperon3138.

Ici finit le septième interrogatoire.

Lundi 12 mars

Voici la liste des personnes qui assistèrent au huitième interrogatoire.

  • L’évêque de Beauvais, seul juge effectif ;
  • Jean de La Fontaine, Nicolas Midy et Gérard Feuillet, juges-assesseurs ;
  • Thomas Fresne ou Fresnet, Pasquier des Vaux et Nicolas de Hubent ou Hubenc, témoins3139.

Une particularité assez remarquable, c’est qu’au lieu de Pasquier des Vaux, le manuscrit de d’Urfé porte en cet endroit le nom de Jean Carbonnier. Les grosses latines donnent à Nicolas de Hubent la qualité de secrétaire des brefs apostoliques.

Cet interrogatoire eut lieu, comme le précédent, dans la chambre de l’accusée.

399Même demande qu’à l’ordinaire de la part de l’évêque relativement à la formalité du serment ; même réponse de l’accusée ; même engagement de sa part.

Jean de La Fontaine, par ordre du prélat, commença ensuite à l’interroger en ces termes :

— L’ange qui apporta le signe parla il point ?

Jeanne d’Arc

— Ouil ; et il dist au roy que on me mist en besoingne, et que le païs seroit tantoust allegié.

Jean de La Fontaine

— L’angle qui apporta ledit signe, fut ce l’angle qui premièrement vous apparu, ou se ce fut ung autre ?

Jeanne d’Arc

— C’est toujours tout ung, et oncques ne me faillit.

Jean de La Fontaine

— L’angle ne vous a il point failli, de ce que (puisque) vous avés esté prinse, aux biens de fortune (quant aux prospérités de ce monde) ?

Jeanne d’Arc

— Je croy, puisqu’il plaist à Nostre Sire (Notre Seigneur), c’est le mieulx que je sois prinse.

Jean de La Fontaine

— Es biens de grâce, l’angle vous a il point failli ?

400Jeanne d’Arc

— Et comme me fauldroit il (comment me manquerait-il) quant (puisque) il me conforte tous les jours ? — J’enctend ceste confortation, que c’est de saincte Katherine et saincte Marguerite.

Jean de La Fontaine

— Les appellés vous, ou s’ilz viennent sans appeller ?

Jeanne d’Arc

— Ilz viennent souvent sans appeller ; et autrefois, s’ilz ne venoient bien tost, je requerroye Notre Seigneur qu’il les envoyast.

Jean de La Fontaine

— Les avés vous aucunesfois appellées, et ilz (elles) ne soient point venues ?

Jeanne d’Arc

— Je n’en eus oncques besoing pou, que je ne les aye (eues).

Jean de La Fontaine

— Saint Denis vous apparut il oncques ?

Jeanne d’Arc

— Non, que je saiche.

Jean de La Fontaine

— Quant vous promistes à Nostre Seigneur de garder vostre virginité, parliés vous à luy ?

Jeanne d’Arc

— Il debvoit bien suffire de le promectre à ceulx 401qui estoient envoyés de par luy, c’est assavoir à saincte Katherine et à saincte Marguerite.

Jean de La Fontaine

— Qui vous meut de faire citer ung homme à Tou (Toul) en cause de mariage ?

Jeanne d’Arc

— Je ne le feis pas citer ; mais ce fust il qui me fist citer. Et là juray devant le juge dire vérité. Et enfin dy3140 que je ne luy avoie fait de promesse. — La première fois que j’oy la voix, je voay (vouai) ma virginité tout tant qu’il plairoit à Dieu. Et estoye en l’aage de XIII ans ou environ. — Mes voix me assurèrent de gaigner mon procès.

Jean de La Fontaine

— Avez vous point parlé de vos visions à vostre curé ou autre homme d’église ?

Jeanne d’Arc

— Non ; mais seullement à Robert de Baudricourt et à mon roy. — Je ne fus point contraincte de mes voix à le celer ; mais doubtoie (craignais) moult le reveler pour doubte des Bourguignons, qu’ilz ne me empeschassent de mon voyage ; et par especial doubtoie 402moult mon père, qu’il ne me empeschast de mon véage faire.

Jean de La Fontaine

— Cuidiés vous bien faire de partir sans le congié de père ou mère, comme il soit ainsi que on doit honnourer père et mère ?

Jeanne d’Arc

— En toutes autres choses j’ay bien obey à eulx, excepté de ce partement ; mais depuis leur en ay escript, et me ont pardonné.

Jean de La Fontaine

— Quant vous partistes de vos père et mère, cuidiés vous point peschier ?

Jeanne d’Arc

— Puisque Dieu le commandoit, il le convenoit faire. Puisque Dieu le commandoit, se j’eusse eu cent pères et cent mères, et se j’eusse esté fille de roy, si fussé-je partie.

Jean de La Fontaine

— Demandastes vous à vos voix qu’ilz le deissent à vostre père et vostre mère, vostre partement ?

Jeanne d’Arc

— Quant est de père et de mère, ilz estoient assez contens que je leur disse, se n’eust esté la payne qu’ilz me eussent fait si je leur eusse dit ; et quant est de moy, je ne leur eusse dit pour chose quelconque. 403— Mes voix se rapportoient à moy de le dire à père ou mère, ou de m’en taire.

Jean de La Fontaine

— Quant vous vistes saint Michiel et les angles, leur faisiés vous révérence ?

Jeanne d’Arc

— Ouil, et baisoie la terre après leur partement où ilz avoient reposé, en leur faisant révérence.

Jean de La Fontaine

— Estoient ilz longuement avec vous ?

Jeanne d’Arc

— Ils viennent beaucoup de fois entre les xhrestpiens, que on ne les voit pas ; et les ay beaucoup de fois veuz entre les xhrestpiens.

Jean de La Fontaine

— Avés vous point eu de lectres de saint Michiel et de vos voix ?

Jeanne d’Arc

— Je n’en ay point de congié de le vous dire ; et entre cy et huit jours, je en respondray volentiers ce que je sçauray.

Jean de La Fontaine

— Vos voix vous ont elles point appellée Fille de Dieu, Fille de l’Église, la Fille au grant cueur ?

404Jeanne d’Arc

— Au devant du siège d’Orléans levé, et, depuis, tous les jours, quant ilz parlent à moy, me ont plusieurs fois appellée Jehanne la Pucelle, fille de Dieu.

Jean de La Fontaine

— Puisque vous estes fille de Dieu, pourquoy ne distes vous voulentiers Pater noster ?

Jeanne d’Arc

— Je l’ay dist voulentiers ; et autrefois, quant recusay le dire, c’estoit en intencion que monseigneur de Beauvès me confessast3141.

Ici finit le huitième interrogatoire.

Lundi 12 mars, après-dîner

On procéda le même jour, dans l’après-dîner, à un nouvel interrogatoire. Les mêmes personnes y assistèrent.

On questionna d’abord l’accusée sur les songes qu’avait eus son père avant son départ pour Vaucouleurs.

Jeanne d’Arc

— Quant j’estoie encore avec mes père et mère, me fut dit par plusieurs foys par ma mère, que mon père disoit qu’il avoit songié que je m’en iroie avec les gens d’armes ; et en avoient grant cure mes père et mère de me bien garder, et me tenoient 405en grant sujection ; et obeissoie à tout, sinon au procès de Toul, au cas de mariage. — J’ay ouy dire à ma mère que mon père disoit à mes frères : Se je cuidoye que la chose advinsist, que j’ay songié d’elle, je vouldroye que la noyissies ; et se vous ne le faisiés, je la noieroye moi mesmes. Et à bien peu qu’ilz ne perdirent le sens, quant je fus partie à aler à Vaucouleurs.

Jean de La Fontaine

— Ces pensées ou songes venoient ilz à vostre père, puis que (depuis que) vous eustes ces visions ?

Jeanne d’Arc

— Ouil, plus de deux ans, puis que j’eus les premières voix.

Jean de La Fontaine

— Fut ce à la requeste de Robert (de Baudricourt) ou de vous, que vous prinstes abit d’omme ?

Jeanne d’Arc

— Ce fut par moy, et non à la requeste d’omme du monde.

Jean de La Fontaine

— La voix vous commanda elle que vous prinssiez abit d’omme ?

406Jeanne d’Arc

— Tout ce que j’ai fait de bien, je l’ay fait par le commandement des voix. — Quant à cest habit, en repondray autrefois : de present, n’en suis point advisée ; mais demain en respondray.

Jean de La Fontaine

— Pensiés vous mal faire en prenant habit d’omme ?

Jeanne d’Arc

— Non. Et encore de present, se j’estoie en l’autre party, et en cest habit d’omme, me semble que ce fust ung des grans biens de France, de faire comme je faisoie au devant de ma prinse.

Jean de La Fontaine

— Comme eustes vous délivré le duc d’Orléans ?

Jeanne d’Arc

— J’eusse assés prins deça prinse des Angloys pour le ravoir ; et se je n’eusse prins assés prinse deça, j’eusse passe la mer pour le aller quérir à puissance en Angleterre.

Jean de La Fontaine

— Saincte Marguerite et saincte Katherine vous avoient elles dit sans condicion, absolument, que vous prendriés gens suffisans pour avoir le duc d’Orléans, qui estoit en Angleterre, ou autrement 407que vous passeriés la mer pour le aler quérir et admener dedans trois ans ?

Jeanne d’Arc

— Ouil, et que je disse à mon roy qu’il me laissast faire des prisonniers. — Se j’eusse dure trois ans sans empeschement, je l’eusse délivré. — Il y avoit plus bref terme que de trois ans, et plus long que d’un an ; mais n’en ay pas, de present, memoire.

On voulut ensuite faire expliquer la Pucelle sur le signe donné au roi Charles : Jeanne se contenta de répondre

qu’elle en auroit conseil à sainte Katherine3142.

Avant de lever la séance, l’évêque de Beauvais fit introduire le vice-inquisiteur Jean le Maistre (qui n’avait jusque-là assisté au procès qu’en qualité d’assesseur), fit la récapitulation de tout ce qui s’était passé jusqu’à ce jour, et ajouta que l’inquisiteur de France, après avoir reçu ses lettres, avait donné sa commission pour le procès au même Jean le Maistre. Celui-ci produisit en conséquence la commission de l’inquisiteur, dans laquelle, après avoir copié la lettre de l’évêque de Beauvais, il déclare à Jean le Maistre qu’étant légitimement empêché de se rendre à Rouen, il 408le commet spécialement pour cette affaire jusqu’à sentence définitive. Jean le Maistre déclara ensuite, qu’en vertu de cette commission, il consentait à prendre communication, en qualité de vice-inquisiteur, de tout ce qui avait été fait jusqu’à ce jour, afin de donner son avis et d’exercer son office3143.

(Mardi 13 mars) Il se joignit en effet à l’évêque le lendemain, et depuis ce jour ils ne cessèrent pas de procéder conjointement (concorditer processimus) : le procès-verbal de toutes les séances porte que l’évêque et le vicaire de l’inquisiteur y ont présidé (præsentibus nobis episcopo… et vicario). Pour mettre tout en règle, le vice-inquisiteur donna le même jour la commission de promoteur et celle d’exécuteur des mandements aux personnes déjà choisies par le prélat ; il nomma aussi des personnes pour garder la prisonnière au nom de l’Inquisition. Les actes qui en font foi sont insérés parmi les pièces du procès3144.

Mardi 13 mars

Le nombre des témoins que l’on croyait nécessaires de faire assister aux interrogatoires fut réduit à deux ce jour-là : ce furent Nicolas de Hubenc et frère Isambard de la Pierre.

L’Interrogatoire eut lieu comme à l’ordinaire à huit heures du matin, et dans la chambre de l’accusée.

409Il paraît que Jean de La Fontaine continua à interroger la Pucelle. Cependant les juges lui adressèrent aussi eux-mêmes quelques questions.

Comme on l’interrogeait sur le signe donné au roi :

— Estes vous content, (répondit-elle), que je me parjurasse ?

Le vice-inquisiteur prit alors la parole, et lui demanda

s’elle avoit promis et juré à sainte Katherine non dire ce signe ?

Jeanne d’Arc

— J’ay juré et promis non dire ce signe, et de moy mesme, pour ce que on m’en chargeait trop de le dire (c’est-à-dire, probablement, que ce qu’elle en racontait donnait lieu à trop d’objections de la part des théologiens, toujours plus portés à disputer sur les mots qu’à examiner les faits). Et adonc dy moy mesmes : je promects que je n’en parleray plus à homme.

Après une pareille déclaration, on ne peut plus regarder tout ce que Jeanne dit ensuite de ce signe, que comme des allégories plus ou moins obscures, et destinées à donner le change à ses juges en la débarrassant de leurs importunités. Elle ne fit au contraire que donner par là naissance à des difficultés nouvelles et à des contestations interminables.

— Le signe, (dit-elle), ce fut que l’angle certiffioit à mon roy, enluy apportant la couronne, 410et luy disoit que il auroit tout le royaume de France entièrement à l’aide de Dieu et moyennant mon labour, et qu’il me meist en besoigne ; cest assavoir que, autrement il me baillast des gens d’armes, il ne seroit mye si tost couronné et sacré.

— Avés vous depuis hier parlé à saincte Katherine ?

— Depuis je l’ay ouye ; et toutesvoies m’a dit plusieurs fois que je responde hardiement aux juges ce qu’ilz me demanderont touchant mon procès.

— En quelle manière l’angle apporta il la couronne, et la mist il sur la teste de vostre roy ?

— Elle fut baillée à ung arcevesque, cest assavoir à celuy de Rains, comme il me semble, en la presence du roy, comme il me semble ; et ledit arcevesque la receust, et la bailla au roy. Et estoie moy mesme présente ; et est mise au trésor du roy.

— En quel lieu fut elle apportée ?

— Ce fut en la chambre du roy, en chastel de Chinon.

— Quel jour et à quelle heure ?

— Du jour, je ne scay ; et de l’heure, il estoit haulte eure : autrement n’ay memoire de l’eure. Et du moys, en moy s’d’avril ou de mars, comme il me semble : en moys d’avril prouchain ou en cest present moys, a deux ans ; et estoit après Pasques.

411— La première journée que vous vistes le signe, vostre roy le vist il ?

— Ouil ; et il le eust luy mesmes.

— De quelle matière estoit ladite couronne ?

— C’est bon assavoir ! Elle estoit de fin or, et estoit si riche que je ne sçaroye nombrer la richesse. La couronne signifioit qu’il tendroit (tiendrait) le royaume de France.

— Y avoit il pierrerie ?

— Je vous ai dit ce que j’en sçay.

— La maniastes vous ou la baisastes ?

— Non.

— L’angle qui l’apporta venoit il de hault, ou s’il venoit par terre ?

— Il vint dehault. Et j’entends qu’il venoit par le commandement de Nostre Seigneur. Et entra par l’uys (la porte) de la chambre.

— L’angle venoit il par terre et erroit il (marchait-il) depuis l’uys de la chambre ?

— Quant il vint devant le roy, il fist révérence au roy en se inclinant devant luy, et prononçant les paroles que j’ay dictes du signe ; et avec ce, luy ramentevoit (rappelait) la belle pacience qu’il avoit eue selon les grandes tribulacions qui luy estoient venues ; et, depuis l’uys, il marchoit et erroit sur la terre en venant au roy.

— Quelle espace y avoit il, de l’uys jusques au roy ?

412— Comme je pense, il y avoit bien espace de la longueur d’une lance ; et par où il estoit venu, s’en retourna. — Quant l’angle vint, je l’accompagnay, et alay par les degrés à la chambre du roy, et entra l’angle le premier : et puis moy mesmes je dy au roy : Sire, vela vostre signe ; prenez lay.

— En quel lieu apparut il à vous ?

— J’estoie presque toujours en prière, afin que Dieu envoyast le signe du roy, et estoie en mon lougeis (logis), qui est chieux une bonne femme près du chastel de Chinon, quant il vint ; et puis nous en alasmes ensemble au roy ; et estoit bien accompaignié d’autres angles avec luy, que chacun ne véoit pas. — Se n’eust esté pour l’amour de moy, et pour me tirer hors de paine des gens qui me arguoient, je croy bien que plusieurs gens veirent l’ange dessusdit qui ne l’eussent pas veu.

— Tous ceux qui là estoient veirent ilz l’angle ?

— Je pense que l’arcevesque de Rains, les seigneurs d’Alençon et de la Tremoulle, et Charles de Bourbon, le veirent. Et quant est de la couronne, plusieurs gens d’église et autres la veirent, qui ne veirent pas l’angle.

— De quelle figure et quel grant estoit l’angle ?

413— Je n’en ay point congié ; et demain en respondray.

— Ceulx qui estoient en la compaignie de l’angle estoient ilz d’une mesme figure ?

— Ilz se entreressembloient voulentiers les aucuns, et les autres non, en la manière que je les véois ; et les aucuns avoient elles (ailes) ; et si, en avoient de couronnés et les autres non ; et y estoient en la compaignie saincte Katherine et saincte Marguerite ; et furent avec l’angle dessusdict, et les autres angles aussi, jusques dedans la chambre du roy.

— Comme celluy angle se départit il de vous ?

— Il se departit de moy en certaine3145 petite chapelle, et fu bien courrouciée (affligée) de son partement, et plourant. Et m’en fusse voulentiers allée avec luy, cest assavoir mon ame.

— Au partement, demourastes vous joyeuse, ou effrée et en grant paour ?

— Il ne me laissa point en paour ne effrée ; mais estoie courroucée (désolée) de son partement.

— Fut ce par le mérite de vous, que Dieu envoya son angle ?

— Il venoit pour grant chose, et fut en esperance 414que le roy creust le signe, et que on laissast à me arguer, et pour donner secours aux bonnes gens d’Orléans, et aussi pour le mérite du roy et du bon duc d’Orléans.

— Pourquoi vous plus tost que ung autre ?

— Il pleust à Dieu ainsi faire par une simple Pucelle, pour rebouter (repousser) les adversaires du roy.

— A il esté dit à vous où l’angle avoit prins celle couronne ?

— Elle a esté apportée de par Dieu, et il n’a orfaivre en monde qui la sceust faire si belle ou si riche. Et où la prinst, je m’en raporte à Dieu, et ne scay point autrement où elle fut prinse.

— Cette couronne fleuroit elle point bon et avoit elle point bonne odeur, et estoit elle point reluisant ?

— Je n’ay point de mémoire de ce, et m’en adviseray. — Elle sent bon et sentira, mais qu’elle soit bien gardée ainsi qu’il appartient.

— En quelle manière estoit elle ?

— Elle estoit en manière de couronne.

— L’angle vous avoit il escript lectres ?

— Non.

— Quel signe eurent le roy, les gens qui estoient avec luy, et vous, que c’estoit un angle.

— Le roy le creust par l’enseignement des 415gens d’eglise qui là estoient, et par le signe de la couronne.

— Comme les gens d’eglise sceurent ilz que c’estoit un angle ?

— Par leur science, et parce qu’ilz estoient clercs.

Elle fut ensuite interrogée, continue le procès-verbal,

d’un prestre concubinaire et d’une tasse perdue.

— De tout cé, (répondit-elle), je n’en scay rien, ne oncques n’en ouy parler.

— Quant vous alastes devant Paris, l’eustes vous par revelacion de vos voix, de y aller ?

— Non ; mais à la requeste des gentilzhommes, qui vouloient faire une escarmouche ou une vaillance d’armes ; et avoie bien entencion d’aler oultre, et passer les fossés.

— Eustes vous revelacion d’aler devant la Charité ?

— Non ; mais par la requeste des gens d’armes, ainsi comme autrefois j’ay dit.

— Du Pont-l’Evesque, eustes vous point de revelacion ?

— Puis (depuis) ce que je eus revelacion à Meleun que je seroie prinse, je me rapportay le plus du fait de la guerre à la voulenté des cappitaines ; et toutes voies ne leur disoie pas que j’avoie revelacion d’estre prinse.

416— Fut ce bien fait, au jour de la nativité Nostre Dame, qu’il estoit feste, de aller assaillir Paris ?

— C’est bien fait de garder les festes de Nostre Dame ; et, en ma conscience, me semble que c’estoit et seroit bien fait de garder les festes de Nostre Dame depuis ung bout jusques à l’autre3146.

— Distes vous point devant la ville de Paris : Rendez la ville de par Jhesus ?

— Non ; mais dy : Rendez la au roy de France !

Ici finit l’interrogatoire.

Mercredi 14 mars

On se rassembla dans le même lieu et à la même heure, le lendemain 14 mars.

Le procès-verbal de cette séance ne porte pas expressément que l’évêque de Beauvais fut présent.

À dater de ce jour, il faut ajouter aux noms des individus qui assistaient aux séances, celui de maître Pierre Taquel ou Tasquel, prêtre,

notaire public de l’autorité impériale et de la cour archiépiscopale de Rouen,

que le vice inquisiteur Jean le Maistre venait de nommer notaire et scribe en cette cause pour l’Inquisition. La 417grosse latine du procès porte que les lettres de réquisition du vice-inquisiteur lui furent lues, et qu’il prêta serment entre ses mains le même jour, dans la chambre de Jeanne, avant l’ouverture de l’interrogatoire.

Sa déposition s’accorde parfaitement à cet égard avec la grosse, et il y entre dans quelque détail sur la part qu’il prit au procès.

Dépose qu’il eut connaissance de ladite Jeanne durant le procès agité contre elle en matière de foi ; car il fut l’autre notaire en ce procès ; néanmoins il n’y fut pas dans le commencement, comme il est constaté par sa suscription, ni pendant le temps qu’on procédait dans la grand-salle, mais pendant le temps seulement qu’on procéda dans la prison. Et, comme il lui semble, il commença à prendre part audit procès le quatorzième jour du mois de mars, l’an du Seigneur mil quatre cent trente, comme il conste par sa commission, à laquelle il se réfère. Depuis ce temps jusqu’à la fin, il fut présent, comme notaire, aux interrogatoires et réponses de ladite Jeanne ; néanmoins il n’écrivait pas, mais écoutait ; et les deux autres notaires, savoir Boys-Guillaume et Manchon, lui référaient ce qu’ils écrivaient, et principalement Manchon3147.

418— Quelle fut, (demanda-t-on à l’accusée, à l’ouverture de l’interrogatoire), la cause pour quoy vous sautastes de la tour de Beaurevoir ?

— J’avoie ouy dire, (répondit-elle), que ceulx de Compiegne, tous, jusques à l’aage de VII ans, devoient estre mis à feu et à sanc ; et j’aymoie mieulx mourir que vivre après une telle destruction de bonnes gens. Et fut l’une des causes. L’autre, que je sceus que j’estoie vendue aux Angloys ; et eus eu plus cher mourir que d’estre en la main des Angloys, mes adversaires.

— Ce sault, fut ce du conseil de vos voix ?

— Saincte Katherine me disoit presque tous les jours que je ne saillisse point, et que Dieu me aideroit, et mesme à ceulx de Compiegne. Et je dy à saincte Katherine, puisque Dieu aideroit à ceulx de Compiegne, que j’y voulois estre. Et saincte Katherine me dist : Sans faulte, il faut que vous preniés tout en gré, et ne serés point délivré, tant que aies veu le roy des Angloys. Et je respondoie : Vrayement je ne le voulsisse (voudrais) point veoir. J’aymasse mieulx mourir que d’estre mise en la main des Angloys.

— Avés vous dit à saincte Katherine et saincte Marguerite : Laira (laissera) Dieu mourir si mauvaisement ces bonnes gens de Compiegne ?

419— Je n’ay point dit : Si mauvaisement ; mais leur dy en celle manière : Comme laira Dieu mourir ces bonnes gens de Compiegne, qui ont esté et sont si loyaulz à leur Seigneur ? — Puis (depuis) que je fu cheue, je fu deux ou trois jours que ne vouloie mangier ; et mesmes aussi, pour ce sault, fu grevée tant que ne povoie ne boire ne mangier. Et toutes voies fu reconfortée de saincte Katherine, qui me dist que me confessasse et requerisse mercy à Dieu de ce que avoie sailli ; et que sans faulte ceulx de Compiegne aroient secours dedens la Saint Martin d’yver. Et adoncques me prins à revenir et commencier à mangier, et fus tantoust guerie.

— Quant vous saillistes, vous cuidiés vous tuer ?

— Non ; mais, en saillant, me recommanday à Dieu ; et cuidoie par le moyen de ce sault eschaper et évader, que ne fusse livrée aux Angloys.

— Quant la parole vous fut revenue, regnoiastes vous point et malgreastes vous point Dieu et ses sains, pour ce que (car) ce est trouvé par l’informacion ?

— Je n’en ay point de memoire ; que je sois souvenant, ne regnoiay et malgreay oncques Dieu et ses sains, en ce lieu ou ailleurs ; et ne m’en suis point confessée ; car n’ay point de memoire que l’aye dit ou fait.

420— Voulés vous point vous raporter à l’informacion faicte ou à faire ?

— Je m’en raporte à Dieu, et non aultre, et à bonne confession.

— Vos voix vous demandent elles dilacion (délai) de respondre ?

— Saincte Katherine me respond à la fois (à chaque fois). Et aucunes fois je faille à l’entendre pour la turbacion des personnes et par les noises de mes gardes. Et quant je fais requeste à saincte Katherine, et tantoust elle et saincte Marguerite font requeste à Nostre Seigneur, et puis, du commandement de Nostre Seigneur, me donnent responce.

— Quant elles viennent, y a il lumières avec elles ? et vistes vous point de lumières quant oytes en chastel la voix, et ne sçaviés s’elle estoit en la chambre ?

— Il n’est jour qu’ilz ne viennent en ce chastel, et si, ne viennent point sans lumière. Et, de celle fois, oys la voix ; mais n’ay point memoire se je veis lumière, et aussi se je veis saincte Katherine. — J’ai demandé à mes voix trois choses : l’une, mon expedicion ; l’autre, que Dieu aide aux Françoys, et garde bien les villes de leur obéissance ; et l’autre, le salut de mon ame. — Je requiers, se ainsi est que je sois menée à Paris, que j’aye le double de mes interrogatoires 421et responces, afin que je le baille à iceulx de Paris, et leur puisse dire : Vecy comme j’ai esté interroguée à Rouen et mes responces ; et que je ne sois plus travaillée de tant de demandes.

Interroguée sur ce qu’elle avoit dit que monseigneur de Beauvez se mectoit en danger, de la mectre en cause, quar (pourquoi) c’estoit, et quel danger, et tant de monseigneur de Beauvez que des autres ?

— Quar c’estoit et est, (respondit-elle), que je dis à monseigneur de Beauvez : Vous dictes que vous estes mon juge : je ne scay se vous l’estes ; mais advisez bien que ne jugez mal, que vous vous mectriez en grant danger ; et vous en advertis, afin que si Nostre Seigneur vous chastie, que je fais mon debvoir de le vous dire.

— Quel est ce péril ou danger ?

Au lieu de répondre à cette question, Jeanne paraît, dans le procès-verbal, passer subitement à d’autres idées. Peut-être plusieurs demandes et réponses ont-elles été supprimées en cet endroit.

— Saincte Katherine m’a dit que j’auroie secours ; et ne scay si ce sera à estre delivrée de la prison, ou, quand seray au jugement, s’il y vendra (viendra) aucun trouble, par quel moyen je pourray estre delivré : et pense que ce soit ou l’un ou l’autre. Et le plus dient (disent) mes voix que je seray delivrée par grant victoire. Et 422après me dient mes voix : Pran tout en gré ; ne te chaille (soucie) de ton martyre : tu t’en vendras (viendras) enfin au royaulme de Paradis. Et ce me dient mes voix simplement et absolument, c’est assavoir sans faillir. Et appelle ce martyre, pour la paine et adversité que seuffre (souffre) en la prison ; et ne scay se plus grant souffreray ; mais m’en actent (rapporte) à Nostre Seigneur.

Quelles réflexions ce peu de lignes fait naître ! Ainsi les saintes dont Jeanne d’Arc se croyait visitée, lui ont prédit jusqu’à sa mort ! Cela n’est-il pas clairement exprimé par ces mots, qu’elle sera délivrée de sa prison ; qu’elle le sera par une grande victoire ; qu’elle doit tout prendre en gré, et souffrir son martyre avec patience ; et qu’elle sera enfin admise dans le royaume de Paradis ? La mort n’a-t-elle pas en effet brisé ses fers ? Une mort atroce, endurée avec résignation, n’a-t-elle pas été de tout temps regardée par les chrétiens comme une victoire remportée sur l’éternel ennemi des hommes ? Chose remarquable : ces paroles prophétiques des célestes protectrices de Jeanne d’Arc, elle seule n’en saisissait pas le véritable sens. Ne pourrait-on pas supposer que ces dernières prédictions n’avaient pour objet que de confirmer, en servant de complément à toutes les autres, la réalité de la mission de cette jeune fille ; et que, tout en la rendant 423l’organe de ses oracles, Dieu voulait épargner à la faiblesse de cet ange mortel le tourment de les comprendre ? Qui sait, en effet, si l’horrible certitude du sort qui l’attendait, n’eût pas triomphé de son courage, et porté son âme au désespoir ? Cette providence, qui mesure le vent à la brebis tondue, ne peut-elle vouloir proportionner aux forces morales de ses saints les épreuves qu’elle leur envoie ?

Mais, qui ne déplorera le profond endurcissement des persécuteurs de cette innocente victime ? Ils ne virent, dans l’étonnant récit qu’elle venait de leur faire, qu’une source de questions captieuses et perfides.

— Depuis que vos voix, (lui demanda-t-on), vous ont dit que vous irés en la fin en royaume de Paradis, vous tenés vous assurée d’estre sauvée, et que vous ne serés point dampnée en enfer ?

— Je croy ferméement ce que mes voix me ont dit, que je seray saulvée, aussi ferméement que se j’y fusse jà.

— Ceste response est de grant pois.

— Aussi le tiens je pour un grant trésor.

— Croyés vous, après ceste revelacion, que ne puissiés faire pechié mortel ?

— Je n’en scay rien ; mais m’en actend du tout à Nostre Seigneur3148.

424L’interrogatoire fut interrompu en cet endroit. Probablement on voulait se consulter sur le parti qu’on pourrait tirer, pour perdre l’accusée, d’une série de demandes fondées sur ses dernières réponses.

Mercredi 14 mars, après-dîner

On reprit l’interrogatoire le même jour dans l’après-dîner. Le procès-verbal ne porte pas expressément que l’évêque de Beauvais et l’inquisiteur fussent présents3149. Un nommé Jean Manchon y figure comme témoin avec frère Isambard. Une circonstance assez singulière, c’est que le procès-verbal de cet interrogatoire commence par un complément de réponse de l’accusée, sans question antérieure, et sans aucune indication de la personne qui parle. Voici le texte :

Du mercredi, la relevée.

Et quant à cest article (voyez l’article du dernier interrogatoire), par ainsi qu’elle tiegne le serment qu’elle a fait à Nostre Seigneur, cest assavoir qu’elle gardast bien sa virginité de corps et de ame.

Peut-être existe-t-il quelque lacune en cet endroit.

On lui demande ensuite :

se il est besoin de se confesser, puis qu’elle croist, à la revelacion de ses voix, qu’elle sera sauvée ?

— Je ne scay point, (répond-elle), que j’aye 425pechié mortellement ; mais se j’estoie en pechié mortel, je pense que saincte Katherine et saincte Marguerite me délesseroient tantost (aussitôt). Et croy, en respondant (pour répondre) à l’article précédent, on ne sçait trop nectoyer sa conscience.

— Depuis que estes en ceste prison, avés vous point regnoié ou malgréé Dieu ?

— Non. Aucunesfois, quant je dy bon gré Dieu, ou Saint Jehan, ou Nostre Dame, ceulx qui pevent avoir raporté, ont mal entendu.

— Prendre ung homme a raençon, et le faire mourir prisonnier, est-ce point pechié mortel ?

— Je ne l’ay point fait.

On lui reprocha alors la mort de Franquet d’Arras, qui fut supplicié à Lagny.

— Je fus, (répondit-elle), consentante, de luy, de le faire mourir se il l’avoit desservi (mérité), pour ce qu’il confessa estre meurdrier, larron et traictre. Son procès dura XV jours, et en fut juge le baillif de Senlis et ceulx de la justice de Lagny. Je requeroie avoir Franquet pour ung homme de Paris, seigneur de Lours3150 ; et quant je sceus que ce seigneur fut mort, et que le baillif me dit que je vouloie faire grant tort à la justice, de delivrer celluy Franquet, 426lors dy-je au baillif : Puisque mon homme est mort, que je vouloie avoir, faictes de icelluy ce que debvroyés (désiriez) faire par (selon la) justice.

— Baillastes vous ou fistes vous bailler l’argent pour celluy qui avoit prins ledit Franquet ?

— Je ne suys pas monnoyer ou tresorier de France, pour bailler argent.

Et quant on luy a ramentevé (rappelé) qu’elle avoit assailli Paris à jour de feste ; qu’elle avoit eu le cheval de monseigneur de Senlis ; qu’elle s’estoit laissée cheoir de la tour de Beaurevoir ; qu’elle porte abit d’omme ; qu’elle estoit consentante de la mort de Franquet d’Arras : s’elle cuide point avoir fait pechié mortel ?

Il paraît qu’il y eut ici une interruption (la cause n’en est point indiquée) assez longue pour que le notaire chargé d’écrire la minute crût devoir, en reprenant la plume, annoncer un nouvel interrogatoire. Les traces de cette interruption ont disparu dans les grosses latines, et n’existent que dans le texte français du manuscrit de d’Urfé : nouveau motif de croire que ce texte est original à l’égard des grosses ; en d’autres termes, qu’il a été réellement copié sur la minute même des interrogatoires dont les grosses n’offrent que la traduction latine.

427Voici le texte du manuscrit de d’Urfé :

Item die mercurii prædicta de releveva,

Decima quarta marcii.

Respond au premier (article touchant l’attaque) de Paris :

— Je n’en cuide point estre en pechié mortel ; et se je l’ay fait, c’est à Dieu d’en congnoistre, et, en confession, à Dieu et au prebstre.

Au second (article, touchant l’enlèvement) du cheval de monseigneur de Senliz : Respond qu’elle croist fermement qu’elle n’en a point de pechié mortel envers Nostre Sire, pource qu’il se estime à deux cens salus d’or, dont il en oult assignacion ; et toutesvoies il fut renvoyé au seigneur de la Tremoulle pour le rendre à monseigneur de Senliz. Et ne valoit rien ledit cheval à chevaucher pour elle. Et si, dit qu’elle ne le osta pas de l’evesque. Et si, dit aussi qu’elle n’estoit point contente, d’autre part, de le retenir, pource qu’elle oyt que l’evesque en estoit mal content, que on lui avoit prins son cheval, et aussi pource qu’il ne valoit rien pour gens d’armes. Et en conclusion, s’il fut paié de l’assignacion qui luy fust faicte, ne sçait ; ne aussi s’il eust restitucion de son cheval ; et pense que non.

Au tiers (article, touchant le saut qu’elle fit du haut) de la tour de Beaurevoir, respond :

— Je le faisoye, non pas en esperance de moy 428desperer (peut-être despecer, désespérer), mais en espérance de sauver mon corps, et de aler secourir plusieurs bonnes gens qui estoient en necessité.

Et après le sault s’en est confessée, et en a requis mercy à Nostre Seigneur, et en a pardon de Nostre Seigneur. Et croist que ce n’estoit pas bien fait, de faire ce sault, mais fut mal fait.

Item, dit qu’elle sait qu’elle en a pardon, par la revelacion de saincte Katherine, après qu’elle en fut confessée ; et que, par le conseil de saincte Katherine, elle s’en confessa.

Interroguée s’elle en oult moult grande penitence ? Respond qu’elle en porta une grant partie du mal qu’elle se fist en chéant.

Interroguée se ce mal fait qu’elle fist, de saillir, s’elle croist que ce fust pechié mortel ? Respond :

— Je n’en scay rien, mais m’en actend à Notre Seigneur.

Au quart (article, savoir qu’) elle porte habit d’omme, respond :

— Puisque je le fais par commandement de Nostre Sire, et en son service, je ne cuide point mal faire ; et quant il luy plaira à commander, il sera tantoust (aussitôt) mis jus (mis bas).

Jeudi 15 mars, matin

L’évêque de Beauvais n’assista pas à l’interrogatoire suivant ; du moins son nom n’est pas porté au procès-verbal. Il paraît que Jean de La Fontaine, commissaire examinateur, tint cette fois 429sa place ; car le nom de La Fontaine précède, dans le procès-verbal, celui du vice-inquisiteur. Les assesseurs furent, comme précédemment, Nicolas Midy et Gérard Feuillet. Nicolas de Hubenc fut témoin avec frère Isembard de la Pierre.

La séance s’ouvrit par des monitions et requisitions adressées à l’accusée, à l’effet d’obtenir d’elle que, si elle avait fait quelque action contraire à la foi, elle s’en rapportât au jugement de l’Église.

— Que mes responses, (dit Jeanne d’Arc), soient veues et examinées par les clercs, et puis que on me die s’il y a quelque chose qui soit contre la foy xhrestpienne : je sçaray bien à dire, par mon conseil, qu’il en sera ; et puis en diray ce que en aray trouvé par mon conseil. Et toutesvoies, s’il y a rien de mal contre la foy xhrestpienne que Nostre Sire a commandée, je ne le vouldroie soutenir, et seroie bien courroucée (affligée) d’aler encontre.

Item, (ajoute le procès-verbal), luy fut declairé l’Eglise triumphant et l’Eglise militant, que c’estoit de l’un et de l’aultre.

Item, requise que, de present, elle se meist en la determinacion de l’Eglise, de ce qu’elle a fait ou dit, soit bien ou mal, respond :

— Je ne vous en respondray autre chose pour le present.

Il paraît, d’après le manuscrit de d’Urfé, qui indique ensuite un autre interrogatoire, qu’il y 430eut ici une interruption plus ou moins considérable. On en a encore fait disparaître la trace dans la grosse latine : l’interrogatoire suivant y est réuni à celui-ci.

Très-probablement une discussion touchant la distinction entre l’Église triomphante et l’Église militante donna lieu à cette interruption. Tout le monde sait qu’on entend par l’Église triomphante Jésus-Christ et les élus admis dans le ciel, et par l’Église militante les fidèles qui combattent sur la terre contre l’éternel ennemi des hommes. Mais, ce qui semble prouver que les docteurs présents eurent quelque peine à s’accorder dans leurs définitions, c’est que Jeanne d’Arc eut besoin, quelques jours après, d’une explication plus claire et plus précise.

L’interrogatoire ayant repris, la première demande adressée à la Pucelle, fut :

qu’elle dist la manière comme elle cuida eschaper du chastel de Beaulieu, entre deux pièces de boys.

— Je ne fus oncques prisonnière en lieu, (répondit-elle), que ne m’en eschapasse voulentiers. Et estant en icelluy chastel, eusse confermé mes gardes dedans la tour, n’eust esté le portier qui me advisa et me rencontra. Ad ce qu’il me semble, il ne plaisoit pas à Dieu que eschappasse pour celle fois, et failloit que veisse le roy des Angloys, comme mes voix me avoient dit.

431— Avés vous congié de vos voix de partir de prison toutesfois qu’il plaira à vous ?

— Je l’ay demandé plusieurs fois ; mais je ne l’ay pas encore.

— Partiriés vous de présent, se vous veissiés vostre point de partir ?

— Si je véoie l’uys ouvert, je me en iroie, et ce me seroit le congié de Nostre Seigneur. Et crois fermement, se je véoie l’uys ouvert, et mes gardes et les autres Angloys n’y sceussent resister, je entendroie que ce seroit le congié, et que Nostre Seigneur me envoyeroit secours. Mais sans congié ne m’en iroie pas, se ce n’estoit se je faisoie une entreprinse pour m’en aler, pour sçavoir se Nostre Sire en seroit content. Car, (allégua-t-elle) : aide toy, Dieu te aidera. Et je le dis, pource que, se je m’en aloie, que on ne deist pas que je m’en fusse allée sans congié.

Quelque omission paraît avoir eu lieu en cet endroit ; c’est du moins ce que semble indiquer ce qui suit :

— Puisque vous demandés à oïr messe, il semble que ce seroit plus honneste que fussiés en abit de femme. Pource, donc, lequel aymeriés vous mieulx, prendre abit de femme et ouyr messe, que demourer en abit de homme et non oyr messe ?

Ceux qui se rappelleront combien Jeanne d’Arc mettait d’empressement à remplir ses devoirs 432religieux, sentiront sans doute que c’était là la soumettre à une bien vive tentation.

— Certifiez moy, (répondit-elle), de oïr messe se je suis en abit de femme, et sur ce je vous respondray.

À quoy lui fut dit par l’interrogant (Jean de La Fontaine sans doute) :

— Et je vous certiffie que vous orrez messe, mais que soyés en abit de femme.

— Et que dictes vous, (reprit Jeanne d’Arc), se je ai juré et promis à nostre roy non mectre jus (bas) cest habit ? Toutesvoies je vous respond : Faictes moy faire une robe longue jusques à terre, sans queue, et me la baillez à (pour) aler à la messe ; et puis, au retour, je reprendray l’abit que j’ay.

— Refuseriés vous de prendre du tout (pour toujours) habit de femme, pour aler ouyr messe ?

— Je me conseilleray sur ce, et puis vous respondray. — Je requiers, en l’onneur de Dieu et Nostre Dame, que je puisse ouyr messe en ceste bonne ville.

— Prenés habit de femme simplement et absolument.

— Baillez moy abit comme une fille de bourgoys, c’est à sçavoir, houppelande longue, et je le prendray, et mesmes le chaperon de femme pour aler ouyr messe. 433— Et aussi, le plus instamment que je puis, je requiers que on me lesse cest habit que je porte, et que on me laisse oyr messe sans le changier.

Il ne faut pas oublier que, outre le motif de l’obéissance à Dieu, dont Jeanne croyait avoir reçu l’ordre de prendre l’habit viril, cette jeune fille avait une autre raison bien puissante pour tenir à garder cet habit : l’immoralité de ses gardes et les tentatives coupables auxquelles sa pudeur était journellement exposée3151.

On passa aussitôt à une autre matière.

— Voulés vous point, de ce que vous avés dit et fait, vous submectre et rapporter en la determinacion de l’Eglise ?

— Toutes mes œuvres et mes fais sont en la main de Dieu, et m’en actend à luy ; et vous certifie que je ne vouldroie rien faire ou dire contre la foy xhrestpienne ; et se je avoye rien fait ou dit qui fut sur le corps de moy, que les clercs sceussent dire que ce fust contre la foy xhrestpienne que Nostre Sire a establie, je ne le vouldroie soustenir, mais le bouteroye hors.

Et c’est après une pareille déclaration qu’on a pu déclarer Jeanne d’Arc hérétique !

— Vouldriés vous point vous en submectre en l’ordonnance de l’Église ?

Jeanne d’Arc, comme on le verra plus tard, 434était fondée à croire, ce qui était vrai, que par l’Église, ses juges entendaient leur tribunal particulier, investi selon eux des pouvoirs de l’Église. Elle ne partageait pas, et avec raison, leur manière de voir ; et c’est ce qui lui inspira la réponse suivante :

— Je ne vous en respondray maintenant autre chose. Mais, samedi, envoyés moi le clerc (le notaire greffier Guillaume Manchon, qui écrivait la minute des interrogatoires), se n’y voulés venir ; et je luy respondray de ce à l’aide de Dieu, et ce sera mis en escript.

Passant alors subitement à un autre sujet :

— Quant vos voix viennent, (lui demanda-t-on), leur faictes vous reverence absolument comme à un sainct ou saincte ?

— Ouil ; et se ne l’ay fait aucunesfois, leur en ay crié mercy et pardon depuis ; et ne leur sçay faire si grande reverence connue à elles appartient, car je croy fermement que ce soient saincte Katherine et saincte Marguerite.

Elle en dit autant de saint Michel.

— Pource que ès (aux) saincts du paradis on fait voulentiers oblacions (offrandes) de chaindelles, etc., à ces saincts et sainctes qui viennent à vous, avés vous point fait oblacion de chaindelles ardans, ou d’autres choses, à l’Eglise, ou ailleurs, ou faire dire des messes ?

— Non ; se ce n’est en offrant, à la messe, en 435la main du prebstre, et en l’onneur de saincte Katherine ; car je croy que c’est l’une de celle qui se apparust à moy. Et n’en ay point tant alumé comme je feroie voulentiers à saincte Katherine et saincte Marguerite qui sont en paradis. — Je croy fermement que ce sont celles qui viennent à moy.

— Quant vous meictes ces chaindelles devant l’ymaige saincte Katherine, les meictés vous, ces chaindelles, en l’onneur de celle qui se apparut à vous ?

— Je le fais en l’honneur de Dieu, Nostre Dame, et saincte Katherine qui est en ciel. Et ne fais point de différence de saincte Katherine qui est en ciel et de celle qui se appert à moy.

— Les meictés vous en l’onneur de celle qui se apparut à vous ?

— Ouil ; car je ne meict point de difference entre celle qui se apparut à moy et celle qui est en ciel.

— Faictes vous et accomplissés vous tousjours ce que les voix vous commandent ?

— De tout mon povoir je accomply le commandement de Nostre Seigneur à moy fait par mes voix, de ce que j’en sçay entendre. Et ne me commandent rien sans le bon plaisir de Nostre Seigneur.

— En fait de la guerre, avés vous rien fait sans le congié de vos voix ?

436— Vous en estes tous respondus : et luisés (lisez) bien vostre livre, et vous le trouverés. Toutesvoies, à la requeste des gens d’armes, fut fait une vaillance d’armes devant Paris, et aussi devant la Charité à la requeste de mon roy3152 : et ne fut contre ne par le commandement de mes voix.

— Fistes vous oncques aucunes choses contre leur commandement et voulenté ?

— Ce que j’ay peu et sceu faire, je l’ai fait et accomply à mon povoir. Et quant est du sault du dongon de Beaurevoir, que je feis contre leur commandement, je ne m’en peus tenir. Et quant elles veirent ma necessité, et que ne m’en sçavoie et povoie tenir, elles me secourirent ma vie, et me garderent de me tuer. — Quelque chose que je feis oncques, en mes grans afaires, elles m’ont tousjours secourue : et ce est signe que ce sont bons esperits.

— Avés vous point d’autre signe que ce sont bons esperits ?

— Sainct Michiel me le certiffia avant que les voix me venissent.

— Comme congnustes vous que c’estoit sainct Michiel ?

437— Par le parler et le langaige des angles. Et le croy fermement, que c’estoient angles.

— Comme congneustes vous que c’estoit langaige d’angles ?

— Je le creus assés tost et eus ceste voulenté de le croire. — Saint Michiel, quant il vint à moy, me dist que sainctes Katherine et Marguerite vendroient à moy, et que je feusse (peut-être, fisse) par leur conseil ; et estoient ordonnées pour me conduire et conseiller en ce que je avoie à faire, et que je les creusse de ce qu’elles me diroient ; et que c’estoit par le commandement de Nostre Sire.

— Se l’annemy (Satan, l’ennemi des hommes) se mectoit en fourme ou signe d’angle, comme congnoistriés vous que ce fust bon angle ou mauvais angle ?

— Je congnoistroie bien se ce seroit saint Michiel ou une chose contrefaisante comme luy. — À la première fois, je feis grant doubte se c’estoit saint Michiel ; et, à la première fois, j’eus grant paour. Et si, le veis maintesfois avant que je sceusse que ce fust saint Michiel.

— Pourquoy congneustes vous plus tost que c’estoit sainct Michiel, à la fois que vous creustes que c’estoit il, que à la fois première ?

— À la première fois j’estoie jeune enfant, et 438eus paour de ce. Depuis, me enseigna et monstra tant, que je creus fermement que c’estoit il.

— Quelle doctrine vous enseigna il ?

— Sur toutes choses il me disoit que je feusse bon enfant, et que Dieu me aideroit ; et, entre les autres choses, que je venisse au secours du roy de France. Et une plus grant partie de ce que l’angle me enseigna, est en ce livre. Et me racontet l’angle la pitié qui estoit au royaume de France.

— De quelle grandeur et estature estoit celluy angle ?

— {Samedi en respondray avec l’autre chose dont je doi respondre, c’est assavoir, ce qu’il en plaira à Dieu.

— Cuidés vous point grant pechié de courroucer saincte Katherine et saincte Marguerite, qui se appairent à vous, et de faire contre leur commandement ?

— Ouil, qui le sçait amender (pour celui qui pourrait mieux faire). Et le plus que je les courrouçasse oncques, à mon avis, ce fut du sault de Beaurevoir, dont je leur ay crié mercy, et des autres offenses que je puis avoir faictes envers elles.

— Saincte Marguerite et saincte Katherine prendroient elles vengeance corporelle pour l’offense ?

— Je ne sçay, et ne leur ay point demandé.

439— Pource qu’avés dit que, pour dire vérité aucunesfois l’en est pendu, est ce pour ce que savés en vous quelque crime ou faute pourquoy vous peussiés ou deussiés mourir ?

— Non3153.

(Vendredi 16 mars) Il n’y eut point d’interrogatoire le jour suivant.

Samedi 17 mars

Le surlendemain, 17 mars, le vice-inquisiteur Jean le Maistre, le commissaire examinateur Jean de La Fontaine, les assesseurs Nicolas Midy et Gérard Feuillet, et les témoins Isambard de La Pierre et Jean Massieu, se réunirent, à l’heure ordinaire, avec les notaires-greffiers du procès, dans la chambre de l’accusée3154. L’évêque de Beauvais, se croyant apparemment suffisamment remplacé par La Fontaine, s’était dispensé d’assister à cette séance.

On commença par sommer la Pucelle

de donner responce en quelle fourme et espèce, grandeur et habit, vint sainct Michiel ?

— Il estoit, (répondit-elle), en la fourme d’un très vray preud’homme.

Je ne pense pas qu’il faille entendre par ce mot, un homme d’un certain âge : cette acception est beaucoup plus moderne. Au temps de la Pucelle, preud’homme ne signifiait autre chose qu’un honnête homme, un homme vertueux : cela est si 440vrai, que la grosse latine, écrite peu de mois après la mort de la Pucelle, et qui est la traduction littérale de la minute française, porte en cet endroit : in forma unius verissime probe hominis. L’extérieur grave, chaste et vertueux, que Jeanne, en suivant ce sens, aurait remarqué dans l’être surnaturel qui lui était, disait-elle, apparu, cet extérieur imposant, dis-je, n’exclut nullement l’idée de l’éternelle jeunesse dont notre imagination se plaît à embellir le chef des archanges.

— De l’abit et d’autres choses, (ajouta Jeanne d’Arc), je n’en dirai plus autre chose. — Quant aux angles, je les ay veus à mes yeulx (de mes yeux) ; et n’en aura l’en (l’on n’en aura) plus autre chose de moy. — Je croy aussi fermement les ditz et les fais de sainct Michiel, qui s’est apparu à moy, comme je croy que Nostre Seigneur Jhesus Crist souffrit mort et passion pour nous ; et ce qui me meust à le croire, c’est le bon conseil, confort et bonne doctrine, qu’il me a fais et donnés.

— Voulez-vous point vous mettre (remettre) de tous vos diz et fais, soit de bien ou mal, à la determinacion de nostre mère saincte Eglise ?

— Quant à l’Eglise, je l’aime, et la vouldroie soustenir de tout mon povoir pour nostre foy xhrestpienne ; et n’est pas moy que on doive destourner ou empescher d’aler à l’eglise, ne de 441ouyr messe ! Qant aux bonnes œuvres que j’ay faictes, et de mon advenement (venue), il fault que m’en actende (rapporte) au roy du ciel, qui m’a envoyée à Charles, filz de Charles roy de France, qui sera roy de France. Et verrés que les François gagneront bien tost une grande besoigne, que Dieu envoyera aux Françoys, et tant, que il brannera (ébranlera, entraînera) presque tout le royaume de France3155. Et le dys, afin que quant ce sera advenu, que on ait memoire que je l’ay dit.

— Dans quel terme ?

— Je m’en actend à Nostre Seigneur ?…

— Dictes si vous vous rapporterés à la determinacion de l’Eglise.

— Je m’en rapporte à Nostre Seigneur, qui m’a envoyée, à Nostre Dame, et à tous les benoictz saincts et sainctes de paradis. Et m’est advis que c’est tout ung, de Nostre Seigneur et de l’église, et que on n’en doit point faire de difficulté… Pourquoi fait on difficulté que ce ne soit tout ung ?

Alors luy fut dit, (porte le procès-verbal), que il y a l’Eglise triomphant où est Dieu, les saincts, les angles, et les ames saulvées ; l’Eglise militant, c’est nostre saint pere le pape, vicaire 442de Dieu en terre, les cardinaulx, les prélas de l’Église et clergié, et tous bons xhrestpiens et catholiques : laquelle Eglise bien assemblée ne peut errer, et est gouvernée du Saint Esprit.

Cette explication donnée, on demanda à Jeanne,

s’elle se vouloit rapporter à l’Eglise militante, c’est assavoir celle qui estoit ainsi déclairée ?

Il est évident qu’on proposait par là à l’accusée de se soumettre au jugement de l’Église universelle assemblée en concile. Or l’acceptation, par la Pucelle, de ce suprême tribunal, l’aurait soustraite à ses juges actuels, lui aurait sauvé la vie, aurait par conséquent privé les Anglais de la joie d’infamer le roi de France, et l’évêque de Beauvais du salaire de ses crimes. Comment donc put-on hasarder de faire à l’accusée une demande qui avait tant d’inconvénients ? C’est ce que nous expliquent quelques dépositions particulières. Un bourgeois de Rouen rapporte

qu’il entendit dire que maître Nicolas L’Oyseleur se feignant Français prisonnier des Anglais, plusieurs fois entra secrètement dans la prison de ladite Jeanne, et lui persuada de ne pas se soumettre au jugement de l’Église, et qu’autrement elle se trouverait déçue3156.

Un autre dépose

que le bruit courut alors en la ville de Rouen que quelques-uns, se feignant gens d’armes du 443parti du roi de France, furent introduits près d’elle secrètement, lesquels lui persuadaient de ne se pas soumettre à l’Église, parce qu’autrement ils (ses ennemis) prendraient sur elle autorité de juges ; et il était bruit que pour cette persuasion, elle varia ensuite sur le fait de la soumission. Et entendit alors dire que maître Nicolas L’Oyseleur était l’un de ces séducteurs qui feignaient d’être du parti il du roi de France3157.

Nicolas L’Oyseleur, (dit un troisième témoin), feignant d’être un prisonnier du parti du roi de France, et des parties de Lorraine, entrait quelquefois dans la prison de ladite Jeanne, lui disant qu’elle ne crût pas ces gens d’Église ; car si tu les crois, ajoutait-il, tu seras détruite. Et croit (le déposant) que l’évêque de Beauvais le savait bien, car autrement ledit L’Oyseleur n’aurait pas osé le faire : de quoi beaucoup d’assistants audit procès murmuraient contre ledit L’Oyseleur3158.

Ainsi, d’un côté, on invitait hautement l’accusée de se soumettre à l’Église universelle, et, de l’autre, on lui persuadait en secret de refuser cette soumission, pour pouvoir la livrer au bûcher comme convaincue d’hérésie ! Si Jeanne d’Arc eût su qu’elle pouvait réclamer 444la décision du concile, et que par ces mots, l’Église bien assemblée, on n’avait pu désigner le tribunal particulier de l’évêque et de l’inquisiteur, elle aurait certainement saisi cette occasion de se soustraire à la juridiction de ces deux juges ; mais elle craignit que ses ennemis ne prétendissent l’Église suffisamment représentée par le tribunal saisi de l’affaire, et qu’ainsi sa soumission à l’Église militante ne fût regardée comme une reconnaissance des droits de juridiction que l’évêque de Beauvais affectait sur elle. Cette confusion d’idées, préparée à dessein par les conseils du perfide L’Oyseleur, lui dicta la réponse suivante :

— Je suis venue au roy de France de par Dieu, de par la Vierge Marie, et tous les benoictz saincts et sainctes de paradis, et l’Église victorieuse de là-haut, et de leur commandement : et à celle Église là je submets tous mes bons fais, et tout ce que j’ay fait ou à faire. Et de respondre se je me submectray à l’Église militant, je n’en respondray maintenant autre chose.

— Que dictes vous, à cet habit de femme que on vous offre, affin que puissiez aler ouyr messe ?

— Quant à l’abit de femme, je ne le prandray pas encore, tant qu’il plaira à Nostre Seigneur. Et si ainsi est qu’il me faille mener jusques en jugement, qu’il me faille desvestir (déshabiller) en jugement, je requiers aux seigneurs de l’église 445qu’ilz me donnent la grâce de avoir une chemise de femme et ung queuvre chief (couvre-chef) en ma teste… J’ayme mieulx mourir que de revoquer ce que Nostre Seigneur m’a fait faire ; ce que je croy fermement que Nostre Seigneur ne laira jà (laissera jamais) advenir, de me mectre si bas par chose, que je n’aye secours bien tost de Dieu, et par miracle.

— Puisque vous dictes que vous portés habit d’omme par le commandement de Dieu, pourquoy demandés vous chemise de femme en article de mort ?

— Il me suffit qu’elle soit longue.

Ainsi les soins de la pudeur l’occupaient au point de s’étendre au-delà de sa vie ! Telle une fiction poétique nous peint Thisbé mourante :

Elle tombe, et tombant, range ses vêtements :

Dernier trait de pudeur à ses derniers moments3159.

— Vostre marraine qui a vu les fées, (reprit l’interrogateur), est elle reputée sage femme ?

— Elle est tenue et reputée bonne preude femme, non pas divine ou sorciere.

— Vous avés dit que prendriés habit de femme, mais que on vous laissast aler : cela plairoit il à Dieu ?

— Se on me donnoit congié en abit de femme, 446je me mectrois tantoust en abit d’omme, et feroie ce qui m’est commandé par Nostre Seigneur ; et j’ay autresfois ainsi respondu. Et ne feroie pour rien le serment que ne me armasse et meisse en abit d’omme, pour faire le plaisir de Nostre Seigneur.

— Quel aage, et quels vestemens ont sainctes Katherine et Marguerite ?

— Vous estes respondus de ce que vous en aurés de moy, et n’en airés aultre chose : et vous en ay respondu tout au plus certain que je sçay.

— Croyiés vous point, au devant de aujourd’hui, que les fées fussent maulvais esperis ?

— Je n’en sçavoie rien.

— Sçavez vous point que sainctes Katherine et Marguerite haient (haïssent) les Angloys ?

— Elles ayment ce que Nostre Seigneur ayme, et haient ce que Dieu hait.

— Dieu hait il les Angloys ?

— De l’amour ou hayne que Dieu a aux Angloys, ou que Dieu leur soit à leurs âmes3160, ne sçay rien. Mais je sçay bien que ilz seront boutez hors (chassés) de France, excepté ceulx qui y mourront ; et que Dieu envoyera victoire aux Françoys, et contre les Angloys.

— Dieu estoit il pour les Angloys, quant ilz estoient en prospérité en France ?

447— Je ne sçay si Dieu hayet (haïssait) les Françoys ; mais croy qu’il vouloit permectre de les laisser batre pour leurs pechiez, s’ilz y estoient.

— Quel garand et quel secours actendez vous avoir de Nostre Seigneur, de ce que vous portés habit d’omme ?

— Tant de l’abit que d’autres choses que j’ay fais, n’en ay voulu avoir autre loyer que la salvacion de mon ame.

— Quelles armes offristes vous à saint Denis ?

— Un blanc harnas entier à ung homme d’armes, avec une espée ; et la gagnay devant Paris.

— À quelle fin les offristes vous ?

— Par devocion, ainsi que il est accoustumé par les gens d’armes, quant ilz sont bleciés. Et pour ce que j’avoie esté bleciée devant Paris, les offry à saint Denis, pour ce que c’est le cry de France.

— Estoit-ce pour ce que on les adorast3161 ?

— Non.

— De quoy servoient ces cinq croix qui estoient en l’espée que vous trouvastes à Saincte Katherine de Fierbois ?

— Je n’en sçay rien.

— Qui vous meust faire paindre angles avecques bras, piés, jambes, vestemens ?

448— Vous y estes respondus.

— Les avés vous fait paindre tielz (tels) qu’ilz viennent à vous ?

— Je les ay fait paindre tielz, en la manière qu’ilz sont pains ès églises.

— Les vistes vous oncques en la manière qu’ilz furent pains ?

— Je ne vous en diray autre chose.

— Pourquoy n’y fistes vous paindre la clerté qui venoit à vous avec les angles ou les voix ?

— Il ne me fust point commandé.

Samedi L’interrogatoire, interrompu en cet endroit, fut repris dans l’après-dîner du même jour.

Samedi 17 mars, après-dîner

Cette séance se distingue des précédentes par la présence d’un plus grand nombre de juges. L’évêque de Beauvais y assista avec le vice-inquisiteur. Les assesseurs furent Jean Beaupère, Jacques de Touraine, Nicolas Midy, Pierre Morice, Gérard Feuillet, Thomas de Courcelles et Jean de La Fontaine, commissaire examinateur. Frère Isambard de La Pierre, et Jean Gris, gardien de l’accusée, figurèrent comme témoins. Tout se passa, comme à l’ordinaire, dans la chambre de l’accusée.

On reprit les choses où on les avait laissées le matin. Il paraît qu’on attachait beaucoup d’importance à la signification des peintures tracées sur l’étendard de la Pucelle.

— Ces deux angles, (lui demanda-t-on), qui 449estoient pains en vostre estaindart, representoient ilz saint Michiel et saint Gabriel ?

— Ilz n’y estoient, (répondit-elle), fors seulement pour l’onneur de Nostre Seigneur, qui estoit painct en l’estaindart. Je ne feis faire celle représentation des deux angles fors seullement pour l’onneur de Nostre Seigneur, qui y estoit figuré tenant le monde.

— Ces deux angles qui estoient figurés en l’estaindart, estoient ce les deux angles qui gardent le monde ? Et pour quoy n’en avoit il plus (davantage), veu qu’il vous estoit commandé par Nostre Seigneur que prinssiés cel (ou tel) estaindart ?

— Tout l’estaindart estoit commandé par Nostre Seigneur, par les voix de sainctes Katherine et Marguerite, qui me dirent : Pren l’estaindart de par le roy du ciel. Et pour ce qu’ilz me dirent, Pren estaindart de par le roy du ciel, j’y feis faire celle figure de Nostre Seigneur et de deux angles, et de couleur ; et tout le feis par leur commandement.

— Alors leur demandastes vous se, en vertu de celluy estaindart, vous gaigneriés toutes les batailles où vous vous bouteriés, et que auriés victoire ?

— Ilz me dirent que je le prinsse hardiment et que Dieu me aideroit.

450— Qui aidoit plus, vous à l’estaindart, ou l’estaindart à vous ?

— De la victoire, de l’estaindart ou de moi, c’estoit tout à Nostre Seigneur.

— L’espérance d’avoir victoire estoit elle fondée en vostre estaindart ou vous ?

— Il (elle) estoit fondé en Nostre Seigneur, et non ailleurs.

— Se ung autre l’eust porté que vous, eust il eu aussi bonne fortune, comme de vous, de le porter ?

— Je n’en scay rien : je m’en actend à Nostre Seigneur.

— Se ung des gens de vostre party vous eust baillé son estaindart à porter, l’eussiés vous porté, et y eussiés vous eu aussi bonne espérance comme en celluy de vous, qui vous estoit disposé de par Dieu, et mesmement celluy de votre roy ?

— Je portoye plus voulentiers celluy qui m’estoit ordonné de par Nostre Seigneur ; et toutes voyes du tout je m’en actendoye à Nostre Seigneur.

— De quoy servoit le signe que mectiez en vos lectres : Jhesus Maria ?

— Les clers escripvans mes lectres l’y mectoient ; et disoient les aucuns qu’il me appertenoit mectre ces deux mots : Jhesus Maria.

— Vous a il point esté revelé, se vous perdiés vostre virginité, que perdriez vostre eur (bonheur), 451et que vos voix ne vous vendroient (viendraient) plus ?

(Cette question n’aurait-elle pas été suggérée aux juges par les Anglais, et ne semble-t-elle point avoir quelque rapport avec les violences dont la malheureuse prisonnière eut plusieurs fois à se défendre ?)

— Cela ne m’a point esté revelé.

— Se vous estiés mariée, croyez vous point que vos voix vous vinsissent (vinssent) ?

— Je ne scay, et m’en actend à Nostre Seigneur.

On cherchait, par tous les moyens possibles, à tirer de cette jeune fille des réponses qui pussent la compromettre aux yeux de la morale et de la religion ; on crut sans doute y parvenir par la question suivante :

— Pensés vous et croyés vous fermement que vostre roy feist bien de tuer ou faire tuer monseigneur de Bourgongne ?

— Ce fut grant dommaige pour le royaume de France. Mais, quelque chose qu’il y eust entreulx, Dieu m’a envoyée au secours du roy de France.

— Vous avés dit à monseigneur de Beauvez, que respondriés autant à monseigneur et à ses commis comme fériés devant nostre saint père le pape ; et toutesfois il y a plusieurs interrogatoires (questions) à quoy ne voulés respondre : 452respondriés vous point plus plainement (au pape) que ne faites devant monseigneur de Beauvez ?

— J’ay respondu tout le plus vray que j’ay sceu, et se je sçavoie aucune chose qui me vensist à memoire, que je n’aye dit, le diroie voulentiers.

— L’ange qui apporta le signe à vostre roy, de quel aage, grandeur, et vestemens ?

Cette question, qui n’est suivie d’aucune réponse, a été supprimée dans la grosse latine.

— Vous semble il que soyés tenue de respondre plainement verité au pape, vicaire de Dieu, de tout ce que on vous demandroit touchant la foy et le fait de vostre conscience ?

— Je requiers d’estre menée devant luy, et puis respondray devant luy tout ce que devray respondre.

Et cet appel à une autorité supérieure n’a pas empêché des juges qu’elle avait récusés, de continuer à procéder contre elle !

— De quelle matière estoit l’ung de vos agneaulx (anneaux) où il estoit escript Jhesus Maria ?

— Je ne scay proprement ; et s’il est d’or, il n’est pas de fin or ; et si, ne scay se c’estoit or ou lecton. Et pense qu’il y avoit trois croix, et non autre signe que je sçaiche, excepté Jhesus Maria.

— Pourquoy c’estoit que regardiés voulentiers cel annel, quant vous allés en fait de guerre ?

453(Pour que les juges de Jeanne d’Arc fussent instruits d’une semblable particularité, ne fallait-il pas que ses moindres actions eussent été observées, avant sa prise, par des personnes admises auprès d’elle, et intéressées à ne laisser échapper aucune circonstance de sa conduite ? Des espions du régent anglais l’auraient-ils longtemps entourée ? des Français envieux auraient-ils accepté cet infâme ministère ? enfin, ce mot de la Pucelle à Conrardin de Spinal : Je ne crains que la trahison, était-il donc fondé sur quelque indiscrétion échappée aux lâches ennemis de l’héroïne française ?)

— Par plaisance, (répondit-elle), et par l’onneur de mon père et de ma mère. Et ayant mon annel en ma main et en mon doy, ay touché à saincte Katherine, qui me appareist.

— En quelle partie de ladicte saincte Katherine ?

— Vouz n’en aurez autre chose.

— Baisastes vous ou accolastes (embrassâtes) vous oncques sainctes Katherine et Marguerite ?

— Je les ay accolées toutes deux.

— Fleuroient ilz (sentaient-elles) bon ?

— Il est bon à sçavoir ! et sentoient bon.

— En accolant, y sentiés vous point de chaleur ou autre chose ?

— Je ne les povoie accoler sans les sentir et toucher.

454— Par quelle partie les accoliés vous, ou par hault, ou par bas ?

— Il assiert (convient) mieux à les accoler par le bas que par le hault.

— Leur avés vous point donné de chappeaulx (couronnes de fleurs)3162 ?

— A l’onneur d’elles, à leurs ymaiges ou remembrances (emblèmes, signes de souvenir3163) ès églises, en ay plusieurs fois donné ; et quant à celles qui se appairent (apparaissent) à moy, n’en ay point donné, dont j’aye memoire.

— Quant mectiés chappeaulx en l’arbre (des fées), les mectiés vous en l’onneur de celles qui vous appairoient ?

— Non.

— Quant ces sainctes viennent à vous, ne leur faictes vous point reverence, comme de vous agenoullier ou incliner ?

— Ouil ; et le plus que je leur puis faire de reverence, le leur fesoie ; quar je scay que ce sont celles qui sont en royaume de Paradis.

— Sçavés vous rien de ceulx qui vont en leure avec les fées3164 ?

455 — Oncque n’en feis ou sceus quelque chose ; mais ay bien ouy parler, et que on y aloit le jeudy ; mais n’y croy point et croy que ce soit sorcerie (sorcellerie).

— Fist on point flotter ou tourner vostre estaindart au tour de la teste3165 de vostre roy ?

— Non, que je sçaiche.

— Pour quoy fut il plus porté en l’eglise de Rains, au sacre, que ceulx des autres cappitaines ?

— Il avoit esté à la paine : c’estoit bien raison que il fust à l’onneur3166.

Notes

  1. [3120]

    Solum scit ipse loquens, quod, tempore quo ipsa Johanna erat Rothomagi detenta, ipse erat servitor defuncti magistri Guillermi Errard ; et venit ipse loquens de Burgundia, cum eodem magistro suo usque ad villam Rothomagensem. Et dum pervenerunt ibi, audivit loquens quod fiebat mentio de hujusmodi processu. Sed quid in eodem processu factum fuit, nihil scit, quare recessit a dicta villa Rothomagensi, et ivit Cadomi, et stetit ibidem usque circa festum Panthecostes.

    Déposition de frère Jean de Levozolles ou de Lenozoles ; en latin, Lenozoliis, M. de L’Averdy écrit Binezole.

  2. [3121]

    Grosses du procès de condamnation.

  3. [3122]

    Manuscrit de la Bibliothèque du Roi, n° 5965 y grosse délivrée par Boys-Guillaume, l’un des notaires-greffiers du procès : Et non faciebat illud nisi pro conoscendo homines suos ab aliis.

  4. [3123]

    Grosse latine, manuscrit de la Bibliothèque du Roi, n° 5965 : Et me refero ad animum ipsorum. Ce mot couraige se prenait quelquefois dans le sens moderne de courage, mais plus souvent dans celui de cœur, d’âme, d’esprit, d’intention, de pensée ; il signifie peut-être ici gratitude, reconnaissance.

  5. [3124]

    Deponit quod eidem Johannæ fiebant plures interrogationes, sed de eis non recordatur, nisi quod semel fuit interrogata si illi de parte sua osculabantur manus suas. Déposition de Thomas de Courcelles.

  6. [3125]

    Grosse latine, manuscrit de la Bibliothèque du Roi, n° 5965 : qui ceperunt papiliones in vexillo ejus.

  7. [3126]

    Manuscrit de la Bibliothèque du Roi, n° 5965 : Interrogata utrum cognoverat aut viderat Katherinam de Rupella. Les traducteurs latins auront pris leu pour veu dans la minute française.

  8. [3127]

    Pour mensonge, ou nient, pour néant. Le manuscrit delà Bibliothèque du Roi, n° 5965, suit ce dernier sens, et le rend par nihil.

  9. [3128]

    J’ai déjà dit qu’on nommait ainsi l’Île-de-France.

  10. [3129]

    Manuscrit de d’Urfé ou du dépôt des chartes, présentement à la Bibliothèque du Roi.

  11. [3130]

    Manuscrit de la Bibliothèque du Roi, n° 5965. Le manuscrit de d’Urfé ne contient qu’une partie de ces dispositions.

  12. [3131]

    Déposition de Thomas de Courcelles.

  13. [3132]

    Registres du parlement, vol. XV.

  14. [3133]

    Manuscrit de la Bibliothèque du Roi, n° 5965.

  15. [3134]

    Sibi tamen videtur quod magister Johannes de Fonte erat unus de ordinalis ad eam interrogandam. Déposition de Thomas de Courcelles.

  16. [3135]

    Ce mot icelluy indique l’omission d’une question précédente touchant l’étendard de la Pucelle. Cette omission appartient sans doute au notaire qui écrivait la minute du procès-verbal ; elle n’aura pu être réparée lorsqu’on traduisit cette minute en latin. On se contenta d’en effacer la trace en rédigeant ainsi : Interrogata utrum in vexillo quod ipsa deportabat erat mundus depictus et duo angeli, etc.

  17. [3136]

    Il y a ici un mot omis ; il manque également dans la grosse latine ; c’est probablement escus qu’il faut lire.

  18. [3137]

    Cette phrase surabondante, comme celluy dessusdit est montré, est supprimée dans la grosse latine.

  19. [3138]

    Manuscrit de d’Urfé ou du dépôt des chartes, présentement à la Bibliothèque du Roi.

  20. [3139]

    Grosses latines.

  21. [3140]

    Ce mot dy a été oublié dans le manuscrit de d’Urfé ; je l’emprunte et le traduis de la grosse latine.

  22. [3141]

    Manuscrit de d’Urfé.

  23. [3142]

    Manuscrit de d’Urfé.

  24. [3143]

    Grosses du procès de condamnation.

  25. [3144]

    Idem.

  26. [3145]

    Le manuscrit porte celle, mais c’est une faute du copiste ; les grosses latines portent quadam.

  27. [3146]

    Il faut, je crois, lire : Depuis ung bout de la journée jusques à l’autre.

  28. [3147]

    Deuxième déposition de maître Pierre Tasquel, curé de Basqueville-le-Martel, notaire impérial et de la cour archiépiscopale de Rouen.

  29. [3148]

    Manuscrit de d’Urfé.

  30. [3149]

    Grosses latines.

  31. [3150]

    La grosse latine porte : Magistrum hospicii ad Ursum (maître d’auberge à l’enseigne de l’Ours).

  32. [3151]

    Voyez livre IX, p. 184.

  33. [3152]

    Ce mot est omis dans le manuscrit de d’Urfé ; c’est une faute du copiste ; la grosse latine porte : Ad requestam regis sui.

  34. [3153]

    Manuscrit de d’Urfé.

  35. [3154]

    Grosses du procès de condamnation.

  36. [3155]

    Grosse latine : Et quod in hoc mitabit, gallice branlera, totum regnum Franciæ.

  37. [3156]

    Troisième déposition de Pierre Cusquel.

  38. [3157]

    Déposition de Nicolas de Houppeville.

  39. [3158]

    Déposition de Guillaume Colles, dit Boys-Guillaume.

  40. [3159]

    La Fontaine, fable des Filles de Minée.

  41. [3160]

    Grosse latine : Vel quid eis faciet quantum ad animas.

  42. [3161]

    Le manuscrit porte armast, mais c’est une faute du copiste que j’ai corrigée d’après la grosse latine, où on lit : Interrogata utrum hoc fecit ut arma ipsa adorarentur.

  43. [3162]

    Grosse latine : Serta vel capillos.

  44. [3163]

    Peut-être y avait-il ressemblances dans la minute originale.

  45. [3164]

    Grosse latine : Qui vadunt, gallice, en leurre avec les fées.

  46. [3165]

    Le manuscrit porte coste, mais c’est une faute de copiste que j’ai corrigée d’après la grosse latine, qui porte : Circa caput regis sui.

  47. [3166]

    Manuscrit de d’Urfé.

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